• Violences policières : à Calais, Darmanin ment ! [Actions collectives] ⋅ #GISTI
    https://www.gisti.org/spip.php?article6690
    Interviewé par France 3 Hauts-de-France le 9 octobre 2021, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré :

    « […] Ce que je peux dire, c’est que malgré tous les procès d’intention qu’on fait aux forces de l’ordre, je constate que pas un policier et pas un gendarme sur la côte littoral n’a été poursuivi par la justice […] et j’aimerais qu’on les respecte et qu’on les soutienne plutôt qu’on les insulte surtout lorsque manifestement ce sont des mensonges […] »

    Il répondait à une question concernant le dernier rapport de Human Rights Watch, « Infliger la détresse. Le traitement dégradant des enfants et des adultes migrants dans le nord de la France » [2] qui met en évidence le #harcèlement_policier dont sont victimes les personnes migrantes dans le nord de la France.
    https://www.infomigrants.net/fr/tag/calais
    https://www.youtube.com/watch?v=EW773L0d2-I&t=229s


    le « premier flic de France » est un menteur et All Cops Are bastards
    #violences_policières #Calais

    • France : #Traitement_dégradant des migrants dans la région de Calais

      Une stratégie de détresse infligée aux enfants et aux adultes

      Les autorités françaises soumettent régulièrement les adultes et les enfants migrants vivant dans des campements de fortune dans la région de Calais à des traitements dégradants, conclut Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Cinq ans après la démolition par les autorités françaises du vaste camp de migrants souvent surnommé « la Jungle », plus d’un millier de personnes vivent dans des campements dans et aux alentours de la ville.

      Le rapport de 86 pages, intitulé « Enforced Misery : The Degrading Treatment of Migrant Children and Adults in Northern France » (« Infliger la détresse : Le traitement dégradant des enfants et adultes migrants dans le nord de la France »), documente les opérations répétées d’expulsion massive, le harcèlement policier quasi quotidien et les restrictions pesant sur la délivrance d’aide humanitaire et sur l’accès à cette aide. Les autorités mettent en œuvre ces pratiques abusives principalement dans le but de forcer les personnes à partir ailleurs, sans résoudre leur statut migratoire ni l’absence d‘abri et sans dissuader de nouvelles arrivées.

      « Rien ne peut justifier de soumettre des personnes à une humiliation et un harcèlement quotidiens », selon Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch. « Si l’objectif est de décourager les migrants de se regrouper dans le nord de la France, ces politiques sont un échec flagrant, et entraînent de graves souffrances. »

      Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 60 personnes migrantes, dont 40 se sont identifiées comme des enfants non accompagnés, à Calais et aux alentours, ainsi que dans la commune voisine de #Grande-Synthe, d’octobre à décembre 2020, puis de juin à juillet 2021. Human Rights Watch a également rencontré des responsables de la préfecture et du département du #Pas-de-Calais, ainsi que de la mairie de Grande-Synthe.

      Environ deux mille personnes, dont au moins 300 enfants non accompagnés, vivaient dans des campements à Calais et ses alentours à la mi-2021, d’après les associations humanitaires. Plusieurs centaines de personnes supplémentaires, dont de nombreuses familles avec enfants, étaient installées dans une forêt à Grande-Synthe, près de la ville de Dunkerque.

      Les actions de la #police visant à faire partir les adultes et enfants migrants de Calais et de Grande-Synthe n’ont pas découragé les nouvelles arrivées et ne semblent pas avoir réduit le nombre de traversées irrégulières de la Manche, qui ont battu des records en juillet et août. En revanche, ces pratiques policières ont infligé une détresse croissante aux personnes migrantes.

      « Quand la police arrive, nous avons cinq minutes pour sortir de la tente avant qu’elle ne détruise tout. Mais ce n’est pas possible, pour cinq personnes dont de jeunes enfants, de s’habiller en cinq minutes dans une tente », a indiqué une femme kurde d’Irak à Human Rights Watch en décembre 2020.

      Les policiers exigent très fréquemment des migrants qu’ils quittent temporairement le terrain sur lequel ils se trouvent pendant qu’ils confisquent – et souvent détruisent – les tentes, bâches et sacs de couchage que les gens n’ont pas réussi à emporter avec eux. Au cours de l’année 2020 et de la première moitié de 2021, la police a soumis la plupart des #campements de Calais à ces #expulsions de routine environ un jour sur deux. À Grande-Synthe, ces expulsions ont eu lieu une à deux fois par semaine.

      En 2020, la police a procédé à plus de 950 opérations routinières d’expulsion à Calais et au moins 90 expulsions de routine à Grande-Synthe, saisissant près de 5 000 tentes et bâches et des centaines de sacs de couchage et de couvertures, d’après Human Rights Observers (HRO), une association qui assure un suivi régulier des expulsions de ces campements par la police.

      La police expulse aussi régulièrement tous les occupants d’un campement, prétendant qu’il s’agit d’opérations de « mise à l’abri ». Mais l’abri n’est fourni que pour quelques jours. De plus, les autorités procédant à ces expulsions collectives n’assurent pas efficacement l’identification des enfants non accompagnés et ne prennent pas de mesures spécifiques pour les protéger.

      Du fait de ces #tactiques, les enfants et les adultes sont constamment en alerte et concentrés sur leur survie au jour le jour. Beaucoup sont hagards, en manque de sommeil et, comme l’a observé l’institution française de la Défenseure des droits en septembre 2020, « dans un état d’#épuisement physique et mental ».

      Les autorités font par ailleurs peser des restrictions légales et pratiques sur la délivrance d’#aide_humanitaire et sur l’accès à cette aide. Des arrêtés municipaux interdisent la #distribution_de_nourriture et d’#eau par les associations humanitaires dans le centre-ville de Calais. Les sites où une assistance est fournie par l’État sont souvent déplacés ; ou bien l’aide est distribuée en même temps que les expulsions.

      Les services des autorités ne répondent pas aux besoins des femmes et des filles. Les campements de fortune à Calais ne disposent pas de toilettes séparées pour les femmes et il n’y a pas de toilettes à Grande-Synthe. Les #toilettes existantes ne sont par ailleurs pas correctement éclairées, exposant les #femmes et les #filles à des risques particuliers. Toutes les personnes vivant dans les campements manquent d’eau en raison des difficultés pour y accéder, mais cela pose des problèmes particuliers aux femmes et aux filles lors de leurs #menstruations.

      L’#hébergement_d’urgence, en France, est en principe accessible à toute personne en ayant besoin, mais le système est débordé. Les hébergements d’urgence à Calais sont souvent complets et encore plus limités à Grande-Synthe. L’hébergement d’urgence est habituellement limité à quelques nuits, même pour les familles avec de jeunes enfants. Il existe un système distinct d’#accueil_d’urgence pour les #mineurs_non_accompagnés, mais il est également souvent complet ou presque, et de nombreux enfants s’en voient refusé l’accès.

      Les policiers ont par ailleurs harcelé des bénévoles de HRO, d’Utopia 56 et d’autres associations non gouvernementales qui observent la police lors des expulsions. Certains policiers ont déclaré à tort aux observateurs qu’ils ne pouvaient pas filmer leurs opérations, les menaçant d’arrestation.

      Ces #pratiques_abusives contribuent à une politique de #dissuasion par laquelle les autorités cherchent à éliminer ou éviter tout ce qui, à leurs yeux, attire les migrants dans le nord de la France ou encourage l’établissement de campements. Cette approche ne tient pas compte de la réalité, à savoir que le réel attrait de cette côte est sa proximité avec le Royaume-Uni, situé à seulement 30 km au niveau du pas de Calais.

      « Les exilés ne voyagent pas jusqu’au nord de la France parce qu’ils ont entendu dire qu’ils pourraient y camper dans les bois ou dormir sous un pont. Ils ne viennent pas parce que des associations distribuent un peu d’eau et de nourriture. Ils viennent parce que c’est là que se trouve la frontière », a expliqué Charlotte Kwantes, coordonnatrice nationale d’Utopia 56.

      La fin de la période de transition du Brexit implique que le Royaume-Uni ne peut plus renvoyer la plupart des demandeurs d’asile adultes vers la France sans avoir préalablement examiné leur demande d’asile. Le gouvernement britannique a également cessé d’accepter de nouvelles demandes de transfert au nom du regroupement familial, qui était en pratique la seule option légale permettant aux enfants non accompagnés d’entrer au Royaume-Uni.

      Les préfets du Pas-de-Calais et du Nord, départements où se situent Calais et Grande-Synthe, devraient mettre fin aux #expulsions_répétées des campements de migrants et cesser de saisir les biens des personnes, a déclaré Human Rights Watch. Les préfectures devraient travailler de concert avec les autorités départementales pour assurer des solutions alternatives d’hébergement à même de permettre aux personnes de se poser et de les aider à faire des choix éclairés, comme demander l’asile ou un autre statut en France ou ailleurs, ou bien repartir dans leur pays d’origine.

      Les autorités françaises de protection de l’enfance devaient faire davantage pour informer les enfants non accompagnés au sujet des options qui s’offrent à eux, notamment intégrer le système d’aide sociale à l’enfance, leur permettant d’accéder à un statut légal à leur majorité.

      L’Union européenne devrait mettre en place un système de partage des responsabilités entre ses États membres qui évite de faire peser une pression excessive sur les pays de première arrivée et les pays de destination les plus prisés, et qui tienne dûment compte des liens familiaux et sociaux, ainsi que des préférences individuelles des demandeurs d’asile.

      Le gouvernement britannique devrait mettre en place des moyens sûrs et légaux permettant aux personnes migrantes de se rendre au Royaume-Uni afin de demander refuge, d’être réunies avec les membres de leur famille, de travailler ou d’étudier.

      « Les autorités françaises devraient renoncer à leur stratégie défaillante à l’égard des migrants », conclut Bénédicte Jeannerod. « Il est nécessaire qu’elles adoptent une nouvelle approche pour aider les gens, au lieu de constamment les harceler et leur infliger des abus. »

      https://www.hrw.org/fr/news/2021/10/07/france-traitement-degradant-des-migrants-dans-la-region-de-calais

      #rapport #HRW #points_de_fixation

    • merci @cdb_77
      https://www.hrw.org/fr/news/2021/10/14/le-deni-par-le-ministre-francais-de-linterieur-des-abus-policiers-contre-les
      https://twitter.com/MichaelBochenek/status/1446130172126654466

      Le harcèlement systématique et les restrictions d’accès à l’aide humanitaire que les autorités françaises font subir aux migrants n’empêchent pas les nouvelles arrivées, mais provoquent une grande détresse.

      https://video.twimg.com/ext_tw_video/1446129388735500288/pu/vid/720x720/0FaLXNbE9O8_G1DV.mp4

  • Éric Tabuchi et Nelly Monnier : « Il y a 450 à 500 régions naturelles en France » - AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/entretien/2021/10/15/eric-tabuchi-et-nelly-monnier-il-y-a-450-a-500-regions-naturelles-en-france/?loggedin=true

    Par Océane Ragoucy
    Architecte, curatrice indépendante

    Depuis 2017, Nelly Monnier et Éric Tabuchi sillonnent les routes de France sur les traces des quelque 500 régions naturelles. Ni sociologues ni géographes, ils s’attachent simplement à représenter, par la photographie, une diversité de territoires trop peu visibles, et en particulier les bâtiments qui les caractérisent. Projet au long cours, ambitieux voire utopique, l’Atlas des Régions Naturelles offre une documentation exceptionnelle, et un autre récit français.

    Le duo d’artistes Eric Tabuchi et Nelly Monnier a entrepris il y a quatre ans de photographier l’intégralité du paysage français « dans toutes ses nuances », une entreprise pharaonique qui, d’après leurs prévisions, leur prendra dix ans pour un total de près de 25 000 images. Leur approche, destinée au départ à documenter l’architecture vernaculaire, s’appuie sur les « régions naturelles », appelées aussi « pays de France », une notion floue désignant des territoires de petites tailles aux caractéristiques géologiques, historiques et culturelles dont les limites sont imprécises : la Beauce, la Xaintrie, le Parisis, la Savoie propre ou encore le Perche font ainsi partie de ces 450 à 500 régions naturelles qui dessinent une géographie française aux limites incertaines.
    Intéressés par cet entre-deux autant que par les caractéristiques de l’hyperlocalité, l’Atlas des Régions Naturelles, qu’ils qualifient volontiers d’éloge de la diversité, nourrit au fur et à mesure de leurs explorations sur les routes de France, un site internet de leurs images d’archives minutieusement classées par des entrées typologiques, historiques ou formelles, accessibles à tous et libres de droits. Aventure artistique à la fois documentaire et fictive au long cours, Nelly Monnier et Eric Tabuchi reviennent sur ce projet hors du commun à l’occasion de leur nouvelle exposition au centre d’art la Villa du Parc à Annemasse intitulée « Empire et Galaxie », sous le commissariat de Garance Chabert, qualifiée d’expérience à mi-chemin entre discothèque et écomusée. OR

    Comment est né l’Atlas des Régions Naturelles ?
    Éric Tabuchi : Pour décrire le paysage, nous cherchions depuis un moment un outil qui nous permette de relater les transitions progressives qui font que lorsqu’on se rend du Nord au Sud, ou de l’Est à l’Ouest de la France, on traverse des paysage sans réellement parvenir à repérer les changements qui s’y produisent. Quand Nelly m’a dit « ici on est dans le Revermont, ici on est dans le Bugey », j’ai pris conscience que ces territoires avaient une identité propre, principalement géologique, déterminant, par un phénomène de causalité, une série d’inscription dans l’histoire et dans la culture. Un sol détermine un type de culture, et par conséquent un type d’architecture, un matériau, une forme de construction…

    Nelly Monnier : Lorsqu’on a commencé à rouler ensemble et à photographier, il y a sept ou huit ans, nous n’avions pas d’idée précise du découpage géographique sur lequel nous allions nous appuyer. Puis nous avons été invités en résidence en milieu scolaire dans la Beauce, plaine céréalière au sud de Paris. On s’est alors rendus compte que la Beauce était l’une de ces régions naturelles et que ce découpage existait sur toute la France. Les régions naturelles représentaient d’ailleurs le découpage officiel avant les départements.

    Votre Atlas des Régions Naturelles pose ainsi la question des limites territoriales. Vous avez parfois utilisé la métaphore de l’aquarelle pour évoquer cette dimension…
    Éric Tabuchi : J’utilise la métaphore de l’aquarelle et Nelly celle du fondu enchaîné. Sur la plupart des cartes, les départements semblent être représentés à la gouache, comme un aplat de couleurs, avec une frontière bien définie juxtaposée à une autre couleur. Il nous semblait évident que relater la réalité du territoire nécessitait un outil beaucoup plus souple. La technique de l’aquarelle suppose qu’il y ait un centre autour duquel la couleur va irradier, se mélanger, au contact d’autres régions. Le vrai déclic a été de découvrir que ces régions naturelles existaient sur l’ensemble du territoire. Frédéric Zégierman en avait d’ailleurs fait l’objet de son Guide des Pays de France, en deux volumes[1]. Il avait pris le temps d’établir des cartes non reliées les unes aux autres mais qui détaillaient chaque région naturelle. De notre côté, on a transposé ces cartes sur une carte routière ce qui nous a conduit à assembler toutes les régions. C’est assez rapidement devenu notre outil de travail principal.
    En Beauce, on s’est rendus compte que les régions naturelles représentaient un outil très opérationnel permettant à la fois de délimiter une zone suffisamment petite, facile à appréhender, tout en gardant une idée de transition, de flou, d’aquarelle ou de fondus enchaînés. On réfléchissait depuis longtemps à la manière de décrire le paysage français. Nous avons choisi le paysage français parce que nous sommes en France. J’ai été très influencé par la photographie américaine, et avec le recul, je me suis rendu compte que les meilleurs photographes de l’Amérique étaient américains. C’est vrai aussi pour le Japon, pour l’Italie. Pour bien photographier une chose, il faut bien la connaître. Ça requiert une intimité avec le sujet, une connaissance du terrain. On avait cette préoccupation commune de décrire ce territoire. Je suis moitié japonais-moitié danois, donc mon rapport à la France est un rapport d’extériorité alors que Nelly est vraiment dans un rapport d’intimité, ce qui crée deux possibilités de regard sur le paysage qui sont assez opposées, bien que complémentaires.

    Photographier toute la France paraît presque impossible !
    Éric Tabuchi : Ce qui est très important à comprendre dans le travail de l’Atlas, c’est qu’il s’agit d’une équation entre le temps et l’espace. Il y a 450 à 500 régions naturelles en France. Si l’on passait ne serait-ce qu’une semaine par région naturelle, cela nous conduirait à une dispersion dans le temps considérable. Nous avons commencé en 2017 et décidé de consacrer dix ans à ce projet, à plein temps. Il nous faut néanmoins rester dans une approche assez superficielle, en ne restant que quatre jours ou cinq jours dans chaque région naturelle, ce qui nous amène à peu près à cette échéance de dix ans. C’est donc très peu, même si ce sont des régions très petites et qu’avec l’habitude, on a appris à être assez efficace, à bien décrypter rapidement « l’humeur » d’un territoire. Notre préoccupation est d’être à la fois minutieux et généralistes. On jongle en permanence avec cette question de la distance, qui est une distance d’extériorité.

    Nelly Monnier : On a peu de relations humaines, par ailleurs. C’est vraiment un travail de surface, on est sur la route, sur le paysage, et on ne s’occupe que de l’extérieur des bâtiments.

    Éric Tabuchi : On dit souvent qu’on est soit dans une superficialité profonde, soit dans une profonde superficialité. On négocie en permanence avec ce facteur du temps qui est très important parce que s’égarer à trop creuser, trop approfondir notre connaissance d’un lieu se ferait au détriment du reste. Il nous arrive parfois de rester un mois sur un territoire, mais on sait que cela se répercute plus tard. L’ambition de base, c’est de vraiment de couvrir tout le territoire, de représenter toutes les régions naturelles, avec le même nombre d’images.
    Ces prochains jours, on publie le premier tome de l’Atlas. Quand on dit que c’est le premier d’une série de 30 tomes, qu’en tout ça va faire 9 000 pages, évidemment, on se projette dans un modèle complètement utopique et presque fictif.

