... le parti fondamentaliste chiite libanais Hezbollah (fondé officiellement en 1985) a constamment exprimé sa préférence pour un État islamique comme système politique de référence. Il fait valoir, toutefois, qu’en raison de la démographie confessionnelle et de l’arrangement politique constitutionnel du pays qui attribue le pouvoir politique par appartenances confessionnelles et ethniques, sa mise en œuvre est irréalisable dans les circonstances actuelles. Cela, cependant, n’a pas empêché le Hezbollah de s’opposer à plusieurs initiatives pour séculariser l’État libanais, les caractérisant toutes comme anti-islamiques. Par exemple, le mouvement islamique chiite a dénoncé le mariage civil comme « une mise en œuvre de l’athéisme ».
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Malgré leurs différences stratégiques, ces mouvements partagent tous un programme politique et une vision de la société réactionnaires et autoritaires. Cela se voit de façon assez claire et marquée dans leurs attitudes envers les femmes. Tous les courants du #fondamentalisme_islamique promeuvent une vision sexiste qui soutient la domination masculine et réduit les femmes à des rôles subordonnés dans la société. D’abord et avant tout, ils définissent la principale fonction féminine comme la « maternité » et, en particulier, l’éducation de la prochaine génération basée sur les principes islamiques. Ils imposent des codes vestimentaires et des comportements censés préserver l’honneur des femmes et celui de la famille.
Tout éloignement de ces normes et restrictions est considéré par les mouvements fondamentalistes islamiques comme une concession à l’impérialisme culturel occidental. Les fondamentalistes islamiques ont des opinions réactionnaires semblables sur les populations LGBTQI. Par exemple, le leader du #Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé les homosexuels de « détruire les sociétés ». Il a décrit les personnes LGBTQI comme une importation étrangère qui menacerait la société islamique de déviances morales et de modes de vie étranges.
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La base sociale historique du fondamentalisme islamique s’est située, dès l’aube du vingtième siècle, dans la petite bourgeoisie. Bien sûr, les formations fondamentalistes de chaque pays ont leur histoire propre et particulière, mais elles partagent toutes des racines dans divers éléments de la petite bourgeoisie. En Égypte, par exemple, le fondamentalisme s’est développé parmi les éléments ruraux de cette classe qui se sont déplacés vers les villes dans le cadre des changements économiques et sociaux des années 1960 et 1970. Une fois urbanisé dans les années 1980 et 1990, son leadership a tendance à provenir de couches professionnelles telles que les médecins, les ingénieurs et les avocats. Un nombre croissant d’adhérents des FM à cette période est issu des jeunes instruits laissés sans opportunités d’avenir par l’imposition du néolibéralisme.
Tout comme la petite bourgeoisie en général, les organisations fondamentalistes islamiques sont tiraillées entre deux directions – vers la rébellion contre la société existante et vers un compromis avec elle. Quoi qu’il en soit, leur projet réactionnaire n’offre aucune solution aux secteurs de la paysannerie et de la classe des salarié-e-s qui y sont attirés. Les partis fondamentalistes islamiques cherchent à rétablir la Ummah, une entité religio-politique qui rassemblerait tous les musulmans et transcenderait les clivages qui les divisent aujourd’hui. La lutte des classes est donc considérée comme une chose négative car elle fragmente la Ummah.
Au fil du temps, les dirigeants petits-bourgeois des mouvements fondamentalistes ont de plus en plus approfondi leurs liens avec la bourgeoisie, même s’ils tentent de préserver leur base de soutien dans diverses classes sociales. L’Arabie Saoudite a joué un rôle clé dans ce processus. Elle a fourni aux FM égyptiens et à d’autres groupes un accès privilégié aux opportunités commerciales et professionnelles pendant le boom pétrolier des années 1970 et 1980. Cette situation a accéléré le processus d’embourgeoisement du mouvement fondamentaliste. De plus en plus de capitalistes ont commencé à jouer un rôle de premier plan au sein du mouvement.
Au Liban, le Hezbollah a subi une transformation similaire. À l’origine, il possédait un leadership et des cadres issus en grande majorité de la petite bourgeoisie, qui attiraient une base sociale populaire parmi les classes moyennes et pauvres libanaises chiites. Au fil du temps, une fraction chiite de la bourgeoisie au Liban et dans la diaspora est devenue de plus en plus influente au sein du parti. Le Hezbollah a maintenant une base de soutien majeure parmi les hommes d’affaires libanais chiites ainsi que parmi les classes moyennes supérieures, en particulier au sein des professions libérales.
Leurs sources de financement de plus en plus bourgeoises expliquent le soutien des fondamentalistes au système capitaliste et à son régime d’accumulation néolibéral actuel. Ils reçoivent non seulement des donations importantes de différents États, mais aussi des dons religieux privés (la zakat), ou provenant de réseaux constitués de secteurs bourgeois et de petites entreprises de la société. Par exemple, le Hezbollah reçoit un financement massif de l’Iran ainsi que de la bourgeoisie et la petite bourgeoisie chiites libanaises.
Le Hezbollah reçoit également des « dons de particuliers, de groupes, de magasins, d’entreprises et de banques, ainsi que de leurs homologues dans des pays comme les États-Unis, le Canada, l’Amérique Latine, l’Europe et l’Australie ». Avec son processus de d’embourgeoisement, le Hezbollah possède des dizaines de supermarchés, des stations-services, des grands magasins, des restaurants, des entreprises de construction et des agences de voyages. Tous ces éléments encouragent l’intégration des #fondamentalistes dans l’ordre existant.