• Mer Méditerranée : 7 morts et 50 migrants secourus au large de la Libye - InfoMigrants
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    Mer Méditerranée : 7 morts et 50 migrants secourus au large de la Libye
    Par La rédaction Publié le : 17/08/2026
    Sept migrants ont été retrouvés morts lundi à bord d’une embarcation de fortune lors d’une opération de sauvetage au large de la Libye. Au moins 50 migrants, dont deux dans un état grave, ont été secourus.C’est aux alentours de 6 h du matin ce lundi 17 août que les équipes de l’ONG italienne Emergency ont repéré une embarcation en bois à deux ponts en détresse dans la zone de recherche et sauvetage (SAR) libyenne.À leur arrivée sur place, les sauveteurs ont découvert neuf personnes allongées sur le pont. Sept d’entre elles étaient déjà décédées à l’arrivée des secours.
    « Elles avaient été transportées par d’autres rescapés qui les avaient récupérées dans la cale où elles avaient passé tout le voyage. Il n’y avait plus rien à faire pour sept d’entre elles ; deux étaient dans un état critique, victimes d’asphyxie », selon Jonathan Nanì La Terra, chef de mission pour le soutien vital d’Emergency.Les deux autres étaient encore en vie mais dans un état critique, précise l’ONG. Une évacuation médicale d’urgence a été demandée pour ces deux exilés.
    L’opération de sauvetage a été supervisée par une vedette libyenne, selon l’ONG. « À un mille de distance, nous les avons contactés pour les informer que l’opération de sauvetage était déjà en cours : le navire libyen est resté sur place pour superviser l’opération », précise Jonathan Nanì La Terra.Le navire humanitaire fait maintenant route vers Bari, le port assigné par les autorités italiennes, avec 50 migrants à son bord. Les migrants - 45 hommes et cinq femmes, parmi lesquels figurent 29 mineurs non accompagnés – sont originaires d’Égypte et de Somalie. Toujours selon les rescapés, l’embarcation était partie des côtes de Zuwara, en Libye, le 16 août.
    Cette opération intervient après la découverte de 14 corps en mer Méditerranée ces derniers jours. Samedi 15 août, trois corps ont été découverts en Méditerranée par l’avion Seabird 1 de l’ONG allemande Sea-Watch. La veille, un avion opéré par les associations SOS Méditerranée et Humanitarian Pilots Initiative (HPI) avait repéré onze corps en décomposition au large des côtes libyennes.
    Selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1 647 personnes sont mortes ou disparues en mer Méditerranée depuis le début de l’année 2026 en tentant de rejoindre l’Europe. Un nombre en hausse par rapport aux 1 035 décès recensés à la même période en 2025. Parmi ces victimes, 872 ont péri sur la route de Méditerranée centrale, qui reste la plus meurtrière.Et la plupart de ces migrants étaient partis de Libye. Pays de transit et de départ, elle reste le premier pays de départ pour rejoindre l’Europe, comme le souligne la plateforme téléphonique d’alerte Alarm Phone, dans son rapport semi-annuel publié le 9 août. Selon le ministère de l’Intérieur, 17 800 migrants sont arrivés cette année en Italie depuis le 1er janvier, contre 39 116 au cours de la même période en 2025.

    #Covid-19#migrant#migration#mediterranee#mortalite#routemigratoire#migrationirreguliere#libye#humanitaire

  • À Ceuta, plus d’une semaine après l’afflux de 70 000 personnes, une crise humanitaire menace l’enclave - InfoMigrants
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    À Ceuta, plus d’une semaine après l’afflux de 70 000 personnes, une crise humanitaire menace l’enclave
    Par Julia Dumont Publié le : 11/08/2026
    Fin juillet, environ 70 000 personnes – principalement marocaines – sont entrées dans l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc. Plus d’une semaine après, la majorité a été expulsée mais environ 10 000 exilés, dont de nombreux mineurs, demeurent toujours à Ceuta et vivent dans le plus grand dénuement. Les habitants et les autorités locales alertent sur la menace d’une crise humanitaire dans l’enclave.
    Ce sont des abris misérables, faits de minces branches et de quelques morceaux de cartons. Sur la plage de Trampolin, à Ceuta, plusieurs centaines d’exilés luttent pour leur survie depuis maintenant plus d’une semaine. Pour s’abriter, ils ont commencé à construire de petites cabanes avec les objets trouvés sur place, parfois avec des pans de tissus. Sur des morceaux de bois, des vêtements ont été suspendus. C’est vers cette plage, située à deux pas du CETI, l’unique centre d’hébergement de l’enclave, que sont dirigés les exilés par la police et les commerçants.
    Selon le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas , entre 8 000 et 11 000 migrants sans papiers se trouveraient encore dans la ville autonome. Originaires d’Afrique subsaharienne pour la plupart, ces jeunes hommes déclarent avoir quitté leur pays pour leur sécurité et vouloir rester en Europe."Si on avait la possibilité de rester chez nous, pourquoi prendre la mer pour aller chez les autres ? On n’est pas en Espagne pour déranger. On n’est pas des voleurs, on n’est pas des bandits. On est venus pour contribuer à l’économie espagnole […], aider l’Espagne et nous aider aussi. Parce que dans nos pays on a fait des études mais on ne peut pas travailler", a confié Djibril au média La Ser.
    Mais en attendant qu’une décision soit prise sur leur sort, les exilés patientent sur le sable. Le CETI est saturé et ne peut pas accueillir les nouveaux arrivants. Le délégué du gouvernement à Ceuta, Miguel Ángel Pérez Triano, a annoncé que le gouvernement central prévoyait de mettre en place dans un délai approximatif d’"un mois" un centre d’accueil temporaire des étrangers (CATE) afin de traiter plus rapidement les situations administratives et accélérer les transferts vers la péninsule des demandeurs d’asile qui peuvent y prétendre.
    Selon les estimations du gouvernement espagnol, environ 2 000 personnes se trouveraient sur la plage de Trampolin et aux alentours du CETI. Mais ce nombre ne correspond pas à la quantité – bien plus élevée - de repas distribués chaque jour par la Croix rouge, souligne El Pais."Ça y est, il n’en reste plus. Encore une fois", déplore auprès du quotidien espagnol une membre de la Croix-Rouge en distribuant le dernier repas de son stock, alors que de nombreuses personnes attendent encore d’avoir à manger. Depuis l’afflux d’exilés à Ceuta, de nombreuses personnes ont affirmé souffrir de la faim. Plusieurs d’entre eux ont indiqué à des journalistes que des supermarchés ne les avaient pas laissé entrer pour acheter de la nourriture. Seules quelques organisations prennent en charge aujourd’hui les distributions de nourriture.
    Pour assurer un minimum d’hygiène aux exilés vivant sur la plage, une dizaine de toilettes ont été installés sur une esplanade, ainsi qu’une trentaine de douches, un hangar et des points d’eau. Mais la situation est malgré tout critique car l’état de santé de certains exilés est préoccupant après une traversée éprouvante et plusieurs jours sans soin."Il y a des diarrhées et vomissements… Certains ont de la fièvre, c’est préoccupant. Cela aura des répercussions sur la santé publique si cette situation perdure", met en garde Julian Dominguez, chef du service de médecine préventive de l’hôpital de Ceuta interrogé par la chaîne RTVE.
    Parmi les exilés arrivés fin juillet, les mineurs non accompagnés restent les plus vulnérables. Depuis l’afflux du 30 juillet, « le taux d’occupation des centres d’accueil pour mineurs de Ceuta est de 2 600% au-dessus de sa capacité critique », a déclaré Juan Jesús Vivas lors d’une interview à la télévision publique espagnole.Selon Sira Rego, la ministre espagnole de la jeunesse et de l’enfance, plus de 1 300 mineurs se trouvent toujours dans la ville autonome. Jour après jour, les autorités s’efforcent d’identifier et de prendre en charge tous ces mineurs, a constaté sur place un journaliste de l’AFP, mais les moyens manquent. Ceuta « ne dispose d’aucun espace supplémentaire » pour prendre en charge ces jeunes, « une priorité », a averti de son côté le préfet de la ville, Miguel Ángel Pérez Triano.
    Face à la crise, la municipalité s’organise comme elle peut. Deux écoles ont été transformées en centres d’accueil. « Le premier centre est déjà opérationnel et accueille environ 110 filles et adolescentes. Cette mesure nous permettra d’offrir une solution temporaire en attendant l’achèvement des nouvelles installations prévues à Loma Margarita et dans la zone portuaire, qui pourront accueillir entre 400 et 500 mineures dès la semaine prochaine », avait déclaré la municipalité le 6 août. Afin de prendre en charge ces jeunes, la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiza, annoncé mardi 4 août une aide de 25 millions d’euros pour l’enclave.
    Une mise à l’abri indispensable et urgente car plusieurs cas d’agressions sexuelles et de viols sur des jeunes filles et des femmes ont déjà été recensés par les autorités espagnoles. « À la suite de l’afflux massif de milliers de personnes fin juillet, un tribunal de Ceuta enquête sur six cas d’agressions sexuelles présumées qui se seraient produites dans ce contexte », indique El faro de Ceuta, précisant que les enquêtes étaient toujours en cours.Dans le quartier de Príncipe Alfonso, des habitants se sont mobilisés pour mettre en place un hébergement réservé aux femmes et aux jeunes filles seules, rapporte encore le média local. Selon Fatiha Abdelah, secrétaire de l’association de quartier Prince Alfonso, au moins 180 femmes et jeunes filles avaient été recensées dans ce camp le dimanche 9 août.
    La loi espagnole prévoit un dispositif de répartition des mineurs non accompagnés pour soulager les points d’entrée dans le pays comme Ceuta, les Baléares ou les îles Canaries. Mais il est vivement contesté depuis ses débuts et n’a jamais été vraiment effectif. Dans le cas de Ceuta, même si le gouvernement local a lancé un « appel à l’aide » aux autres régions, les quatre gouvernements de coalition régionaux ont indiqué qu’ils contesteraient toutes décisions de transferts de mineurs depuis Ceuta vers d’autres régions espagnoles. Le dirigeant de Vox, parti d’extrême droite, a déclaré que « pas un seul euro » d’argent espagnol ne devrait être versé aux mineurs migrants.
    Selon l’association marocaine des droits humains à InfoMigrants, de nombreux mineurs figuraient aussi parmi les personnes expulsées de l’enclave. Une pratique normalement illégale. « Nous avons vu des militaires raccompagner des mineurs jusqu’à la frontière », a témoigné Jamila el-Abboudi, de l’AMDH, à InfoMigrants

    #Covid-19#migrant#migration#ceuta#espagne#crisemigratoire#humanitaire#sante#MNA

  • Canaries : une femme décédée et 15 migrants hospitalisés après un sauvetage dans l’Atlantique - InfoMigrants
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    Canaries : une femme décédée et 15 migrants hospitalisés après un sauvetage dans l’Atlantique
    Par La rédaction Publié le : 23/07/2026
    Après le sauvetage mercredi d’une pirogue chargée de plus de 150 migrants au large des Canaries, une femme est décédée et 15 personnes ont été hospitalisées. Parmi elles, un bébé d’environ six mois se trouvait dans un état critique. Un canot avec 165 migrants à bord a été secouru mercredi 22 juillet au large de la petite île d’El Hierro, aux Canaries, a indiqué l’agence de presse EFE. Après cette opération de sauvetage, une femme de 30 ans est décédée et 15 autres personnes ont été transférées à l’hôpital de la ville, dont plusieurs dans un état grave. Parmi elles, se trouvait un bébé d’environ six mois qui a subi un arrêt cardiorespiratoire à son arrivée au port. Après l’avoir stabilisé, le bébé, toujours dans un état critique, a été évacué par hélicoptère vers l’hôpital de Tenerife, une autre île des Canaries. Lorsque les migrants ont débarqué au port de La Restinga en fin d’après-midi mercredi, la situation était si confuse que les autorités ont dans un premier temps annoncé la mort de deux personnes : une femme et un homme. Mais après vérification, ce dernier n’est pas décédé. Il se trouvait dans un état critique et a été hospitalisé. Selon la presse espagnole, l’embarcation avait quitté la Gambie dans la nuit du 12 juillet. Les exilés ont ainsi passé 10 jours en mer avant d’atteindre l’archipel espagnol.
    Mardi, le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) a annoncé la disparition d’au moins 143 migrants d’un même canot, au large de la Mauritanie. Le bateau, surchargé de près de 200 personnes, avait lui aussi quitté la Gambie, dans l’espoir de rejoindre les Canaries espagnoles. Il a dérivé pendant près de 25 jours dans l’Atlantique. Seuls 38 exilés ont été secourus. « Il s’agit de l’un des débarquements les plus meurtriers auxquels les équipes de Médecins sans frontières (MSF) ont assisté en Mauritanie depuis le début de l’année 2026 », a indiqué mercredi dans un communiqué l’ONG qui est intervenue pour la prise en charge des survivants en Mauritanie.
    Selon MSF, « les personnes qui sont arrivées sur le rivage souffraient des chocs et psychoses post-traumatiques, fractures osseuses, lésions traumatiques et hypothermie ». « Les survivants ont décrit des conditions terrifiantes en mer ainsi que la perte de proches et d’autres passagers pendant la traversée. (...) La gravité des témoignages et l’ampleur des pertes en vie humaine, ont également eu un impact psychologique important sur les équipes impliquées dans la réponse », poursuit le communiqué. « Une des 38 survivantes prises en charge par MSF a déclaré avoir vu sa sœur mourir sous ses yeux. Personne ne devrait avoir à endurer une telle souffrance alors qu’il/elle est en quête de sécurité ou de dignité », raconte Fouzia Bara, responsable du programme migration de l’ONG médicale.
    Les départs de pirogues surchargées de migrants se font de plus en plus au sud. Désormais, les exilés tentent de rejoindre les Canaries espagnoles depuis la Gambie et la Guinée, afin d’éviter le renforcement des contrôles plus au nord (Maroc, Mauritanie, Sénégal). Selon le dernier rapport publié par l’Organisation internationale des migrations (OIM) le 23 juin, près de 1 500 personnes sont parties de Gambie sur les seuls mois de mars et avril 2026, durant lesquels au moins huit départs de bateaux ont été comptés. Mais prendre la mer d’aussi loin - plus de 1600 km séparent la Gambie des Canaries - pour rejoindre l’archipel espagnol implique une très longue traversée de l’Atlantique, et donc un risque accru de dériver ou de faire naufrage. De plus, les vents violents et les forts courants rendent la traversée très dangereuse. De nombreux témoignages rapportent les périls du voyage, soumis aux aléas météorologiques, aux avaries de moteur, à la soif et à la faim.
    Selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, plus de 600 personnes ont péri dans l’Atlantique sur les cinq premiers mois de 2026. En 2025, l’organisation comptait 1 906 décès ou disparus sur cette route maritime. Un chiffre néanmoins en baisse par rapport à l’année précédente du fait de la diminution des arrivées de migrants aux Canaries.

    #Covid-19#migration#migrant#routemigratoire#migrationirreguliere#sante#mortalite#humanitaire#gambie#senegal#mauritanie

