• Épidémie de cancers : « On ne veut pas tomber malades pour sauver une filière agricole »

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/011026/epidemie-de-cancers-ne-veut-pas-tomber-malades-pour-sauver-une-filiere-agr

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=Qyg4yWmkklU

    Octobre rose individualise un problème collectif et éminemment politique. Notre eau, notre sol, notre nourriture, notre atmosphère sont pollués. Les liens entre les cancers et les pesticides sont avérés. Pourtant, les lois censées les encadrer s’assouplissent.

    Après la loi Duplomb en France, place à la directive européenne omnibus, une loi Duplomb XXL bientôt en discussion. Et les malades sont toujours plus nombreuses et nombreux. Plus de 430 000 nouveaux cas détectés chaque année en France. Leur colère gronde, celle des médecins aussi, des agriculteurs et agricultrices, des citoyen·nes.

    Une émission présentée par Samia Dechir, préparée avec Raphaël Gribe Marquis et Mathieu Mialaret.

    Avec :

    Fleur Breteau, fondatrice et porte-parole du collectif Cancer Colère et autrice de Cancer Colère (Seuil, 2026) ;

    Éléonore Bridge, autrice d’Octobre Rage (Leduc, 2026) ;

    Amélie Cadier-Loriaud, médecin radiologue, spécialisée en imagerie de la femme, philosophe et autrice de Nos corps politiques (Seuil, 2026) ;

    Pierre Sujobert, médecin, professeur d’hématologie, spécialiste des cancers du sang (voir sa déclaration d’intérêts).

  • #Pesticides : « Derrière chaque enfant malade, il y a une #responsabilité_collective »

    Dans une #bande_dessinée qui sort en librairie, la chercheuse #Laurence_Huc raconte la #bataille des familles d’enfants victimes des pesticides, et son travail pour apporter les #preuves_scientifiques de leur exposition à des substances toxiques.

    La scientifique Laurence Huc a un profil atypique. Toxicologue à l’Institut pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), elle publie des études sur la #dangerosité pour les humains de #substances_chimiques. Sociologue des sciences, elle travaille pour l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur la difficile prise en compte par les pouvoirs publics des connaissances scientifiques sur les dangers des pesticides. C’est aussi une « lanceuse d’alerte » revendiquée, qui s’est prononcée pour l’interdiction du #glyphosate ou contre la loi Duplomb.

    Dans une bande dessinée qui sort en librairie jeudi 17 septembre, Pesticides. Leurs ravages sur la santé des enfants (Les Printanières), elle partage un autre aspect de son engagement : l’appui scientifique qu’elle apporte à des malades pour qu’ils et elles soient reconnu·es comme des victimes des pesticides.

    La légèreté du dessin de Marguerite Boutrolle aide à affronter l’âpreté du sujet : la bataille de parents des vingt-cinq petit·es malades du cancer à Sainte-Pazanne, une commune rurale près de Nantes, en Loire-Atlantique, ou encore celle de la mère de Lubin, né malade en Champagne après avoir été exposé in utero à une centaine de produits chimiques.

    « Mediapart » : Vous publiez cette bande dessinée à sept mois d’une présidentielle à haut risque, alors que le Rassemblement national (RN) décrédibilise la science et vote pour le maintien des pesticides, que la loi Duplomb qui réintroduit les néonicotinoïdes est passée cet été sans être retoquée par le Conseil constitutionnel… Quel est votre but ?

    Laurence Huc : Je n’ai pas calculé par rapport à l’élection présidentielle, mais la bande dessinée arrive en effet à un moment intéressant. J’avais en tête de sensibiliser le grand public à ces questions environnementales, de montrer comment les choix que nous faisons ont des conséquences pour la santé des enfants. Chaque enfant malade est un drame individuel, mais derrière chacun d’eux, il y a une responsabilité collective. Il faut sortir des individualismes.

    Avez-vous cherché, en faisant le choix d’écrire sous la forme d’une bande dessinée, à vous adresser à un public le plus large possible ?

    Au départ, j’avais plutôt en tête un roman. Je pensais que la fiction était une façon efficace de toucher les gens. J’ai suivi des ateliers d’écriture, mais cela ne percutait pas. Finalement, l’éditrice Astrid Desbordes m’a proposé ce format, avec toute une équipe derrière. Cela m’a donné les épaules, cela n’avait plus rien à voir avec l’écriture toute seule dans mon coin ! Le dessin permet de faire de la pédagogie, d’apporter de l’humour… On retient plus facilement des images que des tonnes de blabla.

    Cette bande dessinée s’appuie sur de solides annexes. C’est un réflexe de scientifique ?

    Quand je travaillais sur les hydrocarbures, je n’avais pas ce réflexe, car il était très rare que l’on remette en question mon travail. Sur les pesticides, les attaques sont incessantes. Je trouvais nécessaire que pour chaque argument avancé, il y ait une référence scientifique.

    C’est aussi une documentation importante pour qui souhaiterait s’y plonger davantage. C’est pourquoi j’ai mis, par exemple, les plans de l’usine qui se trouvait à côté de l’école de Sainte-Pazanne.

    Cette bande dessinée est-elle une façon de donner des outils aux victimes et aux familles restées silencieuses jusqu’à présent ? Vous y parlez de deux situations où des familles d’enfants malades se sont mobilisées et ont fait appel à vous. Mais il y a tant d’autres victimes…

    Oui, je me suis dit que les combats sur lesquels je me suis concentrée pouvaient servir à d’autres. En espérant toutefois que ces familles n’aient pas à se battre autant que celles que j’ai accompagnées. C’est très difficile d’engager une démarche pour être reconnu comme victime de pesticides. La bande dessinée montre que c’est utile, et que cela peut aider à la reconnaissance de maladies qui ne sont pas reconnues aujourd’hui. Même si des parents s’épuisent.

    Je raconte l’histoire d’Ophélie, qui se bat pour la reconnaissance de la maladie de son fils Lubin par le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides. Cela pourrait créer une jurisprudence. Elle a gagné en première instance, mais le fonds a fait appel. En deuxième instance, le jugement a été confirmé, mais le fonds va devant la Cour de cassation. Ce nouveau rebondissement, très récent, n’est pas dans la BD. Pour Ophélie, ce sont à nouveau deux ans d’attente, c’est très dur.

    Comment vous êtes-vous rapprochée de ces familles ?

    Je suis toxicologue en santé humaine. J’ai d’abord travaillé sur la toxicité des hydrocarbures sur le foie. Cet organe est très important, car il détoxifie les substances chimiques. Il permet aussi d’étudier les processus de cancérisation.

    Puis, en 2021, j’ai commencé à étudier la sociologie des sciences, pour comprendre comment les connaissances en santé publique sont prises en compte ou ignorées dans la réglementation et les politiques publiques. Ophélie m’a contactée après m’avoir entendue parler à la radio.

    Pour le cluster [c’est-à-dire un nombre de cas plus élevé qu’ailleurs – ndlr] de Sainte-Pazanne, c’est la députée Sandrine Josso (MoDem), elle-même maman d’une fille touchée par un cancer, qui m’a contactée à la suite d’une audition en commission parlementaire à laquelle j’avais participé. J’ai alors écouté le récit d’une des mamans de l’école de Sainte-Pazanne. J’ai été foudroyée.

    Avez-vous hésité à vous engager en tant que scientifique auprès de ces personnes ? Chercheurs et chercheuses ont-ils vocation à sortir de leur laboratoire ?

    Je ne me suis pas trop posé de questions sur le moment. J’avais déjà été interpellée par la manière dont les autorités niaient les connaissances scientifiques sur les effets cancérigènes avérés de certains produits et les effets cocktail. Je me suis mise, sur mes week-ends, mes vacances, mes soirées, à apporter mon aide à toutes ces personnes. Pour la première fois, il y avait quelqu’un qui prêtait attention à ce qu’elles disaient.

    À Sainte-Pazanne, l’ARS [agence régionale de santé] et SPF [Santé publique France – ndlr] ont enquêté sur les cas de cancers pédiatriques en envoyant des questionnaires, sans parler avec les familles. Ces deux agences sont hors sol. Leur gros subterfuge, c’est de refuser de voir les enfants malades.

    Finalement, pour l’ARS et SPF, les cancers pédiatriques à Sainte-Pazanne ne sont pas un cluster : il n’y a « pas assez » d’enfants malades du cancer sur la zone étudiée. En réalité, l’ARS et SPF ont exclu de nombreux cas : un enfant malade scolarisé à l’école mais qui n’habitait pas à Sainte-Pazanne, un autre qui a déménagé, tous les enfants de plus de 16 ans. Ils ont aussi élargi la période étudiée, incluant des années où aucun cas ne s’était déclaré.

    Il y a une forme de mépris de l’ARS. Mais en face, il y a la capacité de tout un chacun de se saisir des données scientifiques. Les habitants ont clairement senti qu’on les roulait dans la farine. Ensemble, nous avons monté un institut citoyen de recherche, pour poursuivre le travail. Cette science participative a plus d’impact que la recherche académique. On ne fait pas des études hors sol. On se pose les questions pour lesquelles les citoyens attendent des réponses.

    ous témoignez également dans le livre « Pesticides Kids », des journalistes Sophie Chapelle et Nolwenn Weiler, qui sort lui aussi jeudi 17 septembre en librairie. Vous inscrivez-vous dans une lignée de scientifiques lanceuses d’alerte ?

    Certaines figures sont en effet très inspirantes pour moi. La biologiste états-unienne Rachel Carson bien sûr, qui a alerté très tôt sur les pesticides, mais aussi l’épidémiologiste Theo Colborn, considérée comme la mère des perturbateurs endocriniens. Elle a beaucoup travaillé sur l’approche interdisciplinaire, en partant du fait que tous les êtres vivants sont soumis aux mêmes mécanismes de perturbation endocrinienne.

    La pneumologue Irène Frachon est aussi quelqu’un qui me donne du courage. Le film La Fille de Brest, qui raconte son combat, m’a beaucoup marquée. Elle est très attachée à ses malades, et m’a fait comprendre qu’il était important de nommer les personnes. Cela donne à voir une réalité.

    Pour Ophélie et son fils Lubin, vous avez fourni un argumentaire scientifique pour la justice. Comment avez-vous travaillé ?

    Ophélie est ingénieure conseillère viticole. Elle avait déjà fait la liste des 108 produits toxiques auxquels elle avait été exposée pendant sa grossesse, alors qu’elle travaillait dans les vignes. Elle avait même fait un calendrier de sa grossesse, avec les dates d’exposition aux différents pesticides.

    De mon côté, j’ai pu déterminer lesquels sont reprotoxiques, dangereux pour le fœtus, et à quel moment de son développement. Il y a beaucoup de publications qui démontrent cette toxicité. Et parfois, elle est même reconnue par les industriels eux-mêmes, dans les dossiers réglementaires de leurs produits. Cette expertise a convaincu deux fois les experts judiciaires, qui sont des médecins.

    Vous racontez dans la BD que vous avez demandé à quitter votre laboratoire de l’Inrae de Toulouse. Vous y avez rencontré des difficultés ?

    À partir du moment où j’ai monté mon équipe pour travailler sur les pesticides, j’ai été confrontée à des difficultés institutionnelles. Des projets étaient bloqués. J’avais des financements, mais on n’avait pas les locaux, les recrutements étaient retardés. La philosophie à l’époque n’était pas de défendre la santé publique, mais plutôt de ne pas froisser les agences réglementaires en montrant leurs trous dans la raquette. Avec de nombreux financements venant de l’agrochimie ou de l’agroalimentaire. Aujourd’hui, je travaille avec des laboratoires qui défendent la santé publique.

    Vous revenez également sur quelques-unes des attaques publiques que vous subissez, comme celle du député Laurent Duplomb (Les Républicains), qui vous a qualifiée de « scientifique militante au service de la décroissance ». Sont-elles fréquentes ?

    Ce n’est pas nouveau, mais cela s’est intensifié sous le second mandat d’Emmanuel Macron. La crispation est d’autant plus forte qu’on est près du mur : on est au bout de notre système agricole.

    Avec l’augmentation des cancers, j’estime qu’on paie aujourd’hui le prix des expositions qui ont probablement eu lieu il y a dix-quinze ans. Or, depuis 2018, l’usage des pesticides a augmenté de 20 %. Il y aussi les PFAS, les métaux lourds, les effets cocktail de toutes ces molécules… On va payer la facture dans quinze ans, en années de vie perdues. Je suis très pessimiste.

    Daniele Mandrioli, qui a publié en 2025 la dernière grande étude démontrant, une nouvelle fois, la cancérogénicité du glyphosate, a été licencié de son laboratoire en Italie. Et la semaine dernière, l’Echa, l’Agence européenne de produits chimiques qui évalue la dangerosité des produits, a écarté son étude. Tout cela est politique. J’y vois un très mauvais signal.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/160926/pesticides-derriere-chaque-enfant-malade-il-y-une-responsabilite-collectiv
    #responsabilité #enfance #cancers #santé #santé_publique #industrie_agro-alimentaire #alimentation #agriculture #BD #bande-dessinée #livre #toxicité

  • « En Ukraine, à Gaza, au Liban ou en Iran, la destruction de l’#environnement est devenue une arme de #guerre comme une autre »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/22/en-ukraine-a-gaza-au-liban-ou-en-iran-la-destruction-de-l-environnement-est-

    L’un des ouvrages les plus influents des quinze dernières années est sans doute La Part d’ange en nous (2011, Les Arènes, 2017, pour l’édition française), du psychologue Steven Pinker, de l’université américaine Harvard, dans le Massachusetts. C’est une somme sur un supposé déclin tendanciel de la violence et de la brutalité des conflits armés : nous serions dans la période la plus pacifique de l’histoire de l’humanité, notamment grâce à la diffusion de la démocratie libérale et des valeurs de l’Occident. La guerre serait de moins en moins meurtrière, de plus en plus « civilisée ».

    #nos_valeurs #civilisé #lumière

    • Comme le note le juriste Nicolas Ligneul (université Paris-Est), dans une récente analyse publiée par The Conversation, le droit international est relativement peu outillé pour réprimer ou contraindre à indemniser les dommages environnementaux causés par la guerre. « La Cour pénale internationale vise, à titre principal, les crimes contre l’humanité, précise l’avocat Christian Huglo, dans un article de 2024 publié par la Revue défense nationale. Elle ne reconnaît les atteintes graves et durables à l’environnement que dans la mesure où la destruction de l’environnement n’est pas liée à la nécessité d’opérer une action armée adéquate. »

      En Ukraine, de nombreux dommages à l’environnement ont été délibérément commis par les forces russes, du bombardement de la centrale de Tchernobyl à la destruction du barrage de Kakhovka, en passant par le défrichage à grande échelle et les pollutions durables de la terre et de l’eau par la dissémination d’explosifs et la destruction d’installations industrielles. Seules certaines de ces destructions (barrages, digues, centrales nucléaires), relève M. Ligneul, peuvent être proscrites par le protocole additionnel de 1977 aux conventions de Genève, parce qu’elles sont susceptibles de libérer des « forces dangereuses ».

      En Iran, les frappes israéliennes sur les dépôts pétroliers de Téhéran, dans la nuit du 7 au 8 mars, ont exposé des millions de personnes à une atmosphère empoisonnée et à des pluies chargées d’une multitude de toxiques. « Une partie de ces polluants se déposent ensuite dans les sols et peuvent contaminer les cours d’eau, alors que l’Iran connaît déjà de graves problèmes en matière de sécurité et de disponibilité de la ressource », explique Doug Weir, directeur de l’Observatoire des conflits et de l’environnement, dans un entretien au Monde. Les impacts de la destruction de ces réserves d’hydrocarbures, au cœur d’une ville aussi densément peuplée, ne pouvaient pas être ignorés.

      La dévastation de l’environnement étire sur des décennies le coût humain de la guerre. Usage massif de munitions à l’uranium appauvri par les forces américaines en Irak dès les années 1990, ou déversement de dizaines de milliers de tonnes d’herbicides sur les forêts du Vietnam vingt ans plus tôt : la contamination de l’eau, des sols, et in fine des humains, perdure aujourd’hui encore, et alimente la hausse de certains cancers, de malformations congénitales et d’autres maladies. Les populations et les sociétés locales portent silencieusement ces fardeaux, longtemps après la fin des hostilités, lorsque le conflit et ses malheurs semblent ne plus appartenir qu’au passé.

      Oblitérer l’avenir
      Ces jours-ci, c’est l’armée israélienne qui pulvérise du #glyphosate à haute concentration sur les champs du sud du #Liban et de #Syrie, dans une logique de stérilisation délibérée de la nature. A #Gaza, cette logique a culminé à des sommets jamais atteints dans le passé récent. A l’anéantissement du tissu urbain, des infrastructures et du patrimoine historique, et à un bilan humain, dont les études disponibles dans la littérature scientifique (ici, ici et là) s’accordent pour dire qu’il est en réalité sans doute déjà supérieur à 100 000 morts, s’ajoute une dévastation du capital agricole et naturel sans précédent.

      L’agriculture locale couvrait un tiers de la superficie de l’enclave avant le conflit, et subvenait à environ 44 % de ses besoins alimentaires. Il n’en reste rien ou presque. Au dernier pointage des Nations unies, rendu public en septembre 2025, 97 % des vergers, 82 % des champs, 95 % des zones naturelles arbustives et 89 % des prairies ont été détruits ou endommagés. La plus grande part du bétail a été tuée. La destruction du bâti et des systèmes d’assainissement entraîne la contamination des sols et des écosystèmes côtiers ; la terre est si compactée et abîmée que les experts craignent que la recharge de la nappe phréatique ne soit entravée, accentuant le ruissellement et l’érosion.

      On sait depuis longtemps que tuer la nature, c’est oblitérer l’avenir. Au VIIe siècle avant notre ère, dans la même région, les rois assyriens se vantaient de l’arrachage des arbres fruitiers, de l’incendie des champs et de la stérilisation de la terre des peuples vaincus. Vingt-huit siècles plus tard, pas grand-chose n’a changé.

      #civilisé

  • Bayer strikes $7.25 billion deal to settle Roundup cancer lawsuits | AP News
    ▻https://apnews.com/article/bayer-monsanto-roundup-lawsuits-settlement-154ad7c6bdff3a91b06c4e327321160b
    ▻https://dims.apnews.com/dims4/default/cb187b0/2147483647/strip/true/crop/2692x1794+0+131/resize/980x653!/quality/90/?url=https%3A%2F%2Fassets.apnews.com%2F5b%2F8f%2Fac8cd3be9d0e017d803743

    Le « modèle Monsanto » est devenu « européen », mais ça ne change pas grand chose à « l’art du deal » : rendre les gens malades en le sachant pertinemment, mais se dédouaner des conséquences en versant des sommes dérisoires en regard du coût (individuel et social) des maladies découlant d’un usage du pesticide.

    By DAVID A. LIEB
    Updated 12:01 AM UTC+1, February 18, 2026

    JEFFERSON CITY, Mo. (AP) — Agrochemical maker Bayer and attorneys for cancer patients announced a proposed $7.25 billion settlement Tuesday to resolve thousands of U.S. lawsuits alleging the company failed to warn people that its popular weedkiller Roundup could cause cancer.

    The proposed settlement comes as the U.S. Supreme Court is preparing to hear arguments in April on Bayer’s assertion that the U.S. Environmental Protection Agency’s approval of Roundup without a cancer warning should invalidate claims filed in state courts. That case would not be affected by the proposed settlement.

    But the settlement would eliminate some of the risk from an eventual Supreme Court ruling. Patients would be assured of receiving settlement money even if the Supreme Court rules in Bayer’s favor. And Bayer would be protected from potentially larger costs if the high court rules against it.

    Germany-based Bayer, which acquired Roundup maker Monsanto in 2018, disputes the assertion that Roundup’s key ingredient, glyphosate, can cause non-Hodgkin lymphoma. But the company has warned that mounting legal costs are threatening its ability to continue selling the product in U.S. agricultural markets.

    “Litigation uncertainly has plagued the company for years, and this settlement gives the company a road to closure,” Bayer CEO Bill Anderson said Tuesday.

    The proposed settlement was filed in St. Louis Circuit Court in Missouri, home to Bayer’s North America crop science division and the state where many of the lawsuits have been brought. The settlement still needs the court’s approval.

    Settlement payouts to the sick would vary

    About 200,000 Roundup-related claims have been made against Bayer. That includes more than 125,000 plaintiffs who sued since 2015, according to the settlement documents. Few cases have gone to jurors, with 13 verdicts for Bayer and 11 for plaintiffs, including a $2.1 billion award by a Georgia jury last year. Others already have been resolved through separate settlements, including two recent ones that would take care of about 77,000 claims, the court documents said.

    The newly proposed nationwide settlement is designed to address most of the remaining lawsuits, as well as any additional cases brought in the coming years by people who were exposed to Roundup before Tuesday. If too many plaintiffs opt out of the proposed settlement, Bayer said it reserves the right to cancel it. But Bayer did not specify how many opt-outs would have to occur.

    The deal calls for Bayer to make annual payments into a special fund for up to 21 years, totaling as much as $7.25 billion. The amount of money paid out to individuals would vary depending on how they used Roundup, how old they were when diagnosed and the severity of their non-Hodgkin lymphoma.

    An agricultural, industrial or turf worker exposed at length to Roundup would receive an average of $165,000 if they were diagnosed with an aggressive form of the illness while younger than age 60, according to the proposed settlement. Meanwhile, a residential Roundup user diagnosed between the ages of 60-77 with a less aggressive form of the illness would receive an average of $20,000. And those diagnosed at age 78 or older would get an average of $10,000.

    “No settlement can erase a diagnosis, but this agreement is designed to ensure that both today’s and tomorrow’s patients have access to meaningful compensation,” said attorney Christopher Seeger, who would represent current claimants under the settlement.

    Whether that compensation seems meaningful to patients remains to be seen. Attorney Matt Clement, who represents about 280 Roundup plaintiffs, said he was surprised by the proposed settlement and expects a lot of his clients will opt out.

    The proposed payouts “are exceedingly too small,” Clement said.
    Bayer gets Trump’s backing in court

    Because of lawsuits, Bayer already has stopped using glyphosate in Roundup sold in the U.S. residential lawn and garden market. But glyphosate remains in agricultural products. It is designed to be used with genetically modified seeds that can resist the weedkiller’s deadly effect, thus allowing farmers to produce more while conserving the soil by tilling it less.

