• Maddaloni, il restauro del monumento a Carlo Scalera e il colonialismo fascista
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    Riportiamo la riflessione dell’artista locale e cittadina maddalonese Maria Cammarota sul restauro del monumento di epoca fascista dedicato a Carlo Scalera. La riflessione Lasciando da parte la colata di cemento che ha trasformato uno dei pochi spazi verdi del centro cittadino, vale la pena soffermarsi su ciò che si cela dietro queste impalcature. Al centro […] L’articolo Maddaloni, il restauro del monumento a Carlo Scalera e il colonialismo fascista proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

    #Comunicati_Stampa

  • Que faire des #traces du #passé_colonial français dans l’#espace_public ? La question fâche, quelques #villes agissent

    « A l’intersection des rues » (2/3). Au gré des débats politiques, le nom des espaces publics change et de nouvelles personnalités sont mises en valeur. Depuis 2020, des militants et des responsables politiques interpellent les mairies pour faire débaptiser des noms de lieux liés au passé colonial ou, à défaut, donner des clés de #contextualisation.

    #Ruben_Pereira sillonne les rues de Paris, une pancarte en main ornée d’un QR code renvoyant vers une pétition. Son objectif ? Sensibiliser les passants à l’#histoire_coloniale congolaise et militer pour que soit débaptisée l’avenue Léopold-II, dans le 16e arrondissement de la capitale. Le jeune homme est déterminé depuis qu’il a vu, un jour de mai 2025, un documentaire retraçant l’histoire du roi des Belges et souverain du Congo de 1885 à 1908. Un monarque honoré par des statues et des noms de rues en France bien qu’il fût responsable d’une politique violente à laquelle les historiens attribuent la mort de millions de Congolais.

    « Ceux qui travaillaient de force dans les exploitations de caoutchouc avaient les mains coupées lorsqu’ils n’en récoltaient pas assez. De nombreuses femmes ont été violées… Quand j’ai découvert ces atrocités, cela m’a profondément heurté », se remémore l’homme de 22 ans, qui relance alors un combat déjà porté, en vain, en 2010, par l’écrivain Marc Wiltz, auteur d’Il pleut des mains sur le Congo (Magellan, 2022). La tâche s’annonce ardue, mais Ruben Pereira juge essentiel que ce passé colonial soit mieux connu.

    Il a d’ailleurs l’ambition de convaincre les candidats à la Mairie de Paris d’examiner l’épineuse question de la mémoire coloniale « au coin de la rue ». Autrement dit, de s’intéresser aux noms d’espaces publics et de #statues qui honorent, parfois par mégarde et très souvent sans explications, des dates, événements et personnages étroitement associés à l’entreprise coloniale française.

    Les premières remises en cause

    Si ce débat ressurgit de manière récurrente dès les années 2000, notamment en réaction à la loi de 2005 en faveur des Français rapatriés (d’Afrique du Nord), dont l’un des articles évoque le « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », l’année 2020 marque un tournant.

    Cette année-là, la mort de George Floyd aux Etats-Unis et l’internationalisation du mouvement américain Black Lives Matter (« les vies noires comptent ») donnent un nouvel élan au militantisme antiraciste français. Parmi les revendications en faveur d’une société plus égalitaire et non discriminante figure le souhait de remettre en cause des sculptures rendant hommage à des acteurs-clés de la colonisation et de l’esclavage.

    En Martinique, deux statues de Victor Schœlcher (auteur du décret d’abolition de l’esclavage, en 1848, mais partisan de la colonisation au nom de la mission civilisatrice de la France) et deux autres sculptures datant de l’époque coloniale sont alors déboulonnées. A Paris, en 2020, la statue du maréchal Joseph Gallieni (administrateur colonial français et responsable de la répression sanguinaire de la résistance malgache, au XIXe siècle) est taguée et recouverte d’un drap noir par des militants décoloniaux.

    Dans ce contexte, Emmanuel Macron affirme que « la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire » et qu’« elle ne déboulonnera aucune de ses statues ». Conscient de l’enjeu mémoriel, le président de la République confie toutefois à un comité d’experts et de scientifiques, en 2021, le projet « Portraits de France », répertoriant 318 noms de personnes issus des outre-mer, des anciennes colonies et de l’immigration afin de « reconnaître la diversité de l’histoire de France », notamment dans les espaces publics. Cinq ans plus tard, comment les villes répondent-elles à ces demandes liées à la fois à la décolonisation des espaces publics et à la reconnaissance de la diversité ?

    La #débaptisation de l’avenue Bugeaud est exceptionnelle : renommer tous les espaces publics qui « portent le nom de personnes peu fréquentables » serait très compliqué en pratique, puisqu’« il y a énormément de voies » dans la capitale, remarque Laurence Patrice, l’adjointe chargée de la mémoire et du monde combattant à Paris. Un constat que partage Baptiste Maurin, son homologue à la mairie de Bordeaux : « Débaptiser une rue occasionne une logistique assez énorme, notamment des démarches de changement d’adresse pour les habitants de la voie. »

    Les villes volontaristes ont donc plutôt tendance à privilégier les outils de contextualisation pour expliquer les traces du passé colonial français, ou à orienter leurs choix odonymiques de façon à honorer la mémoire de populations longtemps invisibilisées. Paris, par exemple, a dédié une place aux tirailleurs sénégalais (soldats venus d’Afrique pendant la seconde guerre mondiale), une autre à Josette et Maurice Audin (militants de l’indépendance algérienne) et une statue à la « mulâtresse » Solitude (héroïne emblématique de la lutte contre l’esclavagisme à la Guadeloupe).

    A Bordeaux, cinq plaques pédagogiques ont fait leur apparition dans la ville à partir de 2020, et leur nombre doublera bientôt. « Elles permettent de préciser que les négriers et les commerçants coloniaux, à qui on a rendu hommage à une époque, ont participé à une page sombre de l’histoire bordelaise, explique M. Maurin. L’enjeu, pour la ville, est de raconter l’histoire partout où elle peut être. »

    Un clivage gauche-droite très marqué sur la question

    Connue également pour son passé dans la traite des Noirs, la ville du Havre (Seine-Maritime) cherche à mettre à l’honneur, depuis 2020 également, des figures qui font « consensus » en se référant notamment aux « Portraits de France », note Jean-Baptiste Gastinne, l’adjoint chargé de l’urbanisme et de l’environnement. L’élu précise que sa municipalité a récemment consacré des espaces publics à Léopold Sédar Senghor (premier président du Sénégal indépendant, perçu comme un partisan du « néocolonialisme » français par certains détracteurs), à Nelson Mandela (héros de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud) et Aimé Césaire (poète et homme politique engagé contre la colonisation).

    Cependant, le sujet reste très délicat, comme en témoigne l’affaire du quartier La Négresse, à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Elle commence en 2020, quand l’association Mémoires et partages, estimant l’appellation du quartier « raciste » et « sexiste », saisit le tribunal administratif de Pau pour demander sa débaptisation. Cinq ans plus tard, la cour administrative d’appel de Bordeaux enjoint au conseil municipal biarrot de modifier le nom du quartier, donnant raison à l’association, qui dénonce depuis les menaces de mort et le cyberharcèlement dont elle fait l’objet.
    De fait, ces initiatives sont souvent dénigrées, voire publiquement vilipendées. D’aucuns, notamment à l’extrême droite, y voient des tentatives de réécriture de l’histoire. La présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée, Marine Le Pen, avait déclaré, sur LCI, que « la majorité silencieuse des Français commen[çait] à en avoir assez de ces exigences de minorités violentes et excessives », après qu’une statue de Colbert (souvent présenté comme l’artisan du Code noir de 1685) eut été taguée, en 2020.
    Loin d’être un « épiphénomène », ces questions relèvent du « combat mémoriel et politique », observe l’historien Alain Ruscio, spécialiste de l’histoire coloniale française, rappelant que des édiles d’extrême droite ont déjà procédé à des débaptisations lourdes de sens dans leur commune. A Béziers (Hérault), Robert Ménard a fait débaptiser la rue du 19-Mars-1962, date du cessez-le-feu entre l’Algérie et la France, pour lui donner le nom du militaire et résistant Hélie Denoix de Saint Marc, partisan de l’Algérie française ayant pris part au putsch des généraux, en 1961.

    Quelques mois plus tard, le maire (RN) de Beaucaire (Gard), Julien Sanchez, l’a imité en renommant la rue 19-Mars-1962 en rue du 5-Juillet-1962, jour où des dizaines d’Européens sont tués à Oran (Algérie), alors que, dans le reste du territoire, la population célébrait pacifiquement l’indépendance du pays.

    Quatre personnages controversés du passé colonial français honorés par de nombreuses voies

    #Jules_Ferry
    1 351 voies à son nom en France

    Cet homme politique français de la IIIe République est connu pour être l’artisan des « principales mesures de réforme de l’enseignement public (laïcité, gratuité, caractère obligatoire de l’enseignement primaire) » et l’un des participants à l’établissement des « grandes libertés publiques (libertés de réunion et de la presse, liberté syndicale) », écrit sur son site la Mairie de Paris.
    Cependant, Jules Ferry est aussi l’un des responsables de la colonisation de la Tunisie (1881), de l’annexion de Madagascar (1885) et de la conquête du Tonkin (nord du Vietnam, 1882-1885), d’où son surnom de « Ferry-Tonkin ». Il a également été un partisan politique de Pierre Savorgnan de Brazza, responsable de la conquête du Congo à partir de 1879. « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures », déclarait-il dans un discours prononcé en 1885.

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    #Hubert_Lyautey
    202 voies à son nom en France

    Prônant la doctrine de la « mission civilisatrice », comme Joseph Gallieni, son supérieur au Tonkin (l’actuel Vietnam), Hubert Lyautey, est perçu comme une référence dans la gestion « réformatrice » des colonies. Il résume ainsi sa pensée sur la colonisation dans un texte intitulé Du rôle colonial de l’armée : « Le meilleur moyen, pour arriver à la pacification (…), est d’employer l’action combinée de la force et de la politique. »
    Cette « force » est surtout mobilisée lorsqu’il est à la tête du protectorat du Maroc (1912-1925). Le maréchal Lyautey est accusé d’avoir eu recours au gaz moutarde pour vaincre la résistance au pouvoir français, notamment lors de la guerre du Rif (1921-1927). A la fin de sa carrière, il a été chargé d’organiser la célèbre exposition coloniale de Vincennes (1931), décrite par des historiens comme un véritable zoo humain. Des centaines d’hommes et de femmes issus des colonies y sont exposés dans des « villages » reconstitués de manière stéréotypés, alimentant ainsi les représentations racistes à l’égard des populations colonisées.

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    #Louis_Faidherbe
    193 voies à son nom en France

    Général de l’armée du Nord pendant la guerre contre la Prusse (1870-1871), Louis Faidherbe est célébré pour ses victoires lors de plusieurs batailles. Une plaque, devant un monument à sa gloire à Lille, le présente comme un « grand militaire » apportant de « nombreuses connaissances sur la culture des peuples et du territoire africain », en 2017.
    Faidherbe a passé la majorité de sa carrière en Afrique. Il participe à la conquête de l’Algérie (1842-1847 et 1849-1852), avant de devenir gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865). A partir de ce territoire, il lance des « expéditions » brutales et violentes dans l’ouest africain, comme l’ont documenté de nombreux historiens français et sénégalais. Il est aujourd’hui décrit par le collectif « Faidherbe doit tomber » comme un « colonialiste forcené » et un « criminel de haut rang ».

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    #Félix_Faure
    134 voies à son nom en France

    Président de la République française (1895-1899), Félix Faure est reconnu pour ses œuvres diplomatiques, notamment pour le renforcement de l’alliance franco-russe face à la menace allemande. Avant de prendre le pouvoir, il a exercé diverses fonctions dans plusieurs gouvernements, dont celle de sous-secrétaire d’Etat aux colonies.
    Pendant son mandat présidentiel, Faure a pour objectif d’affirmer la puissance coloniale française, surtout en Afrique. Il soutient la seconde conquête de Madagascar (1894-1895) et appuie l’expansion coloniale française en Afrique centrale, en particulier l’« expédition » vers le Haut-Nil de l’officier Jean-Baptiste Marchand (1896‑1899).

    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/01/18/que-faire-des-traces-du-passe-colonial-francais-dans-l-espace-public-la-ques
    #France #toponymie #odonymie #noms_de_rue
    via @fil

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
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    via @karine4

  • Gilles Deleuze et la Palestine
    https://lestempsquirestent.org/fr/numeros/numero-7/gilles-deleuze-et-la-palestine

    Nous évoquerons (...) les quatre éléments qui nous paraissent centraux dans l’analyse deleuzienne de ce conflit (une théorie de la colonisation, le parallèle avec les populations autochtones d’Amérique, le statut du génocide palestinien et l’instrumentalisation de l’antisémitisme). Enfin, nous esquisserons quelques pistes de réflexion plus contemporaines à partir de Deleuze, notamment concernant la victoire de ce qu’il appelle les « forces aveugles de la guerre » à laquelle nous sommes en train d’assister.

    edit "C’est un #génocide, mais où l’extermination physique reste subordonnée à l’évacuation géographique : n’étant que des Arabes en général, les #Palestiniens survivants doivent aller se fondre avec les autres Arabes. L’extermination physique, qu’elle soit ou non confiée à des mercenaires, est parfaitement présente. Mais ce n’est pas un génocide, dit-on, puisqu’elle n’est pas le “but final” : en effet, c’est un moyen parmi d’autres. " G. Deleuze, « Grandeur de Yasser Arafat », 1984.

    #Palestine #colonisation_de_dépeuplement #Gilles_Deleuze #Israël

    • En vertu de cette colonisation de « dépeuplement », une des grandes idées développées dans le texte de Deleuze et Sanbar est le parallèle historique entre le peuple palestinien et les populations précolombiennes massacrées par les colons européens lors de la conquête de l’Ouest. C’est ce qui explique que les Palestinien·nes soient assimilé·es dès le titre aux « Indien·nes », au sens des « Peaux-Rouges ». L’argument, qui naît de leurs conversations communes, a une portée heuristique mais également explicative. Dans les sciences politiques ou dans l’histoire des relations internationales, on explique généralement le soutien des États-Unis par une des quatre modalités suivantes : soit un argument géopolitique selon lequel Israël est un allié stratégique dans une région clef ; soit un argument militaire selon lequel Israël est un laboratoire pour tester des techniques de contre-insurrection ; soit un argument idéologique qui attribue au sionisme chrétien ou à l’AIPAC une influence importante sur le Congrès américain ; soit un argument moral qui prend acte des atrocités de la Shoah et se perpétue progressivement sur cette ligne. Bien que cette quadruple lecture, avec tous les niveaux d’enchevêtrement possibles, soit largement partagée, la thèse Sanbar/Deleuze est qu’en reconnaissant les crimes de guerre, les nettoyages ethniques ou les génocides des Palestinien·nes, les États-Unis devraient reconnaître leur propre histoire coloniale – et donc le génocide des Amérindien·nes. En effet, selon Sanbar et Deleuze, le parallèle entre l’histoire palestinienne et l’histoire américaine éclaire singulièrement le soutien des États-Unis à Israël  : contre les explications habituelles (et parfois tendancieuses) qui interprètent ce soutien par « la puissance d’un lobby sioniste », les auteurs avancent l’idée d’une « destinée commune » entre ces deux pays. La naissance de la jeune Nation américaine s’est faite avec le sang des Native Americans, massacres que les Américain·es se sont empressé·es de transformer en une lutte des « forces civilisationnelles » aux valeurs chrétiennes contre des sauvages dénués de toute morale, notamment par l’entremise d’un récit cinématographique suprémaciste. Selon Deleuze et Sanbar, les Américain·es voient donc dans le projet sioniste le miroir de la grandeur de leur Nation et de son histoire (blanche). L’interprétation deleuzienne rejoint les analyses décoloniales : Deleuze interprète le soutien américain non pas seulement comme un calcul politique, mais comme un choix structurel en lien avec la défense d’intérêts coloniaux et impériaux, et avec la réticence à reconnaître les violences foncières et ethniques subies par les Palestinien·nes. En ce sens, il met au premier plan la question de la justice historique et du droit international.

      #États-Unis #histoire_coloniale #suprémacisme #ethnocratie

  • Quand l’armée française attaquait trois villages kabyles : premières traces d’un massacre

    Pendant plusieurs années, la documentariste #Safia_Kessas, rejointe par l’historien Fabrice Riceputi, a remonté le fil d’un souvenir enfoui dans sa #mémoire_familiale. Celui d’un #massacre commis par les forces françaises en #Kabylie, en mai #1956. Une enquête qu’ils racontent dans une série en cinq épisodes.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/180825/quand-l-armee-francaise-attaquait-trois-villages-kabyles-premieres-traces-
    #histoire #histoire_coloniale #France #film #film_documentaire #documentaire #armée_française

    • Au nom de Safia

      Une interview inachevée de son père Tayeb Kessas en février 2019 a laissé des questions en suspens. Dans cet échange, l’ombre d’une autre Safia, sa tante, est apparue. Les circonstances de sa mort lors de la guerre d’indépendance algérienne sont restées extrêmement floues.

      Il y autour de cette disparition un immense voile de mystère, le poids du #silence, de la mémoire brouillée.

      À partir de ce fragment d’histoire familiale que l’autrice porte sur sa carte d’identité, cette série documentaire part sur les #traces de cette autre Safia, sa tante, pour tenter de retracer le fil de cette femme, une vie qui, comme tant d’autres lors de la guerre d’indépendance algérienne, a été silenciée.

      Alors qu’on célèbre cette année les 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, et pour raconter cette histoire du brouillage mémoriel, de cette #non-transmission de l’histoire, des non-dits, ou des effacements de mémoire, Safia part à la recherche de sa propre histoire familiale pour contrer la transmission des #silences et faire éclore la #vérité, parfois contre les versions officielles de l’Histoire.

      https://www.binge.audio/podcast/programme-b/au-nom-de-safia
      #podcast #audio

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
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  • Da “sudditi coloniali” a partigiani d’Oltremare. Un’esperienza antirazzista della Resistenza

    Giunti in Italia per essere esposti nello “zoo umano” della #Mostra_triennale_delle_Terre_d’Oltremare nel 1940, ne uscirono dopo la guerra come partigiani liberatori. Lo storico Matteo Petracci ha il merito di aver riportato alla luce la vicenda di una dozzina di uomini e donne provenienti dal Corno d’Africa, membri della “#banda_Mario”. Dopo la Liberazione dovettero affrontare però l’“offensiva giudiziaria antipartigiana nell’Italia repubblicana”. L’abbiamo intervistato

    Arrivati in Italia come sudditi coloniali da esporre nello “zoo umano” della Mostra triennale delle Terre d’Oltremare nel 1940, ne uscirono anni dopo, terminata la Seconda guerra mondiale, come partigiani. Erano una dozzina di uomini e donne provenienti dal Corno d’Africa: lo storico Matteo Petracci ha riportato alla luce la loro vicenda unica con il libro “Partigiani d’oltremare. Dal Corno d’Africa alla Resistenza italiana” (Pacini Editore, 2019).

    Le loro storie, insieme a quella dell’italo-etiope Giorgio Marincola e non solo, testimoniano la presenza nelle forze della Resistenza italiana di partigiani provenienti dal continente africano.

