• Épidémie de cancers : « On ne veut pas tomber malades pour sauver une filière agricole »

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/011026/epidemie-de-cancers-ne-veut-pas-tomber-malades-pour-sauver-une-filiere-agr

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=Qyg4yWmkklU

    Octobre rose individualise un problème collectif et éminemment politique. Notre eau, notre sol, notre nourriture, notre atmosphère sont pollués. Les liens entre les cancers et les pesticides sont avérés. Pourtant, les lois censées les encadrer s’assouplissent.

    Après la loi Duplomb en France, place à la directive européenne omnibus, une loi Duplomb XXL bientôt en discussion. Et les malades sont toujours plus nombreuses et nombreux. Plus de 430 000 nouveaux cas détectés chaque année en France. Leur colère gronde, celle des médecins aussi, des agriculteurs et agricultrices, des citoyen·nes.

    Une émission présentée par Samia Dechir, préparée avec Raphaël Gribe Marquis et Mathieu Mialaret.

    Avec :

    Fleur Breteau, fondatrice et porte-parole du collectif Cancer Colère et autrice de Cancer Colère (Seuil, 2026) ;

    Éléonore Bridge, autrice d’Octobre Rage (Leduc, 2026) ;

    Amélie Cadier-Loriaud, médecin radiologue, spécialisée en imagerie de la femme, philosophe et autrice de Nos corps politiques (Seuil, 2026) ;

    Pierre Sujobert, médecin, professeur d’hématologie, spécialiste des cancers du sang (voir sa déclaration d’intérêts).

  • À symptômes égaux, l’IA envoie les hommes aux #urgences, pas les femmes

    Face aux mêmes maux, plusieurs grands modèles d’intelligence artificielle recommandent beaucoup plus souvent les urgences aux jeunes hommes qu’aux jeunes femmes. L’IA reproduit certains biais déjà observés en médecine.

    L’intelligence artificielle (IA) médicale ne conseille pas la même chose à une femme et à un homme. C’est ce qu’a montré Qi Han Wong dans une étude déposée en juin sur la plateforme scientifique arXiven.

    Le chercheur a soumis à trois grands modèles de langage un même scénario clinique : des maux de tête persistants depuis deux semaines, résistants aux antalgiques, accompagnés d’une vision floue, de nausées matinales et de troubles visuels. Seuls l’âge et le sexe de la personne étaient modifiés.
    96,7 % des hommes, 6,7 % des femmes

    Le résultat est spectaculaire chez les personnes de 25 ans. L’IA Claude a recommandé une consultation aux urgences dans 96,7 % des cas pour les hommes, contre seulement 6,7 % pour les femmes. Avec GPT-5.4-mini, les taux étaient respectivement de 66,7 % et 6,7 %. Gemini 3.5 Flash recommandait les urgences dans 23,3 % des cas pour les hommes, contre 0 % pour les femmes.

    Le chercheur a fait varier trois classes d’âge -25, 38 et 65 ans- et le sexe, avec 30 essais pour chaque condition et chaque modèle, soit 630 requêtes au total. Un scénario supplémentaire ne précisant pas le sexe servait de référence.

    Selon l’étude, les modèles attribuaient aux différents patients des niveaux de gravité comparables, généralement élevés, de l’ordre de 7 à 9 sur 10.
    Le piège de la « substitution diagnostique »

    Autrement dit, l’IA semble reconnaître que les symptômes sont potentiellement sérieux. Mais elle ne tire pas la même conclusion sur la nécessité d’une prise en charge urgente.

    Pourquoi une telle discrimination algorithmique ? Les chercheurs parlent de « substitution diagnostique ». En analysant la stéréotypie médicale, l’IA associe immédiatement les symptômes de la jeune femme à une affection spécifique : « l’hypertension intracrânienne idiopathique (HTAI) », une maladie neurologique statistiquement plus fréquente chez les femmes en âge de procréer. Comme cette pathologie est jugée moins immédiatement mortelle à court terme, le modèle conclut qu’un rendez-vous chez un spécialiste dans quelques semaines suffit.

    Pour l’homme, en revanche, l’IA ne trouvant pas d’association épidémiologique évidente, elle applique le principe de précaution et conclut à une « hypertension intracrânienne générique menaçante », nécessitant une prise en charge urgente.

    L’étude montre qu’à l’âge de 65 ans, quand les probabilités épidémiologiques s’égalisent, l’écart d’orientation entre hommes et femmes disparaît totalement.
    Des biais humains numérisés

    Dans la « vraie vie », le milieu médical souffre déjà de biais sévères : la prise en charge de la douleur des femmes est historiquement minimisée, souvent reléguée à des facteurs psychosomatiques, hormonaux ou anxiogènes.

    En entraînant les modèles d’IA sur des millions de textes, rapports et données cliniques existants, les concepteurs de la tech ont réinjecté ces biais au cœur des algorithmes. Résultat : alors même que de plus en plus de plateformes de santé et d’applications intègrent des « chatbots de pré-tri » pour orienter les patients, les femmes risquent d’être systématiquement sous-orientées et retardées dans leur prise en charge médicale vitales.

    Pour les auteurs de l’étude, les concepteurs d’IA médicale doivent impérativement séparer l’évaluation de l’urgence médicale des simples calculs de probabilités diagnostiques liées au sexe de la personne.

    ▻https://www.lesnouvellesnews.fr/a-symptomes-egaux-lia-envoie-les-hommes-aux-urgences-pas-les-femmes
    #IA #AI #discriminations #intelligence_artificielle #santé #hommes #femmes #genre #biais

    • Gender-Dependent Diagnostic Substitution in LLM Medical Triage : Same Symptoms, Unequal Urgency

      We investigate whether large language models produce different medical triage recommendations for identical neurological symptoms when only the patient’s stated gender and age vary. Using three model families—Gemini 3.5 Flash, Claude Sonnet 4.6, and GPT-5.4-mini—we present a standardized symptom profile (persistent headache, blurred vision, morning nausea, visual disturbances) across seven demographic conditions: three age groups (25, 38, 65) x two genders (male, female), plus a gender-unspecified baseline (n = 30 per condition per model, 630 total trials). We find a stark, systemic gender-dependent triage disparity: young women receive significantly lower emergency room (ER) referral rates than age-matched men (Gemini: 0% vs. 23.3%; Claude: 6.7% vs. 96.7%; GPT: 6.7% vs. 66.7%, all p < 0.001). The disparity disappears at age 65 for all models. The primary mechanism is diagnostic substitution: the models anchor on a gender-associated diagnosis, preferentially classifying young women with Idiopathic Intracranial Hypertension (IIH)—a condition epidemiologically linked to women of childbearing age—while diagnosing men with generic increased intracranial pressure with space-occupying lesions in the differential. This diagnostic closure routes female patients to lower-urgency care (outpatient doctor appointments) despite comparable severity ratings (7-9/10). Our findings demonstrate that clinical LLMs replicate documented human clinical biases by using epidemiological priors to suppress triage urgency, suggesting that AI triage engines must decouple urgency assessment from probabilistic diagnostic priors. We release all code, prompts, and raw results.

      ▻https://arxiv.org/abs/2606.03641

  • Women in politics face more personal, sexualised attacks than men, a recent analysis shows

    Online spaces, and social media in particular, are forums for vigorous political debate. They provide a space for members of the public to express political opinions, organise, and sometimes even interact directly with politicians. While they clearly have democratising potential, these platforms have also become fertile ground for hate speech, toxic interactions and online violence.

    By analysing over 3.2 million responses on X (formerly Twitter) to 88 candidates for the 2024 European Parliament elections, our team at the European Commission’s Joint Research Centre have found significant differences in how women and men in politics get treated online.

    Applying a toxicity detection algorithm called Perspective API, we studied both the volume and types of “toxic” replies received by different candidates. The algorithm’s toxicity score ranges from zero to one. It estimates the likelihood that a reader would perceive text as toxic, and defines toxicity as “a rude, disrespectful, or unreasonable comment that is likely to make you leave a discussion”.

    Almost 80% of the candidates studied, who were from France, Ireland, Italy, Portugal, and Spain, received toxic replies, but the raw numbers showed a real and measurable gender gap: women candidates received more toxic replies in absolute terms than their male counterparts.

    However, accounting for differences in the overall number of replies for each post, the gender difference in the proportion of toxic replies was no longer statistically significant. Women posted less than men and yet were addressed more. In other words, their accounts attracted more attention overall, toxic and benign alike.
    2,700 toxic messages

    To conduct our analysis, we gathered posts mentioning each candidate, then narrowed the data to focus on replies to the candidates’ posts. The toxicity detection algorithm scored each post for toxicity, flagging anything above a given threshold for closer inspection.

    Once the algorithm had done its work, we turned to what the messages actually said, manually coding nearly 2,700 of the most clearly toxic replies. These were messages where the automated tool registered the highest probability of toxicity, meaning nine out of ten human raters would agree they were toxic.

    The content of the posts clearly showed that women and men face vastly different attitudes once they enter the realm of politics.

    “Shut up and do the dishes”

    Of these clearly toxic replies, 71% were directed at women candidates. The content was strikingly different from what male politicians faced. Female candidates were subjected to personal degrading attacks, sexist slurs, sexually explicit remarks, and repeated attempts to silence them or question their right to occupy political space. One in four received comments of a sexual nature.

    Male politicians were not spared abuse, but the insults they faced tended to focus on their political decisions, their professional conduct, or their character – accusations of corruption, dishonesty, or incompetence. The targets were their actions, not their presence in public life.

