• Une histoire de la Nouvelle-France à partir de la morue et des perles sans oublier les castors Jean-François Nadeau - 22 Aout 2019 - Le devoir
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    Les noms de Samuel de Champlain et de Jacques Cartier sont accrochés depuis longtemps à des ponts jetés sur le Saint-Laurent. L’eau a coulé dessous, jusqu’à charrier dans les mers de l’oubli les noms de leurs devanciers. Dans Une histoire de la Nouvelle-France, l’historien Laurier Turgeon, professeur à l’Université Laval, s’intéresse aux échanges culturels dans une période de flottements au commencement d’un empire colonial : le XVIe siècle.

    Quand Cartier fait son voyage en 1534, les #Autochtones montrent qu’ils ont déjà l’habitude des rapports avec les Européens. En juillet, par exemple, le navigateur malouin croise une quarantaine d’embarcations dont les occupants lui demandent, avec force signes, d’accoster. On veut lui montrer des peaux, au bout de perches. Vous en voulez ? En août, sur le chemin du retour, d’autres Autochtones montent sans crainte sur le pont. Oui, les échanges commerciaux existent déjà.

    Entre le troisième et dernier voyage de Cartier, en 1541-1542, et celui de #Samuel_de#Champlain en 1608 se trouve un trou historique dans lequel Turgeon plonge. Il faut, dit Turgeon, remonter jusqu’à cet espace de l’oubli pour mieux comprendre les effets des contacts, de part et d’autre, entre Français et #Amérindiens. Son idée ? Que les contacts initiaux, qui ont fini par structurer les relations de pouvoir asymétriques que l’on sait, ne sont pas nécessairement le fait caractéristique de cette période initiale méconnue.

    Pour essayer de mieux comprendre cette histoire, l’historien s’attache à l’étude d’objets matériels. C’est à travers eux, souvent « que les transferts culturels se manifestent ». À sa table d’historien, il va se pencher sur la morue, le pelage du #castor et la #perle de verre.

    La morue
    Commençons par la morue. En avez-vous déjà pêché ? Au nord de la baie d’Hudson, je n’ai jamais eu aussi froid, je crois, qu’au jour d’essayer d’y prendre de grosses morues. Au Nunavik, l’Arctique québécois, la morue est méprisée par les #Inuits. Ils n’en mangent pas. Des millénaires à consommer des chairs crues leur ont appris à raison que ce poisson, plein de vers et de parasites, n’est pas comestible à moins d’être très bien cuit. La plupart des premiers habitants de l’#Amérique méprisaient ce poisson, rappelle Turgeon.

    Dans ses récits, le voyageur Marc Lescabot observe que les Mi’kmaqs s’intéressent aux #merlus, #bars et #flétans pêchés par les Français mais lèvent le nez sur la morue. Même chose, dans les écrits de Chrestien Le Clercq, qui constate qu’en #Gaspésie, qui sera un haut lieu de l’exploitation de cette ressource, les Autochtones se moquent de la surconsommation que ces visiteurs blancs font du poisson.

    Séché, salé, mis en baril, voué à la consommation des multitudes, ce poisson va nourrir, à compter du XVIe siècle, une partie de l’Europe. Les Basques, les Normands, les Bretons lancent sur les eaux des vaisseaux en quête de ce poisson tout mou qu’est la morue.

    Les actes notariés en France confirment une rapide expansion des #pêcheries en Amérique. Dans les archives normandes, on trouve par exemple un acte de 1510 où le maître d’un navire indique qu’il est venu vendre, du côté de Rouen, des morues de « Terre Neusve ».

    Au Moyen Âge, on préfère le merlu et le hareng. Mais au XVIe siècle, la morue salée s’impose au point où on se préoccupe bientôt presque autant de son approvisionnement que du blé nécessaire au pain, écrit l’historien Laurier Turgeon.

    En #Europe, la morue est consommée par tous, mais elle est vendue selon sa qualité de salaison et de présentation, ce qui conforte des distinctions en classes sociales. Au nombre des mets très appréciés tirés de ce poisson : les tripes de morues, c’est-à-dire l’estomac séché puis réhydraté, que l’on consomme, en particulier, pendant le carême. L’huile de foie de morue, produite par la décomposition au soleil du foie du poisson, sert à la consommation ou à l’éclairage. Au chapitre de la consommation de ce poisson, le livre de Laurier Turgeon constitue presque une histoire de la #cuisine. On y découvre, à travers des rapports sociaux établis autour des #pêcheries, l’usage des sauces et la médiation faites entre la proximité et l’étranger à travers certains ingrédients.

    Il est beaucoup question de chaudrons en cuivre sous la plume de Laurier Turgeon. Les premières manifestations de la culture européenne en Amérique sont des objets de cuivre. Pendentifs, boucles d’oreilles, bagues, bracelets, chevillettes. Et surtout des chaudrons.