    Though some studies associate glyphosate with cancer, the EPA has said it is not likely to be carcinogenic to humans when used as directed. The federally approved label for Roundup includes no warning of cancer.

    Bayer contends that federal pesticide laws preempt states from adopting additional labeling for products and thus prohibit failure-to-warn lawsuits brought under state laws. Bayer is making that argument to the Supreme Court in an appeal of a Missouri case that awarded $1.25 million to a man who developed non-Hodgkin lymphoma after spraying Roundup on a community garden in St. Louis.

    President Donald Trump’s administration has weighed in on Bayer’s behalf, reversing the position of former President Joe Biden’s administration and putting it at odds with some supporters of the Make America Healthy Again agenda who oppose giving the company the legal immunity it seeks.

    The company simultaneously has been lobbying state legislatures to shield pesticide manufacturers from state failure-to-warn lawsuits when their products follow federal labeling requirements. North Dakota became the first state to enact such a law last April. Georgia became the second state to do so in May.
    DAVID A. LIEB
    DAVID A. LIEB
    Lieb covers issues and trends in state governments across the U.S. He’s reported about government and

    #RoundUp #Santé_publique #Glyphosate #Cynisme_industriel

  • « Les #herbicides sont une arme » : #Israël bombarde le #Liban et la #Syrie avec du #glyphosate

    L’#armée israélienne a procédé à des épandages d’#herbicide début février sur ses frontières avec le Liban et la Syrie. Ces tactiques suscitent l’indignation et interrogent : jusqu’où ira Tsahal dans son « #écocide » ?

    Cinquante ans après la guerre du Vietnam, l’agent orange a trouvé un successeur : le glyphosate. L’#armée_israélienne a répandu ce puissant herbicide, interdit dans plusieurs pays pour ses effets cancérigènes, le long de ses #frontières avec le Liban et la Syrie dimanche 1er février. Les casques bleus de l’ONU au Liban-Sud ont dû se mettre à couvert pendant neuf heures après avoir reçu un avertissement d’Israël : des avions israéliens ont répandu des « #substances_toxiques » sur des terrains boisés, #oliveraies et #vergers libanais pendant une journée entière.

    Dès les premières heures, le Liban — régulièrement en proie aux bombardements israéliens malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024 — a été pris d’effroi. Le président Aoun a dénoncé cette #pulvérisation comme étant « une violation flagrante de la souveraineté libanaise et un crime contre l’environnement et la santé ». L’ONU dénonçait elle aussi cet #épandage, en attendant les résultats de laboratoire. L’armée israélienne, contactée par Reporterre, n’a pas donné suite. Après des tests, la substance suspecte a été clairement identifiée.

    « Il s’agit à 100 % de glyphosate, qui dépasse de 30 à 50 fois les doses habituelles utilisées dans l’agriculture », dénonce le ministre libanais de l’Agriculture, Nizar Hani, dans un appel avec Reporterre. Cet herbicide chimique aurait affecté une zone de 18 km de long et 300 m de large, soit au moins 540 hectares, autour de #Aïta_al-Chaab et #Marwahin, villages frontaliers que Reporterre a visités à plusieurs reprises.

    Tactiques nouvelles au Liban et en Syrie

    « Cette attaque peut créer des dommages importants, surtout à des concentrations aussi élevées : nos oliviers, vergers, et chênes peuvent s’assécher et mourir en quarante-huit heures », s’indigne le ministre. Plus tard, il nous transmet des vidéos d’agriculteurs filmant leurs oliviers et champs jaunis. « Il est difficile pour nous d’accéder à ces zones, elles sont restreintes militairement, et seuls quelques habitants y restent : c’est l’armée libanaise et l’Unifil (Force intérimaire des Nations unies au Liban) qui ont collecté les échantillons », explique-t-il.

    Pour le ministre, la tactique israélienne est claire. « Israël utilise maintenant le glyphosate, comme le phosphore blanc et les démolitions, pour détruire le couvert qu’offrent les arbres aux combattants du Hezbollah », commente-t-il. Une étape de plus dans cet « écocide » que dénonce la société civile libanaise au Liban-Sud, après trente mois de guerre.

    Fin janvier, puis début février, ce sont les zones agricoles de #Qouneitra, dans le sud de la Syrie, qui ont vu des avions israéliens épandre des « substances toxiques » à trois reprises au moins. Tsahal occupe illégalement non seulement le Golan, mais aussi des zones frontalières depuis la chute du régime Assad en décembre 2023 et y augmente sans cesse son rayon d’action, harcelant les agriculteurs. Vol de bétail, tirs, démolitions de fermes, champs rasés : l’épandage de glyphosate n’y représente qu’une étape de plus dans l’#intimidation.

    Cet usage d’herbicides « correspond à une #militarisation accrue des frontières et à des efforts visant à consolider le #contrôle_territorial », explique Lucia Rebolino, de Forensic Architecture, à Reporterre. En 2019, l’institution avait publié une étude dénonçant la « #guerre_herbicidaire » d’Israël à Gaza, désherbant les zones tampons autour de l’enclave — et préparant le terrain pour la situation actuelle.

    « Il s’agit d’une première étape dans un long processus de #destruction_environnementale, à une échelle systématique. L’#intention_écocidaire est intrinsèque à cette pratique », ajoute la chercheuse. Mais l’utilisation du glyphosate, substance classée comme cancérigène par l’OMS, n’interroge pas seulement en temps de guerre. « Les débats publics [en Europe] devraient traiter les herbicides puissants comme des substances à double usage, comme une “arme”, pour renforcer les débats actuels sur la réglementation et les risques », conclut Rebolino. Un rappel utile en plein débat autour de la loi Duplomb et du Mercosur ?

    ▻https://reporterre.net/Les-herbicides-sont-une-arme-Israel-bombarde-le-Liban-et-la-Syrie-avec-d
    #armes #arme_chimique

    • Herbicidal warfare in Gaza

      Over three decades, in tandem with the Madrid and Oslo negotiation processes, the occupied Gaza Strip has been slowly isolated from the rest of Palestine and the outside world, and subjected to repeated Israeli military incursions. These incursions intensified from September 2003 to the fall of 2014, during which Israel launched at least 24 separate military operations targeting Gaza, giving shape to its surrounding borders today.

      The borders around Gaza—one of the most densely-populated areas on Earth—continue to be hardened and heightened into a sophisticated system of under- and overground fences, forts, and surveillance technologies. Part of this system has been the production of an enforced and expanding military no-go area—or ‘buffer zone’—on the Palestinian side of the border.

      Since 2014, the clearing and bulldozing of agricultural and residential lands by the Israel military close to the eastern border of Gaza has been complemented by the unannounced aerial spraying of crop-killing herbicides.

      This ongoing practice has not only destroyed entire swaths of formerly arable land along the border fence, but also crops and farmlands hundreds of metres deep into Palestinian territory, resulting in the loss of livelihoods for Gazan farmers.

      ►https://forensic-architecture.org/investigation/herbicidal-warfare-in-gaza

  • Glyphosate : l’une des plus influentes études garantes de la sûreté de l’herbicide rétractée, vingt-cinq ans après sa publication
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/12/03/glyphosate-l-une-des-plus-influentes-etudes-garantes-de-la-surete-de-l-herbi

    Une étude de 2000 qui concluait à la sûreté du célèbre herbicide, largement citée depuis lors, vient d’être officiellement désavouée par la revue qui l’avait publiée. Les scientifiques signataires sont suspectés d’avoir endossé un texte préparé par des cadres de #monsanto.

    -- Permalien

    #science #lobbying

    • Un quart de siècle après sa publication, l’un des articles de recherche les plus influents jamais publiés sur le potentiel cancérogène du #glyphosate a été rétracté pour « plusieurs problèmes critiques (…) portant atteinte à [son] intégrité académique et à ses conclusions ». Dans une notice de rétractation du vendredi 28 novembre, la revue Regulatory Toxicology and Pharmacology a annoncé que l’étude, datée d’avril 2000 et qui concluait à la sûreté du célèbre herbicide, est retirée de ses archives. Ce désaveu intervient vingt-cinq ans après sa publication, et huit ans après les révélations de milliers de documents internes de la firme #Monsanto rendus publics par la justice américaine (les « Monsanto Papers »), indiquant que les réels auteurs de l’article ne seraient pas ses signataires – Gary M. Williams (New York Medical College), Robert Kroes (Ritox, université d’Utrecht, Pays-Bas) et Ian C. Munro (Intertek Cantox, Canada) –, mais plutôt des cadres de la société.

      Cette pratique, baptisée « #ghostwriting » (littéralement « écriture fantôme »), est considérée comme une forme de #fraude_scientifique. Elle consiste, pour certaines firmes, à rémunérer des chercheurs afin qu’ils acceptent de signer des articles de recherche dont ils ne sont pas les auteurs. La motivation est simple : lorsqu’une étude s’avère favorable à un pesticide ou à un médicament, elle apparaît bien plus crédible si elle n’est pas signée par des scientifiques de la société qui le commercialise.

      Avec des mots prudents, Martin van den Berg, coéditeur en chef de Regulatory Toxicology and Pharmacology, rappelle que « des employés de Monsanto ont pu contribuer à la rédaction de l’article sans être dûment crédités comme coauteurs ». « Ce manque de transparence soulève de sérieuses questions éthiques sur l’indépendance et la responsabilité des auteurs, ainsi que sur l’intégrité scientifique des études de cancérogénicité présentées », écrit-il. D’autres manquements sont indiqués, en particulier l’absence de mention de la rémunération des auteurs par Monsanto. « Cette rémunération potentielle soulève d’importantes questions d’éthique et remet en cause l’objectivité académique apparente des auteurs dans cette publication », ajoute M. van den Berg.

      Soupçons sans équivoque

      Les conclusions sont sujettes à caution. L’article rétracté était supposé être une synthèse de l’ensemble des données pertinentes disponibles sur la sûreté du glyphosate, mais les auteurs n’y ont « pas inclus plusieurs études de toxicité chronique et de cancérogénicité », relève M. van den Berg. « Les raisons de cette omission restent inconnues, ce qui remet en question l’objectivité générale des conclusions présentées. » Le dernier des trois signataires encore en vie, Gary M. Williams, professeur émérite au New York Medical College, n’a pas répondu aux sollicitations de la revue ni à celles du Monde.

      Les soupçons de ghostwriting pesant sur l’article de M. Williams et ses cosignataires sont sans équivoques. En 2017, dans l’un des volets de son enquête sur les « Monsanto Papers », Le Monde rapportait que les cadres de Monsanto échangeaient par courriels, en 2015, sur la conduite à tenir pour produire de nouvelles synthèses destinées à attester de la sûreté du glyphosate dans la littérature scientifique. Il s’agissait alors de convaincre les agences réglementaires. L’un des hauts responsables de la firme recommandait à ses collègues de recourir à du ghostwriting, en sollicitant des chercheurs indépendants qui « n’auraient plus qu’à éditer et écrire leur nom, pour ainsi dire », sur un texte prérédigé. Il citait sans ambages un précédent : « Rappelez-vous que c’est comme ça qu’on avait géré le papier de [Gary] Williams, [Robert] Kroes et [Ian] Munro en 2000. » M. Williams a cependant toujours affirmé avoir rédigé sa partie du texte.

      Caractère frauduleux

      Pourquoi, alors que ces documents ont été rendus publics par la presse en 2017, a-t-il fallu attendre huit ans pour voir l’article en question rétracté ? Interrogé, M. van den Berg explique que cette situation lui était inconnue jusqu’à la publication, en septembre, d’un article des historiens des sciences Alexander Kaurov (université Victoria de Wellington, Nouvelle-Zélande) et Naomi Oreskes (université Harvard) dans la revue Environmental Science and Policy. Les deux chercheurs y analysaient la destinée de la synthèse signée de MM. Williams, Kroes et Munro, après que son caractère frauduleux avait été rendu public : il a continué à être cité dans la littérature scientifique à l’appui de l’innocuité du glyphosate. Il était encore mentionné, le 20 novembre, dans une étude publiée par Scientific Reports.

      M. Kaurov et Mme Oreskes relevaient l’influence persistante de l’article sur la littérature scientifique, mais aussi sur le débat public et la réglementation. « Il figure parmi les 0,1 % des articles les plus cités traitant du glyphosate », écrivent les deux historiens. « Nos conclusions soulignent la nécessité de mettre en place des politiques plus strictes dans les revues scientifiques afin de filtrer et de retirer les articles rédigés par des ghostwriters, concluaient-ils. Et ce afin de préserver l’intégrité de la science et la santé publique. » Comme le note M. van den Berg, l’article rétracté a eu « un impact considérable sur les décisions réglementaires sur le glyphosate et le Roundup pendant des décennies ». Selon un décompte du Monde, il est cité à une quarantaine de reprises dans le rapport d’expertise européen de 2015 qui a conduit à la réautorisation de l’herbicide en 2017 .

      Dans son enquête, Le Monde avait identifié d’autres articles « ghostwrités », dans les revues Critical Reviews in Toxicology ou encore Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B. Aucun n’a été rétracté.

      Stéphane Foucart

  • De nombreux #pesticides détectés dans l’air des #logements en #France

    L’#étude #Pestiloge, menée de novembre 2020 à février 2023, visait à quantifier la concentration de pesticides dans l’#air et les #poussières domestiques, pour ensuite évaluer les risques liés à l’exposition à ces substances.

    De nombreux pesticides ont été détectés dans l’air et les poussières à l’intérieur des logements en France hexagonale, bien qu’interdits parfois depuis des années, selon les résultats d’une étude nationale publiés ce jeudi 27 novembre 2025 et rapportés par l’AFP.

    L’étude Pestiloge, financée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et menée de novembre 2020 à février 2023, visait à quantifier la concentration de pesticides dans l’air et les poussières domestiques, pour ensuite évaluer les risques liés à l’exposition à ces substances. Cette campagne a permis de rechercher 81 pesticides dans l’air et 92 dans les poussières, dans 571 logements au sein de 321 communes réparties dans 84 départements.

    Quatre pesticides dans l’air de plus 80 % des logements

    Selon le bilan publié par l’Anses, quatre pesticides ont été détectés dans l’air de plus 80 % des logements : deux #insecticides, le #lindane et la #transfluthrine, et deux #insectifuges, le #DEET et l’#icaridine. Ces pesticides et un autre insecticide, la #perméthrine, ont été retrouvés dans plus d’un logement sur deux, tandis qu’un #fongicide, le #folpel, a été détecté dans plus de 60 % des logements.

    Enfin, le #chlorprophame, un #herbicide, était présent dans 70 % des logements lors de cette campagne de détection réalisée par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Pour certains de ces produits - le lindane et la perméthrine -, les concentrations étaient même « généralement plus élevées dans les logements que dans l’air extérieur ».

    En l’absence de valeurs de référence ou de seuils réglementaires, il est toutefois impossible de dire si l’exposition aux concentrations relevées représente ou non un risque pour la santé des occupants, indique l’Anses.

    Les pesticides plus souvent détectés dans les poussières

    Quant aux pesticides, « plus souvent détectés dans les poussières que dans l’air des logements », 13 d’entre eux ont été détectés dans plus de neuf logements sur dix.

    Il s’agit de cinq fongicides (#boscalid, #dicloran, #difénoconazole, #propiconazole, #tébuconazole), quatre insecticides (#acétamipride, #cyperméthrine, #imidaclopride, #perméthrine), deux herbicides (#glyphosate, #terbutryne) et deux répulsifs d’insectes (#DEET, #icaridine). Et quatre autres substances ont été retrouvées dans plus d’un logement sur deux (#fipronil, #lindane, #pyriproxyfène, #transfluthrine).

    Ces mesures témoignent de la persistance, bien après leur utilisation, de la #contamination en pesticides dans l’air et les poussières des logements français. « Un nettoyage régulier des surfaces et l’aspiration des poussières restent parmi les meilleurs outils pour limiter » cette persistance, rappelle l’agence de sécurité sanitaire.

    Certains de ces produits n’étant plus commercialisés depuis des années, « une vigilance doit être maintenue quant à la présence de vieux meubles ou charpentes en bois qui ont pu être traités par des produits biocides aujourd’hui interdits », souligne l’Anses. Et « utiliser de vieux stocks de produits phytopharmaceutiques ou biocides n’est pas recommandé ».

    ▻https://www.ouest-france.fr/environnement/pesticides/de-nombreux-pesticides-detectes-dans-lair-des-logements-en-france-1bd63
    #maison #espace_domestique

    • PESTILOGE : des pesticides dans nos logements

      Pourquoi cette étude ?

      Les pesticides ne sont pas uniquement présents dans les champs. Ils peuvent aussi se retrouver dans nos logements, via les produits que nous utilisons pour lutter contre les insectes, traiter le bois ou protéger nos animaux, mais aussi par transfert depuis l’extérieur, notamment dans les zones agricoles. Certaines substances, interdites depuis des années, persistent dans les poussières et les matériaux.

      Pour mieux comprendre cette exposition, l’Observatoire de la Qualité des Environnements Intérieurs (OQEI) a lancé la campagne PestiLoge, une étude inédite sur la présence des pesticides dans l’air et les poussières des logements français.
      Une campagne nationale sans précédent

      Intégrée à la deuxième campagne nationale logements (CNL2), PestiLoge a été menée entre novembre 2020 et février 2023, couvrant toutes les saisons.

      571 logements ont été étudiés, répartis dans 321 communes et 84 départements.

      Les équipes ont réalisé :

      - Des prélèvements d’air intérieur pendant 7 jours, analysés pour 81 pesticides.
      - Des collectes de poussières (via aspirateurs), tamisées et analysées pour 92 pesticides.

      Ces substances incluent des insecticides, fongicides, herbicides et répulsifs, sélectionnés par l’Anses selon des critères sanitaires et la faisabilité analytique.

      Les principaux enseignements

      Dans l’air intérieur

      – 10 pesticides jamais détectés, dont 5 herbicides (acétochlore, carbétamide, flumétraline, oryzalin, tébuthiuron), 3 insecticides (béta-cyfluthrine, diméthoate, tau-fluvalinate) et 2 fongicides (prochloraze, triticonazole).
      - 37 substances très rarement détectées (moins de 5 % des logements).
      – 4 pesticides omniprésents (dans plus de 80 % des logements) :
      Insecticides : lindane, transfluthrine
      Répulsifs : DEET, icaridine
      – Le fongicide folpel est détecté dans plus de 60 % des logements, et l’herbicide chlorprophame dans 70 %.
      - Dans certains logements, les concentrations dépassent 10 ng/m³ (DEET, icaridine, lindane).

      Avec la perméthrine, ces produits sont quantifiés dans plus de la moitié des foyers.

      Dans les poussières

      – 5 pesticides jamais détectés : brodifacoum, dichlorvos, fénarimol, flumétraline, triallate.
      - 13 substances présentes dans plus de 90 % des logements :
      Fongicides : boscalid, dicloran, difénoconazole, propiconazole, tébuconazole
      Herbicides : glyphosate, terbutryne
      Insecticides : acétamipride, cyperméthrine, imidaclopride, perméthrine
      Répulsifs : DEET, icaridine
      - Concentrations très élevées pour certains :
      Perméthrine >1 000 ng/g dans plusieurs logements
      Glyphosate, cyperméthrine et PBO (pipéronyl butoxide) >100 ng/g
      - 8 pesticides dépassent 1 000 ng/g dans au moins 5 % des logements (perméthrine, imidaclopride, glyphosate, cyperméthrine, PBO, fipronil, icaridine, pyriproxyfène).

      Ce que cela signifie

      De nombreux pesticides ont été détectés dans l’air et les poussières des logements, alors même que certains font l’objet d’une restriction, voire d’une interdiction d’usage depuis plusieurs années. Cela témoigne de leur persistance dans les milieux intérieurs.

      Un nettoyage régulier des surfaces et l’aspiration des poussières restent parmi les meilleurs moyens pour limiter cette persistance. Une vigilance particulière doit être portée aux vieux meubles ou charpentes en bois qui ont pu être traités par des produits biocides aujourd’hui interdits, ainsi qu’aux stocks anciens de produits phytopharmaceutiques ou biocides.

      Et demain ?

      Les données issues de PestiLoge, couplées à celles de la CNL2, offrent un éclairage unique sur la contamination en pesticides dans l’air et les poussières des logements français. Elles alimentent déjà les travaux de l’Anses pour développer des valeurs sanitaires de référence et améliorer l’évaluation des risques liés aux pesticides, en considérant différentes sources et voies d’exposition. Ces données pourront également contribuer à des évolutions réglementaires.

      ▻https://www.oqei.fr/fr/campagnes-et-etudes/pestiloge
      #rapport

  • « L’étendue et la diversité des contaminations transforment la distribution d’eau potable en un inextricable casse-tête réglementaire »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/26/l-etendue-et-la-diversite-des-contaminations-transforment-la-distribution-d-

    Il faudrait toujours avoir un œil sur le Journal officiel (JO) entre le 24 décembre et le 1er janvier car il s’y produit parfois de grandes choses, en particulier si elles nécessitent un peu de discrétion. C’est l’un des enseignements de la première carte interactive des contaminants de l’eau du robinet, établie et publiée le 16 octobre par les associations Générations futures et Data for Good. Celle-ci permet non seulement de constater de visu les profondes inégalités territoriales en matière d’accès à une eau potable de qualité, mais elle permet aussi d’entrevoir les premiers effets de deux actes réglementaires pris par le gouvernement d’Elisabeth Borne voilà près de trois ans, et subrepticement publiés au JO les 30 et 31 décembre 2022. Bien souvent, la #réglementation est à la loi ce que la contrebande est au commerce.

    Avant l’entrée en vigueur de ces textes (le décret n° 2022-1720 du 29 décembre 2022 et de l’arrêté du 30 décembre 2022 « modifiant l’arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine »), les métabolites de pesticides « non pertinents » (présumés sans danger) ne devaient pas excéder une concentration de 0,9 microgramme par litre (µg/l) dans l’eau distribuée. Sauf à ce que celle-ci ne soit plus conforme à la réglementation. Au-dessus de ce seuil, les collectivités disposaient d’une période de trois ans, renouvelable une fois, soit six ans au total, pour remettre l’eau distribuée en conformité avec les critères de qualité. Cette mesure de précaution reposait sur un constat simple : le classement d’un métabolite comme « non pertinent » dépend d’une procédure rudimentaire n’assurant pas, à elle seule, une preuve d’innocuité.

    Tout cela a pris fin sans publicité ni information, sans explications ni délibération, pendant les préparatifs de la Saint-Sylvestre 2022. (...)

