• Accès aux Master : un étudiant en grève de la faim

    En grève de la faim depuis vendredi 18 septembre pour faire appliquer son #droit_à_la_poursuite_d’études, #Mehdi, étudiant de la Faculté de Droit à besoin de notre soutien !

    Au delà de la situation dramatique de Mehdi, le problème est aussi collectif.
    Cette année, de nombreux étudiants refusés en #Master n’ont eu aucune proposition du Rectorat, alors que c’est une #obligation_légale.

    Nous donnons rendez-vous à tous les étudiants sans réponse du Rectorat, et à tous les gens touchés par la situation de Mehdi, à venir lundi 21 septembre à 8h devant le Rectorat de Montpellier (rue de l’université, tramway Louis Blanc).


    https://academia.hypotheses.org/25857
    #grève_de_la_faim #études #France #accès_aux_études

    • #Montpellier : un étudiant en droit entame une grève de la faim

      Un étudiant en droit privé qui se voit refuser un Master a entamé une grève de la faim, ce vendredi, à Montpellier.

      Depuis ce vendredi matin, un étudiant en droit privé a entamé une grève de la faim devant le Rectorat de Montpellier, dans l’Ecusson, révèle le Syndicat de combat universitaire de Montpellier, le Scum.
      Refusé en Master

      « Titulaire d’une licence de Droit Privé à la faculté de droit de Montpellier, Mehdi a été de façon incompréhensible refusé en Master droit des affaires dans cette même faculté. Il est désespéré, car, il risque d’être jeté à la rue de sa cité universitaire, faute d’inscription acceptée », assure le Scum, qui dénonce que, « Ni le Crous, ni l’Université, ni le Rectorat n’ont répondu à ses sollicitations et recours ». Un rendez-vous demandé au rectorat n’a pas eu de suite, toujours selon le Scum.

      Démenti du Rectorat

      Une version démentie : « L’étudiant évoqué a saisi les services académiques dans le cadre du dispositif « trouver mon master », dans l’objectif d’identifier une solution de poursuite d’études au sein d’un diplôme national de master. Les services du Rectorat de la région académique ont été alertés sur sa situation et les difficultés qu’il rencontre. Ils sont en lien avec lui et le tiennent très régulièrement informé de l’état d’avancement de la procédure. Ils sont également en lien avec le Crous, qu’ils ont informé de sa situation et de la procédure en cours », assure ce vendredi soir à Métropolitain, le cabinet de la Rectrice de Montpellier.

      « Les services académiques mesurent pleinement les enjeux de poursuites d’étude et s’attèlent, dans le cadre des démarches engagées et qui se poursuivent, à proposer à cet étudiant des réponses adaptées à sa situation » – Le cabinet de la Rectrice de Montpellier.

      « Au travers de cette démarche, cet étudiant bénéficie d’un accompagnement par les services rectoraux qui ont formulé des propositions de poursuites d’études en Master auprès de différentes universités, dont les retours sont attendus. Les services académiques mesurent pleinement les enjeux de poursuites d’étude et s’attèlent, dans le cadre des démarches engagées et qui se poursuivent, à proposer à cet étudiant des réponses adaptées à sa situation », ajoute le Rectorat.
      L’étudiant témoigne

      Mehdi a cessé de s’alimenter et de s’hydrater depuis ce vendredi matin. Ce soir, il précise qu’il poursuit son action : « Pour des raisons médicales, en accord avec mon médecin, et, vu la gravité d’une telle grève et surtout de mon état de santé, je serais alité dès ce soir et surveillé toute la nuit, je ne dormirais donc pas devant le Rectorat. Je suis en contact avec le Rectorat depuis jeudi seulement. L’Université de Montpellier a répondu à mes recours, mais, pas celle de Toulouse ».

      À suivre.

      https://actu.fr/occitanie/montpellier_34172/montpellier-un-etudiant-en-droit-entame-une-greve-de-la-faim-et-de-la-soif_3622

  • Rentrée impossible au Lycée Autogéré de Paris
    https://lutteslap.blogspot.com/2020/09/rentree-impossible-au-lycee-autogere-de.html

    Il ne nous est pas possible de commencer l’année avec une diminution horaire de 11heures et deux enseignants non encore affectés. Nous n’envisageons pas non plus de laisser de côté des enseignants qui s’engagent depuis des mois dans notre projet. Aussi nous décidons de nous mettre en grève à compter de ce jour, jusqu’à la restitution des moyens et des personnes nécessaires à notre lycée. "

    #éducation #grève

  • TLAXCALA : Brésil : les coursiers par application préparent une nouvelle grève pour le 25 juillet
    http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=29322

    Les coursiers des plateformes de livraison prévoient un nouvel arrêt de travail national pour le 25 juillet. L’action en faveur de meilleures conditions de travail poursuivra le mouvement connu sous le nom de Breque dos Apps (Coup de frein aux apps) qui a eu lieu pour la première fois le 1er juillet et a rassemblé des milliers de travailleurs dans plusieurs villes du pays.

    Parmi les revendications qui continuent d’être des lignes directrices prioritaires pour la grève, figurent une rémunération plus juste grâce à l’établissement d’un taux minimum par course plus élevé que le taux actuel, ainsi qu’un paiement équitable et standardisé entre les platesforme par kilomètre parcouru.

    La suspension immédiate des blocages de livreurs sans justification, qui selon les organisateurs de la grève sont souvent effectués par des entreprises telles que Rappi, Ifood, Loggi et UberEats, est également l’une des principales revendications.

    L’informalité en hausse

    Au milieu de la crise socio-économique aggravée par le coronavirus, de nombreux travailleurs informels ont cherché à se faire coursiers par applications pour essayer de s’assurer une certaine source de revenus. Ce service a été considéré comme une activité essentielle pendant la quarantaine.

    Selon les informations envoyées à notre journal par Rappi, la plateforme comptait environ 200 000 livreurs enregistrés en Amérique latine au mois de mars. Mais, avec le début de la pandémie, ce chiffre a augmenté de 111 %. IFood, pour sa part, a indiqué avoir reçu plus de 175 000 demandes d’inscription en mars de cette année. En février, les coursiers inscrits étaient 85 000.

    Malgré l’augmentation significative du nombre de travailleurs et l’offre de main-d’œuvre plus importante qui en a résulté, les taux n’ont pas été modifiés, ce qui a directement compromis le revenu des coursiers.

    Une étude récente du Réseau de études et de surveillance de la réforme du travail (Remir Trabalho) a montré que parmi les coursiers interrogés, 60,3 % ont signalé une baisse des salaires depuis la pandémie.

    27,6 % ont déclaré que le revenu s’était maintenu et seulement 10,3 % ont déclaré qu’ils gagnaient plus d’argent. L’enquête a permis d’interroger 252 personnes de 26 villes entre le 13 et le 20 avril par un questionnaire en ligne.

    #Nouvelle_domesticité #Brésil #Plateformes #Livraison #Grève

  • Barbara Stiegler : « Le virus risque de permettre au néolibéralisme de se réinventer »
    27 AOÛT 2020 PAR JOSEPH CONFAVREUX

    Dans son dernier livre, la philosophe Barbara Stiegler décrit son « basculement dans l’action » et propose des pistes pour se sortir des rets d’un #néolibéralisme dont le grand récit, forgé à partir d’une lecture tronquée de la révolution darwinienne, continue de nous entraver.

    Dans cette rentrée incertaine, l’exécutif tient le cap de politiques scolaires, économiques ou hospitalières inchangées par rapport aux dogmes antérieurs, montrant que la promesse de « réinvention » n’est guère qu’une reformulation de la mise en demeure permanente à « s’adapter ».

    Barbara Stiegler, professeure de philosophie à l’université Bordeaux-Montaigne, avait fait la généalogie de cette injonction dans son ouvrage publié l’an dernier chez Gallimard, intitulé « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, et consacré aux liens originels et oubliés entre le néolibéralisme et la révolution darwinienne.

    Elle publie aujourd’hui chez Verdier un nouveau livre intitulé Du cap aux grèves. Récit d’une mobilisation. 17 novembre 2018-17 mars 2020 , dans lequel elle décrit, de l’irruption des « #gilets_jaunes » à la mobilisation pour les retraites, son « basculement dans l’action » et sa rupture avec des habitudes d’auteure et de chercheuse dont les « mains fines ne se compromettent ni dans les lourdes tâches du monde matériel, ni dans la dureté des luttes ». Elle propose notamment, pour lutter contre la poursuite du cap néolibéral, de « réinventer nos #grèves » et de « miniaturiser les #luttes ».

    Pour Mediapart, elle revient sur ces propositions, son itinéraire politique personnel, et analyse les ressources intellectuelles et historiques dont nous pouvons disposer pour contester les modes de gouvernement dans lesquels nous sommes pris.

    Le slogan de l’année 2020, « Il faut se réinventer », constitue-t-il une simple déclinaison de l’impératif politique dont vous avez fait la généalogie : « Il faut s’adapter » ?

    Ce qu’on entendait en boucle ces dernières années, à savoir « Adaptez-vous », a effectivement été relayé au pic de la crise sanitaire, par une injonction à se réinventer. On a ainsi inversé la charge puisqu’on a demandé aux victimes d’une certaine politique de se transcender. Mais en réalité, cette inversion des responsabilités sévit depuis très longtemps dans les services hospitaliers, les #universités ou les #écoles, c’est-à-dire dans tous ces lieux où l’on demande aux personnels de prendre #soin des personnes sans leur accorder les moyens nécessaires.

    Cela fait déjà longtemps qu’on demande aux #soignants d’être « créatifs », un terme essentiel dans le secteur managérial du soin fondé sur une rareté malthusienne assumée des ressources. « Se réinventer » veut dire ici faire plus avec moins. Ce qu’a révélé la crise sanitaire, c’est le caractère profondément injuste et destructeur de cette injonction, qui rejoint celle, plus générale et qui régit le champ social et politique depuis des décennies, à l’#adaptation et à la #compétition face à des ressources limitées.

    Dans votre dernier livre, vous racontez votre itinéraire politique et le passage entre la publication de votre ouvrage sur la généalogie du libéralisme à votre basculement dans l’action : qu’est-ce qui décide une spécialiste de Nietzsche, professeur de philosophie politique à Bordeaux, à endosser le gilet jaune en décembre 2018, et non seulement à soutenir le mouvement ?

    La politisation et le combat politique, c’est quelque chose que j’ai eu la chance de connaître dès ma naissance. Enfant, j’entendais des discussions sur tel ou tel retournement « au parti », à une époque où le Parti communiste dominait encore la vie politique. Mais tout cela s’est soldé pour moi, comme pour beaucoup d’autres, par une dépolitisation progressive. Beaucoup d’entre nous, progressivement découragés par l’échec des espérances révolutionnaires et écœurés par la mutation néolibérale des gauches de gouvernement, se sont détournés de l’engagement politique. Tous ces gens ne sont pas devenus pour autant apathiques ou indifférents, mais alors que, quelques décennies avant, ils se seraient sans doute inscrits dans des structures de partis, ils se sont retrouvés seuls et orphelins.

    Pour ma politisation personnelle, la première date importante a été 2009, un combat que j’ai mené dans mon université, à Bordeaux-Montaigne, contre la réforme de l’université engagée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais ce qui m’a gênée dans cette première expérience, c’est que nous étions isolés du reste de la société. C’est pour cela qu’en 2018, lorsque j’ai vu que les classes dites « populaires » étaient en train d’entrer dans l’espace public pour parler politique, il y a eu pour moi un véritable basculement.

    C’était quelque chose dont on nous disait que ce ne serait plus possible, qu’après l’échec du mouvement ouvrier, cela n’aurait plus jamais lieu. Devant cette irruption, j’ai endossé à mon tour un gilet jaune, avec tous les problèmes de légitimité que j’évoque dans mon récit, parce que pour la première fois, et depuis si longtemps, des gens qui ne se parlaient plus depuis des décennies allaient peut-être commencer à se reparler. Et c’est justement ce qui s’est ensuite esquissé dans les cortèges pour défendre les #retraites, l’#hôpital et l’#éducation.

    C’était bien sûr ténu et fragile, on n’a certes pas assisté à un vaste mouvement victorieux de convergence mais, mais c’était pour moi une grande différence avec 2009, ce fait que toutes sortes de personnes, issues de milieux culturels et sociaux profondément différents, aient été amenées à se réunir pour s’entendre, ou pour ne pas s’entendre.

    Toutefois, écrivez-vous avec distance, « en marchant dans les rues insurgées, je me dis que je cumule tous les marqueurs d’une fausse gilet jaune »…

    Oui, parce que les gilets jaunes ont surgi avec une série de revendications centrées sur les carburants et sur l’usage de la voiture dans les espaces ruraux et périurbains et ont d’abord été, de ce fait, très marqués géographiquement. Lorsqu’un mouvement social surgit dans l’espace public avec une très grande force, il fait peur à tout le monde, et même à ceux qui le font. Tout le monde se demande avec angoisse ce qui va se passer le lendemain.

    Une manière de conjurer cette peur est de donner une identité fixe à ce qui est en train de se construire, en vue d’enfermer ce qui advient dans quelque chose de rassurant. On a donc rapidement décrété que les gilets jaunes étaient des gens qui habitaient dans des lotissements, en périphérie, dépendants de la voiture, qui avaient joué le jeu de la mondialisation et de l’entrepreneuriat avant d’être déçus. Ce n’est certes pas mon mode de vie à moi. Et je ne nie pas les différences de classe. Mais il y a en réalité beaucoup plus de porosité. Distinguer les « vrais » gilets jaunes, qui seraient les artisans souffrant des fins de mois, des « faux » gilets jaunes qui seraient professeurs et membres de La France insoumise, c’est ridicule. Les gilets jaunes ne constituent pas une identité figée. Opérer une telle distinction vise à ce qu’il n’y ait pas de rencontre dans la lutte.

    Décririez-vous votre itinéraire politique comme celui d’une radicalisation ?

    C’est un terme que je pourrais revendiquer, parce qu’il renvoie à la notion de racine, et par exemple à la proposition faite par le philosophe #John_Dewey de retourner aux racines de la démocratie pour contester le fonctionnement prétendument démocratique de nos sociétés et leur opposer une « démocratie radicale ». Mais cela ne caractérise pas ma propre évolution. Je ne suis pas plus radicale qu’avant dans mon approche des questions politiques. Je dirais plutôt que je suis dans une logique de mobilisation, après avoir été des années immobilisée dans mon bureau, sans bien savoir quoi faire. Ce qui est nouveau dans mon parcours, ce n’est pas la radicalité dans la réflexion, mais le passage à l’action.
    Pourquoi désignez-vous le surgissement des gilets jaunes comme une « #insurrection » et contre qui était-elle alors dirigée selon vous ?

    C’est un terme qui peut engager des débats terminologiques, historiques, comme le terme « révolution », et il est donc délicat de l’employer. Mais j’ai le sentiment qu’il s’est joué quelque chose de cet ordre. Je suis d’ailleurs convaincue que ce surgissement n’est peut-être pas fini, et qu’il a déjà entraîné d’autres choses : il a par exemple donné de la force et du courage au mouvement contre les retraites, de même qu’il a alimenté la révolte des soignants de terrain contre les politiques néolibérales qui détruisent le système sanitaire.

    La cible des gilets jaunes était le pouvoir politique, et en particulier le président de la République. Cela leur a été beaucoup reproché. Je pense au contraire que ce ciblage était parfaitement légitime. Ce qui est très intéressant dans ce mouvement social, c’est qu’il s’est brusquement imposé dans la sphère politique du pouvoir, en posant la question de sa légitimité pour gouverner.

    Alors que certains leur reprochaient de ne pas cibler en priorité le patronat ou le grand capital, on n’a pas suffisamment salué le caractère profondément politique de ce mouvement. C’est ce qui éclaire la focalisation de ses revendications sur les questions de démocratie, de prise de parole, de représentation et de participation, qui ont complètement défait les clichés du discours dominant sur les classes populaires, dont on disait qu’elles ne s’intéressaient pas à la politique, qu’elles n’étaient focalisées que sur leurs intérêts privés, ceux qui se jouent dans l’accès au logement, à l’emploi et au pouvoir d’achat.

    Tout en exprimant votre adhésion aux gilets jaunes, vous faites part d’un doute : « Plutôt que de se détruire lui-même, le pouvoir néolibéral en basculant dans la violence armée n’a-t-il pas eu raison des insurgés ? » Comment répondez-vous aujourd’hui à cette question ?

    Le néolibéralisme est un pouvoir dont le mode de manifestation privilégié n’est surtout pas la violence. Il s’agit plutôt, comme dit #Walter_Lippmann, l’un des inspirateurs américains du néolibéralisme, de fabriquer le #consentement de manière industrielle et d’obtenir l’adhésion des populations, par les médias de masse, par le cinéma, par l’éducation… Il ne s’agit pas de faire montre de manière coûteuse de la force du chef et de l’apparat du pouvoir.

    Le libéralisme fonctionne plutôt à la douceur, sur le modèle pastoral de celui qui guide son troupeau dans la bonne direction. La question du basculement dans la violence se pose donc nécessairement. En faisant usage de la violence, le néolibéralisme avoue-t-il sa défaite ou mute-t-il dans une autre forme de pouvoir, tout aussi efficace dans le contrôle des populations ?

    Vous rappelez que la bienveillance, qui est un des mots préférés du pouvoir actuel, vient du berger qui « veille bien » sur des moutons, et non sur des citoyens…

    Par ce terme, il s’agit en effet d’évacuer le conflit, le négatif, la critique. Un pouvoir néolibéral qui est obligé de passer à la violence armée – pensons aux agissements du préfet Lallement à Bordeaux puis à Paris –, avoue son propre échec. Dans d’autres types de pouvoir, au contraire, le fait de couper des têtes peut être une démonstration de force. C’est ce que Michel Foucault explique très bien pour distinguer les pouvoirs qui « marchent à la souveraineté » de la gouvernementalité libérale, qui essaie au contraire d’économiser la coercition, le déploiement de force et la démonstration coûteuse du pouvoir. D’où la question de savoir si le basculement du pouvoir en place dans la violence d’État signe le basculement dans un autre registre du pouvoir.

