• Le réseau électrique, un système technique qui ne peut être que capitaliste

    Le réseau électrique n’est pas une simple infrastructure technique mais la matérialisation d’une dynamique capitaliste par essence. Par la constitution d’un réseau interconnecté, l’électricité est devenue à la fois une énergie universelle et une marchandise. « Le Réseau interconnecté est une simulation de la concurrence parfaite, c’est-à-dire que les électriciens sont à la fois des planificateurs et des néo-libéraux absolus » 1. Son étude peut donc nous conduire à une compréhension du capitalisme attentive à sa traduction dans des dispositifs matériels, et voir dans quelle mesure ceux-ci maintiennent les humains dans le fétiche du travail, de la valeur, de la marchandise. Dans cette perspective, une première hypothèse serait que les systèmes techniques déployés par le capitalisme portent en eux-mêmes l’empreinte de sa logique, et ne sont pas des outils qu’une civilisation post-capitaliste pourrait récupérer pour son propre usage. Une deuxième hypothèse moins forte serait de comprendre comment tel ou tel système technique maintient ses utilisateurs dans une logique capitaliste, ou bien plus généralement fétichiste. Dans le cas du réseau électrique, on s’attardera sur les catégories propres à la fois à ce système technique et à la marchandise. Telle est notre problématique : trouver dans la matérialité des systèmes techniques le cœur logique qui commande à son extension indéfinie, et l’arrime à celle de marchandise et du travail abstrait. Un premier cas de système technique a été étudié dans ce cadre, l’informatique, en montrant que l’architecture à la fois logique et matérielle de l’ordinateur engageait à une extension indéfini de calculs2.

    Dans le cas des réseaux électriques modernes, voici quelques affirmations péremptoires qui découlent de cette problématique ainsi posée.

    Dans une société capitaliste, l’électricité est naturalisée comme une substance naturelle existant indépendamment du contexte historique spécifique qui en a fait une forme universelle d’énergie. Le concept d’énergie est appréhendé par la science comme un pur concept physique, indépendamment de rapports sociaux spécifiques où l’idée d’une énergie universelle, indépendant de tout usage particulier, s’est matérialisée dans des dispositifs concrets (transformateurs, câbles électriques, organes de coupure et de protection, formant ensemble le réseau électrique). Là où le travail abstrait producteur de marchandise est la forme générale d’activité, indépendante de son contenu particulier, l’électricité dans le réseau électrique est la forme générale de l’énergie indépendamment des appareils particuliers qu’elle alimente. Là où le temps abstrait quantifie le travail abstrait, la quantité d’énergie est la mesure quantitative de l’objectivation de l’usage de l’énergie universelle. Là où le travail concret n’est pas un travail singulier (incommensurable) mais la face concrète du travail capitaliste, les usages concrets de l’énergie universelle ne le sont qu’en étant intégrés au réseau électrique global. Comme dans le cas de l’ordinateur et du travail capitaliste, on distingue donc un double caractère, concret et abstrait, de l’électricité intégrée au réseau. Chaque usage particulier de cette énergie universelle est rapporté à tous les autres, sous l’angle d’une quantité d’énergie (exprimée en Wh, Watt par heure) et du fait que tous ces usages sont physiquement reliés entre eux par le réseau électrique.

    L’électricité est vue de manière fétichisée comme une substance d’énergie par essence universelle à acheminer du producteur au consommateur. C’est ce qu’elle est vraiment au sein de système technique, mais ce qu’elle n’est plus en dehors. C’est le réseau électrique qui actualise le caractère d’énergie universelle de l’électricité. Chaque usage particulier de l’électricité s’insère dans un circuit électrique particulier reliant les éléments concourrant à cet usage. Mais c’est le réseau électrique interconnecté, auquel sont reliés ces circuits et ces appareils, qui en fait une énergie universelle. L’électricité n’est donc pas une simple marchandise, comme la force de travail n’est pas une simple marchandise. Son usage généralisé, son déploiement comme énergie universelle par le réseau électrique, la croissance du réseau et des quantités d’électricité, engendre une totalité qui contraint les usages particuliers de l’énergie à user d’énergie universelle, et donc à se brancher sur le réseau électrique. Se débrancher du réseau électrique tout en souhaitant utiliser l’électricité sous forme d’une énergie universelle, c’est reconstruire le réseau électrique global, en miniature, c’est donc se coltiner localement toute la complexité technique aujourd’hui éclatée en de multiples acteurs et institutions3.

    Au début de son invention, l’électricité est d’abord une technique d’éclairage et popularisée comme telle. D’autres usages séparés se développent aussi, comme les moteurs, fonctionnant à partir d’une électricité produite sur les lieux même de sa consommation. Mais sous le capitalisme, l’électricité va assez rapidement devenir une énergie universelle au sein d’un réseau interconnecté qui se déploie au fur et à mesure de la croissance capitaliste. Ce contexte historique spécifique va sélectionner un type d’électricité particulier, le courant alternatif, pour des motifs qui tiennent au déploiement de ce réseau, et non en vertu d’une supériorité technique intrinsèque. La bifurcation de trajectoire de ce système technique n’est donc pas non plus une simple contingence. La difficulté de revenir en arrière, à un moment où il semblait que le choix entre plusieurs options était possible, doit aussi bien à la totalité que constitue le réseau, qu’à la totalité que constitue l’économie au moment de cette bifurcation à sens unique. Les options techniques une fois devenues dominantes sont à la fois optimales et indigentes, elles verrouillent matériellement ce qui devient une mécanique sociale, au service du déploiement indéfini de sa logique propre4. Les désavantages de ce système technique deviennent alors évidents à un nombre grandissant de personnes, sans qu’elles parviennent le plus souvent à renoncer à ce qui est à la fois un bienfait5 et le moteur de l’extension de ce système, et qui tient dans les deux cas dans le caractère universel et abstrait de son cœur logique. Le développement logique du fétiche de l’énergie universelle est homologue à celui de la machine de Turing universelle (c’est-à-dire l’ordinateur), indéfiniment programmable, et à celui de la force de travail marchandisée, indéfiniment exploitable. Les trois fétiches s’alimentent les uns aux autres chacun selon sa matérialité propre.

    Les gains de productivité consistant à diminuer la part de travail humain immédiat dans la production de marchandises conduisent à remplacer ce travail par celui de machines, dont le fonctionnement repose sur l’usage d’énergie. Le franchissement par le capitalisme des obstacles qui entravent son extension suscite la grande taille de macro-systèmes techniques (MST). Leur croissance continue, crise après crise, induit une « délocalisation de la puissance »6 qui favorise la conception d’une énergie universelle, apte à satisfaire une variété qualitative et quantitative croissantes d’usages. Le premier élément de ces MST est bien entendu la centrale électrique, et typiquement la centrale nucléaire, centrale qui suscite elle-même l’extension du réseau électrique afin d’absorber l’augmentation de l’énergie produite. Le réseau électrique matérialise donc le concept d’énergie universelle, qui elle-même conduit à sélectionner les éléments matériels du réseau les plus aptes à provoquer son extension indéfinie. La question de l’énergie nucléaire, du fait des quantités inédites d’énergie universelles introduites sur le réseau, ne peut être posée sans questionner le réseau électrique lui-même, et donc l’énergie universelle. C’est l’idée même de renoncer aux centrales électriques nucléaires sans renoncer au réseau électrique, du moins dans sa configuration actuelle (c’est-à-dire totalement interconnecté jusqu’au niveau continental), qui paralyse les luttes contre cette forme de production puisque ce refus appelle au remplacement d’un élément par un autre de même type. Il induit ainsi la recherche d’une source d’énergie de substitution, pour répondre aux problèmes posés par le réseau électrique, actualisant ainsi le fétiche d’une énergie universelle dont les humains auraient à se soumettre.

    L’électricité comme mise en relation généralisée

    Lorsque l’on consulte des documents publics sensés vulgariser la gestion du réseau électrique, l’électricité est toujours présentée comme une substance, qui se déplace dans des fils et des composants électriques. Ainsi on parle de « chemins de l’électricité », de « flux », d’« embouteillages » etc. L’électricité serait donc une substance qu’il faut transporter sur de « longues distances » et « distribuer » aux consommateurs. Cette métaphore substantialiste est cependant inexacte. Etant alternatif, le courant électrique se constitue plutôt comme une mise en relation généralisée et universelle des éléments matériels qui constituent le réseau électrique, à une fréquence d’oscillation donnée (50 Hz en France, soit 50 oscillations par seconde), qui est la même en tout point du réseau. Les centres de « dispatching » se servent de cette fréquence pour vérifier l’équilibre du réseau (cf. Figure 1 et Figure 2), une baisse de la fréquence signalant une consommation d’énergie trop importante par rapport à ce qu’est capable de fournir le réseau.

    Si le courant électrique s’écarte de la fréquence et de la tension prévus, cela endommage ou réduit la durée de vie tous les appareils électriques branchés sur le réseau, car leur fonctionnement présuppose que ces niveaux prévus soient respectés7.

    14 mai 2013.

    (1) Jacques Lacoste, « Interconnexion des réseaux d’énergie électrique. Raisons et enjeux de l’interconnexion en France 1919-1941 », Cahier / Groupe Réseaux n°4, 1986. pp. 105-141.
    (2) "Les dynamiques du déferlement informatique. De la machine de Turing à la production marchande" in Le monde en pièces. Pour une critique de la gestion, Groupe Oblomoff, Paris, La Lenteur, 2012.
    « Au plus près de la machine » in Le monde en pièces tome II, Paris, La Lenteur, à paraître.
    (3) On répond ici de façon raccourcie à la question qui est à l’origine de ce texte : que faire du réseau électrique de distribution (la partie la plus « locale » du réseau électrique) dans la perspective d’une autogestion relocalisée du réseau électrique ? Justifier cette réponse demanderait une étude plus complète, pas simplement technique, mais aussi sur le genre de collectif ou d’institutions qui pourrait concrètement porter un telle projet.
    (4) Les gestionnaires du réseau électrique affirment ainsi tout le temps que l’électricité ne se stocke pas, naturalisant ainsi la bifurcation de ce système technique vers la gestion et l’actualisation de l’électricité comme énergie universelle. Et justifiant ainsi la nécessité impérieuse de leur propre activité… A l’origine du réseau électrique, le principe d’une énergie électrique stockable, donc produite et consommée localement, n’était en effet pas compatible avec le développement sous le capitalisme des usages de l’électricité. Cela pourrait éventuellement évoluer, à la marge, et sans pour autant remettre en cause la catégorie d’énergie universelle. Compris dans un sens purement technique, le réseau électrique permet de « mutualiser » la production et la consommation d’énergie, en diminuant les décalages entre production et consommation, donc de s’éviter tout ou partie du stockage de l’énergie. Cependant le réseau électrique, en matérialisant une énergie universelle, engage son usage dans une extension indéfinie. Pour ne pas conduire à un blackout global, toute énergie consommée en un point du réseau doit être produite ailleurs.
    (5) A titre d’exemples, la coopérative française Enercoop et les scénarios de sortie du nucléaire de l’association Sortir du nucléaire se basent sur la catégorie d’énergie universelle, même si il est vrai qu’en remettant en cause le chauffage électrique, on pourrait faire un pas de plus vers une critique de cette catégorie.
    (6) Alain Gras, Grandeur et dépendance. Sociologie des macro-systèmes techniques, 1993, PUF.
    (7) La notion d’équilibre entre consommation et production n’a pas de sens hors de l’existence de telles normes de fonctionnement des appareils électriques. En effet, sur un plan strictement physique, production et consommation s’équilibrent de toute façon. La nature de la norme est que c’est l’appareil le plus contraignant qui impose tel seuil. Dans la perspective d’une déconnexion ou d’une relation plus lâche au réseau, il faudrait donc préciser ce qui, par delà les normes, relève effectivement d’un risque pour tel ou tel type d’appareil.