    Uno di loro era l’etiope Abbabulgù “Carlo” Abbamagal, che compare in due posizioni diverse nelle foto scattate ai partigiani della banda “Mario”, attiva nelle Marche nei mesi dell’occupazione nazista tra 1943 e 1944. Da queste immagini, conservate presso l’archivio fotografico Anpi di San Severino Marche (MC), prende avvio il nostro incontro con lo storico Matteo Petracci alla scoperta di un’esperienza intrinsecamente antirazzista e meticcia durante la Resistenza italiana.

    Come mai hanno voluto scattare e tramandare, con tutti i rischi che l’eventuale scoperta di quelle foto da parte dei nazifascisti avrebbe potuto comportare, due fotografie praticamente identiche? Che cosa ci rivelano quelle immagini?
    MP Sono state scattate in sequenza: la prima immortala il momento in cui, proprio mentre il gruppo partigiano è in posa su due file, passa il loro compagno etiope che, infatti, compare di striscio e seminascosto sullo sfondo. Decidono allora di farne una seconda, in cui il ragazzo africano si staglia al centro dell’immagine, in mezzo ai suoi compagni di lotta. Queste due foto sono la rappresentazione plastica delle motivazioni ideali che avevano portato queste persone ad armarsi e a lottare contro il progetto nazifascista: richiamando il compagno etiope e facendolo posare al centro della foto hanno voluto enfatizzare una visione del mondo antitetica a quella fascista, sottolineando il valore della solidarietà internazionale e il carattere autenticamente antirazzista della banda “Mario”.

    “A very mixed bunch”, la definì infatti un ex prigioniero inglese. Come mai? Che brigata partigiana era quella che accolse nei suoi ranghi le donne e gli uomini portati in Italia nel 1940 e fuggiti nel 1943 da Villa Spada nel Comune di Treia (MC) in cui erano confinati dopo il trasferimento da Napoli?
    MP La peculiarità di questa formazione partigiana, ovvero la sua composizione marcatamente internazionale, è stata resa possibile da una serie di fattori. In particolare, è stata fondamentale la presenza nei dintorni di diversi campi di prigionia e internamento realizzati dal fascismo nelle zone interne delle Marche e, più in generale, dell’Appennino. La notizia della firma dell’Armistizio l’8 settembre e il conseguente dissolvimento dei centri di comando spinse molti alla fuga, diretti verso le montagne. Qui trovarono dei validissimi alleati all’interno della popolazione contadina della zona: li nascosero, diedero loro da mangiare e fornirono loro le indicazioni necessarie a poter raggiungere i luoghi dove, nel frattempo, si stavano formando i primi gruppi partigiani intorno a figure carismatiche e con un’esperienza politica e militare tale da coagulare intorno a sé i fuggitivi. Mario Depangher era uno di questi: nato a Capodistria nel 1896, conosceva cinque lingue ed era fuggito anche lui dalle prigioni fasciste. Diventò nel giro di poco “la persona giusta nel posto giusto”, aggregando attorno a sé donne e uomini scappati dai campi di prigionia: militari sbandati, antifascisti della zona, preti e anche l’imprenditore Enrico Mattei. Alla banda “Mario” si unirono, dopo la fuga dalla struttura nel Comune di Treia, anche quattro etiopi, portati in Italia nel 1940 per la Mostra triennale delle Terre d’Oltremare e impossibilitati a tornare a casa con l’entrata dell’Italia in guerra. Per loro quattro, a cui si unirono, dopo l’attacco partigiano in cerca di armi a Villa Spada del 28 ottobre 1943, anche altri somali, eritrei ed etiopi, tra cui due donne, la partecipazione alla Resistenza fu una scelta del tutto volontaria e una forma di riscatto personale, ancora prima che politico.

    Nella banda “Mario” c’erano partigiani di tante nazionalità. Come gestivano una questione banale ma centrale nella vita di una qualunque organizzazione come le diversità linguistiche?
    MP Dalle testimonianze raccolte sia da alcuni partigiani sia nei documenti, pare che che ogni singolo gruppo nazionale utilizzasse la propria lingua al proprio interno, mentre l’italiano era una lingua franca, utilizzata e conosciuta da tutti. Molti combattenti della banda “Mario”, infatti, erano stati portati in Italia forzatamente e sapevano benissimo quanto fosse importante la conoscenza della lingua locale, soprattutto in caso di fuga. È curioso notare, però, come ogni tanto le persone che ho intervistato utilizzassero anche parole straniere per descrivere quanto successo in quei mesi nella banda “Mario”: ho immaginato che alcune espressioni, a prescindere dall’origine, fossero diventate di uso comune all’interno di questa formazione partigiana. È come se, in quei mesi, fosse nata una sorta di lingua universale composta da parole provenienti da lingue diverse: era una sorta di esperanto partigiano.

    La storia dei partigiani provenienti dal Corno d’Africa della banda “Mario” non si conclude, però, con la Liberazione. Quali altre sfide dovettero affrontare? Uno di loro si trovò anche sotto processo per omicidio. Ci può raccontare?
    MP Nel luglio del 1944 la zona dove operava il battaglione Mario venne liberata e in molti si trovarono di fronte al dilemma su cosa fare. Alcuni si arruolarono con il Corpo Volontario per la Libertà e continuarono a combattere fino alla Liberazione di Bologna. Con la fine delle ostilità, uno degli ex combattenti etiopi, però, si trovò addirittura a affrontare un processo per episodi successi durante l’esperienza partigiana. Erano gli anni della cosiddetta “offensiva giudiziaria antipartigiana nell’Italia repubblicana” e a farne le spese fu anche l’etiope Abbagirù Abbanagi, partigiano della banda “Mario”, arrestato con l’accusa di aver ucciso un milite fascista per rapina. Dal carcere, con l’aiuto di un amico italiano, cominciò a scrivere delle lettere alla neonata Anpi a Roma che, contattata la sezione locale, lo fece assistere dall’ avvocato antifascista Virginio Borioni, passato sia dalle galere fasciste sia dall’esperienza del confino. Alla fine, grazie al supporto dell’Anpi locale e dell’avvocato, il partigiano etiope venne prosciolto dall’accusa, uscì dal carcere e tornò nel suo Paese. Nel Corno d’Africa era tornato anche un altro dei combattenti africani della banda “Mario”, il somalo Aaden Shire Jamac. A Mogadiscio si iscrisse alla Lega dei Giovani Somali e prese parte al processo di decolonizzazione dell’ex colonia italiana: sarebbe diventato pochi anni dopo ministro nei governi dopo l’indipendenza del Paese.

    https://altreconomia.it/da-sudditi-coloniali-a-partigiani-doltremare-unesperienza-antirazzista-
    #Italie #colonialisme #Italie_coloniale #partisans #Résistance #WWII #seconde_guerre_mondiale #histoire_coloniale #zoo_humain #Carlo_Abbamagal #Abbabulgù_Abbamagal #photographie #Villa_Spada #Treia #montagne #Mario_Depangher #Enrico_Mattei #langue #Corpo_Volontario_per_la_Libertà #Abbagirù_Abbanagi #Aaden_Shire_Jamac #Lega_dei_Giovani_Somali

    • Partigiani d’oltremare. Dal Corno d’Africa alla Resistenza italiana

      Napoli, 1940. L’ingresso dell’Italia nel secondo conflitto mondiale sorprende un gruppo di somali, eritrei ed etiopi chiamati ad esibirsi come figuranti alla Mostra delle Terre d’Oltremare, la più grande esposizione coloniale mai organizzata nel Paese. Bloccati e costretti a subire le restrizioni provocate dalle leggi razziali, i “sudditi coloniali” vengono successivamente spostati nelle Marche dove, dopo l’armistizio dell’8 settembre 1943 e lo sfaldamento dello Stato, alcuni decidono di raggiungere i gruppi di antifascisti, militari sbandati, prigionieri di guerra e internati civili che si stanno organizzando nell’area del Monte San Vicino.

      Attraverso testimonianze, documenti e fotografie, l’autore ricostruisce il percorso di questi Partigiani d’Oltremare, raccontandone il vissuto, le possibili motivazioni alla base della loro scelta di unirsi alla Resistenza e la loro esperienza nella “Banda Mario”, un gruppo partigiano composto da donne e uomini di almeno otto nazionalità diverse e tre religioni: un crogiuolo mistilingue che trova nella lotta al fascismo e al nazismo una solida ragione unificante.

      https://www.youtube.com/watch?v=mdjLAqMB-p4


      https://www.pacinieditore.it/prodotto/partigiani-oltremare

      signalé ici aussi:
      https://seenthis.net/messages/1018245

      #livre

  • But We Built Roads for Them. The Lies, Racism and Amnesia that Bury Italy’s Colonial Past

    In the fiery political debates in and about Italy, silence reigns about the country’s colonial legacy. By reducing the European colonial sweep to Britain and France, Italy has effectively concealed an enduring phenomenon that lasted close to 80 years (1882 to 1960). It also blots out the history of the countries it colonized in Northeastern Africa.

    Italian colonial history began in 1882 with the acquisition of Assab Bay and came to a formal end only on July 1, 1960, when the Italian flag was lowered in Mogadishu, Somalia. It began well before Mussolini’s rise to power and lasted for many years thereafter. It involved both the Kingdom of Italy in the liberal period and the Republic of Italy after World War II.

    #Francesco_Filippi challenges the myth of Italians being “good” colonialists who simply built roads for Africans. Despite extensive historiography, the collective awareness of the nations conquered and the violence inflicted on them remains superficial, be it in Italy or internationally. He retraces Italy’s colonial history, focusing on how propaganda, literature and popular culture have warped our understanding of the past and thereby hampered our ability to deal with the present.

    As in his previous No. 1 Italian bestseller Mussolini Also Did A Lot of Good, Filippi pits historical facts against tenacious popular myths about Italy and Italy’s colonial history.

    https://www.barakabooks.com/catalogue/italy-built-roads
    #colonialisme_italien #modernité #Italie #colonialisme #histoire_coloniale #mensonges #racisme #propagande #passé_colonial #livre

    –-

    ajouté à la métaliste sur le colonialisme italien:
    https://seenthis.net/messages/871953

  • 04.03.2018: Slave trader statue removed

    On 4 March 2018, a statue of former industrialist and enslaver #Antonio_López was removed from the Barcelona square named after him, an initiative backed by members of the city council.

    Inaugurated in 1884, a year after his death, López’s statue was pulled down in the summer of 1936 and its metal used for the war industries, during the fight against the fascists in the civil war. However, it was replaced in the 1940s during Francisco Franco’s dictatorship.

    López was born in 1817 to a poor family in the fishing village of Comillas on the Asturian coast. At the age fourteen he emigrated to Cuba where he set out to make his way in the world in the ruthless fashion of the self-made. Marrying well, he used his wife’s capital to expand into slave trade and sugar plantations. In 1853 he left Cuba for Spain, now an extremely rich man and thus an archetypal indiano – the term used to describe the usually poor emigrants who enriched themselves in the “Indies”, often Cuba.

    In Barcelona, López played a leading role in Catalonia’s incipient industrial revolution and founded three major companies – Tabaco de Filipinas, Banco Hispano-Colonial and Transatlántica Española – all of which were key in the exploitation of Spain’s colonies. Later, the Banco Hispano-Colonial allowed him to lend money to a broke Alfonso XII for which the monarch named him Marqués de Comillas in 1878 – though Barcelona’s popular classes had their own name for him: el Negrero (the Slaver). And, lastly in the trio there is Transatlántica Española, whose ships were used in colonial wars in Cuba and Morocco, and later to transport the recruits which sparked the Tragic Week uprising of 1909.

    López became the richest man in Spain and in 1871 consented for his daughter to marry the son of another slave-enriched indiano, Joan Güell. With the two fortunes welded, their son Eusebi Güell thus became the wealthiest man in Spain and allegedly the tenth richest man in the world.

    https://stories.workingclasshistory.com/article/8023/slave-trader-statue-removed
    #statue #toponymie_politique #toponymie #Barcelone #esclavage #histoire #histoire_coloniale #Espagne #Espagne_coloniale
    ping @cede @reka

  • 65 ans après « #Gerboise_bleue » : La #France toujours dans le #déni

    Le 13 février 1960, l’Etat français expérimentait « Gerboise bleue », le premier de ses 17 #essais_nucléaires atmosphériques et souterrains jusqu’en 1966, à #Reggane, dans le Sud algérien. Sujet #tabou vis-à-vis de la société française et statu quo à l’égard des autorités algériennes qui n’ont eu de cesse réclamer à la France depuis des décennies #réparation pour les graves #dommages occasionnés à l’#environnement et à la population locale exposée aux risques de #contamination sur des générations. D’assumer ses #responsabilités et de fournir documents et informations devant servir à la décontamination des sites. L’Etat français répond à cette demande légitime par le déni, arguant que les essais ont été « propres » et engendrant peu de dégâts.

    Dès le premier essai, « Gerboise bleue », les #retombées_radioactives sont importantes. Elles ont touché une grande partie de l’Afrique au nord de l’Equateur. Treize jours après, elles atteignent les côtes espagnoles et recouvrent la moitié de la Sicile ! C’est ainsi que le jour suivant l’explosion, le #nuage_radioactif arrive en Libye, traverse une partie du Niger pour atteindre les alentours de N’Djamena, capitale du Tchad.

    A J+4, les retombées recouvrent des milliers de kilomètres carrés pour atteindre le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Mali. Douze jours après l’explosion, les retombées radioactives atteignent Alger en passant par le Sahara occidental et le Maroc. Le lendemain, le nuage traverse la mer Méditerranée et approche des côtes espagnoles et de la Sicile.

    On est bien loin de la version officielle française qui laissait entendre dans une #carte publiée par le ministère de la défense français en 2007 dans un document sur les essais français au #Sahara, présenté comme un « gage de transparence » au moment où le gouvernement algérien organisait à Alger une conférence internationale sur les conséquences environnementales et sanitaires des essais nucléaires.

    La délimitation des retombées de « Gerboise bleue » du document de 2007 avait été sérieusement modifiée par rapport à ce qui s’est réellement produit en 1960 et n’indiquait plus qu’un minuscule « secteur angulaire » couvrant une zone non habitée à l’est du point zéro de #Hamoudia.

    On comprendra toute la gravité de cette #désinformation du ministère français de la Défense quand on sait que cette carte de 2007 retouchée a servi à délimiter la zone géographique saharienne où devraient se trouver les personnels civils et militaires et les populations pour bénéficier de la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français du 5 janvier 2010.

    La thèse d’essais « propres » démentie par des experts indépendants

    L’Observatoire des armements /Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits (CDRPC) relève que le nombre global de documents classés « secret défense » relatifs aux essais nucléaires français au Sahara et en Polynésie (1960 – 1996) déclassifiés en 2013 par le ministère français de la Défense est dérisoire : moins de 5%.

    Soit une trentaine de documents sur 154 qui ont de l’intérêt, selon les experts de l’Observatoire qui les ont analysés. Et cette déclassification résulte de la procédure judiciaire engagée en 2004 par des associations de victimes des essais nucléaires français en Algérie et en #Polynésie, l’#Aven et #Moruroa e tatou auprès du Parquet de Paris.

    Tandis que le rapport de 1996 intitulé « La genèse de l’organisation et les expérimentations au Sahara (CSEM et CEMO) » ne faisait pas partie des documents déclassifiés de la série saharienne, alors que sa divulgation, en 2009, par l’Observatoire des armements (revue de l’Observatoire, Damoclès, n°128-129) a mis en évidence que les essais nucléaires français au Sahara n’ont pas été « propres ».

    Ce rapport, classé « confidentiel-défense », est une synthèse rédigée à partir des documents militaires d’époque, classés « secret » ou « confidentiel défense »…

    « Même s’il apporte des informations jusque-là non connues, il s’agit bien d’une ‘relecture officielle’ de la période des essais nucléaires français », note la revue Damoclès. « Les rédacteurs ont dû trier dans les documents sources, ce qui explique les incohérences et surtout les silences et les omissions. » « C’est manifestement le cas pour les ‘ratés’ des essais au Sahara, notamment ‘Gerboise verte’ ou l’accident du tir Béryl »…

    Ainsi, on apprend que sur les treize tirs effectués entre 1961 et 1966, douze ont fait l’objet de fuites radioactives. Seul le tir « Turquoise » du 28 novembre 1964 n’aura pas provoqué de radioactivité à l’extérieur.

    Quant aux conséquences de ces radiations, elles ne se sont pas arrêtées avec la fin des essais et la fermeture administrative des sites, mais perdurent aujourd’hui encore, à la fois compte tenu de la très longue durée de vie de certains éléments radioactifs et du fait que la France a laissé de nombreux déchets nucléaires enfouis dans le désert.

    Feu Bruno Barrillot, expert et cofondateur de l’Observatoire des armements, nous indiquait dans un entretien à El Watan en 2014 que l’urgence, c’est In Ekker, zone où s’est produite la catastrophe de Beryl. L’expert évoquait « une immense coulée de lave de 600 m de long à ciel ouvert.

    On ne pouvait pas l’approcher à moins de 20 m ». « La dernière fois où j’étais passé, des Chinois qui construisaient un aqueduc ont raconté qu’ils avaient retrouvé des fûts de matériaux radioactifs en creusant le sol. A Hamoudia, il reste visiblement des traces de sable vitrifié qui s’effrite et qui peut être emporté par les vents. Une simple poussière inhalée, c’est un risque de développement d’un foyer de cancer. »

    Deux anciens scientifiques du contingent, Louis Bulidon et Raymond Séné, étaient présents à In Ekker en mai 1962. Ils avaient la charge des mesures de radioactivité, et leurs appareils ont enregistré les retombées radioactives du nuage de l’accident Béryl dans l’axe nord-sud, c’est-à-dire sur la zone la plus habitée de la région allant de la montagne du Tan Afela, au nord, à Tamanrasset et jusqu’au fleuve Niger, au sud.

    « Plus de 5000 personnes, hommes, femmes et enfants, habitant cette région du Hoggar, sans compter les quelque 2000 militaires et civils employés aux essais sur la base d’In Amguel et le millier de travailleurs « recrutés localement dans tout le Sahara, ont été affectés par le nuage radioactif. » Toutes les mesures faites par les deux scientifiques ont été enregistrées et restent, aujourd’hui, cadenassées dans les archives françaises gardées secrètes, au nom de « la raison d’Etat ».
    L’Algérie n’a eu de cesse d’appeler la France à assumer ses responsabilités

    Le chef d’état-major de l’ANP, Saïd Chanegriha, avait demandé à son homologue français, François Lecointre, à Alger le 8 avril 2021, « la prise en charge définitive des opérations de réhabilitation des sites de Reggane et d’In Ekker, et la récupération des cartes topographiques permettant la localisation des zones d’enfouissement, non découvertes à ce jour, des déchets contaminés, radioactifs ou chimiques ».

    En juin de la même année, et dans une interview accordée au Point, le président Tebboune appelait « la France à soigner les victimes des essais nucléaires. Le monde s’est mobilisé pour Tchernobyl, alors que les essais nucléaires en Algérie provoquent peu de réactions. Ils ont pourtant eu lieu à ciel ouvert et à proximité des populations ». Récemment encore, il appelait les autorités françaises à venir nettoyer les déchets laissés sur-place.

    Aussi, « l’absence d’informations techniques sur la nature des explosions nucléaires et le matériel pollué enfoui » est un « crime majeur commis par la France coloniale », selon les termes du général Bouzid Boufrioua, chef du service du génie de combat du Commandement des forces terrestres de l’ANP.

