• Ghana. Six ans après le lynchage à mort d’Akua Denteh, aucune loi n’a encore été adoptée pour criminaliser les accusations de sorcellerie

    Les autorités ghanéennes ont manqué à leur devoir de protéger les centaines de victimes d’accusations de sorcellerie en retardant l’adoption du projet de loi contre ces accusations, a déclaré Amnesty International six ans après qu’Akua Denteh a été battue à mort, suscitant l’indignation dans tout le pays.

    Le 23 juillet 2020, Akua Denteh, une femme de 90 ans accusée de sorcellerie, a été lynchée à mort devant une foule dans son village natal de Kafaba, dans la région de Savannah, au nord du Ghana. Les deux femmes filmées en train de frapper Akua ont été condamnées en 2023 à 12 ans de prison pour homicide. Des centaines de femmes accusées de sorcellerie sont contraintes de fuir leur communauté, craignant pour leur vie.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/21/ghana-des-centaines-de-personnes-accusees-de-sorcellerie-ont-besoin-de-toute-urgence-de-protection-et-de-reparation/#comment-75230

    #ghana

  • « Certains ont été licenciés, d’autres sont expulsés de leur logement » : des dizaines de milliers d’étrangers chassés d’Afrique du Sud
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/21/certains-ont-ete-licencies-d-autres-sont-expulses-de-leur-logement-des-dizai

    « Certains ont été licenciés, d’autres sont expulsés de leur logement » : des dizaines de milliers d’étrangers chassés d’Afrique du Sud
    Au moins 67 000 ressortissants africains ont quitté le pays depuis le 27 juin, selon les autorités sud-africaines, alors qu’un mouvement de lutte contre l’immigration illégale sème la terreur dans les townships. Le nombre des départs pourrait être bien plus élevé.
    Par Mathilde Boussion (Johannesburg, correspondance)
    Chaque jour, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants viennent s’entasser devant le consulat du Malawi, à Johannesburg. Poussés par la peur, ils n’ont qu’une idée en tête : fuir l’Afrique du Sud au plus vite. Sur le bitume du parking couvert d’emballages plastiques et de pelures d’orange, les grappes d’enfants échoués au milieu d’un tsunami de bagages trahissent un exode qui refuse de dire son nom. Les étrangers africains ont quitté le pays par dizaines de milliers. Depuis le 27 juin, plus de 67 000 migrants illégaux sont partis précipitamment avec l’aide du gouvernement, selon les chiffres officiels, alors qu’un mouvement de lutte contre l’immigration illégale sème la terreur dans certains townships.
    Ceux qui partent sont originaires en majorité du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique, les communautés les plus importantes en Afrique du Sud, mais aussi du Nigeria, du Ghana, du Kenya, de l’Ouganda… Le nombre réel des départs pourrait être bien plus élevé. A elles seules, les autorités zimbabwéennes estiment que plus de 100 000 de leurs ressortissants seraient rentrés. Officiellement, le gouvernement sud-africain parle de « rapatriements volontaires ». « Les gens se présentent en affirmant qu’ils sont en situation irrégulière et demandent à partir pour cette raison », a précisé, mercredi 15 juillet, la ministre de la justice, Mmamoloko Kubayi, au cours d’une conférence de presse.
    Devant le consulat du Malawi, la détermination à quitter le pays est évidente. Mais le choix n’a rien de volontaire. « Les Sud-Africains ne veulent plus de nous. Ils sont venus tambouriner à nos portes pour nous ordonner de faire nos valises en menaçant de nous frapper. Je les ai vus taper des gens », raconte Violet (un prénom d’emprunt), une mère de 26 ans installée en Afrique du Sud depuis 2021. Selon plusieurs témoins, ce raid aurait eu lieu le 10 juillet aux alentours de 17 heures, dans un quartier populaire de Vereeniging, une ville de la banlieue de Johannesburg. « Il faisait presque nuit, j’ai pris les affaires de ma fille et je suis partie avec des gens qui se regroupaient sur un terrain vague », poursuit-elle.
    Trois jours plus tard, le 13 juillet, plus de 500 personnes sont encore arrivées au consulat depuis Vereeniging. « J’ai reçu un appel et, une demi-heure plus tard, on a vu arriver des centaines de personnes », raconte Rivonia Pillay, la coordinatrice de l’aide apportée par le collectif Siyafana Sonke, créé en réponse à la vague xénophobe qui monte en puissance depuis le mois de mai. Cheffe de file de la mobilisation hostile aux étrangers, l’organisation March and March avait appelé à une large manifestation, le 30 juin, exigeant le départ des migrants illégaux, accusés d’asphyxier les services publics, de nourrir le crime et de « voler le travail » des Sud-Africains. Le chaos redouté par les forces de l’ordre ce jour-là a été évité mais, depuis, des marches plus modestes se poursuivent et les raids antimigrants se multiplient.
    Devant les grilles du consulat du Malawi, où ils espèrent récupérer des laissez-passer pour regagner leur pays, les déplacés de Vereeniging racontent tous la même histoire : des groupes d’hommes s’engouffrant dans les arrière-cours des maisons pour déloger les étrangers, qui louent souvent de petites baraques en retrait des habitations principales. Officiellement, le mouvement ne vise que les migrants illégaux, mais tous les étrangers qui vivent dans des quartiers pauvres se sentent en danger. A Durban, dans l’est du pays, plus de 400 Congolais, Rwandais, Burundais, Ougandais protégés par un statut de réfugié campent sur un trottoir depuis plusieurs semaines. « Certains ont été licenciés, d’autres sont expulsés de leur logement parce que leur propriétaire craint des représailles de March and March », raconte Yeshelen Govender, coordinateur de Siyafana Sonke dans la ville. A ces réfugiés qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays, le gouvernement sud-africain propose de réintégrer leurs quartiers. L’un d’entre eux s’est retrouvé dans le coma après avoir essayé. Le collectif, qui regroupe plus de 130 organisations issues de la société civile, évoque une « crise humanitaire ». D’autres organisations non gouvernementales sont réticentes à employer le terme.
    « Il n’y a pas de crise humanitaire », rejette Mmamoloko Kubayi, à la tête du comité interministériel assemblé pour « répondre aux préoccupations exprimées par les Sud-Africains en matière d’immigration ». « Nous nous sommes assurés que les gens étaient traités dignement », insiste-t-elle, en évoquant les migrants rapatriés. Les autorités condamnent les milices qui contrôlent les identités, harcèlent les commerçants étrangers et chassent des résidents. Plus de 900 personnes ont été arrêtées, le 30 juin, par les forces de l’ordre. Le 16 juillet, de nouveau, près de 70 personnes ont été interpellées après le pillage de magasins appartenant à des étrangers. Mais la police est régulièrement accusée d’assister à des violences sans réagir.
    Ce n’est pas la première fois que l’Afrique du Sud connaît une vague d’hostilité à l’égard des migrants africains. En 2008, la première avait fait plus de 60 morts. Cette fois, seules quatre personnes ont officiellement perdu la vie dans les violences. Mais jamais autant d’étrangers n’avaient été contraints au départ. Sur les sites qui accueillent des déplacés, les humanitaires contactés par Le Monde recensent peu de victimes de violences physiques. Les blessés refusent d’être conduits à l’hôpital, relève Claire Waterhouse, coordinatrice des urgences de Médecins sans frontières en Afrique du Sud. A la mi-juillet, au consulat du Malawi, un homme s’est présenté avec les avant-bras couverts de brûlures, expliquant avoir été attaqué au lance-flammes.
    « Dans la région de Johannesburg, on observe un flux assez constant de personnes arrivant de toute la province et de plus loin, en bus, à pied, à vélo, en Uber… Certains ont tout perdu, d’autres ont pu emporter quelques affaires. Des sites accueillent jusqu’à 300 ou 400 personnes par jour, c’est très variable », explique la responsable. A Durban, près de 10 000 personnes, en majorité des Malawites, ont fui leur logement, à la fin de juin, pour se regrouper sur différents sites improvisés. Débordées par l’afflux, les autorités ont érigé dans l’urgence un centre temporaire de traitement des rapatriements à Musina, près de la frontière zimbabwéenne.Ouverte le 1er juillet, l’installation a accueilli des dizaines de milliers de personnes les premiers jours. Les autorités, qui ne veulent pas voir se constituer des camps de réfugiés, font tout pour éviter l’engorgement. Sur place, des équipes mobiles des services de l’immigration travaillent jour et nuit et des autobus quittent régulièrement le site pour conduire des étrangers hors du pays. D’après la ministre de la justice, tous les migrants accueillis sont en situation irrégulière. Leurs ambassades leur délivrent des laissez-passer, validés ensuite par les services de l’immigration sud-africains.
    Dans le centre, des associations assurent la coordination humanitaire. Eau, nourriture, couches, médicaments… « Je peux dire sans prendre de risque que le gouvernement n’a pas fourni un seul repas », s’est vanté, mercredi, la ministre de la justice, soucieuse de montrer la fermeté des autorités. Arrestations massives de migrants illégaux, inspections des entreprises, colmatage des frontières… Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a annoncé, début juin, un plan de lutte contre l’immigration illégale sans précédent. Ces annonces interviennent à quelques mois des élections municipales de novembre, alors que le parti présidentiel, le Congrès national africain, voit sa popularité chuter. Le gouvernement explique observer une baisse du nombre de dossiers traités à Musina et envisage désormais de réduire ses opérations. Mais Claire Waterhouse alerte : « Beaucoup de Sud-Africains ont le sentiment que la tempête est passée, car la journée du 30 juin a été relativement calme, mais ce n’est pas fini. Au contraire, les déplacements de population s’intensifient. » Devant le consulat du Malawi, une course contre la montre est engagée afin de trouver des bus pour acheminer les déplacés vers le centre de Musina. Le soir, ceux qui n’ont pas pu partir s’enroulent dans des couvertures en consumant des bûches pour tenter de combattre les nuits glacées de l’hiver austral. A 1 700 mètres d’altitude, celles de Johannesburg frôlent régulièrement 0 °C. Certains soirs, le consulat ouvre ses portes aux plus vulnérables. Violet n’a pas eu cette chance. La mère tourne la tête vers sa fille de 1 an, enveloppée sur son dos : « Elle a pleuré toute la nuit à cause du froid. »

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  • Xénophobie en Afrique du Sud : les opérations de rapatriement volontaire de migrants se poursuivent
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    Xénophobie en Afrique du Sud : les opérations de rapatriement volontaire de migrants se poursuivent
    En Afrique du Sud, les opérations de rapatriement volontaire se poursuivent, organisées par certains pays dont les ressortissants ont peur des représailles, à l’approche du 30 juin, date à laquelle plusieurs organisations militant contre l’immigration illégale ont annoncé de nouvelles actions. Beaucoup d’immigrés cherchent donc à quitter les lieux.Le Ghana, le Mozambique, le Nigeria ou encore la Zambie ont déjà permis à des centaines de leurs ressortissants de rentrer. Différents incidents liés aux tensions xénophobes ont causé la mort de trois étrangers, tous Africains, cette année, selon les chiffres des autorités sud-africaines.Dans la ville du Cap, des centaines de Zimbabwéens s’étaient récemment rassemblés devant leur consulat pour demander à être rapatriés, ne se sentant plus en sécurité. Ils sont restés plusieurs jours dans le froid de l’hiver austral. Les opérations pour les ramener dans leur pays ont finalement débuté.
    La même situation s’est présentée du côté de Durban, à une plus grande échelle, avec environ 10 000 Malawiens qui ont quitté leurs habitations et campaient dans un espace communautaire surpeuplé de la ville. Cinq mille personnes ont déjà été rapatriées, selon les autorités et un deuxième site a été aménagé afin de mieux accueillir ceux en attente. De nouveaux ressortissants en provenance de la région ont afflué, alors qu’une manifestation a dégénéré le 19 juin dans la ville de Pietermaritzburg, dans l’est du pays, et qu’un Malawien de 29 ans est décédé.À la mi-juin, plus de 2 700 étrangers avaient déjà été volontairement renvoyés dans leur pays d’origine, suite aux annonces du président Cyril Ramaphosa promettant notamment de renforcer les contrôles contre l’emploi de personnes en situation irrégulière.
    L’Afrique du Sud est en proie depuis plusieurs mois à des manifestations dans tout le pays réclamant le départ des immigrés clandestins, certaines fixant la date du 30 juin comme une forme d’ultimatum, en dehors de toute légalité. Plus de trois millions d’étrangers vivent en Afrique du Sud, soit 5,1% de la population, selon l’agence nationale de statistiques et le dernier recensement conduit en 2022.

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  • Le Nigeria annonce rapatrier plus de 1 000 ressortissants face aux violences xénophobes en Afrique du Sud
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/05/le-nigeria-annonce-rapatrier-plus-de-1-000-ressortissants-face-aux-violences

    Le Nigeria annonce rapatrier plus de 1 000 ressortissants face aux violences xénophobes en Afrique du Sud
    Des manifestations anti-immigrés, organisées depuis des mois dans plusieurs localités sud-africaines, ont poussé le gouvernement nigerian à proposer le rapatriement à ses ressortissants souhaitant rentrer volontairement.
    Le Monde avec AFP
    Le Nigeria a entamé une opération de recensement et de sélection de ses ressortissants souhaitant rentrer volontairement d’Afrique du Sud, dans un contexte de tensions croissantes visant les immigrés, a annoncé vendredi 5 juin le porte-parole du ministère des affaires étrangères nigérian.« Le recensement a débuté hier », a déclaré à l’Agence France-Presse Kimiebi Ebienfa, porte-parole du ministère. « Le nombre total de personnes concernées ne sera connu qu’à l’issue de cette opération, prévue [samedi] soir, précise-t-il. Nous nous attendons à accueillir plus de 1 000 personnes. »
    Dans une note d’information datée de mardi et adressée à la communauté nigériane en Afrique du Sud, la Haute Commission du Nigeria à Pretoria a affirmé que « les dates de départ des ressortissants ayant passé avec succès la procédure de sélection seront communiquées après ladite procédure ». Celle-ci dit avoir négocié avec les autorités sud-africaines « des dérogations pour toutes les infractions liées à l’immigration » afin que « les personnes se présentant au contrôle ne seront ni arrêtées ni placées en détention pendant toute la durée du contrôle, jusqu’à leur départ ».
    Cette initiative intervient alors que l’Afrique du Sud a été le théâtre de manifestations anti-immigrés, accompagnées d’allégations d’agressions et d’actes d’intimidation visant des ressortissants africains, au cours des dernières semaines. Le pays est depuis longtemps une destination pour les travailleurs d’autres pays africains, malgré un chômage local très élevé et la pauvreté qui touche la population.A la fin du mois de mai, le Ghana avait affrété un premier vol de rapatriement pour environ 300 de ses citoyens évacués d’Afrique du Sud en raison des tensions. L’Afrique du Sud compte environ trois millions d’immigrés en situation régulière (5,1 % de la population), selon les statistiques officielles. Près des deux tiers de ces migrants proviennent d’Afrique australe, notamment du Zimbabwe et du Malawi, ainsi que de la République démocratique du Congo. Certains viennent aussi d’Afrique de l’Ouest

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  • La fierté face à la persécution

    Le Ghana vient d’adopter l’une des lois anti-LGBTQ+ les plus sévères d’Afrique. Mais la joie queer continue de s’exprimer malgré tout

    « L’amour, c’est l’amour », nous dit-on. Sauf que les responsables politiques ghanéens se plient en quatre pour contester cette affirmation.

    Vendredi 29 mai, les législateurs de ce pays d’Afrique de l’Ouest ont adopté un projet de loi qui criminalise – et prévoit des peines de prison pour – le « financement, le parrainage ou la promotion » d’« actes LGBTQ+ interdits », ou le fait de ne pas les signaler à la police. Il attend désormais d’être ratifié par le président.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/21/ghana-des-centaines-de-personnes-accusees-de-sorcellerie-ont-besoin-de-toute-urgence-de-protection-et-de-reparation/#comment-74637

    #ghana

  • Le compte à rebours vers la criminalisation des personnes LGBT+ au Ghana est engagé

    Le parlement du Ghana a adopté la loi la plus répressive du continent africain contre les personnes LGBT+ le 29 mai dernier. Intitulée « projet de loi sur les droits sexuels de l’homme et les valeurs familiales », elle prévoit trois ans d’emprisonnement pour les personnes LGBT+, cinq ans pour toute personne faisant « la promotion, le parrainage ou le soutien délibéré d’activités LGBT+ ». Mais cela ne s’arrête pas là.

