• USA : Comment miner le droit de manifester...
    Fuite audio : Les avocats ont loué la « beauté » des tactiques controversées de réponse aux protestations
    L’enregistrement d’une session de formation juridique pour les agents de la force publique fédérale a alarmé certains défenseurs des libertés civiles.

    Lawyers running a training session for officers deploying to protect besieged federal property extolled the “beauty” of a protest-response strategy that some legal experts have criticized as potentially unconstitutional, according to an audio recording obtained by POLITICO.

    The training highlights the fierce legal debate over the Trump administration’s push to send federal officers into American cities, sometimes against the wishes of local officials. Images of violent clashes and of vandalism have aired nonstop in conservative media outlets, while President Donald Trump has cast his presumptive 2020 rival, former Vice President Joe Biden, as dangerously indulgent of “anarchists” and “thugs.”

    Videos have shown federal officers in Portland, Ore., pulling protesters into unmarked vans to transport them for questioning. Some protesters have said they were detained without probable cause and never charged with crimes. The incidents have drawn pointed scrutiny to how the Department of Homeland Security legally defends the detention and transportation of protesters.

    https://www.politico.com/news/2020/08/03/federal-protest-response-tactics-390859

    #répression #manifestion #USA

  • Syrians ‘face unprecedented hunger amid impending COVID crisis’ - UN News

    Most of the relatively low number of confirmed infections have been identified in rural Damascus, in areas under Government control.

    But there are serious concerns that Syrians – nine in 10 of whom live on $2 or less a day – are dangerously exposed to the disease should it reach them.

    “We’ve only had 248 cases (of new coronavirus infection) in country thus far, but we can take no comfort in that”, said Dr Richard Brennan, Regional Emergency Director for the World Health Organization (WHO)’s Eastern Mediterranean Regional Office.

    “We have other countries in the region, the number of cases has got off to a slow start, and we’ve seen in more recent times a real acceleration, so we’ve seen this in Iraq, we’ve seen it in Turkey, we’ve seen it in Egypt and we can fully expect that we will have a similar development in Syria as well.”

    https://news.un.org/en/story/2020/06/1067252
    #Covid-19#Syrie#camp#guerre#Santé#réfugiés#déplacés#migration#quarantaine

  • Renverser le féminisme – les transféministes | Radio renversée
    https://www.intempestive.net/Radio-renversee-no8-renverser-le-feminisme-les-transfeministes

    Troisième émission de notre série « Renverser le féminisme ». La première accueillait des féministes handi, la deuxième des afroféministes. Aujourd’hui, entretiens avec deux générations de militantes transféministes. Les chercheuses Karine Espineira et Maud Yeuse Thomas reviennent sur l’histoire du militantisme trans, du questionnement du genre, des alliances entre trans et féministes et de la transphobie de la part de femmes se disant féministes. Agathe et Constance du collectif #Toutesdefemmes démontent quant à elles les attaques transphobes de ces derniers mois. Durée : 2h04. Source : Pi-node et l’Eko des (...)

    https://www.intempestive.net/IMG/mp3/radiorenversee08_renverserfeminisme_transfeminisme_21juill20.mp3

    • Je corrige cet oubli de @rezo :

      Agathe et Constance du collectif #Toutesdefemmes, qui a publié la tribune « Féminisme : le débat sur la place des femmes trans n’a pas lieu d’être » en février dernier, démontent quant à elles les attaques transphobes de ces derniers mois.

      Ça sent bon dès l’attaque : « renverser le féminisme », dont chacun·e sait que c’est une idéologie qui gouverne le monde. Renouveler, bousculer c’était trop sympa, il faut renverser ?

      #féminisme #transféminisme #transidentité #TERF #guerre_de_tranchée_féministe

    • Et pourquoi est-ce le nom général de l’émission ? Parce que quoi de plus tendance que de « renverser » des enjeux qui mobilisent naïves et naïfs : les enfants, le travail bénévole, le handicap, les migrant-e-s et, bien sûr, le féminisme où la gauche autoproclamée peut s’ébattre à jouer les unes contre les autres sous un titre « provoc » (air connu), avec un beau glaviot au sujet de « la transphobie de la part de femmes se disant féministes ». Beurk...

    • Je vois ça, merci @rastapopoulos. Mais renverser l’état d’urgence sanitaire, la société validiste, ou renverser l’enfance et le féminisme, ça ne sonne pas pareil !

      Pourquoi Radio renversée ? Parce que les renversements, c’est bien, il serait temps. Parce que ce qui nous intéresse le plus c’est pas de faire de la radio pour causer mais faire de la radio pour écouter. Parce que forcément ça va être bancal, bidouillé, casse-gueule, mais c’est la condition pour que l’émission soit ouverte à la fragilité, aux hésitations, aux doutes. Parce que ça va sans cesse basculer d’entretiens très politiques à des créations très poétiques, de reportages à l’arrache à des musiques déters. Bref, parce que le renversement c’est ambitieux et amusant.

      Ça ne me motive pas spécialement, d’écouter une émission qui entend pas « attaques transphobes de ces derniers mois » des débats entre féministes, aussi mal menés soient-ils, sans viser en aucune façon les violences subies par les personnes trans (insultes, exclusion familiale, discrimination sociale, violences physiques, etc.).

    • @antonin1 Ah bah c’est pas une émission de débat c’est sûr, c’est uniquement de l’historique et point de vue du transactivisme, et prend assez clairement parti des deux intervenantes de « toutes des femmes », qui affirment depuis des mois littéralement (c’est le titre même de leur tribune) : « le débat n’a pas lieu d’être ». Soit tu penses pareil, soit tu penses pareil. :)

    • #OKLM

      Pour résumer la situation, deux comptes à pseudos masculins ont décidé de tirer à vue sur une émission féministe qu’ils revendiquent de ne pas écouter, prenant prétexte d’un mot ("renverser") auquel il faudrait préférer « bousculer » (sic !).

      L’un est chef de proue d’un site largement décrié comme transphobe. Fin lettré, il choisit ses mots avec délicatesse (glaviot, beurk…). L’autre prend bien soin de dédouaner de toute transphobie, mais comme il analyse qu’il s’agit d’une « guerre de tranchées », il peut s’autoriser à poser comme hypothèse de départ la bêtise de ses « ennemies », car de toutes façons il sait mieux qu’elle comment il faudrait en parler et ne pas en parler.

      Victoire, triomphe !! Qu’ils se réjouissent, l’autrice visée par leur vindicte vient de quitter seenthis.

  • #Santé_mentale des #migrants : des #blessures invisibles

    Une prévalence élevée du trouble de stress post-traumatique et de la #dépression

    Les #migrations, les migrants et leur #santé ne peuvent être compris indépendamment du contexte historique et politique dans lequel les mouvements de population se déroulent, et, ces dernières décennies, les migrations vers l’#Europe ont changé. L’#immigration de travail s’est restreinte, et la majorité des étrangers qui arrivent en #France doivent surmonter des obstacles de plus en plus difficiles, semés de #violence et de #mort, au fur et à mesure que les #frontières de l’Europe se ferment. Ils arrivent dans des pays où l’#hostilité envers les migrants croît et doivent s’engager dans un processus hasardeux de #demande_d’asile. Ce contexte a de lourds effets sur la santé mentale des migrants. Ces migrants peuvent être des adultes ou des enfants, accompagnés ou non d’un parent – on parle dans ce dernier cas de mineur non accompagné*. S’il n’existe pas de pathologie psychiatrique spécifique de la migration1 et que tous les troubles mentaux peuvent être rencontrés, il n’en reste pas moins que certaines pathologies sont d’une grande fréquence comme le trouble de stress post-traumatique et la dépression.

    Facteurs de risque

    Pour approcher la vie psychique des migrants et les difficultés auxquelles ils font face, nous distinguerons quatre facteurs à l’origine de difficultés : le vécu prémigratoire, le voyage, le vécu post-migratoire, et les aspects transculturels.

    Vécu prémigratoire

    Avant le départ, de nombreux migrants ont vécu des événements adverses et traumatiques : #persécution, #guerre, #violence_physique, #torture, violence liée au #genre (#mutilations, #viols), #deuils de proches dans des contextes de #meurtre ou de guerre, #emprisonnement, famine, exposition à des scènes horribles, etc. Les violences ont fréquemment été dirigées contre un groupe, amenant une dislocation des liens communautaires, en même temps que des liens familiaux. Ces traumatismes ont un caractère interhumain et intentionnel, et une dimension collective, témoignant d’une situation de violence organisée, c’est-à-dire d’une relation de violence exercée par un groupe sur un autre.2, 3 Cette situation de traumatismes multiples et intentionnels est fréquemment à l’origine d’une forme particulière de troubles appelée trouble de stress post-traumatique complexe. Les nombreuses pertes, deuils et pertes symboliques fragilisent vis-à-vis du risque dépressif.

    Départ et #voyage

    La migration est en elle-même un événement de vie particulièrement intense, obligeant à des renoncements parfois douloureux, déstabilisante par tous les remaniements qu’elle implique. Ce risque est pris par ceux qui partent avec un #projet_migratoire élaboré. En revanche, l’exil dans une situation critique est plus souvent une fuite, sans projet, sans espoir de retour, bien plus difficile à élaborer.1 Vers une Europe dont les frontières se sont fermées, les routes migratoires sont d’une dangerosité extrême. Nous connaissons tous le drame de la Méditerranée, ses morts en mer innombrables.4 Les adolescents venant seuls d’Afghanistan, par exemple, peuvent mettre plusieurs années à arriver en Europe, après des avancées, des retours en arrière, des phases d’incarcération ou de #prostitution. Durant ce long voyage, tous sont exposés à de nouvelles violences, de nouveaux traumatismes et à la traite des êtres humains, surtout les femmes et les enfants.

    Vécu post-migratoire

    Une fois dans le pays hôte, les migrants se retrouvent coincés entre un discours idéal sur l’asile, la réalité d’une opinion publique souvent hostile et des politiques migratoires contraignantes qui les forcent sans cesse à prouver qu’ils ne sont pas des fraudeurs ou des criminels.5 Les réfugiés qui ont vécu un traumatisme dans le pays d’origine vivent donc un nouveau traumatisme : le déni de leur vécu par le pays d’accueil. Ce déni, qui est pathogène, prend de multiples aspects, mais il s’agit d’être cru : par les agents de l’Office de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) qui délivre le statut de réfugié, par les conseils départementaux, qui décident, avec un certain arbitraire, de la crédibilité de la minorité des jeunes non accompagnés. L’obtention d’un statut protecteur dans un cas, l’obligation de quitter le territoire dans l’autre. Mais raconter en détail des événements traumatiques que l’on n’a parfois jamais pu verbaliser est difficile, parfois impossible. Lorsque des troubles de la mémoire ou des reviviscences traumatiques les empêchent de donner des détails précis, on leur répond...

    #migration #mental_health #trauma #depression #violence

    https://www.larevuedupraticien.fr/article/sante-mentale-des-migrants-des-blessures-invisibles

  • Refugees and COVID-19: A Closer Look at the Syrian and Rohingya Crises- New security beat

    “We all know that while no one is immune from the Covid-19 virus—and people of all types have caught the virus and died from it—it is the world’s most vulnerable communities that have suffered disproportionately from the pandemic,” said Michael Kugelman, Deputy Director and Senior Associate for the Wilson Center’s Asia Program. He spoke at a recent Wilson Center event on the impact of the COVID-19 pandemic on refugee communities. As of 2019, 1 percent of humanity was displaced. That’s more than 79.5 million people. The COVID-19 pandemic has exacerbated the vulnerabilities of these people. “The health pandemic is fostering a new pandemic of poverty,” said Matthew Reynolds, Regional Representative for the U.S. and the Caribbean at the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR).

    #Covid-19#Syrie#camp#guerre#Santé#réfugiés#déplacés#migration#quarantaine

    https://www.newsecuritybeat.org/2020/07/refugees-covid-19-closer-syrian-rohingya-crises

  • OP-ed : La guerre faite aux migrants à la frontière grecque de l’Europe par #Vicky_Skoumbi

    La #honte de l’Europe : les #hotspots aux îles grecques
    Devant les Centres de Réception et d’Identification des îles grecques, devant cette ‘ignominie à ciel ouvert’ que sont les camps de Moria à Lesbos et de Vathy à Samos, nous sommes à court de mots ; en effet il est presque impossible de trouver des mots suffisamment forts pour dire l’horreur de l’enfermement dans les hot-spots d’hommes, femmes et enfants dans des conditions abjectes. Les hot-spots sont les Centres de Réception et d’Identification (CIR en français, RIC en anglais) qui ont été créés en 2015 à la demande de l’UE en Italie et en Grèce et plus particulièrement dans les îles grecques de Lesbos, Samos, Chios, Leros et Kos, afin d’identifier et enregistrer les personnes arrivantes. L’approche ‘hot-spots’ introduite par l’UE en mai 2015 était destinée à ‘faciliter’ l’enregistrement des arrivants en vue d’une relocalisation de ceux-ci vers d’autres pays européens que ceux de première entrée en Europe. Force est de constater que, pendant ces cinq années de fonctionnement, ils n’ont servi que le but contraire de celui initialement affiché, à savoir le confinement de personnes par la restriction géographique voire par la détention sur place.

    Actuellement, dans ces camps, des personnes vulnérables, fuyant la guerre et les persécutions, fragilisées par des voyages longs et éprouvants, parmi lesquels se trouvent des victimes de torture ou de naufrage, sont obligées de vivre dans une promiscuité effroyable et dans des conditions inhumaines. En fait, trois quart jusqu’à quatre cinquième des personnes confinées dans les îles grecques appartiennent à des catégories reconnues comme vulnérables, même aux yeux de critères stricts de vulnérabilité établis par l’UE et la législation grecque[1], tandis qu’un tiers des résidents des camps de Moria et de Vathy sont des enfants, qui n’ont aucun accès à un circuit scolaire. Les habitants de ces zones de non-droit que sont les hot-spots, passent leurs journées à attendre dans des files interminables : attendre pour la distribution d’une nourriture souvent avariée, pour aller aux toilettes, pour se laver, pour voir un médecin. Ils sont pris dans un suspens du temps, sans aucune perspective d’avenir de sorte que plusieurs d’entre eux finissent par perdre leurs repères au détriment de leur équilibre mental et de leur santé.

    Déjà avant l’épidémie de Covid 19, plusieurs organismes internationaux comme le UNHCR[2] avaient dénoncé les conditions indignes dans lesquelles étaient obligées de vivre les demandeurs d’asile dans les hot-spots, tandis que des ONG comme MSF[3] et Amnesty International[4] avaient à plusieurs reprises alerté sur le risque que représentent les conditions sanitaires si dégradées, en y pointant une situation propice au déclenchement des épidémies. De son côté, Jean Ziegler, dans son livre réquisitoire sorti en début 2020, désignait le camp de #Moria, le hot-spot de Lesbos, comme la ‘honte de l’Europe’[5].

    Début mars 2020, 43.000 personnes étaient bloquées dans les îles dont 20.000 à Moria et 7.700 à Samos pour une capacité d’accueil de 2.700 et 650 respectivement[6]. Avec les risques particulièrement accrus de contamination, à cause de l’impossibilité de respecter la distanciation sociale et les mesures d’hygiène, on aurait pu s’attendre à ce que des mesures urgentes de décongestion de ces camps soient prises, avec des transferts massifs vers la Grèce continentale et l’installation dans des logements touristiques vides. A vrai dire c’était l’évacuation complète de camps si insalubres qui s’imposait, mais étant donné la difficulté de trouver dans l’immédiat des alternatives d’hébergement pour 43.000 personnes, le transfert au moins des plus vulnérables à des structures plus petites offrant la possibilité d’isolement- comme les hôtels et autres logements touristiques vides dans le continent- aurait été une mesure minimale de protection. Au lieu de cela, le gouvernement Mitsotakis a décidé d’enfermer les résidents des camps dans les îles dans des conditions inhumaines, sans qu’aucune mesure d’amélioration des conditions sanitaires ne soit prévue[7].

    Car, les mesures prises le 17 mars par le gouvernement pour empêcher la propagation du virus dans les camps, consistaient uniquement en une restriction des déplacements au strict minimum nécessaire et même en deça de celui-ci : une seule personne par famille aura désormais le droit de sortir du camp pour faire des courses entre 7 heures et 19 heures, avec une autorisation fournie par la police, le nombre total de personnes ayant droit de sortir par heure restant limité. Parallèlement l’entrée des visiteurs a été interdite et celle des travailleurs humanitaires strictement limitée à ceux assurant des services vitaux. Une mesure supplémentaire qui a largement contribué à la détérioration de la situation des réfugiés dans les camps, a été la décision du ministère d’arrêter de créditer de fonds leur cartes prépayés (cash cards ) afin d’éviter toute sortie des camps, laissant ainsi les résidents des hot-spots dans l’impossibilité de s’approvisionner avec des produits de première nécessité et notamment de produits d’hygiène. Remarquez que ces mesures sont toujours en vigueur pour les hot-spots et toute autre structure accueillant des réfugiés et des migrants en Grèce, en un moment où toute restriction de mouvement a été déjà levée pour la population grecque. En effet, après une énième prolongation du confinement dans les camps, les mesures de restriction de mouvement ont été reconduites jusqu’au 5 juillet, une mesure d’autant plus discriminatoire que depuis cinq semaines déjà les autres habitants du pays ont retrouvé une entière liberté de mouvement. Etant donné qu’aucune donnée sanitaire ne justifie l’enfermement dans les hot-spots où pas un seul cas n’a été détecté, cette extension de restrictions transforme de facto les Centres de Réception et Identification (RIC) dans les îles en centres fermés ou semi-fermés, anticipant ainsi à la création de nouveaux centres fermés, à la place de hot-spots actuels –voir ici et ici. Il est fort à parier que le gouvernement va étendre de prolongation en prolongation le confinement de RIC pendant au moins toute la période touristique, ce qui risque de faire monter encore plus la tension dans les camps jusqu’à un niveau explosif.

