• ’Behind every starchitect is an army of people’

    Tracy Meller, Roger Stirk Harbour + Partners

    https://www.youtube.com/watch?v=aQzxaFGnRaw

    Tracy Meller, partner at Roger Stirk Harbour + Partners discusses Centre House at LSE, Richard Rogers, and why the age of the starchitect is over, after she was awarded the inaugural MJ Long Prize for Excellence in Practice 2020 in March

    Since 1896, The Architectural Review has scoured the globe for architecture that challenges and inspires.

    Join the conversation for fearless storytelling, independent critical voices and thought-provoking projects from around the world.

    #architecture #starisation

  • Dominique Méda : « La crise du Covid-19 nous oblige a réevaluer l’utilité sociale des #métiers » | Pour l’Éco
    https://www.pourleco.com/ca-clashe/debat-des-economistes/dominique-meda-la-crise-du-covid-19-nous-oblige-reevaluer-lutilite

    A l’avant, une armée de soignants se battant contre le #coronavirus, les mêmes qui depuis des semaines hurlaient à l’appauvrissement de l’hôpital public. A l’arrière, des millions de confinés, forcés d’interroger l’utilité d’un quotidien temporairement empêché. Cette guerre sanitaire sans précédent affiche l’#absurdité d’une #hiérarchie sociale des métiers à repenser, estime Dominique Méda. Travailler, mais pour construire quelle #société ? Celle qui saura faire face aux multiples fronts, pandémique aujourd’hui, climatique demain ? Des mesures de rupture ont été promises une fois la sécurité sanitaire retrouvée. « Chiche », répond la sociologue du travail.

  • Power Causes Brain Damage - The Atlantic
    https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2017/07/power-causes-brain-damage/528711

    Je reposte à part, cet article de 2017 était perdu en commentaire à la fin d’un fil.

    The historian Henry Adams was being metaphorical, not medical, when he described power as “a sort of tumor that ends by killing the victim’s sympathies.” But that’s not far from where Dacher Keltner, a psychology professor at UC Berkeley, ended up after years of lab and field experiments. Subjects under the influence of power, he found in studies spanning two decades, acted as if they had suffered a traumatic brain injury—becoming more impulsive, less risk-aware, and, crucially, less adept at seeing things from other people’s point of view.

    That loss in capacity has been demonstrated in various creative ways. A 2006 study asked participants to draw the letter E on their forehead for others to view—a task that requires seeing yourself from an observer’s vantage point. Those feeling powerful were three times more likely to draw the E the right way to themselves—and backwards to everyone else (which calls to mind George W. Bush, who memorably held up the American flag backwards at the 2008 Olympics). Other experiments have shown that powerful people do worse at identifying what someone in a picture is feeling, or guessing how a colleague might interpret a remark.

    The fact that people tend to mimic the expressions and body language of their superiors can aggravate this problem: Subordinates provide few reliable cues to the powerful. But more important, Keltner says, is the fact that the powerful stop mimicking others. Laughing when others laugh or tensing when others tense does more than ingratiate. It helps trigger the same feelings those others are experiencing and provides a window into where they are coming from. Powerful people “stop simulating the experience of others,” Keltner says, which leads to what he calls an “empathy deficit.”

    As Susan Fiske, a Princeton psychology professor, has persuasively argued, power lessens the need for a nuanced read of people, since it gives us command of resources we once had to cajole from others. But of course, in a modern organization, the maintenance of that command relies on some level of organizational support. And the sheer number of examples of executive hubris that bristle from the headlines suggests that many leaders cross the line into counterproductive folly.

    Less able to make out people’s individuating traits, they rely more heavily on stereotype. And the less they’re able to see, other research suggests, the more they rely on a personal “vision” for navigation.

    PepsiCo CEO and Chairman Indra Nooyi sometimes tells the story of the day she got the news of her appointment to the company’s board, in 2001. She arrived home percolating in her own sense of importance and vitality, when her mother asked whether, before she delivered her “great news,” she would go out and get some milk. Fuming, Nooyi went out and got it. “Leave that damn crown in the garage” was her mother’s advice when she returned.

    For Winston Churchill, the person who filled that role was his wife, Clementine, who had the courage to write, “My Darling Winston. I must confess that I have noticed a deterioration in your manner; & you are not as kind as you used to be.” Written on the day Hitler entered Paris, torn up, then sent anyway, the letter was not a complaint but an alert: Someone had confided to her, she wrote, that Churchill had been acting “so contemptuous” toward subordinates in meetings that “no ideas, good or bad, will be forthcoming”—with the attendant danger that “you won’t get the best results.”

    #hubris #pouvoir #psychologie #hiérarchie

  • Samedi 14 mars (Prof en scène)
    https://profenscene.tumblr.com/post/612545359239135232/samedi-14-mars

    Et là je soupire. Je soupire parce que je comprends que même une pandémie est incapable d’infecter la défiance qui règne depuis l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement.
    […]
    Encore une fois, pour qui nous prenez-vous ? Pensez-vous vraiment que notre premier réflexe, lors de l’annonce de la fermeture des écoles, a été de nous précipiter sur les vols vers les derniers pays qui acceptent encore des ressortissants français ? Jusqu’à quel point nous prenez-vous pour des resquilleurs ? Un point plutôt élevé, je dois le croire, étant donné que vous nous imposez des trajets potentiellement dangereux d’un point de vue sanitaire (le RER D, niveau bouillon de culture, ça se pose là), pour l’unique raison de vérifier que nous ne serons pas en train d’aller boire des coups ou glander devant des tutos beautés sur YouTube.

    #éducation #hiérarchie #ÉcoleDeLaDéfiance

  • La recherche en Suisse : quand le #genre interroge l’#excellence

    L’intervention de Farinaz FASSA a pour objet la recherche en Suisse en relation avec celle du genre sous l’angle des rapports sociaux de sexes. Elle expose les résultats de plusieurs études qui portent pour l’essentiel sur les carrières académiques et leurs aspects genrés. Trois notions clés structurent donc sa présentation : la recherche en Suisse, la notion de genre et celle d’excellence.

    http://savoirlibre.net/?article=la-recherche-en-suisse-quand-le-genre-interroge-lexcellence
    #université #Suisse #Farinaz_Fassa #femmes #hommes #hiérarchie #carrière_académique #relève #ptc #prétatitularisation_conditionnelle #audio

  • #Assemblée_pour_une_Recherche_Autonome (#ARA)

    L’Assemblée pour une #recherche_autonome part du constat que le projet d’application du modèle politique néolibéral aux institutions publiques de la recherche rend de plus en plus difficile la conformité de ces dernières aux principes de démocratisation des savoirs et de leurs conditions d’élaboration.

    Certes, les institutions de la recherche actuellement menacées ont pu mettre en oeuvre (et c’est parfois encore le cas) dans leur manière de se structurer un certain nombre de principes et de pratiques qu’il nous semble crucial de défendre : équilibre entre transmission et production des savoirs, équilibre entre le maintien d’un corpus de critères de validité et l’ouverture à des réformes épistémologiques profondes, prise en compte des différentes temporalités de recherche, relative autonomie des chercheur·euses dans le choix de leurs objets de recherche et absence d’obligation de résultat, évaluation par les pairs, coopération et mutualisation, valorisation de l’activité de recherche en tant qu’elle est d’utilité publique.

    Toutefois, en dépit de ces principes, on ne peut ignorer qu’aujourd’hui, en France, pour faire de la recherche et en vivre, il vaut mieux être privilégié·e : en 2017, 53% des docteur·es ont au moins un parent cadre ou enseignant·e (c’est le cas de 17% de l’ensemble des 25 à 64 ans). Il est également préférable d’être un homme : la même année, sur la population totale des enseignante·es-chercheur·euses, il n’y a que 36% de femmes. C’est que l’université demeure une institution fortement hiérarchisée et centralisée au sein de laquelle sont reconduites la plupart des discriminations à l’oeuvre dans la société. Enfin, s’il est difficile de remettre en question a posteriori la centralisation qui a caractérisé l’institution universitaire du fait des conditions historiques dans lesquelles elle s’est d’abord développée, on peut légitimement s’interroger sur la nécessité de maintenir cette centralisation alors même que les techniques aujourd’hui associées à la pratique de la recherche permettent sa poursuite collective selon une organisation décentralisée bien plus compatible avec un contact entre la recherche et ses publics.

    La structure fortement hiérarchisée de l’université et les pratiques discriminatoires qui lui sont inhérentes ont été accentuées par des politiques néolibérales articulant obligation de résultat et mise en concurrence des chercheurs.euses, en particulier selon « une loi vertueuse et darwinienne », d’après le mot récent du président du CNRS. Ces deux aspects s’opposent radicalement aux principes énoncés plus haut dans la mesure où ils procèdent d’un utilitarisme naïf incompatible avec les exigences épistémologiques de la recherche scientifique.
    L’obligation de résultat désigne une nouvelle manière de déterminer les critères de validité à l’aune desquels sont jugés les projets et résultats de recherche : celle qui se fonde en dernier ressort sur la possibilité d’engendrer des retombées financières concrètes. (https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/la-recherche-une-arme-pour-les-combats-du-futur-1150759)

    Qui plus est, si l’on peut reconnaître une pertinence au fait de vouloir assigner comme mission à la recherche la résolution de problèmes, la définition de ces problèmes par des acteurs partageant un même tropisme économique ne peut que conduire à ce que leur résolution se résume en définitive à celui d’un retour sur investissement. Dans les faits, c’est la capacité des chercheur.euses à manier une rhétorique de la promesse qui détermine leur accès aux ressources. Or on peut douter que ce critère soit efficace pour juger de la validité scientifique d’un travail. En même temps que les critères de validation, ce sont les instances de validation qui sont remplacées : les orientations, les évaluations, bref les décisions relatives à la vie de l’institution sont confiées à des organes étrangers à la pratique quotidienne de la recherche.

    Les instances crées durant les dernières décennies pour pallier cet état de fait (par exemple des directions scientifiques démocratiquement élues) sont progressivement vidées de leurs pouvoir par l’apparition de nouveaux organes répondant à d’autres nécessités : lien avec l’industrie, avec les politiques publiques nationales ou européennes, etc. Comment une institution telle qu’un ministère public ou une entreprise privée pourrait-elle prétendre évaluer et orienter les travaux réalisés au sein de l’institution où s’élaborent, se définissent et se critiquent les modes d’évaluation ?

    Outre la concurrence dès auparavant promue entre les chercheur·euses ou les équipes de recherche, les politiques néolibérales conduisent à l’imposition de logiques concurrentielles en fonction de critères exogènes. Ces logiques qui placent les acteur·ices de la recherche en situation d’affrontement pour l’accès aux moyens et à la visibilité s’opposent radicalement aux conditions d’une recherche épistémologiquement viable, protégée des dogmes comme de l’accaparement par les producteur·rices desdits critères. En outre, cette mise en concurrence implique tout un éventail d’activités chronophages devant permettre l’évaluation des concurrent·es par une bureaucratie demandeuse de comptes, sur le modèle des grandes structures du secteur privé. Ces politiques de mise en concurrence ne manquent pas d’affecter le coût de l’accès au savoir et les conditions économiques de son élaboration.

    Cette démarche concurrentielle et l’exigence de rentabilité qui l’accompagne conduisent à un démantèlement du service public de la recherche, qui doit plus que jamais être défendu, non seulement au sein de l’université mais en son dehors, en tant qu’institution nécessaire à la pérennité d’une société un tant soit peu démocratique et à l’équilibre des savoirs qui la constituent.
    L’Assemblée pour une Recherche Autonome

    Les valeurs affichées par l’université peuvent se traduire en des pratiques qui méritent d’être défendues, mais dans la mesure où, d’une part, ces valeurs n’ont jamais empêché cette institution d’être structurellement inégalitaire, et d’autre part, ces pratiques sont progressivement détruites par les politiques néolibérales, il est urgent de proposer des solutions nouvelles à un problème qui concerne non seulement la corporation des enseignant·es et des chercheur·euses, mais aussi l’ensemble de la société. Il est sans conteste pertinent et important de défendre et de participer aux différentes luttes qui existent déjà au sein de l’université, à la fois contre le darwinisme social et la néolibéralisation.

    Mais cela ne suffit pas. Dans une perspective révolutionnaire, c’est-à-dire dans un effort consistant à transformer radicalement les institutions, nous pensons que l’université et les institutions de la recherche ne doivent pas seulement être défendues, ou restaurées, mais aussi qu’elles doivent être profondément repensées, afin d’en extirper les défauts inhérents à leur conception moderne (deux cents ans déjà…). L’idée n’est pas de faire table rase, mais plutôt, tout en conservant une partie des pratiques et des valeurs associées à la recherche et à l’enseignement universitaires, d’en proposer d’autres en complément, et des nouvelles manières de les articuler.

    Tel est l’objectif de l’Assemblée pour une Recherche Autonome (ARA). Celle-ci ne se conçoit pas comme une nouvelle université mais comme une association de chercheur·euses militant pour rendre possible la coopération de personnes pratiquant la recherche autrement et en coopérant avec les luttes qui ont lieu en son sein.

    Nous défendons une conception autonome de la recherche et de son institution. « Autonome » ne signifie pas « détachée » ou « indépendante » : encore une fois, il ne s’agit pas de travailler sans l’université. La rigueur méthodologique, la transparence des données, la publication des résultats, l’évaluation par les pairs, la transmission et la vulgarisation, etc. sont des aspects irréductibles de ce que nous considérons être une pratique scientifique et efficace de la recherche. Ce que nous appelons « autonomie » est l’exact opposé de l’aliénation.

    Cela signifie qu’une recherche autonome doit permettre aux chercheur·euses de produire une meilleure compréhension de la société, des milieux et des créations humaines afin de développer le pouvoir d’agir de tou·tes, de résoudre des problèmes et d’améliorer les conditions collectives d’existence. Mieux se comprendre, pour des chercheur·euses, cela veut aussi dire adopter une posture réflexive à l’égard de sa propre situation (personnelle, de genre, de classe) et de la façon dont celle-ci peut influer sur le travail de recherche : savoir depuis quel endroit on parle permet en effet de clarifier ses présupposés et de les rendre lisibles pour tou·tes. Et cela implique en même temps de prendre une plus grande responsabilité dans l’exercice du métier, en s’impliquant davantage, par son travail, dans la prise en charge des problèmes concrets de la société et des questions posées par la pensée. Ce qui implique notamment de reconnaître la nécessaire complémentarité des disciplines, des approches et des expériences de la recherche, et donc la nécessité d’une coopération entre les chercheur·euses non pas seulement du point de vue de l’interdisciplinarité ou de la collaboration intellectuelle ponctuelle mais aussi à travers la mutualisation de leurs moyens et la convergence vers des objectifs communs de résolution de problèmes se posant à la société et à la pensée.