    Quelle est l’histoire de l’architecture que vous mettez en récit ?
    Éric Tabuchi : L’Atlas des Régions Naturelles est aussi une fiction. Notre prochaine exposition s’appelle L’invention d’une histoire vraie. Si l’on a un rapport à la photographie et au territoire qui est documentaire, dès qu’on prend un peu de recul, cette obsession de la documentation devient un rapport très abstrait au territoire. En général, le rapport d’une personne à son territoire, c’est d’aller de son domicile à son lieu de travail, de labourer son champ… Nous ne faisons que traverser ces espaces, relever des bribes et des fragments qui nous paraissent intéressants. Mais au fond, on construit une sorte de grand récit…

    Nelly Monnier : … Qui s’appuie sur des régions naturelles qui, elles aussi, sont des récits. Elles n’existent quasiment pas en cartographie, elles ont été peu documentées. Donc on s’appuie déjà sur quelque chose de quasiment fictif…

    Éric Tabuchi : Sur un substrat qui est déjà peu tangible. Je mesure de plus en plus à quel point on fait cohabiter deux univers qui sont un univers à la fois documentaire, utilitaire, prosaïque et un autre univers ancré dans la réalité du sol. Je constate de plus en plus qu’on a construit une vie qui est une vie assez abstraite, assez à l’écart de la réalité. Notre réalité d’artiste et de photographe est en permanence dans le frottement de la réalité, mais aussi complètement à l’écart de cette réalité. On roule, on mange des nouilles au bord de la route, on va longer les ruisseaux et après, on rentre à l’atelier, on trie les photos, on fait des tirages, on fait une exposition…

    Vous avez construit l’Atlas sur un modèle d’indépendance presque total.
    Éric Tabuchi : Le projet de l’Atlas est arrivé à un moment particulier de nos vies, un moment de profonde remise en cause du système de l’art contemporain. Pour moi, cela a longtemps été un refuge et brusquement, entre les années 1980 et 2000, on s’est mis à consommer de l’art de manière beaucoup plus rapide : on faisait des expositions qui demandaient beaucoup d’énergie parce que c’était des installations produites pour un temps très court, qui disparaissaient une l’exposition terminée.

    Nelly Monnier : On nous demandait aussi beaucoup de produire des objets. Il y a eu un moment où on nous demandait d’occuper l’espace.

    Éric Tabuchi : C’était paradoxal pour les photographes. Parce que la photographie est le contraire de l’espace. Mais on s’est retrouvés à faire des expositions très éphémères, qui coûtaient de l’argent, nécessitaient beaucoup de matériel et nous plongeaient dans un système de dépendance, d’attente permanente de projets. On était tout le temps soit en attente, soit en hyperactivité, parce que les temps étaient très courts, c’était presque de l’événementiel. Je me posais beaucoup de questions sur l’idée qu’il fallait reprendre la maîtrise de notre activité artistique en redevenant les maîtres d’œuvre de notre travail, sans être soumis en permanence à cette attente d’une proposition, d’une demande par une institution qui, au fond, ne ferait que saupoudrer sa programmation de notre travail.

    Vous avez donc endossé le rôle de maître d’œuvre mais aussi de maîtres d’ouvrage : toute la chaine de la commande !
    Éric Tabuchi : C’est exactement ça ! Cette fois on s’est dit qu’on allait créer notre projet, un projet au long cours, en rompant avec la nécessité de trouver de nouvelles idées, de repartir chaque fois de zéro, comme si chaque exposition était un enjeu déterminant. Nous pensions que ce serait bien de redevenir indépendants, de privilégier l’activité personnelle, d’avoir un programme sur le long terme et de voir dans quelle mesure cela susciterait ou non la curiosité. Je pense que très vite, on s’est calqué sur des modèles de musique indépendante où la question de l’autonomie, de l’indépendance, de l’alternative, était centrale. On s’est dit qu’on allait faire de l’art comme on fait de la musique en ligne, en trouvant des axes alternatifs.

    Nelly Monnier : En faisant en sorte qu’Internet soit le réceptacle du projet. Ça participait aussi de cette économie, avec une diffusion la plus large possible.

    Éric Tabuchi : Construire un modèle alternatif, autonome et indépendant, qui ne soit pas une commande publique, a été élan vertigineux car tout d’un coup, on s’est mis à calculer le temps que ça nous prendrait, le nombre de nuits d’hôtel qu’il allait falloir passer dehors, et ce sans apport personnel, sans mécène, sans financement. On a réalisé qu’il allait falloir construire tout un petit système pour s’auto-financer. On attend de l’artiste qu’il innove. Le projet de l’Atlas, c’est un projet assez classique, assez académique. Walker Evans ou d’autres ont réalisé ce genre de travaux. Nous n’avons pas de prétention particulière à innover du point de vue formel. En revanche, nous innovons dans l’idée d’établir une structure totalement autonome, totalement indépendante, à une époque où tout le monde attend des financements de commanditaires extérieurs, et le fait qu’on s’inscrive dans un temps très long et dans la sphère de l’Internet, pas du tout celle de l’institution, du musée, de l’exposition, etc.

    Nelly Monnier : Nous utilisons aussi beaucoup les réseaux sociaux.

    Éric Tabuchi : Oui, en étant dans une communication de proximité. L’Atlas déplace l’idée d’innovation, d’une innovation de la forme à une innovation de la structure, structure qui construit la forme. Il est intéressant en regardant l’immense succès de Christo et Jeanne-Claude de voir à quel point leur organisation demande une persévérance dans le temps. Cette quête de liberté, d’indépendance et d’autonomie impacte nécessairement le mode de vie. De notre côté nous ne sommes pas parisiens, on ne va jamais dans les vernissages, etc. Même sans avoir établi un réseau de cette façon, nous avons réussi à construire un projet de plus en plus viable, suivi et soutenu, d’une manière très indépendante et éloignée des centres de décision culturels.

    Le projet de l’Arc de Triomphe emballé de Christo et Jeanne-Claude à Paris a encore une fois fait polémique, sur son financement notamment. Un article du journal Les Échos parlait d’un « financement original » de l’œuvre, qui a tout simplement été auto-financée par la vente de dessins préparatoires, ce qui prouve que ce modèle est encore marginal et parfois difficile à comprendre.
    Éric Tabuchi : Nous sommes vraiment des artisans. L’échelle de Christo et Jeanne-Claude nous paraît quasiment industrielle. Nous, on est des producteurs de fromage, on est dans un rapport marchand de vente directe, subventionnée parfois, certes, mais dans une logique d’artisanat très raisonné. On agit à une toute petite échelle. Malgré tout, à l’arrivée, cela constitue un projet ambitieux et assez vaste. On considère que pour préserver notre liberté, le meilleur moyen reste que les gens qui se sentent concernés par le projet nous financent directement en achetant des images à des tarifs accessibles, en court-circuitant la distribution, c’est-à-dire la galerie, intermédiaire qui, mine de rien, renchérit le prix l’œuvre d’au moins 50 %.

    Nelly Monnier : Ce qui détermine aussi la cote de base de l’œuvre, avant la vente.

    Éric Tabuchi : Cela nous rend capables de vendre notre production de la main à la main à des tarifs très raisonnables et nous auto-finance pour une part importante, fifty fifty avec la participation institutionnelle. On considère également que le travail que l’on réalise est un projet artistique, mais aussi une documentation qui peut être utile à d’autres et que, par conséquent, la boucle est bouclée. On obtient des financements publics, oui, mais on restitue beaucoup ! Le site internet de l’Atlas des Régions Naturelles est libre de droits, hors utilisation commerciale. On fournit donc une documentation gratuite. Les financements que l’on reçoit sont largement réintroduits dans la sphère publique. On a mis du temps à formaliser ce modèle au départ très empirique et intuitif. À partir du moment où l’on a repris le contrôle de la situation en réalisant notre propre programme, les gens se sont mis à s’intéresser à ce qu’on faisait. Nous avons reçu beaucoup d’intérêt de la part d’étudiants en architecture, de jeunes artistes qui, tout d’un coup, voyaient dans notre modèle une alternative à la galère à laquelle, il faut bien dire les choses, tous les jeunes artistes sont confrontés.

    Pour en revenir à la fiction, qu’est-ce que serait « l’histoire vraie » que vous évoquez ?
    Éric Tabuchi : Je me situe vraiment, en ce qui concerne la photographie, du côté de la documentation où la photographie a pour mission de décrire un objet. C’est sa particularité, sa vocation principale. De l’autre côté, il y a la fiction, qui est l’autre mode de représentation du réel. Je me suis longtemps situé du côté de la documentation, avec des petits écarts comme mon premier livre, Alphabet Truck[3], une collection de monogrammes sur le dos des camions. Ce n’était pas à proprement parler documentaire, c’était même presque romanesque et romantique, dans le sens où l’écart entre l’effort consenti et le résultat est tellement énorme qu’il y a une forme de dérision qui en découle. Dans le projet de l’Atlas des Régions Naturelles, par contre, on est dans un rapport descriptif et utilitaire, dans un rapport documentaire, dans un rapport politique. Étrangement, depuis nos résidences dans les centres d’art de la Villa du Parc à Annemasse en Savoie et GwinZegal à Gingamp en Bretagne, on s’est écartés de la route. On a commencé à garer notre voiture, qui est pourtant notre principal outil d’exploration, pour mettre nos chaussures de randonnée et quitter la route. En quittant la route, on a quitté le rapport documentaire, on est entrés dans un rapport beaucoup plus romanesque.

    Nelly Monnier : On l’a quittée parce qu’on était déroutés – c’est le cas de le dire. Quand on a commencé cette résidence en Bretagne, on a été très étonnés de ce qu’on a découvert ou justement, de ce qu’on n’a pas réussi à comprendre. On était interloqués en permanence : on n’a pas réussi à déceler quelle pouvait être l’histoire actuelle de la Bretagne, quelle était sa culture, c’était très peu visible dans son architecture.

    Quel est précisément votre protocole de travail ?
    Nelly Monnier : Nous nous fixons un objectif de 50 clichés par région naturelle. Plus ou moins bien sûr, parce que les régions naturelles du Nord de la France sont beaucoup plus grandes, comme la géologie est beaucoup plus « simple ». Plus on va vers le Sud, vers le Sud-Ouest en particulier, plus les régions naturelles sont petites. Dans ces régions-là, on peut parfois se limiter à 25 photographies.

    Éric Tabuchi : La base de l’Atlas des Régions Naturelles c’était de combler les vides. Quand il y a eu cette exposition à la BnF, « Paysage français », à laquelle je participais, on a été frappés de voir que la plupart des travaux concernaient le pourtour de la France, c’est à dire les côtes.

    Nelly Monnier : Même les missions photographiques nationales de la DATAR, en réalité, représentaient des territoires bien définis…

    Éric Tabuchi : … Des territoires a priori photogéniques. Effectivement, l’idée de s’approcher de la mer ou des sommets produit une sorte de facilité dans la construction d’images qui attirent à la fois les touristes et les photographes. Il nous a semblé qu’il y avait quelque chose d’injuste. Voyageant beaucoup en France, on traversait beaucoup de lieux qui nous semblaient très intéressants et tout à fait dignes d’être présentés, mais qui ne l’étaient pourtant pas. Dès le départ, notre objectif a été de prendre l’ensemble du territoire français, de le quadriller en petites zones, de les représenter de manière égalitaire, qu’elles soient complètement perdues, désertées, ignorées, non-représentés ou a contrario, ultra fréquentées et d’en produire 50 photographies quoi qu’il en soit dans le but de rompre avec les disparités de représentation. On a très vite voulu s’extraire du centralisme français. On ne représentera pas Paris parce que la capitale jouit d’une déjà d’une large visibilité.

    Pourtant, le Parisis est l’une des régions naturelles…
    Nelly Monnier : Oui, le Parisis aura donc ses 50 photos au même titre que les autres. On essaye de trouver un équilibre dans les sujets au sein d’une même région, d’avoir, par exemple, trois paysages, trois fermes… puis de suivre l’évolution de l’architecture jusqu’à aujourd’hui. Dans le Parisis, ce sera beaucoup plus complexe.

    Éric Tabuchi : En Lorraine aussi, c’est très difficile de remonter jusqu’à l’architecture rurale ancienne.
    On s’est rendus compte que le titre Atlas des Régions Naturelles suscitait des malentendus parce que beaucoup de gens retenaient de notre projet le terme « naturel » et nous demandaient souvent pourquoi y avait-il tant d’usines par exemple. La réponse est très simple : les régions naturelles sont des régions qui sont déterminées initialement par la géologie et l’histoire les a parfois ensevelies à la faveur de l’industrialisation.
    La géologie de la France est très particulière. La France est ouverte sur la Méditerranée, l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord. Elle a cinq massifs, si l’on compte le Massif central alpin et le Massif armoricain qui, même s’il a été complètement érodé, va générer des particularités géologiques très fortes. Avec autant de fragments différents rassemblés dans un petit espace, le territoire français est à peu près unique, en Europe, et même dans le monde, d’où la gastronomie, les fromages, tous ces particularismes. En France, on peut passer d’un sol à un autre en quelques kilomètres. Pour ma part je l’ignorais. L’idée d’établir un lien entre le sous-sol et l’architecture vernaculaire, et d’observer la manière dont l’industrialisation marque une rupture est inédite. Même plus récemment, après-guerre, l’unité du parpaing et du béton, qui n’était alors plus dépendante des ressources locales, a brusquement homogénéisé tout le territoire.

    On parle beaucoup aujourd’hui de la notion de « territoire ». Dans un article récent, le géographe Aurélien Delpirou remarquait que les gilets jaunes avaient certes contribué à donner une nouvelle visibilité à certains lieux, mais également à cristalliser le débat autour des questions territoriales. Selon lui, tendance de fond cherche à substituer la question territoriale à la question sociale alors qu’il faudrait les analyser et les travailler ensemble par complémentarité.
    Éric Tabuchi : Étant moitié japonais, moitié danois, j’ai toujours eu un rapport d’extériorité à ce pays, qui m’a toujours fait envisager les choses autrement. J’ai subi pendant toute mon enfance, et même par la suite, le sort des immigrés, c’est-à-dire le fait de ne pas être tout à fait français, sans être non plus tout à fait originaire d’un autre pays. On est dans cet entre-deux qui, très vite, m’a conduit à photographier des lieux qui étaient eux-mêmes des entre-deux. Les choses qui m’intéressent sont des choses qui sont dans un entre-deux temporel, qui sont en train de disparaître ou en train d’apparaître, ou qui sont survenues sur une crête, sur une frontière, sur quelque chose de « limite ». Tous les deux, on assume absolument l’idée qu’il y a une part profondément politique à dire, voilà, on va éclairer des zones du territoire en essayant d’abolir la hiérarchie qui décrit le beau et le laid, l’utile et l’inutile avec les critères les plus équitables. Que l’on photographie un château ou une maison abandonnée, les moyens que l’on utilise sont les mêmes. On peut regarder une maison très modeste en se disant que ce sont des matériaux magnifiques ; c’est un aboutissement dans une méthode de construction qui est tout aussi respectable qu’un château ou une villa bourgeoise.
    L’essence première de notre travail est l’architecture. Mais l’architecture est une émanation de phénomènes politiques. Quand on étudie une cité ouvrière dans le Nord ou une cité HLM dans le Sud, un village abandonné dans la Creuse ou le Familistère de Guise, tout cela est une production politique. Et quand on étudie cette production, on ne la déconnecte pas de ses origines politiques. Au contraire, on la fait ressurgir parfois parce qu’il y a des objets qu’on dépoussière, qu’on sort de l’oubli : des petites baraques d’après-guerre qui ont été construites pour l’habitat temporaire…

    Nelly Monnier : Certains objets émanent d’une économie ou d’une activité, mais on a aussi tendance à photographier ceux, non pas qui se démarquent, mais pour les gestes personnels qui s’expriment à travers leur architecture.

    Éric Tabuchi : L’autre programme politique, c’est un éloge de la diversité. L’écueil principal dans cette étude des territoires, c’est de sombrer dans une sorte de régionalisme ultra refermé sur lui-même. Notre projet représente tout le contraire. Il cherche vraiment à ouvrir toutes ces singularités régionales sur son voisinage immédiat et plus largement sur l’ensemble du pays.

    Faire fusionner la carte des régions naturelles et la carte routière parait étonnant. Pourquoi s’appuyer sur l’infrastructure routière ?
    Éric Tabuchi : La France est le pays au monde où il y a le plus de routes au kilomètre carré, ce qui rejoint l’idée que le morcellement des régions naturelles a présidé à la fabrication de routes pour les desservir.

    Nelly Monnier : Jusqu’à ce qu’on aille en Bretagne, la route nous suffisait comme vitrine de l’architecture, parce que l’architecture est dépendante d’un réseau routier. Documentant l’architecture, il nous a semblé assez évident que, grosso modo, la route était un réservoir suffisant pour la représenter. En Bretagne, le bord de la route n’était plus suffisant.On a du aller au-delà. En Haute-Savoie aussi la pratique du paysage est très différente.

    Votre pratique du paysage a changé avec la topographie ?
    Nelly Monnier : Oui ! C’était une grande découverte pour nous, car la limite de la description qui inclut le paysage était remise en cause. Ainsi que certains modes de déplacement qu’on n’avait pas envisagés jusque-là : la navigation en Bretagne et les repères qu’elle occasionne par exemple. On a donc documenté les amers en Bretagne, l’alpinisme et la recherche des sommets en Haute-Savoie. On a aussi documenté les cheminées géodésiques, des cheminées qui permettent, par le biais de triangulation, de déterminer des altitudes.

    Éric Tabuchi : On a toujours présenté l’Atlas des Régions Naturelles comme un éloge du proche et de la lenteur. On ne roule qu’à 20 kilomètres/heure en général. On roule très lentement ! Mais cette année, on a encore ralenti considérablement.

    Nelly Monnier : C’est aussi une des choses qui nous caractérise, depuis toujours, on travaille à partir de la voiture. Je suis peintre, mais j’ai toujours travaillé à partir de cette expérience de la route. Toi, Eric, n’en parlons pas ! On représente les restes d’une génération pour laquelle la voiture était un outil de liberté.

    Éric Tabuchi : Ces deux résidences en Haute-Savoie et en Bretagne sont assez exceptionnelles. Quand on a terminé la résidence en Savoie, j’ai redouté de retrouver les terrains plats, la plaine, parce qu’il y a une exaltation de l’altitude à laquelle on s’habitue. J’avais peur qu’en redescendant dans la plaine, on finisse par s’ennuyer. Retrouver l’extrême banalité d’un petit village de la plaine du Nivernais m’a finalement enchanté. Ça m’a tout de suite rassuré, je me suis dit « j’adore cet endroit ».

    Vous avez sillonné la Haute-Savoie à l’invitation du centre d’art la Villa du Parc à Annemasse pour en documenter les cinq régions naturelles : le Chablais, le Faucigny, le Genevois, la Savoie Propre et le Beaufortain.
    Éric Tabuchi : On a beaucoup circulé dans les vallées. On a voulu établir un rapport d’équité entre la partie haute de la Haute-Savoie dédiée aux plaisirs des sports d’hiver, et le bas des vallées beaucoup plus industriel. On a essayé de ne pas être immédiatement aimantés par les sommets, et passé beaucoup de temps à traîner dans les vallées.

