• Le #mirage anglais : la #désillusion des migrants

      Après la périlleuse traversée de la Manche, 
des migrants déchantent au Royaume-Uni.

      Depuis plus de vingt ans et l’ouverture du tunnel sous la Manche, les camps d’infortune baptisés «  jungles  » se succèdent à Calais et aux alentours. Y survivent des Irakiens, des Afghans, des Érythréens, des Soudanais et des ressortissants de bien d’autres nationalités, en fonction des aléas géopolitiques, tous aimantés par cet Eldorado britannique qu’ils fantasment et aperçoivent depuis la plage, à une trentaine de kilomètres.

      D’infimes falaises obsédantes derrière les vagues grises agitées  : ce paysage tempétueux est l’une des frontières européennes les plus difficiles à franchir, rendue prétendument étanche grâce aux millions d’euros versés chaque année par la Grande-Bretagne.

      Les infrastructures du port et de l’Eurotunnel, ultimes étapes avant leur escale finale – l’Angleterre – sont gardées comme des forteresses à grand renfort de barbelés, scanners, policiers...

      Les exilés tentent de passer cette lisière seuls, ou avec l’aide des cellules de passeurs souvent kurdes, implantées sur le littoral. En Grande-Bretagne, pensent-ils séduits, leur asile sera accepté, ils trouveront du travail, ou encore ils ne seront pas expulsés vers le premier pays d’Europe, responsable de leur demande d’asile, selon le règlement Dublin III.

      Une fois la Manche franchie, les migrants s’évanouissent dans la nature, s’expriment peu, par crainte d’être ennuyés par les autorités. Ils tentent de se construire une vie, dans l’anonymat. Le soi-disant Eldorado ne comble pas toujours leurs attentes.

      La majorité des demandeurs à l’asile – 30 603 en 2016, selon le Home Office (ndlr : équivalent du ministère de l’Intérieur) – sont Iraniens, puis Pakistanais, Irakiens, Afghans, Bangladais…

      Et au final, «  34 % des demandes sont acceptées, soit un taux moins élevé qu’en France – 40 %  », souligne Magali Lambert, de La Cimade. Quant au règlement Dublin III, «  il est appliqué comme en France. Tout migrant peut être renvoyé vers le premier pays responsable de sa demande d’asile  ».

      Wira et Barzan (Kurdes irakiens)

      Le soleil transperce les nuages gris, illumine les docks.

      Le cri des mouettes couvre la respiration de la marée grise. Il est midi à Liverpool, les pintes de bières règnent sur les tables d’un pub cerné d’entrepôts de briques. Les Britanniques à l’accent scouse, typique de ce grand port du nord-ouest du Royaume-Uni, trinquent sur les quais.

      Devant leurs verres d’eau gazeuse, les Kurdes irakiens Barzan et Wira (prénoms modifiés à leur demande), eux, n’ont pas le goût à la détente. «  La décision du Home Office est tombée il y a deux mois. On m’a rejeté, on ne veut pas de moi  ».

      Barzan, 26 ans, détaille les justifications des autorités britanniques avec mépris.

      lls m’ont dit que maintenant je pouvais retourner en Irak, que ce n’était plus dangereux, que je pouvais être avec ma famille là-bas.

      Barzan, un Kurde irakien de 26 ans

      Son ami Wira, 36 ans, tente de le consoler, mais a peu d’arguments. «  Je suis venu en Grande-Bretagne il y a quatorze ans, ma demande d’asile et mon appel ont été rejetés. Depuis, j’ai fait plus de douze demandes de réexamen [il n’y a pas de limites pour ces requêtes, il faut apporter de nouveaux éléments au dossier, ndlr]. C’est toujours non  ».

      Wira est dans une zone grise  : sommé de quitter le pays, il ne compte plus les années à errer, anonyme, entre les villes de Leicester, Wrexham et Liverpool.

      Wira et Barzan viennent d’Erbil et de Souleimaniye, dans la région autonome du Kurdistan irakien. L’Angleterre, ils l’ont fantasmée à plus d’une décennie d’écart. Le premier y a posé le pied en 2002, le second en 2016. «  Ici, on pouvait gagner notre vie, la construire, du moins c’est ce que je pensais  », résume Barzan.

      Son regard vert glacial se fait encore plus froid quand il repense au chemin parcouru. «  Je suis venu par la Turquie, la Grèce, la route des Balkans en 2015  ». Il tente d’abord une première demande d’asile en Allemagne en 2015. Puis «  neuf mois sans nouvelles  », alors il se «  reporte  » sur la Grande-Bretagne.

      «  Je suis resté des mois bloqué à Grande-Synthe (à 30 km de Calais) avant de réussir à passer, après une dizaine de tentatives, avec 24 autres personnes dans un camion de lots de shampoing  ». Barzan se souvient : «  Ce n’était pas la vie normale. Le temps était long. Tu ne savais pas combien de temps tu allais rester, ce que tu allais devenir  ».