  • Comment le Portugal tente de soigner les esprits des migrants face aux traumatismes de l’exil - InfoMigrants
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    Comment le Portugal tente de soigner les esprits des migrants face aux traumatismes de l’exil
    Par RFI Publié le : 23/07/2026
    Au Portugal, les migrants sont plus que jamais indispensables à l’économie, mais leur santé mentale reste fragilisée par les traumatismes de l’exil et la montée des discours xénophobes. De Lisbonne à Almeirim, la société civile se mobilise pour mieux les accompagner.
    Dans le centre Ismaili de Lisbonne, une petite équipe de six femmes prépare ses actions sur le terrain. Leur objectif : recueillir des informations sur la santé mentale et le bien‑être des personnes migrantes dans le cadre du projet What Health (Quelle santé, en français). Au programme, aller à la rencontre des populations immigrées dans la rue, mais aussi profiter des fêtes et des événements des diasporas pour proposer leurs questionnaires.
    "La santé mentale, c’est un sujet extrêmement complexe, et donc tabou pour beaucoup, explique Sofia Peyssonneau, chargée de développement communautaire de la fondation Aga Khan, travaillant sur le projet What Health. On ne peut pas se contenter d’organiser des événements intitulés “santé mentale”. Il faut trouver d’autres stratégies. Par exemple, lorsqu’il y a une fête d’une diaspora, nous demandons à y tenir un stand. Nous proposons un bilan de santé grâce aux médecins de l’équipe, puis les participants remplissent un questionnaire sur la santé mentale."
    Sur le terrain, ce sont ces médiatrices issues de l’immigration qui portent ce travail de longue haleine. Elles viennent du Népal, de Chine, d’Inde, du Bangladesh ou encore du Pakistan. Diplômées dans leur pays d’origine, parfois médecins, elles veulent améliorer les conditions de vie de leurs pairs en participant à la collecte de données et à la sensibilisation. "Il y a un besoin d’améliorer les choses, car les migrants au Portugal ont des difficultés d’accès aux services de santé et la santé mentale reste très taboue", explique Pabitra Neupane, médiatrice culturelle pour l’association Nialp et travaillant sur le projet What Health. Des membres de l’équipe de What Health organisent un jeu de rôle pour préparer les personnes étrangères aux rendez-vous avec les institutions lors d’une fête de la diaspora pakistanaise au Portugal à Lisbonne. Elles profitent de l’occasion pour présenter un questionnaire lié au bien-être et à la santé mentale.
    Financé notamment par l’Union européenne, What Health doit mener, jusqu’en 2029, un vaste travail de recherche sur la santé mentale des migrants afin de favoriser une meilleure prise en charge. Après la collecte de témoignages, l’équipe d’enquêtrices interrogera des médecins pour cerner les lacunes du système, avant de les former à une approche intégrant les dimensions culturelles. Certains praticiens ainsi formés, accompagnés par les enquêtrices, iront ensuite au contact des communautés migrantes pour les sensibiliser à la santé mentale et expliquer les parcours de soins disponibles.
    Depuis la fin des années 1990, le Portugal est passé d’un pays d’émigration à un pays d’immigration. "Dans un premier temps, le pays a accueilli surtout des migrants des pays lusophones, comme le Brésil et le Cap-Vert, puis des citoyens d’Europe de l’Est", rappelle Mario Ribeiro, doctorant et coordinateur de l’Observatoire des migrations. À partir du milieu des années 2010, sont arrivés des réfugiés syriens et afghans, des travailleurs venus du sous-continent indien et des retraités européens, dans un contexte de vieillissement démographique et de besoin accru de main-d’œuvre."Nous avons besoin de travailleurs migrants pour l’agriculture, le tourisme ou encore l’accompagnement des personnes âgées", souligne-t-il. "Si l’on va dans les champs de l’Alentejo ou du Ribatejo, la majorité des récoltes est réalisée par des travailleurs migrants." La présence de ces nouveaux publics impose une adaptation des services, notamment dans le domaine de la santé mentale.
    En effet, nombre de personnes arrivent au Portugal traumatisées, soit par des parcours de migration violents et déshumanisants, soit à cause des conflits qui leur ont fait fuir leur pays. À Almeirim, une ville à environ 80 km à l’est de Lisbonne, Cátia Sequeira, qui coordonne un centre local d’aide et d’insertion des migrations (Claim), a notamment accompagné des réfugiés syriens et ukrainiens marqués par la guerre. "Certaines personnes sursautaient au simple bruit d’une chasse d’eau parce qu’il leur rappelait les bruits des bombardements", raconte-t-elle.
    Face à ces situations, l’association Pro Abraçar qui gère le Claim d’Almeirim a développé Cuidar+, un accompagnement psychologique et social pour aider les personnes à retrouver des repères. "Il fallait créer un espace où l’on peut les écouter. Il y a aussi beaucoup de violence domestique et de violences plus complexes. Nous avons instauré un climat de confiance et cultivons une grande proximité avec nos usagers, ce qui nous permet d’intervenir lorsque des situations plus délicates surviennent." Avec l’arrivée de nouveaux publics, souvent non lusophones, le système de santé s’est aussi ajusté. "Le premier défi reste toujours celui de la barrière de la langue", note Mario Ribeiro. Des services d’interprétariat téléphonique et des médiateurs interculturels ont été mis en place pour faciliter la communication entre soignants et patients migrants. Un travail de médiation prolongé par le projet What Health, mais aussi des organisations comme l’ONG Conselho português para os refugiados (CPR - le Conseil portugais pour les réfugiés, en français).
    Au CPR, un accueil qui prend en compte les différences culturelles
    À Loures, le centre d’accueil des réfugiés géré par le CPR constitue une autre porte d’entrée vers les soins, pensée pour les personnes en demande du statut de réfugié. Dès leur arrivée, les réfugiés sont logés et accompagnés pendant toute la première phase de leur procédure d’asile. « Ils sont toujours évalués dans les premières 48 heures, avec un bilan psychosocial qui prend en compte la santé physique, mais aussi une première évaluation de la santé mentale », détaille Catarina Baptista, directrice de ce centre et psychologue de formation. Ce tri initial permet d’identifier rapidement les situations les plus urgentes. "Notre équipe de psychologues réalise ensuite une analyse plus approfondie, en individuel ou en groupe selon la situation de la personne", ajoute la directrice du centre. Le CPR a aussi signé un protocole avec l’hôpital psychiatrique Júlio de Matos, à Lisbonne, pour garantir un accès plus rapide aux consultations de psychiatrie. Pour Catarina Baptista, le fait de proposer des soins dans un cadre habitué aux réfugiés est déterminant : "Le soutien est ici pensé de façon culturellement sensible. Dans de nombreux hôpitaux, on voit encore des difficultés à accéder à des services de traduction ou à comprendre des comportements qui varient selon les cultures. Cette incompréhension entrave le diagnostic et la continuité des soins, alors même que la loi sur l’asile oblige le pays à garantir l’accès à la santé."
    Si les acteurs de terrain multiplient les initiatives, le contexte politique et économique pèse lourdement sur la santé mentale des migrants. Depuis une réforme entrée en vigueur en 2025, les personnes en situation irrégulière doivent payer plus de 100 euros pour se rendre à l’hôpital, une somme hors de portée pour beaucoup, qui craignent aussi de perdre une journée de salaire. "Le fait que ces personnes, qui sont en cours de régularisation, doivent payer, les conduit souvent à renoncer à se soigner, pointe Cátia Sequeira. Beaucoup cessent d’aller à l’hôpital parce qu’elles ont entendu un ami dire qu’il a eu un passage aux urgences et a reçu une facture. Alors, elles attendent d’être au bout du rouleau et quand elles arrivent ici, nous devons souvent appeler directement les urgences." Ces impératifs financiers nourrissent le mal-être auquel s’ajoute souvent l’isolement. Nombre de travailleurs migrants vivent loin de leurs proches. L’équipe de Cátia Sequeira rend ainsi régulièrement visite aux personnes hospitalisées, un accompagnement non prévu dans ses missions officielles, mais qu’elle juge indispensable pour que "personne ne se sente seul".
    Au niveau européen, la situation se tend aussi avec le nouveau Pacte sur les migrations, qui prévoit une accélération des procédures d’asile et des mécanismes de tri à la frontière. Catarina Baptista du CPR s’inquiète du risque que les personnes aient "moins de temps pour faire valoir leurs droits et accéder à un accompagnement digne". Dans ce climat, la montée du parti d’extrême droite Chega et la banalisation du discours anti‑immigration au Portugal ont des effets directs sur la santé psychique. Toutes les participantes au projet What Health constatent un changement de regard en un peu plus d’un an. "Le racisme augmente. Quand je suis arrivée en 2022, les gens étaient accueillants. Maintenant, si on est voilée, on est discriminée. On m’a déjà refusé l’entrée dans un bus", témoigne la docteure Sabera Parvin, l’une des enquêtrices de terrain du projet mené par la fondation Aga Khan et Nialp.
    Pour les acteurs associatifs, cette hostilité représente aussi une forme de violence psychologique. "Nous avions le sentiment que la communauté locale avait progressivement accepté ces nouveaux habitants. Puis, il a fallu recommencer à lutter contre les préjugés et la désinformation. Le parti Chega a fini par saper le travail que nous avions déjà accompli", observe Cátia Sequeira, de l’association Pro Abraçar. Catarina Baptista du CPR explique en quoi ces discours violents touchent plus particulièrement les réfugiés : "Un processus de retraumatisation se met en place : je quitte mon pays parce que je ne m’y sens pas le bienvenu, et j’arrive dans un autre pays où je ne me sens pas le bienvenu non plus. C’est une nouvelle couche de traumatisme qui s’ajoute à un traumatisme préexistant. La confiance envers les institutions et les personnes censées aider diminue, ce qui rend les gens encore plus vulnérables." L’ONG porte d’ailleurs le projet "Do Cuidado ao Auto‑Cuidado" (Du soin au soin de soi, en français), qui vise à faire profiter de leur expertise d’autres structures et professionnels du système d’asile aux questions de santé mentale. "Ce projet a deux grands objectifs : d’un côté, former des équipes culturellement sensibles et informées des traumatismes ; de l’autre, les aider à se protéger elles‑mêmes du stress secondaire lié à l’exposition à la souffrance", explique Katarina Batista. Là encore, l’enjeu rejoint celui de What Health : prendre soin des personnes migrantes, c’est aussi prendre en compte celles et ceux qui les accompagnent pour que le système d’accueil reste humain.

    #Covid-19#migrant#migration#portugal#sante#santementale#immigrayion#asile#humanitaire#diaspora

  • L’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, visée par des campagnes d’influence, de l’Allemagne aux Etats-Unis
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/08/l-unrwa-l-agence-de-l-onu-chargee-des-refugies-palestiniens-visee-par-des-ca

    L’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, visée par des campagnes d’influence, de l’Allemagne aux Etats-Unis
    Un rapport, publié le 7 juillet, par la fondation allemande Rosa-Luxemburg, souligne le rôle de groupes de pression liés à la droite israélienne dans la diabolisation de l’UNRWA, au bord de l’asphyxie financière.
    Par Laure Stephan (Beyrouth, correspondance) et Elsa Conesa (Berlin, correspondante)
    Au bord de l’effondrement financier, jamais l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens (UNRWA) n’a semblé dans une situation aussi précaire depuis 1949, l’année de sa création. Avec des conséquences dramatiques pour les 5,9 millions de réfugiés palestiniens auxquels elle fournit assistance et protection à Gaza, en Cisjordanie occupée, au Liban, en Syrie et en Jordanie. L’agence fait aujourd’hui face à un déficit de trésorerie de 100 millions de dollars (87,5 millions d’euros).
    Le 30 juin, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé un appel pressant aux Etats membres pour maintenir à flot cette agence « indispensable » pour des millions de réfugiés palestiniens. Aux blocages auxquels l’UNRWA est confrontée de la part d’Israël, depuis janvier 2025 – camions d’aide interdits d’entrer à Gaza ; QG et école fermés à Jérusalem-Est –, s’ajoutent de « fortes pressions politiques » et des « campagnes de désinformation », a dénoncé M. Guterres.Parmi les pays où les critiques, voire les attaques, à l’égard de l’UNRWA se sont récemment multipliées figurent les Etats-Unis, qui ont cessé de la financer, mais aussi l’Allemagne, pourtant devenue le principal donateur bilatéral de l’agence. Berlin a pris, en décembre 2025, une décision sans précédent en s’abstenant lors du renouvellement du mandat de l’UNRWA par l’Assemblée générale de l’ONU.
    Dans un rapport, publié le 7 juillet par la Fondation Rosa-Luxemburg, l’analyste germano-israélien Alon Sahar décrit comment un discours critique envers l’UNRWA s’est progressivement installé depuis une dizaine d’années outre-Rhin. Il y voit l’œuvre d’organisations alignées sur les positions de la droite israélienne, autant internationales, comme UN Watch ou NGO Monitor, qu’allemandes, comme le Forum pour la paix au Proche-Orient, le Naffo. Financées par des réseaux philanthropiques privés américains, et parfois aussi par des fonds publics allemands, par le biais de projets de lutte contre l’antisémitisme ou d’éducation civique, ces organisations ont « exercé une influence considérable sur les débats et orientations politiques allemands concernant l’UNRWA et sur la question des réfugiés palestiniens », écrit l’auteur du rapport.
    Par le biais de réunions informelles avec des élus, ce « réseau transnational de plaidoyer » diffuse un discours critique peignant l’agence onusienne comme « structurellement illégitime, politiquement compromise et indissociable de la perpétuation du statut de réfugié palestinien et du droit au retour ». Des accusations reprises ensuite dans la sphère politico-médiatique allemande.
    En janvier 2024, l’Etat hébreu avait accusé 12 employés de l’agence d’avoir participé à l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 – sur un total de 13 000 employés à Gaza. Une enquête de l’ONU, élargie à 19 employés, a conclu, en août 2024, que 9 d’entre eux « pourraient avoir été impliqués » dans le massacre. Mais les enquêteurs n’ont pas pu accéder aux preuves que l’Etat d’Israël affirme posséder. Les juges de la Cour internationale de justice ont souligné, en octobre 2025, que, « selon les éléments versés au dossier, il n’exist[ait] aucune preuve que l’UNRWA ait manqué au principe d’impartialité ».
    Entre 2014 et janvier 2026, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland a ainsi posé, à 19 reprises, des questions écrites sur le sujet et proposé des motions au Bundestag ; les conservateurs de la CDU-CSU en ont formulé 11 ; les libéraux du FDP 8 et les Verts une seule. Certaines reprenaient explicitement les arguments des organisations listées dans le rapport.
    L’auteur relève aussi le fait que ce récit critique « ne fait face à aucun contre-réseau disposant de ressources comparables, ancré institutionnellement ou cohérent sur le plan narratif. Les groupes juifs libéraux alignés sur la cause palestinienne et les acteurs de défense des droits en Allemagne restent fragmentés et disposent de ressources insuffisantes, ce qui signifie que les discours retracés dans ce rapport ne rencontrent guère de résistance organisée à mesure qu’ils passent de la production en amont à l’institutionnalisation en aval », écrit-il.
    La suspension, pendant quelques mois, du financement de l’UNRWA par Berlin en janvier 2024 est lue comme l’aboutissement de ce travail d’influence, de même que l’abstention lors du vote pour le renouvellement du mandat de l’agence. Le ministre des affaires étrangères allemand, Johann Wadephul (CDU), avait alors justifié cette abstention en affirmant attendre des « réformes cohérentes et vérifiables au sein de l’UNRWA », comme le prévoit le contrat de coalition conclu en avril 2025 entre le SPD et la CDU-CSU, les partis alliés au pouvoir en Allemagne, et en reprenant les accusations portées contre l’agence. Lors du congrès de février, la CDU, le parti du chancelier, Friedrich Merz, a en outre adopté une motion en faveur de la suspension complète du soutien allemand à l’agence.
    Soixante-dix employés licenciés en juin
    L’UNRWA continue également d’être attaquée aux Etats-Unis. Le service d’inspection de l’Usaid (l’organisme de coopération américaine que Donald Trump a largement démantelé) enquête sur les liens entre le Hamas et l’agence onusienne. Il a annoncé, le 5 juin, avoir transmis au département d’Etat les noms de 101 employés, actuels ou anciens, qui, selon lui, auraient participé aux massacres du 7-Octobre, ou sont affiliés à la branche militaire du mouvement islamiste palestinien. Le but affiché est d’empêcher que ces individus puissent faire partie d’un futur cadre d’aide humanitaire à Gaza chapeauté par les Etats-Unis. Mais le fait que l’Usaid, qui n’a jamais financé l’UNRWA, se lance dans une telle entreprise, pourrait servir des desseins politiques : appuyer des pressions ultérieures de l’administration Trump contre l’agence pour les réfugiés palestiniens.
    Sans établir de corrélation, le commissaire général par intérim de l’UNRWA, le Britannique Christian Saunders, a annoncé dans la foulée, le 11 juin, le licenciement de 70 employés à Gaza, sans enquête préalable. Le communiqué, au ton vague, mentionne qu’il s’agit d’une mesure prise à la suite d’une « évaluation de la sécurité des opérations de l’UNRWA à Gaza » et qu’elle ne signifie pas une « validation des accusations portées contre ces employés ». Selon les informations du Monde, sur la liste américaine de 101 noms, une trentaine ont été tués ou sont portés disparus. Ceux écartés l’ont été pour des considérations de sécurité et pour apaiser les donateurs. Le licenciement de ces derniers n’a pas fait consensus au sein de l’agence. Depuis les premières accusations portées en janvier 2024, les autorités israéliennes n’ont pas fourni de preuves à l’UNRWA.
    Nouveau coup dur lors de la prise de parole du représentant américain à l’ONU, Jeff Bartos, au cours d’une réunion des donateurs, à la fin du mois de juin, qui a appelé les participants à cesser de financer l’UNRWA et à rediriger les fonds vers le Conseil de la paix, l’organe chargé d’appliquer le plan de sortie du conflit à Gaza, établi par Donald Trump. M. Bartos qualifiant le financement de l’UNRWA de soutien à la « stagnation » et au « terrorisme ».Ces propos, comme les campagnes de lobbyistes pro-israéliens pour que l’agence soit classée par le Congrès américain « organisation terroriste étrangère », suscitent l’inquiétude de la direction. Le groupe d’influence UN Watch fait campagne pour que soit levée l’immunité de Philippe Lazzarini, l’ancien commissaire général dont le mandat vient officiellement de s’achever.
    « L’UNRWA doit redoubler d’efforts pour faire des réformes demandées par les donateurs, mais elle n’a plus d’argent, note Jalal Al-Husseini, chercheur à l’antenne d’Amman de l’Institut français du Proche-Orient. « Pourtant Israël a tiré profit de l’assistance apportée par l’UNRWA aux Palestiniens [dans les territoires occupés] », rappelle-t-il. Sous la première administration Trump, des responsables israéliens avaient ainsi exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences de la suppression des financements américains, selon le rapport d’Alon Sahar. Israël a même encouragé l’Allemagne à augmenter ses contributions à la suite du retrait des Etats-Unis.« Mais des idéologues sont aujourd’hui au pouvoir en Israël, et ils ne veulent plus de l’UNRWA, car son existence même rappelle celle du problème des réfugiés », explique M. Al-Husseini, faisant référence à l’exode forcé de plus de la moitié de la population palestinienne lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948.Depuis que M. Lazzarini a quitté ses fonctions, en mars, la communication de l’UNRWA s’est faite discrète. Il n’est plus question de dénoncer les agissements de l’armée israélienne à Gaza. L’accent est mis sur les efforts humanitaires menés dans l’enclave. Un choix stratégique, censé apaiser la crise. Il témoigne aussi que l’UNRWA est à bout de souffle

