• #Projet_Nexus, 13ème semaine… Que se passe t-il à l’#Université_Paul_Valéry ?

    Que se passe-t-il à l’UPV ?

    La perte de la 13e semaine d’#enseignement en #Licence depuis la rentrée 2018

    Lors de sa séance du 13 mars 2018, le Conseil d’administration de Paul-Valéry a approuvé la réduction des semestres d’enseignement de 13 à 12 semaines à partir de la rentrée 2018. Pour les Licences, il s’agit d’une réduction sèche du volume horaire des formations : sur l’ensemble des 6 semestres de Licence, ce sont 6 semaines de cours qui sont perdues, soit près de la moitié d’un semestre.

    Pour les Masters, il s’agit d’une simple réduction du nombre de semaines d’enseignement, la masse horaire demeurant la même. Cette relative préservation des Masters peut s’expliquer par la réduction drastique des volumes horaires en Master lors du dernier renouvellement des maquettes, et par le plus grand impact d’une réduction du volume horaire des Licences.

    En effet, il ne s’agit pas d’une simple réorganisation du calendrier universitaire, sans quoi on aurait pu imaginer de conserver le même volume horaire sur un nombre réduit de semaines : l’enjeu est bien de réduire le volume des formations. Dans une université de Lettres, langues et sciences humaines comme Paul-Valéry, la principale dépense est la masse salariale (c’est-à-dire les salaires payés au personnel de l’université), loin devant les dépenses de fonctionnement qui sont très faibles.

    En dépit des multiples mesures d’économie réalisées sur la masse salariale (gel des postes de titulaires, besoins croissants en formation assurés par des précaires sous-payés) et de l’inadéquation criante entre les besoins des étudiant.e.s et le nombre d’enseignant.e.s, la dotation de l’Etat peine à couvrir la masse salariale. Pire, la précarisation croissante du personnel de l’université publique sert d’argumente en faveur de la réduction des formations, puisqu’on entend la DGS de Paul-Valéry affirmer qu’il y aurait “trop de vacataires” dans notre université.

    La décision d’amputer la Licence de 6 semaines est toutefois impopulaire auprès des enseignant.e.s comme des étudiant.e.s, d’où le calendrier opportuniste de cette décision (prise en catimini au printemps 2018, alors qu’étudiant.e.s et enseignant.e.s sont mobilisé.e.s contre la loi ORE et Parcoursup). Pour faire passer la pilule auprès des enseignant.e.s, les directions des UFR leur permettent d’ailleurs de réduire le nombre d’évaluations en cours de semestre. La réduction du semestre à 12 semestres contribue donc aussi à affaiblir le contrôle continu.
    Déploiement du programme Nexus de numérisation des enseignements

    Dans un courriel daté du 9 juillet 2018, le Président de l’UPV Patrick Gilli présentait ainsi le projet Nexus :

    “Le projet Nexus que notre université avait déposé au titre des « Nouveaux cursus à l’université » (NCU) du PIA 3 a été retenu par le jury international. Doté de 7 millions d’euros sur 10 ans, il permettra à notre établissement d’engager la mutation progressive de nos formations qui intègreront des modules d’apprentissage numérique dans toutes les licences, de connecter plus fortement les sciences humaines et sociales à la nouvelle économie de la connaissance et ce faisant, de donner à nos étudiants davantage d’atouts dans leur vie professionnelle.”

    Incroyable ! Paul-Valéry a obtenu plein d’argent pour faire évoluer les formations et faire réussir les étudiant.e.s ! Qui pourrait être contre un tel projet, dont le dossier d’expertise du Bâtiment Nexus de septembre 2019 nous dit que “par ses aspects modernes et innovants, il inscrit l’Université dans la dynamique du XXIième siècle” ?

    Lorsqu’on lit ce même dossier d’expertise, la présentation d’ensemble du projet peut toutefois faire naître des premières inquiétudes, puisqu’il s’agirait de “construire grâce à une spécialisation et à une professionnalisation progressives, à une architecture modulaire et à un accompagnement des étudiants tout au long de leur cursus, des parcours plus flexibles et plus individualisés” et que “Les projets sélectionnés [à l’instar de Nexus] prévoient des actions structurantes, susceptibles de faire l’objet d’un déploiement à grande échelle”.

    En français dans le texte, qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que Nexus organise :

    le démantèlement de l’offre de formation à Paul-Valéry, éclatée en une multitude de modules ;
    la numérisation de l’ensemble de l’offre de formation, l’intégration de modules d’apprentissage numériques dans toutes les licences ne constituant que la première phase du déploiement de Nexus

    L’enseignement à distance (EAD) n’est pas une chose nouvelle à Paul-Valéry, comme le rappelle le dossier d’expertise du projet Nexus :

    “L’UPVM offre un enseignement à distance depuis sa création en 1970. Elle est désormais la première université française pour l’offre de formations complètes à distance (L, M, D) : 10 licences complètes, 1 licence pro, 18 master 1, 22 master 2, 1 Ecole Doctorale (35 mentions), 3 DU, le DAEU A. Les effectifs se sont très fortement accrus depuis une dizaine d’années : 670 étudiants en 2008-2009, 1893 étudiants en 2016-2017 (soit près de 10% de nos étudiants).”

    Toutefois, il est essentiel de distinguer entre l’EAD conçu comme la possibilité de donner accès à l’université à des personnes qui en seraient sinon exclues par des obstacles matériels insurmontables, et l’entreprise généralisée de numérisation des enseignements, guidée par l’austérité et une croyance millénariste dans le caractère inévitable de l’invasion numérique de l’ensemble de nos vies.

    Ne nous contentons pas, toutefois, de cette présentation générale, et allons voir dans le détail ce que le projet Nexus nous prépare. Dans les documents de présentation de Nexus, ce dernier est caractérisé par les actions suivantes :

    création de modules d’apprentissages (les « Briques ») centrés sur les Humanités numériques ;
    labellisation des licences afin d’offrir une meilleure visibilité des parcours professionnels des étudiants ;
    modularité des rythmes d’apprentissage ;
    mise en place d’un tiers lieu, « La Fabrique » ;
    accompagnement et orientation des étudiants

    Création de modules d’apprentissages (les « Briques ») centrés sur les Humanités numériques

    “Les Briques d’Humanités Numériques sont des modules de formation à distance, interdisciplinaires (cadre commun des 10 premières briques) et disciplinaires (10 briques suivantes), bâties sur des sujets propres aux humanités dans leurs liens aux mutations digitales de la société.”