      En 2002, «  tout était plus simple  : ni contrôles ni policiers ni barbelés  », lui répond Wira, qui a franchi la frontière à cette date. «  Je suis resté trois jours à Calais et j’ai réussi dès le premier coup à passer dans un camion  ». Les souvenirs de Wira sont légers et flous, ceux de Barzan tenaces et amers.

      Les deux hommes montrent leurs mains rouges et desséchées. S’ils n’ont toujours pas de statut de réfugié, ils ont un travail, l’une de leurs motivations pour venir en Grande-Bretagne.

      «  On lave des voitures  », explique Barzan. «  Si tu es réfugié, en Angleterre, tu dois passer par le “car-wash” même si ça abime les mains, plaisante Wira, c’est dans une société de lavage de voitures que nous nous sommes rencontrés, beaucoup de Kurdes y travaillent, on trouve toujours. Au début on gagne 39 euros puis avec l’expérience 56 euros par semaine. Je travaille dans ce secteur depuis quatorze ans  ».

      Et toujours non déclaré. «  Trouver un job au noir, c’est facile en Grande-Bretagne, je ne me suis jamais fait prendre par les autorités. Il paraît que quelques patrons se prennent des amendes. Mais personnellement, je n’ai jamais vu aucun directeur avoir des problèmes  ».

      Dans ce pays à l’économie libérale, le travail au noir représente près de 9,4 % du PIB en 2017, selon le magazine américain Forbes.

      On ne compte pas nos heures, on travaille six jours sur sept.

      Barzan, un Kurde irakien de 26 ans

      «  Mais je crois qu’en fait c’est la norme, comme un cercle vicieux sans fin, analyse Wira. La Grande-Bretagne a besoin de nous, de main d’œuvre, pour les petits boulots. Mais en même temps, nous sommes rejetés, nous n’avons pas de droits  ».

      Les compères remontent l’artère commerçante de Liverpool où se succèdent les magasins des grandes chaînes de prêt-à-porter. «  C’est une très belle ville, mais je suis effrayé par le racisme, avoue Barzan. Tu le sens, le raciste, c’est celui qui te regarde comme quelqu’un d’inférieur  ». Ils rejoignent un restaurant kurde aux murs blancs.

      Barzan déprime devant sa soupe de lentilles rouges. «  Je suis perdu, je veux gagner ma vie mais dans une usine ou en tant que chauffeur de taxi, pas dans un “car-wash”, au noir  ». Il songe au retour et évoque cet ami kurde qui lui «  n’en pouvait plus d’attendre  ». «  Il est parti en Allemagne pour tenter de demander l’asile là-bas  ».

      Comme lui, en 2017, quelque 966 personnes ont franchi irrégulièrement la frontière entre l’Angleterre et la France, selon l’Ocriest (Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre). Souvent dissimulés dans les camions, ils ont finalement re-traversé la Manche en sens inverse, lassés de la dureté de ce pays dont ils avaient trop rêvé.

      Lire aussi : L’abandon des enfants migrants en France
      Ridire (Bédouin apatride)

      Ridire exhibe tout sourires ses cartes. «  Ma première carte d’identité, ma première carte de crédit  ». Des sésames dont il est fier et grâce auxquels il bénéficie d’une reconnaissance après un long passage à vide. «  Dans tous les pays que j’ai traversés, j’étais considéré comme quelqu’un d’illégal, un terroriste, parce que j’étais un migrant  ».

      Cet homme brun au teint hâlé traîne ses longues jambes sur un marché bouillonnant de Birmingham, sa commune d’adoption. «  C’est une bonne localité pour recommencer une nouvelle vie, trouver un bon travail  ». Entre les étals, les langues anglaise mais aussi pakistanaise, arabe ou chinoise se mêlent dans cette deuxième ville d’Angleterre qui abrite de nombreux réfugiés.

      Bédouin, Ridire est né sans papiers au Koweït.

      «  Nous sommes bidoune [sans papiers, ndlr] et persécutés, le pays ne veut pas de nous  ». Formant une famille d’apatrides avec sa mère et ses petits frère et sœur, ils prennent en 2010 le chemin de Damas, en Syrie, où Ridire travaille dans un hôtel.

      La guerre arrive, la fuite au Liban s’impose, dans un camp de réfugiés où l’attente devient interminable. Ils décident alors de rejoindre leur oncle, installé depuis des années en Grande-Bretagne.

      Son frère et sa sœur, mineurs, bénéficient d’un regroupement familial. Ridire emprunte la voie illégale  : traversée de la Turquie, la Grèce, la route des Balkans, à l’été 2015.