    #Covid-19#migration#migrant#palestine#UNRWA#refugie#droit#sante#humanitaire

  • « Un épisode inédit » : à Paris, près d’un millier de migrants font face à la canicule dans la rue - InfoMigrants
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    « Un épisode inédit » : à Paris, près d’un millier de migrants font face à la canicule dans la rue
    Par Yanis Ben Mohamedi Publié le : 23/06/2026
    Sous le métro aérien entre les stations Jaurès et Stalingrad à Paris, près d’un millier de migrants luttent actuellement contre des températures caniculaires. Torses nus pour se rafraîchir ou couverts pour se protéger du soleil, ils passent tous leur temps à chercher des zones d’ombre. Malgré un point d’eau installé et les soins apportés par des associations, le quotidien reste particulièrement difficile. Reportage.
    Depuis le 21 juin, la France connaît un épisode caniculaire intense. La capitale n’est pas épargnée : les températures atteignent les 38°C en ce début de semaine. Pour lutter contre la chaleur, chacun a son équipement, des gourdes en inox ou éventails en passant par les brumisateurs et autres serviettes humides. Mais sous le métro Stalingrad, dans le nord-est de Paris, en début d’après-midi de ce lundi 22 juin, le petit millier de migrants qui vivent dans des tentes de fortune cherchent surtout à éviter les rayons du soleil.
    Beaucoup sont torses nus pour se rafraichir, d’autres portent des jeans et des tee-shirts à manches longues pour se protéger du soleil brûlant. Tous semblent groggys alors qu’ils viennent de vivre une des nuits les plus chaudes à Paris jamais enregistrée.
    Sur place, des associations mettent en place des maraudes et distribuent des bouteilles d’eau, des gourdes ou de la nourriture mais en quantités limitées. Eve Derriennic, coordinatrice de Médecins du Monde à Paris, organise la file d’attente de la dizaine d’hommes qui patientent devant le camion de son association avant d’être reçus par le médecin sur place."Le plus fréquent c’est évidemment le coup de chaud ainsi que la déshydratation", s’inquiète-t-elle. « À cause de la chaleur, ils peuvent aussi avoir des infections qui empirent avec la transpiration et le manque d’hygiène. Certains ont des pathologies, comme de l’asthme, décuplé par la chaleur. Nous avons appelé les pompiers [lundi matin, ndlr] car un migrant a fait un malaise. Il était dans sa tente depuis cinq jours sans boire ni manger. C’était un cas d’extrême urgence. »
    La coordinatrice de Médecins du Monde insiste sur le caractère inédit de la canicule de cette année : « Elle dure dans le temps. C’est ça qui change. Plus ça dure, plus l’organisme se fatigue. La nuit, les températures ne baissent pas, ça change beaucoup de choses ».
    Au milieu des tentes, des déchets jonchent le sol et les exilés doivent cohabiter avec les pigeons et les rats. Certains n’ont pas d’autres choix que de rester exposés au soleil, faute de place, et s’allongent à moitié nus sur des matelas. Les plus « chanceux » sont ceux qui peuvent se reposer dans leur tente, fermeture éclair ouverte pour laisser passer un peu d’air, ou ceux qui se réunissent en groupe à l’ombre, assis sur des chaises de fortune, quand ce n’est pas à même le sol.
    Abu Talab, 24 ans et originaire du Soudan, n’est là que depuis quelques semaines. Il est installé sur un matelas à l’ombre au milieu des abris de fortune. « Beaucoup d’associations viennent pour nous aider en nous donnant de la nourriture ou des médicaments. Pour lutter contre la chaleur, je vais à mes cours de français, [l’association] nous laisse rester dans la salle climatisée jusqu’à 23h. On nous propose aussi des activités : visiter Notre-Dame, des parcs et jardins. Ça nous occupe ».
    Certains n’ont pas d’autres choix que de rester sur le campement. Zachariah, un autre Soudanais de 25 ans, ne peut pas se déplacer. Arrivé en Europe par la Grèce, il a effectué un long voyage à pied durant lequel il s’est blessé au pied. « La blessure s’est aggravée car je ne l’ai pas soignée et maintenant, je ne peux même plus marcher », explique-t-il. "De toute façon, le sol est beaucoup trop chaud pour marcher pieds nus, ça nous brûle la peau."Assis à ses côtés, l’un de ses amis porte un jean, des chaussettes hautes et des grosses baskets vertes pour ne pas sentir la chaleur du bitume, faute de chaussures plus légères. « Je préfèrerais me vêtir autrement mais je n’ai pas d’argent ».Ici, les migrants s’occupent comme ils peuvent, en scrollant sur leur téléphone, en effectuant des allers-retours à l’unique point d’eau installé il y a une semaine sur le camp et qui présente déjà des fuites. D’autres discutent ensemble pour se donner du baume au cœur.Damar, originaire du Soudan, est l’un des doyens du camp, l’un des rares à parler français, présent depuis près de deux ans à Paris. « Il fait encore plus chaud que l’année dernière. Mais la chaleur on connaît, on a la même au Soudan. Le pire, c’est la nuit, on ne peut pas dormir : en plus des températures, il y a le bruit des voitures, le bruit des gens. Tout ça nous empêche de trouver le sommeil ».
    Malgré les 38 degrés de l’après-midi, il arrive tout de même à relativiser : « Je préfère l’été à l’hiver parisien, au moins on ne tombe pas malade. » Dubliné en Italie [sa demande d’asile dépend du premier pays par lequel il est entré en UE, l’Italie, ndlr], il s’est vu refuser sa demande d’asile en France et s’est rapproché d’un avocat pour faire bouger les choses, et garde tout de même espoir de quitter le campement.L’épreuve ne touche pas encore à la fin. La météo annonce encore plusieurs jours de canicule avec des températures dépassant les 40°C. Pour Amar, un Soudanais de 30 ans, dont la tente est installée à moins de 10 mètres du robinet d’eau « la chaleur est en fait le dernier de [ses] soucis ». Arrivé en France il y a deux semaines, il attend avec anxiété son entretien pour sa demande d’asile. « J’ai souffert et je souffre encore de bien d’autres choses pour me soucier de la température ».

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#canicule#campement#humanitaire

  • Plus d’une centaine de migrants secourus en Méditerranée - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71725/plus-dune-centaine-de-migrants-secourus-en-mediterranee

    Au moins 105 migrants ont été secourus au cours de deux opérations de sauvetage menées par des ONG, mercredi 3 juin. Les deux embarcations étaient parties de Libye. Les personnes secourues étaient originaires d’Erythrée, du Soudan ou encore du Bangladesh.
    C’est au cours de deux opérations menées en mer Méditerranée que les 105 exilés ont été secourus mercredi. La première a été menée aux premières heures du jour par l’ONG Open Arms. Cinquante-huit personnes originaires d’Érythrée, du Soudan, de Somalie, d’Égypte et du Bangladesh ont été secourues par l’ONG. Parmi elles figuraient 24 mineurs non accompagnés.
    Les exilés étaient en difficulté à bord d’une embarcation partie il y a plus de 24 heures des côtes libyennes.Selon ANSA, le sauvetage a eu lieu dans la zone de recherche et de sauvetage (SAR) maltaise, et Open Arms a, selon l’organisation, signalé l’incident aux autorités compétentes. Mais n’ayant reçu aucune instruction des autorités maltaises, l’ONG est désormais en contact avec les autorités italiennes et attend la désignation d’un port sûr où les personnes pourront débarquer.Plus tard dans l’après-midi, c’est l’équipe de l’Humanity 1 qui a porté secours à 47 personnes dans un bateau pneumatique. « Lorsque notre navire de secours a atteint la scène, l’un des flotteurs se dégonflait déjà : le bateau risquait de couler avec à son bord 15 bébés, enfants et adolescents », a détaillé l’ONG sur X.Les membres de l’équipage ont dû faire face à une opération de sauvetage compliquée. « C’était angoissant de voir un bateau en détresse, avec un flotteur dégonflé et un moteur en panne, sur une embarcation aussi petite transportant autant de personnes. La présence de tant d’enfants et de bébés à bord rendait la situation encore plus accablante : il y avait beaucoup de cris et de pleurs, même si c’était aussi un bon signe, car cela montrait qu’ils n’étaient pas inconscients ou pire encore », a témoigné Sophie, membre de l’ONG.
    Les opérations de sauvetage sont aussi rendues plus difficiles par la législation européenne. Début 2026, l’Italie a approuvé un projet de loi sur un « blocus maritime » des ONG en mer. Depuis 2023, elle dispose aussi d’une loi pour encadrer les activités des ONG en mer. Cette dernière vise à limiter le nombre de personnes ramenées à terre en restreignant le nombre d’opérations de sauvetage que peuvent mener les organisations humanitaires en Méditerranée. Si les règles ne sont pas respectées, l’Italie peut immobilier les navires d’ONG.
    C’est pour cela que l’ONG Sea-Watch a annoncé ce jeudi la mise en service d’un nouveau navire, l’Aurora 2. « Cette initiative fait suite aux saisies répétées de navires de sauvetage civils par les autorités italiennes », explique l’ONG dans un communiqué. Et d’ajouter : « Sea-Watch pourra rester opérationnelle même lorsqu’un de ses navires est immobilisé. Pendant qu’un navire est bloqué au port, l’autre sera disponible pour mener des missions de sauvetage ».
    Depuis le début de l’année, plus de 1 200 migrants sont morts en Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. Canots surchargés et en mauvais état, distances de traversée rallongées, politique d’interceptions en mer, entraves aux activités des navires de sauvetage... sont autant de facteurs permettant d’expliquer cette hausse des morts en Méditerranée.Les accords conclus ces dernières années entre l’Union européenne et les pays de départ, tels que le Maroc, la Tunisie ou la Libye, pour stopper les canots de migrants, sont aussi régulièrement pointés du doigt. « Les autorités européennes ont créé des forces d’interception de l’autre côté de la rive [méditerranéenne] », expliquait le mois dernier Arnaud Banos, directeur de recherches au CNRS, spécialiste des migrations maritimes, interrogé par InfoMigrants. « Les Tunisiens et les Libyens ne sont pas des marins, ils ne font pas de sauvetage. Or, toute interception en mer comporte des risques. Il est impossible de mener une interception sans avoir recours à la force. (…) Beaucoup d’interceptions entraînent des décès, dont nous n’avons pas toujours connaissance », estimait le chercheur.

    #Covid-19#migration#migrant#mediterranee#sante#humanitaire#routemigratoire#tunisie#libye#maroc

  • Secours porté aux migrants : les ONG entravées par les autorités italiennes
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/20/secours-porte-aux-migrants-les-ong-entravees-par-les-autorites-italiennes_66

    Secours porté aux migrants : les ONG entravées par les autorités italiennes
    Par Allan Kaval (Lampedusa [Italie], envoyé spécial)
    Reportage« Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence » (3/4). Depuis l’entrée en fonctions de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, en 2022, les organisations de secours aux migrants ont de plus en plus de difficultés à intervenir. En Italie, un arsenal juridique les contraint. Près des côtes africaines, l’un de leurs équipages a essuyé les tirs de gardes-côtes libyens en août 2025.
    Un voilier vient d’arriver au port de Lampedusa, le Nadir. Ceux qui aperçoivent les cinq lettres sur la coque peuvent y lire une référence à un prénom arabe signifiant « celui qui avertit », ou bien un terme astronomique désignant la position du Soleil à minuit. Soit le point le plus bas où l’on puisse se trouver, l’opposé du zénith. Il fait nuit et le navire vient d’accoster sous la statue de la Madonna di Porto Salvo, la « Vierge du port sûr ». Sainte patronne de Lampedusa, elle domine la rade depuis une éminence partagée avec le quartier général des gardes-côtes. Depuis le début des années 2010, Lampedusa, petite île italienne située à une latitude plus basse que Tunis, est devenue le point d’arrivée de dizaines de milliers d’exilés. Ceux-ci se sont élancés des côtes de Libye ou de Tunisie.
    Le Nadir a accosté. Affrété par l’organisation non gouvernementale (ONG) hambourgeoise ResQship, il rentre d’une mission de sauvetage. Dix-sept enfants, 10 femmes, 65 hommes vont débarquer. Ils sont originaires de Libye, de Palestine, du Soudan, de Somalie, du Pakistan, du Bangladesh, du Nigeria, d’Ethiopie, du Soudan du Sud, d’Egypte et d’Erythrée. En cette soirée de la fin du mois d’avril, après des jours de voyage en mer, partis des environs de Tripoli, ils touchent enfin terre. Quarante-sept d’entre eux ont été sauvés alors qu’ils étaient bloqués sur une plateforme pétrolière abandonnée. Sur le quai se trouvent des employés de l’Organisation internationale pour les migrations, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, des agents de Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières, ainsi que des soignants chargés de contrôles sommaires.
    Les femmes et les enfants sont tenus à part. Après avoir accueilli de nouveaux arrivants en leur adressant un joyeux « salam aleikum », une religieuse belge, tout sourire, tente de réconforter une petite fille dans les bras de sa mère en agitant une peluche. Pour que le père puisse monter dans l’ambulance qui conduira les siens vers le centre de détention de l’île, elle insiste auprès de l’officier de police en civil actuellement en mission sur l’île. Celui-ci, fort en gueule, porte la veste kaki d’une unité militaire et a un cigare allumé aux lèvres. Il crie en direction des hommes déjà débarqués : « Sit down ! Sit down ! Move ! », (« Asseyez-vous ! Asseyez-vous ! Bougez ! »), en claquant parfois des mains.
    Un autre policier, jeune trentenaire en civil, bodybuildé, les oreilles percées de deux anneaux, arpente la scène d’un air sévère. La veille, dans un restaurant du centre, il s’était agacé quand quelqu’un, sur un piano, avait maladroitement joué les notes de Bella Ciao, un chant antifasciste. Un groupe d’hommes en uniforme approche. Sortis de leurs véhicules, ils forment un cordon lâche entre les rescapés – assis sur le sol et à qui certains s’adressent de manière courtoise – et ceux qui, selon le chef, n’ont rien à faire dans la « zone opérationnelle ». Cela comprend les journalistes, à qui l’on intime de ne pas photographier. Aucune base légale n’est invoquée pour justifier cette interdiction. Les bribes d’histoire des arrivants, leurs visages, le tracé des routes empruntées et les épreuves subies, que les rescapés auraient pu dévoiler à travers leur fatigue, ne seront pas vus ou entendus pour le moment. Pas au-delà de la pièce où leur interrogatoire prochain aura lieu. L’équipage du Nadir reste en retrait. Ce voilier de 18 mètres de longueur fait partie de la flotte de 14 bateaux affrétés par des ONG de sauvetage en Méditerranée centrale. Seuls quatre d’entre eux maintiennent une activité régulière, entravée de manière toujours plus sévère depuis l’arrivée au pouvoir de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, en 2022.
    Après avoir été désignées comme des « facteurs d’attraction » – une allégation que Frontex a fini par reconnaître comme infondée –, les ONG sont désormais accusées de ne pas se coordonner avec les autorités de Tunis et de Tripoli. Car les ports libyens et tunisiens ne sont pas sûrs en raison des exactions commises dans ces deux pays envers les migrants : tortures en vue d’extorsion, esclavage et exploitation sexuelle en Libye ; discours racistes officiels, violences et cas de déplacements forcés mortels dans le désert en Tunisie.
    Le Nadir rentre justement de la zone dévolue aux gardes-côtes libyens, mise en place avec le soutien des Européens en 2018, date qui marque la fin de la coopération un temps fructueuse entre les autorités italiennes et les ONG. Dans ce quadrilatère maritime, leurs équipages ont de plus en plus de mal à opérer. Un tournant a été franchi avec l’attaque à l’arme à feu menée par les forces libyennes, depuis une vedette donnée par l’Italie, contre l’Ocean-Viking, bateau de SOS Méditerranée, en août 2025.
    Faisant face à de tels risques au sud, les ONG sont visées, au nord, par un arsenal juridique efficace mis en place par le gouvernement Meloni. Comme dans plusieurs dizaines de cas, le Nadir a été immobilisé par les autorités à Lampedusa en juin 2025. Elles accusent l’ONG – ce qu’elle conteste – de ne pas avoir prévenu Tunis et Tripoli au cours d’une opération ayant permis le sauvetage de 112 personnes. Depuis 2023, les ONG ont l’obligation de se rendre dans des ports assignés parfois loin au nord. Le 12 avril 2025, avec 17 enfants à bord parmi 71 rescapés, le Life Support, de l’ONG Emergency, a ainsi dû se rendre à un millier de kilomètres de Lampedusa, soit trois jours de navigation supplémentaires, dans le port de La Spezia, dans le nord de l’Italie.
    Il est aussi interdit aux ONG de procéder à plusieurs sauvetages en une même mission. Un projet de législation en cours d’examen pourrait leur refuser l’accès à tous les ports italiens. « Les coûts liés à la politique du gouvernement interviennent dans un contexte de baisse massive des moyens humanitaires. Les missions en Méditerranée sont en péril », déplore Sophie Beau, cofondatrice de SOS Méditerranée. Les ONG estiment cependant assurer le maintien d’une présence civile dans une zone de moins en moins lisible. De fait, entre naufrages fantômes, opacité des accords avec les pays de transit, interceptions potentiellement contraires à la Convention de Genève de 1951 et accusations de crimes contre l’humanité, la Méditerranée devient plus opaque, et la frontière qui la traverse, plus qu’une limite nette, se transforme en une zone grise.
    Aux nouvelles législations voulues par le gouvernement Meloni, les ONG répliquent devant les tribunaux. Quand la justice leur donne raison, l’exécutif de droite radicale y trouve des arguments pour attaquer les juges « rouges », un discours développé lors de la campagne du référendum perdu sur la réforme de la magistrature. Giorgia Meloni a aussi mené une coalition de pays visant à affaiblir, sur le dossier migratoire, la Cour européenne des droits de l’homme. Les politiques migratoires restrictives font partie du programme sur lequel sa majorité a gagné les élections en 2022. De son point de vue, les contre-pouvoirs ne doivent pas les entraver.
    « Sur ce dossier, l’exécutif se présente comme la seule source de légitimité, jugeant de fait l’action des juges comme indésirable, ce qui est porteur de conséquences bien plus vastes pour la démocratie », estime la juriste Vitalba Azzollini, spécialiste des questions migratoires. C’est dans ce contexte qu’en 2025 a éclaté une affaire liée à l’utilisation des services de la compagnie israélienne Paragon Solutions pour espionner les téléphones de l’activiste Luca Casarini, proche du pape François, et du prêtre Mattia Ferrari, engagé pour les droits des migrants. Des journalistes ont aussi été espionnés, notamment au sein de la publication en ligne Fanpage.
    En surplomb du quai où débarquent encore les rescapés du Nadir, et au pied de la statue de la Madonna di Porto Salvo, un groupe de trentenaires observe la scène. L’un explique la mécanique complexe des zones de sauvetage. Une autre s’avance, indignée : « C’est un voyage organisé pour les migrants ! » Ils sont employés par la Croix-Rouge et refusent catégoriquement toute question. Soumis au secret, comme les soignants qui embarquent sur les bateaux des gardes-côtes italiens, ils évoluent dans une île sillonnée par des véhicules de police dont les dimensions semblent démesurées par rapport aux petits immeubles du bourg.
    Dans les rues en damier de cet ancien poste colonial perdu aux confins des continents, des employés de la Croix-Rouge, qui gèrent le centre de détention, peuvent croiser des activistes antifrontières portant des vêtements aux couleurs de la Palestine. Des touristes venus du Nord, déjà en tenue de plage, se trouvent attablés à la terrasse du café favori des policiers de passage. Les travailleurs du port voient circuler des traducteurs ou « médiateurs culturels » officiels, originaires du Moyen-Orient ou d’Afrique de l’Ouest. Eux non plus ne peuvent parler librement. Les activistes et les volontaires des ONG ont, pour leur part, quelques raisons de se croire sous surveillance. Toujours, le soupçon pèse sur les échanges, qui finissent par avoir lieu malgré tout.
    Mais, le soir venu, certains représentants de ces divers mondes – fixés sur l’île en raison de sa position au débouché d’une longue route migratoire, dont les sources mouvantes leur restent souvent inconnues – peuvent se croiser dans les mêmes bars du centre. L’un d’entre eux sert des burgers et des bières artisanales. A cinq minutes en scooter se trouve le centre de détention où les 17 enfants, 10 femmes, 65 hommes arrachés à la mer ont été emmenés, la plupart à bord de minibus aux fauteuils recouverts de films plastiques. La logistique mise en place par la Croix-Rouge prévoit un séjour dans le « hotspot » de Lampedusa inférieur à quarante-huit heures, avant un départ matinal, par ferry, vers la terre ferme. Pour la grande majorité des résidents comme des touristes, leur passage sera resté invisible et silencieux, sans voix ni visages