    “Chaque brique […] (Fig. 1) vaut pour 36h d’EQTD et se compose de 9 chapitres thématiques évolutifs, subdivisés en quatre niveaux d’alvéoles (± 1h) de contenu progressif (bases, développement, approfondissement, prolongement) [cf. Fig. 2].”

    “Elles sont conçues par des équipes-projets interdisciplinaires qui font dialoguer les approches LLASHS, au coeur du dispositif, avec les sciences de l’ingénieur, de l’informatique et du codage et, d’autre part, avec les applications industrielles du domaine (sous forme d’études de cas). Diverses activités d’application mettent en oeuvre les savoirs-faire exposés.”

    “Concrètement, les Briques se présentent sous la forme de modules de formation à distance interactifs et adaptables à la diversité des apprenants. Chacune de ces Briques vaudra pour 2 ECTS par semestre, soit 7% de la licence au total (ce pourcentage prenant uniquement en compte les Briques obligatoires ; les étudiants pourront accéder à des Briques supplémentaires grâce au label Humanités numériques).”

    “Les thématiques abordées dans les dix premières briques sont :

    Codage et langage
    Litteracies numériques

    Données et enquêtes

    Espaces digitaux

    Éthique et société connectée

    Intelligences Artificielles

    Industries numériques
    Interfaces humain / machine
    Information et attention
    Art et cultures digitales.”

    Dans un second temps, il est prévu de permettre la création de dix autres briques, plus spécialisées dans un domaine particulier des Humanités numériques (par exemple, philologie numérique, etc.) ou articulant deux à trois disciplines dans ce cadre.”

    “L’offre est en ligne et scénarisée pédagogiquement, ce qui évite la lourdeur organisationnelle des enseignements présentiels tout en autorisant souplesse et personnalisation. Les premières alvéoles de chaque chapitre seront ouvertes en libre accès (dans une double fonction citoyenne et de vitrine de nos LLASHS), les autres seront accessibles sur la base d’une inscription à l’université et feront l’objet d’une validation pédagogique.”

    Notre analyse

    L’argumentaire de présentation de Nexus en révèle immédiatement un enjeu décisif : lorsqu’il est dit que l’offre en ligne permet d’éviter la “lourdeur organisationnelle des enseignements présentiels”, il faut comprendre qu’elle permet d’éviter de recruter et de payer des enseignant.e.s pour assurer des enseignements en présentiel et garantir de bonnes conditions d’apprentissage, et qu’elle permet d’éviter de financer la construction de nouvelles salles de cours nécessaires à l’amélioration des conditions d’études.

    Avec Nexus, Paul-Valéry s’inscrit pleinement dans le programme du gouvernement actuel pour l’Enseignement supérieur et la recherche : plutôt que d’accorder aux universités publiques une dotation budgétaire leur permettant d’assurer une formation à la hauteur des besoins des étudiant.e.s, des dispositifs sont mis en place pour réduire le coût de la formation pour le budget de l’État.
    Labellisation des licences

    “Dans l’offre de formation 2021, à partir de la L2, les labels proposent de donner de la visibilité aux enseignements existants pré-professionnalisant en regroupant ces enseignements sous 5 labels :

    Enseignement
    Académique / Recherche

    International
    Monde socio-économique
    Humanités Numériques”

    “A partir du semestre 3, chaque étudiant pourra ainsi choisir de rejoindre l’un des 5 Labels proposés dans chacune des licences, avec possibilité d’en changer jusqu’au semestre 4, selon son projet professionnel mûri au long de sa Licence 1. Les Labels permettront de valider chacun 4 ECTS par semestre soit 9% de la licence au total. Comme les Briques de formation en Humanités numériques, les labels sont un parfait exemple de mutualisation et d’hybridation des cours. Ces labels sont composés de troncs communs transversaux (proposés à l’ensemble des étudiants de l’université à l’identique) et de développements spécifiques à chaque discipline. La part de tronc commun est variable selon les labels : 20% pour les labels Enseignement et Académique (nourris par les spécialités disciplinaires), 50% pour le label International, 80% pour Entreprise et 100% pour Humanités numériques.”
    Modularité des rythmes d’apprentissage

    “Afin de faciliter le parcours de l’étudiant et sa personnalisation, Nexus permet l’inscription à l’UE en présentiel ou distanciel. L’objectif est de proposer, dans 10 ans, cette alternative pour 80% des cours de licence.”

    “Le projet Nexus souhaite permettre une plus grande flexibilité dans les modalités d’apprentissage. Actuellement, un étudiant se voit proposer une offre de formation exclusivement en EAD ou exclusivement en présentiel, sans possibilité de mixer les deux. Afin d’individualiser davantage son offre, Nexus prévoit le passage en EAD de l’ensemble de ses licences et une inscription à la carte : tout étudiant pourra choisir de s’inscrire en EAD ou en présentiel à chaque module d’enseignement. Cette hybridation des modes d’apprentissage permet de réussir en licence via : i) l’individualisation des emplois du temps « à la carte » rendant la formation adaptable au rythme de vie et disponibilités des apprenants : étudiant salarié, FTLV, étudiant en situation de handicap ou publics empêchés, étudiants à l’étranger ou éloignés une partie de l’année, etc. ; ii) l’individualisation des parcours : l’étudiant peut suivre plusieurs cursus à la fois (double licence) sans pâtir d’incompatibilité d’emplois du temps ; iii) l’individualisation des rythmes d’apprentissage : l’étudiant peut suivre par anticipation des cours en EAD (jusqu’à valider une licence en 2 ans) et compléter sa licence plus rapidement ou libérer du temps pour davantage de stages en fin de licence.”

    Notre analyse

    Tant d’attention portée au rythme de vie et aux disponibilités individuelles des “apprenants”, c’est vraiment touchant ! La numérisation est toutefois conçue comme une réponse aux besoins spécifiques des étudiant.e.s d’une université publique en Lettres, langues et sciences humaines et sociales, dont les conditions d’études sont effectivement affectées par la difficulté à financer leurs études. Plutôt que donner aux étudiant.e.s les conditions financières leur permettant de suivre leurs études dans de bonnes conditions, ce qui supposerait que la collectivité prenne ses responsabilités à l’égard de la jeunesse, Nexus propose aux étudiant.e.s de se contenter de cours en ligne.

    Sur la pertinence de ceux-ci, on se contentera de remarquer qu’une telle numérisation massive des cours n’est envisagée qu’à l’université publique, et certainement pas dans les classes préparatoires aux grandes écoles qui scolarisent les enfants des classes supérieures. La dépense par étudiant.e est, en France, 50% plus élevée pour un.e étudiant.e de CPGE que pour un.e étudiant.e de Licence : cela correspond aux heures beaucoup plus nombreuses d’enseignement (en présentiel) en CPGE, y compris individuellement ou en petits groupes.