    Ainsi les demandeurs d’asile ont été – et continuent toujours à être – obligés de vivre toute la période de l’épidémie, dans une très grande promiscuité et dans des conditions sanitaires qui suscitaient déjà l’effroi bien avant la menace du Covid-19[8]. Voyons de plus près quelles conditions de vie règnent dans ce drôle de ‘chez soi’, auquel le Ministre grec de la politique migratoire invitait les réfugiés à y passer une période de confinement sans cesse prolongée, en présentant le « Stay in camps » comme le strict équivalent du « Stay home », pour les citoyens grecs. Dans l’extension « hors les murs » du hotspot de Moria, vers l’oliveraie, repartie en Oliveraie I, II et III, il y a des quartiers où il n’existe qu’un seul robinet d’eau pour 1 500 personnes, ce qui rend le respect de règles d’hygiène absolument impossible. Dans le camp de Moria il n’y a qu’une seule toilette pour 167 personnes et une douche pour 242, alors que dans l’Oliveraie, 5 000 personnes n’ont aucun accès à l’électricité, à l’eau et aux toilettes. Selon le directeur des programmes de Médecins sans Frontières, Apostolos Veizis, au hot-spot de Samos à Vathy, il n’y a qu’une seule toilette pour 300 personnes, tandis que l’organisation MSF a installé 80 toilettes et elle fournit 60 000 litres d’eau par jour pour couvrir, ne serait-ce que partiellement- les besoins de résidents à l’extérieur du camp.

    Avec la restriction drastique de mouvement contre le Covid-19, non seulement les sorties du camp, même pour s’approvisionner ou pour aller consulter, étaient faites au compte-goutte, mais aussi les entrées, limitant ainsi dramatiquement les services que les ONG et les collectifs solidaires offraient aux réfugiés. La réduction du nombre des ONG et l’absence de solidaires a créé un manque cruel d’effectifs qui s’est traduit par une désorganisation complète de divers services et notamment de la distribution de la nourriture. Ainsi, dans le camp de Moria en pleine pandémie, ont eu lieu des scènes honteuses de bousculade effroyable où les réfugiés étaient obligés de se battre pour une portion de nourriture- voir la vidéo et l’article de quotidien grec Ephimérida tôn Syntaktôn. Ces scènes indignes ne sauraient que se multiplier dans la mesure où le gouvernement en imposant aux ONG un procédé d’enregistrement très complexe et coûteux a réussi à exclure plus que la moitié de celles qui s’activent dans les camps. Car, par le processus de ‘régulation’ d’un domaine censément opaque, imposé par la récente loi sur l’asile, n’ont réussi à passer que 18 ONG qui elles seules auront désormais droit d’entrée dans les hot-spots[9]. En fait, l’inscription des ONG dans le registre du Ministère s’avère un procédé plein d’embûches bureaucratiques. Qui plus est le Ministre peut décider à son gré de refuser l’inscription des organisations qui remplissent tous les critères requis, ce qui serait une ingérence flagrante du pouvoir dans le domaine humanitaire.

    Car, il faudrait aussi savoir que les réfugiés enfermés dans les camps se trouvent à la limite de la survie, après la décision du Ministère de leur couper, à partir du début mars, les aides –déjà très maigres, 90 euros par mois pour une personne seule- auxquelles ils avaient droit jusqu’à maintenant. En ce qui concerne la couverture sociale de santé, à partir de juillet dernier les demandeurs ne pouvaient plus obtenir un numéro de sécurité sociale et étaient ainsi privés de toute couverture santé. Après des mois de tergiversation et sous la pression des organismes internationaux, le gouvernement grec a enfin décidé de leur accorder un numéro provisoire de sécurité sociale, mais cette mesure reste pour l’instant en attente de sa pleine réalisation. Entretemps, l’exclusion des demandeurs d’asile du système national de santé a fait son effet : non seulement, elle a conduit à une détérioration significative de la santé des requérant, mais elle a également privé des enfants réfugiés de scolarisation, car, faute de carnet de vaccination à jour, ceux-ci ne pouvaient pas s’inscrire à l’école.

    En d’autres termes, au lieu de déployer pendant l’épidémie une politique de décongestion avec transferts massifs à des structures sécurisées, le gouvernement a traité les demandeurs d’asile comme porteurs virtuels du virus, à tenir coûte que coûte à l’écart de la société ; non seulement les réfugiés et les migrants n’ont pas été protégés par un confinement sécurisé, mais ils ont été enfermés dans des conditions sanitaires mettant leur santé et leur vie en danger. La preuve, si besoin est, ce sont les mesures prises par le gouvernement dans des structures d’accueil du continent où des cas de coronavirus ont été détectés ; par ex. la gestion catastrophique de la quarantaine dans une structure d’accueil hôtelière à Kranidi en Péloponnèse où une femme enceinte a été testée positive en avril. Dans cet hôtel géré par l’IOM qui accueille 470 réfugiés de l’Afrique sub-saharienne, après l’indentification de deux cas (une employée et une résidente), un dépistage généralisé a été effectué et le 21 avril 150 cas ont été détectés ; très probablement le virus a été ‘importé’ dans la structure par les contacts des réfugiés et du personnel avec les propriétaires de villas voisines installés dans la région pour la période de confinement et qui les employaient pour divers services. Après une quarantaine de trois semaines, trois nouveaux cas ont été détectés avec comme résultat que toutes les personnes testées négatives ont été placées en quarantaine avec celles testées positives au même endroit[10].

    Exactement la même tactique a été adoptée dans les camps de Ritsona (au nord d’Athènes) et de Malakassa (à l’est d’Attique), où des cas ont été détectés. Au lieu d’isoler les porteurs du virus et d’effectuer un dépistage exhaustif de toute la population du camp, travailleurs compris, ce qui aurait pu permettre d’isoler tout porteur non-symptomatique, les camps avec tous leurs résidents ont été mis en quarantaine. Les autorités « ont imposé ces mesures sans prendre de dispositions nécessaires …pour isoler les personnes atteintes du virus à l’intérieur des camps, ont déclaré deux travailleurs humanitaires et un résident du camp. Dans un troisième cas, les autorités ont fermé le camp sans aucune preuve de la présence du virus à l’intérieur, simplement parce qu’elles soupçonnaient les résidents du camp d’avoir eu des contacts avec une communauté voisine de Roms où des gens avaient été testés positifs [11] » [il s’agit du camp de Koutsohero, près de Larissa, qui accueille 1.500 personnes][12].

    Un travailleur humanitaire a déclaré à Human Rights Watch : « Aussi scandaleux que cela puisse paraître, l’approche des autorités lorsqu’elles soupçonnent qu’il pourrait y avoir un cas de virus dans un camp consiste simplement à enfermer tout le monde dans le camp, potentiellement des milliers de personnes, dont certaines très vulnérables, et à jeter la clé, sans prendre les mesures appropriées pour retracer les contacts de porteurs du virus, ni pour isoler les personnes touchées ».

    Il va de soi qu’une telle tactique ne vise nullement à protéger les résidents de camp, mais à les isoler tous, porteurs et non-porteurs, ensemble, au risque de leur santé et de leur vie. Au fond, la stratégie du gouvernement a été simple : retrancher complètement les réfugiés du reste de la population, tout en les excluant de mesures de protection efficiantes. Bref, les réfugiés ont été abandonnés à leur sort, quitte à se contaminer les uns les autres, pourvu qu’ils ne soient plus en contact avec les habitants de la région.

    La gestion par les autorités de la quarantaine à l’ancien camp de Malakasa est également révélatrice de la volonté des autorités non pas de protéger les résidents des camps mais de les isoler à tout prix de la population locale. Une quarantaine a été imposée le 5 avril suite à la détection d’un cas. A l’expiration du délai réglementaire de deux semaines, la quarantaine n’a été que très partiellement levée. Pendant la durée de la quarantaine l’ancien camp de Malakasa abritant 2.500 personnes a été approvisionné en quantité insuffisante en nourriture de basse valeur nutritionnelle, et pratiquement pas du tout en médicaments et aliments pour bébés. Le 22 avril un nouveau cas a été détecté et la quarantaine a été de nouveau imposée à l’ensemble de 2.500 résidents du camp. Entretemps quelques tests de dépistage ont été faits par-ci et par-là, mais aucune mesure spécifique n’a été prise pour les cas détectés afin de les isoler du reste de la population du camp. Pendant cette nouvelle période de quarantaine, la seule mesure prise par les autorités a été de redoubler les effectifs de police à l’entrée du camp, afin d’empêcher toute sortie, et ceci à un moment critique où des produits de première nécessité manquaient cruellement dans le camp. Ni dépistage généralisé, ni visite d’équipes médicales spécialisées, ni non plus séparation spatiale stricte entre porteurs et non-porteurs du virus n’ont été mises en place. La quarantaine, avec une courte période d’allégement de mesures de restriction, dure déjà depuis deux mois et demi. Car, le 20 juin elle a été prolongée jusqu’au 5 juillet, transformant ainsi de facto les résidents du camp en détenus[13].

    La façon aussi dont ont été traités les nouveaux arrivants dans les îles depuis le début de la période du confinement et jusqu’à maintenant est également révélatrice de la volonté du gouvernement de ne pas faire le nécessaire pour assurer la protection des demandeurs d’asile. Non seulement ceux qui sont arrivés après le début mars n’ont pas été mis à l’abri pour y passer la période de quarantaine de 14 jours dans des conditions sécurisées, mais ils ont été systématiquement ‘confinés en plein air’ à la proximité de l’endroit où ils ont débarqué : les nouveaux arrivants, femmes enceintes et enfants compris, ont été obligés de vivre en plein air, exposés aux intempéries dans une zone circonscrite placée sous la surveillance de la police, pendant deux, trois voire quatre semaines et sans aucun accès à des infrastructures sanitaires. Le cas de 450 personnes arrivées début mars est caractéristique : après avoir été gardées en « quarantaine » dans une zone entourée de barrières au port de Mytilène, elles ont été enfermées pendant 13 jours dans des conditions inimaginables dans un navire militaire grec, où ils ont été obligés de dormir sur le sol en fer du navire, vivant littéralement les uns sur les autres, sans même qu’on ne leur fournisse du savon pour se laver les mains.

    Cet enfermement prolongé dans des conditions abjectes, en contre-pied du confinement sécurisé à la maison, que la plupart d’entre nous, citoyens européens, avons connu, transforme de fait les demandeurs en détenus et crée inévitablement des situations explosives avec une montée des incidents violents, des affrontements entre groupes ethniques, des départs d’incendies à Lesbos, à Chios et à Samos. Ne serait-ce qu’à Moria, et surtout dans l’Oliveraie qui entoure le camp officiel, dès la tombée de la nuit l’insécurité règne : depuis le début de l’année on y dénombre au moins 14 agressions à l’arme blanche qui ont fait quatre morts et 14 blessés[14]. Bref aux conditions de vie indignes et dangereuses pour la santé, il faudrait ajouter l’insécurité croissante, encore plus pesante pour les femmes, les personnes LGBT+ et les mineurs isolés.

    Affronté aux réactions des sociétés locales et à la pression des organismes internationaux, le gouvernement grec a fini par reconnaître la nécessité de la décongestion des îles par le biais du transfert de réfugiés et des demandeurs d’asile vulnérables au continent. Mais il s’en est rendu compte trop tard ; entretemps le discours haineux qui présente les migrants comme une menace pour la sécurité nationale voire pour l’identité de la nation, ce poison qu’elle-même a administré à la population, a fait son effet. Aujourd’hui, le ministre de la politique migratoire a été pris au piège de sa propre rhétorique xénophobe haineuse ; c’est au nom justement de celle-ci que les autorités régionales et locales (et plus particulièrement celles proches à la majorité actuelle), opposent un refus catégorique à la perspective d’accueillir dans leur région des réfugiés venant des hot-spots des îles. Des hôtels où des familles en provenance de Moria auraient dû être logées ont été en partie brûlés, des cars transportant des femmes et des enfants ont été attaqués à coup de pierres, des tenanciers d’établissements qui s’apprêtaient à les accueillir, ont reçu des menaces, la liste des actes honteux ne prend pas fin[15].

    Mais le ministre grec de la politique migratoire n’est jamais en court de moyens : il a un plan pour libérer plus que 10.000 places dans les structures d’accueil et les appartements en Grèce continentale. A partir du 1 juin, les autorités ont commencé à mettre dans la rue 11.237 réfugiés reconnus comme bénéficiaires de protection internationale, un mois après l’obtention de leur carte de réfugiés ! Evincés de leurs logements, ces réfugiés, femmes, enfants et personnes vulnérables compris, se retrouveront dans la rue et sans ressources, car ils n’ont plus le droit de recevoir les aides qui ne leur sont destinées que pendant les 30 jours qui suivent l’obtention de leur carte[16]. Cette décision du ministre Mitarakis a été mise sur le compte d’une politique moins accueillante, car selon lui, les aides, assez maigres, par ailleurs, constituaient un « appel d’air » trop attractif pour les candidats à l’exil ! Le comble de l’affaire est que tant le programme d’hébergement en appartements et hôtels ESTIA que les aides accordées aux réfugiés et demandeurs d’asile sont financées par l’UE et des organismes internationaux, et ne coûtent strictement rien au budget de l’Etat. Le désastre qui se dessine à l’horizon a déjà pointé son nez : une centaine de réfugiés dont une quarantaine d’enfants, transférés de Lesbos à Athènes, ont été abandonnés sans ressources et sans toit en pleine rue. Ils campent actuellement à la place Victoria, à Athènes.

    Le dernier cercle de l’enfer : les PROKEKA

    Au moment où est écrit cet article, les camps dans les îles fonctionnent cinq, six voire dix fois au-dessus de leur capacité d’accueil. 34.000 personnes sont actuellement entassées dans les îles, dont 30.220 confinées dans les conditions abjectes de hot-spots prévus pour accueillir 6 000 personnes au grand maximum ; 750 en détention dans les centres de détention fermés avant renvoi (PROΚEΚA), et le restant dans d’autres structures[17].

    Plusieurs agents du terrain ont qualifié à juste titre les camps de Moria à Lesbos et celui de Vathy à Samos[18] comme l’enfer sur terre. Car, comment désigner autrement un endroit comme Moria où les enfants – un tiers des habitants du camp- jouent parmi les ordures et les déjections et où plusieurs d’entre eux touchent un tel fond de désespoir qu’ils finissent par s’automutiler et/ou par commettre de tentatives de suicide[19], tandis que d’autres tombent dans un état de prostration et de mutisme ? Comment dire autrement l’horreur d’un endroit comme le camp de Vathy où femmes enceintes et enfants de bas âge côtoient des serpents, des rats et autres scorpions ?

    Cependant, il y a pire, en l’occurrence le dernier cercle de l’Enfer, les ‘Centres de Détention fermés avant renvoi’ (Pre-moval Detention Centers, PROKEKA en grec), l’équivalent grec des CRA (Centre de Rétention Administrative) en France[20]. Aux huit centres fermés de détention et aux postes de police disséminés partout en Grèce, plusieurs milliers de demandeurs d’asile et d’étrangers sans-papiers sont actuellement détenus dans des conditions terrifiantes. Privés même des droits les plus élémentaires de prisonniers, les détenus restent presque sans soins médicaux, sans contact régulier avec l’extérieur, sans droit de visite ni accès assuré à une aide judiciaire. Ces détenus qui sont souvent victimes de mauvais traitements de la part de leurs gardiens, n’ont pas de perspective de sortie, dans la mesure où, en vertu de la nouvelle loi sur l’asile, leur détention peut être prolongée jusqu’à 36 mois. Leur maintien en détention est ‘justifié’ en vue d’une déportation devenue plus qu’improbable – qu’il s’agisse d’une expulsion vers le pays d’origine ou d’une réadmission vers un tiers pays « sûr ». Dans ces conditions il n’est pas étonnant qu’en désespoir de cause, des détenus finissent par attenter à leur jours, en commettant des suicides ou des tentatives de suicide.

