Gilles Dowek, informaticien engagé et vulgarisateur, est mort
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Passionné par la dimension éthique de sa discipline, le chercheur de l’Inria et professeur attaché à l’ENS Paris-Saclay, est décédé lundi 21 juillet, à l’âge de 58 ans.
Par David Larousserie
Gilles Dowek, en 2014.
Gilles Dowek, en 2014. SÉBASTIEN DOLIDON
L’informaticien Gilles Dowek est mort d’un cancer, à l’âge de 58 ans, lundi 21 juillet, à Paris. Chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), professeur attaché à l’ENS Paris-Saclay et ancien enseignant à l’Ecole polytechnique, il a marqué sa discipline sur le plan de la recherche mais aussi sur des aspects moins fréquents, comme l’éthique, la vulgarisation ou l’enseignement.
Il décrivait, dans Le Monde en 2017, son riche parcours comme une succession de hasards. Celui qui le mène à l’informatique est un concours européen pour les jeunes programmeurs dans lequel il arrive en finale à moins de 16 ans. Cela lui ouvre les portes d’un stage auprès de Gérard Huet, qui deviendra quelques années plus tard son directeur de thèse, après l’entrée à Polytechnique, en 1985.
Son directeur est un spécialiste de la vérification de preuves, c’est-à-dire des systèmes informatiques capables de débusquer des erreurs de programmation et surtout de certifier, notamment pour les logiciels les plus critiques, qu’ils répondront correctement aux demandes. Cela passe par la formalisation rigoureuse des processus de calculs et mobilise des capacités en logique et en langage informatique que Gilles Dowek développera toute sa carrière. Son dernier projet, Dedukti, a pour ambition d’unifier les divers systèmes de preuves existant. Cette thématique résonne aujourd’hui avec de nombreux projets en intelligence artificielle qui tentent d’assister les mathématiciens non seulement dans la vérification de leurs démonstrations mais aussi dans leur élaboration. En 2023, son œuvre est récompensée du prix Inria-Académie de sciences.
Talents de conteur
Ses travaux l’ont conduit à méditer sur sa discipline en se demandant par exemple si le monde et la nature sont simulables par des ordinateurs, ou si le raisonnement mathématique est « mécanisable ». En 2007, il publie un essai de vulgarisation et de réflexion sur ce thème, Les Métamorphoses du calcul (Le Pommier), qui recevra le Grand prix de philosophie de l’Académie des sciences, la même année. « Gilles était l’un des meilleurs informaticiens français, mais aussi un grand penseur », salue son ami Serge Abiteboul, également chercheur à l’Inria, avec qui il a coécrit notamment, Le Temps des algorithmes (Le Pommier), en 2016.
C’est un autre hasard qui l’avait conduit à l’écriture, sa rencontre avec le philosophe Michel Serres (1930-2019), pour qui il deviendra l’un des contributeurs du Dictionnaire des sciences en 1997. Ses talents de conteur et de vulgarisateur se sont aussi exercés dans d’autres livres, recueil de jeux mathématiques, puis un essai sur la logique, et aussi, son dernier ouvrage, une pièce de théâtre, Qui a hacké Garoutzia ? Le texte, coécrit avec deux autres informaticiens, Serge Abiteboul et Laurence Devillers, met en scène avec humour plusieurs questions soulevées par l’arrivée de l’intelligence artificielle. La pièce a été montée en 2023 au Festival d’Avignon par Lisa Bretzner, puis joué à La Scène parisienne entre septembre 2024 et février 2025.
Il a aussi écrit pendant plus de vingt ans une chronique mensuelle dans Pour la Science (entre 2000 et 2021), dans laquelle il observait avec acuité et ironie l’évolution du monde numérique. Les pages économiques du Monde, entre 2018 et 2019, ont aussi abrité quelques chroniques du scientifique, sur les réseaux sociaux, les algorithmes, la surveillance…
La dimension éthique de sa discipline passionnait ce chercheur engagé. Il a été l’une des chevilles ouvrières du précurseur du comité consultatif national d’éthique du numérique, créé en 2025, après une phase pilote de plusieurs années. L’instance a fourni des avis sur les véhicules autonomes, le métavers, l’intelligence artificielle, la reconnaissance faciale…
« Gilles était un moteur dans la façon de réfléchir à ces questions. Sa clarté de vue, son originalité et sa façon d’expliquer les choses ont marqué plusieurs avis. Sa disparition est une perte importante pour la communauté scientifique mais aussi pour la communauté de l’éthique du numérique », témoigne Claude Kirchner, président du comité et chercheur émérite à l’Inria.
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Il a également siégé au Conseil national du numérique jusqu’à ce que celui-ci devienne, en juin, le Conseil national de l’intelligence artificielle et du numérique.
Il était aussi engagé pour la cause homosexuelle et avait présidé, en 1999, l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour.
Informaticien, philosophe, vulgarisateur… il a imprimé sa marque au sein de l’éducation nationale en plaidant sans relâche pour l’enseignement de l’informatique à l’école. Il parvient, avec des collègues, à convaincre, et, en 2012, apparaissent les premiers modules et des manuels à destination des élèves de terminale suivant l’option informatique et sciences du numérique, avant d’autres pour les élèves du primaire et du secondaire. Depuis avril 2023, il siégeait au Conseil supérieur des programmes.
Gilles Dowek en quelques dates
20 décembre 1966 Naissance à Paris
1985 Intègre l’Ecole polytechnique
2007 « Les métamorphoses du calcul » (Le Pommier)
2011 Participe au groupe d’experts pour les programmes de l’option informatique et sciences du numérique en terminale
2023 Prix Inria-Académie des sciences
21 juillet 2025 Mort à Paris
David Larousserie