      «  J’ai rarement ressenti d’humanité, insiste Ridire. La seule fois c’était à Lesbos, avec des bénévoles qui m’ont parlé comme à quelqu’un de normal  ». Une inhumanité qui s’accentue, d’après lui, lorsqu’il débarque à Grande-Synthe.

      «  Je suis arrivé de nuit, avec ma mère. D’autres migrants nous ont dit de nous installer dans une tente. Le lendemain, à la lumière du jour, j’ai découvert le cauchemar : les rats, la boue...  » Ridire est alors au camp du #Barosch de #Grande-Synthe, aux côtés de 2 000 migrants. Il y découvre le système des passeurs.

      «  Des trafiquants sont venus me voir, m’ont dit “comme tu es Koweïtien, tu es riche, un passage te coûtera 2 500 euros”  ». Dans le nord de la France, les trafiquants appliquent les tarifs de leurs «  prestations  » souterraines au faciès.

      Pour passer la Manche caché dans un camion, un ressortissant érythréen, réputé pauvre, paiera moitié moins cher qu’un Syrien, réputé riche, indique Ridire écœuré. Lui n’a pas d’argent. Les saisons passent à Grande-Synthe. Sa mère tombe malade, il parvient à la faire passer légalement en Grande-Bretagne, mi-2016.

      Seul, Ridire déchante. «  Je pensais que j’allais mourir à Grande-Synthe. Un passeur qui me voyait dépérir m’a aidé. Un soir il m’a dit, “ok tu montes gratuit” dans un camion qui contenait des télévisions, de la farine, des pots en céramique…  ».

      Sur le trajet, il pleure de joie. «  Je me disais, je vais enfin avoir des droits. Le poids lourd s’est arrêté dans un village du centre, je suis sorti sous les yeux médusés du chauffeur – un Roumain je crois – en courant, trop heureux. Il n’a rien dit. J’ai appelé ma famille à Birmingham qui m’a envoyé un taxi  ».

      Au bout d’un an, Ridire obtient son statut, le Koweït est jugé dangereux pour lui «  il y a un risque d’extinction de la communauté (des Bédouins) à cause du mauvais traitement que nous subissons : pas de services, pas d’accès à l’éducation ni à la santé  », justifie Ridire.

      Il peut aujourd’hui avoir accès au système de santé, étudie les mathématiques à la faculté, vit dans une maison avec sa mère. Les 42 euros hebdomadaires que lui verse le gouvernement l’aident à se nourrir.

      «  D’ici quelques années, je travaillerai dans l’industrie du pétrole, je n’ai pas honte de dire que j’ai envie de bien gagner ma vie. L’Angleterre pour moi, c’est le business, c’est très différent de la France, où j’ai le sentiment que les gens sont plus amicaux  ». Le pays réputé individualiste «  casse quelques traditions et valeurs familiales, avoue-t-il. En ce mois de juin, c’est le ramadan, or mes frère et sœur n’ont pas le temps de venir dîner, ils disent qu’ils travaillent trop. Alors on s’appelle, mais on ne reste plus ensemble, comme au Koweït. S’il nous arrive une broutille, personne ne se déplace pour l’autre. Trop de travail, c’est souvent l’excuse  ».

      Maintenant, Ridire espère obtenir d’autres droits. «  J’aimerais pouvoir voter. Si j’avais eu ce droit, je n’aurais surtout pas voté pour le Brexit, qui ­m’inquiète et va nous isoler  ».
      Henok (Érythréen)

      Henok chante des airs de rap en marchant sur les trottoirs bondés de Londres. Il slalome ce jour de juin entre les passants, près de la gare internationale de Saint-Pancras. Parmi la foule d’anonymes, personne ne s’attarde sur la bouille ronde du jeune Érythréen, cheveux en bataille, survêtement noir et petite sacoche.

      Sur le chemin de l’exil, Henok devait fuir les regards, «  On me dévisageait alors que je voulais être discret, dit l’adolescent de 18 ans. Il était l’étranger. Aujourd’hui, je me sens libre  ». Il avance serein entonnant des paroles sur Calais, qu’il a composées lui-même. La ville, jamais loin, le hante toujours. Car avec Tripoli, en Libye, Calais est l’escale de son ­parcours qui l’a le plus «  choqué  ».

      Parti seul d’un village près d’Asmara à 14 ans, il fuit le service militaire à vie de ce pays d’Afrique de l’Est sous la coupe du dictateur Isaias Afwerki.

      Pendant deux ans, Henok ne songe qu’à traverser les frontières. «  Je voulais venir en Grande-Bretagne dès le départ. J’avais entendu par des amis déjà sur place qu’on trouvait du travail plus facilement en Angleterre qu’en Italie ou en France  ».