    La loi va encore plus loin dans la criminalisation en prévoyant condamner jusqu’à dix ans de prison les activités de promotions LGBT+ destinées à la jeunesse ghanéenne. Elle prévoit toutefois que les avocats, les médecins et les médias pourront toujours effectuer leur tâche de défense et de protection à leurs égards. La loi attend désormais la signature du président John Dramani Mahama, le même qui avait déjà déclaré le 18 novembre 2025 devant le Conseil chrétien du Ghana promettre de signer le texte si le parlement l’adoptait.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/21/ghana-des-centaines-de-personnes-accusees-de-sorcellerie-ont-besoin-de-toute-urgence-de-protection-et-de-reparation/#comment-74621

    #ghana

  • Ziguinchor : une pirogue de migrants interceptée à Elinkine, 35 personnes arrêtées
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    Ziguinchor : une pirogue de migrants interceptée à Elinkine, 35 personnes arrêtées
    Les forces de défense et de sécurité ont déjoué une nouvelle tentative d’émigration irrégulière dans la nuit du 29 au 30 mai 2026 au large d’Elinkine, dans la commune de Mlomp (arrondissement de Loudia Ouolof). L’opération a été menée à la suite d’informations faisant état d’un départ imminent de migrants clandestins depuis le quai d’Elinkine. Alertées, les forces de sécurité ont mis en place un dispositif de surveillance et de filature renforcé par des éléments de la Base navale Sud.
    Après avoir observé les mouvements liés à l’embarquement des candidats au voyage, les agents sont intervenus peu après le départ de la pirogue, survenu vers 2 heures du matin. L’embarcation a été interceptée en mer avant qu’elle ne puisse poursuivre sa route.
    Au total, 35 personnes ont été interpellées. Il s’agit de 30 ressortissants sénégalais, de 3 Ghanéens et de 2 Gambiens. Tous, sont des hommes. Les forces de sécurité ont également saisi un important matériel logistique destiné à la traversée. Parmi les éléments récupérés figurent une pirogue, 40 bidons de 60 litres d’essence, 23 bidons de 20 litres, trois barils de 200 litres de carburant, 24 bidons d’huile moteur d’un litre, un GPS de type Map 76 ainsi qu’un moteur hors-bord de 40 chevaux.
    Les personnes arrêtées ont été mises à la disposition de la Section de recherches de la gendarmerie de Ziguinchor, qui poursuit les investigations. Les bagages des migrants, de même que le convoyeur présumé et son téléphone portable, ont également été saisis pour les besoins de l’enquête. Le carburant récupéré a été transféré à Oussouye où il est conservé en attendant les décisions des autorités compétentes.Une enquête a été ouverte afin de faire la lumière sur l’organisation de cette tentative de départ et d’identifier les éventuels membres du réseau impliqué.

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  • Ziguinchor : 35 candidats à l’émigration interceptés à Elink... | Seneweb -
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    Ziguinchor : 35 candidats à l’émigration interceptés à Elinkine
    Auteur : Max Euclide KANFANY
    Dans la nuit du 29 au 30 mai 2026, une opération conjointe des forces de sécurité a permis de mettre en échec une tentative d’émigration irrégulière au départ du quai d’Elinkine, dans la commune de Mlomp, arrondissement de Loudia Ouolof. Alertées par des renseignements faisant état d’un départ imminent, les unités engagées, appuyées par la Base navale Sud, ont mis en place un dispositif de surveillance et de filature.Aux environs de deux heures du matin, une pirogue transportant des migrants clandestins a été suivie puis interceptée peu après avoir quitté les côtes. L’intervention a conduit à l’interpellation de 35 personnes, toutes de sexe masculin, dont 30 Sénégalais, 3 Ghanéens et 2 Gambiens.Outre les arrestations, les forces de sécurité ont saisi un important lot de matériel destiné à la traversée : une pirogue, 40 bidons de 60 litres d’essence, 23 bidons de 20 litres, 3 barils de 200 litres, 24 bidons d’huile moteur d’un litre, un GPS de type Map 76 ainsi qu’un moteur hors-bord de 40 CV. Les personnes interpellées ont été placées entre les mains de la Section de recherches de la gendarmerie de Ziguinchor, chargée de poursuivre les investigations. Le convoyeur présumé, son téléphone portable ainsi que les bagages des migrants ont également été saisis. Le carburant confisqué est conservé à Oussouye en attendant les décisions des autorités compétentes.
    Une enquête est en cours afin de déterminer les circonstances de l’organisation de cette tentative de départ et d’identifier les éventuels complices impliqués dans le réseau.

    #Covid-19#migration#migrant#senegal#gambie#ghana#routemigratoire#migrationirreguliere#mlomp#ziguinchor#sante

  • Les tensions xénophobes poussent des centaines de Ghanéens à quitter l’Afrique du Sud
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/05/30/les-tensions-xenophobes-poussent-des-centaines-de-ghaneens-a-quitter-l-afriq

    Les tensions xénophobes poussent des centaines de Ghanéens à quitter l’Afrique du Sud
    Par Claire Bargelès (Johannesburg, correspondance)
    Dans une rue du quartier des ambassades de Pretoria, des piles de valises et de bagages se sont formées devant le grand portail noir de la représentation diplomatique du Ghana, mardi 26 mai. A l’intérieur, le haut-commissaire – l’équivalent, dans les pays du Commonwealth, d’un ambassadeur – fait des allées et venues, supervisant le dispositif d’enregistrement des quelque 800 ressortissants de son pays souhaitant quitter l’Afrique du Sud.
    Un premier vol de rapatriement affrété par le gouvernement, avec près de 300 personnes à son bord, a déjà décollé mercredi ; un autre devrait suivre dimanche. « Il y a des gens du Cap-Oriental, du Cap-Nord, du Cap-Occidental qui sont venus de loin pour s’enregistrer et pouvoir partir », décrit Benjamin Quashie, qui a pris ses fonctions de haut-commissaire en octobre 2025. Environ 16 000 Ghanéens vivent en Afrique du Sud, selon le haut-commissariat. Sur le parking, Mustapha (il n’a pas voulu donner son nom) regarde le ballet des entrées et sorties d’un œil triste. « Moi, je n’ai pas peur, mais j’ai mon garçon de 3 ans. Sa vie est si importante pour moi. Et puis ma femme, aussi », explique le Ghanéen de 36 ans, qui s’est inscrit pour l’un des vols. « C’est mon devoir de les protéger », ajoute-t-il.
    Depuis mi-mars, des manifestations anti-immigration illégale, de plus ou moins grande ampleur, ont lieu dans différentes localités du pays, dont Johannesburg, Durban, East London et Bloemfontein. Les mouvements impliqués, dont March and March, le groupuscule extrémiste à l’origine des rassemblements, ont posé un ultimatum : tous ceux qui sont sans papiers doivent avoir quitté le pays à la date du 30 juin.
    Le gouvernement sud-africain tout comme les ressortissants étrangers craignent que ces organisations ne tentent, après cette date, de plonger le pays dans le chaos. « Il y a des Ghanéens cloîtrés chez eux, qui ne peuvent plus travailler depuis trois semaines, d’autres qui ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l’école », décrit Benjamin Quashie. Arrivé en Afrique du Sud en 2013, Mustapha a déjà été témoin de nombreuses vagues de violences à l’égard des étrangers d’autres pays africains ou asiatiques. « Donc, quand ils disent qu’ils vont passer à l’action, je les crois. »
    Aucune mort n’a officiellement été enregistrée jusqu’à présent, mais le souvenir des quelque 60 personnes tuées, en 2008, lors de violences xénophobes similaires, est dans tous les esprits. En 2021, les plus de 350 morts dans des émeutes liées à l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma (2009-2018) ont aussi révélé à quel point le pays peut rapidement s’enflammer. D’autres représentations diplomatiques, telles que le Malawi, le Lesotho ou encore le Kenya, ont appelé leurs ressortissants à la prudence. Le Nigeria envisage, lui aussi, d’organiser un vol de rapatriement. Le Ghana est passé à l’action à la suite de la circulation, à la fin avril, d’une vidéo sur les réseaux sociaux montrant un homme ghanéen accosté par des Sud-Africains qui lui demandent ses papiers et lui ordonnent de rentrer dans son pays.
    « C’est vrai que beaucoup de choses ne sont pas comme ils le voudraient [dans le pays], mais leur approche pour régler ces problèmes est la mauvaise », poursuit le haut-commissaire ghanéen. Avec un taux de chômage à 32,7 % et une économie qui peine à progresser, la colère d’une partie de la population se cristallise souvent sur les étrangers des pays moins développés, accusés d’accepter des emplois à des conditions défavorables par rapport à la main-d’œuvre locale.« Et, bien souvent, on observe une recrudescence des violences et des actions xénophobes à l’approche des élections », précise Dale McKinley, le porte-parole de Kopanang Africa Against Xenophobia, une coalition qui lutte contre la xénophobie. Alors qu’un scrutin municipal est prévu le 4 novembre, « des partis – en particulier ceux qui placent la xénophobie et les politiques antimigrants au cœur de leur programme, comme le Umkhonto we Sizwe, ActionSA ou Alliance patriotique – exploitent ces violences. Et aujourd’hui, cela a même commencé à gagner certains autres partis », explique le militant des droits humains.
    Le rapatriement est aussi, pour le gouvernement ghanéen, l’occasion de déployer toute une opération de communication autour des politiques de John Dramani Mahama, à la tête du pays depuis janvier 2025. Le chef de sa diplomatie, Samuel Okudzeto Ablakwa, a accueilli les bras ouverts ces premiers rapatriés, mercredi, montant dans l’avion à son arrivée à Accra pour porter des enfants, puis déclarant : « Aujourd’hui, l’administration Mahama a démontré que, où que vous vous trouviez, vous êtes protégés, votre dignité est respectée. »
    Le pays a aussi appelé l’Union africaine à inscrire le sujet au menu de sa prochaine réunion, prévue en juin en Egypte. « Nous avons besoin de retenue, de discussions apaisées », a pour sa part plaidé le ministre des affaires étrangères sud-africain, Ronald Lamola, mettant en garde contre de fausses informations diffusées en ligne.
    Pretoria et Accra ne s’entendent pas sur les chiffres de rapatriés sans papiers : alors que le haut-commissaire ghanéen affirme que, sur le premier vol, « près de la moitié » des passagers « [étaient] ici de façon légale », l’Autorité de gestion des frontières sud-africaine parle, elle, de « 90 % d’entre eux » présents illégalement dans le pays. Une différence qui peut être due à la définition de ce qu’est une situation irrégulière, car les dysfonctionnements des services de l’immigration font que des renouvellements de titres de séjour restent parfois en attente pendant des années. Ces personnes « deviennent alors, en quelque sorte, illégales aux yeux de la loi, parce qu’elles n’ont pas les documents nécessaires. Mais ce n’est pas leur faute : c’est le système qui ne fonctionne pas », souligne Dale McKinley. Mustapha ne sait pas ce qui l’attend sur sa terre natale, quel emploi il pourra trouver pour nourrir sa famille. Mais il n’aura plus à se cacher, de peur qu’un Sud-Africain ne reconnaisse ses origines. « Ici, quand je travaille comme chauffeur, j’évite de mettre des habits traditionnels, car parfois ils peuvent nous identifier grâce à ce qu’on porte. » Le gouvernement ghanéen a promis une aide financière pour les personnes rapatriées, ainsi qu’un programme de soutien afin de se réintégrer au sein de la société.

    #Covid-19#migration#migrant#afriquedusud#ghana#rapatriement#xenophobie#migrationirreguliere#sante

  • En Afrique du Sud, des centaines de Ghanéens fuient le pays face aux tensions xénophobes
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    En Afrique du Sud, des centaines de Ghanéens fuient le pays face aux tensions xénophobes
    Près de 300 Ghanéens ont quitté le sol sud-africain mercredi 27 mai tôt dans la matinée, dans un vol de rapatriement organisé par Accra. Il s’agit du premier vol de ce type, depuis la recrudescence de tensions xénophobes, ces derniers mois, et la multiplication des manifestations, parfois violentes. Sur le trottoir, Comfort veille sur une pile de bagages. Elle tenait un salon de coiffure dans une petite ville sud-africaine, mais désormais, elle attend d’être transférée à l’aéroport avec sa famille « Je veux rentrer au Ghana », confie-t-elle, « j’ai peur, l’Afrique du Sud c’est trop pour moi, je veux rentrer à la maison. » Ces dernières semaines, une vague xénophobe et une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant un Ghanéen être pris à partie dans la rue par des militants, ont décidé certains ressortissants du pays d’Afrique de l’Ouest à plier bagage et à accepter l’offre faite par leur gouvernement de les ramener chez eux. C’est pourquoi la cour de l’ambassade a été transformée en centre d’enregistrement. Plus de 800 demandes de rapatriement ont déjà été déposées, alors qu’environ 16 000 Ghanéens vivent en Afrique du Sud.
    « Il y a des Ghanéens cloîtrés chez eux, qui ne peuvent plus travailler depuis trois semaines, d’autres qui ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l’école », s’alarme un homme prénommé Ben. Benjamin Quashie, le Haut-commissaire sur place - titre donné aux ambassadeurs pour les pays du Commonwealth – précise que sur les « 300 premiers ressortissants enregistrés, près de la moitié sont ici de façon légale. Et sur le reste, environ 60% ont envoyé leurs documents aux autorités pour des renouvellements, mais sans réponse ». S’il reconnait des défaillances institutionnelles, « l’approche adoptée pour les résoudre n’est pas la bonne », gronde-t-il. Mustapha, 36 ans, s’était établi comme chauffeur à Pretoria. Père d’un enfant de trois ans, il considère que son devoir est de « protéger sa famille ». « Depuis que je suis arrivé, en 2013, j’ai bien vu que des attaques xénophobes se déroulaient régulièrement. Donc quand ils disent qu’ils vont passer à l’action, je les crois », observe le trentenaire. Beaucoup redoutent l’ultimatum du 30 juin posé par les organisations qui manifestent contre l’immigration illégale, et les violences qui pourraient se produire ensuite. Le chef de la diplomatie sud-africaine met toutefois en garde contre les fausses informations et les attaques visant son pays, rappelant que, pour l’instant, aucun Ghanéen n’a été tué lors des récentes manifestations. De son côté, le secrétaire général de l’ANC a évoqué mardi 26 mai l’idée d’établir des quotas migratoires et a mis en garde les entreprises qui emploient des étrangers en situation irrégulière.

    #Covid-19#migration#migrant#afriquedusud#ghana#immigration#xenophobie#economie#sante#rapatriement#migrationirreguliere

  • #Global_health architecture : what are we missing ?
    https://redasadki.me/2026/05/27/global-health-architecture-what-are-we-missing

    The 79th #World_Health_Assembly launched a formal process to reform the architecture that governs #global_health. The design of that process — #WHO sits in the room, what questions it is permitted to ask, whose knowledge it is built to receive — will determine whether reform produces structural change or a more sophisticated version […]

    #The_Geneva_Learning_Foundation #Africa #Civil_Society_Organizations #decolonize_global_health #equity #frontline_health_workers #funding_crisis #Gavi #Ghana #governance #health_financing #health_systems #health_worker_voices #health_workers #local_knowledge #localize_aid #Nigeria #policy #UNICEF #Wellcome

  • Ebo Taylor, le maître du highlife, est mort | FIP
    https://www.radiofrance.fr/fip/ebo-taylor-le-maitre-du-highlife-est-mort-4228432

    Le guitariste et chanteur ghanéen est décédé samedi 7 février à l’âge de 90 ans. Trait d’union entre le highlife d’Accra et l’afrobeat de Lagos, il fût l’un des grands artisans de la musique moderne au XXe siècle en Afrique de l’Ouest.

    Plein de chose sur Bandcamp
    https://seenthis.net/messages/987528
    https://ebotaylor.bandcamp.com

    #musique #Ebo_Taylor #guitare #highlife #afrobeat #Ghana #mort

  • Il viaggio del testimone, racconto di un matrimonio dal #Ghana
    https://www.meltingpot.org/2026/02/il-viaggio-del-testimone-racconto-di-un-matrimonio-dal-ghana

    Il viaggio del testimone è un podcast narrativo e documentaristico che racconta un viaggio in Ghana attraverso i sensi. Rocco, non vedente da 25 anni, parte come testimone di nozze di Josef, un amico conosciuto anni prima in Italia, tornato nel suo paese per sposarsi. Senza immagini, il racconto si costruisce con suoni, voci, odori, musica e incontri quotidiani: dai TroTro alle cerimonie tradizionali, dai mercati ai momenti familiari. Un viaggio che diventa esperienza condivisa, incontro tra culture e riflessione sul tempo, sull’attesa e sul significato di appartenere a una comunità. Nota d’autore Questo podcast nasce da un modo (...)

