• Il n’y a pas de « continuité pédagogique » : éteignez les tablettes ! | Des membres du collectif de l’Appel de Beauchastel contre l’école numérique
    https://sniadecki.wordpress.com/2020/04/11/num-confinement

    Confinement oblige, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique », possible grâce au numérique. Or, selon les auteurs de cette tribune, « la pédagogie virtuelle n’existe pas », et « seuls les élèves éveillés, enfermés avec des parents désœuvrés au fort niveau d’études vont bénéficier d’une pédagogie efficace : l’instruction en famille ». Source : Et vous n’avez encore rien vu...

    • Il est urgent que le ministre annonce : […] en lien avec le ministère de la Santé, que le temps d’écran doit être limité : tant pour préserver sa santé que sa capacité à étudier, il faut réduire au strict minimum sa consommation d’écran – travail scolaire compris ;

      Et comment ils comptent faire pour que les gamins ne passent pas leur journée devant BFMTV, Netflix et Gully, ou WhatsApp, au motif que Blanquer leur aurait dit que « le temps d’écran doit être limité » ? A coup de LBD ou en faisant débarquer les flics à l’improviste dans les appartements pour contrôler les « temps d’écran » ?

      Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il faudrait préférer une solution imparfaite à une solution absolument pire, avec des gamins laissés en total désœuvrement, enfermés à la maison et quasiment aucune chance de faire autre chose que regarder la téloche. Parce qu’on ne peut pas sortir, on ne peut pas aller se promener avec ses gamins, on ne peut pas faire de sport avec ses gamins, on ne peut pas les laisser jouer dehors avec les voisins, on ne peut même pas les emmener quand on fait les courses, etc. Je veux dire qu’ici le désœuvrement n’est pas un jugement moraliste, c’est le fait social incontournable imposé par le confinement. Je suis désolé, mais pour le coup, les tentatives (que je trouve pas du tout satisfaisantes par ailleurs) de garder le contact avec l’école, c’est un motif assez incontournable – le seul ? – pour arrêter de regarder la téloche.

      Je note notamment que le texte évacue avec une facilité déconcertante les cours en téléconférence, pour ensuite se plaindre du fait que sans interaction avec les enseignants l’école ça peut pas fonctionner, que les parents laissés seuls avec leurs gamins ça creuse les inégalités… Ce que, justement, les cours en téléconférence tentent de limiter.

      Enfin je pige pas quoi.

    • Un autre argument : et comment les auteurs comptent interdire aux familles qui le peuvent d’assurer la « continuité pédagogique » tout seuls au motif que d’autres ne peuvent pas et que ce serait un facteur d’inégalités ?

      C’est tout de même épatant cette logique : d’un côté on aura toujours les parents qui, comme actuellement, sont capables d’assurer « l’école à la maison » (bagage éducatif, qui ont le temps…), même si les structures scolaires n’essaient plus de maintenir cette « continuité pédagogique ». Les plus aisés se tourneront directement vers des écoles privées spécialisées, qui savent très bien faire ça.

      Et de l’autre côté, tous les autres qui, du coup, n’auront même plus les quelques outils fournis par l’école publique – dont, par exemple en Italie, les cours en téléconférence avec les enseignants pour les établissements publics.

      La logique de l’appel ci-dessus revient à imposer un renforcement des inégalités qu’il prétend dénoncer : ceux qui peuvent déjà continueront à assurer la pédagogie à la maison, les autres n’auront plus rien du tout.

    • Je vois pas en quoi les cours en téléconférence assurent une forme de "contact avec l’enseignant" particulièrement susceptible de "limiter le creusement des inégalités".

      Au contraire, la "culture" de la téléconférence, c’est aussi et d’abord celle de celles et ceux qui, justement, "sont [aussi] capables d’assurer « l’école à la maison »"

    • Je n’ai pas du tout écrit : « particulièrement susceptible ». J’ai au contraire explicitement précisé « que je trouve pas du tout satisfaisantes par ailleurs », et « tentent de limiter » ; deux formulations qui signifient à peu près l’exact opposé de « particulièrement susceptible ».