    À mon avis, il nous est très difficile de répondre, car juste après cette phase de répression, le virus est arrivé et a permis de redonner du crédit à la fonction du berger. En surface, on a à nouveau évacué la violence, mis en valeur le soin et la bienveillance et tenté de reprendre en main, de préférence dans la douceur, la totalité du troupeau – même si l’on ne doit pas oublier les violences cachées du confinement et le déchaînement de pulsions autoritaires chez les petits chefs.

    Au sommet de l’État, on a plutôt mis en scène la marginalisation du préfet Lallement, sommé de s’excuser en public pour la première fois de sa vie, après avoir fait la bêtise d’affirmer que ceux qui se « relâchaient » dans les parcs étaient ceux qui se retrouvaient intubés ensuite dans les services d’urgence. Ce processus démontre bien en quel sens le virus produit, pour le pouvoir en place, un véritable effet d’aubaine pour reprendre la main et se relégitimer.

    À partir du moment où le nouveau libéralisme théorisé par Walter Lippmann défend une réforme profonde de la société fondée sur une politique ambitieuse en matière d’éducation, de santé et d’environnement, en quoi se distingue-t-il de ce qu’on pourrait attendre d’une véritable social-démocratie ?

    La fabrication du consentement des populations ou des « masses », comme dit Lippmann, passe effectivement par des politiques de santé et d’éducation qui visent à transformer l’espèce humaine. Cette prise en main des populations dès l’enfance ne vise pas à plus de justice sociale, mais à donner aux hommes les compétences qu’on attend d’eux. La grande idée de Lippmann, qu’il prétend fonder sur sa lecture de #Darwin, est que le développement de l’espèce humaine a abouti à une culture où celle-ci n’était capable que de s’adapter à des situations stables, dans des entités géographiques closes.

    Or, pour lui, le sens de l’histoire est d’aller vers un monde totalement mondialisé même si les populations ne pourront pas toutes prendre des avions et des cargos. Ce qui signifie que les classes populaires seront assignées à rester dans leur territoire, tandis que les élites pourront se déplacer. Mais aussi qu’il faudra donner à tous des compétences en termes d’adaptabilité et de flexibilité à un monde entièrement mondialisé où les flux seront appelés à s’accélérer sans cesse. Tout cela deviendra le socle des politiques éducatives promues par l’Europe et par l’OCDE.

    Concernant la santé, l’idée est d’augmenter sans cesse les performances de l’espèce humaine, considérée comme handicapée par des biais psychiques, intellectuels, cognitifs, liés à sa lente histoire évolutive. Dans l’agenda de Lippmann, tout cela doit permettre de mettre en place une compétition générale qui permettra de dégager les meilleurs et d’aller vers le haut. Le confinement a parfaitement bien illustré cette conception néolibérale de l’éducation et de la mobilité : assignés à résidence, tous étaient en même temps sommés par les ministres de rester dans la course et de continuer à capitaliser des performances et des compétences.

    Loin d’apparaître comme une institution sociale et collective, l’école a été présentée comme une affaire entièrement privée, au service de la compétition entre individus, et entièrement soluble, à ce titre, dans l’e-learning et le télétravail. Il aura fallu la résistance des personnels, des familles, des élèves dits « décrocheurs » et des étudiants pour qu’on se souvienne du caractère nécessairement collectif de l’éducation scolaire et universitaire.

    Le néolibéralisme théorisé par Walter Lippmann est, à vous lire, irréductible à une « approche strictement économique du politique ». Cela oblige à se départir de l’idée que, pour vous citer, le « néolibéralisme serait conduit depuis les grandes entreprises et les places financières, avec leur logique de privatisation » et se réduirait à une doctrine économique, ou à une réduction du politique aux logiques économiques de la marchandisation. Si on veut comprendre aujourd’hui pourquoi le néolibéralisme s’est imposé, il faut revenir à la force de son grand récit, qui porte sur la vie elle-même, et non seulement sur l’économie ?

    Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, on est dans une période où, pour le dire comme Nietzsche, Dieu est mort. Les philosophies de l’Histoire ont pris un moment le relais, en cherchant à donner un sens à l’Histoire, qui ne serait pas la résurrection, mais peut être la révolution. C’est une des matrices du socialisme révolutionnaire qui est très puissant à cette époque. Mais aussi de ce qu’on appelle alors l’évolutionnisme, qu’on trouve notamment dans les écrits du sociologue britannique Herbert Spencer.

    À la fin du XIXe siècle, on découvre Darwin et on tente d’imaginer la fin de l’évolution du vivant. Un grand récit sur la vie va alors s’imposer, avec le darwinisme social. Sous l’influence de Spencer, la fin de l’Histoire apparaît alors un monde entièrement industrialisé et mondialisé auquel l’espèce humaine doit s’adapter, dans le cadre d’une division du travail parfaitement coordonnée et compétitive, qui fonctionnerait comme les rouages parfaitement ajustés d’une horloge.

    Cette vision du monde, qu’on pourrait croire obsolète, continue de nous hanter : il faut s’adapter, jouer le jeu de la mondialisation, accepter la sélection. Nous restons prisonniers de cette matrice téléologique qui trahit d’ailleurs Darwin, puisqu’il n’a jamais dit qu’il y aurait un but de l’#évolution. La leçon fondamentale de Darwin est précisément inverse : personne ne peut savoir à l’avance où va la vie. La vie va dans tous les sens et explore toute sorte de directions, et c’est accepter cela qui permet de la respecter.

    La pensée de Walter Lippmann trahit non seulement Darwin, mais aussi, pour vous citer, « la #démocratie, car si le sens de l’histoire est déjà fixé, les peuples n’ont pas à en décider ni même à en débattre ». Sa pensée se fonde en effet sur une logique techno-scientifique d’organisation sociale prenant la forme d’une démocratie minimaliste et procédurale éclairée par des experts. Mais ces derniers ne sont pas seulement des économistes, mais aussi des psychologues ou des sociologues…

    Cette forme de démocratie, qui va dominer toute notre histoire contemporaine, est fondée sur l’idée que ce n’est pas le #démos qui a le pouvoir, mais qu’on exerce un pouvoir sur le démos à partir d’un savoir expert par rapport auquel la société n’a pas voix au chapitre. Cette démocratie d’experts, qui est aujourd’hui contestée partout dans le monde, ne repose pas seulement sur une science économique qui passe d’ailleurs son temps à exclure celles et ceux de la profession qui sont considérés comme hétérodoxes.

    Elle mobilise aussi les sciences de l’éducation, les psychologues, les sociologues qui sont sans cesse mis à contribution pour produire des discours d’accompagnement et favoriser, comme on dit dans le jargon des appels à projet qui structurent le monde de la recherche, « l’acceptabilité sociétale des innovations ». L’idée est que le démos, rétif au changement, doit être adapté à la mondialisation et à l’innovation par un discours d’accompagnement produit par les experts.

    Dans « Il faut s’adapter », vous restituez les débats qui ont opposé Walter Lippmann au philosophe pragmatiste américain John Dewey. Sa pensée peut-elle être un antidote au grand récit néolibéral qui nous traverse encore aujourd’hui ?

    Pour Dewey, il ne peut pas y avoir de démocratie avec des experts d’un côté et un peuple de l’autre. La question du savoir est donc un enjeu démocratique fondamental, ce que disaient d’ailleurs déjà les Grecs. À la logique verticale de Lippmann, il oppose ainsi une transformation sociale par l’intelligence collective et une participation active des publics.

    Pourtant, dans votre dernier livre, vous êtes assez vindicative vis-à-vis des processus participatifs de type Nuit debout qui vous paraissent être la marque d’un monde « où l’on expose les points de vue comme autant d’atomes qui se croisent et s’esquivent » ?

    Dewey nous dit qu’il n’y a pas de démocratie sans participation des publics et sans co-construction des savoirs. Mais une fois qu’on a dit cela, comment fait-on ? Il faut du temps partagé et des espaces communs de dispute et de délibération. On vit dans une époque qui détruit les places publiques et un rapport au temps partagé, où donc les conditions minimales d’exercice d’une véritable démocratie où les publics participent sont détruites.

    Face à cela, on assiste régulièrement à la tentative de reconstituer des agoras, que ce soit place de la République, dans certaines salles de mairie ou dans les amphithéâtres de nos universités. Mais il y a souvent tellement peu de réflexion, tant de naïveté ou tant d’indifférence sur les conditions mêmes de l’agora que cela échoue. Bien sûr que l’enjeu dans une AG, c’est de savoir qui prend la parole, et pendant combien de temps. Mais on ne peut pas trancher cela en disant simplement : « deux minutes chacun », car avec une telle règle, on se retrouve avec une myriade atomique de points de vue qui ne permettent de construire ni un discours commun, ni un conflit clairement lisible entre différents partis.

    Autre exemple : l’usage dans les AG est désormais de ne pas applaudir, mais de faire des moulinets avec les mains. Cette nouvelle règle, héritée de la crise du VIH et qui vise à annuler les effets de tribune et le pouvoir que peut conférer la parole, est intéressante, mais elle ne doit pas devenir un nouveau dogme. À force de suspecter toute forme de pouvoir collectif comme une domination, je crains que ce type de règles ne deviennent des machines à détruire le pouvoir politique et la possibilité même d’une quelconque puissance, confirmant finalement la juxtaposition des points de vue individuels et l’atomisation qui détruit les collectifs.

    Mais la pensée politique de Dewey ne manque-t-elle pas de conflictualité par rapport à la situation dans laquelle nous sommes ?

    Dewey est l’héritier de la philosophie de Hegel et a donc un rapport au conflit très important. Il juge que la politique commence quand il y a des problèmes et donc du conflit. Mais il cherche toujours à résoudre le conflit par l’accord, par le commun. Cela peut expliquer pourquoi il passe auprès de certains pour un philosophe du consensus, aisément récupérable par le discours du monde de l’entreprise, qui aime tant parler d’intelligence collective pour évacuer toute forme de conflictualité.

    Même si j’entends ces critiques, mon travail actuel cherche à montrer ce qui, dans le pragmatisme, résiste à cette récupération et pourquoi Dewey ouvre des chantiers de réflexion difficiles et longtemps délaissés par la philosophie politique, alors qu’ils sont pourtant incontournables si on veut encore croire à la démocratie.

    Comment se sortir du paradoxe que, pour vous citer, « tout le monde, ou presque, semble désormais décidé à tourner la page du récit néolibéral, qu’on accuse de détruire le contrat social tout en compromettant l’avenir », mais que ce consensus ne semble pas s’imposer comme a pu s’imposer le consensus de Washington ?

    Le néolibéralisme ressemble aujourd’hui à un animal préhistorique, mais dont on ne sait pas encore comment il pourrait entrer définitivement au musée. Pour moi, la gestion actuelle du virus risque de permettre au néolibéralisme de se réinventer pour regagner encore une ou plusieurs décennies.

    Ce virus nous a pris en pleine #mobilisation pour les retraites. Un mot dont votre dernier livre souligne l’importance politique…

    La retraite au sens plein ne se réduit pas à garantir une pension. C’est aussi l’expérience d’un autre #temps et d’un autre rythme que celui du travail productif. C’est de ce temps de la retraite dont se prévalent déjà, tout au long de l’histoire, ceux qui prient, mais aussi ceux qui éduquent et ceux qui soignent, et qui ne peuvent le faire que s’ils sont protégés de la pression des rythmes productifs. Tel fut pendant des siècles le sens de la clôture des institutions, qu’il s’agisse du cloître, de l’hôpital ou de l’école : celle de protéger le temps de l’étude, de la formation ou du soin de l’accélération des rythmes collectifs.

    Or, tandis que les sociétés anciennes faisaient de la retraite le privilège de quelques-uns, impossible sans le travail des esclaves puis des classes laborieuses, les sociétés contemporaines ont cherché à étendre à tous ce temps de la retraite, au sens de temps ralenti.

    Désormais, loin de permettre un temps de retraite et de protection, le monde de l’éducation et de la recherche et le monde de la santé sont désormais devenus les deux secteurs prioritaires désignés par le néolibéralisme pour fabriquer des populations adaptées à la compétition mondiale et à la course à l’innovation, où il faut « capitaliser des points », comme on le fait dans les jeux vidéo.

    Il serait nécessaire que la course à la compétition ne s’arrête jamais, de supprimer le droit de se retirer. Je ne suis pas hostile à toute forme de compétition – je suis moi-même partie prenante d’une certaine compétition académique, celle de la forme du concours par exemple –, mais ce ne peut être notre seul mode d’être au monde.

    Face au saccage de nos vies et de notre temps, vous faites une proposition singulière : « miniaturiser les luttes. » Pourquoi aurait-on une telle envie ?

    Cela peut paraître heurtant et décevant, car, quand on lutte, on a envie que ce soit fort et grand et que cela ait de grands effets, donc on n’a pas envie de se replier sur des échelles miniatures. Mais un des grands ressorts de l’échec est le découragement face à un objectif trop grand pour nous. Appeler, par exemple, les étudiants d’une salle de cours à attaquer le grand capital, c’est le plus souvent totalement démobilisateur et cela décrédibilise les militants qui portent ce discours. Il me paraît bien plus judicieux et davantage à notre portée de s’en prendre au président de l’université qui applique une mauvaise politique, ou aux collègues autour de nous, ou aux pulsions conservatrices ou de soumission qui sévissent en nous-mêmes, même si c’est, bien sûr beaucoup plus périlleux et difficile.

    Il peut y avoir bien plus d’ambition à transformer notre environnement proche et à s’engager dans des conflits politiques réels, là où l’on se trouve, plutôt que d’afficher des objectifs mondiaux inaccessibles, qui conduisent le plus souvent à ne rien faire du tout et à éviter la réalité des conflits qui se jouent ici et maintenant, dans nos universités, nos écoles ou nos hôpitaux.

    « Plutôt que de se donner un agenda mondial et de contempler lucidement la fin du monde, plutôt que de se soumettre à un agenda national pour affronter le verdict des urnes et retourner nous coucher découragés, il s’agit de dés-automatiser nos conduites », écrivez-vous. Mais est-ce que cette réforme de soi peut véritablement mener à un changement collectif quand ces conduites sont dépendantes d’infrastructures et de superstructures qui les dépassent ?

    Je pense nécessaire de partir de ce qu’on est en train de vivre nous-mêmes, sans attendre de programme universel ou même national. À l’université, je suis souvent frappée de voir des collègues appliquer dans leur travail les réformes générales de l’université qu’ils prétendent combattre : dans la manière dont ils évaluent les étudiants, dont ils conduisent leur politique doctorale, dont ils accompagnent et acceptent les réformes en cours. J’attends et j’espère moi aussi un mouvement national et mondial, structuré et puissant.

    Mais en attendant, on se doit de réfléchir à nos propres pratiques et de tenter de les modifier dans le bon sens, même si c’est l’un des combats les plus difficiles qui soient. Cela me semble le préalable indispensable à toute reconstruction politique de plus grande ampleur, et c’est malheureusement une étape que, le plus souvent, on se garde bien d’affronter. Or c’est pourtant là, peut-être plus encore qu’ailleurs, dans la transformation de nos institutions publiques d’enseignement, de recherche et de santé, que se jouent l’avenir ou la fin de nos démocraties.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/270820/le-virus-risque-de-permettre-au-neoliberalisme-de-se-reinventer?onglet=ful

  • #Canada.Un jeune autochtone en #grève_de_la_faim pour alerter l’opinion sur les #suicides dans sa communauté

    Après une #marche de 635 kilomètres, un activiste autochtone de 24 ans a entamé le 31 juillet une grève de la faim devant le parlement de la #Saskatchewan. Il entend faire pression sur le gouvernement de la province pour qu’il adopte un projet de loi sur la #prévention_des_suicides, qui touchent fortement la population autochtone.

    https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/canada-un-jeune-autochtone-en-greve-de-la-faim-pour-alerter-l
    #résistance #peuples_autochtones

    #paywall

  • #CoronaCapitalism and the European #Border_Regime

    As the coronavirus pandemic continues to affect people’s lives all over the world, the violence against migrants and refugees has intensified. This article explores #CoronaCapitalism and the Border Regime in a European context. Corporate Watch uses the term “border regime” as a shorthand to mean all of the many different institutions, people, systems and processes involved in trying to control migrants.

    This article only shares the tip-of-the-iceberg of migrant experiences during the coronavirus pandemic and we know there are many other untold stories. If you would like to share your news or experiences, please contact us.

    Mass Containment Camps

    As the world descended into lockdowns in an attempt to prevent the spread of the virus, tens of thousands of people have been confined in camps in the Western Balkans and Greece, as well as smaller accommodation centres across Europe. New and existing camps were also essentially locked down and the movement of people in and out of camps began to be heavily controlled by police and/or the military.

    The Border Violence Monitoring Network (BVMN) has been trying to track what is happening across the Balkans. They write that in Bosnia-Herzegovina, “more than 5,000 people were detained in existing temporary refugee reception centres. They include about 500 unaccompanied minors and several hundred children with families. Persons in need of special care, patients, victims of torture, members of the LGBTQ population, persons diagnosed with mental disorders, and victims of domestic violence have also been locked down into ‘EU-funded’ camps.” Police officers guard the centres and emergency legislation enables them the right to ‘physically force persons trying to leave the centres to return.’

    120,000 people are locked down in containment camps across Greece and the Greek Islands. Disturbing accounts of refugee camps are ever-present but the pandemic has worsened already unbearable conditions. 17,000 refugees live at Moira Refugee Camp where there are 210 people per toilet and 630 people per shower. Coronavirus, uncertainty over suspended asylum applications and the terrible living conditions are all contributing to escalating violence.