    #Notizie #Africa #Arti_e_cultura #Audio #Podcast_e_musica

  • Thiaroye : 59 candidats à l’émigration secourus, une femme d... | Seneweb -
    https://www.seneweb.com/fr/news/Societe/thiaroye-59-candidats-a-lemigration-secourus-une-femme-decede-et-un-enfant-

    Thiaroye : 59 candidats à l’émigration secourus, une femme décède et un enfant de 3 ans rescapé
    Auteur : Ablaye Gadiaga Sarr
    Ce samedi 10 janvier 2026, aux environs de 6 heures du matin, la Brigade territoriale de Thiaroye est intervenue à la suite d’une alerte signalant une pirogue en détresse sur la plage de Thiaroye. À leur arrivée, les gendarmes ont découvert 59 personnes épuisées et en détresse. Parmi elles se trouvaient un enfant de 3 ans et une femme de nationalité ghanéenne, malheureusement décédée. Les candidats, secourus par la gendarmerie, avaient embarqué depuis la Gambie dans le but de rejoindre l’Espagne par voie maritime. Ils ont ensuite été mis à la disposition des services compétents.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#thiaroye#ghana#routemigratoire#atlantique#migrationirreguliere#sante#mortalite

  • Trafic d’êtres humains au Ghana : les révélations glaçantes... | Seneweb -
    https://www.seneweb.com/fr/news/Societe/trafic-detres-humains-au-ghana-les-revelations-glacantes-dun-rescape-senega

    Trafic d’êtres humains au Ghana : les révélations glaçantes d’un rescapé sénégalais
    Auteur : Senewebnews-RP
    Après Mamadou Seck, un second jeune de Kébémer, Amadou Fall, a réussi à échapper aux griffes d’un réseau de kidnapping au Ghana lié aux activités de Qnet. Selon Libération, qui donne l’information, son récit, recueilli au commissariat de Kébémer, révèle l’organisation criminelle et la cruauté de ses méthodes. Il vend son ami d’enfance pour 2,5 millions de francs CFA. Selon le mode opératoire décrit par le journal, le piège repose sur la promesse d’un voyage au Canada. Repris par le quotidien d’information, Amadou Fall explique avoir versé 2,5 millions de francs CFA à son ami d’enfance, Ibrahima Gaye, pour ce projet fictif. Une fois au Ghana, il découvre la sinistre réalité : les victimes sont contraintes d’intégrer le réseau de vente pyramidale Qnet sous la menace.
    Pour avoir refusé d’obtempérer, Amadou Fall a subi un véritable calvaire : enfermé seul dans une maison pendant plus d’un mois, affamé et privé de ses moyens de communication. Il confirme par ailleurs que son « ami », Ibrahima Gaye, percevait une commission de 25 000 F CFA sur chaque rançon extorquée aux familles restées au Sénégal. Le rescapé est parvenu à s’échapper en feignant d’accepter les conditions de ses ravisseurs. Une fois ses téléphones récupérés, il a rallié l’ambassade du Sénégal à Accra avant de regagner le pays via Ouagadougou. Ses révélations sont alarmantes : plusieurs autres Sénégalais seraient encore séquestrés dans différentes maisons au Ghana. Cette affaire rappelle le sort de Cheikh Touré, un autre jeune qui n’a pas survécu à ce réseau. L’enquête se poursuit pour démanteler cette filière internationale, souligne la même source.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#traite#ghana#trafic#droit#sante

  • #Intoxication durable : comment les cultivateurs de cacao de #Lindt & #Sprüngli sont exposés à des #pesticides hautement toxiques

    Dans le cadre du programme de durabilité de Lindt & Sprüngli, des cultivatrices et cultivateurs de cacao ghanéen·ne·s utilisent des pesticides interdits dans l’UE et en Suisse, mettant ainsi leur #santé en danger. Pendant des années, l’intermédiaire suisse #Ecom a même activement distribué des pesticides dangereux lors de formations aux agricultrices et agriculteurs cultivant du cacao pour #Lindt_&_Sprüngli.

    « Cela me rend triste de voir ma ferme dans cet état », déplore Osei Kwame Williams. Nous avons rendez-vous avec le cultivateur de cacao sur sa ferme à Mfanibu. Le petit village se trouve dans la région d’Ashanti, au Ghana, connue pour son cacao. Des milliers de petit·e·s agricultrices et agriculteurs en cultivent ici sur de petites parcelles, qui ressemblent à des forêts basses avec une seule espèce d’arbre. Le cacao n’est pas une espèce indigène du Ghana et il est principalement cultivé en monocultures. Pour ce faire, la forêt tropicale est souvent déboisée. Les arbres de Williams sont grands et ramifiés ; on voit qu’ils n’ont plus été taillés depuis longtemps. L’élagage est essentiel pour la santé des cacaoyers et une bonne récolte. « Mais c’est trop tard maintenant », indique Williams. L’herbe et les mauvaises herbes sont également hautes sous les arbres. Elles puisent l’eau du sol, laquelle serait nécessaire aux arbres, étant donné qu’il n’a pas assez plu ces derniers mois. La crise climatique affecte de plus en plus les agricultrices et agriculteurs. Les périodes où les températures maximales quotidiennes dépassent les 32 °C se sont allongées de trois semaines par année lors de la dernière décennie. Il fait trop chaud pour les cacaoyers.

    Williams montre un petit insecte sur une jeune cabosse (fruit du cacaoyer) encore verte poussant sur le tronc d’un cacaoyer. C’est une espèce de #punaise, appelée « #Akate » au Ghana. « Elles détruisent tout ici », relève-t-il. Sous l’un des arbres gisent deux récipients en plastique vides d’un #insecticide nommé « #Akate_Star ». Il semble ne pas avoir fait effet. Les punaises ne sont pas le seul fléau contre lequel se bat l’agriculteur : la pourriture brune des #cabosses du #cacaoyer lui pose aussi problème. Dans l’herbe, il y a des cabosses noires, qu’on dirait brûlées. Elles sont infectées par un #champignon. De plus, des #termites se sont installées dans certains troncs d’arbres et les creusent depuis l’intérieur. Au Ghana, le secteur du cacao traverse une crise sans précédent. Les personnes qui en souffrent le plus sont les petit·e·s cultivatrices et cultivateurs, comme Osei Kwame Williams. La plupart vivent dans la #pauvreté, car ils n’arrivent pas à vendre leurs #fèves à des #prix leur permettant de couvrir leurs besoins vitaux.

    Sur le site Internet, des cultivatrices de cacao qui dansent

    Sur le papier, la ferme de Williams est une « demo plot », une ferme de démonstration de la #multinationale suisse du chocolat Lindt & Sprüngli. Aux abords de la ferme, vers la route, un panneau métallique caché dans les hautes herbes met en évidence cette collaboration. La pluie a effacé le logo du « Lindt & Sprüngli Farming Program », qu’on ne reconnaît presque plus. La multinationale suisse se procure la plupart de ses fèves de cacao au Ghana, lesquelles sont ensuite transformées à Kilchberg (ZH) et dans d’autres usines dans le monde entier en plaques de chocolat, lapins de Pâques et pralinés. Selon ses propres informations, la multinationale travaille avec 61 000 cultivatrices et cultivateurs de cacao ghanéen·ne·s. C’est plus que dans n’importe quel autre pays d’où Lindt & Sprüngli importe du cacao.

    Tous font partie du « Farming Program ». « Le Farming Program vise à créer des conditions de vie décentes et durables pour les producteurs de cacao et leurs familles, mais aussi à promouvoir des pratiques agricoles plus durables », écrit à notre demande une porte-parole de Lindt & Sprüngli. Le logo du programme, une cabosse jaune sur fond brun, figure sur la plupart des produits de Lindt & Sprüngli. Il est censé garantir aux consommatrices et consommateurs, surtout en Europe et aux États-Unis, que le cacao est issu d’une production durable et équitable. Sur le site Internet du programme, on voit des photos de cultivatrices de cacao qui sourient et dansent. Tout est très coloré et positif. Si l’on croit le fabricant de chocolat de Kilchberg, la ferme aux apparences abandonnées d’Osei Kwame Williams serait le reflet d’une collaboration fructueuse.

    « Par le passé, Lindt était le plus grand acheteur de cacao de la région », raconte Williams. En 2014, il a été contacté par des agronomes d’Ecom. Cette multinationale #suisse de matières premières est le principal partenaire de Lindt & Sprüngli au Ghana et met en œuvre son programme de durabilité . Les agronomes cherchaient une ferme de cacao facilement accessible en voiture, à proximité de la route. L’agriculteur leur a loué une partie de son terrain. En échange, il a reçu 250 cedis ghanéens par mois, soit environ 20 dollars américains. Il a aussi reçu gratuitement des engrais synthétiques et des insecticides. Lindt & Sprüngli a financé une petite école dans le village et a promis aussi, selon Williams, de construire un puits. Mais celui-ci n’existerait pas encore à ce jour. Les agronomes d’Ecom ont pris des échantillons du sol, ont taillé les arbres et ont apporté des pulvérisateurs pour traiter les arbres avec des insecticides. L’agriculteur se souvient des produits utilisés : « Confidor » et « Akate Master ». « Ils ont sprayé les arbres chaque mois, d’avril à novembre, à un rythme que je n’aurais jamais pu me permettre. » Les récoltes sur la « demo plot » étaient bonnes, bien meilleures que sur le reste du terrain. Ecom a utilisé la ferme de Williams pour donner des formations à des agricultrices et agriculteurs de la région. Ils y apprenaient non seulement la théorie d’une lutte durable contre les nuisibles, mais aussi comment utiliser des engrais synthétiques et des pesticides pour maximiser les rendements. À l’époque, il récoltait dix sacs de cacao sur un peu moins d’un demi-hectare, raconte Williams. « Aujourd’hui, j’arrive tout juste à quatre sacs. »

    Risque pour le système nerveux et la capacité de développement

    Les insecticides « #Confidor » et « #Akate_Master », que les agronomes d’Ecom ont apportés sur la ferme de Williams, contiennent des substances interdites dans l’UE et en Suisse en raison de leur dangerosité pour la santé humaine et l’environnement. Le « Pesticide Action Network » (PAN), réseau international d’action contre les pesticides, dont les recommandations sont suivies par de nombreux scientifiques et ONG, classe ces produits dans la catégorie des « #highly_hazardous_pesticides » (#HHP), soit des pesticides hautement dangereux. « Certains HHP sont connus pour provoquer des dommages à la santé sévères et chroniques », affirme Joey Salmon de la section britannique du PAN. « Ils peuvent nuire aux fonctions du système nerveux et à la capacité de reproduction et de développement. » Le recours généralisé à ces pesticides dans la production ghanéenne de cacao est alarmant, surtout en ce qui concerne la santé des communautés cultivant cette plante. « Elles doivent d’urgence passer à des méthodes moins nocives pour la santé, basées sur des principes agroécologiques. »

    À cela s’ajoute encore le fait que le produit Confidor contient de l’#imidaclopride. Ce principe actif fait partie de la catégorie des #néonicotinoïdes, connus pour tuer les abeilles. Ils attaquent le système nerveux central des insectes, ce qui a pour conséquence de les faire mourir. En 2018, l’imidaclopride a été interdit dans l’UE en raison des risques « inacceptables » pour les abeilles.

    Dans le cadre de la présente enquête, nous avons interviewé dix-sept cultivatrices et cultivateurs de cacao autour de #Tepa et de #Goaso, deux districts au nord-ouest de la capitale provinciale #Kumasi. Sept d’entre eux vendent leurs fèves à Ecom, le plus important partenaire local et acheteur de Lindt & Sprüngli au Ghana. Et quatre d’entre eux, dont Osei Kwame Williams, faisaient ou font partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Toutes les personnes interrogées nous ont raconté avoir régulièrement utilisé des pesticides, certes autorisés au Ghana, mais classés comme hautement dangereux par le réseau PAN et interdits dans l’UE et en Suisse.

    Des substances toxiques dans la chaîne d’approvisionnement

    Sur son site Internet, Lindt & Sprüngli cite cinq principes pour un approvisionnement responsable en cacao, notamment « les partenariats sur le long terme » avec les fournisseurs, un « programme d’approvisionnement responsable » et « la traçabilité et la transparence des chaînes d’approvisionnement ». Nous avons demandé à Lindt & Sprüngli dans quelle mesure l’utilisation de pesticides hautement toxiques dans le cadre de son programme de durabilité était compatible avec le principe d’un « programme d’approvisionnement responsable ». « Un contrôle du respect de la liste des pesticides est une exigence importante qui doit être garantie par les fournisseurs (y compris Ecom) », écrit la porte-parole. Toutefois, cette « liste des pesticides » n’est ni accessible au public, ni fournie sur demande par Lindt & Sprüngli. « Ceci n’est pas possible en raison d’obligations contractuelles », précise la porte-parole. Nous aurions aussi voulu savoir où se trouvent les 1060 « demo plots » au Ghana qui, selon Lindt, accueillent des formations sur le développement durable et promeuvent « la production et l’utilisation de produits et engrais organiques ». Sur cette question aussi, la multinationale fait blocage. La liste des fermes de démonstration ne peut pas être rendue publique « pour des raisons de protection des données », affirme la porte-parole.

    Lindt & Sprüngli a entièrement externalisé la mise en œuvre de son « Farming Program ». Au Ghana, ce sont plusieurs entreprises de matières premières actives dans le pays qui s’en chargent, notamment « #Olam_International_Limited », « #Touton_SA » et « #Ecom_Agrotrade Ltd. ». D’une part, elles organisent sur place les formations avec les agricultrices et agriculteurs ; d’autre part, elles leur achètent les #fèves_de_cacao sur mandat de Lindt & Sprüngli. La multinationale du chocolat, quant à elle, emploie au Ghana un seul et unique collaborateur, qui surveille la mise en œuvre du programme. Le contact direct avec les agricultrices et agriculteurs est assuré par 360 employé·e·s des trois entreprises de négoce précitées, qui sont entièrement payé·e·s par Lindt & Sprüngli. Le partenaire le plus important au Ghana est Ecom. Multinationale de matières premières active dans le monde entier et dont le siège principal se trouve à Pully, dans le canton de Vaud, Ecom s’est spécialisée dans le négoce de cacao, de café et de coton. Sa valeur se chiffre en milliards.

    Selon ses propres informations, Lindt & Sprüngli travaille avec 2400 agricultrices et agriculteurs à Tepa et à Goaso, deux districts au nord-ouest de la capitale provinciale Kumasi. Toutefois, il est difficile de déceler sur place des signes de la présence de Lindt. Nous trouvons le logo du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli seulement dans les dépôts d’Ecom à Tepa, là où les fèves sont emballées dans des sacs en vue de leur exportation. Pratiquement toutes les agricultrices et tous les agriculteurs à Tepa et à Goaso à qui nous avons montré le logo sur notre smartphone nous ont dit ne l’avoir jamais vu ni avoir entendu parler de ce programme.

    Nous ne trouvons sur place aucune trace de la collaboration étroite avec les producteurs que l’entreprise aime suggérer dans sa communication. La plupart des agricultrices et agriculteurs n’ont aucune idée de ce qu’il advient de leurs fèves. Ils les vendent à un acheteur local (local buying clerk), qui reçoit de l’argent d’une société d’achat agréée par l’État (licenced buying company), par exemple Ecom, pour se procurer des fèves de cacao auprès des agricultrices et agriculteurs. Cependant, Ecom ne peut pas exporter les fèves directement en Suisse, mais les vend tout d’abord à l’entreprise étatique « #Ghana_Cocoa_Board » (#Cocobod), qui règle l’ensemble des exportations. La plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao connaissent le nom de la société agréée par l’État à qui ils vendent leurs fèves. Mais seule une minorité connaît la multinationale qui produit du chocolat à partir de leur matière première. La chaîne d’approvisionnement du cacao manque notoirement de #transparence. Malgré cela, Lindt & Sprüngli vante son approche « #Bean_to_Bar » (de l’achat des fèves à la production des tablettes de chocolat). Sur le site Internet de la multinationale, on peut lire : « Ce n’est qu’en sachant où nos fèves de cacao sont cultivées que nous pouvons avoir une influence sur les conditions de vie des familles d’agriculteurs dans les pays producteurs de cacao. »

    Des #primes bienvenues, mais pas de #prix_équitable

    Joseph, dont le vrai nom nous est connu, mais que nous ne mentionnerons pas ici pour sa sécurité, fait partie de ceux qui connaissent Lindt & Sprüngli. Il vit à #Akwaiase, qui se trouve à quelques kilomètres de Tepa. Lorsque nous arrivons chez lui, il est assis sur une chaise en plastique sous un manguier. Devant lui, un grand tas de cabosses noires, pourries. Derrière lui, un puits, une moto, une remise et une maison simple faite en briques brutes avec un toit de tôle. Il y vit avec sa femme et ses huit enfants. Il porte des sandales noires, un pantalon en toile beige et un t-shirt sale. Au-dessus de sa barbe noire sourient deux yeux fatigués.