    Ensuite, 80% des enseignements de Licence proposés également en distanciel d’ici 10 ans, cela veut dire 80% des enseignements qui pourront n’être plus proposés qu’en distanciel au prochain tour de vis de l’austérité, lorsque le gouvernement exigera que les universités réduisent plus fortement encore leur masse salariale.
    Accompagnement et orientation des étudiants

    “Un test de positionnement sera réalisé par l’ensemble des étudiants dès la cinquième semaine de Licence 1.”

    “Ce test, propre à chaque filière et dont les résultats seront traités de manière automatisée, permettra une meilleure appréhension des compétences, connaissances et sentiment d’auto-efficacité de chaque étudiant. Il sera réalisé en partenariat avec les enseignants pour déterminer quelles compétences évaluer et à quels profils proposer la remédiation. Selon les résultats du test, des réunions collectives et entretiens individuels seront proposés aux étudiants. Ils seront réalisés par les directeurs d’études (mis en place par la loi ORE du 8 mars 2018) et permettront de proposer à chaque étudiant un parcours adapté à sa situation. A la suite, chaque étudiant se verra proposer un parcours adapté à sa situation.”

    “L’offre de formation portée par Nexus a été construite de façon à faciliter l’accompagnement et l’orientation personnalisés des étudiants tout au long de leur cursus. Trois aspects sont essentiels de ce point de vue :

    l’orientation des étudiants néo-entrants dans la structure de la maquette Nexus, en particulier sur le choix de Labels à opérer par la suite
    le repérage des difficultés des étudiants afin de proposer des parcours individualisés (L1 en deux ans) ;
    la possibilité de réaliser le parcours de licence de manière accélérée pour les étudiants le souhaitant (à haut potentiel), par la déclinaison massive des formations permettant l’hybridation. [= possibilité de s’inscrire en distanciel]”

    Notre analyse

    A travers ce dispositif, Nexus s’inscrit complètement dans la continuité de la loi ORE, qui fait reposer les difficultés des étudiant.e.s à terminer leur Licence non pas sur la dégradation des conditions d’études, non pas sur la nécessité pour beaucoup de travailler à côté des études, non pas sur le fait que la L1 peut constituer un lieu d’attente d’une place dans une formation dite sélective, mais sur les seules faiblesses des étudiant.e.s : il serait donc urgent de les classer, dès la 5e semaine de L1, entre des étudiant.e.s en difficulté dont le parcours serait ralenti, et des étudiant.e.s “à haut potentiel” dont le parcours serait accéléré. Avec Nexus, la “modularité des rythmes d’apprentissage” est mise au service du classement des étudiant.e.s selon leur “potentiel”, qui vient remplacer les résultats obtenus aux examens comme déterminant du rythme de la formation.

    Mise en place d’un #tiers_lieu, « La Fabrique »

    “L’approche par compétences vise, conformément au processus de Bologne, à permettre une mise en valeur des formations et des diplômes non pas en fonction des contenus ou de la durée de la formation, mais selon les acquis des étudiants. En conséquence, elle suppose une mise en place de nouvelles conceptions des formations et des évaluations, et impose une clarté permettant la valorisation des diplômes par les professionnels.”

    “La nouvelle offre de formation sera aussi complétée par des dispositifs innovants de formation.

    Fabrique Nexus, un tiers-lieu pour la pédagogie par projet, en lien avec les entreprises (et notamment la French Tech) et le monde socio-économique (institutions, collectivités, associations…)
    L’Atelier, un service d’accompagnement à la transformation et à l’innovation dans l’enseignement et la recherche sera mis en place dès la rentrée 2018. L’ensemble des enseignants seront accompagnés pour permettre la mise en place de dispositifs de formation hybrides permettant la fluidité des apprentissages ;
    Archipel, une salle d’expérimentation pédagogique, préfigurant le Learning center d’Atrium (2020) sera également en place dès la rentrée 2018.”

    “Le projet Nexus requiert des ingénieurs pédagogiques, des développeurs, des espaces d’innovation qui doivent être gérés, mais aussi des responsables financiers, des porteurs de projets, etc. Il doit être arrimé à un environnement institutionnel et administratif à la fois flexible et de proximité : flexible, parce que les personnes qui accompagnent l’innovation sont financées sur des missions spécifiques et temporaires qui nécessitent un accompagnement particulier ; de proximité parce que les enseignants-chercheurs ont besoin de trouver le soutien, en amont comme en aval, de leurs projets, en ayant identifié clairement les lieux et les personnes idoines.”

    Notre analyse

    Le massacre des formations continue, puisqu’il s’agit de structurer celles-ci non plus en fonction de contenus d’enseignement ou de progression pédagogique pensée comme un ensemble d’étapes, mais en termes de compétences. Cela veut dire qu’au lieu d’évaluer des productions/réalisations des étudiant.e.s, ce sont les étudiant.e.s elles-mêmes et eux-mêmes qui sont évalué.e.s pour identifier leur acquisition de compétences.

    Cette nouvelle conception de l’enseignement semble nécessiter, aux yeux de nos dirigeant.e.s éclairé.e.s, la construction d’un bâtiment de prestige, dont le dossier d’expertise précise qu’il sera équipé d’un “showroom”, d’une “salle de créativité”, d’un “grand écran de téléprésence”, ou encore de “murs inscriptibles”. C’est probablement plus important que d’équiper l’ensemble des salles de cours de tableaux vraiment fonctionnels et de systèmes multimédia : est-ce parce que le bâtiment Nexus accueillera “les entreprises et le monde socio-économique”, auxquelles la direction de l’université souhaite offrir des conditions d’accueil meilleures que celles des personnels et des étudiant.e.s ? C’est probablement aussi la raison pour laquelle l’accès à ce bâtiment sera sélectif/select, le dossier d’expertise précisant : “L’accès au bâtiment, puis à certains espaces spécifiques, seront réservés aux porteurs de projets en lien avec les humanités numériques et à leurs partenaires suivant un système de contrôle d’accès avec demande en ligne et autorisation d’accès pour une période déterminée.”

    Nexus, c’est toutefois le prestige au moindre coût, puisqu’il est bien rappelé que “les personnes qui accompagnent l’innovation sont financées sur des missions spécifiques et temporaires” (= précaires), et que l’accueil du bâtiment Nexus sera assuré par un “agent virtuel / écran tactile”. C’est l’occasion de rappeler les gels et suspensions de postes systématiques dans notre université, justifiés notamment par la nécessité d’apporter les garanties budgétaires exigées par les financeurs des nouveaux bâtiments comme Nexus.