    In detention centres in Drama and Athens in Greece, the BVMN report that, “Respondents describe a lack of basic amenities such as running water, showers, or soap. Cramped and overcrowded conditions, with up to 13 inmates housed in one caravan with one, usually non-functioning, toilet. Requests for better services are met with violence at the hands of officers and riot police. On top of this, there have been complaints that no special precautions for COVID-19 are being taken, residents inside told BVMN reporters that sick individuals are not isolated, and are dismissed as having ‘the flu’.”

    While movement restrictions were lifted for Greek residents on 4th May, lockdown is still extended for all camps and centres across Greece and the Islands. This decision triggered thousands of people to protest in Athens. Emergency legislation adopted at the start of March in Greece effectively suspended the registration of asylum applications and implied immediate deportation for those entering the Greek territory, without registration, to their countries of origin or to Turkey.

    Detention and the deportation regime

    While major country-wide lockdowns are an unusual form of restriction of movement, for decades European states have been locking people seeking safety in detention centres. Immigration Removal Centres are essentially prisons for migrants in which people are locked up without trial or time-limit. In the UK the detention system is mostly run for profit by private companies, as detailed in our UK Border Regime book.

    Despite preparing for a pandemic scenario in January 2020, it took public pressure and legal action before the British government released nearly 1000 people from detention centres. As of the end of May, 368 people were still locked up in the profit-making detention centres and many more are living in ‘accommodation centres’ where they have been unable to access coronavirus testing.

    During the pandemic, people have been revolting in several detention centres across France and Belgium. Residents at a refugee centre in Saxony-Anhalt in Germany went on a hunger strike in April to protest against a lack of disinfectant. Hunger strikes have also taken place at detention centres in Tunisia, Cyprus and France.

    Women in a police holding centre for migrants in Greece went on hunger strike in June. In a statement, they wrote: “We will continue the hunger strike until we are free from this captivity. They will either set us free or we shall die”.

    People staged a rooftop protest at a detention centre in Madrid at the start of the outbreak. This was before all the detention centres in Spain were, for the first time in their history, completely emptied. To put this into context, Spain had 6,473 detainees in 2019. Legal challenges have been leveraging the EU Returns Directive which allows detention pending deportation for up to 18 months, but stipulates that if “a reasonable prospect of removal no longer exists…detention ceases to be justified and the person concerned shall be released immediately”.

    With a worldwide reduction in flights, deportations became unfeasible, however, many are afraid that the deportation machine will restart as things “return to normal”.

    Worsening life in the ‘jungle’

    People living in squats and other improvised accommodation have also faced sweeping operations, with people being rounded up and taken to containment camps.

    For those that remained on the street, pandemic restrictions took their toll. In Greece, movement amidst the pandemic was permitted via letters and text messages. For people who did not have the right paperwork, they were fined 150 euros, sometimes multiple times.

    Similarly, in the French city of Calais, people who did not have the right paperwork were commonly denied access to shops and supermarkets, where they may have previously used the bathrooms or bought food to cook. With many volunteer groups unable to operate due to movement restrictions, the availability of food dramatically reduced overnight. Access to services such as showers, phone charging and healthcare also rapidly reduced.

    People in Calais also faced a rise in evictions: 45 evictions were recorded in the first two weeks of lockdown. These expulsions have continued throughout the pandemic. On Friday 10th July 2020, a major police raid in Calais forced more than 500 people onto buses to be taken to ‘reception centres’ across the region.

    In Amsterdam in the Netherlands, some migrants were forced to live in night shelters and made to leave during the daytime – facing constant risks of contracting COVID-19 and police harassment in the city. They protested “I would stay at home if I had one”.

    Many migrant solidarity groups working on the ground lost huge numbers of volunteers due to travel restrictions and health concerns. Access to material donations such as tents, which are commonly collected at the end of festivals, also reduced. A constant supply of these resources is needed because the police routinely take the migrants’ tents away.

    Militarisation of borders

    The pandemic has seen an increase in military forces at borders and camps, persistent police violence and the suspension of ‘rights’ or legal processes. Using ‘State of Emergency’ legislation, the health crisis has been effectively weaponised.

    In March at the beginning of the pandemic in Europe, FRONTEX, the European Border and Coast Guard Agency deployed an additional 100 guards at the Greek Land Border. This is in addition to the agency’s core of 10,000 officers working around Europe.

    In their 2020 Risk Analysis Report, FRONTEX wrote that “the closing of internal borders is binding border guard personnel, which some border authorities have long stopped planning for”. This illuminates a key complexity in border control. For years, Europe has shifted to policing the wider borders of the Schengen Area. As the virus spread between countries within that area, however, states have tried to shut down their own borders.

    Police forces and militaries have become increasingly mobilised to “protect these national borders”. In Slovenia, this meant the military was granted authority to ‘process civilians’ at the border through the government’s activation of Article 37a of the Defence Act. While in Serbia, the army was deployed around border camps to ensure mass containment. 400 new border guards were also dispatched to the Evros land border between Greece and Turkey in addition to an increase in fencing and surveillance technologies.

    Escalating Police Violence

    Although migrants are no strangers to police brutality, national states of emergency have enabled an escalation in police violence. In mid-April an open letter was published by the Eritrean community of the Calais jungle reporting escalating police brutality. It describes the actions of the CRS police (Compagnies républicaines de sécurité); the general guard of the French police, infamous for riot control and repression:

    “They don’t see us as human beings. They insult us with names such as monkey, bitch etc. And for the past few weeks, they have started to threaten our lives by beating us as soon as the opportunity arises. When for example they found a group of two or three people walking towards the food distribution, or in our tents, when we were sleeping. They accelerate in their vehicles while driving in our direction, as if they wanted to crush us. They also took people with them to places far from Calais, and beat them until they lost consciousness.”

    The statement continues with a chronological list of events whereby people were beaten up, hit, gassed, had their arms broken, and were struck on the head so hard they lost consciousness and were taken to hospital by ambulance.

    With fewer people on the streets during the pandemic, police evictions that were not previously possible due to street-level resistance became successful. This was evidenced in the eviction of the Gini occupation at the Polytechnic University in Exarchia, Greece, a location that the police have not dared enter for decades. Dozens of migrant families were rounded up and taken to a detention centre.

    Violent pushbacks across borders

    There has also been an increase in illegal and violent pushbacks. Pushbacks are the informal expulsion (without due process) of individuals or groups to another country. This commonly involves the violent removal of people across a border.

    For example, on April 22nd in North Macedonia, a group of people from Palestine, Morocco and Egypt were pushed back into Greece. Two men were approached by officers in army uniforms and forced onto a bus where officers began to beat them with batons and guns. So much force was used that one man’s arm was fractured. The other members of the small group were later found and abruptly woken by officers. One man was stamped on and kicked across his body and head. Their shoes were removed and they were told to walk the 2km back to the border where they were met with the other group that had been taken there.

    A group of 16 people in Serbia (including one minor) were told they were being taken to a new camp for COVID prevention. They were then forced into a van and driven for nine hours with no stops, toilet or water. They were released at a remote area of hills and told to leave and cross the border to North Macedonia by the officers with guns. When found attempting to cross again days later they were told by police officers, “Don’t come again, we will kill you”.

    In Croatia, police have also started tagging people that they have pushed back with orange spray paint.

    There are also reports that Greek authorities are pushing people back to Turkey. According to the Border Violence Monitoring Network, many people shared experiences of being beaten, robbed and detained before being driven to the border area where military personnel used boats to return them to Turkey across the Evros river. In mid April in Greece, approximately 50 people were taken from Diavata camp in the morning and removed to a nearby police station where they were ordered to lie on the ground – “Sleep here, don’t move”. They were then beaten with batons. Some were also attacked with electric tasers. They were held overnight in a detention space near the border, and beaten further by Greek military officers. The next day they were boated across the river to Turkey by authorities with military uniforms. Another group were taken to the river in the dark and ordered to strip to their underwear.

    As pushbacks continue, people are forced to take even more dangerous routes. In Romania in mid-April, a group were found drowning in the Danube River after their boat capsized. One person was found dead and eight are still missing, while the survivors suffered from hypothermia.

    Danger at Sea

    During the pandemic, increasing numbers of disturbing accounts have been shared by migrants experiencing violence at sea. Between mid March and mid May, Alarm Phone (a hotline for boat people in distress) received 28 emergency calls from the Aegean Sea.

    On the 29th April, a boat carrying 48 refugees from Afghanistan, Congo and Iran, including 18 children, tried to reach Lesvos Island in the early hours of the day. They were pushed back to Turkish waters:

    “We were very scared. We tried to continue towards Lesvos Island. It was only 20 minutes more driving to reach the Greek coast. The big boat let a highspeed boat down, which hunted us down. There were six masked men in black clothes. They stopped us and made many waves. With a long stick they took away our petrol and they broke our engine. They had guns and knives. Then they threw a rope to us and ordered us to fix it on our boat. Then they started pulling us back towards Turkey. After a while they stopped and cut the rope. They returned to the big boat and took distance from us. It was around 6am.

    Then two other boats of the Greek coastguard arrived which were white and grey and drove very fast towards us, starting to make circles around our boat. They created big waves which were pushing us in the direction of Turkish waters. Our boat was taking in water and the kids were screaming. Our boat started breaking from the bottom. We were taking out the water with our boots. We threw all our belongings in the sea to make our boat lighter. Many of us had no life vests. A pregnant lady fainted. The Greeks continued making waves for a long period. A Turkish coastguard boat arrived and stood aside watching and taking photos and videos for more than six hours. Only after 13:30 o’clock the Turkish coastguard boat finally saved us. We were brought to Çanakalle police station and detained for five days.”

    During two months of lockdown, civil monitoring ships (volunteers who monitor the Aegean sea for migrants arriving via boat) were not permitted. In Italy, ports were closed to rescue ships, with many feared lost at sea as a result. Allegations have also emerged that Greece has been using inflatable rafts to deport asylum seekers. These are rafts without motors or propellers that cannot be steered.

    The Maltese Army also hit the headlines after turning away a boat of migrants by gunpoint and giving them the GPS coordinates for Italy. This is after recent reports of sabotaging migrant vessels, and pushing back migrant boats to Libya resulting in 12 people dying. The Maltese government recently signed a deal with the Libyan government to “to coordinate operations against illegal migration”. This includes training the Libyan coastguards and funding for “reception camps”.

    The threat of the virus and worsening conditions have also contributed to a record number of attempts to cross the Channel. The courage and commitment to overcome borders is inspiring, and more successful crossings have taken place during the pandemic. Between March 23rd (when the UK coronavirus lockdown began) and May 11th at least 853 migrants managed to cross the Channel in dinghies and small boats.

    State Scapegoating and the empowerment of the far right

    Far-right politicians and fascist activists have used the pandemic as an opportunity to push for closed borders.

    The election of a new Far Right government in Slovenia in March brought with it the scapegoating of refugees as coronavirus vectors. News conglomerate, NOVA24, heavily publicised a fake news story that the first COVID-19 patient in Italy was a Pakistani person who came via the Balkan route.

    Meanwhile, Hungary’s Government led by Vicktor Orbán moved to deport resident Iranians after claiming they were responsible for the country’s first coronavirus outbreak.

    In Italy, Matteo Salvini, the populist leader of the opposition Lega party tried to blame the movement of migrants from Africa across the Mediterranean as a “major infection threat” shortly before the country was overwhelmed with the pandemic and its rising death toll.

    The racist scapegoating ignores data that proves that initially the virus was transmited predominatnly by tourists’ and business people’s globe-trotting in the service of global capitalism and the fact that those whose movement is restricted, controlled and perilous, who do not have the power and wealth, are the most likely to suffer from the worst effects of both the virus itself and the shut downs.

    The Aftermath of Asylum suspension

    Access to asylum has drastically shifted across Europe with the suspension of many face-to-face application processing centres and appeal hearings. This ‘legal limbo’ is having a severe impact on people’s lives.

    Many people remain housed in temporary accommodation like hotels while they wait for their claim to be processed. This accommodation is often overcrowded and social-distancing guidelines are impossible to follow there. One asylum seeker in South London even shared to The Guardian how two strangers were made to share his double bed for a week in one room. One of the people was later taken to hospital with coronavirus.

    Closed-conditions at Skellig Accomodation Centre, a former hotel in Cahersiveen, Co. Kerry, Ireland enabled the rapid spread of the virus between the 100 people living there. Misha, an asylum seeker confined there, said she watched in horror as people started falling sick around her.

    “We were sharing bedrooms with strangers. We were sharing the dining room. We were sharing the salt shakers. We were sharing the lobby. We were sharing everything. And if you looked at the whole situation, you cannot really say that it was fit for purpose.”

    People were ordered to stay inside, and meanwhile coronavirus testing was delayed. Protests took place inside and locals demonstrated in solidarity outside.

    Asylum seekers in Glasgow have been protesting their accommodation conditions provided by the Mears Group, who Corporate Watch profiled in 2019. Mears Group won a £1.15 billion contract to run the refugee accommodation system in Scotland, Northern Ireland and much of the north of England. Their profiteering, slum landlord conditions and involvement in mass evictions have been met with anger and resistance. The pandemic has only worsened the experiences of people forced to live in Mears’ accommodation through terrible sanitation and medical neglect. Read our 2020 update on the Mears Group here.

    In the UK, the Home Office put a hold on evictions of asylum seekers during lockdown. The Red Cross stated this spared 50,000 people from the threat of losing their accommodation. Campaigners and tenants fear what will happen post-corona and how many people will face destitution when the ban on evictions lifts this August.

    In addition, a face-to-face screening interview is still needed for new asylum claims. This creates an awful choice for asylum seekers between shielding from the virus (and facing destitution) or going to the interviews in order to access emergency asylum support and begin the formal process. While meagre, the £37.75 per week is essential for survival. One of the reasons the Home Office make face-to-face applications compulsory is because of biometric data harvesting e.g. taking fingerprints of asylum seekers. One asylum seeker with serious health problems has had to make three journeys from Glasgow to Liverpool in the midst of the pandemic to submit paperwork.

    Access to food and other support is also very difficult as many centres and support services are closed.

    Barriers to Healthcare

    It is widely recognised that systemic racism has led to the disproportionate deaths of Black, Asian and minority ethnic people throughout the pandemic. Research has shown Black people are four times more likely to die than white people, and Bangladeshi or Pakistani groups are three times more likely. Many people from these communities are migrants, and many work in the National Health Service and social care sector.

    Research by Patients not Passports, Medact, Migrants Organise and the New Economics Foundation has shown that many migrants are avoiding seeking healthcare. 57% of respondents in their research report that they have avoided seeking healthcare because of fears of being charged for NHS care, data sharing and other migration enforcement concerns. Most people are unaware that treatment for coronavirus is exempt from charging. They also often experience additional barriers including the absence of translation and interpretation services, digital exclusions, housing and long distances from care services.

    Undocumented migrants are incredibly precarious. A project worker interviewed for the Patients not Passports Report shared that:

    “One client lived in a care home where she does live-in care and she has been exposed to Corona but has stated that she will not seek treatment and would rather die there than be detained.”

    Elvis, an undocumented migrant from the Philippines, died at home with suspected coronavirus because he was so scared by the hostility of Government policies that he did not seek any help from the NHS.

    For those that do try to access healthcare, issues such as not having enough phone credit or mobile data, not having wifi or laptops for video appointments, and simply not being able to navigate automated telephone and online systems because of language barriers and non-existent or poor translation, are having a very real impact on people’s ability to receive support. Fears of poor treatment because of people’s past experiences of discrimination and racism even if they access the services is another barrier.

    Exploiting Migrant Labour

    The exploitation of migrant labour has always been essential to sustaining capitalist economies. The pandemic generated contradictory responses from politicians and capitalists alike. Germany’s agricultural sector lobbied hard for opening the border after they were closed, leading the country to lift its ban and let in over 80,000 seasonal workers from Eastern Europe. Yet dilapidated living conditions and overcrowding are sparking new COVID-19 outbreaks, such as the 200 workers that contracted the virus at a slaughterhouse in western Germany.

    In mid May, the Italian government passed a law regularising undocumented migrants, whereby undocumented workers have been encouraged to apply for six-month legal residency permits. There are believed to be about 600,000 undocumented workers in Italy but only people doing ‘essential’ work during the pandemic can apply, mostly in the agricultural sector. Thousands of people live in makeshift encampments near fruit and vegetable farms with no access to running water or electricity.

    Working conditions carry risks of violence. On 18 May, five days after Italy’s regularisation law passed, a 33-year old Indian migrant working in a field outside of Rome was fired after asking his employer for a face mask for protection while at work. When the worker requested his daily wage, he was beaten up and thrown in a nearby canal.

    Conclusion

    The coronavirus crisis has exposed and intensified the brutality required to sustain capitalism – from systemic racism, to violent border controls, to slave labour for industrial agriculture, the list goes on. Despite extremely difficult conditions, undocumented migrants have formed strong movements of solidarity and collective struggle in many European countries. From revolts in detention centres to legal actions to empty them, people are continually resisting the border regime. As people reject a ‘return to normal’ post pandemic, the fall of the border regime must be part of a vision for freedom and liberation in a world beyond capitalism.

    https://corporatewatch.org/coronaborderregime
    #capitalisme #covid-19 #coronavirus #frontières #Europe #migrations #violence #asile #réfugiés #camps #camps_de_réfugiés #containment #rétention #campements #technologie #militarisation_des_frontières #Grèce #Turquie #violences_policières #police #refoulements #push-backs #Balkans #route_des_Balkans #santé #accès_aux_soins #travail #exploitation #pandémie #Frontex #confinement #grève_de_la_faim #fermeture_des_frontières

    ping @isskein @karine4 @rhoumour @_kg_ @thomas_lacroix

  • hunger strike and protest of asylum seekers in Slovenia

    Hunger strike and protests taking place in detention Centre for Foreigners in Slovenia due to inhumane conditions and unlawful detention of asylum seekers.