    Question du Monde à la direction générale de la santé (DGS) : « Combien de temps un métabolite non pertinent peut-il rester au-dessus de 0,9 µg/L sans que des restrictions de consommation soient édictées ? » Réponse : « La gestion est laissée à l’appréciation des autorités locales. » Quelles instructions ont-elles été données à celles-ci ? Réponse de la #DGS : _« Ce courrier, adressé aux préfets, n’est pas public. Que peut-il bien y avoir de confidentiel là-dedans ? Lorsque la discrétion ne suffit plus, il reste le secret.

    [...]

    (...) en juin, un comité d’experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (#Anses) a classé « non pertinent » le principal métabolite du glyphosate, l’AMPA. Cette décision, dont s’est désolidarisé l’un des membres du groupe de travail, repose largement sur les données fournies par l’industrie. Mais d’autres institutions – comme le Centre international de recherche sur le cancer en 2015, ou l’Inserm en 2021 – estiment que les éléments de preuve disponibles dans la littérature scientifique penchent pour la plausibilité d’un risque, notamment génotoxique, de l’AMPA. A tout le moins, il y a donc débat.

    ▻https://justpaste.it/9tdwd

    #eau_potable #omerta #décret #contrôle_sanitaire #pesticides #PFAS #glyphosate #santé #cancer

    • Pollution de l’eau potable : le casse-tête des pour réduire les risques
      ▻https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2025/03/08/en-bouteille-ou-au-robinet-l-eau-rend-parano-tous-les-deux-mois-on-nous-anno

      La qualité de l’eau en bouteille ou au robinet ne va plus de soi et oblige chacun à trouver des solutions pour boire sans trembler. Mais la filtration miracle ne coule pas de source.

      De semaine en semaine, l’eau devient une source grandissante d’inquiétude pour les Français qui s’informent. Mai 2024 : les pesticides et leurs sous-produits, apprend-on, sont présents dans 97 % des stations de contrôle des eaux souterraines, et dépassent les normes dans près de 20 % d’entre elles. Novembre : les ressources hydriques sont massivement contaminées par le TFA (acide trifluoroacétique), polluant éternel issu de la dégradation d’un pesticide reconnu comme #perturbateur_endocrinien. Le même mois, trois inspections générales soulignent l’échec global de la protection de l’eau potable : pour au moins dix millions de Français, sa qualité n’est plus garantie. En décembre, bouquet final : les trois quarts des sols français sont contaminés par les #microplastiques, nouvelle menace pour les #nappes_phréatiques.

      Aussi l’appel à témoignages sur la #qualité_de_l’eau de boisson, lancé début février sur Lemonde.fr, a-t-il mesuré le désarroi de nos lecteurs, qui oscillent entre peur et colère, partageant les mêmes sentiments d’impuissance et de trahison, une semblable défiance vis-à-vis de politiques jugés inactifs. « On m’a toujours affirmé que l’eau de Paris était extrêmement surveillée, rappelle Céline Galliot, 59 ans. Mensonge, mensonge, mensonge ! Allons-y gaiement pour l’empoisonnement généralisé ! » « Tous les deux ou trois mois, on nous annonce un nouveau polluant, déplore Dominique Chalençon, retraité alsacien. La santé des Français semble bien passer derrière les affaires. Nos pauvres enfants… » « Qu’est-ce qui est moins mauvais pour ma santé ? L’eau de source avec des microplastiques ou l’eau du robinet avec du chlore et des pesticides ? », interroge, furax, Valérie Lasserre, 52 ans, consultante en stratégie.

      [...]

      (...]taper « #filtration eau » sur un moteur de recherche conduit à une autre noyade : des centaines de marques proposent leurs systèmes de filtration individuelle sur des sites alliant jargon d’ingénieurs chimistes et propos alarmistes. « Filtrabio-100 est équipé d’un dynamiseur couplant un puissant champ magnétique à un vortex », lit-on, peu éclairé.
      Des listes sans fin de polluants censément éliminés donnent des sueurs froides. D’urgence, acheter ! « En 2024, filtrer son eau du robinet n’est plus une option, c’est un devoir pour votre santé et pour notre planète », intiment, sur leur site, les créateurs des #filtres_à_eau Pureva – lancés en 2023 par deux vingtenaires martiniquais biberonnés au chlordécone, cet insecticide jadis pulvérisé dans les bananeraies. Leur système s’accroche au robinet, d’autres ressemblent à de grosses bonbonnes métallisées, ou encore à des unités centrales d’ordinateur. L’on vous parle de #microfiltration au charbon actif, d’#osmose_inverse, de cartouches à changer continuellement… Une certitude : la déco de la cuisine ouverte sera ruinée. Puis une deuxième : il va falloir payer.

      [...]

      Dorénavant, il faudrait donc se débrouiller seul, s’offrir le luxe d’une eau saine, se fier à des entreprises privées dont on ne comprend guère le propos et redoute l’appât du gain… (...)

      (...) l’avenir s’annonce radieux pour les marchands d’osmoseurs

      ▻https://justpaste.it/b1zqm

      Peut-on traiter efficacement son eau du robinet ?
      ▻https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2025/03/07/peut-on-traiter-efficacement-son-eau-du-robinet_6576876_4497916.html

      Des graines de Moringa à l’osmose inverse, en passant par les filtres au charbon actif, plusieurs systèmes permettent d’éliminer certaines molécules, pour des efficacités et des coûts disparates.

      ▻https://justpaste.it/9sk8s

      (un article pour propriétaires, façon Le Monde)

      #or_bleu #eau_en_bouteille #nanoplastiques #contaminations_bactériologiques #consommation #filtres_au_charbon_actif

    • Eau de pluie récupérée, filtrée, potabilisée : la ruée des particuliers sur l’or bleu
      ▻https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2024/01/20/eau-de-pluie-recuperee-filtree-potabilisee-la-ruee-des-particuliers-sur-l-or

      Les sécheresses à répétition, avec leur cortège d’interdictions, et les alertes sur la pollution des nappes phréatiques persuadent de plus en plus de Français d’équiper leur maison pour récupérer l’eau de pluie, voire la rendre potable pour la consommer. Une installation vertueuse, mais coûteuse et techniquement délicate.

      Chaque Français consomme en moyenne 148 litres d’eau potable par personne et par jour, renseigne le C.I.eau, contre 106 litres en 1975. Des flots et des flots consacrés à l’hygiène, au nettoyage (pour 93 %), bien peu à la boisson ou à la cuisine (7 %). « Les besoins en eau des ménages peuvent être couverts quasiment à moitié par l’eau de pluie », jauge Bertrand Gonthiez, expert en gestion des eaux pluviales, auteur de Récupérer et utiliser l’eau de pluie (Eyrolles, 2007, 4e édition). « Ces dernières années, note-t-il, suite aux #sécheresses sévères, des particuliers en nombre grandissant ont souhaité réutiliser l’eau de pluie, au jardin d’abord, puis dans leur maison. Ils anticipent l’avenir. L’eau de pluie est disponible, pourquoi ne pas l’utiliser ? »

      [...]

      Bref, résume l’ingénieur Bertrand Gonthiez, « l’autonomie peut faire rêver, mais elle n’est pas à la portée de tout le monde ». Charge aux détenteurs d’installations autonomes, selon lui, d’exercer « une surveillance régulière, extrêmement rigoureuse, avec des analyses périodiques de l’eau par un laboratoire agréé », de changer régulièrement les filtres – ce qui coûte –, d’investir dans une citerne enterrée, de ne surtout pas se contenter des cuves en plastique exposées à la lumière et à la chaleur, complète Rémi Richart, et de « bien différencier l’eau récupérée de l’eau du réseau ». « Ce qui est simple dans une maison neuve, mais compliqué dans une vieille maison. Le danger, c’est que souvent les gens lancés dans l’autonomie n’ont pas beaucoup d’argent. » Pour trinquer à l’eau de récupération, il faut pouvoir se payer le champagne…

      ▻https://justpaste.it/cukgt

      #eau_de_pluie #récupération_d'eau_de_pluie #cuves #potabilisation

  • Trump contre la Colombie : cocaïne ou pétrole ?
    ▻https://www.leshumanites-media.com/post/trump-contre-la-colombie-coca%C3%AFne-ou-p%C3%A9trole

    A en croire les informations diffusées ici et là, les États-Unis s’apprêtent à intervenir en Colombie, dont le président de gauche Gustavo Petro serait, aux dires de Donald Trump, un « baron de la drogue ». Elle a bon don, la cocaïne... Et si les véritables raisons du courroux trumpiste étaient à chercher ailleurs ?

    La guerre à la drogue ? 1 cocktail gagnant cocaïne/hydrocarbure/glyphosate = 1 shaker bien frappé.
    "Colombie : Poison contre Poison », un documentaire d’enquête"
    ▻https://rebellyon.info/Colombie-Poison-contre-Poison-un-17353
    ▻https://www.youtube.com/watch?v=ZZDCBdLs6Go


    ▻https://reporterre.net/Alternative-empoisonnee-en-Colombie-le-glyphosate-ou-la-coca

    #Colombie #glyphosate #pétrole #cocaïne #narcotrafic #USA

  • Une carte interactive inédite permet de connaître les polluants présents dans l’eau potable distribuée à chaque adresse
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/10/16/une-carte-interactive-inedite-permet-de-connaitre-les-polluants-presents-dan

    Les associations Générations futures et Data for Good ont intégré dans une même carte interactive les données sur la présence de pesticides, nitrates, PFAS, ou CVM dans l’eau distribuée en France métropolitaine. Elle révèle des inégalités territoriales et des défauts d’information des populations.

    Je vis à côté de la grosse zone rouge, là, à Lyon. On a des mesures régulières parce qu’on a la chance d’avoir une grosse usine Arkema qui a défrayée la chronique ces dernières années. Et notre député (macroniste) qui est aussi médecin et voisin, a marqué contre son camp (des grosses entreprises), en dirigeant une étude pour faire le point sur ce qu’il se passe avec les PFAS, étude efficace, la preuve, c’est tout rouge... :-/ :-))

  • #PestiRiv : une #étude pour mieux connaître l’exposition aux #pesticides des personnes vivant en zones viticoles et non-viticoles

    #Santé_publique France et l’Anses (l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) réalisent l’étude Pestiriv pour mieux connaître l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes ou éloignées de toute culture.

    Quels sont les principaux résultats de l’étude ?

    Les résultats de l’étude montrent que :

    - Les #riverains des zones viticoles sont plus exposés aux pesticides appliqués sur ces cultures que les personnes éloignées de toute culture. Ces expositions sont par ailleurs plus importantes en période de traitement. L’augmentation de l’#imprégnation_biologique en zones viticoles est observée à la fois chez les adultes et les enfants.
    - Les quantités de produits utilisés et la proximité des #habitations avec les vignes sont les deux principaux facteurs d’exposition.

    Ces résultats sont robustes pour les différents échantillons analysés (urines, cheveux, poussières, air ambiant, air intérieur) et cohérents avec ceux des quelques études réalisées sur d’autres cultures aux Etats-Unis (blé, soja) et aux Pays-Bas (fleurs).

    Cette exposition plus importante est due au transfert vers l’environnement des substances appliquées sur les vignes, qui est constaté pour la majorité des substances mesurées. Cette exposition concerne aussi bien des substances très spécifiques de la vigne (par exemple le #folpel ou le #métirame) que des substances qui le sont moins (par exemple le #glyphosate, le #fosétyl-aluminium, la #spiroxamine).

    Il est à noter que les faibles #pluies et les #températures élevées du printemps et de l’été 2022, période de l’étude, ont pu limiter les besoins de traitement. Les niveaux d’exposition en zones viticoles pourraient donc être plus élevés en cas de temps pluvieux.
    Pour certaines substances, aucune différence entre les deux groupes de population ou entre les deux périodes n’est observée. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il existe d’autres sources d’exposition que les traitements agricoles (cas des #pyréthrinoïdes, qui sont des #insecticides utilisés pour des usages variés, ou encore du #cuivre) ou que l’utilisation de la substance sur les vignes a été faible dans la période étudiée (exemple du #tébuconazole).

    ▻https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/pestiriv-une-etude-pour-mieux-connaitre-l-exposition-aux-pestici
    #vignobles #vignes #viticulture #rapport

    • "Cette agriculture tue les gens" : l’étude PestiRiv révèle ses résultats, les riverains des vignes surexposés aux pesticides

      Ce lundi 15 septembre étaient publiés les résultats très attendus de l’étude PestiRiv, portant sur l’exposition aux pesticides des populations situées à #proximité des zones viticoles. Sans surprise, les #riverains y sont fortement imprégnés de #produits_phytosanitaires et pose ainsi des questions de santé publique.

      C’est une étude nationale « inédite », d’une ampleur « sans précédent ». Lancée en 2021, l’étude PestiRiv, menée conjointement par Santé publique France et l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), visait à évaluer l’exposition aux pesticides des personnes vivant dans des zones proches des vignobles.

      Environ 4 % de la population française vit à moins de 200 mètres d’une vigne, soit en grande proximité, mais peu de données existaient à ce jour sur l’exposition de ces riverains. La vigne est en effet l’une des cultures en France où l’usage des produits phytopharmaceutiques est le plus important. Certains sont même spécifiques au milieu, comme le Folpel, un fongicide utilisé contre le mildiou.
      Des résultats sans surprise

      Après de longs mois d’une attente d’ailleurs dénoncée par plusieurs associations de défense de l’environnement, les résultats ont été publiés ce lundi 15 septembre. Et sans surprise, ils démontrent que les populations vivant à proximité des exploitations viticoles sont plus exposées aux pesticides que les autres, avec une plus grosse imprégnation pour les enfants de 3 à 6 ans.

      « Les niveaux de #contamination sont plus élevés en zone viticole, avec une augmentation comprise entre 15 et 45 % dans les urines, jusqu’à plus de 1 000 % dans les poussières et 12 fois plus dans l’air ambiant. » (Clémence Fillol, Responsable de l’unité Surveillance des expositions de Santé publique France)

      De plus, l’étude a aussi permis de montrer que l’exposition aux pesticides pour les riverains devenait encore plus importante lors de la période de traitement des vignes : par exemple, l’augmentation du niveau de contamination des urines peut atteindre 60 %, celle concernant les poussières peut aller jusqu’à 700 %.

      Mais une autorisation de mise sur le marché ne donne pas pour autant l’autorisation de consommer ces produits ! (Cyril Giraud, Relais en Gironde de l’association Générations Futures)

      Les autorités sanitaires soulignent tout de même que les quantités de pesticides retrouvées dans les analyses n’ont jamais dépassé les seuils fixés dans les autorisations de mise sur le marché (AMM) de ces produits.

      Sur les 23 communes où l’air ambiant a été analysé (dont Pauillac en Gironde), du Folpel a été détecté dans 62 % des échantillons, pour une concentration moyenne de 2,29 nanogrammes par mètre cube, alors que la dose journalière autorisée est fixée à 0,1 milligramme (soit 100 000 ng) par kilogramme. « Si l’on retrouve un produit cancérogène ou mutagène dans les urines, on se doute bien qu’il a pu faire des dégâts », détaille Cyril Giraud.
      Près de 3 000 participants

      Pour pallier ce manque de données, 265 sites, répartis dans six régions viticoles dont la Nouvelle-Aquitaine, ont été analysés dans le cadre de PestiRiv.

      Le groupe « riverain » était constitué d’individus résidant à moins de 500 mètres d’une vigne et plus d’1 kilomètre de toute autre culture. Le groupe de comparaison, éloigné de toute culture, comprenait des habitations à 1 km d’une culture quelconque et à 5 km d’une vigne.

      Deux périodes ont été sélectionnées pour l’étude : d’abord entre octobre et février 2022, puis entre mars et août 2022, soit pendant la période de traitement des vignes

      Au total, 56 substances ont été mesurées dans l’air et les poussières à l’intérieur des habitations, ainsi que dans l’urine et les cheveux des participants des deux groupes. Près de 2 000 adultes et 750 enfants ont participé à cette étude, avec « une forte implication » et des « questionnaires extrêmement complets » à remplir.

      Les pratiques agricoles directement visées

      Le lien semble donc directement établi entre l’épandage de pesticides dans une exploitation viticole et sa présence chez les riverains. « L’analyse de l’ensemble de ces données amène à conclure que le facteur qui influence le plus l’exposition des populations est les pratiques agricoles, poursuit Ohri Yamada, chef de l’unité Phytopharmacovigilance de l’Anses. Car l’exposition augmente aussi avec les quantités de pesticides utilisées et la distance diminuée entre le logement et les vignes. »

      D’autres facteurs peuvent aussi contribuer à l’augmentation de l’exposition, comme le fait de passer du temps à l’extérieur ou d’aérer longtemps son logement, d’autant plus en période d’épandage. Et si l’étude PestiRiv est saluée comme une confirmation officielle d’une contamination des populations que les associations dénonçaient depuis des années, elle est aussi vue comme le symbole d’un immobilisme. « Le problème des études comme ça, c’est que c’est aussi un prétexte pour ne rien faire », souligne Cyril Giraud.

      PestiRiv ne dit en effet rien des risques sanitaires qui pèsent sur les populations exposées aux produits phytosanitaires, mais se borne à dresser un constat. « Une étude doit aller d’un diagnostic à un plan d’action. Si c’est pour dire à la fin qu’il peut y avoir un lien de cause à effet mais que ce n’est pas avéré, c’est dommage de pondre ça », fustige Thomas Filliatre, maire de Preignac (Gironde), où se trouvent plusieurs vignes.

      "La France fait tout pour éviter de voir l’évidence : cette agriculture tue les gens. (Cyril Giraud, Relais en Gironde de l’association Générations Futures)

      « Il faut arrêter de demander des études et des études et des études, c’est une fuite en avant pour ne pas demander de vraies mesures, poursuit Cyril Giraud. Cela fait longtemps qu’on sait que ces produits sont toxiques, ils sont faits pour ça ! »
      Accompagner le monde agricole

      Là où les recommandations de Santé publique France et de l’Anses se bornent à « limiter l’utilisation de produits phytosanitaires au strict nécessaire, avec une mise en œuvre ambitieuse de la stratégie nationale Ecophyto 2030 », les associations de défense de l’environnement, comme Générations Futures, demandent à l’État d’aller plus loin.

      « Il faut interdire ces produits, et accompagner le monde agricole dans des pratiques plus respectueuses » pour l’environnement et la santé, appuie Cyril Giraud. Par la voix de son porte-parole François Veillerette, Générations Futures demande aussi « l’accès aux registres d’épandages des agriculteurs, car il est aujourd’hui ahurissant que ces registres ne soient pas accessibles dans l’intérêt des populations et de la science ».

      Les riverains des zones viticoles ne sont sans doute pas les seuls concernés : tous les habitants à proximité de cultures sur lesquels des pesticides sont répandus sont susceptibles d’être surexposés à des substances chimiques, potentiellement dangereuses pour la santé. « L’étude PestiRiv ouvre des pistes, mais n’est pas une fin en soi », prévenait en préambule Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France, lors de la restitution des résultats. La recherche et les pouvoirs publics doivent maintenant s’emparer du problème.

      ▻https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/cette-agriculture-tue-les-gens-l-etude-pestiriv-revele-se

    • Dans les zones viticoles, des populations plus exposées aux pesticides

      L’étude PestiRiv, menée par l’Anses et Santé publique France, a été rendue publique lundi 15 septembre après quatre ans de recherches. Elle met en évidence les pesticides auxquels sont exposés les riverains des zones viticoles.

      DesDes populations plus exposées aux pesticides que la moyenne, et particulièrement aux fongicides, ces produits qui s’attaquent aux champignons : si l’on habite en zone viticole, on a plus de probabilité de respirer, d’avaler, d’être en contact avec les molécules des produits phytosanitaires épandus dans les parcelles.

      C’est ce que conclut PestiRiv, l’étude rendue publique lundi 15 septembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses) et Santé publique France. Un résultat suffisamment solide, établi après quatre années de recherches à l’échelle de la France métropolitaine, pour que les deux institutions, dans leurs recommandations, incitent « en priorité à réduire l’utilisation de pesticides » en agriculture.

      L’étude, une première en France, se base sur des échantillons d’urine et de cheveux, mais aussi de poussières, d’air ambiant et d’aliments de potagers privés, ainsi que sur de longs questionnaires soumis aux participant·es. Constituée de trois tomes et de copieuses annexes, longue de plus de 2 500 pages au total, l’étude s’est longtemps fait attendre. Au début de l’été, l’ONG Générations futures, qui milite contre les pesticides, avait déposé un recours, dénonçant un blocage de l’État pendant les débats sur la loi Duplomb.

      Car PestiRiv a officiellement été impulsée par la Direction générale de la santé il y a déjà neuf ans, à la suite d’une alerte lancée en 2012 à Preignac, en Gironde, où un cluster de cancers pédiatriques avait vu le jour. PestiRiv n’a démarré que fin 2021, une fois le protocole de recherche mis en place.

      Deux salves de collectes d’échantillons ont alors été réalisées : d’octobre 2021 à février 2022, saison pendant laquelle les traitements phytosanitaires sur les vignes sont moins fréquents, puis de mars à août 2022 (lorsque les traitements sont plus fréquents). Il aura donc fallu attendre encore quatre ans pour l’analyse des très nombreuses données et la restitution des résultats par l’Anses et Santé publique France.
      Les enfants plus imprégnés que les adultes

      Principal enseignement, donc : les populations riveraines des zones viticoles – c’est-à-dire, selon la définition de l’étude, habitant à moins de 500 mètres d’une parcelle de vignes et à plus de 1 000 mètres d’une autre culture – sont bien plus exposées que les personnes n’habitant pas dans ces espaces – c’est-à-dire résidant à plus de 500 mètres d’une parcelle viticole.

      PestiRiv, qui a suivi au total 3 350 personnes tirées au sort dans six régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie), montre en outre que les enfants sont plus imprégnés que les adultes, en se basant sur deux groupes d’étude : l’un constitué par la population adulte âgée de 18 à 79 ans, l’autre par des enfants âgés de 3 à 17 ans.

      Au total, 56 produits phytosanitaires différents étaient recherchés, selon une liste établie en amont des relevés : des herbicides comme le glyphosate ; des insecticides, dont des néonicotinoïdes, aujourd’hui interdits, mais aussi des pyréthrinoïdes, dont le spectre d’action est très large ; et des fongicides, parmi lesquels certains, comme le soufre et le cuivre, sont autorisés en agriculture biologique.