    Si Nexus est l’avenir de l’université publique, nous ne sommes pas pressés d’y être !
    Contextualisation
    Numérisation : l’illusion du progrès

    La numérisation des formations prévue par le projet Nexus est présentée comme un outil au service de la réussite étudiante et comme une réponse à la “digitalisation” de l’économie. Il semble utile de rappeler plusieurs choses concernant la numérisation :

    la numérisation n’est pas une dématérialisation écologiquement vertueuse, mais repose sur le déploiement d’une infrastructure (serveurs, réseaux, ordinateurs, etc) consommatrice de ressources produites par les industries d’extraction et d’électricité ;
    la numérisation n’est pas un processus inévitable, mais le résultat de choix politiques visant à l’économie de moyens dans les processus de production (automatisation) et dans la délivrance de services (numérisation des impôts, etc), qui renforcent la précarisation dans l’ensemble des secteurs affectés ;
    la numérisation n’est pas, par elle-même, source de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur : elle nécessite des ressources matérielles (connexion internet, ordinateur) dont l’ensemble des étudiant.e.s (et de celles et ceux qui souhaitent le devenir) ne disposent pas, et de compétences numériques qui sont inégalement distribuées, si bien qu’elle est susceptible de renforcer les inégalités sociales dans l’accès aux études et la réussite dans celles-ci.

    Logique d’austérité

    La suppression de la treizième semaine du semestre sur le calendrier universitaire correspond à la perte de six semaines sur une licence, soit environ un douzième de la formation.

    Pour justifier cette suppression, la Présidence de l’Université plaide le manque de budget. En effet, cela fait des années que les dotations de l’état n’augmentent pas ou peu, alors que le nombre d’étudiant-e-s ne cesse de croître, d’environ 2,5% chaque années. Le résultat de cela est la stagnation, voire la réduction du nombre de places dans les Universités, ainsi que le non-recrutement de nouveaux-elles enseignant-e-s.

    Face à ce manque d’investissements, le gouvernement a une parade toute trouvée : Il investit en fin de compte dans l’ESR, mais passe par des appels à projets. Ceux-ci ont un effet pervers : d’une part, ils accentuent les inégalités entre établissements, d’autre part, ils incitent fortement les universités à mettre en œuvre la politique du gouvernement pour décrocher ces financements.

    Ceci est une des conséquences de la LRU de 2007 (Loi Relative aux libertés et responsabilités des Université) qui confie la gestion de leur budget aux Universités, c’est à dire que comme le feraient des chefs d’entreprise, les Présidents des Universités gèrent leur masses salariales et leur patrimoine immobilier.

    C’est notamment dans cette logique d’austérité que le projet Nexus est défavorable, à la fois aux enseignant-es mais aussi aux étudiant-es. En effet, numériser toujours plus d’enseignements (Jusqu’à 80% prévu en 2028), revient forcément à réduire la masse salariale enseignante, dans un premier temps par la réduction du nombre de vacataires et dans un second temps par une accélération probable du non-remplacement des départs à la retraite. Dans un troisième temps, on peut tout à fait imaginer un plan de départs volontaires, comme le permet désormais la Loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique.
    Le Projet Nexus, droit dans la logique du plan étudiant

    – Réduction de la part de l’enseignement

    L’article 8 de la loi ORE supprime le minimum de 1500 heures de cours en présentiel, c’est à dire que ces 1500 heures pourront maintenant compter des heures de travail en autonomie, de stage, de projet etc. C’est l’aboutissement du Processus de Bologne, à savoir qu’une licence en vient à être définie par l’obtention de 180 ECTS – des crédits dont la modalité d’accumulation importe peu. Cela explique la liberté de plus en plus grande laissée aux établissements quant à la manière dont ces crédits sont obtenus (forme des cours, nombre d’heure de cours, voire pas de cours du tout)… Ce qui laisse la place à des dérives mettant en jeu la valeur du diplôme.

    – Individualisation des parcours : L1 en 2 ans ; Licence accélérée

    L’arrêté licence, complétant la loi ORE, permet la personnalisation des parcours par le contrat pédagogique. Ce contrat pédagogique, qui prend en compte le profil des étudiant-e-s, énonce des “engagements réciproques” entre l’étudiant-e et l’Université mais n’a aucune portée juridique. L’objectif est clairement de concilier le caractère national du diplôme et la mise en place de parcours personnalisés. Le cadre national du diplôme est affaibli lorsque la Licence est est définie principalement par l’acquisition des 180 ECTS, et plus par un nombre d’heures définies.

    Il est dit très clairement que le projet Nexus “s’inscrit dans [la réforme de la loi ORE]. Ainsi, dans la même lignée que cette loi, il propose “la possibilité de réaliser le parcours de licence de manière accélérée”. Il prévoit que les étudiant-e-s passeront un “test de positionnement” dès la cinquième semaine de cours de licence 1. Ces tests permettront de proposer aux étudiant-e-s de passer leur licence en deux ans. L’instauration de cette individualisation des parcours crée une inégalité entre détenteurs du même diplôme.
    Recomposition de l’ESR : une université à deux vitesses

    Le mode de gestion du secteur de l’ESR par le ministère, qui combine austérité budgétaire et inégalité de traitement par l’attribution d’appels à projets, met en concurrence l’ensemble des établissements pour donner la priorité aux quelques rares universités susceptibles d’être concurrentielles à l’échelle internationale.

    Le projet Nexus répond d’ailleurs à l’appel à projets “ANR PIA NCU”, inscrit dans le PIA 3 (Programme d’Investissement d’Avenir), dans lequel le gouvernement a insufflé 700 millions d’euros. Le but est de renforcer leur “stratégies d’excellence” sur les plans de la recherche et de la formation, au travers de “programmes de grande ampleur, à vocation fortement structurante et se déployant dans la durée”. Ceci participe à faire émerger quelques universités d’élite au détriment des autres. Face à cela, nous revendiquons la fin des financements des appels à projets ainsi qu’un investissement massif dans toute les universités selon leur besoin.

    https://solidairesetudiants34.wordpress.com/2019/11/12/defendons-nos-formations-projet-nexus-13eme-semaine

    #ESR #université #France #Nexus #calendrier_universitaire #enseignement #précarisation #précaires #numérisation #numérique #évaluation #contrôles_continus #apprentissage_numérique #nouvelle_économie_de_la_connaissance #it_has_begun #flexibilité #flexibilisation #individualisation #enseignement_à_distance #EAD #austérité #humanités_numériques #souplesse #budget #coût_de_la_formation #loi_ORE #tiers-lieu #French_Tech #innovation #transformation #hybridation #expérimentation_pédagogique #pédagogie #innovation #compétences #créativité #showroom #bâtiment_Nexus

  • Seshat et la naissance des « divinités morales »
    http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/seshat-et-la-naissance-des-divinites-morales

    Il y a quelque temps nous avions présenté Seshat, une gigantesque banque de données de faits historiques qui devait permettre aux chercheurs de s’appuyer sur des bases solides pour émettre des hypothèses en sciences humaines. Selon l’expression des concepteurs, Seshat devait amener à un « massacre des théories historiques », autrement dit, (...)

