• Toute notre #civilisation est fondée sur la spécialisation, laquelle implique l’asservissement de ceux qui exécutent à ceux qui coordonnent ; et sur une telle base, on ne peut qu’organiser et perfectionner l’#oppression, mais non pas l’alléger.
    Simone Weil (1909-1943)

    http://iresmo.jimdo.com/2015/07/18/simone-weil-une-critique-de-l-industrialisme
    http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/reflexions_causes_liberte_oppression/reflexions_sur_la_liberte.pdf
    #guerre_aux_pauvres #critique_techno #critique_de_la_valeur

    • Mais, si l’état actuel de la technique ne suffit pas à libérer les travailleurs, peut-on du moins raisonnablement espérer qu’elle soit destinée à un développement illimité, qui impliquerait un accroissement illimité du rendement du travail ? C’est ce que tout le monde admet, chez les capitalistes comme chez les socialistes, et sans la moindre étude préalable de la question ; il suffit que le rendement de l’effort humain ait augmenté d’une manière inouïe depuis trois siècles pour qu’on s’attende à ce que cet accroissement se poursuive au même rythme. Notre culture soi-disant scientifique nous a donné cette funeste habitude de généraliser, d’extrapoler arbitrairement, au lieu d’étudier les conditions d’un phénomène et les limites qu’elles impliquent ; et Marx, que sa méthode dialectique devait préserver d’une telle erreur, y est tombé sur ce point comme les autres.

    • Il n’existe par ailleurs qu’une autre ressource permettant de diminuer la somme de l’effort humain, à savoir ce que l’on peut nommer, en se servant d’une expression moderne, la #rationalisation du #travail.
      [...]
      Dès qu’on jette un regard sur le régime actuel de la production, il semble assez clair non seulement que ces facteurs d’économie comportent une limite au-delà de laquelle ils deviennent facteurs de dépense, mais encore que cette limite est atteinte et dépassée. Depuis des années déjà l’agrandissement des entreprises s’accompagne non d’une diminution, mais d’un accroissement des frais généraux ; le fonctionnement de l’entreprise, devenu trop complexe pour permettre un contrôle efficace, laisse une marge de plus en plus grande au #gaspillage et suscite une extension accélérée et sans doute dans une certaine mesure parasitaire du personnel affecté à la coordination des diverses parties de l’entreprise. L’extension des échanges, qui a autrefois joué un rôle formidable comme facteur de #progrès économique, se met elle aussi à causer plus de frais qu’elle n’en évite, parce que les marchandises restent longtemps improductives, parce-que le personnel affecté aux échanges s’accroît lui aussi à un rythme accéléré, et parce que les transports consomment une énergie sans cesse accrue en raison des innovations destinées à augmenter la vitesse, innovations nécessairement de plus en plus coûteuses et de moins en moins efficaces à mesure qu’elles se succèdent. Ainsi à tous ces égards le progrès se transforme aujourd’hui, d’une manière à proprement parler mathématique, en régression.

      #contre-productivité

    • Simone Weil aborde dans ses textes plusieurs points qui raisonnent avec une accuité particulière aujourd’hui dans une économie pourtant souvent qualifiée de post-fordiste et de post-industrielle. Elle s’interroge sur le mythe de la #croissance illimitée. Elle montre la difficulté à s’appuyer sur une croyance en l’innovation technologique et la confiance dans le progrès #technique. Elle rappelle au contraire la part d’imprévisibilité à laquelle est soumise l’#innovation technologique. De même, elle montre le lien entre la #rationalité technique et calculante. Elle met en lumière la manière dont cette rationalité calculante envahit tous les pans de l’existence. Aujourd’hui, l’utilisation de la rationalité algorithmique dans le monde de l’entreprise et de la gouvernance politique en constitue une nouvelle étage. L’automatisation du travail par l’"#intelligence_artificielle" et l’utilisation des #big_data en vue d’une analyse prédictive en sont deux exemples. Face aux tenants du #capitalisme vert, qui affirment que les progrès technologique pourront dépasser le problème des limites naturelles, Simone Weil montre en quoi cette croyance relève d’une foi religieuse dans le progrès technique.

    • Le problème est effectivement spécialisation + besoin de coordination. Ce besoin de coordination est apparemment apparu avec les infrastructures agricoles (barrages, bassins, canaux d’irrigation....). Et la spécialisation a été possible grâce à l’#agriculture aussi, avec des denrées stockables en surplus (céréales).