    Published by Slovenian initiative Ambasada Rog on Facebook (also copied in English below)

    https://www.facebook.com/ambasadarog/posts/1237550896579544?notif_id=1597998208072700&notif_t=page_share&ref=notif

    Published also in Slovene media (only in Slovene unfortunately):

    https://www.mladina.si/200747/ustrahovanje-s-psi

    https://www.rtvslo.si/slovenija/v-postojnskem-centru-za-tujce-naj-bi-gladovno-stavkali/533938

    –—

    Barbara Vodopivec, Slovenia

    HUNGER STRIKE IN CENTRE FOR FOREIGNERS

    Yesterday, new videos of the events in the Centre for Foreigners came to light, where a state of emergency continues to prevail. After the protest at the end of July, the situation did not improve, and asylum seekers want to warn the public with hunger strike about the unbearable situation. In the footage, visibly enraged asylum seekers point to a crippled person lying on the ground who is in need of medical attention. It was precisely because of the ignorance of the police towards such unbearable living conditions that some asylum seekers began with hunger strike. As the footage shows, the police reacted to the protest by entering the premises in the evening with police dogs, intimidating asylum seekers to go back to the containers.

    What triggered the protest?

    As already reported by the media, in June the Ministry of the Interior began with new practice of imprisoning asylum seekers in detention Centre of Foreigners in #Postojna. This led to an overcrowded capacity of the centre and creation of a special “container department” which is set up in a large, barred warehouse where asylum seekers are left without basic care, many still injured and without clean clothes, awaiting a decision from the Ministry of the Interior. They receive food through the bars and there is nothing done to take care of their health (it is by no means quarantine, as the common areas are sometimes shared by over 100 people, and new ones are coming all the time). Despite detention most of them do not receive any decision on deprivation of liberty which they could appeal and they do not have any access to legal aid. They wait for weeks or months without any information and any contact with the outside world. Some manage to begin asylum procedure during detention and wait for a decision from the Ministry of Interior, but the majority is deported to camps in Bosnia and Herzegovina through violent Croatian police. Many have already been beaten and robbed by the Croatian authorities, and testimonies about the confiscation of money and violence by Slovenian police officers are also becoming more frequent.

    Such a regime of detaining asylum seekers is not implemented anywhere else in Europe, as it clearly violates basic human rights. If a foreign country kept European citizens locked up in containers for months while assessing their visa applications, it would undoubtedly be a major international scandal.

    What do detained asylum seekers demand?

    The message is simple: “We are not criminals, we just want to live normal lives”.

    For several years, Slovenia has been returning them to inhumane camps in Bosnia and Herzegovina, denying access to asylum procedures. Now, above all, they are being detained even during asylum procedure. The police does this arbitrarily, preventing asylum seekers access to legal aid and manipulating their statements in proceedings. They want fair and transparent procedures, and now they are imprisoned in inhumane conditions without a reason and without a decision, which they have not experienced in any other country. They will continue the strike until they are released.

    Reçu via la mailing-list Migreurop, le 21.08.2020

    #asile #migrations #réfugiés #Balkans #route_des_balkans #grève_de_la_faim #Slovénie

  • #Mesnil-Amelot : #grève_de_la_faim et blocage de la promenade !

    Depuis mars et le début des annonces de #confinement dans pas mal de pays, la volonté marquée des préfectures de garder ouverts les centres de rétentions montre l’importance de ces prisons dans la gestion des frontières et des personnes par l’état français et les autres états européens.

    Ces derniers jours des luttes pour la liberté et l’accès au soin ont eu (et ont encore) lieu aux centres de rétention de Rennes et de Vincennes.

    Depuis quelques jours à la prison pour sans papier du Mesnil-Amelot des prisonniers (et au moins trois flics) ont été testés positifs au coronavirus. Les quarante prisonniers du CRA3 ont décidé de bloquer la promenade mercredi soir juste après avoir appris la nouvelle et de lancer une grève de la faim à partir du jour suivant. Ils ont été rejoint immédiatement par l’ensemble des prisonnièr.e.s du CRA2. Comme à chaque fois la direction a décidé de ne même pas discuter avec les prisonnier.e.s qui exigeaient leurs libérations immédiates et la fermeture ces prisons, la prise en charge médicale pour les malades. Les préfectures semblent toujours autant déterminer à enfermer quoiqu’il arrive et à expulser dès que c’est possible.

    Un prisonnier du CRA2 raconte la situation tendue à Mesnil.

    Salut ca va le moral ? Tu crois que tu peux raconter un peu la situation au Mesnil ?

    Ici c’est vraiment la merde tu vois. Le bat 11 à la base c’est celui des arrivants mais là il est fermé. Le CRA 3 on est moins nombreux qu’au CRA2. La dans un batiment y a 3 personnes, au 9 et au 10 y a 10 personnes. Donc on est 23 au moins. Aujourd’hui c’est chaud au CRA3 et au CRA2 et au batiment des femmes. Aujourd’hui ils ont annoncé c’est les tests pour tout le monde. Y en a ils ont refusé parce qu’ils prefèrent le faire quand ils seront libre. C’est normal nan ?

    Oui faut faire comme vous le sentez de toute façon.

    Ouai et on sait pas ce qu’ils vont faire après. Si on est en danger faut nous libérer. Mais là franchement c’est la galère. Ils veulent libérer personne. On a fait la grève de la faim pendant deux jours. Personne est venu nous parler. La cimade est plus là on parle par téléphone, mais ça c’est quand ils répondent..

    On nous a dit qu’il y avait plus le droit de visite le temps d’avoir le résultat des tests. Mais au CRA2 ils ont le droit de faire rentrer des gateaux mais que là bas. Chez nous c’est pas possible parce qu’ils disent que c’est pas le même cra genre le CRA2 ce serait la Belgique et ici la France quoi. Mais quand les flics du cra3 ils doivent intervenir au cra2 ils le font sans problème. Tout ça c’est du foutage de gueule.

    L’equipe d’aujourd’hui (le 14.08.2020) c’est les moins racistes mais tu rien obtenir. Déjà les flics c’est quelque chose mais alors la PAF c’est vraiment quelque chose…

    Par exemple nous on mange à 18h15 le soir mais les flics des fois ils refusent que tu sortes un pain pour te faire un sandwich. Pour la tondeuse tu dois toujours demander plusieurs fois parce qu’ils mentent à chaque fois genre « elle est cassée » ou « on l’a pas ». Ici les flics disent « c’est chacun sa manière de travailler » donc les règles changent tout le temps.. Enfin ils parlent pas de règles ou de lois hein… Une fois on m’ a filé une clé usb en parloir et les flics ont refusé que je l’avais fait rentrer (alors qu’une autre équipe avait déjà accepté) en demandant si y avait pas des appels à la prière dessus. Tu vois c’est toujours comme ça ici.

    Au CRA3 y a plus de solidarité. Hier ils ont bloqué la promenade et ils sont tous en grève de la faim.Nous on a fait la grève de la faim deux jours. Mais tu vois là on va dans la promenade pour faire un foot direct les flics interviennent pour vérifier qu’on va pas bloquer. Au bat des femmes aussi elles ont fait grève. La bas c’est chaud, y a au moins deux femmes enceintes.

    Nous on veut notre liberté, y a pas de vols rien. Ils nous donnent même pas le minimum. T’es obligé de manger à la gamelle. Même l’ofii (ceux qui vendent des cigarettes dans le CRA) des fois ils sont pas là et t’es pas prévenu donc on se retrouve sans clope. Les machines pour faire de la monnaie ou récupérer du café marchent pas. Ici c’est comme ça. Y a rien. Même avec le covid on est enfermé, y a pas de geste barrière on nous met en danger en fait.

    Quand tu rentres dans les zones ou y a les flics, le greffe ou l’ofii là on te donne un masque. Mais des fois c’est le même masque pour toute la journée, pas pour quatre heure.

    Tu vois quand ils faisaient chaud y a quelques jours ? Ils nous laissaient galérer dehors 15-20 minutes au soleil jusqu’à ce que tu sois dégouté et que tu repartes.

    C’est pour tout ça qu’on a fait la grève de la faim et que ceux du CRA3 ils luttent. Il faut du soutien de dehors et que les journalistes racontent comment ça se passe ici.

    C’est grave quand même de continuer à nous enfermer avec le covid, les frontières fermées et tout..

    Merci du soutien de dehors !

    https://abaslescra.noblogs.org/mesnil-amelot-greve-de-la-faim-et-blocage-de-la-promenade

    #CRA #détention_administrative #rétention #asile #migrations #réfugiés #France #coronavirus #covid-19

    ping @thomas_lacroix

  • « Cela pourrait être la fin » : la #Biélorussie se met en #grève pour faire tomber #Loukachenko

    Cheminots, acteurs, ouvriers, employés des secteurs informatique, automobile ou chimique… Les salariés de plus d’une vingtaine d’entreprises se sont joints aux #blocages et aux manifestations.

    Par Claire Gatinois Publié aujourd’hui à 04h48, mis à jour à 11h17

    Ce ne furent d’abord que quelques signaux : une démission au sein des forces de l’ordre ; un blocage dans une usine ; des fleurs, que les femmes apportaient pour honorer les victimes de la répression policière ; et ces « V » de la victoire que certains soldats de l’armée osaient discrètement faire depuis les fenêtres de leur camion, en signe de solidarité avec les manifestants. Puis, au fil des heures, ces signaux sont devenus un phénomène. Une vague. Un espoir. Les images de policiers jetant leur uniforme se sont multipliées, les démissions de fonctionnaires se sont enchaînées, les #manifestations pacifiques ont grossi à #Minsk et en province, et la grève a pris. Soudain, la Biélorussie s’est mise à y croire.

    Jeudi 13 août, au lendemain d’une quatrième nuit de révolte violemment réprimée, les citoyens avides de démocratie, ces femmes, ces ouvriers, ces étudiants, qui se battent depuis dimanche et l’élection présidentielle qui a octroyé un sixième mandat à l’autocrate Alexandre Loukachenko, ont cru au départ possible du président honni.

    « Cela pourrait être la fin », estime l’analyste politique Artyom Shraibman. Chacun sait qu’annoncer le crépuscule du régime est encore prématuré. Alexandre Loukachenko a démontré que la brutalité et l’arbitraire étaient, plus que jamais, inhérents à sa façon de gouverner. Après plus de 6 700 arrestations menées ces trois derniers jours – parfois de simples passants coupables d’avoir croisé les OMON, la police antiémeute, au mauvais endroit, au mauvais moment –, les forces de l’ordre ont continué jeudi, en pleine journée, à matraquer les vitres des voitures, à molester les manifestants et à disperser les foules.

    Mais, alors qu’Internet avait été rétabli – sans doute pour éviter l’effondrement de l’économie –, les images diffusées sur les réseaux sociaux ont démontré aux Biélorusses la puissance de la rue, le courage et la force de gens ordinaires. Les protestations de la nuit précédente avaient faibli sous le coup de la terreur exercée par le régime, qui a admis l’utilisation de balles réelles. Celles du jour suivant ont montré d’immenses files de femmes et d’hommes qui se sont formées spontanément dans les rues de Minsk et des villes de province. La police, qui la nuit n’avait guère d’état d’âme à frapper des gens sans défense, a semblé parfois démunie. Les images symboliques d’un peuple uni contre son dictateur se sont alors enchaînées, comme cette prière de représentants des Eglises chrétienne orthodoxe, catholique, protestante contre les violences à Minsk.

    C’est à ce moment-là, aussi, que dans les villes industrielles, les ouvriers se sont rassemblés. Au sein du groupe Belaz, fabriquant d’engins miniers, de camions, il y eut une réunion de travailleurs d’un genre que l’on n’avait pas vu depuis l’époque soviétique. Une grève a été programmée si quatre revendications n’étaient pas respectées d’ici à lundi : la démission du président et de son gouvernement, l’arrêt des violences policières, la libération des prisonniers politiques et l’organisation de nouvelles élections. Le symbole est fort. Belaz est l’un des joyaux industriels du pays. L’un des endroits où l’on avait toujours voté pour Loukachenko.

    « Belaz est en grève. Un effet domino va suivre. On peut dire maintenant avec certitude que Loukachenko a perdu le contrôle de la situation », s’est emballé le journaliste et commentateur biélorusse Franak Viacorka, sur Twitter. L’effet domino a, de fait, opéré. Cheminots, acteurs, ouvriers, employés des secteurs informatique, automobile ou chimique… se sont joints aux blocages et aux manifestations. A maints endroits, les leaders posaient la question : « Qui a voté pour Svetlana Tsikanovskaïa [l’opposante de Loukachenko] ? » Toutes les mains se levaient. Pour ceux qui en doutaient encore, il devenait clair que le scrutin présidentiel avait été biaisé.

    Réveil démocratique

    Les télévisions nationales, considérées comme des organes de propagande, ont, elles aussi, été submergées par ce réveil démocratique. Jeudi, plusieurs présentateurs, jusqu’ici soumis ou acquis au régime, se sont fait les avocats de l’opposition ou les critiques des violences policières, avant d’annoncer leur licenciement des groupes publics. Parmi eux, Vladimir Burko qui, pendant cinq ans, a présenté un programme pour vanter l’arsenal militaire de la présidence. Mercredi, la vedette du petit écran avait appelé les militaires à « réfléchir » avant de suivre les ordres du chef d’Etat. Le pays a également recensé la première démission d’un membre de l’administration présidentielle, Artyom Proskalovich, qui, sur Instagram, explique sans détour : « Je ne considère plus possible d’être avocat dans la fonction publique. »

    « Les manifestations prennent de l’ampleur. La population n’a plus de doute sur le fait qu’on lui a volé son vote. Les entreprises publiques, qui sont le socle de Loukachenko, se dérobent sous ses pieds, note Andrei Yeliseyeu, directeur de recherche au sein du think tank EAST Center. Qu’adviendra-t-il ? Le système Loukachenko permet difficilement d’imaginer une négociation avec l’opposition. Et s’il opte pour une réponse brutale, comme il l’a fait jusqu’à présent, cela peut très mal se terminer pour tout le monde. »

    Pour l’heure, les autorités ont semblé vouloir, pour la première fois depuis l’élection, apaiser les esprits. Si Loukachenko reste pour l’heure invisible et inaudible, la présidente du Sénat, Natalia Kotchanova, a appelé à « cesser l’autodestruction ». « Nous n’avons pas besoin d’un combat, nous n’avons pas besoin d’une guerre », a-t-elle déclaré à la télévision publique, tandis que le ministre de l’intérieur, Youri Karaev, présentait ses excuses pour les violences policières commises contre « des passants » n’ayant pas pris part aux manifestations. Dans la soirée, plus d’un millier de personnes ont été relâchées « avec l’obligation de ne pas participer à des manifestations non autorisées ». Un geste de mansuétude bien mince au regard des atrocités commises par le régime, dont ces prisonniers font déjà le récit.

    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/08/14/cela-pourrait-etre-la-fin-la-bielorussie-se-met-en-greve-pour-faire-tomber-l

  • Les détenus du Centre de détention fermé avant renvoi (#PROKEKA) de l’île de Kos résistent à l’expulsion par une grève de la faim et de la soif

    Les détenus du Centre de détention avant renvoi (PROKEKA) de Kos ont commencé il y a trois jours une #grève_de_la_faim et de la soif. Selon nos informations, au moins 100 personnes y sont détenues pendant une période indéterminée et jusqu’à ce que les procédures d’expulsion vers la Turquie voisine soient terminées, même si les renvois vers le pays voisin ont été gelés pendant des mois en raison du Coronavirus ; l est plus qu’incertain si et quand ils reprendront, dans la mesure où l’accord décrit dans la déclaration commune UE-Turquie a été également unilatéralement gelé par cette dernière.

    Cependant, à Kos, les requérants qui reçoivent une réponse négative en deuxième instance, sont conduits au centre de détention avant renvois, « dans des conditions abjectes », comme disent les solidaires sur l’île. Il est caractéristique que seule la police a le droit d’entrée dans le PROKEKA dans tout le pays, alors que même les avocats fermés ont du mal à y accéder.

    Les détenus de Kos, d’après les informations qui ont filtrées, ont commencé leur protestation en frappant les balustrades et les murs des cellules avec des bouteilles d’eau vides, à la suite de quoi il y a eu une invasion de CRS, mais personne ne sait ce qui en est suivie, sans doute une répression assez dure.

    Cependant, les groupes de solidarité expriment également leurs craintes quant au recours à la force et à la réaction des détenus qui ont peut-être déjà cousu leurs lèvres en signe de protestation.

    Vidéos disponibles à

    https://www.facebook.com/watch/?v=729529944514807

    https://www.facebook.com/watch/?v=278436760148659

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    Αντιστέκονται στην απέλαση με απεργία πείνας και δίψας

    Σε απεργία πείνας αλλά και δίψας βρίσκονται εδώ και τρεις ημέρες οι κρατούμενοι στο Προαναχωρησιακό Κέντρο Κράτησης Αλλοδαπών (ΠΡΟΚΕΚΑ) Κω. Σύμφωνα με πληροφορίες, πρόκειται για τουλάχιστον 100 άτομα που κρατούνται εκεί για άγνωστο χρονικό διάστημα και έως ότου ολοκληρωθούν οι διαδικασίες απέλασής τους στη γειτονική Τουρκία, οι οποίες αξίζει να σημειωθεί ότι έχουν παγώσει εδώ και μήνες λόγω κορονοϊού, ενώ παραμένει αμφίβολο αν και πότε θα ενεργοποιηθούν εκ νέου, αφού η συνολική συμφωνία που περιγράφεται στην κοινή δήλωση Ε.Ε.-Τουρκίας έχει επίσης παγώσει μονομερώς εκ μέρους της δεύτερης.

    Ωστόσο στην Κω όσοι λαμβάνουν και δεύτερη απορριπτική απόφαση οδηγούνται στο Προαναχωρησιακό Κέντρο Κράτησης, « κάτω από άθλιες συνθήκες » όπως σχολιάζουν αλληλέγγυοι στο νησί. Χαρακτηριστικό είναι ότι στα ΠΡΟΚΕΚΑ όλης της χώρας δικαίωμα εισόδου έχει μόνο η αστυνομία, ενώ προβλήματα πρόσβασης έχουν ακόμα και οι δικηγόροι !