    #A_lire_ailleurs #humanités_numériques

  • A Database of Fugitive Slave Ads Reveals Thousands of Untold Resistance Stories
    https://hyperallergic.com/435183/freedom-on-the-move

    Readers of the May 24, 1796 Pennsylvania Gazette found an advertisement offering ten dollars to any person who would apprehend Oney Judge, an enslaved woman who had fled from President George Washington’s Virginia plantation, Mount Vernon. The notice described her in detail as a “light mulatto girl, much freckled, with very black eyes and bushy black hair,” as well as her skills at mending clothes, and that she “may attempt to escape by water … it is probable she will attempt to pass as a free woman, and has, it is said, wherewithal to pay her passage.” She did indeed board a ship called the Nancy and made it to New Hampshire, where she later married a free black sailor, although she was herself never freed by the Washingtons and remained a fugitive.

    The advertisement is one of thousands that were printed in newspapers during colonial and pre-Civil War slavery in the United States. The Freedom on the Move (FOTM) public database project, now being developed at Cornell University, is the first major digital database to organize together North American fugitive slave ads from regional, state, and other collections. FOTM recently received its second of its two National Endowment for the Humanities (NEH) digital humanities grants.

    Runaway Slaves in Britain :: Home
    https://www.runaways.gla.ac.uk

  • Journée d’étude : encoder numériquement une édition critique - Geekographie Maïeulesque
    https://geekographie.maieul.net/218

    J’ai le plaisir de vous annoncer une journée d’étude le 1er février 2019 à l’Université de Lausanne intitulé « Encoder numériquement une édition critique : Enjeux scientifiques et techniques ».
    Présentation

    Une édition critique cherche à reconstituer un texte ancien sur la base de ses témoins manuscrits et de sa tradition indirecte. Outre l’établissement de ce texte, l’édition critique inclut une liste de variantes de différents témoins ainsi que, généralement, un apparat des sources, des notes scientifiques et un index.

    L’outil informatique s’avère être d’une aide précieuse pour l’établissement d’une telle édition critique, que ce soit pour la comparaison des témoins et leur classement ou pour la mise en forme proprement dite de l’édition critique.

    La présente journée se propose d’étudier un aspect rarement abordé dans cette problématique : la manière dont peut être encodée l’édition critique elle-même, c’est-à-dire l’ensemble constitué par le texte établi, les variantes des manuscrits et les différents apparats.

    En effet, si tout travail informatique débute nécessairement en définissant comment structurer les données, le choix d’une structure particulière n’est pas anodin. Non seulement ce choix conditionne en tout ou partie les traitements possibles mais, plus fondamentalement, il reflète une certaine compréhension des données.

    À ce titre, la structure informatique d’une édition critique ne constitue pas un détail technique, mais témoigne d’abord d’une perspective philologique sur ce que sont un texte, des variantes, des témoins.

    #philologie #humanités_numériques et aussi #LaTeX

  • L’#histoire à l’heure du #Big_Data - Sciences | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/RC-015617/l-histoire-a-l-heure-du-big-data

    Au croisement de l’histoire et des nouvelles technologies, la #Venice_Time_Machine est un projet ambitieux de numérisation des 10 siècles d’archives accumulées par le puissant Etat Vénitien. Des scientifiques de l’#EPFL à Lausanne et de l’#université_Ca’Foscari de #Venise travaillent ensemble à l’élaboration d’un outil numérique inédit qui fera renaître sous nos yeux la Venise du passé.

    #archives #tomographie #systèmes_d'information_géographique #mégadonnées

  • Historien·ne·s numériques : gare au SSPQ ! - La boîte à outils des historien·ne·s
    http://www.boiteaoutils.info/2018/03/sspq

    Il y a quelques jours, une micro-polémique a agité twitter concernant l’usage du numérique en SHS. Elle faisait suite à deux prises de position en apparence assez… radicales. La première correspond à un tweet de Stéphane Pouyllau @spouyllau, directeur technique d’Huma-Num, à propos de l’usage de Zotero et autres instruments de gestion de bibliographie

    #pédagogie #humanités_numériques

  • La littérature en numérique - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/La-litterature-en-numerique.html

    L’ensemble du volume a d’abord le mérite de nous faire porter un regard métathéorique sur les humanités numériques, qui prend à contre-pied la conception caricaturale que l’on peut s’en faire, à savoir des humanités froides, sérielles, algorithmiques, lourdement équipées et financées, faisant le jeu du néolibéralisme, reposant sur une externalisation expéditive de la lecture, évacuant les missions herméneutiques traditionnelles, faisant preuve d’une forme peu désirable de scientisme. Bref « le flot des clichés sur le positivisme simplet des humanités numériques » (p. 106). Loin de montrer des chercheurs se contentant de faire mouliner des machines et d’interroger des corpus gigantesques pour extraire paresseusement des données, il est au contraire important de prendre la mesure des nouvelles manières de travailler impliquées par les humanités numériques.

    C’est pourquoi il faut voir dans l’approche computationnelle défendue par le Stanford Literary Lab un appel à rouvrir la fabrique des concepts littéraires. Mais à ceux qui déploreraient que les humanités numériques signent l’arrêt de mort de l’interprétation littéraire [5], on répondra avec l’appui du livre qu’en réalité on n’arrête pas d’interpréter sous l’emprise d’algorithmes perfectionnés et qu’on ne fait jamais que déplacer les interventions intellectuelles du chercheur à qui il reste toujours à donner de l’intelligibilité à cette masse de données et à dégager des causalités dans les corrélations qu’il a pu observer (p. 274). C’est ainsi que les big data se présentent légitimement comme des smart data.

    Une nouvelle conception de l’histoire littéraire émerge ainsi, portée par un esprit vérificationniste et expérimental, qui assume la nature explicative et hypothético-déductive du raisonnement littéraire. Les hypothèses sont faites pour être le plus souvent falsifiées et abandonnées ; la reconnaissance des échecs et la capacité autocritique ont cet avantage qu’ils nous prémunissent non seulement des hypothèses autoportées auxquelles on est tenté intuitivement de s’agripper, mais donnent aussi leur robustesse aux dernières hypothèses que nous sommes amenés à défendre comme des résultats solides et corroborés – en somme des faits scientifiques comme les autres.