    Dans l’éditorial de son édition de ce mois de février 2025, El Djeïch, la revue de l’Armée nationale populaire (ANP), est revenue sur les essais nucléaires français, crime du colonialisme français que l’Algérie commémore pendant ce mois de février. El Djeïch évoque ce « crime odieux qui demeurera, à jamais, une tache indélébile au front de la France coloniale ».

    Dans leur étude, « Sous le sable, la radioactivité »* rendue publique le 27 août 2020, ICAN France*** et l’Observatoire des armements rappellent qu’« à ces matériaux contaminés, laissés volontairement sur- place aux générations futures, s’ajoutent deux autres catégories : des déchets non radioactifs… et des matières radioactives (sables vitrifiés, roche et lave contaminées) issues des explosions nucléaires ».
    Pour Jean-Marie Collin, expert et porte-parole d’ICAN France, « ces déchets sont de la responsabilité de la France et aujourd’hui du président Macron.

    Il n’est plus possible que ce gouvernement attende encore pour remettre aux autorités algériennes la liste complète des emplacements où ils ont été enfouis. Pourquoi continuer de faire peser sur ces populations des risques sanitaires, transgénérationnels et environnementaux ? ». L’Etat français est resté quasiment sourd aux demandes d’information insistantes et de documents référents formulées par les autorités algériennes.

    Le déni français est total. Jusqu’à une information diffusée la semaine dernière selon laquelle les poussières transportées par les vents de sable du Sahara sur la France ne proviennent pas du Sahara et ne sont pas radioactives. La coïncidence de la diffusion de cette information avec la proximité du soixante cinquième anniversaire du premier essai nucléaire français « Gerboise bleue » est édifiante.
    Le « secret défense » français renforcé par la loi de 2008

    Le « secret défense » français a été renforcé par l’adoption le 15 juillet 2008 d’une loi rendant les archives sur les essais nucléaires non communicables sans une autorisation spécifique du ministère de la Défense.

    Assurer la transparence sur ces essais nucléaires par la déclassification des dossiers et rapports significatifs – il en reste des milliers – contribuerait à faire avancer la vérité et à rendre justice aux victimes directes et aux générations futures. Et aussi parce que la communication de la cartographie des sites d’enfouissement est primordiale, afin de les sécuriser et éventuellement de regrouper les déchets selon des normes conformes à la réglementation internationale.

    A noter que le ministère français de la Défense évalue le personnel qui a travaillé pour les essais nucléaires français en Algérie au Centre d’expérimentations militaires (région de Reggane) et au Centre d’expérimentations militaires des Oasis (In Ekker) à 27 000, dont environ 3000 travailleurs algériens employés localement. Quant aux populations de la région de Reggane, elles avaient été estimées à 50 000 personnes en 1957.

    Seules deux victimes algériennes indemnisées par la « loi Morin »

    La « loi de reconnaissance et d’indemnisation des victimes des essais nucléaires de la France », dite « loi Morin », du nom du ministre de la Défense de l’époque, entrée en vigueur le 5 janvier 2010, a été obtenue après plus de dix ans d’actions menées par les associations et leurs soutiens auprès des parlementaires, des autorités politiques et militaires, des médias. Il a fallu ensuite encore quasi une dizaine d’années pour que la loi puisse commencer à bénéficier à des victimes.

    Elle repose sur trois conditions pour le dépôt d’un dossier de demande d’indemnisation : 1/ avoir résidé sur les zones définies par décret où se sont déroulés les essais ; 2/ durant une période comprise entre le début et la fin des essais et 3/ avoir contracté une des 23 pathologies reconnues comme potentiellement radio-induites listées par décret.

    Dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué. Les dossiers doivent se faire en langue française, les démarches se font essentiellement par internet, il faut fournir nombre de documents administratifs, dossiers médicaux difficiles à obtenir.

    En Polynésie, les associations aident les populations, des équipes socio-médicales ont également été envoyées sur-place pour favoriser le montage de dossiers. Ce qui a permis de diagnostiquer 13 000 personnes impactées par une des maladies répertoriées dans la loi Morin, dont 400 ont été indemnisées.

    Jusqu’à fin 2023, ce sont 1026 victimes qui ont été indemnisées en tout, dont seulement deux résidant en Algérie ! Une commission d’une trentaine de députés français qui s’est emparée de la loi en vue de son amélioration pour qu’elle bénéficie au plus grand nombre de victimes doit rendre public son rapport courant juin prochain. La partie algérienne jusqu’à l’indépendance de l’Algérie est concernée par les travaux de cette commission.

    Concernant la prise en charge des victimes algériennes irradiées, l’indemnisation potentielle par l’Etat français des Algériens irradiés ne constitue pour les autorités algériennes qu’un aspect du traitement global de la question des retombées nocives des essais nucléaires durant les années 1960. C’est pourquoi l’Algérie plaide pour un règlement global collectif et non une prise en charge individuelle des victimes. -N. B.

    https://elwatan-dz.com/65-ans-apres-gerboise-bleue-la-france-toujours-dans-le-deni

    #histoire #histoire_coloniale #nucléaire

  • #Namibie #1904 : Le #génocide qui a inspiré les #Nazis

    En 1904, dans la colonie du #Deutsch-Südwestafrika, une rébellion des peuples #Herero et #Nama déclenche une répression d’une #violence inouïe. Aujourd’hui considéré comme le premier génocide du XXème, on se pose la question de savoir dans quelle mesure ce « premier génocide allemand » a t-il servi de source d’#inspiration pour les crimes nazis.

    https://www.youtube.com/watch?v=D6mPNQ8ITPA


    #histoire #histoire_coloniale #Allemagne_coloniale #colonialisme #colonialisme_allemand
    #vidéo #documentaire #film_documentaire

  • Le #rapport sur la #colonisation française au #Cameroun remis au président Paul Biya

    La commission sur le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes au Cameroun a remis son rapport ce mardi 28 janvier au président Paul Biya, une semaine après avoir été remis au président Emmanuel Macron. Le groupe, composé de quatorze experts, a travaillé pendant deux ans, et espère que ses travaux seront intégrés dans des programmes scolaires.

    Cette commission, née de la volonté des deux présidents, avait été annoncée lors de la visite d’Emmanuel Macron il y a deux ans au Cameroun. Elle devait dépoussiérer des archives jusqu’ici gardées secrètes sur la période allant de 1945 à 1971, pendant laquelle la France a mené une #guerre sanglante contre des nationalistes opposés à la présence de cette ancienne puissance colonisatrice au Cameroun.

    En deux ans de travaux, la commission dit avoir dépouillé 1 100 cartons d’#archives, avoir eu accès à 2 300 documents déclassifiés et réalisé une centaine d’entretiens, entre autres. Un travail que les membres qualifient de « titanesque » et qui n’a pas été sans défis, l’équipe étant pluridisciplinaire, constituée de quatorze experts équitablement répartis entre français et camerounais.

    Alvine Ndi Assembe, historienne camerounaise, est une membre de la commission : « En tant qu’individus ayant des trajectoires différentes, nous avions chacun ses sensibilités. J’en veux pour exemple mes divergences avec le professeur Koufan sur le rôle du président Ahmadou Ahidjo, ça a été très tendu. Et Dieu seul sait combien de fois nous avons dû écrire des parties du rapport ensemble ».

    Répandre les nouvelles connaissances

    Si les présidents Emmanuel Macron et Paul Biya ont eu la primeur de ce volumineux travail consigné dans un rapport de mille pages, l’historienne française Karine Ramondy, qui co-présidait avec le chanteur camerounais Blick Bassy cette commission, a assuré que le rapport serait disponible en libre accès sur Internet.

    Cette volonté de partage ne s’arrête pas là : des recommandations ont ainsi été faites pour que cette période trouble et méconnue de l’histoire du Cameroun soit enseignée. « L’une des demandes qui a été faite aux deux présidents de la République, c’est de faire entrer cette guerre du Cameroun comme une autre guerre de décolonisation dans les programmes scolaires. Nous avons fait des recommandations, et nous les avons faites tout notre sérieux, notre objectivité, mais là suite politique ne nous appartient pas », rappelle Alvine Ndi Assembe.

    Une préoccupation à laquelle le président Paul Biya a fait lui aussi mention au palais de l’unité lors de la réception du rapport. Il a évoqué la construction de lieux de mémoire à travers le pays et l’adoption de nouveaux programmes d’enseignement.

    https://www.rfi.fr/fr/afrique/20250128-le-rapport-sur-la-colonisation-fran%C3%A7aise-au-cameroun-remis-au-pr%C

    #France #histoire_coloniale

    ping @reka

  • Le #Mandat français sur la #Syrie : une #domination_coloniale sans cesse contestée, par Alain Ruscio

    Le #Mandat_français sur la Syrie (1920-1946)

    Au terme de la Première guerre mondiale, la toute jeune Société des Nations (SDN) donna mandat au Royaume-Uni (en Irak et Palestine) et à la France (en Syrie et au Liban) d’administrer cette région, relevant auparavant de l’autorité de l’Empire Ottoman vaincu, à condition de rendre compte régulièrement de leur politique et de leurs actions, jusqu’au terme de la mission, l’indépendance.

    Mais les deux puissances gérèrent de façons radicalement différentes ces mandats.

    La brutalité – la France bombarda Damas en 1925 et en 1945 – et le refus obstiné d’envisager l’indépendance exigée par les nationalistes marquèrent la politique française, contribuant à une dégradation de l’image internationale du pays.

    « Cette terre qu’on a pu appeler la France du Levant… »[1]

    La France avait de longue date noué des contacts avec les habitants de la région. D’une formule, le général Édouard Brémond, qui connaissait bien la région, résuma cette ancienneté : « La Syrie, ce pays qui tient aux fibres de la France depuis Pépin le Bref, d’une manière si continue et si constante » (L’histoire secrète du traité franco-syrien, 1938)[2].

    Sous le Second Empire, son intervention ferme au Liban en faveur des chrétiens maronites, victimes de massacres, en 1860, lui avait valu reconnaissance et rayonnement, en tout cas pour une partie de la population, dans cette région. Nul doute que cette politique, à caractère humanitaire, avait également comme fonction d’affirmer les droits de la France face à l’éternel rival britannique.

    Cette histoire multiséculaire transpire dans l’ouvrage de Barrès, Une enquête aux pays du Levant, mi-journal de voyage, mi-réflexion sur la place, naturelle et prépondérante, de la France dans la région, écrit en 1914[3].

    Le tout sur un fond général d’esprit de croisade : « Sur cette terre d’Orient, une lutte qui dure depuis le Moyen-Âge est engagée entre la civilisation méditerranéenne, à base de christianisme, et l’Islam asiatique » (Robert de Beauplan, L’Illustration, 16 mars 1929)[4].

    Tout au long de la période des mandats, les Français présenteront leur politique comme correspondant à une mission très anciennement ancrée dans le temps, justifiée par des relations culturelles étroites et une présence (réelle) de la langue française dans la région : « Les traditions françaises sont très vieilles au Liban et en Syrie. Sans remonter jusqu’aux croisades (…), nos missionnaires, nos marins, nos ingénieurs ont, depuis longtemps, apporté leur dévouement et leur intelligence sur ces côtes. Nos missionnaires ont appris notre langue à la jeunesse depuis des générations, et il n’est pas de pays étranger au monde (…) où le français soit parlé aussi couramment qu’au Liban » (Général Gouraud, La France en Syrie, 1922)[5].

    Il est évidemment une autre raison à l’intérêt de la France pour la région : de solides intérêts économiques, installés bien avant 1914 dans cette partie de l’ex-Empire ottoman[6]. Après la guerre, cependant, c’est plus en termes de potentiel que de profits immédiats que certains raisonnent. Le Haut commissaire lui-même, le général Gouraud, justifia ainsi la politique française dans la région : « Il faut qu’on le sache en France : la Syrie est un pays très riche (…). Pour résumer d’un mot : “L’affaire payera“. Voilà pourquoi nous devons rester en Syrie et pourquoi nous y resterons » (Déclaration, Marseille, 9 novembre 1920)[7]. Un député de droite, Edouard Soulier, de retour de Syrie, expliqua à ses collègues : « La France récoltera. Si vous me permettez une comparaison familière, je dirai que, sous nos dépenses pour la Syrie, nous sommes comme le particulier qui fait figurer sur son livre de dépense : “Achat de titres de rentes : tant“. La dépense est peut-être forte, l’intérêt viendra. La dépense aujourd’hui est forte pour la Syrie, l’intérêt viendra, il viendra de toute façon. C’est un pays merveilleusement intéressant, nous devons le dire, le proclamer pour qu’on y aille (…). Surtout – et c’est ici que je suis sur le terrain le plus solide, celui que vous estimez le plus au point de vue économique – la Syrie, sous notre direction, et tant que nous serons là, parce que les Syriens eux-mêmes ne sont pas complètement des gens d’initiative et de persévérance, la Syrie pourra être pour la culture un pays plus merveilleux encore qu’il ne l’est ; il y a à entretenir ou à refaire les ports, il y a à multiplier les chemins de fer, à les envoyer comme de grandes mains tendues vers le centre de l’Asie. Au point de vue minier, les prospections n’ont, jusqu’ici, pas donné grand’ chose, mais comme l’antiquité y avait trouvé des richesses, on en retrouvera peut-être. Nous reboiserons, nous irriguerons, nous labourerons… » (Chambre des députés, 11 juillet 1921).

    Cette mise en valeur, dans l’esprit de l’orateur, devait être évidemment faite d’abord par des entreprises françaises.

    Le partage franco-britannique[8]

    L’entrée de l’Empire ottoman dans la guerre, dès octobre 1914, aux côtés de l’Allemagne, va ouvrir l’ère des tempêtes pour cette région. Dès ce moment, Britanniques et Français réfléchissent à la politique à suivre, après la victoire espérée face à cette coalition. En mai 1916, un mémorandum secret entre Sir Mark Sykes et François Georges-Picot[9] envisage le partage futur en zones d’influence. Le Levant est considéré comme une aire d’influence de la France, l’Irak et la Palestine revenant au Royaume-Uni.

    Mais le nationalisme arabe, entré en effervescence, ne veut pas qu’à l’emprise turque succède une domination occidentale. Sur te terrain, les Britanniques mènent un double jeu subtil, encourageant le nationalisme arabe, tout en multipliant les déclarations d’amitié à l’égard de la France. Le Shérif Hussein, autoproclamé Roi des Arabes, et son fils Fayçal mènent la lutte contre les Ottomans, avec le soutien des services britanniques (rôle du colonel Lawrence). C’est de concert que les troupes anglaises et celles de Fayçal entrent dans Damas (1er octobre 1918). Les Français, à la présence militaire insignifiante dans la région, ont été systématiquement écartés de ces événements.

    Fin octobre 1918, la guerre se termine de la même façon que sur le front ouest : l’allié de l’Allemagne, l’Empire Ottoman, est défait et son démembrement peut commencer.

    Londres est alors devant un choix : respecter l’accord Sykes-Picot ou continuer le soutien à Hussein-Fayçal. Le gouvernement britannique, lui-même en butte à des difficultés, privilégie la solidarité inter-impérialiste. Le président du Conseil français Clemenceau et le Premier ministre britannique Lloyd George entament des négociations, afin de confirmer le partage du Moyen-Orient en zones d’influence.

    Lors de conférence de la paix, qui s’ouvre à Paris le 12 janvier 1919, la question est réétudiée et entérinée. Ni les représentants des populations concernées, ni les autres délégations (États-Unis en particulier) ne sont associés à ces décisions. Le traité, finalement signé à Versailles le 28 juin 1919, n’évoque pas la question, malgré les protestations arabes. Il en est pourtant question dans les statuts de la SDN, fondée par ce même traité. Mais le moins que l’on puisse dire est que ces statuts étaient viciés dès l’origine par des formules ambigües : « Certaines communautés qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules » (Pacte de la SDN, article 22). Les Français liront surtout le mot Mandataires et le verbe Guider, les nationalistes arabes l’expression Nations indépendantes et l’adverbe Provisoirement. En fait, le drame de la notion de Mandat était son statut incertain « lacune considérable qui contient en germes tous les litiges »[10]. Qui, réellement, en France, a fait la différence entre Mandat et Protectorat voire, pour certains, entre Mandat et Colonie ? À lire la majorité des discours politiques et des reportages de presse ou à observer les cartes de l’époque (les taches roses de l’Empire), on a l’impression que beaucoup ont considéré que notre domaine s’était enrichi et que, comme l’Algérie, comme l’Indochine, le Levant nous appartenait. Nul ne proteste, et bien peu s’interrogent, par exemple, lorsque les organisateurs de l’Exposition coloniale de Marseille, dès 1922, font construire un Pavillon des intérêts français dans le Levant. A fortiori, en 1931, à Vincennes, on n’a même plus cette hypocrisie : le Pavillon des États du Levant met donc les Mandats sur le même plan que les colonies[11].

    Un acteur important des événements écrira plus tard : « Pour la masse de l’opinion française, la France “possède“ la Syrie. Son devoir est de l’administrer, d’y sauvegarder les intérêts français. Mais on ne “traite“ pas avec les colonies. On les garde. On les défend contre les périls extérieurs. On les administre. Et c’est tout… Pour la plupart des Français, en effet, “notre mandat“ en Syrie n’est guère qu’une fiction. Notre devoir est de tenir ce que nous possédons, et un règlement du genre de celui que nous avons été amenés à envisager[12] apparaît – le mot a été prononcé – comme une trahison » (Pierre Viénot, Le Mandat français sur le Levant, 1939)[13]. L’auteur employa ce jour-là des formules (« pour la masse de l’opinion française (…) pour la plupart des Français »), mais, par expérience, il savait bien que beaucoup de décideurs avaient le même état d’esprit.

    Ce n’est qu’a posteriori que la conférence de San Remo confirme l’attribution des mandats (26 avril 1920), charge à Londres et à Paris d’en préciser la répartition et le contenu exact, ce qu’ils feront lors de la conférence franco-britannique de Londres (24 juin 1922)[14].

    En fait, dès leur prise de mandat, les Français façonnent la région, selon le vieux principe diviser pour régner : ils constituent la nouvelle Syrie autour des États d’Alep et de Damas et du sandjak d’Alexandrette (capitale Damas), l’État des Alaouites avec les sandjaks de Lattaquié et de Tartous (capitale Lattaquié), l’État du Djebel druze (capitale Soueida) et l’État du Grand Liban (capitale Beyrouth), lui-même cependant en quatre sandjaks, Liban-Nord, Mont-Liban, Liban-Sud et Bekaa et en deux municipalités autonomes, Beyrouth et Tripoli.

    « Il n’y a pas d’unité nationale syrienne »

    Il y eut une permanence du regard français sur la Syrie, durant toute la période : ce pays n’avait pas d’unité ethnique, religieuse et, partant, nationale.

    Il y avait cependant une donnée gênante – mais incontournable : on n’avait guère demandé l’avis des plus concernés, les peuples de la région. Or, si le Liban fut, peu ou prou l’enfant sage des États de la région à l’ère des mandats (l’influence française y était ancienne, la francophonie solidement implantée la communauté chrétienne plutôt accueillante), avec la Syrie, il en alla tout autrement.

