#hélène_mulot

  • Les communs à l’école - Pratiques pédagogiques et postures : de l’impossible aux possibles | À l’école du partage
    https://ecole-partage.fr/blogposts/communs-impossible-aux-possibles

    Nous avons souhaité un webinaire ouvert sous forme de discussion sur la base de questions préalablement identifiées. En effet, nous avons été amenées à préparer cet échange dans un temps fort d’incertitude sur nos fonctions alors que nous sortions tout juste du confinement et que nos établissements respectifs commençaient tout juste à ouvrir leurs portes. Il nous paraissait intéressant de questionner ce qui nous animait avant cette crise sanitaire et voir ce qui restait fondamental à nos yeux. Le format discussion offrait ainsi, plutôt que des réponses toutes faites, la possibilité de poser des questions nouvelles que la crise aurait fait émerger. A la fin du mois de mai, la vision du CDI ou de nos classes était complètement floue. Que serait notre métier dans les prochains mois/prochaines années ? Le CDI était fermé, la classe d’ULIS ne pouvait pas rouvrir… Les conditions mêmes de notre métier d’enseignantes étaient remises en question. Tout, ou presque, nous semblait impossible. Mais plus les jours passaient plus des “possibles” émergeaient. Et c’est cette posture-là d’accueil, de contact retrouvé avec les élèves que nous souhaitions partager lors de cette session en ligne. Nous nous sommes dit que plutôt que de chercher une vision et d’être créatives dans un contexte dont nous ne voulions pas, nous gagnerions à repérer ce qui manquait le plus. Nous avons eu à cœur de reprendre le contact avec les classes, les élèves pour nous projeter et réactiver un imaginaire possible de ce qu’allaient être nos espaces de classes et nos CDI.

    Les fondamentaux sur lesquels nous ancrons notre enseignement ont été empêchés et malmenés par le protocole sanitaire et le confinement, tout au moins dans l’espace commun qui est l’école. Le travail à distance a mis en lumière tous les implicites de nos postures : observer, expliquer, aider, verbaliser, encourager ...Nous nous sommes retrouvées dans une situation d’enseignement dégradée qui nous a mené à de grandes frustrations. Nous voulons retrouver le cœur de notre métier d’enseignante : comment faire pour que les élèves apprennent et s’émancipent dans une école où le « faire société » est essentiel. Une école qui porte des savoirs et des dispositifs qui articulent la formation individuelle et la perspective collective. Nous interrogeons les pratiques sociales du vivre et faire ensemble, socle selon nous d’une école des communs.

    Comment faire groupe, et par conséquent faire société, quand élèves et enseignants sont séparés physiquement, ou quand le corps de l’élève est assigné à une table, à une place, à un point sur la cours “Je me sens comme un i sur ce point “ nous dit Elias en ce lundi matin de reprise.

    La question de l’inclusion a été elle aussi profondément mise à mal et a semblé disparaître au profit des gestes barrières. L’inclusion des élèves en situation de handicap bénéficiant du dispositif ULIS dans un groupe-classe n’est plus envisageable puisque le protocole sanitaire empêche tout mélange des groupes. Nous vivons un temps de suspension de l’inclusion. En prendre conscience, c’est déjà agir pour redonner du mouvement.

    La richesse de ce qui a été partagé reflète combien les élèves ont appris de ces temps informels hors les murs du collège : aide au devoir d’un petit frère ou petite sœur, pâtisserie et cuisine, apprentissage d’un instrument de musique, d’une nouvelle langue, s’occuper à plein temps de son animal favori, répertorier les plantes de sa rue ou de son jardin, partager de nouvelles musiques, fabriquer des objets, réparer sa trottinette.

    Comment ne pas en tenir compte lorsqu’ils retournent à l’école ? Nous défendons une posture pédagogique qui sait tout à la fois prendre en compte les savoirs émergents et numériques, prendre en compte les savoirs non formels et s’appuyer sur les savoirs fondamentaux.