    • @nicolasm comme le disait Hemenway, l’agriculture amène, toujours, à une concentration du pouvoir par l’élite. C’est le résultat inévitable de l’existence de gros surplus stockables, qui est au coeur de l’agriculture, et nous pourrions avoir besoin de créer une culture où le surplus, ainsi que la peur et la cupidité qui le rendent desirable, ne sont plus les résultats structurels de nos pratiques culturelles.
      http://seenthis.net/messages/190256
      Ce qui nous ramène à l’#horticulture

      Most horticultural societies are far more egalitarian than agriculturists, lacking despots, armies, and centralized control hierarchies.
      Horticulture is the most efficient method known for obtaining food, measured by return on energy invested. Agriculture can be thought of as an intensification of horticulture, using more labor, land, capital, and technology. This means that agriculture, as noted, usually consumes more calories of work and resources than can be produced in food, and so is on the wrong side of the point of diminishing returns. That’s a good definition of unsustainability, while horticulture is probably on the positive side of the curve.

      http://tobyhemenway.com/203-is-sustainable-agriculture-an-oxymoron

    • Oui mais j’imagine que ça ne suffit pas, car même si les céréales sont sans mesure pour la facilité et la durée de stockage et la versatilité de l’utilisation, on pourrait imaginer une capitalisation agricole avec surplus temporaires (tubercules, fruits à coques) suffisamment en nombre pour fabriquer une élite ? Peut être qu’une condition nécessaire est d’avoir des biens communs pour que celles et ceux qui ne veulent pas être esclaves puissent vivre librement en autonomie. Mais malheureusement ce n’est pas de la seule volonté des humains libres, comme l’a démontré maintes fois l’Histoire.

    • Sauf que l’horticulture étant par définition très manuelle, tu ne peux pas avoir de grosse surface cultivée par personne. Ça favorise une relative égalité dans la propriété, et une plus grande dispersion des ressources, qui sont de ce fait moins accumulables.
      La disparition des #communs a par ailleurs été de pair avec la mise en place des #enclosures, qui a marqué les débuts du capitalisme.

    • Sauf que l’horticulture étant par définition très manuelle, tu ne peux pas avoir de grosse surface cultivée par personne. Ça favorise une relative égalité dans la propriété

      Une égalité ... ou de l’esclavage. La canne à sucre est un bon exemple, puisque ça doit être une des culture les plus rentables en calories/ha, mais requérant une grosse main d’œuvre. Mais peut être s’éloigne t-on de l’horticulture

    • La puissance et la concentration des armements mettent toutes les vies humaines à la merci du pouvoir central. En raison de l’extension formidable des échanges, la plupart des hommes ne peuvent atteindre la plupart des choses qu’ils consomment que par l’intermédiaire de la société et contre de l’argent ; les paysans eux-mêmes sont aujourd’hui soumis dans une large mesure à cette nécessité d’acheter. Et comme la grande industrie est un régime de production collective, bien des hommes sont contraints, pour que leurs mains puissent atteindre la matière du travail, de passer par une collectivité qui se les incorpore et les astreint à une tâche plus ou moins servile ; lorsque la collectivité les repousse, la force et l’habileté de leurs mains restent vaines. Les paysans eux-mêmes, qui échappaient jusqu’ici à cette condition misérable, y ont été réduits récemment sur un sixième du globe. Un état de choses aussi étouffant suscite bien ça et là une réaction individualiste ; l’art, et notamment la littérature, en porte des traces ; mais comme en vertu des conditions objectives, cette réaction ne peut mordre ni sur le domaine de la pensée ni sur celui de l’action, elle demeure enfermée dans les jeux de la #vie_intérieure ou dans ceux de l’aventure et des actes gratuits, c’est-à-dire qu’elle ne sort pas du royaume des ombres ; et tout porte à croire que même cette ombre de réaction est vouée à disparaître presque complètement.

