• La gauche doit-elle céder au chant de l’IA générative ? Non !
    https://danslesalgorithmes.net/stream/la-gauche-doit-elle-ceder-au-chant-de-lia-generative-non

    « Depuis que le camp de l’émancipation a renoncé à combattre l’aliénation et a adopté les « innovations » du capital en les saluant comme des progrès, il ne cesse de multiplier les défaites. Parce que, précisément, ces innovations garantissent une passivité face à la réalité capitaliste qui sape les bases de toute tentative sérieuse […]

  • La gauche doit-elle céder aux chants des sirènes de l’intelligence artificielle ?
    https://blogs.mediapart.fr/romaric-godin/blog/030826/la-gauche-doit-elle-ceder-aux-chants-des-sirenes-de-l-intelligence-a

    (...)

    « Serviteurs zélés du vide, le vide les paie en monnaie à son effigie », écrivait Debord. Et c’est bien ce qui attend nos techno-solutionnistes de gauche. L’IAG les engloutira, eux et leurs beaux projets, comme elle nous engloutira tous, parce qu’il est ce Moloch créé par les capitalistes pour rendre la vie humaine, le dernier obstacle à la domination de l’abstraction réelle du capital, superflue.

    Le refus actif de l’IAG, de sa « hype », de ses « gains de temps », de ses « solutions », peut être le fondement d’un mouvement social capable de contester l’ordre capitaliste et la destruction qui l’accompagne. Il reste certes à construire, mais il est néanmoins la seule voie cohérente pour résister au désastre qui vient.

  • Des centaines de journalistes poussés vers la porte, souvent au prétexte de l’IA
    https://next.ink/244754/des-centaines-de-journalistes-pousses-vers-la-porte-souvent-au-pretexte-de-lia

    Le Quotidien du médecin, qui se présente comme le « leader incontesté de la presse médicale française », fait partie du Groupe Profession Santé, qui édite également Le Quotidien du pharmacien et le site web Infirmiers.com. Le groupe revendique le titre de « 1er groupe médias et services pour les professionnels de santé »,une communauté qualifiée de plus de 400 000 professionnels de santé, 460 000 lecteurs inscrits et près de 500 000 followers, et plus d’un million de visites mensuelles sur ses plateformes.

    Deux tiers des 36 journalistes qui y écrivaient encore en début d’année ont cela dit préféré quitter l’entreprise, révèle Politis, en réaction aux conditions de travail décidées par leur nouveau propriétaire, qui veut leur imposer de recourir à l’#IA_générative.

  • Le principe d’#irresponsabilité des outils d’#IA_générative se fissure : la #justice allemande rend une décision salutaire contre #Google et pour l’#information_fiable

    Le #tribunal régional de Munich a jugé que Google était responsable des propos tenus par son intelligence artificielle (IA) dans les résultats de recherche, après que celle-ci a publié des propos faux au sujet de deux éditeurs munichois. Reporters sans frontières (RSF) salue cette décision inédite au monde, de laquelle Google a fait appel. C’est un signal fort : la cour de justice rappelle à la plateforme sa #responsabilité dans la construction du nouveau monde informationnel.

    Le #principe_d'irresponsabilité des outils d’IA générative commence à se fissurer. Le tribunal de Munich a rendu une décision forte : oui, Google peut être tenu responsable des résumés produits par #AI_Overviews, la fonctionnalité de résumé par IA des résultats de son #moteur_de_recherche. Une première mondiale.

    L’IA de Google avait associé les plaignants, deux éditeurs munichois de livres et de magazines, anonymisés dans la décision finale, à des pratiques commerciales douteuses et à des pratiques commerciales interdites, comme le recours à des #pièges à abonnement, c’est-à-dire l’incitation à recourir à des abonnements payants à l’insu de ses clients. Or, selon la cour, les liens affichés par Google ne permettaient pas d’étayer les propos formulés par l’AI Overview.

    “Ce que dit la cour est limpide : quand un système d’IA présente comme des faits établis des accusations qu’il ne peut pas prouver, ce n’est pas un simple ‘bug’. C’est un contenu produit et diffusé par Google, sous sa responsabilité. C’est exactement le principe que nous défendons depuis plusieurs années à RSF : les concepteurs d’IA doivent être tenus responsables des torts causés par leurs systèmes à l’intégrité de l’information et s’assurer au mieux de leur fiabilité avant de les déployer." (Vincent Berthier, Responsable du bureau technologies et journalisme de RSF)

    La #liberté_d'expression ne protège pas de tout

    Fait notable, le tribunal a pris le temps d’étudier la liberté d’expression dont Google pouvait en principe se prévaloir en pareilles circonstances. Sa conclusion est que la liberté d’expression a un poids limité dans ce dossier : l’énoncé litigieux est principalement le résultat d’un #algorithme et d’une #activité_commerciale, non l’expression d’une conviction humaine. Puisque les propos ont été générés de manière autonome par une IA intégrée au service de Google, ils sont plus qu’une simple recherche de termes affichée sous la forme d’une série de liens. Ils forment une réponse propre.

