• Célébrités engagées et transformations de la parole politique | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2019/10/23/celebrites-engagees-et-transformations-de-la-parole-politique

    Dans le même temps, en raison de transformations internes au jeu professionnel d’Hollywood, l’intégration d’une dimension d’engagement civique au profil d’un artiste fait très souvent partie de la construction de sa « marque » et de son statut de star. Les nominations de George Clooney comme Messager de la paix de l’ONU et d’Angelina Jolie comme Envoyée spéciale du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ont ainsi contribué à leur réinvention professionnelle, à travers la figure de la célébrité engagée.

    Ces constructions identitaires en miroir concourent à redessiner les rôles de porte-parole populaire et posent un défi aux logiques de la démocratie représentative telle que nous la connaissons. Les confrontations qui opposent Donald Trump à des personnalités des arts et du spectacle qui dénoncent ses prises de position et ses politiques signalent donc des mutations plus générales de la représentation politique démocratique, aux États-Unis mais aussi au-delà, et participent à les faire advenir.
    S’engager hors des œuvres

    En disant cela, je n’entends pas suggérer que les artistes se mobilisent désormais massivement en politique, ou que l’art se politise. Bien au contraire. Un détour par les modes et formes de cet engagement s’impose ici. Les artistes s’engagent en tant que citoyen-ne-s mais aussi et surtout en tant que personnalités publiques. L’engagement en tant que personnalité, c’est-à-dire « par le nom », se distingue de l’engagement « par les œuvres », dans lequel la création est mise au service d’enjeux politiques ou militants.

    Les artistes réputés et les célébrités ont en effet la possibilité d’utiliser leur nom et la visibilité que le statut d’artiste leur confère pour prendre position publiquement ; ils ont d’entrée accès aux médias de masse, alors que s’y faire entendre est un casse-tête pour d’autres types d’activistes et de mouvements. Les célébrités engagées peuvent donc mettre leur capital de notoriété au service d’une cause, de manière efficace socialement.

    Si cette figure d’engagement n’est pas radicalement nouvelle, elle diffère néanmoins clairement du personnage sartrien de l’artiste engagé (intellectuel public responsable, historiquement lié à la figure de l’écrivain, à la fois savant et engagé). D’une part, parce que la dimension savante et cultivée n’est plus au centre du rôle que les artistes s’attribuent. D’autre part et surtout, parce que les artistes contemporains ont à cœur de préserver leur crédit professionnel et artistique en tendant à séparer strictement leur engagement comme personnalité publique de leur activité de créateur professionnel. L’engagement explicitement politique ou militant dans l’art, « par les œuvres », est en effet généralement vu comme risqué et discréditant professionnellement, et donc évité.

    Les mobilisations d’artistes pourraient sembler simplement se couler dans les formes et modes d’action déjà identifiés comme caractérisant les nouveaux mouvements sociaux : un engagement en faveur de causes plus sociales ou humanitaires que politiques, à distance des organisations partisanes. La réalité est plus complexe, et donne à voir la contribution des artistes au façonnage de ces « causes ». Aux États-Unis, la victoire inattendue de Donald Trump est décrite comme un choc qui paralyse un temps les mobilisations et engendre le scepticisme des personnalités qui s’étaient faites « compagnes de route » du Parti Démocrate quant à l’efficacité de ce mode d’engagement.

    Notre enquête montre comment, au bout de quelques mois, dans le monde professionnel d’Hollywood, des basculements successifs des perceptions conduisent à la construction d’une nouvelle cause centrale : celle de la lutte contre les inégalités de genre et les abus sexuels, articulée à la cascade de scandales qui suit l’affaire Weinstein. Le « Mouvement Me Too » devient l’enjeu saillant de mobilisations que les acteurs de cet espace lient étroitement à la question de l’activisme anti-Trump. Alors que les célébrités de la musique étaient très visibles dans les protestations de l’immédiat après-élection, ce sont les professionnel-le-s des du cinéma et de la télévision qui sont désormais au centre du jeu. Leurs interventions dans l’espace public façonnent une cause du genre aux contours flous, qui va de la lutte contre les inégalités et le harcèlement aux dénonciations de différents types d’atteintes sexuelles.

    Une critique plus délicate à gérer pour les artistes est celle de leur déconnexion sociale vis-à-vis des groupes qu’ils se proposent de défendre : comment des personnalités célébrées et économiquement privilégiées pourraient-elles savoir ce qu’est la détresse sociale des Gilets Jaunes de la première heure, ou celle des immigrants illégaux aux situations tragiques ou des populations américaines racisées ciblés par les politiques de Donald Trump ? C’est un dilemme classique des mobilisations que rencontrent ici les artistes. Les groupes dominés doivent souvent s’en remettre à des porte-parole distants socialement de leur situation afin de pouvoir faire entendre leur cause – pensons par exemple aux mobilisations de sans-papiers. Les groupes dominés le sont néanmoins inégalement : ainsi les membres du mouvement des Gilets Jaunes ne sont-ils pas tous dépourvus du capital culturel permettant de prendre la parole publiquement et de « se représenter », loin de là.

    #Engagement #Gilets_jaunes #Artistes #Personnalités_publiques

  • #Crises sociales, crises démocratiques, crise du #néolibéralisme
    21 OCTOBRE 2019
    PAR #ROMARIC #GODIN

    Les tensions sociales dans le monde ont un point commun : le rejet des #inégalités et de la perte de contrôle démocratique. Le moteur de la #contestation pourrait bien être la perte de pertinence face aux défis actuels du néolibéralisme, qui aggrave sa propre #crise et ouvre la porte à l’affrontement.

    Les militaires dans les rues de Santiago du #Chili, la place Urquinaona de #Barcelone en flammes, des barricades qui hérissent les rues de #Beyrouth… Pendant que la France politique et médiatique se passionne pour un voile, le monde semble s’embraser. Car ces scènes d’#émeutes violentes qui ont marqué les derniers jours ne sont pas isolées. Elles viennent après des scènes similaires en #Équateur, en #Haïti (où le soulèvement populaire se poursuit), en #Irak, en #Égypte, en #Indonésie, à #Hong_Kong, en #Colombie… Sans compter les mouvements moins récents au Zimbabwe, au Nicaragua, en Roumanie et en Serbie durant l’hiver dernier ou, bien sûr, le mouvement des #gilets_jaunes en France.

    Évidemment, il est possible de ne voir dans tous ces événements que des mouvements locaux répondant à des cas précis : la pauvreté endémique en Haïti, la persistance du militarisme de la droite chilienne, la dollarisation partielle ou totale des économies équatorienne et libanaise, le refus de l’#Espagne de reconnaître l’existence d’une « question catalane » ou encore l’aspiration démocratique de Hong Kong. Toutes ces explications sont justes. Mais sont-elles suffisantes ? Les mouvements sociaux ou démocratiques locaux ont toujours existé, mais qu’on le veuille ou non, la particularité du moment est bien qu’ils surgissent au même moment. Immanquablement, cet aspect contemporain des #révoltes sur les cinq continents amène à penser qu’il existe bien un lien entre elles.

    Le néolibéralisme veut vivre et aggrave sa propre crise

    Ce lien pourrait bien se trouver dans la grande crise dans laquelle le monde est entré en 2007-2008. Au-delà de ce qu’en retiennent la plupart des observateurs, le « grand krach » qui a suivi la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, cette crise est bien plus profonde et elle s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Car ce n’est pas une simple crise financière ou économique, c’est la crise d’un mode de gestion du capitalisme, le néolibéralisme, qui se fonde sur la mise au service du capital de l’État, la financiarisation de l’économie et la marchandisation de la société.

    Comme celle des années 1930 ou 1970, la crise actuelle remet en cause profondément le fonctionnement contemporain du capitalisme. Ces crises sont souvent longues et accompagnées de périodes de troubles. Comme l’a montré l’historien Adam Tooze dans Le Déluge (Les Belles Lettres, 2015), la crise de 1929 n’est pas le début d’une perturbation du capitalisme, laquelle a commencé pendant la Première Guerre mondiale et n’a réellement trouvé son issue qu’après cette Grande Guerre. Quant au néolibéralisme, il ne s’est imposé que dans les années 1990, vingt ans après le début de la crise de l’ancien paradigme.

    Aujourd’hui encore, la crise est longue et s’approfondit à mesure que le néolibéralisme se débat pour ne pas mourir. Or en voulant survivre, il pousse le monde dans l’abîme. Car, certes, le néolibéralisme a survécu au choc de 2008 et il a même pu revenir après 2010 pour proposer comme solutions au monde l’austérité budgétaire et les « réformes structurelles » visant à détruire les protections des travailleurs et des plus fragiles. Mais en cherchant à rester dominant, le néolibéralisme a encore approfondi sa propre crise.

    Le premier salut de ce système économique mondial a été en effet une fuite en avant dans la croissance menée principalement par un régime chinois soucieux de continuer à alimenter la demande occidentale, dont vit son système économique. Et cette fuite en avant s’est traduite par une surproduction industrielle inouïe qui n’est pas pour rien dans la dégradation brutale de la situation climatique actuelle. Quelques chiffres le prouveront aisément. La Chine produit en deux ans plus d’acier que le Royaume-Uni, qui fut longtemps le premier producteur mondial, en 150 ans et plus de ciment que les États-Unis au cours de tout le XXe siècle. Cette stratégie a échoué. Elle a conduit à un ajustement de l’économie chinoise qui a frappé directement ses fournisseurs émergents, du Brésil à l’Argentine en passant par l’Équateur et le Venezuela. Tous ont vu disparaître la manne des matières premières et ont dû ajuster leurs politiques.

    L’autre moteur de la sauvegarde du néolibéralisme a été la politique monétaire conçue comme un moyen d’éviter toute relance budgétaire dans les pays occidentaux, mais qui, en réalité, n’est parvenue à sauver que le secteur financier et les grands groupes multinationaux. Ce plan de sauvetage du néolibéralisme a profondément échoué. La croissance mondiale n’a pas redécollé et la productivité est au plus bas malgré la « révolution technologique ». Le secteur privé investit trop peu et souvent mal. Depuis quelques mois, l’économie mondiale est entrée dans une phase de nouveau ralentissement.

    Dans ces conditions, l’application continuelle des réformes néolibérales pour sauvegarder les marges des entreprises et les revenus des plus riches a eu également un effet aggravant. On l’a vu : les profits sont mal ou peu investis, la productivité ne cesse de ralentir et la richesse à partager est donc moins abondante. Mais puisque, pour réagir à ce ralentissement, on donne encore la priorité aux riches et aux entreprises, donc à ceux qui investissent mal ou peu, alors les inégalités se creusent encore plus. Dans cette logique, dès qu’un ajustement doit avoir lieu, on réclame aux plus modestes une part d’effort plus importante : par une taxe proportionnelle comme celle sur les appels Whatsapp au Liban, par la fin des subventions pour les carburants en Équateur ou en Haïti ou encore par la hausse du prix des transports publics au Chili. Toutes ces mesures touchent de plein fouet les besoins des populations pour travailler et générer des revenus.

    Quand bien même le différentiel de croissance rapprocherait les économies émergentes de celles de pays dits plus avancés et ainsi réduirait les inégalités au niveau mondial, dans tous les pays, les inégalités nationales se creusent plus que jamais. C’était le constat que faisait l’économiste Branko Milanović dans Inégalités Mondiales (2016, traduit par La Découverte en 2018) qui y voyait un retour de la question des classes sociales. C’est donc bien à un retour de la lutte de classes que l’on assiste au niveau mondial.

    Longtemps, on a pensé que la critique du néolibéralisme était un « privilège de riches », réservée aux pays les plus avancés qui ne connaissaient pas les bienfaits de ce système. D’une certaine façon, la hausse des inégalités était le prix à payer pour le développement. Et il fallait l’accepter au nom de ces populations que l’on sortait de la misère. Mais ce discours ne peut plus fonctionner désormais et c’est la nouveauté de la situation actuelle. La contestation atteint les pays émergents. Le coup d’envoi avait été donné dès 2013 au Brésil, juste après le retournement du marché des matières premières, avec un mouvement social inédit contre les mesures de Dilma Rousseff prévoyant une hausse du prix des transports publics. Désormais, la vague s’intensifie et touche des pays qui, comme le Chili, ont longtemps été présentés par les institutions internationales comme des exemples de réussite et de stabilité.

    Dans ces pays émergents, le ressort du néolibéralisme s’est aussi brisé. Son besoin de croissance et de concurrence le mène dans l’impasse : alors que la croissance est moins forte, la réalité des inégalités apparaît tandis que les hausses passées du niveau de vie font perdre de la compétitivité dans un contexte de ralentissement du commerce mondial. Le mirage d’un rattrapage des niveaux de vie avec les pays les plus avancés, la grande promesse néolibérale, disparaît avec les mesures déjà citées. Aucune solution n’est proposée à ces populations autre qu’une nouvelle paupérisation.

    Le retour de la question sociale

    Mais le néolibéralisme n’en a que faire. Enfermé dans sa logique de croissance extractiviste et comptable, il s’accroche à ses fantômes : la « théorie du ruissellement », la courbe de Laffer ou encore le « théorème de Coase » voulant que les questions de justice distributive doivent être séparées de la réalité économique. Il le fait grâce à un autre de ses traits saillants : « l’encadrement » de la démocratie. « L’économique » ne saurait relever du choix démocratique, il doit donc être préservé des « affects » de la foule ou, pour reprendre le mot devenu célèbre d’Emmanuel Macron, de ses « passions tristes ». Mais cet enfermement est de moins en moins possible alors que les inégalités se creusent et que la crise climatique s’exacerbe. Après cinq décennies de démocratie encadrée, les populations réclament que l’on prenne en compte leurs urgences et non plus celles des « marchés » ou des « investisseurs ».

    La crise actuelle du néolibéralisme a donc trois faces : une crise écologique, une crise sociale et une crise démocratique. Le système économique actuel est incapable de répondre à ce qui devient trois exigences profondes. Face à l’urgence écologique, il propose de répondre par les marchés et la répression fiscale de la consommation des plus faibles. Face à l’urgence sociale et démocratique, la réponse est l’indifférence. Car en réalité, répondre à ces demandes supposerait un changement profond de paradigme économique.