    Tout à fait au début de la gestion mandataire, le député communiste Marcel Cachin interpelle le gouvernement et exige l’indépendance de la Syrie. Réponse du président du Conseil : « Il faut ne pas connaître l’histoire de la Syrie pour parler ainsi. Il n’y a pas là-bas un peuple ayant des traditions, des vues, des buts communs. Il y a des peuples qui peuvent vivre dans la liberté, par le moyen d’un système fédéral, mais qui, entre eux, ont besoin d’un lien et ont besoin de faire un effort administratif commun. En constituant pour eux ce lien, la France leur rend le plus grand service qu’ils puissent désirer » (Aristide Briand, Chambre des députés, 12 décembre 1921). Le grand reporter Albert Londres, qui enquête alors sur place, pense la même chose : « Y a-t-il une Syrie, des Syriens ? Au point de vue ethnique, on trouve un mélange de Libanais, d’Arabes, de Druses et de Turcs ; au point de vue confessionnel, quelque vingt-neuf religions ou sectes (…). Qu’est la Syrie ? Ce n’est pas un pays de nationalités mais de religions. En Syrie, il n’y a pas de Syriens (…). En tout vingt-neuf religions. Et le pays ne compte que deux millions huit cent mille habitants. Comment s’entendront-ils au paradis ? Pas de lien patriotique et, pour lien social, la communauté religieuse » (Le Petit Parisien, 16 décembre 1925)[15].

    Même au lendemain de la crise finale du printemps 1945, au cours de laquelle les Français furent payés pour savoir que le nationalisme syrien existait, le chef du GPRF persistait dans les mêmes schémas : « Il est très difficile de réaliser une entité géographique et politique qui s’appelle la Syrie. La Syrie est un ensemble de régions très distinctes les unes des autres, peuplées de populations extrêmement différentes et pratiquant des religions diverses ; d’où la difficulté particulière de conduire la Syrie jusqu’à devenir un État fonctionnant et se développant normalement » (Charles de Gaulle, Conférence de presse, 2 juin 1945)[16].

    Un conflit d’ampleur

    Si l’expression guerre de Syrie n’est pas passée dans le vocabulaire historique, c’est pourtant bien un conflit d’ampleur qui eut lieu durant les premières années de l’implantation du mandat.

    Le 8 octobre 1919, le général Gouraud est nommé Haut commissaire de France[17], signe évident du caractère prioritairement militaire de cette présence (Gouraud était l’ancien commandant en chef du Corps expéditionnaire aux Dardanelles). Dès ce moment, des troupes françaises commencent à relever les Britanniques. Malgré des entretiens informels et inaboutis entre Clemenceau et Fayçal, l’armée française rencontre sur le terrain une hostilité systématique. Sur la route de Damas, elle est accrochée à Maysalûn, le 24 juillet 1920, par un contingent militaire syrien sous les ordres du ministre de la Guerre de Fayçal, Youssef bey Azmi. Si cette bataille ne dure qu’une journée, elle est d’une extrême violence. De l’aveu même de Gouraud, elle est comparable à certains épisodes de la Première Guerre mondiale : « Les chars d’assaut et l’aviation ont combattu à coups de bombes et de mitrailleuses comme dans les combats de la Grande Guerre et ont pris une très grande part dans le succès » (Télégramme au Quai d’Orsay, 24 juillet 1920)[18]. Gouraud estime les pertes françaises à 150 hommes. On peut imaginer ce que furent celles des Syriens.

    Le lendemain, l’armée française entre dans Damas. La presse française quasi unanime se félicite de cette leçon administrée à des Syriens présentés comme bellicistes : « Nous sommes entrés à Damas. Attaquées par les Chérifiens, nos troupes battent l’adversaire » (L’Intransigeant, 26 juillet 1920)… « Les événements démontrent non seulement la force de la France, mais aussi sa bonne foi » (Le Temps, 26 juillet 1920). Mais la portée militaire de l’événement est niée : « C’est une mesure de police qui ne doit revêtir aucun caractère d’hostilité contre la population arabe » (Le Matin, 26 juillet 1920). Le Gaulois se permet cette précision : notre tâche sera « relativement aisée » si nous maintenons notre confiance à Gouraud[19]. Erreur, lui répond le billettiste de l’alors socialiste Humanité, appelé plus tard à une certaine carrière politique : « Bien que, d’après la dépêche officielle, la résistance paraisse brisée, ce n’est qu’un commencement » (Léon Blum, L’Humanité, 26 juillet 1920). Un quart de siècle durant cette résistance donnera raison à Blum.

    La politique française apparaît alors d’une totale limpidité : il s’agit de contrecarrer l’influence arabo-musulmane (Syrie) par une politique d’avantages à la communauté chrétienne (Liban). Pour ce faire, la diplomatie française commence par réduire le territoire syrien, tel que l’avait imaginé Fayçal, en mettant en place une entité dite Grand Liban (1er septembre 1920) qui, outre le mont Liban, intègre la vallée de la Bekaa et le littoral. Afin que nul ne se trompe sur l’indépendance de ce nouvel État, son étendard est symboliquement « aux couleurs françaises avec un cèdre sur la partie blanche du pavillon »[20].

    Que faire de ce qu’il reste de la Grande Syrie ? La diviser encore. La politique française est résumée par le conseiller civil de Gouraud, Robert de Caix : « Nous sommes à même de modeler la Syrie au mieux de nos intérêts et des siens. Les uns et les autres, comme aussi la réalité de son état politique, recommandent non une monarchie militaire, nationaliste, xénophobe, théocratique même dans une certaine mesure, mais une série d’autonomies à forme républicaine et constituant une fédération dont le lien serait l’organe représentant la France » (Robert de Caix, Note, 17 juillet 1920)[21]. Toute la politique française vis-à-vis de la Syrie jusqu’en 1945 est dans ce texte : « modeler la Syrie au mieux de nos intérêts » (évidemment cités en premier, l’expression « et des siens » apparaissant comme une simple formule polie) ; le refus d’une « monarchie militaire, nationaliste, xénophobe, théocratique » (le pouvoir fayçalien, mais à la vérité tout pouvoir central syrien) ; enfin, la mise en place d’une « fédération dont le lien serait l’organe représentant la France ».

    Selon cette logique, Gouraud découpe littéralement le pays : État d’Alep, État de Damas, territoire autonome alaouite, enfin État du Djebel druze. Bien au delà des rangs des nationalistes, les Syriens sont exaspérés. Le Mandat, qui avait déjà été difficilement accepté, est devenu en moins d’une année le synonyme de la perte de toute identité.

    Une paix jamais vraiment assurée

    Malgré les déclarations apaisantes – plus à vrai dire à l’intention de la SDN que de l’opinion – des gouvernements, les troupes françaises furent l’objet d’un perpétuel harcèlement de la résistance syrienne. On le vit bien lors de la grande révolte druze, étendue à Damas (1925-1926), qui ne put être matée par les troupes du général Sarrail, haut commissaire, et du général Gamelin, commandant en chef, qu’au prix de bombardements intensifs sur Damas (19 au 21 octobre 1925), faisant des milliers de morts. Le Temps, pourtant partisan de l’intervention, se fait l’écho de la presse anglaise – mieux informée sur place que la française : « Les pertes de la population indigène à Damas sont évaluées à 1.200 personnes, mais on croit que ce chiffre pourrait être plus élevé (…). La partie de la ville qui est maintenant inhabitable, abritait – dit-on – 120.000 personnes »[22].

    D’autres bombardements, cette fois aériens, auront lieu en mai 1926. Nul besoin, dès lors, de propagande nationaliste pour que naisse et explose un sentiment antifrançais. Quant à l’image internationale de la France, elle fut évidemment et fortement entachée, y compris chez ses alliés. Le même article du Temps précisait que Washington s’apprêtait à demander des réparations à Paris s’il s’avérait que des intérêts américains avaient été atteints.

    Il fallut attendre 1928 pour qu’un nouveau Haut commissaire, le cinquième en sept années, Henri Ponsot, lève l’état de siège. Si cette décision prouvait le rétablissement de l’ordre colonial, elle ne préfigurait cependant en rien une solution politique.

    Une tentative échoue, toujours en 1928. Ponsot provoque des élections plus ou moins contrôlées – et surtout excluant le territoire alaouite et le Djebel druze – mais, devant le succès nationaliste, dissout l’Assemblée et promulgue unilatéralement une Constitution.

    Cruauté des parallèles : c’est exactement à ce moment que les Britanniques passent à la phase active du processus qui mènera à l’indépendance de l’Irak. Un traité est signé le 30 juin 1930, débouchant sur une admission à la SDN le 30 mai 1932, l’Irak devenant le premier État arabe à connaître cette consécration internationale. On imagine que cette évolution fut suivie avec passion par les Libanais et les Syriens.

    Les hommes politiques les plus lucides, en France, se rendent à l’évidence : contrairement aux affirmations du début du mandat, le sentiment national, dans la région, est une force ; le Corps expéditionnaire ne contrôlera jamais réellement le pays, et les rares Syriens qui acceptent de collaborer avec la puissance mandataire sont isolés.

    Comme pour inaugurer l’année 1936 qui verra des transformations en France, Damas se soulève de nouveau en janvier de cette année, à l’occasion des cérémonies du 40 è jour après lé décès d’Ibrahim Hananou, fondateur du Bloc national[23]. De nouveaux affrontements font plusieurs dizaines de morts. La loi martiale est rétablie. L’histoire se répète : va-t-on vers une nouvelle bataille de Damas, comparable à celle, tragique, d’octobre 1925 ?

    Le Haut commissaire alors en place, le comte Damien de Martel, penche pour le langage habituel dans ces cas-là, la répression. Mais, en haut fonctionnaire discipliné, il interroge le Quai d’Orsay : doit-il rétablir l’ordre à tout prix ou entrer en négociations avec les nationalistes ?

    Promesses et revirements

    Fort heureusement, le ministre des Affaires étrangères Pierre-Étienne Flandin, un conservateur affirmé, n’est nullement un jusqu’au-boutiste. Il donne au Haut commissaire la consigne d’éviter de perpétuer la violence. Des négociations avec les éléments nationalistes commencent, puis aboutissent à un projet de traité, le 1er mars 1936. Les principales revendications syriennes sont acceptées. Le principe d’un voyage d’une délégation syrienne à Paris, afin de finaliser le projet, est arrêté. La sortie – enfin pacifique – de la crise s’esquisse.

    Du côté libanais, l’accord franco-syrien a un certain écho. Le chef de la communauté maronite, Mgr Arida, demande que son pays ait le même traitement.

    Contrairement à bien des idées reçues, ce n’est donc pas l’avènement du Front populaire[24] qui a amené la réorientation de la politique française au Levant. Par contre, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Yvon Delbos et, surtout, son secrétaire d’État, Pierre Viénot, ont eu l’intelligence de maintenir M. de Martel, qui avait désormais l’oreille des nationalistes, à son poste.

    La personnalité de Pierre Viénot doit ici être soulignée. Ancien secrétaire particulier de Lyautey à Rabat (1920-1923), libéral authentique, sympathisant socialiste (il n’adhérera à la SFIO qu’à la chute du gouvernement Blum), prenant l’avis d’experts, comme Louis Massignon ou Robert-Jean Longuet, il donne immédiatement à sa mission une appellation : la « politique de confiance »[25]. En Tunisie et au Maroc, il n’hésitera pas à affirmer, face aux prétentions des colons, que « certains intérêts privés des Français de Tunisie ne se confond(ai)ent pas nécessairement avec l’intérêt de la France »[26]. Tout au long de son court mandat (juin 1936-juin 1937), il agira en honnête homme, tentant de mettre en accord ses conceptions libérales et ses actes.

    Début septembre, la délégation syrienne, prévue par le texte du 1er mars, arrive à Paris. Le 7, le Conseil des ministres analyse le projet de Traité franco-syrien d’alliance et d’amitié qui, suivi d’un Traité similaire avec le Liban, sera appelé à mettre fin aux Mandats[27]. Par une sorte de naïveté, côté français, c’est le texte du traité… irako-britannique de 1931 qui a servi de modèle[28]. Le droit à l’indépendance est formellement reconnu, mais est assorti de garanties pour la partie française : les deux pays devaient, durant les 25 années suivantes, s’entretenir régulièrement, les Syriens acceptaient le maintien de deux bases militaires françaises, plus celui de troupes, durant cinq ans, dans le pays alaouite et dans le Djebel druze, s’engageaient enfin à choisir des conseillers français pour certains postes, etc.[29].

    Le traité est paraphé par le leader syrien Hachem bey Atassi et par Pierre Viénot le 9 septembre, en présence du président du Conseil, Léon Blum. Viénot emploie des mots forts. Il salue le « patriotisme éclairé » des délégués syriens, puis conclut : « Ces textes substantiels qui traduisent notre amitié et qui embrassent tous les aspects des futurs rapports entre la France et la Syrie sur les bases de complète liberté, souveraineté et indépendance, ont une haute signification. Ces textes ouvrent la voie à la reconnaissance de la souveraineté de la Syrie par tous les États membres de la Société des nations. Ils donnent ainsi une satisfaction éclatante aux légitimes aspirations du peuple syrien » (Pierre Viénot, Déclaration, 9 septembre 1936)[30].

    Puis, le 20 octobre, Damien de Martel fait le voyage à Beyrouth pour entamer une négociation visant à parvenir à un accord franco-libanais. Lequel est signé le 13 novembre[31].

    Il y a cependant une différence de nature entre les traités. Si l’accord franco-syrien débouchait – ou aurait dû déboucher (voir infra) – sur une reconnaissance de l’indépendance, celui entre Paris et Beyrouth ressemblait plus à un protectorat. Le président de la République du Liban, Émile Eddé, ancien élève des Jésuites, qui avait vécu en France[32], craignait surtout « le joug musulman », une intégration à terme dans une grande Syrie, préférant « être conduit et corrigé par un berger que mangé par les loups »[33].

    En France, la nouvelle est dans l’ensemble plutôt bien accueillie, même par le conservateur Figaro[34]. La presse nationaliste, L’Action française, L’Écho de Paris, naguère si riches en informations et en protestations, ne font que signaler l’événement, sans commentaires. On a un peu l’impression qu’après plus de quinze années de relations conflictuelles, la France avait soudain envie de se débarrasser d’un fardeau, tout en se donnant bonne conscience quant aux intérêts français : « Ce projet, lorsqu’il aura été définitivement ratifié, est de nature à consolider sur le plan contractuel une position d’influence française que le maintien trop prolongé d’un régime d’autorité pouvait risquer à la longue de compromettre » (Le Temps, 8 septembre 1936). Le climat entre la France et les États naguère tenus en tutelle connaît alors une nette amélioration. Un (court) temps, l’image de la France dans le monde arabe redevient bonne. Pierre Viénot rencontre même à Genève l’homme politique et journaliste druze Chekib[35] Arslan[36], jusque là hyper-critique contre la France. Celui-ci le félicite et réitère son jugement positif dans un article de La Nation Arabe[37].

    Il reste alors, toutefois, aux deux Parlements à ratifier ce texte. Par ailleurs, une période probatoire de trois années est prévue, afin que les Syriens aient le temps de mettre en place un État, puis de poser la candidature de leur pays à la SDN.

    L’indépendance était donc programmée pour 1939.

    Mais en France, le Parti colonial, qui avait paru réduit au silence durant plusieurs mois, préparait une contre-offensive. Pourquoi, demandèrent certains, les États du Levant ne rembourseraient-ils pas les frais d’occupation et de police qu’après tout la France avait engagés pour le bien des peuples de la région ? Pourquoi laisserions-nous pour rien les éléments (voies ferrées, routes…) de la mise en valeur que nous laissions ? En 1937, les frères Tharaud, dont l’influence était forte sur l’opinion de droite, publièrent un récit de voyage dans la région qui réaffirmait la vieille thèse : « Cette unité syrienne (…) ne possède d’autre existence que celle que nous lui avons donnée, bien à tort, sur le papier du traité franco-syrien. La vérité qui saute aux yeux quand on circule dans ce pays, c’est qu’il n’y a pas de Syrie ». Logiques avec eux-mêmes, les Tharaud exigeaient que ce traité ne soit pas ratifié (Alerte en Syrie !, 1937)[38].

    Une campagne sur ce thème commence. Wladimir d’Ormesson, lui aussi fort influent, s’alerte : que la politique de Blum-Viénot ne soit pas interprétée comme une volonté pour la France de « se replier du proche-Orient », que notre « générosité » ne soit pas « la marque d’une faiblesse »… « car ce serait à bref délai un grabuge affreux dans toute cette région » (Le Figaro, 15 décembre 1936)[39].

    La chute du gouvernement Blum – on a vu que le président du Conseil était présent le 9 septembre 1936 – en juin 1937, encourage les adversaires du traité. Viénot ne sera pas reconduit dans le cabinet suivant, dirigé par Camille Chautemps, dans lequel d’ailleurs son poste sera supprimé, alors que le très conservateur Yvon Delbos gardait, lui, le Quai d’Orsay. Sur les causes de cette absence, une raison fut souvent invoquée : les douleurs occasionnées par sa vieille blessure de guerre. C’est possible. On ne peut cependant s’empêcher de penser que le caractère humaniste et politiquement avant-gardiste de son action fut insupportable aux réactionnaires qui revenaient en force dès juin 1937. Dans La Révolution prolétarienne, Jean-Paul Finidori, qui connaissait particulièrement bien la Tunisie, employa la formule adéquate : « Viénot est limogé »[40].

    À l’été 1938, le Premier ministre syrien Jamil Mardam Bey, en visite à Paris, se voit opposer de nouvelles exigences. Le nouveau ministre français des affaires étrangères, Georges Bonnet, est particulièrement fermé à toute conciliation, épaulé par le ministre de la Défense, Édouard Daladier, inquiet de la montée des tensions dans le monde. Le délégué syrien comprend que la France s’apprête à rompre unilatéralement un traité qu’elle a pourtant signé.

    Le 14 décembre 1938, la commission des Affaires étrangères du Sénat examine le projet. Les deux rapporteurs exposent « les graves inconvénients d’une ratification prématurée » (Bergeon), « non compatible avec l’intérêt de la France » (Henry-Haye)[41]. Georges Bonnet accueille favorablement cette demande – à moins qu’il l’ait provoquée : le gouvernement ne demande plus, désormais, la ratification du traité[42].

    Deux semaines plus tard commence l’année 1939, qui aurait dû voir, si la France avait respecté sa parole, l’indépendance de la Syrie et du Liban. En janvier, un nouveau Haut commissaire, Gabriel Puaux, est chargé de veiller aux intérêts français. Son état d’esprit peut être résumé par les formules qu’il emploiera, plus tard, dans un ouvrage de souvenirs : « C’est là-bas que passe la nouvelle route des Indes : celle des avions et des camions, là-bas que coulent les sources du pétrole ; c’est sur cette côte que s’édifie notre base d’opérations en Proche-Orient ». Conclusion limpide : « Tout nous commande donc de rester au Levant »[43]. En juillet, il dissout la Chambre syrienne et fait emprisonner des leaders nationalistes (d’autres choisissent l’exil)[44]. Fin août, le général Weygand, nommé chef du Théâtre d’opérations de la Méditerranée orientale, s’installe à Beyrouth. Dans la perspective du nouveau conflit mondial qui commence, il est plus que jamais hors de question pour la France d’abandonner des positions au Levant.

