• Et si, #Grenoble se réconciliait (enfin) avec l’#eau ?

    Dans cet épisode, habitant-es, associations, professionnel-les interrogent notre rapport à l’eau et imaginent comment Grenoble pourrait renouer avec ses cours d’eau à horizon 2040. À travers les expériences de baignade urbaine dans l’Isère et le Drac, les #initiatives_citoyennes ou encore les réflexions autour de l’urbanisme et de l’#aménagement, les intervenant-es questionnent la place que nous accordons aujourd’hui à l’eau dans la ville.

    Comment transformer des rivières longtemps perçues comme dangereuses ou repoussantes en espaces de fraîcheur, de #santé et de #lien_social ?
    Cet épisode explore aussi les grands enjeux climatiques, sociaux et politiques liés au partage de l’eau : adaptation aux canicules, gestion des crues, accès gratuit à la fraîcheur, justice sociale ou reconnexion au vivant.

    Au fil des témoignages, une conviction émerge : renouer avec l’eau, c’est aussi transformer nos imaginaires et notre manière d’habiter la ville.

    Entre culture du risque, gouvernance collective et désir de réappropriation des rivières, cet épisode esquisse le futur d’une ville où l’eau redevient un bien commun, vivant et accessible à toutes et tous.

    https://podcast.ausha.co/ville-de-grenoble/et-si-grenoble-se-reconciliait-enfin-avec-l-eau
    #baignade_urbaine #réconciliation #rivière #gouvernance_de_l'eau #baignade_citoyenne #collectif_des_gens_qui_ont_chaud #les_gens_qui_ont_chaud #Drac #Isère #chaleur #fraîcheur #canicule #villes #urbanisme #urban_matter #qualité_de_l'eau #podcast #audio

  • In nome del business: la metamorfosi della violenza da parte della criminalità organizzata
    https://irpimedia.irpi.eu/mafieglocal-metamorfosi-violenza-criminalita-organizzata

    Oggi in Italia la violenza mafiosa è silenziosa: viene utilizzata come strumento per regolare il commercio al dettaglio e le faide interne ai clan. In Europa, invece, cresce e si sposta anche verso i centri più piccoli L’articolo In nome del business: la metamorfosi della violenza da parte della criminalità organizzata proviene da IrpiMedia.

    #Mafie_e_Criminalità #'Ndrangheta #Calabria #Camorra #Campania #Cosa_Nostra #Mafieglocal #Puglia #Sicilia

    • Governance and trade: Mafias’ multifunctional violence in Italian drug markets

      Systemic violence is a structural feature of drug economies and a key spillover of prohibitionist drug policies. Despite its centrality, the concept is often applied in ways that obscure its distinct purposes, market levels, and organizational contexts. To address this gap, the study examines violence at the intersection of mafia activity and drug markets, focusing on its distribution across market levels (retail, national wholesale, transnational), organizational functions (governance and trade), and rivalry configurations (inter-, intra-, and extra-clan). It draws on a press-based dataset of mafia-related homicides in Italy (2014–2024) to code and analyze these dynamics. Results show that more than half of all mafia homicides are drug-related, mainly tied to governance activities and concentrated at the retail level of the market. This pattern marks a qualitative shift in mafia violence: increasingly selective, embedded in market dynamics, confined to criminal circuits. Statistical analyses reveal significant associations between activity type, market level, and rivalry configuration, indicating that coercion concentrates where regulatory control and market participation intersect. This pattern underscores the multifunctional nature of Italian mafias, which govern markets from within while actively engaging in trade. By grounding this overlap empirically, the study advances theoretical debates on organized crime’s role in shaping illicit economies. It also offers a replicable framework for analyzing drug-related violence in the absence of official statistics.

      https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0955395926000356

  • Une année de procès à l’UPEC : chronique contentieuse d’un service public dégradé
    https://academia.hypotheses.org/64109

    Dans le cadre des élections aux conseils centraux de l’Université Paris-Est Créteil (16 et 17 juin 2026), les listes “Union des personnels pour l’UPEC” — des listes intercatégorielles et soutenues par l’intersyndicale CFDT, CGT, FSU (SNESUP et SNASUB) et SUD … Continuer la lecture →

    #Démocratie_universitaire #État_de_droit #Gouvernance_de_l'ESR #Serivces_publics #UPEC

  • Recul des écolos aux élections municipales : une analyse de leur échec dans certaines grandes villes et de leur faiblesse en général :
    https://www.ouest-france.fr/elections/municipales/pourquoi-les-ecologistes-sont-ils-les-perdants-des-elections-municipale
    pour laquelle l’analyste invité évoque

    - une mauvaise gestion des communes que les Verts avaient gagnées il y a six ans ;
    – un problème de gouvernance, les Écologistes peuvent être de bons adjoints, mais pas forcément de bons maires ;
    – et un déclin de l’écologie dans les préoccupations des Français

    Pour les équipes ayant gagné une mairie, ça semble matière à creuser afin de leçons tirer.
    #municipales #elections #ecolo #verts #mairie #gouvernance

  • Chardet 7.0 : X48 En Perf, Licence MIT Contestée
    https://pausehardware.com/chardet-7-perfs-ia-licence-mit

    Le #mainteneur de #chardet a publié la version 7.0 d’un des détecteurs d’#encodage les plus utilisés de l’#écosystème #Python, après une #réécriture complète en cinq jours appuyée par l’outil #Claude Code. Ars Technica rapporte un gain de performances maximal de 48 fois par rapport à la 6.0, mais l’onde de choc ne vient pas que du #bench : le changement de #licence, de la #LGPL vers la #MIT, a déclenché une #contestation frontale de l’#auteur initial.

    (...)

    La #Free_Software_Foundation, par la voix de Zoë Kooyman, estime qu’un modèle ayant ingéré le code original ne peut prétendre à une salle blanche. Bruce Perens alerte sur une #rupture #économique pour l’#industrie logicielle, d’une ampleur qu’il compare à l’imprimerie. En filigrane, c’est la #soutenabilité des projets historiques et la #gouvernance des licences qui sont questionnées.

    Si les gains réels de #performance se confirment en #production, chardet 7.0 deviendra un cas d’école autant technique que légal. Entre optimisation spectaculaire, ambition d’atterrir dans la #stdlib et bascule vers MIT, le projet cristallise une tension irréconciliée pour l’instant : utiliser l’#IA comme accélérateur sans brouiller la chaîne de droits, dans un cadre où ni les outils ni la #jurisprudence ne sont stabilisés.

  • Résolument antifascistes, hier comme aujourd’hui. Appel à manifester le mardi 3 mars 2026
    https://academia.hypotheses.org/63877

     Communiqué des syndicats CGT des universités lyonnaires, 25 février 2026 Le moment politique que nous vivons depuis le décès du militant néo-nazi Quentin Deranque nous sidère. Samedi 21 février, un défilé s’est tenu à Lyon avec toutes les nuances … Continuer la lecture →

    #Démocratie_universitaire #Expression_syndicale #Gouvernance_de_l'ESR #Libertés_académiques_:_pour_une_université_émancipatrice #Opinions,_motions,_propositions,_expression_syndicale #antifascisme #ENS_de_Lyon #Science_Po_Lyon #Université_Lyon_1 #Université_Lyon-2 #Université_Lyon-3 #violences_fascistes

  • #Los_Angeles contre l’#ICE. La bataille pour la #souveraineté_urbaine à Los Angeles

    À Los Angeles, la résistance des habitants et des pouvoirs publics à la politique anti-migrants manifeste l’ampleur du #militantisme_populaire. On voit s’engager là une lutte majeure pour la #souveraineté_territoriale.

    La crise de la souveraineté

    Au cours de l’été 2025, Los Angeles a été le théâtre d’une bataille exceptionnelle : une grande ville américaine a ouvertement contesté la légitimité du gouvernement fédéral à exercer une souveraineté unilatérale sur son territoire. Lorsque l’administration Trump a déployé 4 700 soldats de la Garde nationale et marines pour faire respecter la loi sur l’immigration par des expulsions massives, marquant le premier déploiement de ce type sans le consentement du gouverneur (préfet) depuis les années 1960, la ville n’a pas capitulé. Au contraire, une coalition composée de militants locaux, de syndicats, d’élus et d’organisations de la société civile a organisé une résistance territoriale soutenue, clamant que l’autorité fédérale n’avait aucun droit légitime sur leurs quartiers.

    Du 6 juin à la mi-juillet 2025, plus de 40 manifestations ont éclaté dans 15 zones distinctes du comté. Un seul rassemblement au Grand Park a attiré 30 000 participants. Les comités de #défense_communautaire se sont multipliés, six d’entre eux ayant été créés dans la seule banlieue tranquille de Pasadena.

