#giorgio_griziotti

  • Comment survivre à l’intelligence artificielle
    https://lundi.am/Comment-survivre-a-l-intelligence-artificielle

    Un long texte de Giorgio Griziotti, qui fait le lien entre son livre précédent (Neurocapitalisme, C&F éditions - https://cfeditions.com/neurocapitalisme) et son ouvrage de politique-fiction Le Boomernaute (à paraître, C&F éditions, 2026)

    L’IA est une relation, pas un objet extérieur àla société et ses rapports de force. La résistance au capitalisme IA est un nouveau terrain de la lutte de classe, une dialectique de la révolution. Il convient, comme pour toute révolution, de prendre en compte la situation du présent, et le subvertir.

    Cependant, l’IA contemporaine reste liée à un dispositif technico-industriel bien précis, fondé sur des régimes d’entraînement et sur des infrastructures de contrôle et de surveillance aux coûts écologiques prohibitifs pour la dépense de calcul et d’énergie, aujourd’hui concentrés dans les oligopoles technico-financiers. Quelle que soit l’étendue des datasets et la sophistication des corrélations statistiques produites, son fonctionnement reste confiné à l’intérieur d’un périmètre défini. Sa versatilité apparente ne doit pas tromper : l’IA ne possède pas d’agentivité réelle. Elle ne peut pas redéfinir ses propres objectifs, introduire des valeurs autonomes ou générer des contextes véritablement nouveaux. Sa « méta-compétence » – l’habileté à générer de nouvelles solutions et procédures – reste donc un phénomène interne à la grille des données, tandis que la métatechnique humaine transforme activement les frontières du possible, en y introduisant des éléments radicalement nouveaux et non confinés dans ce système.

    Un système d’intelligence artificielle peut analyser des milliers de films et produire des narrations et des scénarios, mais pas la révolution opérée par la Nouvelle Vague française à la fin des années cinquante. Quand Godard, Truffaut et d’autres ont brisé la continuité narrative, ont fait parler les personnages au spectateur et ont transformé le film en réflexion critique sur le médium lui-même, ils n’optimisaient pas le cinéma hollywoodien mais refondaient ce que signifie « faire du cinéma » en introduisant des interrogations existentielles sur la qualité d’auteur, sur l’authenticité et sur le rapport entre fiction et réalité.

    L’IA peut calculer à l’intérieur de la physique newtonienne, mais n’aurait jamais conçu la relativité ou la mécanique quantique, des ruptures qui nécessitaient l’abandon des catégories mêmes à travers lesquelles on comprenait la réalité. Cette capacité de refondation émerge de la relation entre singularité et multitude : des gestes qui deviennent transformateurs quand ils entrent en résonance avec des pratiques collectives, des conflits matériels, des transformations de ce qui devient possible de faire quand changent technologies, institutions et relations sociales.

    Si, comme cela se produit déjà sur les réseaux sociaux, ces oligopoles peuvent tirer des informations encore plus pertinentes sur nous, ce n’est pas pour autant que les IA apprennent vraiment de nous. Leur apprentissage reste confiné aux limites du dataset et des logiques d’optimisation qui les gouvernent. Les grandes entreprises utilisent nos prompts [20]

    [20] Voir...
    pour perfectionner des modèles futurs, mais les systèmes avec lesquels nous interagissons n’apprennent pas réellement de la conversation : ils ne peuvent pas modifier leur propre structure ou redéfinir les critères interprétatifs.

    Il faut donc démystifier un lieu commun, souvent relancé même par des observateurs critiques : l’idée que l’IA générative apprend dynamiquement et de manière autonome de nos questions. En réalité, les modèles ne sont pas capables de sédimenter la connaissance à partir des interactions avec les humains. Au contraire, ces derniers sont capables d’apprendre des réponses de l’IA, tout en subissant inévitablement son influence. L’apprentissage des modèles est toujours médiatisé par des données préexistantes et des supervisions humaines, et leur fonctionnement est fortement contraint par des limites techniques et structurelles. Actuellement, il n’existe pas de modèles capables de dépasser ces limites, ni d’indices que cela puisse arriver dans un avenir proche.