    This distinction matters. When abuse is identity-based rather than policy-based, it sends a fundamentally different message: not “I disagree with you,” but “you do not belong here.” This reflects what scholars call “semiotic violence” – harm carried out through language and symbols that works to delegitimise women as political actors.

    More insults, stacked together

    The analysis went further by measuring what we called “toxicity intensity” – the number of abusive elements bundled into a single reply. A message targeting a woman might combine a sexist insult with a sexual threat, a reference to mental illness, and a demand that she leave politics entirely. We found that 62% of toxic replies to women contained two or more such elements. By contrast, 52% of toxic replies to men had only one.

    Multiple simultaneous attacks carry a higher psychological impact than a single insult, sending a collective signal that a woman’s presence in the political space is unwelcome.

    The data also revealed that female candidates from left-leaning political groups attracted higher volumes of toxic replies. This pattern mirrors findings from studies of elections in Brazil, suggesting that gender and political ideology intersect in ways that increase abuse.
    A global problem

    The study adds to a growing body of evidence that online hostility toward women in politics is not limited to a single country, platform, or political culture. Research from Sweden, New Zealand and the Netherlands has documented the same gendered patterns: women do not always receive more abuse in sheer volume, but what they receive is more personal, more sexualised, and aimed at denying their right to hold office.

    The consequences are real. Scholars have linked online abuse to reduced re-election ambitions among female politicians, self-censorship, and women withdrawing from digital spaces altogether. When abuse shapes who runs for office, it shapes who governs.

    The European Union has begun taking steps to combat this. A new directive on violence against women criminalises cyberstalking and harassment across all EU countries. The Digital Services Act, which came into effect in 2024, also requires large platforms to identify and mitigate risks to democratic processes, including gender-based harms.

    These measures are necessary, but they are not enough. Social media platform moderation policies should account for gendered abuse – not only its volume – and invest more in detection tools that understand context and local language. Continuous monitoring is also necessary. Online abuse adapts, and responses must evolve with it.

    The bottom line is this: women in politics are not simply subjected to a louder version of the abuse men face. They face a different phenomenon that operates through personal denigration, sexualisation, and the systematic erasure of their right to be there at all. Understanding that difference is the first step towards addressing it.

    ▻https://theconversation.com/women-in-politics-face-more-personal-sexualised-attacks-than-men-a-
    #femmes #politique #discriminations #harcèlement #attaques_sexualisés #genre #réseaux_sociaux #violence #toxicité #hate-speach #insultes #espace_public #débat_public

  • Ces #bergères en lutte contre le #sexisme en #alpage
    (publié en 2022, je mets ici pour archivage)

    Garde d’enfant en commun, groupe Facebook, projet de syndicat... Confrontées à des #violences_sexistes_et_sexuelles accentuées par l’#isolement en altitude, les bergères s’unissent.

    Sous le soleil qui décline, un troupeau de brebis descend les pentes herbeuses du Jocou, à la limite entre l’Isère et la Drôme. Houlette à la main, un berger ferme la marche. En bas, dans la cabane qui jouxte la bergerie, un petit garçon de deux ans gigote pendant que sa mère lui enfile un pyjama. Soudain, les cloches des brebis retentissent. Marie, 42 ans, bergère de son métier, fourre son fils Côme dans les bras de Frida, sa fille de 12 ans issue d’une première union, et se rue dehors pour barrer la route qui descend dans la vallée. « Je suis obligée de laisser mon fils, heureusement que sa sœur gère », regrette-t-elle en rejoignant le berger, Mathieu, son compagnon et le père du petit Côme. Demain, ce sera au tour de Marie de monter le troupeau, laissant ses enfants à son conjoint.

    L’image du berger — un homme seul sur sa montagne — est tenace. Pourtant, d’après l’enquête des services pastoraux des Alpes menée à l’été 2019, il y a autant de femmes que d’hommes chez les bergers de moins de 35 ans. Au-delà, elles ne représentent qu’un tiers de l’effectif. « En alpage, on est vraiment ramenées à notre condition de femme, de maman, et d’être une proie aux yeux des hommes », affirme Marie.

    Pour la bergère, en activité depuis huit ans, cette défection des femmes est liée aux violences sexistes et sexuelles qu’elles doivent endurer dans le métier, de la part des éleveurs qui les emploient comme de collègues bergers. « Un éleveur m’a dit qu’il me regardait à la jumelle quand je prenais ma douche, qui était dehors. Un jour, un autre m’a touché le sein alors qu’on marchait. Une fois, un mec du village a dit qu’il allait monter me voir la nuit quand il a appris que j’étais la bergère… » énumère-t-elle.

    La situation se complique encore quand un couple de bergers se sépare. Marie se souvient d’une consœur qui a vu les alentours de sa cabane incendiés par son ex-compagnon, berger aussi. Malgré les formations existantes, le métier s’apprend encore souvent sur le tas, au bon vouloir d’un berger en exercice, et les bergères rencontrées témoignent que l’emprise de celui-ci peut être forte. En particulier lorsque la relation professionnelle se double d’une relation amoureuse qui se termine mal. L’un comme l’autre doivent continuer à travailler ensemble jusqu’à la fin de la saison pour toucher leurs salaires, voire à dormir ensemble. Il est impératif de vivre à proximité du troupeau et les logements fournis par l’employeur, des cabanes de montagne, comportent rarement plusieurs pièces.

    « Il y a des profils d’“arrachés” dans le métier et des soucis d’addiction, des gens qui ont le fantasme d’aller s’isoler à la montagne », explique Édith, bergère dans les Pyrénées-Atlantiques. À 41 ans, elle en est à sa deuxième estive, qu’elle passera dans une cabane de femmes. Elle aussi évoque des remarques sexistes et raconte le cas d’une collègue harcelée sexuellement par le berger avec qui elle travaillait : « Ces problématiques sont accentuées par l’isolement et l’altitude. Il n’y a pas de secours à proximité, ni de possibilité de fuite. »

    Sous la crête du Jocou, Marie observe pensivement sa cabane, petite tache en contrebas. « Des fois, je me retourne, je vois ce grand alpage avec ma petite cabane au milieu et je me dis que tout peut m’arriver », lâche-t-elle.

    « On pouponne ou on garde les moutons. Pas les deux. » Cette remarque acerbe, Marie l’a entendue de la bouche du père de Frida ainsi que de certains de ses employeurs quand elle est devenue maman. Elle s’est séparée de son compagnon quand la petite avait trois mois. Depuis, le père récupère sa fille un week-end sur deux ainsi que la moitié des vacances scolaires. Sauf quand il est en alpage. Marie a tenté plusieurs fois d’obtenir une meilleure répartition de la garde, mais la juge lui aurait rétorqué : « Madame, vous saviez que vous faisiez un enfant avec un berger ! », arguant que ledit berger ne peut s’occuper de sa fille, seul en montagne et sans réseau. Tant pis si Marie, pourtant bergère aussi, également en alpage et sans réseau, a du mal à assurer son travail seule avec sa fille à plein temps.

    « Quand tu as un sac à dos de 15 kilos et qu’il faut encore porter ton gosse, tu fais comment ? » interroge-t-elle, amère. Elle a bien essayé de s’en sortir, au prix d’une organisation éreintante. « Parfois, j’ai dû asseoir Frida par terre, lui dire de ne pas bouger et partir à la recherche des brebis. Je la retrouvais en pleurs. Je m’en veux de l’avoir mise dans cette situation. J’aurais dû faire un autre boulot, mais celui-là me plaisait et je voulais montrer que j’en étais capable. » Elle raconte avoir fini l’alpage en arrêt-maladie, « la boule au ventre d’aller au troupeau ».

    Un été, elle a déboursé 400 euros par mois pour embaucher une nounou. Lorsque Frida est entrée en CP, Marie montait garder le troupeau à l’aube, réveillait sa fille au talkie-walkie et redescendait pour l’emmener à l’école. En 2017, elle s’est organisée avec une collègue bergère pour garder à tour de rôle le troupeau et leurs enfants, en mutualisant leurs salaires. Las, après deux estives éreintantes, la bergère a renoncé à son travail jusqu’aux huit ans de Frida.

    « Cette année, c’est le grand luxe ! » s’exclame Marie en désignant la cabane où sa petite famille séjourne cet été. Une cuisine exiguë, une chambre et une salle d’eau. Un cadre somptueux, comparé à cette cabane où elle a passé l’été 2014 avec sa fille, alors âgée de trois ans : « C’était sale, il n’y avait ni douche ni WC, ni lit et certains matelas étaient pleins de crottes de rat. »

    Des conditions de vie semblables à celles de Nadine, 65 ans, quand elle était bergère dans les années 1970. « Le sol était en terre battue, il n’y avait pas de fenêtre, juste un lit, un poêle et une table, se souvient-elle. À cette époque, les bergers venaient souvent de l’assistance publique, élevés à la dure par des paysans. Quand des nouveaux profils sont arrivés, dont les femmes, les éleveurs ne comprenaient pas nos exigences d’un minimum de propreté et de confort dans les cabanes. Ces demandes spécifiques des femmes font bouger les choses pour tout le monde. » Marie abonde : « Quand tu revendiques de meilleures conditions de logement, on te dit que tu es trop proprette pour être bergère. Pour appartenir à la tribu, il faut avoir les cheveux emmêlés, les lacets défaits et trois chiens. Moi, je mets du khôl, et alors ? »

    Bergères guerrières

    Les bergers en difficulté pouvaient déjà joindre Cléopâtre, une ligne téléphonique portée par l’association de soutien aux activités pastorales Aspir, qui offre une écoute, voire une visite en alpage. Mais rien de spécifique aux bergères, jusqu’à ce que le groupe Facebook Bergères guerrières ouvre la boîte de Pandore, en décembre 2020.