    La continuité pédagogique offerte pendant le confinement n’a été en ce sens que partielle. De fait elle a privé les enfants de tout ce qui permettait de renforcer ces dimensions collectives. Quelques initiatives de travail coopératif ont sans doute pu porter leur fruit et être bénéfiques, en renforçant l’autonomie de chacun, mais selon nous rien n’est venu remplacer le sens premier de l’école qui est de faire société. Des élèves soulignent combien l’entraide a pu leur manquer pendant ces longues semaines “ça m’a manqué de pouvoir aider les autres” nous dit Chanelle. L’école reste un lieu fort de sociabilité et les élèves eu même ont été renforcés dans ce sentiment : “on me vole mes années collège” nous dit cette élève de 3e.

    #Education #Communs #Hélène_Mulot #Corinne_Laval #Pédagogie #Confinement

  • Hélène Mulot et Marion Carbillet : L’Ecole du partage à la Coopérative Pédagogique Numérique 29 - Innovation Pédagogique
    https://www.innovation-pedagogique.fr/article6219.html

    Un article repris de https://www.bretagne-educative.net...

    Hélène Mulot et Marion Carbillet ont écrit l’ouvrage A l’’école du partage : Les communs dans l’enseignement. A l’automne 2019, la Coopérative Pédagogique Numérique du Finistère et le réseau Prof@brest les ont invitées pour un temps d’échanges. Voici quelques échos de cette rencontre.

    Votre ouvrage porte sur « les communs dans l’enseignement » : que signifie pour vous cette notion de « communs » en général ?

    Cela vient de la lecture de Libres Savoirs en 2012 avec la prise en compte de la question centrale de la gouvernance (communs plus que biens communs). Nous ne savions pas bien que faire de la notion, comment la prendre en compte dans notre pratique pédagogique mais nous sentions qu’elle était riche et inspirante.

    Que recouvre-t-elle dans le domaine éducatif ?

    Il s’agit de passer de la culture du partage à la culture de la participation : de former les jeunes et les adolescents à participer à la vie culturelle et la vie politique – ce qui est un enjeu citoyen de première importance. C’est-à-dire de former les jeunes qui ne viennent pas naturellement dans certains lieux, de donner les moyens à tous de participer aux dispositifs voire d’en créer un peu eux-mêmes.

    Il y a dans la société des lieux de participation (fablabs, médiathèques tiers lieux, associations...), mais ces lieux concernent souvent un certain type de public, averti. Pour qu’ils fonctionnent de façon réellement inclusive, avec tous types de publics, il faut sans doute que tous les individus soient en amont formés à la participation. Or où est-ce que cela peut se faire hormis à l’École ?

    Les outils changent très vite chez les adolescents. Dès lors il ne s’agit pas de leur transmettre nos savoirs, qui sont déjà décalés par rapport aux pratiques adolescentes. Cette attitude permet de transmettre des savoirs y compris sur des outils qui n’ont pas encore intégré les programmes : Google à l’époque où l’école n’en parlait pas, Wikipedia par la suite, et aujourd’hui Youtube. Il faut accepter que les élèves viennent avec leurs pratiques et prendre du recul avec eux. Cela ne peut pas être nous qui disons quoi faire. Ils viennent avec leurs pratiques et nous apportons les clés par rapport à nos grilles de lecture. Le but, c’est de les amener à réfléchir à leurs pratiques et à leur impact sur les autres.

    Comment voyez-vous le possible affrontement entre la culture horizontale des communs et celle, verticale, de l’Éducation nationale ?

    Il faut prendre conscience des marges de manœuvre et les utiliser. Est-ce qu’une part de la difficulté ne vient pas de notre propre difficulté à imaginer, inventer les choses autrement ? On est toutes les deux formatrices et on centre nos formations sur la question : comment faire pour faire bouger les pratiques ? Les freins sont personnels : attention à ce que les freins présumés de l’institution ne soient pas des excuses pour ne rien faire. Regardons nos propres moyens d’agir - faisons et regardons ce qui bloque.

    #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot #Ecole_Partage #C&F_éditions #Communs

  • “À l’école du partage”, un livre incontournable ! | L’ÉCOLE DE DEMAIN
    https://ecolededemain.wordpress.com/2019/08/30/a-lecole-du-partage-un-livre-incontournable

    Cet ouvrage écrit par deux professeures documentalistes est une passionnante réflexion sur les communs numériques, l’éducation aux médias et à l’information et sur la culture numérique dans laquelle baignent nos élèves, et nous aussi ! Il s’agit de prendre conscience de nos marges de réflexion et d’action en tant qu’enseignant pour participer à la construction d’un monde en adéquation avec les valeurs de la République qui intègre les dimensions numériques.