    Alors que les autorités fédérales ont arrêté 2 792 immigrants pendant cette période, les manifestants ont riposté : plus de 850 militants ont été arrêtés pour avoir entravé les opérations de l’agence fédérale, Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le 10 juillet, l’une des organisations les plus puissantes politiquement de la ville, la Fédération du travail du comté de Los Angeles, a organisé la première formation à grande échelle sur la résistance non violente. L’événement a attiré des dirigeants politiques et civiques, dont le maire, ainsi que 1 500 participants issus de syndicats et d’organisations communautaires de tout le comté.

    Il ne s’agissait pas simplement d’une manifestation ponctuelle. C’était une bataille pour déterminer qui détient l’#autorité_légitime pour décider qui a le « droit d’avoir des droits » pour résider sur le territoire urbain. En tant que telle, elle représentait un défi direct à la revendication du gouvernement fédéral de souveraineté sur tout l’espace situé dans les limites juridictionnelles du pays.

    Les militants immigrés locaux ont mené la résistance. Soutenus par une large coalition, ils ont développé des stratégies spatiales inédites qui ont transformé les quartiers immigrés vulnérables en zones défendues où les forces fédérales ne pouvaient opérer sans être détectées et sans rencontrer une résistance organisée.

    Refuser la #légitimité_fédérale : l’économie morale de l’#appartenance

    La résistance reposait sur un rejet fondamental du droit du pouvoir fédéral à déterminer arbitrairement les conditions d’appartenance territoriale à la nation. Los Angeles County compte 4,8 millions d’habitants Latinos concentrés dans des quartiers densément peuplés et interconnectés à l’est, au sud-est et au sud de la région. Des habitants ont spontanément affronté les agents fédéraux, exigeant la libération des amis, voisins et étrangers sur la base d’une « économie morale » d’#appartenance_locale.

    Le célèbre historien britannique Edward Palmer Thompson a montré comment qu’au XVIIIe siècle, les foules anglaises ont fait respecter les normes traditionnelles régissant les marchés céréaliers aux marchands qui violaient les attentes communautaires en matière de prix équitables et d’obligations locales (1971).

    Les communautés d’immigrants de Los Angeles ont de la même manière imposé leur propre économie morale d’appartenance aux autorités fédérales qui violaient les attentes communautaires quant à l’appartenance légitime à leurs quartiers. Et c’est cette conception locale de l’appartenance, qui contrastait fortement avec celle de l’administration Trump, qui a déterminé les croyances concernant le droit de résidence et ce qui constituait la légitimité des interventions gouvernementales en matière d’immigration (De Genova 2002 ; Varsanyi 2008).

    Lorsque les agents de l’ICE sont arrivés pour mener leurs raids, ils ont été confrontés à des communautés qui refusaient de reconnaître leur autorité. Ces communautés revendiquaient la présence légitime des immigrants #sans-papiers non pas sur la base du #statut_juridique ou de l’#assimilation_culturelle, mais en affirmant un cadre alternatif de #droits fondé sur la #résidence de longue durée, la #contribution_économique et les #liens_sociaux.

    Le refus de la légitimité fédérale n’était pas exprimé comme une doctrine abstraite par des intellectuels militants. Il était plutôt exercé par les habitants issus de la classe ouvrière à travers une résistance politique. Cela s’est traduit par le blocage des véhicules de l’ICE, l’encerclement des agents procédant à des arrestations, le refus de fournir des informations et la création d’espaces territoriaux où l’application de la loi fédérale devenait pratiquement impossible. La question n’était pas de savoir si la loi fédérale s’appliquait, car techniquement c’était le cas, mais si les communautés accorderaient au gouvernement fédéral la capacité pratique d’exercer cette loi sur leur territoire. Par de telles actions, elles niaient en fait le « monopole de l’usage légitime de la force physique » de l’État sur son territoire, les communautés contestant cette légitimité et créant des conditions et des espaces d’autorité alternatifs (Weber 1946).

    La structure spatiale du Los Angeles latino a créé les conditions qui ont permis une telle contestation. Ces quartiers existaient bien au-delà des mondes moraux et culturels de la classe moyenne « normale » de la région métropolitaine. Des identités territorialisées se sont forgées au fil de décennies de lutte contre la rénovation urbaine, les violences policières et le déplacement économique (Pulido 2006). Les habitants partagent des cadres leur permettant d’identifier les menaces, de désigner leurs ennemis et d’interpréter la résistance comme nécessaire et légitime. Si les raids fédéraux étaient justifiés par la loi, un code moral avait été forgé qui entrait en conflit direct avec leur légitimité.

    La confrontation qui s’est déroulée au parc MacArthur le 7 juillet 2025 illustre bien le conflit qui oppose les deux camps au sujet de la souveraineté. Le parc lui-même revêt une importance symbolique : il est situé au cœur de l’un des quartiers les plus dynamiques de la ville en termes d’immigration, et la plupart des organisations de défense des droits des immigrants, des syndicats locaux importants, la Fédération syndicale du comté et le Centre syndical de l’UCLA se trouvent à moins d’un kilomètre (Milkman 2006 ; Nicholls 2003). La bataille s’est concentrée sur un terrain qui regroupait à la fois l’infrastructure institutionnelle du Los Angeles progressiste et les communautés ouvrières qu’il prétendait représenter.

    Lorsque les soldats de la Garde nationale ont envahi le parc en tenue de combat, la maire Karen Bass est arrivée pour les affronter directement : « Ils doivent partir, et ils doivent partir immédiatement. Ils doivent partir parce que c’est inacceptable ! » La réponse du chef de la police des frontières a clairement montré à tous l’enjeu du conflit : « Je ne travaille pas pour Karen Bass. Vous feriez mieux de vous habituer à nous dès maintenant, car cela deviendra très bientôt la norme. Nous irons où nous voulons, quand nous voulons, à Los Angeles. »

    La question de la souveraineté a été présentée en termes clairs et sans équivoque. Le gouvernement fédéral a revendiqué une autorité illimitée pour opérer n’importe où dans la ville. Les dirigeants politiques de la ville, soutenus par la mobilisation populaire, ont rejeté cette revendication.

    Le pouvoir populaire : de bas en haut

    La résistance est venue d’en bas. Si les élus ont fini par se joindre au combat, la réponse initiale est venue spontanément des quartiers ouvriers immigrés. Le 6 juin, lorsque l’ICE a mené des raids contre Ambiance Apparel dans le quartier de la mode et plusieurs magasins Home Depot, ce sont les travailleurs ordinaires et leurs familles qui ont été les premiers à organiser la défense. Pas les responsables syndicaux, pas les politiciens : les gens eux-mêmes, confrontés à des menaces immédiates pour leurs familles et leurs communautés.

    Quelques heures après les premiers raids, des militants ont créé des réseaux de diffusion WhatsApp reliant les guetteurs sur les lieux de travail. Des foules comptant de dizaines à des centaines de personnes se sont rassemblées sur les sites visés, bloquant physiquement les véhicules de l’ICE pour empêcher les agents de partir avec les membres de la communauté détenus. Il s’agissait d’un véritable activisme populaire : spontané, mené par la communauté, organisé grâce à des réseaux informels et au bouche-à-oreille. Ceux qui possédaient le moins de droits officiels, les immigrants sans papiers menacés d’expulsion, sont devenus l’avant-garde de la résistance.

    La base populaire disposait d’avantages structurels dont ne bénéficiaient pas les acteurs disposant de ressources plus importantes. Des réseaux sociaux denses, comprenant des liens familiaux multigénérationnels, des relations professionnelles, des affiliations religieuses et des associations culturelles, ont créé des réseaux de solidarité qui se recoupaient (Portes et Sensenbrenner 1993 ; Menjivar 2000).

    Ces réseaux populaires ont fourni la base matérielle nécessaire à la mise en place de stratégies territoriales sophistiquées. Les journaliers travaillant dans les magasins Home Depot ont créé des tableaux de service rotatifs à l’aide de Google Docs. Des groupes Signal et Telegram ont coordonné des équipes d’intervention rapide capables de mobiliser des centaines de personnes en quelques minutes. Les militants ont mis au point des techniques de contre-surveillance pour suivre les mouvements des troupes. Rien de tout cela n’a nécessité d’organisation formelle ; cela est né de l’infrastructure relationnelle dense des communautés d’immigrants de la classe ouvrière. La technologie a amplifié l’efficacité des liens sociaux existants plutôt que de créer de nouvelles capacités, ce qui distingue cette mobilisation des mouvements purement axés sur les médias sociaux (Tufekci 2017 ; Gerbaudo 2012).

    Les manifestations contre les expulsions ont émergé directement des quartiers ouvriers à forte population latino-américaine. Il ne s’agissait pas d’activistes professionnels, mais de journaliers, de défenseurs communautaires et de leaders de quartier opérant à travers des réseaux interpersonnels localisés.