      Le résultat, à première vue, n’est guère surprenant : la viticulture est, en France, le secteur le plus consommateur de pesticides après l’arboriculture, production de pommes en tête. Selon les dernières données du ministère de l’agriculture à ce sujet, qui datent de 2019, 18 traitements phytosanitaires sont appliqués en moyenne chaque année sur les parcelles de vignes.

      Mais le résultat est implacable. Les douze substances recherchées dans les urines des enfants et des adultes riverains des zones viticoles, par exemple, se retrouvent dans la quasi-totalité des échantillons. Et dans la moitié des échantillons des poussières des foyers riverains, on trouve 25 des 48 substances recherchées.

      Par comparaison avec la population témoin, qui ne réside pas à proximité d’une parcelle de vignes, le niveau de contamination dans les urines augmente ainsi de 15 à 45 %. Il est multiplié par douze dans l’air ambiant extérieur, et par cent dans les poussières des logements.
      Des substances dans l’air ambiant

      L’étude relève en outre une imprégnation (autrement dit une présence dans les urines et les cheveux) encore plus élevée chez les jeunes enfants, entre 3 et 6 ans. « Ceci est dû au fait qu’ils ont beaucoup plus de contacts avec le sol, et de contacts main-bouche », a expliqué Clémence Fillol, responsable de l’unité surveillance des expositions à Santé publique France, à l’occasion de la présentation de l’étude à la presse en visoconférence, lundi matin.

      « Retrouver dans l’alimentation ou les échantillons d’air et de poussière des substances introduites dans un environnement proche n’est pas surprenant, a reconnu Matthieu Schuler, directeur général délégué, à l’Anses, du pôle sciences pour l’expertise. Mais nos résultats permettent d’affiner : on voit que les substances sont encore plus présentes dans l’air ambiant que dans les aliments, et que certaines sont plus présentes que d’autres. Ce sont des enseignements riches qui nous permettront d’aller vite en cas d’événement sanitaire. » Autrement dit, en cas d’apparition d’un nouveau cluster, par exemple.

      « Cela donne une photographie très précise de l’exposition des personnes, a insisté Benoît Vallet, directeur général de l’Anses. Ce sont des données extrêmement solides, cela offre une transparence qui peut être bénéfique pour la profession agricole comme pour les riverains qui appelaient cela de leurs vœux. Ce sont de nouveaux éléments, tout à fait différents de Géocap Agri », qui renseignait sur le lien entre distance du lieu de résidence et probabilité d’apparition de leucémie.

      Une source d’information précieuse pour les populations concernées. Vivre à côté de vignes expose donc à des substances potentiellement toxiques.
      Des cocktails de molécules

      Prenons par exemple le glyphosate. On le retrouve dans 87 % des échantillons d’air ambiant des zones viticoles prélevés pour l’étude. Ou encore le folpel, un fongicide caractéristique de la culture de vignes, inconnu du grand public mais dans le viseur des associations environnementales, considéré comme toxique pour la reproduction et classé cancérogène de type 2 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Il est présent dans près de 63 % des mêmes échantillons. Le cuivre et le soufre, tous deux autorisés en agriculture biologique, se retrouvent quant à eux dans l’ensemble de ces échantillons.

      Deux familles de fongicides mal évaluées par la toxicologie règlementaire (c’est-à-dire par les études requises pour l’autorisation des produits) se rencontrent dans les échantillons : les SDHI et les strobilurines, qui s’attaquent à la respiration cellulaire. Parmi les premiers, notons le boscalid, une molécule identifiée par les scientifiques comme perturbateur endocrinien et possible cancérogène. Parmi les seconds apparaît notamment, en quantité importante dans les urines et cheveux, la trifloxystrobine.

      « Il est préoccupant d’avoir une combinaison d’autant de molécules », souligne auprès de Mediapart Sylvie Bortoli, ingénieure de recherche à Paris-Cité. Pour cette toxicologue qui n’a pas pris part à PestiRiv, « l’étude révèle un cocktail de substances auxquelles les riverains sont exposés simultanément. C’est problématique car les effets toxiques peuvent se combiner, et c’est quelque chose qui n’est pas évalué en toxicologie réglementaire ». Particulièrement inquiétante est l’imprégnation des enfants : chez un tiers d’entre eux, plus de deux pesticides sont retrouvés dans les cheveux et les urines, « alors qu’ils sont plus vulnérables aux effets toxiques car leur système de détoxication n’est pas mature ».

      De manière logique là aussi, l’étude met en évidence une exposition plus importante pendant la saison de traitement à haute dose des vignes. Conclusion : « Le facteur qui influence le plus l’exposition aux pesticides en milieu viticole, ce sont les pratiques agricoles, a indiqué Ohri Yamada, chef de l’unité phytopharmacovigilance de l’Anses, pendant la présentation à la presse. Quand la quantité de pesticides s’accroît et quand la distance entre le logement et la parcelle diminue, l’exposition des gens aux produits augmente. Elle augmente aussi avec la durée d’aération du logement, et avec le temps que passent les gens à l’extérieur. »

      Incluses dans l’étude, les recommandations des deux institutions sont sans appel. « Pour nous, Anses et Santé publique France, la priorité est de limiter les produits phytosanitaires au strict nécessaire dans le cadre de la stratégie Écophyto 2030, synthétise Matthieu Schuler. C’est le plus important et c’est sur ce levier-là qu’on peut le plus agir. » Les autres recommandations n’arrivent qu’au second plan : informer les habitant·es, les encourager à des mesures comme le fait d’étendre son linge à l’intérieur du logement en période d’épandage, agir prioritairement auprès des personnes qui vivent le plus près des parcelles… Mais « la prévention de l’exposition des riverains ne doit pas reposer uniquement sur des mesures individuelles », précise l’étude.

      Sollicitée par Mediapart, la toxicologue Laurence Huc n’est « pas du tout » étonnée par les conclusions de PestiRiv. « Ce sont des choses connues par ailleurs, à croire que l’on réinvente l’eau chaude, souligne cette experte de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Certes, cette étude a le mérite d’exister et a été réalisée sérieusement. Mais la Californie a fait ce genre de travail il y a déjà quarante ans… et elle peut aujourd’hui faire le lien avec les registres, accessibles, de plusieurs types de maladies. »

      De fait, la photographie reste incomplète : les deux institutions n’ont pas eu accès aux données réelles d’utilisation des produits phytosanitaires, ce qui leur aurait permis d’être encore plus précises dans l’analyse. Il reste également à étudier l’impact précis de chacune des substances autorisées sur la population. Aucune interdiction de produit n’est à attendre dans l’immédiat : l’Anses ne prévoit pas de revenir sur les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits relevés au cours de PestiRiv.

      ▻https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/150925/dans-les-zones-viticoles-des-populations-plus-exposees-aux-pesticides

  • Le #cancer progresse chez les plus jeunes, le rôle des #pesticides est avéré

    La #loi_Duplomb, qui réintroduit un pesticide interdit, cristallise dans la société une peur diffuse, celle du cancer. Elle grandit car le nombre de cas augmente, surtout chez les #femmes et chez les #jeunes. Les présomptions de liens avec certaines molécules se précisent.

    Deux millions de personnes ont signé la pétition contre l’adoption de la loi Duplomb, lancée par une étudiante, et qui rassemble aujourd’hui bien au-delà des sphères militantes écologistes. L’une des mesures de cette loi est la réintroduction de l’acétamipride, de la famille des néonicotinoïdes, des insecticides tueurs d’abeilles. Au moment du vote de la loi, le 8 juillet, du balcon de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, Fleur Breteau a interpellé les député·es : « Vous êtes les alliés du cancer et on le fera savoir ! »

    Cette femme de 50 ans, touchée par une récidive de cancer, assume d’en avoir « la tête ». Or cette tête est familière à beaucoup. « Il y a 400 000 nouveaux cancers par an en France. Tout le monde est touché, directement ou indirectement, beaucoup ont perdu un être cher. Il y a là un aspect politique bien naturel : on a envie de défendre un bien qui est la santé », analyse Pierre Sujobert, professeur d’hématologie aux Hospices civils de Lyon et chercheur au Centre international de recherche en infectiologie.

    Cette crainte, les médecins la partagent aussi. Et cette fois, « ce n’est pas un ressenti, ce sont les données d’épidémiologie qui [les] inquiètent », poursuit l’hématologue.

    Début juin, il a soumis une tribune aux principales sociétés savantes médicales : « Presque toutes ont signé, très vite. Cette communauté n’a pourtant pas l’habitude de se mobiliser. Cette fois, elle veut alerter. Même le directeur de l’institut Gustave-Roussy [le plus grand centre de lutte contre le cancer en France, situé à Villejuif (Val-de-Marne) – ndlr], le professeur Fabrice Barlesi, a parlé d’un “tsunami à venir chez les jeunes”. Ce sont des mots très forts que n’emploient pas ce genre de personnes habituellement. » Publié dans Le Monde le 25 juin, le texte rappelle que « les dangers des pesticides pour la santé humaine ne sont plus à démontrer ».

    Par rapport à 1990, le nombre de nouveaux cas de cancers a quasiment doublé en 2023, selon les dernières estimations de Santé publique France. 57 % des cancers touchent aujourd’hui les hommes, mais les cancers des femmes progressent plus vite. Depuis 1990, chez la femme, l’incidence – le nombre de nouveaux cancers à une période donnée – augmente chaque année, en moyenne de 0,9 % par an. Chez l’homme, l’augmentation est de 0,3 % par an de 1990 à 2023.

    Le #cancer_du_sein au plus haut en France

    La France a une particularité, le plus haut taux d’incidence du cancer du sein au monde : 105,4 cancers du sein pour 100 000 femmes, selon les données du centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il faut bien sûr comparer ce taux avec celui des autres pays riches qui ont des systèmes de santé performants.

    Florence Molinié, présidente du Réseau français du registre des cancers, détaille les chiffres : « En 2023, 61 000 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués en France contre 30 000 en 1990 (+ 104 %). » Des études montrent que « cette progression est attribuable pour moitié à l’augmentation de la population et à son vieillissement et pour moitié à une augmentation du risque de cancer ».

    Parmi ces risques se trouvent des facteurs presque communs à tous les cancers : l’alcool, le tabac, le surpoids et la sédentarité. Mais près d’un tiers de ce risque est inconnu. La docteure Molinié dit très prudemment qu’il « conviendrait de poursuivre les efforts sur la recherche de facteurs de risque, et en particulier le risque lié à l’exposome chimique, pour expliquer l’augmentation observée de l’incidence du cancer du sein chez la femme jeune ».

    Depuis les années 1950, génération après génération, le cancer progresse : c’est ce que montre une large étude publiée par le journal médical le Lancet en 2024, qui étudie « les différences de taux de cancer entre des adultes nés entre 1920 et 1990 aux États-Unis ». Le taux d’incidence – c’est-à-dire le nombre de cas de cancers ramenés à la population – est « deux à trois fois plus important » dans la cohorte des adultes nés dans les années 1990 que dans celle des années 1920 pour les cancers de l’intestin, du foie, du rein et du pancréas, chez les hommes et les femmes. Le risque d’avoir un cancer du sein a presque doublé chez les femmes nées dans les années 1990, par rapport à leurs aînées des années 1920.

    Une étude internationale estime à + 80 % la hausse mondiale des cancers chez les adultes âgé·es de moins de 50 ans entre 1990 et 2019. Santé publique France confirme cette tendance en France dans une étude dévoilée en mars.

    Une étude menée en Île-de-France constate une augmentation des cancers de l’enfant de 26 % entre 1980 et 2000. Le registre national des cancers de l’enfant détaille les chiffres les plus inquiétants.

    « Si les cancers des sujets jeunes augmentent, y compris chez les enfants, par définition, ce n’est pas explicable par leur vieillissement, analyse l’hématologue Pierre Sujobert. Il peut y avoir des prédispositions génétiques au cancer, mais assez rarement. À moins de faire l’hypothèse que les êtres humains français aient changé de génome en cent ans, il ne reste plus que l’environnement : il semble être plus cancérigène pour les jeunes qu’il l’était il y a quelques dizaines d’années. »

    Xavier Coumoul, professeur de toxicologie et de biochimie à l’université Paris-Cité, renchérit : « On ne peut pas dire que l’explosion du nombre de cancers chez les plus jeunes soit quelque chose qui soit lié à la génétique et à l’évolution de l’espèce humaine. C’est clairement lié à une évolution de notre environnement et probablement pour une grosse part de l’environnement chimique. Les hommes et les femmes ne sont pas censés être exposés à des molécules chimiques, étrangères à l’organisme. Heureusement, on a des systèmes de détoxification. Mais ce n’est quand même pas surprenant que l’exposition à ces molécules stresse le corps et puisse induire des pathologies cancéreuses. »

    Il est l’un des auteurs du rapport « Pesticides et effets sur la santé » de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publié en 2021. C’est une expertise collective qui tire un bilan des connaissances, à partir de 5 300 études. De nombreux liens entre l’exposition aux pesticides et la survenue d’une maladie sont faits. Leur présomption est classée en trois catégories : forte, moyenne ou faible.

    Chez « les populations qui manipulent ou sont en contact avec des pesticides régulièrement », par exemple, « l’expertise confirme la présomption forte d’un lien entre l’exposition aux pesticides et six pathologies : lymphomes non hodgkiniens (LNH), myélome multiple, cancer de la prostate, maladie de Parkinson, troubles cognitifs, bronchopneumopathie chronique obstructive et bronchite chronique ».

    Les bébés in utero et les enfants exposés aux pesticides dans un cadre professionnel – mais aussi domestique – sont plus à risque de développer « certains cancers, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central ».
    Manger bio protège des cancers

    Par ailleurs, la preuve de la nocivité est démontrée par l’étude française NutriNet-Santé, publiée en 2018 dans le Lancet. Cette étude s’est intéressée à la consommation de seize produits par près de 70 000 Français·es volontaires, interrogé·es sur leur vie quotidienne et leur santé entre 2009 et 2016. L’étude prouve que celles et ceux qui ont mangé beaucoup de produits bio ont un risque très diminué de cancers. Au contraire, celles et ceux qui ont mangé essentiellement des produits traités aux pesticides ont développé plus de cancers du sein, de la peau, du côlon-rectum et de lymphomes.

    Comment les chercheuses et chercheurs parviennent-ils à démontrer un lien entre un pesticide et une maladie ? « 300 pesticides sont utilisés en France sur 1 000 qui existent dans le monde, explique Xavier Coumoul. Les agriculteurs utilisent des formulations qui peuvent contenir plusieurs pesticides. Dans le Roundup par exemple, il y a du glyphosate, un herbicide, mais pas seulement. On a donc des cocktails de pesticides qui ont des modes d’action différents. »

    Ce sont les études d’épidémiologie qui peuvent montrer une corrélation entre un ou des facteurs d’exposition et un effet sur la santé. L’équipe de recherche Epicene (Épidémiologie du cancer et expositions environnementales), rattachée à l’Inserm et au CHU de Bordeaux, participe par exemple à la cohorte Elfe, qui suit 18 000 enfants nés en 2011, y compris in utero. De premières études ont été publiées sur les nouveau-nés : à la naissance, ceux-ci étaient de plus petite taille s’ils avaient été exposés in utero à des solvants et des particules ultrafines. L’étude va se poursuivre : des prélèvements et des questionnaires sont réalisés aux différents âges de la vie.

    Mais une seule étude épidémiologique ne permet pas de conclure, explique Fleur Delva, la directrice adjointe de l’équipe Epicene : « Un chercheur peut dire qu’il y a une association. Mais il faut d’autres études épidémiologiques pour confirmer les résultats. S’il y a deux ou trois études, de très grosses cohortes de très bonne qualité, on commence à avoir une présomption très forte. »

    En revanche, la recherche parvient rarement à déterminer l’origine de clusters de cancers. Santé publique France a notamment travaillé sur les cancers pédiatriques survenus entre 2015 et 2019 dans le village de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique) et aux alentours, dans le vignoble du muscadet. L’étude menée par Santé publique France reconnaît qu’il existe bien un cluster mais n’a pas pu établir de « cause commune ».

    Pour les chercheurs et les chercheuses, « il y a trop peu de cas » et il est impossible de connaître « les doses de produits réellement épandues dans les zones d’exploitation », explique Florence Molinié. Mais elle explique que « des travaux épidémiologiques sont en cours dans les registres de cancers pour identifier l’impact de résider à proximité de certaines cultures ». Les vignobles sont particulièrement surveillés.

    Les pédiatres et les oncopédiatres du CHU le plus proche, celui de Nantes, sont eux aussi « vigilants, confie l’un d’eux. Ce sujet, tout le monde l’a en tête ».

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/280725/le-cancer-progresse-chez-les-plus-jeunes-le-role-des-pesticides-est-avere

    #statistiques #chiffres #acétamipride #néonicotinoïdes #insecticide #santé #incidence #exposome_chimique #enfants #environnement #environnement_chimique #alimentation #bio #Roundup #glyphosate #cocktails_de_pesticides #épidémiologie

  • Stéphane Foucart : « Nous sommes dans une forme d’ignorance volontaire vis-à-vis de la dangerosité des polluants et de la chimie » [2 January 2024, écrivent-ils]
    ▻https://www.socialter.fr/article/stephane-foucart-pesticides-polluants-chimie-lobbies

    Il faut toujours un peu d’ironie pour survivre à tout cela. J’essaie de trouver des motifs de ne pas être furieux en permanence et c’est compliqué. Donc il reste l’ironie. L’autre sorte de réconfort que je trouve, c’est de me dire « finalement, les gens votent pour ce qui est en train de leur arriver ». J’essaie de participer au débat démocratique en mettant des informations sur la place publique, et les gens votent ensuite en conscience. Bien sûr, l’information n’est pas parfaite pour employer une litote ; il y a toute une diversité de mécanismes par lesquels les pouvoirs économiques pèsent sur l’accès et la hiérarchie de l’information, mais je me raccroche à cette idée que nous avons ce que nous méritons, en quelque sorte. C’est un raisonnement cynique et politiquement très faible mais, par moments, j’ai besoin de me raccrocher à ça.

    [...]

    Je n’aime pas jouer les futurologues, mais je ne pense pas qu’il y aura un retournement de la majorité de l’opinion. Il me semble que cette dernière est très légitimiste, avec un attachement à ce que les gens perçoivent comme le fonctionnement de la démocratie locale : une autoroute ou un aéroport sont voulus par les élus et doivent pouvoir être menés à bien. En revanche, je crois que de plus en plus de nos concitoyens prennent conscience du fait que notre débat public ne fonctionne pas correctement. On ne peut pas continuer à mettre en chantier ces grands projets sans être dans une forme de déni sur ce qui se passe. Le hiatus entre les bénéfices et les inconvénients de projets comme l’A69 se niche dans une forme de déni de la réalité et de la gravité des dommages environnementaux que nous produisons, et de l’effet boomerang que cela aura sur la génération de nos enfants.

    Idem sur la criminalisation des militants écologistes, c’est une pente très inquiétante. L’Adversaire avec une majuscule, c’est le mouvement écologiste. L’exemple de la cellule Déméter5 est lourd de sens : on voit le ministère de l’Intérieur signer des conventions avec des syndicats agricoles. C’est une forme de privatisation des forces de l’ordre très inquiétante pour l’avenir car il y a un un poid, deux mesures dans ce que l’État accepte d’un côté et refuse de l’autre.

    #écologie #sciences #climat #déni #démocratie #Demeter #media

  • #Glyphosate et #cancer : un cas d’école de la « fabrique du doute »
    ▻https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/06/27/glyphosate-et-cancer-un-cas-d-ecole-de-la-fabrique-du-doute_6616084_4355770.

    Glyphosate et cancer : un cas d’école de la « fabrique du doute »
    Une récente étude confirmant le potentiel cancérogène de l’herbicide a fait l’objet de virulentes critiques. Mais elles reposent sur des bases #scientifiques erronées.

    Par #Stéphane_Foucart

    La publication récente d’une étude indiquant une élévation du risque de différentes tumeurs sur des rats de laboratoire exposés à du glyphosate a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux et dans la presse, visant à relativiser ou dénigrer ces travaux. Ces résultats, publiés le 10 juin dans la revue Environmental Health, ne font pourtant que confirmer les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer (#CIRC), qui estimait en 2015 que les études disponibles à l’époque offraient des « preuves suffisantes » de #cancérogénicité du glyphosate chez l’animal.

    Les attaques contre cette étude pilotée par l’Institut Ramazzini de Bologne (Italie) offrent un éventail exemplaire des tours de passe-passe de la « fabrique du doute », cette rhétorique visant à miner la confiance dans les résultats scientifiques, souvent utilisée dans le but de retarder ou de combattre des décisions réglementaires.

    « La revue est inconnue, l’étude est donc bancale »
    Eric Billy, un chercheur en immuno-oncologie, a fait partie des critiques les plus virulents contre l’étude de l’Institut Ramazzini, qu’il juge « bancale ». Dans une série de messages publiés le 14 juin sur ses comptes X et Bluesky, qui a bénéficié de nombreux relais, ce salarié de la firme pharmaceutique Novartis a d’abord accusé ses auteurs d’avoir « choisi un journal plus indulgent pour éviter des critiques », expliquant qu’il se serait plutôt attendu à lire cet article dans les revues « Nature, Science ou Cell », gages selon lui de plus grande qualité.

    POURQUOI C’EST PEU PERTINENT
    Environmental Health, publiée par le groupe SpringerNature, compte en réalité au nombre des revues les plus influentes de son domaine. Son taux de citation la situe au 32ᵉ rang des 687 journaux indexés couvrant les champs de la santé publique, la santé environnementale ou la santé au travail, selon le classement 2024 de l’éditeur scientifique Elsevier.

    Les journaux prestigieux comme Nature ou Science ne publient généralement pas de tests comme celui piloté par l’Institut Ramazzini. « Un certain nombre d’études de toxicité fiables et de grande qualité, comme celle que vous nous partagez, sont publiées dans des revues spécialisées, explique Meagan Phelan, porte-parole des publications éditées sous la bannière de la revue Science. Bien qu’il s’agisse d’éléments essentiels de l’évaluation des substances, ces tests ne sont pas considérés comme des avancées conceptuelles et, à ce titre, Science ne les publie généralement pas. »

    « Les animaux exposés vivent aussi longtemps que les autres »
    L’étude du Ramazzini ne met pas en évidence de différence significative de mortalité entre les rats exposés au glyphosate et les rats témoins, non exposés. Cet élément est mis en avant par M. Billy afin de relativiser les conclusions de l’étude. Et il fait mouche : on le retrouve plus tard dans Le Figaro, qui y voit le « premier enseignement » de ces travaux.

    POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUÉ
    Le fait que l’étude ne fasse pas apparaître de différences significatives des taux de survie entre les deux groupes n’est pas présenté par les chercheurs du Ramazzini comme un résultat en soi. Leur protocole est en effet conçu pour détecter le potentiel cancérogène d’un produit, pas son effet sur la survie des animaux : ceux-ci sont tous sacrifiés aux deux tiers de leur vie, à l’âge de 104 semaines. Or, on comprend aisément que si des humains fumeurs étaient comparés à des non-fumeurs, les différences de mortalité seraient minces si tous les individus étaient euthanasiés à l’âge de 50 ans.

    En réalité, l’absence de différence de mortalité entre les groupes d’animaux sur la durée du test est surtout un gage de la qualité de l’étude, pour des raisons statistiques. Un animal mort prématurément aura été exposé moins longtemps à la substance testée, et la probabilité que des tumeurs se développent dans son groupe en sera ainsi diminuée. Son poids statistique dans l’analyse sera ainsi différent. Un taux de survie élevé dans chaque groupe, traité et témoin, est garant du « maintien de la puissance statistique » de l’expérience, selon les guides de bonnes pratiques en toxicologie (conservés par l’OCDE).

    « La souche de rongeurs choisie n’est pas appropriée »
    Plusieurs commentateurs ont par ailleurs critiqué le choix par les chercheurs de l’Institut Ramazzini de la souche de rats dite « Sprague-Dawley ». Eric Billy fait ainsi valoir que le recours à ce type de rats « a déjà été fortement critiqu[é] par la communauté scientifique en raison d’une fréquence anormalement élevée de lésions tumorales spontanées comparé à d’autres souches de rongeurs », en rappelant que cette souche avait été utilisée par Gilles-Eric Séralini dans sa fameuse étude controversée sur les OGM.

    POURQUOI C’EST INEXACT
    En réalité, les taux élevés de tumeurs spontanées observés sur la souche « Sprague-Dawley » ne concernent que certains sites (tumeurs de la glande mammaire, de l’hypophyse, etc., retrouvées à des taux comparables dans les groupes traités et témoin). En outre, les chercheurs ont à leur disposition une abondante littérature pour tenir compte des particularités de cette souche.

    Non seulement la souche « Sprague-Dawley » n’est pas problématique en elle-même, mais elle est la plus utilisée. En 2024, des chercheurs ont montré que plus de 55 % des 263 études de cancérogénicité de principes actifs menés ces dernières années sur des rats ont utilisé cette souche. La cancérogénicité du Ruxolitinib, une substance médicamenteuse commercialisée par Novartis, a par exemple été testée sur cette souche.

    Quant à l’étude de M. Séralini (publiée en 2012, avant d’être rétractée, puis republiée), le choix de la souche ne comptait pas, en soi, parmi les reproches formulés. Comme l’ont résumé en 2015 les experts du CIRC, c’est l’ensemble du protocole mis en œuvre qui était critiqué.

    Un rat de laboratoire de la souche « Sprague-Dawley », développée spécialement pour les études de toxicologie en laboratoire. CC-BY-SA-2.0
    « Les doses testées ne sont pas réalistes »
    Comme plusieurs autres voix critiques, Eric Billy s’étonne des doses élevées de glyphosate auxquelles les rats ont été exposés dans le cadre de d’étude de l’Institut Ramazzini, affirmant que « même la dose la plus faible testée dépasse largement l’exposition [alimentaire] humaine réelle » et que « les deux autres doses sont donc cent et mille fois supérieures à cette exposition humaine ». Même argument et même chiffre dans Le Figaro.

    POURQUOI C’EST PEU PERTINENT
    Cet argument est fréquemment soulevé pour contester la pertinence des résultats des études animales. Or, des millions d’humains exposés pendant des décennies ne peuvent être comparés à une centaine de rats exposés pendant 24 mois. Le but de ces tests est de caractériser le potentiel cancérogène des substances, et non d’évaluer les risques courus par la population aux niveaux réels d’exposition (parfois très supérieurs à l’exposition alimentaire, pour les riverains d’exploitations, les travailleurs agricoles, etc.).

    En fait, le glyphosate est déjà associé chez les agriculteurs à une élévation du risque de certains lymphomes dans quatre méta-analyses et une étude poolée – les plus hauts niveaux de preuve en épidémiologie (ici, ici, ici, là et là). Les études animales permettent d’interpréter ces résultats, en suggérant que ces associations sont indicatrices d’un lien causal.

    Et même en prêtant foi à l’argument de « la dose trop élevée », l’objection ne tient pas la route. L’étude du Ramazzini a en effet étudié l’effet du glyphosate à des doses considérablement plus faibles que toutes les études analogues précédentes. Dans les sept études retenues par les autorités européennes lors de leur dernière évaluation de la molécule herbicide, les plus faibles doses testées étaient 12 à 420 fois plus élevées que dans l’étude du Ramazzini, et les plus fortes expositions 10 à 33 fois supérieures.

    « La voie d’exposition n’est pas adéquate »
    Dans l’étude du Ramazzini, les animaux ont été exposés au glyphosate par le biais de l’eau de boisson, et non la nourriture. M. Billy assure que c’est inadéquat, au motif que les humains sont plutôt exposés par l’alimentation.

    POURQUOI C’EST PEU PERTINENT
    Parmi les études animales sur le glyphosate soumises aux autorités sanitaires ou évaluées par le CIRC, aucune n’a été jugée irrecevable parce qu’elle avait opté pour une exposition analogue. L’eau de boisson est d’ailleurs considérée comme acceptable pour évaluer les « produits chimiques alimentaires ou environnementaux, notamment les pesticides », au même titre que le régime alimentaire, selon le guide de bonnes pratiques nᵒ 451 de l’OCDE.

    Cette fausse controverse est un argument classique. En 1953, les premiers travaux du Sloan Kettering Institute sur le potentiel cancérogène du tabac avaient consisté à observer le développement de tumeurs sur la peau rasée de rongeurs après l’avoir tartinée d’extraits de goudrons tirés de la cigarette. L’American Tobacco Company avait alors critiqué l’utilisation par les scientifiques d’une « forte concentration d’extraits de fumée – entièrement différente de la fumée qu’une personne peut tirer d’une cigarette », tout en affirmant que « tous les scientifiques s’accordent à dire qu’il n’existe aucune relation connue entre cancers de la peau chez les souris et cancers du poumon chez les humains ». Comme les chercheurs du Ramazzini, ceux du Sloan Kettering Institute ne cherchaient pas à mimer exactement l’exposition humaine à l’agent testé (personne ne se tartine de goudrons de cigarette), mais à tester son potentiel cancérogène.

    « Le nombre d’animaux est insuffisant »
    Dans son fil critique, Eric Billy se livre à un calcul estimant que, pour atteindre une plus grande robustesse statistique, les chercheurs du Ramazzini auraient dû utiliser au moins trois fois plus de rats, soit 160 à 220 individus par groupe.

    POURQUOI C’EST INEXACT
    De telles exigences sont fantaisistes. Aucune étude de toxicité chronique ou de cancérogénicité du glyphosate conduite sur des rats n’a jamais enrôlé autant d’individus. Toutes les études analogues à celles du Ramazzini comportent environ 50 rats par groupe. Et pour cause, c’est le seuil recommandé par le document-guide de l’OCDE.

    « Dans le cas présent, il est complètement ridicule d’exiger plus d’animaux par groupe », appuie le biostatisticien américain Christopher Portier, ancien directeur du National Toxicology Program américain, dont les travaux font autorité sur le sujet. Selon ce spécialiste, expert-témoin de plaignants dans plusieurs procès en cours aux Etats-Unis, les chercheurs du Ramazzini « sont parvenus à mettre en évidence une tendance statistiquement significative à l’augmentation de certaines tumeurs chez les animaux traités, quand bien même ils ne sont que 50 par groupe. Pourquoi faudrait-il refaire l’expérience avec plus d’animaux, pour avoir plus de puissance statistique ? »

    En réalité, c’est lorsqu’on ne trouve pas d’#effet_statistiquement_significatif qu’il est possible d’objecter que le nombre d’animaux est trop faible, et qu’il peut être utile d’augmenter la puissance statistique. « Le seul inconvénient d’avoir 50 rats par groupe et non 160 ou 220, c’est de “rater” un effet, certainement pas de voir un effet qui n’existe pas », conclut M. Portier.

    Cet article a bénéficié d’échanges avec les chercheurs de l’Institut Ramazzini et de la relecture critique de trois chercheurs (Inrae et Inserm), associés à des travaux de toxicologie impliquant des études animales.

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    Qu’est-ce que la « #fabrique_du_doute » ?
    Comme l’ont montré les historiens des sciences Naomi Oreskes (université Harvard) et Erik Conway (NASA) dans un livre de référence (Les Marchands de doute, 2012), la « fabrique du doute » a été mise au point dans les années 1950 par les industriels du tabac, afin de nier ou relativiser les effets de la cigarette.

    Cette rhétorique retourne la science contre elle-même, en dévoyant les instruments intellectuels au coeur de la démarche des scientifiques (doute méthodique, exigence de rigueur, méfiance devant les affirmations perçues comme spectaculaires, etc.). Elle est ainsi très efficace sur les membres des communautés scientifiques et médicales qui ne travaillent pas directement sur les sujets visés, de même que sur les publics attachés à la rationalité et la défense des valeurs de la science, ou encore des journalistes qui reprennent parfois sans recul de tels arguments mis en circulation.

    Technique de propagande très efficace, la « fabrique du doute » nécessite parfois de longs développements pour être démasquée, d’autant qu’elle mêle parfois des critiques légitimes à d’autres, fondées sur des contre-vérités, des contre-sens ou des considérations simplement erronées. Elle constitue une boîte à outils constamment utilisée depuis des décennies par une diversité de secteurs industriels désireux de protéger leurs activités de toute régulation sanitaire ou environnementale.

  • #Glyphosate : une nouvelle étude confirme le risque de #cancer

    Une étude scientifique menée sous l’égide de l’institut Ramazzini à Bologne, en Italie, et publiée jeudi dans la revue « Environmental Health », apporte de nouvelles preuves du caractère cancérogène de l’#herbicide le plus utilisé au monde (▻https://ehjournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12940-025-01187-2).

    En novembre 2023, il était réautorisé dans l’Union européenne pour dix ans. Le glyphosate, herbicide le plus utilisé au monde, n’était pas considéré comme cancérogène par l’Efsa, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, et le gouvernement français ne s’était pas opposé à son maintien sur le marché.

    Une nouvelle étude, publiée jeudi 12 juin dans la revue scientifique Environmental Health, vient cependant d’apporter des preuves supplémentaires du caractère cancérogène de la molécule. Menée par l’institut Ramazzini à Bologne en Italie, en collaboration avec d’autres centres de recherche, notamment britannique et états-unien, elle montre un risque démultiplié de leucémie, mais aussi d’autres types de cancers, sur des rats exposés à différentes doses de glyphosate considérées jusqu’ici comme sans effet sur la #santé humaine ou celle des rongeurs.

    Considérée par l’ONG de lutte contre les pesticides PAN Europe comme « l’étude indépendante la plus complète jamais conduite sur le glyphosate à partir d’animaux de laboratoire », la publication vient compléter de nombreuses recherches scientifiques déjà effectuées sur le sujet.

    Car le glyphosate est reconnu comme « cancérogène probable » depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Pointé dans une expertise de l’Inserm, en 2021, qui faisait le lien entre exposition des agriculteurs et agricultrices et apparition du lymphome non hodgkinien – un cancer du sang –, il était aussi au centre, en 2019, d’une méta-analyse qui établissait, pour la population agricole exposée au glyphosate, un risque augmenté de 40 % de développer cette maladie.

    Le biologiste Daniele Mandrioli travaille depuis des années sur les #causes_environnementales des cancers. C’est lui qui a dirigé cette nouvelle recherche. Entretien.

    Mediapart : Comment avez-vous travaillé pour cette étude ?

    Daniele Mandrioli : C’est la plus large étude jamais réalisée en toxicologie sur le glyphosate. Les expériences ont été menées dans notre laboratoire à Bologne sur plus de 5 000 animaux, et nous avons travaillé en collaboration avec une dizaine d’instituts scientifiques dans le monde. Nous avons commencé en 2019 et avons donc mis six ans pour aboutir à ces résultats reconnus par les pairs pour le volet #cancérogénicité.

    Pourquoi avoir choisi d’étudier les effets du glyphosate ?

    Notre laboratoire est le plus grand laboratoire de toxicologie en Europe, et le deuxième au monde, en termes de nombre de produits étudiés pour leur cancérogénicité – plus de deux cents. Nous avons donc travaillé sur de nombreuses substances, et nous savions que concernant le glyphosate, il y avait un manque de connaissance à combler sur son possible caractère cancérogène, mais aussi neurotoxique, ou encore sur ses effets sur le microbiote intestinal.

    Nous pensions aussi qu’il fallait davantage étudier l’exposition prénatale à la molécule. C’est souvent ce qui s’avère le plus déterminant. Dans le cas du chlorure de vinyle, par exemple, une molécule utilisée pour produire le PVC, on s’est ainsi aperçu au cours des années 1970 et 1980 qu’une exposition pendant la #grossesse pouvait être extrêmement toxique pour le fœtus, alors qu’une exposition aux mêmes doses à l’âge adulte n’avait pas du tout les mêmes effets [il est classé cancérogène certain par le CIRC depuis 1987 – ndlr].

    À quels résultats avez-vous abouti ?

    Nous avons exposé les rats à différentes doses de glyphosate, et cette expérience a montré que près de la moitié d’entre eux – 40 % pour être précis – ont été atteints de #leucémie et en sont morts, et ce, avant d’avoir atteint l’âge de 1 an – ce qui correspond à l’âge de 35-40 ans chez les humains.

    Cependant, aucun cas de leucémie n’a été détecté au cours de la première année de vie chez les animaux témoins qui n’ont pas été exposés au glyphosate dans le cadre de notre expérience. De même, aucun cas de leucémie n’a été observé au cours de la première année de vie chez plus de 1 600 animaux de contrôle dans le cadre des études de cancérogénicité menées par notre institut et le Programme fédéral de toxicologie états-unien.

    C’est donc un résultat inquiétant et révélateur sur la mortalité précoce de ce cancer.

    Autre résultat remarquable de notre étude : la variété des organes touchés par cette exposition au glyphosate. La leucémie n’est pas la seule maladie que l’on a observée. Le foie, la peau, les reins, la vessie, l’utérus, la rate, les glandes mammaires… Le spectre des organes affectés est très large.

    Nos résultats viennent donc confirmer l’évaluation du CIRC publiée il y a dix ans, à savoir qu’il existe des « preuves suffisantes » que le glyphosate est cancérogène pour les animaux de laboratoire et qu’il est un cancérogène probable pour les humains, mais aussi d’autres études scientifiques qui avaient déjà démontré la cancérogénicité de la molécule.

    Qu’apporte votre étude de nouveau par rapport aux précédentes ?

    Ce qui est nouveau, au-delà d’avoir testé l’exposition in utero, c’est le niveau de l’exposition : nous avons donné aux rats des doses plus faibles que nos prédécesseurs, et qui sont considérées comme sans danger pour les humains. Et nous ne les avons pas seulement exposés au glyphosate pur, mais aussi aux produits commercialisés qui le contiennent : le #Roundup_Bioflow [utilisé dans l’Union européenne – ndlr] et le #Ranger_Pro [utilisé aux États-Unis – ndlr].

    Le caractère dévastateur de l’#exposition_prénatale et le large spectre des organes touchés auxquels nous avons abouti n’avaient pas été démontrés dans les études précédentes.

    Vous avez travaillé sur les rats. Que cela signifie-t-il pour les humains ?

    La #toxicologie repose depuis une cinquantaine d’années sur le principe que les expérimentations sur les rats sont ce qu’il y a de plus prédictible pour les humains. Il faut savoir que la leucémie est une maladie avec une latence d’au moins dix ans et les tumeurs solides ont des latences encore plus longues. Les études épidémiologiques menées sur les cohortes humaines sont donc très longues à réaliser, et cela demande de suivre énormément de gens avant de pouvoir tirer des conclusions. Les études toxicologiques nous permettent d’avoir d’autres types de résultats, et de façon plus rapide.

    Pas assez rapide, cependant, pour pouvoir interdire le glyphosate sur le sol européen, réautorisé fin 2023 pour dix ans…

    Nous espérons que nos résultats éclaireront les décideurs, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier. Notre étude apporte des #preuves, mais ce n’est pas à nous de prendre les décisions, ce n’est pas notre rôle. Nous sommes des scientifiques indépendants.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/130625/glyphosate-une-nouvelle-etude-confirme-le-risque-de-cancer
    #agriculture #industrie_agro-alimentaire

  • #Droit_de_l’environnement : entre espoirs et reculs

    Alors que le débat autour de l’autorisation du chantier de l’A69 bat son plein, des chercheuses expliquent en quoi le droit de l’environnement motive de plus en plus d’actions citoyennes en justice et comment il peut constituer l’une des réponses à l’urgence écologique.

    L’A69 verra-t-elle le jour ? On ne sait pas encore comment se terminera ce feuilleton juridico-politique autour du projet d’autoroute de 50 km destiné à relier Toulouse à Castres. Il illustre en tout cas la difficulté du droit de l’environnement, pourtant en plein essor, à s’imposer.

    Le 27 février 2025, sept ans après la déclaration d’utilité publique, le tribunal administratif de Toulouse (à la demande des associations de défense de l’environnement qui dénonçaient la destruction illégale de 169 espèces protégées animales et végétales) a ordonné l’arrêt immédiat des travaux de l’A691. Le tribunal a jugé infondée « la raison impérative d’intérêt public majeur » ayant motivé une autorisation préfectorale de déroger au droit de l’environnement, alors même que le juge des référés avait à plusieurs reprises rejeté la demande de suspension des travaux en cours.

    Saluée comme « historique » par les défenseurs de l’environnement, la victoire des opposants à l’A69 devait marquer un tournant. Mais, le 24 mars, le ministre en charge des Transports, Philippe Tabarot, soutenu par une large partie des élus des départements concernés, faisait appel de la décision. Et, le 3 juin, la cour administrative de Toulouse autorisait la reprise du chantier2… en attendant que le Conseil d’État donne son avis, en 2026 !

    Sans se soucier de ce calendrier judiciaire, une proposition de loi dite « de validation3 » a été déposée à l’initiative de Jean Terlier, député Ensemble pour la République du Tarn, qui reviendrait à légaliser de fait cette autoroute…

    Le débat autour de l’A69 est un exemple parmi d’autres. Car il ne se passe plus un mois sans qu’un nouveau contentieux en justice lié à la dégradation accélérée de l’environnement ne surgisse dans l’actualité – internationale ou locale.
    L’espoir d’une jurisprudence

    En mars 2025 encore, tandis que les associations Bloom et Foodwatch assignaient le groupe Carrefour devant le tribunal de Paris pour « manquement au devoir de vigilance » dans sa filière thonière4, s’est ouvert en Allemagne le procès intenté par un agriculteur péruvien, soutenu par l’ONG Germanwatch, à l’un des plus gros producteurs d’énergie du pays, RWE. Le conglomérat, pourtant, n’opère pas au Pérou. Mais il compte parmi les plus gros émetteurs européens de gaz à effet de serre (GES). Saúl Luciano Lliuya lui réclame 17 000 €, soit 0,47 % (la contribution de RWE aux émissions mondiales de GES) du coût des aménagements nécessaires pour préserver sa maison, et des dizaines de milliers d’euros en plus pour les conséquences de la fonte des glaciers andins.

    Au bout de 10 ans et après enquête sur place, un tribunal allemand a certes rejeté la demande du paysan péruvien, mais, dans le même temps, a reconnu la responsabilité civile des entreprises pour des dommages climatiques résultant de leurs émissions passées de gaz à effet de serre, quel que soit le lieu de leur survenance. Les émetteurs de GES pourraient être obligés de prendre des mesures pour prévenir les dégradations et, en cas de refus, être condamnés à les réparer proportionnellement à leur part dans les émissions.

    Cette décision fera sans doute jurisprudence, ouvrant la voie à cette justice climatique mondiale que les ONG et les pays du Sud réclament aux entreprises, mais aussi aux États les plus riches et les plus polluants.
    De la marginalité à la maturité

    Discipline en plein essor que les jeunes générations sont de plus en plus nombreuses à vouloir étudier, le droit de l’environnement, seul, s’est jusqu’à présent révélé assez impuissant à enrayer la dégradation accélérée de la nature. Même s’il se diffuse au sein d’autres branches du droit (tel le droit commercial), il doit composer avec les intérêts protégés par ces dernières, dont les activités sont largement susceptibles de porter atteinte à l’environnement.

    Chercheuse en droit international de l’environnement et du climat, Marion Lemoine-Schonne5 reconnaît que son efficacité demeure donc en deçà des urgences. Elle ne l’estime pas moins fondamental : « D’abord, sans le droit international de l’environnement, la situation serait encore pire. Il joue un rôle référentiel et incitatif très important pour les décideurs. Ensuite, la force du droit, c’est de dire ce qui doit être. Quand bien même il est insuffisamment respecté, cela ne grève en rien son effet levier sur les plans sociopolitiques. » Selon elle, la multiplication des contentieux, de plus en plus souvent tranchés en faveur des défenseurs de la nature, fait fonction d’« accélérateur » d’un droit de l’environnement passé depuis les années 1980 « de la marginalité à la maturité ».

    Comme la chercheuse l’a résumé dans un livre collectif6, les premiers textes destinés à protéger la santé humaine des effets de la pollution sont adoptés au XIXe siècle. Le droit de l’environnement se construit d’abord à l’échelle internationale, avec les premières conventions multinationales de protection de grands espaces naturels, dans les années 1930, puis les accords multilatéraux cherchant deux décennies plus tard à prévenir les ravages dus à l’intensification de l’activité industrielle.