    Il propose de partir des pratiques des jeunes sans les juger car c’est à eux de les conscientiser et de porter un regard critique pour pouvoir évoluer. En effet, il serait illusoire en tant qu’éducateur de vouloir leur expliquer ce qu’il “faudrait faire” selon nous !

    Cet ouvrage pousse le lecteur à réinterroger ses propres pratiques et cadres de confiance. C’est une excellente façon de résister à la tentation de valider/invalider ce que font et pensent nos élèves et d’entrer avec eux dans une démarche réflexive personnelle et collective. On est loin des séquences toutes faites « clé en main » qui donnent bonne conscience à l’enseignant sans apporter grand chose aux élèves. Ici on propose de chercher ensemble, de rentrer dans une démarche d’investigation à propos de phénomènes d’actualité brûlants : Est-ce vrai ou faux ? Plus ou moins convaincant ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui donne envie de cliquer sur cette info ?… Les questions sont concrètes, réelles, pas fabriquées ou artificiellement amenées. C’est difficile et exigeant, abordé avec sérénité, responsabilité et ambition pour des élèves qui vont affûter leur esprit critique.

    L’acquisition d’une culture commune, y compris une culture commune numérique est au cœur des préoccupations de cet ouvrage.

    Plusieurs questions cruciales sont abordées comme le copier/coller par exemple. La copie, condition indispensable bien avant Internet, à la diffusion de la culture est amenée d’une façon originale et vraiment intéressante. On est loin de la « criminalisation » habituelles des pratiques numériques, en effet, considérer la copie uniquement sous l’angle du vol empêche de penser le partage et la circulation des connaissances dans la société. Copier est noble quand on cite ses sources et qu’on ne s’approprie pas le travail des autres. Il ne faut pas interdire le copier/coller mais plutôt travailler dessus : apprendre à collecter, organiser, citer, partager… l’objectif est d’amener les élèves au « copier-coller-créer ».

    On y trouve aussi des pratiques culturelles, des expériences de partage et de remix comme Museomix et les fanfictions… que tout le monde ne connaît pas forcément et qui sont très inspirantes pour développer la culture participative au sein d’un établissement scolaire.

    Loin d’être réservé aux profs doc cet ouvrage est éclairant sur les questions de fond et riche en pistes pédagogiques pour des enseignants de tous niveaux et toutes disciplines intéressés par les enjeux du numériques dans notre société et soucieux d’aborder ces questions avec leurs élèves.

    #C&F_éditions #Ecole_Partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • J’écoute mal un sot qui veut que je le craigne | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/07/24/jecoute-mal-un-sot-qui-veut-que-je-craigne

    Marion Carbillet et Hélène Mulot parlent de leur métier de professeures documentalistes, du déploiement des technologies numériques, de la transformation de la profession d’enseignantes, « Il y a une dizaine d’années, nous sommes retrouvées en grand questionnement sur les contenus à transmettre aux adolescents que nous avions face à nous. Comment accompagner leurs pratiques de recherche d’information, leur utilisation des blogs, des forums, des médias sociaux ? »

    Elles abordent les libres savoirs, les communs, « La réflexion autour des communs de la connaissance nous a apporté un cadre nouveau, stimulant », la modification de leurs postures et de leurs pratiques, « Nous avons développé une posture qui nous incite à : accueillir des savoirs qui ne viennent pas nécessairement de l’école elle-même, notamment sur les outils numériques ; favoriser l’apprentissage de pair à pair et le lien à autrui à travers des activités multiples sans cesse enrichies ».

    Je souligne les questions autour de l’apprentissage : « comment aider les élèves à développer des dispositions durables à l’apprentissage pour trouver, construire et enrichir les ressources et connaissances dont ils ont besoin ? / comment entretenir chez eux le goût de partager ces connaissances tout au long de leur vie ? / comment enfin, développer individuellement et collectivement, par la connaissance d’eux-mêmes et le lien à autrui, leur pouvoir d’agir sur le monde ? »

    Dans ce livre, il s’agit, pour elles, d’assumer la complexité, d’être résolument guidées par la dimension collective, orientées vers l’acquisition d’un pouvoir d’agir, de favoriser le débat contradictoire et la négociation pour atteindre des points de consensus…

    Les autrices questionnent les outils web et leurs utilisations dans le cadre de l’école, invitent à débattre avec les élèves autour de la philosophie et du financement de ces outils, « De la même manière, toute utilisation d’un outil qui enferme les utilisateurs, ou qui se finance par la captation de données personnelles, devrait pouvoir faire l’objet d’une étude critique et argumentée », soulignent l’exigence « de formation à l’esprit critique ». Elles interrogent sur l’enseignement du web, rappellent que « le web n’est pas seulement une interface donnant accès à des documents, c’est un véritable espace social, un environnement dans lequel les individus évoluent et se construisent ».