    Or une telle coopération implique aussi que chaque chercheur·euse soit tout à fait libre de choisir son objet de recherche et son approche, sans en référer forcément, pour les moyens financiers, pour les ressources matérielles ou pour l’autorité, à des instances hiérarchiques centralisées s’apparentant à un patronat ou à une direction corporative. Une recherche autonome, en ce sens, ne peut se pratiquer que de manière décentralisée.

    En droite ligne de cette conception de l’autonomie, l’ARA se propose de travailler à plusieurs objectifs concrets, sur différentes temporalités. Tout d’abord, l’ARA se donne pour tâche de développer des pratiques de recherche autonome. Celles-ci peuvent être envisagées selon deux modalités : recherche commune ou recherche coopérative. Dans les deux cas, il s’agit pour l’ARA de favoriser l’émergence et soutenir l’existence de groupes de chercheur·euses n’ayant aucun lien statutaire de rattachement à l’université, ou bien ne dépendant pas d’une même université ou d’un même laboratoire.

    Dans le premier cas de figure, l’ARA se propose de rendre possibles des séances communes de recherche, celles-ci pouvant consister pour leurs participant·es à mettre en commun leurs parcours de recherche, leurs interrogations, leurs difficultés, mais aussi à mutualiser des ressources et des espaces partagés de travail. Il s’agit par là de reprendre certains aspects du fonctionnement des laboratoires de recherche académiques (discussion entre pairs, interdisciplinarité…) en y intégrant un principe de décentralisation. En effet, il nous semble urgent de ne pas restreindre les séances communes de recherche commune à des lieux centralisés, c’est-à-dire dans les métropoles, au plus près des campus universitaires classiques. Nombre de chercheur·euses sont confronté·es à un certain isolement. Celui-ci peut prendre deux formes : à la fois l’isolement qu’expérimentent les chercheur·euses éloigné·es des centres métropolitains où sont concentrés les savoirs et les moyens, et l’isolement de celles et ceux qui, en leur sein, sont maintenu·es aux marges ou à l’écart de l’institution. C’est à ces deux facettes de l’isolement qu’entend répondre l’ARA en soutenant la création de groupes de recherche.

    Dans le second cas de figure, l’ARA souhaite favoriser la pratique d’une recherche coopérative. La coopération est d’ores et déjà un opérateur essentiel des formes existantes de recherche scientifique, qu’il s’agisse par exemple de s’associer pour mener à bien une enquête, de constituer des équipes interdisciplinaires, de s’entre-évaluer afin de vérifier la pertinence des publications ou encore de co-écrire des articles ou de produire des ouvrages collectifs. L’un des collectifs à l’origine de l’ARA se propose, par exemple, d’insister sur l’intérêt pour les chercheur·euses de partir de besoins ou problèmes démocratiquement formulés par les populations autochtones autour de problématiques territoriales concrètes, afin de développer conjointement des projets de recherche visant à fournir des éléments de solution à ces problèmes. L’idée est non seulement de favoriser la coopération entre chercheur·euses mais aussi entre ces dernier·es et/avec des publics concernés, cela dans une démarche s’apparentant à la recherche-action dans la mesure où elle consiste à produire de la théorie pour et avec des personnes en demande ou en besoin. Il s’agirait alors d’aider des chercheur·euses prêt·es à s’engager dans une telle démarche à se connaître, en cartographiant leurs ancrages territoriaux, leurs spécialités et leurs disciplines, et en se présentant aux publics comme un intermédiaire entre eux et des chercheur·euses susceptibles de se constituer en groupes dédiés pour lesquels la production collective de savoirs passera non seulement par des enquêtes collectives, des ouvrages collectifs, des colloques ou des résidences, mais aussi par la contribution active à des mouvements sociaux, la discussion suivie avec des groupes d’acteur·rices et le souci de rendre lisibles leurs pratiques de recherche.

    Deuxièmement, l’ARA entend faire reconnaître la valeur de la recherche autonome. L’objectif, là aussi, est double. Il s’agit d’une part d’obtenir une reconnaissance publique et formelle des pratiques de recherche autonome et d’autre part de développer une reconnaissance économique de ces pratiques.
    L’ARA a pour objectif de défendre non seulement les formes autonomes de la recherche telles qu’elles peuvent se pratiquer en marge de l’institution universitaire (et d’autres institutions comme le CNRS) mais aussi celles qui peuvent se pratiquer en son sein. Afin de contrecarrer le projet néolibéral, l’ARA se propose de communiquer sur l’intérêt sociétal, la charge politique et la valeur épistémologique des pratiques coopératives, mutualistes, décentralisées, responsables et capacitantes de la recherche, cela à travers divers canaux touchant des publics variés : articles et tribunes, vidéos, ateliers, colloques, résidences sauvages dans l’espace public, plaidoyer auprès des élu·es, etc.
    En outre, dans la mesure où l’accès aux institutions reconnues est de plus en plus restreint et où la recherche autonome ne dispose pas actuellement d’appuis économiques clairement identifiés, l’ARA se donne pour objectif de créer les conditions techniques et économiques d’une recherche autonome accessible à toutes les personnes dont la pratique correspond à un exercice rigoureux de la recherche, notamment via l’inventaire ou le développement des solutions économiques permettant de la financer. Nous voulons nous donner les moyens de pratiquer une recherche libre sur des sujets qui ont de la valeur pour celles et ceux qui les portent, sans objectifs de productivité et sans avoir à répondre à des problématiques identifiées dans les appels à projets lancés par les Etats, l’Europe ou le secteur privé. Cela se traduira notamment par une cartographie critique des formes existantes de financements disponibles au sein de l’université et à ses marges : subventions, mécénat, CIFRE, CIR, coopératives, financements mutualistes, etc.

    Les fondateur·rices de l’ARA souhaitent engager ces chantiers au plus tôt avec la contribution du plus grand nombre. Pour ce faire, nous invitons tou·tes les intéressé·es à nous rejoindre le 22 février de 14h à 17h dans la grande salle du Shakirail, 72 rue Riquet, à Paris.

    https://assembleepourunerechercheautonome.wordpress.com
    #université #néolibéralisme #démocratisation_des_savoirs #centralisation #décentralisation #savoir #hiérarchie #discriminations #darwinisme_social #concurrence #utilitarisme #retombées_financières #France #rentabilité #service_public #valeurs #inégalités #coopération #autonomie #recherche_coopérative

  • Et si on parlait de la charge mentale de Noël ?
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/12/23/et-si-on-parlait-de-la-charge-mentale-de-noel

    Selon une enquête réalisée en 2017 sur un échantillon représentatif de 1009 personnes, 80% des femmes en couple préparent le dîner chaque jour en semaine, 92% ont le sentiment d’être responsables du foyer et 95% se sentent plus responsables des enfants que les hommes.

    Sans surprise, la période des fêtes ne fait qu’amplifier la charge mentale que les femmes subissent déjà quotidiennement. Qu’il s’agisse d’établir la liste des courses, d’acheter les cadeaux de toute la famille, de piétiner pendant des heures au rayon jouets, de décorer la maison pour en faire un havre de paix qui sent le pain d’épices, d’organiser jeux et activités pour occuper les enfants, de préparer les valises en cas de départ en vacances, de dresser la table, de cuisiner pendant des heures (liste hélas non exhaustive), la somme des choses à faire semble s’étirer jusqu’à l’infini. Un labeur évidemment non rémunéré, qui profite à toute la famille et notamment aux hommes.

    Qui n’a jamais observé les femmes de sa famille s’affairer en cuisine – le saumon fumé ! la dinde aux marrons ! la bûche au chocolat ! – pendant que les hommes conversent nonchalamment autour d’un verre est non seulement chanceux.euse, mais a également raté une expérience sociologique essentielle.

    La période de Noël n’est pas le seul moment lors duquel la force de travail et la charge émotionnelle des femmes sont réquisitionnées. Mariage, anniversaire, célébrations diverses : tous les événements qui rythment la vie sont généralement pensés, élaborés et organisés par les femmes, qui y voient l’occasion de mettre en œuvre les compétences relationnelles, d’organisation et de soin à autrui qu’elles ont spécifiquement acquises (note pour les néophytes : non, ce n’est pas inné).

    Mais ce n’est pas la seule raison.

    En réalité, ce n’est pas tant que les femmes se plient de bonne grâce à ces marathons organisationnels – il y a plus fun que d’organiser une cérémonie de mariage de A à Z ou de préparer un repas de réveillon pour 20 personnes, par exemple.

    C’est aussi et surtout une affaire de traditions genrées et d’attentes sociales, si solidement établies qu’il peut être difficile d’y échapper.

    Les femmes sont en effet jugées sur leurs capacités (et leur motivation) à être une bonne « maîtresse de maison » – même si plus personne ne se risquerait à employer une expression aussi désuète, pour ne pas dire sexiste. Plus globalement, la société les déclare responsables des événements familiaux, de l’atmosphère du foyer et du bien-être de ses membres – et qu’importe si elles doivent sacrifier le leur au passage.

    Il est donc attendu qu’elles endossent sans mot dire le rôle qui leur a été assigné, celui d’une G.O (gentille organisatrice) enthousiaste et infatigable. C’est à elles qu’il revient de rendre les membres du foyer heureux, de désamorcer les potentiels conflits, de s’assurer de la bonne ambiance générale, et de combler les besoins gustatifs, esthétiques et récréationnels de leurs convives. C’est sur elles que pèse le devoir d’occuper les fonctions de cheffe cuisinière, décoratrice, organisatrice d’événement, médiatrice et lubrifiant social. Le tout gratuitement et sans se départir de leur bonne humeur, bien sûr.

    Ces normes sociales sont particulièrement difficiles à combattre car elles sont implicites, sous-jacentes, et profondément ancrées. Leur invisibilité est un piège, puisque ce qui n’est pas nommé n’existe pas.

    #sexisme #charge_mentale #maitresses_de_maison #domesticité #dominant

    • En écoutant l’émission de conseils de radio binge sur la survie à Noël
      https://seenthis.net/messages/816699
      j’ai été assez gêné de les entendre suggéré de se réfugié en cuisine ou l’ambiance serait meilleur et moins oppressante. Perso j’y aurais plutot envoyé les oncles et cousins afin qu’ils me démontrent par l’exemple leur prétendu égalitarisme ou humanisme. Je ne conteste pas que 80% du temps ce sont les femmes et les filles qui sont en cuisine et sont moins oppressives que 80% des hommes qui picolent le cul sur leur chaise en se faisant servir tout en t’expliquant que l’égalité est déjà là, mais en même temps ca renforce le problème et ca désempouvoire les femmes qui sont renvoyé avec bienveillance aux fourneaux. Classique #catch22 ou effet des #injonctions_paradoxales qui fait que pile tu perd et face tu ne gagne pas.

      Mais surtout ce qui me chiffonne autour des fetes de famille et ici Noel, c’est la permanance du tabou sur les violences interfamilliales.
      l’article que je met ici demande

      Et si on parlait de la charge mentale de Noël ?

      mais je demande
      https://www.youtube.com/watch?v=6rfWuHK0uEQ&feature=emb_title


      .
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      .

      «Et si on parlait des violences intrafamiliales de Noël ?»

      Car si on écoute les conseils les seuls problèmes qu’on rencontrent à Noël ce sont des remarques irritantes sur nos choix politique, mais Noël c’est le moment ou la famille est réunie et la famille c’est le premier lieu d’oppression. C’est le moment ou un agresseur va être accueilli et avoir l’occasion d’agresser à nouveau, avec souvent l’excuse de l’alcool et profitant de la charge de travail qui tiens les femmes en cuisine. C’est le moment ou les victimes de violences sont revictimisées, confrontées au déni des agresseurs et de la famille - car il y a la charge mentale et émotionnelle de ne pas gacher cette bonne ambiance festive. Une fête qui est elle même fondatrice du concept de famille.

      C’est une période ou tu apprend aussi ta place et ta valeur dans le groupe. Une de mes grand mère détaillait à chacun·es des membre de la famille le prix du présent qu’elle offrait en fonction d’un rang qu’elle attribuait. Il y avait le rang d’ainesse modulé par le sexe, ainsi elle m’expliquait chaque années que mon petit frère avait un cadeau plus cher que moi parce que c’était un garçon, mais que ma petite soeur en avait un moins cher que moi car elle etait plus jeune. Je recommande cette technique pour faire des féministes radicales ;)
      Elle faisait ca aussi avec les adultes, les épouses de ses fils qui recevaient un bijoux en fonction de l’ainesse de leurs époux, c’etait un peu comme aux JO, or, argent, bronze... C’est assez particulier je veux bien le reconnaitre, surtout dans le coté explicite, mais je pense que noel c’est ce moment qui installe et favorise la répétition transgénérationnelle des violences intrafamiliales.

      #violences_intrafamiliales #inceste #famille #sexisme #agisme #discrimination #valeur #hiérarchie

    • L’article de départ parle aussi de mariage, et de la charge d’organisation qui incombe là aussi aux femmes. Le mariage est ritualisé avec des « enterrements de vie de garçon et maintenant jeunes filles ». Comme si les garçons se privaient vraiment d’avoir des maitresses et de prostituer une fois marié et comme ci c’etait eux qui allaient etre en deuil de leur liberté, de leur salaire, de leur nom, de leurs points de retraites... Et même si aujourd’hui on réprime moins vigoureusement l’adultère des femmes, la situation est loin d’être symétrique dans le mariage.

      C’est un peu comme si les femmes devaient redoublé les preuves de soumission dans les moments clé de leur asservissement.
      Ce sont les rituels de domestication des femmes, des étapes clés dans l’édifice des discriminations qui leur sont infligées.
      C’est en plus l’objet de toutes les cristalisations pour les femmes.
      Le plus beau jour de leur vie.
      Le jour ou elles peuvent mettre une robe de princesse et etre la reine de la soirée
      Noel c’est aussi le plus beau jour de l’année,
      L’accouchement c’est aussi le plus beau jour de la vie d’une femme
      Les enfants c’est ce qu’elles ont de plus précieux...
      – les hommes qui tirent les plus de bénéfices matériels et symboliques de ces rituels, affichent souvent leur mépris pour ces « trucs de bonnes femmes ».
      De mon coté la réponse à tout ceci c’est le boycott et je réfléchit à de nouveaux rituels (mais ca marche pas trop).

