• Les IA vont-elles tuer les liens hypertextes, ces briques fondamentales du Web ?
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/08/02/les-ia-vont-elles-tuer-les-liens-hypertextes-ces-briques-fondamentales-du-we

    (...) pourquoi cliquer sur ces [liens] puisque tout peut être servi à votre porte ? Le 22 juillet, Google a déployé en France ses « aperçus IA » (« AI Overviews »). Quand elle est activée, la fonctionnalité relègue l’antique liste des « 10 premiers liens » au fond de la première page de résultats du moteur de recherche et la remplace par un résumé, écrit automatiquement par l’intelligence artificielle (#IA) Gemini.

    Résultat : de nombreux éditeurs de sites Internet craignent pour l’avenir de leurs activités en ligne. En Allemagne, où l’option était déjà en place, la société de référencement Sistrix enregistrait une chute de 6,6 % du nombre de clics en provenance du Google. Mais plus encore qu’une problématique de modèle économique pour les sites Internet, la question est presque philosophique. Le #Web s’est bâti sur le concept même de #liens qui, par leur multiplication, forment ce qu’on appelle communément la « Toile ». Si ces liens ne sont plus parcourus, ont-ils encore une raison d’exister ?

    [...]

    « Les hyperliens et l’hypertexte [la technologie qui les sous-tend] ont été mis au défi par le tournant commercial du Web », complète Valérie Schafer, évoquant la transformation d’un « réseau de pages et documents » en un « réseau de services et plateformes, où sont incorporés de multiples outils, contenus et liens cliquables dont certains sont fournis par les plateformes, ou encore générés par des machines ».
    En parallèle, d’autres mécanismes mettent à mal les principes initiaux de l’hypertexte.
    « Les réseaux sociaux, les applications mobiles, les environnements derrière un paywall… ont érodé la notion de liens ouverts, souvent pour des raisons uniquement commerciales »_, explique au Monde Alberto Di Meglio, responsable de la stratégie numérique du CERN. Les choix de développement de ces plateformes ont, souvent, consisté à faire rester le plus longtemps possible leurs utilisateurs dans leur environnement, et dévalorisé les liens externes permettant de s’en échapper.
    Et cette tendance se poursuit : les utilisateurs qui conversent avec les agents conversationnels comme ChatGPT (OpenAI) ou qui se voient proposer les résumés par IA de Google n’ont en théorie plus de raison de cliquer sur des liens puisque les réponses à leurs interrogations leur sont fournies clés en main.

    https://justpaste.it/abrgm

    #hypertexte #hyperliens

    • Pour une fois que les femmes ne disparaissent pas de l’histoire du web note l’apparition bienvenue de ces chercheuses :
      #Anne_Helmond, de l’université d’Utrecht (Pays-Bas) Historiographie de l’hyperlien » parue en 2018
      #Olia_Lialina, artiste russe parmi les pionnières de l’art en ligne
      #Valérie_Schafer, historienne des télécommunications, de l’informatique et des cultures numériques

    • Avec l’introduction des « aperçus IA », « le Web et les applications mobiles pourraient n’avoir été qu’une étape intermédiaire dans la transformation numérique »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/04/avec-l-introduction-des-apercus-ia-le-web-et-les-applications-mobiles-pourra

      Est-il imaginable que les #médias ferment leurs contenus aux fournisseurs d’IA, comme la plateforme Reddit semble désormais vouloir le faire aux Etats-Unis ? Peu d’acteurs disposent d’un tel pouvoir de négociation. Pour la plupart des médias, le dilemme est redoutable : accepter que leurs #contenus alimentent ces nouveaux systèmes au risque de perdre leur audience, ou s’en retirer au risque de devenir progressivement invisibles dans les interfaces qui structureront demain l’accès au #savoir. Et dans cette lutte, il n’est pas certain que Google gagne à ne pas rémunérer équitablement les producteurs d’information.

      En effet, si les interfaces d’IA promettent de rendre l’information plus accessible que jamais, leur succès conduit à fragiliser ceux qui produisent cette information. Elles risquent de compromettre, à terme, la ressource dont elles se nourrissent. Une société qui ne finance plus la production des faits ne pourra pas longtemps bénéficier de la qualité de leurs synthèses.

      Déplacement du pouvoir

      Ce que l’introduction des AI Overviews traduit, c’est l’effacement du Web, qui avait lui-même remplacé une partie des médiations traditionnelles. Il devient une infrastructure invisible, tout comme les applications mobiles qui s’effacent également derrière des interfaces conversationnelles. Le Web et les applications mobiles pourraient n’avoir été qu’une étape intermédiaire dans la transformation #numérique.

      https://justpaste.it/dtnq8

  • 5 764 décès en excès en France durant la période de canicule du 17 juin au 2 juillet | Santé publique France
    https://www.santepubliquefrance.fr/presse/5-764-deces-en-exces-en-france-durant-la-periode-de-canicule-du-

    Santé publique France publie les données relatives à l’excès de #mortalité toutes causes, observé durant la période de #canicule du 17 juin au 2 juillet 2026 exposant la quasi-totalité de la population à de très fortes chaleurs dans une période encore importante d’activités scolaires et professionnelles. 5 764 décès toutes causes en excès (+ 36 %) ont été estimés pour les périodes et départements concernés par des records de températures historiques. Mercredi 24 et jeudi 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais enregistrées en France, atteignant pour la première fois les 30 °C en moyenne sur 24h selon Météo France. La chaleur a ainsi atteint des niveaux extrêmes avec des valeurs de températures maximales record dans plusieurs régions (42,5 °C à Bordeaux, 40,1 °C à Paris, 42,7 °C à Niort, 43 °C à Brive, 43,8 °C à Saintes …).

    Toutes les classes d’âge à partir de 15 ans sont également concernées. Cet excès de mortalité toutes causes, souligne l’impact sanitaire lié à l’intensité remarquable et la durée de l’exposition à la chaleur de la population sur le territoire hexagonal, sans toutefois atteindre celui de 2003. Ces données constituent une première estimation de l’impact de la canicule sur la mortalité toutes causes, réalisée et publiée 3 semaines après la fin de la vague de chaleur et sont donc non consolidées. Elles devront être confirmées par les analyses plus précises du bilan de fin de période de surveillance estivale, à l’automne.

  • Une nouvelle classe de fibres pourrait expliquer les acouphènes
    https://audiologie-demain.com/une-nouvelle-classe-de-fibres-pourrait-expliquer-les-acouphenes

    De nouveaux travaux réalisés par l’équipe de Jean-Luc Puel et Jérôme Bourien (Institut des neurosciences de Montpellier) en collaboration avec celle de Sharon Kujawa (Harvard) ouvrent des perspectives prometteuses concernant la compréhension et le traitement de l’#hyperacousie et des #acouphènes. Ils mettent en lumière une hyperactivité des fibres du nerf auditif après à un choc excitotoxique.

    Propos recueillis par Bruno Scala

    L’essentiel
    • À la suite d’un phénomène excitotoxique, toutes les fibres du nerf auditif se déconnectent des cellules ciliées internes touchées.
    • Après 20 semaines, on retrouve une activité normale des fibres. Pourtant le nombre de fibres a chuté de 40 %.
    • Cette compensation est permise par l’émergence d’une nouvelle classe de fibre, dont l’hyperactivité pourrait être à l’origine des acouphènes et de l’hyperacousie.

    (sous-produit de ma recherche sur le son compressé…)

  • L’incertaine #viabilité_économique de l’#IA générative

    Alors que les #investissements gigantesques dans le secteur se poursuivent, les conditions de la #rentabilité deviennent de plus en plus difficiles. Le #modèle_économique du secteur change, sans s’assurer une porte de sortie satisfaisante.

    L’économieL’économie de l’intelligence artificielle (IA) générative entre dans le dur. Ces dernières semaines, plusieurs informations sont venues confirmer que la question des modèles économiques liés à cette technologie se posait avec une acuité particulière. Le 24 mars, #OpenAI, l’inventeur de #ChatGPT et une des locomotives de l’IA, annonçait l’abandon de deux projets annoncés précédemment avec tambours et trompettes.

    Non seulement son idée de #chatbot (#robot_conversationnel) érotique a été « mis[e] en pause indéfiniment », mais, bien plus important, la plateforme de création de vidéos #Sora a également été fermée deux mois après son lancement en grande pompe.

    Pourtant, lors de son lancement en décembre 2025, Sora était présentée comme le produit phare d’OpenAI. Son argument marketing principal était qu’il bénéficiait du catalogue de personnages de Disney. La firme de divertissement avait, en outre, annoncé vouloir investir 1 milliard de dollars dans ChatGPT. Sora, alors, était vue comme une sorte de seconde ChatGPT, renforçant l’usage quotidien de l’IA et sa diffusion dans l’industrie culturelle.

    Seulement, l’affaire avait vite tourné au vinaigre pour #OpenAI. La création de #vidéos par IA est en effet extrêmement coûteuse, mais elle n’a quasiment rien rapporté à l’entreprise. Et le problème, c’est que plus les utilisateurs sont nombreux, plus le coût augmente. Sans relever les recettes en parallèle. Selon le Wall Street Journal, Sora coûtait en moyenne 1 million de dollars par jour et n’a rapporté, depuis son lancement, qu’un peu plus de 2 millions de dollars.

    Un #tonneau_des_Danaïdes qui pourrait, en soi, ne pas poser de problème. C’est en effet la stratégie classique des start-up technologiques : elles imposent un usage par la #quasi-gratuité, enregistrent alors de fortes #pertes, puis une fois cet usage devenu un besoin incontournable, elles ont capté leur clientèle, fixent leurs prix et réalisent des profits records. Un exemple récent de ce système a été celui de la plateforme musicale #Spotify.

    Le modèle économique de l’IA : plus les chemins de fer qu’Internet

    Mais, cette fois, OpenAI n’a pas voulu, dans le cas de Sora, développer cette stratégie. Au contraire, la start-up a proclamé qu’elle allait utiliser les fonds économisés par la fermeture de Sora sur des produits « agentiques », ces applications d’intelligence artificielle capables d’agir de façon autonome pour exécuter des tâches à la place des humains. Des applications visant une clientèle d’entreprises désireuses d’améliorer leur productivité. Autrement dit, des produits potentiellement rentables pour OpenAI, qui pourra récupérer une partie de ces gains de productivité supplémentaires réalisés.

    La décision d’OpenAI traduit un tournant pour l’ensemble de l’industrie naissante de l’IA. Le modèle « Internet » de start-up qui a prévalu jusqu’ici avec ChatGPT a déjà atteint ses limites. Pour une raison simple : l’IA s’appuie bien davantage sur des #infrastructures_physiques dont le coût est élevé. Dès lors, cette technologie est continuellement confrontée à une contradiction entre ce que Karl Marx appelle le « processus de production » et le « processus de valorisation ».

    Sur le papier, l’IA générative peut faire bien des choses, notamment produire à l’infini des vidéos plutôt tartes avec des personnages de Disney pour le plus grand enthousiasme des yeux contemporains. Son processus de production semble sans limites. Mais les conditions de cette production sont très coûteuses. L’IA mobilisée par OpenAI repose sur un grand modèle de langage (large language model, LLM), qui s’appuie sur des puissances de calculs de puces dernière génération extrêmement élevées mises en réseau dans de gigantesques #centres_de_données (#data_centers).

    Tout est cher dans ce schéma : les #puces, la construction des centres de données, leur maintenance dans des conditions optimales, le traitement des données… L’absence théorique de limites de l’IA vient se fracasser sur sa capacité à être rentable. Et la décision d’OpenAI concernant Sora nous dit que certaines applications ne peuvent pas être rentables, même à long terme.

    Le pari à la Spotify ne peut pas fonctionner ici : il nécessiterait la mobilisation beaucoup trop élevée de #moyens_financiers avec des perspectives de #retour_sur_investissement beaucoup trop faibles. Une étude de la banque HSBC indiquait, avant le lancement de Sora fin décembre, que si OpenAI réalisait en 2030 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires (il en a réalisé 13,1 milliards en 2025), il lui faudrait lever, en parallèle, 207 milliards de dollars pour rester financièrement viable. C’est plus que le PIB actuel du Maroc prévu par le Fonds monétaire international (FMI) pour 2026.

    Voilà la clé pour comprendre l’économie de l’IA : le #changement_d’échelle (#scaling) de la production d’IA sur lequel elle repose s’accompagne d’un changement d’échelle de ses coûts. Et la difficulté est, dès lors, non pas seulement le financement de l’amorçage et du décollage de la technologie, mais celui de son fonctionnement quotidien. C’est cela que nous dit l’affaire Sora : on ne peut pas espérer « sauter par-dessus » l’enfance de l’industrie pour se retrouver dans le monde enchanté d’une activité rentable. L’IA n’est ni le smartphone ni Internet.

    Ce nouveau secteur ressemblerait plutôt davantage au chemin de fer : une technologie fortement capitalistique aux #coûts_fixes si importants que sa rentabilité a toujours été problématique et que l’État a presque toujours dû être mobilisé pour assurer son existence.

    Au reste, le montant des investissements consentis pour le développement des infrastructures de l’IA, principalement les centres de données remplis de puces en réseau, sont si vertigineux qu’ils égalent sans doute ce qui avait été la fièvre de la construction des chemins de fer en Europe occidentale et en Amérique du Nord, dans les années 1840 et 1860.

    Car, alors qu’OpenAI stoppait Sora en catastrophe, les milliards de dollars continuaient à irriguer le secteur. L’entreprise de Sam Altman a levé le 31 mars 122 milliards de dollars, un record historique pour une levée de fonds privée. Et début février, les quatre géants de la technologie (#Amazon, #Meta, #Alphabet et #Microsoft) prévoyaient ensemble de dépenser 650 milliards de dollars dans l’IA en 2026, soit 60 % de plus qu’en 2025.

    Les chiffres sont vertigineux. Selon le Financial Times, l’ensemble de la valeur des installations liées à l’IA en 2030 pourrait atteindre le chiffre astronomique de 9 000 milliards de dollars. Et une puissance cumulée pour les centres de données de 125 gigawatts, soit plus de trois fois l’usage de l’#électricité d’un pays comme le Royaume-Uni aux heures de pointe.

    Fuite en avant

    Ces investissements massifs ne sont pas le fruit du hasard. L’enjeu pour les acteurs du système est d’atteindre le plus rapidement la taille critique pour imposer leurs produits sur le marché, mettre en place un système oligopolistique ou monopolistique et, finalement, pouvoir imposer ses prix et espérer un retour sur leurs investissements.

    Dans ce jeu de vitesse, les acteurs ne sont cependant pas tous égaux. OpenAI est en bout de chaîne. Il développe les produits d’IA, mais ne contrôle pas les centres de données. Sa position est, par ailleurs, plus soumise à la concurrence dans la mesure où les LLM sont moins coûteux à développer que la construction de centres de données. ChatGPT est donc soumis à une dangereuse concurrence, notamment celle de #Claude, le modèle de l’entreprise Anthropic.

    Comme souvent, les « opérateurs » de la technologie sont plus fragiles que les fournisseurs d’infrastructure, parce qu’ils accumulent les coûts en fin de chaîne mais qu’ils sont aussi soumis aux effets de revenus des consommateurs finaux. Les compagnies ferroviaires souffrent davantage que les fournisseurs d’acier prospèrent.

    Mais la particularité de l’IA complique l’équation. À l’importance des coûts s’ajoute la question très sensible de la #durée_de_vie des centres de données et des puces qui les peuplent. On ignore beaucoup de choses sur ce point. L’industrie fonde ses calculs sur une durée de vie de six ans. Microsoft évoque un temps compris entre deux et six ans.

    Certaines sources évoquent la possibilité que les puces soient entièrement épuisées au bout de trois ans. Et Bloomberg estime que les centres de données, des bâtiments très fragiles et sensibles, pourraient devenir obsolètes au bout de cinq ans.