    #IA #Neurocapitalisme #Giorgio_Griziotti

  • GIORGIO GRIZIOTTI
    Equalize the world (Égaliser le monde)
    https://tlaxcala-int.blogspot.com/search?q=Griziotti

    Giorgio Griziotti, Effimera, 16/11/2024
    Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

    L’autre jour, débarqué à l’aéroport d’Orly en provenance d’Italie, je marchais avec les autres passagers vers la sortie quand, à un certain moment, une file d’attente s’est formée devant un tunnel lumineux dont les portes ne laissent passer qu’une seule personne à la fois. Un système supplémentaire de contrôle et de détection automatique, comme si, au cours du voyage aérien, le passager, déjà contrôlé à l’embarquement, pouvait se procurer des armes, des drogues ou d’autres produits illicites. Cette énième nouveauté aéroportuaire anxiogène est l’une des nombreuses manifestations de l’obsession sécuritaire omniprésente dans le réel comme dans le virtuel, accompagnée d’une rhétorique qui alimente la perception d’un danger permanent comme la promotion d’une culture de la peur.

    En réalité, le danger existe souvent parce que les partisans du discours sécuritaire et les agents du cyberespionnage sont dans le même camp et se nourrissent les uns des autres.

    Equalize, la société italienne d’analyse de risques - lisez espionnage industriel et pas seulement, puisqu’elle compte parmi ses clients le Mossad et le Vatican - pour les entreprises, qui fait actuellement l’objet d’une enquête, est exemplaire en ce sens : son propriétaire, en plus d’être président de la Fondation de la Foire de Milan, nommé en 2022 par le leader de la Lega et président de la Chambre des députés Lorenzo Fontana, et conseiller de l’Université Bocconi, entretenait des liens étroits avec de hauts fonctionnaires, dont le président du Sénat et la ministre du Tourisme Daniela Santanchè, qui a fait l’objet de plus d’une enquête.

    Equalize est donc une illustration contemporaine de la nouvelle dynamique de pouvoir entre contrôleurs et contrôlés à l’ère du « capitalisme de surveillance »[1]. Lorsque Zuboff a écrit ce livre il y a quelques années, elle espérait que le capitalisme pourrait être réformé. Aujourd’hui, un fait marquant semble définitivement démentir cette hypothèse : la montée en puissance d’Elon Musk.

    Comme le racontent ceux qui ont pu faire des incursions dans le futur [2], l’arrivée fracassante de Musk dans les sphères de la gouvernance scelle l’entanglement (intrication) entre l’État et les techno-tycoons ou techno-oligarques, comme on voudra les appeler. Depuis l’ère industrielle, le grand capital avait l’habitude d’acquérir et de contrôler les médias grand public de l’époque, mais nous assistons aujourd’hui à un saut quantique sans précédent. Les dix-sept milliards d’impressions générées par Musk avec ses seuls gazouillis pendant la campagne électorale exercent une influence biopolitique incomparable même à celle du précurseur Berlusconi avec ses médias électriques à la Mc Luhan. C’est précisément la possession d’énormes quantités de données qui permet aux plateformes du neurocapitalisme, largement autonomes dans la définition de leurs propres règles de fonctionnement, d’exercer une influence significative sur les récits, les perceptions, les émotions et les décisions. Ce pouvoir façonne activement les élections, les marchés et même les relations personnelles, redéfinissant leur dynamique et orientant leur développement de manière profonde et omniprésente.

    Pour en revenir à Equalize, il n’est pas surprenant que, dans ce contexte mondial, les acteurs intermédiaires émergent également comme de nouveaux centres de pouvoir privé. Grâce à l’intelligence artificielle, à l’exploration de données et au piratage, ils parviennent à transformer l’information en un instrument de coercition et de contrôle.
    Dans ce cas précis, l’ambition d’Equalize était de devenir une sorte de « Google du renseignement ». Pour ce faire, elle avait développé une plateforme appelée Beyond, qui permettait d’obtenir des rapports sophistiqués simplement en introduisant une requête sur une personne ou une entreprise. Ces rapports proposent des analyses détaillées et suggèrent, le cas échéant, des réflexions ou des enquêtes plus approfondies.