    Investir pour le climat supposerait ainsi de réorienter entièrement les investissements et de ne plus fonder l’économie uniquement sur une croissance tirée par les bulles immobilières et financières. Cela supposerait donc une remise à plat complète du système de création monétaire, ce qui est en germe dans le Green New Deal proposé aux États-Unis et qui effraie tant les économistes néolibéraux. Car, dès lors, la transition climatique ne se fera plus contre les classes sociales fragilisées mais avec elles. En assurant une redistribution massive des ressources au détriment des plus riches, on donnera ainsi aux classes les plus modestes les moyens de vivre mieux sans détruire la planète. Enfin, une association plus étroite des populations aux décisions permettrait de contrôler que ces dernières ne se font pas pour l’avantage des plus riches et du capital, mais bien de l’intérêt commun. Or, c’est précisément ce que le néolibéralisme a toujours rejeté : cette capacité de la démocratie à « changer la donne » économique. Précisément ce dont le monde a besoin aujourd’hui.

    Autrement dit : ces trois urgences et ces trois exigences sont profondément liées. Reposer la question sociale, c’est nécessairement aujourd’hui poser une question démocratique et écologique. Mais comme ce changement est profondément rejeté par le néolibéralisme et les États qui sont acquis à sa logique, il ne reste alors que la rue pour exprimer son besoin. C’est ce qui est sur le point de se cristalliser aujourd’hui. Selon les régions, les priorités peuvent être différentes, mais c’est bien un même système qui est remis en cause, ce néolibéralisme global. Au reste, tous les mouvements connaissent une évolution où la question démocratique et sociale se retrouve, parfois avec des préoccupations écologiques conscientes. Partout, donc, la contestation est profonde et touche au système économique, social et politique.

    Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux samedi 19 octobre, on voit des policiers espagnols frappant les manifestants indépendantistes catalans dans les rues de Barcelone. Sur le mur, un graffiti en catalan se détache : « aço és llutta de classe », « ceci est une lutte de classe ». Derrière la question nationale catalane s’est toujours placée la revendication d’une société plus juste et redistributive. Lorsque frappe la répression, cette réalité reprend le dessus. La volonté de reprendre le contrôle démocratique en Catalogne traduit aussi des priorités sociales et écologiques (un des condamnés par la justice espagnol, Raül Romeva, a été un élu écologiste avant de rejoindre le mouvement indépendantiste).

    En France, le mouvement des gilets jaunes ne s’est pas arrêté à une simple « jacquerie fiscale » et la fin de la hausse de la taxe carbone n’a pas mis fin au mouvement. Ce dernier a remis en cause la pratique démocratique du pays et la politique anti-redistributive du gouvernement et le mouvement a même rejoint les mouvements écologistes, comme l’a montré l’occupation d’Italie 2 début octobre. Les angoisses de « fin du mois » et de « fin du monde » commencent à converger. En Équateur, la situation est assez comparable : la lutte contre la fin des subventions à l’essence a permis de mettre en avant l’ampleur des inégalités touchant les populations autochtones, lesquelles sont depuis des années en révolte contre la logique extractiviste de gouvernements à la recherche de dollars.

    Au Liban, où sept personnes détiennent l’équivalent d’un quart du PIB, le rejet du plan de « réformes » prévoyant taxes pour les plus pauvres et privatisations s’est aussi accompagné d’un rejet du gouvernement qui, pourtant, regroupe l’essentiel des partis du pays. Ce lien entre mouvement social et démocratisation est également évident au Chili. À Hong Kong, la contestation démocratique contre un régime chinois qui cherche à tout prix à cacher la crise de son modèle économique a pris un tournant social évident.

    Cette crise n’est qu’un début. Rien ne permet d’espérer que cette crise néolibérale se règle rapidement, bien au contraire. Aux pressions sociales vont s’ajouter les catastrophes climatiques à répétition, comme celles qu’ont connues les Caraïbes depuis quelques années, qui ne feront que dégrader les conditions sociales. Surtout, les États semblent incapables de trouver d’autres solutions que celles issues du bréviaire néolibéral. Certes, en Équateur ou au Liban, les manifestants ont obtenu satisfaction avec le retrait des projets contestés. Au Liban, une mesure redistributive, une taxe sur les bénéfices bancaires a même été accordée. Mais ces victoires sont fragiles et, comme on l’a vu, elles n’épuisent ni les problèmes sous-jacents, ni les revendications démocratiques.

    Confronté à ce conflit permanent et à la contestation de son efficacité, le néolibéralisme pourrait alors se durcir et se réfugier derrière la « violence légitime » de l’État pour survivre. Comme Emmanuel Macron en France qui justifie toutes les violences policières, Pedro Sánchez en Espagne, qui n’a visité que des policiers blessés à Barcelone ce 21 octobre ou Sebastián Piñera, le président chilien invité du G7 de Biarritz en septembre, qui a fait ses annonces sous le regard de militaires comme jadis Augusto Pinochet… Ce dernier a ouvertement déclaré : « Nous sommes en guerre », à propos des manifestants. La guerre sociale devient donc mondiale et elle implique le néolibéralisme et ses défenseurs contre ses opposants.

    Devant la violence de cette guerre et l’incapacité des gouvernants à dépasser le néolibéralisme, on assisterait alors à une convergence du néolibéralisme, autrement dit de la défense étatique des intérêts du capital, avec les mouvements néofascistes et nationalistes, comme cela est le cas depuis longtemps déjà dans les anciens pays de l’Est ou, plus récemment, dans les pays anglophones, mais aussi désormais en Inde et en Chine. Le besoin de stabilité dont le capital a si impérieusement besoin ne pourrait alors être acquis que par une « militarisation » de la société qui accompagnerait sa marchandisation. Le néolibéralisme a prouvé qu’il n’était pas incompatible avec cette évolution : son laboratoire a été… le Chili de Pinochet, un pays alors verrouillé pour les libertés, mais fort ouvert aux capitaux étrangers. Ce retour de l’histoire pourrait être un présage sinistre qui appelle désormais à une réflexion urgente sur la construction d’une alternative sociale, écologique et démocratique.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/211019/crises-sociales-crises-democratiques-crise-du-neoliberalisme?onglet=full

  • Allo Place Beauvau, les Violences policières, Castaner et sa « sonfusion »
    http://www.davduf.net/allo-place-beauvau-les-violences-policieres

    Quand, pour la première fois, Christophe Castaner met en cause mon travail, hier, en prime time, sur France 2, au bout de... 11 mois après le 1er allo @Place_Beauvau, et que, le lendemain... son entourage rétropédale... Une #Enquête du Monde. #Police

    / Enquête, #Paris, #Gilets_Jaunes, #Police, #Maintien_de_l'ordre

  • Parole de gilets jaunes - 9 - Julie [24 septembre 2019] - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=AkTQ5BqS2C0

    Engagée dès le 17 novembre 2018 dans le mouvement, Julie s’en est retirée après le 10 décembre à cause de l’arrestation de Yannick, son compagnon. Elle raconte ici son vécu de l’emprisonnement, ses visites à la prison et fait part de ses réflexion sur l’état de la France aujourd’hui.

    #video #témoignage #gilets_jaunes #justice

  • Police, jamais sans mon arme

    Oui ! On protège un gouvernement qui n’est pas aimé. Mais c’est notre job. Benoit

    Quelle police offre-t-on à la société ? Quelle est la véritable mission d’un policier ? Protéger les personnes et les biens, enquêter, secourir et réprimer aussi.

    À partir du moment où les manifestants se comportent en combattant, je me transforme en combattant. Et le plus fort gagnera. Je n’ai aucune pitié. Benoit

    Il faut savoir assimiler ces 3 fonctions quand on est policier et ne pas en avoir peur. Arme à la ceinture, symbole de leur pouvoir, Marc, Benoit et Anthony questionnent le sens de leur mission.

    J’ai toujours mon arme avec moi. Je fais mes courses, j’ai mon arme avec moi. Je pars en vacances avec mon arme. C’est comme si je prenais mon téléphone portable, mes lunettes, mes clés de voiture ou ma carte bancaire. Ça fait partie de mon quotidien. Benoit

    L’excitation, l’adrénaline, la déception et la désillusion parfois font partie de leur quotidien.

    L’excitation et l’adrénaline m’empêchent d’avoir peur. J’ai peur après. A posteriori, je me dis : « Là c’était chaud quand même ! ». Benoit

    Comment on peut accepter aujourd’hui pour 1600€ de monter en région parisienne pour se faire cracher à la gueule avec une hiérarchie qui ne vous soutient pas ? Marc

    Avec

    Marc, policier
    Benoit, policier
    Anthony Caillé, policier, secrétaire national de la CGT intérieur.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/force-de-lordre-14-le-maintien-de-lordre-a-la-francaise

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    #Mantes-la-Jolie, des lycéens à genoux

    On doit éviter les policiers ! Alors que les policiers, normalement, ils ont des yeux, ils voient qu’on est des enfants, qu’on est des élèves. un lycéen

    C’est l’histoire d’une interpellation qui survient en pleine mobilisation lycéenne à Mantes-la-Jolie, dans un climat de haute tension.

    La première infraction, c’est d’abord la violation de liberté individuelle, c’est le fait d’avoir été séquestré dans un enclos pendant plusieurs heures. C’est une séquestration commise par une personne dépositaire de l’autorité publique, à savoir les fonctionnaires de police. C’est une infraction pénale. Maître Alimi

    L’histoire de 151 jeunes interpellés par les forces de l’ordre qui sont restés agenouillés plusieurs heures durant, les mains dans le dos ou sur la tête avant d’être transférés dans différents postes de police des Yvelines. Un événement qui va laisser des traces.

    Nous sommes restés 2/3 heures à terre, les mains sur la tête jusqu’à ce qu’ils nous embarquent dans leur voiture par petits groupes. une lycéenne

    Pour les familles plus que blessées, il s’agit d’une arrestation humiliante et inacceptable.

    L’important c’est de faire comprendre que l’autorité est du côté de la police, pas de la loi et que l’important c’est de le faire comprendre... Ce qui est préoccupant c’est que cette attitude est souvent encouragée par la hiérarchie et couverte aussi par le pouvoir politique. Jean-Marie Delarue

    Pour le commissaire de la ville, il s’agissait d’ « interrompre un processus incontrôlé ». Depuis, l’enquête préliminaire, confiée à I’Inspection Générale de la Police (IGPN), qui avait déjà établi « qu’il n’y avait pas de faute » commise par la police lors de cette arrestation, a été classée sans suite.

    Le recteur d’académie m’a appelé personnellement pour me remercier du travail que j’avais fait pour garantir la sécurité de cet établissement scolaire. C’est ça la vérité ! Arnaud Verhille

    Tous les éléments factuels ne peuvent qu’aboutir au constat que nous avons fait le travail de manière professionnelle avec la volonté de ne blesser aucun jeune pendant les quatre jours d’émeute malgré la violence. Arnaud Verhille

    Mais que s’est-il réellement passé ?

    On a ciblé des lycéens à un moment donné de leur vie, au moment d’une grève, au moment d’un blocus c’est-à-dire le moment où d’adolescent on passe à citoyen. Peut-être que l’État inconsciemment se rend compte que s’il veut diriger plus facilement des populations, et bien il faut taper à la racine et faire peur tout de suite. Maître Alimi

    Avec

    Yessa, Hanane, Myriam et Rachida et les jeunes du Collectif de Défense des Jeunes du Mantois
    Maître Alimi, avocat
    Jean-Marie Delarue, président de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme
    Edouard Durand, juge pour enfants
    Arnaud Verhille, Officier et Commissaire de police de Mantes-la-Jolie
    Geneviève Bernanos du Collectif de Mères solidaires

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/force-de-lordre-34-mantes-la-jolie-des-lyceens-a-genou

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    "Allô, Place Beauvau ?", davduf lanceur d’alerte

    Mais qu’est-ce que ça veut dire qu’une république qui tire sur ses enfants ? David Dufresne

    Ancien de Best, de Libé, d’I-Télé et de Mediapart, David Dufresne est écrivain, documentariste, explorateur de récits et du web. Mais d’où vient- il ? Des radios libres ? Des fanzines rocks ? Du mouvement punk ? C’est au milieu des années 1980 dans la presse alternative que David Dufresne démarre.

    Ce qui m’intéresse dans le Punk et le Rap, c’est le rapport à la police. David Dufresne

    Préoccupé par les libertés publiques et individuelles, il recense et dénonce sur son compte Twitter jour et nuit les blessés par les forces de l’ordre lors des manifestations des « gilets jaunes ».

    Twitter, en France, c’est un peu le nouveau fil AFP des journalistes... Recenser les violences policières sur mon fil Twitter, c’était une façon de dire : "maintenant les gars ! ça existe vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas". David Dufresne

    Aujourd’hui, on peut raisonnablement dire que l’État a fait le pari de la violence. David Dufresne

    Avec

    David Dufresne, écrivain, documentariste (@davduf)
    Gérard Desportes, écrivain et journaliste
    Mireille Paolini, éditrice aux éditions du Seuil
    Yannick Bourg, écrivain
    Perline, ingénieure informaticienne
    Anita Hugi, réalisatrice et directrice de festival des journées de Soleure en Suisse

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/force-de-lordre-24-allo-place-beauvau-davduf-lanceur-dalerte

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    Le #maintien_de_l’ordre à la française

    L’histoire du maintien de l’ordre c’est celle d’une disciplinarisation à la fois des forces de l’ordre mais aussi des manifestants des protestataires. Fabien Jobard

    Les manifestations des gilets jaunes nous ont bien rappelé que l’encadrement d’une foule nécessite des compétences, un savoir-faire, né dans notre pays après le drame de la Commune.

    Les manifestations "#loi_travail" et "#gilets_jaunes" ont donné lieu à des dégâts physiques et des dommages corporels qu’on n’avait jamais vu auparavant.

    Depuis cette date la question du contrôle des foules dans la « #légalité_républicaine » ne va cesser de se poser, et progressivement une doctrine à la française va se construire.

    Le préfet Lépine a marqué l’histoire du maintien de l’ordre, notamment en essayant de trouver des moyens alternatifs à la charge dans la foule. Ce qu’il a tenté de faire, c’est montrer le plus de force possible, pour ne pas avoir à s’en servir. Fabien Jobard

    Quelle est l’histoire du maintien de l’ordre à la française ? Quelles sont les évolutions majeures et les césures ? Aujourd’hui les autorités sont-elles plus violentes ou est-ce la perception de cette violence qui évolue ?