    Le chaudron a-t-il transformé la vie des Amérindiens ? Le cuivre sera un des premiers biens exportés par l’Europe en Amérique et en Afrique. Les « chaudières de cuivre » sont produites précisément pour l’exportation. Au cuivre, les natifs d’Amérique accordent une plus-value rituelle, « sans doute en raison de ses valeurs intrinsèques et de sa singularité ». Ainsi le chaudron de #cuivre, contrairement à ce qu’on croit d’instinct, ne remplace pas le pot de terre cuite utilisé quotidiennement au XVIe siècle, mais se trouve prescrit à des usages cérémoniaux et rituels. Il demeure à la marge, pour décorer l’intérieur des maisons, où il sert en des occasions particulières. Les chaudrons sont volontiers découpés pour servir à la fabrication de divers objets. Le cuivre sert aussi d’offrandes aux morts, dans des cérémonies exceptionnelles où le chaudron est déposé près des restes des disparus. Ces pratiques qui semblent venir du fond des âges sont en vérité plutôt récentes et seront abandonnées assez vite. Mais pour un temps, le chaudron de cuivre devient le pôle de ralliement et « s’impose parce que sa force d’attraction est plus forte que celle de tous les autres objets connus. »

    Le père Castor
    En 1634, après une année passée auprès des Montagnais, ainsi que les Français appelaient les Innus, le père Paul Lejeune, un jésuite, témoigne du fait que son hôte lui explique, tout amusé, que le #castor travaille parfaitement : « il fait des chaudrons, des perles, des haches, des épées, des couteaux, du pain, en bref, il fait tout ». Comment ne pas aimer cet animal, père d’un avenir meilleur, puisqu’il fabrique des richesses inattendues ?

    Le castor va doubler la morue sur les grandes routes du commerce. Il suscite à lui seul l’expansion d’un projet colonial. Au XVIe siècle, du moins au début, les documents affirment que le castor provient de « Terreneufve ». Mais à la fin du siècle, le mot Canada, « une appellation désignant généralement un lieu autochtone plus retiré dans les terres » succède au nom « Terreneufve ». Le terme, rappelle Turgeon, provient des Iroquoiens de la vallée du #Saint-Laurent. Il désigne une terre indéfinie située le long du fleuve, entre Gaspé et #Québec. Ce sont les Français qui en étendirent l’usage afin de trouver à décrire l’ensemble du territoire de commerce des fourrures.

    La traite des fourrures, observe Laurier Turgeon, est associée « à la notion de conquête ». Le verbe « conquérir » apparaît dans les documents. Au XVIe siècle, le commerce est déjà perçu « comme un moyen d’établir et de maintenir une domination économique et politique sur les peuples autochtones et le territoire qu’ils occupaient ».

    Comment faire commerce au Nouveau Monde ? Dans la balance seront lancées des perles. Un marchand basque, en 1787, en achète 50 000, au prix du salaire moyen d’un de ses marins. Perles de verre, d’émails, de jais, de coquillage, perles d’ambre, de corail, de cristal de roche, perles de bois, de corne, d’os, de cuivre, d’ivoire, de faïence, de calcédoine : les perles sont au coeur de la vie amérindienne. En lisant cette Histoire de la Nouvelle-France, on découvre aussi la place que ces verreries occupent dans la vie, en Europe, des domestiques, des valets, bref des oubliés. Avait-on bien cerné la place des perles dans les rapports coloniaux ? Laurier Turgeon croit que non. Et force est de lui donner raison.

    #cabillaud #pêche #alimentation #poisson #poissons #Morue #alimentation #histoire

  • Vous voulez voir quelque chose de très simple et d’immensément beau ? ---> Faites connaissance avec la Cartographie de la mémoire de Sara Dignard dans un coin de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

    http://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/Details/3629/sara-dignard-cartographie-de-la-memoire

    Sara Dignard a investi des lieux porteurs d’histoires de l’archipel madelinot pour y recueillir des témoignages et leur donner un élan poétique.

    Le projet, Cartographie de la mémoire, a donné lieu à des confidences rendant hommage au territoire et au cycle de la vie. Son recueil de poésie prend maintenant forme et sera partagé au grand public en 2015.

    Morceaux choisis :

    « Une cartographie de la mémoire des lieux »

    « Les gens se déplacent pour me raconter leur rapport au territoire, à l’enfance, ils aiment faire ce travail de mémoire »

    « Le bateau parade avant de se laisser prendre par le quai
    Les pêcheurs des Perlands le saluent
    Il ouvre grand la gueule déchargeant ses cargaisons
    Des voitures à la file indienne en sortent
    Encore échevelées par la traversée »

    #cartographie_narrative #narration #gaspésie #canada