    Ce qui est encore plus alarmant est qu’à la fin 2018, à peu près 28% des détenus au sein de ces centres fermés étaient des mineurs[21]. Plus récemment et notamment fin avril dernier, Arsis dans un communiqué de presse du 27 avril 2020, a dénoncé la détention en tout point de vue illégale d’une centaine de mineurs dans un seul centre de détention, celui d’Amygdaleza en Attique. D’après les témoignages, c’est avant tout dans les préfectures et les postes de police où sont gardés plus que 28% de détenus que les conditions de détention virent à un cauchemar, qui rivalise avec celui dépeint dans le film Midnight Express. Les cellules des commissariats où s’entassent souvent des dizaines de personnes sont conçus pour une détention provisoire de quelques heures, les infrastructures sanitaires sont défaillantes, et il n’y a pas de cour pour la promenade quotidienne. Quant aux policiers, ils se comportent comme s’ ils étaient au-dessus de la loi face à des détenus livrés à leur merci : ils leur font subir des humiliations systématiques, des mauvais traitements, des violences voire des tortures.

    Plusieurs témoignages concordants dénoncent des conditions horribles dans les préfectures et les commissariats : les détenus peuvent être privés de nourriture et d’eau pendant des journées entières, plusieurs entre eux sont battus et peuvent rester entravés et ligotés pendant des jours, privés de soins médicaux, même pour des cas urgents. En mars 2017, Ariel Rickel (fondatrice d’Advocates Abroad) avait découvert dans le commissariat du hot-spot de Samos, un mineur de 15 ans, ligoté sur une chaise. Le jeune homme qui avait été violement battu par les policiers, avait eu des côtes cassées et une blessure ouverte au ventre ; il était resté dans cet état ligoté trois jours durant, et ce n’est qu’après l’intervention de l’ombudsman, sollicité par l’avocate, qu’il a fini par être libéré.[22] Le cas rapporté par Ariel Rickel à Valeria Hänsel n’est malheureusement pas exceptionnel. Car, ces conditions inhumaines de détention dans les PROKEKA ont été à plusieurs reprises dénoncées comme un traitement inhumain et dégradant par la Cour Européenne de droits de l’homme[23] et par le Comité Européen pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe (CPT).

    Il faudrait aussi noter qu’au sein de hot-spot de Lesbos et de Kos, il y a de tels centres de détention fermés, ‘de prison dans les prisons à ciel ouvert’ que sont ces camps. Un rapport récent de HIAS Greece décrit les conditions inhumaines qui règnent dans le PROKEKA de Moria où sont détenus en toute illégalité des demandeurs d’asile n’ayant commis d’autre délit que le fait d’être originaire d’un pays dont les ressortissants obtiennent en moyenne en UE moins de 25% de réponses positives à leurs demandes d’asile (low profile scheme). Il est évident que la détention d’un demandeur d’asile sur la seule base de son pays d’origine constitue une mesure de ségrégation discriminatoire qui expose les requérants à des mauvais traitements, vu la quasi inexistence de services médicaux et la très grande difficulté voire l’impossibilité d’avoir accès à l’aide juridique gratuite pendant la détention arbitraire. Ainsi, p.ex. des personnes ressortissant de pays comme le Pakistan ou l’Algérie, même si ils/elles sont LGBT+, ce qui les exposent à des dangers graves dans leur pays d’origine, seront automatiquement détenus dans le PROKEKA de Moria, étant ainsi empêchés d’étayer suffisamment leur demande d’asile, en faisant appel à l’aide juridique gratuite et en la documentant. Début avril, dans deux centres de détention fermés, celui au sein du camp de Moria et celui de Paranesti, près de la ville de Drama au nord de la Grèce, les détenus avaient commencés une grève de la faim pour protester contre la promiscuité effroyable et réclamer leur libération ; dans les deux cas les protestations ont été très violemment réprimées par les forces de l’ordre.

    La déclaration commune UE-Turquie

    Cependant il faudrait garder à l’esprit qu’à l’origine de cette situation infernale se trouve la décision de l’UE en 2016 de fermer ses frontières et d’externaliser en Turquie la prise en charge de réfugiés, tout en bloquant ceux qui arrivent à passer en Grèce. C’est bien l’accord UE-Turquie du 18 mars 2016[24] – en fait une Déclaration commune dépourvue d’un statut juridique équivalent à celui d’un accord en bonne et due forme- qui a transformé les îles grecques en prison à ciel ouvert. En fait, cette Déclaration est un troc avec la Turquie où celle-ci s’engageait non seulement à fermer ses frontières en gardant sur son sol des millions de réfugiés mais aussi à accepte les réadmissions de ceux qui ont réussi à atteindre l’Europe ; en échange une aide de 6 milliards lui serait octroyée afin de couvrir une partie de frais générés par le maintien de 3 millions de réfugiés sur son sol, tandis que les ressortissants turcs n’auraient plus besoin de visa pour voyager en Europe. En fait, comme le dit un rapport de GISTI, la nature juridique de la Déclaration du 18 mars a beau être douteuse, elle ne produit pas moins les « effets d’un accord international sans en respecter les règles d’élaboration ». C’est justement le statut douteux de cette déclaration commune, que certains analystes n’hésitent pas de désigner comme un simple ‘communiqué de presse’, qui a fait que la Cour Européenne a refusé de se prononcer sur la légalité, en se déclarant incompétente, face à un accord d’un statut juridique indéterminé.

    Or, dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord a été introduite par l’article 60(4) de la loi grecque L 4375/2016, la procédure d’asile dite ‘accélérée’ dans les îles grecques (fast-track border procedure) qui non seulement réduisaient les garanties de la procédure au plus bas possible en UE, mais qui impliquait aussi comme corrélat l’imposition de la restriction géographique de demandeurs d’asile dans les îles de première arrivée. Celle-ci fut officiellement imposée par la décision 10464/31-5-2017 de la Directrice du Service d’Asile, qui instaurait la restriction de circulation des requérant, afin de garantir le renvoi en Turquie de ceux-ci, en cas de rejet de leurs demandes. Rappelons que ces renvois s’appuient sur la reconnaissance -tout à fait infondée-, de la Turquie comme ‘pays tiers sûr’. Même des réfugiés Syriens ont été renvoyés en Turquie dans le cadre de la mise en application de cette déclaration commune.

    La restriction géographique qui contraint les demandeurs d’asile de ne quitter sous aucun prétexte l’île où ils ont déposé leur demande, jusqu’à l’examen complet de celle-ci, conduit inévitablement au point où nous sommes aujourd’hui à savoir à ce surpeuplement inhumain qui non seulement crée une situation invivable pour les demandeurs, mais a aussi un effet toxique sur les sociétés locales. Déjà en mai 2016, François Crépeau, rapporteur spécial de NU aux droits de l’homme de migrants, soulignait que « la fermeture de frontières de pays au nord de la Grèce, ainsi que le nouvel accord UE-Turquie a abouti à une augmentation exponentielle du nombre de migrants irréguliers dans ce pays ». Et il ajoutait que « le grand nombre de migrants irréguliers bloqués en Grèce est principalement le résultat de la politique migratoire de l’UE et des pays membres de l’UE fondée exclusivement sur la sécurisation des frontières ».

    Gisti, dans un rapport sur les hotspots de Chios et de Lesbos notait également depuis 2016 que, étant donné l’accord UE-Turquie, « ce sont les Etats membres de l’UE et l’Union elle-même qui portent l’essentiel de la responsabilité́ des mauvais traitements et des violations de leurs droits subis par les migrants enfermés dans les hotspots grecs.

    La présence des agences européennes à l’intérieur des hotspots ne fait que souligner cette responsabilité ». On le verra, le rôle de l’EASO est crucial dans la décision finale du service d’asile grec. Quant au rôle joué par Frontex, plusieurs témoignages attestent sa pratique quotidienne de non-assistance à personnes en danger en mer voire sa participation à des refoulements illégaux. Remarquons que c’est bien cette déclaration commune UE-Turquie qui stipule que les demandeurs déboutés doivent être renvoyés en Turquie et à cette fin être maintenus en détention, d’où la situation actuelle dans les centres de détention fermés.

    Enfin la situation dans les hot-spots s’est encore plus aggravée, en raison de la décision du gouvernement Mitsotakis de geler pendant plusieurs mois tout transfert vers la péninsule grecque, bloquant ainsi même les plus vulnérables sur place. Sous le gouvernement précédent, ces derniers étaient exceptés de la restriction géographique dans les hot-spots. Mais à partir du juillet 2020 les transferts de catégories vulnérables -femmes enceintes, mineurs isolés, victimes de torture ou de naufrages, personnes handicapées ou souffrant d’une maladie chronique, victimes de ségrégations à cause de leur orientation sexuelle, – avaient cessé et n’avaient repris qu’au compte-goutte début janvier, plusieurs mois après leurs suspension.

    Le dogme de la ‘surveillance agressive’ des frontières

    Les refoulements groupés sont de plus en plus fréquents, tant à la frontière maritime qu’à la frontière terrestre. A Evros cette pratique était assez courante bien avant la crise à la frontière gréco-turque de mars dernier. Elle consistait non seulement à refouler ceux qui essayaient de passer la frontière, mais aussi à renvoyer en toute clandestinité ceux qui étaient déjà entrés dans le territoire grec. Les faits sont attestés par plusieurs témoignages récoltés par Human Rights 360 dans un rapport publié fin 2018 :The new normality : Continuous push-backs of third country nationals on the Evros river. Les « intrus » qui ont réussi à passer la frontière sont arrêtés et dépouillés de leur biens, téléphone portable compris, pour être ensuite déportés vers la Turquie, soit par des forces de l’ordre en tenue, soit par des groupes masqués et cagoulés difficiles à identifier. En effet, il n’est pas exclu que des patrouilles paramilitaires, qui s’activent dans la région en se prenant violemment aux migrants au vu et au su des autorités, soient impliquées à ses opérations. Les réfugiés peuvent être gardés non seulement dans des postes de police et de centres de détention fermés, mais aussi dans des lieux secrets, sans qu’ils n’aient la moindre possibilité de contact avec un avocat, le service d’asile, ou leurs proches. Par la suite ils sont embarqués de force sur des canots pneumatiques en direction de la Turquie.

    Cette situation qui fut dénoncée par les ONG comme instaurant une nouvelle ‘normalité’, tout sauf normale, s’est dramatiquement aggravée avec la crise à la frontière terrestre fin février et début mars dernier[25]. Non seulement la frontière fut hermétiquement fermée et des refoulements groupés effectués par la police anti-émeute et l’armée, mais, dans le cadre de la soi-disant défense de l’intégrité territoriale, il y a eu plusieurs cas où des balles réelles ont été tirées par les forces grecques contre les migrants, faisant quatre morts et plusieurs blessés[26].

    Cependant ces pratiques criminelles ne sont pas le seul fait des autorités grecques. Depuis le 13 mars dernier, des équipes d’Intervention Rapide à la Frontière de Frontex, les Rapid Border Intervention Teams (RABIT) ont été déployées à la frontière gréco-turque d’Evros, afin d’assurer la ‘protection’ de la frontière européenne. Leur intervention qui aurait dû initialement durer deux mois, a été entretemps prolongée. Ces équipes participent elles, et si oui dans quelle mesure, aux opérations de refoulement ? Il faudrait rappeler ici que, d’après plusieurs témoignages récoltés par le Greek Council for Refugees, les équipes qui opéraient les refoulements en 2017 et 2018 illégaux étaient déjà mixtes, composées des agents grecs et des officiers étrangers parlant soit l’allemand soit l’anglais. Il n’y a aucune raison de penser que cette coopération en bonne entente en matière de refoulement, entre forces grecques et celles de Frontex ait cessé depuis, d’autant plus que début mars la Grèce fut désignée par les dirigeants européens pour assurer la protection de l’Europe, censément menacée par les migrants à sa frontière.

    Plusieurs témoignages de réfugiés refoulés à la frontière d’Evros ainsi que des documents vidéo attestent l’existence d’un centre de détention secret destiné aux nouveaux arrivants ; celui-ci n’est répertorié nulle part et son fonctionnement ne respecte aucune procédure légale, concernant l’identification et l’enregistrement des arrivants. Ce centre, fonctionnant au noir, dont l’existence fut révélée par un article du 10 mars 2020 de NYT, se situe à la proximité de la frontière gréco-turque, près du village grec Poros. Les malheureux qui y échouent, restent détenus dans cette zone de non-droit absolu[27], car, non seulement leur existence n’est enregistrée nulle part mais le centre même n’apparaît sur aucun registre de camps et de centres de détention fermés. Au bout de quelques jours de détention dans des conditions inhumaines, les détenus dépouillés de leurs biens sont renvoyés de force vers la Turquie, tandis que plusieurs d’entre eux ont été auparavant battus par la police.

    La situation est aussi alarmante en mer Egée, où les rapports dénonçant des refoulements maritimes violents mettant en danger la vie de réfugiés, ne cessent de se multiplier depuis le début mars. D’après les témoignages il y aurait au moins deux modes opératoires que les garde-côtes grecs ont adoptés : enlever le moteur et le bidon de gasoil d’une embarcation surchargée et fragile, tout en la repoussant vers les eaux territoriaux turques, et/ou créer des vagues, en passant en grande vitesse tout près du bateau, afin d’empêcher l’embarcation de s’approcher à la côte grecque (voir l’incident du 4 juin dernier, dénoncé par Alarm Phone). Cette dernière méthode de dissuasion ne connaît pas de limites ; des vidéos montrent des incidents violents où les garde-côtes n’hésitent pas à tirer des balles réelles dans l’eau à côté des embarcations de réfugiés ou même dans leurs directions ; il y a même des vidéos qui montrent les garde-côtes essayant de percer le canot pneumatique avec des perches.

    Néanmoins, l’arsenal de garde-côtes grecs ne se limite pas à ces méthodes extrêmement dangereuses ; ils recourent à des procédés semblables à ceux employés en 2013 par l’Australie pour renvoyer les migrants arrivés sur son sol : ils obligent des demandeurs d’asile à embarquer sur des life rafts -des canots de survie qui se présentent comme des tentes gonflables flottant sur l’eau-, et ils les repoussent vers la Turquie, en les laissant dériver sans moteur ni gouvernail[28].

    Des incidents de ce type ne cessent de se multiplier depuis le début mars. Victimes de ce type de refoulement qui mettent en danger la vie des passagers, peuvent être même des femmes enceintes, des enfants ou même des bébés –voir la vidéo glaçante tournée sur un tel life raft le 25 mai dernier et les photographies respectives de la garde côtière turque.

    Ce mode opératoire va beaucoup plus loin qu’un refoulement illégal, car il arrive assez souvent que les personnes concernées aient déjà débarqué sur le territoire grec, et dans ce cas ils avaient le droit de déposer une demande d’asile. Cela veut dire que les garde-côtes grecs ne se contentent pas de faire des refoulements maritimes qui violent le droit national et international ainsi que le principe de non-refoulement de la convention de Genève[29]. Ioannis Stevis, responsable du média local Astraparis à Chios, avait déclaré au Guardian « En mer Egée nous pouvions voir se dérouler cette guerre non-déclarée. Nous pouvions apercevoir les embarcations qui ne pouvaient pas atteindre la Grèce, parce qu’elles en étaient empêchées. De push-backs étaient devenus un lot quotidien dans les îles. Ce que nous n’avions pas vu auparavant, c’était de voir les bateaux arriver et les gens disparaître ».

    Cette pratique illégale va beaucoup plus loin, dans la mesure où les garde-côtes s’appliquent à renvoyer en Turquie ceux qui ont réussi à fouler le sol grec, sans qu’aucun protocole ni procédure légale ne soient respectés. Car, ces personnes embarquées sur les life rafts, ne sont pas à strictement parler refoulées – et déjà le refoulement est en soi illégal de tout point de vue-, mais déportées manu militari et en toute illégalité en Turquie, sans enregistrement ni identification préalable. C’est bien cette méthode qui explique comment des réfugiés dont l’arrivée sur les côtes de Samos et de Chios est attestée par des vidéos et des témoignages de riverains, se sont évaporés dans la nature, n’apparaissant sur aucun registre de la police ou des autorités portuaires[30]. Malgré l’existence de documents photos et vidéos attestant l’arrivée des embarcations des jours où aucune arrivée n’a été enregistrée par les autorités, le ministre persiste et signe : pour lui il ne s’agirait que de la propagande turque reproduite par quelques esprits malveillants qui voudraient diffamer la Grèce. Néanmoins les photographies horodatées publiées sur Astraparis, dans un article intitulé « les personnes que nous voyons sur la côte Monolia à Chios seraient-ils des extraterrestres, M. le Ministre ? », constituent un démenti flagrant du discours complotiste du Ministre.

    Question cruciale : quelle est le rôle exact joué par Frontex dans ces refoulements ? Est-ce que les quelques 600 officiers de Frontex qui opèrent en mer Egée dans le cadre de l’opération Poséidon, y participent d’une façon ou d’une autre ? Ce qui est sûr est qu’il est quasi impossible qu’ils n’aient pas été de près ou de loin témoins des opérations de push-back. Le fait est confirmé par un article du Spiegel sur un incident du 13 mai, un push-back de 27 réfugiés effectué par la garde côtière grecque laquelle, après avoir embarqué les réfugiés sur un canot de sauvetage, a remorqué celui-ci en haute mer. Or, l’embarcation de réfugiés a été initialement repéré près de Samos par les hommes du bateau allemand Uckermark faisant partie des forces de Frontex, qui l’ont ensuite signalé aux officiers grecs ; le fait que cette embarcation ait par la suite disparu sans laisser de trace et qu’aucune arrivée de réfugiés n’ait été enregistrée à Samos ce jour-là, n’a pas inquiété outre-mesure les officiers allemands.

