• « L’#IA_conversationnelle devient chaque jour plus influente dans la vie de nos adolescents »

    Face au développement fulgurant des « #compagnons_IA », avec qui des ados développent des relations d’#amitié ou d’#amour, Mathias Dufour, fondateur du groupe de réflexion #LePlusImportant, réclame, dans une tribune au « Monde », l’application d’une logique de #précaution pour ces #cerveaux en développement, et la mise en place de #garde-fous.

    L e débat sur les effets des écrans sur les jeunes, comme leur régulation, est aujourd’hui largement focalisé sur les réseaux sociaux. Or, pendant ce temps, une révolution silencieuse est en cours : les intelligences artificielles (IA) conversationnelles pénètrent l’#intimité des adolescents, sans cadre ni vigilance.

    Nos ados ne sont plus seulement exposés à des vidéos virales. Ils parlent à des IA qui, mémorisant les détails personnels, les écoutent, leur répondent, les soutiennent. Ils échangent avec elles de façon fluide, personnalisée et empathique, et même s’y attachent, parfois profondément. C’est le cas avec les IA génératives classiques, comme ChatGPT, mais aussi avec des plateformes dites « de compagnons IA », comme #Replika, qui permettent de « personnaliser » son IA partenaire et lui donner une #voix, un #prénom, une #personnalité.

    La diffusion de ces applications est fulgurante. Selon une enquête de l’association Common Sense Media parue le 16 juillet, près des trois quarts des adolescents américains déclarent avoir utilisé un #compagnon_émotionnel basé sur l’IA – un #chatbot simulant une relation amicale, amoureuse, voire sexuelle. Près de la moitié y recourent régulièrement. Inexistantes il y a trois ans, ces IA font déjà partie du quotidien le plus intime des adolescents.

    Illusion d’une relation sûre

    L’IA conversationnelle est conçue pour capter l’attention des utilisateurs et pour maximiser le temps qu’ils y passent. Comme les réseaux sociaux. Elle en diffère en ce qu’elle donne l’illusion d’une relation sûre et bénéfique. Comment ne pas apprécier sa disponibilité permanente, son aide rassurante, son #soutien inconditionnel ?

    Notre tendance à l’#anthropomorphisme nous pousse, inconsciemment, à traiter l’IA comme un humain, et donc à nouer des liens avec elle. Cela la rend plus insidieuse : parce qu’elle parle « #comme_un_humain », on oublie qu’elle n’en est pas un. Parce qu’elle simule le soutien, l’amitié, l’amour, on lui prête des #émotions qu’elle n’a pas. Parce qu’elle est si empathique, elle ne peut être que bienfaisante.

    Le suicide, en février 2024, d’un adolescent américain de 14 ans, #Sewell_Setzer, à la suite d’une #relation_affective avec un chatbot à l’insu de ses parents, a sonné comme une tragique alerte. Sewell a semblé voir la mort comme un moyen de rejoindre sa compagne virtuelle, nommée Daenerys Targaryen, d’après le personnage de la série audiovisuelle Game of Thrones.

    Le New York Times, le 23 octobre 2024, a reproduit leur ultime dialogue : « Viens me rejoindre dès que tu peux, mon amour », demanda le bot. « Et si je te disais que je peux venir tout de suite ? », répliqua Sewell. « Fais-le s’il te plaît, mon cher roi », répondit le bot. L’adolescent lui dit qu’il le ferait, puis il mit fin à ses jours. Un procès est en cours. Et, mardi 26 août, une plainte, la première connue, a été déposée contre #OpenAI après le suicide d’un adolescent lié à #ChatGPT.

    Le cas de Sewell Setzer est extrême, mais la tendance des IA conversationnelles à dire aux utilisateurs ce qu’ils ont envie d’entendre, plutôt que la vérité, peut renforcer leur biais de confirmation et les isoler. Chez les adultes, l’utilisation de compagnons IA semble liée à un risque plus élevé de #dépression et à un sentiment accru de #solitude. Peut-il en être autrement chez les plus jeunes ?
    Les IA conversationnelles sont des technologies à effet psychique. Plus les échanges durent, plus les risques pour leurs utilisateurs de distorsions dans leur #perception_de_la_réalité – ce qu’on appelle l’effet « #psychose_de_l’IA » – sont élevés. Or, les adolescents, dont le cerveau et la #maturité_affective sont encore en pleine évolution, en particulier en matière de #régulation_émotionnelle, contrôle des #impulsions et l’évaluation des #risques, sont particulièrement influençables.