    Il a participé à plusieurs formations organisées par Ecom dans le cadre du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. En contrepartie, il a reçu en automne dernier une prime d’environ 150 dollars américains, versés sur son téléphone portable, pour 18 sacs de cacao livrés à Ecom. Il était très heureux de recevoir cette prime et il espère qu’elle sera encore un peu plus élevée cette année. Car il ne parvient pas encore à atteindre un prix équitable pour son cacao, raconte Joseph. Le prix par sac s’élevait en juin 2025 à 3100 cedis ghanéens (environ 250 dollars américains). Ce prix est établi par l’entreprise étatique Ghana Cocoa Board (Cocobod). Pour Joseph, un prix équitable serait d’environ 7000 cedis ghanéens (570 dollars américains). La « prime de durabilité » d’environ 8 dollars américains par sac versée par Lindt ne comble que peu cet écart.

    Outre les prix bas, ce sont surtout les nuisibles qui préoccupent Joseph. « Nous pulvérisons les arbres presque chaque mois, et si les produits n’étaient pas aussi chers, nous le ferions même deux fois par mois. » Il nous conduit dans une remise en bois devant la maison. Une femme y prépare à manger sur un foyer ouvert. Dans la remise, Joseph stocke ses produits agrochimiques et une combinaison qu’il porte lorsqu’il traite ses arbres. Il va chercher un sac en jute et nous montre son contenu : des récipients en plastique contenant les insecticides « #Acati_Power », « #Konmidor » et « #Akate_King ». Ces trois produits ont comme principes actifs de la #thiaméthoxame, de l’imidaclopride et de la #bifenthrine, trois substances qui ne sont plus autorisées dans l’UE ni en Suisse car elles sont dangereuses pour la santé et l’environnement.

    Et aussi du paraquat pour cultiver le cacao

    « Aujourd’hui, la plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao au Ghana ne voient plus d’alternative à l’utilisation de pesticides », affirme Issifu Issake, président de la « Ghana Cooperative Cocoa Farmers Association », une organisation faîtière représentant 75 associations et des milliers de cultivatrices et cultivateurs de cacao dans neuf régions. Parmi ces cultivateurs, certains vendent leurs fèves à Ecom et Lindt & Sprüngli. « Mais seule une minorité utilise un équipement de protection pour pulvériser les arbres, ce qui met fortement leur santé en danger », relève-t-il. Pour sortir de cette spirale négative, il a quant à lui commencé à produire de manière biologique et a renoncé aux pesticides chimiques, raconte Issake. Au début, cela demandait plus de travail et coûtait plus cher, mais sur le long terme c’est mieux pour la santé, les sols et la résilience vis-à-vis de la crise climatique. Son organisation essaie de sensibiliser les agricultrices et agriculteurs aux dangers liés à l’utilisation de pesticides sans équipement de protection. « Mais la plupart des agriculteurs sont désespérés. Ils utilisent dans leurs champs tout ce qu’ils trouvent dans les magasins agricoles. »

    Pour cette enquête, nous nous sommes rendus dans cinq magasins agricoles de la région d’#Ashanti, dont l’un collabore avec le « Ghana Cocoa Board » (Cocobod). Cette autorité publique fait des recherches et donne des recommandations sur les produits agrochimiques à utiliser pour la culture du cacao. La plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao s’y réfèrent. Tous les magasins visités vendent de nombreux pesticides dont les principes actifs ne sont plus autorisés dans l’UE ni en Suisse. Les produits s’appellent « Akate Star », « #Akate_Rock_Star » ou « #Aceta_Star » (contenant de la bifenthrine), « #Galil_300_SC » (contenant de l’imidaclopride) ou encore « #Actara_240_SC » et « #Acati_Power » (contenant du #thiaméthoxame). Ce qui est frappant dans les magasins et dans les champs, c’est la forte présence de pesticides de la marque « #Adama ». La multinationale israélienne de l’agrochimie appartient depuis 2017 à #Syngenta Group, dont le siège principal est à Bâle.

    Dans les magasins, on trouve aussi une série de produits à base de #paraquat avec des noms tels que « #Gramostrong », « #ParaeForce » et « #Haouquat ». Ce sont des copies du produit original de Syngenta « #Gramoxone », principalement fabriquées par des producteurs chinois ou indiens. Le Paraquat est aujourd’hui interdit dans plus de 70 pays ; en Suisse, l’interdiction date de 1989 et dans l’UE, de 2007. La raison principale de cette décision : la haute #toxicité du produit. Il suffit d’une petite gorgée de paraquat pour que les organes humains cessent de fonctionner. Le paraquat est connu pour être utilisé par des petits agriculteurs désespérés dans les pays du Sud pour se suicider. Ce produit est surtout utilisé dans la culture maraîchère, mais plusieurs cultivateurs nous ont raconté avoir utilisé le paraquat contre les mauvaises herbes poussant sous les cacaoyers.

    Irritation de la peau, yeux qui brûlent et difficultés respiratoires

    Au Ghana, le recours aux pesticides a fortement augmenté ces dernières années. Selon un rapport de la FAO datant de 2023, 9700 tonnes de pesticides sont utilisées par année au Ghana ; c’est environ sept fois plus qu’en 2010. En 2020, 246 insecticides et 272 herbicides étaient autorisés au Ghana. Parmi les pesticides, on trouve de nombreux néonicotinoïdes, tenus pour responsables de la mortalité massive des abeilles en Europe. Au Ghana, la population de moustiques qui pollinisent les fleurs du cacaoyer a été à tel point décimée par l’utilisation des néonicotinoïdes que le gouvernement a décidé en 2017 de lancer un programme national de pollinisation manuelle des cacaoyers. Environ 30 000 jeunes ont été engagé·e·s à cette fin. Des enquêtes récentes montrent qu’aujourd’hui 70 à 85% des agricultrices et agriculteurs ghanéen·e·s utilisent des produits agrochimiques. Un grand nombre de cultivatrices et cultivateurs de cacao nous ont raconté consacrer environ un tiers de leurs recettes à l’achat de produits agrochimiques. Beaucoup doivent contracter des crédits et s’endettent pour pouvoir acheter ces produits.

    Raymond Owusu-Achiaw est expert en matière de pesticides et de lutte intégrée contre les nuisibles auprès de l’ONG ghanéenne « Conservation Alliance International ». Depuis des années, son organisation essaie, en collaboration avec des partenaires internationaux, de rendre le secteur du cacao plus équitable et moins nocif pour l’environnement. Nous avons rendez-vous avec lui pour un entretien au siège principal de l’ONG à Accra, la capitale du Ghana. « Les conséquences sanitaires liées à l’utilisation de pesticides dans la culture du cacao sont visibles », affirme-t-il. « Les agriculteurs me parlent d’irritations cutanées, de sensation de brûlure aux yeux et de difficultés respiratoires après la pulvérisation. » La grande majorité sait maintenant que l’utilisation de pesticides hautement dangereux sans protection met leur santé en danger. « Mais la plupart des agriculteurs luttent pour leur survie et veulent pouvoir récolter à tout prix. C’est pourquoi les dommages causés à la santé sur le long terme passent souvent au second plan. »

    Les acheteurs internationaux de cacao, comme Lindt & Sprüngli, ont certes élaboré des politiques qui présentent bien sur le papier, relève Owusu-Achiaw, mais ils n’ont la plupart du temps aucun contrôle sur ce qui se passe vraiment sur place. « Ce qui compte, c’est ce qui se passe sur les fermes des cultivatrices et cultivateurs de cacao, et non pas de ce qui est écrit dans les rapports de durabilité des producteurs de chocolat. » Il critique le fait que la responsabilité soit reportée sur les intermédiaires, les entreprises appelées « Licensed Buying Companies », telles qu’Ecom au Ghana. « Les entreprises en Europe réalisent les plus grands bénéfices dans la chaîne d’approvisionnement du cacao ; elles ont par conséquent une responsabilité vis-à-vis des agriculteurs et des communautés qui cultivent le cacao. »

    Le recours aux pesticides dans la chaîne d’approvisionnement manque de transparence

    Selon l’ONG allemande « Inkota », qui travaille depuis des années sur la question de l’utilisation des pesticides en Afrique, aucun grand fabricant de chocolat n’a jusqu’à présent publié de documentation systématique sur les pesticides présents dans sa propre chaîne d’approvisionnement. « La plupart des entreprises ne savent pas quels pesticides sont utilisés par leurs agricultrices et agriculteurs et à quelle fréquence », relève Juliane Bing, chargée jusqu’en été 2025 de la question du cacao au sein d’Inkota. « Les effets sur la santé restent méconnus, car il n’y a pas de collecte systématique de données sur les problèmes de santé chroniques dus à l’exposition aux pesticides. »

    Dans le rapport de durabilité de Lindt & Sprüngli pour l’année 2024, les pesticides ne sont pas une seule fois mentionnés. En revanche, le terme de « durabilité » apparaît sur 61 pages et jusqu’à 35 fois par page. Sur le site Internet du « Farming Program », on trouve une rubrique « Foire aux questions » (FAQ), où figure notamment la question suivante : « Des pesticides sont-ils utilisés dans la chaîne d’approvisionnement de Lindt & Sprüngli ? ». On apprend notamment que les partenaires locaux de Lindt proposent des formations promouvant des techniques agricoles plus durables afin de réduire le besoin en pesticides dans la production de cacao. Plus loin, il est écrit : « Dans le cadre de nos investissements dans l’approvisionnement responsable en cacao, les agriculteurs reçoivent exclusivement des produits biologiques (« organic inputs ») pour leurs plantations de cacao. » En creusant un peu plus, on trouve dans le « Verification Guidance Document » du « Farming Program » une série de critères relatifs à l’utilisation de pesticides. Lindt & Sprüngli exige d’Ecom et des autres fournisseurs de sa chaîne d’approvisionnement de :

    – réduire au maximum l’utilisation de substances dangereuses et veiller à ce qu’elles soient utilisées en toute sécurité ;
    - garantir que les agricultrices et agriculteurs n’utilisent des « produits phytosanitaires chimiques » qu’en dernier recours (« last resort ») et qu’ils privilégient d’autres méthodes manuelles pour lutter contre les nuisibles ;
    - réduire au maximum les effets négatifs sur les ressources naturelles via un « système d’élimination des produits chimiques et des déchets » (« chemical and waste management »), notamment en éliminant correctement les contenants des pesticides ;
    – faire en sorte que tous les produits chimiques soient stockés dans des endroits bien aérés, hors de la portée des enfants et loin de la nourriture ;
    - faire en sorte que les personnes qui pulvérisent les pesticides portent un équipement de protection en bon état.

    Comme le montre notre enquête à Tepa et à Goaso, ces lignes directrices ne sont pas suivies sur le terrain. L’utilisation de pesticides hautement dangereux n’est pas réduite, mais ne cesse au contraire d’augmenter. Les pesticides ne sont pas utilisés « en dernier recours », mais constituent souvent le premier choix dans la crise actuelle. Il n’y a aucun « système d’élimination des produits chimiques et des déchets » à proprement parler. Sur les fermes visitées, des contenants vides de pesticides gisent dans l’herbe entre les arbres. Il n’y a pas de points de collecte dans les magasins agricoles. Comme le racontent les agricultrices et agriculteurs, ils ramassent de temps à autre les contenants et les brûlent. Et aucun·e des cultivatrices et cultivateurs de cacao avec qui nous avons discuté n’utilise un équipement complet de protection « en bon état » pour sprayer les arbres.

    En pleine nébuleuse toxique

    Fin juin, au cours d’un après-midi ensoleillé, Kuma Enoch nous montre comment il traite ses champs contre les punaises. Il fait environ 30° et l’humidité est tropicale. Enoch n’est pas seulement cultivateur de cacao, mais il pulvérise aussi contre rémunération les fermes d’amis agriculteurs. Il est également acheteur au niveau local : avec l’argent qu’il reçoit de son « Do », un gestionnaire de dépôt d’Ecom, il se procure des fèves séchées auprès d’agriculteurs de la région. Il ne sait pas si Ecom revend ensuite ces fèves à Lindt & Sprüngli. Il sait seulement que plusieurs des 42 agriculteurs à qui il achète des fèves ont suivi des formations de Lindt.

    Enoch va chercher dans sa maison une bouteille de « Galil 300 SC », un insecticide d’Adama contenant de l’imidaclopride et de la bifenthrine. Selon le réseau PAN, les deux produits sont hautement dangereux. Ils sont interdits dans l’UE et en Suisse. Enoch mélange le liquide clair avec un engrais d’un vert criard puis mélange le tout à main nue. Ensuite, il verse la solution dans le réservoir de son pulvérisateur fonctionnant au diesel et pouvant contenir jusqu’à 11 litres de solution aux pesticides. Il ajoute de l’eau et soulève l’engin lourd d’environ 20 kilos pour le mettre sur son dos. Puis il allume le moteur en tirant sur le cordon prévu à cet effet. Dans un bruit assourdissant, il se rend dans le champ de cacao. Quand il appuie sur le levier du pulvérisateur, une fine pluie de gouttelettes est projetée sur la cime des arbres. Il se tient là, en plein nuage toxique, vêtu d’un short gris et d’un polo rouge, pieds nus dans des bottes en caoutchouc vertes. Chargé de son lourd sac à dos et le front perlant de sueur, il va d’un cacaoyer à l’autre et respire l’air humide, imprégné de pesticides et d’engrais. En cinq minutes, le réservoir est vide.

    Lorsque les gouttelettes de la solution pulvérisée lui arrivent parfois dans les yeux, ils brûlent ensuite toute la nuit, raconte-t-il. Surtout lorsqu’il utilise du « Ridomil », un fongicide produit par Syngenta, l’un des plus grands fabricants mondiaux de pesticides, dont le siège est à Bâle. Ce fongicide contient du mancozèbe, un perturbateur endocrinien qui peut nuire non seulement à la fertilité, mais aussi au fœtus. Cette substance est interdite dans l’UE depuis 2020 et en Suisse, depuis 2021. Enoch sait qu’il devrait porter une combinaison, des gants fabriqués à partir d’un caoutchouc spécial, des lunettes pour protéger les yeux et un masque pour que les produits chimiques n’atteignent pas ses poumons. C’est ce qu’expliquent des pictogrammes et des lettres en anglais sur les emballages de « Galil 300 SC » et de « Ridomil ». Mais porter un équipement de protection sous cette chaleur serait une torture, sans compter que ces équipements sont chers et pratiquement introuvables dans les magasins agricoles de la région.

    Des tissus en coton et du beurre de karité pour se protéger

    Dans les cinq magasins agricoles que nous avons visités à Tepa et dans les environs, nous n’avons trouvé aucun équipement de protection complet conforme aux recommandations de l’OMS. Deux magasins ne vendaient même aucun vêtement de protection, et deux autres n’avaient que des bottes en caoutchouc et des combinaisons. Seul un magasin proposait aussi des masques de protection dans son assortiment, « mais nous n’en vendons presque jamais », affirmait le vendeur. De toute façon, les équipements de protection sont rarement demandés. Les agricultrices et agriculteurs seraient plus enclins à acheter une bouteille supplémentaire de pesticide afin de garantir leur récolte plutôt qu’un masque visant à protéger leur santé. Comme nous l’avons vu à Tepa, certains cultivateurs et cultivatrices – on observe aussi des femmes qui pulvérisent les champs – se protègent la bouche et le nez avec un tissu en coton et portent une casquette en toile pour se protéger comme ils le peuvent des gouttelettes de pesticides. Certains se frottent également la peau avec du beurre de karité, graisse extraite des noyaux du fruit de karité. Selon eux, la graisse apaiserait un peu les irritations cutanées.