    Nous savons par ailleurs, grâce à l’attitude remarquable d’un équipage danois, que les hommes de Frontex reçoivent l’ordre de ne pas porter secours aux réfugiés navigant sur des canots pneumatiques, mais de les repousser ; au cas où les réfugiés ont déjà été secourus et embarqués à bord d’un navire de Frontex, celui-ci reçoit l’ordre de les remettre sur des embarcations peu fiables et à peine navigables. C’est exactement ce qui est arrivé début mars à un patrouilleur danois participant à l’opération Poséidon, « l’équipage a reçu un appel radio du commandement de Poséidon leur ordonnant de remettre les [33 migrants qu’ils avaient secourus] dans leur canot et de les remorquer hors des eaux grecques »[31], ordre, que le commandant du navire danois Jan Niegsch a refusé d’exécuter, estimant “que celui-ci n’était pas justifiable”, la manœuvre demandée mettant en danger la vie des migrants. Or, il n’y aucune raison de penser que l’ordre reçu -et fort heureusement non exécuté grâce au courage du capitaine Niegsch et du chargé de l’unité danoise de Frontex, Jens Moller- soit un ordre exceptionnel que les autres patrouilleurs de Frontex n’ont jamais reçu. Les officiers danois ont d’ailleurs confirmé que les garde-côtes grecs reçoivent des ordres de repousser les bateaux qui arrivent de Turquie, et ils ont été témoins de plusieurs opérations de push-back. Mais si l’ordre de remettre les réfugiés en une embarcation non-navigable émanait du quartier général de l’opération Poséidon, qui l’avait donc donné [32] ? Des officiers grecs coordonnant l’opération, ou bien des officiers de Frontex ?

    Remarquons que les prérogatives de Frontex ne se limitent pas à la surveillance et la ‘protection’ de la frontière européenne : dans une interview que Fabrice Leggeri avait donné en mars dernier à un quotidien grec, il a révélé que Frontex était en train d’envisager avec le gouvernement grec les modalités d’une action communes pour effectuer les retours forcés des migrants dits ‘irréguliers’ à leurs pays d’origine. « Je m’attends à ce que nous ayons bientôt un plan d’action en commun. D’après mes contacts avec les officiers grecs, j’ai compris que la Grèce est sérieusement intéressée à augmenter le nombre de retours », avait-il déclaré.

    Tout démontre qu’actuellement les sauvetages en mer sont devenus l’exception et les refoulements violents et dangereux la règle. « Depuis des années, Alarm Phone a documenté des opérations de renvois menées par des garde-côtes grecs. Mais ces pratiques ont considérablement augmenté ces dernières semaines et deviennent la norme en mer Égée », signale un membre d’Alarm Phone à InfoMigrants. De sorte que nous pouvons affirmer que le dogme du gouvernement Mitsotakis consiste en une inversion complète du principe du non-refoulement : ne laisser passer personne en refoulant coûte que coûte. D’ailleurs, ce nouveau dogme a été revendiqué publiquement par le ministre de Migration et de l’Asile Mitarakis, qui s’est vanté à plusieurs reprises d’avoir réussi à créer une frontière maritime quasi-étanche. Les quatre volets de l’approche gouvernementale ont été résumés ainsi par le ministre : « protection des frontières, retours forcés, centres fermés pour les arrivants, et internationalisation des frontières »[33]. Dans une émission télévisée du 13 avril, le même ministre a déclaré que la frontière était bien gardée, de sorte qu’aujourd’hui, les flux sont quasi nuls, et il a ajouté que “l’armée et des unités spéciaux, la marine nationale et les garde-côtes sont prêts à opérer pour empêcher les migrants en situation irrégulière d’entrer dans notre pays’’. Bref, des forces militaires sont appelées de se déployer sur le front de guerre maritime et terrestre contre les migrants. Voilà comment est appliqué le dogme de zéro flux dont se réclame le Ministre.

    Le Conseil de l’Europe a publié une déclaration très percutante à ce sujet le 19 juin. Sous le titre Il faut mettre fin aux refoulements et à la violence aux frontières contre les réfugiés, la commissaire aux droits de l’homme Dunja Mijatović met tous les états membres du Conseil de l’Europe devant leurs responsabilités, en premier lieu les états qui commettent de telles violations de droits des demandeurs d’asile. Loin de considérer que les refoulements et les violences à la frontière de l’Europe sont le seul fait de quelques états dont la plupart sont situés à la frontière externe de l’UE, la commissaire attire l’attention sur la tolérance tacite de ces pratiques illégales, voire l’assistance à celles-ci de la part de la plupart d’autres états membres. Est responsable non seulement celui qui commet de telles violations des droits mais aussi celui qui les tolère voire les encourage.

    Asile : ‘‘mission impossible’’ pour les nouveaux arrivants ?

    Actuellement en Grèce plusieurs dizaines de milliers de demandes d’asile sont en attente de traitement. Pour donner la pleine mesure de la surcharge d’un service d’asile qui fonctionne actuellement à effectifs réduits, il faudrait savoir qu’il y a des demandeurs qui ont reçu une convocation pour un entretien en…2022 –voir le témoignage d’un requérant actuellement au camp de Vagiohori. En février dernier il y avait 126.000 demandes en attente d’être examinées en première et deuxième instance. Entretemps, par des procédures expéditives, 7.000 demandes ont été traitées en mars et 15 000 en avril, avec en moyenne 24 jours par demande pour leur traitement[34]. Il devient évident qu’il s’agit de procédures expéditives et bâclées. En même temps le pourcentage de réponses négatives en première instance ne cesse d’augmenter ; de 45 à 50% qu’il était jusqu’à juillet dernier, il s’est élevé à 66% en février[35], et il a dû avoir encore augmenté entre temps.

    Ce qui est encore plus inquiétant est l’ambition affichée du Ministre de la Migration de réaliser 11000 déportations d’ici la fin de l’année. A Lesbos, à la réouverture du service d’asile, le 18 mai dernier, 1.789 demandeurs ont reçu une réponse négative, dont au moins 1400 en première instance[36]. Or, ces derniers n’ont eu que cinq jours ouvrables pour déposer un recours et, étant toujours confinés dans l’enceinte de Moria, ils ont été dans l’impossibilité d’avoir accès à une aide judiciaire. Ceux d’entre eux qui ont osé se déplacer à Mytilène, chef-lieu de Lesbos, pour y chercher de l’aide auprès du Legal Center of Lesbos ont écopé des amendes de 150€ pour violation de restrictions de mouvement[37] !

    Jusqu’à la nouvelle loi votée il y a six semaines au Parlement Hellénique, la procédure d’asile était un véritable parcours du combattant pour les requérants : un parcours plein d’embûches et de pièges, entaché par plusieurs clauses qui violent les lois communautaires et nationales ainsi que les conventions internationales. L’ancienne loi, entrée en vigueur seulement en janvier 2020, introduisait des restrictions de droits et un raccourcissement de délais en vue de procédures encore plus expéditives que celles dites ‘fast-track’ appliquées dans les îles (voir ci-dessous). Avant la toute nouvelle loi adoptée le 8 mai dernier, Gisti constatait déjà des atteintes au droit national et communautaire, concernant « en particulier le droit d’asile, les droits spécifiques qui doivent être reconnus aux personnes mineures et aux autres personnes vulnérables, et le droit à une assistance juridique ainsi qu’à une procédure de recours effectif »[38]. Avec la nouvelle mouture de la loi du 8 mai, les restrictions et la réduction de délais est telle que par ex. la procédure de recours devient vraiment une mission impossible pour les demandeurs déboutés, même pour les plus avertis et les mieux renseignés parmi eux. Les délais pour déposer une demande de recours se réduisent en peau de chagrin, alors que l’aide juridique au demandeur, de même que l’interprétariat en une langue que celui-ci maîtrise ne sont plus assurés, laissant ainsi le demandeur seul face à des démarches complexes qui doivent être faites dans une langue autre que la sienne[39]. De même l’entretien personnel du requérant, pierre angulaire de la procédure d’asile, peut être omis, si le service ne trouve pas d’interprète qui parle sa langue et si le demandeur vit loin du siège de la commission de recours, par ex. dans un hot-spot dans les îles ou loin de l’Attique. Le 13 mai, le ministre Mitarakis avait déclaré que 11.000 demandes ont été rejetées pendant les mois de mars et avril, et que ceux demandeurs déboutés « doivent repartir »[40], laissant entendre que des renvois massifs vers la Turquie pourraient avoir lieu, perspective plus qu’improbable, étant donné la détérioration grandissante de rapport entre les deux pays. Ces demandeurs déboutés ont été sommés de déposer un recours dans l’espace de 5 jours ouvrables après notification, sans assistance juridique et sous un régime de restrictions de mouvements très contraignant.

    En vertu de la nouvelle loi, les personnes déboutées peuvent être automatiquement placées en détention, la détention devenant ainsi la règle et non plus l’exception comme le stipule le droit européen. Ceci est encore plus vrai pour les îles. Qui plus est, selon le droit international et communautaire, la mesure de détention ne devrait être appliquée qu’en dernier ressort et seulement s’il y a une perspective dans un laps de temps raisonnable d’effectuer le renvoi forcé de l’intéressé. Or, aujourd’hui et depuis quatre mois, il n’y a aucune perspective de cet ordre. Car les chances d’une réadmission en Turquie ou d’une expulsion vers le pays d’origine sont pratiquement inexistantes, pendant la période actuelle. Si on tient compte que plusieurs dizaines de milliers de demandes restent en attente d’être traitées et que le pourcentage de rejet ne cesse d’augmenter, on voit avec effroi s’esquisser la perspective d’un maintien en détention de dizaines de milliers de personnes pour un laps de temps indéfini. La Grèce compte-t-elle créer de centres de détention pour des dizaines de milliers de personnes, qui s’apparenteraient par plusieurs traits à des véritables camps de concentration ? Le fera-t-elle avec le financement de l’UE ?

    Nous savons que le rôle de EASO, dont la présence en Grèce s’est significativement accrue récemment,[41] est crucial dans ces procédures d’asile : c’est cet organisme européen qui mène le pré-enregistrement de la demande d’asile et qui se prononce sur sa recevabilité ou pas. Jusqu’à maintenant il intervenait uniquement dans les îles dans le cadre de la procédure dite accélérée. Car, depuis la Déclaration de mars 2016, dans les îles est appliquée une procédure d’asile spécifique, dite procédure fast-track à la frontière (fast-track border procedure). Il s’agit d’une procédure « accélérée », qui s’applique dans le cadre de la « restriction géographique » spécifique aux hotspots »,[42] en application de l’accord UE-Turquie de mars 2016. Dans le cadre de cette procédure accélérée, c’est bien l’EASO qui se charge de faire le premier ‘tri’ entre les demandeurs en enregistrant la demande et en effectuant un premier entretien. La procédure ‘fast-track’ aurait dû rester une mesure exceptionnelle de courte durée pour faire face à des arrivées massives. Or, elle est toujours en vigueur quatre ans après son instauration, tandis qu’initialement sa validité n’aurait pas dû dépasser neuf mois – six mois suivis d’une prolongation possible de trois mois. Depuis, de prolongation en prolongation cette mesure d’exception s’est installée dans la permanence.

    La procédure accélérée qui, au détriment du respect des droits des réfugiés, aurait pu aboutir à un raccourcissement significatif de délais d’attente très longs, n’a même pas réussi à obtenir ce résultat : une partie des réfugiés arrivés à Samos en août 2019, avaient reçu une notification de rendez-vous pour l’entretien d’asile (et d’admissibilité) pour 2021 voire 2022[43] ! Mais si les procédures fast-track ne raccourcissent pas les délais d’attente, elles raccourcissent drastiquement et notamment à une seule journée le temps que dispose un requérant pour qu’il se prépare et consulte si besoin un conseiller juridique qui pourrait l’assister durant la procédure[44]. Dans le cas d’un rejet de la demande en première instance, le demandeur débouté ne dispose que de cinq jours après la notification de la décision négative pour déposer un recours en deuxième instance. Bref, le raccourcissement très important de délais introduits par la procédure accélérée n’affectait jusqu’à maintenant que les réfugiés qui sont dans l’impossibilité d’exercer pleinement leurs droits, et non pas le service qui pouvait imposer un temps interminable d’attente entre les différentes étapes de la procédure.

    Cependant l’implication d’EASO dépasse et de loin le pré-enregistrement, car ce sont bien ses fonctionnaires qui, suite à un entretien de l’intéressé, dit « interview d’admission », établissent le dossier qui sera transmis aux autorités grecques pour examen[45]. Or, nous savons par la plainte déposée contre l’EASO par les avocats de l’ONG European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR), en 2017, que les agents d’EASO ne consacrait à l’interrogatoire du requérant que 15 minutes en moyenne,[46] et ceci bien avant que ne monte en flèche la pression exercée par le gouvernement actuel pour accélérer encore plus les procédures. La même plainte dénonçait également le fait que la qualité de l’interprétation n’était point assurée, dans la mesure où, au lieu d’employer des interprètes professionnels, cet organisme européen faisait souvent recours à des réfugiés, pour faire des économies. A vrai dire, l’EASO, après avoir réalisé un entretien, rédige « un avis (« remarques conclusives ») et recommande une décision à destination des services grecs de l’asile, qui vont statuer sur la demande, sans avoir jamais rencontré » les requérants[47]. Mais, même si en théorie la décision revient de plein droit au Service d’Asile grec, en pratique « une large majorité des recommandations transmises par EASO aux services grecs de l’asile est adoptée par ces derniers »[48]. Or, depuis 2018 les compétences d’EASO ont été étendues à tout le territoire grec, ce qui veut dire que les officiers grecs de cet organisme européen ont le droit d’intervenir même dans le cadre de la procédure régulière d’asile et non plus seulement dans celui de la procédure accélérée. Désormais, avec le quadruplication des effectifs en Grèce continentale prévue pour 2020, et le dédoublement de ceux opérant dans les îles, l’avis ‘consultatif’ de l’EASO va peser encore plus sur les décisions finales. De sorte qu’on pourrait dire, que le constat que faisait Gisti, bien avant l’extension du domaine d’intervention d’EASO, est encore plus vrai aujourd’hui : l’UE, à travers ses agences, exerce « une forme de contrôle et d’ingérence dans la politique grecque en matière d’asile ». Si avant 2017, l’entretien et la constitution du dossier sur la base duquel le service grec d’asile se prononce étaient faits de façon si bâclée, que va—t-il se passer maintenant avec l’énorme pression des autorités pour des procédures fast-track encore plus expéditives, qui ne respectent nullement les droits des requérants ? Enfin, une fois la nouvelle loi mise en vigueur, les fonctionnaires européens vont-ils rédiger leurs « remarques conclusives » en fonction de celle-ci ou bien en respectant la législation européenne ? Car la première comporte des clauses qui ne respectent point la deuxième.

    La suspension provisoire de la procédure d’asile et ses effets à long terme

    Début mars, afin de dissuader les migrants qui se rassemblaient à la frontière gréco-turque d’Evros, le gouvernement grec a décidé de suspendre provisoirement la procédure d’asile pendant la durée d’un mois[49]. L’acte législatif respectif stipule qu’à partir du 1 mars et jusqu’au 30 du même mois, ceux qui traversent la frontière n’auront plus le droit de déposer une demande d’asile. Sans procédure d’identification et d’enregistrement préalable ils seront automatiquement maintenus en détention jusqu’à leur expulsion ou leur réadmission en Turquie. Après une cohorte de protestations de la part du Haut-Commissariat, des ONG, et même d’Ylva Johansson, commissaire aux affaires internes de l’UE, la procédure d’asile suspendue a été rétablie début avril et ceux qui sont arrivés pendant la durée de sa suspension ont rétroactivement obtenu le droit de demander la protection internationale. « Le décret a cessé de produire des effets juridiques à la fin du mois de mars 2020. Cependant, il a eu des effets très néfastes sur un nombre important de personnes ayant besoin de protection. Selon les statistiques du HCR, 2 927 personnes sont entrées en Grèce par voie terrestre et maritime au cours du mois de mars[50]. Ces personnes automatiquement placées en détention dans des conditions horribles, continuent à séjourner dans des établissements fermés ou semi-fermés. Bien qu’elles aient finalement été autorisées à exprimer leur intention de déposer une demande d’asile auprès du service d’asile, elles sont de fait privées de toute aide judiciaire effective. La plus grande partie de leurs demandes d’asile n’a cependant pas encore été enregistrée. Le préjudice causé par les conditions de détention inhumaines est aggravé par les risques sanitaires graves, voire mortels, découlant de l’apparition de la pandémie COVID-19, qui n’ont malheureusement pas conduit à un réexamen de la politique de détention en Grèce ».[51]

    En effet, les arrivants du mois de mars ont été jusqu’à il y a peu traités comme des criminels enfreignant la loi et menaçant l’intégrité du territoire grec ; ils ont été dans un premier temps mis en quarantaine dans des conditions inconcevables, gardés par la police en zones circonscrites, sans un abri ni la moindre infrastructure sanitaire. Après une période de quarantaine qui la plupart du temps durait plus longtemps que les deux semaines réglementaires, ceux qui sont arrivés pendant la suspension de la procédure, étaient transférés, en vue d’une réadmission en Turquie, à Malakassa en Attique, où un nouveau camp fermé, dit ‘le camp de tentes’, fut créé à proximité de de l’ancien camp avec les containeurs.