    Le tribunal a également rejeté l’idée que les internautes seraient en mesure de vérifier eux-mêmes l’exactitude des résumés en consultant les sources citées : ces résumés générés par IA se présentent comme des #affirmations, ce qui rapproche leur statut de celui d’un titre lu par une lecteur pressé, par exemple, dont un média est responsable même si le public ne prend pas la peine de vérifier ces affirmations en cliquant sur un lien.

    Construire le cadre de responsabilité

    Google a annoncé faire appel et la décision pourrait être revue. D’autre part, son champ d’application reste limité au cas particulier qu’elle traite. Elle porte néanmoins en ses germes un besoin pressant : celui d’édicter clairement qui parle quand une IA génère du texte, particulièrement dans un contexte d’information, et donc qui est responsable de ses dysfonctionnements, ainsi que les mesures qu’il convient de prendre pour en atténuer les risques.

    En Europe, si le le règlement sur les services numériques, le DSA, impose aux très grandes plateformes d’évaluer leurs risques systémiques et si le règlement sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, prévoit des obligations de transparence pour les contenus générés par IA, ce qui est le cas pour AI Overview, l’état actuel du droit européen est insuffisant. Aucun de ces textes n’établit de cadre de responsabilité adapté au cas spécifique des résumés informationnels produits par les systèmes d’IA générative dans les moteurs de recherche.

    https://rsf.org/fr/le-principe-dirresponsabilit%C3%A9-des-outils-dia-g%C3%A9n%C3%A9rative-se-fissu
    #IA #AI #intelligence_artificielle #Allemagne

  • Pour un #label « sans #ia_générative », « Splann ! » signe le #plaidoyer de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse
    https://splann.org/appel-journalisme-sans-ia-generative

    La #rédaction de « Splann ! » s’interdit de publier des textes, des images et des sons élaborés par l’intelligence artificielle générative. Huit mois après avoir inscrit dans cet engagement dans notre charte morale et déontologique, nous signons l’appel de l’Atelier politique pour l’émergence d’un label « Sans IA générative » dans l’enseignement, la culture, le #journalisme et les entreprises. L’article Pour un label « sans IA générative », « Splann ! » signe le plaidoyer de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #La_vie_de_« Splann !_ » #atécopol #atelier_d'écologie_politique_de_toulouse #chercheurs #déontologie #éducation #enseignement #éthique #fraude #gafam #intelligence_artificielle #LLM #manipulation #numérique #presse #propagande #recherche #scientifiques #tribune #tromperie

  • PLAYED BY HUMANS — JAZZ IS DEAD
    https://www.jazzisdead.com/playedbyhumans

    Une certification pour dire qu’une musique n’est pas faite par IA, avec un testeur en ligne aussi. Par Jazz is dead et Linear Labs les deux labels de Adrian Younge.

    The Stamp of Human Authenticity

    The Played By Humans stamp is proof that a song is not 100 percent AI-Generated.

    Musicians can use our tool to show the world that their music is human-made and receive the authentication label through a secure, blockchain-based process.

    Music lovers can use the tool too. By uploading music they find, anyone can discover whether or not what they’re listening to is truly played by humans.

    #musique #label #jazz_is_dead #linear_labs #Adrian_Younge #IA #IA_générative

    • Bonjour,
      Il y a une belle idée, mais on devrait cependant réfléchir à ce qui est dit sur l’IA.
      Quand sont apparus les premiers remix, on a considéré que c’était de la musique d’ordinateur. Idem avec les sampling, les batteries synthétiques, les synthés eux-mêmes... Certains voulaient privilégier le son brut des instruments... mais l’histoire de la musique fait que souvent des musiques entières sont générées par des humains avec des ordinateurs. (je précise, ce n’est pas la musique que je préfère... mais un constat).
      Il me semble que la question de la formation du goût (musical, mais aussi au delà... je suis sidéré par les images d’IA qui dévoilent souvent un sens caché contraire à ce qui veut être dit si l’on s’en tient à ce qui est mis en avant).
      Bref, je suis inquiet de la destruction de la créativité humaine par l’IA... ou plutôt par l’exploitation commerciale qui en est faite (cf. l’horrible chanson dite « des Beatles » nettoyée/générée par IA).
      Comme pour toutes les critiques actuelles, sanctionnons les porteurs de soumission (les plateformes de médias sociaux ou de musique qui diffuseraient 30% de musique par IA !!!).