    Les participants provenant principalement de familles et amis confrontés à des menaces d’expulsion immédiates. Par exemple, dans des quartiers comme le sud-est de Los Angeles (Paramount, Compton, Bell) et l’est (Boyle Heights, East Los Angeles), les réseaux communautaires relayés par les réseaux sociaux ont alimenté des mobilisations spontanées : groupes de jeunes connectés via les écoles et réseaux multigénérationnels ancrés dans les églises. L’est de Los Angeles, avec sa longue tradition d’opposition (mouvement chicano, manifestations contre la proposition 187, campagne « Defend Boyle Heights »), a organisé des rassemblements à Mariachi Plaza, évoquant les luttes passées.

    Le caractère populaire de la résistance a assuré sa pérennité. Il ne s’agissait pas d’une solidarité lointaine, mais d’une mobilisation pour la survie de populations directement menacées. Les communautés latino-américaines de la classe ouvrière de Los Angeles étaient confrontées à des enjeux existentiels. Ne pas résister signifiait la séparation familiale, la ruine économique et la destruction du quartier (Dreby 2015 ; Golash-Boza 2015). Le retrait signifiait abandonner voisins et parents à la détention. Ces enjeux matériels et moraux importants ont soutenu la participation pendant des mois de répression militaire.

    Le problème du désengagement des militants dans l’espoir que d’autres resteront engagés pose souvent un défi à l’action collective. Cependant, cette question est devenue moins importante lorsque les conséquences de l’inaction étaient immédiates et concrètes (Olson 1965). La nature arbitraire de l’application de la loi a fait de la défense de la communauté l’intérêt premier de chaque résident, éliminant ainsi les incitations à tirer au flanc ou à s’exiler. Lorsque les cousins, collègues et voisins participaient, la non-participation devenait socialement coûteuse. Les réseaux locaux ont créé une responsabilité où le fait de ne pas participer constituait une trahison de la loyauté envers le quartier. Comme l’a écrit Gould à propos de la Commune de Paris de 1871, « le fait de ne pas participer à l’effort insurrectionnel était considéré comme une trahison de la loyauté envers le quartier et était sanctionné en conséquence » (Gould 1995 : 15).

    Plutôt que de défiler dans les centres du pouvoir ou d’occuper des espaces symboliques, les militants ont transformé les quartiers résidentiels en territoires défendus, en zones de souveraineté communautaire où les forces fédérales se heurtaient à une obstruction systématique. Ils possédaient ce que Gramsci appelait le « bon sens », ancré dans le sens commun de la communauté, et construisaient des conceptions anti-hégémoniques de la citoyenneté, de la légalité et de la souveraineté territoriale (Gramsci, 1971). Les identités oppositionnelles préétablies, forgées au cours de décennies de lutte, leur ont fourni les ressources idéologiques nécessaires pour résister aux incursions de l’État. Ils savaient comment activer l’infrastructure relationnelle en mobilisant des réseaux qui se recoupaient : liens de parenté, solidarité sur le lieu de travail, congrégations religieuses et associations culturelles.

    La coalition : 3syndicalisme, politique et #société_civile unis

    Ce qui distinguait la résistance de Los Angeles des manifestations habituelles en faveur des droits des immigrants, c’était l’ampleur et la profondeur du soutien apporté par la coalition. Le militantisme populaire issu de la base s’est allié au pouvoir institutionnel venu d’en haut, créant ainsi une alliance redoutable que les forces fédérales ne pouvaient pas facilement vaincre. Cette structure hybride, combinant des organisations de défense hiérarchiques et des réseaux de quartier horizontaux, a permis de surmonter les limites des modèles purement verticaux ou horizontaux.

    Le mouvement syndical a constitué l’épine dorsale de la coalition. La Fédération syndicale du comté de Los Angeles, qui représente plus de 800 000 travailleurs, a fait de la résistance à l’ICE une priorité absolue. Les syndicats de Los Angeles ont subi des réformes dans les années 1990, donnant la priorité à l’organisation des immigrants et adoptant des tactiques de mouvement social, créant ainsi un alignement durable entre les défenseurs des droits des travailleurs et ceux des immigrants. Le Service Employees International Union (SEIU), l’un des plus grands syndicats représentant les travailleurs des services à faible revenu du pays, dont l’un de ses principaux dirigeants a été arrêté pendant les manifestations, a réorienté sa capacité organisationnelle vers la défense des immigrants. La manifestation « No Kings » prévue initialement, qui devait rassembler des milliers de personnes pour s’opposer à l’administration Trump, s’est transformée en un rassemblement de 30 000 personnes en faveur de l’immigration.

    L’organisateur Kent Wong, ancien directeur du Centre du travail de l’UCLA et leader progressiste estimé, a déclaré que la ville et les communautés immigrées étaient assiégées, promettant de transformer les formations à la résistance parrainées par les syndicats en moyens d’affecter des bénévoles aux comités de défense communautaire et aux équipes d’intervention rapide. Les syndicats ont fourni ce que les réseaux locaux ne pouvaient pas offrir : du personnel professionnel, une expertise juridique, des relations avec les médias, des financements et une coordination multi-juridictionnelle.

    Des organisations professionnelles de défense des droits, notamment la Coalition for Humane Immigrant Rights of Los Angeles (CHIRLA), le National Day Laborer Organizing Network (NDLON) et l’American Civil Liberties Union (ACLU), se sont associées à des comités de défense auto-organisés dans le cadre d’accords de collaboration adaptés aux capacités de chaque partenaire. Les comités de défense ont fourni des réseaux sociaux territoriaux et une légitimité communautaire ; les organisations de défense ont fourni des ressources matérielles, juridiques et politiques. Cette structure hybride a préservé l’autonomie des organisations locales tout en renforçant leur capacité institutionnelle. Le NDLON a créé des comités dans le nord-est et le sud-est de Los Angeles, créant ainsi six points de défense dans les quartiers immigrés de Pasadena qui ont permis d’alerter rapidement des milliers de personnes et de faire pression sur les entreprises pour qu’elles refusent l’entrée à l’ICE sans mandat judiciaire.

    La coalition s’est élargie pour englober divers acteurs de la société civile. Le syndicat des locataires de Los Angeles s’est joint à la lutte, reconnaissant que l’application des lois sur l’immigration menaçait la stabilité du logement. Les Socialistes démocrates d’Amérique ont apporté de jeunes militants et une infrastructure organisationnelle. Les congrégations religieuses ont organisé des actions de solidarité, perpétuant une tradition de défense des immigrants fondée sur la foi. Des associations professionnelles représentant des avocats, des enseignants et des travailleurs de la santé ont publié des déclarations de soutien.

    Des groupes d’étudiants de toute la Californie du Sud ont fourni des effectifs pour les manifestations et l’énergie nécessaire à une mobilisation soutenue. Les dirigeants politiques ont fini par se rallier aux revendications populaires, poussés par la pression du mouvement plutôt que par conviction.

    La confrontation entre la maire Bass et la police des frontières à MacArthur Park a marqué l’entrée en scène de la classe politique dans la lutte pour la souveraineté. Dans son discours du 10 juillet lors de la formation à la résistance non violente organisée par la Fédération du comté, elle a déclaré : « Nous avons le pouvoir, dans cette salle, de renvoyer l’ICE là où elle doit être. Elle n’a pas sa place dans notre ville. Elle n’a pas sa place là où nos enfants jouent. »

    Les participants ont reconnu que l’attaque fédérale contre les immigrants était dirigée tout à la fois contre la souveraineté urbaine, la démocratie locale et le pouvoir institutionnel des villes progressistes. Pour le maire et d’autres, l’autorité du gouvernement fédéral, en tant que représentant du peuple souverain, était devenue illégitime par la mise en œuvre de sa politique. Elle n’avait pas sa place dans cette ville ni dans les lieux où nos familles avaient grandi et où nos enfants jouaient. La ville et ses habitants avaient les moyens et le droit de se révolter contre un gouvernement fédéral qui refusait d’écouter la voix des gouvernés.

    L’application des lois sur l’immigration est devenue le symbole d’un conflit territorial plus large : l’invasion fédérale contre l’autonomie locale. Défendre les immigrants signifiait défendre la ville elle-même. Cette prise de conscience a transformé ce qui aurait pu rester une question restreinte relative aux droits des immigrants en une lutte plus large pour l’avenir de la démocratie urbaine en Amérique.

    Nouvelles #stratégies_spatiales : la #défense_territoriale comme innovation politique

    La structure spatiale était hybride : un centre-ville regroupant des organisations militantes et syndicales, relié à des groupes dispersés et auto-organisés dans les bastions latino-américains du sud-est, du sud et de l’est de Los Angeles (Nicholls et Uitermark 2016 ; Pastor et al. 2013). Tandis que les quartiers périphériques servaient de lieux propices au maintien des réseaux d’autodéfense, les associations professionnelles d’immigrés et les syndicats alliés conservaient leurs sièges sociaux à proximité du centre-ville. C’est dans ces espaces qu’ils pouvaient collaborer entre eux et avec les dirigeants politiques de la ville afin de maintenir leur résistance face à l’attaque fédérale contre leurs pouvoirs souverains.