    700 d’entre eux ont été transférés au camp fermé de Klidi, à Serres, au nord de la Grèce, construit sur un terrain inondable au milieu de nulle part. Ces deux camps fermés présentent des affinités troublantes avec des camps de concentration. Les conditions de vie inhumaines au sein de ces camps s’aggravaient encore plus par le risque de contamination accru du fait de la très grande promiscuité et des conditions sanitaires effrayantes (coupures d’eau sporadiques à Malakassa, manque de produits d’hygiène, et approvisionnement en eau courante seulement deux heures par jour à Klidi)[52]. Or, après le rétablissement de la procédure d’asile, les 2.927 personnes arrivées en mars, ont obtenu–au moins en théorie- le droit de déposer une demande, mais n’ont toujours ni l’assistance juridique nécessaire, ni interprètes, ni accès effectif au service d’asile. Celui-ci a rouvert depuis le 18 mars, mais fonctionne toujours à effectif réduit, et est submergé par les demandes de renouvellement des cartes. Actuellement les réfugiés placés en détention sont toujours retenus dans les même camps qui sont devenus des camps semi-fermés sans pour autant que les conditions de vie dégradantes et dangereuses pour la santé des résidents aient vraiment changé. Ceci est d’autant plus vrai que le confinement de réfugiés et de demandeurs d’asile a été prolongé jusqu’au 5 juillet, ce qui ne leur permet de circuler que seulement avec une autorisation de la police, tandis que la population grecque est déjà tout à fait libre de ses mouvements. Dans ces conditions, il est pratiquement impossible d’accomplir des démarches nécessaires pour le dépôt d’une demande bien documentée.

    Refugee Support Aegean a raison de souligner que « les répercussions d’une violation aussi flagrante des principes fondamentaux du droit des réfugiés et des droits de l’homme ne disparaissent pas avec la fin de validité du décret, les demandeurs d’asile concernés restant en détention arbitraire dans des conditions qui ne sont aucunement adaptées pour garantir leur vie et leur dignité. Le décret de suspension crée un précédent dangereux pour la crédibilité du droit international et l’intégrité des procédures d’asile en Grèce et au-delà ».

    Cependant, nous ne pouvons pas savoir jusqu’où pourrait aller cette escalade d’horreurs. Aussi inimaginable que cela puisse paraître , il y a pire, même par rapport au camp fermé de Klidi à Serres, que Maria Malagardis, journaliste à Libération, avait à juste titre désigné comme ‘un camp quasi-militaire’. Car les malheureux arrêtés à Evros fin février et début mars, ont été jugés en procédure de flagrant délit, et condamnés pour l’exemple à des peines de prison de quatre ans ferme et des amendes de 10.000 euros -comme quoi, les autorités grecques peuvent revendiquer le record en matière de peine pour entrée irrégulière, car même la Hongrie de Orban, ne condamne les migrants qui ont osé traverser ses frontières qu’à trois ans de prison. Au moins une cinquantaine de personnes ont été condamnées ainsi pour « entrée irrégulière dans le territoire grec dans le cadre d’une menace asymétrique portant sur l’intégrité du pays », et ont été immédiatement incarcérées. Et il est fort à parier qu’aujourd’hui, ces personnes restent toujours en prison, sans que le rétablissement de la procédure ait changé quoi que ce soit à leur sort.

    Eriger l’exception en règle

    Qui plus est la suspension provisoire de la procédure laisse derrière elle des marques non seulement aux personnes ayant vécu sous la menace de déportation imminente, et qui continuent à vivre dans des conditions indignes, mais opère aussi une brèche dans la validité universelle du droit international et de la Convention de Genève, en créant un précédent dangereux. Or, c’est justement ce précédent que M. Mitarakis veut ériger en règle européenne en proposant l’introduction d’une clause de force majeure dans la législation européenne de l’asile[53] : dans le débat pour la création d’un système européen commun pour l’asile, le Ministre grec de la politique migratoire a plaidé pour l’intégration de la notion de force majeure dans l’acquis européen : celle-ci permettrait de contourner la législation sur l’asile dans des cas où la sécurité territoriale ou sanitaire d’un pays serait menacée, sans que la violation des droits de requérants expose le pays responsable à des poursuites. Pour convaincre ses interlocuteurs, il a justement évoqué le cas de la suspension par le gouvernement de la procédure pendant un mois, qu’il compte ériger en paradigme pour la législation communautaire. Cette demande fut réitérée le 5 juin dernier, par une lettre envoyée par le vice-ministre des Migrations et de l’Asile, Giorgos Koumoutsakos, au vice-président Margaritis Schinas et au commissaire aux affaires intérieures, Ylva Johansson. Il s’agit de la dite « Initiative visant à inclure une clause d’état d’urgence dans le Pacte européen pour les migrations et l’asile », une initiative cosignée par Chypre et la Bulgarie. Par cette lettre, les trois pays demandent l’inclusion au Pacte européen d’une clause qui « devrait prévoir la possibilité d’activer les mécanismes d’exception pour prévenir et répondre à des situations d’urgence, ainsi que des déviations [sous-entendu des dérogations au droit européen] dans les modes d’action si nécessaire ».[54] Nous le voyons, la Grèce souhaite, non seulement poursuivre sa politique de « surveillance agressive » des frontières et de violation des droits de migrants, mais veut aussi ériger ces pratiques de tout point de vue illégales en règle d’action européenne. Il nous faudrait donc prendre la mesure de ce que laisse derrière elle la fracture dans l’universalité de droit d’asile opérée par la suspension provisoire de la procédure. Même si celle-ci a été bon an mal an rétablie, les effets de ce geste inédit restent toujours d’actualité. L’état d’exception est en train de devenir permanent.

    Une rhétorique de la haine

    Le discours officiel a changé de fond en comble depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Mitsotakis. Des termes, comme « clandestins » ont fait un retour en force, accompagnés d’une véritable stratégie de stigmatisation visant à persuader la population que les arrivants ne sont point des réfugiés mais des immigrés économiques censés profiter du laxisme du gouvernement précédent pour envahir le pays et l’islamiser. Cette rhétorique haineuse qui promeut l’image des hordes d’étrangers envahisseurs menaçant la nation et ses traditions, ne cesse d’enfler malgré le fait qu’elle soit démentie d’une façon flagrante par les faits : les arrivants, dans leur grande majorité, ne veulent pas rester en Grèce mais juste passer par celle-ci pour aller ailleurs en Europe, là où ils ont des attaches familiales, communautaires etc. Ce discours xénophobe aux relents racistes dont le paroxysme a été atteint avec la mise en avant de l’épouvantail du ‘clandestin’ porteur du virus venant contaminer et décimer la nation, a été employé d’une façon délibérée afin de justifier la politique dite de la « surveillance agressive » des frontières grecques. Il sert également à légitimer la transformation programmée des actuels CIR (RIC en anglais) en centres fermés ‘contrôlés’, où les demandeurs n’auront qu’un droit de sortie restreint et contrôlé par la police. Le ministre Mitarakis a déjà annoncé la transformation du nouveau camp de Malakasa, où étaient détenus ceux qui sont arrivés pendant la durée de la suspension d’asile, un camp qui était censé s’ouvrir après la fin de validité du décret, en camp fermé ‘contrôlé’ où toute entrée et sortie seraient gérées par la police[55].

    Révélateur des intentions du gouvernement grec, est le projet du Ministre de la politique migratoire d’étendre les compétences du Service d’Asile bien au-delà de la protection internationale, et notamment aux …expulsions ! D’après le quotidien grec Ephimérida tôn Syntaktôn, le ministre serait en train de prospecter pour la création de trois nouvelles sections au sein du Service d’Asile : Coordination de retours forcés depuis le continent et retours volontaires, Coordination des retours depuis les îles, Appels et exclusions. Bref, le Service d’Asile grec qui a déjà perdu son autonomie, depuis qu’il a été attaché au Secrétariat général de la politique de l’Immigration du Ministère, risque de devenir – et cela serait une première mondiale- un service d’asile et d’expulsions. Voilà comment se met en œuvre la consolidation du rôle de la Grèce en tant que « bouclier de l’Europe », comme l’avait désigné début mars Ursula von der Leyden. Voilà ce qu’est en train d’ériger l’Europe qui soutient et finance la Grèce face à des personnes persécutées fuyant de guerres et de conflits armés : un mur fait de barbelés, de patrouilles armés jusqu’aux dents et d’une flotte de navires militaires. Quant à ceux qui arrivent à passer malgré tout, ils seront condamnés à rester dans les camps de la honte.

    Que faire ?

    Certaines analyses convoquent la position géopolitique de la Grèce et le rapport de forces dans l’UE, afin de présenter cette situation intolérable comme une fatalité dont on ne saurait vraiment échapper. Mais face à l’ignominie, dire qu’il n’y aurait rien ou presque à faire, serait une excuse inacceptable. Car, même dans le cadre actuel, des solutions il y en a et elles sont à portée de main. La déclaration commune UE-Turquie mise en application le 20 mars 2016, n’est plus respectée par les différentes parties. Déjà avant février 2020, l’accord ne fut jamais appliqué à la lettre, autant par les Européens qui n’ont pas fait les relocalisations promises ni respecté leurs engagements concernant la procédure d’intégration de la Turquie en UE, que par la Turquie qui, au lieu d’employer les 6 milliards qu’elle a reçus pour améliorer les conditions de vie des réfugiés sur son sol, s’est servi de cet argent pour construire un mur de 750 km dans sa frontière avec la Syrie, afin d’empêcher les réfugiés de passer. Cependant ce sont les récents développements de mars 2020 et notamment l’afflux organisé par les autorités turques de réfugiés à la frontière d’Evros qui ont sonné le glas de l’accord du 18 mars 2016. Dans la mesure où cet accord est devenu caduc, avec l’ouverture de frontières de la Turquie le 28 février dernier, il n’y plus aucune obligation officielle du gouvernement grec de continuer à imposer le confinement géographique dans les îles des demandeurs d’asile. Leur transfert sécurisé vers la péninsule pourrait s’effectuer à court terme vers des structures hôtelières de taille moyenne dont plusieurs vont rester fermées cet été. L’appel international Évacuez immédiatement les centres d’accueil – louez des logements touristiques vides et des maisons pour les réfugiés et les migrants ! qui a déjà récolté 11.500 signatures, détaille un tel projet. Ajoutons, que sa réalisation pourrait profiter aussi à la société locale, car elle créerait des postes de travail en boostant ainsi l’économie de régions qui souvent ne dépendent que du tourisme pour vivre.

    A court et à moyen terme, il faudrait qu’enfin les pays européens honorent leurs engagements concernant les relocalisations et se mettent à faciliter au lieu d’entraver le regroupement familial. Quelques timides transferts de mineurs ont été déjà faits vers l’Allemagne et le Luxembourg, mais le nombre d’enfants concernés est si petit que nous pouvons nous pouvons nous demander s’il ne s’agirait pas plutôt d’une tentative de se racheter une conscience à peu de frais. Car, sans un plan large et équitable de relocalisations, le transfert massif de requérants en Grèce continentale, risque de déplacer le problème des îles vers la péninsule, sans améliorer significativement les conditions de vie de réfugiés.

    Si les requérants qui ont déjà derrière eux l’expérience traumatisante de Moria et de Vathy, sont transférés à un endroit aussi désolé et isolé de tout que le camp de Nea Kavala (au nord de la Grèce) qui a été décrit comme un Enfer au Nord de la Grèce, nous ne faisons que déplacer géographiquement le problème. Toute la question est de savoir dans quelles conditions les requérants seront invités à vivre et dans quelles conditions les réfugiés seront transférés.

    Les solutions déjà mentionnées sont réalisables dans l’immédiat ; leur réalisation ne se heurte qu’au fait qu’elles impliquent une politique courageuse à contre-pied de la militarisation actuelle des frontières. C’est bien la volonté politique qui manque cruellement dans la mise en œuvre d’un plan d’urgence pour l’évacuation des hot-spots dans les îles. L’Europe-Forteresse ne saurait se montrer accueillante. Tant du côté grec que du côté européen la nécessité de créer des conditions dignes pour l’accueil de réfugiés n’entre nullement en ligne de compte.

    Car, même le financement d’un tel projet est déjà disponible. Début mars l’UE s’est engagé de donner à la Grèce 700 millions pour qu’elle gère la crise de réfugiés, dont 350 millions sont immédiatement disponibles. Or, comme l’a révélé Ylva Johansson pendant son intervention au comité LIBE du 2 avril dernier, les 350 millions déjà libérés doivent principalement servir pour assurer la continuation et l’élargissement du programme d’hébergement dans le continent et le fonctionnement des structures d’accueil continentales, tandis que 35 millions sont destinés à assurer le transfert des plus vulnérables dans des logements provisoires en chambres d’hôtel. Néanmoins la plus grande somme (220 millions) des 350 millions restant est destinée à financer de nouveaux centres de réception et d’identification dans les îles (les dits ‘multi-purpose centers’) qui vont fonctionner comme des centres semi-fermés où toute sortie sera règlementée par la police. Les 130 millions restant seront consacrés à financer le renforcement des contrôles – et des refoulements – à la frontière terrestres et maritime, avec augmentation des effectifs et équipement de la garde côtière, de Frontex, et des forces qui assurent l’étanchéité des frontières terrestres. Il aurait suffi de réorienter la somme destinée à financer la construction des centres semi-fermés dans les îles, et de la consacrer au transfert sécurisé au continent pour que l’installation des requérants et des réfugiés en hôtels et appartements devienne possible.

    Mais que faire pour stopper la multiplication exponentielle des refoulements à la frontière ? Si Frontex, comme Fabrice Leggeri le prétend, n’a aucune implication dans les opérations de refoulement, si ses agents n’y participent pas de près ou de loin, alors ces officiers doivent immédiatement exercer leur droit de retrait chaque fois qu’ils sont témoins d’un tel incident ; ils pouvaient même recevoir la directive de ne refuser d’appliquer tout ordre de refoulement, comme l’avait fait début mars le capitaine danois Jan Niegsch. Dans la mesure où non seulement les témoignages mais aussi des documents vidéo et des audio attestent l’existence de ces pratiques en tous points illégales, les instances européennes doivent mettre une condition sine qua non à la poursuite du financement de la Grèce pour l’accueil de migrants : la cessation immédiate de ces types de pratiques et l’ouverture sans délai d’une enquête indépendante sur les faits dénoncés. Si l’Europe ne le fait pas -il est fort à parier qu’elle n’en fera rien-, elle se rend entièrement responsable de ce qui se passe à nos frontières.

    Car,on le voit, l’UE persiste dans la politique de la restriction géographique qui oblige réfugiés et migrants à rester sur les îles pour y attendre la réponse définitive à leur demande, tandis qu’elle cautionne et finance la pratique illégale des refoulements violents à la frontière. Les intentions d’Ylva Johansson ont beau être sincères : une politique qui érige la Grèce en ‘bouclier de l’Europe’, ne saurait accueillir, mais au contraire repousser les arrivants, même au risque de leur vie.

    Quant au gouvernement grec, force est de constater que sa politique migratoire du va dans le sens opposé d’un large projet d’hébergement dans des structures touristiques hors emploi actuellement. Révélatrice des intentions du gouvernement actuel est la décision du ministre Mitarakis de fermer 55 à 60 structures hôtelières d’accueil parmi les 92 existantes d’ici fin 2020. Il s’agit de structures fonctionnant dans le continent qui offrent un niveau de vie largement supérieur à celui des camps. Or, le ministre invoque un argument économique qui ne tient pas la route un seul instant, pour justifier cette décision : pour lui, les structures hôtelières seraient trop coûteuses. Mais ce type de structure n’est pas financé par l’Etat grec mais par l’IOM, ou par l’UE, ou encore par d’autres organismes internationaux. La fermeture imminente des hôtels comme centres d’accueil a une visée autre qu’économique : il faudrait retrancher complètement les requérants et les réfugiés de la société grecque, en les obligeant à vivre dans des camps semi-fermés où les sorties seront limitées et contrôlées. Cette politique d’enfermement vise à faire sentir tant aux réfugiés qu’à la population locale que ceux-ci sont et doivent rester un corps étranger à la société grecque ; à cette fin il vaut mieux les exclure et les garder hors de vue.