      Mes deux arguments principaux (dans les deux messages successifs), c’est que si, au motif que les tentatives sont insatisfaisantes et déjà inégalitaires (ce avec quoi je suis bien d’accord), il faudrait totalement s’en priver sans les remplacer par quoi que ce soit, alors en pratique ce qu’on propose c’est une situation encore plus catastrophique : téloche 12 heures par jour pour des gamins à qui on interdit rigoureusement toute autre activité et renforcement de l’inégalité d’accès à l’éducation.

      Parce que (1) on retirera la seule alternative vaguement « obligatoire » pour que les gamins fassent autre chose que regarder la télé ou buller sur Whatsapp, (2) de toute façon les parents « qui peuvent déjà » pourront toujours.

    • Tout à fait d’accord avec @arno j’allais écrire sensiblement la même chose (en moins développé) quand j’ai lu cette tribune.

      Je trouve ça dit de manière totalement théorique et hors-sol. Comme si c’était dans un autre monde, avec des si si si. Là on ne parle pas de deux semaines sans école, mais de plusieurs mois, dans le monde actuel.

      La conséquence très concrète, s’il n’y avait pas ce suivi avec internet, y compris s’il y avait des manuels papiers, ça serait de renforcer encore plus les inégalités qu’actuellement, et que seuls les familles avec un capital culturel élevé ET du temps (il faut avoir les deux) forcent les enfants à continuer d’apprendre. On pourra toujours arguer que telle famille populaire le fait aussi etc, on s’en fout, dans tout il y a des exceptions. Sur la population entière ça sera négligeable.

      Quand bien même c’est la présence en face à face qui restera à jamais le moyen d’avoir de vraies relations pédagogiques (j’en suis convaincu), les profs actuellement font ce qu’ils peuvent pour suivre où en sont leurs élèves (et la majorité le font au mieux), les incite à poser des questions, savoir où ils en sont, etc. En tout cas à partir du collège, car ça doit être bien plus compliqué en maternelle et primaire.

      Par ailleurs les profs sont pas gogols hein. Au collège le prof de français du fils leur fait bien lire des textes longs, des nouvelles (Poe en ce moment).

      Que les auteurices de la tribune répondent à cette question : s’il n’y avait pas ce suivi fort imparfait, concrètement là maintenant tout de suite il se passerait quoi dans les familles avec moins de capital culturel, les familles nombreuses, les parents qui bossent ? Répondre sans aucun « si » dans la phrase.

      Par contre je suis tout à fait d’accord qu’il faut insister sur le fait que tout devra reprendre où ça en était, sans préjuger que les élèves aient tous acquis des nouvelles choses.

    • Je trouve, pour ma part, qu’il n’y a aucune « tentative de limitation » des inégalités par l’usage de la téléconférence, mais, qu’au contraire, cet usage renforce les inégalités existantes. L’usage « productif » de la téléconférence dans le domaine de l’éducation ne peut se déployer qu’en s’inscrivant dans un habitus qui est déjà celui concourant aux inégalités croissantes en ce domaine. Raison pour laquelle il faut bien s’en passer, et ce non pas en la dénonçant comme solution individuelle de repli, mais comme mesure systématique préconisée par un ministère cherchant un mettre en œuvre un agenda qui a peu à voir avec l’attention à porter aux gamins.
      D’ailleurs, le terme « continuité pédagogique » est brandi par Blanquer comme un écran de fumée : il n’est pas là question du lien enseignant/écolier, mais bien de la continuité du fonctionnement de l’institution (sa capacité à « produire », en temps et en heure, des instruits conformes aux attentes du « plan quinquennal » défini par les indicateurs PISA et autres)

      Les enseignant.e.s n’ont pas attendu Blanquer pour ne pas laisser totalement sombrer une version de continuité pédagogique qui, cette fois ci, correspond bien au lien privilégié entre pédagogue et enfant, non médiatisé par un appareil de « production »). Illes ne s’en sont pas remis à la téléconférence, qui s’avère une bien piètre solution dans ce cas, à la fois sur le plan technique et sur le terrain de la pédagogie.