  • Analyses féministes des rapports de domination dans l’enseignement supérieur et la recherche

    Après douze ans d’existence, le comité de rédaction de la revue Genre, Sexualité & Société a souhaité réfléchir aux normes et #hiérarchies qui organisent le #monde_académique, et influencent son travail de multiples manières. C’est dans le cadre de cette démarche que nous avons décidé de publier ce dossier qui propose des analyses féministes, queer et trans*, pour plusieurs à la première personne, produites principalement par des enseignant·es et chercheur·es francophones, dont beaucoup ne sont pas titulaires d’un poste fixe. Nous l’avons conçu comme un espace de formalisation et d’approfondissement de conversations et d’analyses rarement publicisées. Il ne s’agit toutefois pas tant de dénoncer des situations individuelles – bien que ce travail soit aussi important – que de réfléchir à la façon dont les rapports de domination structurent l’enseignement dit « supérieur » et la recherche, et d’interroger comment les normes et hiérarchies ainsi façonnées sont remises en cause, mais aussi parfois reproduites dans le contexte du développement des études de genre et de sexualité.

    https://journals.openedition.org/gss/6146

    #revue #féminisme #rapports_de_domination #université #ESR #enseignement_supérieur_et_de_la_recherche #domination

    Le sommaire du numéro :

    Marie-Eveline Belinga, Yaël Eched et Rose Ndengue
    Les Féministes des marges peuvent-elles parler ?
    Retour sur un « échec » académique et ses implications épistémologiques et politiques
    Can the feminists from the margins speak ?
    About an academic “failure” and its epistemological and political consequences

    Aden Gaide et Elisabeth Kam
    Militer avec ou contre la référente égalité femmes-hommes ? Retour collectif sur des mobilisations étudiantes infructueuses
    Fighting with or against the gender equality advisor ? A collective feedback on disappointing student-led mobilisations

    Renaud Cornand et Pauline Delage
    Minorisations ordinaires dans l’enseignement supérieur.
    L’expérience d’étudiantes portant un #hijab dans les Bouches du Rhône
    Everyday marginalization in higher education : the experiences of university students who wear a hidjab in Bouches du Rhone

    Clark Pignedoli et Maxime Faddoul
    Recherches sur la #transitude au Québec : entre absence et exploitation des savoirs #trans
    Research on transness in Quebec : between silence and the exploitation of trans knowledge

    Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas
    Études Trans
    Interroger les conditions de production et de diffusion des savoirs
    Transgender Studies
    Examining the conditions of production and dissemination of knowledge

    Cha Prieur
    Les violences envers les personnes trans* à l’université. Des conséquences sur la #santé_mentale aux pistes pour s’en sortir
    Violence against trans* people in academia. From mental health implications to ways to get out of it

    Vanina Mozziconacci
    « Le personnel est académique ».
    Pour une subversion féministe de l’université, de la pédagogie à l’institution
    "The personal is academical". Feminist subversions of the university

    Sklaerenn Le Gallo et Mélanie Millette
    Se positionner comme chercheuses au prisme des luttes intersectionnelles : décentrer la notion d’allié.e pour prendre en compte les personnes concernées
    Positioning oneself as researcher in the prism of intersectional struggles : Reframing the notion of ally from the concerned people’s perspective

    https://journals.openedition.org/gss/5684

    #intersectionnalité #LGBT

  • Ces décisions catastrophiques qui nous menacent - Le Point
    https://www.lepoint.fr/societe/ces-decisions-catastrophiques-qui-nous-menacent-10-04-2012-1450076_23.php

    Comment des randonneurs expérimentés ont-ils pris cette décision absurde de s’engager dans une situation de danger mortel ? Alors qu’ils savaient que ce jour-là le risque d’avalanche était élevé au-dessus de 2 200 mètres, que la combe présentait un angle propice aux avalanches et qu’une corniche au-dessus de celle-ci comportait un dépôt de neige apportée par le vent, autre facteur déclenchant ? « C’est la dynamique du groupe qui les y a conduits. » Christian Morel, docteur en sociologie et ancien cadre dans les ressources humaines, a enquêté pendant dix ans sur les processus qui poussent à commettre d’énormes erreurs et les moyens de les neutraliser (1). « La taille du groupe a inhibé la parole et les silences ont été interprétés comme une approbation du choix dangereux. » Sur les quatre experts, un seul avait opté pour cette descente périlleuse, un deuxième n’avait rien dit, le troisième avait repéré les signes alarmants mais ne s’était pas exprimé clairement. Le chef de course, qui avait également vu le dépôt neigeux, analysa le manque d’opposition de ses compagnons comme l’indication que pour eux il n’y avait pas de danger, quand ceux-ci interprétèrent son silence comme un feu vert, un chef sachant par définition ce qu’il fait. « Une équipe de deux skieurs aurait discuté davantage. » La présence de femmes eut sa part dans la prise de décision : « Reculer ne fait pas viril. »

    Le virilisme tue…

    • Ça me fait penser à l’histoire d’un leader de randonnée dans l’Atlas marocain qui avait emmené au casse-pipe son groupe de bourgeois·es du troisième âge (raconté par le beau-fils d’un des participants) : conditions météo dangereuses, fatigue des randonneurs... Le guide marocain était contre la poursuite de la rando et voulait arrêter le groupe à couvert mais le chef avait continué. Une personne était morte, d’autres avaient eu les doigts gelés (amputation). Le guide avait été condamné mais pas le chef, qui était bien le responsable (solitaire, cette fois) de la décision. C’était un ancien directeur de centrale nucléaire. #culture_du_risque

    • C’est curieux parce que c’est un #phénomène_de_groupe dont la psychologie est très connue, c’est LE générateur de prise de risques inconsidérée et d’accidents.
      Quand des alpinistes partent seul·e ou à deux, ils sont nettement plus sur le qui-vive des signaux de danger, mais au-delà de trois personnes, chaque participant suppose que les autres préviendront si il y existe un risque, ce qui annule toute raison de faire attention et rend le groupe crétin.
      Le ou la #Cassandre qui ose prévenir est considérée alors comme une trouble fête et il lui faudra dépenser une bonne dose d’énergie/foi/autorité pour être entendu. Tu vois ça aussi dans les groupes de gauche révolutionnaires qui font bloc quand une femme dénonce un comportement sexiste, le groupe reste muet voire va défendre l’agresseur pour refuser de voir le danger et conserver sa cohésion. C’est l’origine des scissions qui forment les groupes féministes aux USA à la fin des années 60.
      Vive les #dissidentes !

      #intelligence_collective #démocratie #tour_de_table #collégialité #consensus
      et pour l’aspect scientifique 1+1 pour l’#anarchie dont les termes sont ici masqués par la démonstration de la #hiérarchie_restreinte

      Certaines organisations vont plus loin encore en appliquant ce que Christian Morel appelle la « hiérarchie restreinte impliquée ». « Il s’agit d’un transfert marqué du pouvoir de décision vers des acteurs sans position hiérarchique, mais détenteurs d’un savoir et en prise directe avec les opérations. » Sur des bases aériennes de l’armée, un subalterne peut annuler un vol sans en référer à sa hiérarchie. Dans les sous-marins nucléaires d’attaque, les officiers enlèvent leurs galons à bord, marquant ainsi symboliquement leur effacement. Lors des lancements de fusées Ariane, trois techniciens ont pour mission d’annuler toute la procédure en cas de problème. Afin qu’il n’y ait pas d’interférence avec leurs supérieurs, ils sont placés dans un local isolé et privés de tout moyen de télécommunication. L’application du principe de la hiérarchie restreinte aurait certainement évité le crash de l’avion présidentiel polonais le 10 avril 2010, qui résulte, selon toute vraisemblance, d’une pression psychologique exercée par le président et son directeur de protocole sur l’équipage pour atterrir en dépit d’une visibilité insuffisante.

    • Il y a deux choses dans ton propos, @touti.
      La dilution des responsabilités, selon moi, s’applique déjà à deux ! Combien de fois tu te retrouves à marcher avec un·e ami·e vers une destination qu’il ou elle a choisie... alors qu’en fait elle ou il pensait te suivre ! Morel raconte dans son bouquin comment quatre personnes vont faire une excursion pénible alors qu’ils sont bien sous la terrasse parce que les plus âgé·es pensent que les plus jeunes vont s’emmerder et que les plus jeunes se disent que les plus âgé·es voudront profiter de leur présence pour aller faire un tour en ville. En fait personne ne voulait y aller mais le #silence (parlons-nous ! même si ce n’est pas toujours agréable) fait que chacun·e postule que l’autre veut ça et choisit de lui faire plaisir.
      Et puis cette hiérarchie formelle (le Blanc dans mon histoire, celui qui est l’entrepreneur en randonnée) qui empêche à l’expertise technique (le guide qui connaît l’environnement local et sait à quoi s’attendre) d’être prise en considération puisque c’est elle qui a le pouvoir. La dynamique des groupes restreints montre bien qu’on a le meilleur résultat (les décisions les plus adaptées au milieu) quand on a le moins d’autoritarisme dans un groupe. Le virilisme étant une lutte entre hommes pour le pouvoir sur les femmes et les autres hommes (patriarcat), il annihile par essence l’intelligence (collective et parfois individuelle).

      J’ai lu le premier bouquin de Christian Morel (il a fait un tome 2, son propos est très bien illustré et un peu drôle, c’est limite de la pop sociologie) mais je lui préfère largement ce classique de la psychologie sociale (Morel est d’ailleurs sociologue).
      https://www.cairn.info/dissensions-et-consensus--9782130442714.htm

      Troisième aspect, pardon : silence complice des hommes qui savent d’abord que ça pourrait leur coûter quelque chose, d’ouvrir leur gueule, sans bénéfice, comme toujours dans la vie. Mais en plus laisser une femme se faire casser sert objectivement leurs relations de pouvoir avec toutes les autres femmes, l’air de rien, parce que le spectacle d’une qui se fait casser apprend la laisse aux autres.

  • Ecoféminisme, 1er volet : Défendre nos territoires (21)

    « Respecter la #vie dans toute sa diversité, c’est ça pour moi l’écoféminisme »

    Comment articuler féminisme et #écologie ? Quel rapport entre la destruction de la planète et les violences faites aux #femmes ? Entre l’énergie nucléaire et le féminisme ? Entre les grands chantiers extractivistes en Amérique latine et les corps des femmes ? Entre les semences et le genre ? Entre le retour à la terre et le patriarcat ? Entre le véganisme et les droits des femmes ? Et pourquoi tout cela nous amène à parler de maternité, de spiritualité, de rapport au travail, de sorcières, de décolonisation et d’anticapitalisme...
    Ce premier épisode d’une série d’Un podcast à soi consacrée aux écoféminismes tente de répondre à ces questions. Avec les paroles de #Vandana_Shiva, militante écologiste et féministe indienne, d’#Emilie_Hache, autrice de Reclaim, d’#Isabelle_Cambourakis, directrice de la collection Sorcières. Ainsi que les voix du collectif « Les bombes atomiques » réuni, fin septembre, pour une #marche en non mixité choisie contre l’enfouissement de déchets radioactifs à #Bure, dans l’est de la France.


    https://www.arteradio.com/son/61662635/ecofeminisme_1er_volet_defendre_nos_territoires_21
    #écoféminisme #audio #éco-féminisme #féminisme #non-mixité #nucléaire #colonialisme #travail #nature #patriarcat #Chipko #agriculture #économie_mortifère #extractivisme #biodiversité #semences #diversité #inégalités #hiérarchie #racisme #écologie #mothering #égalité #partage
    signalé par @isskein

    • Ecoféminisme, 2ème volet : Retrouver la terre

      « J’avais envie d’expérimenter, dans mon #corps, ce que c’était que vivre »

      Elles ont construit des cabanes et réparé des tracteurs seules, entre femmes. Elles ont appris à reconnaitre les plantes, à cultiver des légumes, à élever des chèvres. Elles ont vécu en pleine nature, sans eau ni électricité, pendant des années. A l’inverse d’autres féministes qui revendiquaient de se libérer d’un corps aliénant, et d’une nature à laquelle on les avait associée depuis toujours (contrairement aux hommes, associés à la culture), elles voulaient retrouver la #terre, se reconnecter avec leur corps, le connaitre, et s’en servir comme force.

      Mutsie, Mayana, Xai racontent dans cet épisode comment, dans les années 70, dans le sillage du mouvement de retour à la terre, elles ont participé à la création de communautés en #non_mixité : des terres de femmes. En France, une dizaine de terre de femmes a existé et de nombreuses autres en Europe, en Australie, et aux Etats Unis. Beaucoup étaient portés par des femmes lesbiennes qui souhaitaient vivre leur #sexualité librement. Elles revendiquaient aussi l’idée d’#autonomie et d’#autosuffisance. Et aspiraient à se reconnecter avec l’ensemble du monde vivant, dont les animaux.

      Certaines terres ont disparu, d’autres existent encore, comme celle où je vous emmène aujourd’hui.

      À la rencontre, aussi de Celeste, Emmanuelle et Laure, arrivées plus récemment, qui nous racontent à quel point des lieux comme celui-ci , à l’écart du monde capitaliste et patriarcal, sont essentiels. Pour se retrouver, se ressourcer, se re découvrir.

      Leurs paroles donnent à entendre et comprendre de nombreuses facette du mouvement Ecoféminisme, entre reconnexion à la #nature et au corps, redéfinition et revalorisation du #travail_domestique, réappropriation des #émotions, #spiritualité, et articulation avec les questions de #classe, de #race et de #genre.

      https://www.arteradio.com/son/61662820/ecofeminisme_2eme_volet_retrouver_la_terre_22

      #décolonial #lutte_décoloniale

    • Expliquez-moi l’écoféminisme

      L’écoféminisme est très peu connu en France. Pourtant, les préoccupations qui ont animé les écoféministes il y a un peu plus de trente ans sont toujours d’actualité aujourd’hui : la peur de léguer aux générations futures un monde en ruines, d’arriver à un point de non-retour dans la dégradation de l’environnement, de tomber malade à cause des pollutions… En quelques mots : de détruire la planète et les espèces qui y habitent.

      Dans cet article, nous vous proposons de découvrir comment, face à un avenir sombre, les écoféministes ont repensé leur(s) rapport(s) à la nature et quels messages d’espoir iels nous ont transmis. Beaucoup de textes cités proviennent de l’anthologie Reclaim ! Recueil de textes écoféministes coordonnée par Émilie Hache, aux éditions Cambourakis.


      https://simonae.fr/militantisme/les-indispensables/expliquez-ecofeminisme

    • Écologie et Féminisme - Révolution ou mutation ?

      L’auteure, qui est à l’initiative de la notion d’écoféminisme, ce nouveau concept opère la synthèse entre l’idée d’une double #exploitation : celle de la nature par l’homme et celle de la femme par l’homme. Dans cet ouvrage initialement paru en 1978, mais d’une actualité brûlante, l’auteure remet radicalement en question la notion de #croissance_économique et démographique, dénonçant le capitalisme comme stade ultime du patriarcat. La #surpopulation et l’#épuisement des ressources illustrent l’« #illimitisme » caractéristique de ce qu’elle nomme le « #système_mâle », et elle est l’une des premières à affirmer qu’il faut préserver ce qui reste encore de l’environnement, sous peine de mort. Dans ce combat universel, les femmes, fortes de leur longue expérience d’exploitation, ont un rôle déterminant à jouer.

      https://libre-solidaire.fr/Ecologie-et-Feminisme-Revolution-ou-mutation
      #livre

    • À Bure, l’écoféminisme renouvelle la lutte antinucléaire
      https://reporterre.net/local/cache-vignettes/L720xH480

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      Samedi 21 septembre, pour la première fois en France, plus de 450 femmes, trans, queer, personnes non-binaires ont marché contre le nucléaire, à Bure, malgré l’extrême difficulté à manifester dans la zone. Une action réussie qui pourrait redonner un souffle à la lutte contre Cigéo.

