• Migrations,au USA, rappel : L’immigration canadienne-française aux États-Unis. du milieu du XIXe siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres
    Les malheurs d’un million d’immigrants canadiens-français : Jean-François Nadeau - 13 Novembre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/societe/541193/les-malheurs-d-un-million-d-immigrants-canadiens-francais

    Un million d’immigrants entassés dans des ghettos ne survivent que dans des conditions sanitaires précaires. À #Brunswick, au #Maine, ils vivent dans une densité difficile à se représenter.

    « C’est difficile à imaginer. Ils sont environ 500 individus à l’acre, comparativement à une famille de 4 ou 5 personnes qui occupent d’ordinaire une maison sur un demi-acre », observe en entrevue David Vermette, auteur d’une histoire de l’immigration des Canadiens français en #Nouvelle-Angleterre, A Distinct Alien Race .


    Photo : National Child Labor Committee collection, Librairie du Congrès Parmi les milliers d’immigrants canadiens-français qui peinent dans les usines de la Nouvelle-Angleterre, on trouve des enfants. Le sociologue et photographe Lewis Hine documente leurs conditions de travail. Il note à l’oreille leurs noms. Ici « Jo Bodeon », Joseph Beaudoin, photographié à la Chace Cotton Mill de Burlington, au Vermont, en 1909.

    Plus d’un million de Québécois immigrèrent pour échapper à la misère. Ils sont aujourd’hui à peu près oubliés. « Chaque famille québécoise a pourtant un lien avec cette immigration. Il est rare que je parle à quelqu’un du Québec dont un membre de la famille n’ait pas été lié avec cette fuite vers les États-Unis » qui court du milieu du XIXe siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres.

    Pourquoi en parler encore aujourd’hui ? « Cette histoire des Canadiens français en Nouvelle-Angleterre reflète ce que d’autres groupes migrants connaissent aujourd’hui. Le président Trump agite l’idée que quelques milliers de migrants venus du Honduras représentent un danger, comme s’il s’agissait du débarquement de Normandie ! C’était la même peur qu’on agitait à l’égard de l’immigration canadienne-française aux États-Unis. On disait que les Canadiens français ne s’assimileraient jamais, qu’ils ne pouvaient pas être des citoyens fidèles puisque leur allégeance allait d’abord au pape, qu’ils se trouvaient là pour imposer leur culture aux Américains et, à terme, pour prendre le contrôle des institutions ! »

    Fasciné par l’histoire de ces Franco-Américains dont il est un descendant, David Vermette rappelle que des efforts énormes ont été entrepris en réaction à leur immigration pour convertir les catholiques et leur faire la lutte. « Il y avait même des plans pour convertir le Québec. Les protestants ont établi des cours en français dans le dessein de les convertir. »

    Pour Vermette, joint chez lui au Maryland, « beaucoup des peurs éprouvées aujourd’hui à l’égard des musulmans l’étaient à l’époque devant les catholiques ».

    Un mythe
    Son livre, Vermette l’a écrit d’abord pour ses compatriotes américains, afin de leur faire connaître la réalité de cette immigration qui les a constitués.

    « Malgré plusieurs noms français dans mon voisinage, aucune famille ne semblait connaître son passé. Mais j’ai aussi écrit ce livre pour que les Québécois cessent de répéter que leurs ancêtres immigraient afin de connaître une vie meilleure puisque, aux États-Unis, tout allait tellement mieux pour eux. Ce n’est pas vrai ! C’est de la foutaise ! La vie y était épouvantable. Pas même par rapport aux standards d’aujourd’hui, mais par rapport aux leurs ! On manquait de tout. Et c’est parce que tout manquait qu’on acceptait de travailler dans des usines de coton. Ceux qui veulent tout déréguler aujourd’hui au nom de la #compétitivité veulent revenir à cette époque, selon les standards de la #misère d’aujourd’hui. »

    En 1886, à Brunswick au Maine, le docteur du lieu atteste que la diarrhée tue de nombreux enfants, en particulier dans la population canadienne-française. L’eau potable est puisée à même la rivière où, en amont, une usine déverse ses déchets. Des pasteurs indiquent que, pour cette communauté, ils enterrent plus de bébés qu’ils n’en baptisent. Des médecins, pour leur part, font état d’épidémie de diphtérie. Dès 1881, un journaliste indique que la fièvre typhoïde décime la population canadienne-française à grande vitesse.

    Les Petits Canadas
    Les immigrants des rives du Saint-Laurent se regroupaient dans des ghettos que l’on nommait Petits Canadas. « Ces Petits Canadas n’étaient pas tous insalubres, mais beaucoup l’étaient. »

    Les archives sanitaires de l’époque corroborent les constats, montre Vermette. L’éditeur du Brunswick Telegraph , Albert G. Tenney, va décrire les conditions de vie de ces gens dans plusieurs textes qui empruntent au ton indigné des abolitionnistes. « Ce ton indigné témoigne du fait que des gens trouvaient indécent le sort fait à ces immigrants canadiens-français. »

    On est loin de l’image classique de l’oncle des États qui revient dans sa famille du Québec pour montrer sa montre en or, symbole de sa réussite.

    « C’était en fait vraiment épouvantable. Certains témoignages directs qui datent des années 1970 donnent une idée de la situation vécue. Une famille de douze par exemple qui vit dans deux pièces non chauffées. En réalité, le sort fait aux immigrants de la Nouvelle-Angleterre est épouvantable. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on continue parfois de répéter au Québec, à savoir qu’ils partaient pour connaître une vie meilleure. »

    Dans ces maisons de compagnie où s’entassent parfois plusieurs familles en même temps, les indicateurs du recensement permettent d’avoir une idée des conditions de vie.