    En estimant que les 9 000 milliards de dollars soient suffisants pour les besoins de l’IA d’ici à 2030, il faudrait donc renouveler cet investissement colossal au moins tous les cinq ans.

    La réponse des Big Tech est alors celle de la #fuite_en_avant. Il faut construire beaucoup et vite pour pouvoir atteindre une taille critique, devenir incontournable pour le marché et imposer une logique oligopolistique capable d’imposer des prix suffisants pour absorber de tels coûts gigantesques. De Spotify, le modèle devient Andrew Carnegie, bâtisseur d’un véritable monopole de l’acier aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.

    Une course de vitesse qui a donné aux grands acteurs de l’IA leur nouveau nom : les #hyperscalers, autrement dit ceux qui sont capables de démultiplier l’échelle de l’IA. Car l’#échelle devient un élément central pour la rentabilité.

    Ces acteurs défendent des stratégies proches, mais qui, néanmoins, se distinguent. Meta tente de développer un modèle « interne » concentrant ses investissements sur son propre usage ; Amazon se concentre sur les infrastructures d’amont qu’ils louent à d’autres ; Google et Microsoft rajoutent à cette dernière activité le développement de produits finaux en vue de contrôler tout l’écosystème.

    Circularité de la #dette

    Dans cette course, les Big Tech dispose d’un atout de poids : une trésorerie abondante reposant, dans l’#économie_numérique actuelle, sur des quasi-rentes. On pourrait, d’ailleurs, résumer leurs stratégies par le maintien de cette rente. Mais ces liquidités qui, voici encore quelques années, semblaient gigantesques, ne suffisent plus. L’impensable se produit : les #Big_Tech doivent désormais avoir recours à la dette.

    La banque états-unienne Morgan Stanley estime que les hyperscalers vont emprunter 400 milliards de dollars cette année, après 165 milliards en 2025. En tout, les besoins de financement externe sont estimés à 1 500 milliards de dollars. C’est un changement majeur de modèle économique pour ces entreprises. Et pour préserver leur capacité d’endettement, elles sont même obligées de contourner les obstacles et de prendre de nouveaux risques.

    D’abord, elles mettent en place une « économie circulaire » de la dette. Les acteurs de l’IA ayant tous un intérêt commun, celui d’imposer l’usage de cette technologie au point de la rendre rentable, ils coordonnent leurs efforts par des accords parfois étonnants où ils se prêtent des fonds ou se garantissent des prêts. Désormais, le monde de l’IA est devenu une gigantesque toile d’araignée d’engagements mutuels où chacun dépend financièrement des autres.

    #Risques_financiers

    Une autre façon d’assurer ces moyens, c’est de recourir à des sociétés ad hoc (#special_purpose_vehicle, ou #SPV) pour financer la construction des centres de données ou l’acquisition de puces. Ces entités, souvent montées avec le financement d’investisseurs externes ou de banques, deviennent propriétaires des actifs en question et peuvent émettre des obligations en s’appuyant sur la note de la Big Tech qui pilote l’opération.

    En retour, la Big Tech paie un loyer pour avoir le droit d’utiliser ces actifs. Sa situation financière est laissée intacte par l’opération et les centres de données ou les puces sont mis à sa disposition. Mais, évidemment, la construction n’est pas sans risques. Si le centre de données ou les puces deviennent obsolètes plus rapidement que prévu, il n’est pas dit que le remboursement de la dette soit possible.

    En octobre, la banque centrale britannique s’est inquiétée de l’ampleur de la dette mobilisée pour financer les centres de données. « Si le montant de la dette liée à l’IA et aux infrastructures énergétiques associées se matérialise, les risques sur la stabilité financière pourraient augmenter », souligne l’institution. Car, de plus en plus, les banques et les sociétés de finance privée ont une exposition massive à ce secteur.

    Résumons : la future rentabilité des activités liées à l’IA devra assurer le financement des coûts de fonctionnement gigantesques de cette technologie, mais aussi l’#obsolescence rapide de ces infrastructures et les coûts financiers liés à la dette contractée pour le déploiement de l’IA. Le tout en assurant un rendement « net » permettant la rentabilité des opérations en cours. En bref : le coût du capital de l’IA est astronomique.

    Comment cette technologie pourra-t-elle dégager de telles marges ? La réponse des Big Tech et d’OpenAI, c’est que les utilisateurs finaux paieront. Un pari risqué, que Mediapart explore dans le second volet de cette série.

    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/040426/l-incertaine-viabilite-economique-de-l-ia-generative
    #économie #perte #gain #coût #profits #profit #AI #IA #intelligence_artificielle

    • Pluralistic: The AI bubble isn’t like the internet #bubble (26 May 2026)

      One of the surprise breakout software products of the early web was Lotus Notes, a kind of primitive precursor to all-in-one office productivity suites like GDocs, Office365, etc. It was so important that its creator, Ray Ozzie, was promoted to Microsoft’s Chief Software Architect, succeeding Bill Gates himself:

      https://knowledge.wharton.upenn.edu/podcast/knowledge-at-wharton-podcast/the-man-who-would-change-microsoft-ray-ozzies-vision-for-co

      People who remember Notes tend to deride it for its clunky user interface and demi-functional administrative tools. But what made Notes so central to Microsoft wasn’t its polish – it was the fact that Notes represented a brokered peace between IT managers, who wanted mainframe-like control over everything their users could do with business equipment, and the users themselves – workers who kept smuggling internet-based tools into the enterprise network on the very sensible grounds that they had a job to do, and these were the best tools to do it.

      The arrival of internet-based tools – especially ones that ran in browsers – represented a major challenge to IT departments, who had been long accustomed to dictating terms to their users. If the IT manager and the compliance department decided that the best way to manage disclosure and leak risks was to block all email attachments for outside users, then that was that: no one could send those attachments.

      But after the internet arrived on the corporate desktop, employees who needed to get documents to supply chain partners and customers could treat these IT policies as damage and route around them. Just fire up your Hotmail or Yahoo mail window, or hop on MSN Messenger or ICQ or AIM, or drop the file on an anonymous FTP server and send the link to your counterparty. Job done!

      IT managers hated this, and to be fair to them, they weren’t (always) wrong. These outside tools came from a variety of untrustworthy sources, including malicious sites that pushed virus-infected versions to their users. Also, by evading firewall rules with these tools, users made it impossible to achieve the compliance goals that IT had been charged with enforcing, and it was IT’s asses on the line if the company got in trouble as a result.

      Foundationally, IT was being asked to do two irreconcilable things: they were supposed to be enabling workers to get their jobs done, and they were supposed to be stopping those workers from doing things that could harm the business. This can’t be done, because the only way to eliminate the possibility that a worker will take an action that harms the business is to gag that worker and lock them in a dungeon. Workers need flexibility and freedom to achieve business goals, and that flexibility and freedom means that those workers might (deliberately or accidentally) thwart the business’s goals.

      What’s more, workers will always run into situations that were not anticipated by policy, and if they are denied any agency or initiative, they will fail to get their jobs done. In work, the exception is the rule, hence the importance of “process knowledge” (all the implicit knowledge shared among workers across the firm and its suppliers and customers, which cannot be captured or recorded):

      https://pluralistic.net/2025/09/08/process-knowledge/#dance-monkey-dance

      Indeed, there’s a form of labor action called a “work to rule,” in which workers only do the things dictated by their rulebooks, without taking any of the routine additional measures dictated by process knowledge. Merely by following every rule to the letter, workers can grind a shop to a halt:

      https://en.wikipedia.org/wiki/Work-to-rule

      Since the dawn of personal computers, workers and IT departments have come into conflict, as workers literally smuggled technology into the business that could do things the IT department had (often arbitrarily and capriciously) prohibited. When Visicalc emerged as the killer app for the Apple ][+, workers snuck these computers into work and used them to sort spreadsheets in ways that IT had declined to permit. They didn’t do this to cheat or steal from the company – the whole point was to do a better job.

      So it was with the early web: workers discovered a myriad of new capabilities in the free-to-use world of web-based tools and realized how these tools would make them much more effective at their jobs. The fact that IT wouldn’t let them do these things was just more evidence that IT – and the managers who set IT’s agenda – didn’t understand the business as well as workers.

      It didn’t help that IT managers’ first line of defense was the high-tech version of abstinence-only education: “You only think you need your work computers to do this, but really, you don’t, so stop trying”:

      https://www.theguardian.com/technology/2009/jun/16/computer-security-abstinence

      Abstinence-only education never works, but where “you only think you need this” failed, Lotus Notes succeeded. Lotus Notes provided a whole suite of tools that largely (if imperfectly) replaced the universe of free tools that workers were using to evade their IT departments’ edicts, so they could get their jobs done. At the same time, Lotus Notes provided a set of management tools that let IT fine-tune how these tools worked, giving them (some) of the controls they needed to achieve their compliance goals.

      Like all brokered peace settlements, Lotus Notes left both sides feeling like they’d made a compromise they could live with, giving up some of their goals, but keeping the things that really mattered to them.

      It’s impossible to overstate how important Lotus Notes and similar products were, because workers demanded the right to use the web on their work computers, and they made those demands so forcefully that managers had to completely re-do their IT policies, lest those workers treat them as damage and route around them. Back then, the tech press was full of stories about these conflicts, as workers insisted that the new technology that was sweeping the nation was so foundational and transformative that they had to be allowed to use it.

      What we never saw back then were stories about how managers had to monitor workers to ensure that they were using the web as much as possible. No one had to force workers to find ways to integrate the web into their workflows.

      In other words, the story of the web at work was the opposite of the story of AI at work. Today, you can’t turn around without reading a story about bosses who are threatening to fire workers if they don’t increase their AI usage:

      https://www.businessinsider.com/boss-track-ai-use-career-2025-8

      Virtually every major company now has a program to force workers into using AI:

      https://www.cnbc.com/2026/05/05/ai-use-work-employee-monitoring-tech-surveillance.html

      It’s conceivable that over the past quarter-century, bosses have become technophiles while workers have fallen prey to superstitious technophobia, but it hardly seems likely. Historically, workers have always been enthusiastic about tools that let them do a better job – indeed, it’s a truism that labor-led automation produces improvements in quality, while capital-driven automation increases throughput (often at the expense of quality).

      Workers aren’t the only typical early adopters who find AI lacking. As a group, teenagers and young adults hate AI:

      https://www.nytimes.com/2026/04/09/style/gen-z-ai-gallup-study.html

      That’s not what it was like during the early web days. Back then, young people entering the workforce were passionate devotees of the web, to the point where the business press routinely ran articles asking how today’s workplaces were going to adapt to the demands of these webbed-up workers.

      https://www.nber.org/digest/apr03/internet-changes-labor-market

      AI boosters insist that the deficits we see in AI – its lack of profitability, its primitive and error-riddled outputs – are no different from the shakedown problems of the early web (and we know how the web turned out!). But this is a profoundly flawed comparison: the early web and AI are very different from one another.

      For one thing, the early web may have lost money, but it had great unit economics. Every new web user brought the web closer to profitability, as did every new use of the web, and every new generation of web technology. By contrast, AI has – in the memorable phrasing of Ed Zitron – “dogshit unit economics.” Every new AI user makes AI less profitable, as does every new use for AI, and each generation of AI loses more money than the last. AI is the money-losingest endeavor in human history:

      https://pluralistic.net/2025/09/27/econopocalypse/#subprime-intelligence

      In other words, the early web was a technology that grew more profitable every day, which workers and young people had to force on their bosses – and AI is a technology that grows less profitable every day, and bosses have to force it on workers and young people.

      Now, it’s true that some workers don’t have to be forced to use AI. Workers who enjoy a high degree of autonomy (that is to say, workers who are positioned to ignore workplace coercion) can adopt AI in ways that they feel suited to, just as those early web users and Visicalc smugglers did. They can fulfill the maxim that labor-driven automation improves quality, while resisting capital’s insistence that automation be used to increase throughput at quality’s expense.

      They can act as centaurs (workers assisted by technology), not as reverse-centaurs (workers who are recruited to serve as peripherals for machines). As with all technology questions, what the technology does is nowhere near as important as who the tech does it for and who the tech does it to:

      https://pluralistic.net/2025/09/11/vulgar-thatcherism/#there-is-an-alternative

      And there’s another group of workers who adopt AI voluntarily: workers who see that AI can do a lot of work that they view as dull and unimportant for them. These workers might be right – there are plenty of bullshit jobs out there:

      https://memex.craphound.com/2018/06/20/david-graebers-bullshit-jobs-why-does-the-economy-sustain-jobs-that

      But it’s also possible that they’re wrong, and they’re substituting AI for something that really should be done by a person.

      But on the plus side, at least no one has to force them to adopt AI.

      https://pluralistic.net/2026/05/26/the-ai-will-continue
      #bulle
      via @freakonometrics et ici aussi:
      https://seenthis.net/messages/1174219

  • Musique compressée : ce danger invisible pour nos oreilles | RTS - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=RXvo0wBeWlQ

    Sons compressés : pourquoi la musique fatigue nos oreilles | RTS

    Une musique qui nous casse littéralement les oreilles, c’est ce qui arrive quand on écoute trop souvent des sons fortement compressés. On ne s’en rend pas forcément compte, mais afin de doper l’impact de la musique, de la pub, ou des séries, les professionnels recourent à la compression dynamique de manière quasi systématique, et cela n’est pas anodin pour notre cerveau.
    Musique, vidéos, réseaux sociaux, visio-conférence ou téléphone, les sons compressés sont quasi permanents dans notre quotidien. A long terme, cela peut engendrer une fatigue auditive, pouvant entraîner des lésions.

    Comment sortir de cette spirale de la compression sans renoncer au son et à la musique ? Ecouter des vinyles est-ce préférable pour nos oreilles ? Et que valent les nouveaux abonnements ‘lossless’ proposés par les plateformes d’écoute ? Décryptage.

    00:00 Intro
    00:12 Thomas Dutronc et la compression du son
    01:22 Comprendre la compression audio
    03:35 La guerre du volume dans la musique
    04:56 Comment la compression change notre écoute
    07:44 Les risques pour notre cerveau auditif
    10:11 Le retour du son analogique et du vinyle
    16:49 Streaming HD et qualité audio
    18:06 Casques audio et réduction de bruit

    • #hyperacousie #bruit #moderne
      Mon quartier de toulouse anciennement quartier des ouvrières de la manufacture des tabacs en proie à une gentrification délirante ... depuis un mois ne cesse le bruit des 3 maisons en destruction intérieure totale sous le joug des marteaux piqueurs. Espoir la nuit de la hulotte qui revient soigner mes oreilles meurtries, paix à son âme d’oiseau.
      Ils refusent de reconnaitre leur inhumanité, se glorifient d’aimer les relations humaines, tu es exclu de ce privilège bien sûr.
      Les riches ont besoin d’investir dans leur prison (et n’en ont rien à foutre des oreilles des voisine+es).

    • Je vois dans les commentaires YT plusieurs points soulevés qui sont intéressants :
      – il y a confusion dans le reportage entre compression du son et compression des fichiers* et c’est dommage car ça n’a rien à voir
      – le numérique est de qualité supérieure à l’analogique (plages dynamiques supérieures), ce qui compte c’est le mixage/enregistrement, donc le côté pro-vinyle du reportage à la fin est un peu hors sujet (et un peu élitiste). Un des intervenants explique que l’analogique peut faire bien plus de choses que « des 0 et des 1 », bon c’est bien gentil mais c’est pas très pro...

      * d’ailleurs sur la qualité du FLAC (vs mp3 ou autre format compressé) et le bluetooth, très franchement à moins d’avoir l’oreille absolu et un matériel d’écoute très haut de gamme, ça peut être compliqué de voir des différences, à partir du moment où la compression est bien faite (c’est à dire pas avec un mp3 128kbps mais au moins du 320). Les tests en aveugle là dessus concluent souvent à l’impossibilité de différencier les formats. Il faut dire que l’oreille humaine a ses limites, donc les oscillogrammes qu’on voit peuvent montrer des différences mais on ne les entendra jamais.