    Les forces de l’ordre savent parfaitement bien gérer le maintien de l’ordre ordinaire mais pas quand le pouvoir politique leur demande d’être plus répressif. Patrick Bruneteaux

    Avec :

    Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS, rattaché au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP)
    Olivier Filleule, professeur de sociologie politique à l’Institut d’études politiques, historiques et internationales de l’Université de Lausanne (IEPHI) et membre du Centre de recherche sur l’action politique de l’Université de Lausanne (CRAPUL)
    Patrick Bruneteaux, chercheur en sociologie politique au CNRS et membre du CRPS
    Jean-Marc Berlière, historien, spécialiste de l’histoire des polices en France et professeur émérite à l’université de Bourgogne
    Vanessa Codaccioni, historienne et politologue, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 8
    Cédric Moreau de Bellaing, maître de conférences en sociologie du droit à l’ École Normale Supérieure
    Jean-Marie Delarue, président de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/force-de-lordre-44-police-jamais-sans-mon-arme

    #audio #police #forces_de_l'ordre #métier #travail #France #témoignage #policier #policiers

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  • Graines de ronds-points Bande-annonce VF (2019) Jean-Paul Julliand - Vidéo dailymotion
    https://www.dailymotion.com/video/x7kfsvk


    https://s1.dmcdn.net/v/RHa_m1TcTcBN4q35Y/526x297

    Sortie le 13 novembre 2019

    Graines de #ronds-points raconte les trois « camps » qu’ont connus les #gilets_jaunes de Vienne, en Isère, entre novembre 2018 et juin 2019. Il croise cette chronologie avec les grandes questions que (se) pose cet OVNI politique. Importance de la croissance du pouvoir d’achat pour les citoyens mais aussi pour la relance économique. Exigence de plus d’égalités, notamment de plus de justice fiscale. Quels contrôles de l’activité des élus, une fois ceux-ci élus ? Quel fonctionnement démocratique ? Voire quelles organisations politiques ne confisquant pas le pouvoir des mains des citoyens ? Quels rapports entretenir avec les associations citoyennes, les syndicats et les partis politiques ? Autre préoccupation très présente sur les ronds-points Viennois : lier « lutte pour la fin du mois et lutte contre la fin du Monde ». Sans oublier, les aventures humaines qui ont, six mois durant, bousculé les vies de ces hommes et de ces femmes, de ces jeunes et de ces retraités, de ces chômeurs et de ces travailleurs, de ces militants et de ces désabusés de la politique, qui tous ont, soudain, basculé dans une utopie qu’ils n’espéraient plus.

    #documentaire

  • #Toulouse by night
    https://fr.squat.net/2019/10/08/toulouse-by-night

    Depuis plusieurs mois, les chantiers de construction d’une zone d’affaires autour de la gare Matabiau à Toulouse continuent dans leur vaste entreprise de destruction de maisons et vieux quartiers. Le projet TESO (Toulouse Euro Sud Ouest) veut reconfigurer la ville en une métropole technologique, policière et touristique. Projet gargantuesque qui curieusement implique ces mêmes entreprises […]

    #actions_directes #gentrification #Gilets_Jaunes

  • Sur les #Gilets_Jaunes, l’État et le #fascisme
    http://www.platenqmil.com/blog/2019/10/07/sur-les-gilets-jaunes-letat-et-le-fascisme
    #bernanos

    suite à une confrontation ayant opposé des #antifascistes à des militants d’extrême-droite. Cela fait près de six mois que je suis enfermé, six mois au cours desquels j’ai subi différents types de pressions de la part de l’institution judiciaire et de l’administration pénitentiaire. J’ai dans un premier temps été écroué à la maison d’arrêt de Fresnes, où la direction m’a placé sous le régime de l’isolement médiatique en raison de mon appartenance à des « mouvances radicales et violentes d’extrême-gauche. J’ai été ensuite transféré du jour au lendemain à la #Santé, en transit pour un transfert dans un établissement sécurisé en dehors de l’Île-de-France - puisque je bénéficierais, selon la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris, de « soutiens extérieurs pouvant nuire à la sécurité des établissements franciliens ». Par ailleurs, il y a deux mois, la juge des libertés et de la détention en charge de mon dossier a ordonné la fin de ma détention provisoire et ma remise en liberté, décision aussitôt annulée par une cour d’appel aux ordres du parquet de Paris, qui a mobilisé son attirail judiciaire pour empêcher ma libération. Cet acharnement, assez typique de la justice et de l’administration pénitentiaire, est exercé à mon encontre alors que toutes les autres personnes incriminées ont été libérées et placées sous contrôle judiciaire, et qu’il n’existe aucun élément dans le dossier permettant de m’associer d’une quelconque façon à l’affrontement. Aucun élément, sauf la déclaration d’un militant identitaire, Antoine Oziol de Pignol, hooligan du Kop of Boulogne, au sein du groupe de la Milice Paris, militant actif de Génération identitaire, et proche du groupuscule nationaliste des Zouaves Paris, avec qui il était au moment de l’affrontement. Ce dernier a donc porté plainte et s’est constitué partie civile, affirmant reconnaître des militants antifascistes parmi les auteurs des violences dont il aurait été victime, et déclarant que je faisais partie du groupe qui a mis en déroute ses camarades et lui-même le soir des faits.

    • accès sous #TOR vu le mur des gafam …

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  • Nous ne demandons rien à l’État, nous voulons tout reprendre : la joie, la liberté, la beauté, la vie
    Acta, Cerveaux non disponibles, Comité Adama, Comité de libération et d’autonomie queer, Deep Green Resistance IDF, Désobéissance écolo Paris, Eodra, des membres d’Extinction Rebellion France, Gilets jaunes Argenteuil, Gilets jaunes Place des fêtes, Gilets jaunes Rungis IDF, Plate-forme d’enquêtes militantes, collectif Peuple révolté, Radiaction, Youth for Climate IDF
    Reporterre, le 3 octobre 2019
    https://reporterre.net/Nous-ne-demandons-rien-a-l-Etat-nous-voulons-tout-reprendre-la-joie-la-l

    À la colère contre la catastrophe écologique, humaine et sociale en cours, le pouvoir ne propose que des « mesurettes », expliquent les auteurs de cette tribune. Qui, déterminés à changer le système, occuperont le 5 octobre « un lieu emblématique du système pour le transformer en maison du peuple ».

    Nous, #écologistes, #Gilets_jaunes, #Gilets_noirs, jeunes, habitant.e.s des banlieues, militant.e.s de tous bords avons manifesté, signé des pétitions, fait la grève, dialogué avec les dirigeants pour les alerter de la catastrophe écologique, humaine et sociale en cours.

    Loin d’entendre notre colère légitime, le pouvoir réprime nos mobilisations et convoque des simulacres de « participations citoyennes » : « grand débat », « convention citoyenne sur le climat », etc. Ces dispositifs ne proposent que des mesurettes ou des promesses lointaines et jamais tenues. Ils ne servent qu’à lui faire gagner du temps. L’écologie, dans sa conception étatique et libérale, trace alors une frontière entre les riches et les pauvres. Elle culpabilise les « écocitoyen.ne.s », lance des projets de « transition écologique »… et tout devient prétexte à un productivisme opportunément devenu « vert ». Mais le capitalisme, responsable de la catastrophe que nous vivons, est irréformable.

    Nous avons donc décidé de résister autrement à la destruction généralisée et programmée du monde vivant. Samedi 5 octobre, nous occuperons un lieu emblématique du système pour le transformer en maison du peuple. À la suite des retrouvailles entre mouvements sociaux et écolos le 21 septembre, nous ferons entendre nos voix, riches car plurielles. Nous affirmerons notre détermination à changer de modèle sociétal et économique. Nous construirons les prémices d’un monde respectueux des êtres vivants, humains et non humains.

    Car l’anéantissement du vivant est le symptôme terminal d’un système fondé sur la domination. Le modèle économique et social actuel creuse les inégalités entre les classes dominantes et les classes populaires. Sous couvert de rationalité et d’efficacité, le néolibéralisme grignote progressivement les acquis sociaux. De nombreuses travailleuses et travailleurs connaissent une précarisation croissante de leurs conditions de travail. Mais surtout, il nous est imposé de travailler toujours plus sans questionner l’impact néfaste que celui-ci peut avoir sur nos vies et sur la nature.

    Plus largement, le ravage causé au vivant a pour racine une idéologie occidentale selon laquelle l’autre n’est que territoire à conquérir, ressource à exploiter, trophée à exposer. Les femmes, résistant à l’infériorisation qui leur est faite depuis des siècles, en sont parmi les premières victimes. Les sujets échappant au modèle reproductif hétérosexuel et cisgenre, catégorisés comme « contre nature » ou déviants, sont également tantôt exclu.e.s, dominé.e.s ou « corrigé.e.s » afin de pouvoir être exploité.e.s à leur tour.

    Historiquement, s’accaparer les terres, détruire les écosystèmes et nier l’humanité des esclaves et des populations colonisées a été le triptyque sur lequel le développement de ce système s’est appuyé. Aujourd’hui, cette logique prédatrice et raciste se retrouve partout, qu’elle soit soutenue par des régimes politiques nationalistes ou néolibéraux. Dans le cynisme le plus total, elle est à l’origine de guerres néocoloniales et provoque l’exil de millions de personnes pour des raisons politiques, économiques et climatiques tout en cadenassant les frontières.

    Malgré tout cela, le capitalisme possède un double pouvoir d’attraction : son imaginaire économique de frustration-consommation et sa capacité inouïe à l’échelle de l’histoire à rendre chacun.e d’entre nous captif sur le plan de la vie matérielle. Nous sommes baigné.e.s depuis notre naissance dans un imaginaire où le bonheur se trouve dans l’accumulation de biens matériels. La nature productiviste du capitalisme, son dogme de la croissance, ont enfanté une vie toxique et aliénante. Plus intimement, le capitalisme a su pénétrer notre quotidien, coloniser nos systèmes de pensée et étendre son pouvoir sur nos corps et l’ensemble des milieux vivants. Chacun.e de nous est pris en otage par cette mégamachine qui martèle son discours dominant au travers des institutions étatiques, de la publicité et des médias.

    Toutes celles et ceux qui résistent à ce pouvoir de séduction-aliénation connaissent une répression féroce.

    Mais l’autoritarisme qui se généralise aujourd’hui est la norme depuis des décennies dans les quartiers populaires, avec plusieurs centaines de morts entre les mains de la police dans une impunité judiciaire systémique. L’État n’a eu de cesse de mettre en place des mesures d’exception sécuritaires dans les quartiers populaires contre toute forme de révolte. Les Gilets jaunes, les Zad et les mouvements écologistes voient désormais l’extension de la répression policière avec les mêmes outils permettant le maintien du pouvoir d’une élite face aux contestations. Cette répression est le seul outil derrière lequel l’État peut se cacher. Elle révèle son rôle d’armée d’occupation de sa propre population.

    À tout cela, nous opposerons notre détermination à construire ensemble. Ce que nous allons chercher, c’est d’autres manières d’être heureuses et heureux et redonner de la profondeur à nos existences, sans dévaster le monde vivant.

    Ces derniers mois, les Gilets jaunes ont déclenché une vaste envie de reprendre démocratiquement nos vies en main : assemblées populaires, démocratie directe, solidarité, autoorganisation, sont des mots dont la population s’est ressaisie, des pratiques qui ont redonné un élan considérable pour affronter la suite. Que ce soit au Chiapas ou dans le Rojava, en Égypte ou à Hong Kong, au Brésil, en Russie ou en Grèce, les luttes populaires continuent à rappeler que la révolte doit être internationale et internationaliste pour pouvoir réellement bouleverser le cours des choses. Ainsi, nous ne demandons rien à l’État, car nous n’attendons rien de lui.

    Nous ne demandons rien mais nous voulons tout reprendre : la joie, la liberté, la beauté, la vie. Nous appelons chacun.e à s’organiser collectivement pour reprendre du pouvoir, à entrer en résistance, à faire front commun. C’est dans l’intensité de nos luttes que fleuriront des mondes désirables.

    #Résistance

    Je l’ajouterai aussi bientôt à la troisième compilation #effondrement #collapsologie #catastrophe #fin_du_monde #it_has_begun #Anthropocène #capitalocène #USA :
    https://seenthis.net/messages/680147

  • #Politique : sécurité intérieure & maintien de l’ordre
    |> Comment le ministère de l’Intérieur veut s’adapter à la « subversion violente »
    |+|> cas pratiques ce week-end : comment la #Police maintient, non pas l’ordre, mais la terreur.

    Tout d’abord, lecture de l’article de Jean-Dominique Merchet [qui prépare] L’Opinion : https://www.lopinion.fr/edition/politique/comment-ministere-l-interieur-veut-s-adapter-a-subversion-violente-198969

    A la menace terroriste est donc venue s’ajouter celle de la « subversion violente ». C’est dans ce contexte décrit par Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, que se prépare le Livre blanc sur la #sécurité_intérieure. Annoncé en juin dernier par le Premier ministre, ce document devrait être rédigé d’ici à la fin de l’année et servir de base à une loi de programmation. Le précédent livre blanc sur la « sécurité publique » date de 2011, alors qu’un autre, spécifiquement consacré à la lutte contre le terrorisme remonte à 2006. En plein effort doctrinal, comment l’exécutif aborde-t-il la « sécurité intérieure » ?