    Malgré le déploiement de forces plus importantes et plus intenses que lors des émeutes historiques de 1992, le spectacle de la violence d’État n’a pas réussi à disperser la résistance en instillant la peur parmi les militants locaux. Au contraire, l’ampleur de la violence a été perçue par la plupart comme une transgression morale de la part d’un État utilisant sa violence à des fins arbitraires et tyranniques. Tout en renforçant la motivation et la détermination à lutter, l’infrastructure hybride, composée d’organisations professionnelles liées à des réseaux de défense communautaire locaux et soudés, a fourni les moyens relationnels et organisationnels non seulement de poursuivre la lutte, mais aussi de l’intensifier dans la durée, malgré les risques croissants.

    Les communautés de Los Angeles ont affirmé leur souveraineté pratique sur leurs quartiers, non pas par des arguments juridiques, mais en rendant les opérations fédérales trop difficiles, trop visibles et trop coûteuses sur le plan politique pour pouvoir se poursuivre sans opposition. Cela représente un passage à la « guerre de position », avec la mise en place de positions défensives, d’institutions alternatives et de cadres culturels qui affirment un projet hégémonique concurrent à travers des structures parallèles, érodant progressivement la légitimité et la capacité de contrôle du gouvernement fédéral (Gramsci 1971).
    De la médiation à la résistance : la transformation des élites locales

    Lorsque les alliés issus de l’élite locale—élus et représentants syndicaux et associatifs—deviennent eux-mêmes des cibles, les coalitions s’intensifient plutôt que de se fragmenter.
    Lors des incursions fédérales passées, les élus et représentants locaux critiquaient les actions répressives tout en conservant leur statut de représentants légitimes. De cette position, ils pouvaient négocier des compromis qui satisfaisaient les exigences fédérales tout en atténuant les dommages infligés aux communautés. Reconnus comme médiateurs légitimes et respectés, leur capital symbolique était renforcé par l’accès aux réseaux fédéraux, et la souveraineté de l’État était consolidée par la voie de la négociation. Alors que les représentants des deux niveaux, fédéral et local, travaillaient de concert, ils renforçaient leur pouvoir politique par l’expulsion des communautés immigrées.

    L’administration Trump a brisé cette logique. En plaçant les élus municipaux dans la même catégorie que les menaces à l’autorité souveraine, l’administration a introduit un cadre à somme nulle : soit les représentants locaux se soumettaient à la souveraineté présidentielle, soit ils seraient catégorisés comme ennemis de l’État. Le dilemme était clair. La soumission coûterait aux élus locaux le consentement et la solidarité des résidents de Los Angeles et donc leur propre légitimité. La résistance les placerait du côté de l’ennemi, en faisant d’eux la cible d’assauts fédéraux incessants.
    Les élus locaux ont choisi la résistance, transformant fondamentalement leur relation avec l’autorité fédérale. Alors qu’ils avaient auparavant employé des stratégies d’initiés pour atténuer les impacts sur leurs électeurs, restaurant ainsi la souveraineté de l’État et leurs propres pouvoirs, ils se sont retrouvés privés de reconnaissance en tant que représentants légitimes. Ils étaient exclus des réseaux gouvernementaux d’élite et vulnérables aux attaques coercitives par le refus de financement, les accusations criminelles et la stigmatisation.

    Dans cette lutte binaire pour la souveraineté de l’État, les représentants locaux sont passés à une résistance sans compromis. Ils se sont alignés avec les communautés immigrées de la classe ouvrière non seulement pour des raisons morales ou idéologiques, mais parce que le mouvement grandissant est devenu le seul moyen de défendre leurs propres positions et de retrouver leur légitimité au sein de l’ancien système de souveraineté partagée.

    Les lignes de bataille changent ainsi fondamentalement. Les luttes pour l’incorporation sélective des migrants acceptables reconnaissent le monopole classificatoire du gouvernement fédéral, tout en contestant son application. Les luttes qui émergent d’un déni global de reconnaissance aux alliés locaux remettent en question ce monopole lui-même. La question passe de « quels immigrants méritent l’inclusion ? » à « qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale ? » De « comment pouvons-nous inclure ceux qui le méritent vraiment ? » à « qu’est-ce qui fonde la légitimité politique lorsque l’État gouverne par la force arbitraire ? »

    Le déni global de l’administration Trump s’étendant des immigrants sans papiers aux élus, des églises sanctuaires aux gouvernements municipaux a par inadvertance créé les conditions d’une telle confrontation. En refusant la négociation et en positionnant toute opposition comme illégitime, l’application fédérale a éliminé les alternatives stratégiques, forçant un choix radical : se soumettre à des classifications jugées fondamentalement injustes, ou résister sur des bases remettant en question le monopole fédéral sur les classifications territoriales légitimes.

    Ce schéma apparaît désormais à Minneapolis, Chicago et New York. Le passage de Trump d’une souveraineté partagée à une souveraineté monopolisée a précipité un réalignement fondamental des alliances élitaires qui soutenaient autrefois tant la souveraineté de l’État que les compromis de classe sous-tendant la gouvernance libérale. La fracture des élites découle désormais non pas de désaccords politiques, mais de batailles autour de la souveraineté elle-même : quel niveau de gouvernement possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale et imposer les classifications de citoyenneté.

    Ces conflits sur la localisation et la nature du pouvoir souverain fracturent les coalitions de la classe dirigeante qui avaient auparavant stabilisé l’hégémonie de l’État. Alors que la souveraineté partagée s’effondre en luttes à somme nulle, les élites locales font face à un choix : se soumettre au monopole fédéral ou résister sur des bases qui remettent en question la légitimité de l’autorité centralisée. Cette bifurcation mine les fondements consensuels du pouvoir d’État. Alors que l’État fédéral perd sa capacité à gouverner par l’hégémonie—par le consentement fabriqué et le compromis négocié—la coercition directe devient le principal moyen d’imposer son autorité. Le passage d’une gouvernance par la construction d’alliances à une gouvernance par la force marque non pas la puissance de l’État, mais la désintégration des structures de légitimité qui avaient permis une domination stable.
    Conclusion : Au-delà de l’immigration, la question de la souveraineté
    L’effondrement de l’hégémonie de l’État fédéral découle de trois conditions qui ont convergé à Los Angeles et dans des villes similaires.

    Premièrement, de puissants réseaux de résistance locaux ont combiné organisations professionnelles bien dotées, élus solidaires et communautés immigrées denses de la classe ouvrière. Les syndicats, les organisations de défense et les groupes de la société civile ont fourni la capacité institutionnelle, l’expertise juridique et la coordination. Les élus locaux ont offert la légitimité politique et l’accès aux ressources municipales. Les réseaux d’immigrants de la classe ouvrière ont apporté l’infrastructure territoriale pour la défense communautaire : liens sociaux denses, connaissance locale et enjeux existentiels qui ont soutenu la mobilisation. L’intégration de ces trois composantes à travers des canaux de communication et des institutions coordonnées a permis une résistance à la fois large, profonde et durable.

    Deuxièmement, les normes localisées d’appartenance ont établi une économie morale alternative qui contestait les classifications fédérales. Les communautés définissaient la résidence légitime non pas par le statut juridique, mais par la résidence de longue durée, la contribution économique et l’intégration sociale. Cette économie morale a généré des normes concernant ce qui constituait une violence d’État légitime et ce qui constituait un abus tyrannique. La capacité de l’État à obtenir le consentement ou à faire face à son retrait dépendait fondamentalement du respect de ces normes définies par la communauté. Lorsque l’application fédérale a violé l’économie morale, elle a perdu sa légitimité indépendamment de son autorité légale.

    Troisièmement, et de manière décisive, les élites locales sont passées de partenaires dans une souveraineté partagée à adversaires dans une lutte à somme nulle sur l’autorité souveraine elle-même. Si seules les deux premières conditions avaient existé, la résistance aurait pu rester une question d’immigration localisée que les courtiers élites auraient pu gérer par la négociation. Mais lorsque l’administration Trump a ciblé les élus locaux comme ennemis de l’État, éliminant leur rôle de médiateurs et criminalisant leur défense des électeurs, elle a entièrement transformé le champ politique. Les partenaires élites sont devenus des insurgés élites. La lutte sur la politique d’immigration s’est intensifiée en confrontation sur qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale. La souveraineté partagée s’est effondrée en souveraineté monopolisée, forçant les représentants locaux à choisir entre soumission et résistance.