    • pfff ! pas facile de trouver la référence à l’étude du Pr Paul Avan du CeRIAH / Institut Pasteur !
      daté de novembre 2024, Les Échos dans la presse grand public ont lieu en fin mai 2025

      (pour le fun : le deuxième auteur est un Bordiga, pas Amadeo, mais Pierrick – ça ne nous rajeunit pas…)

      Auditory changes in awake guinea pigs exposed to overcompressed music - ScienceDirect
      https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0378595524001734


      aucun graphique dans la partie accessibles…

      Highlights
      • Compressed music breaks the equal energy rule by inducing protracted auditory effects.
      • The disorder involves decreased strength of the middle-ear muscle reflex.
      • Though technically ’hidden’, the disorder seemingly differs from a synaptopathy.

      Abstract
      Exposure to loud sound during leisure time is identified as a significant risk factor for hearing by health authorities worldwide. The current standard that defines unsafe exposure rests on the equal-energy hypothesis, according to which the maximum recommended exposure is a tradeoff between level and daily exposure duration, a satisfactory recipe except for strongly non-Gaussian intense sounds such as gunshots. Nowadays, sound broadcast by music and videoconference streaming services makes extensive use of numerical dynamic range compression. By filling in millisecond-long valleys in the signal to prevent competing noise from masking, it pulls sound-level statistics away from a Gaussian distribution, the framework where the equal-energy hypothesis emerged.

      Auditory effects of a single 4 hour exposure to the same music were compared in two samples of guinea pigs exposed either to its original or overcompressed version played at the same average level of 102 dBA allowed by French regulations. Apart from a temporary shift of otoacoustic emissions at the lowest two frequencies 2 and 3 kHz, music exposure had no detectable cochlear effect, as monitored at 1, 2 and 7 days post-exposure. Conversely, middle-ear muscle strength behaved differentially as the group exposed to original music had fully recovered one day after exposure whereas the group exposed to overcompressed music remained stuck to about 50% of baseline even after 7 days. Subsamples were then re-exposed to the same music as the first time and sacrificed for density measurements of inner-hair-cell synapses. No difference in synaptic density was found compared to unexposed controls with either type of music.

      The present results show that the same music piece, harmless when played in its original version, induces a protracted deficit of one auditory neural pathway when overcompressed at the same level. The induced disorder does not seem to involve inner-hair cell synapses.
      […]
      Discussion
      The main outcome of this work is the finding that the original and compressed versions of a music piece, despite being adjusted to deliver identical acoustic energies, had different protracted auditory effects in awake guinea pigs. On the one hand, the exposure affected outer-hair-cell function, one privileged target of NIHL, only briefly at low frequencies with a mild (< 20 dB) increase of the DPOAE detection threshold. This change attributable to a transient decrease in cochlear amplification

      Conclusion
      Aggressive dynamic range compression is increasingly used not only for amplified music but also in videoconference platforms, with exposure levels around 80 dBA. While the present results show that the same music piece, harmless in its original version, induces one protracted auditory deficit when overcompressed at the same energy, it remains to be established below which level and which degree of compression compressed sound becomes innocuous. The induced disorder is neural but does not seem […]

    • note : il y a 4 mois, le labo recrutait toujours des volontaires humains pour la suite de l’étude

      AIIC - Association Internationale des Interprètes de Conférences | LinkedIn
      https://www.linkedin.com/posts/thatswhyaiic-interpreting-share-7419303546858168321-00Wi

      2025 was a pivotal year for the COMPRESSED study. COMPRESSED stands for “Utilisateurs de COnférences à distance et coMPRESSion de Dynamique sonore : Effets auditifs.”
       
      Interpreters in Paris and Brussels have been volunteering in the study conducted by the Center for research and innovation in human audiology, CeRIAH, part of the famous Institut Pasteur.
       
      The purpose of the study? To better understand the impact of compressed sound on the hearing of a specific population, namely interpreters. Our occupational exposure may reveal potential long-term impacts for other professions working online, making us the proverbial canary in the mineshaft.

      The research team is still looking for volunteers. If you’re interested in participating in this groundbreaking study, visit this page:
      https://aiic.org/company/roster/companyRosterDetails.html?language=fr_FR&companyId=13997&companyRosterId=113

      relayé par l’AIIC, Association internationale des interprètes de conférence, visiblement très motivée sur le sujet qui met en ligne un court texte de Paul Avan présentant ses recherches (pas uniquement sur la compression du son)
      Santé auditive, sa surveillance et la prévention des risques, données et problématiques nouvelles
      https://members.aiic.org/document/13452/santé-auditive-Avan-rev.pdf

      dans lequel la distinction est – pourtant, @alexcorp – très clairement explicitée :

      La compression de dynamique d’intensité (rien à voir avec la compression mp3 qui est une compression de fichier numérique visant à diminuer la quantité d’information en éliminant la contribution aux données de certains canaux de fréquence lorsque ceux-ci sont inoccupés) nous intéresse particulièrement parce qu’elle est de plus en plus répandue, de manière délibérée ou involontaire.

  • Explosion des data centers en France : une trajectoire hors de contrôle

    La #loi_de_simplification_de_la_vie_économique, à travers son #article_15, assouplit le #droit de l’#urbanisme et de l’#environnement pour favoriser l’émergence de sites dits #hyperscaler – d’une surface de 40 ha minimum, soit l’équivalent de 55 terrains de foot.

    En France, la multiplication de data centers s’accélère à un rythme effréné, portée par une #volonté_politique assumée de faire du territoire un hub stratégique du #numérique. Face à cette #fuite_en_avant, le collectif #Le_nuage_était_sous_nos_pieds vient de lancer son site internet, accompagné d’une cartographie participative recensant les data centers, actuels et futurs. Un outil pensé pour rendre visible une industrie opaque et alimenter les résistances face à l’expansion incontrôlée des infrastructures numériques.

    Le secteur du numérique connaît actuellement une expansion internationale fulgurante, qui s’explique notamment par l’essor de l’Intelligence Artificielle (IA) et son utilisation, devenue régulière pour deux tiers de la population mondiale.

    La France fait partie des têtes de file dans la course effrénée au développement de l’IA et du tout numérique, passant de la 13ème place en 2023 à la 5ème place en 2024 dans le Global AI Index – un indice qui évalue les pays en fonction de leurs investissements et de leurs innovations relatifs à l’IA.
    La cartographie comme outil politique

    Dans ce contexte, le collectif Le nuage était sous nos pieds a lancé son site internet avec, notamment, la mise en ligne d’une cartographie participative afin de répertorier les data centers en France.

    « Nous avons cartographié 350 data centers déjà existants et 47 data centers en cours de déploiement à travers la France : 28 annoncés, 11 en cours d’instruction par les services de l’état et 8 en cours de construction », peut-on lire sur leur site.

    Si cette comptabilisation n’est pas complète – à cause du manque de transparence de l’industrie – elle rend toutefois compte de l’importance de la croissance du secteur dans l’Hexagone.

    « Les objectifs du collectif : politiser les infrastructures du numérique, les visibiliser, les mettre au cœur du débat public et en faire un objet de lutte », explique Antoine, l’un des membres du collectif.

    Loin d’un simple travail de recensement, la cartographie du collectif s’attaque frontalement à l’opacité d’une industrie dont le développement échappe largement au débat public, et fournit par la même occasion un outil d’enquête citoyenne indispensable pour engager un rapport de force avec l’État et les géants du numérique.

    Une expansion organisée et encouragée par l’État

    Si cette initiative voit le jour aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Le développement des data centers en France connaît une accélération brutale, encouragée par les pouvoirs publics. Depuis le sommet international sur l’intelligence artificielle organisé à Paris en février 2025, l’exécutif affiche sa volonté d’investir massivement dans l’IA et ses infrastructures, au nom de la compétitivité et de la souveraineté numérique.

    À cette occasion, 109 milliards d’euros d’investissement privés – majoritairement étrangers – avaient été annoncés pour accélérer cette expansion, s’ajoutant aux 400 millions d’euros de subventions annoncés par l’ancien Premier ministre, François Bayrou, et aux 10 milliards d’investissement de la BPIFrance.

    Cette stratégie se traduit concrètement par une série de mesures facilitant l’implantation des data centers. La loi de simplification de la vie économique, à travers son article 15, assouplit le droit de l’urbanisme et de l’environnement pour favoriser l’émergence de sites dits hyperscaler – d’une surface de 40 ha minimum, soit l’équivalent de 55 terrains de foot.

    L’État, en lien avec EDF et RTE, a également identifié 63 sites “clés en main”, directement raccordés et proposés aux investisseurs pour faciliter l’implantation et la construction de nouveaux data centers, accentuant davantage la responsabilité des pouvoirs publics dans cette course au gigantisme.
    L’ADEME alerte sur une trajectoire hors de contrôle

    Le 6 janvier 2026, l’ADEME a publié un rapport dans lequel l’agence avance des estimations de l’évolution du secteur jusqu’à 2060 en fonction de cinq scénarios :

    – Tendanciel : une poursuite des dynamiques actuelles qui se traduit par une explosion des usages numériques, un développement massif de l’IA, et une bascule vers des data centers hyperscaler.
    - Génération frugale : un scénario de sobriété forte reposant sur une dénumérisation partielle des usages, un moratoire sur les nouveaux data centers et des politiques publiques contraignantes.
    – Coopérations territoriales : un développement encadré des data centers, en concertation avec les territoires et sous contraintes environnementales, avec une priorité aux usages socialement utiles et une recherche de synergies locales, notamment pour limiter les tensions sur l’eau, l’énergie et le foncier.
    – Technologies vertes : les data centers deviennent des leviers de la transition écologique, soutenus par l’État au nom de la souveraineté et du mix électrique français.
    – Pari réparateur : une trajectoire qui se traduit par une confiance dans l’innovation pour compenser les impacts du numérique, avec une régulation allégée et une forte croissance des usages.

    À travers ces cinq scénarios, l’agence estime alors la consommation électrique des data centers ainsi que leurs émissions de gaz à effet de serre sur les 35 années à venir.

    « Le rapport de l’ADEME montre très clairement que la tendance actuelle est insoutenable, et qu’on va dans le mur en termes de poursuite de nos objectifs climatiques », analyse Lou Welgryn, secrétaire générale de Data for Good, pour La Relève et La Peste.

    Accaparement des ressources et tensions locales

    Derrière ces chiffres et ces estimations, des conflits très concrets se manifestent. Les data centers sont extrêmement gourmands en électricité et en eau, deux ressources déjà sous tension.

    Selon les estimations de l’ADEME, si rien n’est fait, la consommation électrique de ces infrastructures pourrait être multipliée par 3,7 d’ici à 2035, passant de 9,91 TWh/an à 36,73 TWh/an, soit près de 7% de la production actuelle d’électricité en France.

    L’implantation rapide de ces infrastructures fait émerger des conflits d’usage, comme à Marseille, qui accueille un certain nombre de data centers du fait de l’arrivée de dix-huit câbles intercontinentaux dans la cité phocéenne. Sur place, l’électricité consommée par les centres de données entre en concurrence directe avec l’électrification des ferrys et des transports locaux.

    Une problématique que la chercheuse et la professeure Anne Pasek résume ainsi : « Si nous ne faisons qu’augmenter les capacités du réseau électrique dans le seul but de répondre à une demande toujours plus croissante [des data centers], nous ne parviendrons pas à atteindre nos objectifs de décarbonation ».
    Contre-pouvoir face au techno-capitalisme

    Face à cette dynamique, la cartographie du collectif vise à « fabriquer une réflexion autour des data centers » et à « favoriser l’émergence de nouvelles contestations ». Par ce biais, elle s’inscrit dans une stratégie plus large de surveillance citoyenne, de plaidoyer et de politisation des enjeux liés aux infrastructures numériques.

    En parallèle, les associations en lutte multiplient les alertes sur les impacts du numérique et de l’IA.

    « Mettre en lumière ces problématiques et briser l’opacité permet de placer ce sujet au cœur du débat démocratique », rappelle Noémie Levain, juriste à La Quadrature du Net, pour La Relève et La Peste

    Les collectifs portent également une critique plus profonde de la trajectoire numérique empruntée actuellement, en la replaçant dans une lecture décroissante. Ils interrogent quant aux besoins réels, à la dépendance aux technologies et la compatibilité du tout-numérique avec les objectifs climatiques.

    « Il faut se poser la question : pourquoi construit-on autant de centres de données et pourquoi aurait-on besoin d’autant de puissances de calcul ? », insiste Lou Welgryn.

    En rendant visibles les infrastructures, la cartographie force le débat politique et rappelle que derrière l’IA se joue un choix de société aux conséquences durables sur les ressources, les territoires et les personnes qui les habitent.

    https://lareleveetlapeste.fr/explosion-des-data-centers-en-france-une-trajectoire-hors-de-contr

    #liste #data_centers #centres_de_données #IA #AI #France #intelligence_artificielle #infrastructure #carte #visualisation #cartographie #cartographie_participative #recensement #opacité #expansion #ressources #électricité #eau #conflits #tensions_locales #contre-pouvoir #techno-capitalisme

    ping @reka

    • Carte des data centers, des projets et des contestations en France

      Nous publions une carte participative répertoriant les data centers existants, les projets et les oppositions qui s’organisent en France autour de ces infrastructures. Notre objectif est de favoriser l’émergence ou la consolidation de contestations partout où ces bases du numérique dominant se prévoient.
      Nous avons cartographié 351 data centers déjà existants et 67 data centers actuellement en cours de déploiement à travers la France : 43 annoncés, 16 en cours d’instruction par les services de l’état et 8 en cours de construction.
      À cela il faut ajouter les 63 sites « clés-en-main » proposés par le gouvernement aux industriels de la tech pour faciliter l’implantation et la construction de nouveaux data centers - dont seulement 26 localisations précises sont publiques à ce jour. RTE et EDF mettent également 8 sites à disposition des promoteurs avec des procédures de raccordement électrique accéléré.
      Il est important de noter que le nombre de data centers ne permet pas de se faire une idée adéquate de l’accroissement des infrastructures. Les technologies impliquées sont en forte mutation, et la consommation énergétique des data centers ou le nombre de serveurs qu’ils abritent donne une indication plus ajustée des évolutions du secteur. Ainsi, les data centers actuels peuvent avoir une consommation énergétique jusqu’à plusieurs milliers de fois plus importante que les data centers historiques. Et les serveurs qu’ils abritent sont toujours plus nombreux et intenses en technologies.
      Nous avons recensés une vingtaine d’oppositions locales à ces déploiements, menées par des collectifs, des individus ou des associations.

      https://lenuageetaitsousnospieds.org/articles/2025-12-11-carte-des-data-centers-des-projets-et-des-conte
      #opposition #résistance

    • Prospective d’évolution des consommations des data centers à court, moyen et long terme de 2024 à 2060

      Cette étude de l’ADEME répond à 3 objectifs :
      1. Dresser l’état des lieux de la consommation électrique actuelle des centres de données en France ;
      2. Proposer un modèle prospectif détaillé permettant de modéliser des scénarios d’évolution des consommations des centres de données dans le temps ;
      3. Modéliser et analyser 5 scénarios prospectifs jusqu’à 2060 : un scénario tendanciel et 4 scénarios envisageant les 4 chemins possibles de transition écologique.