    #réseau_électrique #critique_du_capitalisme #postone

  • De l’électricité sans réseau ?

    Réflexions sur les possibilités d’une (auto)gestion décentralisée de l’énergie électrique

    mai 2013

    « Le Réseau interconnecté est une simulation de la concurrence parfaite,
    c’est-à-dire que les électriciens sont à la fois des planificateurs et des néo-libéraux absolus
     »

    « La France est le pays – par excellence – de l’interconnexion électrique » 1

    (1) Jacques Lacoste, « Interconnexion des réseaux d’énergie électrique. Raisons et enjeux de l’interconnexion en France 1919-1941 », Cahier / Groupe Réseaux n°4, 1986. pp. 105-141.

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    Introduction

    Notre époque est paradoxale. Alors que les débats et les réflexions sur l’énergie semblent être amenés à s’étendre, notre situation de consommateur reste banalement inchangée, au sens où nous demeurons radicalement éloignés de conditions qui nous donneraient prise sur une quelconque réalité matérielle. Pourtant, le fait premier est l’étrangeté des infrastructures qui nous pourvoient en énergie. Nous vivons dans un univers étranger aux macro-systèmes techniques dont nous dépendons. Cela vaut d’ailleurs aussi pour les salariés des entreprises qui gèrent ces systèmes, n’ayant qu’une vision localisée de ce que fait leur entreprise.

    Malgré cette situation, il peut être utile d’établir une sorte d’inventaire de ce qui existe, tant au niveau technique qu’au niveau institutionnel, et de replacer ces éléments dans la perspective historique d’une réappropriation – ou de ce qui l’empêche. Dans le cas de l’électricité – qui est l’objet de ce texte – notre approche sera de réfléchir systématiquement à partir du réseau électrique, et de questionner son existence au regard de ce qu’il nous permet de faire, et ce qu’il nous empêche de faire. Pourquoi un tel réseau, qui a pris aujourd’hui une taille continentale, a-t-il été développé, alors même que notre attention demeure focalisée sur les questions de production d’électricité ? Qui sont les acteurs qui gèrent et développent ce réseau ? Est-ce que l’on peut envisager une réappropriation par ses utilisateurs, à l’échelle très locale, de l’énergie électrique via ce réseau ?

    Par ailleurs, ce questionnement général trouve une actualité certaine dans le développement de la production dite "décentralisée" raccordée au réseau, qui lui-même reste dans l’angle mort des débats. Pourtant la structure et la gestion réseau découlent largement de la présence de grosses centrales assurant l’essentiel de la production. En l’état actuel le réseau s’accommoderait très mal d’une situation inversée, où la production serait essentiellement le fait de petits producteurs. L’équilibre du réseau est en effet géré par le « haut », c’est-à-dire en France par RTE au niveau des centres de dispatching commandant à distances les grosses unités de productions et les importations-exportations avec les réseaux des pays voisins européens. Plus localement, le réseau de transport n’est pour l’instant qu’une structure figée arborescente abreuvant les 35 millions de consommateurs, et essentiellement alimentée par le réseau de transport situé en amont.

    Le réseau électrique apparaît en effet comme une boîte noire, une infrastructure sur laquelle on peut compter et sur laquelle il n’y a qu’à brancher des producteurs et des consommateurs. Il nous faut questionner l’évidence de ce réseau pour comprendre ses effets propres. Mais le questionnement n’est pas uniquement technique car l’histoire de ce réseau s’insère pleinement dans une dynamique capitaliste. Celui-ci s’est en effet développé en faisant abstraction des usages, cette abstraction donnant au réseau une souplesse qui lui permet de s’adapter aux différentes étapes historiques de cette dynamique : hier, l’électrification du territoire et la centralisation de la production, aujourd’hui, un marché éclaté en multiples acteurs et techniques de production sollicitant d’avantage le réseau dans ses dimensions propres (gestion de l’équilibre).

    Un réseau, quel réseau ?

    Précisions d’emblée ce que recouvre la notion de réseau dans le cas du réseau électrique. Selon Alain Gras1, l’usage visé de l’énergie au sein d’un macro-système technique (MST) est d’abord une « délocalisation de la puissance », une énergie extraite en un lieu donné et diffusée sur un vaste territoire appréhendé au travers de ce MST. C’est bien en effet comme cela que nous apparaît le réseau électrique, dont le maillage serré innerve l’ensemble des territoires urbains et ruraux, et diffuse une énergie « universelle » prête à l’emploi, indépendante des usages, produite et gérée on ne sait comment.

    Mais l’existence d’un tel système ouvre au moins deux questions. Pourquoi une énergie universelle, et pourquoi pas plutôt des types d’énergie différenciés, pour des usages eux-mêmes différents ? Pourquoi un réseau d’un seul tenant, et pas une multitude de petits réseaux ? Si l’on remonte aux débuts de la constitution du réseau électrique (1870-1890), ces deux aspects n’allaient en effet pas de soi. L’électricité était d’abord une technique d’éclairage et popularisée comme telle. D’autres usages comme les moteurs se développent ensuite, via une électricité autoproduite sur les lieux même de sa consommation. Il peut donc être utile de remonter aux prémisses historiques du réseau électrique, pour se défaire de certaines évidences.

    (2) Alain Gras, Grandeur et dépendance. Sociologie des macro-systèmes techniques, 1993, PUF.

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    Les débuts historiques du réseau électrique

    Jusque vers 1920, la situation en France est celle où coexistent des réseaux locaux non reliés entre eux, alimentés par une centrale de production unique, dont la gestion incombe à une régie municipale ou est déléguée à une entreprise. En France, les premières interconnexions créées relient les centrales hydroélectriques du Massif central au réseau pour alimenter Paris, en combinaison avec les centrales alimentées par charbon (voir Figure 3).

    Comment s’est constituée l’interconnexion des réseaux électriques locaux, jusqu’à former aujourd’hui un réseau européen continental standardisé ?

    La bataille américaine des courants

    Aux Etats-Unis dans les années 1890, des groupes industriels privés s’opposent agressivement sur un marché naissant. Le réseau électrique est vu comme un « monopole naturel », c’est-à-dire comme une infrastructure matérielle pourvoyeuse de revenus et qui n’a pas vocation à être dupliquée. Deux options techniques s’affrontent, avec leurs avantages et leurs inconvénients. Le réseau électrique étant vu comme monopole naturel, il entraîne aussi que ces deux options sont considérées comme incompatibles l’une avec l’autre.

    La première option est celle du courant électrique continu. L’autre est celui du courant alternatif, technique développée dans un deuxième temps. C’est finalement le courant alternatif qui l’emporte. Mais pourquoi ? Aujourd’hui, la vision de l’histoire est celle du vainqueur. Quand on se demande pourquoi on utilise du courant alternatif, la réponse est que cela permet de l’acheminer sur de plus longues distances, au contraire du courant continu1. Par cette réponse, on présuppose la nécessité de délocaliser la production électrique, donc la nécessité d’un réseau électrique.

    Bien qu’aux Etats-Unis le courant alternatif s’impose rapidement après les années 1890, la situation n’est pas la même en Europe. Notamment en Grande-Bretagne, où le contexte institutionnel est différent. La loi stipule alors que les entreprises auxquelles les municipalités déléguaient la gestion du réseau électrique ne pouvaient pas se regrouper ou coopérer entre elles2. Jusque dans les années 1920, cette pluralité de marchés indépendants les uns des autres permettait de rendre viable économiquement la technique associant courant électrique continu et accumulateurs (pour stocker l’électricité produite et mieux répartir l’alimentation électrique dans le temps), au contraire des Etats-Unis où le processus d’interconnexion en courant alternatif et sans stockage d’énergie était engagé.

    Les raisons de l’interconnexion

    La situation des Etats-Unis en 1890 est donc celle d’une normalisation précoce, au regard de la construction d’un réseau électrique standardisé dans un contexte capitaliste. Ce n’est qu’au regard de cette dynamique capitaliste que la solution technique du courant alternatif s’est substituée complètement à celle du courant continu, et non pas en vertu d’une supériorité intrinsèque du courant alternatif3. Aux Etats-Unis, pendant la période de transition où les deux systèmes coexistaient encore, l’invention du « convertisseur rotatif » a permis de coupler les vieilles centrales à courant continu et leurs réseaux d’alimentation aux nouvelles lignes de transport à longue distance de courant alternatif à haute tension4. Cependant une fois la trajectoire d’interconnexion engagée, la solution des petits réseaux non reliés entre eux n’est plus viable. Plutôt que le stockage et l’autoproduction sur place d’énergie, sous contrôle municipal, c’est la grande taille du réseau qui permet d’équilibrer consommation et production, dans une course aux économies d’échelle qui favorise la construction de grosses usines de production (charbon, hydraulique). Mais cette grande taille nécessite aussi une gestion centralisée (voir plus loin), reléguant les municipalités au seul rôle du développement du réseau électrique, notamment dans les zones rurales, ce réseau étant systématiquement relié et alimenté par le réseau global (ce que l’on appelle le réseau de transport).