      La téléconférence n’est pas un moyen « imparfait » de maintenir un lien prof/élève ou d’occuper à moindre conséquence l’esprit des enfants. C’est un moyen parfaitement efficace pour renforcer l’habitus des gagnants et se donner des prétextes de renvoyer les superflus à leur incapacité de « bien utiliser les outils qu’on leur donne ». La télévision, en son temps, a connu exactement les même débats et sert aujourd’hui, par les usages différenciés qui en ont émergé, de marqueur social assurant la reproduction des inégalités.

    • Mais pourquoi tu ne parles que de téléconférence ? La tribune ne parle absolument pas de ça spécialement mais de « continuité pédagogique par le numérique » en général, téléconférence ou pas.

      Concrètement, il n’y a quasiment aucun prof qui utilise la téléconférence, ou alors seulement ponctuellement. La majorité des profs utilisent les ENT en place (pronote nous), qui sont uniquement textuels, et ils l’utilisent pour lister des choses à faire ou à lire, et pour messagerie (textuelle encore donc) pour que les élèves leur posent des questions et renvoient parfois leur travail régulièrement (faire des exercices de maths, et les donner au prof etc).

      Pour l’instant la seule téléconférence que j’ai vu, c’est en langue, la prof d’italien qui leur donne parfois rendez vous (à son heure habituelle de ses cours) sur une visioconf, où elle leur parle en italien à l’oral donc, et elle leur demande de parler eux, histoire de leur faire prononcer des choses.

      Mais bref, aussi bien la tribune que nos réponses sont sur l’ensemble, pas juste la téléconférence.

    • Je crois que c’est important qu’émergent des discours critiques de la possibilité non pas de faire de la sous-école en temps de crise comme celle-ci mais des discours qui ne manquent pas sur « qu’est-ce que c’est génial la continuité pédagogique le seul problème c’est notre manque de préparation alors préparons-nous mieux ». Ça me fait assez flipper qu’on s’empare de ces semi-succès (litote) pour avancer sur une voie aussi inquiétante en se disant qu’on fera ça mieux et sans en saisir l’enseignement principal qui est : c’est en présentiel que se passent les interactions les plus constructives.

      C’est un peu comme le revenu garanti : on ne peut pas dire que le revenu garanti, c’est génial en général simplement parce que c’est le meilleur moyen d’assurer la survie en temps de crise. Mais on ne peut pas non plus se passer des béquilles que ça représente dans cette situation si particulière.

      Et ceci dit, je teste la continuité pédagogique à Langues O’ et nos profs ont continué les cours pendant toutes les vacances d’avril : d’abord pour compenser l’enseignement de moindre qualité en ce moment, en plus parce qu’on y prend tou·tes plaisir, enseignant·es et étudiant·es (effectif de 3 à 6), c’est le truc anti-déprime pour les étudiant·es isolé·es qui n’arrivent pas à s’y mettre (malgré des années d’études sup, il n’y a pas que les gosses de pauvres qui ont du mal). On a tout essayé : Teams (pas pu entrer dans le salon), Skype (pour les cours magistraux ou avec la fonction chat pour des TD), WhatsApp pour les cours moins magistraux (je rattrape ceux-là en lisant le fil après coup avec les trads AV envoyées à côté par Wetransfer). C’est du bricolage avec des outils corporate...

    • Il me semble que le temps ordinairement passé devant la télé depuis les années 70, et depuis un bon moment, d’autres écrans, réseaux ou pas, en fait déjà -hors confinement - un temps de formation des subjectivités et à des savoirs, ce qui a contribué à une mise en cause radicale de l’école comme institution, mise en cause tout autre que celle autrefois exercée par des critiques internes (Freinet, pédagogie institutionnelle, etc), ou externes (Illitch, par exemple).
      La disqualification sociale (et salariale) des profs tient pour partie à cette émergence de la formation hors l’école. Hanouna-Youtube valent plus qu’eux. On peut avoir une capture par le divertissement, mais il y a des usages étonnants qui se greffent sur ce primat de l’image, si on envisage ce que font certains youtubeurs, ou encore l’application tiktok, bien plus horizontale, et ancrée dans des réseaux de relations affectives, où les utilisateurs font sur le mode du jeu des apprentissages, produisent et se produisent.
      Pédagogiser l’utilisation des écrans (téléconférence) suffira pas à modifier ce rapport. Surtout si l’investissement de ces moyens est laissée à l’atomistique de la famille nucléaire. Quelque chose comme une « éducation populaire », supposerait l’invention de collectifs ad hoc. Est-ce que c’est ce qui se cherche à travers ce basculement (bien partiel, socialement distribué) des pratiques, à travers ces débats ? No sé.