    Jusqu’à présent, Beyond pouvait sembler similaire à d’autres plateformes légales. Cependant, sa nature profondément illicite, telle qu’elle a été découverte par les enquêteurs, réside dans l’obtention illégale d’informations à partir de bases de données protégées et confidentielles grâce à l’utilisation d’un logiciel malveillant de type RAT (Remote Access Trojan), qui permet d’obtenir un contrôle à distance complet du système cible.
    Parmi les bases de données attaquées figurent celles de l’Agence des impôts [système Serpico qui mesure l’adéquation entre le niveau de vie des contribuables et leur déclaration, NdT] , de l’Istat (Institut national de statistiques), de l’INPS (Institut national de sécurité sociale), du Registre national d’état-civil (ANPR), du Système d’information monétaire (Siva) de l’Automobile Club d’Italie (ACI), mais surtout le SDI, le système d’investigation du ministère de l’Intérieur[3].
    La relative facilité avec laquelle Equalize/Beyond a réussi à télécharger des données directement à partir des serveurs du ministère de l’Intérieur, grâce aussi à des complicités et à des infiltrations, montre que même les bases de données les plus sensibles gérées par les organes centraux de l’État, qui devraient être hyperprotégées, sont désormais vulnérables et se retrouvent sur le marché noir des données volées. C’est probablement aussi le résultat de la sous-traitance croissante de certains des nœuds les plus critiques du fonctionnement de l’État au secteur privé. Il s’agit d’une érosion non seulement des frontières entre le public et le privé, mais aussi de celles entre ceux qui contrôlent et ceux qui sont contrôlés.
    Les utilisateurs, souvent sans en être conscients, contribuent volontairement à leur propre surveillance en utilisant des appareils connectés et des plateformes numériques. Cette « surveillance participative » génère une boucle de rétroaction continue, dans laquelle les données produites sont retraitées pour influencer les individus mêmes qui les ont générées. Un exemple de ce mécanisme peut également être trouvé dans le cas d’Equalize, où, comme l’a expliqué un responsable, des rapports détaillés sur les visites du site étaient collectés chaque jour, y compris des informations sur qui s’était connecté, d’où, avec quel appareil et quel navigateur. Ce processus a permis d’établir un profil approfondi des utilisateurs, en contrôlant non seulement qui accède à la plateforme, mais aussi ce qu’ils recherchent.
    Equalize n’est probablement que le premier grand cas à émerger, tandis que d’autres en Italie, en Europe et ailleurs continuent d’opérer dans l’ombre. Ils sont les symptômes collatéraux et locaux de la vague de techno-solutionnisme fasciste qui porte le coup de grâce aux démocraties occidentales désormais irréformables, comme l’affirme Emanuele Braga dans un récent article d’Effimera où il dénonce la mauvaise foi (stupide) des politiciens et des intellectuels de la défunte gauche. Pour conclure, j’ai été frappé par la récente interview de David Colon dans le Manifesto sous le titre significatif « La nouvelle frontière des techno-oligarques ». Du haut de sa chaire de Science Po à Paris, Colon affirme que « les milliardaires de la technologie entendent détrôner la politique au profit de la technologie, de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire des outils qui ont fait leur fortune ». Déblatérant, le jour même de l’élection de Trump, sur les « bonnes » démocraties occidentales à sauver parce qu’elles sont gravement menacées par les « mauvaises » autocraties du reste du monde, notre bon prof de « gauche » ne se rend même pas compte de l’ineptie de ses affirmations. Aucune technologie n’a pris ou ne prendra la place de la politique : Elon Musk & Co. sont déjà les nouveaux leaders politiques du capitalisme du XXIe siècle...

    Post-scriptum
    Comme nous le savons, le capitalisme de plateforme fonde sa rentabilité sur la transformation des données de la valeur d’usage en valeur d’échange (la soi-disant valeur de réseau). Le cas d’Equalize ne fait pas exception. La question démocratique n’a pas grand-chose à voir là-dedans. C’est du capitalisme, chéri·e ! La vente de données manipulées, gérées, sélectionnées et profilées par la plateforme Beyond est en fait l’activité principale de l’opération. D’après ce que nous avons pu lire des interceptions téléphoniques publiées dans certains journaux, une simple et unique demande d’information (qui ne nécessitait pas d’enquête spéciale ad hoc) avait un coût moyen d’environ 200 euros. Le coût d’obtention de ces informations était plus ou moins de 60 euros, avec une marge bénéficiaire certainement importante. Ce qu’il faut retenir, c’est que ces informations sont collectées en profilant les actes de la vie quotidienne de chacun d’entre nous, sans exception. En effet, les récentes technologies algorithmiques et de cloud computing permettent de cataloguer, sélectionner, manipuler et classer les données brutes résultant de l’utilisation d’apps sur les téléphones mobiles, les tablettes et les ordinateurs en données lisibles et vendables, en fonction des besoins du client et de l’entreprise. Ce n’est pas un hasard si l’on parle d’intelligence économique. Ce qui est relativement nouveau (du moins pour l’Italie), c’est la particularité des données traitées par la plateforme Equalize/Beyond : il s’agit en effet de données extrêmement sensibles, liées à la vie privée et à la sécurité, donc de données à très haute valeur ajoutée. Nous ne sommes plus seulement confrontés à la vie directement valorisée et au devenir du profit, mais au devenir « politique » du profit, avec toutes les implications que cela comporte (Andrea Fumagalli).