    Nelly Monnier : C’est la neige qui nous a fait quitter la voiture. On s’est rendu compte de ce rapport étrange à la propriété en Haute-Savoie : à partir du moment où il neige, légalement, la propriété est abolie. On pouvait pénétrer des domaines qui sont d’ordinaire complètement clos et interdits d’accès.
    C’est pour cela qu’on a rapporté beaucoup d’images du bâti rural, présentes dans l’exposition. Quand la neige atteint une certaine hauteur, elle efface les frontières. Les clôtures sont montées quand les bêtes arrivent mais sinon, tout est ouvert. C’est à cause de cela, ou grâce à cela, que les sports d’hiver se sont autant développés. Tout ou presque peut être traversé en ski de fond.

    Éric Tabuchi : L’essentiel de notre résidence à la Villa du Parc a eu lieu en hiver. Il neigeait vraiment beaucoup et on était dans ce territoire ouvert, difficilement accessible car il est difficile de marcher dans un mètre de neige, mais libre d’accès. Pour peu qu’on s’en donne la peine, on pouvait aller photographier une grange ou d’autres choses en temps ordinaire beaucoup plus fermées. Dans notre travail, on est évidemment souvent confrontés à cette question de la propriété privée.

    Vous dites qu’Empire et Galaxie est une exposition « entre une discothèque et un écomusée »…
    Éric Tabuchi : Nous ne sommes pas sociologues, ni géographes ou scientifiques. On s’improvise un peu tout ça à la fois, mais avec ne distance et une sorte d’auto-ironie permanente. L’humour est très présent dans l’Atlas des Régions Naturelles et vient tempérer cette ambition programmatique de tout photographier. L’Atlas est un objet froid mais c’est un aussi un objet grouillant et assez vivant, chaleureux, qui s’exprime dans la peinture, le graphisme… Nous avons relevé beaucoup de phrases et de signes graphiques omniprésents. Dans le paysage Le titre Empire et Galaxie peut paraître un peu ronflant, mais quand on visite l’exposition on comprend que ce sont les noms d’une discothèque et d’un café, ce qui met en tension l’extrêmement ordinaire et l’extraordinaire. Ces dynamiques sont très présentes dans l’Atlas.

    Nelly Monnier : En Haute-Savoie, on a ressenti une cohabitation de désirs, d’ambitions et d’origines très diverses. Pour cette raison, on a organisé l’exposition comme une discothèque : « cinq salles – cinq ambiances », une manière de classer toute la matière accumulée et de tirer les différents fils du projet.

    Éric Tabuchi : Dans sa version site Internet, l’Atlas des Régions Naturelles est une archive photographique. Mais on se rend compte que cela ne suffit pas forcément à décrire les émotions, la richesse, toute la gamme des ressentis qu’on peut avoir dans un lieu. Montrer seulement des photos finit par ne rien raconter du tout. C’est dans la mise en tension de la peinture, de l’objet, de la sculpture et de la contextualisation de ces ensembles qu’on représente le territoire, les sensations, son objectivité mais aussi sa subjectivité. Tout cela produit une identité, qui est peut-être tronquée, peut-être même fausse, mais qui permet au visiteur de l’exposition, au regardeur, de s’interroger sur ce qui l’entoure, sur la réalité des préjugés qui construisent notre regard. Au fond, notre ambition artistique est d’interroger les préjugés esthétiques et de les remettre à plat, de les bousculer un peu, pas du côté de l’avant-garde, de la provocation, de l’expérimentation tous azimuts, mais plutôt du côté de l’art pop et populaire en même temps. On est très attachés au fait d’être recevables et à peu près compréhensibles par le plus grand nombre. On essaye d’établir un dialogue qui interroge les représentations d’une manière qui soit à la fois ouverte, distrayante et un peu intelligente si possible. L’ensemble de ces aspects nous a conduits à créer des objets-expositions représentatifs de notre curiosité.

    Nelly Monnier : C’était aussi assez spécifique à la Haute-Savoie et à cette tradition très vivace du décoratif dans les objets usuels. Dans l’exposition, on a consacré une salle aux alpages et au monde rural. On voulait évoquer cette gestion du temps très particulière dans le milieu agricole en montagne, où l’hiver est consacré à des tâches futiles, qui sont nos tâches d’artistes. Par exemple tout le travail du bois, à la fois pour la décoration de la vaisselle, mais aussi tous les objets qui permettent de marquer les aliments que l’on produit, marques à beurre, marques à pain très décorées et pas uniquement fonctionnelles, un travail fait en hiver.

    Dans Empire et Galaxie, les peintures de Nelly représentent certains symboles prélevés dans les paysages traversés sur un fond de crépi. Ce matériau a été largement déconsidéré par l’architecture contemporaine à la faveur d’un retour de la vérité constructive : montrer les matériaux de construction pour ce qu’ils sont, sans les cacher.
    Nelly Monnier : À la Villa du Parc, il s’agissait d’une proposition régionale spécifique à la Haute-Savoie, mais j’ai réalisé des tableaux dans d’autres régions, par exemple dans le Vercors ou en Bretagne. Je vois ce travail comme une manière de redonner un peu de crédit à certaines matières et à certaines formes en les réinscrivant dans une histoire de la peinture. Je peins du crépi depuis trois ans, j’ai de l’affection pour le crépi.

    Éric Tabuchi : Dans la réhabilitation du crépi, il y a quelque chose de programmatique et de très politique. C’est le matériau populaire par essence, la chose la plus délaissée, détestée à partir de 1968, jusque très tard. Le crépi représente l’une des choses les plus blâmables de la culture moyenne de la petite bourgeoisie.

    Nelly Monnier : Alors que c’était un outil de différenciation et un moyen d’assumer des gestes artistiques très forts. Après avoir terminé son travail, l’artisan maçon pose son crépi et c’est sa signature. On cherche en permanence ces signatures. L’Atlas des Régions Naturelles a un gros répertoire du crépi, qui est pour nous à la croisée des chemins entre le passé et le futur. On enlève le décoratif, on normalise l’architecture, on supprime le geste, alors qu’il n’y a rien de plus bienveillant que de poser un crépi.

    Éric Tabuchi : Les peintures de Nelly sont des peintures hyperréalistes, parce qu’au fond, elles représentent du crépi avec du crépi. On peut dire que c’est un grand éloge du décoratif modeste et populaire en tant qu’expression de la singularité de chacun et du droit d’exister esthétiquement, individuellement. On milite totalement pour ce genre de geste.

    Nelly Monnier : Quand on a commencé à répondre à des entretiens comme cela, on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de journalistes qui nous disaient : « vous faites un atlas de la France moche, des lieux abandonnés, de ces zones où personne n’habite. » En fait, c’était l’inverse qu’on avait commencé à faire.

    Éric Tabuchi : C’est un atlas de la France qu’on adore.

    Exposition « Empire et galaxie » à la Villa du Parc à Annemasse jusqu’au 19 décembre.

    [1] Frédéric Zégierman, Le guide des Pays de France – Nord, Fayard, 1999, 749 pages et Le guide des Pays de France – Sud, Fayard, 1999, 637 pages.

    [2] Éric Tabuchi, Alphabet Truck, Les Presses du réel, 2008.

    https://www.archive-arn.fr
    https://atlasrn.fr

  • Le président Macron tente de recoller les morceaux mais aggrave son cas
    octobre 5, 2021 - 8:57 Rédaction - Algérie Patriotique
    https://www.algeriepatriotique.com/2021/10/05/le-president-macron-tente-de-recoller-les-morceaux-mais-aggrave-

    Par Abdelkader S. – Le président français essaye de rectifier le tir après avoir suscité l’ire des autorités algériennes par ses propos maladroits dont lui seul a le secret. Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron provoque une crise avec l’Algérie, mais aussi avec d’autres pays dont il croit détenir quelque tutelle, à l’instar du Liban ou du Mali, entre autres. Intervenant sur France Inter, il a repris son antienne coutumière en affirmant souhaiter qu’« il y ait un apaisement ». Macron semble ne pas se rendre compte que, cette fois-ci, on n’est plus dans la petite « scène de ménage » entre l’ancienne puissance coloniale et son ex-colonie, mais bel et bien dans une crise profonde aux dimensions jamais égalées depuis l’indépendance de l’Algérie.

    « Il y aura immanquablement d’autres tensions. Ce ne sont que des histoires de blessures. Le problème, c’est que beaucoup sont inconciliables les unes avec les autres. Or, on est tous ensemble dans le même pays, et donc on doit avoir un projet national qui nous embarque », a-t-il répondu, sans que l’on sache exactement à qui le candidat à sa propre succession dans six mois s’adresse. Macron cherche indubitablement à gagner les voix des harkis et des binationaux dont il escompte un soutien massif face à l’extrême-droite qui montre ses crocs et qui risque bien de créer la surprise en 2022. (...)

    #FranceAlgérie

    • Why Macron ditched efforts to heal colonial wounds with Algeria
      https://www.middleeasteye.net/opinion/france-algeria-macron-elections-end-heal-colonial-wounds
      Malia Bouattia
      5 October 2021 11:23 UTC |
      The diplomatic spat between the two countries is being used by Macron to help him win right-wing support ahead of the 2022 elections

      The diplomatic row between Algeria and France, which escalated considerably over the weekend, has not only led to the resurfacing of old colonial wounds, but also raised important questions over the leadership of both countries.

      French President Emmanuel Macron made comments about Algeria being ruled by a “political-military system” whose history it has “totally rewritten”. This history, he stated, is “not based on truths” but “on a discourse of hatred towards France”. He added to the fire by posing, “was there an Algerian nation before French colonisation?” (...)

    • Le fond de l’air est brun ! Les surenchères sur le dos des Maghrébins. #Gisti
      https://www.gisti.org/spip.php?article6680

      Décidément, à chaque période électorale la même musique lancinante est orchestrée : Les migrants seraient la source des problèmes de la France ! Cette fois-ci nous atteignons un degré d’ignominie invraisemblable avec les délires d’un candidat à la présidentielle (non déclaré pour l’instant) qui en appelle à « la pureté de la race française » ! Comme avant lui l’extrême droite et nombre de leaders de la droite.

      Face à ce climat nauséabond, le président de la République n’a pas trouvé mieux que de surenchérir en décidant la limitation de délivrance des visas à hauteur de 50% aux demandeurs venant des trois pays du #Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), invoquant le refus des autorités de ces trois pays de délivrer plus de laissez-passer, par leurs consulats, aux migrants sous le coup d’une obligation à quitter le territoire (OQTF).

      Cette mesure met de nouveau, à l’index une population stigmatisée depuis toujours, mais elle risque également de toucher gravement les échanges familiaux de Françaises et de Français d’origine maghrébine, instaurant, de fait, une citoyenneté à deux vitesses.

      Il est urgent de s’élever contre une aussi grave atteinte aux droits humains qui porte, pour des raisons de chantage honteux, atteinte à la libre circulation de citoyens ayant leurs attaches, aussi bien en France qu’au Maghreb.

      Cette mesure est le signe d’une grave pollution du débat public, mettant en avant les thèses les plus extrémistes, cherchant encore une fois à imposer le thème de l’immigration, pour escamoter les véritables questions liées à la justice sociale, la solidarité et l’égalité des droits.

      Nous associations signataires, réclamons l’arrêt de cette mesure discriminatoire et inhumaine, et appelons l’ensemble des acteurs de la société civile, tant en France que dans les pays du Maghreb, à se mobiliser pour empêcher de telles dérives.

    • Comment Alger et Paris règlent leurs comptes en tenant l’Histoire en otage
      Adlène Meddi
      Mercredi 6 octobre 2021 - 07:27
      https://www.middleeasteye.net/fr/opinionfr/france-algerie-tensions-guerre-colonisation-diplomatie-macron-tebboun

      La focalisation du président français Emmanuel Macron, et des relais médiatiques en France, sur les tensions autour de la question mémorielle entre Alger et Paris renseigne sur cette volonté française d’éluder le fond du problème algéro-français : les trop nombreux blocages des dossiers de la coopération entre les deux pays.

      Dans la matinale de la radio France Inter, le mardi 5 octobre, le président français en a remis une couche, tout en souhaitant un « apaisement » : « Quand on m’a posé une question sur l’accueil qui a été fait au rapport Stora en Algérie, j’étais obligé de dire la vérité. Le président [algérien Abdelmadjid] Tebboune en a parlé avec nous, et c’est quelqu’un en qui j’ai confiance, et il avait des mots amicaux et proportionnés. Mais la contrepartie de Benjamin Stora a eu des mots extraordinairement durs, beaucoup de gens ont insulté, parfois menacé, Benjamin Stora suite à ce rapport. On ne peut pas faire comme si cela n’était rien. »

  • « Par définition, il n’y a pas de flux irréguliers de demandeurs d’asile » | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/definition-ny-a-de-flux-irreguliers-de-demandeurs-dasile/00100199

    #flux_migratoires_irréguliers #gisti #fabrique_de_l'opinion #mensonge_d'état

    Entretien « Par définition, il n’y a pas de flux irréguliers de demandeurs d’asile »
    Jean-Pierre Alaux Juriste, Membre du Gisti, anciennement chargé de l’asile.

    Après la prise de Kaboul par les talibans, Emmanuel Macron appelait à « anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants ». En réaction à ces propos, Jean-Pierre Alaux, juriste et membre du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), revient sur les voies légales actuelles en matière d’accueil des réfugiés afghans.

    Anciennement en charge de l’asile auprès de l’organisation, qui appelle à l’ouverture de nouvelles voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions, il déplore le manque de solidarité des pays occidentaux. Et rappelle que les signataires de la Convention de Genève, dont fait partie la France, se doivent d’accueillir les réfugiés qui entrent sur leur territoire.

    Face à la situation en Afghanistan, que peut faire la France ?

    Je dirais plutôt « que doit faire la France ? ». En effet, l’Hexagone se doit d’appliquer la Convention de Genève de 1951, tout comme les autres pays signataires. Il s’agit du texte fondateur international en matière de droit d’asile, dont le grand prêtre est le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Cette convention définit ce qu’est un réfugié, quels sont ses droits et quelles sont les obligations des Etats signataires à son égard.

    L’article 1 stipule qu’un réfugié est une personne qui est persécutée, ou qui craint de l’être, et qui, en raison de cette crainte, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité. Autre élément fondamental de la convention, spécifié dans l’article 31 : un pays ne peut pas appliquer de sanction aux réfugiés du fait de l’entrée sur son territoire sans autorisation. Les réfugiés ont ainsi le droit, garanti par l’ONU, de traverser les frontières sans y être autorisés au préalable. Enfin, l’article 31 dit également qu’il n’est pas question pour les Etats signataires de renvoyer les réfugiés dans leur pays d’origine.

    Il est important de noter que, pour la convention, un réfugié ne se limite pas à ceux qui ont obtenu le statut de réfugié, mais comprend également ceux qui visent la protection du statut de réfugié.

    Comment réagissez-vous au discours d’Emmanuel Macron, quand il parle de « flux migratoires irréguliers vers l’Europe » ?

    J’ai été scandalisé. Tout simplement car, par définition, il n’y a pas de flux irréguliers de demandeurs d’asile. C’est le droit qui le dit. Un Afghan qui traverse un certain nombre de pays franchit plusieurs frontières, et arrive en France par exemple, n’est pas du tout un « flux irrégulier », puisque la Convention de Genève, que la France a signée, dit que les demandeurs de protection internationale ont la particularité unique, par rapport aux autres types de migrants, de pouvoir se déplacer sans autorisation, et donc de ne pas être en situation irrégulière lors de ce déplacement. Et ça, Emmanuel Macron le sait parfaitement. Il ment en connaissance de cause.

    En France, où en est-on en matière d’asile ? Le statut de réfugié est-il facilement accordé ?

    Non, ce n’est pas du tout un statut facilement accordé. Globalement, en France, on tourne autour de 20 % de décisions positives, si on additionne les demandes de protection internationale faites auprès de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra)1 et de la Cour nationale du droit d’asile (Cnda), l’instance d’appel après les éventuels rejets de l’Ofpra.

    Ensuite, et c’est important à savoir, depuis une dizaine d’années, il y a deux statuts selon les règles européennes : le statut de réfugié – qui est le statut historique et est interprété comme devant s’appliquer aux personnes qui sont personnellement visées par des persécutions ou des risques de persécutions – et la protection subsidiaire.

    La protection subsidiaire, inventée par l’Union européenne (UE), s’applique aux personnes qui ne sont pas en mesure d’établir qu’elles sont personnellement visées par des risques, mais qui viennent de pays où « tout est dangereux », c’est-à-dire que la situation est dangereuse pour tout le monde, et que ça pourrait donc « leur tomber sur la tête » à tout moment.

    Il y a une grande différence entre ces deux statuts. Le premier donne droit à une carte valable dix ans, renouvelable à l’infini. Le deuxième, lui, se traduit par l’attribution d’une carte de séjour « vie privée et familiale », d’une année de validité, et renouvelable. La protection subsidiaire est donc un statut beaucoup plus précaire que le statut de réfugié, et a de nombreux inconvénients. Par exemple, quelle banque accorderait un emprunt à quelqu’un qui n’a pas la certitude de pouvoir reste plus d’un an sur le territoire ? De plus, théoriquement, si la situation dans le pays d’origine redevenait idyllique, la carte de séjour peut être retirée.

    A partir du moment où l’Europe a inventé un statut plus précaire que le statut de réfugié, petit à petit, et de manière assez prévisible, c’est ce statut qui a été le plus accordé. Aujourd’hui, en France, 60 % à 70 % des Afghans auxquels on donne une réponse positive reçoivent la protection subsidiaire, et c’est donc une minorité d’entre eux qui bénéficient du statut de réfugié. C’était l’inverse il y a encore cinq ans.

    Néanmoins, et il faut le préciser, la France a renvoyé bien moins de personnes en Afghanistan que le Danemark ou l’Allemagne, et se trouve parmi les pays qui en a le moins renvoyé, alors même que les Afghans étaient parmi les premiers demandeurs d’asile en 2020.

    La France peut-elle « choisir ses migrants » ?

    La France peut choisir ses migrants, sauf, justement, pour les réfugiés. Dans la mesure où quelqu’un, d’où qu’il vienne, déclare avoir été persécuté, ou affirme risquer de l’être, la France est dans l’obligation d’accepter cette personne réfugiée. Néanmoins, il existe une particularité européenne, qui constitue un nouvel obstacle : le système de Dublin.

    Celui-ci ne s’oppose pas à la Convention de Genève, mais il impose que le seul pays habilité à examiner une demande d’asile soit le pays par où la personne demandeuse d’asile est entrée dans l’UE. En pratique, il s’agit souvent du premier pays où la personne a été contrôlée par la police, et où son empreinte digitale a été prise.

    Par la suite, si cette personne demande l’asile dans un autre pays, elle sera renvoyée dans ce premier pays. C’est pourquoi les pays européens en bordure de l’UE, comme l’Italie ou la Grèce, protestent contre l’absence de solidarité des autres Etats, argumentant que leur position géographique ne devrait pas impliquer une telle différence dans la prise en charge des demandeurs d’asile.