    Mais justement, la littérature est-elle un « fait scientifique » comme les autres ? Ce sont souvent des poètes ou des littérateurs qui lisent et commentent les textes antérieurs ; pas seulement des chercheurs de laboratoire.

    F. Moretti remporte là une double victoire contre l’herméneutique traditionnelle : certes, et c’est déjà beaucoup, il congédie toute lecture littéraire qui ne serait attentive qu’à l’exception, l’écart ou la singularité au profit du repérage, dans le chaos et le bruit formés par les données, des régularités, des séries, des cohortes ou des patterns. Cependant, par une sorte de ruse tout à fait ironique, il parvient à accomplir les missions de l’herméneutique bien au delà des attentes de ceux qui se prévalent d’en être les gardiens. De la même manière que les sciences sociales peuvent comprendre les conduites humaines à des niveaux qui dépassent la simple compréhension qu’en ont les acteurs eux-mêmes, la critique littéraire digitale se détourne de la conception mythologique, éculée mais à tout le moins persistante, selon laquelle le sens d’une œuvre serait une affaire essentiellement individuelle et limitée à une poignée d’acteurs (l’auteur et/ou le lecteur). Elle se donne de la sorte les moyens de comprendre des œuvres mieux que les acteurs individuels n’en seraient capables à leur humble niveau, en en faisant un phénomène social complexe dont on rendrait observables des corrélations demeurant hors de leur portée.

    #Littérature #Humanités_numériques

  • What Makes a Poem Really Pop? - Pacific Standard
    https://psmag.com/news/i-still-cant-make-it-through-ode-on-a-grecian-urn

    New research reports a key factor is its ability to induce internal imagery. A poet’s proficiency at using words to conjure images was the strongest predictor of a work’s aesthetic appeal.

    “People disagree on what they like, of course,” said lead author Amy Belfi, a psychologist at Missouri University of Science and Technology. “[But] it seems there are certain factors that consistently influence how much a poem will be enjoyed.”

    The research, published in the journal Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts, was conducted at New York University. The 400 participants, who were recruited online, read a series of either sonnets or haikus. The poems varied in style and subject matter, and were a mix of classic and contemporary works.

    After reading each poem, participants rated it on four dimensions: the vividness of its imagery; the degree to which they found it stimulating or relaxing; how positive or negative they considered its content; and, finally, “How enjoyable or aesthetically appealing did you find this poem?” Each judgment was rendered using a zero-to-100 scale.

    #Poésie #Lecture #Humanités_numériques

  • Design et humanités numériques
    ÉDITIONS B42

    http://editions-b42.com/books/design-et-humanites-numeriques

    À PARAÎTRE LE 14 NOVEMBRE 2017

    En étudiant des opérations et des systèmes techniques potentiellement ouverts à la recherche, cet essai interroge le rapport du design aux «  humanités numériques  » (digital humanities) qui se développent, dans le contexte francophone, depuis le milieu des années 2000. En quoi les environnements numériques contemporains actualisent-ils les modes de production et de transmission des savoirs ? Quelle est la place des designers dans des projets relevant des sciences humaines et sociales ? De la modélisation des connaissances à l’injonction à l’innovation et à la créativité, du design d’expérience aux conditionnements techniques, de l’étude de la rationalité numérique aux reconfigurations de la subjectivité, ce parcours réflexif montre que l’industrie des programmes, chaque jour un peu plus puissante, n’a pas épuisé tout le champ des possibles. En interrogeant et en révélant l’environnement technique dans lequel les humanités numériques opèrent, le travail des techniques numériques par le design montre ainsi qu’il reste de la place pour d’autres modulations, d’autres sensibilités, d’autres cultures.

    #humanités_numériques #bibliographie

  • Vu, lu, su et consolidation du nouvel ordre documentaire – Introduction à l’architecture de l’information
    https://archinfo01.hypotheses.org/2841

    Mon cheminement personnel arrive à la fin d’une étape, bornée par mon départ en retraite. Pour marquer ce moment et tirer ma révérence, j’ai pensé vous faire deux cadeaux.

    Merci à Jean-Michel Salaun pour tout son travail de débrousaillage de la théorie du document à la lumière du numérique. Voici ses cadeaux de départ à la retraite (en attendant d’autres cadeaux, mais chuut).

    Je lui avais rendu un hommage dans l’un de mes cours de 2014 consacré majoritairement à son travail (spécifiquement à partir de 35’) :
    http://www.canal-u.tv/video/centre_d_enseignement_multimedia_universitaire_c_e_m_u/05a_neodocument_le_document_a_la_lumiere_du_numerique_cn14_15.16436

    #Jean_Michel_Salaun #Humanités_numériques #Pédauque #Ordre_documentaire

  • What the Enron E-mails Say About Us | The New Yorker
    http://www.newyorker.com/magazine/2017/07/24/what-the-enron-e-mails-say-about-us

    Given that e-mail leaks can imperil governments, it seems odd that correspondents spend so little time reviewing basic work before they press send. Writing, along with fire-making and the invention of the wheel, is widely held to be a milestone of human progress. This view will seem naïve to anybody who has read much human writing. In its feral form, prose is unhinged, mystifying, and repetitive. Writers feel moved to “get things down on paper,” usually incoherently, and even in guarded moods say alarming stuff because they don’t know where to put their commas. (“Time to eat children!”) The true wellspring of civilization isn’t writing; it is editing. E-mail, produced in haste, rarely receives the requisite attention. That is bad for us but good for posterity—and for students of the literary gestures we imprudently put in pixels. When inboxes are gathered, cracked open, and studied, they become a searchable, sortable atlas for the contours of our social minds.

    the archive has been pulled apart and pecked up; it has been digested by computers and referred to by more than three thousand academic papers. This makes it, in the annals of scholarship, something strange: a canonic research text that no one has actually read. Mostly, that’s because it is too long, and too boring, for complete human consumption. When the e-mails were released, in 2003, the dump was more jumbled than even computers could handle

    Computers can do little with a text that humans could not, but they make some laborious work go faster. In 1949, an Italian Jesuit priest named Roberto Busa presented a pitch to Thomas J. Watson, of I.B.M. Busa was trained in philosophy, and had just published his thesis on St. Thomas Aquinas, the Catholic theologian with a famously unmanageable œuvre. (Work on a multivolume critical edition of Aquinas’s philosophy, commissioned by the Vatican, began in 1879 and is nowhere near done.) Busa had begun to wonder whether Watson’s computing machines could aid his work. Watson backed him, and, for the next thirty years, Busa encoded sixty-five thousand pages of Thomist text so that it could be word-searched, cross-referenced, and what we now call hyperlinked. The Index Thomisticus was the first corpus to be primed for digital scholarship, no less impressive because it started on punch cards and ended up online. “Digitus Dei est hic!” Busa punned in 2004. The finger of God is here.