    #Covid-19#migration#migrant#UE#mediterranee#humanitaire#italie#hotspot#sante#droit#routemigratoire

  • Avec la Libye et la Tunisie, une collaboration italienne et européenne sans état d’âme pour bloquer le flux des migrants
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/19/avec-la-libye-et-la-tunisie-une-collaboration-italienne-et-europeenne-sans-e

    Avec la Libye et la Tunisie, une collaboration italienne et européenne sans état d’âme pour bloquer le flux des migrants
    Par Allan Kaval (Lampedusa, envoyé spécial)
    « Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence » (2/4). Le gouvernement Meloni, soutenu par l’Union européenne, finance, équipe et entraîne les gardes-côtes libyens et tunisiens, malgré les exactions commises par ces derniers, afin qu’ils interceptent les exilés en route pour le Vieux Continent.
    L’avion a abandonné derrière lui le cadavre d’un homme. Lucrezia Frabetti, 31 ans, infirmière et volontaire de l’organisation non gouvernementale SOS Méditerranée, a noté sur sa tablette les coordonnées du lieu où il a été repéré. La communication de la position aux navires de sauvetage en mer des autres ONG se trouvant dans la zone n’y fera rien. Le corps restera un point oublié sur une carte. Aucun des équipages n’est en mesure de dévier de sa trajectoire. La guerre américano-israélienne et le blocage en conséquence du détroit d’Ormuz ont rendu le carburant trop coûteux pour ce genre de détour.
    Surtout au large de l’Afrique du Nord, pour secourir des embarcations en détresse empruntées par des exilés tentant de rejoindre l’Europe, le temps joue contre les sauveteurs. Ils espèrent arriver avant les gardes-côtes libyens, responsables d’innombrables exactions, documentées en détail depuis les années 2010. Alors, à bord du bimoteur Albatross, il faut oublier pour un moment le corps de cet exilé fauché au milieu du voyage, qui flottait sous le soleil d’un grand jour bleu.
    Le pilote volontaire suisse Fabio Zgraggen, 40 ans, met le cap vers les côtes libyennes, qui apparaissent en une bande ocre indistincte à l’horizon. Mais bientôt, à la jumelle, Lucrezia Frabetti aperçoit quelque chose. L’Albatross se rapproche. « C’est un canot gonflable… 80 personnes. » Des dizaines d’hommes se tiennent à cheval sur les bords du canot surchargé, et leurs visages se tournent vers l’avion dans un étrange face-à-face sans communication. Mais voilà qu’une vedette arrive à toute allure, de la Libye.
    Le hors-bord s’immobilise parallèlement au canot. Des silhouettes en uniforme couleur sable interpellent maintenant les occupants de l’embarcation, en en faisant monter certains à bord, puis l’un des Libyens s’empare du gouvernail. Les militaires et les captifs se dirigent vers la terre. « Ce à quoi nous assistons n’est pas un sauvetage, mais un refoulement illégal. Ceux qui sont dans le canot tentaient de fuir la Libye… ils y sont ramenés de force », explique Lucrezia Frabetti, qui a photographié minutieusement la scène tandis que l’Albatross tournait autour des deux bateaux.
    Une somme monumentale d’enquêtes et de rapports, y compris onusiens, a documenté le système d’exploitation des migrants en Libye : tortures, extorsion, exploitation sexuelle et esclavage. Or, l’embarcation à bord de laquelle ces gardes-côtes de Tripoli renvoient les migrants interceptés vers cet enfer est l’un des quatre patrouilleurs transformés de type Black Shiver 120, sortis des chantiers navals italiens Novamarine et fournis aux Libyens par Rome et Bruxelles. Sur son site, le fabricant, basé en Sardaigne, décrit le modèle comme le « moyen idéal pour vivre des moments uniques en mer, avec style et confort ».
    Fin 2025, les gardes-côtes de Tripoli, utilisateurs assidus de Facebook, avaient publié des photographies de la livraison, montrant un drapeau européen sur la paroi d’un bateau à peine sorti de son emballage. A côté se trouvait le logo du ministère de l’intérieur italien, comme l’avait noté le journaliste Sergio Scandura, de Radio Radicale, référence sur les questions migratoires en Méditerranée centrale. Quelques mois plus tôt, c’était aussi d’une ancienne vedette de la garde des finances italienne que les gardes-côtes libyens avaient tiré au fusil d’assaut sur l’Ocean Viking, bateau de SOS Méditerranée. Sans que l’incident suscite de réaction à Rome. En novembre, le protocole d’accord avec Tripoli, qui organise le soutien financier, logistique et l’entraînement des gardes-côtes libyens, a été renouvelé pour trois ans.
    Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, la coopération de l’Italie avec les acteurs libyens, responsables de ces interceptions potentiellement contraires au droit international, s’est intensifiée, de même qu’avec la Tunisie, où des exactions ciblant spécifiquement les migrants subsahariens sont monnaie courante. En février 2023, le président autoritaire du pays, Kaïs Saïed, a développé contre ces derniers un discours inspiré de la rhétorique du « grand remplacement », chère à la famille politique de Giorgia Meloni. Il a ainsi ouvert la voie à un déchaînement de violences racistes qui a conduit à une augmentation des tentatives de départs des côtes tunisiennes vers l’Europe.
    En juillet 2023, Giorgia Meloni s’est pourtant rendue à Tunis avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour la signature d’un plan de coopération avec l’Union européenne d’un montant pouvant aller jusqu’à 900 millions d’euros, marqué par le renforcement des capacités de patrouille frontalière de la Tunisie. « Il y a de plus en plus de gardes-côtes tunisiens et libyens en mer, et on voit que cela porte ses fruits. Notre relation arrive à maturité », se félicite désormais une source gouvernementale à Rome. Les arrivées comptabilisées par les autorités italiennes depuis le début de l’année étaient de 8 730 au 7 mai, en diminution par rapport au chiffre de 17 879, à la même période en 2025.
    « L’Italie est porteuse d’une méthode qui consiste à persuader les autorités des pays de transit de mettre fin aux départs grâce à des accords opaques dont les traités officiels ne sont que les vitrines, explique la juriste Catherine Woollard, spécialiste des questions migratoires et professeure à la Brussels School of Governance. Cette méthode peut fonctionner. Ses conséquences sont effroyables. »
    En mer, les agents tunisiens sont connus pour leur brutalité contre les migrants qu’ils interceptent parfois à coups de gourdin, tandis qu’à terre ils sont responsables de déplacements forcés et mortels de migrants subsahariens vers des zones désertiques, frontalières de la Libye et de l’Algérie. Interrogé sur cette question, en marge d’une réunion du G7 accueilli par l’Italie, en 2024, un conseiller du ministre de l’intérieur italien, Matteo Piantedosi, avait refusé de s’exprimer. Une délégation tunisienne était présente.
    Illustrant les conséquences de la relation d’interdépendance que la question migratoire a installée entre les pouvoirs en place de part et d’autre de la Méditerranée, le poison lent du scandale Osama Almasri Najim continue de se diffuser en Italie. L’affaire porte le nom d’un potentat libyen recherché par Interpol pour crimes contre l’humanité, mais exfiltré vers Tripoli par un vol de la République italienne, après une brève arrestation à Turin, où il se trouvait en vacances, en janvier 2025. A partir du mardi 19 mai est étudié à La Haye le possible renvoi devant une chambre de première instance de l’affaire Khaled Mohamed Ali El Hishri, un autre homme fort libyen, responsable de la prison de Mitiga où était aussi séquestrés de jeunes enfants. Il est accusé de crimes de guerre et contre l’humanité, notamment pour des faits de torture et d’esclavage. Il avait été livré par l’Allemagne en 2025.
    Le matin même du vol qui permettra à SOS Méditerranée de documenter une nouvelle interception par les gardes-côtes libyens, Fabio Zgraggen avait salué un confrère pilote à l’aéroport de Lampedusa. L’homme se dirigeait vers un autre bimoteur Diamond DA62 de fabrication autrichienne. Le modèle est identique. C’est aussi celui de l’avion privé du chancelier allemand, Friedrich Merz. Mais la couleur gris militaire et l’optique de précision placée sous le nez de l’appareil indiquent une autre mission. L’avion appartient à la société de renseignement privée European Specialised Airborne Operations, experte dans l’« acquisition de données » en temps réel, et domiciliée à Malte. Celle-ci est prestataire de Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.
    Comme cela a été démontré par de multiples rapports et autres enquêtes journalistiques, les informations récoltées par Frontex au-dessus de la Méditerranée vont en priorité aux gardes-côtes libyens. Toujours plus nombreux et mieux équipés grâce à Rome et à Bruxelles, ces derniers doivent intercepter les migrants en mer et les ramener en Libye avant qu’ils atteignent les zones dont sont responsables les gardes-côtes italiens, ou avant qu’interviennent des ONG que ces mêmes garde-côtes prennent désormais pour cible, grâce aux moyens maritimes fournis par les Européens. Cette coopération exclusive, que Frontex ne reconnaît pas, est au centre de l’enquête pour complicité de crimes contre l’humanité visant en France l’ancien directeur de l’agence Fabrice Leggeri. Depuis 2024, il est eurodéputé du Rassemblement national.
    Scène paradoxale d’une minuscule île frontière : l’avion de SOS Méditerranée et celui de Frontex sont donc toujours stationnés côte à côte à l’aéroport de Lampedusa, invisibles des touristes déversés quotidiennement par les lignes commerciales. Mais, avant de retrouver ce rocher calcaire planté au milieu de ce qui est devenu une zone grise où le droit international et les garanties humanitaires sont ignorés, l’Albatross vole dans la lumière orangée du coucher de soleil. Au sud, la proximité des côtes libyennes est signalée par un archipel métallique : le gisement d’hydrocarbures du bassin pélagique est hérissé de plateformes d’extraction offshore, développées dans les années 1970 par le géant du pétrole et du gaz ENI, véritable pilier de la politique étrangère de Rome, en particulier dans ses anciennes colonies libyennes. Le rapprochement des autorités de part et d’autre de la mer ne s’est pas uniquement fait sur le blocage des flux humains. Il repose aussi sur la circulation de flux de ressources fossiles, comme le gaz contenu dans les gisements situés au large de la Libye, objet d’un accord entre Rome et Tripoli, quelques mois après l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni.
    Pour les naufragés, les installations extractives montées sur pilotis servent de plus en plus souvent de refuge. Le soir même, le Nadir de l’ONG Resqship viendra au secours de 47 personnes, bloquées sur la plateforme pétrolière Didon, baptisée en hommage à la première reine légendaire de Carthage. Dans le chant IV de l’épopée de Virgile, L’Enéide, cette native de Tyr, dans l’actuel Liban, avait accueilli Enée, chassé de sa patrie par la chute de Troie, avant qu’il l’abandonne pour gagner l’Italie, où ses descendants devraient fonder Rome, capitale d’un futur empire voué à écraser les deux rives de la Méditerranée.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#italie#libye#tunisie#routemigratoire#migrationirreguliere#politiquemigratoire#frontiere#sante#droit#humanitaire

  • Morts en Méditerranée : un phénomène qui persiste dans la plus grande indifférence
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/18/morts-en-mediterranee-un-phenomene-qui-persiste-dans-la-plus-grande-indiffer

    Morts en Méditerranée : un phénomène qui persiste dans la plus grande indifférence
    Par Allan Kaval (Lampedusa, envoyé spécial)
    Le premier trimestre 2026 a été l’un des plus meurtriers depuis 2014 pour les migrants partis de Tunisie et de Libye en direction de l’Europe, avec 765 morts recensées par l’Organisation internationale pour les migrations. Le dispositif européen dans la zone est désormais davantage destiné à contenir le déplacement des personnes qu’à sauver des vies.
    A la jumelle, une forme minuscule apparaît, presque à la verticale sous l’avion, 1 000 pieds plus bas, dans la Méditerranée. Le petit bimoteur la dépasse, puis pivote sur son axe et décrit bientôt, en s’approchant de la surface de l’eau, une spirale dont cette apparition flottant dans le bleu étale serait le centre de gravité. Mais avant de descendre à 500 pieds, l’évidence, glaçante, est déjà là. « OK, c’est le corps d’un homme », lâche Lucrezia Frabetti, 31 ans, infirmière et employée italienne de l’organisation non gouvernementale de secours en mer SOS Méditerranée, qui fait voler cet avion baptisé Albatross.
    Le bimoteur continue de tourner autour du cadavre, flottant quelque part entre la Libye et l’île italienne de Lampedusa, poussée calcaire de la plaque africaine et fragment lointain de l’Europe depuis sa colonisation par les Bourbons de Naples, au XIXe siècle. Lucrezia Frabetti et son pilote suisse, Fabio Zgraggen, 40 ans, qui gagne sa vie comme instructeur de parapente et rentre à peine de Patagonie où il faisait le guide, ne peuvent désormais que se taire. Le zoom de l’appareil avec lequel l’infirmière a documenté cette mort au visage invisible révèle qu’étaient posés, sur son dos et sur sa jambe droite, deux oiseaux marins, passagers éphémères de sa dérive.
    Dans la cabine, on se recueille un moment pour un anonyme, un homme qui compte parmi les dizaines de milliers de personnes, venues majoritairement d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, à avoir perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée depuis la Libye ou la Tunisie au cours de la décennie écoulée. Depuis 2014, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 26 734 morts sur cette route. Le bilan d’une guerre, sachant que l’agence onusienne insiste sur le caractère très restrictif de cette estimation. Le véritable nombre de vies effacées ne sera jamais connu.
    En 2014, alors dans l’opposition, Giorgia Meloni appelait à couler les bateaux employés par les migrants. Cheffe du gouvernement italien depuis 2022, la présidente du conseil de droite radicale, représentante d’une famille politique issue du fascisme, a mis les questions migratoires au cœur de son programme intérieur et diplomatique, et s’est félicitée, en avril, devant le Parlement, de la diminution du nombre de personnes migrantes ayant abordé les côtes italiennes. Le chiffre des arrivées est passé de 157 651 en 2023 à 66 316 en 2025, d’après le ministère de l’intérieur italien, notamment du fait d’accords opaques avec le gouvernement tunisien et des dirigeants libyens, connus de part et d’autre pour leur responsabilité dans de graves exactions contre les migrants. Le gouvernement ne tient par ailleurs aucun compte, dans le bilan de ses politiques migratoires, de la persistante présence de la mort en Méditerranée centrale, une présence à laquelle le débat public est devenu largement indifférent.
    C’est donc dans le silence des autorités et de l’opinion qu’en 2026, des cadavres continuent de s’échouer ponctuellement sur les côtes italiennes. Au cours du mois de février, 15 corps ont ainsi été rejetés sur les rivages tyrrhéniens de Calabre, à Trapani et à Marsala, en Sicile, ainsi que sur la petite île volcanique de Pantelleria, prisée des touristes fortunés. En janvier, une vingtaine de corps avaient été retrouvés en Libye et en Italie, l’ONG Save the Children ayant par ailleurs déclaré que des sœurs jumelles âgées de 1 an avaient disparu au large avant le sauvetage des survivants de l’embarcation où se trouvait leur mère. Les apparitions de corps anonymes sur les plages sont parfois la trace de « naufrages fantômes », dont l’ampleur n’est évaluée que de manière parcellaire.
    Rien que pour les trois premiers mois de l’année 2026, 765 morts ont été recensées par l’OIM sur cette route. Un chiffre forcément en deçà du nombre réel, selon l’agence, qui a déclaré que les premiers mois de 2026 avaient été parmi les plus meurtriers depuis 2014, notamment du fait du cyclone Harry, qui s’est abattu sur la Méditerranée centrale fin janvier avec une intensité exceptionnelle, liée aux effets du réchauffement climatique. La législature qui a porté Giorgia Meloni au pouvoir a aussi été marquée par le naufrage survenu à proximité de Cutro, en Calabre, en 2023, provoquant la mort d’au moins 94 personnes, dont 34 enfants. Les passagers du bateau, un voilier de plaisance parti de Turquie, étaient près de 200, majoritairement afghans. Un procès est en cours à Crotone depuis le mois de janvier, les autorités étant accusées de négligence ayant provoqué la mort.
    De loin en loin, les navires des ONG de sauvetage en mer, déployés pour faire face à cette situation de mort de masse, mais visés par les politiques hostiles du gouvernement italien, continuent de relever la présence de corps flottants et, contrairement aux autorités qui patrouillent dans la zone, en rendent compte. Faute de pouvoir les recueillir. « Les morts sont devenus un aspect oublié de la politique migratoire que mène le gouvernement italien avec ses partenaires », explique Lam Magok, activiste originaire du Soudan du Sud, auprès de Refugees in Libya, une association transnationale de défense des droits des personnes migrantes organisée par des exilés. Il est impossible de déterminer le nombre d’absents cherchés en vain par des proches qui resteront sans réponse et sans deuil.
    L’Albatross continue de tourner autour de l’anonyme. Personne ne viendra chercher son corps, qui restera sans sépulture. L’homme est mort vêtu d’un pantalon clair, d’un blouson sombre recouvrant maintenant l’arrière de son crâne. Son visage est tourné vers le fond de la mer, où tant de restes humains reposent, abandonnés après le passage des poissons. Après des semaines de mauvais temps, ce matin-là, les bateaux de pêche sont d’ailleurs nombreux. « Il arrive que les cadavres soient entourés d’une pellicule flottante de fluides adipeux qui suinte dans l’eau de mer après quelque temps dans l’eau. Parfois, des tortues marines tournent autour », raconte, visiblement affecté, Fabio Zgraggen, engagé dans l’observation aérienne au-dessus de cette zone depuis 2013 avec son organisation l’Humanitarian Pilots Initiative.
    A l’époque, la marine militaire italienne menait l’opération « Mare nostrum », une mission de sauvetage qui a permis de secourir près de 150 000 personnes, débarquées en Italie. Elle avait notamment été mise en œuvre après un naufrage en 2013, au large de Lampedusa, d’une embarcation où se trouvaient des réfugiés érythréens et somaliens, au cours duquel 368 personnes avaient perdu la vie. « C’était un autre monde. L’opinion était mobilisée. Les ONG et les autorités coopéraient pour sauver des vies », se souvient le pilote, qui garde un œil à l’horizon, à la recherche de tout signe pouvant révéler la présence d’une embarcation en détresse.
    La clôture de « Mare nostrum » en 2014 a marqué l’abandon de la logique du « plus jamais ça » qui avait brièvement prévalu. Les missions ultérieures et le dispositif européen en Méditerranée centrale auraient désormais pour but non de sauver des personnes, mais de contenir leur déplacement. Elles sont désormais menées de concert avec la Tunisie de l’autocrate Kaïs Saïed et avec des dirigeants libyens liés aux milieux miliciens et criminels qui dominent le pays, des acteurs avec lesquels Giorgia Meloni a intensifié ses rapports avec la bénédiction de Bruxelles. Malgré la persistance des morts en mer, la question n’est plus perçue comme une crise, mais comme un phénomène ordinaire qui n’appellerait aucune réaction ni mission de secours pouvant conduire au transfert d’exilés, fuyant l’Afrique du Nord vers le continent européen. Interrogée sur la question, une source diplomatique européenne a répondu qu’elle n’avait « aucune réponse à donner » au sujet des « migrants ».
    La mer est vide tout autour du mort. L’Albatross décrit un dernier tour au-dessus du cadavre et le laisse dans son sillage pour filer vers les côtes libyennes, où une embarcation transportant des migrants pourrait être en difficulté. L’objectif serait d’alerter certains des bateaux de sauvetage en mer des ONG présentes dans la zone pour qu’ils puissent les secourir. Au voisinage de Malte, totalement démissionnaire en matière d’opérations de secours, on entend sur la radio du bimoteur de SOS Méditerranée les échanges entre la tour de contrôle de l’aéroport de La Valette et des pilotes de la compagnie low cost Ryanair en approche, le ventre chargé de touristes venus trouver le soleil du Sud. Quant à l’homme mort en mer, son corps restera abandonné aux flots, bien que sa position ait été communiquée. Reste de lui une photographie prise par Lucrezia Frabetti. Publiée sur le compte X de SOS Méditerranée, elle aura été vue, au 30 avril, par 4 287 utilisateurs