    Il faut « identifier les outils communs à tous et réfléchir à leur fonctionnement », mettre des mots sur « des pratiques quotidiennes qui ne sont jamais arrivées en conscience », permettre aux élèves de gérer leur « présence numérique » (ce terme me paraît particulièrement adéquat) et anticiper les traces qu’elles et ils (iels) laissent, comprendre que les activités en ligne n’ont rien d’immatériel, dépasser un certain sentiment de magie, comprendre comment « derrière une illusion de gratuité » les données sont monétisées et le ciblage de la publicité construite… sans oublier le droit à l’oubli et le droit au changement d’opinion.

    J’ai particulièrement été intéressé par le chapitre III, La copie : Au cœur du patrimoine culturel. Les autrices discutent de la transmission, de culture partagée, de copie, « La copie est utilisée toujours pour la diffusion comme pour l’acquisition personnelle du savoir ».

    Marion Carbillet et Hélène Mulot détaillent la place des savoirs dans les relations sociales, la fiabilité et la qualité des informations, le travail par controverse, les savoirs « dans le triple lien à soi, aux autres et à l’environnement », le co-enseignements avec les élèves, la construction d’« une autorité collective » et l’exemple de Wikipédia, le contrôle des informations, la place du doute et de l’esprit critique, l’étude et la participation, les savoirs en réseau, l’éducation populaire, la critique de l’organisation du travail, l’entraide des utilisateurs et utilisatrices, les limites de la division en catégories, les formes scolaires de la transmission, les pédagogies actives, le plaisir d’apprendre, la coopération et les apprentissages, les projets participatifs, les savoirs multiples et les échanges réciproques…

    Le dernier chapitre est justement intitulé : A l’école du pouvoir d’agir.

    Les autrices écrivent, entre autres, sur le questionnement de « ses connaissances, ses croyances et ses valeurs », l’autoformation « à visée émancipatrice et libératrice, qui relie l’individu et le collectif », la multiplication des expériences, l’observation d’un e « pair » qu’on estime semblable à soi, le choix des buts et des moyens, le désir d’apprendre, la notion d’« environnement capacitant », les initiatives des élèves, l’inclusion et l’interaction, les situations de handicap, l’aspect oppressif des livres sur certain·es élèves, le besoin de déconnexion, les systèmes attentionnels, les ateliers pour exercer son attention et l’exemple de « Silence on lit », les projets collectifs, la place de la solitude, les corps…

    « En écrivant ce livre, nous avons nous-mêmes énormément appris car nous avons été amenées à lire, chercher des informations dans de multiples domaines, formuler des pensées, préciser notre vocabulaire et tisser nos liens de compréhension entre les résultats des chercheurs dont nous avons consulté les écrits ».

    #C&F_éditions #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot #Ecole_partage

  • Le souffle des communs sur l’école : pour une formation à la participation | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2019/07/04/le-souffle-des-communs-sur-lecole-pour-une-formation-a-la-participation

    Dans les faits, nos villes et nos campagnes regorgent d’initiatives citoyennes ou de réseaux coopératifs. Il existe de multiples expressions du désir de participation à des projets collectifs comme les jardins partagés des Incroyables Comestibles ou les fablabs dans lesquels se croisent artistes, bricoleurs et férus de programmation. De leurs côtés, le monde politique et le monde de la culture, à travers les centres scientifiques ou culturels, les musées et les bibliothèques s’emparent aussi de la question de la participation des publics.