      Cette étude a considéré les émissions de gaz à effet de serre engendrées, la pression sur les ressources en eau, l’artificialisation des sols, la concurrence avec les d’autres usages de l’électricité, ou encore les enjeux de souveraineté numérique et distingue les consommations en France des consommations à l’étranger pour un usage français.

      https://librairie.ademe.fr/energies/8910-prospective-d-evolution-des-consommations-des-data-centers-a-co
      #ADEME #rapport

  • 23_04_26 – I quattro errori
    https://radioblackout.org/podcast/23_04_26-i-quattro-errori

    1 errore: telecamere2 errore: carabinieri3 errore: psichiatria4 errore: Terraforma Radical School, 980 euro solo per iscriverti, non puoi pagare, vieni catturato e ridotto in schiavitù nelle segrete di Villa Arconati, fuggi, diventi tossicodipendente di un mix di eroina nera e litio, rapini Donato Dozzy e gli stacchi dal polso il Patek Philippe Grandmaster Chime con […]

    #blast #hardcore #hyper_music #merda #noise #sampling #slurmcore #ti_caga_nelle_orecchie #violenza_sonora #wordpress_=_israele
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/04/230426_conospiti.mp3

  • New-wave reactors are the face of an American nuclear renaissance. Some experts are sounding alarms | CNN
    https://www.cnn.com/2026/01/22/climate/small-nuclear-reactors-smrs-holtec-kairos

    On the sandy shores of Lake Michigan, set against a backdrop of thick forest, a sharp-angled grey concrete building could be the face of an #American #nuclear renaissance.

    The Palisades nuclear #plant, about a two-hour drive from Chicago, was decommissioned in 2022, judged to be #uneconomical in a world of #cheap American #gas. But Florida-headquartered company Holtec is reviving it. It will mark not only the first ever #restart of a shuttered #US nuclear plant, but, if all goes to plan, Palisades will also be the birthplace of a nuclear #breakthrough: America’s first commercial “#small_modular_reactors.”

    These advanced nuclear #reactors, known as #SMRs, are like mini nuclear power plants but touted as #cheaper, #safer, #faster to #build and #easier to #finance than their conventional counterparts — and #hype around them is rising fast.

  • Greece a testing ground for smart surveillance technologies

    Europe is rapidly building an AI-ready smart-border regime — bankrolled by the EU, pushed by Germany and tested in Greece. Defense and security firms are among the biggest winners. Much of it is unfolding under the radar, with safeguards for people on the move lagging behind.

    Border guards patrolling Greece’s frontier with North Macedonia to prevent irregular crossings have long relied on an unusual early-warning system: the storks nesting on a bridge over the Axios River. When the birds suddenly scatter, officers know someone is likely moving in the bushes below – usually migrants trying to slip out of Greece and head toward Northern Europe. Soon, their role will be obsolete.

    Smart border technology, cameras and drones, will take their place – tireless, unblinking, and financed by Brussels. Greece plans to extend the high-tech surveillance model it built along the Evros land border with Turkey – designed to stop asylum seekers entering the European Union – to its northern frontier. The aim this time is to seal the exit routes used for secondary movement toward Western Europe.

    What is being planned here is part of a broader shift driven by Berlin, Brussels and Athens: Germany wants fewer arrivals, the EU is funding new technologies, and Greece has become the test bed for Europe’s AI-enabled border regime.

    This cross-border investigation by Solomon, Die Tageszeitung (Germany), SWI Swissinfo (Switzerland) and Inkstick Media (US) took us to eight countries – including on-the-ground reporting in seven – and involved interviews with more than two dozen officials, insiders and frontline officers. We also reviewed hundreds of pages of public and internal documents, freedom-of-information request responses, procurement records and technical documentation. Taken together, the findings show how Europe is rapidly building a smart border system, who profits from it, and what risks it creates. Among the key findings:

    - How Brussels’ efforts to seal the Balkan route, combined with Berlin’s demand to curb onward movement to Germany, are driving the expansion of Greece’s new border architecture;

    – Previously unpublished details about Greece’s plan to replicate the “Evros model” – the high-tech fence-and-sensor system along the Turkish land border – at its northern borders with North Macedonia and Albania;

    - How E-Surveillance, the EU-funded program backing Greece’s new automated border monitoring, reflects a wider European trend: powerful systems advancing with vague data rules and thin public oversight;

    - How defense giants, security firms, university labs and research institutions, backed by an influential Brussels lobby, profit from a new ecosystem of EU-funded border projects.

    Drones and AI at the border

    Last September, senior EU border officials attended an internal meeting to be briefed on innovation at the headquarters of Frontex, the EU border agency, in Warsaw. According to participants, a Frontex-tested drone surveillance network was presented. It featured vertical-take-off (V-BAT) drones hovering along the Bulgarian-Turkish border, transmitting real-time video to a command hub where the system alerted the police about migrant-crossing attempts and “criminal activities.”

    One of the contractors is Shield AI. The California-based company is run by a former Navy SEAL, Brandon Tseng. Tseng claimed that the 60-day pilot in Bulgaria – a country which, like Greece, is accused of systematically violating asylum seeker rights – significantly reduced irregular border crossings and crime, citing Bulgarian officials. Shield AI declined to answer questions about the system, its deployment, costs, or data use. Frontex confirmed in a written response that the pilot demonstrated a prevention effect “contributing to a visible reduction or temporary stop of criminal activities,” adding that the deployment had “comprehensive fundamental-rights safeguards” and that the preventive effect was “an indirect outcome.”

    Such pilots illustrate the agency’s strategy for deploying “next-generation European border surveillance capabilities” across the EU’s external frontiers – and how pilots can be hard to distinguish from operational deployments.

    Frontex has also created an internal AI Hub and an AI Roundtable to identify which of the agency’s AI systems could be classified as “high-risk” under the EU AI Act. According to the regulation, systems used in migration, asylum and border control management “affect persons who are often in particularly vulnerable positions” and should, “in no circumstances,” be used either to circumvent asylum seeker rights such as through surveillance-assisted pushbacks, in which people located with the help of drones and sensors are forced back across the border before they can apply for international protection.

    Frontex stated that it “does not operate or deploy high-risk AI systems.” Greece’s Hellenic Coast Guard also said it “does not operate artificial-intelligence systems” and that all procurements include data-protection clauses — even as it acknowledged using EU-provided “electronic platforms which have an AI mechanism.” The Coast Guard declined to specify which platforms it uses, citing the confidential nature of this information and the need to protect operations.

    The choice of words is not accidental, as authorities prefer to talk about “algorithms,” “automation” or “innovation,” says Dr. Niovi Vavoula, an Associate Professor and Chair in Cyber Policy at the University of Luxembourg. “They hide behind broader words to avoid scrutiny and to keep systems upgradeable without relabelling them as AI.”

    The European Commission has said that, contrary to deployed systems, research pilots remain outside the full legal framework — a distinction that Vavoula calls increasingly untenable. Pilots at live borders now closely resemble operations, yet are still shielded from full transparency, data protection impact assessments and public scrutiny. In her view, once such systems are tested on real people in uncontrolled, active operations (as in the Bulgaria pilot), “we are past the purely testing research phase” and any research exceptions “shouldn’t be applicable”.

    The Evros Model Goes North

    Such concerns are often dismissed at a time when migration has been reframed as a security threat across Europe. “Everything to do with borders is being more and more exempt from democratic oversight, accountability, transparency,” said Bram Vranken, a researcher at Corporate Europe Observatory, a Brussels-based watchdog tracking tech and defense lobbying.

    This new narrative is evident in the replication of the “Evros model” — the high-tech fence-and-sensor system Greece installed along its border with Turkey to spot and stop irregular migration, equipped with long-range cameras, thermal sensors, drones, and central command hubs.

    Under the EU’s €35.4 million“E-Surveillance” program, Greece is bringing the Evros system to its northern borders.

    Meeting minutes and technical and other documents reviewed for this investigation detail plans for Mobile Incident-Management Centers: 4×4 vehicles with thermal cameras, drones, and encrypted communications systems, operating alongside new fixed surveillance sites and feeding real-time alerts to regional and national command centers.

    Internal documents describe these units as “essential” for monitoring blind spots where “no other advanced electronic or automated surveillance systems” exist.

    Tender documents reviewed by our team include broad secrecy clauses and stiff penalties for disclosure – standard, officials say, for national security contracts. But the same documents are thin on key safeguards: for example, daytime footage has a 15-day deletion limit, but no such explicit rule exists for thermal images. Encryption and auditing requirements are exhaustive, while privacy and data protections for people caught in the system are not.

    Dr. Vavoula calls this a “second black box”: technical opacity layered with legal omissions.

    In Evros, the system has proven effective in deterring asylum seekers from reaching EU soil, according to Greek and EU officials, as shown in a previous Solomon investigation. Which is why Evros is now more of a blueprint than a test site: the same technology used to keep migrants out of Europe will be used to keep them inside Greece, limiting movement toward the Balkans and beyond.

    For years, Greece resisted EU pressure to bolster checks at its northern exits. After a scathing 2021 Schengen evaluation, the EU demanded upgrades. The new system is expected to be fully operational in 2027. Police sources briefed on the plans say the system will automate what once depended on human observation: a crossing detected on thermal camera, auto-tracked by drone, and relayed to a rapid-response unit.
    Ample funding and political pressure

    Greece’s northern frontier has long served as a quiet exit route for people trying to reach Western Europe via the Balkan corridor, and Greek policy was to tolerate the movement to a degree, seeing it as a way to ease pressure inside the country.

    Greece’s new rush to secure those exits is partly driven by German pressure, according to Greek migration and security officials involved in the deliberations. Berlin has taken one of Europe’s hardest lines on migration, tightening asylum rules and insisting on tougher border controls across the bloc.

    When Germany’s new chancellor, Friedrich Merz, met Greek Prime Minister Kyriakos Mitsotakis in May 2025, the message was blunt: “Secondary migration from Greece to Germany must decrease. Returns must increase.” Germany received over 25,000 asylum applications in 2024 from people already recognized as refugees in Greece.

    Asked by this investigation whether the German Interior Ministry could confirm that it was putting pressure on Greece, the official line was: “The Federal Government supports measures that contribute to an effective protection of the EU’s external borders and the fight against inhumane smuggling.”

    A senior Greek official summed up the dynamics: “Brussels wants results. Berlin wants fewer arrivals. Athens delivers both – it is that simple.” The political pressure is palpable, driven by the fact that migration remains one of the top voter concerns across much of Europe.
    Smart border winners

    The EU money at stake is vast. For 2021-2027, Greece has over €1.5 billion in EU Home Affairs funding at its disposal. Greece’s border allocation (BMVI) is the largest in the EU. Its Home Affairs package is second only to Germany’s.

    Our investigation found that much of it is earmarked for surveillance and automation:

    – a unified maritime surveillance system using radars, cameras and patrol vessels;

    - new surveillance equipment;

    - encrypted police communications in border zones;

    - offshore patrol vessels with Vertical Take-Off and Landing (VTOL) drones;

    - €100 million to extend and equip the Evros fence.

    Greek officials say one of the goals is full coverage of the land border with Turkey through a mix of personnel and high-tech detection systems. Some 2,000 border guards are currently deployed there, assisted “by technology, equipment, the fence, which is an important means of deterrence,” said Michalis Chrisochoidis, Greece’s civil protection minister.

    Spending on high-tech deterrence dwarfs investment in search and rescue or services for asylum seekers. A Solomon investigation found that just €600,000 (or 0,07 percent) of total EU border management funding to Greece was earmarked for search and rescue. In October 2025 the Greek Migration Ministry decided to cut spending and benefits for asylum related services by a hefty 30 percent.

    Across the EU, member states plan to spend less than 0.04 percent of their border funds on assistance and protection for people on the move, funnelling nearly all resources into infrastructure and surveillance.
    A corporate windfall

    Defense and security companies are major beneficiaries of Europe’s border-security boom.

    Shield AI, the US company behind the Bulgaria pilot, sells its V-BAT drones not only to Greece but also to the Netherlands and the US Coast Guard and Navy.

    Israeli defense giants, long embedded in Europe’s border-security market, are also deeply involved. Israel’s Aerospace Industries (IAI) and Elbit Systems – the country’s biggest defense company – provide Heron and Hermes drones to Frontex and Greece, including for the monitoring of vessels departing Libya for Crete.

    In 2023, IAI acquired Greece’s Intracom Defense (IDE), embedding Israeli industry inside Greece’s defense ecosystem. Other Israeli companies — including Aeronautics and Rafael — supply UAVs, sensors and analytics to Greek and EU missions. Earlier investigations have documented the reach of Israeli-made surveillance tools in Europe’s border systems and in Greek refugee camps, with companies tied to Israel’s defense sector providing key software and hardware.

    Greek firms profit too. Construction giant GEK Terna helped extend the Evros fence; Space Hellas led a multi-million expansion of the Automated Border Surveillance System in Evros; And companies like ESA Security and Byte delivered the “smart” camp monitoring systems (Centaur and Hyperion).

    Behind the contracts is a powerful lobbying network in Brussels. A web of interlocking associations – including ASD (representing Europe’s aerospace, security and defense industries); EOS (the security-industry association); and ECSO (set up in 2016 as the European Commission’s cybersecurity public-private partner) – pushes for a tech-first agenda and more public money for security R&D. Industry figures often rotate across associations advising the Commission.
    The Great Tech Bazaar

    At a major defense expo in Athens last spring, the future of Europe’s border control was on full display: radar-fusion platforms, AI powered camera networks, “heat maps” predicting migration flows. Startups pitched tools that blur the line between civil and military tech – a trend encouraged by EU policy. Even the European Commission had a booth. Its Joint Research Centre is heavily involved in, among other things, migration-route forecasts.

    The line between civilian and military tech is increasingly blurred. Programs like the EU Defense Innovation Scheme bring start-ups, companies, research centers and universities into defense and policing supply chains, creating a pipeline where tools built for commercial use are quickly turned into surveillance products.

    One example is ROBORDER, an EU-funded project to build a “fully-functional autonomous border surveillance system.” Its consortium spanned major research institutions — including the center for Research and Technology Hellas, the University of Athens and a German R&D behemoth (the Fraunhofer Society) — as well as NATO and Greece’s Defense Ministry. The project’s results then fed into REACTION, the EU-funded AI border surveillance program coordinated by Greece’s Migration Ministry. Due by the end of 2025, it promises an “automated picture” of Greek land and sea borders for early warning and response.

    Beyond winning contracts, the real prize, according to experts, is data. Dr. Vavoula said migration has become “a primary testing ground” for harvesting mass amounts of personal data that can be used to train AI models predicting movements or “riskiness” — with huge potential for bias.
    EU “set on” AI

    The EU sets the technological direction, funds it, and expects member states to align. Greece has become one of the most enthusiastic adopters.

    The EU’s Integrated Border Management Strategy is backed by the €6.7 billion BMVI fund (2021–27), while Horizon Europe adds hundreds of millions for security and border-tech research.

    Greece is building its own AI-powered surveillance hub, THORAX – a nearly €49 million system fusing radar, drone, and sensor data from the army, police and coast guard, using machine learning to flag and deal with threats.

    In 2025, the Commission proposed tripling overall home-affairs funding to €81 billion for 2028–2034, including €15.4 billion for border management, €12 billion for migration and €11.9 billion for Frontex. One of the explicit goals is to “fully digitalise border control management” and modernise law-enforcement capacities.

    Lobbying has played a key role: Companies like Airbus, Thales, Leonardo and Indra lobbied for a unified security market and then won many of the resulting contracts.

    “The EU is set on the idea of imposing AI in border management,” said Theofanis Papadopoulos, head of Greece’s Managing Authority for Migration and Home Affairs Funds. “They make these calls, fully oriented toward AI and e-surveillance. They provide funding, launch calls with this very specific orientation and this gives reason for the Member States to move towards this direction.”

    Minutes from a meeting of the committee that oversees how Greece uses EU migration and home-affairs funds confirm it: a Hellenic Police official described an integrated surveillance system as “a requirement of the European Commission” for closing the northwest route and curbing secondary migration.