    Lorsque commence la Seconde Guerre mondiale, la situation est en bien des points comparable… à ce qu’elle était au terme de la Première : partout des blocages, des tensions, souvent des violences.

    Le Levant dans la Seconde Guerre mondiale

    Après la défaite de l’armée française et l’armistice de juin 1940, en métropole, le Levant reste sous le contrôle du gouvernement de Vichy.

    En décembre 1940, ce gouvernement a envoyé un signe qui ne trompe pas : pour la première fois depuis 1925, c’est de nouveau un militaire, le général Dentz, qui est nommé Haut commissaire.

    Mais, évidemment, cette région est l’objet d’une lutte violente entre Britanniques, encore massivement présents, et services allemands. En avril 1941, les Britanniques, inquiets de négociations secrètes entre les nazis et les nationalistes irakiens, envoient de nouvelles troupes sur place. Une guerre commence. Les positions françaises en Syrie et au Liban prennent alors une importance stratégique majeure.

    L’amiral Darlan, désigné comme le dauphin de Pétain, et en plein accord avec lui, multiplie les gestes de bonne volonté à l’égard de l’Allemagne[45]. Le 25 décembre 1940, il a rencontré Hitler à La Ferté-sur-Epte. Le 5 mai 1941, immédiatement donc après le début de la guerre irako-britannique, il rencontre cette fois Otto Abetz, à Paris. Les entretiens portent sur des facilités à accorder à l’aviation du Reich en Syrie et sur l’achat par les insurgés irakiens – avec l’argent allemand – des stocks d’armes françaises en Syrie[46]. Puis, une fois de plus, le 12 mai, à Berchtesgaden, Darlan est reçu, en secret, par le chancelier. La question du Levant et de l’Irak est de nouveau évoquée, preuve que les deux parties y accordaient de l’importance[47].

    Sur place, le général Dentz, par patriotisme, est très réticent. Mais il reçoit de Darlan des ordres formels : « Des conversations générales sont en cours entre les gouvernements français et allemand. Il importe au plus haut point pour leur réussite que, si des avions allemands à destination de l’Irak atterrissaient sur un terrain des territoires sous mandat, vous leur donniez toutes facilités pour reprendre leur route » (Amiral Darlan, Télégramme, 6 mai 1941)[48].

    Officiellement, la France de Vichy ne peut, ni ne veut, intervenir dans les rivalités germano-britanniques au Moyen-Orient. Pétain lui-même le déclare publiquement : « Les quelques avions qui avaient fait escale sur nos territoires ont aujourd’hui quitté la Syrie, à l’exception de trois ou quatre, hors d’état de voler (…). Il n’y a pas un soldat allemand ni en Syrie ni au Liban » (Message aux Français de Syrie, Vichy, 9 juin 1941)[49]. Pétain mentait sciemment. Le 14 mai précédent, il avait présidé le conseil des ministres, à Vichy, au cours duquel Darlan avait rendu compte des entretiens de Berchtesgaden. Il avait lui-même télégraphié à Dentz, le sentant peut-être réticent, pour confirmer la politique de collaboration avec l’Allemagne dans la région. Lorsque cette déclaration est faite, les premiers avions allemands ont atterri en Syrie depuis un mois, le 9 mai ; en tout, il y en aura une centaine[50] ; outre les pilotes et mécaniciens de bord, il y a une trentaine de spécialistes au sol.

    Le Levant français est devenu, de fait, une position avancée de l’Allemagne nazie.

    Les services britanniques ne sont évidemment pas dupes. L’intervention est décidée, en accord avec les gaullistes. De Gaulle connaît d’ailleurs la région pour y avoir été en poste, à l’état-major, à Beyrouth, de 1929 à 1931. Il l’a sillonnée, se rendant entre autres à Damas[51]. Son délégué pour le Moyen-Orient, le général Catroux, également (il a effectué plusieurs missions dans la région, la première en février 1919).

    Le 8 juin 1941, les troupes alliées, Français libres compris, attaquent. Le jour même, Catroux promet l’indépendance à la Syrie et au Liban – sans cependant préciser de date. La guerre est courte : le 21 juin, les troupes britanniques et les combattants français entrent dans Damas, auparavant évacuée par le général Dentz[52]. Le 23, de Gaulle et Catroux entrent à leur tour dans la capitale syrienne.

    On imagine que la presse vichyste, déjà très anglophobe, suivant une vieille tradition française, se déchaîne. Les partisans de De Gaulle ne sont pas épargnés. Charles Maurras dénonce « le crime des gaullistes », de ces « mauvais Français » qui, au nom d’un « super-patriotisme », cachent mal les « profils judaïques, maçonniques, communistes et autres »[53].

    Au début de cette guerre-éclair, De Gaulle tient à rappeler que, dès le début, la France libre a été associée aux décisions « dès le 20 mai » et que ses troupes – citées en premier – y ont participé : « La France Libre fait la guerre. Or, avec le consentement de Vichy, les Allemands ont commencé à prendre pied au Levant. Militairement, c’est un immense danger. Politiquement, c’est livrer au tyran des peuples que nous nous sommes engagés de tout temps à conduire à l’indépendance. Moralement, c’est, pour la France, perdre tout ce qui lui reste de prestige en Orient. Nous ne voulons pas cela. Voilà pourquoi nous sommes entrés en Syrie et au Liban avec nos alliés britanniques (…). La France ne veut pas de la victoire allemande. La France veut être délivrée. Nous exécuterons la volonté de la France » (Charles de Gaulle, Déclaration, Le Caire, 10 juin 1941)[54]. Comme toujours à l’époque, il surévalue quelque peu le rôle de la France libre – et, par ricochet, le sien. En réalité, les Français du Levant, plutôt légalistes et férocement anglophobes, n’ont guère été enthousiastes de la situation nouvelle. Politiquement, les Français libres n’ont donc l’importance que par le verbe gaullien ; militairement, ils ne représentent pas grand’ chose par rapport aux Britanniques.

    « Le moment venu »

    Mais l’essentiel n’est pas là : on aura surtout remarqué l’emploi du mot Indépendance. Le général Catroux en confirme le principe : « Dépositaire de la tradition libérale française et soucieuse de faire honneur aux engagements contractés envers vous, la France Libre, en entrant au Levant, a commencé, en dépit de la guerre et en dépit de l’état d’exception qu’elle impose, par un acte d’émancipation ; elle vous à rendus libres et indépendants. Vos aspirations sont satisfaites ». Voilà qui était clair et net. Mais les nationalistes durent être quelque peu refroidis par la suite de la déclaration : « Il s’agit maintenant d’organiser votre indépendance » (Déclaration, 26 septembre 1941)[55]. Suivait une série de déclarations de principe dans lesquelles il était bien difficile de démêler ce qui appartenait à ce Liban indépendant et ce qui restait contrôlé par la France, au nom de sa « mission séculaire ». L’appel se terminait par une formule qui repoussait encore l’échéance : Catroux appelait de ses vœux un « traité franco-libanais qui consacrera définitivement l’indépendance du pays »… sous-entendu : après la fin du conflit mondial… Le lendemain, 27 septembre, il faisait sensiblement la même déclaration au peuple syrien[56].

    De son côté, le chef de la France libre prévient la SDN[57] des intentions de son gouvernement (28 novembre 1941)[58]. De Gaulle se rend de nouveau au Levant en août 1942. À Beyrouth, il dit : « L’indépendance de l’État de la Syrie et de l’État du Liban est devenue un fait acquis ». Mais pour préciser immédiatement – message limpide aux alliés et aux indépendantistes – qu’il n’appartient qu’à la France de mettre en place cette indépendance, au rythme et selon les modalités fixés par elle. Et ce qui suit n’est pas propre à susciter l’enthousiasme des principaux intéressés, car chacun a encore en tête, évidemment, les atermoiements de la période 1936-1939 : « Ce n’est point à dire, certes, que la tâche soit maintenant achevée et que la Syrie et le Liban, qui ne connurent jamais, depuis des millénaires, une réelle indépendance nationale, aient en quelques mois achevé leur évolution. Les principes sont acquis, les bases sont jetées ! Il reste à ces peuple si anciens, devenus de si jeunes États, beaucoup à faire pour construire leur propre maison politique ». De Gaulle insiste ensuite sur la nécessité d’ « organiser l’indépendance », avec l’aide de la France, ce que « les dures servitudes de la guerre » ne permettent pas pour l’instant. Ce sera fait, conclut-il, « le moment venu » (28 août 1942)[59].

    Une fois de plus, des représentants officiels de la France donnaient l’impression d’adopter un double langage et de repousser éternellement l’ère des indépendances réelles (Catroux en 1941 : « … dès que possible… » ; de De Gaulle en 1942 : « … il reste… beaucoup à faire… »). Avec, cette fois, une particularité dérangeante : les Britanniques étaient sur place et observaient cette évolution.

    On sait que l’alliance entre gaullistes et Britanniques n’était pas dénuée d’arrière-pensées. Leur cohabitation, dans un Levant désormais acquis aux Alliés, va se révéler orageuse, les premiers soupçonnant en permanence les seconds de soutenir les éléments nationalistes locaux, afin de contrecarrer des visées restées à leurs yeux colonialistes.

    Mais il n’y a pas que le Royaume-Uni. Washington et Moscou, pour des raisons évidemment différentes mais circonstanciellement convergentes, professent un anticolonialisme stratégique. Le représentant de la France libre sur place, le général Beynet, écrit : « Nous avons donc tout le monde contre nous »[60]. Constat tragique, mais réaliste.

    Dans ce monde où beaucoup raisonnent déjà en termes de décolonisation, même si le mot est peu en usage à l’époque, le Gouvernement français (alors le GPRF) apparut, avant même la fin de la guerre, comme dirigé par des « casuistes », des « retardataires »[61], selon les termes d’un homme au cœur de l’appareil d’État, Jean Chauvel, secrétaire général du Quai d’Orsay[62].

    Une fin de mandat chaotique[63]

    La France souffle le chaud et le froid. Le 20 mars 1945, la Syrie et le Liban sont admis à la Conférence de San Francisco, qui prépare intensivement alors la charte des Nations Unies, avec le soutien de la délégation française.

    Est-ce l’indépendance totale ? Il faut apporter une nuance. Le général de Gaulle est un homme de convictions. Pour lui, les mouvements nationalistes syrien et libanais sont le fait d’adversaires irréductibles – et minoritaires – de la France, soutenus en sous-main par les Britanniques. Le 5 avril, une réunion décisive se tient, à Paris, sous la présidence du Général, qui déclare en préambule : « Il faut considérer que l’indépendance des États est une chose et que notre présence au Levant sous une forme militaire en est une autre. Nous ne renoncerons pas à cette présence »[64]. On sait aujourd’hui que son intransigeance n’était pas partagée par les autres présents. Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, était réticent devant la politique de force[65] – mais il n’eut quasiment jamais voix au chapitre, tant que le Général dirigea la France[66]. Jean Chauvel, déjà cité, mais aussi le général Beynet qui, sur place, connaissait la situation réelle, argumentèrent en faveur de concessions. Mais qui aurait eu le courage, un peu suicidaire, d’insister ? Au terme de la réunion, de Gaulle donne l’ordre à l’état-major d’envoyer sur place trois bataillons.

    Dans des instructions qu’il adresse à Bidault, De Gaulle résume son état d’esprit : il faut mettre fin à « la période d’effacement de la France », ne céder ni aux « caresses », ni aux « grognements » des Britanniques, pour conclure : « C’est le moment de marquer le coup. » (30 avril 1945)[67]. Le même jour, recevant l’ambassadeur d’Angleterre à Paris, Duff Cooper, il lui dit, sans langage diplomatique particulier : « Il n’y aura pas de désordres au Levant, à moins qu’ils ne soient fomentés par les Anglais eux-mêmes »[68]. Les Britanniques étaient habitués à l’hostilité du Général. Cette position laissait augurer de la grave crise à venir.

    La presse – qui par parenthèse aborde alors très rarement cette question – soutient la position française : « La position de notre pays n’a jamais changé. Depuis le jour où il a reconnu la souveraineté de la Syrie et du Liban, il n’a à aucun moment failli à sa parole. Mais, avant que cette souveraineté devienne pleinement effective, il entend – ainsi que cela a été également reconnu dès le début par ses partenaires – assurer la sauvegarde de ses droits et intérêts séculaires dans ces pays qui nous sont redevables, pour une si large part, aussi bien de leur développement culturel que de leurs progrès économiques ». Cet éditorial se concluait par un rappel, discret mais ferme, aux alliés britanniques de jouer le jeu de l’amitié avec la France (Le Monde, 25 mai 1945)[69].

    Le 7 mai, veille de la capitulation nazie en Europe, de nouvelles troupes (1.200 soldats, essentiellement des Sénégalais) arrivent à Beyrouth. Pour les Français, c’est une simple relève technique. Pour les nationalistes – cette fois, Syriens et Libanais unis – c’est une provocation. Ils le clament haut et fort : « Ils se trompent s’ils pensent qu’ils peuvent en faire quelque chose ; si toutes leurs armées à la fois se retournent contre nous, ils seront incapables de nous priver de notre indépendance tant que nous vivrons. Nous avons acquis cette indépendance au prix d’un sang précieux. Il n’est pas une parcelle du sol libanais qui n’ait été arrosée de sang pour l’obtention de cette indépendance. C’est pourquoi ils ne pourront nous ravir cette indépendance avant de nous anéantir tous. Ils peuvent nous priver de la vie, détacher nos têtes de nos épaules, mais ils ne pourront jamais prendre notre indépendance » dit ainsi le Premier ministre Abdel Hamid Karamé (Beyrouth, 16 mai 1945)[70]. Même opinion à Damas : « Je ne sais pas comment finira la crise ; ce qui est certain, c’est que les Syriens sont disposés à mourir plutôt que de permettre la moindre atteinte à leur Indépendance » (Saadalah Djabri, président de la Chambre des députés, 31 mai 1945)[71].

    Ensuite, tout va très vite. Au Liban, des grèves de protestation sont organisées. En Syrie, c’est plus violent. Des Français sont attaqués à Damas, à Alep, à Hama, dans le Djebel druze. Il y a des morts, des blessés. Les Français, militaires et civils, ne peuvent plus quitter leurs maisons ou des lieux sécurisés.

    La tension atteint son paroxysme dans la capitale entre le 22 et le 30 mai 1945.

    Le gouverneur militaire de Damas est alors le colonel François Olive, dit Oliva-Roget. Il a reçu des ordres formels de Paris : il s’agit d’anéantir ce qui est présenté comme une émeute. Il les transmet à ses subordonnés le 26 mai. Le 29, la bataille de Damas commence. Durant 36 heures, les troupes françaises – où les tirailleurs sénégalais sont majoritaires – utilisent les automitrailleuses, les tanks, les armes lourdes (canons de 75) et même l’aviation. Les troupes occupent le Parlement, les bâtiments gouvernementaux, le siège de la Banque centrale. Des dizaines de bâtiments brûlent. Le bilan humain est lourd. Toutes les études historiques estiment qu’il y eut des centaines de morts, la fourchette variant entre 500 et 2.000. De Gaulle lui-même, répondant à une question lors d’une conférence de presse que l’on citera plus longuement infra, évoquera « plusieurs centaines de personnes tuées ou blessées à Damas »[72]. On sait qu’il y eut également des morts – entre 100 et 300 –, dans les mêmes conditions, à Hama. Par contre, à Alep, le délégué français Fauquenot refusa de bombarder la ville[73].

    Cette initiative française est fortement critiquée dans le monde entier. Le gouvernement britannique, dont les relations avec de Gaulle sont devenues exécrables, Washington, Moscou, critiquent Paris en termes plus ou moins diplomatiques. Surtout, le monde arabo-musulman, bien au delà de Damas, s’enflamme. La Ligue arabe – qui est toute jeune : elle a été fondée en mars – émet une protestation indignée. Des manifestations populaires ont lieu dans tout le Moyen-Orient.

    C’est, finalement, le gouvernement de Londres qui résout la crise. À sa manière. Le 31 mai, devant les Communes, Anthony Eden fait une déclaration solennelle et ferme : « Nous avons reçu un appel pressant du gouvernement syrien. Nous avons le profond regret d’ordonner au commandant en chef en Orient[74] d’intervenir afin d’empêcher que le sang ne coule davantage »[75]. Ordonner… le mot est fort, précis, mais correspond à la réalité. Ainsi, Londres a envoyé un ultimatum à un officier français sans passer par Paris. Un incident supplémentaire aggrave encore la situation : ce message est rendu public avant même d’avoir été transmis au chef du gouvernement français. Les interprétations de cet incident diplomatique, qui aggravait encore le contentieux, divergent : maladresse ou mesure vexatoire de la part de Londres ? Qu’importe : de Gaulle, pour sa part, crut dur comme fer à la seconde version. Ce même 31 mai, Massigli, ambassadeur de France à Londres, est convoqué au 10 Downing Street par Churchill et Eden. Il lui est confirmé de transmettre à son gouvernement l’ordre formel de cesser le feu, assorti d’une menace d’intervention des troupes britanniques qui sont considérablement plus importantes que le contingent français. Ce même jour, le général Bernard Paget, commandant en chef des troupes britanniques au Moyen-Orient, en résidence au Caire, reçoit l’ordre de son gouvernement de se rendre à Beyrouth pour y faire appliquer cette mesure. C’est dire que cette mesure aurait été appliquée, quelle que fût la réponse des Français. La mort dans l’âme, finalement, de Gaulle accepte et transmet à Oliva-Roget l’ordre de cesser le combat et de ne pas s’opposer aux mouvements que les troupes britanniques seraient amenés à faire dans Damas.

    Le 1er juin au matin, le feu cesse. Les troupes anglaises font leur entrée dans Damas. Le général Paget y arrive le lendemain, en nouveau maître des lieux. Les Britanniques se donnent même le plaisir de procéder au transfert et à la protection des Français, en butte à l’hostilité de la foule syrienne (il y aura tout de même des cas d’agressions contre des individus isolés et même une quinzaine d’assassinats).

    Le 3 juin, le drapeau français a cessé de flotter à Damas.

    La veille, à Paris, de Gaulle s’était exprimé, cette fois publiquement, lors d’une conférence de presse consacrée quasiment à cette question. Il y avait fait un long récit de l’histoire du Mandat depuis les origines. Abordant la crise en cours, il employa l’argumentaire colonial classique : des « bandes armées », soutenues par les autorités syriennes et libanaises, avaient déclenché des troubles, et les Français avaient été obligés de répliquer. Le chef du gouvernement en profita surtout pour régler ses comptes avec Londres : son irritation contre la politique britannique était présente dans chaque formule[76].

    Mais le verbe gaullien ne pouvait rien contre la réalité du terrain : des populations syrienne et même libanaise excédées, dressées contre la France, un monde arabe en ébullition, des alliés en désaccord total et menaçants… il n’y avait plus de place – en tout cas, sous forme coloniale ou para-coloniale – pour la France dans la région.

    Jusqu’en septembre, les soldats se replient sur l’aéroport de Damas. Là, ils subissent l’affront de passer leurs derniers mois dans un véritable camp retranché (mines antipersonnel aux abords, barbelés, et même blockhaus aux quatre coins), protégés par des Britanniques, que l’on imagine goguenards, faisant des rondes[77].