    Lindt connaît le problème du manque d’équipements de protection et de l’exposition aux pesticides qui en résulte. Dans un entretien, une responsable de la durabilité raconte le dernier voyage d’affaires qu’elle a effectué il y a trois ans au Ghana. Lors de son séjour, elle a vu des agriculteurs sprayer les arbres en tongs. Malgré cela, la multinationale ne met aucun équipement de protection à disposition dans le cadre du « Farming Program ». À la question de savoir pourquoi, une porte-parole écrit : « Nous avons arrêté de distribuer des équipements de protection dans le cadre du programme mis en œuvre par Ecom lorsque nous sommes passés, il y a quelques années, des primes en nature à des primes en espèces, pour que les cultivatrices et cultivateurs puissent choisir librement dans quels outils ils souhaitent investir. » Ainsi, Lindt & Sprüngli considère les équipements de protection comme faisant partie de la « prime », et non pas comme un équipement de base mis à disposition de tous les agricultrices et agriculteurs cultivant du cacao pour la multinationale. Lindt écrit ensuite : « Distribuer du matériel gratuitement peut conduire à une dépendance, à la non-utilisation ou à la revente si les bénéficiaires n’accordent pas de valeur aux articles. » Lindt & Sprüngli met l’accent sur la sensibilisation à la nécessité des équipements de protection et « informe continuellement sur les dangers de certains pesticides ». Mais pour cela, la multinationale suisse du cacao mise au Ghana sur Ecom, un partenaire discutable.

    Utiliser la proximité avec les agriculteurs

    Le groupe Ecom au Ghana compte différentes filiales. Parallèlement au secteur des services de gestion durable (« Ecom Sustainable Management Services »), qui met en œuvre le « Farming Program » pour Lindt & Sprüngli, il y a aussi la filiale « Crop Doctor », spécialisée dans la vente de produits agrochimiques et de machines agricoles. Dans son assortiment, on trouve ses propres marques telles que « Commander » (contenant de l’imidaclopride), « Rockstar » (contenant de la bifenthrine) et « Skope 370 WP » (contenant du mancozèbe). Tous ces principes actifs sont hautement dangereux.

    Jessica a travaillé de 2013 à 2019 pour Ecom au Ghana et a occupé différents postes dans le domaine de la durabilité. Elle ne souhaite pas dévoiler son vrai nom. Elle raconte avoir toujours été dérangée par les affaires d’Ecom dans le domaine des pesticides. « Ecom voulait profiter de sa bonne position dans la chaîne d’approvisionnement du cacao. Et grâce aux marges importantes dans le commerce des pesticides, ils faisaient de grands bénéfices. » La direction d’Ecom a donné pour instruction à ses agronomes d’utiliser consciemment leur proximité avec les cultivatrices et cultivateurs de cacao dans le cadre du programme de Lindt pour leur vendre des produits Crop Doctor. Lors des formations, Ecom a certes enseigné aux agriculteurs la lutte intégrée contre les nuisibles, qui repose principalement sur des mesures biologiques et dans laquelle les pesticides synthétiques ne sont utilisés qu’en dernier recours. « Mais en même temps, ils vendaient aux agriculteurs les pesticides Crop Doctor en tant que produits de choix », raconte l’ex-collaboratrice d’Ecom. « C’est quand même très contradictoire. » Deux autres personnes ayant travaillé pour Ecom nous ont confirmé que, pendant des années, la multinationale a vendu des pesticides dans le cadre de ses programmes de durabilité.
    Les enfants sont eux aussi exposés aux pesticides

    Sampson ne souhaite pas non plus voir figurer son vrai nom dans cette enquête, car il craint des représailles. Il est agronome de formation et a travaillé chez Ecom de 2014 à 2019 comme agent de terrain. Dans cette fonction, il était chargé de la mise en œuvre du « Farming Program » dans le Ghana occidental. « Ecom fait partie des premières entreprises au Ghana à avoir distribué des pesticides dans le cadre de ses formations », affirme-t-il. « Ce qui de l’extérieur pouvait ressembler à une aide aux agriculteurs était en réalité une manière de faire encore plus de profits à leurs frais. » Pendant les formations pour Lindt, il était censé vendre par année pour 15 000 dollars américains de pesticides et d’engrais aux agriculteurs. « Cela faisait partie des objectifs selon lesquels mes résultats étaient évalués. » Quand il a commencé à travailler pour Ecom, seule une minorité de cultivatrices et cultivateurs de cacao pulvérisaient régulièrement leurs champs avec des pesticides, raconte Sampson. « Ils avaient leurs propres méthodes traditionnelles pour lutter contre les nuisibles. » Malgré ses objectifs de vente, il leur expliquait que les pesticides chimiques ne détruisaient pas que les nuisibles, mais aussi les espèces utiles et la microbiologie des sols. Ce qui le dérangeait en particulier, c’était de tomber régulièrement sur des enfants qui étaient exposés aux pesticides sur les fermes de cacao où il organisait les formations. « Leurs yeux coulaient, et ils disaient que leur peau brûlait. »

    Selon une étude de l’Université de Chicago, le nombre d’enfants exposés à des pesticides nocifs au Ghana et en Côte d’Ivoire a fortement augmenté ces dernières années. En 2014, 10% des travailleurs mineurs y étaient exposés ; cinq ans plus tard, le pourcentage était de 27%. Il est pour le moins plausible que parmi ces fermes, il y en a aussi qui produisent pour Lindt & Sprüngli. En 2023, des journalistes de l’émission de la SRF Rundschau ont visité différentes fermes de cacao au Ghana, qui faisaient partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Sur de nombreuses fermes, les journalistes ont constaté des cas de travail abusif des enfants.

    Confrontée aux déclarations de son ancien employé, Ecom répond par écrit que la distribution directe et la « facilitation de la vente » par les agents de terrain ont été « formellement » suspendues en 2020. Ecom confirme avoir entre autres distribué des pesticides contenant de l’imidaclopride et de la bifenthrine. En même temps, la multinationale souligne le fait que tous les pesticides commercialisés étaient parfaitement autorisés pour une utilisation dans la culture de cacao par les autorités de contrôle ghanéennes compétentes. D’ancien·ne·s employé·e·s racontent qu’Ecom n’a suspendu la distribution directe qu’en 2023. Cette décision était surtout due au fait qu’un grand nombre d’agricultrices et agriculteurs ne pouvaient plus rembourser les crédits qu’Ecom leur avait accordé pour l’achat de ses propres produits. Une situation qui n’était pas bonne pour les affaires.

    « Officiellement, Ecom et Lindt disent protéger les agricultrices et agriculteurs », relève Sampson. « Mais en visitant régulièrement les fermes, on remarque très vite que cela n’est pas le cas. » La seule chose qui comptait réellement pour Lindt & Sprüngli selon Sampson, c’était que lui et ses collègues d’Ecom s’assurent que les cultivatrices et cultivateurs fassent de grandes récoltes et qu’il y ait toujours assez de cacao à disposition. En 2022, Sampson en a eu assez des multinationales de commerce de matières premières dans son pays. Il a fondé sa propre ONG qui veut renforcer la position des femmes dans le secteur du cacao. Il leur apprend la culture biologique du cacao et comment elles peuvent tenir les nuisibles éloignés des champs grâce à des solutions faites maison à base de graines de margousier et de parties du fruit du cacaoyer. « C’est moins cher pour les agricultrices et plus sain, et les récoltes sont aussi meilleures sur le moyen terme », affirme-t-il.
    Abandonner la ferme aux nuisibles

    Osei Kwame Williams, le propriétaire de la ferme de démonstration, a depuis abandonné la culture du cacao. Il travaille maintenant cinq jours par semaine comme chauffeur de minibus. Il dit gagner ainsi plus qu’avec le cacao. Cela suffit néanmoins tout juste à nourrir sa famille de cinq enfants et à payer les frais scolaires. « Mais au moins j’ai un revenu quotidien sûr. » Maintenant, en juin, ce serait justement le moment de pulvériser les jeunes cabosses, relève-t-il, comme il l’a toujours fait par le passé. « Mais celui qui n’a pas d’argent pour s’acheter des pesticides abandonne les arbres aux nuisibles. »

    Il ne sait pas s’il fait encore partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Mais aucune formation ne se serait tenue sur sa ferme depuis des années. Après 2017, les agronomes d’Ecom et les délégations occasionnelles de Lindt & Sprüngli venant de Suisse ne lui auraient plus rendu visite. Il ne sait pas pourquoi. « Je me sens trahi », affirme-t-il. Pour Lindt & Sprüngli, en revanche, Mfanibu fait toujours partie des « demo plots » actives. À notre demande, une porte-parole écrit qu’actuellement treize « demo plots » seraient actives à Tepa et 37 à Goaso, « dont une à Mfanibu ».

    https://responsabilite-multinationales.ch/etudes-de-cas/lindt-pesticides-culture-cacao
    #chocolat #cacao #Ghana #agriculture #travail #conditions_de_travail

  • ‘It’s a timebomb’: Ghana grapples with mass exodus of nurses as thousands head to the west
    https://www.theguardian.com/global-development/2025/dec/15/health-why-ghana-losing-nurses-emigration-who-medics

    15.12.2025 by Sylvia Arthur - An estimated 6,000 nurses left in 2024 for roles in countries including the US, UK, Canada, and Australia. Three nurses explain what made them decide to leave or stay

    When Bright Ansah, a nursing officer in Accra, goes searching for colleagues who have failed to show up for a shift at the overstretched hospital where he works, he knows where to look. “When you see ‘In God we trust’ on their WhatsApp status, that’s when you know they’re already in the US,” he says.

    The motto of the US has been co-opted by Ghanaian medical professionals who are leaving the west African nation in droves. Many believe their faith has finally been rewarded when, after years of planning, they reach the promised land of the well-equipped, well-resourced hospitals of the US.

    Since the Covid pandemic wreaked havoc on global healthcare systems, the number of nurses, midwives and doctors to have left Ghana has risen exponentially. It is estimated that at least 6,000 nurses left in 2024, driven by factors such as low wages, unpaid salaries and worsening infrastructure. While the US is a huge draw, nurses are also migrating to other countries including the UK, Ireland, Canada, Australia and the UAE.

    Meanwhile, in May and October, Ghana’s foreign ministry signed agreements with Jamaica and Grenada to send hundreds of nurses to the Caribbean islands, expanding on a 2019 agreement with Barbados. In July, the health minister announced that more than 13 countries had expressed interest in establishing similar recruitment arrangements.

    The government’s justification for the schemes is that Ghana has a surplus of nurses, with tens of thousands unemployed.

    But Ghana is also one of 55 countries on the WHO support and safeguard list, which identifies nations facing the most pressing workforce challenges related to universal health coverage. And those working on the frontline of healthcare feel they are on the precipice of a crisis.
    Two men in nursing tunic tops converse next to a laptop.
    Evans Sarbeng and John Haizel Cobbinah are nurses from Ghana now working in Scarborough in the UK. Photograph: Gary Calton/The Observer

    “It’s a timebomb,” says Ansah. “In Ghana, you have a population of 35 million, and the nurse-to-patient ratio is so wide that the nurses are overburdened; they are burnt out. Yet the government wants to export its most experienced nurses to a place like Grenada, which has a population of 125,000.

    “I agree that most of our nurses want to go,” he says, “but we don’t have to intentionally push them out.”

    Nursing has long been considered a desirable profession in Ghana, offering job security in a country where steady employment is in short supply. It has also become increasingly attractive for other reasons. An established route to migration, it has seen an increase in new entrants as people seek to move, although the schemes are open only to experienced medics.

    Three nurses who have chosen different paths explain why they decided to stay, go, or wait and see what happens.
    Staying: Bright Ansah, 36, nursing officer

    “I’m personally excited to stay because I still feel there’s a lot I can do for my country,” says Ansah, who receives messages daily from former colleagues, now abroad, showing off their state-of-the-art equipment and comfortable lifestyles.

    While he understands the frustrations that led them to leave their jobs, families and country, he remains stoic about his decision to stay. “I believe I can help save lives. If we all leave, who will look after our mothers and fathers when they need medical care?” he asks.

    Although he calls the average monthly salary of 3,000 Ghanaian cedis (£197) “demoralising” and concedes that some nurses have resorted to selling medications to patients as a means of survival, he has managed to make things work by taking an entrepreneurial approach to his career.

    With a PhD in public health, he combines teaching at a university with nursing, hoping to equip the next generation with the skills and mindset necessary to stay. He has also established a healthcare firm providing consultancy services.
    Ghanaian nurses gather to watch a surgical procedure in an operating theatre.
    The average monthly salary for a nurse is ‘demoralising’ says Bright Ansah, who nevertheless has opted to remain in Ghana. Photograph: Misper Apawu

    “We need a multisector stakeholder approach. We shouldn’t just be interested in scoring political points but in addressing the problems. Why are they leaving? What can we do to retain them as much as we can? Even those who are emigrating are interested in returning to contribute to nation-building. These are things that we need to look at.

    “I’ve had a couple of colleagues who vowed to be in the country, whatever happens, but when the pressure exceeded what they could bear, they all left. We have to do better.”
    Leaving: Nana Yaa Mills, 39, ICU nursing officer

    Nana Yaa Mills, a mother of three, is happily taking her family and leaving Ghana for good, but her mother and sister are dreading having to say goodbye. “They’re so sad,” says Mills. “They say, ‘But you’re here every time we call. Now you’re going, who are we going to call?’ I tell them, ‘You can still call me. I’m leaving, but life goes on.’”

    For Mills, that life is now in the US. Though she has spent the past 12 years nursing patients in various hospitals in Accra, she has had enough of the stress and chaos, and she is not alone. Of the 15 nurses she started with in 2017 at the hospital where she worked, only three remain in Ghana. “The majority have gone to the US,” she says. “Three are in the UK, and one is in Ireland.”
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    The move has been a long time coming. In 2022, Mills travelled to South Africa to take the NCLEX, a standardised exam required to work as a nurse in the US and Canada.

    The offer of a job came earlier this year but Mills believes she can still make a difference.

    “The authorities only respect you once you go,” she says of her hospital managers. “We diaspora nurses have big plans to use our influence to make things better. We are organising ourselves; we want to make a change.”

    Mills is part of a group of more than 1,000 nurses that began as a learning platform on WhatsApp but has since evolved into a support forum for those wanting to migrate. Many feel they have been forced into leaving and there is genuine bitterness and anger towards the system and patients.
    A nurse draws a Covid vaccine into a needle from a vial.
    Some recent graduates say they are having to learn processes and procedures on the job that would normally be performed by senior staff. Photograph: Nipah Dennis/AFP/Getty Images

    “The same people we are advocating for don’t do that for us. When we go on strike, they are the same people who insult us. So everyone is on their own now.”

    Though hostility towards immigrants is high in the US, Mills is not concerned. “I’m just happy. Even here we face it. Relatives of patients will just come and insult you, so it’s normal. Racism is everywhere. We just have to develop tough skin.”
    Biding her time: Afua Tetteh, 23, rotation nurse

    “Sometimes they don’t understand how they’ve taken you through school with the expectation that, when you finish, some of the burden will come off, but you’re still dependent on them for food, transportation and rent,” Afua Tetteh says of her parents. “And you’re working. So it just doesn’t make sense to them.”

    Tetteh is part of a cohort of nurses who took to the streets in October to protest over months of unpaid wages, although she did not participate herself, despite her own grievances.

    She had to wait for nine months after graduation before being allocated a hospital placement. Five months later, she has only just been paid, but not in full, despite going to work every day, travelling 13 miles each way on public transport, and returning home late after her shifts.

    Tetteh’s aunt, who is also a nurse, has been instrumental in helping her adapt and stay the course. One of the biggest problems caused by the flight of experienced nurses is that new recruits such as Tetteh have no one to look to for advice and support. They are having to learn processes and procedures on the job that would normally be performed by senior staff.

    “There are about 30 patients on the ward and only two nurses, plus two of us service personnel and maybe one or two students. It’s extremely stressful.

    “I’m lucky I have my aunt, so if I have any difficulties I just pick up the phone and call her. When you see the nurses, you realise how tired they are of the entire job. I really don’t want that to be my portion working in this country.”
    Four nurses in different uniforms stand in a concrete-floored, green-painted clinic covered in health posters.
    Ghana’s foreign ministry has signed agreements to send nurses to Jamaica and Grenada, with other countries expressing interest in similar recruitment deals. Photograph: Nipah Dennis

    Age and inexperience prevent Tetteh from leaving Ghana in the short term, so she is facing her immediate future pragmatically. Asked whether she has considered a career change she says that, although it has crossed her mind and some of her peers have abandoned nursing for less stressful jobs, she hopes to stick with it.