      #enfants #école #continuité_pédagogique #téléconférence #éducation #capital_humain #formation #famille #habitus

    • Je me demande comment se positionne « Acadomina » (© @mad_meg)

      École à la maison - COVID-19
      [Acadomina] propose des solutions d’accompagnement scolaire en ligne, depuis votre domicile, quotidiennes ou hebdomadaires : cours particuliers en visioconférence, cours collectifs en classes virtuelles.
      Nos Conseillers Pédagogiques sont joignables par téléphone au : 09XXXXXXXX
      Dans le contexte du confinement, les cours à distance bénéficient de 50% de crédit d’impôt sur le coût horaire.
      EN SAVOIR PLUS

    • Je viens mettre l’image d’Acadomina
      http://www.madmeg.org/delizie/#5/0.117/0.220
      Illes sont sympas de faire une remise de 50% de crédit d’impôt chez Acadomina - encore faut il être imposable !

      On ne prête qu’aux riches et comme on dit dans le management (et dans l’évangile dans la parabole des talents)
      WINNER TAKES ALL (version cannibale)
      https://www.youtube.com/watch?v=mjxaa_Vu7bU

      The winner takes it all
      The loser standing small

    • @rastapopoulos

      Effectivement ; je ne parle jusque là que de téléconférence car je réagissais en premier lieu à la dernière phrase du premier commentaire d’@arno

      Concernant le rapport au numérique en général, j’aurais du mal à résumer ici mon approche en quelques lignes. Je peux éventuellement envoyer à https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-02493223 dans un premier temps.

      Si je m’accorde avec les promoteurs de l’appel de Beauchastel sur la nécessité de critiquer le numérique dans l’éducation et au-delà, je sais par ailleurs que cette position n’est pas fondée aujourd’hui sur les mêmes prémisses.

    • @arno "Un autre argument : et comment les auteurs comptent interdire aux familles qui le peuvent d’assurer la « continuité pédagogique » tout seuls au motif que d’autres ne peuvent pas et que ce serait un facteur d’inégalités ?"

      Ta logique est en effet épatante. Personne parmi les signataires n’ambitionne de devenir Blanquer à la place de Blanquer. Quand pense-tu ?

      @rastapopoulos En ce qui concerne la téléconférence, Renaud Garcia nous a donné un aperçu de son usage sur Radio Zinzine mardi dernier : il y a des prof qui fond l’appel de leurs élèves dès 8h comme ça.

      Mais bon, à part ça, tout va très bien, tout va très bien, madame la marquise (air connu)...

    • C’est évidemment une question rhétorique par l’absurde (et donc absurde d’y répondre en disant que c’est illogique) : si évidemment les signataires de la tribune ne comptent pas interdire aux familles qui le peuvent (avec le temps, les savoirs, etc) d’assurer la continuité, alors encore une fois concrètement c’est ce qui va se passer, dans des proportions bien bien plus qu’actuellement : celles qui le peuvent vont évidemment le faire à fond, et toutes les autres ne vont juste rien faire (alors qu’actuellement les profs tentent de garder un lien et donc de fait, sans la supprimer évidemment, réduisent quand même cette inégalité).

      S’il n’y avait pas ce lien, aussi nul soit-il, mais ce lien quand même, sans « si on avait fait ci ou ça avant » (là on parle de quoi faire dans le monde de maintenant), il se passerait quoi pour la majorité des familles sans temps et sans capital culturel ? Les N gosses iraient gambader dans la garrigue et « apprendraient de la vie » comme dans un bon Pagnol ? Ah bah non, on n’a pas le droit. Ils seraient juste en train de binge-watcher les 220 épisodes de Naruto, pendant que les parents bossent (à la maison ou ailleurs).