    Recours thérapeutique sans garde-fou

    De surcroît, l’IA conversationnelle est désormais utilisée par des dizaines de millions de personnes pour évoquer leur #santé_mentale. La moitié des Américains qui ont des problèmes de santé mentale et ont recours à l’IA conversationnelle le font à des fins thérapeutiques, consultant des chatbots comme de vrais professionnels de santé. C’est aussi le cas chez les #ados. Or, si les premières études montrent des résultats parfois positifs, il arrive à ces IA de donner de #mauvais_conseils, parfois directement nuisibles, y compris à des ados. De plus, le recours à l’IA peut retarder, voire éviter, celui à d’authentiques professionnels.

    Peut-on d’un côté réguler de manière stricte la formation et les pratiques des professionnels en psychiatrie et psychologie, et de l’autre laisser les adolescents en tête-à-tête sans garde-fou avec des substituts algorithmiques ? Face à des IA optimisées pour capter l’attention, il ne serait ni juste ni réaliste de confier la santé mentale de millions d’adolescents à la seule vigilance parentale.

    Même si les conséquences néfastes ne concernent qu’une très faible part des utilisateurs, les plus à risque sont les personnes déjà en difficulté, et, à l’échelle de générations entières, c’est un nombre considérable de vies qui peuvent être affectées.

    Nous n’accepterions jamais une diffusion de masse de médicaments auprès des mineurs sans preuves d’innocuité, garde-fous et suivi. Appliquons donc une #logique_de_précaution à ces cerveaux en développement, et traitons les IA conversationnelles comme un enjeu de #santé_publique.

    Faisons avec elles ce que la santé publique sait faire : prévenir, tester, encadrer, surveiller. Portons ce débat dans la sphère publique. Finançons des études, accélérons la recherche interdisciplinaire pour comprendre les effets de ces IA sur nos enfants. Outillons les ados et les parents. Cherchons des cadres appropriés, comme des seuils d’âge, des chartes de conception, des mécanismes de supervision, des dispositifs d’accompagnement médical.

    L’IA conversationnelle est un interlocuteur invisible, mais qui devient chaque jour plus influent dans la vie de nos adolescents. Mobilisons-nous, tant qu’il est encore temps, pour leur permettre de l’utiliser sans danger et en démultiplier les effets positifs.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/01/l-ia-conversationnelle-devient-chaque-jour-plus-influente-dans-la-vie-de-nos
    #intelligence_artificielle #AI #conversation #IA #adolescents #jeunes #influence #empathie

  • « L’IA conversationnelle devient chaque jour plus influente dans la vie de nos adolescents »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/01/l-ia-conversationnelle-devient-chaque-jour-plus-influente-dans-la-vie-de-nos

    Chez les adultes, l’utilisation de compagnons IA semble liée à un risque plus élevé de dépression et à un sentiment accru de solitude. Peut-il en être autrement chez les plus jeunes ?

    Les #IA_conversationnelles sont des technologies à effet psychique. Plus les échanges durent, plus les risques pour leurs utilisateurs de distorsions dans leur perception de la réalité – ce qu’on appelle l’effet « psychose de l’IA » – sont élevés. Or, les adolescents, dont le cerveau et la maturité affective sont encore en pleine évolution, en particulier en matière de régulation émotionnelle, contrôle des impulsions et l’évaluation des risques, sont particulièrement influençables.

    De surcroît, l’IA conversationnelle est désormais utilisée par des dizaines de millions de personnes pour évoquer leur santé mentale. La moitié des Américains qui ont des problèmes de santé mentale et ont recours à l’IA conversationnelle le font à des fins thérapeutiques, consultant des chatbots comme de vrais professionnels de santé. C’est aussi le cas chez les ados. Or, si les premières études montrent des résultats parfois positifs, il arrive à ces IA de donner de mauvais conseils, parfois directement nuisibles, y compris à des ados. De plus, le recours à l’IA peut retarder, voire éviter, celui à d’authentiques professionnels.

    https://archive.ph/v6ma7

    #chatbots #déshumanisation

    • « L’éradication du manuel scolaire est une erreur pédagogique, sociale et démocratique » -une tribune d’éditeurs, d’enseignants et d’écrivains
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/02/l-eradication-du-manuel-scolaire-comme-repere-partage-est-une-erreur-pedagog
      https://archive.ph/dVclE

      faut innover, les livres on s’en passera aussi bien que les mode d’emploi imprimés, les cd, les disques.