    Par le passé, comment l’Europe et la France avaient-elles réagi lors de crises similaires ?

    A l’origine, dans les années 1950, il n’y avait pas l’UE, mais la plupart des réfugiés étaient reconnus à partir de ce que le UNHCR appelait le prima facie. Selon ce principe, toute personne qui venait d’un pays secoué par des violences manifestes, ou qui faisait partie d’une minorité qui était persécutée, pouvait obtenir le statut de réfugié, à la seule condition de prouver son appartenance à ce pays ou à cette minorité. Il n’était pas nécessaire de raconter des histoires individuelles.

    Le statut prima facie s’est appliqué aux ressortissants de l’Europe de l’Est au temps du rideau de fer. Il suffisait alors de prouver que vous étiez Hongrois, par exemple, et vous receviez le statut. C’est également ce qu’il s’est passé dans les années 1970 : sous la pression, les pays occidentaux ont décidé d’accueillir les réfugiés du sud-est asiatique (Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens) qui prenaient la mer, à la seule condition de prouver leur nationalité.

    Néanmoins, il faut préciser qu’il s’agissait à l’époque essentiellement de réfugiés qui appartenaient à une couche sociale bien supérieure à celle des réfugiés actuels. Les demandeurs d’asile étaient des intellectuels, des artistes, voire des militants syndicaux. Du coup, il y avait une sorte de conjugaison entre les convictions humanitaires et les facilités d’intégration dans nos sociétés.

    De plus, cette « sélection sociale » faisait qu’ils étaient peu nombreux. Aujourd’hui, les demandeurs d’asile afghans sont principalement issus de couches populaires, d’origine paysanne ou de très petits commerçants de provinces éloignées de Kaboul. Fatalement, ces personnes sont plus nombreuses que les élites.

    De manière générale, on est actuellement face à une Europe très peu généreuse. Emmanuel Macron, Angela Merkel et les pays occidentaux appliquent la même vieille philosophie de classe que celle du temps du rideau de fer : ils sont prêts à accueillir et protéger les artistes, les intellectuels, les professeurs d’université et les défenseurs de droits humains, mais à laisser sans protection les paysans, les petits artisans...

    Qu’en est-il des autres pays, tels les Etats-Unis ou le Canada ?

    Les Etats-Unis ont des paroles relativement tolérantes en ce moment, et sont plutôt décontractés, car ils savent qu’ils ne recevront qu’une très petite minorité du flux afghan, du fait de leur position géographique. Ils feront donc avec. Mais je suis méfiant, car ce dernier mois, Joe Biden est en train de revenir à la politique de Donald Trump à la frontière mexicaine.

    Le Canada prévoit d’accueillir 20 000 réfugiés. Néanmoins, ça fait très longtemps que le pays applique une politique d’acceptation sur dossier, afin que les qualifications des personnes admises dans le pays correspondent aux besoins du marché de l’emploi du moment. La protection est donc donnée à condition que ça leur serve à quelque chose. Le Royaume-Uni prévoit de faire pareil sur une période de quatre ou cinq ans, et d’accepter principalement les personnes qualifiées ou formées.

    De manière générale, le bilan est le même : les individus qui courent des risques dans le monde sont de plus en plus nombreux, mais le premier réflexe des pays occidentaux est de déclarer vouloir se protéger avant de protéger les Afghans eux-mêmes. Il n’y a aucun pays qui se démarque réellement pour sa solidarité.

    Note 1.22 % de réponse positive de l’Ofpra en 2018, 15 % en 2020.

    Propos recueillis par Margot Vermeylen

  • Justice pour Aleksandra ! [Actions collectives] ⋅ #GISTI
    https://www.gisti.org/spip.php?article6675

    Il y a tout juste un an, le 05 septembre 2020, mourait Aleksandra, bébé née prématurément après une intervention policière sur le littoral proche de Calais. Un an plus tard, un collectif de soutien, composé d’universitaires, de militant·es, d’artistes et d’associations, demande que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

  • L’Afghanistan vu par les femmes de RAWA – ACTA
    https://acta.zone/lafghanistan-vu-par-les-femmes-de-rawa

    Les #Talibans ont pris le pouvoir en #Afghanistan dans la foulée du retrait des forces d’occupation américaines. Alors que la situation des femmes afghanes a souvent été instrumentalisée par les médias mainstream et les intellectuels philo-impérialistes pour légitimer les interventions occidentales, nous avons souhaité traduire en français cette interview de l’une des porte-parole de l’Association des #femmes_révolutionnaires d’Afghanistan (RAWA), réalisée il y a quelques semaines alors que les Talibans entamaient leur reconquête militaire.

    RAWA est une organisation politique féministe basée à Quetta, au Pakistan, et fondée en 1977 par Meena Keshwar Kamal dans le but d’aider les femmes dans leur lutte pour l’émancipation et les droits civils. Dès les années 1990, lors du premier régime taliban, elle a mené des activités clandestines dans le pays en soutien à l’émancipation des femmes. À travers cet entretien mené par l’Osservatorio Afghanistan, Maryam fait le bilan de 20 ans d’occupation occidentale et formule des perspectives sur la continuation de la lutte dans la nouvelle séquence qui s’ouvre.

  • Macron et les réfugiés afghans, #déclaration du 16.08.2021

    « Les déstabilisations de l’#Afghanistan risquent d’entraîner des #flux_migratoires irréguliers vers l’Europe. La #France, comme je l’ai dit, fait et continuera de faire son #devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés. Nous prendrons toute notre part dans le cadre d’un effort international organisé et juste. Mais l’Afghanistan aura aussi besoin dans les temps qui viennent de ses forces vives et l’Europe ne peut pas à elle seule assumer les conséquences de la situation actuelle. Nous devons anticiper et nous protéger contre des #flux_migratoires_irréguliers importants qui mettraient en #danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature. »

    https://twitter.com/BFMTV/status/1427333351250223104

    –---

    Afghanistan : Macron annonce une « initiative » européenne pour « protéger contre des flux migratoires irréguliers importants »

    Au lendemain du retour au pouvoir des talibans, Emmanuel Macron a consacré une bonne partie de la journée de lundi à ce « tournant historique » qui va avoir « des conséquences majeures pour l’ensemble de la communauté internationale, pour l’Europe, et la France ».

    Emmanuel Macron a dit lundi vouloir porter une initiative européenne visant à « anticiper » et « protéger contre des flux migratoires irréguliers importants » qui « nourrissent les trafics de toute nature », lors d’une allocution télévisée consacrée à la situation en Afghanistan, tombé aux mains des talibans.

    « Nous porterons donc, en lien avec la République fédérale d’Allemagne et d’autres Européens, une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie », a poursuivi le président français, en appelant à « la solidarité dans l’effort, l’harmonisation des critères de protection et la mise en place de coopérations avec les pays de transit ».

    « L’Europe ne peut pas seule assumer les conséquences de la situation »

    « L’Europe ne peut pas, à elle seule, assumer les conséquences de la situation actuelle », selon lui.

    Cette question est sensible alors que les Afghans ont constitué en 2020 10,6% des demandeurs d’asile dans l’UE (un peu plus de 44.000 sur quelque 416.600 demandes), le deuxième contingent derrière les Syriens (15,2%), selon l’agence statistique de l’UE Eurostat.

    À l’instar d’autres capitales, Paris a suspendu depuis juillet les expulsions de migrants afghans déboutés de leur demande d’asile.

    Tout comme une résurgence du terrorisme, une nouvelle vague migratoire est crainte par de nombreux responsables politiques, comme le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, qui a appelé la France et l’Europe à « faire preuve d’une fermeté qui leur a souvent manqué pour éviter une vague migratoire déstabilisatrice ».

    https://www.bfmtv.com/politique/elysee/afghanistan-macron-annonce-une-initiative-avec-les-europeens-pour-proteger-co

    #Macron #Emmanuel_Macron #protection #asile #migrations #invasion #rhétorique #afflux #réfugiés_afghans #discours #migrants_irréguliers #anticipation

    #il_l'a_vraiment_dit

    ping @isskein @karine4

  • Révoltes dans les centres de rétention : le gouvernement jette de l’huile sur le feu [Actions collectives] ⋅ #GISTI
    https://www.gisti.org/spip.php?article6639

    Le mouvement de révolte qui a éclaté ces derniers jours au #CRA (centre de rétention administrative) du Mesnil Amelot met une nouvelle fois en lumière les conditions désastreuses dans lesquelles des personnes étrangères, à qui on reproche seulement d’être dépourvues de documents de séjour, sont enfermées dans ces lieux de privation de liberté. Des conditions qui ont empiré avec la crise sanitaire, notamment depuis l’automne 2020. La seule réponse à la légitime révolte de ces personnes a été une répression violente par les forces de police.

    Les tensions se sont encore aggravées depuis que l’administration oblige les personnes en instance d’éloignement à subir un test PCR afin de pouvoir les expulser vers les pays qui exigent un test négatif pour entrer sur leur territoire. Celles qui refusent sont placées en garde à vue à la fin de la période de rétention et souvent condamnées à de lourdes peines de prison pour avoir fait obstacle à leur propre expulsion. Après avoir purgé leur peine, elles sont renvoyées en CRA et un cycle infernal CRA/prison/CRA/… s’engage alors pour nombre d’entre elles. Pourtant, ces condamnations sont contraires à la loi.

    En effet, comme l’ont souligné les associations rassemblées dans l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) dès le mois de septembre 2020, « le refus de se faire tester n’entre pas dans la définition du délit décrit et sanctionné par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers (Ceseda) » et le Code civil comme le Code de la santé publique interdisent « qu’un acte médical, a fortiori invasif comme c’est le cas des tests Covid, soit pratiqué sans le consentement de la personne ». [1]

    La contrôleuse des lieux de privation de liberté vient de le rappeler, « il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale. Toute personne, quelle que soit sa situation, peut librement s’opposer à un acte médical. L’exercice d’une liberté fondamentale ne saurait être qualifiée de délit, ni faire l’objet de poursuites et d’emprisonnement ferme. »

    Or, les personnes retenues n’ont pas réellement d’alternative puisqu’elles doivent choisir entre deux risques tout aussi insupportables pour elles : être poursuivies pénalement si elles refusent le test ou être expulsées si elles l’acceptent.

    Bien plus, le gouvernement vient de faire voter à la sauvette, dans le cadre du projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire, un amendement tendant à contourner les décisions rendues par plusieurs tribunaux qui, sur la base de ces principes, ont refusé de condamner les personnes poursuivies pour ces refus de tests. Si elle n’est pas censurée par le Conseil constitutionnel, cette disposition complétera l’article 824-9 du Ceseda en permettant de condamner à une peine de trois ans de prison tout étranger refusant « de se soumettre aux obligations sanitaires nécessaires à l’exécution d’office de la mesure dont il fait l’objet ».

    Les associations rassemblées dans l’OEE dénoncent cette manœuvre, dont les conséquences ne pourront qu’accroître la tension qui prévaut dans les CRA. Elles demandent la fermeture de tous les lieux de détention administrative des personnes étrangères.
    Paris, le 3 août 2021

    Organisations membres de l’OEE :

    ACAT-France, ANAFE, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), COMEDE, Droits d’urgence, FASTI, Genepi, GISTI, La Cimade, Le Paria, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat des avocats de France (SAF)

    https://observatoireenfermement.blogspot.com/p/communiques-de-presse.html

  • Grande Traversée : Gisèle Halimi, la fauteuse de troubles : podcast et réécoute sur France Culture
    https://www.franceculture.fr/emissions/gisele-halimi-la-fauteuse-de-troubles/saison-05-07-2021-30-08-2021

    La fabuleuse histoire de Gisèle Halimi (1927 – 2020), avocate rendue célèbre par son parcours jalonné de victoires historiques : du procès de Bobigny qui jouera un rôle clé dans la légalisation de l’avortement à celui d’Aix-en-Provence qui mènera à la criminalisation du viol.

    Comment la petite tunisienne de la Goulette est-elle devenue l’icône du #féminisme français ? Comment a-t-elle forgé ses armes pendant son combat contre la colonisation ? C’est la fabuleuse histoire de #Gisèle_Halimi (1927 – 2020), avocate rendue célèbre par son parcours jalonné de victoires historiques : du procès de Bobigny qui jouera un rôle clé dans la légalisation de l’avortement à celui d’Aix-en-Provence qui mènera à la criminalisation du viol. Tournée en Tunisie et en France, cette Grande Traversée raconte le cheminement romanesque de cette avocate qui se qualifiait elle-même d’”irrespectueuse”.

    1. Gisèle Halimi, la révoltée de la Goulette
    https://www.franceculture.fr/emissions/gisele-halimi-la-fauteuse-de-troubles/1-la-revoltee-de-la-goulette

    2. Qui êtes vous Messieurs les Juges ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/gisele-halimi-la-fauteuse-de-troubles/2-qui-etes-vous-messieurs-les-juges

  • Mine urbaine : le réemploi au fond du trou
    https://topophile.net/savoir/mine-urbaine-le-reemploi-au-fond-du-trou

    Le champ lexical de l’exploitation minière est l’un des topos de la littérature du réemploi et, plus largement, de l’économie circulaire. On y entend fréquemment parler de « mines urbaines ». L’origine du terme est attribuée au professeur Hideo Nanjyo de la Tohoku University de Tokyo qui l’utilisait dans les années 1980 pour désigner le stock de... Voir l’article

  • Eurovision drama: Icelandic presenter takes a jab at Israel - Iceland Monitor
    https://icelandmonitor.mbl.is/news/news/2021/05/19/eurovision_drama_icelandic_presenter_takes_a_jab_at

    Icelandic social media was on fire on Tuesday evening after TV presenter #Gísli_Marteinn_Baldursson criticized Israeli authorities during a live broadcast of the Eurovision song contest, mbl.is reports.

    [...]

    Gísli Marteinn’s controversial comments came as the Israeli team was about to perform. “Contrary to what many would think the song Set me free is not about the Palestinian people who are kept prisoners in their own country in Israel’s settlements – but is instead a classic love song,” he said.

    He later remarked about the performance: “Here we see quite a lot of flamethrowers and explosions but much less than has typically characterized Israel’s [Eurovision] performances. Perhaps they are busy directing their bombs to somewhere else these days.”

    #Palestine

  • Reflections on Four Years of Housing-Justice Support Work with #Mapping_Action_Collective

    Mapping Action Collective, based in #Portland, Oregon, leverages mapping and data to support housing-justice organizing, using #GIS to dismantle systems of oppression, and grounding its work in the needs of the communities and movements with which it works.

    As the interwoven US crises of homelessness, evictions, displacement, and housing instability reach catastrophic levels, students, scholars, practitioners, and activists are joining the call of housing justice for all. In this article, we reflect on the work of Mapping Action Collective (#MAC), a small nonprofit organization based in Portland, Oregon, that over the past four years has leveraged mapping and data to support housing-justice organizing. MAC’s work includes curating and producing relevant nontraditional or hard-to-acquire datasets owned by and in support of community-based groups; developing decision-support software consisting of an interactive map; producing spatial analyses that support campaign work; and organizing educational workshops and events focused on applied critical methods and data literacy.

    MAC formed out of a student club in Portland State University’s geography department, where several members became frustrated with the dominant paradigm of academic geographic information systems (GIS), which often fancies itself value-free, apolitical, or neutral, regardless of outputs or products that suggest otherwise. While critical perspectives have emerged in the domain of GIS since the 1990s, many of those criticisms are rarely considered in the standard quantitative GIS course curriculum. Few spaces are available for students to engage critically with their newfound data and mapping skills. The 2017 Resistance GIS (RGIS) conference provided a space to discuss and learn from other like-minded scholars, students, and organizers. Building on the work of critical geographers around the globe, at RGIS we asked ourselves if there was room for subversion of the status quo in GIS: can mapping and data be used to dismantle systems of oppression, rather than reinforce them?

    Asset mapping and spatial analysis supporting Portland’s unhoused community

    Shortly after the conference, our small student group grew into MAC and began to apply that question to our studies and work in Portland. Through a small grant from Second Nature, we focused our efforts on the exploding crisis of homelessness in our community. Grounding our work in non-extractive collaboration, we began building a relationship with Street Roots, a local nonprofit organization that, in addition to advocacy work, publishes a weekly alternative newspaper sold by people experiencing homelessness to earn an income. One of Street Roots’ main assets to the people it serves is the Rose City Resource (RCR), a comprehensive list of resources and services such as food boxes, bathrooms, needle exchanges, shelters, and counseling and recovery services. No other organization in the area curates such an important dataset for those experiencing homelessness, and this one could only be accessed in a printed three-by-three-inch (7.6 × 7.6 cm) paper booklet, and was updated only twice yearly.

    While honoring the value of this paper booklet as a low-barrier, nontechnical way of sharing resources, we wondered if broadening its reach via mobile phone and web, or structuring its format for wider dissemination, would benefit Street Roots and the community it serves. Simultaneously, we reflected on the inherent problem of our outsider thinking and wanted to avoid preaching technology as savior. We learned more about the work Street Roots was doing, joined their events, and built relationships with Street Roots organizers and staff to learn what they needed to do their work. As it turned out, our thinking and Street Roots’ vision aligned—increasing the reach of the RCR was a necessary endeavor.

    In late 2018, MAC and Street Roots staff began working together to navigate web development, data management, and data communication (the practice of informing, educating, and raising awareness of data-related topics), to create a tool that was accurate, accessible, and easy for Street Roots staff and volunteers to use and update. Most importantly, MAC wanted the tool to be useful to the community that Street Roots serves. To get feedback on the usability of the tool, MAC members stopped by the Street Roots HQ to test it with paper vendors, folks who dropped in to get coffee or use the restroom, and Street Roots volunteers. MAC integrated this feedback into the development of the tool. The end result was the Rose City Resource Online, a web application and data-transformation pipeline that was collaboratively created with the community it was intended to serve—designed to be easy to use, and functional for any member of the community to use to get up-to-date information about resources and services. The tool was officially launched at the onset of the Covid‑19 pandemic.

    We also joined activists working to end the overpolicing and criminalization of people experiencing extreme poverty and homelessness on the streets of Portland. This criminalization occurs through excessive policing within “enhanced service districts” (ESDs). ESDs, similar to business improvement districts (BIDs), are zones where businesses and property owners pay an extra fee collected as a tax to pay for extra security and maintenance. Proponents of ESDs claim they facilitate urban beautification and keep neighborhoods safe, but overlook the reality that this process of so-called revitalization amounts to coercive exclusion of vulnerable people. Clean & Safe, Portland’s largest ESD in downtown, pays for armed and unarmed private security, and supervises six Portland Police officers who solely patrol in their district. In August 2020, an award-winning audit of ESDs revealed the City provides almost no oversight of the activities of these districts, even as they have large budgets and authority over public space. This year, Portland city commissioners will vote on whether to renew Clean & Safe’s 10‑year contract. Organizers and community members are preparing to oppose the contract, especially given recent scrutiny of the district and its managing organization, Portland Business Alliance.