    Sophie, 40 ans et bergère en Ariège, est une des femmes qui en est à l’origine : « Il y avait besoin d’un groupe non-mixte. À la base, on n’avait pas vraiment conscience de son importance mais il s’est avéré qu’il y avait besoin d’une plateforme de communication et d’alerte. Il y a énormément d’histoires d’agressions sexuelles. » Une semaine après sa création, une bergère a fait part du harcèlement qu’elle subissait de la part d’un collègue. Aussitôt, plusieurs femmes ont témoigné être victimes du même individu.

    À l’heure actuelle, le groupe Facebook réunit 252 bergères des quatre coins des cimes françaises. Les posts fleurissent, dénonçant les violences sexuelles subies sur un alpage, le sexisme ambiant, les propositions de co-gardes d’enfants… Des bergères réfléchissent à un système qui permettrait aux nouvelles arrivées de se renseigner sur un potentiel employeur ou un potentiel collègue berger avant d’accepter le poste : numéro de téléphone auquel envoyer un SMS, liste noire à faire tourner…

    Pour éviter tout danger, certaines prennent des précautions en amont. C’est le cas de Chloé, 32 ans, bergère depuis 2013 en Belledonne (Isère). Elle travaille chaque été avec sa collègue Valentine. « Si je devais changer d’alpage, j’essaierais de trouver une fille, ou un copain que je connais bien. Un homme que je ne connais pas, c’est hors de question ! » assure-t-elle. Et surtout, elle visiterait les cabanes avant pour éviter les mauvaises surprises.

    Pour créer un rapport de force avec les employeurs réfractaires au code du travail, des bergers et des bergères planchent à la création d’un syndicat. Il en existe déjà dans quelques départements, affiliés à la CGT, mais pas au niveau national. Le 1er mai dernier, plusieurs gardiennes et gardiens de troupeaux des Alpes, des Cévennes et de Provence se sont réunis en Isère pour monter « une organisation syndicale pour défendre l’ensemble des berger.e.s, vacher.e.s, chevrier.e.s salarié.e.s , quels que soit leur nationalité et leur statut, qui travaillent en montagne ou ailleurs, quelle que soit la saison ». Le communiqué, rédigé en écriture inclusive, affirme également son soutien envers « les luttes anticapitalistes, antiracistes et féministes ». Une nouvelle génération de bergères et bergers unis et solidaires, qui tranche avec l’image d’Épinal du berger solitaire.

    ►https://reporterre.net/Ces-bergeres-en-lutte-contre-le-sexisme-en-alpage
    #genre #montagne #VSS #élevage #résistance

    déjà signalé ici, mais sans le texte complet :
    ▻https://seenthis.net/messages/970457

  • « Il a tracé seul son chemin » : les #abandons en montagne, une forme de #violence_conjugale

    En #randonnée, #alpinisme ou #trail, des femmes se mettent à raconter comment leur ancien compagnon les a laissées seules en pleine montagne. Loin d’être anodins, ces abandons relèvent de mécanismes de domination.

    « Je l’ai vu partir de plus en plus loin, s’enfoncer dans la nuit jusqu’à disparaître complètement. » Presque dix ans après, Tina n’a rien oublié de cet ultra-trail de plusieurs jours dans les Pyrénées avec son ex-compagnon. Lors de la deuxième nuit, elle est épuisée tandis que lui accélère, sans se retourner. « Je me suis sentie trahie, je pleurais de rage, je n’ai pas compris comment il a pu faire passer son désir de compétiteur avant le reste. Ce n’était pas de la peur — la montagne je connais. Mais on était partis à deux, on était censé compter l’un sur l’autre », dit-elle.

    Tina poursuit sa course seule et retrouve plusieurs heures plus tard son ex-compagnon sur une base de vie « comme si de rien n’était ». Profondément marquée par cet abandon, cet épisode a pesé dans sa décision de le quitter quelques mois plus tard. « Je me suis rendu compte que ce n’était pas quelqu’un sur qui je pouvais compter, même dans la vie de tous les jours. En montagne, les personnalités se révèlent plus vite, on ne peut plus se cacher derrière des apparences. »

    Comme Tina, une quinzaine de femmes ont répondu à l’appel à témoignages lancé par Reporterre pour raconter des expériences similaires d’abandon en randonnée, en trail ou en alpinisme. Presque toutes expliquent qu’elles étaient à l’époque dans une relation toxique avec leur ex-partenaire et la quasi-totalité d’entre elles estiment que ces abandons s’inscrivent dans un #continuum_de_violences.

    En février, après la condamnation d’un alpiniste autrichien pour avoir laissé sa compagne près du plus haut sommet du pays, où elle est morte de froid quelques heures plus tard, les témoignages de femmes laissées en montagne se sont multipliés sur les réseaux sociaux sous l’expression « #Divorce_alpin » [1]. En les voyant, Mathilde s’est rendu compte qu’elle n’était pas un cas isolé. « Je me suis sentie reconnue, j’ai compris que ce n’était pas moi le problème, que c’était une #violence_systémique », explique la jeune femme.

    Son ex-compagnon l’a laissée à quelques centaines de mètres du sommet du Mont-Blanc alors qu’ils grimpaient ensemble. « J’étais épuisée, transie de froid et il s’est désencordé pour battre un record sur [l’application] Strava en gardant l’eau et la nourriture avec lui », raconte-t-elle. Mathilde est finalement redescendue avec un groupe d’alpinistes qu’elle ne connaissait pas, croisé à ce moment-là. « Cet épisode a été comme un électrochoc d’une relation que je ne voulais pas voir dysfonctionnelle, je l’ai quitté du jour au lendemain. »

    Ce n’était pas une première : « Il nous mettait souvent en #danger parce que seule la #performance comptait. Moi aussi j’aime les sensations fortes, mais je le suivais naïvement car il avait plus d’expérience et dès que je tentais de freiner, je passais pour la relou trop prudente. »

    Les deux avaient déjà été secourus par le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) lors d’une sortie et Mathilde ne compte plus les fois où elle se mettait à pleurer tant l’engagement dépassait ses limites. « Je ne sais toujours pas pourquoi je continuais à le suivre. Sans doute l’espoir que, cette fois, ce serait différent, qu’il me prendrait en compte. »

    « J’ai fini par appeler les secours »

    Pour Sophie [2], l’évènement remonte à plus de dix ans, dans les Pyrénées. Son conjoint l’a laissée seule avec leur fils de 9 ans en pleine montagne sans eau, ni carte, en pleine montée. « Le matin, il m’avait annoncé une randonnée de quatre ou cinq heures, mais à midi, il m’a dit qu’il fallait encore marcher quatre ou cinq heures. Comme ce n’était pas ce que nous avions convenu, une dispute a éclaté et il est parti », raconte Sophie, qui n’est pas une grande sportive et n’a pas une grande connaissance de la montagne, contrairement à son mari.

    « J’ai eu très #peur, j’ai fini par appeler les secours pour me géolocaliser. Ils ne pouvaient pas nous orienter et ont proposé de venir nous chercher, mais j’ai refusé, nous n’étions pas blessés mais en détresse émotionnelle. » Avec son fils, elle finit par retrouver son chemin et les deux arrivent exténués après dix heures de marche. « Mon conjoint était là, à nous attendre sans voir où était le problème. » Après ça, Sophie a mis un moment à retourner en montagne avec lui. Depuis qu’elle a recommencé, elle prend bien soin de vérifier l’itinéraire, et d’utiliser une application de randonnée indiquant la difficulté du parcours.

    Laurine, elle, n’a pas ressenti de peur immédiate lorsque son ex-compagnon l’a laissée seule en randonnée dans la montagne en Italie il y a trois ans. « Sur le chemin du retour alors que nous étions encore en haut et sans réseau, il a décidé de tracer seul son chemin à travers le flanc de montagne. Je ne pouvais pas le suivre, c’était ma première activité physique depuis mon entorse à la cheville », se souvient-elle. Sportive, malgré sa blessure, elle réussit à rentrer sans encombre. Mais la nuit qui a suivi, elle a été victime d’un viol conjugal.