    Οι κρατούμενοι στην Κω, σύμφωνα με όσα έχουν γίνει γνωστά, ξεκίνησαν τη διαμαρτυρία τους χτυπώντας τα κάγκελα και τους τοίχους των κελιών με άδεια μπουκάλια νερού, με αποτέλεσμα να σημειωθεί και εισβολή των ΜΑΤ, χωρίς όμως κανείς να γνωρίζει τα αποτελέσματά της καθώς και τις μεθόδους καταστολής που ακολούθησαν.

    Αλληλέγγυοι πάντως εκφράζουν φόβους για χρήση βίας καθώς και για την αντίδραση των κρατουμένων που ενδεχομένως να έχουν ράψει τα στόματά τους.

    https://www.efsyn.gr/ellada/koinonia/251466_antistekontai-stin-apelasi-me-apergia-peinas-kai-dipsas

    –-> Info reçu via la mailing-list Migreurop, le 10.07.2020

    #hotspot #asile #migrations #réfugiés #Kos #îles #Grèce #rétention #détention_administrative

    • Refugees trapped on Kos: An unspeakable crisis in reception conditions

      Hundreds of refugees are forced to live in boxes made out of cardboard and reed or makeshift sheds inside and outside of the Kos hotspot, in the utmost precarious and unsuitable conditions, without access to adequate medical and legal assistance. Since last April, the Kos hotspot, located on a hill at the village of Pyli, 15km outside of the city, is overcrowded, while the number of transfers of vulnerable refugees from the island to the mainland is significantly lower[1] compared to other islands, therefore creating an unbearable sense of entrapment for the refugees. RSA staff visited the island recently, spoke with refugees[2] living at the hotspot and visited the surrounding area. The images and testimonies cited in this document point out an unspeakable crisis in reception conditions.

      https://www.youtube.com/watch?v=Rs1wBP1PeXk&feature=emb_logo

      A former military camp in the village of Pyli serves as the Kos hotspot, despite intense protests residents; it started operating in March 2016 following the implementation of the toxic EU – Turkey Deal. According to official data, a place designed for a maximum occupancy of 816 people and 116 containers is now accommodating 3.734 people. Given the lack of any other accommodation structure on the island, the above number includes those living in makeshift sheds inside the hotspot as well as in crumbling abandoned buildings and tents outside of it. This severe overcrowding has led the authorities to use the Pre-removal Centre as an area for the stay for asylum-seekers– who are under restriction of their freedom of movement – including vulnerable individuals, women and families.

      According to UNHCR, the majority of asylum-seekers come from Syria, the Democratic Republic of the Congo, Palestine and Iraq, while children make up for 27% of the entire population. This data points out that, despite the dominant opposite and unfounded rhetoric, most of the newcomers are refugees, coming from countries with high asylum recognition rates.

      “We are living like mice”

      Two large abandoned buildings stand outside the hotspot; they are accessible only through debris, trash and a “stream” of sewage. RSA met with refugees who live there and who described their wretched living conditions. “Here, we are living like mice. We are looking for cardboard boxes and reeds to make ourselves a place to sleep. At night, there is no electricity. You look for an empty space between others, you lay down and try to sleep”, says an English-speaking man from Cameroon, who has been living in one of these abandoned buildings for two months. It is an open space full of holes in the walls and a weathered roof of rusty iron[3].

      Cardboard rooms

      African refugees, men and women have found shelter in this utterly dangerous setting. They have made a slum with big cardboard rooms, one next to the other, where the entrance is not visible. As the refugees sleeping in this area mention, there is cement and plaster falling off of the roof all the time. A vulnerable female refugee from Africa described to us her justified fear that her living conditions expose her to further danger.
      “The police told us to go find somewhere to sleep, there is no room at the hotspot. I am scared in here among so many men, because there is no electricity and it gets dark at night. But, what can I do? There was no room for me inside”.

      A blanket for each person

      The situation for Afghan families living in rooms of the other abandoned building, a few meters away, is similar. “When we take our children to the doctor, he writes prescriptions and tells us to buy them by ourselves. No one has helped us. When we arrived, they gave only one blanket to each one of us. Us women, we don’t even have the basics for personal hygiene”, says a young Afghan who has been living here for a month with her daughter and her husband. “They give us 1.5lt of water every day and pasta or potatoes almost daily”, says a young Afghan.

      In that space we met with refugees who complain about snakes getting indoors, where people sleep. Many try to shut the holes in the abandoned buildings to deter serpents from entering and to protect themselves from the cold. “We shut the holes but it is impossible to protect ourselves, this building is falling apart, it is really dangerous”, says a man from Afghanistan.

      There are no toilets outside of the hotspot; a cement trough is used as a shower for men, women and children, along with a hose from the fields nearby. There, they collect water in buckets and take it to their sheds. Alongside the road leading to the hotspot, refugees are carrying on their shoulders mattresses they have found in the trash, to put them in their tents and sheds.

      According to UNHCR, following a request by the Reception and Identification Authority, 200 tents were donated to the hotspot. This said, the Authorities have yet to find an appropriate space to set them up.

      Unbearable conditions inside the hotspot

      At the moment, there is not really a “safe zone” for unaccompanied minors, despite the fact that there is a space that was designed for this purpose, as families seem to be living in UNHCR tents in that space. The area is not completely protected and according to reports adults, who use the hygiene facilities, can enter there.

      Due to the overcrowding, lodgings have been set up in almost every available space, whereas, according to testimonies, there are serious problems with electricity, water supply, sewage disposal and cleanliness. The refugees mention that there is only one public toilet for those not living in a container, lack of clothing, shoes and hygiene products. Some told us that they left the hotspot because of the conditions there, in search of a living space outside of it. Such is the case of a Syrian refugee with his son, who are sleeping in a small construction near the hotspot entrance. “I found two mattresses in the trash. It was so filthy inside and the smell was so unbearable that I couldn’t stand it. I was suffering of skin problems, both me and the child”, he says. Tens of other refugees are sleeping in parks and streets downtown and depend upon solidarity groups in order to attend to their basic needs.

      Several refugees told us that they are in search of ways to work, even for free, in order to be of use. “I want to do something, I can’t just sit around doing nothing, it is driving me crazy. Would you happen to know where I could be of help? They say they don’t need me at the hotspot, is there anything I could do for the town of Kos? Clean, help somehow?”, a young Palestinian asks.

      Inadequate access to medical care

      Refugees living in the hotspot point out the inadequate or non-existent medical care. “We queue up and, if we manage to get to a doctor, they tell us to drink water, a lot of water, and sometimes they give paracetamol. There is no doctor at night, not even for emergencies. If someone is sick, the police won’t even call an ambulance. Take a taxi, they tell us. The other day, my friend was sick with a high fever, we called a taxi, but because the taxi wouldn’t come to the hotspot entrance, we carried him down the road for the taxi to pick us up”, says a young refugee.

      According to reports, at this moment there is only one doctor at the hotspot and only one Arab-speaking interpreter among the National Public Health Organization (NPHO) staff; during the summer, because of the limited NHPO staff, there were serious delays in medical tests and vulnerability screenings. Also, Kos hospital is understaffed, with whatever the consequences might be for the locals and the refugees in need of medical care[4].

      Not having a Social Security Number makes things even worse for those in need of medication, as they have to pay the entire price to buy it. The amount of 90 EURO that they receive as asylum-seekers from the cash program (cash card), especially when they have a health issue, is not enough. Such is the testimony of a woman from Africa, living in one of the abandoned buildings outside the hotspot. “It is dangerous here, we are suffering. It is difficult in these conditions, with our health, if you go to the hospital, they won’t give you medication. They will write you a prescription and you will have to buy it with your own money”, she tells us.

      Problems with free access to medical care for the thousands of newcomers increased sharply since July 2019 because the Foreigner Health Card system did not work and the Minister of Labor revoked[5] the circular on granting a Social Security Number to asylum-seekers, since the matter has yet to be regulated.

      Under these circumstances, survivors of a shipwreck (caused by the Coast Guard ramming a refugee boat near Kos resulting in the death of a 3-year old boy and a man) were transferred last week. According to the press, the 19-year old mother of the child, a few hours after the shipwreck and while still in shock, grave mourning and exhaustion, was transferred to the Reception and Identification Centre in order to be registered.

      Repression and police brutality

      According to the testimonies of at least four refugees, their protests are mostly dealt with repression, while there are reports on use of police violence in these situations. “Every time there is an issue, we go to the police and tell them do something, you have to protect us. They tell us to go away and if we insist, they start yelling and, if we don’t leave, they beat us”, says a minor Afghan who is living in the hotspot with his family. “If we complain, no one listens to you. It is a waste of time and you risk getting in trouble”, a 41-year old man from Africa, who has been living for the past six months inside the hotspot in a shed made of cardboard boxes, explains to us. ”A month ago, when we had the first rain, people were complaining, but it did nothing other than the riot police coming over”, they are telling us.

      Huge delays in the asylum process

      Many of those we met have yet to receive the threefold document and still have no access to the cash program. Newcomers have only received their “Restriction of Freedom Decision”, valid for 25 days; several have told us that the information on the asylum process is incomplete and they are having difficulty understanding it. At the end of the 25 days, they usually receive a document titled “Service Note of Release” where there is mention of the geographical restriction on the island of Kos. Lately, a notification for the intention to claim asylum is required.

      According to reports, at the moment there is a large number of people whose asylum process has not advanced (backlog). “Some of us have been here for 4-6 months and we haven’t even had a pre-interview[6] or an interview yet”, says a woman from Cameroon who is living in the hotspot.

      Arrivals have particularly increased in the past months, while refugees arriving in smaller islands, such as Kalymnos, Symi, are transferred to the Kos and Leros hotspots. According to UNHCR, a recent transfer of refugees from Kos to the mainland took place on 6 October and concerned 16 individuals. [7]. Due to the fact that in Kos the geographic restriction was not usually lifted in the past months, hundreds of people are trapped in these extremely precarious conditions. This appears to be happening because of the delays in the asylum process and the lack of medical staff, resulting to vulnerable individuals not being identified, combined with the lack of available space in the mainland structures and the prioritization of other islands that have hotspots.

      In Kos, there is free legal aid by four lawyers in total (a Registry lawyer, Metadrasi, Greek Refugee Council, Arsis), while there is great lack of interpreters both in the hotspot and the local hospital.

      Lack of access to education

      With regard to the refugees children’s education, evening classes in the Refugee Reception and Education Centres (RREC) have yet to start. According to UNHCR data, more than 438 children of school and pre-school age – aged 5 to 17-years old – are living in the hotspot[8] .

      In total, 108 children attend the Centre of non-typical education (KEDU) of Arsis Organization near the hotspot, funded by UNHCR. Any educational activity inside the hotspot, take place as part of an unemployment program by the Manpower Employment Organization. According to reports, the kindergarten providing formal education that operated in the previous two years inside the hotspot under the Ministry of Education is now closed as safety reasons were invoked.

      Detention: bad conditions and detention of vulnerable individuals

      The Pre-removal Centre next to the hotspot, with a capacity of 474 people, is currently detaining 325 people. According to UNHCR observations, the main nationalities are Iraq, Cameroon, Egypt, Syria and Pakistan.

      According to reports, newcomers in nearby islands that are transferred to Kos are also detained there until they submit their asylum claim. Also, people who have violated the geographic restriction are also held there. Among the detainees, there are people who have not been subjected to reception procedures process due to shortcomings of the Reception and Identification Authority[9]. Characteristically, following his visit to Kos in August 2019, Philippe Leclerc, the UNHCR Representative in Greece, reported: “I also visited the pre-removal centre on Kos, which since May 2019 has broadly been used as a place for direct placement in detention, instead of reception, of asylum-seekers, including women and those with specific needs, some of whom without prior and sufficient medical or psychosocial screening, due to lack of enough personnel”.

      In the context of the pilot project implemented in Lesvos, even extremely vulnerable individuals are being detained, despite the fact that there is no doctor in the Pre-removal Centre. An African refugee with a serious condition told us “I was in the Pre-removal Centre for three and a half months. I almost collapsed. I showed them a document from my country’s hospital, where my condition is mentioned, I asked them for a doctor, but they brought a nurse. Now I sleep in a room made of cardboard and reed outside of the hotspot”.

      According to complaints by at least two people who have been detained at the Pre-removal Centre, the police broke the camera of their mobile phones, that resulted in the phones not functioning and them losing their contacts and the only means of communication with their families. “Inside the Pre-removal Centre we didn’t have access to a doctor nor to medication. There was a nurse, but we were receiving no help. Also, we didn’t have access to a lawyer. When we complained, they transferred us to another wing, but all the wings were in an equally bad condition. Many times those who complained were being taken to the police station”, says a 30-year old man from Gambia.

      https://rsaegean.org/en/refugees-trapped-on-kos

    • L’administrateur du hotspot de Kos exclut les #enfants réfugiés de l’#école pour les punir de ne pas avoir respecté le confinement

      George Pagoudis

      Le directeur du hotspot de l’île de Kos, Giannis Frangoulis, a puni les mineurs isolés qui vivent dans le camp, en les privant du droit à l’éducation, La raison en est le désir des mineurs de échapper un peu du milieu étouffant du camp et des restrictions de circulation imposées par le ministère de l’Immigration aux demandeurs d’asile sur les îles. [Le confinement dans les hotspots instauré il y a 3 mois et demi a été pour la 5ième fois consécutive reconduit jusqu’au 19 juillet]. Afin de prendre un peu d’air frais, les jeunes étaient sortis pour se balader.

      Mais le directeur du hotspot, montrant une poigne de fer face aux mineurs isolés, leur a interdit d’aller à l’école où ils étudient tous les jours, les privant ainsi de la seule activité alternative et de toute possibilité de s’intégrer harmonieusement à la société.

      « Il convient de noter que les mineurs isolés constituent un groupe particulièrement vulnérable de la population réfugiée, car ils se trouvent dans le pays sans réseau de soutien familial. Le procureur du Tribunal de première instance de Kos est responsable de leur prise en charge et de leur suivi temporaires, mais aussi de tout ce qui concerne les enfants », note dans un communiqué le collectif" Refugees Kos "qui pose également une série de questions :

      « Le procureur est-il au courant de cette décision de l’administrateur du camp ?

      Les ONG et le Haut-Commissariat des Nations Unies en tant que défenseurs des droits humains fondamentaux, en sont conscients et, si oui, quelles mesures ont-ils prises ?

      La punition est-elle un moyen approprié pour faire ‘entendre raison’ aux enfants ?

      La privation de l’unique possibilité d’avoir accès à l’éducation peut-elle être utilisée comme une forme de punition ?

      Quelqu’un s’est-il déjà demandé quelles sont les conséquences d’une telle sanction pour les adolescents qui vivent dans une prison à ciel ouvert depuis plusieurs mois ?

      La Grèce, en tant que pays européen et en 2020, soutient-elle une telle tactique ? »

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      Εκδικητικά εκτός σχολείου ανήλικοι πρόσφυγες στην Κω

      Με στέρηση του δικαιώματος στη μάθηση τιμώρησε ο διοικητής του ΚΥΤ στην Κω Γιάννης Φραγκούλης τα ασυνόδευτα ανήλικα που ζουν στον καταυλισμό. Αιτία, η θέληση των ανηλίκων να ξεφύγουν λίγο από το ασφυκτικό πλαίσιο του ΚΥΤ και των περιορισμών στην κυκλοφορία που έχει επιβάλει το υπουργείο Μετανάστευσης στους αιτούντες άσυλο στα νησιά, και η οποία τους οδήγησε να κάνουν σκασιαρχείο από εκεί, προκειμένου προφανώς να πάρουν μια ανάσα.

      Ετσι, ο διοικητής, επιδεικνύοντας σιδερένια πυγμή στους ασυνόδευτους ανήλικους, τους απαγόρευσε να πηγαίνουν στο σχολείο όπου φοιτούν καθημερινά, στερώντας τους έτσι τη μόνη εναλλακτική απασχόληση και την όποια ευκαιρία ομαλής ένταξης στην κοινωνία.

      « Αξίζει να σημειωθεί πως οι ασυνόδευτοι ανήλικοι αποτελούν μια ιδιαίτερα ευάλωτη ομάδα του προσφυγικού πληθυσμού, καθώς βρίσκονται στη χώρα χωρίς κάποιο οικογενειακό υποστηρικτικό δίκτυο. Υπεύθυνος για την προσωρινή φροντίδα και επιμέλειά τους αλλά και για οτιδήποτε αφορά τα παιδιά είναι ο εισαγγελέας Πρωτοδικών Κω » σημειώνει σε ανακοίνωσή της η συλλογικότητα « Refugees Kos » που θέτει και μια σειρά ερωτημάτων :

      « Ο εισαγγελέας είναι ενήμερος για αυτή την απόφαση του διοικητή ;

      Οι Μη Κυβερνητικές Οργανώσεις αλλά και η Υπατη Αρμοστεία του ΟΗΕ, ως υπερασπιστές των βασικών ανθρώπινων δικαιωμάτων, γνωρίζουν το γεγονός και, εάν ναι, σε τι ενέργειες προέβησαν ;

      Η τιμωρία ενδείκνυται ως μέσο σωφρονισμού ;

      Η στέρηση της μοναδικής ευκαιρίας για εκπαίδευση μπορεί να χρησιμοποιηθεί ως τρόπος τιμωρίας ;

      Αναρωτήθηκε ποτέ κανείς τι συνέπειες έχει μία τέτοια τιμωρία σε έφηβους που ζουν τους τελευταίους πολλούς μήνες σε μία υπαίθρια φυλακή ;

      Η Ελλάδα, ως ευρωπαϊκή χώρα και εν έτος 2020, υποστηρίζει μια τέτοια τακτική ; »

      https://www.efsyn.gr/ellada/koinonia/251463_ekdikitika-ektos-sholeioy-anilikoi-prosfyges-stin-ko

      Reçu par Vicky Skoumbi, via la mailing-list Migreurop, le 11.07.2020

      #punition

  • « L’arme la plus puissante des locataires est de ne pas payer leur loyer. » Entretiens autour des mobilisations de locataires et de la grève des loyers aux États-Unis (1/3)
    Par Lucile Dumont

    Partout dans le monde, la pandémie de Covid-19 agit comme un puissant révélateur des inégalités sociales. Aux États-Unis, elle s’articule notamment à la crise du logement que connaît le pays depuis de nombreuses années : la spéculation immobilière, la gentrification et la flambée des loyers ont conduit à une explosion du nombre de sans-abris. La crise sanitaire et les pertes d’emploi qu’elle a entraînées ont mis de très nombreux⋅ses locataires dans l’impossibilitéde payer leur loyer. Face à des mesures insuffisantes de la part des pouvoirs publics, les appels à la grève des loyers se sont multipliés, et les mobilisations autour des questions de logement ont nourri la dynamique existante des syndicats de locataires dans plusieurs grandes villes.