      #hétéronomie #système_technicien

    • Elle a écrit ce texte en 1934 et c’est impressionnant de voir avec quelle précision ça décrit la situation actuelle

      L’augmentation formidable de la part prise dans les entreprises par le capital matériel, si on la compare à celle du #travail_vivant, la diminution rapide du #taux_de_profit qui en a résulté, la masse perpétuellement croissante des frais généraux, le #gaspillage, le coulage, l’absence de tout élément régulateur permettant d’ajuster les diverses branches de la production, tout empêche que l’activité sociale puisse encore avoir pour pivot le développement de l’#entreprise par la transformation du #profit en #capital. Il semble que la lutte économique ait cessé d’être une rivalité pour devenir une sorte de guerre. Il s’agit non plus tant de bien organiser le travail que d’arracher la plus grande part possible de capital disponible épars dans la société en écoulant des actions, et d’arracher ensuite la plus grande quantité possible de l’argent dispersé de toutes parts en écoulant des produits ; tout se joue dans le domaine de l’opinion et presque de la fiction, à coups de #spéculation et de #publicité. Le crédit étant à la clef de tout succès économique, l’épargne est remplacée par les dépenses les plus folles. Le terme de #propriété est devenu presque vide de sens ; il ne s’agit plus pour l’ambitieux de faire prospérer une affaire dont il serait le propriétaire, mais de faire passer sous son contrôle le plus large secteur possible de l’activité économique. En un mot, pour caractériser d’une manière d’ailleurs vague et sommaire cette transformation d’une obscurité presque impénétrable, il s’agit à présent dans la lutte pour la puissance économique bien moins de construire que de conquérir ; et comme la conquête est destructrice, le système capitaliste, demeuré pourtant en apparence à peu près le même qu’il y a cinquante ans, s’oriente tout entier vers la destruction.

    • Les moyens puissants sont oppressifs, les moyens faibles sont inopérants. Toutes les fois que les opprimés ont voulu constituer des groupements capables d’exercer une influence réelle, ces groupements, qu’ils aient eu nom partis ou syndicats, ont intégralement reproduit dans leur sein toutes les tares du régime qu’ils prétendaient réformer ou abattre, à savoir l’organisation bureaucratique, le renversement du rapport entre les moyens et les fins, le mépris de l’individu, la séparation entre la pensée et l’action, le caractère machinal de la pensée elle-même, l’utilisation de l’abêtissement et du mensonge comme moyens de propagande, et ainsi de suite. L’unique possibilité de salut consisterait dans une coopération méthodique de tous, puissants et faibles, en vue d’une décentralisation progressive de la vie sociale ; mais l’absurdité d’une telle idée saute immédiatement aux yeux. Une telle coopération ne peut pas s’imaginer même en rêve dans une civilisation qui repose sur la rivalité, sur la lutte, sur la guerre

      lien avec http://seenthis.net/messages/315340

    • Les leaders sont des types durs, qui ont des idées et des idéologies, et la visibilité et l’illusion de l’unité disparaîtraient. C’est précisément parce qu’ils n’ont pas de leader que le mouvement peut survivre. Mais c’est précisément parce qu’ils n’ont pas de leader qu’ils ne peuvent pas transformer leur unité en action concrète.

      http://cultura.elpais.com/cultura/2015/12/30/babelia/1451504427_675885.html



  • Germany working to end mass killing of male chicks by 2017 - Business - NZ Herald News
    http://www.nzherald.co.nz/business/news/article.cfm?c_id=3&objectid=11425532

    L’Allemagne va mettre fin au massacre des poussin mâles, en sexant les futurs poussins dans l’œuf. Surcoût de 2 centimes d’euros (ou de dollars ?) par œuf.

    BERLIN (AP) " The German government says it wants to end the mass killing of male chicks within two years, becoming the first country to do so.

    Pressure from animal rights groups led the government to fund research that allows the chick’s sex to be determined before it hatches. This means male eggs can be used for other products rather than destroyed.

    Agriculture minister Christian Schmidt said the method has almost been perfected and will start to be used in hatcheries from late 2016.

    He told Germany’s Bild newspaper on Monday that the shredding chicks should cease by 2017, and would add no more than two cents to the cost of an egg.

    #œuf #oeuf #poules #élevage


  • L’An 02 — Pour une critique émancipatrice de la PMA
    http://www.lan02.org/2015/02/pour-une-critique-emancipatrice-de-la-pma

    par Aude Vincent et Aude Vidal

    Fin 2012, la discussion d’un projet de loi qui prévoit l’ouverture du mariage à tous les couples et de la PMA à toutes les femmes divise l’opinion française. Dans la sphère écologiste et critique de la technique également, la question crée des lignes de fracture. Mais, alors que les arguments en jeu portent sur la nécessité de poser des limites aux possibilités ouvertes par la technoscience et de ne pas lui abandonner la gestion de nos vies, le débat n’est-il pas tombé dans la défense d’un ordre social patriarcal et homophobe ?