    • alors qu’actuellement les profs tentent de garder un lien et donc de fait, sans la supprimer évidemment, réduisent quand même cette inégalité

      Je pense que rien aujourd’hui ne démontre que le lien numérique réduit l’inégalité, que ce soit par rapport à la situation de pédagogie en présence, bien sûr, mais aussi par rapport au scénario « binge-watcher les 220 épisodes de Naruto, pendant que les parents bossent ». L’hypothèse qu’il le renforce peut même être légitimement mise sur la table si l’on se réfère à d’autres exemples historiques, comme la télévision ou le plan informatique pour tous de 1985, que je connais bien.

      Ce que j’essaye de dire, c’est que se convaincre malgré tout que c’est le cas est peut-être un biais qui peut avoir deux sources : la distinction, au sens bourdieusien, et la confiance mal placée dans l’outil pour celleux qui y sont trop bien acclimatés par leur pratique professionnelle

  • L’#habitus pour les nuls : plonger dans un lycée élitiste pour comprendre (enfin) de quoi parlait Bourdieu

    Si la notion d’habitus vous a souvent intimidé ou collé la migraine quand on cite Bourdieu ou même Durkheim, découvrez le #documentaire de #Julie_Gavras au #lycée parisien Victor Duruy, qui donne à voir des réussites scolaires ou des façons de parler comme des héritages limpides.


    https://www.franceculture.fr/sociologie/lhabitus-pour-les-nuls
    #élite #France #éducation #enseignement #lycée_Victor_Duruy #Paris #film

    • Les bonnes conditions

      Pendant près de quinze ans, la réalisatrice Julie Gavras a suivi huit adolescents des quartiers chics. Un portrait par l’intime des futures élites, à rebrousse-poil des #stéréotypes.

      Ils sont enfants de bijoutiers, de publicitaires ou de directeurs financiers. Nés avec une cuillère en argent dans la bouche, ils en ont aussi les #problèmes spécifiques : pression de la réussite, exemple intimidant de leurs parents, activités extrascolaires chronophages… Quelle est la part de #déterminisme_social dans leurs pensées, leurs #aspirations, leur quotidien ? Que leur a-t-on transmis, que veulent-ils perpétuer ? Pendant près de quinze ans, Julie Gavras a suivi d’anciens élèves du lycée Victor-Duruy dans le très chic 7e arrondissement de Paris, accompagnée d’Emmanuelle Tricoire, leur professeure d’histoire-géographie. De leurs 16 ans jusqu’à la veille de leurs 30 ans, la réalisatrice les a retrouvés chaque année, de 2003 à 2016, pour consigner leurs confidences, donnant à voir – de l’intérieur – une facette de la reproduction des élites.

      Premières fois
      D’une durée exceptionnelle, le tournage a favorisé le rapport de confiance et le libre cours de la parole, permettant de filmer au plus près ces « primo-arrivants » dans la vie active. D’où la variété des portraits, bienveillants sans être complaisants, intimes sans voyeurisme. À travers eux, le documentaire donne à voir cette décennie déterminante de la vie, période universelle des « premières fois » : amours, voyages, appartements, travail... Chaque fragment de vie s’insère dans un puzzle, dessinant peu à peu les contours d’une classe sociale aisée, rarement représentée à l’écran de façon juste. Tout autant miroir d’une époque, avec ses tendances et son contexte particulier, ce travail de longue haleine s’attaque aux stéréotypes et se regarde comme une saga miniature, ménageant un certain suspense : seront-ils fidèles à leur « bonne condition » ?

      https://www.arte.tv/fr/videos/066346-000-A/les-bonnes-conditions
      #classes_sociales #reproduction_sociale #adolescence #héritage #bourgeoisie

  • « L’enfance, autant que l’âge adulte, est structurée par des conflits, des dominations » (Julie Pagis et Wilfried Lignier, Libération)
    http://www.liberation.fr/debats/2017/05/29/julie-pagis-et-wilfried-lignier-l-enfance-autant-que-l-age-adulte-est-str