    West Coast–based activists from Right 2 Survive, Sisters of the Road, and the Western Regional Advocacy Project asked us to analyze and map police arrest data to strengthen their argument against ESDs. A report from the city auditor that incorporated arrest data from 2017 to 2018 had already concluded that over half of all arrests made by the Portland Police Bureau were of the unhoused. Building on that fact, our research found that the citywide average of arrests for unhoused individuals was 6.1 per square mile, but within the bounds of ESDs that number was 137.7. And while correlation is not causation, it is hard to ignore the magnitude in difference between these numbers.

    Data on police harassment and arrest of the unhoused community are difficult to obtain and understand. Through our work with the anti-ESD team, MAC members have learned how to navigate the complicated system of roadblocks that keep this data from the public, and use the data to support the argument against policing homelessness.
    Collaboratively developed tools for fighting displacement and speculation

    We have also collaborated with organizations we consider leaders in the intersecting space of data activism and housing justice. In the summer of 2019, we joined the efforts of the Anti-Eviction Mapping Project (AEMP) to develop a tool to facilitate landlord and building research in San Francisco (and soon Oakland). For years, tenant unions and organizers have scrutinized corporate-ownership documents, property records, assessor data, and eviction data to unmask speculators, serial evictors, greedy landlords, and their entangled networks of limited-liability companies (LLCs) and shell companies. Investment companies purchase properties using different LLCs for the purpose of anonymity and liability reduction. The corporate web guarding landlords can make ownership and property research challenging and slow.

    At the commencement of the project, AEMP contributors in San Francisco garnered feedback from their partners at the San Francisco Anti-Displacement Coalition and facilitated workshops with local tenant groups to assess their research needs and questions in fighting displacement. Shortly thereafter, MAC joined AEMP by assisting in the prototyping process, and by providing general support, design capacity, code contributions, and cloud infrastructure for hosting the project. The result is Evictorbook (in development), a web-based tool that simplifies organizer and tenant research by enabling a user to type an address, landlord, or neighborhood into a search bar to reveal a profile of a building’s eviction history, its owner, and the corporate network to which it belongs. The ability to surface this data to the user is the result of a custom data-processing pipeline that links and stores publicly available assessor, eviction, property, and corporate-ownership data in a regularly updated graph database. A public launch of Evictorbook is expected in the coming months.

    Similar collaborative work has evolved through a partnership with the Urban Praxis Workshop (UPX) to redevelop Property Praxis, a research tool focused on speculative and bulk property ownership in the city of Detroit. Every year since 2015, members of UPX have curated a dataset that incorporates assessor data that is augmented with tax-foreclosure data and corporate filings to illuminate the LLCs and individuals that own more than 10 properties in the city. The intention of Property Praxis is to offer a more holistic understanding for organizers and community members of how speculative property ownership impacts Detroit neighborhoods. In late 2019, UPX asked MAC to build upon their previous work by modernizing the Property Praxis user interface and automating their data-curation process. The new version is currently in development and will be launched later this year.
    Final thoughts

    Activist work can be strengthened by research and data, but only if this is done in a way that is not extractive and based on community need (voiced by the community). Four years of experience working with MAC has taught us that grounding our work in the needs of the communities and movements we support is crucial to doing justice-oriented work. This can only happen by building successful, trusting, and long-lasting partnerships. By showing up and participating in community events and never moving forward on project work without meaningful discourse and consideration of community goals, we work towards dismantling the top-down legacy of data work. Even after several years of doing this work, we still have lessons to learn from our community partners on trust-building and accountability.

    Part of our development as an organization over the last few years has been the choice to organize horizontally, make decisions through consensus, and avoid toxic tech culture in our own spaces. Such intentionality promotes healthy working environments and reflects the values at the core of our organization in our day-to-day operations. Organizing in this way is by no means simple, efficient, or profitable. It takes long conversations, trust-building among members, and solid conflict-resolution mechanisms to operate without hierarchy. Despite the extra time and mental and emotional labor that it can require, our group feels strongly that it is worth it.

    While we try to hold these aspirational goals, we are also aware of our own complicity in problematic systems in the fields of research and data analysis. Recognizing and dismantling our own internalized norms of white supremacy, sexism, classism, and colonist behavior is work that is ongoing. We are a work in progress. We continue to be inspired and led by the work of our partners and we look forward to many more years of collaborative work.

    https://metropolitics.org/Reflections-on-Four-Years-of-Housing-Justice-Support-Work-with-Mappin
    #résistance #cartographie #visualisation #cartographie_participative #USA #Etats-Unis #logement #justice_spatiale #ressources_pédagogiques

    ping @visionscarto @reka

  • Pas de justice d’exception pour les exilé·es ! Non aux audiences en visioconférence au CRA de Rennes ! : Appel à manifestation le samedi 24 avril 2021 [Actions collectives] ⋅ #GISTI
    https://www.gisti.org/spip.php?article6584

    Depuis la mi-février 2021, une salle de visioconférence, annexe de la Cité judiciaire de #Rennes, est en construction au centre de rétention administrative (#CRA) de Saint-Jacques-de-la-Lande. Une fois qu’elle sera opérationnelle, les audiences auront donc lieu sans présentation physique des personnes au tribunal.

  • mapbox - Leaflet : How to add a text label to a custom marker icon ? - Stack Overflow
    https://stackoverflow.com/questions/34775308/leaflet-how-to-add-a-text-label-to-a-custom-marker-icon

    Leaflet L.DivIcon feature that represents a lightweight icon for markers that uses a simple div element instead of an image

    une méthode pour afficher du texte sur les marqueurs Leaflet

    Voir aussi :
    – pour SPIP + GIS : https://git.spip.net/spip-contrib-extensions/gis/src/branch/master/javascript/leaflet.gis.js#L249
    https://gis.stackexchange.com/questions/59571/how-to-add-text-only-labels-on-leaflet-map-with-no-icon
    https://leafletjs.com/reference-1.7.1.html#divicon

    #leaflet #GIS #SPIP #divicon #marqueur

    • et du coup en entre-deux pour l’instant j’ai fait ça :
      – activer les cluster + l’option singlemarker pour que même les points seuls utilisent le code des clusters (donc un divicon)
      – personnaliser la fonction qui génère les marqueurs divicon

      <script type="text/javascript">
      ;jQuery(function($) {       
              $('.carte_gis').on('load', function(){
                      this.map.options.clusterOptions.iconCreateFunction = function(cluster) {
                              var nb = 0;
                              $.each(cluster.getAllChildMarkers(), function(cle,valeur) {
                                      nb += valeur.feature.properties.nb_dossiers;
                              });
                             
                              return new L.DivIcon({ html: '<div><span>' + nb + '</span></div>', className: 'marker-cluster', iconSize: new L.Point(40, 40) });
                      }
              });
      });
      </script>
  • In the Sonoran Desert, #GIS Helps to Map Migrant Deaths

    GIS technology lends insight into why some undocumented migrants perish while crossing international borders.

    Last year geographer #Sam_Chambers published an unusual map of the Sonoran Desert. He wasn’t interested in marking roads, mountains, and cities. Instead, the University of Arizona researcher wanted to show the distance a young male can walk in various regions of the desert before the high temperature and physical exertion put him at risk of dying from heat exposure or hyperthermia.

    On the resulting map, red and purple correspond with cooler, mountainous terrain. Yellow and white, which dominate the image, indicate a remote, hot valley. It’s here where migrants seeking to cross between Mexico and the United States are at greatest risk of dying from the desert’s relentless sun.

    Chambers’ map relies on geographical information system (GIS) modeling, a digital technology that allows geographers to perform spatial, data-driven analysis of landscapes. Chambers’ chosen topic represents a burgeoning effort to use GIS to understand the risk undocumented migrants face while crossing international borders, according to Jonathan Cinnamon, a geographer at Ryerson University in Toronto. According to Chambers’ analysis, migrants began crossing through hotter, more rugged parts of the desert after the U.S. government increased the number of Border Patrol agents and installed new surveillance technologies, including underground motion sensors and radar-equipped watchtowers.

    The Sonoran covers roughly 100,000 square miles in Arizona, California, and Mexico, and includes major cities such as Phoenix and Tucson, as well as vast swathes of empty public and private lands. The effort to funnel migrants into this desert began in 1994 under the Clinton administration. That’s when the wave of increased migration that had started in the 1980s prompted the U.S. government to embrace the policy of “prevention through deterrence.” The idea was that would-be migrants from Mexico and Central America would be deterred from illegally crossing the U.S. border if their routes were too treacherous. With this goal in mind, Border Patrol erected new infrastructure and stepped up enforcement in border cities like Tijuana and El Paso, leaving the harsh unpopulated borderlands as the only option.

    In an email to Undark, John Mennell, a public affairs specialist with U.S. Customs and Border Protection (CBP) — the agency that oversees Border Patrol — in Arizona, said that people crossing the border illegally are at risk from the predations of smugglers and criminal organizations, who, he says, encourage migrants to ride on train tops or to shelter in packed houses with limited food and water. Mennell says the agency has installed rescue beacons in the desert, which migrants can use to call for help. According to CBP, Border Patrol rescued roughly 5,000 migrants on the Southwest border from October 2019 through September 2020.

    Yet according to data compiled by the nonprofit group Humane Borders, the prevention through deterrence approach has failed to stop migrants from attempting the border crossing. “There continues to be a shift in migration into more remote and difficult areas,” said Geoff Boyce, a geographer at Earlham College in Indiana, and one of Chambers’ collaborators. Migrants have a much higher chance of dying in the desert today than they did 15 years ago, he said, and the numbers continue to rise, from 220 deaths per 100,000 apprehensions in 2016 to 318 deaths per 100,000 apprehensions in 2020. Last year, 227 migrants died in the Pima County Medical Examiner’s jurisdiction, in southern Arizona, although activists say that the number is likely much higher because of the way bodies disappear in the desert.

    Chambers and Boyce source mortality data from the Pima County Medical Examiner’s Office. They have gotten information on migrant activity from No More Deaths, one of many humanitarian groups in the Tucson area that maintains desert water and supply stations for migrants. No More Deaths, which supports the decriminalization of undocumented migration, has set up supplies in the mountains and other hard-to-reach areas. Humane Borders also maintains stations in areas accessible by car. These organizations maintain meticulous records — the raw data that launched Chambers’ and Boyce’s first desert mapping collaboration.

    On a cool November morning, Rebecca Fowler, administrative manager with Humane Borders, climbed into a truck armed with a list of 53 water stations. She was joined by two volunteers who chatted on the street next to a truck bed bearing yards of hoses and 55-gallon blue barrels that the organization purchases at a discount from soda companies.

    Fowler was leading the Friday morning water run to seven stations off State Route 286, which runs south from Tucson to an isolated border town called Sasabe. Each week, Fowler and her volunteers check to be sure that the water is potable and plentiful. They change out dirty barrels and make notes of any vandalism. (In the past, some of the group’s barrels have been found with bullet holes or with the spigots ripped off.)

    Among other data points, Fowler and her team gather data on water usage, footprints, and clothes found near their sites. Using the county’s medical examiner data, they have also created an interactive map of migrant deaths. A search of their website reveals a spread of red dots on the Southwestern United States, so many between Phoenix and Tucson that the map turns black. The organization has charted more than 3,000 deaths in the past two decades.

    In her years in the desert, Fowler has noticed the same kind of changes pointed to in Boyce’s and Chambers’ research. “Migrants have been increasingly funneled into more desolate, unforgiving areas,” she said.

    GIS modeling, which is broadly defined as any technique that allows cartographers to spatially analyze data and landscapes, has evolved alongside computers. The U.S. military was an early developer and adopter of this technology, using it to understand terrain and plan operations. In those early days, few activists or academics possessed the skills or the access needed to use GIS, said Cinnamon. But in the last decade, more universities have embraced GIS as part of their curricula and the technology has become more readily available.

    Now, the kind of GIS modeling employed by Chambers, who uses ArcGIS and QGIS software, is commonplace in archaeology and landscape design. It allows modelers to understand how factors like terrain, weather, and manmade features influence the way people move through a given physical environment.

    An architect might employ GIS technology to decide where to put sidewalks on a college campus, for example. Chambers used these techniques to study elk migration during his doctoral studies at the University of Arizona. But after Boyce connected him to No More Deaths, he started using his skills to study human migration.

    No More Deaths tracks data at their water stations, too — including acts of vandalism, which they asked Boyce and Chambers to assist in analyzing via GIS. That report, released in 2018, spatially examines the time of year and location of the vandalism and uses its results to postulate that Border Patrol agents are primarily responsible, while acknowledging that rogue actors, such as hunters and members of militia groups, may contribute as well. (CBP did not respond to Undark’s questions on water station vandalism.)

    When Boyce and Chambers finished analyzing the information, they asked themselves: What else could this data reveal? Previous attempts to understand the desert’s hostility had relied on the prevalence of human remains or statistics on capture by Border Patrol agents, but both of those are imperfect measures.

    “It’s very hard to get any type of reliable, robust information about undocumented migration, particularly in remote desert areas,” said Boyce. “The people who are involved, their behavior is not being methodically recorded by any state actor.”

    Most of the water stations on Fowler’s route were set back from the highway, off bumpy roads where mesquite scraped the truck. By 11 a.m., heavy-bellied clouds had rolled in and the temperature was in the 80s and rising. The fingers of saguaro cacti pointed at the sky and at the Quinlan Mountains jutting over the horizon; on the other side lay the Tohono O’odham Nation. Fowler says Border Patrol’s policies increasingly shunt migrants into treacherous lands within the reservation.

    Humane Borders’ water barrels are marked by long poles capped by tattered blue flags, fluttering above the brush. Each barrel features a combination lock, preventing vandals from opening the barrel and pouring anything inside. Each is also marked by a Virgin of Guadalupe sticker, a symbol for migrants passing through the desert.

    At each stop, Fowler and that day’s volunteers, Lauren Kilpatrick and Isaiah Ortiz, pulled off the lock and checked the water for particulates and pH levels. They picked up nearby trash and kept an eye out for footprints. At the third station, the water harbored visible black dots — an early sign of algae — so the group dumped all 55 gallons and set up a new barrel. At a later station, Fowler found a spigot that had been wrenched off and flung among the mesquite. Later still, the group came upon a barrel full of decaying, abandoned backpacks.

    This was the third water run for Kilpatrick and Ortiz, a couple from Nevada now living in Arizona. Kilpatrick had read books and listened to podcasts about the borderlands, and Ortiz had wanted to get involved because the crisis felt personal to him — some of his family are immigrants, some of his friends and their relatives undocumented.

    “I just think about their journey — some of them are from Central America and Mexico,” he said. “Their lives were in real danger coming through areas like this.”

    GIS modeling simplifies this complex landscape into a grid. To analyze the grid, Chambers uses a standard modeling software; so far, he has published five papers with Boyce about the desert. For the first they worked on together, the team took No More Deaths’ data on visits to water sites from 2012 to 2015 and looked at changes in water usage at each site. Once they’d determined which routes had fallen out of favor and which had risen in popularity, they looked at whether those newer routes were more treacherous, using a ruggedness index that Chambers developed with his colleagues by looking at the slope and jaggedness of terrain, along with vegetation cover and temperature. They concluded that official United States policy is increasingly shunting migrants into more rugged areas.

    From CBP’s perspective, “Walking through remote inhospitable terrain is only one of many dangers illegal immigrants face during their dangerous journey into the United States,” said Mennell. And installing new technology and increased patrol on popular migration routes is actually a good thing, he says, because it contributes to the goal of securing the border against smugglers shepherding in so-called “illegal immigrants.”

    In another paper, Chambers studied whether migrants took new routes to avoid increased surveillance, and whether those new routes put them at higher risk of heat exposure and hyperthermia. To map out which areas were toughest to cross — as measured by caloric expenditure — Chambers factored in such variables as slope, terrain, and average human weight and walking speed, borrowing both military and archaeological formulas to measure the energy expenditures of different routes. He used viewshed analysis, which tells a mapmaker which areas are visible from a certain point — say, from a surveillance tower — and, using his slope calculations and the formulae, compared the energy costs of walking within sight of the towers versus staying out of sight.

    Chambers tested his findings against the maps of recovered human remains in the area before and after increased surveillance. To map risk of heat exposure, Chambers used formulae from sports medicine professionals, military physicians, and physiologists, and charted them onto the desert. And he found, just as with the ruggedness index, that people are taking longer, more intense routes to avoid the towers. Now they need more calories to survive the desert, and they’re at higher risk of dying from heat.

    Caloric expenditure studies had been done before in other contexts, said Chambers. But until this map, no one had ever created a detailed spatial representation of locations where the landscape and high temperatures are deadliest for the human body.

    GIS mapping is also being used to track migration into Europe. Lorenzo Pezzani, a lecturer in forensic architecture at Goldsmiths, University of London, works with artists, scientists, NGOs, and politicians to map what they see as human rights violations in the Mediterranean Sea.

    Compared with the group conducting research in Arizona, Pezzani and his team are at a distinct disadvantage. If a body drops into the sea, it’s unlikely to be recovered. There’s just not as much data to study, says Pezzani. So he and his team study discrete disasters, and then they extrapolate from there.

    Pezzani disseminates his group’s work through a project called Forensic Oceanography, a collaborative research effort consisting of maps, visualizations, and reports, which has appeared in art museums. In 2018, information gathered through their visualizations was submitted to the European Court of Human Rights as evidence showing the Italian government’s role in migrant drowning deaths.

    The goal is to make migrant deaths in the Mediterranean more visible and to challenge the governmental narrative that, like the deaths in the Sonoran, these deaths are unavoidable and faultless. Deaths from shipwrecks, for example, are generally blamed on the criminal networks of human traffickers, said Pezzani. He wants to show that the conditions that draw migrants into dangerous waters are the result of “specific political decisions that have been taken by southern European states and by the European Union.”

    Pezzani, Chambers, and Boyce all intend for their work to foster discussion about government policy on immigration and borderlands. Boyce, for one, wants the U.S. government to rethink its policy of “prevention through deterrence” and to demilitarize the border. He believes the current policy is doomed to fail and is inhumane because it does not tackle the underlying issues that cause people to try to migrate in the first place. Ryan Burns, a visiting scholar at University of California, Berkeley, said he wants to see more research like this. “We need more scientists who are saying, ‘We can produce knowledge that is sound, that is actionable, that has a very well-established rigor to it, but is also politically motivated,’” Burns said.

    Cinnamon said that GIS, by its nature, tends to involve approaching a project with a viewpoint already in mind. “If the U.S. government decided to do the same study, they might approach it from a very different perspective,” he said. As long as the authors are overt about their viewpoints, Cinnamon sees no issue.

    Burns, however, did sound one cautionary note. By drawing attention to illegal crossings, he said, researchers “could be endangering people who are taking these paths.” In other words, making a crisis more visible can be politically powerful, but it can also have unintended consequences.