    Au moins de Gaulle ne vit-il pas – en tout cas en tant que chef du gouvernement – l’aboutissement logique de son entêtement : il quitta le pouvoir avec fracas le 20 janvier 1946. Le 14 février suivant, le Conseil de sécurité de l’ONU demande à toutes les forces militaires étrangères de quitter le Levant ; pour les troupes françaises, le retrait s’acheva le 30 avril (Syrie) et le 31 août (Liban).

    Les Français, arrivés dans la région, après la Première guerre mondiale, avec la fierté des vainqueurs, en sont évincés sans gloire au terme de la Seconde.

    Un bilan ?

    Comme toujours en histoire coloniale, les défenseurs de l’œuvre française et ses critiques opposent, à coups de chiffres, des bilans fort opposés.

    Discours prononcé lors de l’inauguration du siège du Comité France-Orient par son président, M. Le Nail, ancien délégué de la SDN dans la région (1929) : « Laissez-moi proclamer la grandeur de l’œuvre française en Syrie et au Liban. Ce que mon pays a réalisé en dix ans, au travers de tant d’hostilités, d’intrigues, d’incompréhensions, si d’autres pays l’eussent accompli, quelle publicité, quelle orgueil, quel argument ! Mais ce n’est que la France : alors les Français n’en savent rien ! C’est vrai cependant qu’elle y a fait du beau travail, équipant les chutes d’eau pour la lumière et la force motrice, asséchant les marais, ouvrant les routes, lançant des voies ferrées, fondant les écoles d’agriculture. Des officiers, des fonctionnaires ont créé cette richesse, malgré l’émeute, malgré les crédits chichement mesurés, malgré l’indifférence de leurs compatriotes. Qui donc leur a dit que leur œuvre était bonne et qu’elle grandissait la patrie ? Eh bien, nous le disons ici. Nous les remercions de leur claire vision de la mission de la France. Et nous nous efforcerons d’en convaincre l’opinion, afin qu’elle les soutienne et que, forts de cette sympathie agissante, ils continuent à faire la France plus grande »[78].

    À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Louis Kieffer, dans un document du Centre des Hautes Études sur l’Afrique et l’Asie Modernes (CHEAM), écrit : « Si l’on dresse, après vingt ans de Mandat, le bilan de la situation, on constate de remarquables progrès, qu’il serait injuste de ne pas inscrire à l’actif de la France. Les résultats tangibles apparaissent avec le plus d’évidence dans le domaine de l’équipement » (Genèse du Mandat français au Levant, 1939)[79].

    Une brochure anonyme de la même époque présente ce bilan de deux décennies de présence française : une superficie de terres cultivées doublée, un outillage industriel moderne, un réseau routier multiplié par 4, un réseau ferroviaire doublé, une fréquentation scolaire en hausse (50.000 élèves en 1919, 271.000 en 1939), etc.[80]

    Faut-il s’étonner si les habitants de la région – et en particulier les Syriens – aient une vision un peu différente ? La présence française a certes, comme en d’autres lieux colonisés ou para-colonisés, accéléré l’entrée de la région dans la modernité. Mais comment oublier, lorsqu’on est Syrien, la violence qui a accompagné la politique française, quasi du premier (bataille de Maysalûn, 23 juillet 1920) au dernier jour (affrontements de Damas, fin mai 1945), donc durant un quart de siècle ? Comment oublier que Damas, ville sainte pour les Musulmans, fut bombardée à deux occasions ?

    Un fait est d’ailleurs caractéristique : alors que les deux moments forts de la répression, 1925 et 1945, sont restés très présents, aujourd’hui encore, dans la mémoire des Syriens, ces faits sont à peu près ignorés en France[81], à part dans quelques milieux de chercheurs spécialisés.

    Aussi fut-ce tout naturellement que les autorités françaises, lorsqu’elles décidèrent de construire un nouveau lycée à Damas, lui donnèrent le nom de Charles de Gaulle. Le jour de l’inauguration par le président Sarkozy, en septembre 2008, nul journaliste français ne songea à rappeler le rôle du gouvernement de Gaulle en 1945, nul officiel syrien n’y fit allusion…

    –-

    [1] Un voyage en Syrie, Paris, Paris, Éd. de l’Illustration Economique et Financière, 1921 ; cité par Anne-Lucie Chaigne-Oudin, art. cité.

    [2] Préface à l’ouvrage de Marcel Homet, Syrie terre irrédente. L’histoire secrète du traité franco-syrien. Où va le Proche-Orient ?, Paris, J. Peyronnet & Cie, Éd., Coll. Outre-Mer

    [3] Paris, Libr. Plon, 1923

    [4] « Le mandat français en Syrie »

    [5] La Revue de France, 1 er avril, cité par Anne-Lucie Chaigne-Oudin, art. cité

    [6] Jacques Thobie, op. cit.

    [7] Cité par Correspondance d’Orient, n° 251, 15 décembre

    [8] Gérard D. Khoury, La France et l’Orient arabe, op. cit.

    [9] Un négociateur russe, Sazonoff, avait participé à ces négociations secrètes. Mais la révolution bolchévik mit évidemment fin à cette politique (et même révéla publiquement ces accords).

    [10] Robert de Beauplan, Où va la Syrie ? Le mandat sous les cèdres, Paris, Éd. Jules Tallandier, 1929

    [11] François Xavier Trégan, « Appréhensions et méthodes dans un système mandataire : le cas de la participation des États du Levant à l’Exposition coloniale internationale de Paris, 1931 », in Nadine Méouchy, op. cit.

    [12] Sous le Front populaire. Voir infra

    [13] Conférence, Institut International de Coopération Intellectuelle, 9 mars 1939, in Revue Politique Étrangère, Vol. IV, n° 2, 1939

    [14] Clémentine Kruse, « La France et le Levant (1860-1920) », Site Les clés du Moyen-Orient, 17 avril 2012

    [15] « Notre enquête en Syrie »

    [16] In Discours et Messages, Vol. I, Pendant la guerre, 1940-1946, Paris Plon, 1970

    [17] Journal des Débats, 9 octobre

    [18] Cité par Gérard D. Khoury, La France et l’Orient arabe, op. cit.

    [19] « La France en Syrie », 26 juillet

    [20] « Proclamation de l’État du Grand Liban », Journal des Débats, 5 septembre 1920

    [21] Cité par Gérard D. Khoury, Une tutelle coloniale, op. cit.

    [22] « Les événements de Damas », Le Temps, 30 octobre 1925

    [23] Robert Montagne, « Les émeutes de Damas », in Association des auditeurs du Centre des Hautes Études sur l’Afrique et l’Asie Modernes, Regards sur le Levant. Les anciens du CHEAM et l’émancipation du Proche-Orient, Paris, Éd. du CHEAM, 2000

    [24] Sur cette période, voir Jacques Couland, « Le Front populaire et la négociation des traités avec les États du Levant », in Walid Arbid & al., Méditerranée, Moyen Orient : deux siècles de relations internationales. Recherches en hommage à Jacques Thobie, Paris, L’Harmattan, Varia Turcica XXXIV, 2003

    [25] Télégramme aux hauts commissaires à Rabat, Tunis et Beyrouth, 15 juin 1936, cité par Jacques Couland, art. cité

    [26] Ce discours est souvent cité sans référence. Nous avons utilisé le texte paru dans Le Populaire, le 2 mars 1937.

    [27] G. Severis, « Le traité d’alliance franco-syrien sera signé demain à Paris », Le Figaro, 8 septembre ; Éditorial, « Le projet de traité franco-syrien », Le Temps, 8 septembre

    [28] G. Severis, « En quoi consiste le traité d’alliance franco-syrien », Le Figaro, 9 septembre

    [29] Pierre Viénot, conférence citée, mars 1939

    [30] Cité par Le Temps, 10 septembre

    [31] Cyril Buffet, « Le traité franco-libanais de 1936 », Cahiers de la Méditerranée, Vol. 44, n° 1, 1992

    [32] Michel Van Leeuw, « Émile Eddé (1884-1949) : “Pour le Liban, avec la France“ », Thèse, Université Paris VIII (dir. Jacques Thobie), 2001

    [33] Cyril Buffet, art. cité

    [34] Deux articles cités

    [35] Parfois orthographié Chakib

    [36] Raja Adal, « Shakib Arslan’s Imagining of Europe : The Colonizer, the Inquisitor, The Islamic, The Virtuous and the Friend », in Nathalie Clayer & Eric Germain, Islam in Europe in the Interwar Period : Networks, Status, Challenges, New York, Columbia Univ. Press, London, Hurst, 2008

    [37] « Le traité franco-syrien », septembre-novembre 1936, cité par Raja Adal, art. cité

    [38] Paris, Libr. Plon

    [39] « Le vrai sens de l’affaire d’Alexandrette »

    [40] « Le massacre de Tunis, apothéose de l’impérialisme français », 25 juin 1938

    [41] « La commission des affaires étrangères se prononce contre la ratification du traité franco-syrien », Journal des Débats, 16 décembre, p. 2

    [42] « Devant la commission des affaires étrangères, M. Georges Bonnet fait d’importantes déclarations sur les grands problèmes internationaux », Journal des Débats, même date, 1 ère page

    [43] Deux années au Levant. Souvenirs de Syrie et du Liban, Paris, Hachette, 1952.

    [44] Jean-David Mizrahi, « La France et sa politique de mandat en Syrie et au Liban (1920-1939) », in Nadine Méouchy (dir.), op. cit.

    [45] Tous ces épisodes se situent avant l’invasion de l’Union soviétique et la célèbre phrase de Pierre Laval : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne » (22 juin 1942). Darlan a donc été un précurseur.

    [46] D’autres clauses concernent la collaboration en Tunisie et en Afrique subsaharienne. En échange, Darlan obtient des libérations de prisonniers et un assouplissement des conditions de passage de la ligne de démarcation.

    [47] « Syrie : Vichy ordonne de résister le plus longtemps possible », Périodique De Gaulle en ce temps-là, n° 19, Paris, Éd. du Hénin, 1971

    [48] Cité in « Vichy livre la Syrie à Hitler », Périodique De Gaulle en ce temps-là, n° 18, Paris, Éd. du Hénin, 1971

    [49] Journal des Débats, 10 juin

    [50] Anne-Lucie Chaigne-Oudin, « Guerre du Levant, 8 juin-11 juillet 1941 », Site Les clés du Moyen-Orient, 5 janvier 2011

    [51] Voir Anne-Lucie Chaigne-Oudin, « Le commandant de Gaulle au Levant de 1929 à 1931 », Site Les clés du Moyen-Orient, 6 mai 2010

    [52] On sait qu’il sera condamné à mort par la Haute Cour de Justice, le 20 avril 1945, puis gracié par de Gaulle. Mais il mourra en prison le 13 décembre de la même année.

    [53] « Sur la manœuvre anglaise », L’Action française, 10 juin 1941

    [54] In Discours et Messages, Vol. I, Pendant la guerre, 1940-1946, Paris Plon, 1970

    [55] Correspondance d’Orient, n° 509, janvier 1945

    [56] Id.

    [57] L’organisme, évidemment en sommeil durant la guerre, ne sera (auto) dissous qu’en avril 1946.

    [58] Voir Pierre Guillen, « La France et la question du Levant à la fin de la Seconde Guerre mondiale », in Walid Arbid & al., op. cit.

    [59] In Discours et Messages, Vol. I, Pendant la guerre, 1940-1946, Paris Plon, 1970

    [60] Message à Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, 2& septembre 1944, cité par pierre Guillen, art. cité

    [61] On sait que ce même Gouvernement provisoire rendit public, en mars 1945, un programme pour l’Indochine jugé par tous les observateurs totalement dépassé par la situation réelle sur place, puis encouragea – ou, pour le moins, couvrit – en mai la sanglante répression du Constantinois, répression exactement contemporaine du drame de Damas (voir infra).

    [62] Lettre au ministre de France au Caire, Jean Lécuyer, 22 juin 1945, cité par Maurice Albord, L’armée française et les États du Levant, 1936-1946, Paris, CNRS Éd., 2000

    [63] Jacques Thobie, « Mai 1945 : crise au Levant et domaine réservé », in Enjeux et Puissances. Mélanges en l’honneur de Jean-Baptiste Duroselle, Paris, Publ. de la Sorbonne, 1986 ; voir également Anne Bruchez, « La fin de la présence française en Syrie : de la crise de mai 1945 au départ des dernières troupes étrangères », Revue Relations Internationales, n° 122, 2 / 2005

    [64] Cité par Jacques Thobie, art. cité

    [65] Jean-Rémy Bézias, « Georges Bidault et le Levant : l’introuvable politique arabe (1945-1946) », Rev. d’Hist. moderne et contemporaine (Mélanges en hommage à J.-B. Duroselle), octobre 1995

    [66] De Gaulle méprisait Bidault, qui en était bien conscient. Il aurait dit, lorsque le Général décida de quitter le pouvoir, en janvier 1946 : « C’est le plus beau jour de ma vie » (Georgette Elgey, Histoire de la IV è République, Vol. I, La République des Illusions, Paris, Fayard, Coll. Les grandes Etudes contemporaines, 1965)

    [67] Cité par Pierre Guillen, art. cité

    [68] Propos rapportés par l’ambassadeur lui-même in The Duff Cooper Diaries, London, Orion Books, 2005, cité par Henri de Wailly, 1945. L’Empire rompu. Syrie, Algérie, Indochine, Paris, Perrin, 2012

    [69] « Les incidents syro-libanais »

    [70] Cité in « La cise syrienne et libanaise », Correspondance d’Orient, n° 515, juillet 1945

    [71] Cité in « La cise syrienne et libanaise », art. cité

    [72] Conférence de presse, Paris, 2 juin 1945, in Discours et Messages, Vol. I, Pendant la guerre, 1940-1946, Paris Plon, 1970

    [73] Association des auditeurs du CHEAM, op. cit.

    [74] Le colonel Oliva-Roget

    [75] Cité par Henri de Wailly, op. cit.

    [76] Conférence de presse, Paris, 2 juin 1945, in Discours et Messages, Vol. I, Pendant la guerre, 1940-1946, Paris Plon, 1970. De Gaulle, qui n’oubliait rien, gardera jusqu’à la fin de ses jours une rancune contre Churchill et Eden. Vingt-trois années plus tard, recevant l’historien Michel-Christian Davet, qui avait consacré un ouvrage à ce drame (op. cit.), il dira : « Les Anglais ont été parfaitement odieux en Syrie » (2 avril 1968), « Vingt-sept ans après, de Gaulle maintient », Périodique De Gaulle en ce temps-là, n° 18, Paris, Éd. du Hénin, 1971

    [77] Commandant Edouard de Montalembert, « Souvenirs de Syrie (1944-1946) », in Regards sur le Levant, op. cit.

    [78] In Revue des Questions Coloniales & Maritimes, janvier-février 1930

    [79] In Regards sur le Levant, op. cit.

    [80] L’Œuvre française en Syrie et au Liban, 1919-1939, Paris, Larose, 30 juin 1939

    [81] Dans le très épais Dictionnaire de la France coloniale, sous la direction de Jean-Pierre Rioux (Paris, Flammarion, 2007), l’ère du Mandat sur le Levant n’est traitée qu’en 6 pages (rédigées par Pierre Fournié) sur 936.

    https://histoirecoloniale.net/mandat-francais-sur-la-syrie-une-brutale-domination-coloniale-san
    #France #histoire_coloniale #colonialisme #WWII #Seconde_guerre_mondiale #Damas #partage #SDN #guerre #conflit #paix #histoire

  • #Mayotte : #histoire_coloniale, fractures sociales et désastre environnemental

    Mayotte, petite île de l’océan Indien, symbolise à elle seule la collision brutale entre histoire coloniale, fractures sociales et désastres environnementaux. Département français depuis 2011, elle est un territoire en #crise, où la #misère humaine et les #catastrophes_naturelles s’entrelacent dans une spirale infernale. Les événements récents – #séismes, #tornades, #montée_des_eaux – ne sont que la face visible d’un #effondrement plus global. Ils révèlent une #vulnérabilité accumulée sur des décennies, amplifiée par des promesses non tenues, des #inégalités criantes et une gestion déconnectée des réalités locales.

    En 1974, Mayotte se sépare des Comores à l’issue d’un référendum où les Mahorais choisissent de rester français. Ce choix, né du désir d’échapper à l’instabilité politique des Comores indépendantes, place l’île dans une situation paradoxale : elle devient un territoire français entouré de voisins économiquement fragiles. Cette appartenance à la République française, vue comme une chance à l’époque, isole Mayotte de son propre environnement géographique et culturel. Rapidement, cette singularité engendre des tensions avec les autres îles de l’archipel, notamment l’île comorienne d’#Anjouan, d’où proviennent chaque année des milliers de migrants.

    L’intégration comme département, survenue en 2011, devait marquer une nouvelle ère pour Mayotte. Les Mahorais espéraient voir leur île se développer et accéder à des droits égaux à ceux des métropolitains c’est-à-dire que s’y applique pleinement les lois françaises et européennes, à la différence d’une collectivité territoriale. Mais cette #départementalisation s’est révélée un leurre. La croissance fulgurante de la population, (76 000 habitants en 1991, 300 000 habitants en 2023), dépasse largement la capacité des #infrastructures et des #services_publics à répondre aux exigences, tout en exacerbant l’obsolescence des équipements, faute d’entretien.

    Effondrement des services publics

    L’#éducation, en particulier, est le symbole de cet #échec. Avec des classes surchargées, des enseignants en sous-effectifs et des écoles délabrées, le #système_scolaire est incapable de répondre aux besoins d’une jeunesse nombreuse et en quête d’avenir. Cet effondrement du #système_éducatif alimente un sentiment d’#abandon et de #mépris parmi les Mahorais. Ils constatent chaque jour que la promesse d’#égalité_républicaine reste une illusion.

    Les infrastructures sanitaires et sociales sont tout aussi défaillantes. Les femmes comoriennes qui bravent les flots pour accoucher à Mayotte afin que leurs enfants acquièrent la nationalité française, contribuent à une #pression_démographique croissante. Mais ces enfants, bien que nés sur le sol français, grandissent souvent dans des conditions indignes. Ils alimentent les #bidonvilles, des espaces d’#exclusion où se forment des #bandes_de_jeunes livrés à eux-mêmes, vecteurs de #violences et d’#émeutes récurrentes. À leur majorité, en vertu du #droit_du_sol, ces enfants peuvent acquérir la #nationalité_française.

    La #colère gronde dans une population qui se sent méprisée, prise en étau entre un État central distant et des besoins locaux criants. Mais ce mépris ne se limite pas aux politiques sociales : il se manifeste aussi dans la gestion de l’#environnement. Mayotte est une île en pleine #dégradation_écologique, où les bidonvilles, sans réseaux d’#assainissement, rejettent leurs #déchets dans une #mer polluée, comme j’ai pu l’étudier dans le cadre d’une mission pour l’association Littocean. La destruction des #mangroves (due à un #développement_urbain incontrôlé et au #changement_climatique) et en conséquence des #récifs_coralliens, essentiels pour limiter l’#érosion et les submersions marines, témoigne de l’incapacité à relier environnement et développement.