    • Où mettre le seuil ?

      Qu’est-ce qu’une technique aliénante ? C’est une technique dont l’humain perd le contrôle, les conséquences échappant à tout choix de société. Le bébé « sur mesure », qui correspondrait au choix des parents, contribue à poser de nouvelles normes sociales qui, à terme, fermeraient la possibilité de laisser la reproduction au hasard. C’est à cette aune qu’il convient de critiquer la PMA, en distinguant les techniques qui la composent et en faisant la part, nécessaire ou contingente, dans leur mise en pratique.

      Une insémination artificielle « maison » entre une ou deux femmes et un donneur qu’elle(s) ont trouvé ne peut être considéré comme la porte ouverte au « meilleur des mondes ». Si cette insémination artificielle se fait toujours à la maison mais avec du sperme provenant d’une banque alimentée par des donneurs, anonymes ou non, les critiques que l’on peut émettre portent sur le côté « catalogue » de bien des banques, qui mettent en avant des critères tels que la « race », la taille ou le niveau d’étude du donneur. Pratiques qui ne sont pas intrinsèquement liées à la technique de conservation des paillettes de sperme !

      Lorsque les IA se font dans un milieu médical, la technique ne change que très marginalement pour une IA ordinaire, sur le col de l’utérus. Elle augmente certes en complexité pour une IA intra-utérine, mais on reste dans des gestes simples, de l’ordre d’une pose de DIU (dispositif intra-utérin ou stérilet). Ce qui pose le plus de questions dans une telle intervention, c’est le pouvoir médical qui peut « valider » le désir d’enfant des femmes ou juger bon de donner des traitements hormonaux pour « booster » l’ovulation, mais également de choisir le donneur à la place des femmes, souvent sur des critères raciaux.

      La FIV donne la possibilité de choisir entre les embryons produits simultanément grâce à des traitements hormonaux, ce qui pose trois questions : la lourdeur du traitement est peu prise en considération pour des patientes réduites à leur utérus ; les embryons qui ne sont pas choisis sont utilisés dans le cadre de futures recherches (14) ; le choix des embryons grâce au DPI ouvre des possibilités eugénistes. En France le DPI est fortement encadré et limité à la bonne multiplication des cellules de l’embryon. Dans certains pays, des maladies génétiques sont testées. Les FIV constituent peut-être un seuil – mais cela fait une trentaine d’années qu’il est franchi dans l’indifférence générale, pour des couples hétéros dits infertiles.

      L’ouverture à des couples fertiles, suspects de pratiquer des PMA « de convenance » (Escudero (7)) est un autre seuil. Mais cette notion d’infertilité est toute relative : selon Martin Winckler (15), il faudrait attendre deux ans d’essais infructueux pour envisager de des problèmes d’infertilité, alors qu’on se presse de les diagnostiquer bien avant. Et si sous certains aspects la fertilité se mesure (nombre de spermatozoïdes, etc.), pour bien d’autres elle reste assez mystérieuse et complexe, influencée par bien plus que la physiologie. En l’absence de limite claire entre personnes et couples fertiles et infertiles, la fertilité ne peut constituer un seuil.

      Devant le nombre et l’importance des questions ainsi posées par la PMA, il convient donc de mener un débat qui s’attache à l’étude de ces seuils, avant de gloser sur le genre des parents…

      #Illich #contre-productivité #hétéronomie #système_technicien

    • C’est pas une maladresse, l’éducation c’est un processus plus intellectuel, de sortie de soi par des apprentissages. L’élevage, c’est un processus plus large qui permet aux enfants de devenir grandEs et maitresSES de soi. Je ne vois pas le problème.

    • Oui, Aude et moi on est conscientes que le mot est plus commun employé pour les animaux (alors qu’engraissage serait souvent plus correct). Mais dans la littérature féministe, dont tu sembles peu familier, on parle souvent d’élevage, peut être pour faire la différence entre les tâches dignes d’être assumées par les hommes et celles que les femmes se coltinent, qui ont plus à voir avec la sphère privée, les apprentissages humains et le quotidien. Éducation est plus intellectuel et social. Mais merci @maieul pour le #mansplaining compte double (je suis féministe avec une formation de linguiste), la prochaine fois on te demandera quels mots tu préfères pour ne pas faire d’impair.

