#guillaume_carnino

  • Le Janus de la science et de l’industrie

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Le-Janus-de-la-science-et-de-l-industrie

    Lorsque Greta Thunberg fustige les puissants de ce monde en les exhortant à « écouter les scientifiques » elle se situe au cœur des contradictions de ce temps. Elle idéalise la science en l’opposant aux basses œuvres de l’industrie, méconnaissant que cette industrie n’est que le bras armé de la science. Historiquement parlant, il est tout à fait impossible de les dissocier : science et industrie obéissent à une même vision du monde, à une même pratique effective du monde. Dans les deux cas, il s’agit d’être capable de reproduire à l’infini, sans pertes ou dégradations, des procédures expertes : la reproductibilité des expériences scientifiques est de même nature que la reproductibilité des mécanismes de fabrication industrielle ; bien plus, le propre de la reproductibilité industrielle est directement tributaire d’approches scientifiques particulières, la reproductibilité industrielle n’est qu’une généralisation et une massification de questionnements scientifiques élaborés à échelle réduite.

    Il est temps de sortir de la fausse opposition entre science-connaissance pure, et applications impures et détournées d’une même conception du monde.

    Le combat contre le réchauffement climatique ne peut qu’être corrélé avec le combat contre l’idéalisation de la science, contre sa mythologisation : le réchauffement climatique a bien pour origine la mise en pratique d’une représentation théorique du monde spécifiquement incarné par la science. L’expérimentation scientifique dans les laboratoires académiques ou privés n’est que le b.a.-ba de sa potentielle industrialisation, qui n’est jamais qu’un changement d’échelle. (...)

    #science #industrie #Greta_Thunberg #rationalité #crise #Guillaume_Carnino #Jérôme_Baschet #capitalisme #monde-robot #nature #idéologie #Marx #Pfizer #Moderna #révolution #économie #Paul_Ricœur

  • Radio : Guillaume Carnino, L’invention de la science, 2015
    https://sniadecki.wordpress.com/2016/05/13/carnino-science

    Je voudrais revenir à la question de la définition de “la science” (au singulier). Parce que je ne voudrais pas que mon propos soit entendu de façon totalement relativiste, sur le mode « on peu croire au créationnisme, c’est pas plus vrai ou plus faux que l’évolutionnisme » par exemple – même si l’évolutionnisme dans sa forme actuelle semble aussi à critiquer, parce qu’il y a des passerelles avec certaines formes de croyance industrialistes, etc.

    Je ne prétends pas, dans mon livre, que toutes les connaissances se valent. Se réapproprier la science, cela veut dire aussi se réapproprier des moyens de produire des connaissances qui nous semblent vraies. Cela ne veut pas dire vraies de toute éternité, en étant sûr que jusqu’à la fin des temps tout le monde pensera la même chose. Mais en tout cas que l’on pense que c’est suffisamment vrai pour pouvoir le défendre.

    http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/RMU/2016/RMU20160118-InventionScience.mp3

    #Guillaume_Carnino #Science #Histoire #critique_techno #raison #audio #radio #Radio_Zinzine

  • Guillaume Carnino, Les transformations de la technologie, 2010
    https://sniadecki.wordpress.com/2017/06/03/carnino-technologie

    Cet article retrace les évolutions du terme « technologie », dans le contexte français, au cours du XIXe siècle. Le passage, aux alentours de 1850, d’un « discours sur les techniques » à une « techno-science » y est mis en valeur selon deux aspects principaux : industrialisation des pratiques artisanales opératoires et déploiement de « la science » en tant que productrice de faits à partir de machines et procédures. Telles sont les deux recompositions politiques qui produisent matériellement et linguistiquement la technologie entendue au sens contemporain, comme lorsqu’on parle des « nouvelles technologies ».

    […]

    En bref, le propos du présent travail est de mettre au jour l’intérêt historiographique du basculement d’un monde où la technologie est discours sur les techniques à l’univers contemporain fondé sur la technologie entendue comme science industrielle ou science des machines , voire techno-science .

    #Histoire #techniques #technologie #critique_techno #Guillaume_Carnino #techno-science