      Son itinéraire se dessine : Soudan, Libye, Italie, France. Des milliers d’autres migrants l’ont fait avant lui, cela lui donne espoir, les photos de proches en Grande-Bretagne le soutiennent pendant son périple. Sans argent, il ne passe pas toujours avec des passeurs de frontières, «  je me cachais seul dans les camions  ».

      Lire aussi : Plus de cent soudanais renvoyés dans l’enfer libyen

      Henok insiste sur deux étapes qui l’ont traumatisé.

      À Tripoli en Libye et à Calais, j’ai lutté pour ma survie. Je pensais souvent à la mort.

      Henok, Érythréen de 18 ans

      Malgré sa jeunesse, elle est omniprésente dans la vie de l’adolescent. «  En Libye, je suis resté bloqué à Tripoli, pendant trois mois, dans une maison de torture [les migrants nomment généralement ces bâtisses des connexions houses, surveillées par les passeurs, ndlr]  ».

      Enfoncé dans le fauteuil d’un café cosy londonien, Henok exhibe une blessure sur sa main. «  Ceux qui me gardaient me brûlaient, ils voulaient appeler mes parents pour avoir de l’argent contre ma liberté, mais mes parents n’ont pas de téléphone dans leur village !  ».

      Il perd la notion du temps, finit par embarquer pour l’Italie «  Un jour de printemps 2015, dit-il évasif. J’avais trop peur, mais il fallait rejoindre l’Italie. C’était la mort en Libye, la mort dans l’eau ou l’Italie, pas d’autres options  ». Il navigue sur la Méditerranée centrale dans un bateau en bois où s’entassent 383 personnes, avant d’être tiré des flots par un navire italien. «  Le plus beau jour de ma vie, mais je n’arrive pas à le décrire, c’était trop fort  ». Il marque un silence et sourit.

      Après cette frontière traumatisante, il reste à Henok une autre mer à traverser  : la Manche. Et un second traumatisme, Calais. «  Je suis passé facilement de l’Italie à la France par les Alpes, caché dans un camion, contre 30 euros. Calais, finalement, ça paraissait simple à franchir  : la Manche est petite comparée à la Méditerranée  ».

      Mais, bloqué dans la ville de la dentelle pendant un mois et deux semaines, il partage l’errance d’un sans-domicile avec d’autres Érythréens près du port de la ville, nourris par les ONG.

      Puis Henok découvre la traque, dit-il, de ceux dont tous les migrants connaissent l’acronyme à Calais  : les CRS. «  Presque chaque nuit, je tentais de me cacher dans des camions, avec des amis, sans passeur, les policiers n’étaient jamais loin. Au bout de quelques semaines, je me suis fabriqué un faux garrot pour faire croire que j’étais blessé et qu’ils me laissent tranquille  ».

      Son ton s’accélère, il raconte nerveusement. «  J’essayais de me glisser sous les châssis des camions, ou de rentrer dans les cargaisons dès que je voyais des poids lourds à l’arrêt. Je ne comptais pas les tentatives. Je me faisais prendre par les policiers, je recommençais le lendemain  ».

      Cela devient un défi pour l’adolescent. «  Je n’avais pas peur, je pensais à l’Angleterre toute la journée. La nuit, lors de mes passages, mes vêtements étaient déchirés à force de courir et tomber sur les routes  ». Sa crainte principale  : «  Les chiens (renifleurs) du port qui finissaient toujours par me trouver planqué dans les camions alors que j’étais près du but  ».

      Henok parvient à sauter dans un train de poids lourds qui file vers l’Eurotunnel.

      Quand j’ai compris que j’étais sous le tunnel, l’émotion était intense pas autant qu’en mer en Libye, mais presque.

      Henok, Érythréen de 18 ans

      Henok dépose sa demande d’asile dans les minutes qui suivent son arrivée à Douvres à l’automne 2015, dans un commissariat de la ville-frontière du sud de l’Angleterre.

      Le mineur est transféré vers Londres, où il est logé avec des travailleurs sociaux par le Home Office. Il obtient son statut de réfugié au bout d’un an, aidé par sa minorité car un retour en Érythrée est bien trop dangereux. «  J’ai ce que je voulais, la sécurité et les études. Je veux devenir électricien et continuer le rap  ».

      Mais après cette longue quête, une autre commence pour lui. «  Je cherche mes parents et mon frère, dont je n’ai jamais eu de nouvelles depuis mon départ. Ils n’ont ni adresse ni Internet. Je pense à eux, ça me rend triste, je voudrais les faire venir, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus et eux non plus ne savent rien de ma vie  ».


      https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/les-mirages-de-leldorado-britannique

      #dessins de #Elisa_Perrigueur

    • Arrivés en Angleterre illégalement, de nombreux mineurs isolés sont victimes des trafiquants

      Refoulés par le Home Office après des mois passés à Calais, de nombreux mineurs ont tout de même décidé d’atteindre l’Angleterre de manière illégale. Beaucoup ont disparu dans la nature et sont tombés aux mains des réseaux de trafiquants.