      La cloche de l’église de Montiers·sur·Saulx vient à peine de sonner 8 heures, mais déjà une petite foule se serre autour d’une table où fument des carafes de café et de tisane. Les rubans colorés d’un attrape-rêve volent dans la brise matinale. Autour des tartines de pain et confitures maison, des femmes discutent, ainsi que plusieurs personnes transgenres, non-binaires et intersexes [1]…. Mais point d’hommes cisgenres (des hommes en accord avec le genre – masculin – qui leur a été assigné à la naissance). Ces 21 et 22 septembre, ce petit coin de Meuse, à quelques kilomètres de Bure, accueille un rassemblement original — antinucléaire et féministe, en non-mixité [2] — inédit par son ampleur : des centaines de personnes ont afflué des quatre coins de la France.

      « Un objectif fondamental de ce rassemblement est de créer un espace inclusif, qui vise à ne pas reproduire les systèmes de domination dans lesquels nous sommes toustes impliqué·e·s », explique le petit livret imprimé pour l’occasion et distribué aux arrivant·e·s. Le fascicule propose également des « outils pratiques sur la transinclusivité », pour l’intégration des personnes trans, et indique les lieux et activités accessibles aux personnes à mobilité réduite. « Dans les milieux écolos et antinucléaires, la priorité va à l’urgence écologique, et les rapports d’oppression passent souvent au second plan », regrette Carie, sa chevelure ornée d’un serre-tête à grandes plumes. Avec d’autres, Carie propose d’être « une oreille » attentive : « Si une personne a un problème, qu’elle ne se sent pas bien, nous sommes là pour l’écouter, pour chercher et proposer des solutions ou des médiations, précise-t-iel [3]. Car même dans un espace ‘safe’ comme celui là, il peut y avoir des comportements ou des propos sexistes, racistes, transphobes ».

      Assise sous des fanions chamarrés, Juliette observe en souriant l’assemblée fourmillante : « il y a plein de nouvelles têtes, des gens que l’on n’avait jamais vu à Bure, se réjouit la militante, impliquée dans la lutte contre le projet d’enfouissement des déchets radioactifs, alias Cigéo. Des féministes et des personnes qui ne seraient pas venues pour une simple manif anti-nucléaire débarquent là pour la première fois, c’est inédit ». La répression, féroce, et l’image d’un combat « de papys blancs », comme nous l’ont expliqué des organisatrices du week-end, constituaient une barrière difficile à franchir pour beaucoup. A l’inverse, l’intitulé du rassemblement a pu décourager de venir certaines femmes, notamment des « historiques » de la lutte anti-Cigéo, estime Juliette ; « antinucléaire et féministe, ça peut paraître très précis, sectoriel et donc excluant. Alors que c’est l’inverse, il s’agit de construire des ponts ! »

      Car entre écologie et féminisme, les liens sont multiples, reconnaissent la majorité des personnes rencontrées sur ce camp, à l’instar de Coline : « C’est le même système, la même logique, qui entraîne l’appropriation des corps des femmes et celle des ressources naturelles », dit la réalisatrice, qui a tourné un documentaire à ce propos en Amérique latine. Avec elle, une bonne soixantaine de participant·e·s se sont réunies ce samedi matin pour discuter de ce terme intriguant d’ « écoféminisme ». Au milieu d’une assemblée absorbée, une enceinte crachote une interview enregistrée de la philosophe Émilie Hache, spécialiste du sujet. « Dans les années 1980 aux États-Unis, les premières écoféministes ont fait le lien entre le nucléaire et les violences faites aux femmes, en montrant qu’il s’agit d’une même culture mâle guerrière qui entretient un rapport destructeur à la nature et contre les femmes », rappelle la chercheuse. Une culture dualiste, qui sépare la nature de la culture, le corps de l’esprit, les femmes des hommes, « toujours en posant que l’un est supérieur à l’autre ». Ainsi, particulièrement depuis l’avènement du capitalisme, « les femmes ont été dévalorisées en étant naturalisées, et l’exploitation du vivant a été justifiée par une féminisation de la nature », précise Émilie Hache. L’écoféminisme propose donc une réappropriation [le terme anglais de « reclaim » est plus juste] de son corps, des activités et des valeurs (dé)considérées comme « féminines » telles le soin, ou le « care » en anglais, ainsi qu’une réinvention des liens avec la nature.

      « Je trouve ça un peu enfermant de ramener les femmes au soin et au care », s’interroge une auditrice, une fois l’écoute achevée. Quelques têtes acquiescent, des mains se secouent en signe d’assentiment. Après un instant de silence collectif, une autre reprend : « C’est enfermant si on se retrouve à nouveau coincées dans ‘le rôle de la femme’. Mais il s’agit aussi de se réapproprier des savoirs, des pratiques, et des compétences, de s’autonomiser du système capitaliste et de l’État ».

      Un peu plus loin dans un champ d’herbes sèches, un groupe s’initie à l’auto-défense, muni de gants et de boucliers en mousse. En petits cercles, iels se bousculent et se frappent, mêlant cris et rires, sous le regard d’Elo. « Il s’agit d’accepter sa peur d’être frappée et de frapper, d’intégrer son propre corps, pour apprendre à se défendre en fonction de soi-même, de ses limites, de ses capacités », explique la formatrice, qui mélange plusieurs arts martiaux asiatiques dans ses cours. Comme beaucoup d’autres sur ce camp, elle évolue plutôt dans les milieux féministes et queer de Paris, et se trouve pour la première fois à Bure. « Mais ça fait sens d’être là, explique-t-elle. La crise écologique et les violences de genre viennent du même problème, le système capitaliste et patriarcal ». Et à même cause, même réponse : « L’autonomie et la défense collective ».

      Peu après 11 heures, dans la grande salle des fêtes pleine à craquer, quatre Bombes atomiques, nom du collectif à l’initiative du rassemblement, présentent le point d’orgue de la journée : la « marche bruyante contre Labo minable ». « Le contexte particulier de Bure nous demande de suivre quelques principes pour assurer notre sécurité et que cette marche soit inclusive pour tous et toutes », expliquent-elles, le visage dissimulé derrière des masques. Une feuille distribuée en préambule rappelle qu’ici, « l’état d’exception règne dans le but d’étouffer toute résistance à la poubelle nucléaire, le territoire est militarisé, la surveillance généralisée (…) le droit de manifestation a été littéralement confisqué. » Ainsi, la marche n’a pas été déclarée, et les organisatrices ne donnent aucune précision quant à son tracé et sa destination.

      Après une rapide – mais gargantuesque – galette végane, les quelques 450 personnes présentes se répartissent dans des voitures pour se rendre au départ de la marche. Les consignes sont précises : il faut rester en queue, « pare-choc contre pare-choc », « afin d’éviter que les flics ne nous divisent pendant le trajet », et « refuser tout contrôle, en expliquant que ‘nous sommes des bombes atomiques et nous allons nous promener en forêt’ ». Lentement, le convoi se met en route, dans un vacarme festif de klaxons, à travers le village puis au milieu d’une forêt parée des premières couleurs d’automne. Un petit guide fourni à chaque véhicule décrit au fur et à mesure du trajet « la présence violente de l’industrie nucléaire sur ce bout de territoire » : le collège fermé de Montiers-sur-Saulx malgré les promesses de l’Andra (l’agence nationale des déchets radioactifs, porteuse du projet Cigéo), les bois et les terres agricoles rachetées par la même agence, le bâtiment du Commissariat à l’énergie atomique, destiné à l’origine à un projet de diesel de synthèse, la voie ferrée abandonnée mais bientôt, peut-être, réhabilitée pour acheminer les déchets radioactifs…

      Au bout d’une heure de lente circulation entre plaines céréalières et bosquets, les 85 autos du cortège s’immobilisent dans un champ, formant une longue chenille sur pneus. Dans le ciel, trois hélicoptères vrombissent, alors qu’au loin, des camions de gendarmes soulèvent la poussière du chemin forestier. Sans attendre, les manifestant·e·s déguisées déplient une banderole indiquant en lettres capitales « Vous n’enfouirez pas nos colères féministes », déploient un grand « radio chat » bleu, animal radioactif symbole du week-end, puis se mettent en marche vers la forêt. Venu·e·s de Liège, de Toulouse et de Grenoble avec leur carnet de chants, une bande de joyeuses drilles enchaînent les chansons féministes, de la « Mal mariée », aux « Penn grévistes ».

      Chapeaux pointus et masques à paillettes, certain·e·s arborent des parures délurés tandis que d’autres, profitant d’un soleil brûlant, préfèrent avancer seins nus. Au fur et à mesure qu’un groupe de gardes mobiles se rapproche, la futaie résonne de hurlements lupins et de slogans choisis, tels « plus de caresses, moins de CRS ». « On est là pour vous empêcher de vous approcher du laboratoire de l’Andra », annonce bientôt un homme en uniforme. « On veut marcher sur les traces de Jeanne d’Arc », réplique-t-on, en référence au nom du chemin de randonnée sur lequel le défilé se déroule [il s’agit du GR703, dit GR Jeanne d’Arc, NDLR]. Après quelques minutes de discussion, les gendarmes laissent repartir la troupe, et se replient à une centaine de mètres.

      « C’est un des week-ends les plus dépaysants de ma vie, dit Catherine, venue de Franche-Comté, pour la première fois à Bure. Je ne vois pas forcément le lien entre écologie et féminisme, mais c’est surprenant et fort de se retrouver entre femmes ». A ses côtés, sa fille, arrivée la veille de Bruxelles, est tout sourire : « Dans d’autres événements militants, les hommes prennent vite beaucoup de place, raconte-t-elle. Ils parlent plus fort, enchaînent plus vite, savent comment avoir le dernier mot, alors qu’entre femmes, j’ai l’impression qu’on fait attention à ce que chacun et chacune ait sa place ». Pour cette Belge d’adoption, « la non-mixité permet de donner un espace-temps où l’on est sûre de ne pas être emmerdée, et ainsi de nous ouvrir à d’autres pratiques, à d’autres horizons ». Un peu plus loin, Marie-José, 65 années dont un certain nombre à lutter contre le nucléaire, exprime elle aussi son « plaisir d’être entre nous », « de ne pas être contraintes, reprises par les hommes comme c’est le cas au quotidien ». « En tant que femme dans les milieux militants, on est vite la petite main, ou la ‘copine de’ tel, ou encore celle qui prend soin, qui écoute », ajoute Camomille, qui a vécu à Notre-Dame-des-Landes et à Bure.

      C’est là que les pratiques féministes peuvent renouveler la lutte antinucléaire, d’après Lune, membre du collectif Radiaction : « À Bure, la répression est très forte, le combat est dur, il faut donc un collectif militant qui ne s’affaiblit pas de lui-même sur des logiques d’oppression, dit-elle. Il y a déjà beaucoup à faire quand on s’attaque au nucléaire, il ne faut pas que le groupe se fissure sur des violences sexistes ». Pour la militante, « c’est important que le milieu dans lequel on lutte ne reproduise pas certains aspects du système contre lequel on se bat ».

      Parvenu·e·s en haut d’une colline surplombant, à quelques centaines de mètres en contrebas, le laboratoire de l’Andra, le groupe amasse brindilles et branches, puis y place le chat géant. Un cercle frémissant se forme autour de ce foyer improvisé. Dès les premières flammes, une ronde se forme, farandole bigarrée, au rythme des chants entrecoupés de slogans. « Andra, dégage, résistance et sabotage », « Sorcière, véner, antinucléaire ». Certain·e·s ont les yeux qui brillent, d’autres sautent au-dessus du feu de joie.

      Bientôt, pendant que le brasier se consume, une idée se met à circuler : « Et si on se rapprochait ? » Comprendre : s’avancer vers ce fameux laboratoire de l’Andra, malgré l’avertissement sans nuance des gendarmes. Très vite, on déclare une AG (assemblée générale) et la foule s’installe à l’orée du bois. « Pourquoi on s’arrête là ? », demande une participante, qui propose de se diriger vers les bâtiments, « pour créer un rapport de forces ». « C’est déjà énorme ce qu’on a fait, répond une autre. On montre qu’il est possible de manifester à Bure sans s’en prendre plein la gueule, et de donner envie à des gens qui n’osent plus venir ici ». A chaque réplique, des mains s’agitent. « Les flics pensent qu’on est faibles parce qu’on est des meufs, repartir comme ça, c’est leur donner raison, argue une femme. Profitons du fait qu’ils ne s’y attendent pas pour agir ! » Deux personnes rappellent le contexte de répression, et les importantes violences policières déjà survenues autour de Bure. « Il s’agit d’un week-end féministe, où la question du consentement est essentielle, fait valoir une militante. Certaines et certains ont exprimé qu’elles étaient mal à l’aise avec l’idée d’avancer, donc si on le fait, on ne respectera pas leur consentement. »

      Après quelques minutes de discussion, et malgré le dissensus, les manifestant·e·s reprennent le chemin du retour, sans encombre. Une pièce de théâtre sur la chasse aux sorcières, un concert et une boum les attendent encore. Pour les Bombes atomiques, le pari est tenu : manifester à plus de 400 personnes près de Bure, sans violences policières, voilà qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps.

      Au retour sur le camp, heureuse et émue, Camomille espère que « cette marche sera un premier pas, qui va permettre d’ouvrir quelque chose à Bure ». Car pour les Bombes atomiques dont elle fait partie, ce week-end est autant un début qu’un aboutissement. « Le féminisme, la non-mixité ont beaucoup à apporter à la lutte, pense-t-elle. Le soin, le bien-vivre, le respect de rythme de lutte qui nous vont, ce sont des outils précieux qui peuvent participer à donner un nouveau souffle à la lutte anti-Cigéo ». Dimanche 22 était ainsi consacré à des discussions de bilan, mais surtout de perspectives (non ouvertes aux médias). Toutes les personnes rencontrées partagent en effet cette envie de renouveler l’expérience et « de continuer à tisser les liens entre écologie et féminisme ».

      https://reporterre.net/A-Bure-l-ecofeminisme-renouvelle-la-lutte-antinucleaire

  • La guerre de l’État contre les étrangers. Un extrait du livre de Karine Parrot
    https://www.contretemps.eu/guerre-etat-migrants

    À la rubrique des mécanismes déloyaux déployés contre les pauvres qui arrivent jusqu’en Europe, le «  système #Dublin  » est sans doute un des plus féroces et des plus élaborés. Il montre jusqu’où peut aller le fantasme gestionnaire des gouvernants, cette idée qu’il serait possible de traiter certaines personnes exactement comme des flux, alimentant des stocks à transférer, à se répartir, à tarir. À aucun moment dans le mécanisme Dublin, les personnes ne sont véritablement prises en considération, si ce n’est au prisme de leur volonté présumée de contourner les règles.