    Before their last water station visit, the group from Humane Borders drove into Sasabe. A helicopter chopped overhead, probably surveilling for migrants, Fowler said. Border Patrol vehicles roamed the streets, as they do throughout this part of the country.

    Once, Fowler said, a 12-foot wall spread for miles across the mountains here. In recent months, it’s been replaced by the U.S. government’s latest effort to stop migrants from venturing into the desert: a 30-footer, made of steel slats, undulating through the town and across the mountains in either direction. It’s yet another factor to consider when mapping the Sonoran and envisioning how its natural and manmade obstacles will shape its migration routes.

    “There’s so much speculation” about what will happen to migrants because of this wall, said Fowler. She suspects they will cross through the Tohono O’odham Nation, where there’s no wall. But they won’t have access to water dropped by Humane Borders. “What I worry about, obviously, is more people dying,” said Fowler. She’s certain the migrants “will continue to come.”

    Chambers and Boyce plan to keep making maps. They recently published a paper showing the stress that internal border checkpoints place on migrants crossing the desert, the latest step in their quest to create empirical evidence for the increasing treacherousness of the border.

    “It’s an important thing for people to know,” said Boyce.

    https://undark.org/2021/03/31/mapping-migrant-deaths-sonoran-desert
    #SIG #désert_du_Sonora #asile #migrations #frontières #morts_aux_frontières #décès #morts #USA #Mexique #Etats-Unis #cartographie #visualisation #contre-cartographie

    ping @reka

    • Developing a geospatial measure of change in core temperature for migrating persons in the Mexico-U.S. border region

      Although heat exposure is the leading cause of mortality for undocumented immigrants attempting to traverse the Mexico-U.S. border, there has been little work in quantifying risk. Therefore, our study aims to develop a methodology projecting increase in core temperature over time and space for migrants in Southern #Arizona using spatial analysis and remote sensing in combination with the heat balance equation—adapting physiological formulae to a multi-step geospatial model using local climate conditions, terrain, and body specifics. We sought to quantitatively compare the results by demographic categories of age and sex and qualitatively compare them to known terrestrial conditions and prior studies of those conditions. We demonstrated a more detailed measure of risk for migrants than those used most recently: energy expenditure and terrain ruggedness. Our study not only gives a better understanding of the ‘#funnel_effect’ mechanisms, but also provides an opportunity for relief and rescue operations.

      https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877584520300411
      #risques #risque #analyse_spatiale

  • #Rwanda : un document prouve l’ordre de la France de laisser s’enfuir les génocidaires

    Juillet 1994. Les principaux membres du gouvernement responsable du #génocide des #Tutsis sont dans une zone contrôlée par l’#armée_française. Leur arrestation est possible et même réclamée. Un document inédit, émanant du cabinet du ministre des affaires étrangères de l’époque, #Alain_Juppé, prouve aujourd’hui que la #France a préféré les laisser partir. Il est signé de l’actuel patron de la DGSE.

    L’#ordre_politique de laisser s’enfuir à l’été #1994 les principaux membres du gouvernement responsable du génocide des Tutsis au Rwanda, alors que leur arrestation était possible et même demandée, a été directement pris par le #gouvernement_français, selon un document inédit émanant du ministère des affaires étrangères.

    Le massacre des Tutsis du Rwanda, dernier génocide du XXe siècle, a fait près d’un million de morts en cent jours, entre avril et juillet 1994.

    Le document, dont Mediapart a pu prendre connaissance, apparaît vingt-cinq ans après les faits comme la pièce manquante de l’un des épisodes les plus sombres de la #responsabilité française dans la tragédie rwandaise.

    Il a été obtenu par le chercheur François Graner, auteur de plusieurs livres sur le Rwanda et membre de l’association Survie, qui a récemment pu accéder à des #archives inexplorées de la présidence Mitterrand grâce à une décision du Conseil d’État. La plus haute juridiction administrative a mis fin, en juin dernier, à des années d’entraves orchestrées par les gardiens de la mémoire de l’ancien chef de l’État et de la politique de la France durant le génocide des Tutsis.

    Le document en question est un télégramme « confidentiel diplomatie » émis le 15 juillet 1994 par le cabinet du ministre des affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé, aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel, et adressé à l’ambassadeur #Yannick_Gérard, alors représentant du Quai d’Orsay auprès des militaires français envoyés au Rwanda dans le cadre de l’#opération_Turquoise.

    L’ambassadeur Gérard avait réclamé le jour même des « instructions claires » du gouvernement (pour lui et pour l’armée française) afin de procéder sur place à l’#arrestation des autorités qui, écrivait-il dans un télégramme, « portent une lourde responsabilité dans le génocide ». Le fait est que les principaux membres du gouvernement génocidaire, au premier rang desquels son président, #Théodore_Sindikubwabo, se trouvaient alors dans une zone intégralement contrôlée par l’armée française, à proximité du Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo), pays frontalier du Rwanda.

    « Nous n’avons pas d’autre choix, quelles que soient les difficultés, que de les arrêter ou de les mettre immédiatement en résidence surveillée en attendant que les instances judiciaires internationales compétentes se prononcent sur leur cas », soulignait le haut fonctionnaire, conscient d’avoir des génocidaires identifiés à portée de main.

    La réponse du gouvernement français fut pourtant à l’exact opposé de la requête de l’ambassadeur Gérard. Dans le télégramme du 15 juillet, rédigé à 18 h 22 et adressé à « Yannick Gérard seul », le cabinet du ministre Juppé donne ainsi pour instruction de transmettre aux autorités génocidaires « notre souhait qu’elles quittent » la #zone_contrôlée par les forces armées françaises.

    Le message à transmettre semble si délicat que le cabinet Juppé demande à son ambassadeur de ne pas s’entremettre personnellement avec les génocidaires. « Vous pouvez en revanche utiliser tous les canaux indirects et notamment vos contacts africains, en ne vous exposant pas directement », peut-on lire dans le télégramme, qui a d’ailleurs pour titre : « Le département vous autorise à passer notre message de manière indirecte ».

    « Vous soulignerez que la communauté internationale et en particulier les Nations unies devraient très prochainement déterminer la conduite à suivre à l’égard de ces soi-disantes autorités », précise encore le télégramme, qui, insistant de la sorte sur une décision à venir de la communauté internationale, offre un #sauf-conduit au gouvernement génocidaire pour quitter sans la moindre anicroche le territoire sous contrôle français. Et passer au #Zaïre.

    Le document porte la signature « #EMIE ». Il s’agit de #Bernard_Émié, l’actuel directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’un des principaux #services_secrets français, qui était à l’époque conseiller d’Alain Juppé au ministère des affaires étrangères, avant de rejoindre l’Élysée sous la présidence de Jacques Chirac.

    Sollicité par Mediapart, Alain Juppé a fait savoir qu’il ne souhaitait pas répondre à nos questions. Également sollicité, Bernard Émié n’a, pour sa part, pas donné suite.

    Un quart de siècle après la tragédie rwandaise, il n’y a aujourd’hui pas de doute sur le fait que la France savait qui étaient les organisateurs et commanditaires du génocide, et où ils se trouvaient. C’est donc en toute connaissance de cause que le gouvernement et l’Élysée les ont laissés filer.

    D’innombrables documents et témoignages, obtenus depuis des années par des historiens, des journalistes ou des juges, ont déjà largement permis de documenter que la France avait connaissance d’un génocide en préparation avant que celui-ci n’ait lieu et qu’elle a maintenu un soutien indéfectible aux autorités en cause quand le pire a commencé.

    Cela est si vrai que le gouvernement génocidaire, constitué au lendemain d’un attentat ayant tué le président #Habyarimana, jugé trop modéré par la frange la plus radicale du pouvoir hutu, a été formé, le 8 avril 1994, dans les locaux mêmes de l’#ambassade de France à Kigali, sous le nom de « #gouvernement_intérimaire_du_Rwanda » (#GIR).

    C’est un certain Théodore #Sindikubwabo, ancien président de l’Assemblée nationale, qui sera choisi pour diriger le pays avant que celui-ci ne s’enfonce dans les ténèbres. Pédiatre de formation, Sindikubwabo est considéré comme l’un des commanditaires du génocide, soupçonné d’avoir personnellement incité aux #massacres – notamment à l’occasion d’un discours retransmis le 19 avril sur Radio Rwanda – et d’avoir démis de leurs fonctions les préfets et autorités qui ne tuaient pas assez.

    Sindikubwabo fait partie des responsables politiques du génocide qui ont pu rallier le Zaïre en juillet 1994 avec l’aval du gouvernement français. Il est mort en 1998 dans des circonstances mal connues et sans jamais avoir été inquiété pour ses crimes.

    L’ordre de Juppé, l’ombre de Védrine

    Il existe dans les archives disponibles la trace d’un contact, en mai 1994, entre Sindikubwabo et le général #Christian_Quesnot, le chef d’état-major particulier du président de la République. Dans une note du 6 mai écrite à l’attention de #François_Mitterrand, après son échange avec le nouveau chef de l’État génocidaire – les massacres ont débuté un mois plus tôt –, le militaire indique que le dignitaire rwandais le « remercie » pour tout ce qu’il a « fait pour le Rwanda ».

    Dans ses commentaires personnels à la fin du document, le général Quesnot préconise alors d’appuyer, même au prix d’une « #stratégie_indirecte », le pouvoir rwandais face aux forces armées tutsies. Le général Quesnot dit, en effet, craindre l’établissement d’un « #Tutsiland » (sic), le tout « avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’État ». Le document est annoté de la main du secrétaire général de la présidence de la République, #Hubert_Védrine, d’un mot : « Signalé ».

    Pourtant, sur le terrain, la diplomatie et les services de renseignements français ne cessent d’accumuler des éléments sur la responsabilité du gouvernement intérimaire dans le génocide.

    Un télégramme « confidentiel diplomatie » daté du 10 juillet 1994 de l’ambassadeur Gérard, également découvert par le chercheur François Graner grâce à la décision du Conseil d’État de juin dernier, évoque même « un témoignage digne de foi qui confirme la responsabilité collective et personnelle des autorités de #Gisenyi [le gouvernement génocidaire – ndlr] dans les massacres ». Le diplomate ajoute que, selon d’autres témoignages « directs et concordants », le président Sindikubwabo a personnellement appelé à plusieurs reprises à « l’élimination totale des Tutsis » et que l’une de ses ministres a, en particulier, réclamé le massacre « des femmes et des enfants ».

    Cinq jours plus tard, c’est donc en parfaite connaissance de cause que l’ambassadeur Gérard demande des « instructions claires » au gouvernement pour pouvoir mettre aux arrêts ou, au moins, en résidence surveillée les génocidaires.

    En vain.

    À Paris, la question de l’arrestation des membres du gouvernement génocidaire a pourtant été source de confusion au sommet de l’État, comme le prouvent plusieurs autres documents.

    Dans les archives de l’Élysée figure notamment la copie d’une dépêche émise depuis Paris, le 15 juillet en fin de matinée, par l’agence de presse Reuters sous un titre éloquent : « Paris prêt à arrêter les membres du gouvernement ». « Les membres du gouvernement intérimaire rwandais […] seront mis aux arrêts s’ils tombent aux mains de soldats de français dans la #zone_humanitaire_protégée par l’opération Turquoise », indiquait l’agence de presse internationale, qui disait tenir ses informations d’une « source autorisée à Paris ».

    Seulement voilà : une annotation manuscrite, inscrite par Hubert Védrine dans la marge de la dépêche imprimée par les services de l’Élysée, montre qu’il n’en était, en réalité, rien. « Lecture du Président : ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre », peut-on lire sous la plume du secrétaire général de l’Élysée.

    Le document du cabinet Juppé sur l’ordre de laisser filer les génocidaires, daté lui aussi du 15 juillet, vient aujourd’hui conforter le soupçon d’un ministre des affaires étrangères, Alain #Juppé, en accord avec la politique élyséenne, bien qu’appartenant à un gouvernement de cohabitation dirigé par #Édouard_Balladur. Ce dernier fera d’ailleurs savoir à ce sujet, en 1998, qu’il « n’était pas question » aux yeux de Mitterrand « de châtier les auteurs hutus du génocide ». « Et il n’était pas question aux miens, ajoutait-il, de permettre à ceux-ci d’aller se mettre à l’abri au Zaïre ».

    C’est pourtant exactement ce qui s’est passé, et ce, sur ordre de son propre ministre Alain Juppé. Sur le terrain, l’#exfiltration est pilotée par le lieutenant-colonel #Jacques_Hogard, qui commande le groupement Sud-Turquoise au Rwanda, formé de troupes de la #Légion_étrangère.

    Dans un supplément spécial consacré aux opérations au Rwanda, la revue militaire Képi blanc a résumé des années plus tard la situation dans un style d’une raideur militaire qui ne fait guère dans la contorsion : « L’#EMT [#état-major_tactique] provoque et organise l’#évacuation du gouvernement de transition rwandais vers le Zaïre. »

    Le lieutenant-colonel #Hogard confirmera lui-même à plusieurs occasions les faits, notamment au journaliste David Servenay et à l’universitaire Gabriel Périès, auteurs du livre Une guerre noire (La Découverte). Dans cet ouvrage, le militaire raconte être allé voir en ces termes son homologue zaïrois pour lui parler des génocidaires qu’il s’apprêtait à laisser partir : « Vous ne fermez pas les #frontières, vous les laissez poreuses, je ne veux pas que vous empêchiez ces gens-là de partir, le Zaïre est grand, ils n’ont que ça pour partir. »

    Dès le 16 juillet, c’est-à-dire au lendemain du télégramme envoyé par le cabinet Juppé, le lieutenant-colonel Hogard rencontre le chef de l’État du Rwanda pour lui faire savoir que lui et ses hommes doivent – et peuvent – partir dans les vingt-quatre heures. Et c’est ainsi que la France escorte du Rwanda à la frontière zaïroise parmi les principaux responsables politiques du génocide.

    Un militaire de l’opération Turquoise, Guillaume Ancel, a raconté des années plus tard dans un livre (Rwanda, la fin du silence, éditions Belles Lettres) avoir vu le lieutenant-colonel Hogard quelque temps après cette scène. « Certes, il est convaincu que ce n’est pas notre rôle de rendre justice, mais escorter poliment des décideurs qui ont de terribles responsabilités dans les massacres et “du sang jusqu’au cou” le tourmente. Il aurait pu les arrêter, il aurait même pu les neutraliser, mais ses ordres ne lui laissaient pas le choix », a-t-il témoigné.

    Un document déclassifié de l’état-major de l’armée française confirme que les membres du gouvernement génocidaire « ont franchi la frontière rwando-zaïroise » le 17 juillet en fin de journée, « l’option clairement avouée étant de replier également le reste des #FAR [#forces_armées_du_gouvernement – ndlr] avec leur armement au Zaïre, afin de poursuivre la #résistance depuis ce pays ».

    En un mot : que les génocidaires soient à l’abri pour que le sang, lui, continue de couler.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/140221/rwanda-un-document-prouve-l-ordre-de-la-france-de-laisser-s-enfuir-les-gen
    #génocide #Quesnot #Balladur #Edouard_Balladur

    signalé par @arno : je mets ici le texte complet

    • Une guerre noire. Enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994)

      Au printemps 1994, au Rwanda, près d’un million de personnes ont été exterminées en quelques semaines. À un rythme trois fois plus élevé que le génocide des juifs d’Europe. Comment un tel crime de masse a-t-il été rendu possible ? Quelle est la responsabilité des grandes puissances occidentales et de la France, surtout, si proche des génocidaires ? Après quatre ans d’enquête, dans les archives du monde entier, sur le terrain, auprès des militaires français, rwandais et belges, à interroger diplomates et politiques, Gabriel Périès et David Servenay tentent de répondre à ces questions. À l’aide de témoignages inédits et de documents confidentiels, ils lèvent le voile sur l’une des origines secrètes du génocide rwandais : la doctrine française de la « guerre révolutionnaire ». Des opérations clandestines menées dans le « pré carré » au moment de la décolonisation, en passant par le trouble jeu du général De Gaulle, ils établissent la généalogie de ce qui fut pendant des décennies un véritable savoir-faire de l’armée française. Formalisé pendant la guerre d’Indochine et appliqué en Algérie, il a largement inspiré les dispositifs répressifs mis en place dans un grand nombre d’États africains… dont le Rwanda des années 1960. Et ce n’est pas le fruit du hasard si l’un des meilleurs élèves africains de la « guerre révolutionnaire » perpétra, plus de trois décennies plus tard, le dernier génocide du XXe siècle : hiérarchies politico-militaires parallèles, gardes présidentielles transformées en escadrons de la mort, action psychologique, quadrillage administratif et militaire des populations formèrent un système efficace susceptible de mobiliser toute une société au service du projet exterminateur de ses dirigeants. Cette histoire inconnue éclaire d’un jour nouveau la responsabilité de l’État français dans le génocide rwandais.

      https://www.editionsladecouverte.fr/une_guerre_noire-9782707149145

      #livre #Gabriel_PÉRIÈS #David_SERVENAY

    • Rwanda, la fin du silence. #Témoignage d’un officier français

      Au lourd secret qui entoure le véritable rôle de la France et de son armée lors du génocide des Tutsi au Rwanda, #Guillaume_Ancel oppose la vérité de ses carnets de terrain, témoignage des missions auxquelles il a participé durant l’opération Turquoise. La fin du silence est aussi le récit du combat mené par cet ancien officier pour faire savoir ce qui s’est réellement passé durant cet été 1994 et « rendre hommage, dignement, aux centaines de milliers de victimes rwandaises que nous n’avons pas su empêcher. »
      Officier de la Force d’action rapide, détaché au sein d’une unité de la Légion étrangère, le capitaine Ancel mène avec ses hommes des opérations d’extraction de personnes menacées. Sous couvert d’une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais dont elle a formé l’armée. Il décrit les errements de l’armée française, ballotée au gré de décisions politiques dont les motivations sont toujours tenues secrètes, les archives officielles restant inaccessibles. Ce témoignage dévoile également certains épisodes méconnus de cette opération « #humanitaire » durant laquelle l’armée française a tué. Parfois pour défendre, parfois pour des raisons moins avouables.

      https://www.lesbelleslettres.com/livre/3565-rwanda-la-fin-du-silence
      #opération_humanitaire

  • L’Européisme de Giscard d’Estaing : Un idéal de substitution à la Nation – par Eric Juillot
    https://www.les-crises.fr/l-europeisme-de-giscard-d-estaing-un-ideal-de-substitution-a-la-nation-pa

    La disparition de Valéry Giscard d’Estaing est l’occasion de revenir sur l’héritage de son septennat (1974-1981) que les médias, d’une manière générale, ont réduit aux réformes sociétales (majorité, avortement) qui marquèrent son arrivée au pouvoir. Force est de constater cependant, qu’à bien des égards, ces sept années giscardiennes ont toute leur importance au plan #Géopolitique. […]

    #Europe #Giscard_d'Estaing #politique #Géopolitique,_Europe,_Giscard_d’Estaing,_politique

  • Dans les #foyers, une protection au conditionnel ; Interview d’Ali El Baz, membre du #Gisti et du #Copaf, propos recueillis par Christophe Daadouch
    https://www.gisti.org/spip.php?article6534

    Caractérisés par une forte promiscuité, les foyers de travailleurs migrants se retrouvent être les lieux avec le plus fort taux de prévalence de la #Covid-19. Difficiles à mettre en œuvre, les consignes sanitaires fixées par les notes ministérielles ou préfectorales y sont souvent restées lettre morte ou appliquées avec laxisme par des sociétés gestionnaires prenant prétexte de l’absence de personnel, lui-même confiné. Sans accès aux espaces collectifs, privés des liens de solidarité, les chibanis les plus âgés ont été abandonnés, comme le montre Ali El Baz, membre du Collectif pour l’avenir des foyers.