    En 1972, la déclaration onusienne de Stockholm7 fait de l’environnement une priorité mondiale indissociable des droits humains, à penser en articulation avec le développement économique et le bien-être des populations. Elle pose ainsi les fondations du droit de l’environnement. Vingt ans plus tard, lors du sommet de Rio, en 1992, la prise de conscience des changements globaux qui menacent directement la survie de l’humanité débouche sur trois conventions-cadres8 majeures concernant les changements climatiques, la désertification et la biodiversité.
    Obliger les États à coopérer

    « Depuis, précise Marion Lemoine-Schonne, le droit de l’environnement se construit tous azimuts, en lien étroit avec les évolutions des connaissances scientifiques. Nous savons que les processus de dégradation sont profondément connectés et interdépendants (climat, biodiversité, océans, pollution chimique, etc.) et qu’il est vain de lutter en silo contre les sources de pollution. Au nombre de neuf, les ”limites planétaires“ à ne pas dépasser sans compromettre gravement la stabilité de la biosphère9 sont désormais intégrées dans le droit de l’environnement. Les États sont obligés de les prendre en compte. Et cela permet à un nombre croissant de citoyens de saisir la justice sur une grande diversité de sujets. »

    En outre, le débat sur la reconnaissance de certains droits aux éléments naturels (rivières, forêts ou sols) a vu émerger dans un petit nombre de pays un véritable droit de la nature, qui reste marginal, mais n’en influence pas moins tout le champ juridique.
    La justice européenne à l’œuvre

    Une vitalité attestée aussi par Alexandra Langlais10 et Magali Dreyfus11, chercheuses au CNRS, spécialistes respectivement des droits européen et français. Ces derniers temps, à l’échelle de l’Europe, précise Alexandra Langlais, c’est plutôt devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) que ces plaintes citoyennes sont déposées, au nom notamment du « droit à la vie ». Ont ainsi eu gain de cause, en janvier 2025, des habitants des environs de Naples qui dénonçaient l’inaction de l’État italien face à la multiplication des cancers causés par les dépôts mafieux de déchets toxiques, et qui avaient été déboutés par toutes les juridictions de leur pays12.

    Alexandra Langlais cite également une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui a pris de court différents États membres, dont la France, en annulant une dérogation qu’ils tenaient pour acquise autorisant l’usage en plein champ de produits néonicotinoïdes. « Alors que la Commission avait elle-même laissé passer ces manquements répétés à son propre règlement d’exécution, la décision de la CJUE est venue rappeler que le droit européen prime sur celui des États membres », commente la juriste.

    En France aussi, la réglementation environnementale, largement issue du droit européen, n’a cessé de s’étoffer pour pénétrer d’autres branches du droit, et notamment celui de l’aménagement et de l’urbanisme. « Les acteurs publics ou privés ne peuvent plus ignorer son existence, précise Magali Dreyfus. Tenter de passer outre comporte un réel risque financier, comme l’atteste la réaction des acteurs économiques à la suite de l’arrêt du chantier de l’A69. De même, quand le Conseil d’État ou une autre juridiction rend un arrêt, le gouvernement doit s’y conformer. Mais le rapport de force global continue de favoriser l’économie au détriment de l’environnement. D’autant plus qu’aller en justice exige des ressources importantes. »
    Le contre-pouvoir des juges

    Les actions en justice intentées contre des États ou de grands groupes privés en raison de l’insuffisance de leur effort contre le changement climatique dans le respect de l’Accord de Paris sont en constante augmentation. Et sont les plus emblématiques de l’évolution du droit de l’environnement, estiment les trois chercheuses. On ne compte plus le nombre de contentieux devant des juridictions nationales ou internationales.

    Par exemple, en France, à la suite d’une requête de la commune de Grande-Synthe (Nord), le Conseil d’État (la plus haute juridiction administrative) a enjoint en 2024 au gouvernement de prendre toutes les mesures permettant d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre13. En 2021, L’Affaire du siècle, une coalition d’ONG14, voit reconnaître la « responsabilité pour carence fautive de l’État français du fait du non-respect de la trajectoire de lutte contre le changement climatique qu’il s’était fixé »15. Considérant que la condamnation n’a pas été exécutée, elle relance même une action fin 2024.

    Autre jurisprudence, celle rendue par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) à la suite d’une plainte de l’association suisse Aînées pour la protection du climat. Parce que les conséquences du réchauffement touchent davantage les personnes âgées, en particulier les femmes, la requête introduite porte sur le fait que la Suisse ne remplit pas son devoir de protection qui découle du « droit à la vie » et du « droit au respect de la vie privée et familiale ». En avril 2024, la CEDH a reconnu la responsabilité particulière de la Suisse dans l’aggravation du préjudice causé aux membres de cette association en matière de droits humains et a rappelé le « droit à un environnement sain »16.
    « On ouvre des brèches »

    « Parfois, on perd pour des questions de procédure, mais le fait que le procès ait lieu constitue déjà une forme de victoire, commente Alexandra Langlais. Notamment parce qu’on ouvre des brèches pour ceux qui suivront, et qui connaîtront les failles à éviter, les ouvertures possibles. »

    Dans un récent rapport17, le Grantham Institute on Climate Change and the Environment, à Londres, qui recense plus de 200 contentieux climatiques à travers le monde pour la seule année 2023, prévoyait que les « grands-mères suisses » ouvriraient la voie à de nouveaux litiges. Avec raison, puisqu’en avril 2025, 14 citoyens français, soutenus par 3 ONG, ont demandé à l’État français de renforcer sa politique d’adaptation au changement climatique.

    « En estimant que l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme s’applique au climat et que les citoyens sont donc en droit d’agir en justice, les juges européens ont franchi un pas très important, analyse Marion Lemoine-Schonne. Très attendu, l’avis que la Cour interaméricaine des droits de l’Homme, saisie par la Colombie pour statuer sur l’effet irréversible et systémique du changement climatique quant au devenir de l’espèce humaine comme espèce vivant parmi les autres espèces, peut aussi à l’avenir influencer fortement le droit. »
    Dialogue entre juges

    Surtout, rappelle Marion Lemoine-Schonne, la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye doit rendre courant 2025 un avis consultatif précisant le contenu des obligations juridiques internationales étatiques en matière de protection climatique et les sanctions que peuvent encourir les États.

    De façon générale, conclut-elle, « on constate un dialogue entre juges des différents pays, mais aussi une influence certaine entre les juges internationaux, européens et nationaux, notamment parce qu’ils se fondent tous sur les mêmes documents scientifiques, comme les rapports du Giec et l’Accord de Paris. Les États-Unis ont été les premiers à montrer le recours démocratique qu’offrait le recours en justice. Aujourd’hui, les juges européens sont devenus des contre-pouvoirs prépondérants pour rappeler les États à leurs obligations. Le droit international garde une portée limitée, puisqu’il est négocié et mis en œuvre par les États eux-mêmes – et donc conditionné à leur volonté. Le contexte politique américain, entre autres, constitue un cas d’école en termes de dérégulation climatique. »

    Magali Dreyfus, elle, pointe une autre limite : « Toute victoire arrive toujours un peu trop tard, puisque le mal est déjà fait. L’A69 constitue un cas exemplaire, la décision étant intervenue alors que les destructions d’habitats, d’arbres et de terres agricoles étaient déjà accomplies, et les GES pour la construction, émis. »
    Les États-Unis se retirent à nouveau de l’Accord de Paris

    Comme promis, le président Trump a engagé pour la deuxième fois le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat, conclu en 2015. Peu après, Lee Zeldin, représentant de New York climatosceptique nommé à la tête de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA), annonçait l’abrogation imminente des « entraves » limitant la croissance économique, à commencer par des mesures destinées à réduire drastiquement les émissions de CO2.

    Il est néanmoins trop tôt pour préjuger des conséquences à long terme des coups de force et intimidations de la nouvelle administration, estime Marion Lemoine-Schonne, car « l’édifice du droit du climat, qui avait déjà bien résisté au premier retrait américain de l’Accord de Paris, n’a cessé de se solidifier depuis ».

    Ce nouveau retrait entraîne par exemple l’arrêt de toutes les subventions états-uniennes aux instances des Nations unies œuvrant pour l’environnement – soit un quart de budget en moins pour le climat, concède la chercheuse. « Mais il n’y aura pas forcément d’effet d’entraînement sur les autres États. L’Accord de Paris, qu’on dénonçait comme peu contraignant, a tenu bon autour d’une logique de progressivité des engagements. On peut imaginer que les tensions géopolitiques actuelles conduisent certains États, comme les grands pays émergents que sont la Chine, l’Inde, le Brésil ou le Mexique, à réaffirmer leurs engagements climatiques pour renforcer leur position dans d’autres enceintes diplomatiques. »
    « Vents politiques contraires »

    Certes, l’objectif le plus ambitieux de l’Accord, celui de maintenir l’augmentation globale de la température terrestre au-dessous de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, a d’ores et déjà été dépassé. Mais, affirme la chercheuse, la « « flexibilité » du texte lui permet pour l’instant de résister aux chocs. Reste que des « vents politiques contraires » soufflent aussi en Europe. Et, comme ses consœurs, Marion Lemoine-Schonne reconnaît que « la menace de détricoter ce que l’on pouvait croire acquis n’a jamais été aussi forte ».

    Ce « détricotage » a largement débuté pour le Pacte vert européen, le plan présenté en 2019 par la Commission européenne pour décarboner l’économie de l’Union européenne d’ici à 2050, déplore Alexandra Langlais : « Il s’agissait d’une avancée extraordinaire. Outre cette promesse de neutralité carbone, le plan englobait les enjeux de pollution et de biodiversité, dans une perspective de transition équitable qui devait se traduire rapidement dans des textes juridiques. Et c’est là que ça a déraillé. »

    Par exemple, détaille-t-elle, un projet de règlement européen sur l’utilisation durable des pesticides est devenu encore moins contraignant que la directive européenne préexistante. Les députés qui le soutenaient ont dû ainsi se résigner à voter contre, fin 2023. « Quant au règlement européen censé mettre en place un système d’alimentation durable, il n’a même pas vu le jour… »
    Reculs en série sur la Politique agricole commune

    Cet affaiblissement du Pacte vert, conséquence aussi de la colère des agriculteurs qui a secoué l’Europe entre 2022 et 2024, inverse une tendance de fond, poursuit la chercheuse : « Depuis que la Politique agricole commune (Pac) a été adoptée, en 1962, cette politique s’est construite en prenant de plus en plus en compte la nécessité de préserver l’environnement. C’est la première fois qu’elle recule, et c’est complètement fou quand on connaît le prix à payer – y compris pour le secteur agricole – si l’on n’agit pas. »

    En France, le principe de non-régression, introduit dans le Code de l’environnement par la loi Biodiversité de 2016, interdit théoriquement tout retour en arrière, précise Magali Dreyfus. Mais elle rappelle que le modèle d’agriculture intensive continue de faire obstacle à tout progrès décisif en la matière : « Alors que les agriculteurs sont les premières victimes de ce système, et qu’en changer représente un défi immense, le syndicat majoritaire, sous couvert d’un besoin de simplification, continue de désigner le droit de l’environnement comme la source de leurs problèmes. Il y a là quelque chose d’irrationnel. »
    Glyphosate : nouvelle action en justice

    Emblématique de ces tensions, l’autorisation du glyphosate (herbicide reconnu comme « cancérogène probable », dont Emmanuel Macron s’était engagé en 2017 à proscrire l’usage « au plus tard dans trois ans ») a été renouvelée pour 10 ans, fin 2023, par la Commission européenne, à l’issue d’un vote crucial des Vingt-Sept lors duquel la France a choisi de s’abstenir.

    La justice viendra-t-elle une fois encore au secours de ceux qui dénoncent les ravages du glyphosate sur l’environnement ? Fin 2024, plusieurs associations ont déposé une plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre ce renouvellement.

    La recrudescence des actions en justice est proportionnelle à la montée des « vents contraires ». Raison de plus pour travailler à renforcer le droit de l’environnement à toutes les échelles. « Il reste absolument indispensable, a fortiori aujourd’hui, à l’heure où une désinformation croissante travaille à brouiller la prise en compte des connaissances scientifiques sur les enjeux de transition socio-écologique et climatique, conclut Marion Lemoine. La gravité des changements à l’œuvre, dont nous avons maintenant toutes les preuves scientifiques, ainsi que le coût de l’inaction nous obligent à nous emparer de tous les moyens juridiques disponibles pour conserver les acquis du droit de l’environnement et continuer à le protéger, pour la santé et le bien-être humain des générations actuelles et futures. »

    ▻https://lejournal.cnrs.fr/articles/droit-de-lenvironnement-entre-espoirs-et-reculs

    #environnement #justice #A69 #France #jurisprudence #Saúl_Luciano_Lliuya #Allemagne #Cour_européenne_des_droits_de_l’Homme (#CEDH) #droit_à_la_vie #Cour_de_justice_de_l’Union_européenne (#CJUE) #aménagement #urbanisme #contre-pouvoir #Accord_de_Paris #climat #changement_climatique #pollution
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    • Un monde commun. Les savoirs des sciences humaines et sociales

      Philosophie, sociologie, anthropologie, études littéraires, linguistique, histoire, géographie, psychologie, musicologie, esthétique, histoire de l’art, économie, sciences politiques, droit, archéologie… : les disciplines couvertes par les #sciences_humaines_et_sociales sont vastes et variées. À toutes incombent d’analyser, comprendre, décrire le monde et la façon dont les hommes, les femmes et plus largement le vivant l’ont habité, l’habitent et l’habiteront. Toutes partagent une réflexion sur un sujet rendu majeur par la crise environnementale, les bouleversements numériques, les inégalités sociales et les conflits : comment faire « #monde_commun », pour reprendre la formule de Hannah Arendt ?

      L’ouvrage propose une centaine de contributions portant sur des questions contemporaines, qui font écho aux objectifs de développement durable identifiés par l’Organisation des Nations unies (la réduction de la pauvreté, des inégalités éducatives, la protection de la planète, etc.) et explorent la manière dont la recherche actuelle en sciences humaines et sociales y répond. Méthodes, hypothèses et théorisations, mesures et approches ethnographiques, analyses et exégèses constituent autant d’outils permettant aux lecteurs de penser, d’habiter, de réparer ou de transformer nos univers communs.
      Un ouvrage richement illustré qui incarne une communauté de recherche dans toute sa diversité.

      ▻https://www.cnrseditions.fr/catalogue/sciences-politiques-et-sociologie/un-monde-commun
      #livre

  • Un #TGV au-dessus du vide, symbole d’un réseau ferré vulnérable aux #intempéries

    De violentes intempéries ont causé l’affaissement d’un talus sur lequel circulait un TGV dans le Sud-Ouest, sans conséquence pour ses passagers. L’épisode illustre l’exposition du réseau ferré aux effets du changement climatique.

    Un train au-dessus du vide sur plusieurs mètres : les images de l’incident ferroviaire survenu lundi 19 mai dans le Lot-et-Garonne sont impressionnantes. Vers 20 h 30, les 508 passagers du TGV Paris-Toulouse ont ressenti « une légère secousse » avant l’arrêt du train. Et pour cause, les #pluies diluviennes qui ont causé d’importantes #inondations dans le Sud-Ouest avaient fait déborder un petit cours d’eau proche des rails, aux abords de la commune de #Tonneins (Lot-et-Garonne), emportant le ballast — amas de pierres soutenant les rails — sur une dizaine de mètres.

    Le train, qui roulait au ralenti, selon SNCF Réseau, s’est arrêté alors que les #rails ne touchaient plus le sol. « On a frôlé la catastrophe, les voies étaient à nu et le TGV en suspension », a témoigné auprès de l’Agence France-Presse le maire de la commune, Dante Rinaudo. Aucun blessé n’a heureusement été à déplorer.

    « Il n’y a pas eu de déraillement formel. Le train est resté dans l’axe, même si les roues ne touchaient plus le rail à certains endroits », précise SNCF Réseau à Reporterre. La circulation des trains restera coupée entre Agen et Marmande pendant « au moins plusieurs jours » et perturbée mardi 20 mai sur l’axe Bordeaux-Toulouse. « Il va falloir attendre que le TGV soit dégagé pour finaliser le diagnostic », déclare le représentant de SNCF Réseau.

    Des #dégâts « à des endroits où on ne s’y attend pas »

    À l’image de celle-ci, la SNCF comptabilise 7 000 km de voies en #zone_inondable, par ruissellement ou débordement. Et le #réseau_ferré est, de manière générale, particulièrement vulnérable aux effets du dérèglement climatique, qui cause une hausse des températures tout en multipliant les épisodes météorologiques extrêmes. Pour la SNCF, le défi technique est colossal : voies inondées, vents violents déstabilisant les trains, chutes d’arbres, éboulements, surchauffe de rails, incendies, fragilisation des ponts, défaillance de l’alimentation électrique en cas de canicule ou de tempête...

    « Les #aléas_climatiques sont énormes. Ils détruisent régulièrement le réseau à des endroits où on ne s’y attend pas. Cela ne fait que commencer », alertait Franck Dhersin, sénateur Horizons du Nord et ex-Monsieur transports de la région Hauts-de-France, lors d’une conférence de l’Association française du rail, le 8 octobre 2024.

    Les retards dus aux intempéries ont augmenté de 35 % entre 2011 et 2023 et le nombre de trains supprimés pour cette cause a été multiplié par cinq, selon une étude de la SNCF. Cela représente 1 500 trains par an, soit une journée d’exploitation, selon les chiffres de SNCF Réseau, qui dépense 30 à 40 millions d’euros par an pour réparer les dégâts causés par les aléas climatiques.

    Le dérèglement climatique implique aussi une explosion des #coûts de #maintenance. « Notre premier problème, c’est l’effet insidieux du changement climatique sur la végétation. La #forêt se dégrade rapidement, les insectes ravageurs sont plus résilients, ils attaquent la forêt et les arbres tombent sur les voies », a souligné Alain Quinet, directeur général exécutif de SNCF Réseau, le 20 mai devant un parterre d’experts des #transports, réunis au Conseil économique social et environnemental à l’occasion de la conférence de financement des transports.

    Des moyens colossaux nécessaires

    L’entreprise qui a dû renoncer au #glyphosate pour désherber, a vu ses frais de traitement de la végétation passer de 90 millions à 230 millions d’euros par an en dix ans. « Les perturbations du #cycle_de_l’eau » sont la seconde grande menace, dit Alain Quinet.

    Dans une note sur le sujet, SNCF Réseau estime que l’infrastructure est « à priori résiliente à l’horizon 2040-2050 », mais pour la suite, « l’ensemble du catalogue technique actuel doit être réexaminé et mis à jour ». Des moyens colossaux seront nécessaires à long terme, notamment pour déplacer les voies qui se situent dans les zones touchées par la montée des eaux, comme c’est déjà le cas de celle reliant Montpellier à Perpignan.

    Face à ce constat largement documenté, la charge revient désormais à l’État de lancer et financer un plan d’adaptation du réseau, notamment dans le cadre du contrat de performance État-SNCF Réseau, justement en cours de négociation. « Il faut qu’on se prépare, malheureusement, à ce que ce genre de problème climatique se renouvelle », alerte le ministre des Transports, Philippe Tabarot, auprès de Reporterre. « On a besoin de financements », dit-il, reconnaissant que « les arbitrages budgétaires n’ont pas été en faveur des transports ces dernières années, c’est le moins qu’on puisse dire »

    Déjà menacé d’« effondrement » en raison de sa vétusté, le réseau ferré français nécessite donc, plus que jamais, un sursaut politique. C’est en tout cas le consensus qui semble animer les observateurs de tous bords.

    ▻https://reporterre.net/Un-TGV-au-dessus-du-vide-symbole-d-un-reseau-ferre-vulnerable-aux-intemp
    #train #réseau_ferroviaire #changement_climatique #infrastructure #vulnérabilité

  • Condamnation d exploitations agricoles pour usage d herbicide ne respectant pas les zones de non-traitement (ZNT) à proximité des cours d eau !- L’En Dehors
    ▻http://endehors.net/news/condamnation-d-exploitations-agricoles-pour-usage-d-herbicide-ne-respectan

    Victoire juridique définitive : Condamnation d exploitations agricoles pour usage d herbicide ne respectant pas les zones de non-traitement (ZNT) à proximité des cours d eau ! ▻https://t.co/ERJoDXiAK0 @Veillerette #glyphosate Générations Futures (@genefutures) October 30, (...) @Mediarezo Actualité / #Mediarezo

  • Des pesticides interdits retrouvés chez les enfants de la plaine d’Aunis, où se multiplient les cancers pédiatriques
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/10/12/des-pesticides-interdits-retrouves-chez-les-enfants-de-la-plaine-d-aunis-ou-

    ReportageDes familles de la campagne rochelaise ont fait analyser les cheveux et les urines de leurs enfants. Selon les informations du « Monde » et de Franceinfo, de nouveaux cas de cancers ont été identifiés dans cette zone de culture intensive. Plusieurs mineurs sont morts.

    • @monolecte et @valnum, voici le texte intégral :

      Des familles de la campagne rochelaise ont fait analyser les cheveux et les urines de leurs enfants. Selon les informations du « Monde » et de Franceinfo, de nouveaux cas de cancers ont été identifiés dans la plaine céréalière d’#Aunis. Plusieurs mineurs sont morts.

      Noé Gülbol, adolescent de 14 ans avec sweat à capuche et mèche devant les yeux se balade souvent dans les champs de blé ou d’orge pour promener son chien Punky ou faire un tour à vélo. Alors, quand il a appris la présence de pesticides dans ses cheveux et ses urines, il n’a pas vraiment été surpris : « Je savais qu’il y en aurait. A chaque fois qu’il y a des épandages, on le sent dans la maison. » Sa petite sœur, Lana, 11 ans, trouve « bizarre d’avoir ça dans [son] corps » : « Ça m’inquiète. »

      Noé et Lana habitent à Périgny (Charente-Maritime), une ville d’à peine 9 000 habitants entourée par les terres agricoles de la grande plaine céréalière d’Aunis, près de La Rochelle. Depuis une alerte du CHU de Poitiers en 2018 sur des cas de cancers pédiatriques dans la commune voisine de Saint-Rogatien (2 400 habitants) et la mort l’année suivante de Pauline, une Rogatienne de 15 ans, l’inquiétude ne fait que se renforcer sur le territoire à mesure que de nouveaux cas apparaissent.

      Aussi, à l’initiative de l’association Avenir Santé Environnement, créée en 2018 à la suite de la déclaration du cancer de Pauline, les familles de Noé, Lana et de soixante-dix autres enfants (âgés de 3 à 17 ans) de six communes de la plaine d’Aunis (Périgny, Saint-Rogatien, Montroy, Clavette, Bourgneuf et Dompierre-sur-Mer) ont fait analyser des prélèvements de cheveux et d’urine par le laboratoire de toxicologie et de pharmacovigilance d’un CHU. Les résultats seront restitués samedi 12 octobre lors d’une réunion publique après une marche organisée à La Rochelle appelant à « une véritable transition agricole » et à « un plan de sortie des pesticides de synthèse ».