    “Life goes how God wants it to go,” she says, “but, hopefully, in five years’ time I should have been able to leave the country or maybe have a side-business so I can get my life together and know where I’m headed. Right now, things look very unclear for someone who is starting out.”

    * All names have been changed to protect identities

    #Ghana #migration #soins #iatrocratie
    #travail

  • Après leur expulsion des Etats-Unis, la peur des migrants d’Afrique de l’Ouest d’être renvoyés dans leur pays
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/11/12/apres-leur-expulsion-des-etats-unis-la-peur-des-migrants-d-afrique-de-l-oues

    Après leur expulsion des Etats-Unis, la peur des migrants d’Afrique de l’Ouest d’être renvoyés dans leur pays
    Par Victor Cariou (Accra, correspondance)
    Traînée par les jambes par plusieurs agents ghanéens de l’immigration, une femme d’une cinquantaine d’années se débat de toutes ses forces. Expulsée des Etats-Unis vers le Ghana le 6 novembre, cette ressortissante du Sierra-Leone crie sa crainte de se voir rapatriée dans son pays d’origine – des plaintes auxquelles les officiers restent sourds, la faisant monter manu militari dans un van, direction l’aéroport d’Accra.
    Cette scène dont a été témoin Le Monde s’est déroulée mardi 11 novembre, dans un hôtel du nord de la capitale ghanéenne, où logeaient depuis leur expulsion des Etats-Unis, cinq jours plus tôt, un groupe de dix-neuf ressortissants ouest-africains – dix Nigérians, deux Guinéens, deux Sénégalais, deux Gambiens, deux Sierra-Léonais et un Malien. Il s’agit du troisième groupe connu de migrants reçu par les autorités ghanéennes dans le cadre d’un accord migratoire conclu avec Washington en septembre.
    Aujourd’hui, ils ne sont plus que huit, cloîtrés dans des dortoirs où ils vivent avec une seule tenue, sans autorisation de sortir des alentours de l’hôtel, sous surveillance militaire. Les ressortissants nigérians, eux, ont été rapatriés, selon leurs camarades, dès le lendemain de leur arrivée à Accra.
    « Depuis, on n’a plus aucune nouvelle d’eux », confie Ahmed (toutes les personnes concernées souhaitent rester anonymes et leurs prénoms ont été modifiés), guinéen, qui craint de subir le même sort prochainement. Arrêté à la frontière mexicaine alors qu’il tentait de rejoindre le sol américain, l’homme a passé ensuite neuf mois dans des centres de rétention de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), avant d’être placé dans un avion direction le Ghana, comme plusieurs dizaines d’autres ressortissants ouest-africains avant lui depuis l’entrée en vigueur de l’accord.
    « Le juge de l’immigration américain nous a pourtant garanti une protection contre un rapatriement vers notre pays d’origine au titre de la Convention contre la torture », explique-t-il. En guise de preuve, une décision de justice imprimée sur une feuille qu’il brandit dans sa main – un document que les huit migrants rencontrés par Le Monde avaient en leur possession, à défaut d’avoir des papiers d’identité, qu’ils disent s’être fait confisquer aux Etats-Unis.
    Pour Ahmed, s’expatrier outre-Atlantique était une question de survie. Il craint la répression des autorités guinéennes, « une dictature » selon ses mots, qui le chercheraient pour son « activisme politique ». Moussa, originaire du Mali, dit également être dans le viseur de la junte au pouvoir. Il résidait aux Etats-Unis, avant d’être expulsé vers le Ghana.
    Au moment de monter dans l’avion, « les agents de l’ICE m’ont assuré que des dispositions avaient été prises pour que je puisse m’installer au Ghana, assure Moussa. Mais quand je suis arrivé, les officiers ghanéens de l’immigration m’ont dit qu’ils allaient me renvoyer au Mali, ce qui est tout à fait illégal ».La légalité de l’accord migratoire conclu avec Washington est actuellement contestée devant la Cour suprême du Ghana. La plainte, déposée par le cabinet ghanéen Merton & Everett, soutient notamment que le gouvernement ghanéen, en opérant des transferts de ressortissants vers leurs pays d’origine, malgré la protection qui leur a été accordée par la justice américaine au titre de la Convention contre la torture, violerait ses engagements internationaux ainsi que plusieurs articles de sa propre Constitution relatifs aux droits humains. Après un report de la première audience le 22 octobre, la prochaine doit se tenir le 12 novembre.
    Ce combat est porté notamment par l’avocat ghanéen Oliver Barker Vormawor. En collaboration avec l’association américaine Asian Americans Advancing Justice, il représente onze des quatorze ressortissants ouest-africains expulsés des Etats-Unis vers le Ghana en septembre. Des individus détenus pendant une dizaine de jours au centre d’entraînement militaire de Bundase, à une quarantaine de kilomètres d’Accra, avant d’être, pour au moins six d’entre eux, transférés « clandestinement » vers le Togo voisin, selon leurs avocats.
    Révélé le 10 septembre par le président ghanéen, John Dramani Mahama, l’accord migratoire entre Accra et Washington a initialement été présenté par le gouvernement ghanéen comme un moyen de venir en aide « aux frères et sœurs ouest-africains », ainsi que « d’offrir un refuge temporaire quand c’est nécessaire, éviter de nouvelles souffrances humaines et maintenir [la] crédibilité [du Ghana] en tant qu’acteur régional responsable ».D’autres pays africains ont signé des accords similaires concernant des ressortissants de pays tiers : Rwanda, Ouganda, Eswatini. S’agissant du Soudan du Sud, au moins un transfert de huit migrants a été recensé, sans que le pays ne confirme l’existence d’un quelconque accord avec Washington.
    Côté ghanéen, le ministre des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, soutenait en outre que le Ghana n’avait « ni reçu ni cherché à obtenir une quelconque compensation financière ou avantage matériel », avant de reconnaître, samedi 4 octobre, lors d’une interview accordée à la télévision ghanéenne que c’est cet accord qui avait permis l’obtention des levées des restrictions sur les visas annoncés par Washington en juillet.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#ghana#accordmigratoire#visas#expulsion#nigeria#rwanda#ouganda#eswatini#guinee#gambie#sierraleone#mali#droit#sante

  • #Frontex, agent intouchable du #renseignement_migratoire

    L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex, est devenue, en vingt ans [1], le bras armé des politiques sécuritaires de l’Union européenne (UE) et de ses États membres. Initialement créée pour coordonner le contrôle des #frontières, organiser les #expulsions et produire des « #analyses_de_risques » des mouvements de populations, Frontex a élargi son champ d’intervention bien au-delà des questions migratoires.

    Nonobstant des enquêtes institutionnelles et journalistiques ayant démontré que ses officiers s’étaient rendus coupables de graves #violations_de_droits, tout semble organisé pour que la responsabilité de l’agence Frontex ne soit ni engagée ni reconnue. En sus de ses traditionnelles activités de #surveillance et de #contrôle des frontières prévues dans le règlement (UE) 2019/1896, l’agence tentaculaire dotée de moyens exponentiels est devenue tout à la fois agent du renseignement, négociateur, influenceur et membre d’un réseau de dissuasion violente, que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter.

    Produire de l’information, qu’importe sa véracité

    Comme pour tout bon agent du renseignement, recueillir et exploiter des informations relevant de la vie privée est un axe essentiel du travail de Frontex. Elle collecte ces #données par le biais des États membres, d’agences européennes et d’organisations partenaires, mais aussi dans le cadre de ses propres opérations (maritimes, aériennes, terrestres). Elle est présente aux #frontières_maritimes (Méditerranée centrale et Manche), ainsi qu’aux #frontières_terrestres et aériennes de plusieurs pays (#Albanie, #Géorgie, #Monténégro, #Serbie, #Macédoine_du_Nord, #Moldavie, #Ukraine). Elle a progressivement élargi ses activités vers la zone #pré-frontière de l’UE et ouvert des bureaux #satellites temporaires dans des pays tiers du voisinage méridional et en #Afrique_de_l’Ouest [2].

    Quantité d’informations sont susceptibles d’être enregistrées : certaines sont générales, telles les routes migratoires empruntées, les dates de franchissement de frontière, les listes de passagers ou le pays de provenance ; d’autres, plus spécifiques, sont relatives aux #données_biographiques, aux incidents au cours d’opérations, jusqu’au lieu où se cachent les personnes au moment du contrôle. Les données recueillies nourrissent divers fichiers, parmi lesquels celui d’#Eurosur, instrument de surveillance et d’échange d’informations entre Frontex et les États membres, ou le #Joint_Operation_Reporting_Application (#Jora). Elles donnent aussi – et surtout – lieu à la production de #rapports_analytiques, avec une photographie de la situation aux frontières, supposés permettre de déterminer le niveau de « #risques » de déplacements vers le continent européen.

    Le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) estime que, malgré les moyens déployés, les « analyses de risques » produites par l’agence sont fondées sur des informations peu fiables, obtenues lors d’entretiens menés sans le consentement des migrant·es ni protection de leur identité [3]. Il a également émis des réserves quant à la sécurisation des données et l’ampleur de la collecte.

    L’#opacité des activités de Frontex inquiète aussi le Médiateur européen, qui a traité plusieurs plaintes concernant l’impossibilité d’accéder à des documents et informations. Il faut préciser que l’agence est très réticente à fournir les informations demandées, y compris à ses propres contrôleurs, chargés depuis 2019 d’évaluer en permanence le respect des droits fondamentaux dans ses activités opérationnelles [4].

    Frontex reconnaît elle-même que ses chiffres comportent des #erreurs : alors qu’elle communique chaque année sur le nombre de franchissements de frontières non autorisés, elle admet qu’« il n’existe aucun dispositif permettant d’établir le nombre exact de personnes ayant franchi les frontières [5] ». Mais pour elle, il s’agit presque d’une question secondaire : selon sa directrice adjointe, Aija Kaljana, « il est essentiel de devenir une organisation axée sur le #renseignement, car les ressources humaines et techniques sont limitées [6] ». L’ambition de Frontex est donc de passer d’une agence du contrôle migratoire à un #service_de_renseignement.

    Travailler en synergie, y compris hors du champ migratoire

    L’agence, au cœur d’un vaste réseau d’échanges de données, coopère avec de nombreux services, civils ou militaires, ayant des objets aussi variés que la pêche, la lutte contre le #narcotrafic ou la #sécurité_aérienne [7]. Frontex a créé, en 2018, la #Maritime_Intelligence_Community–Risk_Analysis_Network (#MIC-RAN), soit une communauté du #renseignement_maritime et un réseau d’analyse des risques, pour collecter des données et diffuser des rapports sur les #menaces_maritimes (i.e. l’appropriation illégale des zones maritimes, les conséquences du réchauffement climatique, les « usages illégaux » de la mer). Autre illustration de la diversité de ses collaborations : l’agence négocie des accords avec des sociétés d’affrètement comme #EASP_Air, #DEA_Aviation ou #Airbus [8] qui fournissent des #aéronefs, le personnel pour les exploiter et l’infrastructure technique pour la transmission des données enregistrées, en temps réel, au siège à Varsovie [9]. Elle capte également des données depuis l’espace, car elle a conclu un contrat avec #Unseenlabs, une entreprise française spécialisée dans la surveillance maritime par radiofréquence depuis l’espace, ou se sert des satellites du programme #Copernicus d’observation de la Terre qui sont utilisés pour la sécurité, la protection civile, la gestion de l’environnement et la recherche sur le changement climatique [10].

    Engagée dans des projets de recherche et développement, l’agence finance ceux qui se focalisent sur le matériel de surveillance [11]. Elle a étroitement suivi les avancées du programme #ITFlows, un outil de prédiction des flux migratoires à partir de techniques d’analyse automatisée de données, en y contribuant activement via la fourniture d’informations récoltées dans le cadre de ses missions [12]. Dans le même registre, elle a organisé avec des garde-côtes italiens, début 2025, un atelier international intitulé Évolution des garde-côtes : l’#intelligence_artificielle et les systèmes sans pilote améliorent les opérations de recherche et de sauvetage. Vaste programme à l’heure où le recours à l’intelligence artificielle (#IA) pose de sérieuses questions éthiques [13].

    Au-delà des frontières de l’Europe, Frontex multiplie des #campagnes qui sont de véritables opérations de séduction, afin de s’assurer du concours des États tiers pour empêcher les départs depuis les pays d’origine. Ainsi est-elle à l’initiative du projet #Africa–Frontex_Intelligence_Community (#Afic) dans huit pays africains (#Côte_d’Ivoire, #Gambie, #Ghana, #Mauritanie, #Niger, #Nigeria, #Sénégal et #Togo), officiellement lancé pour « collecter et analyser des données sur la #criminalité_transfrontalière et soutenir les autorités impliquées dans la #gestion_des_frontières ». Frontex a également organisé des séances opérationnelles de #sensibilisation à la lutte contre la #fraude_documentaire et la fraude à l’identité en #Albanie, #Bosnie-Herzégovine, #Égypte, #Géorgie, #Moldavie, #Macédoine_du_Nord, #Serbie et en #Tunisie.

    Comme pour conforter sa place centrale dans le réseau d’information qui surveille tout et constamment, c’est avec les services de répression, tels l’#Office_européen_de_police (#Europol) et l’#Organisation_internationale_de_police_criminelle (#Interpol), que l’agence a intensifié ses relations. Depuis 2008, Frontex signe des accords de coopération et des plans d’action conjoints avec Europol pour partager avec cette agence les informations qu’elle recueille, singulièrement via Eurosur, à des fins de lutte contre la criminalité ou le terrorisme. Sur le terrain, cette entente s’est notamment matérialisée durant des opérations relevant de la politique de sécurité et de défense commune (opérations #Sophia et #Jot_Mare en 2015). Plus surprenant : en 2024, Frontex a codirigé une opération internationale visant à lutter contre la #contrebande_de_drogue par voie maritime en fournissant un soutien technique et opérationnel [14] ; elle est aussi intervenue pour des opérations de soutien pendant les #Jeux_olympiques en France [15], pendant la compétition de l’Euro en Allemagne, ou encore durant la guerre en Ukraine... Elle outrepasse ainsi sa mission initiale et s’érige comme un organe de « super-contrôle ».

    De son côté, Interpol travaille avec l’UE et Frontex dans le domaine de la sécurisation des frontières, sous forme de collaborations techniques, de #formations et de projets de recherche communs. Frontex a élaboré un manuel de référence contenant des alertes de falsification et des cartes de contrôle rapide servant d’aides visuelles à la décision lors de la vérification de documents. Ce dispositif est désormais au cœur du système de bibliothèque électronique de documents #Frontex-Interpol (#Fields). Les #bases_de_données d’une agence de surveillance des frontières et celles d’une organisation de lutte contre la criminalité sont dès lors interconnectées.

    Une agence opaque et délétère qui influence les législations

    Plusieurs enquêtes documentées décrivent les actes illicites commis par l’agence sur ses terrains d’intervention. Il n’est plus à démontrer qu’elle s’est rendue complice ou coupable, à de nombreuses reprises, de #refoulements (#push-backs) en Grèce, pourtant interdits par le droit international. Des refoulements qui sont recensés dans sa base de données #Jora comme de simples opérations de « #prévention_de_départs [16] ». Des pratiques similaires ont été dénoncées à la frontière bulgare, où des violences ont été commises par des garde-frontières participant aux opérations de Frontex [17]. À #Chypre, de nombreux ressortissant·es syrien·nes ont été illégalement enfermé·es et d’autres ont été expulsé·es vers la Syrie, sous les yeux d’officiers de Frontex [18]. Des pratiques épinglées par l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), qui a émis des doutes sur « la capacité de l’agence FRONTEX à […] veiller au respect et à la protection des droits fondamentaux dans toutes ses activités aux frontières extérieures ».