    #migration #Union_européenne

    • Carte blanche. L’Etat contre les étrangers

      L’actualité la plus récente a donné à voir une #fracture au sein de la gauche et des forces d’émancipation : on parle d’un côté des « no border », accusés d’angélisme face à la « pression migratoire », et d’un autre côté il y a les « souverainistes », attachés aux #frontières et partisans d’une « gestion humaine des flux migratoires ». Ce débat se résume bien souvent à des principes humanistes d’une part (avec pour argument qu’il n’y a pas de crise migratoire mais une crise de l’accueil des migrants) opposés à un principe de « réalité » (qui se prévaut d’une légitimité soi-disant « populaire », selon laquelle l’accueil ne peut que détériorer le niveau de vie, les salaires, les lieux de vie des habitants du pays). Dans ce cinglant essai, Karine Parrot, juriste et membre du GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), met en lumière un aspect souvent ignoré de ce débat : à quoi servent au juste les frontières ? qu’est-ce que la nationalité ? Sur la base du droit, Karine Parrot montre que la frontière et la restriction des circulations humaines, sont indissociables d’une #hiérarchie_sociale des peuples à l’échelle mondiale. La #frontière signifie aux plus aisés que, pour eux, aucune frontière n’est infranchissable, tandis qu’elle dit aux autres que, pauvres, hommes, femmes, enfants devront voyager au péril de leur vie, de leur santé, de leur dignité. De l’invention de la #nationalité comme mode de gestion et de #criminalisation des populations (et notamment des pauvres, des « indigents », des vagabonds) jusqu’à la facilitation de la #rétention, en passant par le durcissement des conditions d’#asile et de séjour, ou encore les noyades de masse orchestrées par les gouvernements, l’Union européenne et leur officine semi-privée et militarisée (#Frontex), Karine Parrot révèle qu’il n’y a aucune raison vertueuse ou conforme au « #bien_commun » qui justifie les frontières actuelles des États. Le droit de l’immigration ne vise qu’à entériner la loi du plus fort entre le Nord et le Sud ; il n’a d’autre fin que conditionner, incarcérer, asservir et mettre à mort les populations surnuméraires que la « #mondialisation_armée » n’a de cesse reproduire à l’échelle du monde.


      https://lafabrique.fr/carte-blanche
      #Karine_Parrot #livre #migrations #frontières_nationales
      ping @karine4

  • Le choix de la « spé » – L’EXTERNE
    https://lexterne.wordpress.com/2019/06/01/le-choix-de-la-spe

    Ce système tordu induit une #hiérarchie des spécialités : c’est plus prestigieux d’avoir une spécialité que l’on ne peut avoir que si l’on est « bien classé ». C’est donc mieux d’être radiologue que d’être pédiatre. Le fait que l’exercice des deux métiers soit radicalement différent semble secondaire. Quelles sont donc les spécialités qui partent en premier ? On y trouve généralement l’ophtalmologie, la dermatologie, la radiologie : des spécialités très bien rémunérées avec une bonne qualité de vie. Mais aussi la médecine interne, la néphrologie, les maladies tropicales : des spécialités hospitalières prestigieuses. En « bas de classement » on retrouve la psychiatrie, la #médecine générale, la santé publique, la médecine du travail. Plus de postes ouverts, des salaires plus bas, des intérêts plus « sociaux » et moins prestigieux.

  • Silvia Federici : « Le capitalisme est structurellement sexiste » par Olivier Doubre | Politis
    https://www.politis.fr/articles/2019/05/silvia-federici-le-capitalisme-est-structurellement-sexiste-40458

    Silvia Federici : Non, je ne peux pas dire cela ! J’ai beaucoup lu Marx et je considère qu’il est l’auteur absolument fondamental pour comprendre le #capitalisme jusqu’à aujourd’hui, ce système fondé sur l’exploitation du travail humain, le travail aliéné et le travail non payé. Je reconnais également sa contribution à la théorie féministe, avec sa conception de la nature humaine comme produit social et historique. J’admets tout cela, mais je demeure en désaccord avec lui sur bien des points. En particulier, le fait qu’il considère le capitalisme comme un mal nécessaire et que celui-ci aurait même une mission historique (par rapport aux périodes précédentes) de libération de l’humanité, avec le développement de l’industrie et de la productivité du travail. Mais je crois que cette conception s’est révélée ensuite tout à fait aveugle, puisqu’on sait aujourd’hui que l’industrialisation est en train de détruire la richesse sociale et non de produire la base matérielle d’une société plus juste.

    De même, la croyance de Marx dans le développement du capitalisme comme un facteur d’unification de la population mondiale et de nivellement des inégalités sociales est erronée : il n’a pas été capable de comprendre que le capitalisme est structurellement raciste et sexiste. Car il ne s’agit pas d’une ­anomalie ou d’une période temporaire lors d’une phase de son développement. Le capitalisme, ou plutôt l’accumulation capitaliste, est une accumulation de hiérarchies et d’inégalités intrinsèquement nécessaires à l’organisation et à la division du travail dans la production. Et celles-ci sont nécessaires au capitaliste pour son accumulation du travail non payé, qui n’existe pas seulement durant la journée de travail rémunérée. Car, au moyen du salaire qui fait vivre tout un foyer, le capitalisme parvient à mobiliser et à exploiter les non-salariés (dont les femmes sont une grande part) dans toute l’économie productive. Pour toutes ces raisons, je ne peux pas me définir comme marxiste !

  • Les #Antilles_françaises enchaînées à l’#esclavage.

    Le système criminel de la traite et de l’esclavage a permis à la #France de devenir au XVIIe et XVIIIe siècles l’une des toutes premières puissances mondiales. Surtout, l’esclavage a déterminé une nouvelle #hiérarchie_socio-raciale et participé à la fondation de l’#économie_capitaliste. Une #histoire mondiale, centrale, souffrant de nombreux poncifs, qui reste donc étrangement méconnue.

    Ainsi, aujourd’hui, comment les enfants de la colonisation et de la #traite ne considéreraient-ils pas comme une injustice le traitement que la France réserve à leur histoire - notre histoire commune ? A fortiori lorsqu’ils sont parmi les premières victimes de l’#exclusion_sociale...

    Cette série enregistrée aux Antilles (#Guadeloupe et #Martinique) dévoile les travaux les plus récents et contre quelques idées reçues sur une histoire ô combien complexe.

    https://www.franceculture.fr/emissions/series/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage
    #colonisation #colonialisme #Haïti #capitalisme #racisme #races

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    Reportage radio en 4 épisodes :
    Au nom du #sucre, crimes et profits

    « Vous connaissez l’espérance de vie d’un esclave ? 35 ans... » René Bélénus, historien. Comment l’économie sucrière insulaire produit une société esclavagiste.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-14-au-nom-du-sucre-cri
    #plantation #plantations

    Entre deux #abolitions (1794-1848) : l’#émancipation des #esclaves

    « L’#abolition de #1794 est une #fausse_abolition » René Bélénus, historien. De 1794 à 1848, récit d’un long processus d’abolition.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-24-entre-deux-abolitio

    Un passé qui ne passe pas

    « Nous avons l’impression d’emmerder les Français avec notre histoire... » Jacqueline Jacqueray, présidente du #Comité_International_des_Peuples_Noirs. Malgré la politique de l’#assimilation, le #traumatisme de l’esclavage perdure.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-34-un-passe-qui-ne-pas

    #Chlordecone, un polluant néocolonial

    « Nous sommes dans l’assimilation pure et dure » Isbert Calvados. Quand le chlordecone contraint à l’abandon de sa culture d’origine.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-44-chlordecone-un-poll
    #néo-colonialisme #pesticides #industrie_agro-alimentaire #agriculture

  • Fronde pour une université plus démocratique

    Une commission de l’uni dénonce la « #hiérarchie omnipotente », les « dépendances interpersonnelles quasi féodales » et la « #concurrence généralisée » dans l’alma mater.

    « La #gouvernance de l’université ne saurait être qualifiée de démocratique. » Dix ans après l’entrée en vigueur de la #loi_sur_l’université qui créait l’assemblée, l’organe participatif et représentatif des différents corps de l’alma mater, celui-ci a mis sur pied une commission pour réfléchir aux problèmes de gouvernance soulevés par le rapport publié l’an passé sur le #sexisme et le #harcèlement. Cette commission a elle-même élaboré un #rapport dont le but est d’ouvrir une large discussion pour réorienter l’institution « vers une #excellence_démocratique » – c’est le titre du document qui doit être soumis mercredi à l’assemblée de l’université.

    Le rapport Weid-Recordon sur le sexisme et le harcèlement avait souligné le lien structurel de cause à effet entre le harcèlement et un monde universitaire profondément fondé sur la #hiérarchie, l’#ultracompétitivité et la recherche de la #performance.

    La commission – composée de deux professeurs, deux étudiants, deux membres du personnel administratif et technique et deux du corps intermédiaire – propose que l’université retrouve le sens du #service_public en mettant un terme à la « hiérarchie omnipotente », les « dépendances interpersonnelles quasi féodales » et la « concurrence généralisée » entre institutions, structures et personnes au sein de l’uni. Critiquant le manque d’équité dans la gestion des carrières, la commission souhaite que les procédures de #recrutement et de #promotion – peu transparentes et cohérentes – soient revues. « Les #candidatures_internes sont rarement valorisées », souligne par exemple le rapport.

    Tendance à la #marchandisation

    En questionnant ce qui semble la seule boussole du rectorat, soit l’#excellence_académique, le rapport vise à briser un tabou, explique Romain Boillat, l’un des étudiants qui a rédigé le document et qui préside l’assemblée de l’université. « Tout le monde souhaite l’excellence de la recherche, mais nous questionnons la façon de l’évaluer. Les #rankings se concentrent sur des #indicateurs sur lesquels les chercheurs s’adaptent au détriment de la qualité générale. Cette compétitivité génère une énorme pression sur les collaborateurs et dévie de l’objectif d’une université au service de la société. » Plaidant pour une science « humble, lente, durable, participative, écoresponsable », la commission dénonce une tendance à la marchandisation, questionnant l’autosatisfaction du rectorat à propos du lien entre recherche et commercialisation de nouveaux produits. Pour garantir une université autonome, elle propose que les soutiens de #fonds_privés soient rendus publics et facilement accessibles, comme les conditions de leur emploi et les éventuelles restrictions de la publicité des résultats des recherches ainsi financées.

    Chambre d’enregistrement

    Quant au fonctionnement de l’assemblée, à l’instar de celui des autres organes participatifs, il générerait une grande #démotivation. Car celle-ci a un peu le sentiment de n’être qu’une chambre d’enregistrement et un alibi de démocratie. Le rectorat peut s’asseoir à sa guise sur ses décisions ou ses projets, pointe la commission. Les organes participatifs devraient être dotés de vraies compétences et de prérogatives budgétaires étendues. Et les différents corps de l’assemblée devraient être représentés de façon paritaire, ajoute la commission. Les professeurs – 3% des effectifs de l’uni – y ont 44% des sièges. Les étudiants – trois quarts des effectifs – en occupent 22%. Enfin, les membres du rectorat et des décanats devraient être élus par les organes participatifs et comporter des membres de tous les corps. Le recteur, Yves Flückiger, ne commente pas un rapport en cours de traitement.

    https://lecourrier.ch/2019/05/07/fronde-pour-une-universite-plus-democratique
    #Université_de_Genève #Genève #rapport #Suisse #université

  • « Qu’est-ce qu’un patron de gauche ? » Tribune de Simon Cottin-Marx (Sociologue) et Arthur Brault Moreau (Syndicaliste à Solidaires)
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/04/13/social-qu-est-ce-qu-un-patron-de-gauche_5449879_3232.html

    Ce ne sont pas les plus nombreux ni les plus visibles, on les voit peu dans les analyses et les médias, ce sont les patrons et patronnes de gauche. A mi-chemin entre des valeurs progressistes, parfois même anticapitalistes, et une position de chef d’entreprise où la logique de marché demeure prédominante, ces patrons échappent souvent aux radars.

    Alors que pour un salarié « de gauche », travailler pour l’un d’entre eux devrait être l’emploi idéal, la réalité s révèle parfois amère. Nous avons interrogé une vingtaine de personnes sur leurs expériences de travail dans des coopératives, des associations et des entreprises de l’économie sociale, mais aussi des syndicats, des médias ou encore comme attachés parlementaires d’élus de gauche, afin de dégager quelques enseignements sur le profil et le comportement de « patrons de gauche ».

    « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. » C’est la première particularité des patrons de gauche : il y a souvent chez eux un décalage entre l’éthique affichée et les pratiques. Comme le raconte un ancien assistant parlementaire : « Mon élu défendait le droit au repos dominical dans l’Hémicycle, mais il faisait parfois travailler son équipe toute la semaine, dimanche compris, sans même donner un repos le lundi. »

    Une position délicate

    Quoi qu’on puisse en dire, « être de gauche » ne protège pas des mauvaises pratiques patronales : horaires atypiques, harcèlement, discriminations, embauche des « petits jeunes » corvéables à merci, salariés remplacés par des stagiaires, rémunération affinitaire, absence de transparence, etc. Il arrive aussi que les patrons de gauche, comme les patrons tout court, soient de mauvais patrons.

    Outre les abus d’autorité, le décalage entre éthique et pratique pose ici une difficulté supplémentaire pour les salariés. Travailler pour un patron ouvertement « de gauche » n’est pas anodin : c’est souvent partager ses idées politiques. Or, comme l’écrit Michel Gollac (« Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au #travail », rapport au ministre du travail, avril 2011) les conflits de valeurs sont source de malaises, dégradent l’image du métier aux yeux des salariés, alimentent le sentiment d’inutilité du travail.
    https://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/114000201/index.shtml

    Une autre particularité de ces patrons est souvent de ne pas s’assumer comme employeurs, d’être mal à l’aise dans la relation de subordination avec leurs salariés et de faire comme si les hiérarchies salariales avaient disparu en continuant à s’appeler « camarade ». Une parlementaire va par exemple jusqu’à nier les hiérarchies salariales et revendique d’avoir inventé un mode nouveau de gestion « sans chef », « horizontal et participatif ».