    Qui plus est la fermeture de deux tiers de structures hôtelières actuelles ne pourra qu’aggraver encore plus le manque de places en Grèce continentale, rendant ainsi quasiment impossible la décongestion des îles. Sauf si on raisonne comme le Ministre : le seul moyen pour créer des places est de chasser les uns – en l’occurrence des familles de réfugiés reconnus- pour loger provisoirement les autres. La preuve, les mesures récentes de restrictions drastiques des droits aux allocations et à l’hébergement des réfugiés, reconnus comme tels, par le service de l’asile. Ceux-ci n’ont le droit de séjourner aux appartements loués par l’UNHCR dans le cadre du programme ESTIA, et aux structures d’accueil que pendant un mois (et non pas comme auparavant six) après l’obtention de leur titre, et ils ne recevront plus que pendant cette période très courte les aides alloués aux réfugiés qui leur permettraient de survivre pendant leur période d’adaptation, d’apprentissage de la langue, de formation etc. Depuis la fin du mois de mai, les autorités ont entrepris de mettre dans la rue 11.237 personnes, dont la grande majorité de réfugiés reconnus, afin de libérer des places pour la supposée imminente décongestion des îles. Au moins 10.000 autres connaîtront le même sort en juillet, car en ce moment le délai de grâce d’un mois aura expiré pour eux aussi. Ce qui veut dire que le gouvernement grec non seulement impose des conditions de vie inhumaines et de confinements prolongés aux résidants de hot-spots et aux détenus en PROKEKA (les CRA grecs), mais a entrepris à réduire les familles de réfugiés ayant obtenu la protection internationale en sans-abri, errant sans toit ni ressources dans les villes.

    La dissuasion par l’horreur

    De tout ce qui précède, nous pouvons aisément déduire que la stratégie du gouvernement grec, une stratégie soutenue par les instances européennes et mise en application en partie par des moyens que celles-ci mettent à la disposition de celui-là, consiste à rendre la vie invivable aux réfugiés et aux demandeurs d’asile vivant dans le pays. Qui plus est, dans le cadre de cette politique, la dérogation systématique aux règles du droit et notamment au principe de non-refoulement, instauré par la Convention de Genève est érigée en principe régulateur de la sécurisation des frontières. Le maintien de camps comme Moria à Lesbos et Vathy à Samos témoignent de la volonté de créer des lieux terrifiants d’une telle notoriété sinistre que l’évocation même de leurs noms puisse avoir un effet de dissuasion sur les candidats à l’exil. On ne saurait expliquer autrement la persistance de la restriction géographique de séjour dans les îles de dizaines de milliers de requérants dans des conditions abjectes.

    Nous savons que l’Europe déploie depuis plusieurs années en Méditerranée centrale la politique de dissuasion par la noyade, une stratégie qui a atteint son summum avec la criminalisation des ONG qui essaient de sauver les passagers en péril ; l’autre face de cette stratégie de la terreur se déploie à ma frontière sud-est, où l’Europe met en œuvre une autre forme de dissuasion, celle effectuée par l’horreur des hot-spots. Aux crimes contre l’humanité qui se perpétuent en toute impunité en Méditerranée centrale, entre la Libye et l’Europe, s’ajoutent d’autres crimes commis à la frontière grecque[56]. Car il s’agit bien de crimes : poursuivre des personnes fuyant les guerres et les conflits armés par des opérations de refoulement particulièrement violentes qui mettent en danger leurs vies est un crime. Obliger des personnes dont la plus grande majorité est vulnérable à vivoter dans des conditions si indignes et dégradantes en les privant de leurs droits, est un acte criminel. Ceux qui subissent de tels traitement n’en sortent pas indemnes : leur santé physique et mentale en est marquée. Il est impossible de méconnaître qu’un séjour – et qui plus est un séjour prolongé- dans de telles conditions est une expérience traumatisante en soi, même pour des personnes bien portantes, et à plus forte raison pour celles et ceux qui ont déjà subi des traumatismes divers : violences, persécutions, tortures, viols, naufrages, pour ne pas mentionner les traumas causés par des guerres et de conflits armés.

    Gisti, dans son rapport récent sur le hotspot de Samos, soulignait que loin « d’être des centres d’accueil et de prise en charge des personnes en fonction de leurs besoins, les hotspots grecs, à l’image de celui de Samos, sont en réalité des camps de détention, soustraits au regard de la société civile, qui pourraient n’avoir pour finalité que de dissuader et faire peur ». Dans son rapport de l’année dernière, le Conseil Danois pour les réfugiés (Danish Refugee Council) ne disait pas autre chose : « le système des hot spots est une forme de dissuasion »[57]. Que celle-ci se traduise par des conditions de vie inhumaines où des personnes vulnérables sont réduites à vivre comme des bêtes[58], peu importe, pourvu que cette horreur fonctionne comme un repoussoir. Néanmoins, aussi effrayant que puisse être l’épouvantail des hot-spots, il n’est pas sûr qu’il puisse vraiment remplir sa fonction de stopper les ‘flux’. Car les personnes qui prennent le risque d’une traversée si périlleuse ne le font pas de gaité de cœur, mais parce qu’ils n’ont pas d’autre issue, s’ils veulent préserver leur vie menacée par la guerre, les attentats et la faim tout en construisant un projet d’avenir.

    Quoi qu’il en soit, nous aurions tort de croire que tout cela n’est qu’une affaire grecque qui ne nous atteint pas toutes et tous, en tout cas pas dans l’immédiat. Car, la stratégie de « surveillance agressive » des frontières, de dissuasion par l’imposition de conditions de vie inhumaines et de dérogation au droit d’asile pour des raisons de « force majeure », est non seulement financée par l’UE, mais aussi proposée comme un nouveau modèle de politique migratoire pour le cadre européen commun de l’asile en cours d’élaboration. La preuve, la récente « Initiative visant à inclure une clause d’état d’urgence dans le Pacte européen pour les migrations et l’asile » lancée par la Grèce, la Bulgarie et Chypre.

    Il devient clair, je crois, que la stratégie du gouvernement grec s’inscrit dans le cadre d’une véritable guerre aux migrants que l’UE non seulement cautionne mais soutient activement, en octroyant les moyens financiers et les effectifs nécessaires à sa réalisation. Car, les appels répétés, par ailleurs tout à fait justifiés et nécessaires, de la commissaire Ylva Johansson[59] et de la commissaire au Conseil de l’Europe Dunja Mijatović[60] de respecter les droits des demandeurs d’asile et de migrants, ne servent finalement que comme moyen de se racheter une conscience, devant le fait que cette guerre menée contre les migrants à nos frontières est rendue possible par la présence entre autres des unités RABIT à Evros et des patrouilleurs et des avions de Frontex et de l’OTAN en mer Egée. La question à laquelle tout citoyen européen serait appelé en son âme et conscience à répondre, est la suivante : sommes-nous disposés à tolérer une telle politique qui instaure un état d’exception permanent pour les réfugiés ? Car, comment désigner autrement cette ‘situation de non-droit absolu’[61] dans laquelle la Grèce sous la pression et avec l’aide active de l’Europe maintient les demandeurs d’asile ? Sommes-nous disposés à la financer par nos impôts ?

    Car le choix de traiter une partie de la population comme des miasmes à repousser coûte que coûte ou à exclure et enfermer, « ne saurait laisser intacte notre société tout entière. Ce n’est pas une question d’humanisme, c’est une question qui touche aux fondements de notre vivre-ensemble : dans quel type de société voulons-nous vivre ? Dans une société qui non seulement laisse mourir mais qui fait mourir ceux et celles qui sont les plus vulnérables ? Serions-nous à l’abri dans un monde transformé en une énorme colonie pénitentiaire, même si le rôle qui nous y est réservé serait celui, relativement privilégié, de geôliers ? [62] » La commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, avait à juste titre souligné que les « refoulements et la violence aux frontières enfreignent les droits des réfugiés et des migrants comme ceux des citoyens des États européens. Lorsque la police ou d’autres forces de l’ordre peuvent agir impunément de façon illégale et violente, leur devoir de rendre des comptes est érodé et la protection des citoyens est compromise. L’impunité d’actes illégaux commis par la police est une négation du principe d’égalité en droit et en dignité de tous les citoyens... »[63]. A n’importe quel moment, nous pourrions nous aussi nous trouver du mauvais côté de la barrière.

    Il serait plus que temps de nous lever pour dire haut et fort :

    Pas en notre nom ! Not in our name !

    https://migration-control.info/?post_type=post&p=63932
    #guerre_aux_migrants #asile #migrations #réfugiés #Grèce #îles #Evros #frontières #hotspot #Lesbos #accord_UE-Turquie #Vathy #Samos #covid-19 #coronavirus #confinement #ESTIA #PROKEKA #rétention #détention_administrative #procédure_accélérée #asile #procédure_d'asile #EASO #Frontex #surveillance_des_frontières #violence #push-backs #refoulement #refoulements #décès #mourir_aux_frontières #morts #life_rafts #canots_de_survie #life-raft #Mer_Egée #Méditerranée #opération_Poséidon #Uckermark #Klidi #Serres

    ping @isskein

  • Un peu de géopolitique à l’aune de la stratégie « choc et effroi » (shock and awe). Développement autour du concept de #barbare par Pepe Escobar

    La barbarie commence chez soi. Pepe Escobar - El Correo
    http://www.elcorreo.eu.org/La-barbarie-commence-chez-soi#nb2

    La Grèce a inventé le concept de barbaros. La Rome impériale en a hérité sous le nom de barbarie. La signification originelle de barbaros est ancrée dans le langage : une onomatopée signifiant « parole inintelligible » car les gens font « bar bar bar » quand ils parlent.

    Homère ne fait pas référence à barbaros, mais à barbarophonos (« à la parole inintelligible »), pour ceux qui ne parlent pas grec ou qui parlent très mal. Le poète comique Aristophane a suggéré que Gorgias était un barbare parce qu’il parlait un dialecte sicilien.

    Barbaru signifiait « étranger » en babylonien-sumérien. Ceux d’entre nous qui ont étudié le latin à l’école se souviennent de balbutio (« bégaiement », « balbutiement », babillage »).

    C’est donc la parole qui a défini le barbare par rapport au grec. Thucydide pensait qu’Homère n’utilisait pas le terme « barbare » car, à son époque, les Grecs « n’avaient pas encore été divisés et n’avaient donc qu’un seul nom commun pour marquer le contraste ». Le point est clair : le barbare a été défini comme étant en opposition au Grec.

    Les Grecs ont inventé le concept de barbare après les invasions perses de Darius Ier et Xerxès Ier en 490 et 480-479 avant J.-C. Après tout, ils devaient se séparer clairement des non-Grecs. Eschyle a mis en scène les Perses en 472 avant J.-C. Ce fut le tournant ; derrière ce « barbare », il y avait tous ceux qui n’étaient pas grecs – Perses, Phéniciens, Phrygiens, Thraces.

    A propos de Pepe Escobar : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pepe_Escobar

    et de la stratégie sus-mentionnée : https://fr.wikipedia.org/wiki/Choc_et_effroi

  • « Virage social » : Brigitte Klinkert, la ministre de l’Insertion qui voulait conditionner le RSA à du bénévolat
    https://www.marianne.net/societe/virage-social-brigitte-klinkert-la-ministre-de-l-insertion-qui-voulait-con

    La nouvelle ministre de l’Insertion, Brigitte Klinkert, s’est distinguée en tant que présidente du conseil départemental du Haut-Rhin en instaurant …

  • La diaspora tchétchène au miroir de Dijon
    https://theconversation.com/la-diaspora-tchetchene-au-miroir-de-dijon-141838

    Mi-juin 2020, 150 personnes d’origine tchétchène ont afflué à Dijon en provenance de plusieurs villes de France – et même, semble-t-il, de Belgique et d’Allemagne – dans le but affiché de venger l’agression d’un Tchétchène de 19 ans par des dealers. Cette expédition punitive, précédée d’incidents de même nature à Nice, a provoqué une certaine sidération et rappelé la réalité de la présence de nombreux Tchétchènes dans plusieurs pays de l’Union européenne, dont la France.

    Force est de constater que c’est au rythme d’événements souvent violents surgissant dans l’actualité que les Tchétchènes réapparaissent dans l’espace public en Europe. On se souvient, notamment, d’une attaque au couteau commise le 12 mai 2018 à Paris par un Français d’origine tchétchène affilié à Daech, Khamzat Azimov : un passant a été tué et l’agresseur a été abattu par les forces de l’ordre. Des trajectoires de « radicalisation » islamiste, voire des départs en Syrie ont été évoqués pour certains ; aujourd’hui, c’est au tour de la « mafia tchétchène » d’être mise en avant par des hommes politiques, des médias et les services de renseignement.

    Au-delà des projecteurs braqués sur les agissements d’une centaine de personnes, que sait-on des Tchétchènes installés en Europe et des raisons de leur migration ?

    #Tchétchénie #diaspora #guerre (crimes de) #répression #assassinats_politiques #Ramzan_Kadyrov #dictature

  • « Jihad », de Gilles Kepel
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?989-Jihad-de-Gilles-Kepel

    Compte-rendu de Daniel Saint-James, récemment décédé, sans doute écrit après 2011. Ce livre de Kepel a été publié en 2000 chez Gallimard dans la collection Folio. Kepel passe pour un spécialiste chevronné du monde musulman. Il est vrai que, de lignée arménienne, il parle semble-t-il pas mal de langues des peuples convertis à cette religion, ce qui lui donne une certaine supériorité sur nombre de ceux qui écrivent sur cette question. Son point de vue s’inscrit dans une certaine mouvance de la sociologie (...) #Saint-James_Daniel

    / #Saint-James_Daniel, #Histoire, #Géopolitique, #Relativisme, #Islamogauchisme, #Guerre, #Immigration, #Totalitarisme, (...)

    #Compte-rendu

  • La politique nazie et l’islam
    https://laviedesidees.fr/La-politique-nazie-et-l-islam.html

    À propos de : David Motadel, Les musulmans et la machine de guerre nazie, La Découverte. Quelles furent les relations entre l’Allemagne nazie et le monde musulman ? Comment concilier la politique d’alliance et la doctrine raciale ? David Motadel comble un manque important dans l’historiographie, à la conquête des retournements pragmatiques du troisième Reich.

    #islam #Histoire #guerre_mondiale #nazisme
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200706_nazis_musulmans.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200706_nazis_musulmans.docx

  • « Jihad », de Gilles Kepel
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?989-Djihad-de-Gilles-Kepel

    Compte-rendu de Daniel Saint-James, récemment décédé, sans doute écrit après 2011. Ce livre de Kepel a été publié en 2000 chez Gallimard dans la collection Folio. Kepel passe pour un spécialiste chevronné du monde musulman. Il est vrai que, de lignée arménienne, il parle semble-t-il pas mal de langues des peuples convertis à cette religion, ce qui lui donne une certaine supériorité sur nombre de ceux qui écrivent sur cette question. Son point de vue s’inscrit dans une certaine mouvance de la sociologie (...) #Saint-James_Daniel

    / #Saint-James_Daniel, #Histoire, #Géopolitique, #Relativisme, #Islamogauchisme, #Guerre, #Immigration, #Totalitarisme, (...)

    #Compte-rendu

  • Aucun drone israélien ne vole pour Frontex après un crash
    Matthias Monroy, le 26 juin 2020
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/07/02/aucun-drone-israelien-ne-vole-pour-frontex-apres-un-crash

    Selon la Commission, c’était un « atterrissage difficile » alors que les détecteurs du drone venaient d’afficher des « informations inattendues ». L’aéronef s’est alors écarté de la piste, ce qui, comme l’ont rapporté les médias grecs, a conduit à des dommages considérables. La Commission confirme que le fuselage, les ailes et les détecteurs ont bien été endommagés, mais qu’il n’y a eu « ni victime ni dégâts sur la piste ». Le Hermes 900 était apparemment dirigé par des pilotes du constructeur Elbit.

    Mais, mauvaises nouvelles :

    Avant la fin de cette année, Frontex veut déployer ses propres drones en Méditerranée et ainsi se rendre indépendante de l’EMSA. Leur endurance devra être d’au moins 20 heures, les vols devront avoir lieu dans tous les espaces aériens, dans toutes les conditions météorologiques, et de jour comme de nuit. L’Agence des frontières évalue actuellement des propositions faites dans le cadre d’appels d’offres européens, le contrat devrait être attribué prochainement. Probablement qu’Elbit s’est porté candidat pour le contrat, l’un de ses concurrents les plus sérieux étant probablement Israel Aerospace Industries avec son Heron 1, qui viendrait lui aussi d’Israël.

    #drones #Frontex #Europe #israel #collaboration #guerre #migrants #complicité #Elbit #embargo #boycott

  • War & Pacification

    TNI’s War & Pacification work concerns the nexus between militarisation, security and globalisation. It confronts the structures and interests that underpin a new era of permanent war, makes visible the technologies of control and repression, highlights the impacts on people considered threatening or worthless by the powerful, and advocates alternatives based on peacebuilding, conflict transformation and respect for fundamental human rights.

    TNI uses the term ‘pacification’ to describe what is frequently presented as ‘security’. Our research has long shown that the effect of many policies adopted in the name of security is increased social control, allowing the maintenance of social orders that are deeply unequal and unjust. Pacification thus encompasses elite attempts to police the contours of globalisation’s discontents – the unworthy and expendable, the restive and resistant – and close down the progressive spaces occupied by civil society.