    L’agence va jusqu’à fabriquer de fausses informations lorsqu’elle prétend sauver des vies en mer, alors qu’elle transmet la position des embarcations en détresse aux #garde-côtes_libyens, dont les comportements violents envers les personnes migrantes sont notoires [19]. Il lui arrive aussi d’interrompre la prise de vue aérienne au-dessus de la mer Méditerranée pour ne pas avoir à référer d’abandon de personnes en mer [20]. En 2023, un navire où s’entassaient près de 200 migrants au large des côtes italiennes (Crotone) ne présentait, selon le rapport d’incident de Frontex, « pas d’intérêt particulier ». La même année, Frontex a omis d’envoyer un signal de détresse lors du naufrage de l’Adriana (Pylos), provoqué par une manœuvre des garde-côtes grecs [21]. Faut-il le rappeler, alerter les secours relève pourtant d’une obligation internationale de droit maritime. La multiplication des cas de refoulements ou le silence gardé à la vue d’embarcations en détresse contribuent à abaisser les standards de protection. L’agence fait en outre croire qu’elle s’intéresse au sort des personnes expulsées, voire améliore leur situation, lorsqu’elle met en avant les effets bénéfiques qu’aurait eu le retour dans le pays d’origine [22]. La violation des #droits_fondamentaux se banalise et, dans un contexte d’impunité généralisée, est traitée en matière migratoire comme un dommage collatéral.

    Malgré ces multiples mises en cause, Frontex exerce une influence croissante sur les instances politiques et les législations européennes. Ses « analyses de risques » sont l’unique source d’information de la Commission européenne, et l’image construite d’une perpétuelle « #crise aux frontières » qu’elles donnent à voir sert à justifier l’augmentation des contrôles et des mesures sécuritaires. Depuis des années, l’agence véhicule une image négative de la migration en la présentant comme une menace dont il faudrait se protéger.

    Cette image trouve sa traduction dans les réformes législatives. L’insistance de Frontex à alerter, dans ses rapports d’activité, sur « les #mouvements_secondaires […] à grande échelle » ou sur la persistance de la #pression_migratoire a sans nul doute contribué à l’adoption, en 2024, du #pacte_européen_sur_la_migration_et_l’asile. Un pacte dans la mise en œuvre duquel Frontex détient un rôle clé, avec, notamment, les nouvelles attributions qui lui sont confiées aussi bien lors des procédures frontalières (« #filtrage ») que dans l’organisation des #expulsions. Onze États sont en train de s’équiper d’un système informatique numérisé de gestion des retours sur le modèle du #Return_Case_Management_System (#Recamas) mis au point par Frontex.

    La réforme du règlement #Eurodac ouvre une nouvelle brèche en permettant à l’agence de consulter le #répertoire_central_des_rapports_et_statistiques (#CRRS) et d’avoir accès aux #statistiques de l’agence de l’Union européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle au sein de l’espace de liberté, de sécurité et de justice (#EU-Lisa).

    Enfin, la #réforme en cours des directives « Facilitation » et « Retour » risque de renforcer les pouvoirs de l’agence, en augmentant – encore – son #budget et en l’autorisant à transférer à des pays tiers des données relatives à des ressortissants aux fins de #réadmission.

    Une agence peu fiable, mais intouchable

    Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 74 352 personnes ont trouvé la mort depuis 2014 en tentant de franchir les frontières [23]. En dehors du champ de la migration, l’acteur, personne physique ou morale, qui serait impliqué dans une telle hécatombe serait poursuivi et jugé, voire condamné. Malgré les preuves tangibles de la #responsabilité de Frontex, comme de l’UE et de ses États membres, dans ces drames, aucun d’entre eux n’a jamais été inquiété. Bien au contraire, la Commission européenne confirme son agenda politique basé sur la mise à l’écart des personnes exilées en donnant à l’agence un rôle de premier plan dans les politiques migratoires européennes et en proposant de tripler ses effectifs. Les États s’appuient toujours plus sur Frontex : en 2024, la #Belgique a adopté une loi pour permettre le déploiement d’officiers de l’agence sur son territoire afin de soutenir la police fédérale dans l’exécution des expulsions. Le #Royaume-Uni a signé un accord de coopération avec Frontex sur divers aspects de la gestion des frontières, comme la surveillance et l’évaluation des risques, l’échange d’informations, le renforcement des capacités et le partage d’expertise. Dans ces conditions, pourquoi l’agence intouchable s’arrêterait-elle là, même coupable du pire ? La meilleure défense étant l’attaque, la criminalisation des solidarités et la décrédibilisation de celles et ceux qui dénoncent ses actions – à l’image de la campagne Abolish Frontex accusée de « discours haineux » – sont érigées en stratégie de dissuasion. De même, celles et ceux qui pallient l’action défaillante des États, comme les ONG de sauvetage en mer, sont assimilées à des réseaux de passeurs. Une #rhétorique qui ressemble à s’y méprendre à celle des partis populistes.

    https://migreurop.org/article3472.html
    #migrations #réfugiés #directive_retour #directive_facilitation

    ping @karine4 @reka

  • Faux voyages, vraies victimes : la DNLT démonte un réseau sénégalo-ghanéen après le drame Cheikh Touré
    https://www.dakaractu.com/Faux-voyages-vraies-victimes-la-DNLT-demonte-un-reseau-senegalo-ghaneen-a

    Faux voyages, vraies victimes : la DNLT démonte un réseau sénégalo-ghanéen après le drame Cheikh Touré
    un vaste réseau de faux recrutements internationaux et de séquestration de jeunes Sénégalais au Ghana vient d’être partiellement démantelé. La Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et les pratiques assimilées (DNLT) a frappé au cœur de ce système criminel en mettant la main sur deux intermédiaires présumés : Libasse Niang et Oré Niang, poursuivis pour complicité de traite de personnes, escroquerie et association de malfaiteurs.
    Tout a commencé le 20 octobre dernier avec la plainte d’un jeune homme, Aboubakry Sy, contre le duo. Selon Libération, la jeune femme Oré Niang l’aurait contacté en se présentant comme une Sénégalaise installée en Allemagne, vivant « dans de bonnes conditions » grâce à son frère Libasse Niang, qui l’y aurait fait voyager. Elle lui aurait alors proposé de l’aider à effectuer le même trajet, moyennant la somme de 2,8 millions de francs CFA, dont il a versé une partie. Mais derrière cette promesse d’un avenir meilleur en Europe se cachait un véritable piège migratoire. Sur les instructions du duo, Aboubakry Sy s’est rendu au Ghana, où il devait rencontrer un contact burkinabè censé lui fournir les documents nécessaires. À son arrivée, il découvre qu’il ne s’agit pas d’un projet de voyage, mais d’un réseau frauduleux de type Qnet, impliquant plusieurs ressortissants d’Afrique de l’Ouest.
    Sur place, Aboubakry Sy est retenu et manipulé pendant plusieurs jours. Dépossédé de son passeport, il parvient finalement à s’échapper et regagner le Sénégal par voie terrestre. Une fois au pays, il alerte sa famille et d’autres jeunes susceptibles d’être piégés. Il transmet à la DNLT des informations précises et surtout un message vocal compromettant dans lequel Oré Niang reconnaît l’existence du réseau. L’affaire prend une autre tournure avec le décès du footballeur sénégalais Cheikh Touré au Ghana, tragédie qui a révélé l’ampleur de ces réseaux criminels opérant sous couvert de « formations à l’étranger ».Selon Libération, informée que Libasse et Oré Niang tentaient de rentrer au Sénégal via le Mali, la DNLT a émis une opposition judiciaire qui a permis leur interpellation au poste frontalier de Kidira.
    Devant les enquêteurs, Libasse Niang a reconnu les faits, admettant avoir pris part au recrutement de jeunes Sénégalais, moyennant 100 euros par recrue, avec des bonus pour chaque nouvelle inscription. Il cite plusieurs victimes — Ass Malick Sarr, Pape Diop, Serigne Modou Mbow — toutes livrées à un certain Dieusongo Samadou alias Abdoulaye Diobnaba, de nationalité burkinabè, présenté comme le patron du réseau. Il affirme que ses propres recruteurs lui avaient fait croire qu’il s’agissait d’un système légal permettant un « enrichissement rapide ». Sa sœur, Oré Niang, a nié toute responsabilité, soutenant qu’elle aurait elle-même été piégée par le réseau et contrainte à recruter d’autres victimes pour survivre. Elle dit avoir découvert « trop tard » la nature criminelle de cette entreprise, où des dizaines de jeunes seraient maintenus sous emprise au Ghana. Concernant le cas Cheikh Touré, les mis en cause affirment ne jamais l’avoir connu, mais reconnaissent que de nombreux Sénégalais restent bloqués au Ghana, pris au piège de ces structures illégales qui se présentent comme des sociétés de marketing ou d’investissement international.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#ghana#trafic#sante#migrationirreguliere#DNLT

  • Visas contre migrants : le Ghana révèle le « deal » passé avec les Etats-Unis
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/10/08/visas-contre-migrants-le-ghana-revele-le-deal-passe-avec-les-etats-unis_6645

    Visas contre migrants : le Ghana révèle le « deal » passé avec les Etats-Unis
    Par Victor Cariou (Accra, correspondance)
    Le ministre ghanéen des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a fini par le reconnaître : si son pays a pu obtenir la levée des restrictions sur les visas annoncées par Washington en juillet, c’est parce qu’un accord a été passé, portant notamment sur l’accueil de migrants expulsés des Etats-Unis. « Ils nous ont demandé de les aider à gérer le problème migratoire. Après avoir consulté le président John Dramani Mahama […] nous leur avons répondu que nous accepterions seulement des ressortissants ouest-africains », a déclaré le chef de la diplomatie ghanéenne sur le plateau de la chaîne TV3 Ghana, samedi 4 octobre.
    Le 5 septembre, quatorze ressortissants originaires de pays tiers de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) sont en effet arrivés au Ghana, avant que certains ne soient envoyés vers le Togo, quinze jours plus tard, dans des conditions opaques. Mais jusque-là, les autorités ghanéennes avaient toujours nié avoir reçu une quelconque contrepartie à l’accueil de migrants, tout comme les autres pays africains ayant accepté de recevoir des personnes expulsées des Etats-Unis.
    Le 15 septembre, Samuel Okudzeto Ablakwa assurait que le Ghana n’avait « ni reçu ni cherché à obtenir une quelconque compensation financière ou un avantage matériel » auprès de Washington. Il affirmait que le choix d’accueillir les individus expulsés des Etats-Unis visait « uniquement à offrir un refuge temporaire quand il est nécessaire, à éviter de nouvelles souffrances humaines et à maintenir [la] crédibilité [du Ghana] en tant qu’acteur régional responsable ».
    Annoncé le 26 septembre, le retour des visas touristiques, d’affaires et étudiants à entrées multiples d’une durée maximale de cinq et quatre ans – contre trois mois à entrée simple depuis juillet – est d’une importance majeure pour Accra. Le Ghana est le cinquième pays africain en termes d’obtention de visas américains, avec 34 142 laissez-passer délivrés en 2024. Il figure en deuxième position pour les visas étudiants, derrière le Nigeria.
    Lors de son interview télévisée, Samuel Okudzeto Ablakwa a indiqué que les discussions avec Washington avaient également porté sur une extension de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un programme d’exemption de droits de douane sur de nombreux produits exportés par des Etats africains qui a officiellement pris fin le 30 septembre (même si l’administration américaine se dit favorable à sa prorogation), ainsi que sur un possible réexamen de la hausse des tarifs douaniers sur les exportations ghanéennes outre-Atlantique, récemment passés de 10 à 15 %.
    Sans une révision de ces décisions, le produit intérieur brut (PIB) ghanéen pourrait en prendre un coup. Le marché américain représentait en 2023 la quatrième destination des exportations du Ghana – après les Emirats arabes unis, la Suisse et la Chine –, pour un total de 1,2 milliard de dollars (un montant estimé à 1,8 milliard en 2024 par le Bureau du représentant américain au commerce). Les Etats-Unis sont la deuxième destination la plus importante pour les produits à base de cacao ghanéen : une expansion largement facilitée par les exemptions tarifaires garanties par l’AGOA sur la filière.
    L’accord migratoire conclu avec Washington suffira-t-il à obtenir gain de cause ? Accra semble en tout cas avoir une longueur d’avance sur certains de ses homologues africains également visés par les restrictions de visas imposées en juillet par l’administration Trump.
    Au Ghana, l’accueil d’individus expulsés par les Etats-Unis continue cependant de faire polémique. Une plainte a été déposée à Accra par un cabinet d’avocats ghanéen représentant onze des quatorze ressortissants ouest-africains arrivés début septembre, qui reprochent notamment à l’Etat leur détention dans un camp militaire. Dans une lettre datée du 22 septembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a appelé le Ghana à suspendre le renvoi des migrants expulsés par les Etats-Unis vers leurs pays d’origine. Cinq jours plus tôt, le ministre ghanéen des affaires étrangères annonçait l’arrivée prochaine à Accra de 40 nouveaux individus. Aucune précision sur la situation de ce nouveau groupe n’a depuis été communiquée par les autorités.

    #Covid-19#migration#migrant#ghana#etatsunis#politiquemigratoire#expulsion#accordmigratoire#droit#sante

  • La détresse d’un Nigérian expulsé par l’administration Trump et « transféré clandestinement au Togo »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/29/la-detresse-d-un-nigerian-expulse-par-l-administration-trump-et-transfere-cl

    La détresse d’un Nigérian expulsé par l’administration Trump et « transféré clandestinement au Togo »
    Par Victor Cariou (Accra, correspondance)
    Il y a un mois, John (le prénom a été modifié), un Nigérian de 31 ans, vivait encore aux Etats-Unis, dans la ville de Chicago (Illinois), avec sa femme et ses quatre enfants. Aujourd’hui, il se cache dans une chambre d’hôtel à Lomé, la capitale togolaise, sans papiers d’identité, sans argent et à plus de 9 000 km de sa famille.
    Expulsé vers le Ghana début septembre par les autorités américaines, il affirme avoir été « transféré clandestinement au Togo », jeudi 18 septembre, par des officiers des services ghanéens de l’immigration, avec trois autres ressortissants ouest-africains.
    « Ils ne nous ont même pas fait passer par le poste-frontière, raconte John. Ils nous ont fait entrer par une voie détournée. » Un transfert que les autorités ghanéennes ont réitéré le lendemain avec deux autres migrants, sur les onze jusque-là détenus au Ghana, indiquent au Monde leurs avocats. Contactées, les autorités togolaises n’ont pas donné suite.
    D’après Samantha Hamilton, avocate auprès d’Asian Americans Advancing Justice (AAAJ), organisation américaine qui œuvre au retour des ressortissants ouest-africains expulsés des Etats-Unis dans le cadre d’un accord migratoire avec le Ghana, ces transferts vers le Togo ont été opérés « par des voies non officielles », « des soldats ayant ordonné à certains des déplacés d’escalader une clôture métallique pour se rendre de l’autre côté de la frontière ».
    Abandonné par les officiers ghanéens, en situation irrégulière, dans un pays dont il ne parle pas la langue, le Nigérian est parvenu, avec l’aide de trois de ses compagnons également expulsés, à se procurer un téléphone. « Nous avons demandé à nos proches de nous réserver une chambre d’hôtel, puis d’envoyer de l’argent par Western Union à certains des employés qui nous le donnent ensuite », moyennant une commission.
    Aujourd’hui, quand il ne reste pas dans sa chambre, sa seule activité consiste à descendre la rue, puis revenir. « Je suis ici illégalement et, à ma façon de m’exprimer, les gens comprennent vite que je suis étranger, explique-t-il. Je dois faire attention à qui je parle, comment je parle, où je vais, parce qu’on ne sait pas qui pourrait me dénoncer à la police qui, à coup sûr, me mettrait en prison. » Une détention qui pourrait déboucher sur une expulsion vers le Nigeria, où John risque, selon ses mots, « de [se] faire arrêter, torturer, tuer » pour son engagement politique passé.
    Son seul espoir réside désormais dans le travail de ses avocats américains, qui œuvrent à ce que lui et les autres retournent aux Etats-Unis : « Cela fait douze ans que je vis là-bas. Mes quatre enfants y sont nés », souligne le Nigérian, qui s’est vu retirer sa Green Card par un juge de l’immigration en juin 2025, à la suite d’une incarcération de deux ans pour fraude bancaire. Le magistrat lui avait cependant délivré un sursis d’expulsion au vu de la faible gravité des charges et des risques encourus s’il retourne au Nigeria. Une protection juridique dont bénéficiaient au moins huit des quatorze personnes expulsées vers le Ghana au nom de la Convention contre la torture (CAT), précise leurs avocats.
    John, persuadé qu’il allait pouvoir rejoindre sa famille, a déchanté lorsque des agents des services d’immigration américains (Immigration and Customs Enforcement, ICE) l’ont placé dans un centre de détention. Il y est resté quatre mois, avant que, le 5 septembre, des agents de l’ICE ne finissent par l’embarquer dans un avion, avec treize autres ressortissants ouest-africains. « C’était un kidnapping, raconte-t-il. Ils nous ont entravés pendant plusieurs heures, les mains et les pieds menottés, en ne nous donnant que du pain à manger. » Une fois à Accra, une partie des expulsés est maintenue en détention à l’aéroport en vue de leurs renvois vers leur pays d’origine, quand les autres sont transférés vers un camp militaire à Bundase, à une quarantaine de kilomètres à l’est de la capitale.
    Un groupe de onze individus – quatre Nigérians, trois Togolais, deux Maliens, un Libérien et un Gambien – y restera pendant une dizaine de jours, avant qu’au moins six d’entre eux soient acheminés vers le Togo voisin jeudi 18 et vendredi 19 septembre, précisent leurs avocats, qui affirment n’être pas en capacité de localiser les cinq autres pour l’instant. Le 17 septembre, une demande d’injonction visant à empêcher l’expulsion de ces onze ressortissants ouest-africains hors du Ghana avait été présentée en urgence devant la Haute Cour du Ghana, à Accra. La raison invoquée alors par leurs avocats est l’exposition « à des risques de torture, de persécution ou de traitement inhumains » à laquelle seraient confrontés les individus s’ils étaient renvoyés chez eux. Une requête à laquelle la justice ghanéenne n’a pas répondu tout de suite, au prétexte d’une méconnaissance du dossier.
    Sur les six personnes dont l’expulsion au Togo a pu être confirmée par leurs avocats, l’une d’entre elles, une femme, se trouve dans une situation particulièrement alarmante. « Après avoir traversé la frontière, elle a été agressée sexuellement, puis kidnappée », indique Samantha Hamilton. La juriste dit avoir été alertée par la famille de la victime, elle-même contactée par les ravisseurs. Ces derniers exigent le paiement d’une rançon de « 50 000 dollars américains, à envoyer au Burkina Faso ». Rendu public mercredi 10 septembre par le président ghanéen, John Dramani Mahama, l’accord conclu avec les Etats-Unis pour recevoir des ressortissants ouest-africains expulsés par Washington provoque, depuis, de vives tensions politiques au Ghana.
    Le gouvernement, qui assure ne chercher qu’à « offrir un refuge temporaire (…), à éviter de nouvelles souffrances humaines », est aujourd’hui attaqué dans les tribunaux et accusé par l’opposition d’agir en dehors de tout cadre constitutionnel. Pour John, son expulsion et celle de ses compagnons vers le Togo viseraient à calmer les critiques qui entourent l’accord : « Nos gardes nous ont dit qu’ils avaient peur des réactions que notre détention pouvait susciter sur les réseaux sociaux. »