    Une gestion écologique devenue symbole technocratique

    À cela s’ajoute un paradoxe criant : tandis que les populations locales luttent pour survivre, des moyens considérables sont mobilisés pour protéger l’écosystème marin par le biais du #parc_naturel de Mayotte. Ce parc, destiné à préserver la #biodiversité exceptionnelle des récifs coralliens, devient un symbole d’une gestion technocratique déconnectée des réalités humaines. Les Mahorais, exclus de ce projet, perçoivent cette #conservation comme une nouvelle forme de #colonialisme : une « #colonisation_bleue » où la priorité est donnée à la #nature, administrée par l’État français, au détriment des habitants. Ce fossé entre la préservation de l’environnement et les besoins des communautés accentue le #sentiment_d’abandon et l’idée que Mayotte n’est qu’un territoire périphérique, instrumentalisé pour des objectifs extérieurs et géopolitiques, traité comme une colonie et non comme un territoire français à part entière.

    Dans ce contexte, le changement climatique agit comme un catalyseur. Il intensifie les phénomènes naturels extrêmes, tels que les cyclones ou les #sécheresses, et exacerbe les inégalités. L’élévation du niveau de la mer menace directement les habitations précaires situées sur les littoraux, tandis que les ressources en #eau, déjà insuffisantes, s’amenuisent. Les catastrophes naturelles se multiplient, mais elles ne sont pas de simples fatalités : elles frappent un territoire déjà fragilisé, où chaque événement climatique devient un désastre humain par manque de préparation.

    Un avenir impensable et tragique

    Face à cette accumulation de crises, c’est le rapport au temps qui interroge. À Mayotte, l’idée même d’un avenir semble inatteignable. Les Mahorais vivent dans un présent sans repères, où les mêmes drames – émeutes, violences, destructions – se répètent sans fin. François Hartog, dans sa réflexion sur le #présentisme, décrit cet état où le passé perd sa valeur, où le futur est inconcevable, et où seul le présent s’impose, figé dans l’#urgence et l’incapacité d’anticiper.

    Mayotte incarne cette #temporalité_brisée. L’île n’a pas de nostalgie d’un âge d’or, car son histoire est marquée par des fractures successives : colonisation, séparation des Comores, départementalisation ratée. Elle n’a pas non plus de projet d’avenir, car les conditions de vie, les inégalités et les crises structurelles la maintiennent dans un état d’urgence permanent. Ce présentisme exacerbé renforce le sentiment d’#impuissance, rendant impossible toute perspective de reconstruction ou de progrès.

    La situation actuelle de Mayotte peut être qualifiée d’#hypercriticité : un état où les #tensions_sociales, politiques et environnementales atteignent un point de rupture, où chaque élément, même mineur, peut précipiter un #effondrement_global.

    Ce terme désigne non seulement l’accumulation des #vulnérabilités, mais aussi l’incapacité à s’en extraire. L’hypercriticité, c’est l’impossibilité de penser au-delà de l’urgence, l’incapacité de construire des ponts entre les crises pour trouver des solutions globales. À Mayotte, cet état est visible dans chaque aspect de la vie : dans l’école qui échoue à offrir un avenir, dans les bidonvilles qui s’étendent, dans la mer qui rejette les déchets de l’île et engloutit peu à peu ses côtes, dans l’#accès_à_l’eau et à un environnement sain, dans la pression démographique et ses conséquences écologiques.

    Cette crise révèle une conjonction inédite entre deux histoires : celle, humaine, de la #globalisation, avec ses migrations, ses inégalités et ses #fractures_coloniales ; et celle, planétaire, d’une Terre abîmée par la dégradation accélérée des écosystèmes. Comme l’explique Dipesh Chakrabarty dans "Une planète, plusieurs mondes" (https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/une-planete-plusieurs-mondes), ce croisement marque une #rupture : à Mayotte, cette rencontre s’incarne dans une « planète des pauvres », où les damnés de la Terre subissent de plein fouet l’amplification de ces dynamiques destructrices. Ici, les vulnérabilités humaines et écologiques se confondent dans un cycle sans précédent, soulignant la nouveauté tragique de cette crise.

    Toutefois, l’hypercriticité peut aussi être un point de départ. Elle force à regarder en face l’ampleur des problèmes et à repenser radicalement les relations entre les hommes, leur territoire et leur futur. Si Mayotte continue sur cette voie, elle risque de devenir un archétype de l’#effondrement_insulaire, un avertissement pour d’autres territoires. Mais si elle parvient à dépasser ce présentisme, à prendre en compte l’histoire passée, à s’attaquer aux urgences présentes tout en imaginant un avenir collectif mettant en avant la #double_identité mahoraise française et comorienne pour en faire un exemple d’#hybridité_culturelle réussie, elle pourrait, paradoxalement, transformer sa fragilité en force, en inventant un modèle résilient face aux défis du XXIe siècle. Le temps, à Mayotte, n’a pas encore retrouvé son cours, mais il n’est pas trop tard pour le remettre en mouvement.

    https://theconversation.com/mayotte-histoire-coloniale-fractures-sociales-et-desastre-environne
    #Comores #colonialisme #environnement

  • Andrea Di Michele. Il segno coloniale

    Dopo decenni di rimozione collettiva, l’epoca delle colonie italiana viene oggi riletta in chiave critica. Di Michele, professore di Storia contemporanea a Bolzano, delinea le fasi di un passato ancora presente nelle piazze e nelle vie.

    Monumenti, mausolei, bassorilievi, intitolazioni di vie: le tracce del colonialismo italiano sono presenti ancora oggi in molte città. Negli ultimi anni il dibattito culturale e politico si è interrogato su come intervenire su queste opere. Lo storico Andrea Di Michele vede nelle iniziative di ricontestualizzazione la possibilità di leggere criticamente l’epoca coloniale italiana e di fornire alla cittadinanza gli strumenti per conoscere e approfondire questo periodo che costituisce una delle pagine più buie della storia del nostro Paese.

    Professor Di Michele, in quale cornice temporale si ascrive l’epoca coloniale italiana?
    ADM Si tende erroneamente a fare coincidere il colonialismo italiano con il fascismo, mentre il suo inizio si colloca immediatamente dopo l’unificazione del Paese e più precisamente nel 1869 con l’acquisto della baia di Assab, in Eritrea, da parte di una compagnia di navigazione privata. Nei primi anni Ottanta dell’Ottocento questo avamposto venne poi acquistato dallo Stato italiano e nel 1885 l’occupazione di Massaua segnò l’inizio dell’esperienza coloniale statale italiana.

    Come si sviluppò questo primo periodo coloniale?
    ADM In questa fase l’Italia fece i conti con i suoi limiti, subendo molte sconfitte. Nel 1887, a Dogali, cercò di espandere senza successo la propria posizione, arrivando a contare cinquecento morti tra le proprie fila. Ancora più pesante fu la sconfitta di Adua, in Etiopia, nel 1896: i morti italiani furono migliaia, il Governo Crispi cadde e la politica coloniale si arrestò temporaneamente per riprendere nel 1911 con la guerra di Libia.

    L’avvento del fascisco cambiò le cose?
    ADM Benito Mussolini ampliò le conquiste dell’Italia liberale e lo fece con una violenza inaudita nei confronti della popolazione civile. Ad esempio per invadere definitivamente la Cirenaica, all’inizio degli anni Trenta, più di un terzo della popolazione di questo territorio -circa 100mila persone- venne deportata e rinchiusa in veri e propri campi di concentramento con una tasso di mortalità spaventosa. Nel 1937, il fallito attentato a Rodolfo Graziani, a quel tempo viceré di Etiopia, scatenò una vera e propria caccia all’uomo che provocò migliaia di morti. Non va poi dimenticata la legislazione che portò alla “zonizzazione”, ovvero a un sistema di apartheid con aree separate per bianchi e neri.

    Il 1869 è stato l’anno in cui gli storici collocano l’inizio del colo-nialismo italiano che coincide con l’acquisto della baia di Assab, in Eritrea, da parte di una compagnia di navigazione privata

    La caduta del fascismo sancì una rottura con l’epoca coloniale?
    ADM No. Dopo il 1945 l’Italia cercò di mantenere il controllo dei territori che deteneva prima del fascismo. Vi fu anche una netta continuità nell’amministrazione pubblica: fino al 1953 ha operato il ministero dell’Africa italiana, in cui lavorava chi aveva le “competenze” giuste, ovvero chi aveva lavorato nel Paese fino a poco prima.

    Quando si è iniziato a guardare al passato coloniale italiano con uno sguardo critico?
    ADM L’immagine di un colonialismo italiano sostanzialmente un po’ “all’acqua di rose” ha resistito a lungo. Solo a partire dagli anni Ottanta una nuova generazione di studiosi si è interrogata sul ruolo dei fenomeni profondamente razzisti che avevano caratterizzato la storia d’Italia. Si sono ricostruite quindi le gravi responsabilità italiane nelle colonie, ad esempio per quanto riguarda l’uso dei gas, per molti anni negato. Poi dagli archivi militari sono emersi i documenti ufficiali, in molti casi tenuti prima volutamente nascosti, e con loro la verità storica.

    Secondo lei perché questo processo è stato così lento e osteggiato?
    ADM La politica della memoria è un tema molto caldo che rimanda spesso a dinamiche a livello nazionale e locale. Va inoltre sottolineato il ruolo giocato dalla presenza di forze politiche che non hanno mai rinnegato il passato fascista e coloniale. In questo senso è interessante monitorare cosa avviene nelle singole Regioni e nei Comuni, dove ancora oggi una determinata maggioranza politica e un certo clima consentono di intitolare monumenti e vie a personaggi che ebbero un ruolo drammatico in quel periodo storico.

    Ci può fare un esempio?
    ADM A Filettino, in provincia di Roma, nel 2012 è stato dedicato un mausoleo a Rodolfo Graziani. L’amministrazione comunale di destra si è giustificata dicendo di voler ricordare il proprio concittadino che fece “anche cose buone”.

    Che cosa fare con l’eredità architettonica e odonomastica del colonialismo?
    ADM Credo che la strada da percorrere non sia l’eliminazione di queste opere, ma la loro ricontestualizzazione. Ci sono, ad esempio, diversi progetti di mappatura dell’odonomastica, che coniugano ricerca e attivismo. Penso al caso di Bologna, dove “Resistenze in Cirenaica” (resistenzeincirenaica.com) ha operato una ridenominazione -non ufficiale ma parallela- delle vie, intitolandole a partigiani e ad altri personaggi politici e non della città. Un esempio forse unico è poi quello di Bolzano, con la risignificazione del Monumento alla Vittoria e del bassorilievo con il duce a cavallo.

    Di che cosa si tratta?
    ADM Il primo è un monumentale complesso marmoreo costruito tra il 1926 e il 1928, che celebrava la vittoria italiana sull’Austria-Ungheria nella Prima guerra mondiale. La seconda opera andò a decorare la “Casa Littoria”, sede del Partito nazionale fascista ed è costituita da 57 pannelli di larghezza variabile, alti 2,75 metri, posti su due file sovrapposte, per uno sviluppo lineare di 36 metri e una superficie di 198 metri quadrati.

    Quale intervento è stato fatto su queste due opere?
    ADM Nel 2011, un accordo tra Stato, Provincia e Comune di Bolzano ha previsto di accompagnare il restauro del Monumento con un intervento di contestualizzazione storica. Si è deciso di aprire al suo interno uno spazio museale su Bolzano, l’Alto Adige e i totalitarismi che ne hanno segnato la storia e di apporre all’esterno un segno visibile, che si è tradotto in un anello a led con un testo luminoso rotante recante la scritta “Un Monumento, una città, due dittature. Un percorso espositivo” intorno a una delle colonne dei fasci littori. Opposto è stato invece quanto fatto sul bassorilievo.

    “La strada da percorrere non è l’eliminazione delle opere, ma la loro ricontestualizzazione. Ci sono diversi progetti di mappatura dell’odonomastica, che coniugano ricerca e attivism0″

    Ovvero?
    ADM In questo caso l’equilibrio tra opera visiva e approfondimento storico è stato ribaltato. Si è scelto di privilegiare il linguaggio visivo ed emozionale, apponendo davanti al bassorilievo una frase di Hannah Arendt in tre lingue, italiano, tedesco e ladino: “Nessuno ha il diritto di obbedire”. Contestualmente nella piazza di fronte all’opera è stato realizzato un intervento di approfondimento storico con dei pannelli esplicativi.

    Che cosa ha reso possibile questo tipo di operazione a Bolzano?
    ADM La ricontestualizzazione di queste opere è avvenuta perché erano monumenti che continuavano a rappresentare un elemento di divisione e tensione tra i gruppi di lingua italiana e tedesca. Quello che per decenni ha rappresentato un problema quindi si è trasformato in una possibilità di apprendimento e approfondimento e, al contempo, il tema del monumentalismo fascista ha perso la sua carica divisoria.

    Questo intervento locale ha sortito qualche effetto a livello nazionale?
    ADM La stampa ha acceso i riflettori sul “caso-Bolzano” che però a oggi resta un esempio unico. Forse non è nemmeno necessario fare un lavoro del genere dappertutto, ma almeno nei luoghi dove un monumento ha un impatto a causa delle sue dimensioni sì. Penso all’Obelisco di Mussolini a Roma, dove un intervento sarebbe auspicabile. Se ne potrebbero immaginare differenti da quelli di Bolzano, magari legati a installazioni artistiche o utilizzando le nuove tecnologie.

    A quali progetti sta lavorando attualmente?
    ADM Da qualche settimana ho iniziato “Curating fascism”, un progetto in collaborazione con la facoltà di Design. Ho scritto un testo immaginando una passeggiata sulle tracce del colonialismo a Bolzano a partire dal retro del Monumento alla Vittoria, quindi la Colonna romana, le iscrizioni dei palazzi di Piazza Vittoria, le vie intitolate a personaggi e luoghi di quell’epoca come Reginaldo Giuliani e la battaglia dell’Amba Alagi. L’idea è di realizzare una pubblicazione in cui testo e immagini si combinino così da offrire alla cittadinanza e a chi visita la città una guida per conoscere i suoi monumenti, la loro storia e il loro significato.

    https://altreconomia.it/andrea-di-michele-il-segno-coloniale

    #toponymie #toponymie_coloniale #Italie #passé_colonial #présent_colonial #colonialisme_italien #Italie_coloniale #traces #recontextualisation #Erythrée #histoire_coloniale #Libye #fascisme #camps_de_concentration #Rodolfo_Graziani #Ethiopie #apartheid #zonizzazione #responsabilité #mémoire #politique_de_la_mémoire #Filettino #héritage #Bologne #Resistenze_in_Cirenaica #Bolzano #Monumento_alla_vittoria #Casa_Littoria #monuments #Reginaldo_Giuliani

    –—

    Ajouté à la métaliste sur le colonialisme italien :
    https://seenthis.net/messages/871953

  • Pour une écologie décoloniale du #numérique

    Originaire de la République Démocratique du Congo et réfugié politique en France, David Maenda Kithoko nous raconte son histoire et ses combats pour une prise de conscience des liens entre numérique, colonialisme, minerais de sang et #conflits en République Démocratique du Congo et plus largement dans la région des grands lacs africains.

    https://peertube.designersethiques.org/w/eCTeXbdkjUcdNzpZNtCdVX
    #conférence #David_Maenda_Kithoko
    #RDC #congo #République_démocratique_du_Congo #géologie #décolonial #colonialisme #scandale_géologique #minerais #extractivisme #ressources #cobalt #caoutchouc #histoire #histoire_coloniale #économie_électronique #vidéo

    ping @karine4 @reka @cede

  • « Marcher le passé pour réécrire l’avenir ». Les balades décoloniales à #Berlin
    https://neotopo.hypotheses.org/8079

    Altreconomia, le « cousin transalpin » de Alternatives économiques, a publié en avril 2024 (nr. 269) un article dédié aux balades décoloniales organisées à Berlin par la petite entreprise Desta – Dekoloniale Stadtführung. Nous en proposons...

    #African_Neotoponymy_Observatory_in_Network #Neotopo_vous_signale #Toponobservations #Allemagne

  • Camminare il passato per riscrivere il futuro. I tour decoloniali di Berlino

    L’azienda “deSta-”, nata a inizio 2022, accompagna le persone alla scoperta del quartiere africano costruito per celebrare le conquiste coloniali tedesche. Un’occasione per affrontare alla radice i problemi del razzismo in Germania.

    Appena arrivato a Berlino sono venuto qui. Speravo che il ‘quartiere africano’ contenesse qualche traccia del mio Paese d’origine. Negozi o ristoranti”. Ma per Desmond Boateng, originario del Ghana, l’uscita dalla fermata della metro di Berlino Afrikanische Straße è stato uno shock: gli unici segni che ha trovato nel quartiere erano ben lontani da quello che immaginava. Come lui, anche i turisti che sperano di trovare l’ennesimo luogo speciale dello spirito multiculturale della capitale tedesca restano delusi. “Nessun ‘cuore’ di un melting pot della cultura nera ma una terribile glorificazione della potenza coloniale tedesca. Un modo per rivendicare questo ruolo anche nella mappa della città”, spiega ad Altreconomia Justice Mvemba, che dopo lo “scotto” iniziale ha deciso che non poteva incrociare le braccia e non fare nulla.

    Due anni e mezzo fa ha fondato “deSta-Dekoloniale Stadtführung” (deSta-), un’azienda che offre tour guidati nel quartiere africano, nel distretto Sud-occidentale di Schöneberg sul femminismo nero e all’Humboldt Forum, uno tra i più famosi musei d’arte della capitale tedesca. “Camminare il passato per cambiare il futuro”. È questo il leit motiv di “deSta-”. E percorrendo le strade del quartiere sito a Wedding, nel Nord di Berlino, se ne percepisce fin da subito la necessità. Costruito alla fine del XIX secolo per celebrare la presenza tedesca nel continente africano, è stato poi nuovamente rivitalizzato nel 1930 dal nazionalsocialismo per rinsaldare lo spirito colonialista dei berlinesi. Le strade prendono i nomi di alcuni Paesi del continente: camminando ci si imbatte Ghanastraße, Ugandastraße e Guineastraße. C’è poi un piccolo conglomerato di case che si affacciano sullo stesso giardino chiamato Klein Afrika (Piccola Africa).

    L’architettura di queste costruzioni, che replica le case degli europei nei Paesi colonizzati, fu proposta per convincere, sempre durante l’epoca nazista, i cittadini tedeschi a trasferirsi nuovamente nel continente africano. Anche sul parco del quartiere, uno dei più grandi di tutta Berlino, grava un’eredità storica pesantissima: alla fine dell’Ottocento per volontà del commerciante di animali Carl Hagenbeck è stato sede dello zoo umano, luogo in cui le popolazioni dei territori africani colonizzati (all’epoca Namibia e gli attuali Burundi, Ruanda e Tanzania) si esibivano in danze e “raccontavano” la loro cultura. Una forma di tratta degli esseri umani e sfruttamento mascherati da occasione di contaminazione tra diverse culture.

    Di fronte a tutto questo, Justice Mvemba, i cui genitori sono nati in Congo, ha sentito il dovere di fare qualcosa. “Per affrontare le radici del razzismo, che qui in Germania ha colpito anche me, sono convinta sia necessario capirne le origini e le funzioni -spiega-. Serve guardare la storia, conoscendo a fondo il motivo per cui è stato istituito il colonialismo e la sua struttura di potere e di controllo su interi Paesi sfruttati economicamente da quelli europei”. Le colonie, spesso, spariscono dai libri di scuola: Mvemba ricorda di aver approfondito durante le scuole superiori il periodo del nazismo ma ben poco, invece, su quanto è successo in Africa. “Nessuno ne vuole parlare. Così ho pensato di avviare una start up per dare la possibilità alle persone di conoscere. Per poter capire”.