    Mais cela reste encore très difficile de prendre en compte la parole des participants ou de proposer des actions qui n’enferment pas le public dans une forme d’entre soi culturel. Il est complexe, en effet, de penser des dispositifs qui autorisent une réelle expression citoyenne. Par ailleurs, certains publics ne se donnent pas toujours le droit à la participation. En tant que professeures documentalistes de collège, nous pensons que l’école a là un rôle de formation essentiel à jouer. Et la pensée des communs qui se diffuse depuis quelques années apporte à notre réflexion des pistes pédagogiques pour concevoir l’appropriation culturelle comme un outil d’émancipation et de justice sociale.

    Nous pensons que ces capacités à participer à la vie d’une communauté peuvent s’apprendre à l’école. Une mission importante de l’école est d’offrir à tous les mêmes ressources et les mêmes opportunités d’apprentissage tout au long de la vie. Cela implique la transmission de savoirs fondamentaux indispensables (lire, écrire, compter), de savoirs culturels (culture générale commune) et de savoirs critiques utiles à la participation démocratique. Cela nécessite aussi le développement de compétences telles que la capacité à vivre avec autrui dans le respect de ses convictions, la capacité à être créatif, l’autonomie, ainsi que la capacité à apprendre tout au long de la vie. Ces apprentissages doivent se penser non séparément mais ensemble, au sein d’activités et de séances complexes qui demandent le développement de l’esprit en même temps que la personnalité des élèves.

    « L’école du partage » que nous proposons est une école qui cherche à combattre l’entre-soi culturel et à garantir à chacun le besoin, l’envie ou la capacité d’une participation et d’un engagement actif dans la société. Elle se réfléchit tout autant dans les savoirs qu’elle doit transmettre, des savoirs adaptés aux évolutions technologiques, que dans les formes de cette transmission. Pour que cette formation à la participation ne reste pas un voeu pieux, nous proposons, portées par la pensée des communs, des pistes pour élargir la réflexion pédagogique.

    Favoriser l’étude de controverses
    Convaincues par l’idée que participer c’est savoir porter une voix, un avis, une opinion sur des sujets complexes, nous proposons aux élèves dans le cadre des cours d’éducation aux médias et à l’information, d’étudier des sujets à controverse.

    Soutenir les relations entre élèves
    Pour autant, nous ne nous contentons pas de travailler les problématiques liées au partage des connaissances dans le cadre de séances consacrées à l’étude des outils numériques tels que Google, Wikipédia ou Youtube. Pour qu’elles prennent véritablement sens à leurs yeux, ces notions et valeurs doivent être familières dès le plus jeunes âge. C’est une des raisons pour lesquelles nous encourageons le développement des relations interpersonelles.

    Assurément rien de neuf ! Dans son ouvrage La métamorphose de l’école : quand les élèves font la classe, Vincent Faillet montre que l’école, au 19ème siècle avec les écoles mutuelles, abandonnées par la suite, avait réussi à concevoir un système d’instruction basé sur les relations entre élèves. L’apprentissage par interactions entre pairs a été exploré ensuite par les pédagogues des pédagogies coopératives, notamment dans le courant de l’Éducation Nouvelle. Son efficacité est aujourd’hui validée par les recherches en science cognitives. Ce sont aussi des méthodes portées par les mouvements d’éducation populaire notamment les réseaux d’échanges réciproques de savoirs initiés par Claire et Marc Heber-Suffrin dans les années 70.

    Accompagner l’émergence d’une culture transformative
    Réfléchir à une formation à la participation c’est comprendre comment les connaissances individuelles s’appuient et s’enrichissent toujours sur les connaissances des générations antérieures. C’est donc réfléchir à la question de l’appropriation des savoirs. Même le plus autodidacte des individus n’apprend jamais seul, mais en consultant les oeuvres d’individus qui l’ont précédé. C’est le cas pour les connaissances scientifiques. C’est aussi le cas pour les pratiques culturelles : elles s’appuient toujours sur des oeuvres héritées qui sont lues, vues ou écoutées, et qui inspirent de nouvelles productions. Avec le numérique, on assiste au déploiement d’une culture transformative qui utilise les oeuvres existantes pour en créer de nouvelles.

    Cette culture transformative s’accompagne souvent de la création de communautés en ligne autour de remix musicaux, d’écriture de fanfictions ou de détournement d’images. Il existe par exemple de très nombreuses versions d’Harry Potter en ligne sur Wattpad écrites et lues par une communauté de fans. Les musées, de plus en plus, incitent les publics à remixer et détourner les oeuvres de leur fonds pour les faire vivre. Mais là encore, qui participe à ces projets en dehors des publics déjà sensibilisés ?