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#ghana#togo#nigeria#expuslion#politiquemigratoire#droit#sante

  • Le Ghana renvoie vers le Togo au moins six Africains expulsés par les Etats-Unis
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/24/le-ghana-renvoie-vers-le-togo-au-moins-six-africains-expulses-par-les-etats-

    Le Ghana renvoie vers le Togo au moins six Africains expulsés par les Etats-Unis
    Par Victor Cariou
    Moins d’une semaine après avoir déposé plainte contre plusieurs autorités ghanéennes pour « détention illégale » de 11 ressortissants ouest-africains – quatre Nigérians, trois Togolais, deux Maliens, un Libérien et un Gambien – expulsés des Etats-Unis vers le Ghana, l’avocat Oliver Barker-Vormawor, l’un de leurs représentants, a décidé, mardi 23 septembre, de retirer sa demande d’injonction déposée auprès de la Haute Cour du Ghana, à Accra, visant à prévenir leur renvoi vers leurs pays d’origine. Et pour cause : ils auraient tous été expulsés du territoire « au cours du week-end », assure l’avocat au Monde.
    D’après Oliver Barker-Vormawor, « au moins six [des 11 migrants] sont actuellement au Togo ». Interrogé sur la nationalité des personnes transférées dans le pays voisin, l’avocat n’a pas souhaité apporter de précisions. « Nous pensons que les [cinq] autres y sont également, mais nous n’avons pas été en mesure d’entrer en contact avec eux », a-t-il ajouté, déplorant une expulsion groupée qui « entrave le processus judiciaire » engagé au Ghana.
    L’avocat, dont le cabinet a déposé plainte, le 17 septembre, contre plusieurs autorités ghanéennes pour « détention illégale et risque de refoulement », accusait l’armée ghanéenne de détenir illégalement les 11 migrants qu’il représentait dans « ce qui semble être un centre de détention militaire, dans des conditions qui restent floues mais qui seraient celles du camp d’entraînement militaire de Bundase [à 45 kilomètres à l’est d’Accra] ou d’une autre installation militaire similaire placée sous le commandement et le contrôle des forces armées ghanéennes ».
    La plainte mentionnait également la crainte que l’expulsion de ces ressortissants vers leurs pays d’origine ne les expose « à des risques de torture, de persécution ou de traitement inhumains ». Joint par Le Monde mardi, le porte-parole du gouvernement du Ghana, Felix Kwakye Ofosu, reconnaît que « les expulsés ont séjourné pendant plusieurs jours dans un centre d’entraînement militaire ». Un « séjour », que le ministre justifie par « les circonstances de leur arrivée au Ghana [qui] ont créé une situation extraordinaire qui a nécessité leur hébergement dans un lieu sécurisé, dans des conditions humaines, pendant que les démarches étaient entreprises pour les renvoyer dans leurs pays respectifs ».
    Interrogé sur le transfert de six de ces migrants vers le Togo, Felix Kwakye Ofosu assure que « tous les expulsés ont quitté le Ghana pour rejoindre leurs pays respectifs », sans donner plus de précisions quant aux dates de ces retours. L’avocat Oliver Barker-Vormawor affirme néanmoins que « 14 [nouveaux expulsés des Etats-Unis] ont atterri vendredi de la semaine dernière », le 19 septembre, avant d’ajouter que « ces personnes ont également été soumises aux mêmes procédures [que les précédents], c’est-à-dire emmenées au camp d’entraînement militaire de Bundase ».
    Le ministre des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, avait annoncé, le 17 septembre, lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision ghanéenne Channel One, que 40 nouvelles personnes étaient attendues au Ghana « dans les prochains jours ».
    Le président John Dramani Mahama avait révélé, le 10 septembre, lors d’une conférence de presse, que son pays avait accepté d’accueillir 14 personnes expulsées des Etats-Unis. Une décision présentée par le chef de l’Etat comme un geste de solidarité avec les « camarades ouest-africains » pour faciliter leur retour dans leurs pays d’origine. Le tout sans avoir « reçu ni cherché à obtenir une quelconque compensation financière ou avantage matériel », avait assuré, cinq jours plus tard, le ministre des affaires étrangères.
    L’annonce avait déclenché un tollé, l’opposition affirmant que l’accord avait été conclu à l’insu du Parlement. Mesures phares du président américain Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, l’expulsion de personnes vers des pays tiers s’est traduite par l’envoi de centaines de personnes vers le Salvador ou encore le Panama et le Soudan du Sud, dans des conditions opaques.
    Dans un communiqué publié mardi, Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique à Human Rights Watch, a quant à lui déclaré que « ces accords font des gouvernements africains les partenaires des violations horribles des droits humains des immigrants commises par l’administration Trump », les exhortant à refuser de se plier aux demandes américaines.

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  • Migrants expulsés : les Etats-Unis visés par une plainte pour avoir demandé au Ghana de « faire le sale boulot »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/16/migrants-expulses-les-etats-unis-vises-par-une-plainte-pour-avoir-demande-au

    Migrants expulsés : les Etats-Unis visés par une plainte pour avoir demandé au Ghana de « faire le sale boulot »
    Par Mathilde Boussion (Johannesburg, correspondance) et Victor Cariou (Accra, correspondance)
    A peine dix jours après avoir atterri au Ghana, quatorze migrants ouest-africains expulsés des Etats-Unis ont été rapatriés dans leurs pays d’origine, a confirmé à l’agence Associated Press (AP), lundi 15 septembre, le ministre ghanéen de la communication, Felix Kwakye Ofosu. Pourtant, parmi les personnes transférées, plusieurs assurent être menacées de persécutions ou de torture chez elles, au Nigeria et en Gambie. Dans une plainte déposée aux Etats-Unis, cinq d’entre elles accusent les Etats-Unis d’avoir supervisé leur retour illégal via le Ghana. Ramené contre son gré en Gambie où l’homosexualité est criminalisée, un homme bisexuel explique se terrer depuis, espérant fuir de nouveau.
    Dans leurs dépositions, deux hommes transférés au Ghana relatent avoir été emmenés depuis un centre de détention des services d’immigration américains (ICE) en Louisiane, dans la soirée du 5 septembre, avant d’être embarqués, enchaînés, à bord d’un avion-cargo militaire, vers une destination inconnue. A bord, douze autres personnes expulsées comme eux – soit, au total, treize Nigérians et un Gambien. Plusieurs sont enserrées dans des camisoles après avoir refusé d’embarquer sans avoir parlé à leur avocat. Certaines le resteront pendant seize heures.
    Les agents de l’ICE attendent un long moment avant de révéler aux migrants leur destination. « On leur a dit qu’ils étaient emmenés vers le Ghana pour être ensuite renvoyés vers leur pays d’origine », résume Noah Baron, l’un des avocats des plaignants. Chargé de l’affaire au sein de l’association Asian Americans Advancing Justice (AAJC), à l’origine de la plainte, il explique que tous les expulsés bénéficiaient d’une protection légale empêchant leur rapatriement. Dans leur plainte, les avocats accusent les Etats-Unis d’avoir « demandé au gouvernement du Ghana de faire leur sale boulot » pour contourner cette interdiction.
    Depuis juillet, l’administration Trump multiplie les expulsions de migrants vers des pays africains avec lesquels ils n’ont aucun lien. En juin, la Cour suprême a autorisé le gouvernement américain à expulser des migrants vers des « pays tiers » à la seule condition d’obtenir « l’assurance diplomatique » que ces derniers seront bien traités. Dans la foulée, douze anciens criminels ayant purgé leur peine ont été envoyés vers le Soudan du Sud et l’Eswatini (ex-Swaziland), dernière monarchie absolue d’Afrique. Dix sont toujours détenus. Leurs avocats dénoncent des détentions arbitraires.
    Depuis, le Rwanda et l’Ouganda ont également annoncé avoir passé des accords avec l’administration Trump. Chacun a brièvement expliqué avoir posé certaines conditions : pas de criminels pour l’Ouganda, pas de délinquants sexuels pour le Rwanda. Mais comme pour le Soudan du Sud ou l’Eswatini, aucun n’a précisé les détails de l’accord ni les contreparties obtenues des Etats-Unis. Comme ailleurs, au Ghana, l’opposition dénonce l’absence de consultation du Parlement et l’opacité totale du processus.
    A la différence des migrants envoyés au Soudan du Sud ou en Eswatini, qui faisaient l’objet d’une procédure d’expulsion, les Ouest-Africains transférés au Ghana et qui portent plainte étaient en théorie protégés par la justice américaine d’un renvoi vers leur pays d’origine. Parmi eux, K.S., un homme gambien bisexuel. En avril, il a obtenu d’un juge américain la suspension de son expulsion au nom de la protection de la Convention contre la torture, en raison des « risques de torture et de mort » liés à son orientation sexuelle. La peine maximale encourue en Gambie pour homosexualité est la prison à perpétuité.
    A son arrivée à Accra, K.S. a été détenu à l’aéroport pendant cinq jours, sans pouvoir téléphoner, se doucher ni changer de vêtements. En dépit de ses protestations, le 10 septembre, il est assis à bord d’un vol commercial à destination de la Gambie, accompagné de deux agents de l’immigration ghanéens. Il n’a pas de papiers d’identité, ni aucun document officiel validant son expulsion. Des fonctionnaires ghanéens ont griffonné une note avant son départ. Mais à l’arrivée, les agents gambiens repoussent le document. L’un d’eux laisse finalement entrer l’homme, en lui confiant craindre qu’il ne soit détenu s’il retourne au Ghana. Depuis, K.S. se cache, explique-t-il dans sa déposition.
    Lundi, le ministre ghanéen des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, s’est défendu de soutenir la politique migratoire des Etats-Unis. Assurant que le Ghana n’avait « ni reçu ni cherché à obtenir une quelconque compensation financière ou avantage matériel », il a précisé que l’engagement du pays avec Washington visait à « offrir un refuge temporaire quand c’est nécessaire, éviter de nouvelles souffrances humaines et maintenir [la] crédibilité [du Ghana] en tant qu’acteur régional responsable ».
    Dans une déposition très éloignée de ces déclarations, un Nigérian identifié sous les initiales D.A. et décrit comme un opposant menacé de mort explique être détenu dans un camp militaire depuis son arrivée au Ghana. « L’eau va et vient, ils dorment dans des tentes, on arrive à les joindre par intermittence parce qu’il n’y a pas toujours d’électricité ou de connexion Internet, ils portent les mêmes vêtements qu’au moment où ils sont partis des Etats-Unis », détaille l’avocat Noah Baron.
    « Nous ne sommes pas la cible des personnes qui affirment que leurs droits ont été violés », a souligné Samuel Okudzeto Ablakwa. Les avocats des migrants accusent en effet les Etats-Unis d’avoir téléguidé illégalement le rapatriement des migrants et évoquent une implication « minimale » du gouvernement ghanéen. Dans sa déposition, l’homme rapatrié en Gambie raconte ainsi que l’un des agents ghanéens présents au cours de sa détention à l’aéroport lui aurait expliqué agir sur ordres des services d’immigration américains.
    D’après les autorités ghanéennes, comme les autres Nigérians, D.A. aurait été rapatrié. Mais d’après ses derniers échanges avec lui, Noah Baron assure qu’il serait toujours au Ghana avec d’autres migrants. S’il n’est pas trop tard, l’avocat espère obtenir la suspension de leur expulsion vers leur pays d’origine. Mais au cours d’une audience, samedi, un avocat du département américain de la justice a fait remarquer à la juge chargée du dossier qu’elle n’avait aucun contrôle sur la façon dont un pays étranger traite ses expulsés.

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  • Le #Ghana accueille des Africains de l’Ouest expulsés des États-Unis

    Le président du Ghana a annoncé mercredi que son pays avait accepté, sur demande de Washington, d’accueillir des ressortissants originaires d’Afrique de l’Ouest expulsés des États-Unis. Selon John Mahama, 14 personnes sont déjà arrivées au Ghana dans ce cadre, dont « plusieurs » Nigérians, retournés depuis dans leurs pays d’origines.

    Le Ghana a accepté sur demande de Washington d’accueillir des ressortissants originaires d’Afrique de l’Ouest expulsés des États-Unis, a déclaré mercredi 10 septembre le président ghanéen John Mahama.

    « Nous avons été sollicités par les États-Unis pour accueillir les ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis. Et nous avons convenu avec eux que les ressortissants d’Afrique de l’Ouest étaient acceptables », a déclaré John Mahama à la presse.

    Selon lui, 14 personnes sont déjà arrivées au Ghana dans le cadre de cette politique, dont « plusieurs » Nigérians, retournés depuis dans leurs pays d’origines.

    Un #accord régional permet aux ressortissants d’Afrique de l’Ouest de circuler dans la région sans visa.

    L’expulsion de personnes vers des pays tiers - dans lesquelles elles n’ont souvent jamais vécu - est une des mesures phares du président américain Donald Trump contre l’immigration clandestine, avec des centaines d’expulsions déjà réalisées vers le #Panama, le Salvador et le #Soudan_du_Sud.

    Relations « tendues » avec Washington

    L’accord conclu entre le Ghana et les États-Unis intervient alors que Washington a augmenté les droits de douane sur les produits ghanéens et restreint le nombre de visas.

    John Mahama a reconnu mercredi que les relations entre Accra et Washington étaient « tendues » et souligné que le Ghana devait chercher à augmenter ses #exportations vers la #Chine.

    Le #Nigeria voisin a lui refusé à ce stade tout accord avec Washington. Sollicité en juin pour accueillir des ressortissants vénézuéliens, il avait par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, dénoncé « une pression considérable sur les pays africains ».

    Au Ghana, des manifestations ont et lieu ces derniers mois contre la communauté nigériane, accusée d’être responsable d’une hausse de la criminalité et de la prostitution, et de provoquer une concurrence économique déloyale. Fin juillet, le gouvernement ghanéen et les responsables nigérians avaient tenu des pourparlers afin de tenter d’apaiser les tensions.

    https://www.france24.com/fr/afrique/20250911-ghana-accueille-africains-de-l-ouest-expulses-des-etats-unis
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