    La lecture de l’article fait froid dans le dos mais pour qui a suivi de près l’évolution du #maintien_de_l'ordre ces dernières années et la mutation de ces 3 derniers mois, rien de vraiment surprenant... hélas. Le scandale des #violences_policières, le nombre astronomique de blessures graves du mouvement des #gilets_jaunes a obligé les décideurs politiques à trouver une parade. Oui mais voilà, ils sont dans une panique totale d’une révolte qui les vire du pouvoir et au vu des choix d’orientation politique d’extrême-centre du président des riches, on ne saurait donner tord à ceux qui les font flipper. Ainsi donc au fur et à mesure, les #violences_judiciaires faisant beaucoup moins parler d’elles, c’est vers une répression à deux vitesses que souhaite s’orienter le pouvoir en place, et l’expérience du #G7 semble avoir conforté leur choix : arrêter préventivement, même avec des dossiers vides, même avec la plus parfaite mauvaise foi, des cibles connues ou totalement inconnues, et, ils imaginent, paralyser ainsi les "fomentateurs" de révolte. Un passage dans l’article est particulièrement significatif :

    « Nous avons modifié nos modes d’action opérationnels en un temps record, mais nous devons finaliser la doctrine dans les semaines qui viennent ». Un séminaire de travail sur le « schéma national du maintien de l’ordre » a eu lieu en juin place Beauvau, mais peu de voix critiques y avaient été conviées. Depuis lors, le sociologue de la police Sebastian Roché, qui plaide pour une politique alternative de « désescalade », s’est même vu retirer son cours à l’Ecole des commissaires… Le ministère de l’Intérieure ne manque pourtant pas de plaider pour « la concertation la plus large possible. »

    Ainsi donc ce samedi on apprend deux évènements qui font penser que ce nouvel ordre du maintient est acté :

    – à #Toulouse des observateurs de la LDH se font charger, puis prennent une pseudo leçon de loi par [le préfet ?] parce que l’un d’eux a voulu ramasser un projectile d’arme policière que les avait touchés. C’est la troisième fois qu’ils se font ainsi malmener :
    https://twitter.com/Maxime_Reynie/status/1177984007386140674 + chez @gonzo : https://seenthis.net/messages/804242
    Communiqué de la #LDH : https://www.ldh-france.org/agressions-policieres-contre-des-observations-citoyennes-ca-suffit

    – à #Montpellier, c’est Ian B. de Desarmons-les, collectif contre les armes de la police, qui se fait arrêter pour la deuxième fois alors qu’il devait faire une conférence le soir même sur les armes de la police. A cette heure, il n’y a toujours pas de nouvelles.
    https://twitter.com/ValKphotos/status/1178342218895171586
    Pour mémoire, la fois précédente : https://desarmons.net/index.php/2019/03/30/ianb-revient-plus-precisement-sur-son-arrestation-des-25-et-26-mars-2019-

    Pendant ce temps, le CM du Syndicat Indépendant des Commissaires de Police s’amuse à titiller @davduf / David Dufresne, tranquilou : https://twitter.com/davduf/status/1178376236395089920 , le syndicat Alliance fait des communiqués auxmenaces à peine voilées : https://twitter.com/davduf/status/1178285515730239488 & https://twitter.com/ValKphotos/status/1178294536155611142 et Linda Kebbab continue de se lâcher avec désormais une photo de profil des plus explicites : https://twitter.com/LindaKebbab/photo

    Bref : #ça_pue !

  • Journée de lutte
    Paris, 21 septembre 2019

    Maya

    https://lavoiedujaguar.net/Journee-de-lutte-Paris-21-septembre-2019

    Hier nous étions quatre de chez nous à Paris. Partis de bon matin pour éviter les contrôles au péage de Paris, lorsque nous sommes arrivés à ce péage, pas un condé ! on se dit que toutes les infos reçues sont des fausses infos ! ça commence bien ! on continue notre route pour nous garer dans la capitale et nous rendre à la Madeleine au rendez-vous fixé. La lune vue le matin de chez nous en pleine nuit est encore là présente en plein jour à Paris ! joli et rassurant clin d’œil de la nature imperturbable... On avance, des gens se promènent, discutent, pas besoin de gilet pour nous reconnaître, en deux temps trois mouvements les sourires se font sur les visages et les rencontres achoppent, comme on dit. Chacun·e y va de son vécu et de sa pensée. Attendre le bon moment, s’approcher, faire la masse. On nous dit que la Madeleine est bloquée, déjà nassée. En effet on s’approche et on voit les camions blancs bien rangés et la maréchaussée prête à défendre ou plutôt prête à l’attaque. Les voltigeurs d’un seul coup surgissent dans la rue et font des allers et retours pétaradants ! c’est du grand n’importe quoi ! Cette bande de motards invisibles sous leurs costumes pensent peut-être nous impressionner, nous faire peur, ils ne font que du bruit ! (...)

    #Gilets_jaunes #témoignage #manifestation #Paris #répression #réflexion #foule

  • « L’avocat [...] a rappelé au tribunal que son rôle n’était pas de faire des exemples ni d’adresser des messages aux manifestant·e·s. »... en vain !
    Déjà que j’avais pas le moral aujourd’hui mais la lecture du compte-rendu des comparutions immédiates du 16 septembre à #Nantes ...
    [Antirep Nantes] CR des compas du 16/09/2019
    https://nantes.indymedia.org/articles/46666

    #antirep #legal_team #justice #violences_judiciares #repression #gilets_jaunes #acte44

  • https://www.bastamag.net/gilets-jaunes-champs-elysees-justice-repression-condamnations-violences-po
    Selon le ministère de la Justice, plus de 3000 condamnations ont été prononcées depuis le début du mouvement des « Gilets jaunes », dont un tiers ont donné lieu à des peines d’emprisonnement ferme. Les violences contre les forces de l’ordre et les dégradations restent les principaux motifs de condamnation à de la prison. Muriel Ruef, avocate au barreau de Lille qui a défendu de nombreux « Gilets jaunes » témoigne :

    « Nous avons eu des poursuites pour violences contre les forces de l’ordre, la plupart du temps niées. Ce sont souvent des gens qui n’ont pas de casier. Les condamnations ne sont pas délirantes. Mais il y a une sorte de systématisation à partir de la seule parole de la police. Les condamnations ne sont pas sévères, ça ne pousse pas à faire appel, mais ça reste quand même des condamnations de personnes qui se disent innocentes. »

    #justice #gilets_jaunes

  • Pas d’icône pour les Gilets jaunes – L’image sociale
    http://imagesociale.fr/7816

    Pas d’icône pour les Gilets jaunes
    André Gunthert 19 septembre 2019 - 6 h 20 min

    (Chronique Fisheye #38) Par sa durée, son extension territoriale, comme par le niveau élevé des violences, la révolte des Gilets jaunes est l’une des plus graves crises sociales françaises depuis Mai 1968. Parmi ses conséquences immédiates, on peut observer une altération profonde du climat politique et une dégradation de l’image d’un gouvernement dont les débuts, à peine un an et demi plus tôt, paraissaient prometteurs.

    Au regard de la signification historique du conflit, et en attendant l’examen rétrospectif qui permettra d’en approfondir la compréhension, on peut se demander comment la photographie a contribué à sa perception contemporaine. Il va sans dire qu’il n’est pas question de procéder ici à l’étude, même sommaire, des centaines de milliers de clichés produits au cours des affrontements. En revanche, on peut dresser un premier bilan de la représentation de la crise dans l’espace public, à travers le filtre proposé par le dialogue des grands médias et des réseaux sociaux.

    Constamment abreuvé par des milliers de sources, ce filtre a été d’une extrême efficacité pour sélectionner les images les plus représentatives d’un conflit, dans lequel elles ont joué un rôle de premier plan. Car la crise des Gilets jaunes n’a pas seulement été illustrée par des documents visuels : elle a été en permanence remodelée par l’affrontement des images, photos ou vidéos, brandies comme les preuves de visions contradictoires par les télévisions, les journaux ou les réseaux sociaux.

    Dans le cas des Gilets jaunes, deux facteurs vont considérablement modifier la donne. L’extension sur plusieurs mois de la crise fait apparaître les défauts de la couverture médiatique, et la carence d’une expression organisée du mouvement encourage une implication plus large du public dans la discussion et l’interprétation des événements.

    Nouveaux outils du dialogue social, les réseaux sociaux fournissent à cette extension de l’échange un terrain apparemment chaotique, mais en réalité fortement structuré par les mécaniques d’amplification de l’attention. Dans un contexte d’affrontement aux racines profondes, qui n’oppose pas seulement les Gilets jaunes au gouvernement, mais plus largement les classes sociales et les sensibilités politiques entre elles, les vidéos et les photos apportent à l’argumentation leur précieuse valeur documentaire, et deviennent rapidement les éléments autour desquels se structure la controverse. Ces échanges sont également suivis de près par les grands médias, en particulier les télévisions d’information continue, qui recyclent volontiers les images sélectionnées par la conversation.

    Si l’on est conduit à se pencher longuement sur les images des réseaux sociaux, c’est qu’aucune photo n’aura entretemps émergé comme une image emblématique du conflit, selon la tradition désormais bien connue des « icônes » photographiques multidiffusées en couverture des principaux organes de presse, comme l’image de la petite haïtienne en 2010 (Daniel Morel), du petit Aylan en 2015 (Nilüfer Demir), ou encore celle de la petite immigrée hondurienne en 2018 (John Moore), qui témoignent d’un large consensus.

    Cette courte liste livre immédiatement la clé de l’énigme. Si ces figures mettant en scène des victimes innocentes n’ont jamais trouvé d’équivalent pendant la crise française, s’il n’y a pas eu d’icône des Gilets jaunes, c’est parce que la majeure partie de la presse, malgré le nombre jamais vu des blessés et des mutilés, ne les a jamais perçus et encore moins montrés comme des victimes. Deux photos ayant rencontré un certain succès, celle de Geneviève Legay à Nice le 23 mars, et celle du manifestant étranglé à Nantes le 3 août, en dehors des Actes des Gilets jaunes, confirment a posteriori ce constat.

    #Image #Icone #Médias #Gilets_jaunes

  • 21/09 : L’écologie est un champ de bataille
    http://www.platenqmil.com/blog/2019/09/17/2109--lecologie-est-un-champ-de-bataille

    Le samedi 21 septembre s’annonce comme une journée importante. Ce sera d’abord l’Acte 45 d’un mouvement qui s’institue dans la durée, transformant la temporalité des luttes vers des séquences longues et évolutives, marquées par des pics d’intensité réguliers. Mais ce 21 septembre est aussi la date d’une nouvelle Manifestation Climat, juste après un G7 dont on a surtout retenu l’énergie déployée à encadrer les révoltes et les discours creux des fossoyeurs de la planète. 
     
    Nous l’avons déjà dit : en se mobilisant contre une taxe sur le diesel, aussi inutile pour le climat que socialement injuste, les Gilets Jaunes ont redéfini les lignes politiques du combat écologique. Non seulement en y accolant fermement la question sociale, mais aussi en repensant les modalités de la lutte et les formes de l’affrontement. Que ce soit en paralysant le 8ème arrondissement ou en bloquant des entrepôts Amazon, les Gilets Jaunes visent directement ceux qui sont tout autant responsables de la fin du monde que de nos galères de fins de mois. 
     
    Parallèlement, le mouvement écologiste est en train d’émerger comme une composante essentielle de la période, avec d’un côté des manifestations climats rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes et de l’autre un renouveau des modes d’action directs de type blocage et perturbation des grandes institutions pollueuses. Si les grands médias et les politiques ont pour le moment réservé un accueil plutôt positif à cette vague (sans rien faire pour autant), la moindre émergence d’une radicalité au sein de ces mouvements est guettée de prêt et les condamnations publiques, judiciaires ou policières sont en réalité prêtes à tomber.
     

     
    La répétition en boucle du mantra de la « non-violence » est utilisée par certaines ONG écologistes pour se protéger de la mise au banc médiatique. Les éditorialistes ne les désignent pas comme des « foules haineuses » et les politiques continuent de les inviter à leur table. Mais en retour, cette stratégie légitime la violence produite à l’encontre des Gilets Jaunes. Elle construit un « méchant Gilet Jaune » et un « gentil écolo » que le pouvoir a tout intérêt à maintenir et à renforcer. C’est ce qui s’est passé lors de l’Acte 18 du 16 Mars, lorsque les écrans de TV semblaient comme divisés entre l’image apocalyptique d’un Fouquets en flamme et celle bonne enfant de familles défilant pour les abeilles et les fleurs. Cette fausse dichotomie entre violence et non-violence est en outre complètement mystifiante et elle masque la radicalité qui caractérise déjà de nombreuses luttes écologistes, des ZADs au mouvement NO TAV, en passant par l’Amérique Latine et bien d’autres foyers.

    @kaparia ;-)

    #écologie #Gilets_jaunes

  • Interrompre la destruction du monde

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Interrompre-la-destruction-du-monde

    Jérôme Baschet
    Une juste colère. Interrompre la destruction du monde

    En automne 2018, « une véritable irruption populaire a fait vaciller le pouvoir », en France. Depuis le Chiapas rebelle où il vit, Jérôme Baschet a observé le mouvement des Gilets jaunes comme annonciateur de nouvelles formes d’explosions sociales vouées à se multiplier, expression d’une « juste colère », pendant de la « digne rage » des zapatistes. Avec méthode, il cherche à encourager et à amplifier cette dynamique afin d’« interrompre la destruction du monde ».

    La goutte d’eau a fait déborder le vase. « Et là où beaucoup s’affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d’une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnante. » (...)

    #Jérôme_Baschet #Gilets_jaunes #Chiapas #Macron #démocratie #économie #Capitalocène #Wallerstein #collapsologie #blocage #dépossession #soulèvement #autonomie

  • #CLIMAT : l’assemblée tirée au sort susciste l’espoir d’une démocratie directe
    https://www.mediapart.fr/journal/france/120919/climat-l-assemblee-tiree-au-sort-susciste-lespoir-dune-democratie-directe

    À partir du 4 octobre, 150 citoyen·ne·s se réuniront pour délibérer des politiques à appliquer pour réduire les gaz à effet de serre. Leurs propositions pourraient être soumises à référendum. Cette première en France soulève des espoirs. Mais quel crédit lui accorder face à un pouvoir qui terrorise et mutile les manifestant·e·s ?

    #gilets_jaunes,_Climat,_référendum,_démocratie,_RIC,_Démocratie_directe

  • Convoqués pour avoir soutenu #Christophe_Dettinger : « C’est presque de la police politique », dénonce leur avocate
    https://www.europe1.fr/societe/convoques-pour-avoir-soutenu-dettinger-cest-presque-de-la-police-politique-d

    En janvier, ils ont participé à la cagnotte Leetchi en soutien à l’ex-boxeur Christophe Dettinger. Aujourd’hui, ils sont convoqués par la police pour témoigner. Des centaines de donateurs ont reçu des emails de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA), un mois après l’ouverture d’une enquête pour « abus de confiance ». « On va sonder les cœurs et les esprits pour savoir pourquoi les gens ont donné. C’est presque de la police politique ou de la police des pensées », dénonce sur Europe 1 Me Laurence Léger, avocate du couple Dettinger, mais aussi de l’homme qui avait lancé cette cagnotte et de certains donateurs.

    #gj #gilets_jaunes #harcèlement_judiciaire

  • Montpellier : Farid, le gilet jaune casseur de banques, condamné à 2 ans et demi de prison en appel - Le Poing
    https://lepoing.net/montpellier-farid-le-gilet-jaune-casseur-de-banques-condamne-a-2-ans-et-dem

    Farid, incarcéré à Villeneuve-lès-Maguelone depuis fin mars pour avoir cassé des vitrines de banques lors des manifestations montpelliéraines des gilets jaunes, a finalement été condamné en appel à trente mois de prison ferme, alors qu’il avait été condamné en première instance à trois ans ferme. Il a donc gagné six mois de liberté. Plusieurs policiers se sont déplacés au palais de justice pour entendre le délibéré, rendu le cinq septembre dernier. Le soir même, des tags ont fleuri dans le quartier des Beaux-arts de Montpellier pour réclamer « liberté pour Farid » et dénoncer « une vie brisée pour trois vitrines ». Un distributeur automatique de billets a également été cassé. Un hommage certain à Farid, qui avait revendiqué, lors de son procès en appel, s’en être pris aux banques « pour lutter contre le capitalisme ».