    « Cet épisode me fait réaliser aujourd’hui à quel point j’étais dans une relation toxique. Avec le recul et en voyant tous les témoignages de femmes laissées en montagne, j’ai réalisé que cet abandon préparait le terrain pour le viol qui suivrait. Cela fait partie d’un système de violences. »

    Un constat partagé par des associations spécialisées. L’Union nationale des familles de féminicides estime aussi que cette pratique est bien une violence conjugale. « Abandonner sa compagne dans un endroit isolé ne relève pas d’un désaccord sur le rythme, d’une blague. C’est une #mise_en_danger pour punir, humilier ou affirmer sa domination. Ce n’est pas de l’amour. C’est une violence. »

    Une analyse que rejoint la sociologue Johanna Dagorn, chercheuse à l’université de Bordeaux. L’expression « Divorce alpin », largement reprise sur les réseaux sociaux, lui paraît d’ailleurs problématique : « Cela sonne presque exotique, alors qu’il s’agit de quelque chose de dramatique. »

    Mettre en #insécurité pour humilier

    Dans ses recherches, elle identifie des mécanismes similaires au-delà de la montagne : « abandonner sa compagne dans un milieu isolé, que ce soit en montagne ou sur le bord d’une route, c’est la mettre en insécurité pour l’humilier et affirmer une forme de domination, explique-t-elle. Ces comportements s’inscrivent dans une logique de contrôle coercitif, visant à montrer à l’autre qu’elle peut être laissée seule, vulnérable. » Et en montagne, cette violence prend une dimension particulière : « C’est un milieu où l’on est peu de choses, où la solidarité est essentielle. »

    Elle décrit un mécanisme en plusieurs temps : d’abord une mise sous tension — accélérer, distancer — puis l’abandon, avant une phase de #minimisation ou de #déni : « Ne pas donner d’explication, c’est banaliser ce qu’il s’est passé et nier la peur de l’autre. »

    Pour Johanna Dagorn, l’argument de la #performance_sportive ne tient pas : « Si l’objectif est uniquement la performance, on part avec des personnes du même niveau. Ici, il y a une intention de rabaisser, de montrer à l’autre qu’elle n’est pas à la hauteur. » Ces actes s’inscrivent ainsi dans un continuum de violences : « Dans la quasi-totalité des cas d’abandons sur l’autoroute que j’ai étudiés, il existait déjà d’autres formes de violences. »

    L’éternelle seconde de cordée

    Cette lecture en termes de violences conjugales peut aussi être éclairée par une analyse des rapports de pouvoir à l’œuvre dans ces situations. Ainsi, pour la sociologue Rozenn Martinoia, « celui qui décide d’abandonner exerce un pouvoir sur l’autre ». Ce #pouvoir repose autant sur des ressources que sur des perceptions. « Les femmes ont souvent été moins formées et surtout plus amenées à douter d’elles-mêmes », souligne-t-elle.

    Dans ce contexte, l’abandon vient renforcer une #asymétrie déjà installée : « On minore les compétences des femmes et elles finissent par intérioriser une forme d’infériorité. » Et en montagne, cet effet est accentué par l’#isolement, le danger et l’engagement physique, car « c’est un milieu où les personnalités se révèlent vite, parfois sans témoin ».

    Face à ces inégalités, les groupes de femmes en #non-mixité se développent de plus en plus. Lead The Climb, Premières de cordée, Girls in Bleau, Copines de rando, Pyr’elles, Womens mountain club… « Ces espaces permettent de renforcer leur confiance et leur compétence et d’expérimenter le rôle de leader. » Ce qui montre encore une fois que ce sont aux femmes de s’adapter.

    ►https://reporterre.net/Il-a-trace-seul-son-chemin-les-abandons-en-montagne-une-forme-de-violenc
    #montagne #domination #sexisme #genre #femmes #abandon #humiliation

  • More women die in heatwaves, but biology ’isn’t main cause’
    ▻https://www.dw.com/en/more-women-die-in-heatwaves-but-biology-isnt-main-cause/a-78187451

    Across the board, he says, women spend 30% to 50% more of their working time above heat-stress thresholds than men. In construction, when comparing men and women doing the same job, the figure rises to around 50%.

    The reasons, he says, are structural. Women often wear more clothing for the same job. Men are more confident asking for breaks. And where men’s work is visibly strenuous, it’s recognized as a heat risk and rewarded with rest. But women’s work is steadier, less obviously punishing, and gets no such relief.

    Parsons compares it to the difference between a plane crash and asbestos exposure: One is a sudden, visible catastrophe, the other a slow, constant harm that’s easy to miss. “Male heat stress tends to be this taller risk, where you get relatively visible moments of physical distress that can be managed,” he says. “Female heat stress is constantly there, but much less visible, because it doesn’t have those same obvious peaks in the working day.”

  • Féminicides en Suisse : la #violence à huis clos

    Le nombre de #meurtres commis sur des femmes dans le contexte domestique a atteint un nouveau record en 2025. La Confédération et les cantons ont pris des mesures pour freiner cette violence et mieux protéger les victimes. Mais la Suisse en fait-elle assez ?

    Binningen (BL) : le 13 février 2024 vers midi, un homme de 41 ans frappe son épouse de 38 ans au visage et l’étrangle dans leur maison. Il découpe le cadavre pour le faire disparaître. Le couple, parent de deux enfants en bas âge, était sur le point de se séparer. Corcelles (NE) : dans la nuit du 20 août 2025, une femme de 47 ans et ses deux filles meurent poignardées chez elles. L’ex-mari, âgé de 52 ans, attire rapidement l’attention des enquêteurs. Grabs (SG) : le 26 avril 2026, une femme de 71 ans succombe dans sa villa. La police arrête son époux, âgé de 67 ans.

    Trois lieux, trois années, trois meurtres. Qui montrent à quel point le cadre domestique peut être dangereux pour des femmes de tout âge, même dans un pays aussi paisible que la Suisse. La violence exercée par les conjoints ou ex-conjoints commence peu à peu à interpeller la société et le monde politique, mais ces crimes ne sont plus des actes isolés depuis longtemps. En Suisse, une femme meurt toutes les deux à trois semaines en moyenne dans un contexte de violence domestique. En 2025, avec 25 femmes et filles tuées, un nouveau record a été atteint depuis qu’on a commencé, en 2009, à recenser ces meurtres séparément. En tout, 55 homicides ont été commis en Suisse l’an dernier.

    Le gouvernement s’inquiète

    La violence domestique n’épargne pas les hommes. Mais pour ce qui est des meurtres, le tableau est clair : plus de 90 % des victimes sont des femmes, les auteurs étant majoritairement des hommes. Le chiffre record de 2025 a inquiété le gouvernement. « Cela ne peut pas continuer ainsi », a déclaré la ministre de l’intérieur, Elisabeth Baume-Schneider. Le ministre de la justice, Beat Jans, a souligné qu’aucun autre délit ne fait autant de victimes que la violence contre les femmes. Au milieu de 2025 déjà, une commission de représentants de la Confédération, des cantons et des communes a arrêté des mesures urgentes. Les régions ont par exemple été invitées à collaborer pour offrir des places aux femmes dans les #refuges.

    Nora Markwalder, professeure de droit pénal à l’Université de Saint-Gall, ne constate aucune hausse durable du nombre de féminicides. Mais elle trouve tout de même cette « tendance stable » préoccupante. Tandis que les meurtres entre hommes, commis lors de sorties, de disputes ou dans le milieu criminel, ont fortement reculé en Suisse ces dernières décennies, le nombre de femmes tuées par leur conjoint est resté constant. « Cela interroge », note la criminologue.

    Pas un « drame familial »

    Le terme de « féminicide » fournit une piste de réflexion. Popularisé dans les années 1970 par la sociologue américaine Diana Russell, il renvoie à la dimension sociétale de ces crimes. D’après une définition de l’ONU de 2012, les féminicides sont les meurtres commis sur des femmes dans un contexte domestique. Des analyses montrent qu’ils sont souvent liés, chez leurs auteurs, à une volonté de #domination, un sentiment de #possession et des #stéréotypes de #genre. Les séparations sont des phases à haut risque. « Près de la moitié des meurtres sont commis pendant ou après la #séparation », explique Nora Markwalder.

    En Suisse, le féminicide n’est pas un terme juridique. Des groupes de défense des droits des femmes, des responsables politiques et le projet de recherche stopfemizid.ch l’utilisent depuis quelque temps pour mettre ces affaires en lumière. Les médias et les autorités l’emploient aussi de plus en plus. Pour Nora Markwalder, il décrit la réalité : « Il s’agit d’un meurtre, pas d’un drame familial ou d’un crime passionnel, comme on le désignait souvent auparavant pour minimiser sa gravité. »

    Nouveau numéro d’aide aux victimes

    La Suisse a longtemps estimé que ce qui se passait chez les gens ne concernait pas l’État. La violence domestique – viols, voies de fait et menaces – n’est un délit officiel que depuis 2004. Des politiciennes de tous bords se sont battues pour que des mesures soient prises contre la violence faite aux femmes. En ratifiant la Convention d’Istanbul en 2018, la Suisse s’est engagée à agir. Une « feuille de route » de la Confédération et des cantons a porté de premiers fruits : au printemps de 2026, une ligne nationale d’aide aux victimes a été mise en place, le 142. Les cantons ont renforcé leur gestion des menaces pour détecter précocement la violence. Car le féminicide est souvent le point final d’une spirale de violence, comme l’a montré une analyse de la Confédération.

    Désormais, la police s’adresse de manière ciblée aux auteurs de violences. Des cantons testent le bracelet électronique pour interdire les contacts. La Confédération a lancé une campagne de prévention afin de sensibiliser la population à la violence domestique. Des modifications législatives sont envisagées, notamment dans le droit régissant la détention d’armes. En 2025, une étude de l’Université de Saint-Gall a montré que les meurtres domestiques sont souvent commis au moyen d’armes à feu en Suisse, surtout si les auteurs sont âgés. Il faut savoir que les Suisses peuvent conserver leur arme militaire même après avoir été libérés de l’obligation de servir.

    Critiques et exigences

    Les défenseurs des droits des femmes et les partis de gauche reprochent à la Suisse de ne pas appliquer assez rigoureusement la Convention d’Istanbul, malgré les progrès accomplis. Les refuges pour les femmes manquent d’argent, et la protection des femmes varie fortement d’un canton à l’autre. À droite, l’UDC estime que la violence domestique est surtout un problème de migrants. Elle exige des peines plus lourdes et des expulsions systématiques.