    Entretien avec Rob Wohl, qui participe à la campagne Stomp Out Slumlords à Washington, et Julian Francis Park, membre du Tenant and Neighborhood Councils à Oakland, dans la baie de San Francisco.

    https://www.jefklak.org/larme-la-plus-puissante-des-locataires-est-de-ne-pas-payer-leur-loyer

  • Qu’est-ce qu’un syndicat peut faire contre le racisme outre écrire des communiqués ?

    L’ILWU (syndicat de dockers aux USA et au Canada) a décidé de faire grève le 19 juin (date de l’abolition officielle de l’esclavage aux USA) pendant 8 heures :
    https://ilwu.ca/juneteenth-shutdown-june-19-2020

    Les dockers ferment les ports de la côté ouest contre les violences policières
    Révolution Permanente, le 21 juin 2020
    https://www.revolutionpermanente.fr/Etats-Unis-Les-dockers-ferment-les-ports-de-la-cote-ouest-contr

    A propos du ILWU, et contrairement à ce que dit la version française de wikipedia, c’est un syndicat combatif, qui s’est mis en grève entre autre contre la guerre en Irak en 2008, ou contre la guerre à Gaza en 2014...

    The Survival of the ILWU at Stake !
    Jack Heyman, Counterpunch, le 12 février 2020
    https://www.counterpunch.org/2020/02/12/the-survival-of-the-ilwu-at-stake

    #USA #syndicats #ILWU #dockers #grève #racisme #violence_policière #George_Floyd #ACAB #racisme_systémique

  • CAISSE DE GRÈVE
    « RÉFORME » DES RETRAITES
    Plus de 3 millions d’euros collectés et 99,3% des sommes redistribuées !

    Inédit, incroyable, du jamais vu : avec 3 253 061 € collectés, redistribués à 99,3 % aux grévistes de toute la France, la Caisse de solidarité de la CGT Info’Com et SUD Postes 92 a permis de rendre visible le soutien d’une large part de la population aux salarié(es) engagé(es), à l’hiver 2020, dans une grève de plusieurs mois contre une réforme moins-disante des retraites.

    Jamais une caisse de grève n’avait autant collecté pour soutenir et faire durer une lutte, partout où cela a été possible. La volonté de transmettre la solidarité à l’ensemble des acteurs opposés à la réforme des retraites Delevoye-Macron, sans critères d’adhésion ou de couleur syndicale, explique en partie le succès de cette initiative. Ainsi, plus de 130 dossiers collectifs et des dizaines de demandes individuelles ont été honorés, en cet hiver 2020, représentant, à ce jour, 99,3 % des dons. Parmi eux, des cheminots, des salariés de la RATP, des enseignants, des soignants, des personnels administratifs, des salariés de l’énergie, des femmes de chambre, des travailleurs du jeu vidéo et de nombreux autres grévistes du privé. Tous ont concrètement été aidés à boucler leurs fins de mois, malgré des fiches de paie approchant 0 €. Les modalités de distribution, notamment la volonté de confier au niveau local la définition des critères précis, ont concouru à rendre pertinent cet outil de solidarité pour les luttes à venir. Il n’est pas une fin en soi, mais un appui.

    Conforme à notre volonté de transparence, de nombreux indicateurs sont disponibles en temps réel sur le site internet dédié à la Caisse de grève ici :

    https://www.caisse-solidarite.fr
    (onglet « #Transparence » ou « #Dons Versés »).

    Évidemment, ce succès indéniable a été rendu possible par les quelque 40 000 donateurs, et nous tenons en cela à vous remercier. En coordonnant les « petits » et les « gros » dons, individuels et collectifs, nous avons réussi à donner un large écho à cette lutte emblématique, qui n’est d’ailleurs pas terminée. Aux dizaines de milliers de dons individuels d’anonymes, de personnalités ou d’organisations associatives, syndicales, etc., sont venues s’ajouter des dizaines d’initiatives diverses de collectifs de lutte ou de militant(es) qui ont alimenté ce fonds au service des salarié(es) en lutte. Nous pensons notamment au Stream reconductible, à la revue Plein le dos, au village Emmaüs de Pau, aux collectifs Attac, Stop Précarité, etc. Sans ces contributeurs, nous n’aurions pas pu aider autant de grévistes. Un grand merci à tous pour cette réussite collective.

    ET MAINTENANT ?
    Notre détermination à contrer la politique gouvernementale ou patronale et ses conséquences est intacte. Nous aurons, dans les jours et mois à venir, toujours besoin de faire vivre les solidarités et de soutenir les travailleurs en lutte. Aussi, cette caisse de solidarité continue son activité. N’hésitez pas à faire ou à refaire un don, en fonction de vos moyens, pour préparer et soutenir les prochaines luttes interprofessionnelles.

    LE BILAN COMPLET C’EST POUR QUAND ?
    Conformément à notre démarche, nous allons éditer une plaquette bilan, à la rentrée, afin d’assurer aux donateurs la transparence totale sur cette initiative. Même si beaucoup d’éléments sont en ligne en temps réel sur le site, nous vous enverrons ainsi un point plus précis de l’utilisation des sommes collectées et de leur répartition.

    AIDEZ-NOUS À FINANCER CETTE INITIATIVE MILITANTE
    Conformément à nos engagements, 100% des dons versés à cette Caisse de solidarité ont vocation à être redistribués. Aucun frais n’a été déduit des sommes collectées : tous ont été pris en charge par le syndicat Info’Com-CGT, sur son propre budget.

    Si vous avez apprécié cette initiative, sa transparence, son utilité, son efficacité, vous pouvez nous aider à assurer l’indépendance de ce dispositif, à assumer avec nous les frais inhérents au fonctionnement de cette Caisse de grève (dépenses de communication, d’affranchissement, de déplacements, les salariés qui ont absorbé un important travail pour assurer la logistique, le logiciel de gestion développé pour gérer les dons, le site internet... N’hésitez pas à verser un don libre ici :


    www.lepotcommun.fr/pot/infocomcgt

    Et si la prochaine fois on se payait plutôt le même truc que les ouvrières dans Louise Michel ?

  • Health workers continue strike in Sulaimani province, as coronavirus cases skyrocket - Rudaw

    Sulaimani province, the Kurdistan Region’s COVID-19 epicentre, is facing a daunting challenge, as many of the province’s health workers go on strike to protest not receiving their salaries, right when the number of active virus cases nears a thousand.

    The Kurdistan Region’s health ministry confirmed Monday 166 new cases of the novel coronavirus and seven deaths in the last 24 hours. Six of the deaths and 127 of the cases are reported to be in Sulaimani province.

    #Covid-19#Iraq#KRG#Sulaimani#Gréve#Hopitaux#Medecin#Pandémie#Santé#migrant#migration

    https://www.rudaw.net/english/kurdistan/150620202

  • Grève interprofessionnelle : de quelques secteurs où ça bloque – CONTRETEMPS
    http://www.contretemps.eu/rendre-possible-greve-interpro

    Autre enjeu de taille : répondre syndicalement à ceux qui pensent que le travail ne doit pas être arrêté, et qui témoigne d’un rapport au travail qui est à la fois celui d’une fierté et d’une aliénation. Que signifie un travail qu’on ne peut pas arrêter ? Les éboueurs réticents à l’arrêt du travail expliquent simplement que les poubelles qu’ils ne ramassent pas aujourd’hui seront toujours là demain. Elles seront recouvertes par d’autres sacs, grossissant le tas de déchets. D’où l’utilité de leur passage quotidien, et d’où, aussi, la difficulté à envisager de débrayer.

    Pour expliquer leur impossibilité à s’arrêter, certains travailleurs mettent en avant la “charge de travail”. Cette notion est devenue clé dans les préoccupations syndicales et par ricochet dans la possibilité de faire grève. Elle est souvent utilisée pour dénoncer une surcharge de travail. Elle implique que le travail ne peut pas s’arrêter. Comme si aucun tri, aucun choix, aucune priorisation n’était possible. Les notions “d’objectif” et de “rentabilité” sont passées par là. Elles ont donné des allures de châtiment de Sisyphe au travail. Il ne s’agit pas tant de sauver la vie d’une personne ou de terminer un dossier, que de tenir le rythme effréné et sans fin du travail contemporain.

    • La grève de décembre-janvier dernier a bousculé le pouvoir politique et est restée populaire dans la population pendant toute sa durée, parvenant notamment à démontrer largement à quel point la contre-réforme des retraites est vouée à accroître les inégalités existantes. Pourtant, le mouvement n’a pas réussi à faire reculer le gouvernement, notamment parce qu’il n’est pas parvenu à étendre la grève à l’ensemble de l’économie de manière à intensifier le rapport de force.

      Dans ce texte, #Clémence_Fourton et #Anouk_Colombani interrogent les raisons de ce blocage de la dynamique de la grève dans certains secteurs, notamment associatifs, culturels et universitaires. Elles montrent ainsi qu’on ne saurait les réduire à un simple manque de volonté ou à un défaut de stratégie de la part des directions syndicales, ou à un produit mécanique de la #précarité et des bas salaires, même si ces deux facteurs ont joué un rôle non-négligeable.

      Surtout, elles livrent des pistes pour tenter de stimuler la grève dans des secteurs où l’on considère souvent spontanément que celle-ci serait vouée à n’engendrer aucun effet pour la lutte globale, voire à s’avérer contre-productive.

      #travail #luttes #grève #grève_interprofessionnelle #syndicalisme

  • Bataille sur le montant de la prime promise dans les Ehpad du groupe Korian
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/26/bataille-sur-le-montant-de-la-prime-promise-dans-les-ehpad-du-groupe-korian_

    Alors qu’une grève a été lancée lundi au sein du groupe, la direction promet 1 500 euros à tous ses salariés, mais intègre dans cette somme celle déjà promise par l’Etat.

    Une prime peut en cacher une autre. Lundi 25 mai, jour de l’ouverture du « Ségur de la santé », une grève a été lancée au sein du groupe Korian, à l’appel de la CGT, FO et SUD, pour obtenir le versement d’une prime maison, en plus d’une autre promise par l’Etat, en reconnaissance des efforts des salariés durant la crise sanitaire due au Covid. En réponse au mouvement, la direction du groupe a promis de verser 1 500 euros à l’ensemble de ses 24 000 salariés en juillet. Un montant supérieur de 500 euros à celui promis, le 27 avril, par la directrice générale du groupe, Sophie Boissard.

    Selon les grévistes, cependant, le « compte n’y est pas » encore. Ils demandent que la prime maison s’ajoute intégralement à celle promise par le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, le 7 mai, pas seulement qu’elle la complète. « On ne veut pas seulement des remerciements symboliques, on veut les deux primes » , confie Cynthia Mouyombo qui a manifesté lundi avec une trentaine de salariés devant l’établissement Korian Les Merlettes à Sarcelles (Val-d’Oise).

    M. Véran s’était engagé, début mai, à verser une prime à « tous les personnels de tous les Ehpad de France, quel que soit leur statut » . Le montant promis est de 1 500 euros dans les quarante départements classés en rouge « où l’épidémie aura été la plus forte » . Il n’est en revanche que de 1 000 euros dans ceux classés en vert. Cette prime doit être entièrement financée par l’Assurance-maladie.

    « Pas satisfaits »

    « Nous proposons une prime majorée et élargie à tout le personnel. Mais il n’a jamais été question d’accorder deux primes. On attend le décret du gouvernement pour connaître les conditions exactes de l’octroi de la prime de l’Etat » , explique ainsi la directrice des ressources humaines de #Korian, Nadège Plou. Le mécanisme est toutefois déjà arrêté : Korian abondera la prime pour les salariés qui travaillent dans les zones vertes. En Ehpad, ils pourront obtenir jusqu’à 500 euros de l’entreprise. En clinique, ils pourraient se voir attribuer jusqu’à 1 000 euros, puisque la prime Véran pourrait être de 500 euros seulement, explique Mme Plou.

    « On n’est pas satisfaits du tour de passe-passe , déplore Albert Papadacci, délégué syndical central CGT au sein de l’entreprise. Korian ne va pas verser 1 500 euros aux 24 000 salariés, comme il le prétend. Il va donner à la moitié d’entre eux, ceux qui travaillent dans la zone verte, entre 500 et 1 000 euros. Si la direction avait versé fin avril la prime que nous réclamions depuis le 20 mars, nous aurions pu la cumuler avec celle de Véran. » Selon le syndicaliste, « la direction de Korian a souhaité que le gouvernement prenne un engagement financier pour pouvoir ensuite communiquer sur l’affichage d’une prime égale pour tous en se contentant de compléter le montant ».

    « On veut bien saluer les 1 500 euros promis lundi, mais Korian se rembourse sur la prime Véran » , regrette également Isabelle Jallais, déléguée générale centrale FO et infirmière dans un Ehpad à Fondettes, près de Tours.

    Les trois syndicats ont prévu de maintenir la pression sur la direction, qui promet la poursuite de négociations salariales avec les partenaires sociaux. Korian n’est pas le seul à avoir arrêté ce montage. Autre grand groupe commercial, Orpéa attend la publication du décret du gouvernement pour communiquer sur la prime complémentaire qu’il consentira à ses salariés. L’Etat a provisionné 506 millions d’euros au total pour les primes aux salariés des Ehpad qui seront versées en juillet. Que l’Assurance-maladie soit mise à contribution pour les personnels du privé comme pour ceux du public est une première.

    Des métastases de l’utilisation du chômage partiel au profit des employeurs, comme c’est étrange.

    #argent_public #Ehpad #grève #prime (et pas) #salaire...

  • Nous sommes en grève des données informatiques - Collectif de la pédopsychiatrie du 19e en lutte
    https://paris-luttes.info/nous-sommes-en-greve-des-donnees-13987

    Communiqué du Collectif de la pédopsychiatrie du 19e en lutte du 13 mai 2020 faisant suite à l’appel du Printemps de la psychiatrie : halte au codage du soin ! Nous avons besoin de soutien et que le plus grand nombre puisse nous rejoindre dans ce type d’action. Couper l’herbe sous le pied des gestionnaires et de la technostructure en arrêtant de leur fournir des données.

    Suite à l’appel du Printemps de la psychiatrie, opération « déconnexion », halte au codage du soin, et à l’enquête militante sur les logiciels de recueil de données informatiques en psychiatrie, nous avons décidé de passer à l’action au milieu de la période de confinement.

    Voici notre communiqué :

    Nous, soignantes et soignants du collectif de la pédopsychiatrie publique du 19e arrondissement de Paris intégrée au groupement hospitalier universitaire – Paris, psychiatrie & neurosciences (GHU), avons décidé, à compter de ce jour et pour une durée illimitée, d’une grève des actes et des données. Cette décision nous la prenons alors que l’épidémie de Covid-19 bat son plein et que la direction nous impose de remplir des grilles d’actes pour coder le télétravail. Nous refusons de participer à la normalisation de ce recours au télétravail. Et plus généralement, nous refusons de continuer à participer au recueil d’informations médicales en psychiatrie (RIM-P) via le logiciel Cortexte qui est le bras armé des mesures d’austérité, du lean management et du contrôle gestionnaire de nos services qui pèsent depuis de nombreuses années sur la psychiatrie publique. Ce recueil de données prépare la réforme du financement de la psychiatrie qui se verra imposée un système de tarification standardisée pour janvier 2021 très proche du système de tarification à l’acte à l’hôpital général (médecine, chirurgie et obstétrique). Nous voyons bien, à l’heure qu’il est, le péril que représentent ces politiques gestionnaires.

    #psychiatrie #grève_du_codage #Printemps_de_la_psychiatrie

  • Les #universitaires, des travailleur.euse.s comme les autres ? Au sujet de la #grève à l’#université

    Rédigé par deux jeunes chercheurs·ses précaires, Anna Brik et Andréas Albert, ce texte voudrait contribuer à un débat déjà ancien, mais rouvert récemment à l’occasion de l’entrée des enseignant.e.s-chercheur.euse.s dans la lutte contre les réformes en cours, le débat sur la grève à l’université.

    Il cherche à montrer que les différentes positions sur la question de la grève exprimées par les membres de la communauté universitaire sont en grande partie déterminées par les visions spécifiques de l’évolution historique et du rôle social de l’université et des enseignant.e.s-chercheur.euse.s, visions qui sont elles-mêmes à saisir en lien avec les différentes positions sociales au sein du champ universitaire.

    Exercice de sociologie spontanée sans doute, mais qui essaye de parvenir à une meilleure compréhension des impasses et des perspectives du mouvement dans lequel Anna Brik et Andréas Albert sont engagé.e.s.