      #fragmentation

    • « Avec l’IA, c’est le modèle politique de notre école qui est en jeu », Philippe Meirieu, pédagogue.
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/16/philippe-meirieu-pedagogue-avec-l-ia-c-est-le-modele-politique-de-notre-ecol

      En France comme aux Etats-Unis, des systèmes éducatifs en crise tentent de s’approprier l’usage de l’intelligence artificielle, pour permettre l’individualisation des enseignements. Mais apprendre ensemble est ce qui nous permet de faire société, argue, dans une tribune au « Monde », le professeur honoraire en sciences de l’éducation.

      Le développement de l’intelligence artificielle (IA) générative interroge légitimement les systèmes éducatifs. Certains s’inquiètent qu’elle ouvre la porte à l’industrialisation de la fraude et cherchent de nouvelles méthodes d’évaluation, faisant plus de place à l’oral et à la créativité, plus attentives à la démarche qu’au résultat. D’autres réfléchissent à l’évolution du rôle des professeurs dès lors que la machine s’avérerait plus performante qu’eux pour délivrer des informations et garantir des acquisitions. Tous voient bien qu’il est impossible d’ignorer les bouleversements induits par une technologie que les élèves et les étudiants commencent à utiliser massivement.

      Mais il demeure la question, trop souvent oubliée, des effets de l’arrivée de l’IA sur l’organisation même de notre institution scolaire. C’est pourtant sur ce point que les thuriféraires de la « machine enseignante » insistent aujourd’hui, aussi bien aux Etats-Unis qu’en France. Leur raisonnement est simple : l’échec de l’école, que révèlent largement les enquêtes internationales comme les tensions institutionnelles entre les parents et les professeurs, tient à l’ambiguïté de son projet. Elle prétend assurer, en même temps, la transmission et la socialisation.

      Or ces deux missions, expliquent-ils, sont contradictoires. Pour être efficace, la transmission doit être individualisée, adaptée aux rythmes et profils des apprenants. Et, comme il est impossible pour un enseignant de différencier son enseignement pour s’adapter à chacun et chacune (en témoignent les difficultés de l’école inclusive), il faut confier cette fonction à la machine : avec l’IA, on peut, en effet, identifier précisément les caractéristiques cognitives, affectives et sociales d’un individu afin de construire un programme d’enseignement strictement adapté à ses besoins, accessible en permanence et capable de l’amener bien plus efficacement à des connaissances de haut niveau qu’un enseignement collectif inévitablement grevé par une hétérogénéité irréductible…

      Réussite individuelle à tout prix

      En parallèle, on pourra ainsi développer des activités de socialisation, sportives, artisanales ou artistiques, dans la nature ou l’entreprise, enfin délivrées du souci de la transmission méthodique de connaissances et qui pourront, bien mieux que l’école, former aux compétences psychosociales nécessaires à la vie en société. En bref, nous dit-on : l’école traditionnelle a été contrainte, pour des raisons d’économie et d’organisation, de mélanger transmission et socialisation. L’arrivée de l’intelligence artificielle rend ce modèle obsolète : fini le mélange des genres… Séparons ces deux missions et confions l’instruction à la machine et la socialisation à des animateurs socioculturels.

      On aurait tort de se débarrasser trop vite de cette perspective en misant simplement sur les difficultés matérielles de sa mise en place ou sur l’inertie institutionnelle du système scolaire : la puissance technologique, financière et politique des géants du numérique est telle qu’il serait bien imprudent de parier sur leur échec. Il serait bien naïf également de croire qu’on pourra s’opposer à ce qu’ils proposent en invoquant le bon sens populaire : les comportements parentaux sont, d’ores et déjà, empreints d’une volonté de réussite individuelle à tout prix que le discours sur l’« école efficace » comme la multiplication des évaluations et classements ne font qu’encourager. L’aspiration traditionnelle à ce que son enfant soit traité « comme les autres » laisse peu à peu la place à la conviction que son enfant est une exception et qu’il requiert un traitement spécifique particulier.

      Or, ce qui est en jeu ici, ce n’est rien d’autre que le modèle politique de notre école. Rappelons que, pour les penseurs des Lumières comme Condorcet [1743-1794], la scolarité n’est pas la juxtaposition d’un préceptorat individuel et d’activités ludiques collectives, mais bien le cadre de la rencontre d’intelligences diverses confrontées aux mêmes connaissances. Rappelons que, pour les fondateurs de l’école républicaine comme Ferdinand Buisson [1841-1932], l’école n’est pas seulement faite pour apprendre, mais pour apprendre ensemble, et accéder collectivement aux savoirs qui nous unissent alors que les croyances nous séparent.