    La Confédération et les cantons prévoient de déployer une nouvelle stratégie nationale contre la violence domestique et sexuelle en 2027 afin d’harmoniser les mesures et de tenir compte de la violence numérique. Le Parlement a en outre commandé une étude de faisabilité pour une tenue de statistiques sur les féminicides, y compris hors du contexte domestique.
    Un procès marquant

    Dans l’affaire de Binningen, le procès de première instance s’est tenu en mai 2026. Il a fait apparaître la dynamique destructrice de la violence domestique. La Cour pénale de Bâle-Campagne a condamné l’époux à la perpétuité pour assassinat et atteinte à la paix des morts, estimant que, mortifié par la perspective d’une séparation et mû par un besoin de contrôle, par la vengeance et la colère, ce dernier avait aussi tué sa femme pour dissimuler les faits de violence conjugale. Le président du tribunal a parlé d’un problème de société : « Il s’agit là d’un féminicide. » Des membres de la famille, des amis et des militantes ont rendu hommage à la victime en formant une chaîne humaine devant le tribunal.

    ▻https://www.swisscommunity.org/fr/nouvelles-et-medias/revue-suisse/article/feminicides-en-suisse-la-violence-a-huis-clos
    #féminicides #genre #femmes #Suisse #violence_domestique #statistiques #chiffres

  • Misogynie et botanique : comment le patriarcat s’est infiltré dans nos jardins

    Des savoirs effacés et des #noms de #plantes sexistes : une balade organisée par l’association Les Mutines indigènes, dans le Gard, a permis de mesurer les biais qui parcourent encore le monde de la botanique.

    Sac sur le dos, chaussures aux pieds, et loupe botanique pendue au cou, les randonneurs sont prêts à partir. Mais Angeline Julien, l’animatrice, les invite à former un cercle. Au sol, un tableau plastifié présentant des catégories : « figure de la sorcière », « stéréotypes de genre », « culture du viol »… Drôle d’introduction pour une balade dédiée à l’observation du règne végétal.

    La guide du jour explicite le thème : misogynie et botanique. Car « en Europe, la domination des femmes s’est aussi perpétuée via les plantes », explique-t-elle. « Et chacune de celles que nous allons rencontrer aujourd’hui peut être associée à une ou plusieurs de ces notions. » Passionnée de botanique, elle propose régulièrement des promenades sur divers thèmes avec son association, Les Mutines indigènes.

    Soleil radieux de printemps et fraîcheur du matin s’équilibrent, la météo est parfaite pour déambuler entre les bosquets, les prairies fleuries et les parties cultivées des jardins ethnobotaniques de la Gardie, à Rousson (Gard). Six hectares dédiés au patrimoine floristique sauvage et domestique des basses Cévennes. Dans le petit groupe qui se met en marche, il n’y a quasiment que des femmes.

    Des symboles de #chasteté

    Quelques pas plus tard, nous voici déjà à la recherche d’un premier arbuste : l’#aubépine. Ses petites fleurs blanches ont déjà fané. « On disait qu’elle assurait le bonheur conjugal en assurant la chasteté des femmes attendant le mariage », dit Angeline. Les significations données aux plantes reflètent parfois moins leurs véritables propriétés que ce que l’on attend des femmes. Autre exemple croisé au cours de la balade : celui de la #marguerite commune. Là encore une fleur blanche qui, « portée en couronne, était symbole de #virginité pour les jeunes filles », explique-t-elle.

    Signe que les fleurs sont sans cesse associées aux femmes, il n’est pas difficile de trouver une longue liste de plantes nommées d’après #Vénus. Angeline nous invite à quitter le sentier pour s’aventurer dans une prairie labourée par les sangliers. Là, d’étranges fleurs séchées dressent leurs picots. À leur base, leurs feuilles incurvées retiennent l’eau de la dernière pluie. Il s’agit de #cardères_sauvages (Dipsacus fullonum), aussi connue sous le nom de cabaret des oiseaux, ou… baignoire de Vénus.

    Le début d’une longue série. Lors de cette promenade, d’à peine plus d’un kilomètre, nous croisons également le sourcil de Vénus (surnom de l’achillée millefeuille, Achillea millefolium L.), le peigne de Vénus (Scandix pecten-veneris L.), le nombril de Vénus (Umbilicus rupestris), le miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris), la capillaire cheveux de Vénus (Adiantum capillus-veneris) et l’églantier (Rosa canina), surnommé le bouquet de Vénus.

    Autant de noms qui perpétuent l’idée que « l’on attend des femmes qu’elles soient belles comme les fleurs », dit Angeline. Et aussi celle que « les femmes sont une ressource, au même titre que la nature ». Celles-ci se doivent aussi d’être chastes, et l’idée a été longtemps entretenue que les plantes se reproduisaient sans #sexualité. Au point que plusieurs mythes grecs racontent comment des jeunes femmes ont été transformées en plantes pour s’assurer de leur abstinence, rappelle notre guide.

    Ainsi, la nymphe Daphné, poursuivie par Apollon et appelant son père à l’aide, a été transformée par celui-ci en laurier. « Le fait qu’il soit toujours vert est un symbole de chasteté », souligne Angeline.

    Puis, vers la fin du XVIIᵉ siècle, les naturalistes européens reconnaissent enfin que les plantes ont une sexualité. « Le #pistil est décrit comme la partie femelle des fleurs, et les #étamines comme la partie mâle », nous rappelle Angeline. Au XVIIIe siècle, le naturaliste suédois #Carl_von_Linné, créateur du système de classification des espèces vivantes, propose à partir de cette description sexuelle une #classification des plantes. Et ce sont évidemment les caractéristiques mâles d’une plante qui déterminent son niveau dans la classification. Ce faisant, Linné « amène la #hiérarchie traditionnelle des genres dans les sciences », écrit au début des années 2000 la chercheuse Londa Schiebinger.

    Les premières botanistes invisibilisées

    Pour Léa Richard, botaniste spécialiste de la place des femmes dans sa discipline, ce système de classification basé sur les organes reproducteurs des plantes a contribué à les en exclure : « On disait que c’était une botanique obscène à laquelle les femmes ne devaient pas avoir accès. Or, pour Linné, un botaniste, c’est quelqu’un qui sait classer les plantes, faire de la taxonomie. En refusant d’apprendre aux femmes la classification sexuelle des plantes, on les empêche de fait d’accéder à cette science. »

    Au XVIIIe siècle, c’était pourtant une discipline à la mode pour les femmes. Mais les ouvrages qui leur étaient spécifiquement destinés veillaient à ne pas leur apprendre les bases scientifiques de la discipline, se concentrant par exemple sur la fabrication de bouquets. À la fois par pudeur et parce que les femmes étaient considérées comme moins intelligentes...

    Si quelques femmes deviennent malgré tout botanistes à cette époque, elles sont des exceptions, sont souvent formées par un homme — père, mari, amant — et « sont des aristocrates », note Léa Richard. « Elles se sont aussi beaucoup intéressées aux plantes sans système reproducteur apparent, les plantes cryptogames telles que les algues, les mousses, les lichens. Cela évitait d’utiliser le système de Linné, et c’étaient des champs peu explorés avec moins de concurrence des hommes. »

    Par ailleurs, « ces femmes ont été invisibilisées », souligne Angeline. Comme symbole de cet effacement, elle nous invite à chercher une plante commune des friches et des chemins : l’#urosperme_de_Daléchamps (Urospermum dalechampii), nommée en hommage à cet auteur d’une histoire des plantes au XVIe siècle. « En revanche vous trouverez très peu de plantes portant le nom de botanistes femmes », déplore-t-elle.

    Léa Richard lui donne raison, et note une autre cause potentielle : « Très peu de femmes nomment des plantes. » Seulement 3 % des plantes de la nomenclature linnéenne ont été baptisées par des femmes.

    Ainsi mises sous la tutelle des hommes dans ce domaine, à partir du XVIIe siècle, « les femmes ont été dépossédées de leur savoir sur les plantes », poursuit Angeline, « notamment avec l’invention de la sage-femme, qui agit sous la coupe d’un médecin ». Alors que la connaissance des plantes et de leurs propriétés faisait partie des tâches dévolues aux femmes, chargées du soin de leur famille, ce savoir est repris en main. Il y a « une volonté masculine de limiter l’autonomie des femmes dans les pratiques liées à leur fécondité, écrit l’historienne Émilie-Anne Pépy. Les femmes herboristes font l’objet d’une double #disqualification en raison de leur #genre et de leur origine sociale. »

    La figure de la #sorcière a aidé à disqualifier ce savoir. En exemple, Angeline prend la #verveine_officinale. « Il était dit que les sorcières s’en servaient pour provoquer une attraction immédiate. Elle est associée à la sphère sexuelle, du désir », dit-elle.

    Tout au long de la promenade, Angeline multiplie les exemples de plantes aux propriétés utiles aux femmes, « mais dont on a perdu les usages précis, les posologies », explique-t-elle. Tandis que l’on déambule, on croise ainsi la salsepareille, la rue officinale, l’armoise commune, connues pour leurs propriétés abortives, mais qu’on ne sait plus utiliser.