    *
    Au nom de la défense du « service public »

    L’université a connu d’importantes mutations au cours de la deuxième moitié du XXe siècle : l’institution autrefois réservée à l’élite cultivée, responsable de la formation des médecins, juristes et professeur.e.s, traverse une période de massification progressive à partir des années 1960[1] et connaît une véritable explosion des effectifs au cours des trente dernières années à la faveur de la politique « 80 % au bac »[2]. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, les universités sont de plus en plus soumises à des mesures d’austérité, d’une part, et à la logique managériale de performance et de compétitivité, d’autre part. Pour parer au manque des fonds publics, les réformes successives incitent les universités à recourir à des sources de financement privées, à favoriser la recherche par projets, à mettre en place des projets de fusion, à augmenter les frais d’inscription pour les étudiant.e.s extra-communautaires, à employer toujours davantage de vacataires, etc. Les différents rapports préparant le projet de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) préconisent un pas supplémentaire en direction de l’« université capitaliste » : atteinte au statut de fonctionnaire, accentuation de la précarité à tous les niveaux, généralisation de l’évaluation quantitative de la productivité des chercheur.euse.s par les organismes externes comme condition d’accès aux financements. En cela, la LPPR est une réforme de la même magnitude que la loi LRU 2009 qui met en place l’autonomie budgétaire des établissements de l’enseignement supérieur, et le décret qui l’accompagne et qui modifie le statut des enseignant.e.s-chercheur.euse.s. Aujourd’hui, les inquiétudes sont particulièrement fortes du côté des sciences humaines et sociales qui se trouveraient fortement marginalisées par la mise en place de ces nouvelles règles du jeu.

    Face à ces attaques, les membres de la communauté universitaire avancent généralement deux types de discours. Le plus ancien, dont la première formulation date du milieu du XIXe siècle, consiste à opposer l’« idée de l’université » humaniste, centrée sur la conservation, le développement et la transmission des savoirs, à toute tentative de la soumettre à des critères instrumentaux[3]. Ce discours qui défend l’autonomie de la science et des scientifiques prétend s’appuyer sur les caractéristiques essentielles de l’enseignement et de la recherche universitaires, en insistant sur l’incompatibilité de principe entre les fins de développement de la personne et la professionnalisation, entre la recherche de la vérité et la collaboration de la science et de l’industrie.

    Le second type de discours n’exclut pas la dimension instrumentale de l’université, ou plutôt la vision de l’université comme étant au service de la société, mais elle la pense uniquement sous la forme d’une subordination des activités universitaires au principe de l’intérêt général. C’est le discours de l’université comme « service public », dont on peut distinguer de manière schématique trois versions. La première insiste sur l’atteinte que porte la marchandisation de l’université et la destruction du statut de fonctionnaire à l’idéal républicain qui est au fondement de l’État moderne. Un des meilleurs exemples de cette position est formulé par Pierre Bourdieu dans divers écrits : le champ scientifique doit son indépendance scientifique (vis-à-vis du marché notamment) au fait d’être dépendant financièrement de l’État[4]. Servir l’État serait la condition nécessaire pour pouvoir se libérer de l’emprise de l’État et du marché sur la recherche scientifique. La deuxième version est celle d’un réformisme social-démocrate qui, contrairement à la version républicaine, reconnaît l’existence d’intérêts de classe divergents : l’université ouverte aux enfants de la classe ouvrière ne serait pas une institution intrinsèquement républicaine, mais le produit de la lutte des classes, un « acquis social » arraché à la classe dominante après la Seconde Guerre mondiale sous la pression continue des luttes sociales. Par rapport à cet acquis, qu’il s’agirait de préserver avec les autres acquis sociaux tels que les transports et les hôpitaux publics, la sécurité sociale, les congés payés, etc., la marchandisation récente représente une régression[5]. Enfin, la troisième version du discours sur l’université en tant qu’institution non marchande est celle de la tradition post-opéraïste qui radicalise le paradigme du service public : l’université, « précapitaliste » par son organisation, son procès de travail et ses valeurs, ferait partie des « communs » qui jusque-là ont échappé à la valorisation par le capital. Les transformations actuelles témoigneraient d’une tentative de capture de ce commun par le capital à travers la soumission de la recherche à des intérêts privés. On peut le voir par exemple à travers divers symptômes comme le système d’évaluation de la recherche par des critères quantitatifs et des critères de productivité, au détriment d’une slow science plus soucieuse de produire des résultats durables. Cette emprise reste cependant extérieure, car la coopération autonome de la communauté des producteur.rice.s de la connaissance reste essentielle au travail de la connaissance[6].

    L’insuffisance d’une approche en termes de service public

    Sans même parler du premier type de discours qui porte un regard essentialiste sur l’université, le discours du « service public », dont les versions républicaine et social-démocrate sous-tendent les modes d’argumentation d’une grande partie des enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires, implique une vision naïve des rapports entre l’université et le capital d’avant les années 1980. Tout se passe comme si l’université des Trente Glorieuses avait mené une existence parallèle et complètement autonome par rapport au capitalisme fordiste, grâce aux robustes remparts construits par l’effort conjoint des enseignant.e.s-chercheur.euse.s et du mouvement étudiant.

    Ce présupposé ne résiste pas à l’analyse dès que l’on s’intéresse à la structure duale de l’université française, divisée entre grandes écoles et écoles préparatoires, d’un côté, et universités, de l’autre. Pourtant, l’université comme une simple branche de l’enseignement supérieur, dont les formations sont concurrencées par d’autres établissements plus prestigieux (écoles de commerce pour l’économie et la gestion, école normale supérieure pour les sciences humaines et sociales et les sciences expérimentales, etc.) est une spécificité française qui empêche la production d’un discours unifié sur l’enseignement supérieur et qui détermine la représentation du métier d’enseignant.e comme une forme de travail social. En adoptant un point de vue d’ensemble, il est pourtant aisé de voir que l’université n’est ni contrepoids, ni un remède aux établissements sélectifs et/ou privés : elle forme avec eux un seul système qui consiste à trier et à former de manière différenciée la future force de travail ou à retarder simplement son entrée sur le marché de l’emploi. Nous y reviendrons plus loin.

    Le processus progressif de massification de l’université a commencé dans les années 1960 sous les effets conjoints du baby-boom, de la croissance du taux de scolarisation, des nécessités économiques et de la lutte des classes. Les départements des sciences humaines et les nouvelles disciplines comme la sociologie et la psychologie sont celles qui ont accueilli le plus d’enfants de cette première « démocratisation » universitaire, principalement à cause de la place qu’elles occupaient dans la hiérarchie des disciplines et du fait que les normes d’encadrement étaient les moins exigeantes[7]. Cependant, il faut rappeler que même en 1985, seulement 29 % d’une génération obtient le bac, contre 78 % en 2015[8]. L’accès aux titres universitaires des enfants de familles ouvrières et de familles issues de l’immigration est le résultat de la politique « 80 % au bac » promue par les socialistes à la fin des années 1980, en plein tournant néolibéral, avec pour but explicite d’enrayer le chômage des jeunes. Là encore, les départements des sciences humaines et sociales ont largement absorbé ces populations étudiantes, en bénéficiant d’une augmentation du nombre de postes tout au long des années 1990. Il serait donc erroné d’opposer l’ancienne « université ouverte à tou.te.s » et la nouvelle « université néolibérale » : l’émergence de la première est allée de pair avec la restructuration du capitalisme français dans les années 1980 et a constitué une condition préalable de la seconde.

    Enfin, force est de reconnaître que l’idée de l’université comme une république démocratique des enseignant.e.s-chercheur.euse.s fondée sur la coopération et l’autonomie de la recherche pure est une utopie immanente à la mobilisation plus qu’une description fidèle du présent : les rapports entre les enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires et non-titulaires ont gardé tout au long de leur histoire les traits des rapports de pouvoir clientélistes. La vision que les enseignant.e.s-chercheur.euse.s ont de leur métier est beaucoup trop irénique et contribue à faire oublier que le recrutement se fait souvent par cooptation : les liens directs ou indirects des laboratoires avec les entreprises et les pouvoirs publics sont nombreux, la concurrence entre les universités, les disciplines, les départements, les laboratoires et les individus n’a jamais été absente de l’institution. En cela, nous ne disons rien de nouveau lorsque nous affirmons qu’il ne faut pas « sauver l’université »[9].

    L’approche marxiste fonctionnaliste

    Contre l’idée selon laquelle l’université serait directement au service de l’intérêt général par opposition aux intérêts privés, qu’elle représenterait une sphère autonome voire antinomique par rapport à sphère de la production et de l’échange capitalistes, on peut évoquer les approches marxistes fonctionnalistes de l’université comme celles d’Emmanuel Barot[10] (qui s’appuie principalement sur l’analyse des appareils idéologiques d’État chez Althusser[11]) ou de Harry Cleaver[12]. Pour résumer, disons que ces approches défendent la thèse selon laquelle l’université moderne est une partie intégrante de la société capitaliste et de son histoire, voire que l’université est fonctionnelle à l’économie capitaliste, et qu’elle tend à adopter, avec toujours un certain retard, la même structure que la firme capitaliste.

    L’université assume en effet au moins deux fonctions : celle de la reproduction de la force de travail pour ce qui est de sa qualification spécialisée, et celle de la reproduction des rapports de production, c’est-à-dire du consentement à l’ordre social existant. Ainsi, prenant le relais de l’enseignement primaire et secondaire, l’université représente un maillon central dans le maintien de la division sociale mais aussi technique du travail, puisque les formations relevant du même champ disciplinaire n’ouvrent pas l’accès aux mêmes types de postes selon le prestige de l’établissement et les matières enseignées. Elle accomplit ainsi, d’un seul coup, la répartition largement prédéterminée des individus au sein de la structure de classe, et la justification de cette structure en la faisant passer au crible de la méritocratie scolaire. Autrement dit, l’École, de la maternelle à l’université, divise les jeunes selon leur classe sociale d’origine, et les distribue dans des filières plus ou moins qualifiantes selon les besoins plus ou moins immédiats du capital. Dans L’École capitaliste en France, Christian Beaudelot et Roger Establet affirmaient dès 1972 que le système scolaire affiche une unité de façade. La soi-disante « mission éducatrice » des enseignant.e.s, quel que soit le niveau, ne serait qu’un mirage puisqu’une filière professionnalisante de courte durée était destinée aux enfants du peuple, tandis qu’une filière prestigieuse et de longue durée était destinée aux enfants de la bourgeoise et de la petite-bourgeoisie. Ces analyses des années 1970 seraient à revoir, notamment en raison de l’allongement de la durée d’études et des besoins plus importants des entreprises en termes de qualification de la main-d’oeuvre, mais restent pertinentes.

    La production du consentement passe par le contenu même des savoirs produits et transmis, ainsi que par la forme de leur transmission, forme qui tend à neutraliser la force subversive des savoirs les plus critiques. Sur ce point, les enseignant.e.s-chercheur.euse.s ne se lassent pas de défendre l’idée d’une université et de savoirs critiques. Pourtant, il est légitime de se demander en quoi consiste le caractère critique d’un savoir et si, malgré leur enrobage dans un langage radical, ces savoirs ne sont pas, en fin de compte, compatibles avec la société capitaliste. Sur ce point, on pourrait aussi remettre en question l’idée souvent défendue par les enseignant.e.s-chercheur.euse.s impliqué.e.s dans la mobilisation contre la LPPR, selon laquelle pratiquer des « savoirs critiques » ou donner des cours « alternatifs » serait en soi une forme d’action efficace contre les réformes. Souvent ces cours n’ont rien de fondamentalement différent des cours assurés habituellement et ils nécessitent de la part des enseignant.e.s autant de préparation et de travail en amont qu’un cours normal[13]. Enfin, on peut rajouter qu’en tant qu’institution d’enfermement, même très relatif, l’université remplit une fonction directement coercitive de maintien de l’ordre public, et il semblerait que c’est en partie pour cette raison que la « démocratisation » de l’université est apparue dans les années 1980 comme une solution viable au problème du chômage des jeunes.

    Si l’université a pu jusqu’ici jouir d’une autonomie relative bien réelle (« franchise universitaire », principe de collégialité, liberté pédagogique, relative indépendance dans la conduite de la recherche, etc.), c’est peut-être parce que les processus de reproduction possèdent leurs propres impératifs. Ce que les nouvelles règles du jeu tendent à remettre en question, ce n’est donc pas l’opposition entre le privé et le public, entre l’intérêt général et les intérêts du capital, mais le rapport ancien entre les processus de production et de reproduction. L’intégration directe d’une partie des activités d’enseignement et de recherche dans les processus d’accumulation, ainsi que la transposition généralisée dans la sphère de la reproduction des modes de gestion propres à la sphère de la production représentent un pari dangereux pour la classe dominante elle-même.

    Malgré les atouts indéniables de l’appareil critique du marxisme fonctionnaliste, il nous semble nécessaire de pointer quelques-unes de ses limites. Premièrement, en balayant d’un revers de main la possibilité réelle du détournement des ressources financières et humaines de l’université au profit des enseignements et des programmes de recherche à contenu anti-systémique par l’argument de l’intégration capitaliste du moment critique, cette approche tend à simplifier les choses. Au lieu de déserter l’université comme lieu de reproduction sociale et de production de l’idéologie dominante, il est possible d’imaginer une science et un enseignement qui se mettent véritablement au service des dominé.e.s, qui dialoguent avec ces dernièr.e.s et qui co-construisent un savoir subversif. En effet, l’approche de l’université en termes d’appareil idéologique d’État conduit à l’idée d’un système de domination parfaitement achevé, en négligeant les contradictions internes à l’institution et l’influence de la lutte de classes, alors qu’on peut penser, à l’instar de Gramsci, que l’université représente l’un des terrains privilégiés de celle-ci[14]. Deuxièmement, alors qu’elle critique à juste titre le paradigme du « service public » en tant qu’instrument de l’analyse du présent, en s’en détournant avec mépris, elle s’empêche de voir l’aspect subversif et utopique (au sens positif du terme) que ce paradigme peut représenter à titre de norme immanente au travail de l’enseignant.e-chercheur.euse.

    Les obstacles à la grève des enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires

    Dans «  »Sauver » l’université ? », texte publié en 2009 suite à l’échec du mouvement anti-LRU, Emmanuel Barot avait déjà suggéré que le paradigme social-démocrate de l’université comme service public avait constitué l’obstacle principal à l’extension de la grève à l’université. Cependant, c’est finalement à partir de l’analyse de l’ethos ou de l’habitus académiques que Barot a tenté d’expliquer cet échec : ceux-ci auraient empêché les enseignant.e.s de se mettre en grève contre la loi LRU et favorisé des méthodes d’action symboliques dont l’inefficacité était flagrante. À notre sens, il faudrait revenir à l’hypothèse initiale et présenter quelques réflexions à propos des conditions structurelles et épistémologiques de l’engagement dans la grève que le paradigme du service public ne permet pas de réunir.

    Premièrement, faire grève, pour un travailleur dont la force de travail est déjà devenue une marchandise, veut dire refuser de continuer à la fournir à l’acheteur. Or, les enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires ne se conçoivent pas comme (et de par leurs conditions de recrutement, de travail et de rémunération ne sont pas) des travailleur.euse.s salarié.e.s exploité.e.s au sens propre du terme. Sans même parler du fait que la production directe de la valeur n’occupe pas la place centrale de leur activité, on peut remarquer que sur le plan juridique d’abord, en tant que fonctionnaires, ils et elles reçoivent un traitement annualisé et non un salaire au taux horaire ; sur le plan des rapports de pouvoir ensuite, les universitaires ne sont pas en principe subordonné.e.s au pouvoir disciplinaire de l’employeur[15], et participent tou.te.s à l’auto-gouvernement de leurs établissements (en siégeant dans diverses instances administratives ou scientifiques), tandis que le recrutement, les promotions, les publications et l’évaluation reposent en grande partie sur le principe de collégialité ; enfin, sur le plan du procès immédiat de travail, une liberté pédagogique et de recherche reste pour l’instant relativement grande selon les disciplines.

    Deuxièmement, faire grève impliquerait la reconnaissance du fait que l’université est déjà une entreprise, ou qu’elle remplit une fonction de reproduction au sein de la société capitaliste. Or, en mettant en avant la dimension désintéressée du savoir produit et transmis, la stratégie argumentative du paradigme du service public consiste justement à refuser cette prémisse. Si le capital est conçu comme quelque chose d’extérieur à l’université, alors arrêter la machine universitaire ne peut être pensé qu’en termes d’autopunition et de punition infligée aux étudiant.e.s.

    Enfin, la tentation corporatiste qui empêche de concevoir la grève universitaire comme un facteur de renforcement du mouvement de grève plus général dans le cadre de la lutte contre la réforme des retraites, apparaît aussi comme une conséquence presque inévitable de la ligne d’argumentation en termes de « service public ». Puisqu’elles/ils pensent incarner l’intérêt universel, les fonctionnaires tendent à prendre la défense de leur intérêt corporatif pour la défense de l’intérêt de tou.te.s, ce qui conduit au désengagement relatif par rapport aux luttes des autres secteurs.

    Les précaires à l’avant-garde

    On ne peut qu’être frappé par le fait que les mots d’ordre et les stratégies de lutte des enseignant.e.s-chercheur.euse.s précaires dépassent les obstacles décrits ci-dessous. L’appel du collectif de précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche d’Île-de-France, diffusé le 30 janvier sur le site de Médiapart, ne saurait être plus clair : il faut étendre la grève sous toutes ses formes ; refuser le corporatisme par l’inscription de la grève universitaire dans la grève générale ; jeter les ponts entre les enseignant.e.s-chercheur.euse.s et les étudiant.e.s dans la lutte commune contre la précarité comme phénomène général qui touche de larges couches de travailleur.euse.s, présent.e.s et futur.e.s.

    La radicalité de cet appel, et l’engagement quotidien réel qui lui donne sa consistance, sont à première vue paradoxaux. On pourrait en effet penser que les enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires n’auraient rien à perdre à se mobiliser, notamment en termes de statut ou de salaire, alors que ce n’est pas le cas des précaires : dans les conditions de concurrence croissante pour les postes, la mobilisation constitue à la fois une perte de temps de travail précieux et un risque de s’exposer aux sanctions informelles de la part des collègues responsables des recrutements. Mais en fait, c’est précisément la position des précaires dans le champ universitaire et le niveau actuel de concurrence pour les postes qui rend ce type de lutte possible.