    Similar tools are already being tested outside the EU — including in Britain, where a Home Office pilot using facial-age estimation algorithms on asylum seekers, uncovered through freedom-of-information requests, has raised concerns about bias and reliability and the checkered track record of some of the companies involved.
    The Human Cost

    Hans Leijtens, the executive director of Frontex, has said cutting-edge technologies can “sav[e] lives that otherwise may have been lost.” The Commission has argued they will enhance efficiency while respecting fundamental rights.

    But on the ground, the record is troubling. In June 2023, an overcrowded fishing vessel carrying hundreds of migrants from Libya sank inside Greece’s search and rescue zone. The deadliest shipwreck in the Mediterranean in recent history unfolded in plain view of Europe’s surveillance systems — not for lack of sensors or aircraft, but amid what critics describe as a failure of political will. In a written response, the Hellenic Coast Guard insisted its primary mission is the protection of life at sea, noting that its crews have rescued more than 268,000 people in over 6,500 incidents.

    Rights groups warn that “technology contributes to the growing trend of human rights violations at borders,” and that drones and cameras frequently support pushbacks and abuse. “These tools are not trained to show compassion,” Dr. Vavoula cautions. At the border, she added, the rationale is deterrence, not protection.

    Safeguards remain minimal. Tender files for Greece’s E-surveillance program this investigation reviewed are detailed on technical requirements but vague on oversight, data retention, or remedies.

    Insiders described the paperwork involved in data protection impact assessments as box-ticking exercises.

    In 2024, Greece’s Data Protection Authority issued a record fine on the country’s Migration Ministry for deploying two EU-funded camp surveillance systems without proper safeguards – violations first exposed by Solomon journalists.

    Other EU projects show similar weaknesses. Nestor, a “next generation” pre-frontier surveillance system detecting movements well before people reach the EU’s borders, relied heavily on self-assessment, with an ethics board made up mostly of consortium members, according to documents reviewed for this investigation. The European Commission said that the project was evaluated by independent experts through the European Research Executive Agency.

    Stergios Aidinlis, associate professor of AI law at the University of Durham, argues that ethics and legal oversight in such programs can be “too formalistic” and warns about the potential conflicts of interest when governments or companies are the ones doing the oversight, as in the case of NESTOR, where the Athens-based, state-affiliated Center for Security Studies heads the ethics advisory board. The center declined to comment.

    From Warsaw’s conference rooms to the Evros riverbanks the same trend appears: systems are expanding faster than the safeguards meant to govern them. Across Europe, billions in public money are flowing into an increasingly automated border infrastructure. Oversight and projections, officials and experts acknowledge, have not kept pace.

    https://wearesolomon.com/mag/format/investigation/greece-a-testing-ground-for-smart-surveillance-technologies
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  • Comment l’#IA dévore la planète

    L’incroyable essor de l’intelligence artificielle, technologie particulièrement vorace en énergie, en eau et en terres rares, interroge à l’heure où les géants du secteur sont lancés dans une course au gigantisme.

    Derrière les réponses presque magiques de ChatGPT, les vidéos imaginaires sans limites de Sora ou les images synthétiques bluffantes de Grok ou Gemini, l’intelligence artificielle (IA) a une empreinte bien réelle sur le monde. Dans une industrie du numérique énergivore, cette technologie se distingue par l’intensité de la puissance de calcul qu’elle nécessite pour chaque requête. Cela se reflète dans l’explosion inédite des investissements des géants de l’IA dans les data centers : 620 milliards de dollars (529 milliards d’euros) en 2026, selon la banque Morgan Stanley, soit déjà près de quatre fois plus qu’en 2023.
    Cette course au gigantisme – Meta a ainsi un projet de data center grand comme la moitié de l’île de Manhattan et puissant comme cinq réacteurs nucléaires – a de nombreux impacts tout au long de la chaîne de valeur de l’IA.
    Cette absorption de ressources fait craindre des pénuries ou des conflits d’usage locaux avec d’autres besoins essentiels tels que l’agriculture, l’électrification des transports ou de l’industrie. L’IA doit-elle donc être développée à tout prix ? Il convient de la piloter « avec sobriété », en choisissant « le juste niveau de technologie au service d’un besoin réel », met en garde l’Agence de la transition écologique (Ademe) dans une étude publiée début novembre. Et le 8 décembre, plus de 230 ONG ont demandé un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données aux Etats-Unis.

    Pour évaluer l’impact sur la planète de ces cartes,des chercheurs ont démantelé et broyé l’une des plus utilisées au monde, la Nvidia A100. Ils y ont trouvé plus d’une vingtaine de métaux différents, dont des terres rares.

    L’essor de l’IA donne un coup de fouet à l’industrie des semi-conducteurs, qui pourrait doubler en cinq ans. Le marché des GPU et autres puces destinées à l’IA domine la croissance et devrait dépasser les 280 milliards de dollars d’ici à 2029.

    Or, ce secteur est gourmand en eau, énergie, métaux et produits chimiques. Et ce alors que, pour augmenter la puissance de calcul, les éléments de base doivent être de plus en plus petits, et donc de plus en plus purs, ce qui nécessite l’utilisation de toujours plus de produits toxiques.

    Dans les usines du taïwanais TSMC, plus important industriel du secteur, la production d’un seul « wafer » de 12 pouces, où sont gravées les puces, requiert plus de 7 000 litres d’eau. Le groupe – qui indique recycler 88 % de l’eau qu’il utilise – en fabrique l’équivalent de 16 millions par an.

    Artificialisation des sols
    L’expansion de l’IA nourrit une croissance inédite des dépenses dans les data centers : les géants du secteur, d’OpenAI à Meta, en passant par Google, Amazon ou Microsoft, vont investir 470 milliards de dollars dans ces infrastructures en 2025 et même 620 milliards en 2026, selon la banque Morgan Stanley. Soit près de quatre fois plus qu’en 2023.

    Il n’existe pas de recensement mondial du nombre de kilomètres carrés aujourd’hui occupés par les data centers. Mais, aux Etats-Unis, les montants investis dans la construction de ces infrastructures sont sur le point de dépasser ceux des bureaux traditionnels.

    Et d’immenses chantiers ont été lancés : Stargate, d’OpenAI, situé dans la petite ville d’Abilene, au Texas, comptera huit bâtiments sur une zone de près de 4,5 kilomètres carrés – plus vaste que Central Park à New York. Le patron de Meta, Mark Zuckerberg, a annoncé que le méga data center Hyperion, prévu en Louisiane, pourrait couvrir l’équivalent d’« une partie importante de la superficie de Manhattan ».

    En France, le gouvernement a annoncé avoir identifié 35 sites « favorables » à l’installation de centres de données pour un total de 12 km² – soit 1 680 terrains de foot.

    Consommation d’électricité
    Cette course au gigantisme s’illustre par leur puissance électrique exponentielle. Les plus gros sites en construction prévoient désormais d’égaler ou de dépasser une capacité électrique de 1 gigawatt (GW). Soit environ l’équivalent de la puissance d’un réacteur nucléaire.
    Et les objectifs sont encore plus démesurés : xAI sera « le premier à mettre en fonctionnement 10 GW, 100 GW, 1 TW [térawatt]… », a affirmé sur X Elon Musk, en septembre.

    L’augmentation de la puissance installée des data centers devrait en conséquence faire bondir leur consommation électrique annuelle liée à leur utilisation. Celle-ci pourrait tripler d’ici à 2030.

    Pour le moment, l’électricité alimentant les data centers ne représente qu’environ 1,5 % de la consommation mondiale, selon l’AIE. Mais aux Etats-Unis, cette part pourrait passer de 4,4 % à entre 7 % et 12 % en 2028, selon le ministère de l’énergie américain. En Europe, les data centers pourraient peser 7,5 % de la consommation électrique d’ici à 2035, contre 2,5 % aujourd’hui, selon le Shift Project, le cercle de réflexion présidé par Jean-Marc Jancovici.

    Consommation d’eau
    L’IA n’est pas seulement vorace en énergie, elle est aussi insatiable en eau. En 2023, les prélèvements associés aux centres de données auraient déjà dépassé les 5 000 milliards de litres, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Soit l’équivalent de toute l’eau potable puisée en France en une année.

    Une partie de cette eau est recyclée, c’est pourquoi la part réellement consommée – notamment en raison de l’évaporation – représente environ 560 milliards de litres.

    A l’avenir, l’AIE s’attend à ce que la consommation d’eau associée aux centres de données soit multipliée par deux d’ici à 2030, pour atteindre environ 1 200 milliards de litres par an.
    Les conséquences d’un même prélèvement sur les nappes et les rivières varient selon les territoires. A titre d’exemple, 14 % de l’eau utilisée par Google viennent de zones à risque « élevé » de pénurie, selon les documents de l’entreprise.

    Emissions de CO2
    Aujourd’hui, l’électricité des data centers provient pour plus de la moitié d’énergie carbonée.

    La croissance des émissions de gaz à effet de serre des data centers devrait doubler, voire tripler, selon les scénarios établis par le Shift Project.

    Les data centers, dont une partie sert à l’IA, émettent plus de gaz à effet de serre que la France : 369 millions de tonnes en équivalent CO₂, en 2024, selon le ministère de la transition écologique.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/26/comment-l-ia-devore-la-planete_6659449_3234.html
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  • A Very Big Fight Over a Very Small Language

    In the Swiss Alps, a plan to tidy up Romansh—spoken by less than one per cent of the country—set off a decades-long quarrel over identity, belonging, and the sound of authenticity.

    Ask him how it all began, and he remembers the ice. It was a bitter morning in January, 1982, when Bernard Cathomas, aged thirty-six, carefully picked his way up a slippery, sloping Zurich street. His destination was No. 33, an ochre house with green shutters—the home of Heinrich Schmid, a linguist at the University of Zurich. Inside, the décor suggested that “professor” was an encompassing identity: old wooden floors, a faded carpet, a living room seemingly untouched since the nineteen-thirties, when Schmid had grown up in the house. Schmid’s wife served Rüeblitorte, a Swiss carrot cake that manages bourgeois indulgence with a vegetable alibi.
    Cathomas had already written from Chur, in the canton of the Grisons, having recently become the general secretary of the Lia Rumantscha, a small association charged with protecting Switzerland’s least known national language, Romansh. Spoken by less than one per cent of the Swiss population, the language was itself splintered into five major “idioms,” not always readily intelligible to one another, each with its own spelling conventions. Earlier attempts at unification had collapsed in rivalries. In his letter, Cathomas said that Schmid’s authority would be valuable in standardizing the language. Cathomas wrote in German but started and ended in his native Sursilvan, the biggest of the Romansh idioms: “Jeu engraziel cordialmein per Vies interess e Vossa attenziun per quest problem.” Translation: “I thank you very much for your interest and attention to this problem.”
    Schmid, the man he was counting on, hadn’t grown up speaking Romansh; he first learned it in high school, and later worked on the “Dicziunari Rumantsch Grischun,” a Romansh dictionary begun in 1904 and still lumbering toward completion. But the depth of his expertise was formidable. By the time Cathomas knocked on his door, Schmid had already sketched a plan for standardizing Romansh: a “majority principle” in which the most widely shared spellings across the idioms would win out.
    “He really already had everything,” Cathomas recalled. “He had worked it all out in his head.”
    What Cathomas hadn’t reckoned with was how quickly the tidy scheme, once loosed into the valleys, would ignite quarrels that engulfed Swiss classrooms, newspapers, and eventually cantonal politics—a parable of how an attempt to secure a language’s survival can feel, to those being standardized, like an assault on what makes them distinct.
    Every European language originated in a squabble of dialects. Standard English rose from East Midland varieties, its momentum gathering after Chaucer’s “Canterbury Tales,” in the fourteenth century. In Germany, Luther’s New Testament was a catalyst for making the Saxon dialect the linguistic default, at least on the page. French proved the most consequential case. For centuries, the monarchy promoted a version of the Parisian dialect, and the French Revolution—linking linguistic unity to republican virtue—only hastened the process of linguistic standardization. Elsewhere, the French model of uniformity imposed from above became the template. “There’s a big difference between languages standardized before the French Revolution and after,” the Romance philologist Paul Videsott told me. “After Napoleon, language becomes the strongest means to define a people.”
    Romansh, which sounds closer to northern-Italian dialects than to the modern language spoken in Florence or Rome, is a battered remnant of spoken Late Latin which escaped standardization mostly by being tucked away in the Alps. The Grisons, Switzerland’s only trilingual canton, is dominated by mountains; an area roughly the size of Delaware contains nine hundred and thirty-seven named peaks. (Piz, Romansh for “peak,” clings to dozens of summits like linguistic snowpack.) The terrain is daunting. Even today, travelling by train from Disentis, a Sursilvan-speaking town, to Poschiavo, Italian-speaking and just sixty miles away, takes more than four hours.
    Chur, the capital of the Grisons, was devastated by fire in the fifteenth century. An influx of German-speaking workers arrived to help with reconstruction, and the town’s language altered to German before Romansh had established a literary tradition. And the fact that wider political authority was decentralized meant that linguistic fragmentation found little resistance. Until the start of the nineteenth century, the canton was governed by three bodies with names fit for a Wes Anderson caper: the League of God’s House, the League of the Ten Jurisdictions, and the Gray League. During the Reformation, villagers could put big questions—whether to turn Protestant or remain Catholic—to a vote. Among the surviving Romansh idioms, Sursilvan reigns in the upper Rhine Valley; Sutsilvan in the posterior Rhine Valley; Surmiran in the Albula Valley and Oberhalbstein; and Puter and Vallader in the Engadine. In Cathomas’s estimation, Sursilvan accounts for just over half of all Romansh speakers, Vallader about a fifth, Puter and Surmiran each about ten per cent, and Sutsilvan about five per cent. (These five idioms, Cathomas notes, are themselves a standardization of perhaps twenty-one linguistic varieties that arose over time.) Greetings shift on either side of a watershed and can vary even within a town. Among speakers of Romansh, you could find dozens of ways of pronouncing the first-person pronoun. “Avalanche” varies, too—lavina in Sursilvan, Vallader, and Puter, lavegna in Surmiran and Sutsilvan. With both courtesies and catastrophes refusing to conform, the canton’s school board, publishers, and clergy were forced to produce multiple editions of primers, textbooks, and catechisms; sometimes five parallel print runs were needed for a population the size of a town. To the reform-minded, it was plain that something had to give.
    I met Bernard Cathomas at his home in Chur, a white-walled modernist house designed in the style of Rudolf Olgiati, the Swiss architect known for making starkness feel Alpine. Tall and slender, with retreating white hair, rimless glasses, and a careful, though not unamused, expression, Cathomas carried himself with the formality of a cultural functionary and the low-key stubbornness of a man who has spent a lifetime defending a fragile language. He remains better known in the valleys of the Grisons than he might like; his name can still provoke sharp opinions. The death threats have passed. The indignation has not.
    Inside, we sat by some Le Corbusier armchairs—“Not always very comfortable,” he remarked—while his wife, Rita, brought out what felt like a culinary tour of the valleys: a barley soup dense with grains and vegetables, grated potatoes fried slowly in butter until crisp, and plates of charn setga dal Grischun, dried meats from the Grisons. Cathomas was born in 1946 in Breil, a village situated on a terrace on the north side of the Anterior Rhine, forty-two hundred feet above sea level. He was the second of fourteen children, in a Sursilvan-speaking family.