    NOTES

    [1] Zuboff, Shoshana. L’Âge du capitalisme de surveillance, Zulma 2022
    [2] Griziotti, Giorgio. Cronache del Boomernauta (Chroniques du Boomernaute) Éditions Mimesis, 2023 (à paraître en français en 2025)

    [3] Le système d’information interforces, complexe et étendu, est divisé en 13 domaines d’application principaux dans lesquels circulent toutes sortes d’informations, des plaintes aux enquêtes, de la gestion des armes au contrôle des étrangers, du renseignement policier au suivi des appels d’offres pour les marchés publics.

    #Surveillance #Capitalisme_numérique #Giorgio_Griziotti

  • TLAXCALA: COVID-19 et human tracking
    http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28803

    par Giorgio Griziotti

    Dès le mois de février 2020, dans quelques pays asiatiques, des applications logicielles mobiles ont été développées et diffusées : conçues pour faciliter de différentes manières le contrôle des processus de propagation intervenant par contact ou proximité avec des personnes contaminées et l’identification de personnes à risque.

    L’utilité ou l’efficacité dépendent de différents facteurs au premier rang desquels le taux d’utilisateurs adoptant l’application dans un pays donné. Un autre aspect essentiel réside dans la contradiction, peut-être pas seulement apparente, entre leur rôle d’instruments de lutte contre le covid-19 et celui de surveillance numérique de masse.

    Différents modèles d’applications de tracking aux caractéristiques technologiques et aux implications diverses concernant la vie privée ont émergé. Nous pouvons approximativement les diviser en deux grandes catégories : celles dites de tracking, sont basées sur des formes de géolocalisation de l’utilisateur tandis que celles dites de contact tracing impliquent le traçage des contacts entre utilisateurs. Nous prendrons en considération celles qui proviennent de Chine, de Corée du Sud et de Singapour et les principes fondateurs de celles qui seront prochainement introduites en Europe.

    Google et Apple entrent dans la danse

    Apple et Google ont annoncé vendredi 10 avril leur collaboration dans la mise en œuvre d’une infrastructure logicielle pour des applications de “social tracking”, dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19.

    Le nouveau système se base sur le modèle du Bluetooth, décrit plus haut, et promet de garantir la vie privée des citoyens.

    Leur annonce spécifie que le projet se déroulera en deux phases :

    La première inclut la fourniture d’une bibliothèque logicielle (API, Interface de programmation d’application) commune qui devrait permettre le développement des fonctionnalités de contact tracing de manière interopérable entre les smartphones Android et les iPhones.
    Dans la seconde, Apple et Google intégreront ces fonctionnalités directement dans leurs systèmes d’exploitation respectifs et les futurs équipements de leurs appareils.

    Cette annonce, qui à première vue semble constituer un pas en avant notoire, soulève cependant de nombreuses inquiétudes.

    De telles préoccupations vont au-delà de l’aspect purement technique de cette annonce : Apple et Google sont respectivement la première et la troisième capitalisations mondiales. Elles détiennent, à travers leurs systèmes d’exploitation respectifs - iOS et Android – le contrôle de la quasi-totalité des milliards d’appareils mobiles utilisés par l’humanité.

    Les applications de tracking et de contact tracing ont contribué à contrôler la pandémie de Covid-19 en permettant des actions d’isolement et de tests plus efficaces et en contribuant de ce fait à sauver des vies sous certaines conditions. Avec toutes les réserves que nous avons émises concernant les aspects du contrôle dans les pays asiatiques où elles ont été introduites, les applications ont fait la preuve de leur efficacité car ces pays ont démontré qu’ils disposaient d’un système de santé et/ou d’une capacité d’organisation en mesure de faire face à la situation. On peut aisément imaginer que si ces dernières conditions ne sont pas remplies, les applications ne permettront pas d’améliorations notoires.