    Les hiérarchies continuent à exister

    Une utopie que les salariés ne vivent pas de la même manière… En cas de crise ou dès qu’il est nécessaire de trancher un débat, la subordination reprend le dessus. C’est ce qu’explique une psychologue du travail à propos de son expérience personnelle d’employée d’un cabinet de conseil aux syndicats : « La patronne avait beaucoup de mal à asseoir sa posture. Elle était incapable de trancher, d’arbitrer et de donner des directives. […] Elle était victime d’une forme de schizophrénie. Elle se revendiquait de gauche, mais dans sa grille de lecture, être patron, c’était être de droite… »

    La difficulté à asseoir une posture claire peut aussi amener à nier certains droits et protections sociales. C’est l’exemple d’une élue qui refuse la demande de « dialogue social » formulée par ses salariés, « car c’est un truc de la CFDT », ou d’un autre élu qui tranche : « Pas besoin de syndicat, pas besoin de contre-pouvoir. On est entre nous. » Pourtant, avoir un patron de gauche n’est pas la fin de l’histoire. Les hiérarchies continuent à exister, les nier ne peut que freiner les possibilités de se défendre pour les salariés.

    Du côté des salariés, travailler auprès d’un patron de gauche est souvent vu comme une chance pour lier l’activité professionnelle à un engagement personnel ou politique… Puis, ils découvrent les heures supplémentaires gratuites. Matthieu Hély, sociologue du monde associatif (où les « patrons de gauche » sont légion), explique que dans ce secteur, « c’est le salariat atypique qui est typique » (« A travail égal, salaire inégal : ce que travailler dans le secteur associatif veut dire », Sociétés contemporaines no 69, 2008/1).
    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00265727/document

    Assumer la relation salariale

    Les salariés travaillent souvent le soir et le week-end, avec des contrats précaires, de moindres salaires, etc. Mais alors pourquoi ces emplois trouvent preneurs ? Parce que ces activités sont sources d’« externalités positives » dont la satisfaction morale est de servir un projet à but non lucratif. Pour la chercheuse Maud Simonet, (Le Travail bénévole, La Dispute, 2010) une part de travail bénévole des salariés « va de soi », au nom de « l’esprit associatif ».

    « Plus qu’un emploi, c’est un projet politique », « on faisait déjà ça [en tant que militant] », entend-on de la part de patrons « de gauche » et de salariés. Comble de l’ironie, l’engagement à gauche sert de base à la subordination du salarié.

    Le tableau n’est pas que noir. Il ne s’agit pas de désigner à la vindicte les patrons de gauche. Pour autant, il est nécessaire de trouver des solutions pour qu’ils aient des pratiques cohérentes avec leur engagement. Pour cela, pas de baguette magique. Historiquement, le mouvement ouvrier est parvenu à imposer des protections sociales : le premier pas à faire est qu’ils respectent ces droits, et commencent par les connaître.

    Le deuxième enjeu est d’assumer la relation salariale. Enfin, les patrons doivent accepter et cultiver les contre-pouvoirs. L’existence d’une organisation syndicale est souvent le meilleur outil pour rendre visible les relations de pouvoir, les encadrer et permettre aux salariés de se défendre. Mais il faut faire attention à la connivence et s’assurer que le contre-pouvoir en reste réellement un.

  • Le jour des éborgnés, par Tieri Briet
    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=2273752975979593&set=a.105496942805218&type=3&theater

    Depuis dix-sept semaines, le samedi est devenu le jour des #éborgnés. Un peu partout en France, il y a désormais un jour maudit dans la semaine, celui où dans les rues des plus grandes villes des hommes en armes reviennent pointer leurs fusils sur une foule désarmée. Une foule de manifestants qui n’ont pour seules protections que de pauvres banderoles en tissu, avec des pancartes en carton et des masques en plastique.

    Je suis allé plusieurs fois avec eux, au milieu de cette foule en colère que les forces de l’ordre gazent pendant des heures, l’empêchant d’aller où elle veut, l’acculant pour mieux l’humilier. Dans les rues de Lyon, j’ai vu ces hommes seulement vêtus de noir utiliser ce que nos gouvernants appellent des « armes sublétales ». Et sans aucune raison, j’ai vu l’un de ces hommes me choisir pour cible et viser mon visage. Durant quinze ou vingt secondes, il a suivi ma position, le doigt sur la gâchette. Ses yeux étaient masqués d’épaisses lunettes de protection, il m’était impossible de discerner son regard à travers le plexiglas, mais j’étais suffisamment proche pour discerner l’expression de sa bouche. Il avait fait de moi une cible humaine et il s’appliquait à garder ma tête au centre de son viseur. Je ne portais ni casque, ni masque et mon écharpe ne masquait pas mon visage. Je me tenais à moins de dix mètres de son arme, immobile face au trou noir du canon, quatre centimètres de diamètre, immobile face à un soldat de mon propre pays qui pouvait d’un seul tir m’arracher la moitié du visage et faire de moi une gueule cassée, un blessé de guerre de plus et un handicapé à vie qu’il faudrait opérer et greffer pour espérer lui rendre une existence à peu près supportable. Je regardais la bouche de l’homme qui me visait. C’était la seule partie visible de son visage. Une bouche tendue par la concentration et la panique que générait ce face à face. Il n’avait qu’un seul choix à faire. Tirer ou pas ? Lui pouvait distinguer mon regard, ma #peur et le refus pourtant de baisser le regard. Mon immobilité n’était pas une menace mais peut-être un défi à ses yeux. Je ne sais pas. C’est très long quinze secondes dans la rue, face à un homme qui vous a pris pour cible. Je ne sais pas si je respirais encore, si mes poumons s’étaient bloqués pour éviter les gaz qui nous avaient enveloppés. Je me souviens que j’ai pensé aux blessures de Philippe Lançon, ce journaliste qui a survécu à l’attaque de Charlie-Hebdo. Les tireurs qui n’étaient venus que pour tuer lui avaient explosé la mâchoire d’une rafale de kalachnikov, mais il avait survécu et il avait fallu des mois pour lui reconstruire non seulement l’os de la mâchoire inférieure, mais lui façonner aussi de nouvelles lèvres et un menton de chair. Philippe Lançon en avait fait le récit à l’intérieur d’un livre important, Le Lambeau, dont la lecture m’avait marqué l’hiver passé. Et c’est à ce récit que je pensais face au trou noir du #LBD40 qui me visait.

    Dans la peur d’être blessé la pensée va plus vite. J’attendais que l’inconnu détourne son arme ou m’explose le visage, et je pensais aux vidéos des blessures des manifestants du samedi. Tous ces bandages ensanglantés et après coup, des visages d’hommes défigurés qui faisaient naître, semaine après semaine, une peur inimaginable à l’intérieur de mon pays. La France était encore en paix mais depuis dix-sept semaines, les hommes de sa #police et de son armée provoquaient de nouveaux blessés graves. Des blessés de guerre dans un pays en paix, pour reprendre les mots de la chirurgienne qui avait mis des mois à reconstruire le visage de Philippe Lançon.

    Face à moi, l’homme en noir n’a pas baissé son arme. Non, il a seulement choisi pour cible un autre visage, celui d’un homme en gilet jaune qui est venu pour me tirer vers l’arrière, m’éloigner des tireurs alignés en travers de ce quai. À l’avant de la foule, cet l’inconnu qui s’est soucié de me mettre à l’abri s’est trouvé menacé à son tour. Les lèvres du tireur avaient gardé le même rictus, un mélange de concentration et de panique quand les grenades continuaient d’exploser tout autour.

    Je n’ai jamais pris part à une guerre, jamais porté d’armes mais ce samedi à l’intérieur des rues de Lyon, j’ai appris la terreur d’être visé par un homme qui peut vous éborgner sans raison, puisqu’il obéit aux ordres d’un préfet, dans un pays où le gouvernement préfère mentir que d’avouer tout le mal qu’il peut faire à son peuple, en décidant de l’appauvrir d’abord, puis de le mutiler chaque samedi depuis dix-sept semaines, plutôt que d’écouter pourquoi il n’en peut plus d’une vie devenue peu à peu invivable.

    Difficile de mesurer l’’immense mépris qu’il faut pour ordonner à une police de mettre en joue des milliers de femmes et d’hommes parce qu’ils manifestent leur souffrance. Est-ce l’argent ou le pouvoir qui justifie pareil #mépris ? Je ne sais pas, je n’ai jamais voulu ni l’un ni l’autre mais je devine qu’à l’intérieur de ce mépris, il y a aussi tout simplement de la vengeance. Les gouvernants ont fini par comprendre que face à un peuple en colère et soucieux de justice, face à un peuple conscient et vigilant, leurs privilèges n’étaient pas justifiables. Ils auront besoin d’une police politique, d’une armée fratricide pour maintenir les peuples d’Europe dans une terreur qu’il faudra mettre en scène. Si bien que l’habituelle mascarade des anciennes démocraties parlementaires ne peut plus continuer. Avec l’état d’urgence, les nasses policières et le contrôle des médias, le grand spectacle des #pauvres gens qu’on éborgne au hasard des manifs façonne un autre monde qui n’a plus rien à voir avec celui des altermondialistes. Un monde où les droits humains ne seront plus qu’une fiction, un vieux mensonge encore seulement utile pour justifier des interventions militaires à l’étranger.

    Dans un autre livre, La Castration mentale, Bernard Noël a raconté la scène primitive qui l’a poursuivi pendant plusieurs années. « Cette scène a eu lieu dans les derniers jours de mai 1871, à Paris. Un troupeau de Communards, que l’on vient d’arrêter et qu’encadrent les Versaillais, passe devant la foule ameutée sur les boulevards, dans les parages de l’Opéra : une foule de bourgeois bien mis qu’accompagnent leurs épouses en tournures et voilettes. Tous ces gens, qui ont eu peur, clament un soulagement haineux et victorieux, mais voici que dans l’excitation générale quelques-unes des femmes s’avancent vers les prisonniers, et tout à coup arrachent la longue épingle qui retient ensemble chignon et chapeau, puis la manient à bout de bras pour crever les yeux sous les applaudissements et les rires. »

    Bernard Noël a beaucoup travaillé, beaucoup écrit sur la Commune et il n’a pas choisi cette scène au hasard. Cette scène est exemplaire, dit-il, parce qu’elle met en scène un meurtre du regard que le pouvoir français commet régulièrement. « Ici, le geste final est toujours d’aveugler l’adversaire pour qu’il ne voie pas ce qu’on lui fait, et soit donc incapable d’en témoigner valablement. Il suffit de se rapporter à deux événements récents pour constater combien la scène évoquée semble servir de perpétuel modèle. Ainsi de la rafle dite du Vel d’Hiv et du pogrom que subirent les Algériens, à Paris même, dans la nuit du 17 octobre 1961. »

    « Chaque fois, c’est une cruauté immédiatement couverte, sinon légalisée, par la hiérarchie de l’État : chaque fois le même enterrement d’une prise de conscience salutaire, comme si la lâcheté des exécutants reflétait la réalité fondamentale de nos gouvernements successifs. » La pensée #politique de Bernard Noël a souvent donné la preuve d’une implacable lucidité. Une lucidité nécessaire, difficile à maintenir si on veut ouvrir les yeux sur ce qui se joue, depuis dix-sept semaines, dans la volonté d’éborgner ces nouveaux Communards. En 1871, la sauvagerie sanguinaire des Versaillaises n’était pas moins inhumaine que la cruauté d’aujourd’hui, celle des ministres et des préfets qui, après avoir autorisé l’armée et la police nationale à tirer sur la foule, n’ont pas la moindre parole de compassion au sujet des centaines de blessés amputés.

    Je sais que l’homme qui m’a visé à Lyon se sentait protégé par l’ombre d’un monstre, à l’abri de la #hiérarchie de l’État. Aucun de ces hommes n’a eu la dignité de déserter, de refuser l’ordre de mutiler. Ils savent que dans leur dos se tiennent un préfet, un ministre et un président de la République acculés, qui n’hésitent pas une seule seconde quand il s’agit de tuer Zine Redouane à Marseille, de fracasser la mâchoire de Lola Villabriga à Biarritz ou d’arracher la main d’Antoine Boudinet, avant de crever un œil à Patrice Phillipe ou à Jérôme Rodrigues à Paris. Il leur faut continuer à nourrir la terreur plutôt que la justice. Et dans la logique d’un ministre de l’Intérieur ou d’un préfet de police, mieux vaut éborgner et mutiler chaque semaine des étudiants et des précaires plutôt que d’accepter l’idée que leur autorité est déjà morte, impossible à justifier face à un tribunal. Maintenant, nous savons qu’ils vont continuer à donner l’ordre de tirer, jusqu’à ce jour de joie où nous les aurons chassés du pouvoir. Leur place est en prison, et ils le savent parfaitement : prêts à crever les yeux des révoltés plutôt que d’accepter la justice de leur révolte.

  • Réaction à l’article du Point, pointé ici …https://seenthis.net/messages/756905 par @gjpvernant
    Macron : « Éric Drouet est un produit médiatique » - Le Point
    https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/macron-gilets-jaunes-eric-drouet-est-un-produit-mediatique-01-02-2019-229061
    … et en particulier, au chapeau de l’article :

    Le président de la République appelle les médias à se ressaisir et décortique l’influence des activistes et des Russes sur la frange radicale des Gilets jaunes.

    Le " plan d’action " délirant de Macron n’est que la mise en musique de l’analyse faite pour la Fondation Jean Jaurès par Roman Bornstein

    Plongée dans les comptes Facebook des "gilets jaunes"
    https://www.nouvelobs.com/politique/20190111.OBS8351/plongee-dans-les-comptes-facebook-des-gilets-jaunes.html

    EXCLUSIF. Pour la Fondation Jean-Jaurès, le journaliste Roman Bornstein s’est plongé à étudier les comptes Facebook de nombreux « gilets jaunes ». Edifiant.

    ou, ici, l’original, découpé en chapitres

    En immersion numérique avec les « Gilets Jaunes »
    https://jean-jaures.org/nos-productions/en-immersion-numerique-avec-les-gilets-jaunes

    Comment une pétition en ligne et un appel Facebook, semblables aux milliers d’autres qui naissent et meurent chaque jour dans l’anonymat des réseaux sociaux et l’indifférence des médias, ont-ils pu aboutir en quelques semaines à la constitution d’un mouvement en fonction duquel l’ensemble des acteurs du jeu démocratique sont désormais contraints de définir leur ligne politique et éditoriale ? Le journaliste Roman Bornstein se livre à une analyse inédite.

    Le texte se focalise sur les outils numériques employés par les " Gilets Jaunes ". En véritable #intellectuel_organique, Roman Bornstein décline, vus du pouvoir, les thèmes " classiques ", sur le nouvel algorithme de FaceBook, les bulles cognitives, puis le rôle des médias traditionnels, rappelant d’ailleurs que si le démarrage du mouvement s’est appuyé sur l’outil FB, le véritable coup d’accélérateur a été donné par le passage de quelques GJ à BFMTV, acquérant à l’occasion un statut de leaders, car visibles. Puis, il remonte leurs affinités avec l’extrême-droite.