    La logique réticulaire permet une croissance continue de la demande et des capacités de production5, en accord avec la dynamique capitaliste se saisissant du concept d’énergie comme marchandise et comme catégorie générale, indifférente aux usages particuliers. Par dynamique capitaliste, il ne faut pas entendre ici le capitalisme au sens restreint d’une mise en concurrence sur un marché, mais bien d’une mise en rapport abstraite et quantitative du travail humain, indifférente au caractère particulier et concret de chacun des travaux. Quand le travail-marchandise devient médiation sociale6, l’énoncé du problème de l’énergie demeure « comment produire le plus possible d’énergie au moindre coût ». Le domaine énergétique induit donc une activité marchande particulièrement pure, du fait d’un soubassement scientifique et technique qui conduit à naturaliser un concept d’énergie indifférente aux usages. De fait, les Etats relaieront les entreprises privées lorsque celles-ci se montreront par trop incapables de poursuivre la dynamique capitaliste, comme ce fut le cas en France dès les années 1930. Le congrès de la CGT de 1937 est une première attaque contre un « patronat malthusien » en vue d’une nationalisation du macro-système électrique. La substitution de l’entreprise publique EDF aux entreprises privées en 1946 intervient comme l’aboutissement logique d’une intervention de plus en plus directe de l’Etat7, notamment dans l’achèvement de l’interconnexion des réseaux entamée dans les années 1920.

    (3) Ce qui est vrai à l’époque, mais pas aujourd’hui. Dans leur cours, Lasne, Gianduzzo et Geoffroy mentionnent que le courant continu devient économiquement avantageux à partir de 800 km de longueur de lignes. On parle aujourd’hui d’HDC (High Voltage Direct Current) ou CCHT (courant continu haute tension) pour désigner le transport de courant continu électrique à grande distance et que l’on trouve sur toutes les installations pharaoniques réalisées (barrage des Trois-Gorges en Chine) ou en projet (DESERTEC, alimenter l’Europe via des centrales solaires thermiques géantes dans les déserts nord-africain).
    (4) Bunn, David, Flux, n°6, 1991, p.41.
    (5) « Il ressort de la lecture des revues techniques et des magazines de l’époque qu’il n’y eut pas un consensus immédiat sur les mérites respectifs des deux sortes de courants. Il y avait des chercheurs et des inventeurs respectés, qui avaient participé aux débuts de l’industrie électrique, qui refusaient de reconnaître la supériorité technique du courant alternatif. Et de fait le courant continu se révéla également susceptible d’améliorations qui à la fois mettaient en valeur ses avantages spécifiques et élargissaient les conditions dans lesquelles il était compétitif. », Bunn, David, Flux, n°6, 1991, p.39.
    (6) Bunn, David, Flux, n°6, 1991
    (7) C’est la même logique qui joue pour Internet, où l’on voit se développer des data centers absoluement gigantesques, comme celui de Google qui compte deux millions d’ordinateurs.
    (8) Postone, 2009, pp.221-235.
    (9) Poupeau, 2004, p.12.

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    Le courant électrique

    Lorsque l’on consulte des documents publics sensés vulgariser la gestion du réseau électrique, l’électricité est toujours présentée comme une substance, qui se déplace dans des fils et des composants électriques. Ainsi un parle de « chemins de l’électricité », de « flux », d’« embouteillages » etc1. L’électricité serait donc une substance qu’il faut transporter sur de « longues distances » et « distribuer » aux consommateurs.

    Pourtant, le courant électrique présent sur le réseau électrique actuel est alternatif, et si l’on suit la métaphore substantialiste, le courant ne ferait qu’osciller en tout point du réseau, à une fréquence unique et constante (50 Hz en France, soit 50 oscillations par seconde). Le courant électrique alternatif ne se déplace donc pas d’un endroit à un autre du réseau : il se constitue plutôt comme une mise en relation généralisée et universelle des éléments matériels qui constituent le réseau, à une fréquence d’oscillation donnée. Cela explique que les centres de « dispatching », qui gèrent l’équilibre global du réseau électrique, surveillent que la fréquence du réseau reste proche du niveau standard (cf. Figures 3 et 4), une baisse de la fréquence signalant une consommation trop importante.

    (10) Voir par exemple le « Blog du transport de l’électricité » : http://www.audeladeslignes.com/aiguilleurs-electricite-reseau-regional-haute-tres-haute-tension-67

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    Le réseau électrique actuel

    Les niveaux de tensions HTB, HTA, BT

    Le réseau électrique actuel est divisé selon un schéma arborescent, des plus hautes tensions vers les plus faibles.

    Au niveau le plus élevé correspond le réseau de transport, géré en France par RTE (8 500 salariés). La gamme des tensions se nomme HTB, elle varie de 63 000 V à 400 000 V. 628 centrales de production sont connectées à cette partie du réseau.

    La partie « avale » du réseau est le réseau de distribution, géré en France par ERDF (36 000 salariés) pour l’essentiel, et pour 5% du réseau par 26 autres entreprises, dites ELD (entreprise locale de distribution). Entre le réseau de transport et le réseau de distribution se trouvent les postes sources, transformant le niveau de tension HTB en HTA (20 000 V, 15 000 V). Le courant HTA est ensuite transformé en basse tension, BT (400V1), par des postes de transformation pour alimenter quelque 35 millions de clients. Pour donner une idée, un poste HTA/BT peut alimenter une centaine de maisons individuelles.

    Il est important de bien distinguer le réseau de transport et le réseau de distribution car ils ne sont gérés de la même façon. La raison est que la production électrique est très fortement centralisée, avec un petit nombre d’unités de production qui alimente le réseau de transport. Cette différence est amenée à être remise en question avec le développement d’unités de production plus petites reliées au réseau de distribution. Dans l’optique d’une réappropriation du réseau électrique, c’est évidemment le réseau de distribution (en particulier BT) qui est le plus intéressant. Cependant, ce réseau dans son fonctionnement actuel est tout à fait dépendant du réseau de transport, ce qui oblige à l’étudier lui aussi.

    Les éléments du réseau

    Le réseau électrique est essentiellement constitué de transformateurs et d’organes de coupure, reliés par des lignes électriques, aériennes ou souterraines.

    Au niveau le plus local du réseau (réseau BT), les transformateurs HTA/BT sont enfermés dans des postes électriques de type divers (au pied d’un immeuble, dans un abri en parpaing, souterrain, fixé à un poteau…). Ils sont alimentés par le réseau HTA ou bien dans quelques rares cas par un producteur HTA, et transforment le courant HTA en courant BT, distribués aux consommateurs BT via plusieurs départs BT.

    Les organes de coupures fonctionnement comme des interrupteurs, ils permettent d’isoler manuellement ou automatiquement une portion du réseau. Certains d’entre eux sont télécommandables à distance, via un réseau telecom ou hertzien, par un centre de téléconduite (ou dispatching), ce qui permet donc de brancher ou débrancher certaines portions du réseau et leurs consommateurs. Les organes de coupures peuvent être dans des postes ou isolés sur le réseau.

    Les activités du gestionnaire du réseau

    Pour se représenter ce que fait un gestionnaire de réseau, on peut citer les différents types d’activité que l’on trouve chez ERDF :
    • L’exploitation du réseau : il s’agit du personnel intervenant physiquement sur le réseau pour son entretien.
    • Le développement du réseau : il s’agit de bureaux d’étude dessinant l’évolution du réseau (nouveaux postes, nouvelles lignes, enfouissement des réseaux aériens etc.) et du personnel supervisant ou réalisant les chantiers de construction.
    • Le raccordement du réseau : relation avec les clients dans leur raccordement physique au réseau électrique.
    • La conduite du réseau : il s’agit du personnel présent dans les centres de dispatching agissant à distance sur le réseau, via un système de télécommunication ouvrant ou fermant des interrupteurs.

    La conduite du réseau est intéressante à explorer. Bien que n’occupant qu’une minorité du personnel de l’entreprise, elle permet de comprendre le fonctionnement du réseau à travers sa fonction essentiel : la gestion de l’équilibre permanent entre production et consommation de l’électricité transitant sur le réseau.

    (11) Le courant électrique est triphasé, c’est-à-dire porté par 3 fils différents. En BT, 400V correspond à la tension composée efficace (tension entre deux fils), ce qui correspond à 230V =400*racine(3) de tension simple efficace (tension entre le fil de phase et le neutre, celle utilisée par le consommateur BT, c’est-à-dire nous).

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    La gestion de l’équilibre production-consommation

    Avant d’entrer dans le descriptif des techniques de gestion de l’équilibre entre consommateurs et producteurs électriques du réseau, imaginons une installation autonome sans réseau, réunissant à portée de main la production d’énergie électrique et l’outillage électrique à alimenter avec cette production. Si je veux faire fonctionner un appareil électrique (mon lave-linge), je ne vais pas me contenter d’appuyer sur le bouton "On", mais je vais d’abord vérifier si la puissance et une autonomie électrique suffisante sont disponibles. C’est précisément en réalisant cette opération "sur un coin de table", celle consistant à m’assurer que j’ai les moyens électriques des mes ambitions du moment, que je me passe du réseau électrique. Le réseau électrique n’est rien d’autre qu’une infrastructure géante à qui je délègue ces opérations.

    Les automatismes de protection

    L’équilibre du réseau est appréhendé au travers de deux paramètres électriques : fréquence et tension du courant électrique. La fréquence est unique dans tout le réseau et doit rester autour de 50Hz1. La tension elle aussi doit être fixe (400V en BT). Si le courant électrique s’écarte de la fréquence et de la tension prévus, cela endommage ou réduit la durée de vie tous nos appareils électriques dont le fonctionnement présuppose que ces niveaux prévus sont respectés2. C’est pourquoi le réseau électrique comporte de nombreux automatiques détectant les écarts, et déconnectant producteurs et consommateurs à partir de certains seuils. Ces systèmes de délestage automatiques, indispensables pour protéger les appareils, sont aussi responsables de réactions en chaînes qui peuvent se propager sur l’ensemble du réseau, très rapidement3 et de manière parfois innatendue.

    Les automatismes de réglage

    A tout moment, nous dit-on, la quantité d’électricité consommées doit être égale à la quantité produites. Et cela parce que l’électricité "ne se stocke pas". On nous dit aussi que, du fait de cette absence de stockage, c’est l’interconnexion généralisée qui permet l’équilibre global entre consommation et production, puisque les variations de chaque unité (production ou consommation) sont noyées dans la masse, compenser par l’action de toutes les autres. Le réseau est alors vu comme la mutualisation rationnelle des moyens de production, se soutenant les uns les autres en cas d’incidents.

    Remarquons que même avec le stockage d’énergie, cette contrainte de l’équilibre demeure. Quant à l’interconnexion généralisée, elle ne résout pas vraiment le problème de l’équilibre entre consommation et production. Par ailleurs, la structure du réseau est largement figée. Par structure, il faut entendre la topologie (les liens électriques entre les différents éléments) et les caractéristiques électriques (comme la quantité maximum d’électricité qui peut transiter dans telle lignes) qui sont autant de contraintes matérielles fixées au moment de la construction du réseau.