    Most results were unsurprising: people e-mailed more formally when dealing with business, across a gap in rank, with people they scarcely knew, and to a bigger audience. Oddly, though, e-mails grew more informal as the list of addressees expanded beyond ten. The researchers hypothesized that people like to strike a slouchy pose before big workplace audiences, the better to seem the cool kid in a class of dweebs.

    In 2014, an enterprising business-English teacher named Evan Frendo had the idea of using the corpus to locate phrases helpful to the foreign businessperson working with Americans. After what must have been punishing study, he discovered a fixation on “ball” metaphors. “I thought I’d get the ball rolling,” one Enroner wrote. “Sounds like you guys had a ball at dinner,” another said. “I played hard ball and told them that I had to have more time,” a correspondent reported. “Someone REALLY dropped the ball here!” an employee chides. “From June 1, we will be totally on the ball,” reads an e-mail that you don’t believe. “I will pretty much leave it in your ball park about Friday night,” somebody writes (a message that Frendo correctly annotates “???”). All told, the corpus contained six hundred and two instances of ball speech, apparently covering every scenario in modern American business. It is not clear that this compendium eases the task of the Danish banker on a morning flight to Dallas. But perhaps it tells him where to focus his study.

    In the iconoclastic 1980 book “Is There a Text in This Class?” Stanley Fish attacked the field of stylistics, and the tendency to equate the work of the humanities researcher with the work of the scientist. The equivalence was false, Fish thought, because the inquiries had different goals. Scientists were trying to zero in on something fixed and unknown: the laws of nature and their potential applications. Humanists were working with something variable and contingent: the way a text produced meaning for a given group of readers. You could turn up patterns in any long piece of writing without showing that such patterns were germane to how the work communicated. The most revealing question about a piece of text was the obvious one: How does it mean?

    When the Enron scandal broke, last decade, e-mail was the most wanton kind of media. It is no longer so—people now have indecent texts at home, manic Slack threads in the workplace, and, for just about every venue, crankish, boastful Facebook, filled with babies and bad news. As the scandals of the past few years show, however, indecorum hasn’t left our inboxes, and the lives behind the @ symbol may still have something to hide.

    #Mail #Humanités_numériques

  • The Word Choices That Explain Why Jane Austen Endures - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2017/07/06/upshot/the-word-choices-that-explain-why-jane-austen-endures.html

    Two hundred years after her death, Jane Austen commands a cultural empire — fan fiction, adaptations, merchandise — with her six novels at the center. It raises the question: Why her, as opposed to someone else?

    Franco Moretti, founder of the Stanford Literary Lab, which applies data analysis to the study of fiction, argues that certain books survive through the choices of ordinary readers, a process something like evolution: “Literary history is shaped by the fact that readers select a literary work, keeping it alive across the generations, because they like some of its prominent traits.”

    #Humanités_numériques #analyse_texte #littérature

  • Le « manuel pour la civilisation » peut-il devenir numérique ?
    http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/le-manuel-pour-la-civilisation-peut-il-devenir-numerique

    Nous avons déjà présenté dans nos colonnes le « manuel pour la civilisation », un projet lancé par Stewart Brand et sa Fondation du « Long Now » : l’idée est de constituer une bibliographie d’ouvrages fondamentaux qui permettraient éventuellement de sauvegarder le savoir humain indispensable et donc de « redémarrer » une civilisation sur de bonnes (...)

    #A_lire_ailleurs #Débats #humanités_numériques

  • Seshat, vers un « massacre des théories » historiques ?
    http://www.internetactu.net/2016/11/17/seshat-vers-un-massacre-des-theories-historiques

    L’Histoire est un des champs les plus prometteurs des nouvelles « humanités numériques », et elles sont déjà nombreuses les tentatives qui visent à intégrer les data collectées sur notre passé dans diverses bases de données. On a déjà parlé dans InternetActu de projets comme Pantheon, qui utilise la Wikipédia pour analyser (...)

    #Articles #Recherches #histoire #humanités_numériques

  • De la littérature à la TV, aller et retour…
    http://www.internetactu.net/2016/09/22/de-la-litterature-a-la-tv-aller-et-retour

    Dans son livre Pour comprendre les médias, Marshall McLuhan remarquait que très souvent, les premières manifestations d’un nouveau média étaient des reproductions du contenu réalisé avec un média plus ancien : ainsi le cinéma a-t-il commencé comme du théâtre filmé, avant d’établir ses propres règles ; la radio a d’abord été utilisée (...)

    #Articles #Usages #culture #humanités_numériques

  • Quelle est la forme d’internet ?
    http://www.internetactu.net/2016/05/25/quelle-est-la-forme-dinternet

    Louise Drulhe (@louisedrulhe), jeune designeuse issue de l’ENSAD se trouve actuellement en résidence pour trois mois à la Paillasse pour y poursuivre ses recherches sur la “forme d’Internet”, qu’elle a interrogée sous la forme d’un Atlas critique de l’Internet. Elle nous a présenté ce projet dans le cadre des “Jeudis du #design” qui se tiennent régulièrement dans ce biofablab. Il existe…

    #analyse_des_réseaux #blockchain #complexité #humanités_numériques #visualisation

  • « Les deux cultures », ou la défaite des humanités
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=799

    C’est une révélation que nous avons eue au fond d’une bouquinerie. Un manifeste traduit en 1968, chez Pauvert, l’éditeur le plus frondeur de son temps. Ce manifeste, Les deux cultures et la révolution scientifique, publié neuf ans plus tôt par Charles Percy Snow, aussi mauvais romancier que scientifique, avait connu un vif retentissement dans l’intelligentsia anglo-saxonne, et provoqué d’âpres réponses. Snow s’y plaignait que les bienfaiteurs de l’humanité, les scientifiques, ne soient pas reconnus à la mesure des progrès économiques et sociaux dus à leur génie. Il s’en prenait surtout aux intellectuels, « naturellement luddites », et aux tenants des humanités (qualifiées de « culture traditionnelle »), coupables de snober les sciences, et de ne pas répandre dans le public la nécessaire attitude de (...)