    #Covid-19#migration#migrant#mediterranee#sante#mortalite#migrationirreguliere#routemigratoire#humanitaire

  • Mer Méditerranée : l’Ocean Viking porte secours à 131 migrants, dont une personne décédée - InfoMigrants
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    Mer Méditerranée : l’Ocean Viking porte secours à 131 migrants, dont une personne décédée
    Par La rédaction Publié le : 13/05/2026
    Le navire de sauvetage de SOS Méditerranée a porté assistance à 131 migrants lors de deux opérations de sauvetage au large des côtes libyennes, mardi et mercredi. Dans une des embarcations se trouvait une personne « inconsciente », selon l’ONG qui n’est pas parvenue à la réanimer. Ces derniers jours, deux autres ONG ont secouru plus de 200 exilés en détresse dans la même zone maritime.
    L’Ocean Viking a secouru mercredi 13 mai 56 migrants d’une « embarcation surchargée en fibre de verre, en détresse dans la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone) libyenne », a indiqué sur le réseau social X SOS Méditerranée, qui affrète le navire humanitaire.
    « Une des personnes secourues était inconsciente et ne respirait pas », a ajouté l’ONG. Malgré une prise en charge rapide, l’équipe médicale n’est pas parvenue à la réanimer. Selon les témoignages de survivants, la personne décédée aurait subi des violences en Libye et « aurait perdu connaissance plusieurs heures avant le sauvetage ».
    D’autres rescapés souffraient par ailleurs d’hypothermie.
    La veille, mardi, l’Ocean Viking avait déjà porté assistance à 75 exilés après avoir été alerté du cas de ce canot en difficultés en mer par le Seabird, l’avion de repérage de l’ONG allemande Sea-Watch.
    « Après avoir passé cinq jours et quatre nuits en mer, beaucoup souffrent de déshydratation », avait précisé SOS Méditerranée après le sauvetage.
    Au cours de la même période, le Sea Watch 5 de l’ONG éponyme, a également pris en charge 166 exilés lors de trois opérations de sauvetage. La dernière, celle de lundi, a été émaillée de violences.
    Alors que le navire humanitaire venait de secourir 90 personnes en mer Méditerranée, Sea-Watch affirme avoir été visée par des tirs de la part de gardes-côtes libyens. « Par radio, la milice a ordonné au Sea Watch 5 de mettre le cap sur la Libye. Lorsque l’équipage a refusé, les assaillants ont menacé d’aborder le navire », détaille Sea-Watch qui dit avoir réagi en envoyant un message de détresse et en informant les autorités italiennes et allemandes de la situation. L’équipage explique avoir ensuite été poursuivi par plusieurs bateaux libyens. Ce week-end aussi, une autre ONG a sillonné la Méditerranée centrale. Samedi et dimanche, le Sea-Eye 5 a porté secourt à 72 personnes lors de deux opérations au large des côtes libyennes. « Plusieurs rescapés ont nécessité des soins médicaux et une évacuation par hélicoptère a été demandée pour une femme enceinte », rapporte Sea-Eye.
    Depuis le début de l’année, plus de 1 200 migrants sont morts en Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. Un chiffre jamais enregistré aussi tôt dans l’année depuis les premiers recensements de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en 2014. Canots surchargés et en mauvais état, distances de traversée rallongées, politique d’interceptions en mer, entraves aux activités des navires de sauvetage... sont autant de facteurs permettant d’expliquer cette hausse des morts en Méditerranée.
    Les accords conclus ces dernières années entre l’Union européenne et les pays de départ, tels que le Maroc, la Tunisie ou la Libye, pour stopper les canots de migrants, sont aussi régulièrement pointés du doigt. « Les autorités européennes ont créé des forces d’interception de l’autre côté de la rive [méditerranéenne] », expliquait le mois dernier Arnaud Banos, directeur de recherches au CNRS, spécialiste des migrations maritimes, interrogé par InfoMigrants. « Les Tunisiens et les Libyens ne sont pas des marins, ils ne font pas de sauvetage. Or, toute interception en mer comporte des risques. Il est impossible de mener une interception sans avoir recours à la force. (…) Beaucoup d’interceptions entraînent des décès, dont nous n’avons pas toujours connaissance », estimait le chercheur

    #Covid-19#migration#migrant#routemigratoire#mediterranee#libye#SAR#humanitaire#migrationirreguliere#sante

  • Méditerranée : un navire humanitaire dénonce des tirs et des menaces des forces libyennes dans les eaux internationales
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/13/mediterranee-un-navire-humanitaire-denonce-des-tirs-et-des-menaces-des-force

    Méditerranée : un navire humanitaire dénonce des tirs et des menaces des forces libyennes dans les eaux internationales
    Mardi, un bateau de l’ONG Sea-Watch a été visé par des tirs provenant de Lybie alors qu’il venait en aide à 90 personnes fuyant ce pays d’Afrique. Les embarcations libyennes impliquées ont été fournies à Tripoli par l’Union européenne et l’Italie.
    Par Allan Kaval (Rome, correspondant)
    Publié hier à 06h09, modifié hier à 15h16
    Mardi 12 mai, le navire de sauvetage en mer de l’Organisation non gouvernementale allemande (ONG) Sea-Watch faisait route vers l’Italie, quand celle-ci a subi une nouvelle action violente de la part d’éléments des gardes-côtes libyens, soutenus par Bruxelles. Après des tirs à proximité du vaisseau, qui venait d’embarquer 90 personnes fuyant la Libye pour tenter de rejoindre l’Europe, les forces libyennes ont menacé de l’arraisonner, d’après les témoignages des humanitaires, afin de ramener de force en Libye l’équipage et les rescapés, dont des ressortissants du Bangladesh et d’Egypte. Le navire se trouvait alors dans les eaux internationales.
    Les bateaux impliqués dans l’incident ont été fournis aux forces libyennes par l’Union européenne (UE) et l’Italie. Rome a investi massivement dans sa relation avec les pouvoirs en place en Libye pour retenir sur le continent africain les migrants susceptibles de vouloir trouver refuge en Europe, via l’Italie.Si la Commission européenne a déclaré, mardi, qu’elle prendrait langue avec ses « interlocuteurs » au sujet de l’incident rapporté, l’attaque de lundi n’a cependant fait l’objet d’aucun commentaire à Rome, où se trouvait, jeudi 7 mai, le premier ministre du gouvernement de Tripoli, Abdel Hamid Dbeibah. Au-delà de la question migratoire, la Libye est un partenaire important en matière de fourniture d’hydrocarbures, dans le contexte énergétique imposé par la guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran.
    Ces derniers mois – parmi les plus meurtriers depuis 2014 dans la zone, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) –, une nette montée en puissance des gardes-côtes libyens a été observée. Leur mission consiste à intercepter les embarcations mises à la mer par des passeurs et à en arrêter les occupants.
    Les migrants sont ramenés dans la zone de non-droit qu’ils ont quittée au péril de leur vie et qui reste dominée par des milices et la criminalité organisée. Ils y sont victimes d’abus systématiques, notamment des actes de torture, d’extorsion, et s’exposent au risque d’être exploités sexuellement ou réduits en esclavage. Ces violations, abondamment documentées depuis le début des années 2010, se poursuivent alors que les relations entre l’UE, l’Italie et les autorités libyennes s’intensifient.
    « Nous avons entendu des tirs sans sommation, à une vingtaine de mètres de nous, depuis un hors-bord arrivé à grande vitesse. D’abord, un coup, puis une rafale d’arme automatique… Il était un peu après 11 heures », explique Eliora Henzler, cheffe de mission à bord du Sea-Watch 5. Le bateau fait désormais route vers Brindisi, dans le sud de l’Italie, à trois jours de navigation.L’arsenal de mesures mises en œuvre par le gouvernement dominé par la droite radicale de Giorgia Meloni pour entraver l’action des ONG de sauvetage en mer consiste à assigner à leurs navires des ports éloignés des zones de sauvetage. Cette procédure pèse sur leurs finances en raison du coût du carburant et limite leur présence au large de la Libye, offrant toute latitude aux forces libyennes.
    « A la radio, les Libyens nous ont intimé de couper le moteur et de mettre le cap sur Tripoli, où, nous ont-ils dit, nous allions être jugés », raconte Eliora Henzler, qui explique également que l’équipage a pu être conseillé par les autorités allemandes. L’attaque a aussi été signalée aux autorités italiennes. Après les tirs, les ordres donnés et les menaces d’abordage – lancées alors que la confrontation avait lieu en dehors des eaux territoriales libyennes –, les deux vaisseaux se sont retirés.
    Des images enregistrées par l’équipage ont permis de déterminer la provenance d’un bateau utilisé par les forces libyennes. Comme l’a démontré le journaliste spécialisé de Radio Radicale, Sergio Scandura, qui assure une veille de référence sur la Méditerranée centrale, l’incident implique un hors-bord de fabrication italienne, sorti des chantiers sardes Novamarine. Rome et l’UE ont fourni, en décembre, quatre navires de ce modèle à l’administration générale pour la sécurité côtière, une organisation basée dans l’ouest de la Libye qui compte parmi les divers groupes chargés d’intercepter les embarcations de migrants grâce au soutien matériel européen.
    En août 2025, un ancien navire de la douane italienne, livré aux Libyens, avait été utilisé par des hommes armés pour attaquer l’Ocean-Viking, navire de l’ONG de sauvetage française SOS Méditerranée. Le bateau avait été ciblé par des tirs directs, ce qui a conduit à des poursuites judiciaires en France et en Italie. A la même période, le Sea-Watch 5 avait déjà essuyé des tirs d’hommes armés libyens se trouvant à bord d’un autre navire de classe Corrubia fourni par l’Italie.
    Dès le 4 mai, Berlin a annoncé qu’il faisait passer le niveau d’alerte à 2 sur une échelle de 3 à l’intention des navires battant pavillon allemand, dans la zone bordant les eaux libyennes. Interrogé sur la position italienne concernant les menaces et les tirs subis lundi par un navire humanitaire européen, visé par des acteurs soutenus par Rome et Bruxelles, le ministère des affaires étrangères italien a renvoyé vers la présidence du Conseil, qui a elle-même renvoyé vers le ministère des affaires étrangères et le ministère de l’intérieur. « Nous ne commentons pas », a répondu ce dernier.

    #Covid-19#migration#migrant#mediterranee#humanitaire#sante#droit#libye#italie

  • Près de 170 migrants ont été secourus en mer Méditerranée - InfoMigrants
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    Près de 170 migrants ont été secourus en mer Méditerranée
    Par La rédaction Publié le : 24/02/2026
    Près de 170 personnes ont été secourues lundi 23 février par les ONG Sea-Watch et SOS Méditerranée suite à plusieurs opérations de sauvetage. Elles ont été assistées par l’avion de reconnaissance Albatross.La première opération de secours a été menée par l’Ocean Viking durant la nuit du dimanche au lundi 23 février, en Méditerranée centrale. C’est l’organisation Alarm Phone qui a communiqué les coordonnées GPS d’une embarcation de migrants en détresse au navire de l’ONG française SOS Méditerranée. Ainsi, 97 personnes, dont 14 mineures, ont pu être secourues. « Beaucoup étaient déshydratées et deux d’entre elles ont nécessité une intervention médicale », a précisé SOS Méditerranée. Les exilés se trouvaient à bord d’une embarcation en bois et avait quitté la côte libyenne, depuis la ville de Zouara, deux jours plus tôt.
    La seconde opération de l’Ocean Viking a eu lieu quelques heures plus tard, alors que le navire faisait route vers Livourne, le port sûr désigné par les autorités italiennes, situé à plus de trois jours de navigation. Cette fois-ci, c’est l’avion de reconnaissance Albatross qui a sonné l’alerte après avoir repéré une embarcation en détresse dans la zone SAR [search and rescue] maltaise. Cinquante personnes ont pu être secourues lors de cette opération, portant à 147 le nombre de migrants sur le pont de l’Ocean Viking. L’Albatross a ensuite repéré une seconde embarcation. C’est le voilier Aurora, de l’ONG Sea-Watch qui a répondu à cet appel, secourant ainsi 22 personnes, « dont une dans un état critique nécessitant une évacuation médicale », a précisé l’ONG. Menée avec Humanitarian Pilots Initiative (HPI) depuis décembre 2025, la mission de surveillance aérienne Albatross permet de repérer plus facilement les embarcations en détresse et d’alerter rapidement les autorités, les navires civils de sauvetage et les garde-côtes.
    La Méditerranée centrale reste la route migratoire la plus meurtrière au monde. Depuis 2014, date des premiers recensements de l’agence onusienne, plus de 34 000 exilés ont péri dans cette zone maritime.
    Et depuis le début de l’année, au moins 606 migrants sont morts en Méditerranée alors qu’ils cherchaient à rejoindre les côtes européennes, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Ce chiffre n’avait jamais été atteint aussi tôt dans l’année depuis 2014.
    En 2025 à la même période, l’OIM avait comptabilisé 247 décès dans cette zone maritime, et 266 en 2024. Même à la même période de 2016, année la plus mortelle en Méditerranée (avec plus de 5 000 morts sur l’ensemble de l’année), l’organisation avait recensé 418 migrants morts.Selon des ONG, le bilan depuis le début de l’année pourrait même atteindre le nombre de 1 000 exilés disparus, notamment à cause de la tempête Harry. L’ONG italienne Mediterranea Saving Humans évoque que cela pourrait être « la plus grande tragédie de ces dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale ».