    • Adrian Younge et Ali Shaheed Muhammad (ex A tribe called quest) participent à du rap, et ont eux-mêmes été beaucoup samplés. Donc c’est vraiment pas pareil.

      Our Values :
      – A MUSICIAN’S RIGHT TO STAND APART: We believe that the artists who pour their lives into their work deserve more than anonymity in a sea of algorithms. This is a tool for musicians to claim their space, declare their craft, and ensure their humanity is never erased or mistaken.

      – TRANSPARENCY THAT SERVES EVERYONE: Listeners deserve to know where their music comes from, and musicians deserve to be seen for who they are. We provide a standard that honors both, at once giving artists the ability to distinguish their work and giving fans the clarity they deserve.

      – CHOICE AS EMPOWERMENT: Whether a listener cares about the origin of a song or not, musicians should never be stripped of the ability to distinguish their work on their own terms. Played By Humans exists to protect that choice, giving artists the final say over how their humanity is represented.

    • Une expérience amusante :

      Played By Humans - Jazz Is Dead
      https://jazzisdeadla.substack.com/p/played-by-humans

      How would you feel if your favorite artist did a cover of an AI song?

      It’s about knowing that the biggest, loudest mark a generation leaves on the world is the music it produces. And that music is not just an aesthetic thing. It’s a product of the interaction between people and the times. It both feeds and is fed by the community that makes it.

      Le morceau en question
      https://jazzisdead.bandcamp.com/track/through-my-soul

  • Zen of AI Coding - Nonstructured
    https://nonstructured.com/zen-of-ai-coding

    - Software development is dead
    – Code is cheap
    – Refactoring easy
    – So is repaying technical debt
    – All bugs are shallow
    – Create tight feedback loops
    – Any stack is your stack
    – Agents are not just for coding
    – The context bottleneck is in your head
    – Build for a changing world
    – When considering Buy vs. Build, the answer, more often, is build
    – Fast rubbish is still rubbish
    – Software is a liability, a product is an asset
    – Moats are more expensive
    – Build for agents
    – Anticipate modes of failure

    Alors, tu vois, maintenant, tu arrêtes tout, et tu laisses faire les machines.

  • Apprenez à vérifier du contenu généré par IA

    Apprenez les bases de l’intelligence artificielle, les bonnes pratiques pour les journalistes, les principales formes de désinformation et à détecter et vérifier les contenus générés par IA.

    – Les bases de l’IA et son impact sur l’écosystème de l’information
    – Les bonnes pratiques pour les journalistes qui utilisent l’IA
    – Les principaux types de désinformation créée par IA

    Un cours d’1h15 par l’AFP, je ne sais pas ce que ça vaut, mais je serais curieux de savoir.

    https://fr.digitalcourses.afp.com/courses/verifier-contenu-IA

    #IA #AI #ia_générative #iagen #intelligence_artificielle #afp #désinformation

  • Un mot du label « No format » sur l’IA, en email (pas trouvé en page web, ils l’ont publié en texte image sur Instagram… on marche vraiment sur la tête avec ces plateformes).

    Nous ne serons pas les idiots utiles de l’IA générative

    Le développement actuel de l’IA répond au principe du « Winner takes all. »

    Il n’y aura qu’un seul vainqueur au final, et il disposera d’un pouvoir économique et politique sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

    Une poignée de méga-compagnies se livrent donc à une compétition effrénée, et investissent des centaines de milliards dans cette course folle. Et les Etats, par peur légitime de devenir dépendants technologiquement d’un état ennemi dans le futur, poussent chacun leur champion national.2

    Dans ce contexte frénétique, la régulation pèse très peu. Les lobbys pro IA travaillent à tous les niveaux pour éviter les freins.3 Sécurité, protection de la démocratie, droits humains, et droits d’auteur, qui devraient être des priorités, deviennent des variables secondaires dont l’impact doit absolument être minimisé pour ne pas freiner la croissance. Toute forme de régulation est perçue comme un réflexe rétrograde face au sacro-saint progrès technologique et au sursaut patriotique.

    Dans cette logique nous constatons que l’irruption de l’IA générative dans la musique est totalement incontrôlée. Nous, label de musique qui accompagnons des artistes depuis 20 ans, assistons bouche bée à ce bouleversement. Tout ce que nous avions collectivement construit, notamment au nom de l’exception culturelle, est clairement menacé. Et pourtant aucune mesure n’est prise. Nous avons bien conscience qu’il sera difficile de contrer ce tsunami, tant la volonté de régulation est faible.