    #Gilets_jaunes #Montpellier #vitrine_cassée #Prison

  • Revue de presse du 01.09 au 07.09.19
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?672-revue-de-presse-semaine-du

    « Le droit d’asile en France est totalement inopérant »

    Le Japon veut déverser l’eau de Fukushima dans le Pacifique, Séoul en colère

    L’industrie culturelle

    Gardien de prison à Condé-sur-Sarthe : « Mon quotidien »

    Bientôt l’âge d’or des low-tech ?

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    • Journalistes belges verbalisés lors d’une manif de Gilets jaunes : « Les policiers nous ont gardés plus de 2 heures » Marianne Klaric - 8 Septembre 2019 - RTBF

      Nicolas Lahaut, en reportage pour le magazine Wilfried, couvrait ce samedi la manifestation des gilets jaunes à Paris. Comme par le passé, les rassemblements sont interdits sur les Champs Elysées. Le journaliste belge faisait le portrait de l’avocat Juan Branco. Avec son photographe, Nicolas Lahaut se rend sur place pour sentir l’atmosphère. *

      « Sur les Champs Elysées, il n’y avait pas de manifestants, nous raconte-t-il. Les rassemblements étaient prévus dans d’autres lieux et cela commençait à 14 heures. Un peu plus tôt, nous nous baladions sur les Champs pour voir s’il se passait quelque chose. Il y avait une ambiance attentiste, mais il ne se passait pas grand-chose, jusqu’au moment où un brave monsieur a tendu un ballon jaune. Quelques personnes se sont alors mises à chanter  ».

      Immédiatement, un dispositif policier assez phénoménal est déployé. Les deux journalistes belges prennent des photos. Ils ne se rendent pas compte qu’ils se font encercler par les policiers. Ce dispositif, importé de Grande-Bretagne, s’appelle la nasse. Il consiste à encercler des manifestants afin de les isoler du reste du mouvement, de les immobiliser, pour ensuite parvenir à une dispersion

      Les policiers nous ont gardés pendant plus de deux heures. Nous étions une vingtaine. Lorsqu’on a essayé de s’adresser à eux, pour leur expliquer qu’on était journalistes, en leur montrant notre carte de presse, en leur demandant s’il était possible de sortir du cercle, ils ne répondaient pas, ou ils disaient qu’ils allaient ne référer à un supérieur. Evidemment, la réponse ne venait jamais."

      Nicolas Lahaut a été verbalisé, tout comme son photographe Adrien Heylen, pour participation à une manifestation interdite. Il devra s’acquitter d’une amende de 135 euros. Les journalistes feront appel.

      Contactée par nos soins la préfecture de police de Paris verra si elle souhaite réagir, ce dimanche ou lundi, nous a-t-on dit.

      Source : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_journalistes-belges-verbalises-lors-d-une-manif-de-gilets-jaunes-les-pol

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  • « Gilets jaunes » : le jour où les quartiers chics ont eu peur
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/07/19/gilets-jaunes-le-jour-ou-les-quartiers-chics-ont-eu-peur_5491188_4500055.htm


    ARTUS DE LAVILLÉON POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

    Depuis l’automne 2018, les « gilets jaunes » saturent l’actualité. Cet été, « M » revient sur des aspects méconnus de cette crise sociale inédite. Après les violences sur les Champs-Elysées, la panique s’était emparée des habitants des arrondissements voisins.

    Elle est arrivée d’un coup, comme une soudaine chute de grêle au cœur d’un hiver doux. Elle a saisi ceux qui s’y attendaient le moins, s’est glissée dans les maisons et s’est faufilée dans les esprits. Le samedi 1er décembre 2018, la peur s’est abattue sur les beaux quartiers de Paris. Elle a revêtu une couleur, le jaune, celle des gilets du même nom, et un slogan, « sus aux riches », qui les fait encore frémir.
    Pour la première fois de leur vie, les habitants des 8e et 16e arrondissements parisiens, les plus huppés de la capitale, ont subi la violence aux portes de leurs appartements, craignant pour leurs biens et parfois pour leur vie.
    La casse, les voitures en feu, les vitrines brisées, ils les voyaient jusqu’alors sur les chaînes tout-info confortablement installés dans leurs salons douillets. Ils se sentaient à l’abri, si loin des cortèges habituellement cantonnés dans l’est de la capitale, sur les grandes artères qui relient les places de la Nation, de la Bastille ou de la République. N’était-ce pas pour le calme et la tranquillité qu’ils avaient choisi de vivre ici, dans cet Ouest aux vastes avenues élégantes et aux parcs parfaitement entretenus ?
    « C’était la première fois qu’on assistait à des actes de vandalisme, on n’avait pas d’expérience. » Yves, habitant du seizième arrondissement
    Le fameux samedi 1er décembre où, pour eux, tout a basculé, ce grand patron a bondi de son fauteuil en entendant les grilles de sa demeure céder sous les bras de manifestants enragés. Propriétaire d’un hôtel particulier doté d’un jardin avec vue sur l’Arc de triomphe, il était en train de suivre l’acte III de la mobilisation des « gilets jaunes » à la télévision, regardant, éberlué, des groupes de casseurs vandaliser le monument. Il n’aurait jamais imaginé qu’il les retrouverait sur sa pelouse.
    Sans réfléchir, il s’est précipité dehors en hurlant : « Sortez de là ! Vous êtes chez moi ! » Le petit groupe d’énervés, qui n’avait sans doute pas pensé qu’une telle bâtisse puisse appartenir à une famille – le siège d’une banque ou d’une grande entreprise, une ambassade, peut-être ? –, a reculé, surpris et penaud. L’hôtel particulier a été préservé ; la peur, elle, s’est durablement installée. « Les casseurs ont tapé sur les fenêtres pour essayer d’entrer dans la maison. C’était l’anarchie, j’espère ne jamais revivre ça », racontait quelques heures plus tard un voisin encore sous le choc au micro de France Bleu.

    Le patron a fait renforcer son enceinte et s’est offert les services d’une société de sécurité. Il a surtout beaucoup raconté sa mésaventure dans les dîners en ville, et la terreur s’est propagée tel un poison, de table en table, de déjeuners en soupers, de coups de téléphone en messages. Avec un terrible constat partagé par tous : c’était bien eux qui étaient visés, les nantis, les riches ou supposés l’être, ces privilégiés dont la foule en colère demandait la tête.

    Restaurants saccagés
    Le lendemain, dimanche 2 décembre, les riverains de la place de l’Etoile sont sortis constater les dégâts, hébétés. L’avenue Foch offre alors un spectacle de désolation avec ses rangées de voitures cramées jusqu’au châssis. Avenue de la Grande-Armée, ce sont les restaurants qui ont été saccagés. Les alentours sont dévastés : feux de circulation et panneaux arrachés, bitume fondu formant de larges crevasses, barricades de fortune abandonnées, devantures éventrées, vitrines en miettes, magasins pillés.
    Au total, ce samedi-là, les pompiers de Paris sont intervenus sur 239 départs de feu, dont 112 voitures, 116 incendies de mobilier urbain, et même six immeubles. Ici et là, des tags griffent les façades. « On va casser du riche », lit-on avenue Kléber. « On va faire danser la bourgeoisie », voit-on ailleurs. « Vous avez cherché la merde, vous l’avez eue », a écrit une main anonyme un peu plus loin.

    Même les sapins de Noël de la bijouterie Chopard du quartier de la Madeleine ont été renversés et piétinés. « C’était épouvantable, notre rue a été massacrée, se souvient Yves, chef d’entreprise à la retraite qui habite avenue Kléber depuis douze ans. Une colonne de fumée noire montait jusqu’à notre appartement, au huitième étage, on a cru être intoxiqué au monoxyde de carbone, l’odeur était insupportable, on a eu peur qu’ils mettent le feu à l’immeuble. On appelait les pompiers, mais ils étaient débordés. C’était la première fois qu’on assistait à des actes de vandalisme, on n’avait pas d’expérience. » Les week-ends suivants, ses enfants lui ont interdit de mettre un pied dehors : trop dangereux.
    « J’ai essayé de discuter avec eux plusieurs fois, c’était impossible : on devait être les premiers à monter sur l’échafaud. » Didier, locataire près de l’Etoile
    « J’ai vécu dans des pays violents mais, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur, renchérit Isabelle, cadre dans l’assurance, qui habite le 16e arrondissement avec son mari et ses deux jeunes enfants. Il y avait cette fumée permanente, des barricades partout, le bruit des bombes lacrymogènes résonnait dans les appartements. » « C’était la guerre », résume Didier, cadre commercial de 43 ans, locataire à deux pas de l’Etoile. Le 1er décembre, de retour d’un déplacement professionnel en Polynésie, il a eu un mal fou à regagner son domicile, situé dans une petite rue jouxtant l’Etoile. Une galère qui a duré des mois.
    Comme Yves, il était plutôt favorable aux revendications des « gilets jaunes ». Mais son empathie s’est émoussée au fil des pillages : « C’était le chaos, l’anarchie, ils frappaient sur les poteaux, cassaient tout ce qui leur passait sous la main, ils étaient souvent très alcoolisés, certains avaient l’air possédés, comme s’il fallait détruire à tout prix. Notre quartier était devenu une “no-go zone”. Nous n’étions plus les bienvenus chez nous, plus en sécurité. »
    Une violence vécue comme une injustice : « Je ne roule pas sur l’or, je n’ai pas de voiture ni de maison de campagne, je paye mes impôts, je vis normalement, je n’ai pas l’impression de profiter du système, mais ils nous voyaient comme des nantis. J’ai essayé de discuter avec eux plusieurs fois, c’était impossible : on devait être les premiers à monter sur l’échafaud. »

    Les patrons s’affolent
    La peur n’épargne personne, retraités, familles, simples salariés, mais aussi les grandes fortunes. Certains puissants perdent leur sang-froid. Dans les jours et les semaines qui suivent les violences du 1er décembre, une poignée de grands patrons qui ont l’oreille du président appellent, affolés, leur ami Emmanuel Macron. « Il faut céder comme en 68 ! », lui répètent-ils en substance.
    Tout à leur frayeur, d’aucuns vont même jusqu’à suggérer le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Plutôt tout lâcher que finir sur la guillotine. Les mêmes téléphonent à Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. « C’est la première fois qu’ils se sont retrouvés confrontés à des manifestants dans leur rue, à leur porte », excuse ce dernier tout en soulignant que la « panique » n’a touché qu’une minorité de ses adhérents.

    Lorsque Emmanuel Macron demande aux chefs d’entreprise de l’aider à améliorer le pouvoir d’achat dans son allocution du 10 décembre, ils sont mûrs pour contribuer à « l’effort de guerre ». C’est à qui fera montre de la plus grande prodigalité. « Total a commencé très fort, puis tout le CAC s’est emballé », se souvient Geoffroy Roux de Bézieux un brin amusé. Le patron d’Iliad, Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du Monde), promet une prime exceptionnelle de solidarité de 1 000 euros à 6 000 de ses salariés installés en France.
    Patrick Drahi, d’Altice, embraye. Publicis annonce un coup de pouce pour 1 587 de ses bas salaires. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, distribue entre 500 et 1 000 euros à 20 000 salariés. Les directions des grands groupes se mobilisent. LVMH, qui a salué bruyamment « l’excellente mesure de nature à soutenir sans délai le pouvoir d’achat », s’engage également à verser des primes à ses petits salaires.

    L’écrin des puissances de l’argent
    Au plus haut niveau de la holding, après la mise à sac de Dior joaillerie, on craint le pire. Plusieurs scénarios d’attaque sont envisagés, et notamment l’incendie de la Fondation Louis Vuitton, Porte-Maillot. Une étude montre que, si le bâtiment peut être sauvé des flammes, la fumée, en revanche, endommagerait gravement les collections. Il est conseillé à Bernard Arnault de renforcer la sécurité de l’institution ainsi que celle de sa famille. Il refuse. Les grands patrons comprennent vite qu’ils ne sont pas dans le viseur des « gilets jaunes ».
    Les sièges des élus sont davantage attaqués que ceux des entreprises. Une seule permanence territoriale du Medef a été taguée sur les cent vingt que compte la confédération patronale.
    « Au début, beaucoup de “gilets jaunes” étaient des artisans ou des dirigeants de PME. Le mouvement n’était pas dirigé contre les patrons. Je dirais même que c’est le premier mouvement social dans l’histoire qui ne s’est pas fait contre le patronat », analyse Geoffroy Roux de Bezieux. Il en veut pour preuve l’absence de grèves pendant cette période. « Quand ils ont réalisé qu’ils ne craignaient rien, les mêmes qui étaient prêts à tout céder quelques jours plus tôt disaient qu’il fallait tenir bon, se souvient, en souriant, le président du Medef. La grande peur des bien-pensants était passée. »

    Plus que les entreprises, c’est le pouvoir qui est visé ; l’élite, les riches ou ceux désignés comme tels. A ce titre, les habitants du 16e arrondissement de Paris sont spontanément considérés par la foule comme l’incarnation de cette France des possédants et des privilégiés. « Le seizième a toujours été stigmatisé. Cela remonte aux années 1930 et au mythe des deux cents familles [selon lequel un petit groupe contrôlerait l’économie du pays], quand la bourgeoisie s’y installait en masse », note Claude Goasguen, député (Les Républicains) et ancien maire de l’arrondissement.
    Une réputation injustifiée, selon lui. « On a certes un gros ISF immobilier avec 70 000 contributeurs, mais c’est loin derrière le 7e et le 8e, qui ne sont jamais vilipendés. Sans compter que les vrais riches ne sont pas à Paris, ils habitent depuis longtemps au Luxembourg ou en Belgique. » Il n’empêche, le 16e reste dans l’imaginaire collectif l’écrin des puissances de l’argent.