      Selon le quotidien britannique The Independent, de nombreux migrants mineurs dont le dossier a été refusé par le Home Office - le ministère anglais de l’intérieur - au moment du démantèlement de la « jungle » de Calais ont traversé la Manche par leurs propres moyens et sont tombés entre les mains de trafiquants au Royaume-Uni.

      Lors de la signature de l’amendement Dubs en mars 2016, le Royaume-Uni s’était engagé auprès de la France à accueillir 480 mineurs isolés présents à Calais et désireux de rejoindre l’Angleterre. Mais en octobre 2016, date du démantèlement de la « jungle », des centaines de mineurs non accompagnés ont vu leur demande déboutée par le Home Office.

      L’association Social workers without borders - qui avait mené une série d’évaluations sur plusieurs enfants de la « jungle » avant son démantèlement - rappelle que sur les 42 enfants signalés « dans le besoin », aucun d’entre eux n’a eu l’autorisation de rejoindre l’Angleterre.

      >> À lire sur InfoMigrants : Au Royaume-Uni, un migrant peut croupir des années en centre de rétention

      Bon nombre de migrants refoulés par les autorités britanniques ont donc tenté leur chance par la voie illégale. Beaucoup d’entre eux se sont ainsi retrouvés piégés dans des réseaux de trafiquants.

      Selon les dernières données du Centre d’information sur la traite des enfants (CTAC), sur les 293 jeunes arrivés en Angleterre clandestinement depuis mi 2016, seulement 103 personnes ont été localisées. Les autres - les 190 autres restants - ont tout simplement disparu dans la nature. À titre d’exemple, sur les 42 mineurs identifiés par Social workers without borders, neuf ont atteint le Royaume-Uni par leurs propres moyens et 14 sont toujours « introuvables ».

      « Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogue deviennent des monnaies d’échange »

      Selon le quotidien britannique, un adolescent soudanais placé dans une famille d’accueil a disparu quelques mois après son arrivée en Angleterre, en décembre 2016. « Je lui ai envoyé un message mais je n’ai pas eu de réponse », déclare à The Independent Sue Clayton, une universitaire qui lui avait rendu visite. « Il était clair que les choses ne se passaient pas bien pour lui en Angleterre. Il est probable qu’il travaillait pour le compte d’un trafiquant (…). Il m’a dit que sa mère était très malade et que sa famille avait besoin d’argent ».

      The Independent met également en avant le cas d’un garçon de 16 ans qui a été « pris en otage » par des trafiquants une fois arrivé au Royaume-Uni. Les malfaiteurs le retenaient car son père, installé en Angleterre, n’avait pas les moyens de payer les passeurs de son fils. Le jeune homme a pu être libéré grâce à l’intervention de la police.

      Swati Pande, membre du CTAC, estime qu’il est fréquent que les enfants ayant traversé la Manche disparaissent ou ne soient jamais retrouvés au Royaume-Uni. « Rien n’est gratuit. Ces jeunes ont fait un si long voyage, ils doivent toujours de l’argent à quelqu’un », explique-t-elle au journal anglais. « Au cours de leurs voyages, nous savons qu’il peut y avoir des abus. Quelle est la monnaie d’échange de ces enfants ? Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogues deviennent des monnaies d’échange », continue-t-elle.

      Pour la députée anglaise Sarah Jones cité par The Independent, le gouvernement britannique a « tourné le dos aux enfants réfugiés de la ‘jungle’ et continue de le faire ». « Cette année marque le 80ème anniversaire du Kindertransport, quand notre pays a sauvé 10 000 enfants du régime nazi. C’est une honte que le sentiment anti-migrant de notre gouvernement s’étende même aux enfants les plus jeunes et les plus vulnérables », a-t-elle ajouté.
      Une critique injustifiée selon un porte-parole du Home Office qui rappelle que « l’an dernier, le Royaume-Uni a assuré la protection de 6 000 enfants et a également délivré 5 218 visas de regroupement familial, dont plus de la moitié était destiné à des enfants ». Reste que seuls 220 enfants ont été transférés en Angleterre depuis fin 2016, sur les 480 prévus par l’amendement Dubs.


      http://www.infomigrants.net/fr/post/13286/arrives-en-angleterre-illegalement-de-nombreux-mineurs-isoles-sont-vic


  • The UK Border Regime

    Throughout history, human beings have migrated. To escape war, oppression and poverty, to make a better life, to follow their own dreams. But since the start of the 20th century, modern governments have found ever more vicious ways to stop people moving freely.