      Pesticides interdits

      Le Monde et Franceinfo ont eu accès aux résultats. Quatorze molécules différentes ont été retrouvées dans les urines et quarante-cinq dans les cheveux, et jusqu’à six (dans les urines) et dix (dans les cheveux) par enfant. Tous présentent des traces de pesticides. Certains sont particulièrement préoccupants. Ainsi du phtalimide, détecté dans les urines de plus de 15 % des enfants : cette molécule est le produit de la dégradation du folpel, un fongicide classé cancérogène, mutagène, et reprotoxique possible par l’Agence européenne des produits chimiques. Ainsi, également de la pendiméthaline, présente dans 20 % des prélèvements capillaires. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) associe cet herbicide très utilisé pour les cultures céréalières à des risques de cancer (pancréas et colorectal).

      Parmi ces substances figurent aussi des pesticides interdits. Certains sont vraisemblablement liés à un usage domestique comme le fipronil, insecticide interdit en agriculture depuis 2013 mais autorisé en usage vétérinaire comme antiparasitaire (puces, tiques…). D’autres, en revanche, semblent en lien direct avec des pratiques agricoles passées ou actuelles. Ainsi de l’atrazine, herbicide interdit depuis 2004 en raison de son potentiel perturbateur endocrinien et neurotoxique ou du dieldrin, un insecticide interdit depuis les années 1970 en raison de son potentiel cancérogène mais très persistant dans l’environnement.

      L’interprétation toxicologique des résultats a été confiée à Laurence Huc, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. La toxicologue attire l’attention sur la présence de plusieurs insecticides néonicotinoïdes interdits et en particulier de l’acétamipride, dont les effets neurotoxiques pour le développement du cerveau sont signalés depuis 2013 par l’EFSA. « En retrouver dans des urines d’enfants, c’est très inquiétant », alerte Laurence Huc.

      L’acétamipride et son métabolite (issu de sa dégradation dans l’organisme) ont été détectés dans les urines de douze enfants (17 %). Les niveaux de concentration sont particulièrement élevés chez les plus jeunes et davantage s’ils habitent à proximité des champs. « C’est très rare de retrouver cette molécule dans les urines car elle s’élimine très vite, commente Laurence Huc, c’est le signe d’une exposition aiguë quelques jours avant les prélèvements, tous réalisés le même jour en avril. » La toxicologue écarte la piste d’une contamination alimentaire : « Les enfants concernés sont scolarisés dans sept écoles, il est peu probable qu’ils aient mangé les mêmes aliments. » Elle privilégie l’hypothèse d’un épandage. Chercheur au CNRS et grand spécialiste des néonicotinoïdes, Jean-Marc Bonmatin évoque de « probables usages illégaux » : l’acétamipride reste autorisé en Europe, mais il est interdit en France depuis 2018. Contactée, la chambre d’agriculture de Charente-Maritime n’a pas répondu à nos sollicitations.

      A l’instar de l’acétamipride, une dizaine de pesticides dont le folpel et la pendiméthaline ont également été retrouvés dans les analyses d’air réalisées par l’observatoire de la qualité de l’air de Nouvelle-Aquitaine à partir du capteur installé sur la commune de Montroy, au cœur de la plaine céréalière d’Aunis. Le président d’Avenir Santé Environnement, Franck Rinchet-Girollet, réclame « une enquête pour déterminer l’origine de ces pesticides dangereux dont certains sont interdits ». Contactée, l’agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine ne souhaite « pas commenter des études civiles non scientifiquement prouvées ». « Depuis 2018, il y a une alerte sanitaire sur des excès de cancers pédiatriques, c’est scandaleux que ce soit à une association de faire du biomonitoring, fulmine Laurence Huc. Et le problème s’aggrave avec de nouveaux cas chaque année. »

      La Ligue contre le cancer finance depuis 2018 une étude pilotée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et le registre des cancers de Poitou-Charentes sur les cancers à Saint-Rogatien et à Périgny. Selon nos informations, le nombre de cas est passé de six sur la première période étudiée (2008-2015) à dix entre 2008 et 2020 (dernière année pour laquelle les données sont disponibles). Chaque publication confirme un « excès de risque » de cancers pédiatriques à Saint-Rogatien. « Tous les ans on arrive à la même conclusion : le nombre de cas de cancers d’enfants à Saint-Rogatien est plus de quatre fois supérieur à la moyenne attendue. C’est énorme », réagit Jean-Marie Piot, président de la Ligue contre le cancer en Charente-Maritime.

      « On empoisonne nos enfants et rien ne change »

      Selon nos informations, au moins cinq autres cas ont été identifiés depuis la dernière actualisation de l’étude : deux à Périgny, deux en 2024 à Bourgneuf et un autre dans la commune de La Jarrie. A La Jarrie, un adolescent est mort en début d’année. Périgny a enterré en juin un garçon de 4 ans quelques mois après la déclaration de sa maladie. La commune avait déjà pleuré la disparition d’Antoine, mort à 13 ans en mars 2022.

      Antoine a été emporté en moins d’un an par un gliome du tronc cérébral, une tumeur du système nerveux central. « Que moi j’aie un cancer à 50 ans à cause de la cigarette, d’accord, mais qu’un enfant ait un cancer à 13 ans, ce n’est pas normal, c’est insupportable, témoigne pour la première fois sa mère, Joëlle, qui souhaite conserver l’anonymat. Je suis en colère car on sait mais on ne fait rien. On empoisonne nos enfants et rien ne change. L’agriculture doit servir à nourrir la population et non à tuer ses enfants. »

      Dès 2013, une expertise collective de l’Inserm a mis en évidence un lien entre l’exposition aux pesticides et plusieurs cancers pédiatriques dont celui d’Antoine. Les cancers pédiatriques à Saint-Rogatien, Joëlle et son époux en avaient « entendu parler de loin » : « On était passés à l’eau en bouteille et on cultivait un potager bio. Je pensais protéger mes enfants et maintenant je me demande si ce n’est pas moi qui ai empoisonné mon fils avec toute cette terre polluée. » Joëlle raconte avoir quitté la banlieue parisienne il y a vingt ans pour s’installer à Périgny en « pensant offrir une meilleure vie à ses enfants ». La famille s’est installée à La Rochelle après le décès d’Antoine. Aujourd’hui, Joëlle « regrette de ne pas avoir déménagé plus tôt ».

      « Tous les ans, il y a de nouvelles alertes »

      Franck Rinchet-Girollet, lui, a quitté Dompierre pour Vérines, dans la plaine d’Aunis. Son fils de 7 ans est en rémission d’un cancer depuis cinq ans. Le prochain examen médical est fixé le 15 octobre : « On vit toujours dans l’angoisse d’une rechute. » Longtemps chauffeur de bus pour la régie de La Rochelle, il laissera bientôt la présidence d’Avenir Santé Environnement : il a accepté en septembre de devenir attaché parlementaire du nouveau député écologiste de la circonscription, l’agriculteur Benoît Biteau. « Est-ce que les cancers pédiatriques ont un lien direct avec l’exposition aux pesticides ? C’est aux autorités sanitaires de répondre. Mais il n’y a pas de réaction alors même que, tous les ans, il y a de nouvelles alertes. »

      En 2021, un captage d’eau potable est fermé sur la commune de Clavette après la découverte de concentrations élevées de chlortoluron, herbicide très utilisé sur les céréales et cancérogène suspecté. En 2022, des niveaux jamais enregistrés en France de prosulfocarbe sont mesurés dans l’air de la plaine d’Aunis : l’agglomération de La Rochelle demande en vain au gouvernement un moratoire pour cet herbicide massivement utilisé pour traiter les céréales d’hiver.

      En 2023, l’agglomération est obligée de fermer quinze points de captage d’eau dans la plaine d’Aunis après la découverte de chlorothalonil, un produit de dégradation d’un fongicide interdit depuis 2020. En 2024, l’eau du robinet est de nouveau « non conforme » après un pic de pollution du fleuve Charente, principale ressource en eau potable de l’agglomération, au fosétyl, un traitement fongicide utilisé contre le mildiou, en particulier dans le vignoble du Cognaçais.

      Maire (sans étiquette) de Périgny, Marie Ligonnière a assisté aux obsèques du petit garçon de 4 ans en juin : « C’est tabou la mort d’un enfant », souffle-t-elle. Elle dit éprouver à la fois un sentiment de « révolte » et d’« impuissance ». Mardi 8 octobre, elle a transmis un nouveau signalement à l’ARS. Il concerne cette fois des adultes. Un administré lui a envoyé un mail mentionnant « quatre cancers, une tumeur cérébrale, deux Alzheimer, une sclérose en plaques » dans un rayon de 50 à 100 mètres, en bordure de champs, dont quatre décès. « De quels leviers je dispose en tant qu’élue ?, interroge Marie Ligonnière. On demande des moratoires sur les pesticides, mais on n’a aucun soutien au niveau national. Au contraire, le gouvernement détricote le plan Ecophyto. »

      Les demandes de la population s’affichent aussi, à la bombe, sur un entrepôt agricole à l’abandon : « Stop glyphosate ! Assassins de la terre ! » En 2023, la communauté d’agglomération de La Rochelle avait lancé une médiation inédite pour tenter de renouer le dialogue entre agriculteurs et riverains. Elle s’est achevée au bout de trois mois sur un échec et le saccage de la propriété d’un responsable de Nature Environnement 17 par des agriculteurs. Des comités de pilotage « pesticides et voisinage » se poursuivent malgré tout. Marie Ligonnière continue d’y participer : « Le problème, ce ne sont pas les agriculteurs, qui sont les premières victimes des pesticides et qu’il faut accompagner vers un nouveau modèle, mais leurs représentants qui martèlent toujours le même credo : pas de changement sans produit de substitution. »

      Parmi les très rares avancées arrachées, une application est censée permettre depuis avril aux agriculteurs de prévenir les riverains avant un épandage. Sur la vingtaine d’exploitants agricoles de cinq communes de la plaine d’Aunis concernées par ledit comité de pilotage, un seul l’a téléchargée : pour l’heure, il n’a déclaré aucune parcelle.

      #industrie_agro-alimentaire #céréales #agriculture #épandages #Périgny #Charente-Maritime #Saint-Rogatien #Avenir_Santé_Environnement #plaine_d’Aunis #phtalimide #folpel #pendiméthaline #herbicide #fipronil #insecticide #atrazine #dieldrin #acétamipride #toxicité #pollution #épandage #néonicotinoïdes #Montroy #biomonitoring #cancers_pédiatriques #La_Jarrie #santé #santé_publique #gliome #tumeur #chlortoluron #eau_potable #eau #contamination #prosulfocarbe #air #moratoire #Charente #fosétyl #Cognaçais #décès #mort #plan_Ecophyto #Ecophyto #glyphosate #résistance #impuissance

    • Glyphosate : la plus vaste étude animale conduite à ce jour met en évidence des risques accrus de diverses tumeurs
      ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/12/glyphosate-la-plus-vaste-etude-animale-conduite-a-ce-jour-met-en-evidence-de

      Une équipe internationale de chercheurs a testé les effets du célèbre herbicide sur plus d’un millier de rats de laboratoire à différents dosages. Dans tous les cas de figure, les scientifiques ont enregistré un surcroît de cancers.

      Les animaux ont été soumis à trois niveaux d’exposition. La plus faible est celle considérée par les autorités européennes comme le seuil acceptable pour les humains (0,5 mg/kilo/jour), l’intermédiaire est dix fois plus élevée (5 mg/kilo/jour), et la plus forte dose est considérée par les autorités de l’Union européenne comme sans effets pour les rongeurs de laboratoire (50 mg/kilo/jour). Les animaux ont été exposés in utero, par le biais de leur mère, dès le sixième jour de gestation, puis jusqu’à l’âge de 104 semaines – pour peu qu’ils ne soient pas morts avant le terme de l’expérience.

      A toutes les doses d’exposition, dans des proportions variables, des excès d’animaux atteints de différentes tumeurs ont été observés par les chercheurs, par rapport au groupe d’animaux n’ayant pas été exposés. « Ces tumeurs sont apparues dans les tissus hémo-lymphoréticulaires (leucémie), la peau, le foie, la thyroïde, le système nerveux, les ovaires, la glande mammaire, les glandes surrénales, les reins, la vessie, les os, le pancréas, l’utérus et la rate (hémangiosarcome) », poursuivent les auteurs. Ceux-ci expliquent que la plupart de ces tumeurs sont rares, leur fréquence étant naturellement inférieure à 1 % chez la souche de rat utilisée pour l’expérience, excluant ainsi l’éventualité que ces maladies surviennent en raison du vieillissement des rongeurs.

      Les maladies du sang sont les plus fréquemment observées, à toutes les doses d’exposition et pour les trois produits. « Environ la moitié des morts des suites de leucémies, observées chez les animaux traités, se sont produites sur des rats de moins de 1 an d’âge, ce qui correspond à 35-40 ans pour un humain », dit Daniele Mandrioli, directeur du centre de recherche sur le cancer de l’institut Ramazzini et coordinateur de ces travaux. Le toxicologue précise qu’en passant en revue plus de 1 600 rats de même souche utilisés comme témoins, c’est-à-dire non exposés à des toxiques, dans les précédentes études conduites par son institut, mais aussi le National Toxicology Program américain, « aucun cas de leucémie n’a été enregistré sur des animaux de moins de 1 an ».

      ▻https://archive.ph/TMOS6

      #cancer

  • Plomb, arsenic... 16 #métaux_lourds détectés dans des #tampons

    C’est un objet du quotidien pour des millions de #femmes à travers le monde. Une étude de l’université de Californie à Berkeley publiée début juillet dans la revue Environment International (▻https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160412024004355) révèle la présence de plus de seize métaux dans les tampons : de l’#arsenic, du #cadmium, du #chrome, du #zinc ou encore du #plomb. Les scientifiques ont analysé quatorze marques commercialisées aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Grèce.

    Le plomb est l’élément qui inquiète le plus les auteurs de l’étude, tant les quantités mesurées (120 nanogrammes par gramme) sont « alarmantes », explique Jenni A. Shearston au journal Le Monde. « Nous ne savons pas encore si le plomb peut s’échapper du tampon, ni s’il peut être absorbé par le corps, ni en quelle quantité. » En cas de présence dans l’organisme, le plomb attaque le système neurologique et peut provoquer ou aggraver des maladies psychiques.

    Les produits élaborés à partir de #coton_bio ne font pas exception, les concentrations d’arsenic sont même plus élevées que dans leurs équivalents conventionnels.

    #Glyphosate, #dioxines, #phtalates… Déjà l’an dernier, 60 Millions de consommateurs avait révélé la présence de 9 contaminants (▻https://reporterre.net/Tampons-serviettes-Des-produits-toxiques-malgre-des-labels-verts) soupçonnés d’être cancérigènes, toxiques pour la reproduction ou perturbateurs endocriniens dans 24 modèles de tampons, #serviettes et #protège-slips jetables testés par le journal.

    ▻https://reporterre.net/Plomb-arsenic-16-metaux-lourds-detectes-dans-des-tampons
    #menstruations #toxicité

  • #Glyphosate : un rapport fantôme sort des placards de l’Anses, huit ans plus tard
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/03/27/huit-ans-plus-tard-un-rapport-fantome-sur-le-glyphosate-sort-des-placards-de

    C’est un rapport qui n’existe pas et qui, pourtant, vient d’être publié. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu publique, lundi 25 mars, une expertise sur la génotoxicité des pesticides à base de glyphosate – c’est-à-dire leur capacité à altérer l’ADN, une étape possible de la cancérogenèse.

  • Nos chats sont-ils des terreurs écologiques ?

    “Les chats sont une #catastrophe pour la #biodiversité. Les chiens sont une catastrophe pour le climat” a affirmé le 13 décembre, sur TF1, le chercheur médiatique #François_Gemenne, ancien membre du GIEC et enseignant à Science Po Paris. En disant cela, il a admis lui-même aborder un sujet sensible, susceptible de déclencher la colère des téléspectateurs. Et cela n’a pas loupé : la séquence a été largement commentée sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens – y compris d’autres écologistes – rappelant qu’il y avait beaucoup à faire, par exemple s’en prendre aux grands bourgeois et leur train de vie délirant, avant de s’intéresser à l’impact de nos chats et de nos chiens sur la biodiversité et le #climat. Oui mais ne serions-nous pas des défenseurs de la planète en carton-pâte si nous ne considérions pas honnêtement la #responsabilité des animaux les plus populaires et les plus mignons sur ce qu’il nous arrive ?

    1 – La destruction de la biodiversité a plusieurs causes

    Quand on pense à l’écologie, on pense d’abord au sujet du réchauffement climatique dû à l’impact des activités humaines carbonés. Mais il y a d’autres sujets à prendre en compte parmi lesquels la baisse très rapide de la biodiversité (quantité d’espèces différentes sur la planète). Elle est en chute libre car de nombreux êtres vivants disparaissent du fait de la transformation, par les activités humaines, de leur environnement. C’est pourquoi on parle d’une “#sixième_extinction_de_masse” : une grande partie des espèces qui peuplent la terre pourrait disparaître prochainement. Selon l’Office Français de la Biodiversité, un établissement public créé récemment pour promouvoir la sauvegarde de ces espèces, 68 % des populations de vertébrés (mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et amphibiens) ont disparu entre 1970 et 2016, soit en moins de 50 ans. Et rien qu’en 15 ans, 30% des oiseaux des champs ont disparu, ainsi que 38% des chauves-souris. Si jamais on s’en fout royalement de ces animaux, on peut se rappeler que tout est lié et que ces disparitions ont des conséquences sur nos vies, car chacune de ces espèces jouent un rôle au sein d’un #écosystème, et que certaines peuvent ensuite prendre le dessus et devenir envahissantes…

    La France a un rôle particulier à jouer car elle est le 6e pays du monde à héberger des espèces menacées. Qu’est-ce qui, chez nous, contribue à cette #extinction_de_masse ? Comme partout, le #changement_climatique joue un rôle important en déstabilisant la vie et la reproduction de nombre d’espèces. Ensuite, la pollution de l’air, de l’eau et du sol est considérée par l’ONG WWF comme la première cause de perte de biodiversité dans le monde. On peut également citer la transformation de l’usage des #sols, avec le développement de l’agriculture intensive et l’étalement urbain : le premier transforme la végétation, par exemple en détruisant les #haies pour augmenter les surfaces cultivables par des engins de plus en plus gros, ce qui dégomme des lieux de vie pour nombres d’espèces, en particulier les insectes et les rongeurs, dont la disparition affecte ensuite les oiseaux.

    Il faut aussi mentionner la surexploitation des animaux, via la #pêche_intensive mais aussi la #chasse, bien que sur cette dernière activité, le débat fasse rage dans le cas de la France : les défenseurs de la chasse estiment qu’elle contribue à préserver la biodiversité, puisque les chasseurs “régulent” certaines espèces potentiellement envahissantes et relâchent dans la nature des animaux qu’ils élèvent le reste de l’année. Les lobbies de chasseurs dépensent beaucoup d’argent et de temps pour imposer cette réalité dans le débat public, allant jusqu’à dire que les chasseurs sont “les premiers écologistes de France”, mais les faits sont têtus : seuls 10% des oiseaux relâchés par leurs soins survivent car ils sont désorientés, incapables de se nourrir correctement et pas autonome. Quiconque vit en zone rurale connaît le spectacle navrant de ces faisans et autres bécasses qui errent au bord des routes, attirés par la présence humaine, en quête de nourriture… Quant à la “régulation” des #espèces_invasives, il semble que cela soit en grande partie une légende urbaine : “La grande majorité des animaux tués à la chasse, approximativement 90 ou 95 % n’ont pas besoin d’être régulés” explique le biologiste Pierre Rigaud au Média Vert.

    2 – Les espèces invasives, produits du #capitalisme mondialisé

    Mais dans la liste des causes de la baisse de la biodiversité, il faut mentionner l’impact très important des espèces invasives introduites par l’homme dans la nature – on arrive à nos chatons. Dans son dernier rapport, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, qui représente 130 gouvernements et publie des rapports réguliers) établit que la “présence cumulative d’#espèces_exotiques s’est accrue de 40% depuis 1980, et est associée à l’intensification des échange commerciaux ainsi qu’à la dynamique et aux tendances démographiques”. Parce que la “#mondialisation” est passée par là, ou, pour le dire clairement, que la #colonisation et la mise sous régime capitaliste du monde entier a eu lieu au cours du XXe siècle, des espèces circulent d’un continent à l’autre et parviennent dans des endroits où elles commettent de gros dégâts sur les espèces endémiques (“endémique” : qui vit dans un lieu donné. S’oppose à “exotique”).

    Le cas du #frelon_asiatique est très symptomatique : cette espèce a débarqué en France, vraisemblablement dans un conteneur venu de Chine, il y a 20 ans et nuit depuis largement à la biodiversité, notamment aux abeilles. 2004, c’est le début de l’intensification des #échanges_commerciaux avec l’Asie du fait de la délocalisation de toute une partie de la production industrielle en Chine, au grand bonheur des entreprises européennes et de leurs profits. Au passage, ils nous ont ramené le frelon.

    Mais nos animaux préférés seraient aussi en cause : les chats sont des mangeurs d’#oiseaux et ont effectivement, comme le dit François Gemenne, une part de responsabilité dans la baisse de la biodiversité… Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’ils provoquent autant de mortalité en France et en Belgique que… nos #fenêtres, contre lesquelles les oiseaux se cognent et meurent… Selon le Muséum d’Histoire Naturelle, interrogé par France Info, les chats ne sont pas les principaux responsables de la disparition des oiseaux car ”Leur raréfaction tient avant tout à la disparition des #insectes et la perte d’habitat. Le chat représente toutefois une pression supplémentaire importante sur une population fragilisée.” Ce serait en #ville et sur les #îles que l’impact des chats serait important, et non dans les campagnes, où il est “un prédateur parmi d’autres”.

    3 – Accuser les chats pour préserver les capitalistes ?