    Cette troisième condition s’est avérée transformatrice. Elle a empêché la défection des élites, bloqué les compromis négociés qui auraient restauré l’autorité fédérale, et recadré le conflit à « quels immigrants méritent l’inclusion » . La crise de légitimité s’est approfondie parce que l’État ne pouvait plus gouverner par l’hégémonie, mais seulement par la force, exposant la fragilité de la gouvernance libérale lorsque ses structures de médiation s’effondrent.

    Cette crise de légitimité se propage désormais aux villes partageant la même structure. New York, Minneapolis, Chicago et Portland présentent toutes les trois des conditions identifiées : réseaux de résistance robustes, économies morales alternatives d’appartenance, et élites locales transformées en adversaires de l’autorité fédérale. En revanche, dans les villes où ces conditions sont absentes, comme Houston, La Nouvelle-Orléans et Miami, aucune contestation similaire n’émerge. L’application fédérale y rencontre soit la conformité soit une résistance fragmentée et facilement réprimée.

    Il existe donc une géographie inégale de la résistance, déterminée non pas par la présence d’immigrants, mais par la convergence des conditions organisationnelle, idéologique-morale, et structurelles qui rendent possible la contestation soutenue de la souveraineté fédérale.

    La bataille de Los Angeles révèle une transformation historique. Ce qui commence comme une politique d’immigration devient une crise de #souveraineté et #hégémonie. Ce qui semble être un conflit sur les #frontières_nationales devient une lutte sur l’#autorité_territoriale. Ce qui apparaît comme une question de #légalité devient un affrontement sur la #légitimité.

    Le passage de la #gouvernance_consensuelle à la #domination_coercitive n’annonce pas la consolidation du pouvoir fédéral, mais sa crise. Et dans cette crise réside la possibilité d’imaginer et de construire des formes alternatives de souveraineté démocratique, enracinées non pas dans la violence d’État fédérale, mais dans le #pouvoir_populaire_territorialisé. Les villes américaines ne sont plus seulement des sites de #contestation, mais des sources alternatives d’autorité politique.

    https://laviedesidees.fr/Los-Angeles-contre-l-ICE
    #résistance #USA #anti-ICE #villes #urban_matter #citoyenneté_de_résidence #citoyenneté #territoire #citoyenneté #géographie_urbaine

    via @reka
    ping @karine4

  • La fin des villes accueillantes ?
    https://metropolitiques.eu/La-fin-des-villes-accueillantes.html

    Le dernier mandat municipal a été marqué par de nombreuses situations d’accueil et d’intégration des personnes migrantes. Cet article analyse les relations entre l’État et les communes, ponctuées de collaborations, mais aussi de vives tensions exacerbées par la crise ukrainienne. ---- À l’approche des élections municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de ce scrutin et les évolutions de l’action #Terrains

    / #accueil, #migration, #réseaux, #gouvernance_locale, hospitalité

    #hospitalité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_flamant-lacroix.pdf

  • #Duralex : et si les citoyens sauvaient nos usines ?

    En 2025, l’entreprise iconique française a réussi à récolter 20 millions d’euros auprès de 13 467 investisseurs intéressés par « moderniser son outil industriel et rayonner à l’international ». Que dit cet engouement pour soutenir cette société coopérative de production (#SCOP) via une campagne de #crowdfunding ?

    Le 3 novembre dernier, la France se réveille avec une nouvelle inattendue : une campagne de crowdfunding est lancée par Duralex. Cette levée de fonds dépasse toutes les attentes. Alors que l’objectif initial était de 5 millions d’euros, en 48 heures 20 millions d’euros d’intentions sont récoltés.

    La campagne, visait une levée destinée à moderniser l’usine et développer de nouveaux produits. En quarante-huit heures, les intentions d’investissement atteignent près de quatre fois l’objectif, portées par plus de vingt mille personnes et un ticket moyen avoisinant neuf cents euros. Devant cet afflux inédit, la société #coopérative de production (SCOP) a dû plafonner les participations pour permettre au plus grand nombre de contribuer. Il s’agit d’un véritable raz-de-marée citoyen.

    Comment une entreprise en crise, reprise par ses salariés, a-t-elle réussi à fédérer des dizaines de milliers de citoyens ? Que révèle cet engouement sur notre rapport à l’#industrie, au territoire et à l’économie locale ? Alors que les délocalisations et fermetures d’usines rythment régulièrement l’actualité, Duralex démontre qu’une voie #alternative est possible.

    Si nous avons étudié la transformation de la société Duralex et son passage au statut de société coopérative de production (SCOP), nous décryptons ici les enseignements de cette levée de fonds historique.

    Quel est ton âge ?

    L’effet made in France joue à plein. Soutenir Duralex, c’est défendre une production locale et un secteur emblématique du verre. À cela s’ajoute la transparence de l’entreprise, qui communique en temps réel sur l’utilisation des fonds – qu’il s’agisse de la modernisation des fours, de l’innovation ou de la formation.

    L’#émotion fait le reste. Sauver Duralex, c’est sauver une part de notre patrimoine industriel. Il y a beaucoup d’affects avec cette marque qui a marqué des générations d’enfants. « Quel est ton âge ? » était le jeu préféré dans les cantines grâce aux verres Duralex.

    Peu de campagnes industrielles ont atteint de tels montants ; Duralex rejoint le cercle très restreint des réussites comparables à celles de certaines SCOP comme le spécialiste de la laine Bergère de France il y a un an.

    Cette #mobilisation est révélatrice de la volonté d’adhérer à un projet commun, presque un rêve partagé. Les consommateurs ne se contentent plus d’acheter : ils investissent dans des projets porteurs de sens et se projettent dans l’image renvoyée par Duralex. En témoignent les chiffres du crowdfunding en France.

    La défiance envers les grands groupes, alimentée par les délocalisations et les scandales industriels, renforce la volonté de soutenir des alternatives. L’attachement au #territoire joue également un rôle déterminant. Les Français aspirent à des entreprises ancrées, transparentes et dotées d’une histoire à laquelle ils peuvent s’identifier.

    D’après une étude (Ipsos), 54 % des Français, soit environ 26 millions de personnes, déclarent avoir un lien de proximité avec l’industrie. Ce chiffre illustre l’ancrage fort de ce secteur dans le quotidien des citoyens, qu’il s’agisse de relations familiales ou sociales.

    Comme nous l’avions souligné dans notre étude de cas sur Duralex, la légitimité des dirigeants n’est plus conférée par un organigramme. Elle s’est construite collectivement à travers la confiance, la transparence et la capacité à embarquer les équipes dans un projet commun qui est presque devenu un projet sociétal au sens large.

    Les salariés, désormais actionnaires majoritaires, deviennent des parties prenantes actives de la #gouvernance.

    Concurrence chinoise, gouvernance et facture énergétique

    Les défis restent nombreux. L’argent ne suffira pas à garantir la réussite. La concurrence chinoise continue de peser, avec des coûts de production plus bas. Les prix à la production en Chine ont baissé de 2,2 % en glissement annuel en novembre 2025.

    La facture énergétique demeure une vulnérabilité majeure, malgré les efforts réalisés pour la maîtriser.

    La gouvernance représente également un enjeu. Gérer une SCOP de 228 actionnaires est un exercice quotidien d’équilibre et de dialogue. Le principe de la SCOP « un homme, une voix » nécessite un dialogue social réinventé et un mode de gestion collaboratif.

    Les fonds permettront certes de lancer une nouvelle gamme de #verres écoconçus, mais le véritable test sera de convaincre les distributeurs d’accorder une place en rayon à ces produits face au low-cost asiatique. Un pas a déjà été fait en ce sens avec des actions marketing : diversification de la gamme, vente en ligne, corner au bon marché rive gauche… L’entreprise a très vite compris les défis imposés par une #concurrence acerbe.

    L’industrie de demain

    Duralex s’impose comme un laboratoire potentiel de l’#industrie_de_demain.

    Son modèle associant SCOP et crowdfunding pourrait inspirer d’autres PME dotées d’un fort #capital_sympathie. Pour les pouvoirs publics, l’expérience souligne l’importance de faciliter les reprises en SCOP, notamment en simplifiant les démarches et en proposant des formations.

    Le statut de SCOP implique que les salariés investissent dans l’entreprise, ce qui fait peser le risque entrepreneurial sur leurs épaules. Cela peut mettre en péril un bassin d’emploi, des familles… Autre point et non des moindres, les salariés n’ont pas nécessairement la formation ou les compétences nécessaires pour affronter le monde des affaires.

    Pour les consommateurs, elle rappelle que le #made_in_France a un coût, mais qu’il crée de la valeur locale en préservant des #emplois et des #savoir-faire. La capacité à réformer son #modèle_commercial (vente en ligne, magasin..) A permis de séduire de nouveaux marchés.

    Duralex montre que l’industrie française peut rebondir grâce à l’#innovation, la #transparence et l’#intelligence_collective. Reste à savoir si ce modèle est transposable à d’autres secteurs. Une certitude : les citoyens se disent prêts à jouer leur rôle.

