Procès des inculpé·es du 15 juin 2021 à Limoges - La bogue
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Les 19 et 20 mars 2026 à Limoges, deux personnes étaient convoquées devant la justice, à la suite d’une enquête de plusieurs mois menée « avec les moyens de l’antiterrorisme » et d’un contrôle judiciaire de près de cinq ans, pour répondre d’accusations de « dégradations de biens par des moyens dangereux pour les ersonnes » et d’« association de malfaiteurs ». Les faits incriminés étaient des sabotages par incendie véhicules et antennes-relais) réalisés en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021. Les personnes convoquées risquaient 10 ans de prison et des centaines de milliers d’euros d’amendes. Le comité de soutien et les inculpé·es ont fait de ce procès une tribune contre le numérique, qui a réuni plusieurs centaines de personnes.
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Le vendredi 3 avril 2026, le tribunal de Limoges a rendu son délibéré concernant l’affaire du 15 juin.
Les deux prévenus sont condamnés : l’un à une peine de 3 ans d’emprisonnement avec sursis simple, l’autre à une peine de 2 ans d’emprisonnement avec sursis simple. Ils ont en outre l’interdiction de se fréquenter pendant 3 ans. Le jugement sur les les intérêts civils (dommages intérêts) a été renvoyé au 2 septembre.
Le comité de soutien aux inculpés considère que ces condamnations expriment la prise en compte par la justice de deux éléments essentiels :
– d’abord, une considération pour la dureté d’un contrôle judiciaire de presque cinq ans préalable au procès, qui a constitué pour les prévenu•es une véritable « peine avant la peine », qu’il semblait juste de ne pas lourdement aggraver.
– ensuite, le signal de la percée ô combien nécessaire et urgente dans le débat public de la principale question que soulevait ce procès : celle de la remise en question du déferlement numérique imposé, à l’œuvre dans nos sociétés depuis plusieurs dizaines d’années, source de dégâts colossaux sur l’environnement et les sociétés humaines.
Les parties ont 10 jours pour faire appel de cette décision.
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Victor Cachard
auteur d’une Histoire du sabotage en deux volumes (éditions Libre), a expliqué comment le sabotage était apparu historiquement comme remède à l’action violente contre les personnes et essayant d’être plus efficace que les « bras croisés ». Le sabotage est une pratique pivot entre violence et non-violence. Cette pratique a été utilisée dans le cadre des luttes syndicales à partir de la fin du XIXe siècle. Les avocat·es (Enedis, Bouygues et Orange) des parties civiles se sont élevé·es contre cette présentation, assimilant les destructions matérielles à de la violence.
Célia Izoard
philosophe et journaliste, est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le numérique (dont le dernier s’intitule La ruée minière au XXIe siècle) et traductrice de la dernière version de 1984 de Georges Orwell. Elle a dénoncé dans son intervention les effets nocifs pour la planète du déploiement de la 5G, l’exploitation minière avec les crimes et les guerres qu’elle entraîne, le gaspillage de la mise en place des Linky, et les mensonges sur l’obligation de pose du compteur.
Jean-Michel Hupé
chercheur en neurosciences durant 25 ans, s’est tourné ensuite vers la sociologie et a cofondé l’Atelier d’écologie politique de Toulouse (ATECOPOL). Il a rappelé tous les effets nocifs de l’IA, de la 5G et des ondes. Il soutient la nécessité de la désobéissance civile, voire du sabotage. La présidente et la procureure se sont posé des questions sur la possibilité d’invoquer « l’état de nécessité » pour justifier les actions de sabotage. Son intervention a été très attaquée par les avocats d’Enedis et de Bouygues.
Nicolas Bérard
journaliste à L’Âge de faire et auteur d’ouvrages sur le Linky, la 5G et le numérique, a expliqué les effets délétères de ces objets numériques sur le sommeil, la sédentarité, l’isolement, la santé mentale des jeunes. La présidente confirmait avoir suivi avec attention une émission sur la santé mentale des jeunes filles. Nicolas Bérard a regretté l’absence de prise en compte des mobilisations citoyennes.
Karima Mersad
enseignante chercheuse à Paris I en neurobiologie et en psychologie cognitive, a témoigné de la façon dont elle s’est rendue compte de l’apparition de symptômes perturbants pour elle (maux de tête, troubles du sommeil…). Elle a expliqué comment, de façon scientifique, elle avait étudié son environnement et progressivement compris qu’elle était victime des ondes électro-magnétiques. Elle a témoigné des difficultés vécues par les personnes électro-hypersensibles.
Matthieu Amiech
éditeur (éditions la Lenteur), auteur (Peut-on s’opposer à l’informatisation de nos vies ?) et contributeur régulier à la revue en ligne Terrestres : il a cité Fairtiq, une application proposée en région Occitanie qui est la seule manière d’avoir accès aux réductions sur les transports, mais exige l’utilisation d’un smartphone et de la géolocalisation. Il précisait que l’enregistrement de la plupart des trajets des citoyens était une des critiques faites au régime soviétique, alors que lorsque c’est Carole Delga (présidente de la région Occitanie) qui la met en place, il n’y pas de souci... Puis il citait le « portefeuille d’identité numérique » qui est une promesse de réunir toutes les cartes dans la même application… permettant de fait la privation de droits de manière automatique, donc le délitement complet des libertés civiles. Il donnait enfin des exemples de privations de droits sur la base de communications numériques, de messages, de relevés par des objets connectés.
Sandrine Larizza
salariée de France Travail au sein des services d’indemnisation des demandeurs d’emploi, a témoigné de la déshumanisation des relations avec les usagers en raison de la numérisation des services et du développement de l’IA. Elle a rappelé que selon le Défenseur des droits, une personne sur deux est en difficulté par rapport à l’accès aux services numériques.
Romain Couillet
est un professeur des universités, spécialiste reconnu internationalement de mathématiques appliquées dans le traitement numérique des télécommunications. Depuis 10 ans, il a pris conscience de la nocivité du développement du numérique pour les humains et la planète. Il a choisi d’arrêter ses recherches pour se consacrer aux réflexions sur les différents niveaux de refus du numérique. Il milite aussi à Stop Micro à Grenoble. Romain Couillet assimile les industriels et les chercheurs qui justifient le développement de l’IA à ceux qui niaient les dangers du tabac ou de l’amiante. Il se situe dans la filiation d’Alexander Grothendieck qui a cessé ses travaux en raison de leur usage militaire.
Romain Couillet terminera son propos, la voix tremblante d’émotion, par l’évocation des résistant·es d’hier traité·es de terroristes qui sont aujourd’hui au Panthéon, et fera le parallèle avec ces lanceurs d’alertes jugés pour avoir essayé d’empêcher la course folle vers la destruction générale, en espérant qu’il y aura un avenir pour que dans 50 ans on puisse les réhabiliter pour ce qu’ils sont : des héros !
Émotion dans tout le tribunal, quelques mouchoirs sortent des poches. La présidente semblera ébranlée. La procureure, de son côté, se fendra d’un rappel à l’ordre à son encontre : nous sommes dans l’enceinte d’un tribunal, et les propos de ce dernier témoin, assimilables à la justification et la promotion du sabotage, sont passibles de poursuites.
Le tribunal était très attentif lors de ces exposés, concerné, conscient peut-être de la véracité de ces propos. La présidente semblait bienveillante à l’égard des prévenu·es et du public nombreux qui se trouvait dans la salle mais encore plus nombreux à l’extérieur.