    Lorsque l’on regarde les principaux facteurs de chute de la biodiversité dans le monde, on constate que tout à avoir des décisions humaines. Quel type d’#agriculture développons-nous ? Comment construisons-nous nos villes ? A quelle fréquence faisons-nous circuler les marchandises et les animaux entre les différentes parties du monde ? Quelles activités polluantes décidons-nous de réduire et lesquelles nous choisissons de garder ? On est donc très loin d’une simple équation scientifique : face à un problème comme la sixième extinction de masse, ce sont des décisions collectives potentiellement très conflictuelles que nous devons prendre. Qui arrête son activité ? Qui la poursuit ? Qui va continuer à gagner de l’argent ? Qui va devoir perdre une activité très rentable ?

    Puisque le pouvoir, en France comme dans le monde, appartient aux défenseurs du capitalisme, la décision est pour l’instant la suivante : ce qui génère du profit doit continuer à pouvoir générer plus de profit. L’#agriculture_intensive doit donc continuer et se développer. C’est pourquoi, depuis 50 ans, 70% des haies et des #bocages, refuges de biodiversité, ont disparu, et le phénomène s’accélère. Car les lobbies de l’#agriculture_industrielle ont sévi et, encore récemment, ont obtenu de pouvoir continuer leur jeu de massacre. La #pollution des sols et de l’air ? Elle continue. Le #glyphosate, cet #herbicide qui dégomme les insectes et rend les animaux malades, a été autorisé pour 10 années de plus par l’Union Européenne, pour continuer à produire davantage sur le plan agricole, une production qui sera en grande partie exportée et qui contribuera au grand jeu des profits de l’#agroalimentaire…

    Les villes et les villages peuvent continuer de s’étendre et c’est flagrant en zone rurale : puisque le marché du logement est dérégulé et qu’il est plus profitable de construire sur terrain nu que de réhabiliter de l’ancien dans les centre-bourgs, les périphéries des petites villes s’étendent tandis que les centres se meurent… L’#étalement_urbain, qui fait reculer la biodiversité, s’étend sous la pression du #marché_immobilier. Là encore, c’est un choix en faveur du capitalisme et au détriment de la biodiversité… Et inutile de parler du réchauffement climatique : la COP 28, dont la délégation française comprenait Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, s’est soldée par un “accord pitoyable”, pour reprendre les mots de Clément Sénéchal, spécialiste du climat, dans Politis. Mais François Gemenne, lui, s’en est réjoui avec enthousiasme.

    Le consensus des dirigeants du monde entier est donc le suivant : il ne faut donner aucune véritable contrainte aux marchés qui prospèrent sur la destruction des espèces vivantes sur cette planète. Et en France, puissance agricole, ce constat est encore plus flagrant.

    Alors, que nous reste-t-il ? Les #décisions_individuelles. Ce pis-aller de l’#écologie_bourgeoise qui consiste finalement à dire : “bon, on a tranché, on ne va pas toucher au train-train du capitalisme qui nous plaît tant mais par contre on va vous demander à vous, citoyens, de faire des efforts pour la planète”. Mais attention : sans trop mentionner la consommation de #viande, le seul “#petit_geste” qui a un impact très significatif parce que la consommation de viande est en moyenne la troisième source d’émission carbone des Français (avant l’avion). Les industriels de la viande veillent au grain et ne veulent surtout pas qu’on se penche là-dessus.

    Parler des animaux domestiques s’inscrit dans cette veine-là. Bien sûr que, dans l’absolu, les chats et les chiens ont un impact sur la biodiversité et sur le climat. Car tout a un #impact. Mais d’une part cet impact reste marginal et d’autre part il est non systémique. Certes, le capitalisme a trouvé un bon filon pour faire du profit sur le dos de nos amours pour ces animaux qui apportent de la joie et du bonheur chez de nombreuses personnes, il suffit d’entrer dans une animalerie pour cela : la diversité des aliments, des jouets, des accessoires, le tout dans des couleurs chatoyantes pour appâter le maître bien plus que le chien… Mais lorsque l’on parle des chats qui mangent des oiseaux, on ne parle pas du capitalisme. Pire, on en profite pour masquer l’impact bien plus significatif de certaines activités. Les chasseurs, qui dépensent de lourds moyens pour influencer le débat public et ne reculent devant aucun argument ne s’y sont pas trompés : #Willy_Schraen, le président de la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) a tenté d’orienter, en 2020, l’attention du public sur l’impact des chats, qu’il accuse, ironie du sort, de trop chasser et qu’il a appelé à piéger. Aucune solidarité dans la profession !

    4 – Sortir du discours écolo bourgeois : un mode d’emploi

    Les chats sont bel et bien des chasseurs mais il existe des solutions pour limiter leur impact sur la biodiversité : stériliser le plus souvent possible pour éviter leur prolifération, les faire sortir uniquement à certaines heures de la journée ou… jouer davantage avec eux durant la journée. Pas sûr que les mêmes solutions fonctionnent pour réduire l’impact de la FNSEA, de TotalEnergies, de Lactalis, de la CMA CGM et de tous les milliardaires français : le patrimoine de 63 d’entre eux, en France, émettent autant de gaz à effet de serre que la moitié de la population française.

    Pour amuser vos petites boules de poils, la rédaction de Frustration recommande l’arbre à chat. Pour amuser vos petits milliardaires on recommande la visite de l’épave du Titanic dans un sous-marin peu étanche

    Comment utiliser efficacement son temps d’antenne quand on est un scientifique médiatique comme #François_Gemenne ? On peut se faire mousser en se payant un petit bad buzz par la #culpabilisation des individus possédant un chat. Ou bien on peut prioriser les sujets, étant entendu que dans l’absolu, oui, toutes les activités humaines polluent et ont un impact sur la biodiversité. Comment procéder ?

    - Aller du plus systémique au moins systémique : critiquer le capitalisme (ou ses sous-catégories : marché immobilier, #agro-industrie, industrie pétrolière etc.), qui conduit les entreprises et les individus à chercher la production permanente et l’exploitation permanente dans un monde aux ressources finies, plutôt que les chats, qui se contentent de vivre et de paresser sans chercher à performer ou faire preuve de leur respect de la “valeur travail”.
    - Aller du plus impactant au moins impactant : oui, la nourriture des chiens pollue, mais l’industrie de la viande dans le monde est une bombe climatique. Mais peut-être est-il moins gênant de vexer Frolic et Royal Canin que Fleury Michon et Fabien Roussel ?
    – Aller du plus superflu au moins superflu : dans l’ordre, commencer à interdire les yachts et les vols en jet privé avant de s’en prendre à la voiture individuelle serait une bonne chose. Sans quoi, personne ne comprend la demande d’un effort à forte conséquence sur son mode de vie quand, pour d’autres, ce sont les loisirs qui seraient visés.

    Ensuite, puisqu’il faut trancher, que ces choix se fassent démocratiquement. Pour préserver la biodiversité, préfère-t-on interdire la chasse ou limiter le nombre de chats par personne ? Veut-on sortir du modèle agricole productiviste orienté vers la production de viande ou interdire les chiens ? Et si on rappelait au passage que les #animaux_de_compagnie sont parfois la seule famille des personnes seules et fragilisées, notamment parmi les personnes pauvres, et qu’ils fournissent des services à la population, non quantifiable sur le plan financier ?

    Bref, préférez-vous en finir avec les chatons ou avec la bourgeoisie ? De notre côté, la réponse est toute trouvée.

    ►https://www.frustrationmagazine.fr/chats-ecologie

    #chats #chat #écologie #animaux_domestiques #industrie_agro-alimentaire #priorité #à_lire

  • Les #Agences_de_l’eau en mode essorage

    Indépendantes de l’État, ces structures décisives dans la gestion de la ressource sont pourtant l’objet de multiples #pressions pour financer le #lobby agricole.

    Depuis quelques jours, les grands acteurs des guerres de l’eau en France jouent aux chaises musicales. On a ainsi vu mercredi dernier, le 6 décembre, #Arnaud_Rousseau, le président de la #FNSEA (#Fédération_nationale_des_syndicats_d’exploitants_agricoles), annoncer lui-même depuis le perron de Matignon que le gouvernement renonçait d’une part à taxer les agriculteurs qui polluent les sols et les eaux en utilisant des #pesticides et d’autre part à augmenter la #redevance de ceux qui irriguent tant et plus. La Première ministre, Élisabeth Borne, s’est contentée d’observer sagement la scène. Ce mardi, à Rennes, d’autres agriculteurs ont exprimé leur colère. Ils ont manifesté et même occupé des bâtiments de l’État pour demander, entre autres, l’arrêt du glyphosate et la taxation des pesticides. Évidemment, ils étaient pour la plupart affiliés à la Confédération paysanne. Ils revendiquaient surtout le paiement de plusieurs dizaines de millions d’euros de subventions qui leur ont été promis et qui doivent financer des mesures agro-écologiques dans leurs fermes. Le grand perdant de ce jeu de chaises musicales, où chacun semble prendre une place inattendue ? Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, qui n’a visiblement aucune assise. Il laisse la parole à la FNSEA, et il laisse – vous le verrez, c’est un document que se sont procuré Les Jours – son homologue chargé de l’Agriculture, Marc Fesneau, lui remonter les bretelles sur un dossier qui concerne pourtant de très près l’environnement et des établissements publics dont il a la charge, les Agences de l’eau.

    Pour comprendre cette situation, il faut vous présenter un peu plus ces mastodontes aussi importants que méconnus. La France compte six Agences de l’eau, dont les territoires sont délimités en fonction de l’écoulement des eaux : chacune règne sur un grand bassin hydrographique. Les personnes qui connaissent bien ces assemblées – et elles sont plutôt rares – en sont fières et les surnomment les « parlements de l’eau ». Car, en théorie, ces agences dotées d’un budget conséquent – plus de 12 milliards d’euros sur la période 2019-2024 – sont indépendantes de l’État et gérées par des collèges représentants tous les utilisateurs de la ressource : consommateurs, collectivités, industriels, agriculteurs, pêcheurs… Chacun de ces acteurs finance le budget des Agences via des taxes appelées « redevances » et, ensemble, ils doivent parvenir à concilier trois objectifs de plus en plus difficiles à atteindre : que chacun dispose de suffisamment d’eau, que les cours d’eau et les êtres qui y vivent soient en bonne santé, mais aussi que l’eau soit suffisamment peu polluée pour pouvoir être bue par tous.

    Depuis au moins une décennie, ces belles intentions sont largement mises à mal. En 2015, un rapport de la Cour des comptes dénonçait déjà le noyautage des Agences de l’eau par ceux qui la polluent – les industriels, notamment –, ainsi que par ceux qui en usent tant qu’ils en sont les plus grands consommateurs du pays : les agriculteurs… qui parfois polluent aussi. Le rapport pointait notamment le poids de plus en plus important pris par la FNSEA dans les décisions concernant la ressource. La situation ne s’est pas améliorée depuis. Un autre rapport de la même Cour des comptes, publié en juillet dernier et consacré à la gestion de l’eau face au changement climatique, regrettait, lui, que les redevances soient réparties de façon extrêmement inégale. Les consommateurs paient plus de 70 % des taxes via leur facture d’eau, quand les agriculteurs irrigants ne payent que 6 % de ces redevances et les agriculteurs consommateurs de pesticides à peine 4 %. Une situation d’autant plus injuste que l’impact de l’agriculture sur le coût de l’eau est de plus en plus grand : peu à peu, on se rend compte que l’eau potable est ainsi très largement contaminée par les résidus de pesticides, et que la dépollution va coûter une fortune aux collectivités.

    En prime, beaucoup d’agents et responsables des Agences de l’eau ont l’impression qu’on tape dans leurs caisses. Car depuis les années 2010, l’État a régulièrement décidé de ponctionner leur budget pour financer des mesures censées être favorables à l’environnement. Avec des conséquences lourdes sur les moyens de ces établissement mais aussi sur la taille des couleuvres à avaler : en 2018 a par exemple été instaurée une « contribution financière des Agences de l’eau à l’Agence française pour la biodiversité et à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage » d’un montant de 20 millions d’euros. Une somme qui permettait de compenser la perte de budget de ce dernier Office due à la promesse présidentielle – celle-là même qui avait poussé Nicolas Hulot à la démission – de diviser par deux le prix des permis de chasse. C’est ainsi que l’argent des parlements de l’eau a depuis été utilisé pour faciliter la pratique du fusil en milieu rural.

    En avril dernier, le même Emmanuel Macron a annoncé du côté du lac de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes, son « plan eau », censé porter des objectifs de sobriété. Cette feuille de route, que Les Jours décrivaient comme très favorable aux agriculteurs (lire l’épisode 2, « Tu cherches un plan eau près de chez toi ? »), devait en partie être financée via les deux taxes auxquelles le gouvernement vient donc de renoncer. Une annulation vécue comme une injustice de trop pour le président du comité de bassin de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, Thierry Burlot (pourtant ex-candidat macroniste aux régionales). Il se dit « abasourdi » : « On a construit ce plan eau pendant des mois. On s’était mis d’accord sur le financement, de façon collective. On a imaginé une taxe sur les pesticides qui, au regard du coût de la pollution, est franchement minime. Et on découvre que la FNSEA est allée négocier seule à Paris, dans le dos de tout le monde. On découvre qu’ils ne veulent même pas payer pour financer un plan dont ils sont de très loin les plus grands bénéficiaires. C’est trop, cette décision va générer beaucoup de tension. »

    À Rennes, l’élu PS et vice-président d’Eau du bassin rennais Ludovic Brossard tance : « On n’est même plus face à du renoncement, on est face à un choix idéologique du gouvernement de soutenir le fonctionnement actuel de l’économie agricole plutôt que de donner une réponse aux enjeux environnementaux. » Du côté des agents de ces Agences, la déception est tout aussi grande. Élue au Syndicat national de l’environnement (SNE-FSU), Delphine Jacono déplore qu’« une fois de plus, on constate un arbitrage au profit des intérêts agricoles et au détriment de l’intérêt général. Ces taxes sont prévues pour abonder des budgets, mais doivent aussi faire changer les pratiques. Y renoncer est dommageable pour tout le monde ».

    Et ce n’est pas le seul dossier financier chaud qui divise les Agences de l’eau et le monde agricole. Les agents rennais de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt l’ont découvert ce mardi en voyant débarquer une centaine d’agriculteurs en colère. L’objet de leur courroux est né de plusieurs échanges épistolaires entre membres de la majorité. Fin octobre, une flopée de parlementaires bretons écrivent au ministre l’Économie Bruno Le Maire et à Marc Fesneau. Ils alertent : des agriculteurs de la région se sont engagés à prendre dans leurs exploitations des « mesures agro-environnementales et climatiques » (Maec) en échange de subventions, et ils attendent leur dû. Victimes de leur succès, ces aides ont explosé les plafonds prévus. Près de 3 000 agriculteurs bretons attendraient aujourd’hui un montant global de 53 millions d’euros. Qui peut les payer ?

    Dans un courrier que « Les Jours » se sont procuré, Marc Fesneau exige de Christophe Béchu que les Agences de l’eau sortent le chéquier. Encore

    Cette missive a été bien reçue et entendue par Marc Fesneau. Selon un document que Les Jours se sont procuré, ce dernier a renvoyé quelques jours plus tard la patate chaude à Christophe Béchu. Son courrier évalue les besoins de financements à 143 millions d’euros à l’échelle nationale et se termine ainsi : « Cette insuffisance de financement provient des Agences de l’eau qui sont sous votre tutelle. » En clair, Marc Fesneau veut encore que lesdites agences sortent le chéquier. Il l’a fait savoir directement à leurs dirigeants, précise Thierry Burlot : « Marc Fesneau a invité les présidents de comité de bassin il y a un mois pour nous le dire. On n’était pas au courant de cet arbitrage, on ne savait pas que c’était à nous de le payer. Je vais être tout à fait clair sur ma position : je suis favorable au financement des Maec. Mais je ne peux pas les payer. On ne peut payer que si on a de l’argent dans la caisse. »

    Sur le terrain, on avance enfin un autre argument, de poids : il faudrait veiller à ne pas subventionner tout et n’importe quoi sous la pression du ministère de l’Agriculture. Un anonyme contrôleur de la Politique agricole commune (PAC), qui a évalué de très nombreux dossiers de Maec, détaille : « Les Maec sont censées inciter à un changement de pratiques et compenser une perte de rendement. Une partie sont très intéressantes, mais dans une majorité de dossiers, on finance des pratiques déjà existantes ou pas forcément pertinentes. » Delphine Jacono, du SNE-FSU, confirme qu’« il y a Maec et Maec, avec des ambitions environnementales très variables ». Elle alerte donc sur le fait que « faire du saupoudrage indifférencié serait une nouvelle atteinte aux objectifs environnementaux et climatiques ».

    Thierry Burlot, qui craint que l’affaire ne décourage les agriculteurs partisans d’un changement de modèle, se veut, lui, beaucoup plus conciliant avec les Maec. Quant à Ludovic Brossard, qui est allé à la rencontre des agriculteurs en colère ce mardi, il assure que la grande majorité de ces exploitants s’engagent dans des mesures vraiment intéressantes pour l’environnement. « Ces agriculteurs se disent qu’il leur manque des millions d’euros et que quelques jours plus tôt la FNSEA a été écoutée en déversant du lisier sur les préfectures. Forcément, ils se disent que les choses marchent comme ça. » Mais n’est pas la FNSEA qui veut : ce mardi soir, les agriculteurs de la Confédération paysanne ont été évacués avec force par la police.

    ►https://lesjours.fr/obsessions/eau-guerres/ep9-agences-eau-fnsea
    #eau #France #lobbying #agriculture #industrie_agro-alimentaire #indépendance #irrigation #pollution #taxe #glyphosate #Confédération_paysanne #subventions #agro-écologie #Marc_Fesneau #Christophe_Béchu #cour_des_comptes #eau_potable #prix #coût #contamination #dépollution #plan_eau #économie_agricole #mesures_agro-environnementales_et_climatiques (#Maec)

  • « Pour la première fois, toute l’Union européenne a enclenché la marche arrière sur l’environnement »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/11/26/pour-la-premiere-fois-toute-l-union-europeenne-a-enclenche-la-marche-arriere

    La plupart des textes-clés du Pacte vert européen, annoncé par Bruxelles en 2019, ont été reportés, rejetés ou vidés de leur substance. Longtemps garantes du verdissement des Etats membres, les institutions communautaires opèrent un recul général sur la question environnementale, estime Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

    Le torpillage du projet sur la restauration de la nature, le report sine die de la réforme de la réglementation sur les produits chimiques, la réautorisation pour une décennie du glyphosate, le vote d’un règlement sur les emballages perclus d’exemptions et, enfin, le rejet du règlement SUR sont d’autant plus signifiants qu’ils surviennent au terme d’une législature dont le Green Deal (le Pacte vert) devait être le pilier, comme l’avait promis en 2019 la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
    Bataille d’amendements

    Les planètes se sont alignées suivant un autre axe : au sein de la Commission, les directions générales les plus hostiles à l’environnement ont pris la main, la majorité des Etats-membres ont freiné des quatre fers et le Parlement s’est laissé dominer par les droites extrêmes. Pour la première fois, toute l’Union européenne – institutions et Etats membres – a enclenché la marche arrière sur l’environnement.

    Est-ce vraiment la fin d’un cycle ? Les plus optimistes assurent que ce n’est que partie remise et que les textes-clés du Green Deal seront sans doute adoptés au cours de la prochaine législature. C’est en réalité bien peu probable. Le revirement de l’Union européenne sur les questions de santé et d’environnement n’est autre que l’un des stigmates de la droitisation des opinions sur le Vieux Continent, aiguillonnées par des droites populistes qui ont fait de la lutte contre les politiques environnementales l’un des pivots de leurs discours.
    Lire aussi le décryptage : Article réservé à nos abonnés L’écologie, ce nouveau clivage politique que le Rassemblement national compte exploiter

    Bien plus qu’une simple évolution des choix politiques, il y a sans doute là quelque chose qui relève d’une révolution anthropologique, la victoire d’un individualisme radical qui va de pair avec une lente altération de ce que George Orwell appelait notre « décence commune » (common decency).

    #Europe #Ecologie #Crise_morale

    • Le patient détricotage, puis le rejet surprise par le Parlement de Strasbourg du règlement européen sur les #pesticides (SUR) marquent probablement la fin d’une époque, la conclusion de ce qui a constitué, au cours des trois dernières décennies, une sorte d’évidence. Tout au long de cette période qui prend fin, l’Union européenne a généralement été garante d’une amélioration à peu près constante de la préservation de l’#environnement et de la #santé, à travers la construction de normes communautaires et l’introduction dans les droits nationaux de nombreux instruments de protection de la nature et de la santé publique.
      Les esprits chagrins peuvent estimer que certains dossiers restent encalminés, que ce mouvement a été lent, pusillanime et parfois chaotique, qu’il a été contradictoire avec d’autres politiques mises en œuvre par l’Union (que l’on songe à la politique agricole commune ou aux accords de libre-échange) : il n’en reste pas moins que le cap a jusqu’ici été globalement fixé par l’état de la connaissance scientifique et la recherche de l’intérêt général. Il est aussi remarquable de constater qu’en dépit des luttes internes à la technocratie bruxelloise, de la volonté souvent vacillante des Etats et de la couleur politique changeante du Parlement, l’objectif de protection de l’environnement a toujours plus ou moins prévalu.

      Ce temps est révolu.

      ▻https://archive.is/l3e99#

      #droitisation #nature #pesticides #agriculture #industrie #produits_chimiques #glyphosate #emballages .

  • 🟥 NON au GLYPHOSATE !

    🟥 ⚠️ Glyphosate : des ONG annoncent saisir la justice de l’Union européenne contre la reconduction de l’autorisation de l’herbicide pour dix ans...

    La mesure ne passe pas. Des ONG environnementales ont annoncé, mardi 21 novembre, leur intention de saisir la justice européenne pour contester la décision de Bruxelles de reconduire pour dix ans l’autorisation du glyphosate dans l’Union européenne.
    La Commission européenne a annoncé la semaine dernière qu’elle allait renouveler l’autorisation de l’herbicide controversé, après un vote où les Etats membres ne sont pas parvenus à dégager une majorité. Bruxelles devrait adopter formellement sa décision au cours des deux prochaines semaines, avant l’expiration le 15 décembre de l’autorisation actuelle (...)

    #écologie #environnement #pesticides #glyphosate #santé #stopglyphosate

    ▻https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate/glyphosate-des-ong-annoncent-saisir-la-justice-de-l-union-europeenne-co

    ▻https://www.generations-futures.fr/actualites/glyphosate-recours