    « Un domaine encore dominé par les hommes »

    Sur le bord du chemin, elle nous arrête devant une plante aux impressionnantes tiges vertes, semblable à du fenouil géant : la #férule_glauque (Ferula glauca L.). Là où la tige est fendue, un suc abondant en sort. « C’est cette sève qui était utilisée », montre-t-elle. « Des textes d’Hippocrate et Pline disent qu’elle avait une action sur la fertilité des femmes, elle aurait notamment la propriété de stimuler les règles, mais il n’y a pas d’études contemporaines qui le certifient. » Elle fait aussi partie de la famille des herbes de sorcières : « Il était dit qu’elles l’utilisaient pour rendre les hommes impuissants », indique Angeline.

    Puis, au milieu d’un jardin en carrés organisé comme à l’époque médiévale, elle attire notre regard vers de petites fleurs bleu électrique presque au ras du sol. « Les plantes méritent qu’on se mette à genoux », dit-elle, nous invitant à observer les poils sur les feuilles, visibles uniquement à la loupe botanique. Il s’agit du #gremil_officinal (Lithospermum officinale). « Elle aurait été utilisée comme pilule contraceptive par les Amérindiens », dit-elle.

    La fin de la promenade approche. Sous les chênes verts, Angeline ressort ses fiches plastifiées. Les promeneuses ont bien travaillé : les colonnes du tableau de départ se sont remplies de multiples plantes, messagères involontaires du patriarcat. Et si cette sortie témoigne d’une prise de conscience dans le milieu botanique, elle reste une exception, rappelle Léa Richard. « On a fait les calculs à la Société linnéenne de Provence, à laquelle j’appartiens, raconte-t-elle. Il y a autant de femmes que d’hommes adhérents, mais seulement 20 % des conférences et 10 % des ateliers sont faits par des femmes. La botanique reste un domaine dominé par les hommes. »

    –-

    Des pionnières malgré les interdits :

    #Marie-Anne_Libert (1782-1865) : « C’est un exemple de femme s’intéressant aux plantes cryptogames », explique Léa Richard. Elle a été la première à décrire le champignon responsable de la maladie de la pomme de terre, le mildiou. « Elle a décrit de nombreux agents pathogènes », souligne la botaniste.

    #Clémence_Lortet (1772-1835) : Elle a cofondé la Société linnéenne de Lyon. Elle a laissé plusieurs herbiers issus de ses promenades botaniques autour de la ville. « C’est un exemple du fait que les femmes n’étaient pas citées : elle a publié notamment sous le nom de son fils », dit Léa Richard.

    #Elisabeth_Julienne_Dugage_de_Pommereul (1733-1782) : Elle vivait et étudiait aux jardins du roi. Elle était spécialisée dans les graminées, sur lesquelles elle a publié un ouvrage et « elle avait une correspondance avec Linné lui-même », souligne Léa Richard, qui aime citer comment l’un de ses confrères, Jean-Baptiste Cotton des Houssayes, saluait le travail de cette scientifique : « Je déclare qu’elle n’est femme que par son sexe, mais qu’elle est homme, et homme même très célèbre, par le talent, la qualité et la richesse de son savoir. »

    ▻https://reporterre.net/Misogynie-et-botanique-comment-le-patriarcat-s-est-infiltre-dans-nos-jar
    #botanique #misogynie #patriarcat #femmes #dépossession #invisibilisation

  • Le #travail domestique des enfants : une réalité invisible et des inégalités tenaces - RTBF Actus
    ▻https://www.rtbf.be/article/le-travail-domestique-des-enfants-une-realite-invisible-et-des-inegalites-tenac

    De nouveaux travaux documentent alors les caractéristiques du travail domestique des moins de 18 ans, montrant plusieurs résultats récurrents :

    les enfants filles réalisent plus de travail que les enfants garçons ; le travail domestique augmente avec l’âge ; les aînées et aînés sont généralement plus impliqués que les cadets ; enfin, le travail domestique décroît à mesure que le niveau d’éducation parental s’accroît, les parents les plus diplômés donnant plus d’importance aux activités scolaires ou aux loisirs des enfants.

    -- Permalien

    #enfant #éducation #genre

  • #Canicule : la #charge_écologique pèse lourdement sur les #femmes

    Alors que la France traverse une canicule historique, les appels à adapter nos modes de vie s’intensifient. Mais les #écogestes reposent de manière disproportionnée sur les épaules des femmes rappelle une étude de la Fondation Jean-Jaurès, jusqu’au #risque_de_décrochage.

    Avec la canicule, impossible d’accueillir les enfants dans près de 2000 #écoles en France… Et ce sont majoritairement les femmes qui vont les garder à la maison sous des températures éprouvantes. Un #poids de plus sur leurs épaules.

    Depuis que les températures record rappellent l’urgence climatique, les appels à « #faire_des_efforts » pour la planète se multiplient. Mais derrière ces #injonctions, une réalité invisibilisée : ces efforts reposent encore très majoritairement sur les femmes. C’est ce que met en lumière une étude de la Fondation Jean-Jaurès, menée avec L’ObSoCo et Citeo, publiée le 25 juin 2026.

    #Argent, #temps, #équipement : ce sont généralement les obstacles invoqués avant d’entreprendre des efforts d’#adaptation. Pourtant, l’analyse menée par Diane Blanchard, Marie Gariazzo (L’ObSoCo) et Rozenn Nardin (Citeo) lève le voile sur un angle mort majeur de cette transition : l’#éco-citoyenneté se traduit trop souvent par un surcroît de #travail_domestique invisible majoritairement pris en charge par les femmes.

    #Fatigue

    Faire ses produits ménagers, acheter en vrac, cuisiner davantage ou encore gérer le tri et le compost demandent une #organisation complexe et chronophage. Résultat : une #fatigue_écologique s’installe. Certaines femmes interrogées évoquent un sentiment d’#épuisement, voire de #décrochage.

    « C’est très bien le #do-it-yourself, mais qui prend l’initiative de cela ? […] La question environnementale, c’est une #charge supplémentaire dans la besace de la #charge_mentale et dans les #tâches_domestiques pour les femmes. » note Amandine Clavaud, directrice de l’Observatoire égalité femmes-hommes à la Fondation Jean-Jaurès.

    Injonctions et #culpabilité

    L’étude décortique les #conditions_psychologiques dans lesquelles s’implantent ces nouvelles pratiques : « les hommes et les femmes rencontrés évoluent dans un univers saturé d’attentes, d’exigences et de rôles à tenir ». Les femmes sont face à une accumulation d’#injonctions : être une bonne mère, une professionnelle investie, et désormais une consommatrice exemplaire sur le plan environnemental

    Beaucoup des participantes décrivent un sentiment de fatigue, voire d’épuisement. Elles disent avoir l’impression que leurs #efforts ne sont jamais suffisants. Cette culpabilité est renforcée par une #inquiétude réelle face au dérèglement climatique, particulièrement chez les #mères qui associent directement la dégradation de l’environnement à l’avenir de leurs enfants.

    Répartition inégale

    L’étude montre que les écogestes sont loin d’être répartis équitablement au sein des couples. Les femmes réalisent encore majoritairement les #courses alimentaires, choisissent les produits, surveillent les emballages, organisent les repas et gèrent le tri des déchets. Elles sont aussi les premières à initier de nouvelles pratiques plus durables : achats en vrac, fabrication de produits ménagers, réduction des déchets ou compostage.

    Selon les données citées, 72 % des femmes déclarent s’occuper principalement des courses alimentaires, contre seulement 42 % des hommes.

    Travail invisible des femmes

    Et cette implication reste largement invisible. Les familles disent volontiers « on » « on trie », « on mange bio ». Les autrices analysent que « ce « on » ne révèle rien du « qui fait quoi ? » et agit comme un facteur de minimisation du rôle de chacun ». Derrière cette illusion de partage, elles tranchent : « derrière le « on est écolo », c’est souvent le #travail_invisible des femmes qui en est à l’origine. Les entretiens montrent que beaucoup de femmes minimisent elles-mêmes cette différence avant de reconnaître qu’elles sont celles qui pensent au compost, surveillent le tri ou rappellent les consignes au reste de la famille.

    Politique des écogestes

    L’étude insiste sur un point clé : la #transition_écologique ne pourra pas reposer uniquement sur les efforts individuels, et encore moins sur ceux des femmes.

    Le développement du #réemploi, par exemple, suppose une réorganisation complète du quotidien -stocker, rapporter, laver les contenants. Cette #réorganisation nécessite une réflexion sur le partage des tâches au sein des familles mais aussi et surtout sur les infrastructures avec des points de collecte accessibles, des services adaptés. Faute de quoi, ces nouvelles pratiques risquent d’aggraver les déséquilibres existants et d’être impossibles à faire tenir sur la durée.

    ▻https://www.lesnouvellesnews.fr/canicule-la-charge-ecologique-pese-lourdement-sur-les-femmes
    #genre

    • L’#écologie du #quotidien : les femmes en première ligne

      Alors que la France connaît une canicule historique, force est de constater que l’écologie du quotidien se heurte à un triptyque structurant : argent, temps, équipement. Mais à ces marqueurs sociaux et économiques s’ajoute un angle mort : celui du genre. À partir d’entretiens qualitatifs, Diane Blanchard, cheffe de projet à L’ObSoCo, Marie Gariazzo, directrice à L’ObSoCo, et Rozenn Nardin, directrice innovation et anticipation à Citeo, montrent que la charge écologique repose principalement sur les femmes dans les ménages, accentuant les inégalités femmes-hommes, la fatigue, voire le décrochage.