    –-> avec une série d’articles et analyses sur le sujet à trouver sur le site web du TNI :

    https://www.tni.org/en/war-pacification

    #militarisation #globalisation #répression #contrôle #technologie #guerre #exclusion #dépossession #coercition #conflits #peace-building #frontières #contrôles_frontaliers #militarisation_des_frontières #privatisation #violence #mouvements_sociaux

    –-

    @karine4 :

    TNI uses the term ‘pacification’ to describe what is frequently presented as ‘security’.

    #terminologie #pacification #sécurité #mots #vocabulaire

    ping @isskein

  • Syria crisis: Hunger spreading amid Covid and economic collapse - CARE International
    Syrians who have already endured almost a decade of war and displacement are now facing unprecedented levels of hunger leaving millions of people acutely vulnerable to Covid-19, international agencies warned today ahead of a key annual conference on the crisis.

    In the northeast, the first cases of Covid-19 were confirmed over a month ago, and with it concerns over a lack of preparedness remain high. Lack of Covid-19 testing capacity, chronically understocked health facilities, and the main water pumping station - servicing 460,000 people - regularly being out of commission, continue to be the daily reality. Like in the northwest, taking measures to prevent the spread of Coronavirus is especially difficult in the many overcrowded camps and informal settlements across the region.

    In government-held areas, as in neighbouring countries hosting refugees, Syrians are facing the reality that the threat of Covid-19, the inability to work and the spiraling economic decline in the region is making their situation harder than ever.

    #Covid-19#Syrie#ONG#Camp#Déplacés#Guerre#migrant#migration#santé

    https://reliefweb.int/report/syrian-arab-republic/syria-crisis-hunger-spreading-amid-covid-and-economic-collapse

  • Into the unknown: Listening to Syria’s displaced in the search for durable solutions - Action contre la faim -RAPPORT

    Over 50 Syrian and international NGOs published a report calling for action by participants of the upcoming Brussels IV Conference on the Future of Syria and the Region to support people displaced in and from Syria in their search for an end to displacement. Research that was conducted to better understand the views and preferences of internally displaced people (IDPs) and refugees found that very few see themselves as holding a viable prospect for a durable solution – safe return and sustainable reintegration, local integration or resettlement –in the coming years.

    #Covid-19#Syrie#ONG#ONU#Camp#Déplacés#Guerre#migrant#migration#santé

    https://reliefweb.int/report/syrian-arab-republic/unknown-listening-syria-s-displaced-search-durable-solutions

    https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Into%20the%20Unknown_NGO%20Durable%20Solutions%20Report_FINAL%20EN.pdf

  • Les forces de l’ordre tuent. Badia Benjelloun
    http://www.librairie-tropiques.fr/2020/06/l-ordre-et-ses-forces.html

    Les statistiques officielles de l’Etat fédéral étasunien donnent le chiffre d’environ mille morts par an de civils tués par la police. Ce chiffre est largement sous-estimé car les prouesses des polices locales ne sont pas toujours recensées dans les registres. Les Départements de police n’ont pas l’obligation de fournir leurs données. Après l’assassinat de #Michael_Brown, un jeune afro-américain de 18 ans à #Ferguson dans le Missouri qui avait suscité d’énormes manifestations, le Washington Post avait entrepris un décompte https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/huit-chiffres-accablants-qui-montrent-lampleur-du-racisme-aux-etats-unis/ar-BB14Vtih#https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/huit-chiffres-accablants-qui-montrent-lampleur-du-racisme-aux-etats-unis/ar-BB en puisant dans la presse locale et nationale et les réseaux sociaux en particulier. Le chiffre des décès dus à une intervention policière s’élèverait selon le Washington Post à 5000 décès entre 2015 et 2017, soit deux fois plus que les statistiques officielles, et, pour la seule année de 2019, à celui de 1 033.
     

    Un consortium de journalistes a entrepris en 2012 le projet de consigner https://fatalencounters.org/#https://fatalencounters.org les morts par #violences_policières depuis 2000. La base de données est collaborative et les quelques défauts des enregistrements sont connus et signalés par les responsables du site. Depuis 2000 jusqu’à la date du 27 mai 2020, fatalenconters.org a alors enregistré 28 139 décès des mains de la police dont 26% sont imputables à des raisons raciales. Le diagramme qui présente le nombre de morts annuelles montre clairement une augmentation progressive avec deux pics pour 2013 et 2018. Les Etats où la #police tue le plus sont la #Californie et le #Texas et c’est là aussi qu’il y a le plus de morts #Afro-Américains. Moins de la moitié des victimes étaient armées. Une sur quatre souffrait de troubles psychiatriques. Le nombre des 7 612 Afro-américains tués en une vingtaine d’années par la police manifeste leur surreprésentation car ils ne forment que 13% de la population totale selon le recensement de 2005, soit une proportion deux fois plus importante qu’elle ne devrait l’être. En 2016, un conducteur arrêté pour un phare cassé a été abattu par la police alors qu’il cherchait ses papiers. La scène de l’agonie du jeune de 32 ans employé d’une cantine scolaire a été filmée par sa compagne qui était à ses côtés, elle a été vue des millions de fois. A cette occasion déjà, le gouverneur du Minnesota déclarait que la réaction de la police était « démesurée » et qu’il s’agissait bien d’un crime raciste https://www.tvanouvelles.ca/2016/07/07/le-gouverneur-du-minnesota-reclame-une-enquete-federale#https://www.tvanouvelles.ca/2016/07/07/le-gouverneur-du-minnesota-reclame-une-enquete-federale .
     
    Depuis quelques années, les meurtres par la police d’Afro-Américains donnent lieu à des protestations de la part de la communauté noire. L’une des plus récentes a eu lieu après celui de Michael Brown en août 2015 sans passé judiciaire alors qu’il s’apprêtait à poursuivre des études supérieures. Il fut abattu de 6 balles à Ferguson dans le Missouri. Plusieurs jours https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Michael_Brown#https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Michael_Brown de manifestations et d’émeutes avaient conduit le gouverneur à déclarer l’état d’urgence, à imposer le couvre-feu et demander l’aide de la Garde nationale.

    C’est donc loin d’être la première fois qu’un Etat s’embrase, que des manifestations de protestation contre le #meurtre d’un Afro-américain par la police soient suivies d’émeutes, de scènes de pillages et d’incendies.
     
    Sur ordre du capital.
    La police étasunienne tue chaque jour en moyenne près de quatre civils sans qu’un fichier centralisé ne prenne soin d’enregistrer ces meurtres. La guerre en Afghanistan occasionne près du double de morts civiles par an ces dernières années. Le rapprochement de ces chiffres macabres autorise la question de la nature de la répression policière qui s’apparente à une forme de #guerre larvée contre une fraction de la population.
     
    Sans aucun doute si l’on considère que la police est dotée d’armements militaires, chars chenillés, fusils d’assaut, lunettes de vision nocturne et autres bibeloteries fabriquées par le complexe militaro-industriel qui trouvent là matière à être recyclées.

    Le matériel fourni aux forces de maintien de l’ordre est parfois plus sophistiqué https://www.europe1.fr/international/Ferguson-les-Americains-decouvrent-leur-police-militaire-671226#https://www.europe1.fr/international/Ferguson-les-Americains-decouvrent-leur-police-militaire-671226 que celui octroyé aux soldats en zone de guerre comme l’ont souligné les vétérans de la guerre en Bosnie au vu des images de la répression lors des émeutes de Ferguson à l’occasion de la mort de Michael Brown.
     
    Le programme 1033, initié sous #Clinton avec l’affirmation de la suprématie des Usa lors de la destruction de la Yougoslavie et de la première guerre contre l’Irak et une dérégulation des activités bancaires, autorise les polices urbaines à puiser dans les surplus de l’armée. Un peu plus tard, après l’effondrement des trois tours à Manhattan en septembre 2001, la confusion entre combattre le terrorisme et le trafic de drogue a été facilitée sous Bush le deuxième. La corrélation entre consommation de drogue et accroissement du chômage, de la précarisation et des inégalités sociales est très étroite.
     
    La valeur du surplus militaire distribué depuis 1996, date de l’adoption par le Congrès du National Defense Authorization Act  et sa section 1033, aux huit mille forces de police locales et fédérale atteignait en 2014 5 milliards de dollars.

    La police du campus de l’ #Université_Monroe de Louisiane a par exemple reçu 12 fusils d’assaut #M16 pour protéger ses 8000 étudiants. Les polices universitaires sur les campus américains sont privées. Dans certaines localités, comme à Chicago, les prérogatives de cette police universitaire supplantent https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2017-1-page-29.htm#https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2017-1-page-29.htm celles des municipales.

    L’affectation aux polices locales de tenues de camouflage, de chars et de fusils d’assaut, de lance-grenades n’est pas innocente, il s’agit bien d’une #militarisation de la police destinée à combattre l’ennemi interne. Par celui-ci, il faut entendre les #classes_dangereuses que les régimes en mal de légitimité savaient reléguer opportunément outre-mer au temps des colonies et tentent d’enrôler dans des armées de conquête déguisées en intervention humanitaire ou de maintien de l’ordre.

     Dotée d’un arsenal fait pour tuer, la police fait ce pourquoi elle est dressée, elle tue.

    L’analogie peut être élargie aux forces de l’ordre en France. Outillées d’ #armes_sub-létales, elles infligent des mutilations équivalentes à des blessures de #guerre.

    Le nombre élevé de mutilations graves infligées aux #gilets_jaunes lors de manifestations ne présentant aucun danger pour la police a généré une indignation https://www.leji.fr/france/191-les-armes-sub-letales-sont-des-armes-de-guerre-qui-n-ont-rien-a-faire-dans-des-manifestations.html#https://www.leji.fr/france/191-les-armes-sub-letales-sont-des-armes-de-guerre-qui-n-ont-rien-a-faire-dans- auprès des médecins qui ont eu à les soigner.

    La police en réalité dévoile à l’occasion de protestations contre l’ordre inégalitaire sa véritable fonction camouflée en temps de paix sociale relative, celle d’être une #milice au service du #capital.

    Les vies qui importent.
    Le mouvement #Black_Lives_Matter était né dans le sillage du meurtre de #Trayvon_Martin (17 ans) en février, non armé, qui déambulait dans la résidence où il habitait, par un policier acquitté en juillet de la même année. #BLM, mouvement en principe acéphale quoique initié et piloté par trois femmes, a pris de l’ampleur après l’assassinat en 2014 de Michael Brown dans le Missouri et d’Eric Gardner, vendeur de cigarettes à la sauvette et père de six enfants, à New York sans que les policiers responsables des décès ne soient poursuivis par la justice.

    BLM est financé https://www.wsws.org/fr/articles/2016/10/pers-o12.html#https://www.wsws.org/fr/articles/2016/10/pers-o12.html en particulier par la #Fondation_Ford qui lui a octroyé directement dès 2016 100 millions de dollars mais aussi par le biais du Fonds des mouvements dirigés par des Noirs ( #Black-Led Movement Fund , #BLMF). Il ne peut plus être ignoré depuis le livre de Frances Stonor Saunders* que les fondations #Rockfeller et Ford prennent une part active auprès de la CIA dans l’élaboration d’une culture en faveur de l’impérialisme étasunien. De même le soutien de la Fondation #Open_Society à BLM (don en octobre 2015 de 650 000 dollars) témoigne clairement du fait que BLM est bien un instrument de Wall Street et du capitalisme américain. Loin de défendre un idéal démocratique authentique pour de vrais progrès sociaux, BLM se dévoue à proclamer que le monde est divisé selon des critères raciaux et non selon des classes sociales antagonistes, celle qui possède les moyens de production opposée à celle des exploités. A cet égard, BLM et avec elle la myriade d’organisations noires réclamant l’égalité raciale sont une caricature grimaçante, une contrefaçon frelatée comme savent en produire les ingénieurs sociaux au service du capitalisme, du mouvement révolutionnaire des #Black_Panthers.
     
    La question raciale telle qu’elle est abordée par les nouveaux mouvements de défense des ‘gens de couleur’ aux Usa a intéressé l’hexagone car la France connaît le déploiement de quelques structures de défense des descendants d’immigrés. Le quotidien français Libération avait publié un reportage https://www.liberation.fr/apps/2016/05/black-lives-matter/#https://www.liberation.fr/apps/2016/05/black-lives-matter de Rokhaya Diallo sur le ‘nouveau souffle’ du mouvement BLM en mai 2016. Il consiste en un tableau succinct des carrières de quelques figures du courant. A aucun moment n’est citée la source de financements de leurs activités. Elle est même savamment camouflée car est cité en fin d’article #Rashad_Robinson, fondateur de #Color_of_Change, qui a déclaré refuser l’argent des grandes entreprises et du gouvernement et s’opposer en cela à nombre des plus anciennes institutions des droits civiques comme la #NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) qui les acceptent. #Rashad_Robinson, rendu sympathique par l’affichage de son homosexualité assumée, sert de métonymie. Sa prétendue indépendance financière par rapport aux institutions et entreprises s’étend subrepticement aux autres personnages précédemment décrits dans la galerie. 
     
    Le reportage n’est en aucun cas une enquête fouillée car il faut une sacrée dose d’aveuglement pour ignorer qu’ #Opal_Tometi, l’une des fondatrices de BLM présentée en tête d’article, est membre comme les deux autres de #BOLD ( #Black_Organizing_for_Leadership_and_Dignity ). Celle-ci reçoit des dotations du fonds des mouvements dirigés par des Noirs largement arrosé par des fondations créées par des milliardaires ‘blancs’.

    Pendant qu’est occultée l’origine des dollars est en revanche mis en avant le caractère #Queer des trois ‘fondatrices’.

    Une telle empathie de la journaliste française a été récompensée https://www.liberation.fr/france/2017/12/28/eviction-de-rokhaya-diallo-le-new-york-times-et-le-guardian-epinglent-la-france_1619320#https://www.liberation.fr/france/2017/12/28/eviction-de-rokhaya-diallo-le-new-york-times-et-le-guardian-epinglent- . Son exclusion du Conseil national du numérique en décembre 2017 a été désapprouvée par le New York Times et The Guardian qui ont morigéné le Président français. Ces quotidiens sont les porte-paroles officieux d’une #gauche_sociétale, préoccupée d’orienter la pensée politique hors du seul champ qui vaille, l’impérialisme à l’origine des migrations, source de main d’œuvre sans documents chichement payée et de profits, et du brassage culturel honni par l’extrême droite et valorisé par la gauche dégénérée.
     



     
    La révolte.
    Une flambée de #manifestations très sévèrement réprimées (plus de 4000 arrestations au premier juin) a parcouru une centaine de villes aux Usa suite à l’assassinat par étouffement de #George_Floyd, filmé et relayé dans le monde entier, ce qui a produit des échos dans nombre de villes occidentales dans le monde. A Berlin, Londres, Paris, Auckland, Sydney, Vancouver, Copenhague, Dublin, Stockholm et Rotterdam ont été organisées des protestations et a été exprimée une grande colère contre ce meurtre, vécu comme un abus policier insupportable. La jeunesse mobilisée s’identifie à la victime comme tout humain normal témoin d’un crime contre son semblable le fait spontanément sous une impulsion irrépressible d’empathie.
     
    Cependant, pour qu’elle brave les interdictions liées à l’état d’urgence sanitaire proclamée un peu partout, il a fallu un ressort supplémentaire. Les jeunes chômeurs et les étudiants endettés sans réelle perspective d’emploi, outre leurs difficultés habituelles d’insertion dans le monde du travail, savent que celles-ci seront décuplées par l’aggravation de la #crise_économique endémique par le #COVID-19.
     
    Aux Usa, ce sont plus de 30 millions de nouveaux chômeurs inscrits fin avril , les termes nouveaux et inscrits sont à souligner, en effet le chiffre de la population active sans travail régulier est bien plus important, depuis que la pandémie les a gagnés. En moins d’un mois, 22 millions d’emplois furent détruits, le taux de chômage atteignait 17% à la mi-avril, bien plus que les 10% de la Grande Dépression. Le Département du Travail a livré ses dernières données, annonçant une amélioration du taux de chômage à 13,5% alors même que la plupart des entreprises étaient encore fermées ou reprenaient avec peine leur activité. Le Bureau des statistiques du Travail enjolive comme à l’habitude les chiffres et vient à la rescousse d’un candidat Trump qui avait tout misé sur l’amélioration de l’emploi pour sa réélection.
     
    Les vies qui importent moins.
    Les dépenses liées au fonctionnement de la police ne cessent de s’élever depuis des années, atteignant selon les villes entre 25 et 40% des budgets municipaux. Au total, les Usa accordent 100 milliards pour les services de police et 80 milliards pour les #prisons, traitant les problèmes sociaux par la force de répression alors que les #écoles manquent de papier et les hôpitaux de savon. Aujourd’hui noyer le sous-financement des services publics par la distribution des #opiacés ne garantit plus l’abrutissement de millions d’Etasuniens, ces #anti-douleurs ont tué environ de 700 000 personnes sur ordonnance en 24 ans, soit près de 20 fois plus de morts annuelles silencieuses (29 100) que celles exécutées directement par la police (1400). Aussi scandaleux qu’il soit, le nombre de tués https://renverse.co/infos-d-ailleurs/France-2000-2014-126-personnes-tuees-par-la-police-francaise-786#https://renverse.co/infos-d-ailleurs/France-2000-2014-126-personnes-tuees-par-la-police-francaise-786 par la police française, une quinzaine par an est à mettre en rapport avec le nombre de morts surtout indirectes induites par le chômage estimées entre 10 000 à 14 000 https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/le-chomage-serait-responsable-de-10-000-a-14-000-deces-par-an_2949371.html#https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/le-chomage-serait-responsable-de-10-000-a-14-000-deces-par-an_2949371.h par an.
     