    Développer le pouvoir d’agir
    Ces dispositifs s’inscrivent dans notre volonté de renforcer le pouvoir d’agir des individus (traduction du vocable anglais empowerment). S’il vise à augmenter leur capacité à participer à la vie collective, on imagine aisément les limites d’un pouvoir d’agir uniquement basé sur le développement individuel, les intérêts des uns entrant en conflit avec ceux des autres. Le pouvoir d’agir doit donc considérer aussi la capacité des individus à agir entre eux pour le bien du groupe. Au sein des établissements où nous exerçons, nous travaillons sur trois dimensions de pouvoir d’agir : pouvoir de, pouvoir sur et pouvoir avec.

    Développer le désir d’apprendre tout au long de la vie
    La société actuelle est face à de nouveaux défis, dont les réponses et solutions envisageables sont nécessairement complexes et se trouveront en faisant converger une multiplicité de disciplines. Cela nécessite, peut être plus encore qu’auparavant, d’être en constante autoformation. Pour cette autoformation, en plus d’avoir accès via le web, à des ressources en grand nombre, nous disposons en France d’une offre riche en matière de musées, bibliothèques, centre culturels et scientifiques, centres d’archives etc. Mais la familiarité avec ces lieux, et l’aisance à y participer ne vont pas de soi. Comment développer chez tout le monde la curiosité, le plaisir, le goût du savoir vrai et la persévérance dans l’apprentissage ? N’est-ce pas le rôle de l’école de former des individus concernés et actifs politiquement, capables de débattre avec leurs concitoyens et par là même de s’autoformer tout au long de la vie ? Il y a deux siècles, déjà, le marquis de Condorcet mettait en garde dans un rapport remis en 1792 contre une instruction qui ne s’intéresserait qu’aux enfants et délaisserait les adultes.

    L’école peut prendre en charge cette formation, qui s’appuie sur de nombreuses actions déjà en place qui méritent simplement d’être renforcées et reliées les unes aux autres. Un récent rapport du conseil économique, social et environnemental invite à « mettre en lumière la modernité de l’éducation populaire ». L’école doit pouvoir se rapprocher des associations d’éducation populaire dont les méthodes d’apprentissage horizontales peuvent amplement enrichir les pratiques pédagogiques des enseignants. Il existe des liens entre Éducation nationale et éducation populaire avec des agréments qui mériteraient d’être plus connus sur le terrain. Nous proposons aussi de renforcer le lien avec les institutions culturelles dans le cadre des parcours éducatifs artistiques et culturels : bibliothèques, fablabs, musées, centres d’archive…

    En travaillant à la rédaction de notre ouvrage « À l’école du partage : les communs dans l’enseignement » nous nous sommes aperçues que la pensée des communs, reliante, pouvait s’appuyer sur de nombreux acquis pour développer une formation de tous à participer à la vie de la cité. Mais il est nécessaire d’approfondir les liens entre l’école et les initiatives participatives publiques, privées, associatives, individuelles.

    La volonté d’inclusion et d’émancipation nécessite des acteurs qui réfléchissent ensemble à des postures complémentaires comme le déclare le manifeste de l’association Peuple et Culture fondée par Joffre Dumazedier au lendemain de la seconde guerre mondiale : « La culture populaire ne saurait être qu’une culture commune à tout un peuple. Elle n’est pas à distribuer. Il faut la vivre ensemble pour la créer ».

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • Avant-propos de : « A l’école du partage. Les communs dans l’enseignement » | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/06/24/avant-propos-de-a-lecole-du-partage-les-communs-dans-le

    Nous avons commencé à exercer notre métier de professeures documentalistes au début des années 2000. Depuis cette époque, le déploiement des technologies numériques, et notamment du web, a transformé la société et notre profession d’enseignantes. Ce que nous avons appris lors de notre formation s’est donc avéré très vite obsolète. Il y a une dizaine d’années, nous sommes retrouvées en grand questionnement sur les contenus à transmettre aux adolescents que nous avions face à nous. Comment accompagner leurs pratiques de recherche d’information, leur utilisation des blogs, des forums, des médias sociaux ?