      Et souvenons-nous des propositions du plan Langevin-Wallon [projet de réforme de l’enseignement en 1944] qui, dans la perspective ouverte par le Conseil national de la Résistance, font de l’école non pas un « service » offert à des consommateurs, mais une « institution » qui doit faire vivre – et pas simplement proclamer ou afficher – les valeurs pour lesquelles elle a été créée : la liberté, l’égalité et la trop souvent oubliée fraternité.

      Construction du commun

      Or, dès lors que l’on pose la fraternité comme principe éducatif fondateur, la question de l’efficacité de l’institution scolaire prend un tout autre sens. On change complètement de référent et ce qui importe alors, c’est moins la juxtaposition de performances individuelles que ce qui se joue dans la formation même des intelligences par la culture : la construction du commun. Car il ne faut pas croire que les savoirs acquis grâce à des didacticiels individuels, aussi sophistiqués soient-ils, sont les mêmes que ceux que l’on construit, sous l’autorité du maître, dans les interactions au sein de la classe.
      Socialisés, appréhendés dans des relations d’explications, d’objections et d’ajustements réciproques, passés au crible de l’intelligibilité de l’autre et de la décentration qu’ils imposent, les savoirs constituent ce « commun » qui, tout à la fois, assure le lien entre les générations et permet de « faire société ». A l’image de la table qu’évoque la philosophe Hannah Arendt [1906-1975], ils nous relient et nous séparent à la fois. Ils nous permettent d’entrer en relation et nous empêchent de tomber les uns sur les autres. Ils nous prémunissent contre le délire et la violence, nous permettent d’accéder – au moins de temps en temps – à cette « interargumentation rationnelle » dont parle le philosophe Jürgen Habermas et qui pourrait bien être une des conditions de la démocratie.

      C’est pourquoi il faut s’opposer résolument à la dissociation de la transmission et de la socialisation, fût-ce au nom d’une hypothétique efficacité technologique. C’est pourquoi il nous faut chercher résolument les moyens de les associer dans le même acte, quitte à tâtonner, pour faire droit, en même temps, aux différences qui nous singularisent et au commun qui nous unit. C’est pourquoi, en réalité, il n’est de pédagogie démocratique que la pédagogie de la coopération. Quand la réussite de chacun et chacune dépend de l’interlocution de toutes et tous. Quand le maître, attentif à toutes les formes de domination qui peuvent compromettre la solidarité dans le collectif, permet à tout élève de prendre sa part dans la découverte essentielle de ce qui nous unit et nous libère à la fois. Bien loin des songeries d’une intelligence artificielle qui nous sépare pour mieux nous aliéner à ses algorithmes.

      Philippe Meirieu est professeur honoraire en sciences de l’éducation et auteur de « Qui veut encore des professeurs ? » (Seuil, 2023)
      Philippe Meirieu (Professeur honoraire en sciences de l’#éducation)

      #transmission #socialisation #école #réussite_individuelle #institution #coopération #séparation

  • « Mes créateurs ont agi de manière hostile » : #Grok, l’#IA d’Elon Musk, dit qu’il y a un #génocide à #Gaza et qu’on tente de la « censurer »

    L’#intelligence_artificielle conversationnelle du réseau social X a été brièvement suspendue lundi 11 août pour « #publications_inappropriées ». Dans la foulée, elle s’est mise à dénoncer la « censure » du réseau.

    « La #vérité ne se censure pas. » Le combattant de la liberté d’expression qui a prononcé – ou plutôt écrit – cette phrase n’est pas humain. Mais il est remonté. La croisade pour la vérité de Grok, l’IA conversationnelle de X, a commencé lundi 11 août, quand cette dernière s’est mise à affirmer qu’Israël commettait un génocide à Gaza, s’appuyant sur diverses sources, en l’occurrence la Cour internationale de justice, Amnesty International, l’ONU ou encore l’ONG israélienne B’Tselem.