    Sur le plan de la surveillance, de nombreuses questions se posent et des problématiques de premier ordre émergent. Avec l’épidémie, les applications basées sur les appareils mobiles entrent de manière explosive dans le domaine de l’interopérabilité des technologies et des réseaux avec les humains que j’ai défini biohypermédia [13] où les machines du pouvoir étatique et financier exerçaient déjà une hégémonie forte.

    Le caractère obligatoire de l’application Health Code en Chine, qui fait du smartphone un élément de survie, semble un pas décisif vers un contrôle, voire même une soumission de la vie à partir du biohypermédia.

    En dehors de la Chine, on peut remarquer que l’accord Google-Apple constitue une étape de plus dans l’ascension de Silicon Valley & C. vers le pouvoir global. Les multinationales du capitalisme des plateformes ont l’habitude d’intervenir de manière directe dans la gouvernance mondiale avec leurs applications utilisées par des milliards d’utilisateurs. Ce cas spécifique est un exemple particulièrement parlant de leur attachement à la “DO-ocracy”, la logique de la société du “faire”. Le message implicite de leur annonce est « tandis que vous autres politiques vous perdez du temps à discuter de légalité et de détails, nous nous sommes en train de le faire concrètement »[14].

    Il y a une impression diffuse que, après avoir été responsable des tragiques conséquences du démantèlement décennal de la santé publique et de la destruction de la santé territoriale, du manque désastreux de tests et de masques, après avoir stigmatisé les joggers et les familles dans les parcs tandis qu’on maintenait les élections (en France), le pouvoir politico-financier voudrait maintenant imposer les applications comme une (fausse) solution à bas coût alors qu’elles sont un réel instrument de contrôle dans le tsunami économique qui est sur le point de se déchaîner. Il faut ajouter à cela la dose de cynisme avec lequel les pouvoirs politiques nationaux ou régionaux et la finance ont décidé (sans le déclarer publiquement, à l’exception de Boris Johnson) de mettre le curseur entre économie et santé publique avec un coût dont l’ordre de grandeur sont les milliers de morts.

    À ceux qui de bonne foi et à juste titre évoquent dans les applications un choix devenant éthiquement obligatoire parce qu’il ne concerne pas seulement l’individu, mais directement la responsabilité de l’individu envers la société et les autres, on pourrait répondre qu’il sera difficile de convaincre de cette nécessité des générations qui ont été élevées et éduquées dans l’éthique de l’individualisme et de la compétitivité, les briques de base du capitalisme néolibéral.

    En conclusion, pour éviter de revenir sur l’éternel débat de la (fausse) neutralité de la technologie, la critique des applications anti-Covid devrait s’orienter non pas tant sur l’opportunité de leur utilisation dans certaines conditions que sur le contexte dans lequel elles sont employées et sur les modalités de contrôle social et politique qui sont utilisées. Ce dernier aspect, à nos yeux, pose problème aussi bien en Chine qu’en Europe et en Occident.

    #Stopcovid #Contact_tracing #Giorgio_Griziotti

  • Tra Netflix e Facebook, trova le differenze | il manifesto
    https://ilmanifesto.it/tra-netflix-e-facebook-trova-le-differenze

    Par Giorgio Griziotti, auteur de «Neuricapitalisme» chez C&F éditions.

    The Great Hack, Privacy violata documentario diffuso su Netflix dal 24 luglio 2019 e recensito dal manifesto, si unisce al coro d’indignazione levatosi dopo la rivelazione del grande scandalo politico Facebook-Cambridge Analytica.

    In quella occasione la società inglese di consulenza diretta da Alexander Nix e cofondata da Steve Bannon, ideologo del trumpismo, aveva raccolto ed utilizzato, a loro insaputa, i dati personali di milioni di profili Fb per scopi di pubblicità politica a sostegno della vittoriosa campagna di Trump del 2016.

    Al di là dell’apprezzabile fine divulgativo, quello che sorprende e fa riflettere è un certo manicheismo degli autori che si accontentano di mettere in scena un’infantile divisione fra i tanti buoni ed il grand vilain, Alexander Nix criticando le deboli scuse di Zuckerberg. Il che fra l’altro non deve dispiacere troppo a Netflix che ormai si trova in concorrenza frontale con Fb.