    Les auteurs de « l’Enfance de l’ordre » ont passé deux ans dans deux classes de primaire pour comprendre comment les enfants appréhendent le monde des grands. Résultat, l’« habitus » se construit socialement, les enfants « recyclent » ce que disent les grands.
    […]
    Les auteurs souhaitaient, grâce à leur immersion, étudier la façon dont l’éducation à l’ordre et au désordre, au propre et au sale, au bien et au mal organise une représentation du monde et des valeurs, détermine nos goûts ou nos amitiés.
    […]
    « Si le livre permettait aussi de revenir sur une vision enchantée de l’enfance, ce serait bien. L’enfance, autant que l’âge adulte, est structurée par des conflits, des dominations. Voici une idée que nous partageons avec la psychanalyse.
    […]
    Les enfants sont constamment soumis à des impératifs dans la sphère familiale ou dans la sphère scolaire, donc ce n’est pas étonnant qu’ils recyclent ces injonctions. […] Ils accordent aussi beaucoup d’importance au corps, au poids, à l’esthétique. […] Quand nous leur avons demandé ce qu’ils feraient s’ils arrivaient au pouvoir, les propositions allaient de mettre tous les voleurs en prison à retirer toutes les cigarettes de France et interdire l’alcool. Les programmes moins excessifs visaient à réparer une situation vécue comme injuste ou humiliante. »

    #éducation #enfants #habitus #stéréotypes #développement_de_l'enfant

  • Cynisme, défaitisme, résignation – perspectives révolutionnaires (3) | labyrinthes
    https://labyrinthes.wordpress.com/2016/03/17/cynisme-defaitisme-resignation-perspectives-revolutionnaires-

    Ce qui donne à certain l’énergie et la rage de se battre produit chez d’autres des effets strictement opposés. La surabondance des informations concernant la barbarie économique, la puissance et l’impunité des multinationales, la corruption et collusion des politiciens, ne génèrent pas seulement des résistances résolues, mais aussi des redditions désabusées. Interroger l’accablante insuffisance du nombre de ceux qui résistent et des formes de résistances au sein des sociétés de consommation sous le prisme de la résignation, c’est reconnaître d’emblée que ce qui fait essentiellement défaut n’est pas le franchissement d’un seuil de conscience quant au cynisme criminel des sphères gouvernantes. La lucidité vis-à-vis de la désastreuse forfaiture du capitalisme apparaît de plus en plus comme une distinction marginale entre ceux qui tentent de résister et ceux qui collaborent avec plus ou moins d’enthousiasme à ce qui est : qui ignore encore le degré exorbitant d’inégalité séparant les plus riches des plus pauvres ? Qui se leurre quant à la mauvaise foi insolente du spectacle politico-médiatique ? Qui doute réellement du caractère écologiquement insoutenable de la marchandisation du monde ? Il en existe encore, mais leur nombre ne suffit plus à rendre compte de notre incapacité à renverser la dynamique macabre où l’on s’enterre. Le fait est que l’effondrement progressif des idéaux et croyances de l’époque engendre principalement du dépit, de la frustration ou de la peur, et tend à renforcer les replis identitaires et religieux, et donc l’influence des contre-révolutionnaires fascisants.

    #luttes #révolution #résignation

  • Regarder le même film des dizaines de fois fait plaisir à notre cerveau - Slate.fr
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/137004226920

    Pourquoi aime-t-on revoir un film, réécouter un disque… ? Parce que c’est dans la répétition que nous trouvons le plus de plaisir, explique Slate. “Les gens préfèrent les choses auxquelles ils ont déjà été exposés. Ce qui pourrait s’expliquer du point de vue de l’évolution : si j’ouvre une porte 100 fois, je sais ce qu’il y a derrière. Je n’ai plus à m’inquiétier d’un éventuel prédateur qui m’attendrait derrière. Elizabeth Hellmuth Margulis est une universitaire spécialiste de la #cognition musicale. Elle explique le mécanisme qui se joue dans notre cerveau : « Quand on écoute une chanson plusieurs fois, on finit par l’entendre en avance, en imaginant ce qui va arriver avant même que cela se produise. On a l’impression que l’on est à l’origine du son grâce à notre imagination. »Seule la répétition (...)