    De cette trame découlent la totalité des axes évoqués par E. Macron : contrôle des réseaux et des médias (" hiérarchisation de l’information ",…)

    Cette approche " théorique ", E. Macron et le groupe autour de lui la connaissent sans doute plutôt bien, ayant eux-mêmes utilisé les mêmes ficelles, particulièrement les médias, dans leur raid pour conquérir le pouvoir. Il y a d’ailleurs, un côté " c’est pas du jeu ! " à leurs réactions quand ces mécanismes actionnés par d’autres jouent contre eux. E. Macron, visiblement de plus en plus paniqué, sans prises sur le déroulement de la crise et voyant son pouvoir menacé, y ajoute l’indémodable et centenaire " main de Moscou " actualisée en usine à trolls. Notons que l’argument, le fameux #décorticage (!) se dispense du moindre élément de commencement d’indice et vient quelque peu télescoper celui de " la faute à FB " : à quel moment VVP ou ses sbires ont-ils acquis (ou hacké…) les données de FB ? Dans la même veine, par une (fausse) preuve par association, E. Macron nous ressort la " #russosphère " de l’inénarrable " étude " sur l’affaire Benalla pondue par #EU_Disinfolab (tiens, d’ailleurs, il est où, N. Vanderbielst, dont les mots exacts étaient l’écosystème russophile ?) Il est assez cocasse de voir le président invoquer une " information " parfaitement #bidon au profit de la #hiérarchie_de_la_parole,…

    Dans ce texte (de commande ?) et dans les déclarations de Macron, pas un mot de la multidécennale crise de la représentation, pas une analyse socioéconomique du mouvement (rien sur l’accroissement des inégalités au profit des " #premiers_de_cordée ", rien sur une Europe du capital (ou de la finance) partant à l’assaut de l’Europe du travail,…) Juste une focalisation sur les dynamiques des médias et des réseaux.

    Et pourtant, 4 mois auparavant, cette même Fondation Jean Jaurès sortait un texte, tout aussi repris par l’Obs qu’ils pourraient lire (peut-être, même, relire ? en tous cas en intégrer le sens) :

    Vers un exil fiscal de l’intérieur : comment Macron favorise la " #sécession_des_riches "
    https://www.nouvelobs.com/economie/20180919.OBS2596/vers-un-exil-fiscal-de-l-interieur-comment-macron-favorise-la-secession-d

    Les mesures d’allégement de la fiscalité du capital, entrées en vigueur le 1er janvier dernier, ne sont-elles qu’une gigantesque niche fiscale ? Ces mesures, qui profitent aux 400.000 ménages les plus riches de France, sont la plus forte baisse d’impôts jamais accordée aux « 1% », dénonce ce jeudi 20 septembre une note de la Fondation Jean-Jaurès dont « l’Obs » publie ci-dessous des extraits en exclusivité. Le texte montre comment cette réforme va mécaniquement accentuer la concentration des revenus et des patrimoines aux mains des ménages du haut de l’échelle, pour un impact sur l’investissement et l’emploi plus qu’incertain.

    Dont le chapeau, relu à la lumière des événements ultérieurs, se révèle prémonitoire : la sécession des riches, vue de l’autre bord, est devenue une révolte des pauvres (on en revient à Agrippa Menenius,…, https://seenthis.net/messages/753604) le président Macron ayant réactivé un front de la lutte des classes chère à Warren Buffet.

  • Suicide d’une factrice : ses collègues exigent le départ des encadrants depuis 10 jours | Stéphane Ortega
    https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/suicide-dune-factrice-ses-collegues-exigent-le-depart-des-encadrants

    Depuis le 25 octobre, les factrices et facteurs du bureau de distribution de Sarlat en Dordogne ont cessé le travail. Ils exigent le départ de trois cadres dont le management est jugé responsable du passage à l’acte de leur collègue la veille. Au dixième jour de conflit, la direction de La Poste refuse toujours d’accéder à leur demande et réclame une reprise du travail. Source : Rapports de Force

  • Une question de méthode

    Dans le domaine des techniques et des sciences appliquées, lorsqu’il s’agit de résoudre des problèmes complexes, il existe deux grandes familles de méthodes : d’un côté les méthodes hiérarchiques, dites descendantes, où les prises de décisions sont centralisées et coordonnées au sommet et à contrario, les versions ascendantes, qui elles, misent sur l’auto-organisation, l’intelligence collective et les propriétés émergentes qui en découlent [1].

    Les méthodes descendantes (#top-down)

    En informatique, on a longtemps cru qu’il était possible de créer des algorithmes dits « intelligents », capables de remplacer un humain sur des tâches spécifiques, en créant de gros programmes monolithiques. Le rôle de l’informaticien se résume alors à traduire les connaissances des experts du domaine visé sous la forme d’instructions interprétables par une machine. On appelle d’ailleurs ce genre de programme des systèmes experts. Le problème c’est que les performances du système dépendent de la quantité et de la qualité des notions d’expertise qui lui on été inculqués : si l’expertise est fausse, incomplète ou bruitée (avec des parasites, par exemple une image de très mauvaise qualité), le résultat le sera tout autant. Dans ce type de programme, la maintenance n’est pas facile et ils sont difficilement adaptables à d’autres types de problèmes que ceux pour lesquels ils ont été initialement conçus. Cette façon de faire atteint vite ses limites et même si ils sont encore largement utilisés aujourd’hui, notamment dans le domaine médical ou de la finance pour ne citer qu’eux, ces systèmes ne doivent leur survie que grâce à l’amélioration phénoménale de la puissance de calcul, aux quantités astronomiques d’informations qu’il est dorénavant possible de stocker, mais surtout, grâce à l’ajout, en sous main, de techniques empruntées aux méthodes ascendantes, comme le data-mining (l’exploration de données en français, connue aussi sous l’expression de fouille de données, forage de données, prospection de données, ou encore extraction de connaissances à partir de données, a pour objet l’extraction d’un savoir ou d’une connaissance à partir de grandes quantités de données, par des méthodes automatiques ou semi-automatiques) ou les réseaux de neurones artificiels qui ne sont qu’une combinaison d’une multitude d’unité de traitement élémentaire réalisant de simples opérations arithmétiques.

    Dans un autre domaine comme l’élaboration d’un grand projet industriel, si la méthode descendante permet penser la problématique d’abord dans son ensemble puis, par itération successive, de descendre de plus en plus dans les détails de réalisation, un exemple célèbre de réquisitoire contre cette approche est le rapport de Richard Feynman (un des plus grand scientifique du XXe siècle) sur l’accident de la navette spatiale Challenger en 1986 : selon lui, l’approche descendante oblige à des prises de décisions de conceptions prématurées et rend beaucoup plus difficile les corrections de design que l’approche ascendante, où l’on part en permanence de ce qui est bien connu et solidement maîtrisé [2]. Avec ce type de méthodologie, les coûts des correctifs sont exponentiellement proportionnels à l’avancement du projet, plus un défaut est découvert tardivement, plus la facture sera importante. L’oubli d’un détail, ou une mauvaise définition d’un cahier des charge peuvent même remettre en cause la viabilité d’un projet. C’est un problème bien connu en informatique où le taux de succès des projets gérés de manière agile (technique de management où l’ensemble des acteurs, utilisateurs finaux, développeurs, grands manitous, ... sont associés aux prises de décision sur toute la durée du projet) peut atteindre 89% de réussite contre seulement 36% avec des méthodes purement descendantes [3].

    Pour l’ anecdote, il est d’ailleurs intéressant de noter que la version la plus ascendante de méthodes agiles s’appelle « l’extreme programming » où la valeur ajoutée du chef de projet se résume uniquement au choix de l’équipe des développeurs et à l’établissement du devis !!!

    Les méthodes ascendante (#bottom-up)

    L’approche ascendante [4], quant à elle, s’inspire souvent de processus physiques, biologiques ou sociaux. Dans la nature, les phénomènes aux dynamiques complexes émergent toujours de l’interaction de proche en proche de petits éléments ou d’agents régis par des règles d’organisation simples.

    Comment s’y prennent les fourmis pour trouver le chemin le plus court entre la fourmilière et les ressources aux alentours ? Certainement pas grâce à la reine ! En fait, lorsqu’une fourmi se déplace, elle répand une phéromone sur son chemin et l’intensité de cette odeur caractéristique diminue rapidement avec le temps. Ainsi, le chemin le plus court est celui où l’odeur est la plus intense. Si l’exploration de leur l’environnement se fait de manière aléatoire, chaque fourmi étant maître de ses propres décisions, leur nombre important ainsi que l’application de cette règle toute simple, qui est de toujours suivre le parcours le plus odorant (celui où le message olfactif aura eu moins de temps pour se dissiper et où donc sa concentration sera la plus importante), leur garantit, par un processus chaotique déterministe, d’optimiser au mieux leurs dépenses en énergie pour approvisionner la colonie [5]. Ce principe est par exemple utilisé pour acheminer les paquets d’informations sur internet de manière optimale (un gros fichier comme un film sera découpé en morceaux plus petits, si une erreur survient lors du transfert, seul le paquet corrompu sera renvoyé, ce qui évite d’avoir à réexpédier le fichier complet), et ce, de façon décentralisée, sans l’aide d’un chef d’orchestre qui coordonnerait toutes les prises de décision concernant le routage (l’aiguillage).

    Un autre exemple inspiré cette fois de la métallurgie et des propriétés de la matière, est la technique dite du « recuit simulé » [6]. Pour améliorer la qualité des aciers, au lieu de les laisser simplement refroidir après les avoir fondu, on fait descendre la température en dent de scie, en répétant des cycles de refroidissement lents, entrecoupés de petites remontés en chauffe (le recuit), jusqu’à atteindre la température ambiante. Par ce simple fait, les atomes au sein du métal ont le temps de s’organiser en une structure cristalline, beaucoup plus robuste qu’un refroidissement rapide qui entraînerait une organisation atomique plus proche d’un verre. Encore une fois, pas besoin d’un dieux démiurge pour façonner toutes les incroyables formes cristallines que l’on observe dans la nature. Il suffit juste de laisser suffisamment de temps à leurs éléments constitutifs pour qu’ils s’organisent de proche en proche, établissant entre eux des corrélations distantes à grande échelle ayant pour résultat l’adoption d’une configuration spatiale qui minimise l’énergie interne du système. En simulant ce phénomène, on peut ainsi trouver l’agencement optimal des composants sur une carte électronique ou encore définir l’emploi du temps d’un établissement scolaire qui soit le plus satisfaisant possible en tenant compte des contraintes de l’ensemble des professeurs et des élèves.

    #Hiérarchie versus #horizontalité

    Les algorithmes qui implémentent les deux exemples précédents sont ridiculement petits comparés à leur version descendante. Quelques règles simples exprimées sous la forme d’équation mathématique, comme par exemple une loi de décroissance de la température ou de concentration d’une phéromone en fonction du temps, ou des formules d’attractions / répulsions suffisent à résoudre un grand nombre de problèmes d’optimisation. Contrairement à la version descendante qui aurait nécessité une réécriture quasi complète du programme, ici, le travail de l’informaticien sera réduit à la simple adaptation des données d’entrée et au bon paramétrage des formules.

    Mais, dans certains cas, la version descendante n’existe tout simplement pas. Dans les problèmes de mécanique des fluides, si l’on connaît bien les principes physiques sous-jacents comme les phénomènes de turbulences, les lois de la thermodynamique ou encore les équations de Navier-Stokes (équations mathématiques décrivant le mouvement d’un fluide), dès que l’on sort des cas d’école, on se retrouve vite démuni car aucune formule mathématique globale, ou plus exactement aucune solution analytique, ne permet d’étudier un phénomène précis. Il faudra donc en passer par une solution numérique [7] qui consiste en une discrétisation, c’est à dire un découpage de l’espace en un grand nombre de petites cellules élémentaires, ramenant ainsi le sujet d’étude à une multitude de cas simples. Grace à ces méthodes, on peut ainsi simuler l’écoulement de l’air autour d’une aile d’avion ou encore, valider le modèle standard de l’évolution de l’univers depuis le big bang jusqu’à la formation de notre planète.

    Alors la prochaine fois qu’un chef vous dira qu’il a trouvé LA solution à un problème, que ce soit en terme d’organisation, de technique ou tout autre sujet, politique y compris, partout où ils prétendent faire autorité, vous pourrez dire légitimement qu’a plusieurs vous auriez certainement fait mieux, et que cela ne relève pas que d’une opinion subjective, mais que la nature, ainsi que les sciences et les techniques modernes qui s’en inspirent nous le prouve tous les jours de manière objective.

    [1] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mergence

    [2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Technologie_top-down

    [3] https://www.pmi.org/-/media/pmi/documents/public/pdf/learning/thought-leadership/pulse/pulse-of-the-profession-2014.pdf (en anglais)

    [4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Approches_ascendante_et_descendante

    [5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Algorithme_de_colonies_de_fourmis

    [6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Recuit_simul%C3%A9

    [7] https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9canique_des_fluides_num%C3%A9rique

    Article d’@anarchosyndicalisme ! n°160 sept.-oct. 2018
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article924

  • Be careful with each other
    Rushdia Mehreen et David Gray-Donald, Briarpatch, le 29 août 2018
    https://briarpatchmagazine.com/articles/view/be-careful-with-each-other

    We all know of an activist group that brands itself as “non-hierarchical” but is riddled with unspoken and insidious hierarchies. When some activists organize without sleeping for days or can dedicate all their time to organizing, it puts pressure on other members to match their standards of productivity and output. Those who contribute at extreme levels often gain more knowledge of the group’s goings-on, build more social capital, and claim more decision-making power. The invisible hierarchies that are created are hard to name and harder to dismantle.

    This dynamic calls for feminist and anti-capitalist ethics of care: focusing on and acknowledging effort and impact rather than performance or outcome; encouraging interdependence through shared and rotating tasks; and affirming and supporting members regardless of their level of output.

    We don’t need to be friends to be comrades
    David Camfield, Briarpatch, le 17 septembre 2018
    https://briarpatchmagazine.com/blog/view/we-dont-need-to-be-friends-to-be-comrades

    Many people burn out or stop being active (these aren’t the same, though lots of burned out people do stop being active) because of mistakes in their political outlook. Some of us don’t realize we need to pace ourselves for the long haul. We may overestimate what relatively small groups can accomplish, or how likely they are to win victories. When we don’t see victories, sometimes we decide we just have to try harder. Or we start to blame each other. These mistakes are connected to weaknesses in our politics and how we understand the ground on which we fight.

    Caring About Thriving
    Convergence Journal, février 2017
    https://politicsandcare.wordpress.com/2017/04/05/caring-about-thriving

    #Militantisme #Hiérarchie #Care #Efficacité #Domination #Solutions #Amitié #Burn_out

  • La #famille, un nouvel idéal ?