    The family straddled eras: their habits belonged to the region’s past, their livelihood to the new era. His father worked as a wheelwright until rubber tires killed the trade, then built wooden molds to cast concrete for hydroelectric projects. “My first and deepest wish was to become a medical doctor,” Cathomas said, “but, because my family lacked the money for a secondary-school education, I gave up on that idea.” In the mid-fifties, the family visited the Benedictine monastery at Disentis, which operated a school. Cathomas recalls standing in the Baroque church, beneath a fresco of St. Placidus carrying his own severed head, while monks asked his father if they could pay for tuition. They could not. Nor did Bernard have any desire to be a priest or a monk. He stayed in his local school, trained as a teacher in Chur, and eventually earned a doctorate in German studies.
    By the seventies, Romansh was losing ground; although the number of speakers inched up, the share of the Swiss population who spoke it shrank. German seeped into daily speech, bringing its gadgets with it: vacuum cleaners were schtaubsugers, televisions fernseers, tents zeltas. Decline had a ratchet effect. “Languages need what we call in economics ‘network externality,’ ” Clemens Sialm, a finance professor at the University of Texas who grew up speaking Romansh, told me. “A language becomes more useful the more people speak it.” In the early eighties, someone suggested to Cathomas that Romansh should be allowed to “die in beauty”—the proposal itself phrased, with a touch of fatalist elegance, in Vallader.
    Switzerland had declared Romansh its fourth national language in 1938, but the gesture was symbolic. Without a standardized written form, nothing official could be produced in it. The breakthrough for Cathomas came during his doctoral studies, when he encountered the work of Harald Haarmann, a linguist who showed how German had gradually emerged from a patchwork of dialects. “I thought, Yes, that’s incredible,” Cathomas recalled. “And, when I joined the Lia Rumantscha, I said, ‘We absolutely must do something like that.’ ” What Cathomas perhaps overlooked was that German had unified itself by erasing languages like Romansh.
    After meeting with Cathomas, Heinrich Schmid rapidly produced a dense forty-eight-page pamphlet, outlining a scheme for the new language, which he called Rumantsch Grischun—that is, Grisons Romansh. Given Schmid’s strategy of taking the most common form of a word across the five idioms, sometimes nothing had to change—clav, or “key,” was clav everywhere. Sometimes there was a clear majority: tschiel, or “sky,” instead of tschêl. And sometimes Schmid split the difference, smoothing verbs that varied wildly from valley to valley.
    Cathomas wanted Rumantsch Grischun, or R.G., launched fast. At the Lia Rumantscha, a handful of young linguists set about producing grammars and dictionaries, translating government documents, and coining words on the fly. The mood was feverish. “It was such a pioneering time—you had a feeling that anything was possible,” Anna-Alice Dazzi, a former student of Schmid’s and an early R.G. evangelist, recalled.
    A caveman and a dinosaur brag about the origins of their wealth and the accomplishments of their ancestors.

    But there were already signs of mission creep. Christian Erni, a primary-school headmaster, remembers a conference in the eighties where Cathomas assured teachers that R.G. would never enter classrooms. “It would just be for signage and communication between canton and municipality, a written language,” Erni recounted. “The teachers believed it, too.” That promise quietly expired. Cathomas “wanted to get to the goal too quickly,” Mevina Puorger, a scholar who had also studied with Schmid, recalled. “As soon as he had the guidelines, he started making translations. That was too early. He didn’t give the language a chance to grow.”
    The first serious backlash came in 1988, at a cultural gathering in Scuol. The linguist Chasper Pult gave a lecture in favor of R.G. One designated respondent, Theo Candinas, a writer and an outspoken critic of R.G., was furious that the moderator denied him a chance to deliver a proper rebuttal. To some in the hall—those who saw R.G. as a lab-grown construct foisted on Alpine communities by distant planners—the silencing confirmed their suspicions. “The opposition was probably already frustrated,” Dazzi recalled. “They felt all the energy, all the money, was going into Rumantsch Grischun. This was the last straw.” The following day, Candinas complained to the press that he’d been censored, and denounced R.G. as a bureaucratic affront to the authentic cadences of the valleys.
    The opposition remained a minority, but a verbally resourceful one. The new language was denounced as a “bastard,” a “castrated” tongue, an act of “linguistic murder.” Nazi analogies abounded: Candinas, in a much discussed article, seemed to liken Cathomas to Josef Goebbels; one editorial accused the Lia Rumantscha of staging a “Kristallnacht” against the idioms. Others borrowed from the anxieties of the eighties, from AIDS to Eastern Bloc repression. In 1991, three thousand people signed a petition to the federal government in Bern claiming that the imposition of R.G. violated their rights. Cathomas received threatening anonymous letters and calls. Strangers let him know exactly how they felt. “The reason it’s so contentious is that it’s not about language,” Oliver Mayeux, a sociolinguist at Cambridge, told me. “It’s about using language as a symbol, a totem, around which you organize your social movement.” But Cathomas was determined to stay the course until R.G. joined German, French, and Italian as one of the languages in which Swiss government documents are published. In 1996, it happened.
    Cathomas left the Lia Rumantscha and went on to run Pro Helvetia, the Swiss arts council. The opposition subsided. The publisher Dorling Kindersley’s Eyewitness Books were reborn as Collecziun Egls Averts. Microsoft released its Office suite in R.G. Even the Beatles arrived in Romansh: the Swiss vocalist Corin Curschellas sang “Norwegian Wood” as “Jau vev in’amur / U duess jau dir / L’amur veva mai . . .” After concerts, she’d sometimes ask audiences: Which idiom had she sung in? Sursilvan? Vallader? Surmiran? No one ever guessed R.G.
    By the turn of the millennium, the language had seeped into daily life. The journalist David Truttmann read some short texts on Romansh radio in R.G. He recalls that at the post office in Müstair, where locals speak Jauer, a close relative of Vallader, a postal clerk once said, “You told some funny stories. But they weren’t really in Jauer, were they?” They weren’t—but the fellow had understood them. Later, a pastor clear across the canton griped about another broadcast. For Truttmann, the complaints were the proof: R.G. could serve as a lingua franca.
    Earlier this year, Cathomas agreed to take me on a tour of the region whose linguistic future he’d once tried to reprogram. We left Chur in a train and then boarded a PostBus, climbing into the upper valleys. At just below five thousand feet, we stopped in Vrin, a village whose church had a portico lined with human skulls—a memento mori and, in the past, a resting place for the dead before burial. Then we descended into the main valley of the Anterior Rhine, to Disentis and the Benedictine school that Cathomas’s family hadn’t been able to afford. The monastery, rebuilt at the end of the seventeenth century, sported a concrete addition, brutalism with a clerical accent. Standing in its shadow, I asked Cathomas how Switzerland’s near-sacred devotion to order—visible in trains, typography, and almost everything else—squared with its tolerance for linguistic chaos.
    “You know, that’s just the fascination of small things,” he said. “If you hold small things in high esteem, that’s a good attitude. But, in practice, it leads to difficulties. As soon as you don’t adhere to certain standards, you’re struggling.”
    It became evident that in the Romansh world, six degrees of separation would be overkill. Mention a name and you may be offered coffee, champagne, or a cousin. When I brought up Clemens Sialm, the finance professor in Texas, I found myself ushered up the stairs of the Hotel Alpsu, which is run by Sialm’s family. His sister leaned out of the kitchen; among the drinkers on the terrace was Elmar Deflorin, a singer and a filmmaker who, in 1986, had turned a satirical poem about R.G., written by a teacher, into a valley-wide rock anthem.
    After some coaxing, Deflorin sang the opening verse, which translated to: “Good heavens, what’s coming? / A new thing, a new language! / Gather yourselves, you valleys, with axe and club, every child! / We don’t want Rumantsch Grischun!” Later stanzas mocked purists who would “rather die than change” or “experience the world only in German.” Cathomas reprinted the poem in his (German-language) book on the Romansh-language wars, “A Path to Unity in Diversity.” When I asked Deflorin what he thought of the value of R.G. today, he didn’t hesitate: “I think it’s existential.”
    The next day, Cathomas and I went southeast, to the Engadine, where Puter and Vallader are spoken. In Pontresina, a village of palatial hotels, its mayor, Nora Saratz Cazin, explained that even here, in a Puter-speaking zone, speech could fray into micro-dialects. “The Pontresina dialect is very broad, doughy,” Cazin said. “We say primaveeerer, with a lot of eeeer and neer. In Zuoz”—eight miles away—“it’s primavaira.” Cathomas added that Pontresina people sounded slightly different from their neighbors in Celerina. How far away was that? She pointed out the window: “Celerina is the houses over there.”
    The second wave of resistance to R.G. began, predictably, in schools. For decades, the Grisons had printed textbooks in five Romansh idioms—a baroque solution that invited a more rational one. In the mid-two-thousands, the canton launched a trial program, subsidizing schools that taught in the standardized language. A new textbook series blended modernity with Alpine flourishes; one spread on hunting showed a smiling woman with a hooved carcass slung across her shoulders like a sweater, blood streaking her sleeve.
    Between 2007 and 2009, dozens of schools signed on to teach R.G., with a plan to eventually make it the language of instruction. Then children came home spouting phrases that sounded off, even foreign. Outrage followed. A bridge language never meant for speech was suddenly being spoken—and enforced as correct.
    In 2010, indignant parents in the Engadine founded an opposition group, Pro Idioms. Its leader, Domenic Toutsch—a farmer turned insurance executive turned village president—saw R.G. as a professional-class takeover. “The professional Romansh, the Romansh élite, bypassing the people, sought to introduce the Rumantsch Grischun project in an undemocratic, dictatorial manner,” he told me, “with money, coercion, and so on, under the leadership of Bernard Cathomas, among others.” Then, with a farmer’s finality, he added, “Bernard Cathomas is not my political Romansh friend.”
    Soon, a second chapter formed in Surselva. One of its leaders was Tresa Deplazes. When her daughter started third grade in an R.G. school, Deplazes recalled, “that’s when we really got a sense of what it meant. She’d bring home homework, and we’d encounter something that just sounded wrong and looked wrong. Really wrong.”
    The alliance between the two chapters required delicacy—the gap between the Engadine dialects and Sursilvan is the widest in the Romansh family—and participants sometimes had to ask one another what certain words meant. The group’s website published everything twice, with a short German summary as a backup for outsiders. On one point, however, everyone was unified and unyielding: no single Romansh should rule them all.
    Pro Idioms’ most effective weapon was procedure. In the Grisons, the canton where villagers once voted on whether to become Protestant or remain Catholic, individual communities could still hold a vote on which Romansh to teach. From 2011 to 2013, Pro Idioms campaigners trudged from hamlet to hamlet, insisting that the canton didn’t have the authority to dictate. “Every municipality had the right to decide its own language,” Deplazes said.
    In the spring of 2011, the writer Leo Tuor thundered in the Neue Zürcher Zeitung that the debate over R.G. had “destroyed linguistic peace in the Grisons and squandered the trust of the population.” Pro Idioms claimed that the way R.G. was introduced damaged children psychologically, fractured cohesion, and undermined identity.
    Not everyone admired the tenor of the revolt. “Perhaps Switzerland’s democratic principles were also somewhat undermined,” Fabian Huonder, a translator for the canton government, said. “If anyone spoke up for Rumantsch Grischun, they were interrupted, sometimes forcefully.” Still, the campaign worked. Most schools that had adopted R.G. reverted to an idiom.
    Yet Pro Idioms’ triumph had the markings of a Pyrrhic victory. With local schools rejecting R.G. textbooks, international publishers cut back their Romansh editions. The canton kept the colorful R.G. series for the few communities that continued to use them, but largely reverted to a modular system, plugging variant idioms into a single content-management framework. A professor commissioned by the Grisons government to develop teaching materials gave me the numbers: “We print eight sets of textbooks—five in idioms, one in Rumantsch Grischun, one in German, one in Italian. Sutsilvan, the smallest idiom, has just one school. Maybe twenty or thirty students.”
    In 2021, about forty thousand people—half a per cent of the Swiss population, fourteen per cent of the Grisons’—identified Romansh as their main language. The numbers haven’t budged much, but Romansh now sits in a kind of bureaucratic stalemate. Official publications appear in R.G., as do the Romansh broadcaster’s website and its radio news and bulletins, but almost all TV broadcasts are in the idioms. The daily newspaper La Quotidiana maintains an idiomatic equilibrium.
    David Truttmann, the paper’s publisher, took me through a recent edition with a ballpoint pen, charting linguistic shifts like a field commander repositioning troops. With square glasses and gray-flecked dark hair, he had the calm, thoughtful demeanor of someone long accustomed to handling complaints. The lead story—on a wind-power project—was in R.G. Two of the briefs were in Sursilvan. A photo spread was captioned in Puter. Inside, he pointed out Vallader and Surmiran.
    “I think this is the only newspaper in the world written in six different variants,” he said. The ads, inevitably, were mostly in German.
    It could almost seem that the invention of a uniform Romansh has encouraged further fragmentation. In Sedrun, a village below the Oberalp Pass, locals maintained that they spoke not Sursilvan or Sutsilvan but Tuatschin, a micro-idiom of their own. “About twelve hundred people live here,” one woman said, “but only about five hundred are Tuatschiners.”
    That night, in a hall attached to a compound for holiday groups—a bar on one side, a mandala-like cloth draped over the back wall—I attended an evening of prose and song. Pascal Gamboni, a musician with a graying mod cut, sang in Tuatschin: “Mo sil tschiel mirel, mo sil tschiel”—“Only in the sky, only in the sky.” Flurina Badel, a novelist, read from her new book, “Tschiera” (“Fog”), which is in Vallader and concerns Engadine villagers who are being priced out by second-home buyers. With her red-brown hair drawn back and her lips rouged, she read with the steady interior focus of a writer communing with her own sentences. I couldn’t follow her in Vallader, and I had the sense that I wasn’t alone.
    When she switched to German, everyone relaxed. “The quality of literature,” she told me afterward, “has nothing to do with the language in which it is written but with how that language is used.”
    At first, Gamboni and Badel looked like specimens of a venerable Alpine culture. That picture shifted once I spoke with them. Badel is a first-generation Romansh speaker: her father is of Italian descent, her mother Swiss German. They had moved to the Engadine partly for the cheap housing, which has long since disappeared. At home, Badel spoke French, Italian, and German; Vallader came later.
    She enrolled at the Hochalpines Institut Ftan, an élite school that educates both international boarders and local Swiss of more modest means. Later, while studying creative writing in Vienna, she was disappointed to find that everything was conducted in just one language. Did her devotion to Vallader have a convert’s zeal? “I also have a strong affinity for linguistic innovation,” she said. “And when I write in Romansh I’m very close to innovation. I can help invent new words.” She sometimes submits suggestions to Pledari Grond, an online dictionary: giattera (cat flap), tschüffasömmis (dream catcher).
    Gamboni had once spent a decade in England chasing rock stardom. In the early two-thousands, he moved to Bristol with his band, Cléan. Their sound was a serviceable version of Britpop; Gamboni sang in English. A few years later, though, the band was gone. The manager was gone. Gamboni had turned toward the obscure, scraping bows across guitar strings, recording snowmelt, making art films in derelict buildings. He looked worn out. His mother was worried.
    One way of telling the story is that Badel and Gamboni represented a younger generation intent on a Romansh revival. Another is that Romansh became a refuge when your larger ambitions went to ground.
    On the cantonal level, Romansh’s survival comes down to money. From the nineteen-fifties on, the Grisons went from rural poverty to Alpine affluence on the backs of tourism, high-tech industries, and hydropower. Today, its budget stands at $3.9 billion. Against that, the amount spent on supporting a minority language is, as Daniel Spadin, the canton’s top civil servant, told me, “negligible.” In his office building, he ushered me into a chandeliered chamber where a walnut table stretched beneath a rococo ceiling, gilt mirrors lined the walls, and a floral carpet spread underfoot. Federal and cantonal governments combined now spend the equivalent of about seven million dollars a year to keep Romansh alive, including subsidies for the Lia Rumantscha. (A separate levy brings in funds for public broadcasting.)
    “You get onstage very quickly,” Johannes Just told me one evening in his Chur apartment. He would know: for more than two decades, he was part of Liricas Analas, a Romansh rap crew. The name, literally “Anal Lyrics,” nods to the old “Parental Advisory” stickers that warned of obscene language. After six albums, the group disbanded in 2022. “From the living room to the stage, the transition is quick,” Just said. “The hard part is what comes after—trying to go from amateur to professional.”