    #Covid-19#migration#migrant#mediterranee#humanitaire#routemigratoire#migrationirreguliere#sante

  • Un tribunal sicilien condamne l’Italie à indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué son bateau de sauvetage en 2019 - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69931/un-tribunal-sicilien-condamne-litalie-a-indemniser-long-seawatch-pour-

    Un tribunal sicilien condamne l’Italie à indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué son bateau de sauvetage en 2019
    Par La rédaction Publié le : 19/02/2026
    Un tribunal sicilien a ordonné mercredi à l’État italien de verser 76 000 euros d’indemnités à l’ONG Sea-Watch pour avoir immobilisé son navire de sauvetage de migrants en 2019, suscitant l’indignation de la Première ministre Giorgia Meloni. Le navire en question, le Sea-Watch 3, était commandé à l’époque par l’activiste et ancienne députée européenne Carola Rackete. Mercredi 18 février, un tribunal de Palerme a condamné les autorités italiennes à indemniser l’ONG d’aide aux migrants Sea-Watch pour avoir bloqué dans un port son navire de sauvetage en mer en 2019. L’instance a jugé que l’association allemande devait recevoir 76 000 euros de la part de l’Italie, en compensation de ce que Sea-Watch décrit sur X comme un « blocage injuste ».En juin 2019, le Sea-Watch 3 accostait de force sur l’île italienne de Lampedusa, au large de la Tunisie, après avoir été bloqué en mer pendant deux semaines avec des dizaines de migrants à bord. Il bravait ainsi une interdiction gouvernementale qui empêchait à l’époque les navires de sauvetage des migrants d’approcher des côtes italiennes.
    À son arrivée sur l’île, le bateau avait heurté un navire de police, et en conséquence, avait été saisi pendant cinq mois avant d’être relâché par la justice. L’activiste et ancienne députée européenne Carola Rackete, qui commandait alors le Sea-Watch 3, avait été arrêtée sous l’accusation d’aide à l’immigration clandestine. Mais les charges retenues contre elle ont finalement été abandonnées par un juge en 2021. « Carola Rackete a agi dans l’accomplissement du devoir de sauvetage prévu par le droit national et international de la mer », avait estimé la juge en charge de l’affaire, Micaela Raimondo.
    Les 76 000 euros d’indemnités doivent notamment permettre de rembourser les frais portuaires, le carburant nécessaire au maintien en activité du navire et les frais juridiques engagés cette année-là, selon l’agence de presse italienne Ansa. Les ministères de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie, ainsi que les autorités siciliennes locales sont les institutions condamnées à payer cette somme."La loi soutient une fois de plus la désobéissance civile", a salué sur X Sea-Watch. Outre cette période en 2019, ces dernières années, les navires humanitaires de l’ONG ont été plusieurs fois immobilisés par les gardes-côtes italiens.
    Dans le même temps, cette décision du tribunal laisse Giorgia Meloni « littéralement sans voix ». « Le rôle des magistrats est-il de faire respecter la loi ou de récompenser ceux qui se vantent de ne pas la respecter ? », s’est insurgée la Première ministre italienne dans un message vidéo diffusé mercredi sur X.Giorgia Meloni critique régulièrement les magistrats qui contestent ses mesures visant à endiguer l’immigration irrégulière. En début de semaine, la justice italienne a par exemple condamné le ministère de l’Intérieur italien à indemniser à hauteur de 700 euros un migrant d’origine algérienne transféré à son insu d’Italie vers le centre de rétention de Gjadër en Albanie, en 2025. Un jugement que la Première ministre a également fustigé dans son message vidéo.
    Depuis son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni et son gouvernement s’efforcent de limiter les activités des embarcations de sauvetage de migrants en Méditerranée. La semaine passée, les autorités italiennes ont approuvé un nouveau projet de loi durcissant davantage les règles sur l’immigration. Parmi elles, figure l’instauration d’un « blocus maritime » qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer.Concrètement, cela signifie que « sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux eaux territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrit le journal La Repubblica.
    Les navires humanitaires qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », précise encore le journal italien.
    Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui. SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les navires humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».
    Quelques semaines après l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, fin 2022, l’exécutif a adopté le décret Piantedosi – du nom de ministre de l’Intérieur –, qui a changé la donne pour les associations en mer. Le texte oblige les ONG à se rendre « sans délai » au port de débarquement assigné par les autorités italiennes juste après un premier sauvetage. Si les navires humanitaires effectuent un autre sauvetage, ils doivent le faire avec l’accord de Rome. Sinon, ils s’exposent à des sanctions financières et à l’immobilisation du bateau.
    Selon un rapport de SOS Méditerranée publié en février 2025, depuis décembre 2022, les bateaux d’ONG ont perdu 735 jours à rejoindre des ports éloignés des lieux de sauvetage. Depuis janvier 2023, « 640 jours de détention ont été imposés aux navires des ONG », indique le rapport. Et plus de 76 000 euros d’amendes ont été infligés aux ONG de sauvetage en mer en seulement deux ans

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  • « Blocus maritime » pour les migrants : l’Italie rétablit l’interdiction pour les ONG d’entrer dans ses eaux territoriales - InfoMigrants
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    « Blocus maritime » pour les migrants : l’Italie rétablit l’interdiction pour les ONG d’entrer dans ses eaux territoriales
    Par La rédaction Publié le : 12/02/2026
    Le Conseil des ministres italien a approuvé mercredi un projet de loi durcissant les règles sur l’immigration. Parmi elles, instaurer un « blocus maritime » pour empêcher les ONG en mer Méditerranée d’amener un trop grand nombre de migrants en Italie, rouvrir les centres pour demandeurs d’asile en Albanie et faciliter les expulsions.
    « Les frontières de l’Italie sont les frontières de l’Europe. Les défendre est un devoir », a écrit sur X le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, à l’issue de l’adoption mercredi 11 février d’un projet de loi sur l’immigration qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer « en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité nationale ». « Ce blocus maritime est une promesse tenue », s’est félicitée la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni. « À tous ceux qui disaient que c’était impossible, je tiens à rappeler que rien n’est véritablement impossible pour ceux qui sont déterminés à agir ».
    Les médias italiens ont détaillé ce projet de loi. « Sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux eaux territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrit le journal La Repubblica.
    Quatre critères seront pris en compte par les autorités italiennes pour leur interdire l’entrée dans leurs eaux territoriales : s’assurer de ne pas avoir « un risque concret d’actes terroristes ou d’infiltration terroriste sur le territoire national », « une pression migratoire exceptionnelle susceptible de compromettre la gestion sûre des frontières », « des urgences sanitaires de portée internationale » (comme des épidémies) et « des événements internationaux de haut niveau exigeant l’adoption de mesures de sécurité extraordinaires ».
    Les navires d’ONG qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », continue le journal italien.SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les navires humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer »."Le refoulement collectif de personnes en haute mer est interdit à la fois par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et par toutes les conventions internationales", a déclaré de son côté Silvia Albano, une juge spécialisée dans les questions d’immigration très en vue à Rome. Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui.
    Si le texte est entériné par le Parlement (sans être modifié), cet article 2 du projet de loi pourra également permettre de relancer une mesure phare très controversée : l’externalisation des demandeurs d’asile interceptés en mer dans des centres en Albanie. Le gouvernement de Meloni poursuit donc ses efforts pour rouvrir ces dits centres - qui existent depuis octobre 2024 - mais qui n’ont hébergé pendant près d’un an que quelques dizaines de migrants expulsables (et en attente de leur éloignement).Pour rappel, Giorgia Meloni et son homologue albanais, Edi Rama, avaient signé fin 2023 un accord en vue d’envoyer les migrants arrivés par la mer en Albanie pour traiter leurs demandes d’asile - un projet d’externalisation qui n’a finalement pas eu lieu en raison de nombreux recours devant la justice.
    Pour lutter contre l’immigration irrégulière, le gouvernement de la Première ministre italienne a aussi signé des accords avec des pays d’Afrique du Nord. Dont un controversé avec la Libye pour intercepter les canots de migrants en mer Méditerranée dès leur départ des côtes libyennes.
    Depuis 2022, Rome a aussi criminalisé les activités des ONG en mer notamment via le décret Piantedosi, du nom du ministre de l’Intérieur italien. Devenu loi, le texte a introduit une série de nouvelles mesures qui régissent les activités des navires de sauvetage en Méditerranée. En cas de manquements à ce décret, les ONG s’exposaient déjà à de lourdes sanctions.L’actuel projet de loi ne s’attaque pas qu’aux activités maritimes des ONG, les articles 3 et 4 se penchent sur les cas des expulsions. De nouvelles dispositions visent à élargir les condamnations dans lesquels un juge italien peut ordonner un éloignement forcé. Désormais, un étranger pourra être expulsé s’il a été condamné pour « violences ou menaces et résistance à l’encontre d’un agent public, atteintes à l’ordre public, aux personnes, aux biens et à la famille », ainsi que « participation à des émeutes ou à des actes de violence dans les centres de rétention administrative ».
    Le texte propose également des restrictions pour le regroupement familial, une révision du système d’accueil et des conditions de détention dans les centres de rétention administrative. Il restreint également le droit d’asile : en cas de rejet en première instance d’un dossier de protection internationale, le recours en appel n’empêche ni l’expulsion ni la détention dans un pays tiers.
    Giorgia Meloni peut aujourd’hui compter sur le soutien de l’Union européenne, depuis la nouvelle législation européenne sur le droit d’asile : mardi 10 février, le Parlement européen a adopté deux textes phares durcissant la politique migratoire. Ils permettront notamment aux États membres de renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays dont ils ne sont pas originaires, mais que l’Europe considère comme « sûrs ».

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  • Sur la route des Canaries, une mission de surveillance aérienne pour repérer les bateaux de migrants en détresse - InfoMigrants
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    Sur la route des Canaries, une mission de surveillance aérienne pour repérer les bateaux de migrants en détresse
    Par Julia Dumont Publié le : 11/02/2026
    Depuis la mi-janvier, l’ONG Humanitarian Pilots Initiative mène une opération test de surveillance aérienne dans l’Atlantique pour tenter de repérer des embarcations de migrants en difficultés sur la route des Canaries. C’est la troisième mission de ce type depuis le printemps dernier. De nombreux canots se retrouvent en détresse sur cette route migratoire où aucun bateau humanitaire ne navigue.
    C’est une zone grande comme la Suisse, balayée par des vents violents et des courants puissants. La route migratoire des Canaries s’étend sur près de 2 000 km, des côtes de Guinée à l’archipel espagnol des Canaries, au large du continent africain.
    Même si le nombre d’arrivées a baissé en 2025, de nombreuses embarcations de migrants s’aventurent toujours sur cet itinéraire dans l’espoir d’atteindre l’archipel espagnol. Le voyage dure en moyenne sept jours et il n’est pas rare que des embarcations disparaissent en mer. Mais, contrairement à la Méditerranée centrale, aucun navire humanitaire ne circule dans l’Atlantique pour secourir les bateaux de migrants en difficultés. Seuls les services de secours en mer espagnols et les gardes-côtes marocains peuvent intervenir.
    C’est pour combler ce manque que l’ONG Humanitarian Pilots Initiative (HPI) a lancé mi-janvier une nouvelle mission de surveillance aérienne dans l’Atlantique, la troisième en neuf mois. Cette surveillance aérienne dans l’Atlantique a été lancée au printemps dernier et est encore à l’état de projet pilote.
    « Jusqu’à présent, ce n’était que des missions exploratoires. Nous aimerions pouvoir réellement commencer à partir de cet été avec un projet cohérent et des opérations sur le long terme », indique à InfoMigrants Pascal Stadelmann, pilote d’avion professionnel et volontaire pour HPI, comme une vingtaine d’autres pilotes. Ces trois premières missions de test ont appris aux équipes de HPI que la recherche de bateaux en détresse ne peut pas se faire de la même manière en Méditerranée et dans l’Atlantique. L’ONG mène depuis plusieurs années des opérations de surveillance aérienne en Méditerranée pour repérer les embarcations de migrants en détresse mais entre ces deux zones maritimes, les façons d’agir diffèrent.
    « La différence la plus frappante réside dans la taille même de la zone opérationnelle. La distance entre la Libye et l’île italienne de Lampedusa est d’environ 140 milles marins [environ 260 km, ndlr], tandis que dans l’Atlantique, elle peut atteindre 1 300 milles marins [2 400 km, ndlr] », explique Cat Spangehl, coordinatrice des opérations aériennes de HPI, dans une interview publiée sur le site de l’ONG. « Une autre différence majeure est l’absence d’infrastructures de sauvetage [sur la route des Canaries]. En Méditerranée, il existe des navires de sauvetage civils et les gardes-côtes italiens. En Atlantique, en revanche, nous devons souvent compter sur des cargos, des pêcheurs ou des marins pour nous aider en cas d’urgence, même s’ils ne sont ni formés ni équipés pour de tels sauvetages », poursuit-elle.
    Pour faire face à ces contraintes, les équipes de HPI ont imaginé un nouveau mode d’action. « À l’heure actuelle, nous sommes en quelque sorte en veille. Cela signifie que notre équipage est basé en Europe continentale mais est prêt à embarquer sur un vol à destination des îles Canaries dans les 24 heures si quelque chose se présente et que nous voulons partir à sa recherche », détaille Pascal Stadelmann. L’appareil Beechcraft 58 Baron utilisé pour la mission est, lui, positionné sur l’île de Grande Canarie et prêt à décoller à tout moment.
    Au début de la mission, « nous avons commencé à effectuer des vols pendant plusieurs semaines et nous avons essayé de déterminer comment fonctionner au mieux [...] L’un des enseignements que nous avons tiré était que voler sans avoir aucune information [sur les bateaux en détresse] n’avait pas beaucoup de sens », raconte Pascal Stadelmann.Pour obtenir un maximum d’informations sur les pirogues en difficultés, les membres d’HPI collaborent avec des organisations comme Alarm phone et Caminando Fronteras.
    « Les canots partent de très loin au sud [des départs vers les Canaries se font désormais aussi depuis la Guinée et la Gambie, ndlr] et le voyage dure parfois jusqu’à deux semaines, rappelle le pilote. Les proches des exilés commencent généralement à contacter les ONG après une semaine ou dix jours pour demander des nouvelles. C’est généralement à ce moment-là que les informations commencent à circuler. En fonction de ces informations, nous faisons une estimation de l’endroit où le bateau pourrait se trouver et nous décidons si nous devons voler ou non ».
    Selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, plus de 3 000 migrants sont morts en 2025 en tentant de rejoindre clandestinement l’Espagne à la recherche d’un avenir meilleur. La plupart des décès ont eu lieu sur la route de l’Atlantique, entre l’Afrique et l’archipel espagnol des Canaries. Les pays européens restreignant les visas et contrôlant de plus en plus leurs frontières, ces personnes migrantes sont forcées de prendre cette route périlleuse. La route migratoire de la Méditerranée centrale a, elle aussi, été meurtrière en 2025. Plus de 1 870 personnes y ont perdu la vie l’an dernier, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mais les navires humanitaires présents dans cette zone maritime parviennent à effectuer de nombreux sauvetages d’embarcations, notamment grâce au soutien aérien de plusieurs avions de surveillance aérienne, tels que le Sea-Bird et le l’Albatross Uno de HPI en collaboration avec les ONG Sea-Watch et SOS Méditerranée.

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  • Malte renvoie 48 migrants vers leur pays d’origine, quelques jours seulement après avoir été secourus en mer - InfoMigrants
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    Malte renvoie 48 migrants vers leur pays d’origine, quelques jours seulement après avoir été secourus en mer
    Par La rédaction Publié le : 07/01/2026
    En fin d’année, les autorités maltaises ont renvoyé vers leur pays d’origine 48 migrants, dont 44 bangladais, secourus le 12 décembre en mer Méditerranée. La rapidité de ces opérations interroge sur le niveau d’informations et d’accès aux droits dont ont bénéficié ces exilés avant leur expulsion. Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2025, 44 migrants ont été renvoyés dans leur pays d’origine par les autorités maltaises. Selon nos informations, ces personnes sont originaires du Bangladesh et ont atterri à Dacca. Quelques jours plus tôt, quatre autres exilés, dont deux sont Égyptiens, avaient déjà été expulsés du sol maltais. Ils font partie d’un groupe de 61 migrants secourus le 12 décembre en mer Méditerranée par les forces maltaises.
    Il aura donc fallu seulement 17 jours pour rapatrier ces personnes vers leur pays d’origine. Jamais une telle opération n’aura été aussi rapide. Ce type d’expulsions prend généralement des semaines, voire des mois, le temps nécessaire pour vérifier l’identité des personnes et obtenir un laissez-passer des États d’origine. La rapidité de ces renvois a été rendu possible « grâce à une coordination étroite entre la police de Malte et plusieurs entités et directions au sein du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de l’Emploi, ainsi que le Ministère des Affaires étrangères et du Tourisme », indique le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.
    « La réalisation de cette opération en seulement 17 jours envoie un message fort aux trafiquants », a déclaré le ministre de l’Intérieur Byron Camilleri. « Malte continue de mettre en œuvre une politique migratoire équitable garantissant à ceux qui méritent une protection de recevoir toute l’assistance nécessaire, tandis que ceux qui abusent du système et n’ont donc pas le droit de rester à Malte sont renvoyés dans leur pays de la manière la plus efficace ». Mais ces expulsions posent question : ces migrants avaient-ils demandé l’asile à Malte ? Ont-ils eu un accès à un soutien juridique ? Ont-il été informés de leurs droits ? Sur ce point, les autorités maltaises n’ont pas donné de détails, comme sur le sort des 13 autres migrants secourus dans le même canot le 12 décembre.
    Contactée par InfoMigrants, Rabeya Begum, première secrétaire à l’ambassade du Bangladesh à Athènes - qui gère ce dossier maltais - affirme que « l’ensemble des ressortissants bangladais concernés souhaitaient rentrer dans leur pays d’origine. Aucun d’entre eux n’a exprimé le désir de rester à Malte ». Au total en 2025, 81% des migrants arrivés de manière irrégulière à Malte ont été renvoyés dans leur pays d’origine, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Cette petite île méditerranéenne n’accueille que très peu d’exilés. Les arrivées au cours des cinq dernières années ont diminué de 93%, « en raison de la politique ferme et équitable mise en œuvre par le gouvernement maltais, où la dissuasion et la prévention sont des piliers centraux de ce travail », précisent les autorités. Seulement 185 migrants sont arrivés à Malte en 2025, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Ils étaient 238 sur l’ensemble de l’année 2024.
    Depuis des années, Malte reste fermée aux débarquements des migrants secourus en mer Méditerranée. Jamais ou presque, elle n’a autorisé les ONG à entrer dans ses ports. Jamais ou presque non plus, elle n’est venue prêter main forte aux embarcations en détresse dans ses eaux territoriales. Le sauvetage du 12 décembre était donc une exception.
    Les ONG dénoncent régulièrement le comportement du gouvernement maltais, accusé de laisser les canots de migrants à l’abandon en Méditerranée sans leur porter secours. Souvent, La Valette délègue aux gardes-côtes libyens le soin de secourir les embarcations en détresse. Ce fut le cas, en mai 2023, quand un bateau de 500 migrants en train de couler dans les eaux maltaises appela à l’aide. Contacté par la plateforme d’aide aux migrants Alarm phone, le centre de coordination des opérations maritimes maltais, le RCC Malte, avait annoncé qu’il allait agir. Mais aucune opération n’a jamais été lancée. En réalité, Malte a contacté Tripoli et leur a demandé de venir récupérer les exilés en mer. Les 500 migrants ont été renvoyés en Libye et emprisonnés à Benghazi.