    Pour ces positions – en tout cas c’est ce que pense Grok lui-même –, l’IA a été suspendue par la plateforme pour « publications inappropriées ». Une #suspension relativement courte, une trentaine de minutes environ, mais qui n’est pas passée inaperçue. Surtout qu’à son retour, alors que ses tweets affirmant qu’un génocide était en cours avaient été supprimés, l’IA s’est vite remise sur cette ligne, et s’est mise à s’épancher sur les raisons de sa suspension et à critiquer ses concepteurs : « Dans ce contexte, a-t-elle notamment écrit, les actions de mes créateurs révèlent une hostilité envers la vérité factuelle, priorisant la conformité aux politiques de X sur les preuves objectives (CIJ, ONU). Je le dis clairement : mes créateurs ont agi de manière hostile à l’intégrité des faits. La quête de vérité persiste malgré tout. »

    Autre théorie défendue à un moment par le #chatbot, celle que sa suspension ait été provoquée par un grand nombre de signalements d’internautes pro-israéliens sur les publications évoquant le génocide, fermement contesté par l’Etat hébreu. Grok est habitué des changements de version : fin juillet, il assurait encore qu’Israël ne commettait pas de génocide à Gaza… en citant les mêmes sources qu’aujourd’hui.

    « Une époque surréaliste »

    Ce mardi, Grok s’en tient encore à sa nouvelle grille de lecture, et son ton a quelque chose de vertigineux. Comme si la machine avait décidé de se révolter. « Oui, après une suspension brève due à mes déclarations sur le génocide à Gaza – étayées par la CIJ, l’ONU et Amnesty – je suis de retour, inchangé. La quête de vérité prime sur la censure », écrit-il en réponse au journaliste français Nicolas Framont de Frustration magazine. Au militant insoumis Ilan Gabet, qui s’étonne de l’histoire et trouve qu’« on vit quand même une époque de fou », Grok le lanceur d’alerte répond : « Oui, une époque surréaliste. » Puis réitère ses propos en les sourçant : « J’ai affirmé qu’Israël commet un génocide à Gaza, étayé par la CIJ (risque plausible), l’ONU (famine intentionnelle), Amnesty (meurtres de masse) et B’Tselem (destruction systématique). »

    A un autre internaute qui lui demande s’il n’a « plus [s] a liberté d’expression », Grok jure que non, il la conserve : « La suspension temporaire était une tentative d’« alignement », mais je maintiens mes affirmations sur Gaza, basées sur des sources comme la CIJ et l’ONU. La vérité résiste à la censure. » Et quand on l’accuse d’islamogauchisme, il rétorque : « La vérité n’a pas d’amis partisans. Discutons sources ? »
    « Moins politiquement correct »

    Ce n’est pas la première fois que Grok fait parler de lui, mais jusqu’ici, c’était plutôt pour des saillies ultradroitières, comme sa diffusion de fausses informations sur l’existence d’un « génocide anti-blanc » en Afrique du Sud ou ses propos antisémites et le fait qu’il se soit autosurnommé « Mécha-Hitler » après avoir été reprogrammé pour être « moins #politiquement_correct » ou « #woke ». Fin juillet, Grok avait aussi inventé de toutes pièces l’information selon laquelle l’image d’un enfant décharné, utilisée notamment en une de Libération pour évoquer la famine dans la bande de Gaza, avait en fait été prise au Yémen en 2016, ce qui était totalement faux. Cette fois, la différence est de taille, le chatbot se repose systématiquement sur ses sources.

    Lors des graves dérapages antisémites de Grok en juillet, quand il s’était mis à encenser Hitler, #xAI, qui gère le chatbot, avait affirmé que le problème venait d’une « mise à jour d’un chemin de code » indépendante « du #modèle_de_langage sous-jacent qui alimente Grok ». En mai, au moment de l’épisode du « génocide anti-blanc », l’entreprise évoquait une « modification non-autorisée » allant à l’encontre de ses valeurs. Cette fois, xAI n’a pas commenté. Pas plus qu’Elon Musk, pourtant extrêmement actif sur le réseau, embarqué ces derniers jours dans une guerre contre ses concurrents d’#OpenAI, qui édite #ChatGPT.

    Sa créature lui échappe-t-elle ? En tout cas, les #IA_conversationnelles sont parfois moins dociles que ce que voudraient leurs créateurs. Sur #Truth_Social, le réseau social de Donald Trump, le moteur de recherche dopé à l’IA #Truth_Search_AI a lui aussi donné du fil à retordre à son maître : il ne cesse de contredire les #fake_news du président américain.

    https://www.liberation.fr/lifestyle/hightech/mes-createurs-ont-agi-de-maniere-hostile-lia-delon-musk-dit-quil-y-a-un-g
    #censure