    En fait, la plupart des éléments de l’équilibre sont donnés dès le départ, et choisis par les ingénieurs à partir des hypothèses qu’ils peuvent faire sur la consommation d’une part, la production d’autre part. Cette planification est cruciale pour l’équilibre du réseau. Au jour le jour, la gestion de l’équilibre-production ne peut se faire qu’à partir d’un nombre relativement restreints de paramètres : activation des réserves de production dans certaines centrales et ouverture d’interrupteurs pour déconnecter les consommateurs.

    Sur le réseau de transport

    Le réseau électrique est principalement alimenté par de gros centres de production connectés au réseau de transport4. Dès lors, le réglage de la fréquence et de la tension est principalement assuré par ces centrales de production.
    Une partie du réglage est automatique est réalisé au niveau même de ces producteurs (réglages primaire et secondaire). Toute variation de vitesse de rotation de l’alternateur de la centrale provoque la même variation de la fréquence du courant électrique du réseau connecté à la centrale. Ainsi le régime (vitesse de rotation) de l’alternateur est détecté et régulé par un mécanisme modifiant la puissance débitée, par exemple en agissant sur l’ouverture de la vanne dans le cas d’une centrale hydraulique.

    Si ces automatismes de suffisent pas à régler la fréquence, il faudra l’ajuster « manuellement » en agissant plus directement sur les centrales. Par ailleurs, la planification de l’équilibre production-consommation est réalisée par le gestionnaire du réseau de transport.

    Le réglage de la tension a lieu aussi plus localement, au niveau des transformateurs. Dans les postes sources HTB/HTA, interfaces entre le réseau de distribution et le réseau de transport, les transformateurs sont équipés de « régleur en charge », qui est un automatisme ajoutant ou supprimant des spires sur les enroulements du transformateur, de façon à compenser les petites variations de tensions sur le réseau autour d’une valeur fixée (la consigne). Mais au-delà de ce réglage, la valeur de la consigne étant fixée, c’est bien le réseau de transport qui gouverne l’équilibre du réseau HTA.

    Sur le réseau de distribution

    La puissance du transformateur est choisie en fonction des puissances appelées (i.e. consommées) par le réseau qu’il alimente.
    Pour le réseau BT, on peut dire que les possibilités d’ajustements en temps réel entre la consommation et la production sont inexistantes : dans les postes HTA/BT, les transformateurs sont réglés manuellement et hors tension5, pour délivrer tel niveau de tension. C’est dire si le réseau BT est dépendant du réseau amont à l’heure actuelle.

    (12) La fréquence du réseau européen est lisible en temps réel sur le site de l’ENTSO-E (European network of transmission system operator for electricity) : https://www.entsoe.eu/system-operations/the-frequency
    (13) La notion d’équilibre entre consommation et production n’a pas de sens hors de de l’existence de telles normes de fonctionnement des appareils électriques. Sur un plan strictement physique, production et consommation s’équilibrent de toute façon. La nature de la norme est que c’est l’appareil le plus contraignant qui impose tel seuil. Dans la perspective d’une déconnexion ou d’une relation plus lâche au réseau, il faudrait donc préciser ce qui, par delà les normes, relève effectivement d’un risque pour tel ou tel type d’appareil.
    (14) "(...) compte tenu de l’inertie mécanique relativement faible de certains composants des systèmes électriques (groupes de production et moteurs) et de la grande vitesse de propagation des phénomènes, les réseaux THT créent un couplage dynamique très fort entre les moyens de production, d’une part, et les charges (consommation), d’autre part. Du fait des interconnexions internationales, une perturbation importante en Europe du Nord peut être ressentie quelques secondes plus tard en Europe du Sud.", G. Testud, P. Bornad, M. Pavart, Réseau d’interconnexion et de transport : fonctionnement, 2005, Ed. de l’Ingénieur.
    (15) En 2004 en France, 95% de la production d’électricité est injectée sur le réseau de transport. Source : JL Fraisse, La production décentralisée raccordée au réseau public de distribution, présentation 02/12/2004.
    (16) Par la prise à vide transformateur.

    __________________________________________

    Le réseau et la marchandise

    Réseau et dynamique capitaliste

    Comme la gestion de l’équilibre électrique est réalisé au niveau global et que l’électricité est une marchandise, le système tend à s’étendre du moment que le client paie l’électricité qu’il consomme. La gestion de l’équilibre consiste à toujours fournir l’électricité qui est consommée. Le « métier » d’un gestionnaire de réseau est de s’adapter aux nouveaux usages de l’électricité, et plus exactement de savoir faire payer suffisamment ces usages pour délivrer un service capable de les satisfaire. Chaque extension du domaine des usages (par exemple, les véhicules électriques) est l’occasion d’une mobilisation d’une ingénierie qui doit répondre à ces « besoins », avec les proclamations habituelles en forme de « défis » qui vont la joie des nouveaux projets.

    On reconnait dans ce mouvement la structure de la forme marchande dans sa dynamique à deux faces :
    • Une face abstraite qui représente la dimension permanente d’un ressort qui s’apparente à un automatisme : ici, acheminer de l’énergie du moment qu’elle soit payée
    • Une face concrète constituée par les activités humaines répondant au coup par coup aux contraintes imposées par le pôle abstrait de la dynamique : ici, construire et organiser une gigantesque infrastructure technique imparfaitement résumée par une métaphore, « le réseau ».

    Impact de la production décentralisée sur le réseau

    La production décentralisée sollicite la gestion du réseau de distribution sur un domaine qu’il n’a pas l’habitude (ni les moyens techniques) de gérer : la gestion de l’équilibre du réseau à travers le réglage de la fréquence et de la tension. La difficulté réside moins dans le caractère décentralisée de la production que de son caractère intermittent, du fait de l’origine des énergies primaires : vent, soleil. Dans un premier temps la présence d’une production décentralisée oblige à revoir le genre d’étude de raccordement que l’on faisait auparavant (et ce que l’on appelle le « plan de tension » c’est-à-dire les règles que l’on se donne pour assurer la tension constante 400 V à délivrer sur le réseau BT). Dans un deuxième temps, il se pose un problème de conduite dans la mesure où la production électrique en un point donné n’est plus constante.

    Malgré l’éventail des solutions possibles, on s’oriente néanmoins vers une complexification croissante du réseau électrique « local », l’installation de nouveaux matériels en nombre gigantesque (des millions de nouveaux compteurs et concentrateurs). Une nouvelle étape dans l’informatisation de cette gestion s’amorce ainsi (smart grid), à la grande satisfaction des acteurs économiques du domaine. Le qualificatif d’« intelligent » masque le fait que l’on déjà répondu à une question avant même de l’avoir posée : comment gérer l’équilibre du réseau ? Les « smart grid » sont en fait la réponse toute faite à cette question en continuité avec les exigences de la dynamique marchande : produire un environnement tel que l’électricité peut demeurer une marchandise, en dépit de toutes les complications que cela oblige à générer. Loin de remettre en cause la forme marchande de l’énergie, les motifs écologiques de la production décentralisée viennent alimenter un nouvel espace marchand à construire. Un des éléments techniques essentiels dans cette construction est le compteur communicant (aussi appelée « compteur intelligent », en France le fameux « Linky » « proposé » par ERDF).

    Les compteurs intelligents : le rationnement piloté à distance

    Une expérimentation en Bretagne peut aider à comprendre à quoi serviront les nouveaux compteurs (Linky). La Bretagne produit moins de 10% de l’électricité qu’elle consomme17 et un des enjeux du gestionnaire de réseau est de « sécuriser » l’approvisionnement en électricité, c’est-à-dire de limiter les coupures et les désagréments ressentis par les consommateurs finaux. L’expérimentation a lieu sur les deux îles Houat et Hoedic, alimentées par un unique câble de 20 kV. Les consommateurs sont équipés des compteurs commandés par l’agence de conduite de Rennes, via des concentrateurs situés dans chaque poste HTA/BT alimentant les consommateurs. L’agence a la capacité de réduire la charge électrique (c’est-à-dire l’électricité consommée) de façon répartie, de façon à ce que chaque consommateur ait un minimum d’électricité disponible, au lieu de procéder aux délestages habituels fonctionnant en mode « tout ou rien » (on déconnecte une grappe de consommateurs le temps que la production ne revienne à niveau qui permet de les réalimenter). L’agence de conduite agit également de façon coordonnée sur un groupe électrogène situé sur l’île et sur un ensemble de sites de productions photovoltaïques.

    (17) On peut dire qu’une des raisons principales est que le projet du site nucléaire de Plogoff est le seul que le mouvement anti-nucléaire a réussi à faire échouer.

    #réseau_électrique #critique_du_capitalisme #postone

  • L’#aide_au_développement peut-elle réguler l’immigration ?

    Moins de pays, davantage de financements privés et un accent plus fort mis sur la migration : le débat politique sur la réorientation de l’aide suisse au #développement commence en mai. #Fritz_Brugger, maître de conférences et conseiller en matière d’aide au développement, évoque les risques et les opportunités.

    swissinfo.ch : Le Conseil fédéral souhaite obtenir le soutien le plus large possible à l’orientation de l’aide suisse au développement au cours des quatre prochaines années. Pour la première fois, les politiciens et les groupes d’intérêt pourront s’exprimer à l’avance. L’aide au développement va-t-elle à l’avenir moins fâcher les esprits ?

    Fritz Brugger : Je crains que non... Jusqu’à présent, la discussion s’est principalement concentrée sur la question du niveau d’engagement de la Suisse, c’est-à-dire combien d’argent devrait aller à la coopération au développement. Cette situation est en train de changer avec la consultation prévue, qui se concentrera davantage sur des questions de contenu et d’instruments, qui étaient auparavant laissées aux experts.

    swissinfo.ch : Cela semble plutôt positif…

    F.B. : Un débat public sur le mandat actuel de la coopération suisse au développement est souhaitable, oui. Mais il y a un risque que des questions techniques soient politisées. En pleine année électorale, ce risque pourrait se confirmer. La coopération au développement est un effet un thème sur lequel les politiciens aiment bien s’écharper.

    swissinfo.ch : La coopération suisse au développement se concentre désormais sur quatre régions. Les intérêts de l’économie suisse devraient également être davantage pris en compte et l’aide au développement plus étroitement liée aux migrations. Ces mesures ont-elles un dénominateur commun ?

    F.B. : On peut constater que la coopération au développement se concentre davantage sur les intérêts à #court_terme de la Suisse. Jusqu’à présent, tout le monde reconnaissait qu’il était dans l’intérêt à long terme de la Suisse de lutter contre la #pauvreté. L’intérêt à court terme de la Suisse est désormais de limiter l’immigration. L’aide au développement doit ainsi être transformée en un instrument de gestion des migrations.

    swissinfo.ch : Qu’y a-t-il de mal à cela ?