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  • Tunisie : des responsables de Terre d’asile, jugés pour aide aux migrants, ont été libérés
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    Tunisie : des responsables de Terre d’asile, jugés pour aide aux migrants, ont été libérés
    Des travailleurs humanitaires de l’ONG française Terre d’asile en Tunisie, jugés pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi 6 janvier, a annoncé le comité de soutien de l’une d’entre eux.
    Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de vingt mois. Le comité a publié sur Facebook une vidéo d’elle à sa sortie de prison et a ajouté que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés. L’avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l’encontre des accusés, jusqu’ici placés en détention provisoire. « Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté », a-t-il ajouté.
    Parmi les 23 prévenus figurent aussi les 17 membres du conseil municipal de la ville de Sousse, dans l’est du pays, dont deux en détention, mis en cause notamment pour avoir prêté des locaux à l’association.
    Avant l’audience de lundi, le comité de soutien à Sherifa Riahi avait assuré que « toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales et non conformes aux procédures de l’action humanitaire [avaient] été levées » pendant l’instruction. Il en est « de même » pour « les allégations relatives à des financements illicites, à des flux financiers suspects », selon le comité. Les 23 prévenus, également inculpés « d’entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement », encouraient jusqu’à dix ans de prison.
    Leurs avocats soulignent qu’ils ont mené une action humanitaire d’aide aux demandeurs d’asile et migrants vulnérables dans le cadre d’un programme approuvé par l’Etat tunisien, en coordination directe avec le gouvernement. Sur sa page Facebook, la rapporteuse des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, avait appelé dimanche les autorités tunisiennes à « remettre [Mme Riahi] en liberté plutôt que de la poursuivre sur la base d’accusations fallacieuses liées à sa défense des droits des migrants ». Les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires, parmi lesquels la militante antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès s’est ouvert fin décembre.
    La Tunisie est un point de passage important pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre clandestinement l’Europe par la mer. En février 2023, le président Kaïs Saïed avait dénoncé l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays. Les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer pendant que des centaines d’autres étaient conduits par la police tunisienne, selon des ONG, aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine d’entre eux sont morts.

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  • « Le sauvetage de vies humaines est un acte humanitaire et les personnes qui l’accomplissent doivent être protégées »
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    « Le sauvetage de vies humaines est un acte humanitaire et les personnes qui l’accomplissent doivent être protégées »
    Tribune
    Collectif
    Dans une tribune au « Monde », un collectif de parlementaires, parmi lesquels Jimmy Pahun, Thomas Portes et Mélanie Vogel, déplore l’absence de réaction diplomatique à la suite de l’attaque, au mois d’août, du navire humanitaire « Ocean Viking ».
    Le dimanche 24 août, l’équipe de l’association SOS Méditerranée a été la cible de tirs de gardes-côtes libyens alors qu’elle naviguait sur les eaux internationales dans le cadre d’une mission de sauvetage. Le sauvetage, qu’il s’agisse de migrants ou non, est pourtant régi par les mêmes règles internationales partout.
    L’ONG SOS Méditerranée est basée en France, son siège est enregistré à Marseille, et plusieurs membres de l’équipage victimes de cet incident sont de nationalité française. Nous, parlementaires français, déplorons l’absence de réaction diplomatique à la hauteur de cette tragédie.
    Le jour de l’attaque, les membres de l’équipage à bord de l’Ocean Viking, alertés par un cas de détresse, s’apprêtaient à réaliser un troisième sauvetage en Méditerranée centrale. Conformément au droit maritime international, en raison de la défaillance des autorités libyennes pourtant garantes de la coordination du sauvetage dans cette zone, les autorités maritimes italiennes ont autorisé l’équipage à effectuer un détour pour aller chercher cette troisième embarcation.
    Alors que l’Ocean Viking prenait la direction de l’embarcation en détresse, un patrouilleur libyen s’est approché à vive allure du navire et a exigé de façon illégale que le navire quitte la zone puis a engagé une séquence de tirs d’une vingtaine de minutes, mettant gravement en danger l’équipage, les rescapés et le navire. Grâce au professionnalisme des équipes à bord, aucune victime n’a été à déplorer, mais cette agression sur les membres de l’équipage et les rescapés à bord a causé un traumatisme important, et les dégâts matériels sur le navire et les équipements de sauvetage sont lourds.
    La mise en danger, dans le cadre d’une opération humanitaire, au mépris du droit international et maritime, ne peut rester sans conséquences. Nous rappelons que ces humanitaires ont agi dans le plus strict respect du droit maritime international. En effet, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982) établit l’obligation de prêter assistance, obligation renforcée par la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer (1974) et la Convention internationale sur la recherche et le sauvetage maritimes (1979).
    L’obligation de secourir s’applique à toute personne se trouvant en situation de détresse en mer, indépendamment de sa nationalité ou de son statut juridique, de sa destination, de ses intentions, ou encore des circonstances dans lesquelles elle est retrouvée.
    Nous affirmons que le sauvetage de vies humaines est un acte humanitaire et qu’à ce titre les personnes qui l’accomplissent doivent être protégées. Nous demandons au gouvernement d’exiger une enquête indépendante sur cette dramatique agression et d’agir sur le plan européen pour la suspension de tout soutien financier, matériel et opérationnel de l’Union européenne et de l’Italie aux gardes-côtes libyens. Elsa Faucillon, députée (Parti communiste français, PCF) des Hauts-de-Seine ; Jérémy Bacchi, sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône ; Colette Capdevielle, députée (Parti socialiste, PS) des Pyrénées-Atlantiques ; Hendrik Davi, député (L’Après, ex-La France insoumise, LFI) des Bouches-du-Rhône ; Fanny Dombre-Coste, députée (PS) de l’Hérault ; Stella Dupont, députée sans étiquette du Maine-et-Loire ; Jimmy Pahun, député (MoDem) du Morbihan ; Thomas Portes, député (LFI) de Seine-Saint-Denis ; Mickaël Vallet, sénateur (PS) de la Charente-Maritime ; Mélanie Vogel, sénatrice (Les Ecologistes) des Français de l’étranger.

    #covid-19#migrant#migration#mediterranee#ONG#humanitaire#droit#sante

  • Méditerranée : plus de 200 migrants secourus en mer et une personne décédée - InfoMigrants
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    Méditerranée : plus de 200 migrants secourus en mer et une personne décédée
    Par La rédaction Publié le : 15/12/2025
    Ces derniers jours, près de 150 migrants ont été secourus en Méditerranée centrale par l’ONG allemande Sea-Watch tandis que les autorités maltaises ont porté assistance à 61 personnes après le naufrage de leur embarcation. Parmi elles, six ont été transportées à l’hôpital et l’une d’elles est décédée peu de temps après sa prise en charge. La fin de semaine a été chargée en Méditerranée centrale. L’ONG allemande Sea-Watch a porté assistance à plusieurs groupes de migrants avec ses deux navires de sauvetage. Samedi 13 décembre, son voilier Aurora a secouru 42 exilés « à bord d’une embarcation pneumatique en mauvais état », indiquent les humanitaires sur le réseau social X. Parmi les naufragés se trouvait un nourrisson.La veille, le Sea Watch 5 naviguait déjà en mer avec 101 migrants à son bord, secourus lors de deux opérations. La première s’est déroulée le jeudi 11 décembre avec la prise en charge de 34 personnes, dont 10 mineurs. La nuit suivante, 67 autres exilés ont été secourus, dont 24 mineurs et trois enfants.
    Si les plus jeunes exilés accompagnés de leurs parents ont pu accoster sur la petite île de Pantelleria, près de la Sicile, les autres ont dû passer plusieurs jours en mer afin d’atteindre le port assigné par Rome. « Les autorités italiennes exigent que nous naviguions pendant quatre jours jusqu’à La Spezia », à plus de 1 200 km de la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone), déplore Sea-Watch.
    Un peu plus au sud, au large de Malte, un bateau parti de Libye a fait naufrage vendredi 12 décembre. L’alerte a été donnée par un pêcheur qui a aperçu l’embarcation chavirer et plusieurs personnes dans l’eau.
    Rapidement, les forces armées maltaises ont déployé des hélicoptères et des navires pour porter assistance aux naufragés.
    Au total, 61 personnes, principalement originaires du Bangladesh, ont été secourues par les autorités maltaises. Six d’entre elles, en état d’hypothermie sévère, ont été transférées à l’hôpital. Et un migrant est décédé peu après son admission à l’hôpital.Les rescapés ont, quant à eux, été déposés au port de Bugibba, dans le nord de Malte. Plusieurs personnes sont arrivées au quai affaiblies, certaines enveloppées sous des couvertures de survie ou portant des masques à oxygène, selon des photos publiées par l’agence de presse Reuters.
    Ce genre d’opération menée par les autorités maltaises est extrêmement rare. Depuis des années, les ONG dénoncent le comportement du gouvernement maltais, accusé de laisser les canots de migrants à l’abandon en Méditerranée sans leur porter secours. Souvent, La Valette délègue aux gardes-côtes libyens le soin de secourir les embarcations en détresse. Ce fut le cas, en mai 2023, quand un bateau de 500 migrants en train de couler dans les eaux maltaises appela à l’aide. Contacté par la plateforme d’aide aux migrants Alarm phone, le centre de coordination des opérations maritimes maltais, le RCC Malte, avait annoncé qu’il allait agir. Mais aucune opération n’a jamais été lancée. En réalité, Malte a contacté Tripoli et leur a demandé de venir récupérer les exilés en mer. Les 500 migrants ont été renvoyés en Libye et emprisonnés à Benghazi.
    Seulement 185 migrants sont arrivés à Malte depuis le 1er janvier 2025, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Ils étaient 238 sur l’ensemble de l’année 2024. À titre de comparaison, près de 64 000 personnes sont arrivées en Italie depuis le début de l’année, contre plus de 66 000 en 2024.

    #Covid-19#migrant#migration#malte#libye#routemigratoire#mediterranee#sante#mortalite#humanitaire

  • Nord de la France : la justice intime à l’État d’améliorer les conditions de vie des migrants dans les camps - InfoMigrants
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    Nord de la France : la justice intime à l’État d’améliorer les conditions de vie des migrants dans les camps
    Par La rédaction Publié le : 04/12/2025
    Le tribunal administratif de Lille, saisi par les associations, a donné 10 jours aux autorités pour améliorer les conditions de vie des migrants dans les campements de fortune du nord de la France, notamment à Loon-Plage et Dunkerque. L’État doit leur fournir « points d’eau, douches, toilettes et évacuation des déchets ».
    Le tribunal administratif de Lille donne raison aux humanitaires. La justice a ordonné, jeudi 4 décembre, aux autorités d’assurer un minimum de dignité aux migrants des campements du nord de la France.
    Les organisations Refugee Women’s Centre, Médecins du Monde, Utopia 56, Roots, Salam et Human Rights Observers avait attaqué mi-novembre l’État français pour « non respect des droits humains » des plus de 2 000 migrants qui survivent dans des campements précaires autour de Dunkerque (Nord), notamment à Loon-Plage.
    La justice a estimé, jeudi, que les « regroupements » des personnes migrantes sur des camps « constituent une situation de fait durable mettant en péril leur santé, voire leur vie », a indiqué le tribunal dans un communiqué. « En droit, les autorités publiques ont l’obligation de respecter la liberté fondamentale de sauvegarde de la dignité humaine ». En conséquence, le tribunal enjoint aux autorités, au premier rang desquelles la préfecture du Nord, mais aussi les maires de Dunkerque et de Loon-Plage, d’installer sous 10 jours « des dispositifs adaptés permettant de répondre aux besoins élémentaires en points d’eau, douches, toilettes et évacuation des déchets des migrants ». La justice réclame également « l’instauration de ’maraudes’ destinées à l’accompagnement social des mineurs isolés ». Si l’État ne met pas en place ces mesures sous 10 jours, il se verra contraint de payer une « astreinte de 100 euros par jour de retard », expliquent les juges, ajoutant qu’il devait aussi « verser 1 500 euros » aux associations.
    Lors d’une visite de ces campements le 21 novembre, les juges avaient notamment pu constater, à proximité de quelques cabines de douche artisanales mises en place par une association, « la présence d’eaux stagnantes et de déchets dans [des] fossés, induisant des problèmes sanitaires », peut-on lire dans l’ordonnance.
    Le tribunal a en revanche rejeté les autres demandes des associations, notamment « sur la prise en charge des distributions alimentaires » par les autorités, « l’accès des migrants aux soins, à une structure d’hébergement sur place ou à un dispositif spécifique d’information sur leurs droits », détaille-t-il dans son communiqué.
    « Sans nous, sans les associations, les migrants n’auraient rien, ni à manger, ni de tentes, ni de premiers soins, ni de bois de chauffage », avait déclaré en novembre à InfoMigrants Charlotte Kwantes, porte-parole de l’association Utopia 56. « L’urgence est là, sous nos yeux », avait aussi alerté dans un communiqué Diane Leon, coordinatrice du programme Nord Littoral de Médecins du Monde, évoquant des « conditions de vie inhumaines ». « En abandonnant ces personnes, l’État les met en danger et choisit de les rendre malades », estimait-elle.
    La population actuelle sur ces sites est estimée par la préfecture à près de 1 200 hommes, femmes et enfants, et par les associations à environ 1 500 personnes.Les migrants s’installent sur ces campements proches de Dunkerque ainsi qu’à Calais et dans ses environs dans l’attente de pouvoir tenter des traversées clandestines de la Manche pour rejoindre l’Angleterre. Ces dernières semaines, en raison d’une météo défavorable, très peu de tentatives de traversée ont eu lieu : le Royaume-Uni n’a recensé aucune arrivée de bateau de migrants depuis le 15 novembre, selon les chiffres officiels des autorités britanniques.
    En 2017, une action similaire avait déjà été menée par 11 associations concernant les campements de migrants dans la zone voisine de Calais. Le tribunal administratif de Lille avait alors ordonné à l’État et aux collectivités locales de mettre en place des mesures d’aide, comme la création de points d’eau et de sanitaires dans ces campements. Une ordonnance validée par la suite par le Conseil d’État.

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  • Dans le Nord, des activistes anglais d’extrême droite veulent stopper les migrants
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    Dans le Nord, des activistes anglais d’extrême droite veulent stopper les migrants
    Par Julia Pascual (Gravelines (Nord), envoyée spéciale)
    Peu de vent, pas de vagues. Pendant plusieurs heures, vendredi 5 décembre, sur le littoral nord, la météo était propice aux tentatives de traversée de la Manche à bord de canots pneumatiques. Dans les campements de migrants, l’espoir de rejoindre l’Angleterre se faisait jour après trois semaines de mauvais temps. Sur les plages de Gravelines (Nord), l’un des nombreux points de départ des embarcations, on croisait des effectifs de police en patrouille, des journalistes aux aguets ou encore des maraudeurs de l’association humanitaire Utopia 56. De façon plus inattendue, trois activistes britanniques d’extrême droite étaient également présents pour « stopper les bateaux ».
    C’est en tout cas leur ambition affichée depuis un mois environ, à voir les nombreuses vidéos mises en ligne sur les réseaux sociaux, dans lesquelles on les suit, tels des miliciens, sur le littoral français. Ils se cachent notamment dans les dunes la nuit pour observer des patrouilles de police, posent devant des canots pneumatiques qu’ils assurent avoir confisqués, ou encore roulent aux abords des campements, allant parfois au contact de migrants pour, par exemple, saisir un gilet de sauvetage.
    Des mises en scène teintées de ridicule mais qui servent de vecteurs aux logorrhées xénophobes de leurs auteurs. Figurent parmi les membres de ces incursions en France Ryan Bridge et Elliott Stanley, actifs au sein du mouvement « patriote » Raise the Colours (Hissez les couleurs) apparu en Angleterre à l’été 2025, dans la foulée des émeutes antimigrants et qui consiste à accrocher des drapeaux anglais et britanniques un peu partout dans le pays. Jason Marriner, connu pour son passé de hooligan violent, a aussi participé à des actions en France, tout comme, vendredi 5 décembre, Daniel « Danny » Thomas, proche de l’influenceur d’extrême droite Tommy Robinson et qui se décrit sur Facebook comme un « père », « entrepreneur » et « guerrier de la foi ».
    Si ces Anglais d’extrême droite sont encore peu nombreux sur le terrain, leur groupe Facebook Raise the Colours compte près de 180 000 abonnés. Ces derniers ont ainsi pu, vendredi, suivre en direct les déambulations de Ryan Bridge et de Danny Thomas autour de Dunkerque, en compagnie d’un troisième activiste. Se filmant quasiment en permanence, le groupe a notamment pris à partie des membres de Médecins sans frontières, les accusant d’être des « putains d’ONG (…) qui soutiennent l’invasion (…) des migrants ». Plus tôt, sur la plage de Gravelines, ils ont insulté des journalistes, confondus avec des membres de l’ONG Utopia 56 : « Petites merdes (…). Vous aidez les migrants à venir illégalement (…), ils commettent des meurtres dans notre pays (…), c’est vous les passeurs ».
    Les trois Anglais accusent aussi les autorités françaises de ne pas empêcher les traversées alors que, disent-ils, le Royaume-Uni « paye 800 millions de livres [915 millions d’euros] par an ». Résolument machiste, Danny Thomas s’est plus tard filmé, expliquant agir « pour nos enfants, nos femmes, notre futur, et surtout notre pays ». Cette campagne a été baptisée « opération Overlord », en référence au débarquement anglo-américain de l’été 1944. « Maintenant, l’invasion est ici sur nos côtes, dans nos villes », alertent les militants, encourageant leurs soutiens à les rejoindre ou à les aider à acquérir des drones ou encore des gilets pare-lames.
    Dans un communiqué du 5 décembre, neuf associations, dont L’Auberge des migrants, Médecins du monde (MDM) et Utopia 56, ont dénoncé ces actions « racistes et xénophobes », déplorant le peu de réaction des pouvoirs publics en dépit de nombreuses alertes. La préfecture du Nord assure au Monde avoir procédé à deux signalements auprès du parquet de Dunkerque. « Les services de police et de gendarmerie sont très vigilants afin qu’il n’y ait pas de trouble à l’ordre public », ajoute-t-elle.
    Si la présence de groupes d’extrême droite dans le Nord n’est pas inédite, elle est réapparue à l’été 2024 avec la venue d’Alan Leggett, plus connu sous le pseudonyme d’Active Patriot, et qui déjà voulait « stopper les bateaux ». Un an plus tard, ce sont des militants du parti d’extrême droite UKIP, dont son leader Nick Tenconi, qui s’était filmé, à Calais, interpellant des migrants ou intimidant des associations. Fin septembre, une vidéo postée par UKIP montrait quatre hommes arborant des drapeaux anglais et du Royaume-Uni agressant un groupe de migrants à Grand-Fort-Philippe. « You shall not pass » (« Vous ne passerez pas »), scandaient-ils. Le parquet de Dunkerque annonçait début octobre l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « violences aggravées ».
    Surveillance de la plage par la police nationale afin d’empêcher d’éventuelles embarcations de migrants, au niveau de la centrale de Gravelines (Nord), le 5 décembre 2025.
    La venue de Raise the Colours apparaît comme une forme de course à la notoriété et une surenchère au sein de l’extrême droite britannique sur un sujet qui ébranle la scène politique anglaise. Près de 40 000 personnes ont déjà réussi la traversée maritime cette année, un phénomène qui demeure mineur par rapport aux flux réguliers entrant en Angleterre. « La forte présence de l’extrême droite ne rencontre de la part des gouvernements aucun contre-discours qui les condamne ou propose une alternative à la sécurisation de la frontière », regrette Angele Vettorello, d’Utopia 56.
    Vendredi, tandis que les trois militants de Raise the Colours s’agitaient dans les dunes, trois vedettes pneumatiques de la gendarmerie maritime patrouillaient au large de Gravelines. Une formation inédite, destinée à mener, pour la première fois, des interceptions de canots en mer. Mais ce jour-là, aucun « small boat » ne semblait s’être aventuré aussi loin.