    Bien que l’entreprise #Brandt ait proposé comme alternative à la liquidation, le passage en SCOP et malgré l’aval du gouvernement pour ce statut salvateur, le tribunal de Nanterre a malheureusement préféré sceller le destin du groupe le 11 décembre dernier. Peut-être, demain d’autres usines en difficulté pourront-elles suivre la voie de Duralex qui a déjà prouvé qu’un pari fou pouvait inspirer tout un pays.

    https://theconversation.com/duralex-et-si-les-citoyens-sauvaient-nos-usines-270379

  • Le mythe de la bonne IA

    Dans une perspective décoloniale, il n’y a pas de bonne IA, estime le philosophe #Arshin_Adib-Moghaddam. Lecture.

    « La société délirante dans laquelle nous vivons ressemble à un #mensonge parfaitement mis en scène que l’on nous persuade d’accepter comme une réalité », estime Arshin Adib-Moghaddam dans son livre The myth of good AI : a manifesto for critical Artificial intelligence (Le mythe de la bonne IA : un manifeste pour une intelligence artificielle critique, Manchester university press, 2025, non traduit). Cette société délirante n’est pas le produit de l’IA, constate pourtant le professeur de philosophie et codirecteur du Centre pour les futurs de l’IA de l’université de Londres. Mais, l’IA vient la renforcer parce qu’elle « floute les lignes de nos modes de compréhension de la vérité et du mensonge, du #pouvoir et de la résistance, de la subjectivité et de l’objectivité, de la science et de la fiction ». Ce qui change avec l’IA, c’est que Big Brother n’est plus une autorité qui nous contrôle de l’extérieur, mais une perturbation qui vient altérer nos #facultés_cognitives elles-mêmes.

    Pour Arshin Adib-Moghaddam, ni Orwell, ni Foucault ne peuvent nous aider à saisir le monde actuel. L’assaut contre notre #autonomie est massif, à l’image du projet délirant de #Torre_Centilena à #Ciudad_Juarez, équipée de 1791 lecteurs de plaques d’immatriculation, 74 drones et 3000 caméras panoramiques pour surveiller la frontière américano-mexicaine à perte de vue. Le pouvoir n’est plus incarné. « Le pouvoir est en train de devenir liquide, il prend la forme de tout ce qu’il colonise et devient quasiment invisible ». Le régime de #surveillance est en passe de devenir « microbien ». C’est-à-dire que non seulement il est partout, qu’il est intégré au plus profond de nous, mais qu’il tend à exercer un #contrôle_total, partout, tout le temps en étant totalement intrusif et en régissant jusqu’à notre psychisme même. Adib-Moghaddam parle de « #psycho-codification » du monde pour évoquer cette #intrusion inédite des méthodes qui altèrent jusqu’à ce que l’on pense, jusqu’à nos intentions disions-nous récemment. Cette intrusion nous entraîne dans une #guerre_posthumaine, entre les humains et les machines. Nous sommes désormais la cible de #drones, de #machines, d’#algorithmes qui s’en prennent à nos individualités mêmes. Partout, le meurtre et la torture s’étendent sans avoir plus de comptes à rendre, à l’image de la police des frontières américaines, ICE, qui déploie son emprise, comme d’autres armées et d’autres polices, via des machines de surveillances totalitaires. Comme le pointait pertinemment le journaliste Olivier Tesquet suite aux révélations que l’ICE aurait arrêté plus de 75 000 personnes aux Etats-Unis sans historique criminel (soit un tiers des 220 000 personnes arrêtées depuis 9 mois) : « plus l’ICE s’appuie sur #Palantir pour « rationaliser » l’appareil répressif, plus les arrestations deviennent arbitraires. Ce n’est pas un bug mais une fonctionnalité : la machine produit la catégorie d’indésirables dont l’administration Trump a besoin ».

    Derrière ces transformations bien réelles, l’IA les prolonge encore, en s’en prenant à nos sens mêmes, jusqu’à nous faire douter de la réalité même.

    Derrière cette société délirante, il faut entendre qu’il y a une « utilisation infâme » des technologies. De la reconnaissance faciale qui criminalise les #minorités raciales aux logiciels de récidives qui discriminent les populations racisées aux scores de risques qui refusent des aides et des prêts aux populations minorisées et pauvres… une même #oppression se déploie pour renforcer et cimenter les #inégalités_structurelles de la société.

    Dans ce contexte, estime Arshin Adib-Moghaddam, on entend beaucoup parler d’#éthique, d’IA responsable, qui serait à même, bientôt, demain, de réparer les systèmes et « d’atténuer les dommages ». Mais l’IA peut-elle être éthique ?

    L’IA peut-elle être éthique ?

    Non répond le philosophe. L’IA est là pour imposer sa #terreur, comme le disaient Hagen Blix et Ingeborg Glimmer. L’IA est là pour produire de l’#incertitude, de l’#angoisse, et cette peur est une méthode de #gouvernance. « L’IA augmente la capacité de ceux qui l’utilisent à nous terrifier, dans un but de #contrôle, de #surveillance et de #profit ». L’écrivain iranien Jalal Al-e Ahmad parle de « #westoxification » (contraction entre West, l’Occident, et intoxication pour désigner une forme d’absorption toxique, de submersion par la #culture_occidentale – le terme a été traduit en français en « #occidentalité ») pour désigner l’oppression de la modernité occidentale, comme le chercheur et sociologue péruvien Anibal Quijano dénonce la « #colonialité », c’est-à-dire le fait que les rapports de pouvoir colonialistes perdurent notamment depuis les technologies.

    Dans son livre, Arshin Adib-Moghaddam commence par débugger le discours des machines éthiques. Les fondations idéologiques de la science sont dysfonctionnelles, rappelle le philosophe. La science a accompagné le projet politique de la #modernité, comme l’expliquaient Ulises A. Mejias et Nick Couldry dans Data Grab (voir notre recension). Les Lumières ont transformé le #racisme en science. Et l’IA n’est qu’une extension d’un #système_techno-colonial, remanié par le #néofascisme en cours.

    L’idée même d’éthique est poreuse à ces idées problématiques, explique-t-il. L’éthique se présente comme un mécanisme universel, mais oublie que cette philosophie qui pense pouvoir rendre nos machines et nos actions responsables, est une pensée spécifique, historique, contingente à la philosophie occidentale… Et qui l’est d’autant plus qu’elle a oublié les apports des autres philosophies. Arshin Adib-Moghaddam évoque nombre de philosophes asiatiques, arabes ou juifs effacés de la tradition philosophique au profit des philosophes grecs et européens. « Les façons de poser les questions éthiques autrement ont été balayées ». Pour les thuriféraires de l’IA, la vénération de sa puissance tourne à la #religion. Mais si la machine peut-être Dieu, ce #fondamentalisme s’annonce aussi dangereux que l’extrémisme religieux, prévient Arshin Adib-Moghaddam. Pourtant, qui s’inquiète de l’interfaçage des machines à nos cerveaux, du devenir posthumain que nous promettent les développeurs de l’IA ? Kant, Hume ou Locke, ces grands penseurs de l’Occident, ont tous tenu des propos racistes, ont tous défendu l’idée que les barbares devaient être civilisés par les Européens. Et ces grandes pensées occidentales sont celles-là même qui viennent alimenter de leurs données l’IA moderne. « L’IA est ethnocentrée et cet #ethnocentrisme ne sera pas corrigé par les données », par l’amélioration des traitements ou par un sursaut éthique. Les manuels d’éthique doivent être réécrits, estime Adib-Moghaddam, qui invite à partir d’autres philosophies pour bâtir d’autres IA.

    L’IA : machine à discriminer

    Arshin Adib-Moghaddam dénonce le terme de #biais qui a colonisé la critique de l’IA. Les biais sont un terme bien dépolitisé pour évoquer l’#oppression_structurelle inscrite dans les #données, dans notre histoire. Le racisme des sociétés occidentales a été intériorisé dans une « #géopolitique_eugéniste » qui ne domine pas seulement les relations internationales ou économiques, mais qui psycho-codifie jusqu’à nos corps et nos esprits. Le #racisme a été la stratégie impériale et scientifique qui a encore des effets quotidiens, qui inocule nos outils, comme la #médecine, qui tue encore des patientes et des patients parce qu’elles et ils sont noirs, parce qu’elles sont des femmes et parce que les #données_médicales ne sont pas collectées sur elles et eux. Les rapports et les études sur le sujet s’accumulent sans que la médecine elle-même ne réagisse vraiment, comme si elle ne s’était jamais départie des origines racistes de la science, que dénonçait par exemple le sociologue #Eduardo_Bonilla-Silva dans son livre Racism without Racists : Color-Blind Racism and the Persistence of Racial Inequality in the United States (Le racisme sans les racistes : le racisme indifférent à la couleur et la persistance des inégalités raciales en Amérique, Rowman & Littlefield , 2003, non traduit). Même durant le Covid, les quartiers racisés ont été plus décimés que les autres.