    F.B. : Les recherches montrent que la coopération au développement ne réduit pas la migration à court terme. On ne peut pas se contenter de regarder les Syriens et les Érythréens qui viennent en ce moment en Suisse et orienter toute l’aide au développement en conséquence. Les raisons qui influencent la migration sont multiples.

    Cette approche, qui est axée sur l’intérêt personnel à court terme, comporte également le risque de passer d’une approche de long terme et fiable de la réduction de la pauvreté à des interventions à court terme. Selon le nombre de réfugiés et de migrants qui arrivent dans notre pays, la Suisse pourrait ainsi décider d’abandonner ou de poursuivre sa coopération au développement dans la région d’origine.

    swissinfo.ch : Quelles en seraient les conséquences ?

    F.B. : Le risque est de créer une contradiction interne, car l’argent investi pourrait ne pas avoir d’effet à long terme. En termes d’#efficacité, l’argent ne serait donc pas dépensé de manière optimale, ce qui donnerait lieu à des critiques justifiées. Les mesures de coopération au développement devraient surtout être examinées en fonction de leur impact.

    Le choix des acteurs et des instruments devrait également être fondé sur l’impact. Prenons l’appel en faveur d’un rôle accru pour le secteur privé : le secteur privé doit jouer un rôle dans tous les cas. L’ampleur de ce rôle devrait toutefois dépendre de comment et avec quel acteur il est possible d’obtenir l’impact le plus important.

    swissinfo.ch : Estimez-vous que la réduction de la pauvreté est l’objectif le plus menacé ?

    F.B. : Il y a un risque que certains instruments ou certaines questions dominent, sans tenir compte des tendances et des défis à long terme.

    Par exemple, on ne peut fondamentalement pas reprocher à la Suisse de vouloir réduire le nombre de pays qu’elle aide pour rassembler les forces. Cependant, il est important de garder à l’esprit que la géographie de la pauvreté – qui comprend non seulement le manque d’argent, mais qui se mesure aussi en termes de santé, de nutrition, d’accès à l’eau ou à l’éducation – a changé. Il y a de moins en moins de « pays pauvres », mais de nombreux pays dans lesquels des groupes de population de certaines régions vivent dans la pauvreté ou dans lesquelles la pauvreté est aggravée par une urbanisation rapide. De telles #inégalités présentent également un grand potentiel de tensions sociales.

    swissinfo.ch : La Suisse est-elle le seul pays à réorganiser sa coopération au développement et à se concentrer sur ses propres intérêts à court terme ?

    F.B. : Actuellement, les États servent de plus en plus leurs propres intérêts. Et la question des migrations domine le débat politique interne dans de nombreux pays. De ce point de vue, la discussion en Suisse s’inscrit dans une tendance générale.

    Au sein de l’Union Européenne (#UE), par exemple, il y a une pression considérable pour gérer la migration avec les fonds de la coopération au développement. Et en #Angleterre, le discours sur les intérêts de la politique nationale et étrangère comme celui du rôle de l’industrie dans la coopération au développement se poursuit également depuis plusieurs années.

    swissinfo.ch : L’aide suisse au développement est appréciée pour sa neutralité et sa fiabilité. Voyez-vous cette réputation menacée par la réorientation ?

    F.B. : La réputation de partenaire sincère que s’est forgé la Suisse n’est pas menacée. Le pays est trop petit pour apparaître comme un acteur politique de pouvoir. En ce qui concerne la fiabilité, je suis moins optimiste. Les pays partenaires de la Suisse apprécient notre pays parce qu’il tient ses promesses sur le long terme. Si l’allocation des fonds de coopération au développement dépend à l’avenir des mouvements migratoires actuels, nous compromettrons cette réputation. La fiabilité est indispensable dans les questions de développement si nous voulons avoir un impact. Elle ferait ainsi défaut.

    swissinfo.ch : Par rapport aux Etats-Unis ou à l’UE, par exemple, la Suisse n’est de toute façon qu’un acteur insignifiant de l’aide au développement…

    F. B. : Bien que la Suisse soit financièrement un petit acteur, elle sait se positionner. Jusqu’à présent, elle a réussi à trouver des niches dans lesquelles elle peut avoir un impact important par rapport à l’argent investi. Il ne serait pas prudent de mettre en péril ce rôle d’acteur de niche avec une orientation à plus long terme basée sur un prétendu intérêt personnel à court terme.

    https://www.swissinfo.ch/fre/politique/politique-de-d%C3%A9veloppement_l-aide-au-d%C3%A9veloppement-peut-elle-r%C3%A9guler-l-immigration--/44866002
    #migrations #asile #réfugiés #coopération_au_développement #Suisse #flux_migratoires #gestion_des_flux_migratoires #Europe #EU #UK

    Le changement de cap pour Brugger :

    Jusqu’à présent, tout le monde reconnaissait qu’il était dans l’intérêt à long terme de la Suisse de lutter contre la #pauvreté. L’intérêt à court terme de la Suisse est désormais de limiter l’immigration. L’aide au développement doit ainsi être transformée en un instrument de #gestion_des_migrations.

    voir métaliste :
    https://seenthis.net/messages/733358

    • Il nuovo aiuto allo sviluppo fa litigare Berna

      La consultazione facoltativa fa emergere tutti i punti controversi, dal ritiro dal Sudamerica al budget ’insufficiente’

      Legami tra aiuto allo sviluppo e migrazione, ammontare dei fondi investiti, ritiro dall’America latina: sono alcuni dei punti che hanno fatto maggiormente discutere nel corso della procedura di consultazione sull’orientamento da dare all’aiuto allo sviluppo elvetico nei prossimi anni.

      È la prima volta che le grandi linee della cooperazione internazionale vengono sottoposte a procedura di consultazione facoltativa. Il progetto prevede che gli aiuti tengano maggiormente conto degli interessi della Svizzera, in particolare in materia di politica migratoria.

      Per il PLR, è positivo che venga dato maggior peso alla migrazione. Il partito si aspetta ora che queste intenzioni si concretizzino. Oltre a rafforzare il dialogo e i partenariati in materia, occorre adoperarsi per concludere nuovi accordi di riammissione, ha sottolineato.

      PS e Caritas apprezzano dal canto loro il fatto che il legame tra aiuti e migrazione non sia soggetto a condizioni rigorose. I socialisti deplorano però che collegando questi due aspetti venga ridotta l’interazione complessa tra cooperazione e migrazione con il solo scopo di ridurre gli arrivi.

      Analogo il punto di vista della Croce Rossa Svizzera, per la quale la Confederazione deve utilizzare l’aiuto umanitario e i meccanismi di cooperazione allo sviluppo per ridurre la povertà, non per promuovere la politica migratoria.

      Per il periodo dal 2021 al 2024, il progetto prevede un budget di 11,37 miliardi, una somma ritenuta «insufficiente» dalle organizzazioni attive nell’aiuto allo sviluppo e dal PS. Ciò corrisponde allo 0,45% del reddito nazionale lordo (RNL) della Svizzera. Il Parlamento ha fissato quale obiettivo di dedicare lo 0,5% del RNL e il Consiglio federale si è impegnato ad aumentare questa quota allo 0,7%, come previsto dall’Agenda 2030, ricorda in particolare Swissaid.

      Il PLR indica dal canto suo che si pronuncerà ulteriormente sulla percentuale da destinare all’aiuto allo sviluppo, quando il messaggio sarà definitivo. Il partito del consigliere federale Ignazio Cassis sottolinea tuttavia che, oltre a un rigido obiettivo, è determinante l’efficacia con la quale i mezzi sono utilizzati.

      Diversi attori consultati ritengono che gli obiettivi siano formulati in modo troppo vago. La creazione della crescita economica sul posto deve essere la principale priorità, rileva il PLR.

      Per Unione sindacale svizzera, Alliance Sud, Swissaid, PS, Croce Rossa Svizzera e Accademia svizzera delle scienze naturali, gli obiettivi della cooperazione elvetica dovrebbero allinearsi a quelli dell’Agenda 2030 delle Nazioni Unite, ciò che implica in primis la riduzione della povertà.

      Per raggiungere tali scopi, non basta limitarsi alla cooperazione internazionale. La politica svizzera deve migliorare la sua coerenza in ogni dipartimento, in particolare nei settori della politica commerciale, fiscale e finanziaria. Tale esigenza deve essere esplicitamente menzionata, chiedono Alliance Sud, PS e USS.

      Il progetto prevede un riorientamento dell’aiuto internazionale elvetico su quattro regioni e 34 Paesi prioritari anziché su sei e 46 come avviene attualmente. Di conseguenza, la Svizzera si disimpegnerà progressivamente dall’America latina entro il 2024.

      Secondo il DFAE, tale concentrazione è necessaria. La politica in materia di sviluppo deve essere realistica e, affinché abbia un effetto tangibile, i fondi devono essere utilizzati in maniera mirata, scrive il PLR.

      Swissaid ritiene invece che viste le difficoltà politiche in questa regione, una partenza pura e semplice dell’aiuto svizzero «avrebbe conseguenze disastrose per le popolazioni locali».

      Caritas si mostra dal canto suo preoccupata per le sorti di Haiti. Tale Paese «dovrebbe essere considerato come un caso particolare».

      https://www.laregione.ch/svizzera/svizzera/1387562/il-nuovo-aiuto-allo-sviluppo-fa-litigare-berna

    • Une coopération au développement recentrée sur la Suisse

      En Suisse, le Conseil fédéral définit tous les quatre ans sa stratégie de coopération internationale. Pour la période 2021–2024, il souhaite fixer de nouvelles priorités. Ainsi, outre la lutte contre la pauvreté, les intérêts de l’économie et ceux liés à la politique migratoire et sécuritaire de la Suisse devront être davantage pris en considération lors du choix des pays et des programmes. « En vertu de son économie ouverte et très mondialisée, la Suisse dépend d’un ordre international stable », explique le ministre des Affaires étrangères, #Ignazio_Cassis (PLR), à la « Revue Suisse ». La Confédération a intérêt à ce que les principes de l’état de droit se renforcent dans les pays en voie de développement, d’une part pour la population locale, « d’autre part parce que ces pays constituent de futurs marchés ». Le conseiller fédéral poursuit en disant que la Suisse a intérêt « à s’attaquer aux causes de la migration irrégulière et forcée ».