  • Notes sur la lecture de "L’invention de la science" de Guillaume Carnino. -2-

    Partie 1 ici : http://seenthis.net/messages/428937

    Anticléricalisme . Clérical est un terme descriptif qui n’a pas de vocable opposé jusqu’en 1850 ou apparaît « anticlérical ». Les critiques de l’Église remonte au moins à la Réforme, et la Révolution française s’est positionné contre elle « en tant qu’institution politique clef de l’Ancien Régime. »
    « Le « cléricalisme », connoté péjorativement pour qualifier les prétentions illégitimes des clercs à diriger la société, émerge vers 1848, tandis que l’adjectif « anticlérical » voit le jour en 1852, et semble largement usité après 1859. »
    « La première société française de libre pensée (la Société démocratique des libres penseurs) naît le 21 mars 1848, aux premiers jours de la IIe République. La libre pensée parisienne se strucure massivement au tout début des années 1860, et forme alors une nébuleuse de multiples sociétés semi-illégales et semi-clandestines. En 1864, le pape Pie IX condamne explicitement le rationalisme comme conduisant à l’athéisme au travers de l’encyclique Syllabus. » A ce moment les scientifiques sont parfois qualifiés de « canaille scientifique » et certains demandent une « croisade militante contre la science sans Dieu »
    En 1859, le territoire papal est réduit (par l’Empire) et le pouvoir retire quelques prérogatives au clergé. « Les réseaux républicains, matérialistes et positivistes en profitent alors pour s’emparer de plusieurs débats d’actualité issus des sciences naturelles afin d’attaquer les fondements du dogme chrétien. »
    Carnino relève a cette période (autour de 1860) un ensemble de débats et personnages qui seront ré-écris plus tard pour lier la science à l’émancipation de la religion . [De fait l’allure de ce chapitre, me rappelle « Science et Religion » de Russell]
    Dans l’enjeu sur l’histoire des vivants , Darwin (non athée, « excessivement prudent », qui ne voulait « pas froisser les susceptibilités du clergé ») est transformé par Clémence Royer (à travers la 1ère traduction française) en partisan d’un anticlérical [1] et eugéniste [2]. « Sa préface cristallise immédiatement les réactions catholiques face à la théorie darwinienne. »
    L’évolution de l’homme elle-même est l’objet d’un débat entre le monogénisme (« selon lequel tous les êtres humains descendraient d’une souche originelle ») et polygénisme (« tenant d’une multiplicité originelle des races humaines »). « Le polygénisme est une opinion à connotation anticléricale, puisque les Écritures établissent que toute l’humanité descend du couple originel formé par Adam et Ève. »
    La génération de la vie sur Terre , est disputé entre autre entre hétérogénistes [3] (qui croient en la génération spontanée) et animistes (qui pensent qu’il faut un Dieu pour insuffler la vie) [En fait c’est plus compliqué, car les vitalistes sont aussi présent et sont parfois associés aux animistes, parfois aux matérialistes, selon qu’il désigne la mauvaise connaissance comme une « force vitale » ou juste pour insister sur la non réduction à des explications physico-chimique, ou encore un manque de connaissance à acquérir]. Les partisans de la génération spontanée voit l’occasion de donner une origine strictement matérielle à la vie (avec des explications plus ou moins crédibles allant de l’analogie a l’oeuf, à celle de chemise que l’on laisse moisir qui donne des rats…) Or comme le rappelle Carnino, Pasteur à montrer qu’à l’échelle macroscopique elle était impossible [aujourd’hui on s’accorde pour dire que l’origine de la vie est bien abiotique, mais juste l’origine de l’apparition de toute vie pour donner l’ancêtre commun]. Pasteur qui défend la morale catholique (contre le protestant hétérogéniste Pouchet), ne pouvais pas mieux rêver que de montrer par une méthode indéniablement scientifique que la vie ne peut venir que de la vie.
    La vie de Jésus , connaît un des premiers essais de regard historique (c’est-à-dire, non seulement basé sur les « Écritures » religieuses) avec Ernest Renan, présenté dès lors comme un partisan de l’athéisme et du matérialisme pour, entre autre, avoir dit : « s’il y a une histoire interdite à la critique et mise à part comme divine, il n’y a plus de science historique. » Carnino de rappeler, que Renan, comme beaucoup, est partisan de donner une place légitime à la science et à la religion. Il fait en effet « de la religion la racine non pas de la transcendance à venir, mais le socle de l’immanence humaine, qu’elle soit morale ou sociale. »
    « L’église catholique doit s’emparer de la science » . Devant toutefois le pouvoir de ce nouveau type de savoir non-expressément religieux, l’Église prudente commence à changer de stratégie, comme l’indique une citation de l’Abbé Isoard mis en relief par Carnino : « [Il est] indispensable que des hommes d’Église fassent eux-même de la science, qu’ils soient partie active dans ses progrès, partie prenante dans le butin. » [Il s’agit entre autre, de maintenir légitime les deux magistères (comme les appelles Dawkins, dans Pour en Finir avec Dieu) c’est-à-dire effacer les oppositions et dire que chacun a sa place, comme si le savoir religieux et le savoir scientifique étaient juste deux types de savoir différents, mais qui se valent, alors que le savoir scientifique, lui, dispose de preuves].
    « Les batailles autour de la laïcité dans les années 1902-1903 ne seront possibles qu’au nom de cette séparation, constitutive. »

    [1] Elle indique dans la préface qu’elle écrit : « le surnaturel recule dans la science à mesure que le naturel y gagne du terrain, et que la somme d’action directe attribuée à Dieu a toujours été égale à celle de notre ignorance des vraies lois du monde. »
    [2]Elle traduit sélection par « élection » et perçois elle-même l’histoire du vivant comme « la preuve de l’iniquité de la société du XIXe s., qui protège les faibles au détriment des forts, et empêche ainsi l’évolution positive de l’espèce humaine. »
    [3]Je ne suis pas totalement l’auteur ici, non pas pour exprimer un désaccord, mais pour a mon avis, mieux présenter les enjeux d’un débat d’Idées plus large que la période a l’intérieur de laquelle il se concentre.

  • http://www.b-a-m.org/2015/10/o-s-linvention-de-la-science

    Émission du 2 octobre 2015, nous recevons #Guillaume_Carnino (Professeur d’histoire des sciences et techniques à l’université de Compiègne) pour son ouvrage : « L’invention de la #science. La nouvelle #religion de l’âge industriel ». Le livre propose une enquête historique et généalogique permettant de comprendre pourquoi et comment, en France, à l’heure de la IIIe République, l’idée selon laquelle la science serait garante du vrai, en est venue à être unanimement partagée. Il dévoile les rouages de la carrière de savants comme #Louis_Pasteur dont les découvertes furent convoitées par les industriels.