    #Documents
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/les_deux_cultures-2.pdf

    • Savez-vous pourquoi la Joconde sourit ? Parce qu’elle est heureuse. Pour être exact, elle ressent de la joie à 83 %, du dégoût à 9 %, plus 6 % de peur et 2 % de colère. Moins d’un pour cent d’elle est neutre, et elle n’exprime aucune surprise. Le logiciel du professeur Harro Stokman, de l’université d’Amsterdam, n’a pas pu confirmer la dimension sexuelle ou la part de mépris détectées dans le regard de Mona Lisa par certains humains. Mais c’était en 2005 et la machine a dû progresser, puisqu’entre-temps Stokman a monté la start up Euvision pour vendre ses outils de reconnaissance faciale sur smartphone.

      Connaissez-vous Prospero ? Pas le héros de La Tempête, le logiciel d’analyse de textes conçu par le sociologue Francis Chateaureynaud et l’informaticien Jean-Pierre Charriau. Il permet d’analyser des « dossiers complexes » (séries de textes, discours hétérogènes), de « modéliser la dynamique des controverses et des affaires, les processus d’alertes et les modes de prise en charge institutionnelle des risques collectifs ». Chateaureynaud est ce sociologue de l’acceptabilité à l’EHESS qui glose devant ses étudiants sur la forme des textes de Pièces et main d’œuvre. En fait, il répète ce que lui dit sa petite intelligence artificielle. Voilà qui explique bien des choses.

      PMO sur les #humanités_numériques et le #text-mining (cc @fil :))

  • Le web est-il encore une bibliothèque universelle ?
    http://www.internetactu.net/2015/10/27/le-web-est-il-encore-une-bibliotheque-universelle

    Si l’on a de bonnes raisons de s’inquiéter de l’impossibilité de supprimer nos données personnelles du web, et leur souhaiter une date de péremption, l’inverse est tout aussi préoccupant. Comment s’assurer que les documents en ligne resteront accessibles ? C’est la question que pose la journaliste Adrienne LaFrance dans un long article de The Atlantic. Le web a souvent été comparé…

    #culture #humanités_numériques

  • Ngram, un bon outil pour les Sciences Humaines ?
    http://www.internetactu.net/2015/10/19/ngram-un-bon-outil-pour-les-sciences-humaines

    Depuis quelque temps maintenant Google Ngram apparaît comme l’outil de choix des fameuses “humanités digitales”. Basé sur la base de livres numérisés par Google Books, Ngram permet d’analyser la fréquence des mots et suites de mots selon les époques, et ainsi de constater la montée (ou le déclin) de certains concepts au fil des décennies, comme l’explique remarquablement, ceux qui…

    #culture #humanités_numériques

  • Et si… les machines se disaient “et si…” ?
    http://www.internetactu.net/2015/07/13/et-si-les-machines-se-disaient-et-si

    La créativité automatique a depuis longtemps été débattue dans le milieu de l’intelligence artificielle, même s’il ne s’agit pas du domaine qui a suscité le plus de travaux. Le site d’information Physorg nous apprend qu’un partenariat entre cinq universités (Londres, Madrid, Dublin, Cambridge et Ljubljana) s’attaque aujourd’hui au problème en élaborant le projet “WHIM” (pour What-if Machine). Celle-ci produit diverses…

    #algorithmie #créativité #culture #humanités_numériques #littérature #programmation #web_sémantique

  • Le tournant numérique... et après ? - Socio
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/121087322351

    Le dernier numéro de la revue Socio (@revuesocio) dirigé par Dana Diminescu et Michel Wieviorka s’intéresse aux défis que le numérique adresse aux #sciences sociales. Dans leur introduction, les deux chercheurs soulignent que les Sciences humaines et sociales sont appelé à se transformer globalement et à tous les niveaux. “Avec le numérique, le contenu et les orientations de la recherche sont appelés à se transformer massivement. Il en va de même pour ses formes d’organisation : modalités d’évaluation, organisation des carrières, attributions de postes, modes de financement, publications, etc. Les « #humanités_numériques » semblent aujourd’hui constituer un domaine singulier, limité. En réalité, le numérique est appelé à redéfinir les relations de pouvoir et de coopération à l’intérieur du monde de (...)

    #SHS #digital_humanities

  • Splendeur et misère des “mèmes”
    http://www.internetactu.net/2015/04/22/splendeur-et-misere-des-memes

    Le terme “mème” fait aujourd’hui partie du folklore internet, et peu s’interrogent sur la véritable signification de cette notion. A ses débuts, pourtant, la théorie mémétique se voulait une nouvelle approche des phénomènes mentaux, et ne présentait guère de rapport avec les images ou les “jokes” qui font le buzz aujourd’hui sur le net. Dans son article “The meme as…

    #complexité #culture #humanités_numériques

  • It’s only datascience, but I like it
    http://www.internetactu.net/2015/03/24/its-only-datascience-but-i-like-it

    La “science des données” nous permet elle d’apercevoir des patterns qui échappent à notre perception commune ? Dans le domaine des #humanités_numériques ou de l’anthropologie computationelle, on utilise de massifs corps de textes pour dégager des structures qui pourraient nous permettre une compréhension accrue de la #culture … Ou pas. Un intéressant papier publié récemment dans Arxiv (et remarqué…

    #algorithmie #analyse_des_réseaux #économie_de_l'attention #big_data #créativité #industries_culturelles #musique

  • D’où viennent les Anglais ? - Quartz
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/114390528721

    Quartz rapporte une fascinante étude de Nature sur l’origine #génétique des britanniques. L’étude a analysé les gènes de 2000 britanniques dont les grands-parents sont nés à moins de 80km dans la Grande-Bretagne rurale et ont comparé les résultats à des recherches génétiques sur la population européenne pour identifier où remontaient les origines de ces citoyens britanniques. Le but : identifier les régions d’Europe qui ont eu le plus d’impact génétique sur ces britanniques. Une cartographie fascinante qui confirme l’histoire et montre notamment les origines Vikings de l’Ecosse et les origines du peuplement à travers l’histoire. 

    #digital_humanities #humanités_numériques #histoire

  • L’histoire vue par les #réseaux_sociaux
    http://www.internetactu.net/2015/03/17/lhistoire-vue-par-les-reseaux-sociaux

    L’anthropologie computationnelle est cette branche des “humanités numériques” qui cherche à comprendre la mentalité des peuples en utilisant les ressources de l’ordinateur et du Net. La Technology Review nous apprend que Peter Gloor (@pgloor, blog), du centre du MIT pour l’intelligence collective, et son équipe ont ainsi utilisé la Wikipédia pour établir quels étaient, pour chaque #culture, les personnages les…

    #analyse_des_réseaux #humanités_numériques #visualisation