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Hélène_Mulot #Marion_Carbillet

  • A l’école du partage : les communs dans l’enseignement | Documentation
    https://disciplines.ac-toulouse.fr/documentation/l-ecole-du-partage-les-communs-dans-l-enseignement

    Marion Carbillet et Hélène Mulot sont deux professeures documentalistes de l’académie de Toulouse. Particulièrement impliquées dans la reconnaissance et la transmission des notions de communs et d’apprenance depuis plusieurs années, elles viennent de publier le livre « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement » chez C&F Editions.
    Dans l’entretien ci-dessous elles nous expliquent pourquoi “Les communs de la connaissance invitent à regarder avec un œil neuf la transmission des savoirs et l’autonomie citoyenne. Avec le numérique, ils permettent de régénérer la dynamique scolaire, pour apprendre à partager, et pour partager les moments d’apprentissage.” :

    Un conseil pour les collègues qui souhaitent se lancer ?

    Difficile de conseiller ou de préconiser quelque chose qui serait à coup sûr transférable. Chacun saura selon son contexte trouver ce qui lui permettra de faire évoluer sa pratique. Pour autant pour l’avoir nous même expérimenté un temps d’observation de sa propre pratique professionnelle semble nécessaire. Observer ce que font les élèves quand ils viennent au CDI, observer ce qu’ils apprennent. On conseille la visite ou l’immersion dans d’autres établissement pour voir si les élèves ont des attitudes similaires ou voir ce qui surprend. Observer aussi le lieu CDI dans lequel on travaille : donne-t-il envie d’apprendre ? Permet-il de se sentir bien ? Permet-il de coopérer ? Enfin c’est sans doute sa propre posture qu’il conviendrait de questionner au regard de sa personnalité et de ses propres valeurs.

    Dernier point qui nous semble essentiel, c’est de ne pas entreprendre le changement seul. Nous l’avons fait à plusieurs, aidées de collègues, soutenues et confortées par des lectures et des travaux de recherches. Par l’échange, le dialogue entre collègues (dans l’établissement ou à plusieurs professeurs documentalistes) il sera plus facile de se rassurer, de se donner confiance. Et aussi bien sûr pas après pas. Il ne s’agit pas de tout vouloir transformer d’un coup mais de commencer par un point sur lequel on se sent plus à l’aise.

    Ce qui est très étonnant quand on se lance, c’est de constater à quel point les élèves réagissent positivement. Le plaisir qu’il éprouvent à venir au CDI, l’importance du lieu à leurs yeux, l’enthousiasme qu’ils mettent à s’investir et proposer des activités, la gratitude qu’ils expriment parfois nous récompensent. Et grâce à cela, nous avons nous-mêmes une grande motivation à venir chaque jour travailler avec eux .

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • Parution : « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement »" - Doc pour docs
    http://docpourdocs.fr/spip.php?article636

    Nous vous annonçons la sortie de notre ouvrage « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement » chez C&F éditions. Il s’adresse en priorité aux professeurs et professeures documentalistes, et plus largement à tout enseignant qui souhaite mener des séances en ÉMI au collège, charge de l’ICN (enseignement d’informatique et création numérique) ou du nouvel enseignement un nouvel enseignement, sciences numériques et technologie en seconde à la rentrée 2019 au lycée. Nous y abordons les multiples questionnements qui ont trait à la culture numérique, à la forme scolaire (la salle de classe), à la coopération et à l’apprenance (curiosité et motivation à apprendre) qui peuvent intéresser toute personne travaillant au contact d’enfants et d’adolescents et adolescentes.

    L’ouvrage est conçu à partir de notre pratique professionnelle et de nos réflexions sur les questionnements développés dans les champs scientifique et professionnel, alimentés notamment par l’ensemble des entretiens que nous avons menés ces dernières années sur le site Doc pour Docs.

    Chaque chapitre de l’ouvrage se divise en une partie réflexive et une partie pratique qui présente les séances pédagogiques que nous avons expérimentées.

    Chapitre I Le web. Nouveaux modes de partage de l’information

    Chapitre II La presse et les médias : s’engager pour une information de qualité

    Chapitre III La copie : Au cœur du patrimoine culturel

    Chapitre IV Les savoirs au cœur des relations sociales

    Chapitre V À l’école du pouvoir d’agir

    Conclusion Le souffle des communs sur l’enseignement

    #C&F_éditions #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot #Communs #Education