    #habitus #comportement #biais

  • #Pierre_Bourdieu et #Jean-Claude_Passeron auteurs d’un livre ( les héritiers ) qui a fait date dans l’histoire de la sociologie s’entretiennent sur le sens et l’objet de la sociologie
    https://www.youtube.com/watch?v=3PISYZCFP58


    http://www.scienceshumaines.com/les-heritiers_fr_12988.html

    #Les_Héritiers a fait l’effet d’un véritable pavé dans la mare, en dévoilant les #mécanismes d’un fait #empirique que tout le monde constatait plus ou moins secrètement : à l’#école, les bons #élèves se recrutaient dans les milieux aisés et #cultivés (l’un allant souvent avec l’autre), alors que les enfants d’ouvriers attestaient de parcours scolaires médiocres. À l’#université ne se retrouvaient plus guère alors que les enfants de la #bourgeoisie. Pour les auteurs, c’est aux facteurs culturels, davantage qu’économiques, qu’il fallait imputer ce constat. Les enfants de cadres et de professions libérales bénéficient d’un capital culturel (conversations, #bibliothèques, fréquentation des #musées, voyages...) fourni par l’environnement familial dans lequel la culture est acquise « comme par osmose ». Or l’école légitime précisément ce type de culture qui « présuppose implicitement un corps de savoirs, savoir-faire et surtout de savoir-dire qui constitue le #patrimoine des #classes cultivées ». Pour les enfants de milieux #populaires, par contre, l’acquisition de la culture scolaire nécessite une véritable #acculturation, les apprentissages sont vécus comme des artifices, éloignés de toute #réalité concrète. Ce que les #enseignants considèrent alors comme une absence de dons de leur part n’est souvent que le résultat d’une #socialisation différente. D’où la violence symbolique d’une #institution (l’école) qui, au final, redouble les #inégalités sociales en pérennisant une véritable aristocratie scolaire (qui peut ainsi s’autoreproduire ; le thème sera développé en 1970 par les mêmes auteurs dans La #Reproduction), et en participant aussi à la fabrication de l’échec scolaire.

    #Sociologie #Sciences-sociales #Objet #Réalité #langage #Epistémologie #Positivisme #Communication #Sociologue #Capital_culturel #Ordre_social #Habitus #Livre #Vidéo

  • Mozart, nouvelle arme anti-squat
    http://lemonde.fr/mobilite/article/2013/05/31/mozart-nouvelle-arme-anti-squat_3420838_1653095.html

    La SNCF y explique avoir testé la musique classique dans certaines gares "pour rétablir l’ordre" et dissuader "ces groupes de personnes [qui] utilisent les gares comme des lieux de squat" . "Figurez-vous que ça marche ! Soumettre ces personnes à des airs auxquels elles ne sont pas habituées a le mérite de les faire fuir" , se félicite un responsable.

    #contrôle_social #espace_public

    • C’est un #marronnier, cette histoire de #musique qui fait fuir, et les #médias reprennent chaque fois la #ritournelle avec le même enthousiasme. Il y a aussi, dans la même veine, les lumières bleues pour que les toxs n’arrivent pas à repérer leur veines et aillent se piquer ailleurs, ou les lumières roses pour faire ressortir les problèmes dermatologiques des boutonneux et des poivrots.

      La musique n’a aucun effet #magique et les études sur son impact sont assez fumeuses (surtout là pour servir de caution à l’industrie de la #muzak). Mais oui, il y a volonté de contrôle de l’espace public, expression d’un discours sur l’espace public comme lieu de flux ou de consommation, et désignation très claire d’#indésirables. La musique sert de révélateur des intentions du proprio du lieu en somme - on reste bien libre d’en faire ce qu’on veut, de ses intentions.

      #urbanisme_sonore

    • oui et l’idée que Mozart ferait fuire les indésirables est assez curieuse.
      Comme je discute ici avec @Jean_no sur le rôle sociale de l’art, http://seenthis.net/messages/143795#message143923

      ici avec la musique, on a aussi l’idée que la musique classique serait agréable a certaines catégories sociales et pas à d’autres.

      Il y aussi un paradoxe chez ces proprio, qui se servent de la musique qu’ils aiment (Mozart ici, hier Bethoven) pour torturer des gens ou les faire fuire, comme si leur musique chérie était un genre d’arme.