    • dis, c’est pas parcqu’on a un désaccord que tu dois systématiquement considérer cela comme du mansplaining. Je comprend maintenant mieux la différence que tu fait. Mais il est légitime que je ne la connaisse pas lorsque tu emploie un mot dans un sens qui n’est pas le plus commun.

    • Marx et Engels - de très imparfaits féministes ;) - parlaient eux aussi d’#élevage à propos des enfants. Élévation serait d’un spiritualisme forcé, et éducation renvoie à un procès limité qui ne tient pas compte du #travail_domestique dans son ensemble. N’ayons pas peur des mots. J’entend beaucoup d’#attention possible dans le terme élevage, terme le plus descriptif si l’on met de coté une appréhension étroitement morale. On peut y associer l’assistance et le soin exigés par le devenir bipède, et parlant, et aussi bien une aspiration à une certaine droiture intellectuelle, à des aptitudes qui nécessitent des appuis intimes et sociaux. La néoténie dure longtemps et nous marque de son empreinte, elle spécifie les animaux sociaux que nous sommes.

      #individu_social

    • et oui @aude_v je suis peu familier de la littérature féministe. Et alors ? c’est justement parce que je suis peu familier de cette littérature que je ne comprend pas forcément toute les allusions. Si je te parlais avec le vocabulaire des historiens de certaines choses, je ne suis pas sûr que tu comprendrais. Et la faute en reviendrais à moi qui n’utilise pas le bon vocabulaire avec la bonne personne. Dans le cas présent la faute en revient à moi qui ne sait pas que tu utilise un vocabulaire spécifique, dans un sens qui n’est pas le sens principalement utiliser (quoique que l’on pense par ailleurs du sens idéal à donner à un mot).

    • Je ne peux que réitérer mon étonnement devant les précautions prises dans la rédactions de cet article pour ménager les PMO/Escudero et l’hostilité avérée de leur prose, et pour ne pas formuler les enjeux réels de la dispute de ces derniers mois. (Il ne me semble pas possible de dissiper la moindre confusion ainsi) Par exemple, Alexis Escudero a peut être effectué une enquête, mais le livre qu’il a publié est lui un grossier pamphlet anti-féministe, où l’honnêteté intellectuelle, sinon la plus élémentaire intelligence, ne trouve guère de matériau fiable à partir de quoi penser - sinon à penser contre l’auteur qui l’a commis.

      Comme me semble discutable le choix de certaines de vos expressions - « Et s’il était encore possible de dialoguer », « la question crée des lignes de fractures » , par exemple, me paraît minimiser le fait que ladite question survient dans une société structurée autour des inégalités de genre : de fait, les raisons des éventuelles lignes de fractures sont, elles, bien concrètes et préexistantes, et Escudero/PMO sont sur des positions de combat masculiniste : dans ce contexte, « débat » et « dialogue » sont, pour eux, des armes contre la critique des rapports sociaux de genre.
      De même, il me semble que parler de l’égalité comme le "ressassement d’un fondamental libéral" est faire (c’est un euphémisme) beaucoup de concessions autant à un discours naturaliste et inégalitaire qu’à la mise en scène de ces simulacres d’affrontements qui constituent le fond de la vie politicienne - et porte un rude coup à plus d’un combat politique. ( De fait, le « dialogue » que vous semblez appeler de vos veux me semble pouvoir être qualifié tout aussi bien, sinon mieux, de ressassement libéral)

      Il me semble comprendre- mais peut-être me fourvoie-je - que vous tenez à préserver cette part de critique de la technique qui est le fond de commerce de PMO mais,
      pour essayer de reformuler un propos que j’ai déjà exprimé à maintes reprises, a quelle espèce d’émancipation peut-on prétendre lorsqu’on utilise sans vergogne aucune la critique de la société technicienne pour défendre avec une telle vigueur les rapports sociaux de genre ? C’est à dire, que peut recouvrir une telle « émancipation », et en compagnie de qui espère-t-on chercher à la conquérir ?