    Liricas Analas revelled in regional clichés. In one 2012 video, a mountain rube putters to Zurich on an undersized motorbike and swaggers into a night club; offered cocaine, he counters with snuff. In a promotional image, the members pose beneath a schoolhouse panel in Trun that reads “Protect your old Romansh language.” None of them, however, could live on rhyme alone. By 2022, the surviving m.c.s were in their late thirties or forties, commuting from day jobs.
    Book publishing functions in much the same way—small triumphs, bounded horizons. Nadina Derungs, who runs Chasa Editura Rumantscha, in Chur, told me that a typical Romansh title might sell between four hundred and six hundred copies. The outlier was “Uorsin,” a 1945 children’s story about a boy stuck with the puniest cowbell at a fête, which was published in fourteen languages and sold a million copies.
    Derungs had bold glasses, black teardrop earrings, and a bubbly, curated energy. “We don’t publish everything we’re sent,” she said. For younger readers, the Lia Rumantscha translates international hits by big names—Richard Scarry is the latest. But since the revolt against R.G., even Scarry has to appear in multiple idioms. The result: fewer new books, more versions of the same ones.
    When I asked Derungs if she had ever dreamed of working at the German publishing giant Bertelsmann, she sighed. “Of course it would have been great,” she said. “But just getting an internship there—no chance. In the Romansh world, as soon as you want to work for the community, everyone comes and says, ‘Come to us.’ ”
    “This is a protected environment,” another Swiss woman told me when I mentioned the peculiarities of the Romansh cultural ecosystem. She had grown up speaking Romansh in Silvaplana, but she had since moved to Zurich. We were talking in German: “Das ist ein geschützter Rahmen.” But now she switched languages. “Safe space,” she added, in English.
    Technology may yet decide Romansh’s fate. Several years ago, executives at RTR, the public broadcaster in Chur, asked a computational-linguistics team at the University of Zurich whether the language could be brought into the world of automated translation. The timing was favorable: neural networks were replacing statistical models in mainstream machine translation, dramatically improving fluency. The Zurich researchers had spun out a startup, later folded into a larger language-services firm, Supertext, and saw Romansh as a perfect test case. Statistical systems could “see” only a handful of words at a time; neural models could take in whole sentences, and, later still, large language models could weigh even broader contexts.
    RTR agreed to co-fund a pilot to test new tools for its editorial team. The appeal for the developers was the engineering challenge it posed. Corporate clients often expect high-quality translation of internal jargon that behaves like a private dialect; Romansh, with its sparse training corpus and multiple variants, was a real-world version of that puzzle. The team trained its first system on roughly a hundred and twenty thousand aligned segments, a far cry from the billion-plus that a tech giant would have used for German-English. To compensate, they pretrained their system on equivalent Italian and German texts, and they machine-translated texts from major European languages to Romansh to bulk up the corpus.
    The resulting system worked well enough that when Bernard Cathomas switched to Romansh in an e-mail exchange, I could reply in kind. It performs better translating out of Romansh than into it, and it produces only R.G., though it can handle the idioms as input. A new project, backed by the Lia Rumantscha and the University of Zurich, aims to support all five major idioms, as well as R.G. The training base is meagre, mostly drawn from the news, but organizers hope for a working system by 2026.
    The Lia Rumantscha is also asking the International Organization for Standardization to classify each idiom as a separate language. Some people doubt that this hyperlocalism will pay off. One member of the Zurich team told me about a Swiss firm that sold a G.P.S. device with directions spoken in Swiss German. “No one bought it,” he noted. “People said, ‘That’s not my Swiss German.’ ” You can give the machine a voice, he suggested, but people still want it to sound like their cousin.
    It’s a long way from Zurich to Schnaus, and not just geographically. Where the tech world prizes scalability and fluency, the anti-R.G. camp measures success in familiarity, cadence, the feel of something handed down. When I mentioned Cathomas to Tresa Deplazes, a founder of Pro Idioms, she warned me not to be “blinded by his demeanor.” Over lunch at her carefully restored old home—fresh pasta, prompted by a glut of eggs from her hens—I was struck by its contrast with Cathomas’s existence in his austerely modern architectural dwelling in Chur.
    That evening, Deplazes and Francestg Friberg, a schoolteacher and a Pro Idioms member, led me up a hillside where Friberg kept his horses, Carmelot and Amarena. He distributed hay, grilled sausages, and gave me the Romansh names of a brook thundering in the dark.
    “We kept the idioms in schools,” Deplazes said. “We’re proud of that. It was a big job—very difficult.”
    “I don’t feel like a victor,” Friberg added. “But that’s well said. We achieved something.”
    It was the sort of sentiment Cathomas, from the other side, would have understood. “Minorities tend to make themselves smaller than they are,” he’d warned me. “At the same time, they also make themselves bigger. They feel like they can do anything. Both attitudes—the inferiority, the megalomania—are dangerous. In the middle, in reality, that’s the hard place.” But who decides where the middle lies? Between tradition and reform, the coördinates shift with every village.
    Later, I asked Friberg if his unusual first name was native to the area. “Yes, but it’s dying out, like Romansh,” he said. “I am the last of the Mohicans.”
    Rain lanced through the beams of our flashlights as we descended, the horses cantering around us. On the wall of a grotto, someone had scrawled “il drag”—“dragon,” though the official name was la cauma da nuorsas, the sheep’s haven. In Dardin, Friberg pulled a blackened stack of alderwood disks bound in blue twine from his barn and explained a seasonal custom, trer schibettas: heating the disks until they glowed, then hurling them into the valley with whittled sticks. “Over centuries, it became increasingly prohibited,” Friberg explained, given the risk of starting a fire. “Many villages banned it.” His own affection for the custom seemed undimmed; he demonstrated the technique by sending a disk skidding into the night.
    Driving back to Chur, I thought less of the hazards than I did of the stubborn beauty of the custom—the arcs of fire flung into darkness, small acts of defiance against the pull of forgetting. ♦

    https://www.newyorker.com/magazine/2025/12/08/a-very-big-fight-over-a-very-small-language

    #Suisse #langues #romanche #identité #appartenance #authenticité #Grisons #Lia_Rumantscha #minorités_linguistiques #standardisation #Rudolf_Olgiati #histoire #Heinrich_Schmid #Rumantsch_Grischun

  • L’#écologie de la carte bleue

    "Et si le consommateur, en réalité, n’y était pour rien, ou pour pas grand chose dans la terrible situation que nous vivons ? Et si le consommateur n’était pas lui-même « produit », ou inventé ? Et s’il fallait parler de « surproduction » plutôt que de « surconsommation », et rayer pour toujours ce mot de notre vocabulaire politique ?"

    Quand la jeunesse s’engage en écologie, quelques singes savants croient bon de faire remarquer que les jeunes feraient bien de commencer par « moins consommer », « s’acheter moins de vêtements » ou « jeter leur smartphone » avant de prétendre donner des leçons aux gouvernants.

    Cette même sagesse demi-habile s’oppose à toute élucubration anti-capitaliste en écologie en rétorquant systématiquement : « c’est bien beau de critiquer le #capitalisme, jeune fille, mais nous sommes tous responsables dans cette société consumériste ! si on n’avait pas trois télés et quatre ordinateurs par foyer, on pourrait critiquer le système ! »

    On retrouve jusq’au cœur des mouvements écologistes cette #auto-flagellation militante sur le thème de la « consommation », de la « surconsommation », voire de « l’#hyperconsommation ». Agir sur la consommation apparaît à nombre d’individus et d’organisations comme une solution simple et à portée de main, et donc comme un objectif politique intéressant : on fait donc des die-in dans les centres commerciaux, on bloque les McDo, on appelle au boycott ou à une consommation « bio et équitable ».

    Tentons une idée provocante : et si le consommateur, en réalité, n’y était pour rien, ou pour pas grand chose dans la terrible situation que nous vivons ? Et si le consommateur n’était pas lui-même « produit », ou inventé ? Et s’il fallait parler de « surproduction » plutôt que de « surconsommation », et rayer pour toujours ce mot de notre vocabulaire politique ? Et s’il fallait cesser d’agir en consommateur pour agir vraiment ? Donnons une chance à ces hypothèses, avec ce texte.

    Parmi les idées reçues les plus tenaces en écologie, il y a l’idée que la « surconsommation »1 serait le principal moteur de la destruction de l’environnement. L’humanité, prise comme « somme d’individus humains » sans tenir compte de ses hiérarchies ni de ses conflits internes, se serait rendue coupable, au fil des siècles, de « consommer » beaucoup trop de ressources naturelles. Un jour spécifique marque même le moment de l’année à partir duquel « l’humanité » commence à « surconsommer » : le jour du dépassement, qu’on atteint désormais dès juillet. Et combien de fois n’a-t-on pas entendu que les feux en Amazonie étaient directement causés par les steaks dans « nos assiettes » ?

    Nous soutenons, en revanche, que la théorie de la surconsommation vise à réduire la pratique écologiste à des choix de supermarché, à des petits ajustements dans un quotidien qui ne change pas vraiment, à une sorte d’écologie de la carte bleue. Alors que l’écologie pourrait aussi bien être une révolte contre les rapports sociaux et économiques à l’origine de la destruction du vivant. Le discours sur la « surconsommation » produit des sujets qui ne se conçoivent que comme des consommateurs coupables2. Il maintient l’écologiste dans le carcan de la société marchande, alors qu’il devrait s’en extirper, construisant avec d’autres les solidarités nécessaires pour faire naître un monde sans Amazon ou Intermarché. L’idée de surconsommation nous met des ornières et des chaînes qu’il nous faut arracher.

    En réalité, le consommateur en tant que figure historique apparue lors des deux derniers siècles n’y est pour rien (ou presque) dans la crise écologique que nous traversons. Le consommateur en tant que tel et les comportements qui lui sont associés n’ont d’ailleurs pas toujours existé, ni toujours été conçus comme tels : on voit apparaître les grands magasins et les réclames au XIXe siècle, et la consommation jadis réservée aux bourgeois se répandit finalement aux classes populaires lors de la première moitié du XXe siècle. La « naissance » du consommateur a servi à deux choses : écouler le surplus de marchandises produites par le capitalisme, et réintégrer les gens dans les rapports marchands sur leur temps de loisir, fraîchement arraché par des luttes sociales, pour couper court à tout ennui improductif ou désir de révolte. D’une certaine manière, la « consommation » a étendu le travail sur le temps de loisir, de sorte que nous continuons à travailler au bon fonctionnement de l’économie une fois sorti du bureau ou de l’usine.

    Dans l’imaginaire culturel de pas mal d’Occidentaux, le consommateur est assimilé à une sorte de zombie impuissant, incapable de se distinguer de la masse et se précipitant sur la marchandise lors des périodes de soldes. Cette image répond parfois au besoin des plus riches de stigmatiser la consommation des classes populaires, tout en se revendiquant d’une consommation plus intelligente et éclairée. Cependant, nous pourrions reprendre la figure du zombie à notre compte afin de caractériser l’impuissance et la passivité de ceux et celles dont le seul horizon politique se réduit à « consommer mieux » ou « moins ».

    Si l’on veut que l’écologie tape là où ça fait mal, elle devra cesser de tracer une ligne de séparation artificielle entre la « surconsommation » et la surproduction là où elles ne sont que trop intimement liées : la surconsommation est avant tout un effet de la surproduction. Mais ce n’est pas suffisant. Car la surproduction est aussi un effet, ou plutôt un problème chronique du capitalisme, qui a besoin de transformer de plus en plus de choses et de personnes en marchandises pour créer de la valeur. Il n’y a rien d’autre, derrière la « surconsommation » que la compulsion de croissance qui est inhérente au capitalisme. Si on peut toujours réduire sa consommation individuelle, le capitalisme aura toujours besoin que la consommation totale augmente, pour que la croissance continue.

    Le consommateur n’est donc pas une personne autant qu’il est une figure, un instrument de logiques qui dépassent son individualité. Cette distinction entre l’individu et la figure telle qu’elle est construite socialement va se révéler fondamentale pour la suite. Car si on peut absoudre en grande partie le consommateur de sa responsabilité dans la « crise écologique », il n’en faut pas moins l’assassiner ! Assassiner en nous le consommateur, cela veut dire donner une chance à l’humain se cachant sous l’identité désuète de producteur ou de consommateur, qui l’écrase tel un rocher ; faire exploser le carcan de la consommation, pour redécouvrir la multiplicité des activités et des actions nécessaires à une reprise en main de la question écologique.
    Existe-t-il un « choix de consommation » ?

    Prenons au mot l’idée de « surconsommation » : très bien, vous prétendez que nous, les petits individus, nous serions coupables de trop consommer. Essayons de déterminer à grands traits qui est responsable de quoi. Quelle est la position du consommateur dans l’économie ? Est-ce une position démocratique, depuis laquelle le consommateur peut décider, influer sur le cours du monde, arrêter la destruction des forêts et l’exploitation des pauvres ?

    A) Le « consommateur » arrive en bout de chaîne, une fois que tout a été choisi pour lui.

    Que s’est-il passé pour que le steak dans lequel croque le « consommateur » provoque des incendies en Amazonie ? Que s’est-il passé pour que l’ordinateur sur lequel je tape enrichisse des milices et exploite des mineurs au Nord-Kivu (Congo) ? Les critiques de la surconsommation ne s’intéressent pas beaucoup au contenu de cette mystérieuse chaîne de causes à effets. La vérité est très simple, tout le monde la connaît : le consommateur ne maîtrise rien du processus de production qui a mené au produit qu’il consomme.

    C’est la définition même du capitalisme, qui ne possède aucun caractère démocratique : une classe d’individus, les capitalistes, possèdent les moyens de production, ils décident donc de ce qui va être produit, et de comment cela va être produit (par exemple, une entreprise – Ikea – va couper illégalement du bois en Roumanie, puis l’importer en France sous forme de meubles). Les autres, les citoyens-consommateurs, sont privés des moyens de production, et sont donc réduits à travailler au service des capitalistes (en coupant du bois illégalement), et à consommer les produits que ces derniers leur proposent (chez Ikea)3.

    « Qu’à cela ne tienne ! » disent certains, « mais les capitalistes ne font que répondre à une demande, il suffit donc de ne plus consommer les produits qui détruisent la planète, et tout ira bien ! » C’est la tactique du boycott. Cette tactique fait l’impasse sur trois points très importants :

    1) L’asymétrie d’information est énorme entre le « consommateur » et les entreprises. Le consommateur, qui consomme hors de son temps de travail, n’a pas forcément les moyens, ni le temps, ni l’envie de devenir un Sherlock Holmes enquêtant sur sa propre consommation4. Même s’il souhaitait mener l’enquête, il aurait bien du mal à surpasser les grandes entreprises, qui elles s’appliquent bien à cacher les effets néfastes de leur activité. Ainsi, ExxonMobil, un géant pétrolier américain, était au courant du réchauffement climatique depuis les années 80, mais a investi massivement afin d’entretenir les doutes sur ce sujet, mentant même à ses investisseurs. De même, on nous présente régulièrement le parfait produit, la parfaite solution, équitable, bio, durable, avant de nous avouer quelques mois ou années plus tard que c’est en fait une catastrophe.

    2) Nous ne « choisissons » pas vraiment de consommer la plupart des choses que nous consommons. Nous naissons tous dans un monde déjà organisé autour des autoroutes, des aéroports, des ports, des centrales thermiques et nucléaires, et où l’économie marche au pétrole. Qui a choisi de construire tout ça ? « Nos parents » ? Ou les « décideurs », les capitalistes, les États ? Ces choix décisifs sur notre « mode de vie » ont été faits par une minorité (blanche et très riche), puis imposés à tout le reste du monde par la violence (colonisation). Qui peut aujourd’hui communiquer sans téléphone, qui peut prétendre à un emploi en périphérie sans avoir une voiture ? C’est le fonctionnement même de l’économie qui rend ces choses nécessaires, pas le fait que les « consommateurs » les consomment.