    Dispose-t-on de données sur le nombre de chibanis qui ont contracté la Covid ?

    À notre connaissance, aucune statistique nationale n’existe à ce jour [1], qu’il s’agisse des malades ou des décès. Les chiffres recueillis lors d’entretiens que nous avons pu avoir avec des résidents montrent un important décalage avec ceux affichés par l’ARS ou les gestionnaires.

    Quoi qu’il en soit, une récente étude réalisée, entre juin et juillet 2020 par Médecins sans frontières et le centre d’épidémiologie #Epicentre auprès de populations vivant en #foyer_de_travailleurs_migrants https://epicentre.msf.org/sites/default/files/2020-10/High_seroprevalence_of_SARS-CoV-2_antibodies_among_people_living_in_p montre que la #précarité additionnée à la #promiscuité constitue une véritable bombe sanitaire.

    Alors que la prévalence s’élève à 50,5% dans les dix centres d’hébergement étudiés (gymnases, hôtels, etc.), qu’elle est de 28% sur les sites de distribution alimentaire, elle atteint 88% dans les deux foyers de Seine-Saint-Denis examinés. Pour les auteurs, ces chiffres confirment ce qu’on pouvait logiquement craindre : plus la densité d’hébergés est élevée, plus les gestes barrières sont difficiles à appliquer, et plus la prévalence est forte. Du coup, les foyers de travailleurs migrants se retrouvent être les lieux avec le plus fort taux de prévalence.

    Aucune campagne systématique de tests n’a malheureusement été menée ; celles effectuées, en raison d’une volonté municipale par exemple, n’ont relevé que du cas par cas. Le centre municipal de santé de Gennevilliers a ainsi organisé des tests dans un foyer Coallia, mais pas dans les cinq autres foyers de la commune gérés par Adoma.

    Dans le même temps, l’ARS, bien qu’interpellée par le Collectif pour l’avenir des foyers (Copaf) à plusieurs reprises lors de cas de contamination dans deux foyers d’Asnières et Gennevilliers, n’a pas jugé bon de venir tester l’ensemble des résidents.

    À Paris, des tests ont été effectués, mais sans aucune concertation avec les délégués des résidents, ce qui a conduit à un boycott des tests dans certains foyers.

    En quoi les règles sanitaires ont-elles été difficiles, voire impossibles à mettre en œuvre au sein des foyers ?

    La configuration même des établissements rend le respect des règles pour le moins difficile. À la différence des résidences sociales, nombre de foyers de travailleurs migrants sont sur-occupés, particulièrement en Île-de-France. La promiscuité y prend différentes formes : chambres collectives pouvant contenir jusqu’à huit lits, couloirs étroits, espaces communs réduits, laverie, douches et sanitaires partagés. Comme le constate l’ARS dans une note : « Les Résidences sociales sont composées de logements autonomes où les résidents peuvent être confinés. En Foyer de travailleurs migrants à chambres à lits multiples ou en Unité de vie, le confinement est plus difficile [3]. »

    À la différence des Ehpad qui n’accueillent que des personnes âgées, les foyers hébergent aussi bien des personnes âgées que des travailleurs migrants. Selon leurs métiers, certains ont continué à travailler pendant le confinement, en particulier dans les métiers de la sécurité, du nettoyage, ou comme chauffeurs Uber ou livreurs Deliveroo. Après une journée de #travail et de transport en commun (sur la fameuse ligne 13, la plus surchargée du réseau, qui dessert tous les foyers de Seine-Saint-Denis et ceux du nord des Hauts-de-Seine), ils étaient en contact proche avec des personnes âgées au sein de leur établissement d’hébergement.

    [...]

    Article extrait du Plein droit n° 127, décembre 2020
    « Covid partout, justice nulle part » https://www.gisti.org/spip.php?article6520

    #crise_sanitaire

  • Le droit d’asile à l’épreuve de l’externalisation des politiques migratoires

    Le traitement des #demandes_d’asile s’opère de plus en plus en #périphérie et même en dehors des territoires européens. #Hotspots, missions de l’#Ofpra en #Afrique, #accord_UE-Turquie : telles sont quelques-unes des formes que prend la volonté de mise à distance des demandeurs d’asile et réfugiés qui caractérise la politique de l’Union européenne depuis deux décennies.

    Pour rendre compte de ce processus d’#externalisation, les auteur·es de ce nouvel opus de la collection « Penser l’immigration autrement » sont partis d’exemples concrets pour proposer une analyse critique de ces nouvelles pratiques ainsi que de leurs conséquences sur les migrants et le droit d’asile. Ce volume prolonge la journée d’étude organisée par le #Gisti et l’Institut de recherche en droit international et européen (Iredies) de la Sorbonne, le 18 janvier 2019, sur ce thème.

    Sommaire :

    Introduction
    I. Les logiques de l’externalisation

    – Externalisation de l’asile : concept, évolution, mécanismes, Claire Rodier

    - La #réinstallation des réfugiés, aspects historiques et contemporains, Marion Tissier-Raffin

    – Accueil des Syriens : une « stratification de procédures résultant de décisions chaotiques », entretien avec Jean-Jacques Brot

    - #Dublin, un mécanisme d’externalisation intra-européenne, Ségolène Barbou des Places

    II. Les lieux de l’externalisation

    - L’accord Union européenne - Turquie, un modèle ? Claudia Charles

    – La #Libye, arrière-cour de l’Europe, entretien avec Jérôme Tubiana

    - L’#Italie aux avant-postes, entretien avec Sara Prestianni

    - Le cas archétypique du #Niger, Pascaline Chappart

    #Etats-Unis- #Mexique : même obsession, mêmes conséquences, María Dolores París Pombo

    III. Les effets induits de l’externalisation

    – Une externalisation invisible : les #camps, Laurence Dubin

    - #Relocalisation depuis la #Grèce : l’illusion de la solidarité, Estelle d’Halluin et Émilie Lenain

    - Table ronde : l’asile hors les murs ? L’Ofpra au service de l’externalisation

    https://www.gisti.org/publication_pres.php?id_article=5383
    #procédures_d'asile #asile #migrations #réfugiés #rapport #USA

    ping @karine4 @isskein @rhoumour @_kg_

  • 3,9 millions de mal-logés en France : pourquoi le gouvernement n’utilise-t-il pas la loi sur les réquisitions ? | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/39-millions-de-mal-loges-en-france-pourquoi-le-gouvernement-nutilise-t-il-p

    Alors que la France compte 3,9 millions de mal-logés, 300 000 SDF et un nombre incalculable d’habitations vacantes, le gouvernement n’applique pas la loi permettant la réquisition d’immeubles.

    De nombreuses communes ne respectent toujours pas leurs obligations de construction de logement sociaux. Dans le même temps, des parlementaires #LREM s’en prennent à la trêve hivernale.
    https://www.bastamag.net/Logements-sociaux-fondation-abbe-pierre-rapport-treve-hivernale

    Depuis vingt ans, la #loi_SRU (pour « solidarité et au renouvellement urbain ») oblige une partie des communes françaises à avoir un niveau minimum de logement social [1]. De nombreux logements sociaux ont été construits grâce à cette loi. Mais de nombreuses communes sont toujours réticentes à la respecter. 550 des communes concernées n’ont pas construit suffisamment de logements sociaux entre 2017 et 2019, relève la Fondation Abbé-Pierre dans un rapport paru le 7 décembre.

    https://www.fondation-abbe-pierre.fr/documents/pdf/loi_sru.pdf

    Avant l’organisation du référendum pour l’inscription de la lutte climatique dans l’article 1er de la Constitution. Qu’il fasse donc déjà respecter le droit au logement pour tous et toutes inscrit dans cette même constitution. La lutte contre le changement climatique de LREM est comme la promesse électorale du candidat Macron de ne laisser aucun SDF sur le trottoir. De la pipe !

  • AVIS DE FAIRE-BARRE
    Le « Colin froid », écrivain à l’eau de rose, piètre joueur d’accordéon, pique-assiette chez quelques français moyens, pionnier de la politique d’austérité, grand amateur de diamants, guillotineur de Christian Ranucci ... est mort.

    https://external-content.duckduckgo.com/iu/?u=https%3A%2F%2Fpolitiken.dk%2Fmigration_catalog%2Fart

    Christian Ranucci : (innocent du crime pour lequel il a été condamné - cf livre « Le pull-over rouge » de Gilles Perrault)

    https://www.youtube.com/watch?v=lw-iPSsepSk

    https://www.facebook.com/groups/batiamourtsou/permalink/10158742205401125

    #giscard

  • Communiqué de presse :

    Avec @damienabad, nous demandons au président de l’Assemblée nationale de créer une mission d’information sur les dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires.

    https://twitter.com/JulienAubert84/status/1331588699264479233

    #Julien_Aubert #Damien_Abad

    #cancel_culture #dérives_intellectuelles_idéologiques #mission_d'information #culture_de_l'annulation #ostracisation

    –-> on y parle aussi #toponymie_politique...

    –—

    Ajouté à ce fil de discussion dédié :
    https://seenthis.net/messages/884291

    • "Islamo-gauchisme" : les députés LR Damien Abad et Julien Aubert demandent une mission d’information

      Le président du groupe LR Damien Abad (Ain) et le VP Julien Aubert (Vaucluse) demandent l’ouverture d’une mission d’information sur « les dérives idéologiques dans les milieux universitaires », mercredi 25 novembre 2020, dans une lettre au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. Citant une tribune parue dans Marianne le 24 août 2020, les députés fustigent « l’importation depuis les États-Unis » d’une « cancel culture » qui, selon eux « désigne la volonté de réduire au silence dans l’espace public tous ceux qui portent des paroles ou un comportement jugés ’offensants’ ». Ils dénoncent aussi les « courants islamo-gauchistes puissants dans l’enseignement supérieur » (lire ici) tels que pointés par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer (lire ici). Ces phénomènes s’illustreraient par « l’impossibilité de faire des conférences dans les IEP ou les universités ».

      https://www.aefinfo.fr/depeche/640570-islamo-gauchisme-les-deputes-lr-damien-abad-et-julien-aubert-demanden

    • « Nous appelons à la résistance contre une culture de la déconstruction identitaire. » La tribune de Julien Aubert et Robin Reda

      Les députés LR dénoncent « les menaces de procès, insultes et harcèlements » qui ont suivi la proposition de création, à l’Assemblée nationale, d’une mission d’information sur les dérives idéologiques à l’université.

      La République Française ne connaît que des citoyens français. Elle ne les définit ni par leur ethnie, genre, ou religion et n’aborde ces sujets que lorsqu’il est nécessaire de combattre des discriminations qui ne sauraient exister. Elle ne reconnaît aucune tribu, clan ou regroupement particulier. Il ne peut y avoir en République qu’une communauté : la Nation.

      Cette conception sage et héritée de deux siècles de démocratie se heurte aujourd’hui à une obsession pour les questions identitaires, importée de l’étranger. Les Etats-Unis, traumatisés par la question raciale, se sont construits en société du melting-pot, qui a abouti à des revendications minoritaires, puis à la discrimination positive fondée sur la différence et la singularité.

      Ce différentialisme a contaminé une extrême gauche désorientée par l’échec du communisme, qui s’est trouvé un nouveau destin dans la rancœur à l’encontre de la République. Elle a fait sienne une grille de l’Histoire forgée dans la repentance, la culpabilité coloniale et un antiracisme dévoyé comme nouveau ciment idéologique. Elle a ainsi réintroduit dans le débat public une obsession pour la race, tout à sa volonté de faire corps avec un nouveau corps social « régénéré » par l’immigration et le métissage, une société de communautés juxtaposées. Sa recherche des victimes du système l’a poussé à faire du peuple une addition de minorités par définition persécutées - LGBT, femmes, immigrés, musulmans... - et à réussir une OPA intellectuelle sur une partie de la gauche modérée

      Il en résulte que se développent aujourd’hui dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les tribunaux mais aussi les lieux de savoir, une culture de la déconstruction identitaire particulièrement belliqueuse et sectaire. De manière plus inquiétante, les relais de ce qu’il faut bien appeler une idéologie se sentent suffisamment forts pour tenter de museler les parlementaires qui souhaitent s’informer et prendre la mesure du phénomène.

      Dérives. C’est ici des menaces de procès, insultes et harcèlements à l’attention de deux députés proposant une mission d’information sur les dérives idéologiques à l’université. A rebours des témoignages multiples d’étudiants, personnalités politiques et intellectuels pointant le développement d’une culture d’ostracisation à l’université, à l’égard de ceux qui ne partagent pas les thèses décoloniales, genrées ou communautaristes d’une certaine extrême gauche, ce tir de barrage n’avait qu’une vocation : intimider et enterrer l’affaire. Leur fureur redoubla lorsqu’au lieu de s’aplatir, l’un des deux auteurs de la proposition de mission aggrava son cas en résistant et pointant publiquement les professeurs et présidents d’université prompts à agiter complaisamment l’épouvantail du fascisme ou du maccarthysme. Eux qui adorent promouvoir le name and shame à l’américaine n’ont pas apprécié qu’on leur applique leurs méthodes.

      C’est ailleurs, une association, le GISTI (Groupe d’Informations et de soutien aux Immigrés) qui s’autorise à dénoncer auprès de Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, un député, président de mission d’information sur l’émergence et l’évolution des différentes formes de racisme, parce qu’il a osé contredire cette association en cours d’audition et récuser l’affirmation selon laquelle la France serait un Etat raciste aux lois discriminatoires et illégitimes. Il faut dire qu’il avait sans doute aggravé son cas en rappelant la proximité du GISTI avec d’autres associations comme le FASTI qui avait ouvertement imputé les attentats islamistes perpétrés contre la France à « la politique néocoloniale discriminante, xénophobe et raciste de la France ».

      Il ne s’agit pas d’incidents isolés.

      Ces idéologues ont en commun de partager des thèses anti-républicaines d’une nouvelle extrême gauche imprégnée d’une culture de la pénitence occidentale et d’une détestation de tout ce que la France représente. Celle-ci fait du Français « non-genré et non-racisé » le grand satan de l’Histoire, quand l’étranger ou le minoritaire demeure le réprouvé de l’Histoire.

      Complaisance. Ces nouveaux fascistes adeptes du racisme à l’envers n’aiment la liberté d’expression que pour eux-mêmes. Ils se servent de chaque remise en cause des dérives identitaires pour générer de la vexation et in fine de la sécession. Leur lecture de l’Histoire, à la seule chandelle de la couleur de l’identité singulière, n’est pas compatible avec le récit de ceux restés fidèles à l’universalisme et à une politique aveugle aux origines, guidée par l’intérêt général.

      Ces doctrinaires en sont conduits à une coupable complaisance envers les fondamentalistes conservateurs islamistes, qu’ils voient comme le nouveau lumpenprolétariat, une classe populaire de substitution capable de les conduire au pouvoir. Les plus naïfs ne comprennent pas qu’ils en sont les idiots utiles.

      Nous souhaitons par cette tribune alerter la majorité silencieuse. Il ne peut pas y avoir de concession, de dialogue ou de complaisance à l’égard d’un courant politique qui en réalité s’en prend à la République. Nous en appelons à la Résistance.

      https://www.lopinion.fr/edition/politique/nous-appelons-a-resistance-contre-culture-deconstruction-identitaire-231157

    • Mission « #racisme » de l’Assemblée nationale : les dérapages d’un président

      Invité par la Mission d’information de l’Assemblée nationale « sur l’émergence et l’évolution des différentes formes de racisme et les réponses à y apporter », le Gisti a été auditionné le 24 septembre dernier, après un certain nombre d’autres associations et d’expert.es.

      Les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’audition de Danièle Lochak, qui représentait le Gisti, devant les quelques rares membres présent.es de cette Mission, nous ont amenés à saisir l’ensemble des parlementaires membres de cette Mission, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, pour leur faire part de notre stupéfaction face à la partialité et l’agressivité du président de la Mission, M. Robin Reda, et aux erreurs grossières qu’il a proférées, dénaturant l’audition qu’il a utilisée comme une tribune pour afficher ses positions partisanes.

      La vidéo de l’audition est accessible sur le site de l’Assemblée nationale (http://videos.assemblee-nationale.fr/video.9535885_5f6c41b26de5a), ainsi que son compte-rendu écrit (http://videos.assemblee-nationale.fr/video.9535885_5f6c41b26de5a).

      Ci-dessous le courrier adressé par le #Gisti aux membres de la Mission et au président de l’Assemblée nationale.

      Paris, le 12 octobre 2020

      À Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

      À Mesdames et Messieurs les députés,
      membres de la Mission d’information sur l’émergence
      et l’évolution des différentes formes de racisme
      et les réponses à y apporter

      Nous souhaitons appeler votre attention sur les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’audition de Mme Danièle Lochak le 24 septembre dernier.

      Madame Lochak a été entendue en sa double qualité de Professeure émérite de droit public à l’Université de Paris Nanterre et Présidente honoraire du Gisti par les membres de la mission d’information sur l’émergence et l’évolution des différentes formes de racisme.

      Elle a présenté un exposé liminaire, dans lequel elle a procédé à une analyse de la législation relative aux étrangers et des pratiques constatées de la part des autorités publiques, pour démontrer en quoi de nombreuses inégalités de traitement fondées sur la nationalité constituent en réalité des discriminations fondées sur les origines, voire des discriminations raciales et comportent de ce fait un effet stigmatisant.

      Reprenant immédiatement la parole à l’issue de la présentation de cet exposé introductif, le président de la mission, Monsieur Robin Reda, a adopté un comportement insolite en ce genre de circonstances. Il s’est exprimé en ces termes : « Un peu plus, un peu moins, de toutes manières, ce qui nous intéresse, c’est le fond du propos, dont je dois dire, Madame, qu’il m’a énormément choqué mais je ne suis pas surpris au regard des prises de positions du Gisti et moi qui me croyais d’une droite relativement modérée, je me découvre totalement fasciste au regard de ce que vous dites, avec lesquels je suis en désaccord sur tous les points. Mais on est là pour en débattre et la démocratie a ceci de beau que nous invitons aussi des organisations qui appellent ouvertement à enfreindre la loi, je pense notamment à la Marche des sans-papiers organisée le 17 octobre, à laquelle le Gisti est associé. Si on est sans-papiers et que l’on défile ouvertement sans se faire arrêter, on viole la loi et non seulement on viole la loi mais en plus, l’État est trop faible pour vous interpeller ».