    La fuite à Deauville
    Alors que les samedis de mobilisation se suivent et se ressemblent, les habitants de l’arrondissement sont contraints de changer leurs habitudes. Dès le 8 décembre, les voitures disparaissent des rues, notamment les plus luxueuses. Le vendredi, on les cache au fond des parkings souterrains ou à la campagne.
    Les plus inquiets et les plus fortunés ont recours à des sociétés de sécurité privées. Quelques hôtels particuliers s’équipent de safe room, pièce sécurisée avec eau, nourriture et moyens de communication pour se replier en famille en cas de grabuge. L’habitude est rapidement prise de s’exiler tous les week-ends. Les maisons de campagne sont ouvertes dès le vendredi après-midi jusqu’au dimanche tard dans la nuit, les chambres d’hôtel réservées d’une semaine sur l’autre.
    « Je ressens un malaise à me frotter les mains. J’aurais préféré moins bien travailler et que la société se porte mieux. » Serge Salmon, restaurateur à Trouville
    Le premier trimestre enregistre un boom de fréquentation sur la côte normande, mais aussi en Bretagne et dans les Hauts-de-France. Plus 70 % de réservations hôtelières en Seine-Maritime par rapport à 2018, + 55 % dans le Calvados, + 40 % dans la Manche, + 35 % dans l’Eure ou dans les Côtes-d’Armor. La seule commune de Deauville (Calvados) voit son taux augmenter de 55 % selon les chiffres de la plateforme de voyages Expedia Group.
    Une manne pour les économies locales : Montfort-l’Amaury, Fontainebleau, Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), Le Touquet (Pas-de-Calais), Deauville, Trouville… Les restaurateurs et les commerces en profitent. Car, plutôt que de rester à Paris regarder brûler leurs grosses cylindrées, certains préfèrent aller faire chauffer leurs cartes bleues à l’abri des casseurs.
    Deauville devient ainsi un refuge idéal : deux heures et demie de Paris par l’autoroute, hôtels et restaurants en pagaille. Avec un atout supplémentaire en période de fête sur les autres destinations : une offre pléthorique d’enseignes allant d’Hermès à Benetton en passant par les marques de prêt-à-porter haut de gamme. Sans compter les joailleries, antiquaires ou magasins de décoration, il y en a pour tous les goûts.
    C’est ici que les « exilés du week-end » en profitent pour faire leurs courses de Noël. « Nous avons constaté une activité économique en hausse, des records de flux et de consommation, reconnaît le maire (Nouveau Centre) de la ville, Philippe Augier. Les gens ne voulaient pas rester à Paris à cause des exactions des “gilets jaunes”. A cela s’est ajoutée une météo très douce pour la saison qui a favorisé les déplacements. »

    Résultat : 20 % à 30 % de bénéfices supplémentaires pour les commerces de la région fin 2018 et une affluence remarquable en janvier et février, généralement considérés comme période creuse pour les hôteliers et les restaurateurs. Serge Salmon, le patron des Quatre Chats, restaurant en vue de Trouville, avoue avoir fait une excellente saison. « On a travaillé à merveille », confie-t-il, en ayant néanmoins du mal à se réjouir : « J’ai commencé dans ce restaurant avec un smic à deux. Même si ça marche bien aujourd’hui, je ressens un malaise à me frotter les mains. J’aurais préféré moins bien travailler et que la société se porte mieux. »

    Un traumatisme profond
    Pour tous les autres, ceux qui ne disposent pas de résidences secondaires et de comptes bancaires opulents, il a fallu s’organiser. L’épouse d’Yves, le retraité de l’avenue Kléber, était si inquiète après le 1er décembre que son mari l’a emmenée dormir le week-end suivant dans un hôtel de Neuilly. Le dimanche, ils ont croisé une dizaine de « gilets jaunes » en sortant de l’établissement et se sont dit que décidément ils ne seraient tranquilles nulle part. Alors autant rester chez eux, fenêtres et volets fermés. « Quand le vendredi soir on voyait les banques recouvrir leurs façades, on savait que ça allait casser le lendemain », raconte Yves.

    « Jusqu’en mars, on a vécu sous couvre-feu. » DIdier, habitant du seizième arrondissement
    Claude Goasguen pointe le rôle des chaînes d’information en continu qui donnent à voir une guérilla urbaine permanente et celui des réseaux sociaux où se propagent photos et vidéos-chocs, témoignages, rumeurs et « fake news ».
    « Il n’y a pas eu de mise à sac du 16e, assure-t-il. Néanmoins, pour les gens, c’était l’horreur. L’inquiétude a gonflé par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Les mères de famille – très puissantes dans cet arrondissement et regroupées en associations – considéraient qu’il y avait un risque majeur à envoyer leurs enfants à l’école. Des groupes Facebook composés de milliers de personnes échangeaient au sujet des violences et relayaient les angoisses, parfois à l’excès. Il a fallu essayer de rassurer. »

    Pour Noël, les habitants ont fait au plus simple et ont tout acheté sur Internet. « Le grand bénéficiaire a été Amazon », soupire Claude Goasguen, qui assure que certaines enseignes de son arrondissement ont vu leur chiffre d’affaires baisser des trois quarts.
    Isabelle, avec ses deux enfants en bas âge, s’est arrangée pour fuir les gaz lacrymogènes de son quartier tous les week-ends, ou presque, en partant dès le vendredi dans la maison normande d’amis proches. Le reste du temps, elle a pris l’habitude de faire ses courses dans d’autres arrondissements de la capitale. Dans son immeuble, le gardien a fait office de vigie, distribuant les consignes : « laissez vos voitures dans les parkings dès ce soir », « ne sortez pas aujourd’hui ».

    Didier, lui, n’a pas voulu « déserter », même si sa rue se transformait en souricière le week-end avec des cars de CRS barrant le passage et des groupes entiers de manifestants menottés en bas de chez lui : « On devait montrer notre carte d’identité sans cesse. Jusqu’en mars, on a vécu sous couvre-feu. On n’était pas libres de nos mouvements. » Avec quelques voisins, ils se relayent le samedi matin tôt avant l’arrivée des « gilets jaunes » pour ramener des provisions aux personnes âgées qui ont peur de sortir.
    « Les habitants du seizième vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés. Ce qui s’est passé avec les “gilets jaunes” a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes. » Claude Goasguen, député LR
    Alors qu’ils commençaient à peine à s’habituer à vivre au rythme des samedis de colère, mi-mars, une vidéo postée sur les réseaux a tétanisé les riverains. Un « gilet jaune », face caméra, lance une « lettre ouverte aux habitants du 16e » : « On connaît vos adresses, on va faire brûler votre arrondissement. » Une nouvelle étincelle qui enflamme le quartier. Le député Claude Goasguen saisit la justice et fait interdire la vidéo. Les veilles de week-end, les résidents sont alors informés par SMS du parcours des manifestations d’après les informations données par la Préfecture. Mais « ça ne servait à rien, déplore le député. Les gens n’avaient plus confiance. »
    Huit mois plus tard, les « gilets jaunes » ne pénètrent plus dans l’arrondissement, les rues ont repris leur allure d’antan, mais la confiance n’est pas revenue. Les commerçants peinent à attirer à nouveau les clients. Les habitants ont changé leurs habitudes. Le week-end, ils ne se promènent plus, et la rue de Passy, naguère si animée, a perdu de son panache.
    Au-delà des conséquences économiques lourdes, c’est le moral de tout un quartier qui est profondément atteint. « Les habitants du 16e vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés, explique Claude Goasguen. Ils ont une forme de mauvaise conscience. Ce qui s’est passé avec les “gilets jaunes” a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes. »

    « Gilets jaunes » : le 1er décembre, le jour où tout a basculé avec la « prise » de l’Arc de triomphe
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/16/gilets-jaunes-le-1er-decembre-le-jour-ou-tout-a-bascule-avec-la-prise-de-l-a

    Lors de l’acte III du mouvement, l’éruption de violences a sidéré les responsables des forces de l’ordre. « Le Monde » a reconstitué cette journée exceptionnelle, telle qu’elle a été vécue par les policiers.

    Quand il raconte la « prise » de l’Arc de triomphe, le 1er décembre 2018, Ali (le prénom a été modifié) se masse machinalement l’épaule. La droite, celle avec laquelle il a donné les premiers coups de boutoir sur la poterne du monument. « J’ai eu mal pendant une semaine, la porte était blindée », raconte cet artisan d’une cinquantaine d’années. L’épaule n’a d’ailleurs pas suffi. « J’ai pris un plot en acier et j’ai cogné, encore et encore. A un moment, un mec a ramené un banc en béton, on a fait levier, on a tapé et la porte s’est enfin ouverte. »

    Des dizaines de manifestants vêtus de gilets jaunes s’engouffrent alors dans le monument, direction le musée et le toit. « Je voulais juste qu’ils mettent un drapeau tricolore en haut », assure Ali, qui affirme pour sa part, photos et objets à l’appui, s’être saisi d’une écharpe et d’une mallette de soins de secours situées derrière l’entrée et avoir soigné des manifestants blessés. « On a tout entendu derrière, que c’était une attaque contre la République, etc. Mais le mec qui a ouvert la porte, ce n’est pas un facho, mon père était un militaire décoré de la croix de guerre. »

    Il est aux alentours de 16 heures, en ce 1er décembre 2018, Paris brûle littéralement, et le saccage de l’Arc de triomphe vient de commencer. Le point d’orgue des violences d’une journée que Le Monde a reconstituée à l’aide de sources policières et de témoignages inédits.

    « Autant de monde aussi tôt, on n’avait jamais vu ça »
    Car quatre mois après le début de la mobilisation des « gilets jaunes », la journée du 1er décembre demeure comme le tournant majeur de ce mouvement social inédit. Tant par son retentissement dans l’opinion que par les décisions en matière de politique et de maintien de l’ordre qu’elle a engendrées.
    Il n’est que 4 h 40, ce matin-là, quand les policiers stationnés aux abords de la grille du Coq, l’entrée du jardin du palais de l’Elysée, constatent, stupéfaits, la présence des premiers manifestants. Une heure plus tard, ils sont déjà près de 700 à se masser dans le quartier.
    « Autant de monde aussi tôt, on n’avait jamais vu ça », résume un cadre de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police de Paris. « On n’avait jamais vu ça » : cette formule revient comme une antienne dans la bouche de toutes les sources policières interrogées.
    Même les plus anciens écarquillent les yeux en racontant la suite. « Les heurts ont commencé dès 8 h 45, il y avait 5 000 personnes, on recevait des pavés, des tirs de mortier, se remémore un haut gradé. Autant de violences dès le matin, ce n’était jamais arrivé. On a compris que la journée allait être chaude et longue. »

    Depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes », les forces de l’ordre éprouvaient des difficultés à jauger en amont la teneur des rassemblements. Les services de renseignement territoriaux, qui transmettent des notes évaluant les risques, sont bousculés par la dynamique du mouvement. « Les gens qui tout à coup montent à Paris, on les connaît mal, les réseaux sociaux, ce ne sont pas des indicateurs fiables », résume une source policière.

    Zone sanctuarisée autour des Champs-Elysées
    Lors de son habituel briefing de veille de manifestation, le préfet de police ne se montre d’ailleurs pas particulièrement alarmiste devant les quelque 120 responsables du maintien de l’ordre, réunis dans la salle de commandement de la DOPC située au sous-sol de la préfecture. « Ce qui est frappant dans ce mouvement, c’est la rapidité avec laquelle le niveau de violence est monté d’un coup, analyse un cadre de la préfecture. Le 17 novembre c’était assez calme, il y a eu une petite émotion, quand certains ont voulu aller à l’Elysée, mais ça restait dans l’ordre des choses. Le 24 novembre, c’est monté d’un cran, et le 1er décembre ça a explosé. »
    Le dispositif retenu, avec 5 000 hommes, dont 45 unités de forces mobiles, est celui d’une zone sanctuarisée autour des Champs-Elysées, à l’intérieur de laquelle les « gilets jaunes » sont invités à venir manifester après avoir été fouillés. Un schéma consommateur en troupes, qui ne laisse que deux compagnies autour de l’Arc de triomphe et qui sera largement contesté par la suite.

    Le 1er décembre au matin, une visite ministérielle est organisée aux abords de l’artère, tandis que les principaux directeurs des services de police prévoient de faire le tour des troupes, comme à leur habitude. « Dès 8 h 45, on a eu des alertes sur le niveau de violence, tout le monde est rentré pour rejoindre les salles de commandement », raconte une source policière.

    Très vite la situation se dégrade. Les manifestants refusent le sas des Champs-Elysées et se massent à l’Etoile. Les engins lanceurs d’eau, qui n’entrent généralement en scène que l’après-midi, sont utilisés dès 9 heures aux abords du rond-point. « L’Elysée et le président étaient clairement les cibles, mais comme ils ne peuvent pas l’atteindre, ils cassent tout », résume un cadre de la préfecture.

    Une grande barricade flambe avenue Foch
    Des attroupements se forment dans les artères voisines, aux noms prestigieux. Des barricades sont érigées sur les avenues Mac-Mahon, Wagram, Hoche, Friedland… A 11 h 30, le « plateau » de l’Arc de triomphe, comme il est désigné dans le langage des forces de l’ordre, est envahi une première fois et la tombe du Soldat inconnu encerclée par des manifestants, qui veilleront tout du long à la protéger. Les policiers sur le terrain peinent à identifier les dynamiques à l’œuvre.
    Des drapeaux de l’extrême droite ont bien été brandis sur les barricades, mais des profils davantage affiliés aux black blocs ont été aperçus. Les gilets portés par quasiment tous les manifestants brouillent les repères, noyant dans un océan canari les schémas classiques. « Les membres de l’ultragauche et de l’ultradroite se sont battus entre eux dans des rues voisines, mais sur l’Arc de triomphe, tout le monde s’y est mis. Il n’y a qu’à regarder les tags sur le monument, il y a un ACAB antifasciste [pour « All cops are bastards »] à côté d’une croix celtique de l’ultradroite », remarque un cadre de la préfecture.

    Le long rapport de synthèse de neuf pages qui sera rédigé à l’issue de la manifestation ressemble, lui, à une anthologie des meilleurs feux de la Saint-Jean. A 13 h 45, plusieurs individus s’appliquent à incendier, avec détermination, des préfabriqués empilés sur six étages, rue du Faubourg-Saint-Honoré, sous les yeux médusés des policiers qui suivent l’opération depuis les écrans de la préfecture. Des flammes de plusieurs mètres de haut s’élèvent bientôt dans le ciel, menaçant l’immeuble voisin.
    A 14 h 20, une grande barricade flambe avenue Foch. Un magasin prend feu à 16 heures rue Saint-Florentin. A 16 h 30, c’est au tour d’un hôtel particulier rue de Presbourg. Au total, les pompiers seront amenés à intervenir sur 239 départs de feu, dont 112 voitures, 116 incendies de mobilier urbain, et six immeubles. Là encore, du jamais-vu.