      Concernant la politique migratoire, le Conseil fédéral veut cependant renoncer à faire dépendre l’aide au développement de la coopération d’un pays – par exemple pour le retour de refugiés renvoyés – comme l’exige l’UDC. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ainsi que les œuvres d’entraide ont pris position contre cette conditionnalité. Au printemps 2019, le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE a insisté sur le fait que l’aide suisse au développement devait se focaliser sur les besoins des pays partenaires, et non se mettre au service de la lutte contre la migration irrégulière.

      https://www.revue.ch/fr/editions/2020/01/detail/news/detail/News/une-cooperation-au-developpement-recentree-sur-la-suisse-1

      #root_causes

  • La campagne se meurt, la technocratie l’achève
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1053

    En 2050, 80 % du cheptel humain s’entassera dans des mégapoles-machines aux flux de transports, de fluides, d’énergie, d’individus, pilotés par "Intelligence Artificielle". Smart city, voitures “autonomes”, capteurs de données communicants, Internet des objets, big data, etc. Cette concentration résulte d’un projet de rationalisation - de rationnement raisonné - des "ressources". Pour rabattre les ruraux vers les métropoles, il suffit de supprimer les services de proximité, la Poste, l’école, l’hôpital, et les dessertes des petites communes ; puis d’ouvrir des complexes commerciaux périphériques afin de tuer les centres bourgs. Financez les projets urbains, les “pôles de compétitivité”, et admirez l’afflux urbain.

    Quant à ce que la novlangue nomme “les territoires”, ne croyez pas qu’ils échappent à rationalisation technicienne. La plupart de leurs décideurs veulent en faire des “smart territoires”, fonctionnant, eux aussi, en haut débit. Il n’y a pas de raison qu’on ne clique pas dans les chemins creux et sous les platanes du marché. Puis, les citadins qui viennent se ressourcer le week-end ont besoin de leur connexion pour... eh bien pour rester connectés.

    Surtout, la “ruralité” doit servir la mégamachine urbaine. Laisser passer les lignes à grande vitesse et à très haute tension. Fournir la biomasse et les ressources nécessaires à la consommation exponentielle d’énergie (la “planète intelligente” est une planète électrique). Nourrir les villes. Stocker les déchets nucléaires. Réserver quelques espaces aux loisirs, conformément aux recommandations des experts en santé urbaine.
    Vous pensiez vivre à la campagne, votre pays n’est qu’une fonction support pour les métropoles.

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/article_hyper-ruralite_.pdf

  • Jean-Baptiste Fressoz, Pour une lecture politique des systèmes énergétiques, 2014
    À propos de Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Paris, La Découverte, 2013
    https://sniadecki.wordpress.com/2018/04/05/fressoz-mitchell

    Le livre tire sa force de son attention aux formes matérielles de la production : le charbon (contrairement au pétrole) doit être extrait des mines morceau par morceau, chargé dans des convois, transporté par voie ferrée ou fluviale, puis chargé de nouveau dans des fourneaux, fourneaux que des chauffeurs doivent alimenter, surveiller et nettoyer. La pesanteur du charbon donnait ainsi aux mineurs le pouvoir d’interrompre le flux énergétique alimentant l’économie. Leurs revendications, jusqu’alors constamment réprimées, durent enfin être prises en compte : à partir des années 1880, les grandes grèves minières contribuèrent à l’émergence de syndicats et de partis de masse, à l’extension du suffrage universel et à l’adoption des lois d’assurance sociale. Une fois prise en compte l’affinité historique entre charbon, démocratisation et avancées sociales, la transition énergétique vers le pétrole prend un sens politique intéressant. Par exemple, selon l’auteur, l’un des objectifs du plan Marshall était d’affaiblir les syndicats de mineurs pour ancrer l’Europe de l’Ouest dans le camp occidental. Les fonds de l’European Recovery Program servirent ainsi à l’achat de pétrole (premier poste de dépense), à la construction de raffineries ou au développement de l’industrie automobile. Pipelines et tankers, en réduisant les ruptures de charge, créaient un réseau énergétique beaucoup moins intensif en travail, plus flexible et résolument international. L’approvisionnement énergétique du capitalisme industriel, dorénavant global (dans les années 1970, 80 % du pétrole était exporté), rendait ce dernier beaucoup moins vulnérable aux revendications des travailleurs nationaux.

    #démocratie #énergie #charbon #pétrole #Histoire #mouvements_sociaux #politique #flux #gestion_des_flux #Jean-Baptiste_Fressoz #Timothy_Mitchell #recension

  • Work hard, have fun, make history. Amazon et la contre-révolution logistique : un regard depuis l’Italie
    http://www.platenqmil.com/blog/2018/02/25/work-hard-have-fun-make-history-amazon-et-la-contre-revolution-logistiqu
    http://www.platenqmil.com/file/si473778/Amazon+1-fi9515623.jpg

    C’est à partir des années 1960 que la logistique se constitue sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. La « révolution logistique » à l’origine de cette dynamique, qui est bien plus à comprendre comme une « contre-révolution », un préalable indispensable à l’instauration du régime néolibéral, représentait alors un investissement stratégique sur la désagrégation de la grande usine. Avec une myriade de travailleurs toujours plus mécanisés et écrasés sous son poids - réduits à des « tapis roulants » - la logistique dicte aujourd’hui le rythme de la circulation mondiale.
     
    Lors de la dernière décennie, une nouvelle vague de conflictualité a cependant fait tache d’huile dans ce secteur. Ce texte - après une analyse du rôle crucial joué par Amazon - revient précisément sur les mobilisations en Italie. Proposant une lecture des conflits passés et à venir, il souligne la nécessité de mener - en parallèle des enquêtes « à chaud », lors de moments de conflits - des « enquêtes à froid », dans le but de construire une « logistique des luttes » qui puisse œuvrer à des connexions politiques à travers l’usine globale.

    #logistique #enquête_militante

    • On peut donc soutenir que la fortune accumulée d’Amazon a été bâtie sur l’exploitation toujours plus intensive du travail, davantage que sur l’automatisation et l’innovation de façade qui rendent l’entreprise emblématique du moment actuel. L’énorme flux de marchandises charrié par Amazon circule grâce au travail d’une myriade de travailleurs mécanisés et écrasés sous son poids, réduits à des tapis roulants. Pour s’en faire une idée, nous reportons les paroles d’un travailleur employé dans un entrepôt d’Amazon à Rovigo (Italie) :

      Nous avons un contrat de 39h par semaine et nous sommes payés 960€ nets par mois. Pour moi c’est une misère, mais vraiment une misère […] Nous recevons un salaire qui n’est pas adapté aux postes que nous occupons à l’intérieur de la filière productive. [..] Il s’agit d’un travail massacrant, ce n’est pas juste de le payer ainsi. Et si on pense à combien de fric ils se font, eux, avec quelques clicks sur un ordi pour quelques ordres, c’est scandaleux… […] Le travail est physique, stressant, t’as jamais la certitude des horaires, de ce que tu feras, parce qu’il y a des pics de travail… Toujours des heures sup’, souvent le samedi et le dimanche. On peut aussi refuser, mais après on est mal vus par les contremaitres. Il vaut mieux baisser la tête et dire : « Ok, je viens ; ok je fais des heures sup’ ; ok, ça va, je suis là ». […] Nous n’avons pas la certitude des horaires, ils nous sont toujours communiqués la veille pour le lendemain. […] Ils décident de manière totalement arbitraire quand tu travailles. Et c’est une chose que je ne supporte plus, c’est inconcevable pour moi, mais c’est ainsi. […] On vit toujours dans l’angoisse, il n’y a jamais de certitude, tu ne peux pas organiser ta vie au-delà du travail .

  • Marché de l’#eau : quand la gestion privée dérape
    https://www.franceinter.fr/emissions/l-interview/l-interview-17-fevrier-2018

    La #France est une particularité libérale dans le monde de l’eau : 60 % du marché est privatisé, contre 1 % pour le reste de la planète. Une gestion qui révèle de nombreux abus.

  • Sophie Orange : « On enferme les bacheliers dans un destin scolaire »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/211217/sophie-orange-enferme-les-bacheliers-dans-un-destin-scolaire

    Le projet de loi modifiant l’accès à l’université en premier cycle a été adopté à l’Assemblée nationale le 19 décembre. L’accès à l’université est désormais conditionné à la possession d’un certain nombre de compétences. La sociologue Sophie Orange considère qu’une #sélection est ainsi installée et que cela va fragiliser les plus faibles.

    #France #APB #Parcoursup #Université

    • Je regardais ce qui concerne la sociologie et on attend seulement des prétendants qu’ils aiment la discipline. C’est vague et peut prêter à toutes les interprétations. Comment les collègues du secondaire vont-ils traiter cela et le traduire en objectifs concrets ? En filigrane, toutefois, on y voit les figures repoussoirs. La maîtrise de la langue écrite et la pratique de l’écriture durant la scolarité ne sont pas ce qui a cours dans les filières professionnelles, car ce n’est pas au programme. Eux vont passer à la trappe, car c’est un critère facile de sélection.

      On fonctionne à l’envers, on a une conception de l’orientation et de la réussite des élèves et étudiants qui est peu ambitieuse, il me semble. On ne se demande pas comment on peut leur apprendre des choses, leur transmettre des savoirs, mais on les juge sur ce qu’on ne leur a pas appris. On les pénalise sur des choses dont ils ne sont pas responsables. On n’est pas dans une conception de la réussite du plus grand nombre, mais dans une simple gestion des flux. Les bacs professionnels qui vont en BTS échouent pour la moitié d’entre eux. Les évincer des licences ne règle rien. Il faut arrêter de diaboliser leur présence qui est très minoritaire. Sans compter que, quoi qu’on en dise, certains réussissent à l’université.

    • http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article7937

      Comme prévu, le projet de loi de modification de l’accès au premier cycle à l’université a été adopté à l’Assemblée nationale, mardi 19 décembre, en scrutin public et en procédure accélérée, avec 361 voix pour, 129 voix contre. La majorité LREM a voté pour, appuyée par certains députés UDI. Les élus de gauche – Nouvelle Gauche, La France insoumise et communistes – et Les Républicains se sont exprimés contre pour des raisons opposées. Les premiers se sont élevés contre l’instauration d’une sélection et les seconds ont jugé que cette réforme n’allait pas assez loin.

      Le projet de loi modifie profondément le visage de l’université (lire notre article sur le sujet). Dès 2018, les universités pourront étudier les profils des bacheliers en consultant leur dossier déposé sur la nouvelle plateforme Parcoursup qui succède au décrié APB. Pour établir leur choix, les filières auront une somme d’« attendus » pour chaque licence, c’est-à-dire les compétences requises pour intégrer tel ou tel cursus. Ceux-ci seront nationaux, même si les universités pourront préciser leurs spécificités locales. Le cas échéant, les futurs bacheliers qui n’auraient pas le niveau requis se verront proposer une remise à niveau et ne pourront être refusés que si les capacités d’accueil sont épuisées. Le recteur, dans le cadre d’une commission, devra proposer à toutes et tous une place dans une autre filière.