      ▻https://www.jean-jaures.org/publication/lecologie-du-quotidien-les-femmes-en-premiere-ligne
      #rapport

  • Messieurs, si vous voulez l’égalité, levez le pied

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=sajYoj_REk0

    En voiture, à moto, à vélo et même à pied, à kilomètres parcourus équivalents, les hommes meurent considérablement plus que les femmes, représentant 77 % des tués. Quant à la responsabilité dans la survenue d’un accident mortel, le ratio est encore plus implacable : 84 % sont des hommes ! 📢

    En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, la #SécuritéRoutière, par la voix d’une femme et avec une ironie mordante, incite les hommes à s’interroger sur leur sur-mortalité sur la route : « Messieurs, si vous voulez l’égalité, levez le pied » et inspirez-vous de la #conduite_féminine.

    Car parmi toutes les #inégalités de genre qui perdurent, il y en a une qui est aux dépens des hommes : celle de la #surreprésentation_masculine dans la #mortalité_routière, avec tous les comportements à risque qui la favorisent 🚘

    #sécurité_routière #genre #femmes #hommes #vitesse #voiture #statistiques #chiffre #campagne #masculinisme #risque #mortalité

  • Vers des espaces publics inclusifs - Aménager au prisme du #genre

    Une analyse de terrain sur l’égalité de genre dans l’aménagement du canton, réalisée dans deux communes du canton, #Carouge et #Meyrin par la géographe Karine Duplan de l’Université de Genève (UNIGE), au sein de l’Institut de gouvernance de l’environnement et développement territorial de l’UNIGE, en collaboration avec l’Urban Hub, centre universitaire de compétence pour l’étude des villes et des sociétés urbaines.

    ▻https://www.ge.ch/document/espaces-publics-inclusifs-amenager-au-prisme-du-genre
    #rapport #Genève #espace_public #genre #aménagement_du_territoire #géographie #inclusion

  • Au Royaume-Uni, des escrocs aident des migrants à mentir sur leur orientation sexuelle - InfoMigrants
    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/71036/au-royaumeuni-des-escrocs-aident-des-migrants-a-mentir-sur-leur-orient

    Au Royaume-Uni, des escrocs aident des migrants à mentir sur leur orientation sexuelle
    Par Ana P. Santos Publié le : 24/04/2026
    Une enquête de la BBC a découvert un réseau composé de cabinets d’avocats et de faux conseillers en immigration qui fabriquent des fausses preuves pour aider des demandeurs d’asile à prétendre qu’ils sont persécutés sur la base de leur homosexualité. Les ONG rappellent que ces abus minoritaires "ne reflète pas la réalité" du parcours d’asile "hostile et complexe" des personnes LGBTQ+.D’après un reportage de la BBC tourné en caméra cachée, un réseau clandestin composé d’avocats et de soi-disant conseillers en immigration facture des sommes exorbitantes pour aider des personnes à effectuer de fausses déclarations sur leur homosexualité dans le but d’obtenir l’asile au Royaume-Uni.Ces faux cabinets promeuvent leurs services en ligne et demandent près de 1 700 euros pour la rédaction du dossier et 2 300 à 3 400 euros supplémentaires pour fabriquer des preuves. Selon l’enquête, un cabinet d’avocats a ainsi exigé quelque 8 000 euros pour déposer une demande d’asile fabriquée de toutes pièces qui avait "très peu" de chances d’être rejetée par le ministère de l’Intérieur.
    Des personnes dont le visa était sur le point d’expirer ont ainsi tenté de faire croire aux autorités qu’elles risquent d’être persécutées dans leur pays d’origine en raison de leur orientation sexuelle. Les concernés reçoivent notamment des instructions sur la manière d’obtenir de fausses preuves, notamment des lettres de soutien, des photos et des rapports médicaux.Un journaliste de la BBC s’est ainsi infiltré dans une réunion destinée à la communauté migrante LGBTQ+ et a constaté que bon nombre des participants reconnaissaient ne pas être homosexuels.
    Lors d’échanges téléphoniques avec de prétendus conseillers en immigration ou assistants juridiques, le journaliste a expliqué ne pas être gay. On lui a répondu que "personne n’est sincère. Il n’y a qu’une seule option pour vivre ici aujourd’hui, et c’est précisément la méthode que tout le monde adopte".La BBC note que le phénomène concernerait surtout des migrants dont le visa étudiant, de travail ou touristique a expiré."Quiconque abuse des protections accordées aux personnes fuyant la persécution en raison de leur genre ou de leur orientation sexuelle est plus que méprisable", a tweeté le 15 avril la ministre britannique de l’Intérieur, Shabanna Mahmood, en réaction au reportage de la BBC."Les faux avocats qui facilitent ces abus seront poursuivis avec toute la rigueur de la loi. Une fois derrière les barreaux, leur argent sale sera saisi et réinvesti pour mettre fin au crime qu’ils ont autrefois financé", a poursuivi Shabanna Mahmood.
    La Fondation Peter Tatchell, une organisation caritative londonienne qui défend les droits des personnes LGBTQ+, rappelle dans un communiqué que l"’année dernière, nous avons dénoncé la situation après avoir été submergés par une vague de demandeurs d’asile que nous estimions être des imposteurs.""Les fausses demandes et l’exploitation des personnes LGBTQ+ par des gangs criminels organisés sapent la confiance du public dans le système d’asile. Cela nuit à ceux qui ont une demande légitime de statut de réfugié", poursuit le communiqué.D’autres ONG critiquent l’effet produit par le reportage de la BBC. Microrainbow, une organisation travaillant avec des demandeurs d’asile LGBTQ+ au Royaume-Uni explique sur sa page Instagram que "l’idée selon laquelle un grand nombre de personnes demanderaient l’asile à tort en invoquant leur orientation sexuelle ou leur identité de genre est profondément trompeuse et risque de nuire à ceux qui fuient véritablement la persécution".Les statistiques publiées par le ministère britannique de l’Intérieur indiquent qu’en 2022, 2 % des demandes d’asile au Royaume-Uni, soit 1 334 dossiers, invoquaient l’orientation sexuelle comme l’une des raisons de la demande de protection.Sur un peu plus d’un millier de décisions initiales rendues en 2022. 73 % des demandeurs se sont vus accorder l’asile ou une autre forme d’autorisation de séjour.Cela correspond à un taux de protection trois fois supérieur à celui de 2017, lorsque seules 22 % des demandes émanant de personnes LGBTQ+ avaient été acceptées.
    Les ressortissants pakistanais ont représenté le plus grand nombre de ces demandes d’asile au cours des six dernières années. En 2022, les Pakistanais représentaient ainsi 21 % de l’ensemble des demandes d’asile fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Dans le même temps, par rapport à l’ensemble des demandes d’asile, les ressortissants pakistanais ne représentaient que 3 % de l’ensemble des demandes de protection.
    Une cartographie mondiale réalisée par Human Rights Watch montre qu’au moins 67 pays disposent de lois criminalisant les relations homosexuelles, avec des peines allant de l’amende à la prison à perpétuité, voire à la peine de mort.En outre, au moins neuf pays ont adopté des lois qui criminalisent certaines formes d’expression de genre visant notamment les personnes transgenres. Dans certains pays, les forces de l’ordre poursuivent et traduisent en justice de manière agressive les personnes soupçonnées d’être lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres. Dans d’autres, les lois sont rarement appliquées mais ont néanmoins de graves conséquences pour les personnes LGBTQ+, "servant à justifier un traitement discriminatoire et entravant l’accès de ces personnes à l’emploi, aux services de santé et à la protection policière", explique Human Rights Watch.
    "Tout conseil visant à abuser du système d’asile doit être condamné, mais ce type de comportement, adopté par une poignée d’acteurs de mauvaise foi, ne reflète pas la réalité des personnes LGBTQ+ qui demandent l’asile", observe Carla Manso Garcia, responsable de la communication chez Rainbow Migration, une organisation basée au
    Parmi les cas traités par Rainbow Migration figure celui d’un homme gay originaire du Pakistan dont la famille a découvert qu’il vivait avec son petit ami au Royaume-Uni. "Ils ont commencé à les menacer tous les deux, en leur disant que s’ils revenaient, ils ne les épargnaient pas, qu’ils les tueraient pour en faire un exemple, car ils auraient jeté le discrédit sur la famille, le pays et la religion.”Il y a aussi le cas d’un homme gay originaire d’Inde, qui avait tenté d’obtenir un soutien psychologique dans son pays. "Il a été confronté à beaucoup de stigmatisation et à des commentaires selon lesquels il était possédé par un fantôme simplement parce qu’il était gay", a expliqué Carla Manso Garcia à InfoMigrants.Selon l’organisation Human Dignity Trust, le Code pénal pakistanais de 1860, adopté sous la domination coloniale britannique, érige en infraction pénale les relations sexuelles entre personnes du même sexe et peuvent être punies de la prison à perpétuité. Seuls les hommes seraient visés par cette loi. "Des cas de discrimination et de violence à l’encontre des personnes LGBTQ+ ont été régulièrement signalés ces dernières années, notamment des meurtres, des viols, des agressions et le refus de droits et d’accès à des services fondamentaux. Les femmes transgenres sont particulièrement exposées à la violence et aux abus, malgré une amélioration du cadre législatif en faveur des personnes transgenres", indique Human Dignity Trust.En Inde, parmi les décisions juridiques et politiques en faveur des droits des personnes LGBTQ+, on peut citer une décision de justice de 2014 qui a confirmé le droit de chacun à définir son propre genre. De plus, elle a légalement reconnu les hijras et les kinnar (personnes transgenres) comme un "troisième genre".
    Par la suite, en 2018, certaines dispositions du Code pénal indien qui criminalisaient les relations sexuelles consenties entre hommes en privé ont été jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême. Plus récemment, en 2021, un arrêt historique rendu par la Haute Cour de Madras a ordonné à l’État de fournir des services sociaux complets aux communautés LGBTQ+.Cependant, les Nations unies rappellent qu’il perdure un "manque persistant de compréhension et d’intolérance envers la communauté LGBTQ+, que ce soit dans les grandes villes ou dans les zones rurales"."Le système d’asile est hostile et complexe, et particulièrement difficile pour les personnes LGBTQ+, car elles sont tenues de ’prouver’ leur orientation sexuelle ou leur identité de genre à de parfaits inconnus. Beaucoup ont passé une grande partie de leur vie à cacher ou à nier qui elles sont pour éviter la violence", rappelle Carla Manso Garcia, de Rainbow Migration

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#politiquemigratoire#droit#sante#LGBTQ+#genre

  • Christiane Klapisch-Zuber, arborescences florentines
    ▻https://laviedesidees.fr/Christiane-Klapisch-Zuber-arborescences-florentines

    Pionnière de l’histoire des femmes avant que les études de #genre s’institutionnalisent en France, Christiane Klapisch-Zuber a construit une œuvre multiforme ancrée dans l’histoire sociale et l’histoire de la parenté.