    « Paris, symbole du pouvoir et de la richesse »
    Depuis le ciel de Paris, le pilote de l’hélicoptère de la préfecture tente d’alerter sur les brasiers les plus imposants. « On n’aime pas le faire voler, ça fait ville en état de siège », assure un haut gradé. Mais l’appareil s’avère indispensable. Il permet notamment de repérer des manifestants en train de s’en prendre à l’hôtel Salomon de Rothschild, rue Berryer. Savent-ils que le bâtiment n’a rien à voir avec la banque homonyme, ex-employeuse d’Emmanuel Macron, mais qu’il appartient à l’Etat ?

    Pour Michel Delpuech, le préfet de police, il n’y a pas de hasard : « Il y a eu un degré de violence inouï qui visait les symboles – l’Arc de triomphe, l’Elysée, les forces de l’ordre – et les biens – les belles voitures, les banques, les beaux quartiers. Pour les “gilets jaunes”, Paris est un double symbole, celui du pouvoir et celui de la richesse. »
    A 66 ans, le gardien de l’ordre parisien croyait avoir tout vu au cours de sa longue carrière. Ces dernières semaines, il s’est même replongé dans les mémoires de son prédécesseur, Maurice Grimaud, préfet de police lors des événements de Mai 68. Il assure que si les nuits de barricades ont alors marqué les esprits, aucune n’a atteint le degré de violence du 1er décembre, « qui marquera une page dans l’histoire contemporaine ». Ce jour-là, il suit les événements depuis la salle de la DOPC, où les nombreux moniteurs permettent de suivre en direct la situation dans l’ensemble de la capitale et de diriger toutes les opérations de maintien de l’ordre.

    A l’autre bout de la préfecture, au sein de l’autre grande branche de la maison, la direction de la sécurité publique de l’agglomération parisienne (DSPAP), qui gère tous les commissariats, les regards surveillent également un mur d’écrans. Alors que la DOPC s’occupe du cœur de la manifestation, la DSPAP est chargée des abords, pour prévenir la « casse d’appropriation », les pilleurs de magasins. Elle pilote à distance les brigades anticriminalité (BAC) et les compagnies de sécurité et d’intervention (CSI), qui réalisent les interpellations. Mais le 1er décembre, la définition des « abords » de la manifestation est plus que floue. « Ça partait dans tous les sens ! Le pire en maintien de l’ordre, ce n’est pas un cortège violent, ça on sait faire, c’est la dissémination dans tous les coins », explique un spécialiste maison.

    « Un caractère largement insurrectionnel »
    A la manifestation des « gilets jaunes » s’ajoute un autre rassemblement au départ de Saint-Lazare, avec des « antifa » et des collectifs comme les Chômeurs précaires, La Vérité pour Adama, pour protester contre les violences policières, ou la « Fête à Macron », proche du député (La France insoumise) de la Somme François Ruffin. « On les a vus descendre l’avenue de l’Opéra, puis s’éparpiller dans tous les sens, on en a retrouvé à Concorde, d’autres aux Tuileries, à République, à Bastille… », explique une source policière.

    Aux alentours de 16 h 30, alors que le saccage de l’Arc de triomphe est en cours, les événements prennent une tournure incontrôlable avenue Kléber, où les manifestants se massent autour des carcasses carbonisées des voitures de luxe. Une section de CRS se positionne dans l’artère, avant de finalement reculer, submergée par le nombre. Au milieu des manifestants fous de joie qui célèbrent cette « victoire », les pompiers tentent de se frayer un passage pour éteindre les incendies. « Il y avait un caractère largement insurrectionnel : la ville brûle et on chante la Marseillaise », estime un haut fonctionnaire.

    Sur le « plateau », que les forces mobiles n’arrivent pas à reprendre, la situation n’est guère plus brillante. Un homme de la 11e compagnie d’intervention de la DOPC est bousculé puis roué de coups au sol, avant d’être relevé par un « gilet jaune » qui l’aide à s’échapper. Une enquête sera ouverte pour tentative d’homicide volontaire et un homme interpellé quelques semaines plus tard. Un gendarme est aussi la cible de bombes agricoles et s’en sortira grièvement blessé.
    A quelques rues de là, six fonctionnaires sont pris au piège dans leur fourgon, assaillis par une bande de manifestants. Le véhicule est pillé et un fusil d’assaut HK G36 est volé, ainsi que plusieurs équipements. Au volant de leur voiture, d’autres policiers débouchent par erreur au beau milieu d’une rue tenue par les « gilets jaunes ». Dans l’incapacité de reculer, ils préfèrent abandonner le véhicule – il est immédiatement détruit – et s’enfuir. Plusieurs de ces fonctionnaires pris à partie témoigneront quelques jours plus tard devant Emmanuel Macron, jurant avoir aperçu une flamme meurtrière dans le regard des manifestants.

    15 000 grenades lacrymogènes utilisées, un record
    Parfois les auteurs de violences sont aussi les principales victimes. Au jardin des Tuileries, un groupe de « gilets jaunes » dégonde une grille, qui s’abat sur l’un d’entre eux. Dans la salle de commandement de la préfecture, on observe la scène, désabusé, tout en enregistrant les images qui serviront pour les enquêtes ultérieures.
    On planifie surtout la reconquête de la zone, rue par rue. « Dans ce métier, il faut être patient et avoir beaucoup de sang-froid, on finit toujours par reprendre la main : ils se fatiguent avant nous et nos fonctionnaires ont l’expérience. Mais il y a eu des situations très critiques, avec des moments d’inquiétude », témoigne Eric Belleut, le directeur adjoint de la DOPC, à la manœuvre ce jour-là.
    Les chiffres sur les efforts déployés parlent d’eux-mêmes : 15 000 grenades lacrymogènes utilisées pendant la journée, quand le précédent record, de mémoire de DOPC, ne dépassait pas la barre des 1 000. Les lanceurs de balles de défense ont également été mis à contribution avec 1 100 munitions tirées.

    Priorité est donnée à certains objectifs, quand d’autres sont abandonnés. « C’est dur à entendre, par exemple, pour certains commerçants qui se font saccager leur magasin, mais dans ces moments-là, il y a des choses essentielles et des choses qu’on laisse faire faute de moyens », confie une source policière. Deux cent cinquante demandes d’indemnisation pour préjudice matériel ou pour perte d’exploitation sont depuis parvenues à la préfecture.
    A la nuit tombée, entre 17 h 30 et 21 heures, les unités de maintien de l’ordre prennent peu à peu le dessus sur des manifestants de moins en moins nombreux et de plus en plus alcoolisés. Les troupes de la DSPAP, chargées d’empêcher les pillages, entrent en action et réalisent près de la moitié des 412 interpellations du jour.

    Les images font le tour du monde
    L’examen de la liste des 392 gardes à vue recensées le 1er décembre illustre bien ces deux temps de la manifestation. « On a deux vagues très nettes : jusqu’à 16 heures, on a des profils provinciaux, puis ensuite on passe sur une délinquance d’acquisition, davantage francilienne », explique une source policière. Parmi les « gilets jaunes » arrêtés, quasiment aucun n’est « criblé » par les services de renseignement, témoignage d’une journée où la masse a largement dépassé les groupes d’ultragauche et d’ultradroite.

    Les images marqueront durablement les esprits des hauts fonctionnaires de la préfecture de police de Paris, pourtant éprouvés. Frédéric Dupuch, qui à la tête de la DSPAP commande quelque 20 000 fonctionnaires, n’en revient toujours pas : « Je n’ai pas douté qu’on l’emporterait à la fin, mais pour la première fois de ma vie, j’ai compris que la République, les institutions, toutes ces choses qui nous sont chères et que nous croyions acquises de toute éternité, pouvaient tomber du jour au lendemain, renversées par une foule haineuse. »
    La réaction politique et policière dans les heures et les jours qui suivent est à la hauteur du choc ressenti. Si le bilan humain est relativement « léger » par rapport au niveau de violence – 153 blessés dont vingt-trois parmi les forces de l’ordre –, les dégâts symboliques sont importants et les images font le tour du monde.

    La première des consignes est surtout d’éviter un bis repetita la semaine suivante. Au sein de la direction générale de la police nationale (DGPN), qui fournit le gros des troupes mais n’a plus autorité quand elles sont à Paris, les critiques sont virulentes à l’égard de la stratégie choisie par la préfecture de police, qui dirige les opérations sur la capitale et la petite couronne. Entre ces deux entités, la guerre de territoire et de compétence remonte à loin. Mais pour beaucoup, l’heure n’est pas aux querelles, l’affront est global. « Le 1er décembre, c’est la journée de l’humiliation de la police nationale, il n’y a pas d’autre mot », tranche un haut gradé.

    En quelques jours, ce sont plusieurs années de doctrine de maintien de l’ordre qui vont être revues avec un changement profond de stratégie. Priorité est donnée à la mobilité des unités. Le périmètre statique autour de l’Elysée est allégé (on passe progressivement de onze à sept unités) et les forces sont redisséminées dans la capitale. Les détachements d’action rapide, qui permettent aux effectifs de BAC et de CSI de se projeter plus vite par petits groupes, sont créés, tandis que les blindés de la gendarmerie, efficaces pour déblayer les barricades, entrent en scène.

    Des dizaines d’heures de vidéos décortiquées
    Les grands moyens juridiques sont déployés. Consigne est donnée de réaliser des contrôles en utilisant une loi votée sous Nicolas Sarkozy, celle pénalisant « la participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences ». Plus de 1 000 interpellations seront réalisées le 8 décembre, un record.
    Le préfet de police utilise également l’article 40 du code de procédure pénale, qui permet à toute autorité qui acquiert la connaissance d’un délit de le signaler à la justice, pour aiguillonner le parquet sur les profils les plus dangereux, repérés sur les réseaux sociaux. En tout, une quarantaine de signalements ont été effectués depuis le 1er décembre pour des messages divers, parmi lesquels des appels à « tuer des flics », à « brûler les locaux » de BFM-TV et CNews, à « décapiter Macron »…

    L’accent est également mis pour « sortir » le plus rapidement possible les affaires liées au 1er décembre. La direction régionale de la police judiciaire, le fameux « 36 », emploie la grosse artillerie pour retrouver les auteurs des principaux délits. « Il n’y a pas eu de moyens démesurés, eu égard à la sensibilité des faits, estime Christian Sainte, le directeur de la PJ. L’épisode de l’Arc de triomphe va rester gravé dans les mémoires. C’est une affaire hors norme. » Quatre cents photos sont réalisées par l’identité judiciaire, la police scientifique parisienne, ainsi qu’une centaine de prélèvements biologiques sur cette scène de « crime » pas comme les autres. Des dizaines d’heures de vidéos sont par ailleurs décortiquées, permettant d’interpeller une quinzaine de suspects.

    Dans la semaine qui suit le 1er décembre, la police judiciaire tente d’aller vite, pour éviter que les individus les plus remontés reviennent à Paris pour l’acte IV, le 8 décembre. La brigade de recherche et d’intervention, une unité d’élite, perquisitionne dans la semaine dans les milieux d’extrême droite, interpellant des auteurs de dégradations. La brigade de répression du banditisme est, elle, envoyée à Rouen, afin de cueillir l’écrasé des Tuileries, qui s’est enfui de l’hôpital. La « crim » s’occupe des affaires de tentatives d’homicide volontaire sur le policier et le gendarme.

    Un fusil d’assaut dans la nature
    Quant au premier district de police judiciaire, qui a autorité sur l’ouest de Paris, il hérite des dégradations de l’Arc de triomphe, des pillages de magasins les plus importants, ainsi que d’une affaire de viol d’une manifestante par un autre « gilet jaune », dans les sanitaires d’un restaurant McDonald’s. « Un viol pendant une manifestation revendicative, on n’avait jamais vu ça », note, incrédule, un policier expérimenté.

    Quatre mois après les événements du 1er décembre, parmi les affaires les plus symboliques, celle du vol du fusil d’assaut demeure toujours un mystère. Si deux personnes présentes pendant le pillage ont été interpellées, l’auteur principal et l’arme n’ont pas été retrouvés. Mais les services ne renoncent pas à enquêter, même sur des dégradations moins médiatisées.
    Ces derniers jours, deux « gilets jaunes » ont eu la surprise de voir la police sonner chez eux, dans le Sud-Ouest. Ils sont suspectés d’avoir participé au saccage de la voiture des policiers qui s’étaient malencontreusement trompés de rue. « Ils ne s’attendaient pas à nous voir débarquer quatre mois plus tard », s’amuse un haut gradé, pas mécontent de faire passer le message à tous ceux qui, le temps d’une journée, ce 1er décembre, se sont transformés en émeutiers.

    #Gilets_jaunes #émeutiers #riches #panique #fun

  • L’autonomie zapatiste avance et nous interpelle

    Jérôme Baschet

    https://lavoiedujaguar.net/L-autonomie-zapatiste-avance-et-nous-interpelle

    Au Chiapas, le mois d’août a apporté une nouvelle réjouissante qui devrait susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qu’atterrent l’emballement productiviste et sa spirale destructrice. Dans un contexte pourtant difficile, marqué par la nécessité de défendre leurs territoires face aux mégaprojets très offensifs du nouveau gouvernement mexicain, les zapatistes ont annoncé d’importantes avancées dans la construction de leurs instances d’autogouvernement, ainsi qu’une nouvelle phase d’échanges et d’interactions avec d’autres luttes, au Mexique et ailleurs.

    Quatre nouvelles communes autonomes viennent s’ajouter aux vingt-sept qui existaient depuis 1994 et sept nouveaux caracoles, avec leurs « conseils de bon gouvernement » respectifs, s’ajoutent aux cinq déjà créés en 2003. Tout en invitant à participer à la construction de ces nouveaux caracoles (selon des modalités qui seront précisés ultérieurement), le même communiqué, signé par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, annonce une impressionnante salve de rencontres, nationales et internationales (...)

    #Mexique #Chiapas #EZLN #zapatistes #autonomie #autogouvernement #peuples_originaires #avancées #rencontres #territoires #femmes #arts #sciences #cinéma #Samir_Flores #López_Obrador #gilets_jaunes

  • « Gilets jaunes » : 800  peines de prison ferme prononcées depuis le 17 novembre
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/04/03/01016-20190403ARTFIG00124-gilets-jaunes-800peines-de-prison-ferme-prononcee

    Selon les chiffres très officiels de la Chancellerie, les autorités policières ont procédé, depuis le 17 novembre dernier, à 8645 gardes à vue. Elles ont notamment donné lieu à 1665 comparutions immédiates. Ces dernières ne se sont pas toutes traduites par des peines d’incarcération. Seules 800 condamnations à de la prison ferme ont été prononcées sur toute la période. Les politiques de la majorité n’ont pas manqué de jouer sur les mots en affirmant, sans ciller, que 40% des comparutions immédiates ont donné lieu à des peines de prison ferme. Certes, mais cela ne signifie pas effectuées. Car, compte tenu des quantums de peines infligées, beaucoup ont fait l’objet d’aménagement ab initio, indépendamment du prononcé lui-même lors des audiences de jugement.