      Je sais bien que les critiques radicales de la technique ne sont pas nombreuses, et qu’elles sont de fait, pour l’essentiel, le produit d’hommes cis, blancs et hétéro.
      C’est dire l’ampleur de la tâche qu’il me semble nécessaire de mener à bien avant d’espérer parvenir à une critique de la technique qui puisse être ’émancipatrice’.
      Dans cette perspective, je ne suis pas du tout certain que le « dialogue » avec les PMO et les Escudero et leurs amis puisse jamais être autre chose qu’une perte de temps, d’autant plus que ce dialogue ne peut à ce jour se faire qu’au prix d’un renoncement à bien trop d’outils intellectuels, de concepts dont nos anti-industriels ne veulent rien savoir, puisqu’ils permettent de penser politiquement des inégalités qui leurs profitent. (Insister pour conserver ces outils entraîne de leur part la rupture immédiate du dialogue, et quelques insultes - j’en veux pour preuve les propos homophobes navrants d’un tranbert, lorsque j’essayai d’ouvrir une discussion avec lui, il y a quelques mois). Que trouver un langage commun, audible par les deux parties soit nécessaire au dialogue voilà quie st évident. Le fait est que le refus de penser contre le sexisme, se trouve de leur côté , et que la critique des rapports sociaux de genre n’est pas réductible à un produit de la socité techniocenne et libérale.
      De fait, j’ai trouvé dans leur prose plus de matière à entraver et combattre la conscience des rapports de domination de genre, par exemple, de matière à ne pas penser que de matière à nourrir une critique de la technique qui ait à cœur d’aller au delà du spectaclisme d’un discours naturaliste catastrophiste, et de se penser comme partie prenante d’une pensée critique qui dépasse la question idéaliste des "rapports à la nature" .

      (Sinon, je me trouve plutôt en accord avec votre § de conclusion)

    • @martin5, nous avons écrit en août, à un moment où les possibilités du dialogue ne semblaient pas épuisées, en tout cas pas avec Escudero. Y., lui, on n’en espérait pas grand chose et la suite a été pire que tout ce qu’on pouvait imaginer. Mais Escudero, on espérait qu’il avait écrit un peu tout seul avec deux copains, qu’il s’était emballé et qu’il allait redescendre. Peut être pas en entendant des féministes anti-indus, mais il se trouverait des potes avec une aura plus couillue que la nôtre pour le ramener à un minimum de valeurs égalitaristes. On s’est trompé, tu as raison.

      @maieul, tu noteras que j’ai dégainé à la deuxième fois. La première fois je t’ai rassuré sur mon statut de locutrice francophone et au lieu de m’en demander plus sur mon choix, ce qui aurait pu me mettre en situation de partager avec toi, tu m’as expliqué le sens d’un mot connu. J’ai trouvé ça désobligeant. Je ne crois pas que les féministes aient inventé la notion de mansplaining pour autre chose que lutter contre cette impression d’être prise de haut a priori. Mais tu dois savoir mieux que moi...

      Et « élevage des enfants » peut être conceptualisé savamment comme ci dessus mais je crois qu’il est audible par n’importe qui sait qu’on « élève des enfants ». Il appelle un questionnement, mais pas une leçon de sémantique. Je te prie de reconsidérer tes interventions sous cet angle : l’assertivité de ton propos. Définition plutôt que question, justification plutôt qu’excuses.

    • @Aude

      Toutes mes excuses pour mon commentaire à contre-temps, ayant cru à un nouvel article sur le sujet, je n’ai pas vérifié plus que ça sa date de publication.
      Mon étonnement crescendo à sa lecture (qui était en plus une relecture...) aurait d’autant plus du m’inciter à le faire.

    • @audeV je m’excuse. Il ne s’agissait pas de te prendre de haut et surement pas par ce que tu es une femme. Je peux le paraître comme cela, c’est juste que en général je réagis sur ces termes qui me paraît inapproprié. Donc acte du fait que c’est moi qui vois les choses mal. Mais comme le souligne Rastapopoulos autant « elever » un enfant est courant, autant « l’élevage » de l’enfant est moins fréquent, et, pour un public non averti de l’emploi technique, peut sembler péjoratif en ramenant l’enfant à un nom humain. Ce n’était pas ton but,et je m’excuse d’avoir 1) mal compris ce que tu voulais dire 2) mal exprimer mon incomprhension.