    3) Or, ce qui est premier dans l’économie, c’est l’offre, non la demande (la production, non la consommation). Car ceux qui ont le pouvoir, ceux qui prennent les décisions importantes, ceux qui produisent artificiellement des besoins par la privation et des normes par la publicité, ceux qui extorquent, qui pillent, qui dépossèdent, qui exploitent, ce ne sont pas « les consommateurs ». Certains organisent l’économie à leur profit, d’autres, les « consommateurs » n’ont le « choix » que de s’y adapter comme ils peuvent. C’est le mode de production dans lequel nous vivons qui est un scandale, et sa hiérarchie fondamentalement anti-démocratique. Le boycott n’a donc de sens que s’il s’étend à tout ce mode de production, et que s’il cherche à inventer d’autres manières de produire.

    B) La consommation des « consommateurs » est la plus petite partie de la consommation

    Enfin, rappelons rapidement qui sont les véritables « consommateurs ». Ceux qui consomment le plus, on l’oublie trop souvent, sont les grands producteurs, les grandes entreprises (les mêmes qui nous poussent à la consommation !). Car pour produire des marchandises, il faut bien consommer. Pour produire, par exemple, un meuble Ikea avec du bois roumain illégalement coupé, il me faut consommer des machines et des salariés pour couper le bois, d’autres pour le transporter, d’autres encore pour le transformer et l’assembler en meuble, et enfin, il me faut consommerdes directeurs marketing, des tonnes de papier, et des spots publicitaires pour que ce meuble se vende (trouve un petit « consommateur »).

    Dans une même logique, quel impact puis-je avoir en prenant des douches courtes, quand 90 % de l’eau est utilisée par l’industrie et l’agriculture ? A quoi sert-il que je me mette au « zéro déchet » quand les déchets des ménages représentent 10 % seulement de la masse totale des déchets produits ?5 Cela ne sert pas à rien, du point de vue d’une démarche personnelle — mais il ne faut pas se mentir sur l’impact de ces « petits gestes ». L’idée n’est pas d’opposer vulgairement « gestes individuels » et « actions collectives », qui pourraient aller de pair dans une optique de révolte contre un monde aliénant dans lequel on cherche d’autres manières d’exister, tout en travaillant à le renverser. Il s’agit uniquement de démanteler les discours nous appelant à faire chacun-e de notre mieux, tout en faisant totalement l’impasse sur les luttes collectives.

    Un rapport du think tank Carbon46 montre qu’avec tous les efforts du monde, des individus « héroïques » restreignant drastiquement leur consommation, mangeant végétarien et local, ne se déplaçant qu’à vélo ou en covoiturage, achetant tout d’occasion, ne réduiraient que 25% de leur empreinte carbone. Notons que ce genre de préoccupations héroïques intéressent surtout ceux qui ont le luxe d’avoir une grosse empreinte carbone, et le loisir de réfléchir à la réduire ; notons ensuite qu’il y a bien d’autres problèmes écologiques que le climat et l’empreinte carbone (pollution des océans, épuisement des sols, extinction des espèces, etc.) ; ajoutons enfin que ce chiffre de 25% est une parfaite (et fausse) abstraction : cette « étude considère l’empreinte carbone d’un ‘Français moyen’. Elle est égale à l’empreinte carbone du pays divisée par le nombre d’habitants [on fait donc abstraction de tous les rapports économiques de hiérarchie évoqués plus haut]. Ce Français moyen n’existe évidemment pas : il n’est qu’une vue de l’esprit qui permet de manipuler des données commodes [et qui a le malheureux effet de rapporter à des individus ce qui pourrait être rapporté à des entreprises, à des décideurs, à des choix historiques] ».

    La marge de « choix » du consommateur est donc extrêmement réduite. Consacrerait-il toute sa vie de consommateur à moins consommer qu’il ne changerait pas grand-chose à l’affaire. Là où le consommateur se prive d’une dizaine de trajets en avion dans sa vie, un zadiste, en bloquant la construction d’un aéroport, empêche des milliers de trajets en avion d’avoir lieu. Mais un zadiste, précisément, n’agit pas en consommateur. Pourquoi veut-on que nous agissions en consommateurs ? Y avait-il des consommateurs au Moyen-Âge, y en a-t-il sur les îles Andaman, où vit le peuple des Sentinelles7 ? Non. C’est donc qu’ils ont été inventés et produits à un moment de l’histoire. Qui a eu cette mauvaise idée ?
    Qui a inventé les surconsommateurs ? Les surproducteurs

    « La société de consommation, c’est aussi la société d’apprentissage de la consommation, de dressage social à la consommation–c’est-à-dire un mode nouveau et spécifique de socialisation en rapport avec l’émergence de nouvelles forces productives. »

    La Société de Consommation, Jean Baudrillard.

    L’invention de la figure et des comportements du consommateur correspond à une période bien précise de l’histoire économique. Sans avoir l’ambition d’en faire une analyse très détaillée, pointons-en rapidement les grandes lignes. Il y a d’abord une cause économique à l’invention du consommateur, c’est la nécessité d’écouler un surplus de marchandises. Ce besoin d’écouler la surproduction, de trouver des débouchés est une contrainte inhérente au mode de production capitaliste : pour créer de la valeur, il faut produire des marchandises, et il faut que ces marchandises soient achetées. Puisque le mode de production capitaliste carbure à la croissance (on investit pour récupérer une plus-value), il produit toujours plus de marchandises, peu importe la demande. Si la demande ne suit pas, il faut donc la créer artificiellement : c’est là qu’interviennent la publicité, les hausses de salaire, la baisse du temps de travail, les politiques fordistes et keynésiennes — et donc, la figure du consommateur : pour écouler le surplus de marchandises.

    Il y a aussi une cause politique : au début du XXe siècle, les luttes sociales et le spectre du communisme ont forcé les États et les capitalistes à faire des « concessions » (baisse du temps de travail, systèmes de protection sociale). L’invention du consommateur a donc répondu à un besoin politique : que les individus libérés sur leur temps de loisir ne passent pas ce temps à être heureux et improductifs, à faire des émeutes ou la révolution — non, bien mieux, qu’ils le passent à continuer à travailler pour les capitalistes : à consommer. Il n’y a là aucun « désir naturel de consommer » : placés sous tutelle de l’État qui revendique le monopole de la solidarité avec ses programmes de protection sociale (en cours de démantèlement), privés de nos amitiés par l’atomisation du travail, de l’urbanisation et des logements, qui structurellement empêchent toute vie commune, nous sommes forcés à la solitude, dont la seule échappatoire misérable consiste en la consommation effrénée des fragments de la vie des autres, que ce soit des séries Netflix ou des photos sur Instagram.

    Dans L’événement anthropocène, les chercheurs Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil montrent que la société de consommation et l’American way of life ont entièrement été produits par des dispositifs matériels et institutionnels au tournant des XIXe et XXe. Pour écouler le surplus de marchandises des usines tayloriennes, on commence à mettre des « marques » sur les produits, on encourage la vente par correspondance, on crée des supermarchés et des self-services ; la publicité, succédant à la réclame, fait l’apologie de la consommation comme mode de vie et marqueur de normalité sociale (elle suggère au consommateur qu’il souffre de défauts à corriger : il a besoin de cette pommade anti-ride).

    En même temps, la consommation de masse sert tout à fait explicitement à discipliner les travailleurs dans les usines : pour contrer l’absentéisme, Henry Ford crée la « journée à 5 dollars », et les grandes entreprises comme Ford, General Motors et General Electric mettent en place le « crédit à la consommation » (« acheter maintenant et payer plus tard ») pour inciter leurs travailleurs à acquérir leurs biens de consommation. La réparation, le recyclage, la sobriété sont présentés comme néfastes pour l’économie nationale, tandis que la consommation ostentatoire, la mode, l’obsolescence deviennent des pratiques respectables. Les syndicats finissent par trahir leurs idéaux révolutionnaires, et se contentent de revendiquer l’indexation des salaires sur les prix pour augmenter la consommation.

    Dira-t-on que les gens « surconsomment » beaucoup trop de trajets en voiture ? Le livre Road and Rail montre comment la centralité de la voiture dans l’urbanisme contemporain a été imposée partout au début du XXe (par des grandes compagnies et les Etats) malgré de fortes résistances de la population, alors que le tramway était le mode de transport (en commun) majoritaire. Dira-t-on que les gens « surconsomment » du chauffage, de l’électricité, des machines domestiques, depuis leurs petites maisons périurbaines ? Tout cela est le fruit de politiques publiques et du lobbying d’entreprises qui ont poussé activement les gens à devenir des « petits propriétaires » de lotissements de banlieue alimentés au tout-électrique (voir The Bulldozer in the Countryside, d’Adam Rome). Dira-t-on que « l’humanité » et « les consommateurs » ont été bien mal avisés le jour où ils se sont assemblés démocratiquement pour « choisir » le pétrole comme carburant du capitalisme ? Le livre d’Andreas Malm, Fossil Capital et celui de Timothy Mitchell, Carbon Democracy, démontrent que le choix des énergies fossiles, et en particulier celui du pétrole, a été le fait des classes capitalistes occidentales qui l’ont imposé à toute la planète, par la violence et au mépris de toute démocratie. Carbon Democracy revient par ailleurs sur la notion de « développement », qui plutôt que de représenter une volonté de progrès communément admise comme positive, cachait une volonté clairement colonialiste d’insérer les territoires et peuples victimes des impérialismes dans la division du travail global, tenue ensemble par une machinerie fonctionnant à base d’énergies fossiles8.
    Sauver la vie, tuer le zombie

    Tout a donc été fait pour qu’il soit extrêmement pénible au consommateur de résoudre le problème écologique. La figure et les comportements du consommateurs ont même été produits, pourrait-on dire, pour être impuissants, pour répondre sagement aux besoins de l’économie. Arrivés à ce point, nous jugeons donc le consommateur : non coupable de la catastrophe écologique qu’est notre monde.

    Le consommateur n’est pas coupable, certes, mais il faut tout de même le condamner à mort. Tous les bons films de zombies sont des films sur la société de consommation (voir l’excellent Zombie de Georges Romero). Le consommateur est cette créature étrange, à peine vivante, qui peuple les rues, les supermarchés, les parcs de loisir, les yeux dans le vide ou rivés sur son téléphone, faussement satisfaite, irrémédiablement solitaire et impuissante. Qui peut devenir agressive si on la contrarie dans son malheur. Retrouver un pouvoir d’action en écologie suppose une dézombification collective : il faut tuer en chacun de nous le consommateur.

    Voici donc quelques pistes et méthodes qui seront très utiles à cet effet. D’une part, le consommateur est produit de l’extérieur. Rien de plus efficace que de massacrer les consommateurs à la source, là où ils sont produits. On pourrait donc croire qu’il faut s’attaquer à la publicité, et à vrai dire les actions anti-pub sont toujours très réjouissantes, mais le cœur du problème n’est pas là. Dans une économie capitaliste, nous sommes des consommateurs avant tout parce que nous ne possédons pas et ne maîtrisons pas les moyens de production. Nous ne savons plus produire nos propres vêtements, notre propre nourriture, notre propre maison, comme tout le monde savait le faire il y a quelques siècles. On cessera donc d’autant plus d’être des consommateurs qu’on aura exproprié ceux qui s’accaparent les moyens de production, et qu’on se sera réapproprié collectivement les savoir-faire et les techniques nécessaires à une vie commune libre (jardiner, cultiver, coudre, construire, réparer, etc.).

    D’autre part, le consommateur nous tient de l’intérieur, quand nous sommes incapables de concevoir l’action écologique autrement que comme un acte de consommation (consommer moins, consommer mieux, et cela inclut le vote dans une démocratie libérale, qui n’est qu’un acte de consommation politique). Le consommateur est une figure inoffensive, il ne peut agir qu’en négatif en arrêtant de consommer tel produit. Il ne peut que s’indigner d’avoir été dupé quand on lui a fait manger du steak de cheval. Tuer le consommateur qui sommeille en nous ne signifie pas « arrêter de consommer » mais arrêter d’agir en consommateur, donc reconsidérer l’éventail des possibles dans les modes d’action. On ne fait jamais mieux pour son empreinte carbone ou pour l’écologie en général que lorsqu’on bloque des grands projets inutiles, et il y en a des tonnes sur le territoire français9.

    On ne redira jamais assez la richesse de ce que fut la ZAD de Notre-Dame-des-Landes du point de vue de l’action : recours juridiques, blocages économiques, mobilisations de masse, émeutes en centre ville, journées de conférences et d’accueil sur la zad, sabotage de nuit, construction de cabanes et de monuments artistiques, agriculture, musique, « non-marché » à prix libre, freeshop, convergence des luttes, tout cela a activement contribué à bloquer le projet d’aéroport, et à produire d’autres modes de vie. On ne trouve là rien qui relève de la « consommation », et ce fut la plus grande victoire de l’écologie française depuis bien longtemps.

    Il nous faut aussi poser sérieusement la question du renversement des institutions en place. On voit mal ce que pourraient faire une somme de consommateurs solitaires ou d’électeurs-tous-les-cinq-ans contre une chose aussi énorme que le système économique qui détruit la planète. Les gilets jaunes, les marches et les occupations sont un bon début — pour l’instant en échec, il est vrai : travaillons à offrir une suite grandiose !

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    Notes

    1.↑Voir cet excellent article : https://theconversation.com/face-a-lurgence-climatique-mefions-nous-de-la-sur-responsabilisatio

    2.↑Sur la « production des consommateurs », il peut être utile de lire Marx :https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/km18570829.htm ; Debord, La Société du spectacle ; ou Louis Pinto, L’invention du consommateur.

    3.↑A propos de ces histoires de bois, voir : https://www.greenpeace.fr/bois-illegal-en-amazonie-la-france-impliquee ; https://www.greenpeace.fr/special-cash-investigation-les-forets-menacees-par-une-razzia-sur-le-bois

    4.↑NB. Sur ce point, nous ne revenons pas sur le postulat selon lequel il existerait des manières de consommer (et donc de produire) plus ou moins néfastes, certaines bienveillantes, voire bénéfiques et éthiques, et d’autres non,—au contraire, la notion même de consommation « éthique » n’est qu’un mythe capitaliste, le monde marchand y étant forcément régi par les logiques de l’exploitation du vivant. Par exemple, il n’existe pas encore de véritable produits « vegan », puisqu’à plusieurs endroits de leurs chaînes de production, ces produits reposent encore sur l’utilisation de fumier ou d’autres produits d’origine animale.

    5.↑Les lieux communs sur les différences de consommation entre individus et entreprises sont tirés d’un recueil de lieux communs : Cyril Dion, Petit manuel de résistance contemporaine.

    6.↑Le rapport de Carbon4 : http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2019/06/Publication-Carbone-4-Faire-sa-part-pouvoir-responsabilite-climat.pdf

    7.↑https://fr.wikipedia.org/wiki/Sentinelles_(peuple)

    8.↑Pour aller plus loin, voir deux sources d’inspiration de cet article : le chapitre « Phagocène » dans l’indispensable L’événement anthropocène de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, et la vidéo de Fressoz : « Transition, piège à cons », https://www.youtube.com/watch?v=lO0r5O4-2wU

    9.↑Pour Paris, à propos de grands projets, voir : https://lundi.am/Contre-les-grands-projets-depuis-Paris-Desobeissance-ecolo-Paris

    https://blogs.mediapart.fr/desobeissance-ecolo-paris/blog/151019/l-ecologie-de-la-carte-bleue-1
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    signalé aussi par @monolecte
    https://seenthis.net/messages/1019622