    En réalité, il y a seulement eu 388 mandats de dépôt - qui certifient en quelque sorte le passage par la case prison (...).

    #gilets_jaunes #répression #prison

  • #Nantes : une vidéo montre un policier en train d’étrangler un manifestant
    | Par Pascale Pascariello pour Mediapart + ajout d’un témoignage direct
    https://www.mediapart.fr/journal/france/030919/nantes-une-video-montre-un-policier-en-train-d-etrangler-un-manifestant

    Violemment interpellé par des policiers de la Brigade anticriminalité le 3 août, Bruno Kaïk, 51 ans, a dû être hospitalisé. Sur la vidéo que Mediapart publie, un policier lui serre la gorge et l’étrangle avec son bras, contredisant la version de la police nationale. Une plainte pour tentative d’homicide vient d’être déposée auprès du parquet de Nantes, qui a ouvert une enquête préliminaire.

    Témoin direct de la scène, [Bastien Gruchet] confirme tous les témoignages publiés dans cet article de Mediapart.
    https://www.facebook.com/bastien.gruchet/posts/10215250974734248

    Pris de convulsions puis tombé inconscient alors qu’il était menotté après avoir été étranglé, fouillé pendant que les pompiers le brancardaient.

    A noter que l’agent de la BAC avec le pull gris sur la photo, celui qui a mis la personne interpellée à terre en l’étranglant avec une très grande violence, tient tranquillement une grenade désencerclante dans sa main droite. Il semblerait (à la vue du pull et de la carrure) que ce soit la même personne qui, en 2017, avait passé plusieurs personnes à tabac avec sa matraque télescopique dans un camion de la CGT.
    Et c’est lui aussi qui balance de l’eau au visage sans réaction de sa victime, sans que cela ne l’émeuve.

    La #BAC, et tout particulièrement celle de Nantes, est un véritable danger public. Le fait que la #police soit munie d’une telle brigade en dit long sur ce qu’est cette institution... Le fait qu’elle soit envoyée faire du maintien de l’ordre alors qu’elle n’y est pas formée symbolise ce que l’Etat veut faire des mouvements sociaux : les effrayer et les mater dans la violence. Elle doit disparaître, dans les manifestations et ailleurs.

    Ci-dessous, le texte intégral de l’article (_vu le taf qu’on fait à Nantes sur le sujet, pas envie d’être bloqué-e-s par un #paywal_) :

    Violemment interpellé par des policiers de la Brigade anti-criminalité le 3 août, Bruno Kaïk, 51 ans, a dû être hospitalisé. Sur la vidéo que Mediapart publie, un policier lui serre la gorge et l’étrangle avec son bras, contredisant la version de la police nationale. Une plainte pour tentative d’homicide vient d’être déposée auprès du parquet de Nantes, qui a ouvert une enquête préliminaire.
    À Nantes le 3 août, en marge de la marche blanche organisée en hommage à Steve Maia Caniço, les images d’un homme à terre, hagard, paraissant inconscient, entouré de trois policiers en civil, ont fait le tour des médias et des réseaux sociaux.

    Violemment interpellé par des policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC), Bruno Kaïk, 51 ans, perd connaissance et est conduit aux urgences. Trois jours après les faits, la police nationale, par la voix de son service de communication (Sicop), affirme à Libération que ce manifestant avait été hospitalisé « parce qu’il était incommodé par les gaz lacrymogènes ».

    Le ministère évacue de la sorte toute responsabilité policière, nonobstant la parole de la victime qui accuse l’un des policiers de l’avoir « étranglé jusqu’à l’étouffement ».

    Une nouvelle vidéo que Mediapart publie contredit la version du ministère de l’intérieur. Sur ces images, derrière un fourgon, on distingue un policier de la BAC, le visage masqué, qui serre de sa main puis de son bras le cou de Bruno Kaïk. Celui-ci tombe à terre, quasi inanimé.

    Le compte-rendu médical atteste que le « patient interpellé par [la] BAC lors d’une manifestation, a reçu plusieurs coups (…), a présenté une perte de connaissance » et a été « retrouvé inconscient sur la voie publique ». Il souligne l’absence de toute substance toxique qui aurait pu provoquer cet état.

    Le parquet de Nantes vient d’ouvrir une enquête préliminaire à la suite de la plainte déposée par Bruno Kaïk pour tentative d’homicide.

    Contactée par Mediapart, la police nationale nuance désormais sa version initiale. « Un signalement fait par Bruno Kaïk auprès de l’IGPN [Inspection générale de la police nationale] est en cours d’instruction et des éléments complémentaires ont été demandés à la Direction départementale de la sécurité publique de Loire-Atlantique », assure le service de communication.

    Alors pour quelle raison la police nationale s’est-elle autorisée à communiquer une information inexacte ? Notre question est, à ce jour, restée sans réponse.

    « Ce n’est pas la première fois que j’assiste à des dérives des policiers de la BAC », explique Mathilde, l’auteure de la vidéo, dont l’appartement surplombe une des rues de Nantes régulièrement empruntée par les manifestations.

    Le 3 août, cette professeure des écoles et son conjoint décident de filmer ce qui se passe sous leur fenêtre parce qu’ils aperçoivent « une personne blessée ». Mais un autre événement retient rapidement leur attention. Mathilde observe trois policiers de la BAC : « Ils ramenaient derrière les camions et de façon musclée un homme. Ensuite l’un d’entre eux l’a étranglé et un autre l’a menotté. »

    « J’ai été choquée de voir autant de violence, confie-t-elle. Les policiers ont ensuite fait partir les passants qui filmaient. Seuls mon conjoint et moi, à l’abri dans notre appartement, pouvions continuer à filmer pour témoigner de ces dérives. »

    Mathilde ne peut oublier « l’image de cet homme à terre, menotté, qui haletait pour chercher de l’air. J’ai été très inquiète ensuite pour sa santé parce qu’il a commencé à avoir des convulsions ».

    La gratuité de cette violence a également affligé Grégory. Venu couvrir la marche, ce photographe de 34 ans passait à côté des fourgons de police lorsqu’il a « entendu plusieurs personnes qui demandaient aux policiers d’appeler les pompiers ».

    « J’ai vu cet homme à genoux, quasi inconscient, raconte Grégory. Il avait la bouche ouverte et avait du mal à respirer. J’ai alors demandé une bouteille d’eau à une passante pour la donner aux policiers. »

    L’un des agents de la BAC asperge alors la tête de Bruno Kaïk qui « n’a eu aucune réaction. J’ai été choqué. Et ce qui m’a interpellé c’est que les policiers ne faisaient rien pour lui venir en aide. Ils étaient davantage préoccupés par les témoins et ils nous ont demandé de partir de façon agressive. L’un d’eux me marchait sur les pieds alors que je reculais. C’était absurde. Ils ont même placé un caddie de supermarché devant cet homme pour le cacher », témoigne Grégory.

    Pris de convulsions, Bruno Kaïk sera gardé en observation plusieurs heures à l’hôpital. À sa sortie et après 24 heures de garde à vue, il ressort libre du commissariat sans qu’aucune poursuite ne lui soit notifiée. Le parquet de Nantes n’a pas apporté plus de précisions concernant cette procédure.

    Un policier formateur, qui a aussi fait du maintien de l’ordre et auquel nous avons fait visionner ces images, commente : « Tout d’abord, saisir à une main le cou d’un individu, ce n’est pas une technique référencée au sein de la police. Ensuite, concernant l’étranglement qu’il fait avec son bras, il ne respecte pas la technique de l’étranglement arrière. Cette technique est utilisée comme moyen d’amener un individu d’un endroit à un autre ou pour le neutraliser s’il est très récalcitrant voire dangereux, c’est-à-dire susceptible d’être armé. Or là, non seulement elle est mal maîtrisée mais elle n’est ni adaptée ni justifiée. La personne ne montre ni de signe d’opposition ni de dangerosité. C’est donc disproportionné. »

    Consterné par ces images, ce formateur déplore l’intervention de la BAC sur des manifestations. « Ils ne sont pas formés pour cela et on ne peut que constater les dérives qui en découlent. On ne doit pas s’arrêter à la responsabilité individuelle mais remonter à celle de notre hiérarchie qui décide de mettre des unités non formées sur ces dispositifs. Aujourd’hui, il y a un manque de formation continue dans la police nationale. Elle a quasiment disparu et se limite désormais aux tirs réglementaires, mais le métier de policier est plus complexe et il est impératif de revenir à une formation plus complète. »

    De son côté, un ancien policier de la BAC rappelle, sans les dédouaner, que « ses collègues doivent gérer des violences urbaines et surtout sont habitués à faire du “crâne”, c’est-à-dire le maximum d’interpellations ».

    Ce policier regrette cette évolution du maintien de l’ordre. « Quand vous avez une foule, hostile ou non, qui manifeste et que vous y opposez des spécialistes du maintien de l’ordre, équipés, formés, comme les CRS ou les gendarmes mobiles, la stratégie est de maintenir à distance les manifestants de manière à éviter tout contact direct. Et, à ce moment-là, la foule s’adapte. »

    « Or, depuis quelques années, notamment depuis 2016 et les mouvements contre la loi El Khomri, lors des manifestations, la BAC intervient en première ligne. Ce qui est la plus mauvaise des réponses, car la présence de la BAC n’apaise pas la situation mais engendre des tensions supplémentaires puisqu’il y a une volonté d’interpeller, souvent exacerbée par les ordres de la hiérarchie », déplore-t-il.

    « Aujourd’hui, on met à la tête de dispositifs de maintien de l’ordre des commissaires qui ne sont pas habitués à cela. Ils connaissent mal notamment le cadre d’emploi du LBD [lanceur de balles de défense – ndlr], qui a largement été dévié de son utilisation d’origine. Ces commissaires ont sous leurs ordres des policiers de la BAC dont beaucoup sont équipés de LBD et qui tirent sur tout manifestant un peu plus provocateur ou véhément que les autres. C’est du grand n’importe quoi, explique-t-il. Il est urgent de revenir à la doctrine de maintien de l’ordre fait par des professionnels et surtout dirigé par des spécialistes. »

    Pour Bruno Kaïk, faire le récit de cette interpellation est encore douloureux. « J’ai vécu un véritable cauchemar qui n’en finissait pas », confie-t-il.

    Le samedi 3 août, vers 15 h 30, ce traducteur rejoint avec son fils la marche organisée en mémoire de Steve Maia Caniço. « Très vite, les tirs de lacrymogènes se sont succédé à une cadence infernale. Nous étions pris au piège. D’un côté les nuages de gaz, de l’autre les agents de la BAC qui nous mettaient en joue avec leur LBD. J’ai alors décidé de filmer. Le chaos s’en est suivi. Mon fils a été victime d’un tir dans le dos. Plus tard, un autre manifestant est blessé », raconte Bruno Kaïk qui demande alors aux forces de l’ordre de laisser passer les pompiers afin qu’ils viennent secourir ce blessé.

    « Impuissant, j’étais ulcéré par les exactions répétées des forces de l’ordre. J’ai alors lancé une bouteille vide en direction de policiers cagoulés et casqués qui se trouvaient à quelque trente mètres de moi. Elle a échoué à plusieurs mètres devant eux », assure-t-il.

    Bruno Kaïk ne comprend pas la violence dont il a été victime. « Je n’ai blessé personne. Mon geste n’était que dérision et symbole face aux armes des policiers. Comme seule réponse, je n’ai eu que violence. Agressé sans sommation par-derrière, violemment jeté au sol et étranglé une première fois. Derrière les camions de police, j’ai à nouveau été victime de strangulations. Je ne trouvais plus mon souffle. Je me rappelle avoir hurlé de douleur lorsqu’ils m’ont menotté. Ensuite le silence et le néant. Plus rien. C’est le visage d’un pompier que je verrai lorsque je reprendrai enfin connaissance », explique-t-il.

    « J’ai décidé de faire un signalement auprès de l’IGPN, une semaine après. Le temps de reprendre mes esprits. Et je n’étais pas très convaincu d’un tel procédé. On voit bien comment l’IGPN enterre systématiquement les enquêtes et blanchit les policiers », regrette-t-il en précisant qu’il n’a pas été, à ce jour, contacté par l’IGPN.

    « Non seulement, j’ai eu très peur de la violence de la BAC mais après j’ai été confronté à la violence de la police nationale qui a menti en contestant publiquement les violences que j’avais subies », déplore-t-il.

  • Intégralité de l’entretien accordé par Raoul Vaneigem
    au journal Le Monde (paru le 31 août 2019)

    https://lavoiedujaguar.net/Integralite-de-l-entretien-accorde-par-Raoul-Vaneigem-au-journal-Le-

    Le quotidien Le Monde a amputé d’une part significative l’entretien par écrit avec Raoul Vaneigem paru dans l’édition du 31 août 2019. Nous en publions la version intégrale.

    Est-il possible de sortir de la spirale des violences ?

    Il faut poser la question au gouvernement et lui rappeler le propos de Blanqui : « Oui messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres, les riches l’ont voulu ainsi, ils sont en effet les agresseurs. Seulement, ils considèrent comme action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend s’il est attaqué. » Le projet de Blanqui, qui prône la lutte armée contre les exploiteurs, mérite d’être examiné à la lumière de l’évolution conjointe du capitalisme et du mouvement ouvrier, qui luttait pour l’anéantir.

    La conscience prolétarienne aspirant à fonder une société sans classe a été une forme transitoire dont l’histoire a revêtu la conscience humaine à une époque où le secteur de la production n’avait pas encore cédé la place à la colonisation consumériste. C’est cette conscience humaine qui resurgit aujourd’hui dans l’insurrection dont les gilets jaunes ne sont qu’un signe avant-coureur. Nous assistons à l’émergence d’un pacifisme insurrectionnel qui, avec pour seule arme une irrépressible volonté de vivre, s’oppose à la violence destructrice du gouvernement. (...)

    #Vaneigem #entretien #censure #violence #gilets_jaunes #zapatistes #insurrection #civilisation