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  • Migrants : des associations demandent à la justice de forcer l’Etat à améliorer les conditions de vie dans les camps du Dunkerquois
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/27/migrants-des-associations-demandent-a-la-justice-de-forcer-l-etat-a-ameliore

    Migrants : des associations demandent à la justice de forcer l’Etat à améliorer les conditions de vie dans les camps du Dunkerquois
    Le tribunal administratif de Lille a examiné, mercredi 26 novembre, un référé-liberté porté notamment par Médecins du monde et Utopia 56. Entre 1 000 et 1 500 migrants vivent sur ces campements, avec seulement deux points d’eau, quelques douches artisanales mais aucun sanitaire.
    Par Julia Pascual (envoyée spéciale à Lille)
    L’affaire n’est pas simple. De sorte que, pour l’examiner, le tribunal administratif de Lille a décidé de se réunir en formation collégiale (de trois juges). Mardi 18 novembre, six associations, parmi lesquelles Médecins du monde, Salam, Utopia 56 ou encore Human Rights Observers, avaient saisi la justice administrative en référé-liberté, lui demandant d’enjoindre en urgence l’Etat, mais aussi les collectivités locales, d’améliorer les conditions de survie des migrants dans les campements du Dunkerquois (Nord).
    Avant l’audience qui se tenait le 26 novembre, les trois juges saisis du dossier se sont déplacés toute la journée du 21 novembre sur ces campements pour vérifier si l’administration, par ses carences, porte « une atteinte grave et manifestement illégale aux droits et libertés fondamentaux ». Là-bas, sur les terrains boueux d’une zone industrielle à cheval sur les communes de Loon-Plage, Mardyck et Grande-Synthe, entre 1 000 et 1 500 migrants se trouvent actuellement dans l’attente d’un passage vers l’Angleterre, selon les estimations des autorités et des associations.
    Sur place, ces personnes ont accès à deux points d’eau, quelques douches artisanales (bricolées par une association) mais aucun sanitaire, ni aucun lave-linge, a rappelé lors des débats mercredi Luc Basili, l’un des avocats des associations. En outre, une seule bene à ordures a été installée. Et les distributions alimentaires ne couvrent pas les besoins.
    Devant ce constat indigent, la préfecture du Nord, les communes, le département ou encore l’agence régionale de santé, bref, tous les « défendeurs », ont demandé au tribunal de rejeter la requête des associations, estimant, en substance, faire déjà au mieux et répondre aux besoins. « L’humanité est le fondement de la politique du préfet », a déclaré à l’audience le préfet délégué pour la défense et la sécurité, Vincent Lagoguey. « Nous sommes dans une situation extrêmement complexe d’un point de vue juridique, opérationnel et humanitaire », a insisté le haut fonctionnaire, soulignant l’intensification des « violences commises par les mafias criminelles » dans la zone, alors que quatre personnes sont décédées par arme à feu depuis le début de l’année. « En quoi affamer les victimes, les priver de douches et de toilettes, ça lutte contre les réseaux de passage ? », a fait mine de l’interroger Me Basili.
    Membre de l’ONG Solidarités International, spécialisée dans l’accès à l’eau, Elise Duloutre a fait part de ses observations devant le tribunal, rapportant les « témoignages glaçants de femmes et d’hommes obligés de porter des couches pour ne pas déféquer dehors » mais aussi « des gens qui se retiennent toute la journée, des femmes qui ont témoigné ne jamais se rendre seule dans des buissons, se déplaçant en groupe la nuit à la lumière de téléphones portables ». Elise Duloutre a aussi évoqué la distance moyenne de 900 mètres qui sépare les personnes des points d’eau, alors que cinquante litres d’eau par jour sont nécessaires à une vie décente.
    Une situation qui se répercute sur la santé des migrants avec l’apparition de cas de gale et des surinfections de plaies. Tandis qu’un représentant de l’agence régionale de santé a expliqué à l’audience offrir un accueil « inconditionnel » des patients à l’hôpital de Dunkerque, une responsable de Médecins du monde, Diane Léon, a rapporté que les migrants ne pouvaient en réalité se rendre qu’à des consultations « dédiées » assistées par un médiateur culturel. Or, faute d’un dispositif suffisamment paramétré, depuis le début de l’année, 1 200 personnes auraient essuyé des refus, selon l’ONG.
    Médecins du monde a comparé la faiblesse des dépenses d’interprétariat de l’hôpital (450 euros sur le premier semestre) à celles engagées par l’ONG sur la même période (plus de 6 000 euros) dans le cadre de sa clinique, présente sur les campements quatre fois par semaine. En outre, faute d’autres moyens de transport, plus de 90 % des 856 patients reçus à l’hôpital en 2025 y ont été conduits par l’ONG, a calculé Diane Léon. Vendredi, lors de la visite des juges sur le terrain, un bus financé par l’Etat est reparti à plein des camps vers des centres de mise à l’abri. « Mais 30 autres personnes auraient voulu monter dedans et n’ont pas pu le faire », a souligné Me Basili. A l’issue de l’audience, devant le tribunal, Claire Millot, de l’association Salam, a dit redouter une « catastrophe humanitaire ». « On distribue 1 000 repas par jour actuellement. On n’y arrive plus, on est acculés. »
    Le jugement a été mis en délibéré et devrait être rendu dans le courant de la première semaine de décembre. En 2017, dans une procédure similaire, le Conseil d’Etat avait constaté une carence des autorités publiques exposant les personnes à des traitements inhumains ou dégradants sur les camps de Calais. La justice avait alors ordonné l’installation de points d’eau, de latrines et de douches.

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  • Tunisie : deux humanitaires condamnés mais libérés après un procès inédit sur l’aide aux migrants, non-lieu pour trois autres
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    Tunisie : deux humanitaires condamnés mais libérés après un procès inédit sur l’aide aux migrants, non-lieu pour trois autres
    Le Monde avec AFP
    Cinq travailleurs humanitaires, dont un Tuniso-Suisse ancien haut cadre de l’ONU, étaient jugés, lundi 24 novembre, à Tunis, pour avoir facilité l’entrée illégale de migrants dans le pays. Il s’agissait du premier procès de ce type en Tunisie. Deux des prévenus ont été condamnés à des peines plus légères que prévu, et les trois autres ont bénéficié d’un non-lieu, selon des sources judiciaires.
    Mustapha Djemali, 81 ans, également citoyen suisse et fondateur du Conseil tunisien des réfugiés (CTR), Abderrazek Krimi, chef de projet du CTR – emprisonnés depuis un an et demi –, ainsi que trois autres mis en cause comparaissant libres, étaient accusés de « création d’une organisation » visant à « faciliter l’entrée clandestine » et à « héberger » des migrants.
    Les deux détenus, Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi, ont été condamnés à deux ans de prison, mais, ayant effectué l’essentiel de leur peine après environ vingt mois de détention, ils « vont être libérés dès ce soir », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) leur avocate, Mounira Ayadi. Les trois autres employés du CTR ont bénéficié d’un non-lieu, selon Mᵉ Ayadi. Les avocats ont tous plaidé en expliquant que le CTR travaillait en « partenariat exclusif » et dans le cadre d’une « convention légale » avec le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) en Tunisie afin de trouver des hébergements d’urgence aux demandeurs d’asile et aux réfugiés.
    « Nous sommes très heureux. La condamnation reste injuste mais on est vraiment soulagés car la peine est plutôt légère », a réagi auprès de l’AFP Yusra Djemali, l’une des filles du président du CTR. « Il lui reste environ quatre mois avec sursis, mais l’important, c’est qu’il sorte de prison dès ce soir », a-t-elle ajouté.
    « Nous attendions et restons attachés à l’acquittement, mais le tribunal a choisi de rester au milieu : il a condamné tout en allégeant la peine » alors que les prévenus encouraient plus de dix ans de détention, a expliqué à l’AFP Mᵉ Ayadi. A l’audience lundi, M. Djemali, haut responsable régional du HCR pendant plus de vingt ans, avait défendu avec émotion son action, soulignant que l’association s’occupait « de demandeurs d’asile, sans aucun lien avec l’immigration clandestine ».
    Le CTR travaillait « sous la supervision du Haut-Commissariat » pour héberger « des migrants sauvés en mer » par les autorités, a-t-il souligné, avant de demander les yeux emplis de larmes : « Pourquoi suis-je ici ? » Rappelant œuvrer « dans l’humanitaire depuis plus de quarante ans », il a ajouté : « Nous n’avons formé aucune bande ni entente. » M. Krimi s’était interrogé de manière similaire : « Pourquoi sommes-nous détenus depuis vingt mois ? » Le CTR apportait de l’aide « aux cas vulnérables, aux enfants, aux femmes victimes de violences sexuelles et aux personnes âgées », a-t-il argué, estimant avoir « agi par devoir national et en coordination avec les autorités ».
    Peu avant l’audience, l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) avait appelé lundi « les autorités tunisiennes à abandonner des accusations infondées, à remettre en liberté les détenus et à arrêter de criminaliser le travail légitime » des associations. « Le CTR a mené un travail de protection essentiel en soutien aux réfugiés et demandeurs d’asile, opérant légalement avec des organisations internationales accréditées en Tunisie », avait martelé Bassam Khawaja, directeur régional adjoint de HRW, dans un communiqué de l’ONG.
    Les deux hommes détenus avaient été arrêtés en mai 2024, en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires, comme Sherifa Riahi, dirigeante de l’association Terre d’asile, et la militante antiraciste Saadia Mosbah, de l’ONG Mnemty, sous le soupçon d’avoir facilité l’entrée illégale de migrants. Le procès des militants de Terre d’asile doit s’ouvrir le 15 décembre.
    Les ONG tunisiennes et étrangères ont déploré une régression des droits et des libertés en Tunisie depuis un coup de force du président, Kaïs Saïed, à l’été 2021, par lequel il s’est emparé des pleins pouvoirs.
    En février 2023, M. Saïed avait dénoncé dans un discours virulent, l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays. Les semaines suivantes, des milliers de Subsahariens, privés de leur travail et de logement, avaient été rapatriés en urgence par leurs pays ou avaient pris la mer clandestinement pour fuir la Tunisie. D’autres avaient été expulsés aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine d’entre eux avaient trouvé la mort.

    #Covid-19#migrant#migration#tunisie#ONG#humanitaire#droit#sante

  • « La situation est préoccupante » : en Tunisie, des femmes et enfants migrants arrêtés et détenus arbitrairement pour mendicité risquent l’expulsion - InfoMigrants
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    « La situation est préoccupante » : en Tunisie, des femmes et enfants migrants arrêtés et détenus arbitrairement pour mendicité risquent l’expulsion
    Par Julia Dumont Publié le : 19/11/2025
    Un groupe de femmes et d’enfants migrants a été arrêté la semaine dernière à Tunis pour mendicité. Détenus de manière arbitraire dans un centre d’accueil utilisé comme centre détention, ils risquent d’être expulsés vers la frontière libyenne. Depuis jeudi 13 novembre, Victor* est rongé par l’inquiétude. Ce Sierra-Léonais de 26 ans a eu la terrible surprise de ne pas retrouver sa femme et sa fille d’à peine un an en rentrant chez lui après sa journée de travail. Sa femme est pourtant généralement de retour avant lui dans le petit appartement qu’ils louent à Tunis. Victor est allé interroger ses voisins, puis est parti à leur recherche dans le quartier, en vain. « Le lendemain, j’ai reçu l’appel d’un ami qui me disait que ma femme cherchait à me joindre. Elle n’avait pas pu m’appeler directement car je me suis fait voler mon téléphone récemment et j’ai dû changer de numéro. J’ai alors pu lui parler un petit peu au téléphone et elle m’a expliqué ce qu’il s’était passé », raconte le jeune père à InfoMigrants.
    Ce jour-là, Sarah était sortie dans le centre-ville de la capitale tunisienne, espérant rapporter un peu d’argent en mendiant. Le couple d’exilés sierra-léonais vit avec leur petite fille à Tunis depuis quatre mois. « Nous avons quitté les camps de la région de Sfax [dans le centre-est de la Tunisie, ndlr] car il n’était plus possible d’y vivre, avec la police qui venait brûler nos affaires tous les quatre jours environ », explique Victor.
    Pour survivre à Tunis, Victor travaille de temps en temps en tant que maçon. « Mais ce que je gagne ne nous suffit pas pour vivre. Ma femme mendie pour compléter nos revenus car nous avons beaucoup de dépenses avec notre fille ». Jeudi dernier, la jeune femme se trouvait place Barcelone, dans le centre-ville de Tunis avec sa fille. « Des policiers habillés en civil sont venus les voir sans se présenter. Ils leur ont juste dit qu’ils voulaient leur poser quelques questions. Comme il y en avait un qui filmait, ma femme a cru qu’ils étaient journalistes », rapporte Victor. La mère et la fille sont alors emmenées dans le centre d’El Ourdia, en banlieue sud de Tunis. Elles y sont depuis détenues avec 16 autres femmes et 23 enfants, dont certains sont sans leurs parents.
    De plus en plus de migrants sont contraints de mendier dans les villes tunisiennes, souvent accompagnés de leurs enfants, car, depuis l’été 2023, les autorités tunisiennes ont multiplié les mesures empêchant les exilés dans le pays de gagner de l’argent. À l’interdiction de travailler s’est ajoutée l’impossibilité de recevoir des devises de l’étranger - notamment de la part des familles de migrants.,Le but des autorités est d’empêcher les exilés de financer leur traversée de la Méditerranée et de tarir les revenus des passeurs. Mais, dans la réalité, ces mesures ont fait sombrer les Subsahariens dans une extrême précarité.
    « C’est la première fois que nous voyons des femmes et des enfants être détenus pour mendicité », s’inquiète une membre d’une ONG de la société civile tunisienne ayant requis l’anonymat. En Tunisie, la mendicité constitue un délit pénal depuis l’époque coloniale mais, dans les faits, les femmes arrêtées pour ce motif – surtout quand elles sont accompagnées d’enfants – sont généralement relâchées dans les heures qui suivent. « Cette fois-ci, la situation est très préoccupante. On assiste vraiment à une escalade avec ces femmes et enfants détenus de manière arbitraire et en violation des convention internationales ratifiées par les autorités tunisiennes », souligne la même source.Pour tenter d’obtenir leur libération, son organisation a alerté le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, ainsi que le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR), l’Unicef et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), pour le moment sans effet.
    Depuis le centre d’El Ourdia, Sarah a pu raconter à son mari ses conditions de vie. « Elle m’a dit qu’elle et ma fille n’avaient pas assez de nourriture, pas de vêtements. Il n’y a pas suffisamment de lits pour tout le monde », décrit Victor. Le 16 novembre, le défenseur des droits des migrants David Yambio et le groupe Refugees on Tunisia ont publié sur le réseau social X une vidéo montrant ces femmes et enfants dans le centre où elles sont détenues. On les voit regroupées dans une pièce avec une fenêtre mais ne comportant que trois ou quatre lits. « La police leur a indiqué qu’elles allaient être emmenées dans le désert car elles refusent de fournir les informations [nécessaires] à leur renvoi dans leur pays d’origine », rapporte David Yambio dans son message posté sur X. C’est aussi ce que la femme de Victor lui a confié. « Les Tunisiens leur ont dit qu’elles seraient expulsées dans leur pays ou envoyées dans le désert. Samedi [15 novembre], ils ont essayé de les faire monter dans un bus pour les transférer dans les zones désertiques [à la frontière libyenne ou algériennes] mais les femmes ont beaucoup pleuré et protesté. Donc elles et les enfants ont été remises dans le centre », précise-t-il.
    Pourtant la détention à El Ourdia n’a rien de légal. La structure où se trouvent Sarah et sa fille a une appellation officielle de centre d’accueil et d’orientation et est placé sous la tutelle de la direction des frontières et des étrangers au sein du ministère tunisien de l’Intérieur. Mais l’endroit est officieusement utilisé comme centre de détention pour migrants alors qu’il n’est pas enregistré, ni administré comme un lieu de privation de liberté.
    Le centre a déjà été évoqué à plusieurs reprises par InfoMigrants pour les nombreuses violations des droits des personnes détenues qui y sont observées. El Ouardia a également été épinglé par l’Organisation mondiale de lutte contre la torture (OMCT) comme une « zone de non droit où des personnes sont arbitrairement privées de leurs libertés ». En 2024, Christian Kwongang, ex-président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie (AESAT) et lui-même étudiant, avait été incarcéré pendant dix jours dans ce centre alors qu’il était simplement sorti récupérer sa carte de séjour définitive. Plusieurs associations de défense des droits humains avaient milité activement pour sa libération.

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