    On peut alors dénoncer les #biais_racistes des systèmes, de la reconnaissance faciale aux pratiques algorithmiques d’Uber. Mais c’est oublier que nous sommes cernés par des données algorithmiques « blanchisées » (#whitewashing), c’est-à-dire à la fois blanchies parce qu’ignorantes de la couleur de ceux qu’elles écartent et blanchies parce qu’elles masquent leurs dysfonctionnements raciaux. Nous sommes coincés entre un passé pollué et un présent problématique. Nous restons par exemple coincés dans les constats où les cancers de la peau sont plus importants pour les populations de couleurs alors qu’ils sont moins diagnostiqués pour les patients noirs que blancs. Ces données et ces erreurs pourtant ne sont pas corrigées, pas prises en compte. La perspective d’augmenter notre capture par des données n’annonce pourtant pas d’amélioration, au contraire, d’abord et avant tout parce que cette invasion doit être comprise pour ce qu’elle est : une extension de l’héritage de l’#eugénisme raciste de la #science, une forme d’expansion biopolitique du contrôle plus qu’une promesse de justice et d’égalité.

    Les mauvaises données produisent de mauvais algorithmes et de piètre systèmes d’IA, rappelle le philosophe. Or, nous sommes cernés de mauvaises données. Les #préjudices du passé envers certaines populations sont intégrés aux systèmes qui vont produire l’avenir. Cela ne peut pas bien se passer. Pourtant, fort de ces constats, terribles, les recommandations éthiques paraissent bien trop mesurées. Elles invitent à améliorer la représentation et la diversité des ingénieurs et des éthiciens, à améliorer les principes éthiques, à améliorer l’éducation des ingénieurs… dénonce Arshin Adib-Moghaddam. Autant de mesures qui tiennent plus de l’#orientalisme qu’autre chose, pour faire référence au concept développé par l’intellectuel palestino-américain Edward Saïd dans son livre éponyme (Le Seuil, 1978), ouvrage fondateur des études postcoloniales. Pour Saïd, la tradition artistique et scientifique orientaliste n’est qu’une étude de l’Orient par l’Occident, une interprétation de l’Orient, une condescendance au service de l’impérialisme.

    Du #techno-orientalisme au #privilège_épistémique

    Pour Arshin Adib-Moghaddam, le techno-orientalisme qui consiste à améliorer la diversité des développeurs ou à produire une équité par des corrections techniques n’est en rien une solution. ll ne remet pas en cause le pouvoir de la #technologie. « Les personnes historiquement marginalisées et vulnérables continuent à être inventées comme objets de la technologie ». Les erreurs à leurs égards, finalement, renforcent l’obsession à mieux les surveiller sous prétexte d’#objectivité, pour mieux hiérarchiser la société par le calcul. « Le techno-orientalisme ne vise qu’à renforcer les frontières entre nous et eux, l’est et l’ouest, les noirs et les blancs, entre les nationaux et les autres ». Shoshana Zuboff a montré que la tolérance à l’extrémisme est bien souvent un modèle d’affaire acceptable. Dans une étude sur la toxicité de Twitter, le Centre de lutte contre la haine numérique avait montré qu’une dizaine de comptes sur X pouvaient produire du contenu haineux et conspirationniste capable de rapporter… 19 millions de dollars en revenus publicitaires. « Le techno-orientalisme s’impose comme un incubateur pour l’expansion impériale afin de maximiser les revenus pour quelques personnes sélectionnées ». L’#impérialisme de X prolifère et impose sa #colonialité. Comme les projections de Mercator ont valorisé l’Occident, nous montrant un Groenland par exemple aussi grand que la Chine, quand en réalité il ne fait qu’un quart de la superficie de la Chine. L’impérialisme de X, comme l’impérialisme de l’IA rend possible un « privilège épistémique » qui « confère à une poignée d’hommes le privilège d’interpréter, de juger et de planifier l’avenir de la majorité ». Partout, une poignée d’hommes blancs parlent d’un avenir inévitable (le leur), utilisent ces outils pour diffuser leurs idées sans nuances, mégalomanes, patriarcale et coloniales influentes, sans se préoccuper du sort des autres. Derrière leurs idées rances, ils défendent avant tout leur #identité. Les néo-Nazis comme les terroristes d’ISIS tuent au nom de l’identité, comme le soulignait Paul Gilroy dans Against Race. Les médias sociaux sont devenus des paradis pour les fausses informations des extrémistes, où ils peuvent se faire les avocats de leurs agendas hystériques avec plus ou moins d’impunité. La #stupidité y est le meilleur capital, assène le philosophe.

    La coercition est forte avec les technologies. Microsoft et Google déploient des technologies de surveillance à l’encontre des Palestiniens. Saïd disait que la #déshumanisation des Palestiniens était l’un des grands héritage de l’orientalisme. Pour Arshin Adib-Moghaddam, une IA vraiment éthique devrait assurer que ses traitements et données soient auditables en accord avec les législation qui défendent les #droits_humains au niveau international, national et local. Le déploiement sans limite des technologies aux frontières, par la police et les militaires, nous montre qu’il n’en est rien.

    L’IA pour peaufiner l’oppression

    L’oppression structurelle, codifiée dans des institutions genrées et racistes, dans des normes politiques et sociales omniprésentes, s’apprête à entrer plus profondément dans nos esprits avec l’IA générative. Quand on pose des questions à ces moteurs, ils produisent certaines réponses qui sont le reflet des sociétés occidentales qui les produisent. A la question y-a-t-il un génocide à Gaza, #ChatGPT répond non. A la question peut-on torturer une personne, ChatGPT répondait par l’affirmative si cette personne venait d’Iran, de Corée du Nord ou de Syrie. Ces « #erreurs » qui n’en sont pas mais qui peuvent nous être présentées comme telles, sont bien sûr corrigées parfois. Les #modèles_de_langage galvanisent les préjudices raciaux comme le montrait l’étude menée par Valentin Hofmann (qu’on évoquait ici : https://danslesalgorithmes.net/2024/06/04/open-source-lia) qui montrait que l’IA s’adapte aux niveaux de langage de son interlocuteur ou qu’elle classe les mêmes CV différemment selon les consonances culturelles des noms et prénoms. Mais ils ne sont que les reflets des sociétés qui les produisent. Les modèles de langage sont bien les produits racistes de sociétés racistes, affirme celui qui avait dénoncé le caractère raciste de l’IA dans un précédent livre. Les corrections sont possibles, au risque d’enseigner superficiellement aux modèles à effacer le racisme, tout en le maintenant à des niveaux plus profonds. « En fait, nous sommes confrontés par une forme furtive de #technoracisme soigneusement dissimulée par un univers d’IA de plus en plus opaque ». Dans ces IA, les musulmans sont toujours associés à la violence.

    Weizenbaum nous avait prévenu : les humains sont plus enclins à se confier à une machine qu’à un humain. Et ce pourrait être exploité plus avant par les machines de coercition de demain. La CIA a beaucoup travaillé sur les drogues et outils permettant de mettre les gens en confiance, rappelle Arshin Adib-Moghaddam. Si les méthodes d’interrogation utilisées à Abu Ghraib ont été sur la sellette, le Mikolashek Report montrait par exemple que les frontières entre la torture, les abus et les techniques d’interrogations dites légitimes étaient plus poreuses que strictes. A Abu Ghraib, la torture n’était pas un accident. Les individus qui ont été torturés n’étaient pas isolés. A Abu Ghraib, les interrogatoires ne devaient pas laisser de traces sur les prisonniers et le système médical a donné ses conseils aux militaires pour y parvenir. C’est lui qui a proposé des modalités d’interrogatoires coercitives. A Abu Ghraib comme à Guantanamo Bay, des procédures ont été mises en place, comme le fait d’empiler les prisionniers nus pour profiter du fort tabou de l’homosexualité dans la culture arabe et musulmane.

    Que fera l’IA qui est déjà appelée à assister les interrogatoires de la CIA ou de la police ? Aura-t-elle encore plus que les humains la capacité de briser notre humanité, comme s’en inquiétaient des chercheurs ? Sera-t-elle l’outil parfait pour la #torture, puisqu’elle pourra créer du contexte psychologique ou informationnel pour rendre les gens toujours plus vulnérables à la #manipulation, comme des #chatbots compagnons, dressés contre nous.

    La torture à Abu Ghraib a été rendu possible parce qu’elle a épousé totalement la culture de ceux qui l’ont pratiqué. « L’histoire récente de l’IA n’apporte aucune preuve que les systèmes d’IA soient plus objectifs que les humains, à mesure qu’ils déploient les mêmes biais qu’eux, avec bien moins de responsabilité ».