    • Et a contrario, des chaînes de magasins pour « jeunes » diffusent de la musique de « jeunes » à fort volume, pour faire fuir les « vieux ».

      Pour l’usage de la musique comme torture dans la guerre (fût-elle « contre le terrorisme »), il y a un autre aspect très important : celui de la charge culturelle et patriotique que porte la musique, ou qu’on lui fait porter. Il s’agit d’humilier l’autre en lui assenant de façon assourdissante sa propre identité musicale.

    • A mettre en perspective avec les technique de torture utiliser par les USA a Abu Grahib et Guantanamo, à base de hard rock diffuser en boucle et à fond les ballons dans les cellules des présumés talibans.

    • On peut effectivement imaginer ce genre de torture sans le hard-rock : Céline Dion en boucle, Mireille Mathieu ("je suis une femme amoureuse" par Mireille Mathieu, c’était une technique utilisée pour m’envoyer jouer dehors quand j’étais gosse. Imagine que tu puisses pas sortir, O_o !!), One Direction ou Justin Bieber, ...

      erk... Non, pas Justin Bieber, non ...

    • oui tu fait bien de préciser @intempestive , le volume sonore et la diffusion en boucle alterner de phases de privations sensoriels font clairement partie du dispositif de torture. Mais j’avais lu que le choix du genre musicale (musique occidentale rock ET sataniste) était sensé briser un peu plus l’esprit des prisonniers et en se sens c’est la même idée que ce truc de mozart dans les gares.

      Sinon pour la musique c’est assez facile de voire les enjeux d’appartenance sociale qui s’y rattachent. A l’adolescence souvent on ne rigole pas avec le genre musical de sa bande (gothiques, vs rappeurs, vs techno, vs pop...)

    • Ils utilisent même des chansons pour enfants dans les prisons de la CIA... Ce sont les conditions qui font la torture par privation sensorielle - ensuite, qu’on soit dans un silence total, qu’on entende une soufflerie, Barney le dinosaure, des pleurs de bébés, Britney Spears, des rires de films d’horreur, Eminem ou Nine Inch Nails (tout ça effectivement utilisé), ça a le même effet : 24h/24 sans variation des stimuli sensoriels, ça détruit.

    • Je vous conseille la lecture de « la distinction » de Pierre #Bourdieu paru aux éditions de Minuit sur la construction sociale du jugement et notamment des goûts culturels
      http://www.ina.fr/video/I12012180
      La critique du livre :
      http://www.alternatives-economiques.fr/la-distinction--critique-sociale-du-jugement-pierre-bourdie

      Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Le principal enjeu de la sociologie de la culture est évidemment de montrer que l’adage populaire est faux et trompeur. Faux parce que les goûts ne sont pas inexplicables, strictement individuels ou liés au caractère ou à la personnalité, mais au contraire produits par l’éducation, les rapports de domination, les stratégies de classement. Trompeur parce que l’influence de la position sociale sur le goût est d’autant plus grande qu’elle passe inaperçue, l’individu étant d’autant plus manipulé par celle-ci qu’il se croit libre de ses croyances, de ses choix et de ses opinions. Dans une tradition française qui remonte à Maurice Halbwachs et à Paul-Henri Chombart de Lauwe, Pierre Bourdieu s’emploie donc à démonter les ressorts du goût en matière de loisirs, d’art ou d’alimentation. Il s’appuie pour cela sur la notion d’habitus : un ensemble de pratiques, de règles et de contraintes issues de notre expérience, de notre milieu social, et liées à ce que notre entourage attend de nous. Et il étend son analyse aux comportements politiques.

      #Distinction #Violence_Symbolique #Habitus #Sociologie #Critique_du_Goût #Musique

    • En tout cas, ce qui est sûr, c’est que n’importe quelle musique non sollicitée, à fond dans une station de transports en communs, rend dingue et n’est supportable que le temps d’attente du prochain bus, de la prochaine rame. Et ce, sans convoquer ni Bourdieu, ni Mozart, ni Mireille Mathieu. Et que c’est effectivement utilisé dans certaines stations, dont celle à côté de chez moi, pour faire dégager jeunes et sans-abris qui stationneraient trop longtemps aux arrêts et dans les couloirs.