    The UK border regime includes the razor wire fences at #Calais, the limbo of the asylum system, and the open #violence of raids and deportations. Alongside the #Home_Office, it includes the companies running databases and detention centres, the media pushing hate speech, and the politicians posturing to win votes. It keeps on escalating, through Tony Blair’s war on refugees to Theresa May’s “#hostile_environment”, spreading fear and division.

    This book describes and analyses the UK’s system of immigration controls. It looks at how it has developed through recent history, the different actors involved, and how people resist. The aim is to help understand the border regime, and ask how we can fight it effectively.


    https://corporatewatch.org/new-book-the-uk-border-regime
    #livre #frontières #régime_frontalier #UK #Angleterre #limbe #barrières_frontalières #externalisation #France #renvois #expulsions #déportations #résistance #migrations #asile #réfugiés #détention_administrative #rétention #privatisation

    • France – Royaume-Uni : le plan d’action de lutte

      L’externalisation du contrôle de la frontière britannique sur le sol français est jalonnée de traités, arrangements, accords, déclarations conjointes. Dans la novlangue du nouveau monde, nous avons le « plan d’action de lutte contre l’activité des migrants dans la Manche ». Avec un nouveau chèque britannique.

      D’un côté de la Manche, le brexit qui prend l’eau. De l’autre un pouvoir ébranlé par la contestation des gilets jaunes. Entre les deux des exilé-e-s qui tentent de passer la frontière et d’accéder au territoire britannique.

      Les tentatives de passage de la frontière dans de petites embarcations ne sont pas nouvelles, mais étaient exceptionnelles, ou alors avec la complicité de plaisanciers ou de pêcheurs qui se faisaient de l’argent en faisant passer des exilé-e-s. Il y avait eu en 2016 plusieurs tentatives du département de la Manche vers les îles anglo-normandes (voir ici et là), et rarement du littoral du Nord et du Pas-de-Calais. Ce sont souvent des exilé-e-s iranien-ne-s qui sont impliqué-e-s dans ces tentatives.

      Depuis un an, elles se multiplient - le "plan d’action de lutte" mentionne 44 départ évités du côté français (ce qui ne comprend pas a priori les bateaux interceptés en mer) concernant 267 "individus". Elles rencontrent un certain écho médiatique, surtout au Royaume-Uni. Les gouvernements doivent donc montrer qu’ils font quelque chose. Et comme le phénomène dure déjà un peu, qu’ils ont aussi déjà fait quelque chose. Et puis c’est l’occasion de montrer que brexit ou pas la coopération sécuritaire entre les deux pays continue - contre "une menace à l’encontre des systèmes de contrôle aux frontières en France et au Royaume-Uni, dont l’intégrité est indispensable à la lutte contre la criminalité et le terrorisme" dit le texte - la doctrine est donc qu’il faut fermer les frontières de manière étanche pour se protéger.

      Mais sous le titre hyperbolique de "plan d’action de lutte" il n’y a à vrai dire pas grand-chose. Les patrouilles maritimes et aériennes, et terrestres du côté français, ont déjà été renforcées. Les mesures activées dans les accords précédents, qui eux-mêmes reprenaient largement des mesures plus anciennes, sont actives. Un financement de 7 millions d’euros est annoncé, mais près de la moitié provient d’un fonds déjà existant, la partie britannique n’apporte en fait que 3,6 millions supplémentaires. Une partie indéterminée de cet argent ira à un secteur économique qui vit sous perfusion d’agent public : la vidéosurveillance. Des caméras seront installées dans les ports et sur les plages.

      https://blogs.mediapart.fr/philippe-wannesson/blog/250119/france-royaume-uni-le-plan-d-action-de-lutte



  • University lecturers must remain educators, not border guards

    The increasingly stringent control of student migration by the Home Office is damaging both the integrity of our relationships as teachers with students and the future of our universities. It was for this reason that 160 academics signed a letter published in The Guardian against the ways in which this crackdown corrodes relationships of trust that are essential to learning.

    https://theconversation.com/university-lecturers-must-remain-educators-not-border-guards-23948

    #home_office #frontières #frontières_mobiles #université #UK #Angleterre #gardes_frontières (#flexibilisation_introvertie, pour utiliser un concept de Paolo Cuttitta)

    Article de 2014, mais qui reste de très forte actualité !

    • UK academics oppose visa monitoring regime for foreign staff

      UK academics oppose visa monitoring regime for foreign staff
      UK university leaders are being urged to review their attitudes towards foreign staff and students, following fresh reports of visa holders being “unfairly monitored” and even threatened with home visits by nervous administrators.

      Institutions say that efforts to record the whereabouts of international employees and students on sponsored visas are necessary to comply with Home Office regulations, but union representatives argue that the requirements are being misinterpreted and create a “hostile environment” for foreign workers.
      One foreign academic employed by the University of Birmingham told Times Higher Education that they had become “confused and scared” after being told that they must report their attendance weekly or “risk deportation”.