    Depuis les années 1960, le taux de #divorce en Occident augmente chaque année. En parallèle, de nouveaux #modèles de familles, monoparentales ou recomposées, sont apparus. Pourtant, malgré ces mutations, le #modèle_traditionnel réunissant père, mère et enfants reste la superstar des publicités, comme celle de la littérature et du cinéma.

    https://www.arte.tv/fr/videos/058227-061-A/square-idee
    #stéréotypes #monoparentalité #familles_recomposées #représentations #vidéo #film #récit_familialiste #ordre #valeur_refuge #idéologie #famille_nucléaire #divorce #cellule_familiale #famille_nucléaire #norme #propriété #mariage #christianisme #Eglise_catholique #amour #idéal_romantique #égoïsme_parental #lavage_de_cerveau #politiques_natalistes #Etat #domestication_de_la_sexualité #sexualité
    enfant comme #fixateur_social —> et c’est comme cela que, selon les deux interviewés, on ne fait pas la #révolution...

    #femmes comme #armée_de_réserve, nous suggère une des personnes interviewées (9’15 min) :

    « La #prime_aux_fourneaux fait actuellement l’objet de discussions en Autriche. Le #Vorarlberg a proposé de donner 300 euro aux femmes qui n’ont pas recours à la garde d’enfants dans les écoles maternelles, et ce jusqu’à l’âge de 6 ans. Et en Haute-Autriche cette question est également discutée. C’est révélateur du fait que le nombre d’emplois diminue. Autrement dit, selon l’état actuel du #marché_du_travail, les #femmes sont utilisées comme une armée de réserve. En ce moment on préfère les avoir à la maison car il y a de toutes façons peu d’emplois. C’est toujours en fonction des besoins économiques. »

    #Empire_romain #domination_masculine #unité_de_consommation #financement_des_retraites #violence #patriatcat #matriarcat #hiérarchie #maternité

    Interviewée :

    « J’ai lu un jour une interview d’un manager qui déclarait à la fin de sa carrière : ’Je ne pouvais pas m’occuper de mes enfants, mais je vais me rattrapper maintenant à la retraite avec mes petits-enfants.’ Imaginez qu’une femme dise une chose pareille. Elle ne peut pas dire ça. » Elle ne peut pas dire cela parce que les sanctions qui pèsent sur les mères sont beaucoup plus fortes que sur les pères défaillants

    #économie #travail #formation_à_la_parentalité #modèle_familial #éducation_des_enfants #éducation_collective #anarchisme #clan #amour_romantique #responsabilité #pression_sociale #congé_parental #explosion_démographique #justice_distributive #écologie #save_the_planet_make_no_baby #pression_sociétale #infertilité #propagande_nataliste #insémination_artificielle #cliniques_de_fertilité #business #néolibéralisme #néo-libéralisme #féminisme #politique_familiale #natalité

    • APHORISMAIRE À L’USAGE DES FUTURS FAMILICIDES

      Ce recueil d’aphorismes peu compatibles avec les bonnes mœurs ne devrait pas faire remonter la cote de popularité de son auteur, pourtant au plus bas dans les sondages effectués dans les maternités. Et pas seulement dans les maternités, confirment les critiques littéraires.
      Écridéviant, performeur volontiers nudiste, cofondateur de la « Fête des Non-Parents » et peintre en statues coloniales, Théophile de Giraud, né par hasard et sans conviction en 1968, a commis quelques doigts de livres désobligeants, tatoués d’humour noir et parfois diaprés d’une vaporeuse touche d’anti-natalisme consensuel.
      Épris de subversion carabinée, ce riant comparse de Noël Godin a participé, entre deux tentatives de suicide ou de régime amincissant, aux entartages de Doc Gynéco et de l’anticontraceptif archevêque Léonard, ainsi qu’au Coup d’État burlesque de Jan Bucquoy.
      Il a d’ores et déjà prévenu ses éventuels futurs parents qu’il refusera de renaître, même contre forte récompense.


      http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/prodotto.asp?ProdottoID=308&FamigliaID=0

      #livre #Théophile_de_Giraud

  • #bullshit_job : Les cinq grandes familles de «jobs à la con» Quentin Périnel - 1 Aout 2018 - Le Figaro
    http://www.lefigaro.fr/decideurs/vie-bureau/2018/09/01/33008-20180901ARTFIG00020-les-cinq-grandes-familles-de-jobs-a-la-con.php

    Dans un livre qui paraît en cette rentrée, l’anthropologue américain #David_Graeber étaie la notion de « bullshit job » qui l’a fait connaître en 2013. Un regard critique et cynique sur la vie de bureau contemporaine.

    Lorsqu’un article fait autant de bruit dans le monde entier, c’est forcément que son auteur a visé juste. Lorsque l’anthropologue américain et militant anarchiste David Graeber - qui a animé en mars dernier une grande et passionnante conférence au Collège de France https://www.college-de-france.fr/site/evenements-culturels/Grande-conference-David-Graeber-version-originale.htm - publie, en 2013, un article intitulé « Le phénomène des jobs à la con » dans le magazine Strike !, il ne s’attendait pas à provoquer un tel émoi : des dizaines de reprises médiatiques, des traductions dans toutes les langues du monde... « Bullshit Job » : un emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflu ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence. Telle est sa définition du concept.

    Cinq années plus tard, le chercheur américain a étayé encore davantage sa réflexion, et publie un livre - traduit aux éditions Les liens qui libèrent - qui porte le nom du phénomène. « À tous ceux qui préfèrent être utiles à quelque chose », écrit-il en première page en guise de dédicace. Dans son essai d’environ 400 pages, l’auteur dresse notamment une typologie desdits « #jobs_à_la_con », qu’il classe en cinq grandes familles représentatives, selon lui, du monde du #travail contemporain.

    • Les larbins. Les jobs de #larbins, explique-t-il, sont ceux qui ont pour seul but - ou comme but essentiel - de permettre à quelqu’un d’autre de paraître ou de se sentir important. En bref : d’aider quelqu’un à briller et à le tirer vers le haut tout en restant dans l’ombre. « Oui, il existe encore des boulots de domestiques à l’ancienne, de type féodal, soutient David Graeber. À travers l’Histoire, les riches et les puissants ont eu tendance à s’entourer de serviteurs, de clients, de #flagorneurs et autres #laquais. » Exemple ? Jack explique qu’il était démarcheur téléphonique chargé de vendre des actions à des clients, de la part d’un courtier. « L’idée était que, aux yeux du client potentiel, le courtier aurait l’air plus compétent et plus professionnel si l’on sous-entendait qu’il était trop occupé à faire du fric pour pouvoir passer les coups de fil lui-même, précise-t-il. Mon poste n’avait donc strictement aucune utilité, si ce n’est de faire croire à mon supérieur immédiat qu’il était un gros bonnet et d’en convaincre les autres. »

    • Les porte-flingue. Naturellement, le terme n’est pas à prendre au premier degré. Il s’agit d’une appellation métaphorique pour désigner ceux dont le travail a été créé par d’autres et comporte une composante agressive. « Un pays n’a besoin d’une armée que parce que les autres pays en ont une », explique Graeber. Un exemple qui vaut aussi, selon lui, pour les #lobbyistes, les #experts en relations publiques, les #télévendeurs ou les #avocats_d_affaires. « L’université d’Oxford a-t-elle réellement besoin d’employer une douzaine d’experts en #relations_publiques, au bas mot, pour convaincre le monde de son excellence ?, questionne-t-il. Il me semble au contraire qu’il faudrait au moins autant d’attachés de presse et des années d’efforts pour détruire sa réputation d’excellence, et je me demande même s’ils y parviendraient. »

    • Les rafistoleurs. Ou bricoleurs professionnels. Qui sont les #rafistoleurs ? Ceux dont le job n’a d’autre raison d’être que les pépins ou anomalies qui enrayent une organisation : ils sont là pour régler des problèmes qui ne devraient pas exister. Le terme est notamment employé dans l’industrie du logiciel, mais il peut être d’application plus générale. « Les premiers exemples de rafistoleurs auxquels on pense, ce sont des subalternes dont le boulot est de réparer les dégâts causés par des #supérieurs_hiérarchiques négligents ou incompétents », lit-on dans le livre Bullshit Jobs. « Une fois, j’ai travaillé dans une PME comme « testeuse », témoigne une employée. J’étais chargée de relire et corriger les rapports écrits par leur chercheur/statisticien star. »

    • Les cocheurs de case. Pour qu’une organisation puisse exister et que tout le monde sache qu’elle existe, il faut des #cocheurs_de_case. Il s’agit d’employés dont la seule principale raison d’agir est de permettre à une organisation de prétendre faire quelque chose qu’en réalité elle ne fait pas. Voilà une bonne définition de la réunionnite : des réunions sans cesse, pour le principe, et sans intérêt apparent ni aucune décision de prise. Graeber explique que dans la majorité des cas, les cocheurs de case sont tout à fait conscients que leur job n’aide en rien la réalisation du but affiché. Pire encore : il lui nuit, puisqu’il détourne du temps et des ressources. « L’essentiel de mon travail consistait à interviewer les résidents afin de noter leurs préférences personnelles dans un formulaire « loisirs », explique ainsi Betsy, qui était chargée de coordonner les activités de détente dans une maison de repos. (...) Les résidents savaient très bien que c’était du pipeau et que personne ne se souciait de leurs préférences. » Le temps que Betsy passait à remplir ces formulaires était précisément du temps qu’elle ne passait pas à les divertir !

    * • Les petits chefs. *C’est peut-être le profil le plus connu... et le plus haï aussi. Les petits-chefs se divisent en deux sous-catégories. Ceux du premier type n’ont qu’une fonction : assigner ou déléguer des tâches à d’autres. Ils peuvent être considérés comme le reflet inversé des larbins : ils sont tout aussi superflus, mais au lieu d’être les subordonnés, ce sont les supérieurs. Si cette première catégorie est inutile, la seconde est nuisible : il s’agit des petits chefs dont l’essentiel du travail consiste à créer des #tâches_inutiles qu’ils confient à leurs subalternes, ou même de créer de toutes pièces des « jobs à la con. » « Il est très difficile de recueillir des témoignages de petits chefs », observe Graeber. Logique : il est difficile d’admettre être chef et d’avoir un job inutile. « J’ai dix personnes qui travaillent pour moi, mais pour autant que je puisse en juger, toutes sont capables de faire le boulot sans qu’on les surveille, constate Ben, manager intermédiaire dans une entreprise. Mon seul rôle, c’est de leur distribuer les tâches - notez que ceux qui conçoivent ces tâches pourraient parfaitement les leur confier directement. » Ben va même encore plus loin dans sa lucidité quant à son travail : « J’ajoute que bien souvent, les tâches en question sont produites par des managers qui ont eux-mêmes des jobs à la con ; du coup, j’ai un job à la con à double-titre. »

    #entreprise #management #hiérarchie

  • Mary Douglas, un certain goût pour la #hiérarchie
    http://www.laviedesidees.fr/Mary-Douglas-un-certain-gout-pour-la-hierarchie.html

    Méconnue en France, l’œuvre de l’anthropologue Mary Douglas est pourtant fondamentale pour penser les formes élémentaires de l’organisation sociale et de la vie quotidienne. En dévoilant sa trajectoire universitaire et personnelle, ce portrait réhabilite la pensée d’une grande intellectuelle.

    #Essais

    / #culture, #anthropologie, hiérarchie

  • Systèmes de notation au travail, les employés sous pression François Rüchti - 30 Avril 2018 - RTS
    http://www.rts.ch/info/suisse/9525991-systemes-de-notation-au-travail-les-employes-sous-pression-.html

    Après les restaurants, les systèmes de notation s’étendent désormais aux personnes physiques dans des entreprises comme Swisscom, Apple ou Uber. Salaires, promotion et licenciements peuvent dépendre des notes de l’employé.

    La mode vient des Etats-Unis et Apple est pionnier dans le domaine. Après chaque visite dans un magasin, le client est amené à évaluer le vendeur de 1 à 10. En cas de mauvaise moyenne, l’employé « est remis à l’ordre », selon les propos d’un ex-cadre d’Apple Suisse dans l’émission Mise au Point.

    Chez Swisscom, le système de notation est similaire. Ce procédé est cependant décrié par les collaborateurs. « Vous avez toujours la hantise d’arriver et qu’on vous dise ’ta note a baissé’. Il y a des personnes qui ont des angoisses, ce n’est pas possible. Vous ne faites pas du travail correct quand vous avez des pressions à longueur de journée », témoigne une employée sous couvert d’anonymat.

    >> Lire aussi  : Dans des magasins Swisscom, des écoutes de conversations enfreindraient la loi http://www.rts.ch/info/suisse/9526317-dans-des-magasins-swisscom-des-ecoutes-de-conversations-enfreindraient-l

    Course aux bonnes notes
    Officiellement, l’objectif est d’améliorer le service. « Le but est de mesurer la satisfaction de nos clients. Il n’est pas question de mettre une pression exagérée », explique Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom.

    Reste que cette course aux bonnes notes est telle que trois collaborateurs ont récemment triché dans le Jura. Par diverses astuces, ils ont augmenté artificiellement les chiffres des ventes et le résultat des notations. Pincés par la direction, ils ont été licenciés.

    C’est qu’une portion de la rémunération des employés de Swisscom est basée sur le système de notation. « Une partie du bonus de l’ensemble des collaborateurs est payé en fonction de la satisfaction des clients au niveau national, pas directement de la note », précise Christian Neuhaus.

    Être noté ou disparaître
    Le pouvoir des notes ne touche pas que les salariés. Le système a aussi un impact sur les indépendants et les professions libérales par le biais de sites web qui proposent de noter les avocats ou les médecins.
    Pédiatre dans la région genevoise, la doctoresse Cécile Kerdudo Veau figure sur différents sites de notation. « Je n’ai jamais donné aucun accord, je ne me suis jamais inscrite sur Google. Cela s’est fait au fil du temps », déplore-t-elle.

    Ce qui fâche la doctoresse, c’est l’impossibilité de dialoguer avec ces patients anonymes aux notes et commentaires assassins. Cécile Kerdudo Veau a bien demandé à Google de supprimer ses notes, sans succès. L’unique solution proposée par la firme américaine ? Effacer son existence numérique et disparaître d’internet. 

    « Contrôle social »
    Parmi les professions les plus à risque figurent encore les chauffeurs de taxi indépendants, notamment ceux travaillant pour Uber et Drivel. Ces sociétés se débarrassent quasi automatiquement des conducteurs mal évalués. Chez Uber, le système d’évaluation est même poussé à son extrême. Le chauffeur comme le client se notent mutuellement.

    « C’est une forme de mise en discipline de son comportement, où on ne peut pas être spontané. Les comportements atypiques seront sanctionnées. (...) Il y a un vrai contrôle social », analyse Olivier Glassey, sociologue spécialisé dans les nouvelles technologies à l’Université de Lausanne.

    Et la tendance s’accentue en Suisse. Après Swisscom, Apple et Uber, plusieurs grandes entreprises étudient actuellement la mise en place d’un système de notation.

    >> Voir le reportage de Mise au Point : http://www.rts.ch/info/suisse/9525991-systemes-de-notation-au-travail-les-employes-sous-pression-.html

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