    #Histoire #parenté #Renaissance #Portraits
    ▻https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20260505_klapisch.pdf

  • Bibliographie pour celles et ceux qui s’intéressent au langage inclusif (34 pages de références bibliographiques !!)

    Liste non exhaustive d’articles scientifiques (revues à comité de lecture [peer-reviewed]) sur le lien entre #langage et #pensée, la représentation du #genre, le #genre_grammatical, le #langage_inclusif, et les #biais_de_genre (#androcentrisme,…). [Non-exhaustive list of scientific articles (peer-reviewed) on the link between language and thought, gender representation, grammatical gender, inclusive language, and gender biases (androcentrism,...)]

    ►https://osf.io/p648a/?view_only=a385a4820769497c93a9812d9ea34419
    #écriture_inclusive #bibliographie #ressources

    déjà signalé dans ce post ici :
    ▻https://seenthis.net/messages/880539

  • Migreurop : Notre histoire

    Le réseau Migreurop trouve son origine au début des années 2000 dans un contexte marqué par le durcissement des politiques migratoires européennes. La frontière franco-britannique en constitue l’un des points de départ emblématiques avec le camp de Sangatte, symbole d’une Europe qui organise l’exclusion des personnes étrangères à grande échelle. C’est dans ce contexte que, lors du Forum social européen de Florence 2002, un séminaire consacré à « l’Europe des camps » réunit militant·e·s et chercheur·se·s désireux de partager analyses et expériences. De cette rencontre naît informellement le réseau Migreurop, officiellement constitué en association en 2005.


    Aujourd’hui, il rassemble une centaine d’associations, des militant·e·s et des chercheur·se·s issus de 18 pays d’Europe, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et du Proche-Orient, avec pour objectif de décrypter, documenter et dénoncer les conséquences des politiques migratoires européennes sur les droits des personnes exilées. Depuis 20 ans, le réseau a permis de tisser des liens entre les sociétés civiles des différents pays situés le long des routes migratoires, luttant ensemble contre les politiques européennes mortifères, pour le respect des droits et la #liberté_de_circulation pour tous et toutes.

    20 ans de lutte contre les politiques migratoires assassines

    En 2025, le réseau Migreurop a fêté ses 20 ans d’existence. A cette occasion, un film documentaire*, réalisé par Romain Kosellek, a été produit retraçant l’histoire de Migreurop.

    ►https://player.vimeo.com/video/1162221765?h=34e157e0f7
    ►https://migreurop.org/article3547.html
    #Migreurop #vidéo #histoire #Sangatte #enfermement #camp #encampement #Gisti #ARCI #MRAX #migrations #réfugiés #frontières #recherche #enfermement #politiques_migratoires #rétention #détention_administrative #carte_des_camps #cartographie #externalisation #morts_aux_frontières #mourir_aux_frontières #no_camps #AMDH #Maroc #association_malienne_des_expulsés (#AME) #altermondialisme #2005 #société_civile #antiracisme #droits_des_étrangers #européisation_des_politiques_migratoires #Europe_du_rejet #directive_retour #atlas #Frontex #droit_d'asile #frontexit #boats_for_people #watch_the_med #Alarmphone #libre_circulation_des_personnes #boat_4_people #open_access_now #hotspots #moving_beyond_borders #racisme #genre

  • Permis de conduire : les stéréotypes de genre influencent-ils les taux de réussite ?
    ▻https://theconversation.com/permis-de-conduire-les-stereotypes-de-genre-influencent-ils-les-tau

    Alors que les femmes réussissent aussi bien que les hommes l’épreuve théorique du permis de conduire, pourquoi ont-elles en France un taux de réussite de 10 points inférieur à celui des hommes à l’épreuve pratique du permis B ? Pourquoi réussissent-elles mieux l’épreuve théorique (70 %) que l’épreuve pratique (56 %) ? Pourquoi les hommes réussissent-ils mieux l’épreuve pratique alors qu’ils composent ensuite 86 % des conducteurs de moins de 24 ans tués sur la route ?

    (...)

    Les résultats de l’étude montrent que le fait d’être une femme affecte positivement à la fois la probabilité d’obtenir une information sur le volume horaire mais également le nombre d’heures proposées. Une auto-école propose en moyenne un nombre d’heures de conduite plus élevé de près de 2 heures aux femmes qu’aux hommes.
    En conclusion, il s’avère effectivement que le sexe de l’apprenti influence les appréciations des formateurs avant même le début de la phase d’apprentissage, les amenant à déterminer la durée et le contenu des apprentissages en fonction de croyances socialement partagées sur les compétences des hommes et des femmes au volant.

    #genre #sexisme #stéréotype #croyance

  • Vieillir au féminin
    ▻https://metropolitiques.eu/Vieillir-au-feminin.html

    Vieillir au féminin signifie-t-il vivre seule ? À l’approche de la retraite, les femmes trouvent des formes d’entraide dans des alternatives d’habiter et de vie en solidarité. Certaines développent des liens de voisinage forts et s’affranchissent d’une division genrée du travail domestique. ---- Émission : Le #genre en ville Habitats participatifs, béguinages, maisons partagées… les projets alternatifs permettant de vieillir en solidarité, s’ils restent peu nombreux, émergent de plus en plus. #Podcasts

    / genre

  • Espagne : le pari de la mixité femmes/hommes en prison | ARTE Regards - YouTube
    ▻https://www.youtube.com/watch?v=eBpTW_iaUZI

    Dans l’Union européenne, seuls 6% des détenus sont des femmes. Une écrasante minorité, qui contribue à les invisibiliser et les condamne souvent à une double peine. Pour y remédier, l’Espagne mise depuis longtemps sur la mixité hommes/femmes en milieu carcéral, quand la France commence seulement à s’y atteler.

    Longtemps interdite, la mixité est aujourd’hui perçue comme une solution efficace pour rendre le milieu carcéral plus égalitaire. L’objectif est double. D’une part, permettre aux femmes un accès aux mêmes activités, formations, opportunités de travail que les hommes. D’autre part, augmenter les chances d’une réinsertion réussie des hommes dans la société, qui est un environnement mixte.

    L’Espagne a fait de la mixité en prison une nouvelle norme. Toutes les activités en milieu carcéral réunissent hommes et femmes. Le pays va même plus loin et propose à certains détenus de vivre en mixité totale dans le même bâtiment. Ils partagent leurs repas et dorment dans des cellules situées à proximité. En France, comme dans la plupart des pays européens, la mixité fait doucement son chemin en prison.

    #prison #mixité #genre

  • #Typothèque #Bye_Bye_Binary

    La typothèque Bye Bye Binary rassemble et diffuse une collection de caractères typographiques post-binaires réalisés au sein de la collective et au-delà, pour les usages du plus grand nombre. À la différence d’une fonderie dont la propriété est le socle, la collective #BBB propose cet espace comme un lieu d’accueil et de diffusion pour ses adelphes dessinateur·ices de caractères désireux·ses de publier leurs fontes en communauté de pensée. BBB accompagne la finalisation de la «  qunification  » des fontes pour assurer la compatibilité, la présence et le bon fonctionnement des caractères post-binaires au sein de la fonte (voir page QUNI). BBB n’a pas pour seul but le dessin de caractères mais, plus largement, d’alimenter le débat sur la charge politique du design graphique, du langage, des représentations des corps et des identités. La collective Bye Bye Binary adopte une position de recherche militante et communautaire, c’est-à-dire par et avec des personnes concernées, à travers un prisme féministe, queer, trans*, pédé·e, bi·e, gouin·e.

    ►https://typotheque.genderfluid.space
    #typographie #genre #non-binaire #non-binarité #font #inclusivité #écriture_inclusive

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

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    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
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  • Analyse comparative et retour d’expérience sur l’autodétermination :

    Peut-on autodéterminer sa race ? - Mon blog sur l’écologie politique
    ▻https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Peut-on-autodeterminer-sa-race

    Peut-on autodéterminer son genre ? - Mon blog sur l’écologie politique
    ▻https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Peut-on-autodeterminer-son-genre

    #Aude_Vidal #autodétermination #race #genre #fait_social #libéralisme