    • @Aude(s)
      Me reste tout de même une question :
      pourquoi donc avoir reposté hier un article vieux de six mois, au contenu désormais daté, ses perspectives pratiques les plus immédiates ayant depuis été enterrées par les faits ? (enterré en grande pompe, les fossoyeurs zélés n’ayant pas manqué)

    • Oui, c’est avant tout une revue papier et on publie en ligne en cours de semestre. Je ne crois pas que l’article soit périmé, on l’a présenté à Michèle Firk il y a quinze jours et on n’a pas eu à revenir sur une seule des positions qu’on avait prises. Côté perspectives militantes, certainement qu’il s’est passé des trucs mais ce n’était pas un texte de stratégie et ça visait surtout à ne pas laisser se scléroser les postures. Plus elles se sclérosent et plus notre propos est pertinent et bien reçu. Mais c’est énervant, de voir le gâchis. Et le backlash anti-féministe... Merci pour la discussion.


  • Le projet d’autonomie comme projet libertaire
    http://diffractions.info/2014-03-03-le-projet-dautonomie-comme-projet-libertaire

    Le présent article reprend deux billets parus sur le blog d’Alternative Libertaire Bruxelles, « Le projet d’autonomie comme projet libertaire » et « Les sources de l’hétéronomie ». Leur contenu a été modifié dans une optique de cohérence

    #philosophie #politique #anarchie #anarchisme #autonomie #bureaucratisation #Cornelius_Castoriadis #hétéronomie #pensée_libertaire #philosophie_politique #privatisation


  • Growing your own food as a political act | David Holmgren
    http://old.globalpublicmedia.com/transcripts/487

    Growing your own food is a political act because it contasts with the way most people get their food which is through huge food supply chains that basically involve earth destroying practices. Especially when we’re talking about perishable food: Fresh fruit and vegetables, small livestock products like eggs, and meat from chickens. This type of food uses far more embodied energy through pesticides, through fertilizers and transport miles (transport miles often in refridgerated trucks), much higher wastage because of the perishable nature. The requirements for cosmetically perfect food means there’s huge wastage. So this end of the food production system compared with the production of staple grains which people are less likely to grow in gardens. So recognising that that perishable food is enormously destructive in the way it’s produced, when we grow it in the garden we bypass virtually all of those systems. And at the same time we are becoming, to a degree, autonomous. And political independence and the ability to engage in society in a lot of ways is to do with from what position of autonomy do we stand. And if we stand totally dependent on a one or two or three day food supply chain we don’t really have any position of political autonomy . So I think there’s many different ways. The other way we can see it is that a lot of the supply of the food we can grow in the garden is also grown in ways that exploits other people. So we’re also disconnecting from systems of unjust exploitation of other people.

    #permaculture #autonomie #alimentation #agriculture #industrie #biotechnologies #hétéronomie #multinationales


  • Ethiopia opens Africa’s biggest windfarm | Global development | theguardian.com
    http://www.theguardian.com/global-development/2013/oct/28/ethiopia-opens-africa-biggest-windfarm

    A windfarm billed as the biggest in sub-Saharan Africa has been opened by Ethiopia’s prime minister, Hailemariam Desalegn, a potentially crucial step for the continent’s renewable energy industry.

    The €210m (£179m) Ashegoda windfarm consists of 84 hi-tech turbines towering above an arid region where villagers herd cattle and ride donkey-drawn carts as they have for generations.

    The project, outside Mekelle in Tigray state, about 475 miles north of the capital, Addis Ababa, has a capacity of 120MW and will produce about 400m KWh a year. It was completed in phases over three and a half years and has produced 90m KWh for the national grid.

    The farm, inaugurated by Desalegn on Saturday, was supervised by German company Lahmeyer International and implemented by France’s Vergnet with French funding. But the Ethiopian government insisted there were also local spin-offs.

    un bémol

    Media reports in 2011, however, noted that about 700 farmers had lost some or all their land to make way for the turbines. They were given financial compensation but some complained the money was too little.