    En 1880, l’habitation no 25 d’une de ces filatures est habitée par toute la famille de la grand-mère de David Vermette. Juste à côté, à l’habitation no 23, Claire Albert, deux ans, et son frère Alexis, 8 ans, meurent tous les deux le même jour de la diphtérie.

    Les enfants tombent à vrai dire comme des mouches. Dans l’habitation no 29, pas moins de 32 individus s’entassent comme ils peuvent pour survivre. Un témoin du temps, cité par Vermette, indique que les Canadiens français sont soumis à un degré de brutalité quasi impensable dans une communauté civilisée.

    Près d’une fabrique où l’on trouve un Petit Canada, les déchets de la ville sont jetés à quelques mètres seulement des maisons des ouvriers canadiens-français. Le médecin du lieu a beau ordonner qu’on les enlève, leurs piètres conditions de vie demeurent.

    À Lewiston, au #Maine, le docteur A. M. Foster observe que la vaste majorité des maisons occupées par des Canadiens français ne sont pas à même d’éloigner les immondices naturelles. On y vit pour ainsi dire comme au #Moyen_Âge. La même note aussi que la ville a installé sa décharge publique à proximité de là où vivent les Canadiens français, lesquels forment la portion la plus importante des #étrangers qui vivent à #Lewiston.

    En 1882, le bureau du travail de Lowell, centre important de l’immigration canadienne-française, publie un rapport. On y traite des conditions de vie dans le quartier dit du Petit Canada.

    Dans les environs immédiats, quantité de vieilles boîtes de conserve, des bouteilles, des cendres, des déchets domestiques, mais aussi de nombreux résidus industriels, dont des fragments de laines et de coton, ce que les agents publics considèrent comme susceptible d’encourager la croissance de maladies. Et les maladies en effet prolifèrent.

    « Personne n’avait choisi ça. Aujourd’hui, de nouveaux #immigrants ont remplacé ceux-là. Mais on peut désormais trouver des liens entre ces populations et ce que nous avons été. »

    #Canadiens_français #migration #immigration #migrants #USA #Quebec #oncle_sam #gethos

  • Les écoles européennes sont-elles des « ghettos surpeuplés ? » 17 Septembre 2018 - RTBF
    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-scan-les-ecoles-europeennes-des-ghettos-surpeuples?id=10019048

    En théorie, les écoles européennes sont ouvertes à tous. La réalité est bien différente.

    À Bruxelles, quatre écoles européennes accueillent près de 13.000 élèves. Ces établissements sont publics et ouverts à tous. Ils sont financés par les institutions et les États membres, dont la Belgique. Le Scan a recueilli le témoignage d’un père de famille qui a tenté, à deux reprises, d’inscrire son fils dans une de ces écoles. Sans succès. « À chaque fois, on m’a répondu que ce n’était pas possible, car les écoles sont surpeuplées ».

    Surpopulation chronique
    Depuis quelques années, les écoles européennes à Bruxelles sont effectivement en surpopulation. Dans son établissement, Simon Sharron accueille 3000 élèves au lieu de 2800. Certains endroits sont désormais trop petits pour accueillir tout le monde. « Nous avons une pièce où doivent se mettre 500 élèves par temps de pluie. C’est trop petit. À chaque fois que l’on tente de faire de la place à un endroit, cela créé des problèmes à un autre ». 

    Élèves classés par catégorie
    Conséquence de cette surpopulation, chaque année, des dizaines de demandes d’inscriptions sont refusées. Mais pas n’importe lesquelles. Ces refus visent avant tout des élèves de catégorie 3. « Chaque élève se retrouve dans une catégorie », analyse Jean-Paul Soyer, secrétaire général de U4U, un groupement syndical de fonctionnaires européens. "Dans la catégorie 1 se trouvent les enfants dont les parents sont issus des institutions européennes. Dans le 2, ceux d’organismes privés ou publics ayant des accords bilatéraux avec l’Europe. Reste la 3, pour Monsieur et Madame Tout-Le-Monde".

    Accords financiers avec le privé
    Les enfants sont donc placés dans une catégorie en fonction de l’employeur des parents. Le fils de notre témoin, lui, se retrouve en catégorie 3. Il n’est donc pas prioritaire, à la différence des enfants des institutions. Reste la catégorie 2…

    Jusqu’à 2005, les communautés européennes ont passé des accords avec des organismes publics comme l’OTAN, mais également des entreprises privées. Le Scan s’est procuré la liste de ces sociétés. On y retrouve notamment des banques et des multinationales.


    Grâce à ces accords financiers, des enfants d’Unilever, Pepsi-Cola ou encore BMW sont donc prioritaires sur la catégorie 3. Cela dépend des accords et des écoles, situées dans l’Union Européenne. Seule le montant du minerval est différent, puisqu’il est parfois deux fois plus élevé.

    La solution : une 5e école ?
    Malgré cette priorité, les enfants des institutions restent de loin majoritaires. Dans les écoles européennes de Bruxelles, 96% des enfants sont désormais issus de la catégorie 1. « À mon époque, il y avait un tiers d’élèves de catégorie 3. Au fur et à mesure, ces établissements se sont transformées en ghettos », constate notre témoin. « C’est vrai, mais ce n’est pas notre volonté. Nous faisons face à la surpopulation. Et nous devons prendre des décisions difficiles », répond Giancarlo Marcheggiano, secrétaire général des écoles européennes.

    Pour diminuer la surpopulation, tous attendent désormais la création d’une cinquième école à Bruxelles. Elle pourrait mettre 10 ans avant de voir le jour. Et selon les estimations, elle devrait déjà être pleine dès son ouverture...

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