    Il progetto iniziale, lanciato durante la pandemia da Covid-19, era lo sviluppo di un’applicazione per accedere alle visite guidate tramite il proprio smartphone ma poi l’idea è virata verso qualcosa di più strutturato che mettesse al centro anche un aspetto di relazione tra la guida e chi partecipa. Così, a inizio 2021 è stata fondata “deSta-” che organizza tour guidati -sia in inglese sia in tedesco- oltre che workshop e laboratori, sempre sul tema della decolonizzazione, per scuole e associazioni. Oggi, l’azienda conta dodici dipendenti. E i partecipanti alle visite hanno già superato i cinquemila con 421 tour all’attivo. “Mi capita anche di avere fino a otto visite guidate alla settimana -racconta Mvemba-. Purtroppo non poche volte ho problemi con i residenti del quartiere che non sempre sono d’accordo con queste iniziative”.

    La spaccatura, paradossale, riguarda soprattutto il processo di reintitolazione di quelle vie del quartiere dedicate a ufficiali tedeschi impegnati nei Paesi africani che si sono macchiati di gravi crimini nel loro operato. La strada dedicata a Carl Peters, conosciuto in Tanzania per la sua brutalità nei confronti delle popolazioni locali, oggi porta ufficialmente due nomi diversi: una parte intitolata ad Anna Mungunda, leader della resistenza in Nambia (dove tra il 1905 e il 1908 ci fu il genocidio degli Herero e dei Nama), l’altra chiamata Maji-maji-Allee in onore del movimento che, proprio in Tanzania, lottò per respingere l’offensiva dei tedeschi che provocò la morte di quasi 300mila persone.

    Ancora: la piazza dedicata a Gustav Nachtigal, fautore dell’annessione degli attuali Togo e Camerun attraverso contratti fraudolenti, oggi si chiama Bell-Platz in memoria del re camerunense ucciso durante la conquista dei tedeschi. “Questo è importante non solo per non onorare la memoria di criminali. Aiuta infatti anche a dare un altro racconto delle persone native del continente africano -riprende Mvemba-. Conosciamo forse i bianchi che sono venuti a salvare qualcuno o fare qualche attività ma ben poco sappiamo degli eroi africani, dei leader di comunità che hanno lottato per l’indipendenza. Dare un nome a quelle battaglie, ricordarli, può aiutare a modificare la prospettiva, in generale, sulle persone nere”.

    Non tutti, però, concordano con Mvemba. La modifica nella toponomastica delle strade non è stata ben accolta da tutti. “Nel quartiere Africano i partiti di destra raccolgono voti. Sembra una barzelletta -aggiunge Mvemba-. Sostengono che sia sbagliato rinominarli e quando giriamo per il quartiere, a volte, ci contestano. E pensare che, dal mio punto di vista, questo processo è fin troppo lento: ci sono voluti quarant’anni per modificarli. Troppi”. Per alcuni che si lamentano, tanti altri, invece, trovano nei tour organizzati da “deSta-” una conoscenza mancata per troppo tempo. “Spesso tra una tappa e l’altra, le persone hanno il tempo di elaborare, fare domande molto libere: in modo che ci sia un confronto senza giudizio. Questo credo che sia molto apprezzato dai partecipanti. La normalizzazione di questi temi è fondamentale”.

    https://altreconomia.it/camminare-il-passato-per-riscrivere-il-futuro-i-tour-decoloniali-di-ber
    #balade_décoloniale #Berlin #Allemagne #Allemagne_coloniale #marche #colonialisme_allemand #colonialisme #décolonial #desta #racisme #deSta-Dekoloniale_Stadtführung #Humboldt_Forum #Wedding #toponymie #toponymie_coloniale #toponymie_politique #Klein_Afrika #zoo_humain #Carl_Hagenbeck #Justice_Mvemba #histoire_coloniale #Carl_Peters #Anna_Mungunda #Maji-maji-Allee #Tanzanie #Namibie #Gustav_Nachtigal #Togo #Cameroun #Bell-Platz

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  • Un site web créé par Felice Panzone, neveu de #Antonio_Panzone. Ce dernier a travaillé pour le #Génie_civil italien en #Libye dans les années 1930... Le neveu étant très fier de l’oeuvre à laquelle a participé son oncle, notamment la construction de la #route #Litoranea_Libica (#Balbia), il a créé un site web pour récolter les informations dessus... Un oncle qui n’est pas vraiment critique (euphémisme !) vis-à-vis des oeuvres de l’Italie coloniale, mais qui a le mérite d’avoir récolté dans un seul site web plein d’informations... que d’autres pourront analyser de manière critique (comme l’a fait Resistenze in Cirenaica dans un de ses carnets, le 4ème notamment : https://seenthis.net/messages/1066339) :

    On y trouve notamment, le scan de ce #livre :
    La strada litoranea della Libia

    Une biographie de l’oncle vénéré Antonio Panzone, of course : http://litoranealibicabalbia.altervista.org/2.html
    Une riche collection de #photographies prises par Panzone à l’époque :

    http://litoranealibicabalbia.altervista.org/1.html

    Et une note biographique de #Italo_Balbo :
    http://litoranealibicabalbia.altervista.org/balboitalo.html

    Une section dédiée à la #philatélie :
    http://litoranealibicabalbia.altervista.org/bruno.html

    Et une liste de #chansons des années 1930-1940 :


    http://litoranealibicabalbia.altervista.org/canzoni.html

    Le site web :
    http://litoranealibicabalbia.altervista.org
    #Italie_coloniale #colonialisme #Italie #histoire #histoire_coloniale #infrastructure #fascisme

    –-

    ajouté à la métaliste sur le colonialisme italien :
    https://seenthis.net/messages/871953

  • "Die Kirche muss sich der Wahrheit stellen"

    Vor rund 150 Jahren kamen die ersten Missionare aus Deutschland nach Tansania. Sie waren eng verbunden mit der Kolonialbesatzung. Heute müssen sich Kirchen und Orden Rufe nach einer aktiven Aufarbeitung der Kolonialzeit stellen.

    Wenn Reverend Ernest Kadiva aus seinem Bürofenster in der tansanischen Hafenstadt Daressalam schaut, fällt der Blick auf die Azania-Front-Kathedrale, gebaut 1902 von lutherischen Missionaren für die deutschen Christen im Land. Die Kirche ist nicht nur ein Mittelpunkt seines Lebens, sondern auch eine stetige Erinnerung an die - teils brutale - Geschichte der deutschen Mission in Ostafrika. Als stellvertretender Leiter der Vereinten Evangelischen Mission in Tansania muss sich auch Kadiva dieser Geschichte stellen und einen Weg finden, in Zukunft Kirche zu gestalten.

    Mit Versprechen von Fortschritt und Seelenheil waren Ende der 1880er Jahre erstmals deutsche Missionare in Daressalam von Bord gegangen - kurz nachdem Europa bei der Kongo-Konferenz in Berlin den afrikanischen Kontinent unter sich aufgeteilt hatte. Das Gebiet des heutigen Tansanias gehörte fortan zu Deutsch-Ostafrika. „Die Missionare kamen zur gleichen Zeit wie die Kolonialbesatzung“, sagt Kadiva. „Es ist kaum möglich, die beiden zu trennen, sie haben auch eng zusammengearbeitet.“

    Die Mission unterstützte die Kolonialverwaltung unter anderem bei der Gesundheitsversorgung. Wer den christlichen Glauben annahm, konnte zur deutschen Schule gehen, in der Verwaltung arbeiten, Geld verdienen und bekam mehr Macht und Einfluss. Auch deshalb wurden die Missionsstationen immer wieder als Handlanger der Kolonialherrschaft angesehen.

    Über die Rolle der Missionare in der Kolonialzeit werde aktuell geforscht, sagt Claus Heim, Fachreferent für Tansania bei Mission EineWelt der Evangelisch-Lutherischen Kirche in Bayern. Mittlerweile sei Mission eine gemeinsame Vision. Die Missionsstationen und Kirchen mitsamt ihrer Arbeit im Gesundheits- und Bildungssystem sind inzwischen meist in tansanische Hände übergegangen und werden vielfach noch von Deutschland aus unterstützt. Zusammenarbeit und Austausch gehören fest dazu: Nicht nur sind Deutsche in Tansania im Einsatz, auch tansanische Pfarrerinnen und Pfarrer oder Ordensleute helfen in Deutschland aus.
    Kirche müsse Verbrechen aktiv aufarbeiten

    „Wir helfen einander, wir lernen voneinander, wir feiern miteinander“, sagt Heim. 100 Jahre nach dem Maji-Maji-Krieg, in dem die Deutschen einen Aufstand gegen Unterdrückung und Ausbeutung brutal niederschlugen, verfassten 2005 auch mehrere Missionswerke gemeinsam eine Bitte um Vergebung.

    Das reiche nicht, sagt der tansanische Historiker Valence Silayo: Die Kirche müsse die Verbrechen, in die sie verwickelt gewesen sei, aktiv aufarbeiten. „Die Kirche muss sich der Wahrheit stellen“, betont er. Besonders bei der Zerstörung von Kulturgütern und Traditionen sieht er die Mission in der Schuld. Heute seien die Kirchen nicht nur in der Pflicht, sondern auch in einer Position, die tansanischen Gemeinschaften in ihren Forderungen nach Restitution und Reparationen zu unterstützen.

    Solidarität solle sich nicht nur in Worten zeigen, sondern ganz konkret in Taten, fordert er. „Die Kirche muss mehr Initiative ergreifen, um den Gemeinschaften etwas von dem zurückzugeben, was auch die Missionare ihnen genommen haben.“

    Reverend Ernest Kadiva ist überzeugt, dass es insgesamt eine Theologie braucht, die die Herausforderungen in Tansania in den Blick nimmt. Bildung, Landwirtschaft und Klimawandel müssten zentrale Themen für die Kirche sein, damit sie auf Dauer Relevanz habe, erklärt er. „Die Kirche braucht eine Reformation, so wie damals bei Luther“, sagt Kadiva.

    https://www.evangelisch.de/inhalte/232097/23-07-2024/deutsche-kolonialzeit-die-kirche-muss-sich-der-wahrheit-stellen

    #Eglise #colonialisme #Allemagne #colonialisme_allemand #Tanzanie #histoire #missionnaires #évangélisation #histoire_coloniale #religion

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  • Der Kaiser, das Berliner Schloss und der deutsche Kolonialismus

    In the article, I tie in with the debates on the role of Wilhelm II within the German political system and the #Humboldt_Forum and ask about the significance of the monarch and the Berlin Palace for German colonialism. To this end, I look at three specific episodes. I begin with an examination of the genocide of the Herero to enquire which part the Kaiser played in the extreme radicalization of #violence in German South-West Africa. Subsequently, I focus on the “acquisition” of #Kiautschou on the Chinese mainland, the episode in which Wilhelm II was probably most directly involved in the expansion of the German colonial empire. Finally, I address the visits of #Frederick_Maharero (1896) and #Tupua_Tamasese_Lealofi (1910/11) to #Berlin. Both were received in audiences in the Berlin Palace but could only travel to Germany as part of ethnological exhibitions (#Völkerschauen). Overall, I argue, that the #Kaiser was much more involved in “world politics” in Asia than in the African colonies, which hardly interested him. Here he played a role primarily as a symbolic figure embodying the empire, but less as an actor with a colonial agenda of his own. Likewise, the Berlin Palace had a primarily symbolic function, while the central decisions of colonial policy were made elsewhere.

    https://www.degruyter.com/document/doi/10.1515/hzhz-2024-0020/html
    #Allemagne #colonialisme #colonialisme_allemand #histoire #histoire_coloniale #Guillaume_II #Wilhelms_II #génocide #empire_colonial #Chine #impérialisme

  • The Long Shadow of German Colonialism. Amnesia, Denialism and Revisionism

    From 1884 to 1914, the world’s fourth-largest overseas colonial empire was that of the German #Kaiserreich. Yet this fact is little known in Germany and the subject remains virtually absent from most school textbooks.

    While debates are now common in France and Britain over the impact of empire on former colonies and colonising societies, German imperialism has only more recently become a topic of wider public interest. In 2015, the German government belatedly and half-heartedly conceded that the extermination policies carried out over 1904–8 in the settler colony of German South West Africa (now Namibia) qualify as genocide. But the recent invigoration of debate on Germany’s colonial past has been hindered by continued amnesia, denialism and a populist right endorsing colonial revisionism. A campaign against postcolonial studies has sought to denounce and ostracise any serious engagement with the crimes of the imperial age.

    #Henning_Melber presents an overview of German colonial rule and analyses how its legacy has affected and been debated in German society, politics and the media. He also discusses the quotidian experiences of Afro-Germans, the restitution of colonial loot, and how the history of colonialism affects important institutions such as the Humboldt Forum.

    https://www.hurstpublishers.com/book/the-long-shadow-of-german-colonialism
    #livre #Allemagne #colonialisme #colonialisme_allemand #histoire_coloniale #histoire #héritage #héritage_colonial #Allemagne_coloniale #Afro-allemands #impérialisme #impérialisme_allemand #Namibie #génocide #amnésie #déni #révisionnisme

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    • German colonialism in Africa has a chilling history – new book explores how it lives on

      Germany was a significant – and often brutal – colonial power in Africa. But this colonial history is not told as often as that of other imperialist nations. A new book called The Long Shadow of German Colonialism: Amnesia, Denialism and Revisionism aims to bring the past into the light. It explores not just the history of German colonialism, but also how its legacy has played out in German society, politics and the media. We asked Henning Melber about his book.
      What is the history of German colonialism in Africa?

      Imperial Germany was a latecomer in the scramble for Africa. Shady deals marked the pseudo-legal entry point. South West Africa (today Namibia), Cameroon and Togo were euphemistically proclaimed to be possessions under “German protection” in 1884. East Africa (today’s Tanzania and parts of Rwanda and Burundi) followed in 1886.

      German rule left a trail of destruction. The war against the Hehe people in east Africa (1890-1898) signalled what would come. It was the training ground for a generation of colonial German army officers. They would apply their merciless skills in other locations too. The mindset was one of extermination.

      The war against the Ovaherero and Nama people in South West Africa (1904-1908) culminated in the first genocide of the 20th century. The warfare against the Maji Maji in east Africa (1905-1907) applied a scorched earth policy. In each case, the African fatalities amounted to an estimated 75,000.

      “Punitive expeditions” were the order of the day in Cameroon and Togo too. The inhuman treatment included corporal punishment and executions, sexual abuse and forced labour as forms of “white violence”.

      During a colonial rule of 30 years (1884-1914), Germans in the colonies numbered fewer than 50,000 – even at the peak of military deployment. But several hundred thousand Africans died as a direct consequence of German colonial violence.
      Why do you think German debate is slow around this?

      After its defeat in the first world war (1914-1918), the German empire was declared unfit to colonise. In 1919 the Treaty of Versailles allocated Germany’s territories to allied states (Great Britain, France and others). The colonial cake was redistributed, so to speak.

      This did not end a humiliated Germany’s colonial ambitions. In the Weimar Republic (1919-1933) colonial propaganda flourished. It took new turns under Adolf Hitler’s Nazi regime (1933-1945). Lebensraum (living space) as a colonial project shifted towards eastern Europe.

      The Aryan obsession of being a master race culminated in the Holocaust as mass extermination of the Jewish people. But victims were also Sinti and Roma people and other groups (Africans, gays, communists). The Holocaust has overshadowed earlier German crimes against humanity of the colonial era.

      After the second world war (1939-1945), German colonialism became a footnote in history. Repression turned into colonial amnesia. But, as Jewish German-US historian and philosopher Hannah Arendt suggested in 1951 already, German colonial rule was a precursor to the Nazi regime. Such claims are often discredited as antisemitism for downplaying the singularity of the Holocaust. Such gatekeeping prevents exploration of how German colonialism marked the beginning of a trajectory of mass violence.
      How does this colonial history manifest today in Germany?

      Until the turn of the century, colonial relics such as monuments and names of buildings, places and streets were hardly questioned. Thanks to a new generation of scholars, local postcolonial agencies, and not least an active Afro-German community, public awareness is starting to change.

      Various initiatives challenge colonial memory in the public sphere. The re-contextualisation of the Bremen elephant, a colonial monument, is a good example. What was once a tribute to fallen colonial German soldiers became an anticolonial monument memorialising the Namibian victims of the genocide. Colonial street names are today increasingly replaced with names of Africans resisting colonial rule.

      Numerous skulls – including those of decapitated African leaders – were taken to Germany during colonialism. These were for pseudo scientific anthropological research that was obsessed with white and Aryan superiority. Descendants of the affected African communities are still in search of the remains of their ancestors and demand their restitution.

      Similarly, cultural artefacts were looted. They have remained in the possession of German museums and private collections. Systematic provenance research to identify the origins of these objects has only just begun. Transactions such as the return of Benin bronzes in Germany remain a matter of negotiations.

      The German government admitted, in 2015, that the war against the Ovaherero and Nama in today’s Namibia was tantamount to genocide. Since then, German-Namibian negotiations have been taking place, but Germany’s limited atonement is a matter of contestation and controversy.
      What do you hope readers will take away from the book?

      The pain and exploitation of colonialism lives on in African societies today in many ways. I hope that the descendants of colonisers take away an awareness that we are products of a past that remains alive in the present. That decolonisation is also a personal matter. That we, as the offspring of colonisers, need to critically scrutinise our mindset, our attitudes, and should not assume that colonial relations had no effect on us.

      Remorse and atonement require more than symbolic gestures and tokenism. In official relations with formerly colonised societies, uneven power relations continue. This borders on a perpetuation of colonial mindsets and supremacist hierarchies.

      No former colonial power is willing to compensate in any significant way for its exploitation, atrocities and injustices. There are no meaningful material reparations as credible efforts of apology.

      The colonial era is not a closed chapter in history. It remains an unresolved present. As the US novelist William Faulkner wrote: “The past is never dead. It’s not even past.”

      https://theconversation.com/german-colonialism-in-africa-has-a-chilling-history-new-book-explor

      #Cameroun #Togo #Tanzanie #Rwanda #Burundi #Hehe #Ovaherero #Nama #Maji_Maji #expéditions_punitives #abus_sexuels #travail_forcé #white_violence #violence_blanche #violence #Lebensraum #nazisme #Adolf_Hitler #Hitler #monuments #Kolonialelefant #Brême #toponymie #toponymie_coloniale #toponymie_politique

  • Il leone del deserto

    Film storico basato sulla vita del condottiero senussita libico #Omar_al-Mukhtar, che si batté opponendosi alla riconquista della Libia da parte del #Regio_Esercito_italiano, il film è stato censurato impedendone la distribuzione in Italia, in quanto ritenuto «lesivo all’onore dell’esercito italiano», dove è stato trasmesso in televisione solo una volta, su Sky nel 2009 a distanza di quasi trent’anni e mai trasmesso dalla televisione pubblica italiana.

    https://it.wikipedia.org/wiki/Il_leone_del_deserto
    https://www.youtube.com/watch?v=sb3O3knbFCk

    #histoire_coloniale #Italie #Italie_coloniale #film #film_historique #Libye #colonialisme #colonisation #histoire #histoire_coloniale #Mustafa_Akkad

    ajouté à la métaliste sur le colonialisme italien :
    https://seenthis.net/messages/871953