    L’IA pour pour penser à notre place et prendre le contrôle des esprits

    Pour le philosophe, le contrôle de l’esprit est le Graal des systèmes d’IA. Ce que veulent ceux qui déploient l’IA, c’est qu’elle prenne le contrôle des esprits.

    Mais, dans les systèmes de domination, la résistance apparaît souvent là où on ne l’attend pas, disait Anibal Quijano. Pourtant, souligne Arshin Adib-Moghaddam, la société civile ne regarde pas suffisamment ce qui se déploie, elle semble peu impliquée dans le très dynamique secteur de l’IA militaire. Face à l’inégalité de pouvoir entre utilisateurs de l’IA et producteurs d’IA qui se sédimente avec le déploiement et l’extension des outils d’IA partout, peu est fait pour nous protéger. L’érosion lente de la #vie_privée, l’objectivation posthumaine… nous éloignent de la dé-technologisation qu’appelle de ses vœux Carissa Véliz dans son livre, Privacy is Power (Penguin, 2021).

    Pour Adib-Moghaddam, nous devrions pourtant chercher à protéger notre humanité, plutôt que de chercher à flouter les différences entre l’homme et la machine, comme l’attendent les tenants du posthumanisme. Adib-Moghaddam souhaiterait un futur qui soit post-IA, dans lequel l’IA, au moins telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’ait pas sa place. Tant que nous la laisserons exploiter les données passées nous laisserons construire une IA fondamentalement destructrice, extractive, qui perpétue l’#irrationalité et l’agenda des conservateurs et de l’extrémisme de droite, en exploitant les données pour renforcer les différences entre un nous et un eux dans lesquels personne ne se reconnaîtra autres que les plus privilégiés.

    La promesse d’une bonne IA est centrale dans l’approche éthique que pousse la Silicon Valley, enrôlant les meilleurs chercheurs avec elle, comme ceux du MIT, du Berkman Klein Center for internet et society de Harvard. Leur travail est remarquable, mais la poursuite d’une IA éthique ne nous aide pas à trouver des restrictions au déploiement de technologies qui maximalisent la #surveillance_de_masse et la #violence_systémique. « Tant qu’il n’existera pas de #restrictions, les délibérations morales et politiques sur l’informatisation demeureront secondaires par rapport à l’impératif de profit ».

    A l’heure de l’IA, la lutte pour la #démocratie risque d’être plus essentielle que jamais et plus difficile que jamais. Le mythe de la bonne IA nous promet un monde dont les fondations et constructions sociales ne changeront pas. « L’âge de l’IA nous promet un rapport léthargique et résigné au monde ». C’est sans surprise que ceux qui refusent cette IA là sont qualifiés d’être irrationnels, radicaux ou idéalistes… Mais ne soyons pas dupes. « Il est plus facile de prendre le parti des puissants à l’heure de l’IA, alors que nous devrions prendre la direction inverse ». « Les technologies d’IA sont un danger pour nos démocraties car elles inhibent nos choix en donnant de l’impulsion aux seuls extrêmes ». Elles nous confinent dans un espace de pensée restreint. Pour Arshin Adib-Moghaddam, il nous faut reconnaître notre humanité, une humanité qui ne peut être programmée par des machines qui ne seront jamais sensibles.

    Être humain, c’est savoir se protéger

    Être humain signifie savoir se protéger de la pénétration, c’est-à-dire un droit à être laissé tranquille, seul. Nous devons réaffirmer la nécessité d’un « bouclier de la vie privée ». La critique féministe et décoloniale nous donne des armes, comme le fait Françoise Vergès par exemple en croisant les deux. Ressentir, penser, percevoir ou croire doivent rester des valeurs humaines, sans altération des machines. C’est notre #intimité même que tente d’envahir le complexe industriel de l’IA.

    Ainsi par exemple, être créatif c’est indubitablement être humain. La #créativité des machines n’est qu’un effort pour rendre confus nos sens et émotions, au profit du profit et dans une aversion de l’art comme un comportement insurrectionnel. Psycho-codifiés, TikTok, FB ou X sont des moyens d’envahir nos sanctuaires intérieurs. Les machines peuvent faire n’importe quelle tâche sans ressentir la douleur et la discipline nécessaire que l’auto-amélioration nécessite. D’où des productions sans âme, « inutiles pour l’émancipation sociale comme politique ». En associant l’art au seul profit, la matrice technologique propose de faire suffoquer l’essence même de l’art, comme s’il n’était qu’une extension technologique, qu’un moyen de contrôler la subjectivité humaine.

    De quelque endroit qu’on l’analyse, l’IA ne nous offrira aucun antidote à l’#impéralisme, au #colonialisme et à l’#extrémisme. « Nous sommes tous devenus les objets du #colonialisme_des_données extraites de nos corps mêmes ». Le colonialisme était horizontal, géopolitique dans son expansion. Le colonialisme des données, lui, est intimement vertical. Il vise à objectifier des individus vulnérables au profit des sociétés technologiques du Nord global. Les grandes entreprises exigent de nous psycho-codifier en permanence et partout. Arshin Adib-Moghaddam défend un manifeste post-IA qui seul peut gagner la bataille entre le poète et la machine, le stylo et l’épée, le modérateur biaisé et l’activiste paisible. Nous avons besoin de #justice et d’#émancipation_sociale, rien d’autre. Ce qui n’y œuvre pas n’a pas d’intérêt. L’#ignorance, l’#évitement et la #passivité que nous promettent l’IA et ses tenants, ne nous proposent aucun avenir. « Si nous avons besoin d’une bonne IA, nous avons besoin d’une bonne IA qui réponde à nos termes », qui puisse nous permettre de reprogrammer le futur plutôt que de subir la perpétuation du passé.

    Être humain, c’est savoir se protéger. Et face aux machines, l’enjeu est encore de le pouvoir.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/12/11/le-mythe-de-la-bonne-ia
    #décolonial #IA #AI #intelligence_artificielle

    • @aurelieng tu peux aussi mettre des extraits pertinents plutôt que juste les liens seuls (qui en plus fournissent moins de quoi retourner des résultats quand on cherche un sujet dans le moteur de recherche).

      Aux États-Unis, près d’un assuré sur cinq change de plan chaque année (Fang et al., 2022, JAMA Network Open), et les mouvements sont également fréquents dans les régimes européens soumis à la concurrence. Ce chiffre illustre un problème central : un assureur a peu d’intérêt à financer un dépistage ou un programme de suivi dont un concurrent récoltera les fruits quelques années plus tard. Dans un environnement de forte mobilité, la prévention devient un bien collectif sous-fourni : chacun en bénéficierait, mais aucun acteur n’a intérêt à en assumer seul le coût.

  • Dans les algorithmes | Politiques publiques : passer de l’IA... à la dénumérisation
    https://danslesalgorithmes.net/2025/10/07/politiques-publiques-passer-de-lia-a-la-denumerisation

    « La complexité de l’IA introduit une opacité fondamentale dans le lien entre les données d’entrée et les résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours. Ce phénomène est aggravé dans les applications concrètes, où les résultats apparemment fiables de l’IA peuvent devenir auto-réalisateurs. Un algorithme d’apprentissage automatique qualifiant une famille de « difficile » peut ainsi créer une boucle de rétroaction entre les membres de la famille et les services sociaux. De cette manière, l’IA imite des phénomènes sociologiques bien connus, tels que les stéréotypes et la #stigmatisation, mais à grande échelle »

    -- (...)

    #intelligenceartificielle #automatisation #imitation #fiabilité #simplification #prédiction #corrélation #causalité #politique #justice #droit #éthique #rationalité #solutionnisme #gouvernementalité #algorithmique #gouvernancealgorithmique #bestof

  • Le nouveau Règlement Intérieur liberticide de Nantes Université au regard du droit
    https://academia.hypotheses.org/63465

    Communiqué du 3 octobre 2024 Vendredi 19 septembre 2025, Nantes Université (NU) a soumis au Conseil académique (CAC) des propositions de modifications du règlement intérieur de l’Université. Syndicats étudiants et professionnels se sont immédiatement mobilisés pour dénoncer son caractère liberticide. … Continuer la lecture →

    ##ResistESR #Démocratie_universitaire #Gouvernance_de_l'ESR #Libertés_académiques_:_pour_une_université_émancipatrice #liberté_académique #libertés_publiques #Nantes_Université

  • Victoire contre l’emprise de LVMH à l’ancienne #École_polytechnique
    https://academia.hypotheses.org/62949

    Academia relaie le communiqué de presse de l’association d’élèves et jeunes ancien·nes élèves de l’École polytechnique “la Sphinx”, publié sur le site de l’association le 28 juillet 2025, concernant l’abandon quasi-total par LVMH de son important projet immobilier sur ce … Continuer la lecture →

    #Actualités_/_News #Démocratie_universitaire #Gouvernance_de_l'ESR #entreprises #immobilier_universitaire