    On imagine bien #Macron mettre un genou à terre pour une empathie factice avec Georges Floyd et Adama Traore sans accorder le moindre regard sur le non célèbre Georges, celui-ci du nom d’ #Abdallah, communiste libanais dans les prisons françaises depuis 36 ans. Il tentera ainsi vainement de réduire les tensions sociales générées par l’austérité, contre-réformes des retraites, du chômage, réduction des budgets hospitaliers, casse de la Sécu et du Droit du travail. En dépit de la sidération due au confinement, la colère des hospitaliers, des postiers, des enseignants, des enseignants-chercheurs, des ouvriers de Renault, Peugeot, des agents de la RATP et de la SNCF et de l’énergie n’est pas réductible. D’autant que l’été sera propice pour l’équipe au gouvernement de multiplier les lois et les décrets qui réduisent encore davantage les budgets sociaux.
     
    Toujours en embuscade, les stipendiés de la #National_Endowment_for_Democracy #NED, de l’Open Society, de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Ford, très favorables à la formulation des conflits sociaux en conflits raciaux, feront passer en première page des journaux cette version d’une actualité grosse d’un #capitalisme sénescent en Occident mais toujours vif et alerte en ‘narratives’ fabriquées pour désamorcer le renversement souhaitable de la société des 0,1% qui tend à être celle des 0,01%. Plus que jamais, la solution de l’alternative Républicains-Démocrates aux Usa n’en est plus une, #Sanders https://www.wsws.org/fr/articles/2020/06/15/sorf-j15.html#https://www.wsws.org/fr/articles/2020/06/15/sorf-j15.html a jeté le masque en ne réclamant pas que soit allégé l’effort budgétaire affecté à la police en faveur d’autres priorités comme l’école mais au contraire en demandant une augmentation de la rémunération des policiers pour les ‘humaniser’. #Mélenchon, Mirabeau de pacotille, prétend de son côté que la police française est simplement haineuse https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/violences-polici%C3%A8res-jean-luc-m%C3%A9lenchon-r%C3%A9clame-que-la-police-change-ses-comportements/ar-BB15qEMf#https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/violences-polici%25C3%25A8res-jean-luc-m%25C3%25 , au lieu de pointer son rôle explicite du maintien de l’ordre du capital. La gauche dégénérée a depuis longtemps changé ses analyses sociales et structurelles pour des explications psychologisantes sans aucune portée de transformation sociale réelle.
     


    L’autoritarisme sous-jacent.
     Les forces répressives ne sont pas sui generis porteuses d’un gène haineux quoique certains choix professionnels se réalisent parfois selon des penchants profonds inconscients (pédophilie et métiers de l’enfance par exemple). Elles sont destinées à stabiliser une forme sociale d’ #exploitation y compris en accomplissant la tâche d’un #terrorisme_d’Etat modulé en multipliant des #contrôles au facies ou en faisant des #interpellations musclées qui se terminent parfois par un décès alors même que ces opérations de police ne sont pas nécessaires. La preuve en est que les vrais trafiquants sont rarement ennuyés dans leur travail de distribution de stupéfiants abêtissants ou mortifères. Ils assurent une paix sociale là où le chômage de masse sévit et ses effets désastreux sont contrebalancés par un commerce illicite.
     
    Ces dites opérations doivent intimider et dissuader et si quelques morts survenaient par inadvertance au cours de leur déroulement, c’est une sorte de valeur ajoutée au terrorisme qu’elles doivent dispenser. Les mutilations spectaculaires effectuées lors des manifestations des Gilets Jaunes ne les avaient pas découragées. L’application systématique d’amendes d’un montant de 135 euros a fini par émousser le courage des plus ardents et c’est cette pénalité financière plus que le #gazage, la technique de la #nasse, les #gardes_à_vue, l’ #emprisonnement qui a eu raison du mouvement (momentanément).

    Cependant, l’expérience accumulée par les #GJ perdure sous la cendre et certains noyaux de militants qui se sont formés en dix-huit mois existent toujours. 
     
    Le système capitaliste a choisi depuis longtemps au terme de nombreux essais, alternance de #républiques et de #monarchies plus ou moins impériales, un type de gouvernement, celui de la #démocratie_représentative, qui reproduit les #élites en charge de le perpétuer. Au fil du temps, cette démocratie représentative au départ relativement pluraliste a basculé vers une forme présidentielle et bipartisane, une sorte de nouvelle monarchie sans pouvoir héréditaire bien plus aisée à adapter par les #classes_dirigeantes aux circonstances et aux besoins changeants de l’air du temps. Un consensus est obtenu sur la sélection des candidats en lice pour occuper les postes fort bien rémunérés de dirigeants de son administration et de sa gestion parasites. Dès que la légitimité de la représentation est contestée de quelque manière que ce soit, la contrainte sous-jacente apparaît sous sa forme autoritaire et donc policière. Beaucoup de techniques de persuasion ont été développées au cours du temps pour éviter que ne vienne au jour la face hideuse de cette démocratie. Ce sont celles de l’ #ingénierie_sociale qui incluent la dérivation des #antagonismes_économiques vers des #épiphénomènes_sociétaux périphériques. Plus d’une année du mandat de François Hollande a été consacrée au mariage des homosexuels. Une autre a été remplie par la lutte contre le terrorisme à l’occasion de crimes commis par des délinquants trafiquants de drogue résidents en Belgique armés avec la complicité d’agents du renseignement français. L’économie française tournée vers le tourisme avait alors beaucoup souffert de l’ampleur médiatique nationale et internationale donnée à cet événement. La focalisation sur le danger islamiste fut si contre-productif que le remplaçant de Hollande a désamorcé totalement l’alimentation de la presse sur ce motif. L’interface solide de la chasse à l’ #islamisme_radical une fois ôtée, les actes de l’exécutif tous dirigés vers plus d’exploitation et moins de droits ( #retraites, #chômage, #droit_du_travail) sont apparus dans leur nudité la plus crue. C’est l’un des facteurs qui a favorisé en plus de l’exacerbation de la #précarité et de l’augmentation des #impôts indirects qui frappent surtout les faibles revenus le mouvement des Gilets Jaunes.
     
    L’énormité de l’endettement des Etats occidentaux en faveur des entreprises transnationales aux dépens des travailleurs est en train de rencontrer ses limites. L’une des forces majeures qui alimentait la machine, l’achat des bons du Trésor des Usa par les Etats qui fournissent leur marchandise bon marché au consommateur américain, est épuisée. La chute du dollar est attendue par certains et espérée par beaucoup.

    L’actuel mouvement protéiforme qui a pris une allure internationale en réponse aux crises capitalistes mondialisées pourra-t-il déboucher sur fond d’affaiblissement de l’impérialisme étasunien sur une transformation réelle de la société ?
     
    #Badia_Benjelloun 17 juin 2020
     
    Notes :
     
    * https://rsliterature.org/fellow/frances-stonor-saunders
    https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/huit-chiffres-accablants-qui-montrent-lampleur-du-racisme-aux-etats-unis/ar-BB14Vtih#image=1
    https://fatalencounters.org
    https://www.tvanouvelles.ca/2016/07/07/le-gouverneur-du-minnesota-reclame-une-enquete-federale
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Michael_Brown
    https://www.france24.com/fr/20190224-afghanistan-onu-record-victimes-civiles-2018-taliban
    https://www.europe1.fr/international/Ferguson-les-Americains-decouvrent-leur-police-militaire-671226
    https://www.newsweek.com/how-americas-police-became-army-1033-program-264537
    https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2017-1-page-29.htm
    https://www.leji.fr/france/191-les-armes-sub-letales-sont-des-armes-de-guerre-qui-n-ont-rien-a-faire-dans-
    https://www.wsws.org/fr/articles/2016/10/pers-o12.html
    https://www.liberation.fr/apps/2016/05/black-lives-matter
    https://www.liberation.fr/france/2017/12/28/eviction-de-rokhaya-diallo-le-new-york-times-et-le-guardian-epinglent-la-
    https://leadernewsci.com/usa-manifestations-le-president-trump-mise-en-securite-dans-le-bunker
    https://www.laprovence.com/actu/en-direct/5976165/coronavirus-38-millions-de-nouveaux-inscrits-au-chomage-en-une-semaine-a
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-04-16/u-s-jobless-claims-total-5-25-million-in-week-four-of-lockdown?srnd=marke
    https://labornotes.org/2020/06/its-way-past-time-redistribute-obscene-police-budgets-schools-hospitals-
    https://www.dedefensa.org/article/700-000-morts-sur-ordonnance
    https://renverse.co/infos-d-ailleurs/France-2000-2014-126-personnes-tuees-par-la-police-francaise-786
    https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/le-chomage-serait-responsable-de-10-000-a-14-000-deces-par-an_2949371.h
    https://fr.wikipedia.org/wiki/National_Endowment_for_Democracy
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/06/15/sorf-j15.html
    http://www.librairie-tropiques.fr/2019/01/melenchon-un-mirabeau-tres-delave.html
    https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/violences-polici%C3%A8res-jean-luc-m%C3%A9lenchon-r%C3%A9clame-que-la-police-change-ses-comportements/ar-BB15qEMf
    Tag(s) : #badia benjelloun, #politique, #géopolitique

  • Petit-fils d’#Algérie

    La famille de Joël Alessandra est originaire d’Italie. Au début du XXe siècle,elle a quitté la misère pour l’Eden que représentait l’Algérie, un morceau de la France où tout était à construire. À l’aune de ce que l’histoire a retenu des ‘colons’, Joël se pose une question légitime. Ses grands-parents étaient-ils des exploiteurs, des racistes, des esclavagistes ? Étaient-ils proches de l’OAS ? Ils ont tout quitté du jour au lendemain, ruminant à jamais une rancoeur profonde et légitime contre ce pays, ses habitants et bien sûr De Gaulle. En 2013, armé de son passeport et d’un visa (et accompagné de l’ « indispensable » guide sur place), Joël se rend pour la première fois à Constantine, ville de sa famille. Il est prêt à affronter ses craintes et ses doutes. Ce livre retrace son parcours… semblable à celui de milliers de familles.

    https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/albums/petit-fils-dalgerie
    #livre #BD #bande_dessinée
    #Italiens #Constantine #rapatriés_d'Algérie #Marseille #Français_d'Algérie #pieds-noirs #accords_d'Evian #Robert_Lacoste #Bataille_d'Alger #FLN #indépendance #De_Gaulle #Charles_de_Gaulle #guerre_civile #FIS #mémoire #mémoire_familiale

  • « Les pays occidentaux sont un terrain de chasse pour les visées communautaires »
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?992-Les-pays-occidentaux-sont-un-terrain-de-chasse

    Lors du débat du 8 juin 2019 qui faisait suite à notre exposé sur le thème « #Immigration, #écologie, #décroissance », un participant a exprimé un point de vue qu’il a retrancrit, à notre demande, ci-dessous. Un #Entretien s’en est suivi. « Je voudrais apporter ma contribution à la discussion en tant que fils d’immigrés subsahariens pour enrichir le débat d’aujourd’hui. Beaucoup de Français de souche ne s’en rendent pas compte, mais lorsque l’on est originaire d’Afrique ou d’Asie, la pression sociale est très (...) #Entretiens

    / #Psycho-sociologie, #Anthropologie, #Politique, #Multiculturalisme, #Guerre, #Entretien, #Immigration, #Type_anthropologique, (...)

    #Pseudo-subversion

  • Crise sanitaire : "Pour les dictateurs en herbe, il n’est plus très difficile d’abattre toutes les libertés

    Le printemps 2020 a vu apparaître une forme nouvelle de mondialisation : la réduction, partout sur la Terre, de toutes les questions politiques à une seule, qui n’en est pas vraiment une, la question sanitaire. Cependant les Etats se sont emparés de cette question, l’ont intégrée à leur dispositif, pour détruire la politique. Toutes les élucubrations sur la fin de la mondialisation, sur « le monde d’après », font l’impasse sur ce fait majeur : les Etats, à de rares exceptions près, se sont lancés dans le même type de gestion de la crise sanitaire. Tous ont réduit les libertés fondamentales. Tous ont formé des projets de suivi technologique – le fameux « traçage » - des êtres humains comme s’ils s’agissait d’animaux. Beaucoup ont utilisé les drones à la façon de chiens de berger mécaniques. Tous ont transformé leurs habitants en rats de laboratoire sur qui expérimenter les formes nouvelles de gouvernance. L’espace de quelques mois une sorte d’Etat mondial antipolitique s’est dessiné, où le droit fut universellement bafoué par la loi.

    La théologie du COVID-19
    Un basculement se produisit du jour au lendemain : nous vîmes la dépolitisation des peuples, placés en garde-à-vue à leur domicile. Tout d’un coup, nous avions basculé dans un autre monde, ressemblant fort aux Etats policiers, comme si une trappe, sans crier gare, s’était ouverte sous nos pieds. Une caractéristique n’a pas été assez soulignée : assignés à résidence, désintégrés en isolats, les peuples n’avaient plus de rapport à la vie collective qu’à travers la télévision. Autrement dit : ils n’avaient plus d’existence que virtuelle, sur les écrans. La télévision leur communiquait les ordres, les consignes, le prêt-à-croire officiel. Peu de choses dans la société sont aussi dramatiques que le seul-à-seul des personnes ou des familles avec la télévision, au moment où l’on a procédé à l’évanouissement artificiel de toute réalité extérieure. La télévision doublait la garde-à-vue physique, assurée par la police, d’une garde-à-vue mentale.

    Que dire d’un temps – le confinement planétaire – qui se signala comme celui de la destruction de toutes les libertés, y compris celle de caricaturer (en France, les auteurs de banderoles ridiculisant Emmanuel Macron, furent systématiquement conduits au poste de police, comme si, au lieu de protéger les Français, les forces de l’ordre étaient en guerre contre eux), de toute parole libre, et de toute opposition ? Ceci : les hommes y firent l’objet de la simulation d’une nouvelle forme d’Etat totalitaire, le totalitarisme sanitariste mondialisé. Il importe d’entendre le mot de simulation dans son sens d’expérience scientifique pratiquée à grande échelle sur toute la population, transformée en cobaye. Force est de constater, pour tous les dictateurs en herbe, qu’il n’est plus très difficile – grâce à la machine à broyer les intelligences pour fabriquer du consentement, de la servitude volontaire, qu’est devenue la télévision – d’abattre toutes les libertés. Plus besoin d’un coup d’Etat à la Pinochet, toujours risqué : la déclaration de l’état d’urgence sanitaire appuyée sur la télévision apparaît désormais plus efficace. Comprenons la simulation à la façon d’une répétition générale. Oui, le confinement fut la « générale », comme disent les gens de théâtre, d’un totalitarisme nouveau. Elle fut une expérience sur les humains zoologisés, la plupart des pays ayant été, pour l’occasion, transformés en parcs humains bien gardés.
    . . . . . . . .
    #COVID-19 #coronavirus #liberté #Démocratie #liberté #mondialisation #monde_d’aprés #garde-à-vue #état_policier #garde-à-vue #guerre_aux_pauvres #violence #totalitarisme #consentement #fabrique_du_consentement #surveillance

  • Nouvelles constructions au camp de La Courtine (Creuse) pour l’ entrainement au combat en milieu urbain
    https://www.lamontagne.fr/courtine-23100/actualites/nouvelles-constructions-au-camp-de-la-courtine-creuse-pour-l-entrainement

    Ce projet à 2 ou 2,5 M€ reflète l’élan donné au camp de La Courtine dans la préparation opérationnelle, se félicite le chef de corps.

  • Confronting Police Violence and an Unjust Justice System - Metropolitics

    https://www.metropolitiques.eu/Confronting-Police-Violence-and-an-Unjust-Justice-System

    Métropolitiques publie un compte-rendu du livre The War on Neighborhoods (2018)

    We publish Michele Graham’s review of the 2018 book The War on Neighborhoods: Policing, Prison, and Punishment in a Divided City as Black people in the US again endure the trauma of a murder in their community at the hands of police officers. Graham’s reflections on the authors’ findings (drawn from a neighborhood study in Chicago) emphasize the continuing legacies of historically racist policing, racist prosecution practices and racist incarceration patterns in the United States. The review also touches on Graham’s own encounters with state-sponsored violence in uniform: “I’ve witnessed my peers being stopped, frisked, and disrespected… I am pleased that The War on Neighborhoods has the data to prove that [systemic injustice] is more than a feeling. It affirms my lived experience.”

    #quartiers_populaires, #banlieue, #guerre, #violence_policière