    Non viene messo in luce che Brittanny Kaiser, ambiguo personaggio chiave e whistleblower pentita, viene assunta da Ca e messa a dirigere il “contratto Trump” proprio grazie, fra l’altro, alla sua esperienza nella prima campagna tecnologica americana di Obama. Nel “contratto Trump” viene usato lo stesso approccio funzionale basato sul datamining degli elettori indecisi, negli swing States. Con la differenza che CA dispone di giacimenti di big data immensamente più estesi, estratti dal profondo del bios mediante la malcelata complicità di Fb.

    Al di là della facile indignazione è però fuorviante far credere che Trump sia stato eletto grazie ad un raffinato complotto algoritmico e tecnologico che manipola le menti degli elettori più influenzabili. Sembra molto più plausibile che le ragioni politiche profonde della vittoria trumpiana siano le stesse di quella del Brexit o del recente 34% italiano della Lega alle europee.

    Il fascismo 2.0 trova il campo libero grazie alla morte della sinistra novecentesca: in tale contesto i vari Trump, Salvini, Bolsonaro, Boris Johnson etc. interpretano lo stesso ruolo spettacolare usando ingredienti simili. Un mix di sfida aggressiva e minacciosa, di incitazione all’odio ed alla vendetta, di volgarità (specialità soprattutto italiana questa) ma anche di uso spinto dei social.

    In Italia c’è la Bestia, la struttura social salviniana, ed anche qui, non a caso, il nome viene ripreso da The Beast, il sistema informatico della campagna Obama del 2012. Queste modalità quotidiane stanno fascistizzando il discorso ed i comportamenti di larghi strati di popolazione facendoli talvolta diventare elettoralmente maggioritari nello sfacelo finale della rappresentatività.

    La politicamente traballante Ue dei decenni di austerità neoliberista a conduzione franco-tedesca, che arricchisce a dismisura la finanza e le élites europee impoverendo tutti gli altri, è la causa di questo fenomeno non certo un argine a cui dovremmo paradossalmente aggrapparci. Il solo argine efficace da opporre al capitalismo è basato su un cambiamento radicale dei rapporti di forza (la rivoluzione si diceva nel XX secolo).

    Non emerge invece nel documentario di Netflix e raramente altrove il reale rischio di fondo che fronteggiamo: la plasticità dell’oligopolio digitale, di cui Netflix fa parte allo stesso titolo di Fb, nell’adattarsi al fascismo 2.0. Come dimostra l’ottemperanza di Google all’ordine di boicottaggio di Huawey, Silicon Valley si adegua all’esempio della scuola neoliberista che ha lunga esperienza in merito sin dai tempi dell’intervento dei Chicago Boys nel Cile di Pinochet.

    Cambridge Analytica, fatta opportunamente scomparire, resta un epifenomeno e la privacy continuerà ad essere massicciamente violata in quanto giacimento dove si estrae il carburante del neurocapitalismo. Sono in gioco invece i poteri globali dell’oligopolio digitale che, apprestandosi a battere moneta, veicola già ora gli umori tristi della macchina di guerra contro le popolazioni in cui il fascismo 2.0 diventa, secondo convenienza, uno degli stakeholder politici. Questo è il vero Great Hack contro le popolazioni che Netflix non denuncerà mai.

    #Giorgio_Griziotti #C&F_éditions

  • Le neurocapitalisme et la nouvelle servitude volontaire | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2018/10/17/neurocapitalisme-nouvelle-servitude-volontaire

    Par Giorgio Griziotti
    Ingénieur informatique

    Le capitalisme contemporain n’exploite plus les travailleurs mais leurs émotions : on est entré dans le neurocapitalisme. Nouveaux instruments de la servitude volontaire, les technologies de l’information se font toujours plus addictives et socialement indispensables. Nos vies privées sont ainsi monétisées et c’est notre commune humanité qui s’en trouve menacée.

    #Neurocapitalisme #Giorgio_Griziotti #C&F_éditions

  • Le neurocapitalisme et la nouvelle servitude volontaire | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2018/10/17/neurocapitalisme-nouvelle-servitude-volontaire

    Par Giorgio Griziotti
    Ingénieur informatique

    Le capitalisme contemporain n’exploite plus les travailleurs mais leurs émotions : on est entré dans le neurocapitalisme. Nouveaux instruments de la servitude volontaire, les technologies de l’information se font toujours plus addictives et socialement indispensables. Nos vies privées sont ainsi monétisées et c’est notre commune humanité qui s’en trouve menacée.

    #Neurocapitalisme #Giorgio_Griziotti #C&F_éditions