      “I feel like I am not trusted, that I can’t do my job, that I’m assumed [to be] a criminal,” said the academic, who chose to remain anonymous. “Being constantly monitored in this way makes me feel like I don’t really want to be here…if I had an opportunity somewhere else I would consider leaving the UK.”

      A letter issued by Birmingham’s human resources department to international staff and seen by THE states that any individual who fails to report their attendance as well as any time spent off campus on a weekly basis will have their “name passed to the UK Border Agency”.

      Failure to comply may result in “disciplinary action and/or withdrawal of your certificate of sponsorship, and thereby your eligibility to remain in the UK”.

      Birmingham had to operate “within the requirements set out by the Home Office”, a university spokesman said. “Our priority is ensuring that we are supporting staff to remain in the UK.”

      Meanwhile, staff at the University of Sussex launched a petition last week calling on vice-chancellor Adam Tickell to “end the hostile environment” found towards “migrants, people of colour and Muslims” on campus, which they said had been made worse as a result of “immigration monitoring”.

      The Sussex branch of the University and College Union said that managers at the institution had chosen to interpret Home Office guidelines in a needlessly stringent manner. “Staff and students are made aware that if they are not able to attest to their whereabouts for 80 per cent of the semester, they risk having their [immigration] status withdrawn,” a spokesman said. “This is not necessary."

      Those on Tier 2 and Tier 5 visas were at one stage told to “expect home visits” if they chose to work out of the office, but the university has since admitted that this approach is “not feasible”, the UCU spokesman added.

      An email sent from one head of department on 10 April informs Sussex staff they must have “complete records of their movements at any given time” recorded via “electronic calendars, so if auditors turn up at any given time we can point to it”.

      “I found this procedure extraordinary,” said one academic, “and I am sure there would be revolt if this were imposed on everyone in the department.”

      A University of Sussex spokeswoman said that Professor Tickell was aware of the petition, and had “already clarified with members of our community why and how the university needs to comply with statutory regulations”.

      “Our policies and procedures are informed by UK and EU legislation, statutory regulations and duties and best practice,” she added.

      Separately, staff at UCL have written to the institution’s president, Michael Arthur, expressing “serious concerns” over rules that require staff to have “physical check-ins” with international students every three weeks in order to monitor visa compliance.

      The policy takes up staff time “in bureaucracy that is irrelevant”, “builds a culture of mistrust” and creates “added pressure...at a time when we have increasing evidence about risks to student wellbeing and mental health”, the letter says.

      A Home Office spokeswoman said it remained “the responsibility of individual sponsors to develop their own systems to ensure they meet their reporting responsibilities”.

      https://www.timeshighereducation.com/news/uk-academics-oppose-visa-monitoring-regime-foreign-staff


  • Asylum decision-maker : ’It’s a lottery’

    The Home Office has denied taking “arbitrary” decisions on asylum cases in order to meet deportation targets, but an asylum caseworker says staff have to work so fast that the results are a “lottery” - one that could result in people being sent home to their deaths. He contacted the BBC because he wants the public to know how the system operates. As he would lose his job if identified, we have called him “Alex”.

    L’auteure mentionne le fait que le #Home_Office ait utilisé le Lonely Planet pour montrer que le Vietnam est un pays sûr... Ici le passage dans l’article :

    When Asylum Aid represented a gay client from Vietnam recently, the Home Office caseworker referred to a Lonely Planet guide to establish whether or not it would be safe for him to return home. Based on the guide’s description of Ho Chi Minh city, the caseworker suggested it would be safe for him to go back.

    ... je me rappelle d’une conversation avec une juriste du CSP (Genève), qui avait utilisé, pour un recours contre une décision du SEM, le #Guide_du_Routard. Elle a montré au SEM que le récit de son mandant était vraisemblable quand il a répondu « je ne sais pas, il n’y a rien à voir » à la question de l’auditeur du SEM : « Dites moi le nom de 3 monuments présents dans votre ville d’origine »...


    http://www.bbc.com/news/stories-43555766
    #arbitraire #chance #audition #asile #migrations #réfugiés #Lonely_Planet #loterie #décisions_arbitraires #UK #Angleterre


  • #UK plans video campaign to deter African migrants

    Critics say tactic will have little effect on would-be migrants’ decision to travel and is aimed at placating British voters

    “The information just does not filter through because people decide on the basis of what they hear from family and friends – people they trust – rather than foreign governments,” said Jessica Hagen-Zanker, research fellow for migration at the Overseas Development Institute.