      Madame Lochak a rappelé qu’il n’y avait là aucune violation de la loi puisque la liberté de manifester ne prévoit pas d’exceptions pour les personnes sans papiers. Elle a fait remarquer qu’il arrivait souvent, au demeurant, que des personnes sans papiers soient régularisées, ce qui atteste que leur revendication peut être entendue par l’administration. Monsieur Reda a alors ajouté qu’à cette Marche du 17 octobre, le Gisti défilait avec des mouvements indigénistes – comme si le fait d’apparaître comme signataire d’un appel parmi plus d’une centaine d’organisations impliquait l’adhésion aux positions de la totalité des signataires, et alors même que plusieurs des associations déjà auditionnées par la mission sont également signataires de cet appel à la Marche du 17 octobre, sans que Monsieur Reda s’en soit ému.

      Monsieur Reda a ensuite demandé « si la France serait toujours coloniale et s’il faudrait lui imposer une forme de démarche vengeresse qui mettrait en cause la République-même », avant de s’interroger lui-même, de façon particulièrement insultante pour l’organisation représentée par Madame Lochak et pour elle-même, sur la question de savoir si la mission qu’il préside « ne devrait pas s’intituler : Émergence d’une forme d’antiracisme dangereux en ce qu’il menace l’ordre républicain », suggérant explicitement que le Gisti serait le vecteur de cet « antiracisme dangereux ».

      Le monologue agressif du président de la Mission d’information s’est poursuivi pendant la majeure partie de l’audition, alors qu’il avait lui-même rappelé que celle-ci devait pouvoir se dérouler « en toute tranquillité ». Ce n’est que dans les dix dernières minutes que la rapporteure a donné l’occasion à Madame Lochak de développer ses arguments.

      Par son comportement, le président a clairement outrepassé ses prérogatives, dévoyé sa fonction et dénaturé cette audition en principe destinée à recueillir les connaissances d’experts, à poser des questions utiles et à enrichir les travaux de la Mission. Il l’a utilisée en effet comme une tribune pour afficher des positions partisanes, en agressant la personne auditionnée, non sans proférer une série d’erreurs grossières et de contre-vérités.

      Ces manquements aux obligations inhérentes à ses fonctions et la violence des attaques portées par Monsieur Reda contre Madame Lochak, et à travers elle contre le Gisti, nous paraissent d’autant plus préoccupants que la Mission mise en place par la Conférence des Présidents traite d’un sujet « sensible » et que, pour cette raison précisément, son déroulement exige, a fortiori de la part de son président, une parfaite neutralité.

      Compte tenu de l’importance de l’enjeu de la Mission, nous demandons que ce courrier soit annexé à son futur rapport.

      Pour la même raison, vous comprendrez que ce courrier soit rendu public.

      Veuillez croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de nos salutations.
      Vanina Rochiccioli
      Présidente du Gisti

      https://www.gisti.org/spip.php?article6492=

    • La #cancelculture pour les nuls

      Faire taire : tel est l’objectif que se donnent celles et ceux qui pratiqueraient — consciemment ou non — la cancel culture. Depuis quelques mois, on assiste à une recrudescence de commentaires sur l’existence d’une #cancelculture à la française, qui consisterait à déboulonner les statues, à « couper la République en deux » (Emmanuel Macron), ou plus pratiquement, à entraver la tenue de « débats »1 ou à censurer des oeuvres2.

      Il est pourtant une #cancelculture bien française, qui se reconnaît difficilement comme telle, et qui se pratique dans l’espace de communication feutrée des universités : le harcèlement sur les listes professionnelles, à l’endroit des jeunes chercheurs et, plus souvent encore, des jeunes chercheuses.

      Pour ce billet, nous nous appuyons sur les archives de la liste Theuth, spécialisée en épistémologie et histoire des sciences. Nous ne souhaitons pas particulièrement stigmatiser une liste de diffusion qui a été, par le passé, un beau lieu de débat professionnel et scientifique. Cette liste en effet n’est pas modérée a priori3, ce qui favorise les débats ou les échanges. Elle diffère ainsi grandement des listes où les modérateurices, en autonomie ou soumis·es à un protocole complexe de censure, comme H-France, Histoire eco, la liste de diffusion de l’Association française d’histoire économique4, ou encore geotamtam, qui regroupe des centaines de géographes ; ces listes sont modérées a priori ; les lecteurices n’ont pas accès aux épiques échanges invisibles ont lieu avant la publication ou la censure — ni même idée de leur existence, puisqu’aucune justification publique et régulière de l’activité de modération n’est jamais publiée sur lesdites listes. Parmi les sujets les plus censurés sur ces dernières listes citées, on trouve ainsi toutes les considérations touchant aux conditions de travail et d’emploi dans l’enseignement supérieur et la recherche, jugées « non scientifiques », ou sans rapport avec l’objet de la liste de diffusion, et plus récemment, les informations touchant aux attaques contre les « libertés académiques ». C’est ainsi que, pendant des années, l’emploi dans l’ESR et ses conditions n’ont fait l’objet d’aucune discussion au sein de certaines sociétés savantes, les privant de facto d’un levier sur une évolution dégradant considérablement les conditions d’exercice et la science telle qu’elle se fait. En ce sens, Theuth n’est pas représentative de nombre de listes de diffusion universitaire et reste un espace professionnel bien vivant.

      La conjonction entre un échange récent sur Theuth, à propos de l’Observatoire du décolonisme, et le fait que plusieurs membres, également membres de Vigilances Universités, y pratiquent de façon régulière le harcèlement sexiste et dominant à l’endroit de jeunes chercheuses et de jeunes chercheurs — visant in fine à les faire taire — nous conduit aujourd’hui à resaisir le pseudo-débat autour du décolonialisme à l’université au prisme du harcèlement des subalternes de l’ESR5. Ce harcèlement prend plusieurs formes : en général, des interpellations à n’en plus finir sur l’usage « scandaleux » (sic) de l’écriture inclusive ou de la langue anglaise ; moins fréquemment, l’attaque ad hominem et l’injure publique6. Ces comportements, qui s’apparentent à du harcèlement avec ciblage spécifique des femmes et des jeunes chercheurs et chercheuses ne font pas l’objet d’une modération a posteriori effective7.

      Le harcèlement professionnel ne laisse pas indemnes les membres d’une communauté scientifique. Plusieurs collègues ont d’ailleurs quitté Theuth, fatiguées des remarques sexistes continuelles. Dans le contexte récent de mise en lumière de l’association Vigilance Universités, à la manœuvre dans l’élaboration et la publication de plusieurs tribunes cette année8, la rédaction d’Academia a découvert avec stupéfaction que ceux-là mêmes qui prônaient le maccarthysme universitaire, pratiquaient quotidiennement le harcèlement sur une liste professionnelle bien familière. Attaques publiques et dévalorisation publiques apparaissent, sous ce nouveau jour, comme les deux mamelles de la domination professionnelle de ceux qui sont habituellement prompts à se poser comme victimes de la supposée #cancelculture des militant·es gauchistes9. Ce faisant, et sans modération de la part de leurs collègues titulaires, ce sont bien les « dominé·es » de l’ESR, les non-titulaires, les femmes et les personnes racisées, qui se trouvent privées d’un espace de travail serein. Il est ainsi plus simple de cancel celles et ceux à qui ces personnes malveillantes dénient toute légitimité ou qui, en raison d’une politique plus que malthusienne de l’emploi universitaire, ont intérêt à se taire, à oublier même certains sujets ou certaines pratiques de la recherche, s’iels veulent être un jour recruté·es.

      Nous choisissons de reproduire trois réponses de la liste, sélectionnées au sein de son archive publique, avec l’accord de leurs autrices et de leur auteur, afin de donner à d’autres les moyens de se défendre contre la mâle #cancelculture à la française.

      - Observatoire du décolonialisme, Vigilance universités et domination (janvier 2021)
      - « Les convulsions qui indiquent la fin prochaine » : point médian, écriture inclusive et réactions d’arrière-garde (novembre 2020)
      - Au revoir TheuthienNEs : quitter la liste pour en refuser le sexisme (décembre 2018)

      https://academia.hypotheses.org/30581

    • Accusation d’"#islamo-gauchisme" à l’université : des députés réclament une mission d’information

      Deux députés Les Républicains demandent la création d’une mission d’information parlementaire sur les « dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires ». La Conférence des présidents d’université affirme qu’elle « partage l’indignation de toute la communauté universitaire ».

      La polémique n’en finit pas… Deux députés Les Républicains, Julien Aubert et Damien Abad, ont adressé un courrier au président de l’Assemblée nationale dans lequel ils dénoncent « les dérives intellectuelles idéologiques qui se manifestent dans les milieux universitaires », indique l’Assemblée dans un communiqué.

      Les deux députés réclament la création d’une mission d’information parlementaire. Si l’Assemblée nationale accepte la création de cette mission d’information, une délégation de la commission sera alors chargée d’étudier cette question et de publier un rapport.

      « Islamo-gauchisme »

      Les parlementaires pointent deux faits dans leur courrier. L’importation, selon eux, de la « cancel culture » américaine « qui désigne la volonté de réduire au silence dans l’espace public tous ceux qui portent des paroles ou un comportement jugés offensants ». Mais aussi l’existence de supposés "courants « islamo-gauchistes » puissants dans l’enseignement supérieur".

      Ces députés font écho aux propos du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui pointait « l’islamo-gauchisme qui fait des ravages à l’université », six jours après l’assassinat de Samuel Paty. La Conférence des présidents d’université (CPU) s’était alors indignée de ces mots. D’autant que le terme « islamo-gauchisme », qui a été inventé par des intellectuels réactionnaires dans les années 2000, a en effet longtemps été l’apanage des penseurs d’extrême-droite. De plus en plus répandu, il désigne « l’alliance ou la collusion entre des groupes d’extrême gauche et des mouvances islamistes », explique un de ces créateurs, le politologue Pierre-André Taguieff, dans une tribune publiée dans Libération.

      « Odieuses calomnies »

      Pour la CPU, cette demande de mission d’information « reflète la totale méconnaissance du fonctionnement de l’institution universitaire, de la recherche et de la formation » de ces parlementaires. « Elle signale surtout, au nom de l’opportunisme populiste, l’irrespect et la remise en cause des libertés académiques, principe fondamental de valeur constitutionnelle et présent dans toute démocratie ».

      Elle s’indigne par ailleurs d’un post Twitter de Julien Aubert, qui désigne sept présidents d’universités comme « coupables » de la « censure » qu’il entend dénoncer dans les universités. Cette publication, avec des photos des profils des présidents, est un « mépris des droits les plus élémentaires de la personne humaine », condamne la CPU dans un communiqué publié ce lundi 30 novembre.

      La CPU tient « à apporter son soutien aux universitaires qui subissent, ces derniers jours, d’odieuses calomnies », a-t-elle réagi. En attendant la décision de l’Assemblée, elle affirme qu’elle est « solidaire de ses collègues et partage l’indignation de toute la communauté universitaire ».

      https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/accusation-d-islamogauchisme-a-l-universite-deux-parlementaires-demandent-

    • "Islamo-Gauchisme" : #Christelle_Rabier porte #plainte contre Julien Aubert - Info HuffPost

      La chercheuse Christelle Rabier, maîtresse de conférence à l’EHESS, vient de porter plainte contre Julien Aubert, député Les Républicains, pour "injure publique".

      Le terme “islamo-gauchiste” sera-t-il considéré bientôt comme une injure ? Christelle Rabier, historienne des sciences et de la médecine, maîtresse de conférence à l’École des Hautes Études en sciences sociales (EHESS) à Marseille, a porté plainte mardi 23 février contre le député Julien Aubert (LR) pour un tweet où elle est désignée comme “islamo-gauchiste” aux côtés de sept autres chercheurs.

      Dans le tweet en question, qui date du 26 novembre 2020, le député du Vaucluse écrit : “Universités : les coupables s’autodésignent. Alors que la privation du débat, l’ostracisation et la censure est constatée par nombre de professeurs, étudiants ou intellectuels, certains se drapent dans des accusations de fascisme et de #maccarthysme.”

      Sous ce texte, un montage photo affiche les comptes Twitter de sept universitaires, dont un président d’université. La plainte, qui a été déposée le 23 février et consultée par Le HuffPost, fait état d’un délit d’“injure publique envers un fonctionnaire public”.

      “Jeter le #discrédit sur les universitaires”

      “Pour que ce soit de la diffamation, il faut que ce soit quelque chose de précis, justifie au HuffPost son avocat au Barreau de Paris, Maître Raphaël Kempf. Si nous attaquions pour diffamation, cela voudrait dire que l’on considère que le terme ‘islamo-gauchisme’ correspondrait à une certaine réalité.”

      Si le terme “islamo-gauchisme” n’apparaît pas dans le tweet dont il est l’objet, c’est bien de cela qu’il s’agit, ainsi que de “dérives idéologiques”, et de “cancel culture”, dont les universitaires seraient “coupables”.

      “Pour comprendre le tweet, il faut lire son tweet précédent, explique l’avocat. Les ‘Coupables’ de quoi ? D’“islamo-gauchisme’, de ‘cancel culture’, de ‘censure’... Le but est de jeter le discrédit et l’anathème sur les universitaires. Il faut lire ça comme un tout.” De mémoire d’avocat, ce serait la première fois que ces termes sont présentés comme des injures.
      “Cancel culture” et “islamo-gauchisme”

      Pour pleinement comprendre ce tweet, il faut en effet revenir un peu en arrière. La veille, le 25 novembre, Julien Aubert et le président du groupe Les Républicains, Damien Abad, ont demandé à l’Assemblée nationale la création d’une mission d’information “sur les dérives idéologiques dans les milieux universitaires”.

      Dans leur communiqué de presse, il est question de lutter à la fois contre la “cancel culture” et “les courants islamo-gauchistes puissants dans l’enseignement supérieur” (voir le tweet ci-dessous). Une annonce qui provoque la polémique. Des professeurs d’université et des chercheurs s’érigent contre une “chasse aux sorcières” et accusent les députés de “maccarthysme”.

      Les protestations du monde universitaire ne freinent pas la volonté du député LR. Le lendemain, il publie le tweet en question, et affiche les comptes de ceux qui sont, pour lui, des preuves vivantes de la nécessité de cette mission d’information parlementaire.

      À l’époque, les réactions ont été vives. La Conférence des présidents d’université (CPU) parle d’une “#faute_grave” du député. L’Alliance des universités appelle à “de la dignité et de la retenue dans les propos”. L’Université de Rennes 2 considère que “c’est une dérive grave”.

      “Une telle désignation, de la part d’un représentant de la Nation, constitue une faute grave”, écrit la CPU dans son communiqué datant du 30 novembre, avant de fustiger la mission d’information qui “signale, au nom de l’opportunisme populiste, l’irrespect et la remise en cause des libertés académiques, principe fondamental de valeur constitutionnelle et présent dans toute démocratie.”

      https://twitter.com/CPUniversite/status/1333342242195578880

      “Une #attaque brutale et inouïe”

      Pour Christelle Rabier, qui fait partie des universitaires ainsi désignés, c’est “un choc”. “Je ne suis pas la seule à avoir été très affectée par cette attaque brutale et inouïe, de la part d’un député, en dehors de l’hémicycle”, témoigne-t-elle dans la vidéo en tête d’article.

      “C’est méconnaître nos métiers, l’engagement qu’on a au quotidien auprès de nos étudiants et de nos collègues, tempête-t-elle. Les mots me manquent.”

      Pour elle, la meilleure façon de répondre est de porter plainte, “pour que les députés sachent qu’il n’est pas possible de s’en prendre impunément à des universitaires au titre de leur fonction, d’enseignant et de chercheur.”

      Une décision qui “n’a pas été prise simplement” et qu’elle porte finalement seule. “Certains des mis en cause jugeaient que c’était vraiment du buzz électoraliste et qu’il fallait juste faire taire”, raconte la chercheuse. La réaction collective se borne à demander à ce que le tweet, qui n’a pas été supprimé par Twitter, n’apparaisse dans aucune publication médiatique sur le sujet.

      Elle décidera de se lancer en solo dans la bataille judiciaire. Elle espère que cette plainte, si son issue lui est favorable, pourra faire jurisprudence et précisera “dans quelle mesure un député peut utiliser sa parole sur un réseau social pour s’en prendre à un ou plusieurs agents de la fonction publique.”

      Une décision renforcée par les déclarations de sa ministre de tutelle, Frédérique Vidal, sur “l’islamo-gauchisme” qui “gangrène l’université”. “Ces affirmations sont gravissimes, estime-t-elle. Pour moi qui suis historienne, ‘islamo-gauchisme’, c’est comme ‘judéo-bolchevique’.”
      Pas de protection fonctionnelle

      Si elle ne porte plainte que trois mois plus tard, c’est parce qu’elle espérait disposer d’une “protection fonctionnelle” de la part de l’établissement où elle travaille, l’EHESS, liée à son statut de fonctionnaire et qui permet notamment de bénéficier d’une assistance juridique.

      Une aide juridique et financière qui avait notamment été accordée par exemple aux quatre policiers mis en examen après le passage à tabac de Michel Zecler en décembre dernier.

      En novembre, le président de son université aurait envoyé un signalement au Procureur de la République, indiquant qu’elle a fait l’objet d’un tweet diffamatoire. Mais sa demande de protection fonctionnelle sera finalement refusée.

      “Elle lui a été refusée en pratique, précise son avocat Me Kempf. Dans les discours, ils lui ont accordée, mais de fait ils l’ont refusée. Ils considèrent qu’intenter une procédure contre Julien Aubert serait contribuer à une publicité tapageuse. Mais ce n’est absolument pas à l’université de décider à la place de la victime d’un délit de la meilleure procédure à mettre en place.”

      C’est donc à ses propres frais que la chercheuse s’est lancée dans cette procédure. “Cela a choqué beaucoup de collègues, au sein de mon établissement et à l’extérieur, estime-t-elle. Quand ils ont découvert que pour une affaire aussi grave, je ne bénéficie pas du soutien de mon institution.” Christelle Rabier a déposé un recours contre cette décision et son avocat attaqué l’EHESS devant le tribunal administratif.

      Contacté par Le HuffPost, le député Julien Aubert n’a pas souhaité apporter de commentaire.

      https://www.huffingtonpost.fr/entry/islamo-gauchisme-christelle-rabier-porte-plainte-contre-julien-aubert