    Au-delà de la conviction bien réelle de l’efficacité de la grève à l’université, l’appel à la « grève totale » (des enseignements, de la délivrance des diplômes, et jusqu’à l’arrêt de publication d’articles et la suspension de toute activité individuelle de la recherche) contient la revendication du statut de « travailleur.euse.s », qui doit notamment passer par la reconnaissance de tout le travail invisible effectué par les précaires. En d’autres termes, contrairement aux enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires qui ont tendance à ne pas compter les heures parce que le traitement du fonctionnaire n’est ni inférieur, ni supérieur, mais par définition incommensurable avec la quantité de travail fourni, les précaires se positionnent comme des travailleur.euse.s salarié.e.s de l’université déjà pensée comme une entreprise. Dans ces conditions, l’appel à la grève totale apparaît aussi comme une arme symbolique : elle permet de visibiliser l’armée de travailleur.euse.s précaires qui assure désormais une grande partie des cours dans les universités. C’est au titre de travailleur.euse.s de l’université que les précaires revendiquent également le droit à la parole, notamment à travers la participation à toute prise de décision collective au sein de leurs équipes de travail – droit qui leur est souvent refusé.

    Dans l’université en crise, où la possession des titres scolaires et universitaires ne peut plus garantir l’accès à un poste, l’illusion du rapport entre le maître et l’apprenti, qui n’aurait qu’à attendre patiemment son tour, ne peut plus être maintenue. Le travail de thèse, la participation aux colloques, les charges de cours, etc. ne se présentent plus comme un processus de formation nécessaire (et suffisant) pour accéder à la maîtrise, mais comme l’exploitation d’un travail précaire mal payé, voire comme l’appropriation pure et simple du travail gratuit par l’institution. Ce n’est qu’en effectuant cette conversion de regard – que beaucoup d’universitaires titulaires n’ayant pas connu la précarité, ou l’ayant connu il y a longtemps, lorsque les conditions d’accès aux postes n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, refusent d’effectuer – que les thèses non financées, les vacations payées en-dessous du salaire minimum et avec plusieurs mois de retard peuvent apparaître pour ce qu’elles sont aux yeux de celles et ceux dont l’espoir des retours futurs sur l’investissement se réduit à peau de chagrin : un scandale eu égard au droit du travail.

    L’analyse bourdieusienne de la crise qui a secoué le champ universitaire en Mai 68 s’avère d’une actualité frappante lorsqu’il s’agit d’éclairer le conflit qui oppose aujourd’hui les enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires et précaires, et qui porte ces dernièr.e.s à adopter des positions et des modes d’action à la fois plus radicaux et moins corporatistes au sein de la mobilisation contre les réformes en cours. Homo academicus (1984) propose une histoire structurelle des changements que le champ universitaire a subi au cours des années 1950-1960[16]. Dans l’ancienne université, le corps des enseignants subalternes (ou précaires comme on dirait aujourd’hui), constitué presque exclusivement d’hommes agrégés avec une forte proportion de normaliens, n’était pas beaucoup plus nombreux que celui des professeurs titulaires, permettant un accès quasi garanti des jeunes enseignants à la carrière universitaire. Mais la « reproduction heureuse » de l’institution grâce à ce mécanisme d’identification anticipée a été fortement perturbée par la première vague de la « démocratisation » de l’université. Face à l’augmentation rapide de la population étudiante, qui a triplé entre 1949 et 1969, l’université a répondu par un recrutement massif d’enseignant.e.s précaires, dont le nombre dans certaines facultés dépassait désormais de dix fois le nombre de professeurs titulaires. Alors que la nouvelle situation a imposé au corps professoral la révision de l’ancienne norme de recrutement, fondée sur la détention du titre de normalien et d’agrégé, les nouveaux entrants dépourvus de ces titres ont rapidement découvert que le maintien de l’ancienne norme d’accès au poste de titulaire rendait leur promotion largement illusoire. C’est cette « contradiction entre les promesses inscrites dans leur recrutement et l’avenir réellement assuré par des procédures inchangées de carrière »[17] qui a mis le feu aux poudres, engageant les enseignant.e.s précaires, aux côtés des étudiant.e.s affecté.e.s par la dévalorisation analogue de leurs titres scolaires, dans la lutte contre l’institution comme telle et le monde social qui la produit.

    « Et l’on peut sans doute reconnaître là une réalisation particulière d’un modèle général des processus révolutionnaires : la rupture objective du cercle des espérances et des chances conduit une fraction importante des moins dominés parmi les dominés (ici les catégories intermédiaires d’enseignants, ailleurs les petits-bourgeois) à sortir de la course, c’est-à-dire d’une lutte de concurrence impliquant la reconnaissance du jeu et des enjeux posés par les dominants, et à entrer dans une lutte que l’on peut dire révolutionnaire dans la mesure où elle vise à instituer d’autres enjeux et à redéfinir ainsi plus ou moins complètement le jeu et les atouts permettant d’y triompher[18]. »

    Sans nier les limites de tels rapprochements historiques, on peut risquer l’hypothèse que la période que traverse actuellement l’université partage avec celle décrite par Bourdieu le caractère de transition et de crise, qui se cristallise subjectivement autour des souffrances liées à la précarité et à la concurrence accrue pour les postes. La logique concurrentielle se voit redoublée par l’ouverture de l’université française à la concurrence internationale et par l’imposition de nouvelles règles d’avancement des carrières, à travers la substitution des normes de productivité exprimées en termes quantitatifs à celles fondées sur les titres scolaires et les réseaux interpersonnels.

    La ligne stratégique des précaires au sein du mouvement, qui correspond à leur position actuelle au sein du champ universitaire, peut être résumée de manière suivante. Elle consiste, premièrement, à rejeter simultanément les règles de jeu, anciennes et nouvelles. Contrairement aux enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires, les précaires ont moins la tentation de formuler une critique de l’ « université capitaliste » au nom du statu quo. En effet, très peu d’entre eux/elles sont prêt.e.s à se mobiliser pour l’université telle qu’elle existe aujourd’hui. Deuxièmement, la perspective d’une période de précarité plus ou moins prolongée pousse également à refuser la focalisation sur la réforme du statut de l’enseignant.e-chercheur.euse, et à s’engager résolument dans la lutte contre la réforme des retraites. Enfin, l’accent central mis sur la précarité offre une possibilité réelle de convergence des luttes, de par le lien explicitement établi entre la précarité des enseignant.e.s et des personnels administratifs et la précarité étudiante, ainsi que celle des larges couches des travailleur.euse.s d’autres secteurs.

    Pour une grève totale à l’université

    L’importance de la grève à l’université n’est pas à minimiser. Une « grève totale », qui inclurait, outre des actions symboliques comme les grèves des revues, une grève des enseignements et des examens, avec possiblement une rétention des notes, pourrait créer une alliance stratégique entre enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires, précaires, BIATSS et étudiant.e.s. dans la mobilisation. Les précaires seraient en quelque sorte « couverts » par la grève des enseignant.e.s-chercheur.euse.s titulaires, tandis que les étudiant.e.s ne seraient plus tenu.e.s de préparer des partiels ou de rendre des travaux, ce qui leur permettrait de se consacrer entièrement à la lutte. Les BIATSS[19], dont le travail est fondamental pour le fonctionnement des départements et des laboratoires, seraient pour leur part déchargé.e.s du travail que leur donnent les enseignant.e.s-chercheur.euse.s. Pourtant, force est de constater que les enseignant.e.s-chercheur.euse.s hésitent encore entre différents modes d’action. La grève des revues scientifiques et des activités de recherche est ce qui retient le plus l’attention des médias, malgré sa dimension symbolique et son impact très limité[20]. Comme le remarque aussi le bureau de l’ANCMSP dans un mail envoyé le 14 janvier sur la liste interne, ce genre d’actions n’a d’effet que s’il est accompagné d’un soutien des titulaires aux enseignant.e.s-chercheur.euse.s précaires sur le long terme (intégration dans des équipes de recherche, dans des comités de rédaction de revues scientifiques, etc.). Enfin, on ne peut que constater que les enseignant.e.s-chercheur.euse.s se sont très peu adressé.e.s au mouvement étudiant, répétant la configuration de 2007-2009, où les étudiant.e.s ont été les premièr.e.s à se mobiliser, suivi.e.s par les enseignant.e.s-chercheur.euse.s un an plus tard. Aujourd’hui, la mobilisation des enseignant.e.s-chercheur.euse.s a lieu elle aussi deux ans après celle des étudiant.e.s contre Parcoursup.

    Cet article n’a pas pour ambition de distribuer les bons et les mauvais points mais de proposer une analyse tendancielle qui puisse contribuer à formuler des propositions stratégiques pour le mouvement à l’université : celles-ci s’élaborent collectivement dans les multiples assemblées et réunions qui ont rythmé les dernières semaines. Pour nous, la motion issue de la coordination nationale des facs et des labos en lutte du 1er et du 2 février va dans le bon sens, puisqu’elle se positionne résolument contre la précarité qui affecte une grande partie des enseignant.e.s-chercheur.euse.s, tout en appelant à mettre à l’arrêt l’université le 5 mars. Pourtant, la question de la grève reconductible reste en suspens. Nous avons voulu simplement essayer d’expliciter quelques obstacles auxquels se heurte l’extension de la grève. Pour les arguments en faveur de sa nécessité, de son urgence même, nous nous permettons de renvoyer les lecteur.rice.s à quelques textes qui nous semblent utiles :

    1/ « Précaires de l’enseignement et de la recherche : on ne soutient pas la grève, on la fait ou on l’empêche » : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/300120/precaires-de-l-enseignement-et-de-la-recherche-ne-soutient-pas-la-gr

    2/ Oskar Ambrepierre, « Grève à l’Université ? À propos des débats stratégiques dans le mouvement » : https://revolutionpermanente.fr/Greve-a-l-Universite-A-propos-des-debats-strategiques-dans-le-m

    3/ Lune Riboni, « Pourquoi être en grève dans l’#enseignement_supérieur et la recherche » : http://lmsi.net/Pourquoi-etre-en-greve-dans-l-ESR-Enseignement-superieur-et-recherche

    4/ Kevin Vacher, « Dis-moi, c’est quoi une grève (dans la recherche et à l’université) ? » : https://blogs.mediapart.fr/kevin-vacher/blog/040518/dis-moi-c-est-quoi-une-greve-dans-la-recherche-et-l-universite

    https://www.contretemps.eu/greve-universite-precaires
    #travail #ESR

  • AYS Daily Digest 23/4/20

    GREECE
    Lesvos — While some get shot at, others fear going for food
    The two people who had been shot while the recent peaceful protest was on, were reportedly shot about seven kilometers away from Moria, with a hunting rifle. They claimed they had been “going for a walk,” unrelated to the events at the camp.
    As InfoMigrants stated, “although the motive for this attack has not been clarified, dpa also reported that in March anti-migrant extremists had been known to attack migrants and humanitarian workers on the island.
    They also said that theft had increased around the Moria camp in recent years and is often reported. Again though, there is no clear link to what the migrants may, or may not, have been doing when they were shot at.”
    Reaching food presents a daily fear and a problem for thousands in Moria. Many people reportedly choose to cook themselves if they can get supplies of food, while others fear to queue for food in the camp due to the risk of Covid-19 infection.
    In the Malakasa camp, quarantine continues. At the same time in Corinth and Grevena, camps run by the IOM, apparently there are no doctors available, thus no healthcare provided for the people held inside the camps under the internationally agreed standards, whose minimums define the number of health workers available, and define health care as one of the basics available to the people. As we heard this information from a number of different sources, we hope for some clear scrutiny and reporting on such practices that are present in different places not only in Greece, but along the Balkan route, namely in Bosnia and Herzegovina as well.

    BOSNIA AND HERZEGOVINA
    Forcing deportations, regardless of what others think
    The minister of security of Bosnia and Herzegovina announced at the press conference that the plan to deport migrants currently in Bosnia and Herzegovina is ongoing. He stated that “many of those people are terrorists sleepers and that almost everyone hides their real identity”. Therefore, Bosnia and Herzegovina intends to deport all of them, and he said that, instead of providing funds for keeping the people inside the country, he wishes the EU would help them send those people back. He is aware that “some countries in the EU might not be in favour” of his idea, but that is the official plan. He also stated that the Pakistani ambassador will be named persona non grata because he seems to be against the idea. The Bosnian “diplomacy” is yet to receive any real criticism from the international community, and it will be interesting to see which country or organisation will feel blameless enough to point their finger first… The situation for people on the move across Bosnia and Herzegovina has only been worsening, if that is still possible, and we hope that the support for the opening of the Lipa camp in the middle of nowhere will not be considered the maximum the international community can do and the optimal solution for all those people stuck in the area.

    THE NETHERLANDS
    Refusing to take in unaccompanied minors
    The Netherlands has refused to take in any of the children, despite repeated appeals, and the willingness of 43 separate local authorities to house them.
    Over 100 politicians, celebrities and local authorities have urged the Dutch government to take in some of the 2,500 children who are living in squalid refugee camps on Greek islands without parents or guardians, Dutch media report.

    https://medium.com/are-you-syrious/ays-daily-digest-23-4-20-will-austria-be-deporting-to-serbia-95fc284c019f

    #Covid-19 #Migration #Migrant #Grèce #Pays-Bas #Bosnie-Herzégovine #Mineursnonaccompagnés #Transfert #Expulsion #Malakasa #Corinth #Grevena #Camp #Lesbos #Moria

  • La complainte du #virus - #Chorale_des_Canulars
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=8&v=8HqRYtsFFDM&feature=emb_logo

    Serait-ce une émeute mondiale
    Qui fait trembler le Capital
    Qui fait fermer les usines
    Qui fait arrêter les machines ?

    Refrain 1 (x2)
    Voix lead (alti) : Non non non...
    Voix basses : Serait-ce une grève ou un blocus ?
    Voix hautes : Grève ou blocus ? ...non !

    Tou.te.s : ...C’est l’coronavirus !

    Qui fait dépenser moins d’pétrole
    Fermer les facs et les écoles ?
    Qui fait baisser la pollution ?
    Est-ce enfin la révolution ? Refrain 1

    Qui passe en douce toutes les frontières
    S’répand plus vite que nos idées
    Les empêche de faire des affaires
    Est-ce une révolte mondialisée ? Refrain 1

    Dès qu’il est entré dans la course
    L’a fait dégringoler la Bourse
    Il a pas de loi, pas d’patrie
    Ne croyez pas qu’c’est l’anarchie Refrain 1

    On va me dire « oui d’accord
    Mais ça fait quand même des morts »
    Mais la faim, la guerre et le froid
    En tue bien plus, loin des médias

    Refrain 2 (x2)
    Voix lead + hautes : Plus, bien, plus
    Voix basses : Plus... bien plus

    Tou.te.s : ...Que l’coronavirus !

    Etat d’urgence sanitaire
    Décrété par le ministère
    J’me signe une autorisation
    Pour pouvoir chanter au balcon !

    Faut confiner, pas s’rencontrer
    Par mesure de sécurité
    Pourtant ils disent qu’on doit bosser
    Sûr qu’là l’virus va pas m’toucher !

    Refrain 3 (x2)
    Voix lead + ténors : Bossez plus...Non !
    Voix hautes + basses : Tous / Toutes confiné.e.s mais j’dois bosser...

    Tou.te.s : ...Y’a l’coronavirus !

    Faut plu(s) d’interaction sociale
    Mais livrer des fringues c’est vital
    Je suis livreur chez Amazon
    Dois-je laver tous les interphones ?

    Moi je travaille sur un chantier
    On dit de tout désinfecter
    Faut-il que je mette du gel
    Sur les parpaings et la truelle ?

    Refrain 3 (x2)
    Voix lead + ténors : Bossez plus...Non !
    Voix hautes + basses : Tous / Toutes confiné.e.s mais j’dois bosser...

    Tou.te.s : ...Y’a l’coronavirus !

    Mais confinés c’est pas marrant
    Dans un petit appartement
    Ou avec un mari violent
    Et pas de place pour les enfants !

    J’suis SDF j’ai pas d’maison
    Alors j’confine sous mes cartons
    J’vais crever d’faim y’ a plus personne
    Pour me donner encore l’aumône

    Refrain 4 (x2)
    Voix lead + ténors : Sous l’abri-bus...
    Voix hautes + basses : Sans logement, c’est pire qu’avant...

    Tou.te.s : ...Le coronavirus !

    Depuis 10 ans tous les soignants
    Crient l’hopital à l’agonie
    A tous ces sourds de gouvernants
    Pas assez d’sous, pas assez d’lits

    Faut dire à tous ces actionnaires
    Qui’ont du fric à n’savoir qu’en faire
    Qui’ont donné pour la cathédrale
    Qu’ils donnent autant pour l’hôpital

    Refrain 5 (x2)
    Voix lead (alti) : Du fric, en, plus !
    Ténors : Du fric... en plus !
    Voix hautes + basses :
    (1) Applaudissements pour les soignants...
    (2) Applaudissements mais pas d’argent...

    Tou.te.s : ...Y’a le coronavirus !

    Ils craignent surtout pour leur pognon
    Ils ont moins peur d’ l’épidémie
    Que de perdre toutes leurs actions
    Nos vies pèsent moins qu’ l’économie !

    Quand ils voudront nous faire payer
    Au nom du fric, du capital
    On fera grêve illimitée
    C’est la révolte qui s’ra virale !

    Refrain 2 (x2)
    Voix lead + hautes : Plus, bien, plus
    Voix basses : Plus... bien plus

    #chanson #musique #musique_et_politique #covid-19 #confinement #travail #hôpitaux #capitalisme #épidémie #Amazon #livreurs #grève #résistance #révolte

    ping @sinehebdo

  • Tous ensemble, tous ensemble, #grève des #loyers ! - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    http://cqfd-journal.org/Tous-ensemble-tous-ensemble-greve

    Depuis le début de la crise sanitaire, il y a eu des millions de licenciements aux États-Unis. Face à la précarisation extrême de nombreux habitants, les appels à la grève des loyers se multiplient. Des initiatives bienvenues, dans des villes où la gentrification progresse tandis que beaucoup de #logements sont insalubres.