    #Ethiopie #énergie #éolien #énergie_renouvelable


  • Passé un certain seuil de consommation d’énergie, l’industrie du transport dicte la configuration de l’espace social. La chaussée s’élargit, elle s’enfonce comme un coin dans le coeur de la ville et sépare les anciens voisins. La route fait reculer les champs hors de portée du paysan mexicain qui voudrait s’y rendre à pied. Au Brésil, l’ambulance fait reculer le cabinet du médecin au-delà de la courte distance sur laquelle on peut porter un enfant malade. A New York, le médecin ne fait plus de visite à domicile, car la voiture a fait de l’hôpital le seul lieu où il convienne d’être malade. Dès que les poids lourds atteignent un village élevé des Andes, une partie du marché local disparaît. Puis, lorsque l’école secondaire s’installe sur la place, en même temps que s’ouvre la route goudronnée, de plus en plus de jeunes gens partent à la ville, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule famille qui n’espère rejoindre l’un des siens, établi là-bas, sur la côte, à des centaines de kilomètres.
    Malgré la différence des apparences superficielles qu’elles suscitent, des vitesses égales ont les mêmes effets déformants sur la perception de l’espace, du temps et de la puissance personnelle dans les pays pauvres que dans les pays riches. Partout l’industrie forge un nouveau type d’homme adapté aux nouveaux horaires et à la nouvelle géographie du transport qui sont son oeuvre.
    L’industrie du transport façonne son produit : l’usager . Chassé du monde où les personnes sont douées d’autonomie, il a perdu aussi l’impression de se trouver au centre du monde. Il a conscience de manquer de plus en plus te temps, bien qu’il utilise chaque jour la voiture, le train, l’autobus, le métro et l’ascenseur, le tout pour franchir en moyenne 30 kilomètres, souvent dans un rayon de moins de 10 kilomètres. Le sol se dérobe sous ses pieds, il est cloué à la roue. Qu’il prenne le métro ou l’avion, il a toujours le sentiment d’avancer moins vite ou moins bien que les autres et il est jaloux des raccourcis qu’empruntent les privilégiés pour échapper à l’exaspération créée par la circulation. Enchaîné à l’horaire de son train de banlieue, il rêve d’avoir une auto. Épuisé par les embouteillages aux heures de pointe, il envie le riche qui se déplace à contresens. Il paie sa voiture de sa poche, mais il sait trop bien que le PDG utilise les voitures de l’entreprise, fait rembourser son essence comme frais généraux ou se fait louer une voiture sans bourse délier. L’usager se trouve tout au bas de 1’échelle où sans cesse augmentent l’inégalité, le manque de temps et sa propre impuissance, mais pour y mettre fin il s’accroche à l’espoir fou d’ obtenir plus de la même chose : une circulation améliorée par des transports plus rapides. Il réclame des améliorations techniques des véhicules, des voies de circulation et des horaires ; ou bien il appelle de ses vœux une révolution qui organise des transports publics rapides en nationalisant les moyens de trans­port. Jamais il ne calcule le prix qu’il lui en coûtera pour être ainsi véhiculé dans un avenir meilleur. Il oublie que de toute accélération supplémentaire, il payera lui-même la facture, sous forme d’impôts directs ou de taxes multiples. Il ne mesure pas le coût indirect du remplacement des voitures privées par des transports publics aussi rapides. Il est incapable d’imaginer les avantages apportés par l’abandon de l’automobile et le recours à la force musculaire de chacun.

    Ivan Illich, « Energie et Equité », 1973
    #voiture #énergie #temps #transport #économie #vitesse #industrie #hétéronomie #inégalité #autonomie #contre-productivité


  • Censés nourrir l’humanité, ils vivent du RSA : portraits d’agriculteurs au bout du rouleau
    http://www.bastamag.net/article3398.html

    Ils sont censés nourrir l’humanité, mais ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Paysans en Bretagne et en Picardie, ils vivent dans la précarité, font face au surendettement et aux procédures judiciaires. Des hommes et des femmes qui aiment leur métier et ne peuvent plus en vivre dignement. Reportage photo au cœur d’une pauvreté souvent invisible. (...) Source : Basta !


  • CASTORIADIS. Autonomie et hétéronomie individuelles et collectives. Les fonctions de la vie imaginaire
    http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1111

    Les notions d’#autonomie et d’#hétéronomie individuelle et collective ont été analysées par Cornélius Castoriadis selon des points de vue philosophique, politique et psychanalytique. La dimension irrationnelle de la vie psychique, - et notamment la vie imaginaire dont il décèle le caractère « radical »,- introduit à des interrogations sur la possibilité de fonder une société démocratique autonome, comme en témoigne notamment la crise des démocraties contemporaines. Les notions d’individualisme, de narcissisme, de sublimation, de formations imaginaires sociales, permettent à Castoriadis d’éclairer les relations entre des types de personnalités et des modèles de collectivité, autonomes ou hétéronomes.

    #Michèle_Ansart-Dourlen