    “Information about the journey is so irrelevant and the risks seem so small compared to their daily struggles. In some ways these campaigns are about a government being able to say to voters, ‘we are doing something’, even though it is not necessarily effective.”

    https://www.theguardian.com/uk-news/2018/feb/10/uk-video-campaign-deter-africa-migration-placating-british-voters?CMP=S
    #dissuasion #film #migration #asile #propagande
    #Angleterre #vidéo #migrants_africains #Home_Office


  • Inside Britain’s asylum appeal system – what it’s like to challenge the #Home_Office

    New evidence suggests that where an asylum seeker ends up in Britain could have a significant impact on the likelihood that they are granted refugee protection, regardless of whether their life is in danger. From an Afghan child fleeing forced recruitment into the Taliban, to a Ugandan lesbian fleeing police violence, geography seems to be affecting the justice process that asylum seekers often depend upon for their safety and their lives.


    https://theconversation.com/inside-britains-asylum-appeal-system-what-its-like-to-challenge-the
    #procédure_d'asile #UK #Angleterre #asile #migrations #réfugiés #recours



  • Protest outside Home Office as authorities clamp down on anti-detention movement

    Activists will gather outside the Home Office tomorrow, as they respond to reports that authorities violently broke up a protest in a detention centre this weekend.

    http://www.politics.co.uk/news/2014/08/11/protest-outside-home-office-as-authorities-clamp-down-on-ant

    #détention #détention_administrative #asile #migration #réfugiés #Home_Office #UK #Angleterre #protestation #manifestation #solidarité



  • ARRRGGGHHH! La honte...

    #Home_Office staff rewarded with gift vouchers for fighting off asylum cases

    Incentives for officials who hit target of winning 70% of tribunal cases include vouchers, cash bonuses and extra holidays

    http://www.theguardian.com/uk-news/2014/jan/14/home-office-asylum-seekers-gift-vouchers

    #prix #corruption #asile #UK #Angleterre #Royaume_Uni #bon #vacances #voucher #cadeau #vive_la_procédure_équitable #performance

    cc @reka


  • #Angleterre. Les #immigrés_illégaux invités à rentrer chez eux par #texto

    La méthode particulière employée par le gouvernement britannique pour pousser les immigrés illégaux à se régulariser ou à rentrer chez eux récolte de nombreuses critiques parmi la population.

    http://www.levif.be/info/actualite/international/le-gouvernement-britannique-demande-par-sms-a-des-milliers-d-immigres-de-quitter-le-pays/article-4000427375504.htm

    #sms #UK #renvoi #campagne #home_office #migration #sans-papiers

    Suite de cela : http://seenthis.net/messages/159293


  • « #Royaume-Uni : la lutte contre l’immigration illégale s’affiche sur Twitter »
    http://www.leparisien.fr/international/royaume-uni-la-lutte-contre-l-immigration-illegale-s-affiche-sur-twitter-

    Le gouvernement britannique est prêt à tout pour promouvoir sa nouvelle politique de lutte contre l’immigration clandestine. Depuis le début de la semaine, le ministère de l’Intérieur (Home Office) fait circuler à Londres des fourgons estampillés « Rentrez chez vous ou vous pourriez être arrêtés », invitant les sans-papiers à se rendre aux autorités afin de se faire expulser sans passer par la case prison.

    Malgré la vive polémique suscitée par cette campagne, jugée « stupide et offensante » au sein même du parti conservateur, le spectacle continue... sur Twitter.

    Depuis jeudi, le ministère montre ses muscles sur le réseau social en y publiant des photographies d’arrestations de sans-papiers et en y faisant le décompte précis de sa « pêche aux gros ».

    (...)

    « Un homme suspecté d’avoir un visa périmé arrêté à Swansea (sud-ouest de l’Angleterre) - 94 immigrés clandestins présumés arrêtés à travers le Royaume-Uni »

    « 62 immigrés clandestins présumés arrétés à travers le Royaume-Uni - 2 arrestations à Brentwood (sud-est de l’Angleterre) »

    Le compte Twitter du #Home_Office (attention, c’est vraiment du lourd)
    http://twitter.com/ukhomeoffice

    Pour faire suite à
    http://seenthis.net/messages/159293

    #sans-papiers #Royaume-Uni #publicité #propagande #immigration


  • The #UK government is now tweeting its contempt for people of colour
    http://africasacountry.com/the-uk-government-now-tweets-its-contempt-for-people-of-colour-quit

    If you want to learn something about the state of political debate in the UK right now, you could do worse than to read through the public reaction to the UK #Home_Office’s decision last week to tweet out pictures of alleged “illegal immigrants” being arrested, along with the promise that with new legislation “there [...]

    #FEATURED #Latest #POLITICS #_Illegal_immigrants_ #Azelle_Rogers #Duwayne_Brooks #Jean_Charles_de_Menezes #Mau_Mau #Metrpolitan_Police #Musa_Okwonga #Stephen_Lawrence