      La réforme de l’accès à l’université a été votée sans encombre par les députés le mardi 19 décembre. Est-ce qu’elle introduit un bouleversement profond de manière générale ?

      Sophie Orange : Oui, on peut dire ça comme ça dans le sens où elle introduit sans aucun doute une sélection à l’entrée du premier cycle universitaire. Le gouvernement sait très bien communiquer là-dessus. Ils ont beau euphémiser la réalité avec des termes comme « prérequis » ou « attendus », le résultat est là, il n’existe plus d’accès de droit à l’université. Nous avons affaire à une transformation profonde du système français et, d’une certaine manière, à une remise en cause du service public.

      Qui sont les gagnants et les perdants dans ce nouveau système d’orientation ?

      Les perdants vont évidemment être les publics les plus fragiles scolairement et socialement, qui ne sont pas ajustés au modèle universitaire. Jusque-là, ils entraient dans les premiers cycles en ayant connu par exemple une orientation vers la voie professionnelle qu’ils ne souhaitaient pas. Ils se dirigeaient alors vers la voie classique pour ouvrir leur champ des possibles. Les universités, avec leurs attendus, vont leur barrer la route objectivement. Subjectivement, en amont, les bacheliers qui avaient du mal à se sentir légitimes à aller à l’université vont renoncer à aller à l’encontre de ces freins symboliques. Il y a, avec cette loi, une mise en garde incroyable qui va renforcer l’autocensure. Mettre ces panneaux contribue aussi à bien faire peser sur les épaules des jeunes la responsabilité de leur échec.

    • Sophie Orange, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Nantes, spécialiste de l’orientation post-bac et coauteure avec Romuald Bodin de L’université n’est pas en crise (Éditions du Croquant), considère que cette réforme accroît les inégalités, fige les destins scolaires et qu’elle se résume à de « la gestion de flux ».

      Tout l’été, l’exécutif a insisté sur le fiasco APB avec les naufragés de l’orientation et a aussi martelé la nécessité d’en finir avec le tirage au sort. Est-ce que la situation était si critique ou s’agissait-il simplement de communiquer là-dessus pour faire accepter la réforme ?

      On s’est trompé de coupable. On a érigé le logiciel APB en épouvantail, en lui faisant porter toute la responsabilité de certaines difficultés d’orientation. Le tirage au sort concerne une faible part des orientations, même s’il y a eu une hausse cette année. En réalité, le cœur du problème, c’est que les universités n’ont pas assez de place, elles ne peuvent pas absorber toutes les demandes et deviennent « en tension ». On a voulu faire croire que la faillite était simplement technique. Les politiques n’ont pas voulu anticiper l’afflux supplémentaire d’étudiants [39 000 environ cette année – ndlr], qui ne sont pas nés hier. On a laissé pourrir la situation même si, en effet, cela a été pire lors de cette session 2017. La seule interrogation pertinente est : « Est-ce qu’on veut faire réussir les bacheliers ? » Si la réponse est oui, il faut investir. Là, tout ce qu’on va faire, c’est mieux distribuer et ranger les étudiants dans les cases qui existent.

      Quels sont les effets pervers de cette réforme ? Va-t-il y avoir des disparités entre les établissements ?

      Cette réforme contient plusieurs dangers. On va rigidifier les parcours des étudiants. Le destin scolaire et social va être encore plus déterminé par l’origine scolaire, qui est elle-même sociale. L’université avait le mérite d’autoriser les trajectoires atypiques et laissait un peu de jeu dans les cursus des uns et des autres. Là, on enferme les bacheliers dans un destin scolaire écrit d’avance. On va accroître l’homogénéisation des profils. Il n’y aura plus de mixité.

      Cette individualisation au niveau de la gestion des attendus se fera selon les moyens et les choix des établissements. Il y aura la possibilité de choisir les étudiants selon des critères différents. Le cadre national de la licence et l’équité territoriale sont bel et bien remis en cause. Suivant le prestige symbolique des différents établissements, ils auront la possibilité d’exiger des critères plus ou moins exigeants. Cela va figer les hiérarchies et les disparités entre les établissements. Il n’y aura donc plus de licence disciplinaire, mais une par établissement.

      Les valeurs symboliques des diplômes vont aussi être différenciées. Une licence obtenue à Saint-Denis, Limoges ou à la Sorbonne, ce ne sera plus pareil. Il y a une remise en question du service public.

      APB laisse place à Parcoursup, est-ce que cela change fondamentalement la procédure ou n’est-ce qu’un changement cosmétique ?

      [[lire_aussi]]C’est la même chose qu’APB. Il ne faut pas se focaliser sur les outils. Ce sont deux applications techniques, il est préférable d’analyser l’idéologie qui les irrigue. Parcoursup sert la libéralisation des parcours et des individus qui avait déjà cours avec APB. L’individu est considéré comme rationnel et comme ayant les mêmes ressources que tous.

      Cette fois-ci, les élèves de Terminale vont avoir des réponses au fil de l’eau, il n’y aura plus de calendrier collectif. Ce processus très individualisé va correspondre aux bacheliers les plus à l’aise avec les stratégies scolaires et les temps longs. Ceux qui sont seuls pour gérer leur orientation le seront encore plus. Ils vont être en difficulté et seuls face à leur destin, car ils n’ont pas les ressources sociales et culturelles pour bien maîtriser ce genre de dispositif.

      La hiérarchie des vœux disparaît : les très bons élèves vont avoir tous leurs choix, les autres pas forcément, est-ce que ça fausse le jeu ?

      Je trouve que c’est une bonne chose, car c’est difficile pour les bacheliers de faire un classement sur quelque chose dont ils n’ont pas connaissance. Mais on ne sait pas encore comment ça va fonctionner. Cela va surtout compliquer le travail des administratifs, qui vont devoir gérer énormément de dossiers. Le délai de mise en œuvre, dès 2018, est par ailleurs aberrant. On se lance dans cette aventure, on met des attendus dont on nous demande de les déterminer de façon rapide dans les établissements d’enseignement supérieur. On ne peut plus s’opposer à cette réforme. Il faudra mettre en pratique ces attendus. On n’a déjà pas le temps de tout faire dans de bonnes conditions. On va devoir trouver des façons de faire pour aller vite, donc pas forcément bien.

      Les « attendus » ont été rendus publics, mais sont très vagues. Est-ce néanmoins une bonne méthode pour sélectionner les profils ?

      Je regardais ce qui concerne la sociologie et on attend seulement des prétendants qu’ils aiment la discipline. C’est vague et peut prêter à toutes les interprétations. Comment les collègues du secondaire vont-ils traiter cela et le traduire en objectifs concrets ? En filigrane, toutefois, on y voit les figures repoussoirs. La maîtrise de la langue écrite et la pratique de l’écriture durant la scolarité ne sont pas ce qui a cours dans les filières professionnelles, car ce n’est pas au programme. Eux vont passer à la trappe, car c’est un critère facile de sélection.

      On fonctionne à l’envers, on a une conception de l’orientation et de la réussite des élèves et étudiants qui est peu ambitieuse, il me semble. On ne se demande pas comment on peut leur apprendre des choses, leur transmettre des savoirs, mais on les juge sur ce qu’on ne leur a pas appris. On les pénalise sur des choses dont ils ne sont pas responsables. On n’est pas dans une conception de la réussite du plus grand nombre, mais dans une simple gestion des flux. Les bacs professionnels qui vont en BTS échouent pour la moitié d’entre eux. Les évincer des licences ne règle rien. Il faut arrêter de diaboliser leur présence qui est très minoritaire. Sans compter que, quoi qu’on en dise, certains réussissent à l’université.

      L’orientation devient très importante dans ce processus ; comment est-ce que cela va se répercuter sur les différents acteurs ?

      La pression sur les enseignants du secondaire sera accrue. Ils ne vont prendre aucun risque, de peur que l’élève n’échoue. Avant, c’était la responsabilité de la collectivité. Les parents les plus éloignés de l’école vont avoir peur et ne pas avoir les ressources nécessaires pour digérer les informations. Désormais, il n’y a plus de droit à l’erreur. À 18 ans, on ne sait pas forcément ce qu’on va faire plus tard et ce n’est pas très grave. Les parcours linéaires ne sont pas majoritaires et c’est tant mieux.

      Or ici on transforme le système en quelque chose de plus élitiste. C’est assumé. Emmanuel Macron a dit lui-même que l’université n’était pas pour tout le monde. Il remet en cause la mixité scolaire et sociale.

      https://groups.google.com/forum/#!msg/sociologuesdelenseignementsuperieur/Wh8HxtC7J98/TsS3l3NiAAAJ

  • Le compteur Linky et la société électrique
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=933

    Karl Marx, quelqu’un qui s’y connaissait, écrivait en 1853 : « La vapeur et l’électricité conspirent contre le statu quo ». On a peine à l’imaginer, mais en effet, avant la vapeur et l’électricité, l’énergie hydraulique motorisait des milliers de fabriques en Europe (par exemple à Tourtre, dans le Vercors, des moulins, scieries, soieries). Faut-il souligner que Marx était tout-à-fait favorable à l’utilisation de la vapeur, de l’électricité, et au bouleversement du statu quo. C’est-à-dire, au développement des forces productives et par conséquent, in fine, au bouleversement des rapports sociaux. L’histoire de l’utilisation de l’électricité retient qu’elle fut d’abord produite et employée localement, et non pas en réseau. Qu’il y eut quelques réticences, quelques résistances à sa généralisation. (...)

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/linky_jarrige.pdf

  • Conférence > 2. L’espace public sonore en questions
    http://www.lairedu.fr/media/video/conference/2-lespace-public-sonore-en-questions

    C’est moi ou cette conférence d’@intempestive n’est même pas seenée (hum) ?

    L’introduction de nouvelles technologies, ainsi que la plus grande prise en compte du sonore par les institutions, les marques ou les particuliers, modifient notre rapport à l’espace public, au collectif et à l’écoute, sans qu’on en débatte, ni même, souvent, qu’on en ait conscience. Le flou juridique et culturel qui entoure le sonore fait surgir des interdictions ou des appropriations nouvelles. Quelles frontières invisibles et quels usages inédits s’esquissent dans l’espace public sonore ?

    #conférence #son #urbanisme_sonore #usage_du_son #voiture_électrique #gestion_des_flux

  • Nous sommes le gibier, Linky le filet
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=837

    Fin mars, nous avons écrit à ERDF pour signifier notre refus du compteur Linky (voir Linky : lettre à ERDF). Quelques jours plus tard, une employée du service Clients nous téléphonait pour nous dire que nous avions le droit d’avoir nos opinions mais non celui de les mettre en pratique. Puis, Mélanie Douay, notre « conseillère Linky », nous a envoyé quatre pages de courrier. En voici des extraits et nos réponses. Mélanie Douay a bien fait de nous harceler. Vous croyez tout savoir sur Linky et ses nuisances ? Vous en avez déjà marre d’en entendre parler ? Réjouissez-vous, nous avons creusé et découvert des horreurs : Comment Linky servira à nous cibler pour le marketing, Pourquoi un émetteur radio sera intégré à Linky, Comment la smart city avalera votre domicile grâce à Linky, Comment Linky va (...)

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/nous_sommes_le_gibier_linky_le_filet-2.pdf

    • Les statistiques couplées à la puissance d’Internet réalisent le projet de la cybernétique : le pilotage automatisé, centralisé, de la ville (smart city), de la planète (smart planet). Il n’est plus question de vivre comme des humains, en laissant une part au hasard, à l’erreur, à l’imprévu, mais au contraire de tout planifier, prévoir, régler au millimètre par des algorithmes. Pourquoi
       ? Pour nous entasser toujours plus nombreux dans les métropoles, et prétendre freiner le chaos climatique en rationalisant les flux (c’est nous, les flux). Il n’est pas question de changer le système qui a généré la catastrophe écologique, mais de le perfectionner en faisant de nous les fourmis dociles d’une fourmilière ultra-contrôlée. C’est cela leurs prétendues « transition énergétique » et « croissance verte ».

      #Linky #critique_techno #EDF #ERDF #électricité #gestion_des_flux #enfer_vert

    • Et sur l’aspect santé :

      Pour nous, la question sanitaire est secondaire. La société techno-industrielle a créé ses épidémies : cancer, obésité, maladies cardio-vasculaires et neuro-dégénératives. Linky ne se distingue pas de ce point de vue. Même un Linky « propre » - un oxymore - serait intolérable du point de vue social et humain, et nous ne demandons pas plus de fils blindés dans nos maisons que de pastilles d’iode en cas d’accident nucléaire. Nous ne voulons pas gérer les nuisances, mais les supprimer.

      Cependant, puisque vous évoquez ce sujet, voici notre réponse : on ne naît pas électrosensible, on le devient. Nul ne sait s’il supportera indéfiniment l’épaississement du brouillard électro-magnétique qui résulte du tout-connecté . À partir de quel seuil votre corps se révoltera-t-il ? Pour le savoir, il faut devenir le cobaye d’une expérience en taille réelle : la smart city. Linky ajoute sa part à la pollution électromagnétique, et ce ne sont pas les nigauderies d’ERDF qui effaceront le fait. « Linky émet 150 fois moins d’onde qu’une lampe basse consommation » , ânonne Olivier Masset, le directeur régional Alpes. Même un ingénieur peut comprendre qu’il n’est pas question d’installer Linky à la place des lampes, mais en plus : de l’ ajouter à la pollution ambiante. Monsieur Masset, pourquoi protester contre la télé du voisin du dessus, alors qu’il l’écoute moins fort que la radio du dessous ? Qui vous permet de nous prendre pour des imbéciles, Monsieur le directeur régional ?

      Un conseil, amis lecteurs : ne croyez jamais les décideurs qui parlent en valeurs relatives (tel système émet x fois moins de pollution, ou réduit de x % la consommation). Du point de vue de la survie de l’espèce dans ce monde saccagé par l’industrie, seules des valeurs absolues représenteraient un espoir. Il faut réduire le poids total des pollutions (en millions de tonnes), et de la consommation de ressources et d’énergie. C’est simple à comprendre : « plus de voitures moins polluantes » égale « plus de pollution », égale « arnaque ». Les chiffres, Monsieur Masset, les chiffres. Dire que c’est à nous, littéraires très moyens en maths, de vous le rappeler.

      #santé #comparaison

  • Linky ou l’arnaque
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=829

    D’abord, rendez-vous aux habitants de toute la cuvette, le samedi 30 avril, à 14 h, place Félix Poulat, à Grenoble, pour un rassemblement d’information et de refus du compteur Linky (voir l’invitation ci-dessous). Ce rassemblement est organisé par Grenoble anti-Linky, qui réunit pour la circonstance des opposants de toute la métropole grenobloise, afin de dénoncer le soutien des élus aux coups de force et mensonges d’ERDF. Il se passe dans toutes les communes de l’agglo ce qui se passe dans toutes les villes du pays. Un mouvement étonnamment vif et multiple de groupes et d’individus qui cherchent, s’informent, échangent, et refusent de s’en laisser conter face à la morgue des technocrates, élus et experts. Certains maires et conseillers municipaux partagent le refus des réfractaires. Devant cette (...)

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/linky_finale_-_copie2.pdf

  • Le #covoiturage par Uber - New York Times
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/142002409504

    Farhad Manjoo pour le New York Times revient sur le fonctionnement de UberPool, le service de covoiturage d’Uber, lancé progressivement dans certaines villes depuis 2014. UberPool permet de partager son voyage avec d’autres utilisateurs, l’algorithme d’Uber jouant les appariements des destinations au grès des demandes. Pour Trevor Kalanick, son PDG, cette solution est devenue la moins chère du marché. Pour Manjoo, UberPool nous amène à devoir réévaluer l’impact d’Uber sur le monde, car il transforme l’impact d’Uber, qui n’est plus tant de transformer le travail (avec les polarisations que l’on connaît), que de transformer la mobilité urbaine et l’infrastructure du transport. UberPool a commencé comme une expérience. En 2 ans, UberPool a permis de réaliser 100 millions de voyages en communs. Dans la (...)

    #mobilité

  • Le rêve d’une déconnexion, de la maison autonome à la cité auto-énergétique de Fanny Lopez (via @Urbanites)
    http://www.revue-urbanites.fr/lu-le-reve-dune-deconnexion-de-la-maison-autonome-a-la-cite-auto-ene

    L’ouvrage de Fanny Lopez entreprend d’exposer l’histoire d’une #architecture qui s’oppose au modèle dominant : celle qui ne se connecte pas aux réseaux. Adapté de sa thèse de doctorat en Histoire de l’art soutenue en 2010 à l’Université Paris I, il nous donne à penser les évolutions du concept d’autonomie dans son rapport à l’architecture et à l’urbain, entre revendications politiques et théorisations économiques, techniques et sociales. Car si la question énergétique apparaît comme fil conducteur de la recherche dont les résultats sont rendus, c’est bien le concept d’autonomie de l’habitat dans son sens plus large que l’ouvrage permet d’analyser. Il est découpé en deux grands chapitres, le premier rendant compte des évolutions du rapport de force entre connexion et #déconnexion au cours de l’histoire, tandis que le second présente les différents mouvements de l’autonomie énergétique.

    #énergie

  • Tous feux éteints, Abbeville y voit plus clair
    http://www.courrier-picard.fr/region/tous-feux-eteints-abbeville-y-voit-plus-clair-ia0b0n357915

    via @lovlamour

    La première ville entièrement dépourvue de feux tricolores

    Si bien qu’en 2016, la capitale du Ponthieu deviendra la première ville de France entièrement dépourvue de feux tricolores. Les quatre derniers, installés au croisement de la route d’Amiens et de la route de Doullens, seront remplacés par un rond-point. Au-delà des effets bénéfiques sur les flux de circulation, l’objectif d’embellissement urbain semble également atteint. Tous les automobilistes interrogés ce jour-là semblent en tout cas apprécier le changement : plus rapide, plus simple, plus efficace. « Je ne comprends pas pourquoi les autres villes ne font pas la même chose », s’interroge ce restaurateur du centre-ville. Justement, le modèle abbevillois, qui semble faire ses preuves, est-il transposable dans d’autres villes picardes ? « Nous n’avons pas vocation à dire que c’est la solution miracle, nuance le maire d’Abbeville. Les feux n’étaient pas adaptés à la taille de notre ville qui reste une ville à la campagne. Et nous avons pu réaliser ces aménagements car la configuration le permettait. C’est certainement plus difficile à faire dans des espaces urbains plus restreints. »

    #feux_rouges #circulation_routière_intelligente #bonne_nouvelle

  • Des feux de circulation qui prévoient votre comportement - FastCoDesign
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/99982111254

    Si tous les feux de circulation d’une ville pouvaient se parler, les temps de déplacement pourraient diminuer de 22% rapporte FastCoDesign. Or la plupart sont indépendants les uns des autres et fonctionnent sur un contrôle de temps fixe, fixé le plus souvent depuis des historiques d’observations de la circulation anciennes et peu mises à jour. La professeure du MIT Carolina Osorio a mis au point un logiciel intelligent pour coordonner les feux d’une modélisation de la ville de Lausanne. Son modèle permet de réduire les temps de déplacements sur toute la ville de 22%, ainsi que la consommation de carburant. Le département des transports de la ville de New York travaille avec ce modèle pour améliorer la circulation de Manhattan. Un modèle qui pourrait également permettre d’optimiser les emplacements (...)

    #transport #citelabo #Ville_intelligente #smart_city

  • La Libye lutte pour endiguer les flux de migrants clandestins

    Des centaines d’#immigrants clandestins ont perdu la vie, le mois dernier, lors du naufrage de leur embarcation au large de l’île de Lampedusa, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe. Leur bateau de fortune avait pris la mer depuis la Libye, qui s’efforce de gérer au mieux la présence de milliers de migrants.

    Magharebia s’est rendu à #Sabathra, à 80 km à l’ouest de Tripoli, pour visiter un #refuge accueillant des #immigrants_clandestins. Le centre, qui peut accueillir actuellement 130 personnes, est en cours de rénovation et d’agrandissement.

    Le refuge était désert le jour de notre visite, malgré les groupes de migrants qui continuent d’affluer depuis #Zuwara, #Zawiya, #Ajaylat, #Nalut et d’autres régions occidentales.

    Quelques minutes avant notre arrivée, 116 immigrants clandestins avaient été transférés à #Barak_al-Shatie, à 650km au sud, pour être rapatriés vers leur pays natal, selon le capitaine Bassim Bashir al-Ghrabli, chef du bureau local en charge des migrants clandestins.

    Magharebia s’est entretenu avec le capitaine pour évoquer la réponse donnée par la Libye à cette crise humanitaire.

    http://magharebia.com/fr/articles/awi/features/2013/11/07/feature-03

    #Libye #flux_migratoires #migration #gestion_des_flux_migratoires #frontière #entretien #rapatriement #renvoi #interview