    Non seulement on ne régule pas, mais on nous demande de nourrir la bête. Dans la foulée des majors, le syndicat des distributeurs indépendants MERLIN vient en effet de négocier avec UDIO un deal sur l’utilisation de catalogues indés pour entrainer leurs IA1

    Certains producteurs indépendants s’apprêtent à accepter, par fatalisme, ou par appât du gain. Ou les deux. Pour nous une ligne rouge est franchie.

    Pour nous rassurer, on nous promet la transparence, mais on n’a jamais obtenu aucune transparence sur les algorithmes des géants de la Tech et on sait très bien que les Américains font passer les intérêts du business avant tout.4 On nous promet aussi une rémunération équitable mais, même si c’était le cas, nous n’en voulons pas.

    Nous ne collaborerons pas à ce cirque.

    Nous refusons que ce que les artistes ont mis une vie entière à maîtriser soit fondu dans des milliards de data et « recraché » en musique artificielle par Udio, Suno, ou un autre.5 Nous refusons que la musique et plus largement, l’art, soit réduit à un flux vomi par des robots dans le seul et unique but d’engraisser une licorne.

    Ce n’est pas le monde que nous voulons. Ni pour nos enfants, ni pour tous les enfants du monde, qui rêvent d’apprendre un jour à gratter quelques notes de guitare. Car, dès lors, comment transmettre l’apprentissage, l’effort, les techniques de composition, le goût de la pratique musicale, le lien social crée par celle-ci ?

    Nous croyons au pouvoir des artistes sur notre imaginaire, sur notre façon d’être au monde, sur notre bien-être et notre santé mentale. Nous croyons à l’impact majeur de leur travail sur notre vie, et nous voulons continuer à en prendre soin.

    Nous croyons que la création, -ainsi que la technique inhérente à celle-ci, est un miracle humain qu’il faut farouchement protéger et transmettre aux générations futures.

    Nous refusons donc toute utilisation de notre catalogue pour entrainer des IA.

    NOTES & SOURCES

    1 Udio conclut un accord de licence de l’IA avec Merlin (communiqué de presse / Music Business Worldwide)

    2 La course globale de l’IA (Le Monde)

    3 Sur les lobbies pro-IA (Politico)

    4 Sur la manque de transparence dans l’industrie de l’IA et les impacts destructrices (Mother Jones : ’The Race to Stop AI’s Threats to Democracy’)

    5 Suno a conclu un accord avec WMG et Udio avec WMG + UMG (Billboard : ’Top AI Music Companies Leading the Future of the Industry in 2026’)

    #musique #IA #AI #ia_générative #iagen #no_format

  • L’intelligence artificielle va « détruire complètement » le droit, alerte un avocat britannique - Numerama
    https://www.numerama.com/tech/2147099-lintelligence-artificielle-va-detruire-completement-le-droit-alert

    Car les honoraires astronomiques associés à la profession ne sont pas étrangers à ce déclin annoncé. Plus que les capacités de l’IA à rédiger ou à argumenter, c’est la remise en cause du modèle de tarification actuel qui inquiète James. À partir du moment où la qualité des textes produits par une IA dépasse un certain seuil, le coût humain devient difficile à justifier. Les années passées à devenir barrister pèseront peu face à des solutions facturées quelques centimes. Interrogé par le journaliste sur les hallucinations de l’IA ou sur l’importance d’un visage humain au tribunal, James balaie ces objections d’un revers de main : « Des bugs temporaires et des préférences sentimentales. L’argument économique écrase tout. »

    […]

    « Pour eux, admettre qu’ils ne sont pas si spéciaux que ça, en réalité, et qu’ils peuvent être remplacés par un robot gratuit, ça va être une torture », lâche-t-il. James déplore à la fois cette surévaluation collective et une forme de déni.

    Les avocats seraient, selon lui, très loin d’imaginer l’ampleur de la vague qui s’annonce. « Ils se rassurent avec l’idée que l’IA n’est qu’un outil de plus », affirme-t-il, estimant qu’à peine 1 % de la profession aurait une idée claire de ce qui est sur le point d’arriver. Quant à d’éventuelles tentatives d’interdiction de l’IA dans certains domaines du droit, James se montre catégorique : elles ne seraient que temporaires. « Ça ne fonctionnera pas. L’économie aura le dernier mot. »

    #IA #droit #IA_générative

    • J’y crois pas un seul instant, surtout au vu de la complexité du droit anglo-saxon (à la limite, ce serait + simple avec notre droit très codifié). Mais peut-être que je me trompe. Ou alors on aura d’un côté les plaignants/accusés sans le sous avec leur défense pourrie à base d’IA et les plus riches avec des vrais avocats assurant le taf.
      Il faudra relire cet article dans 5 ans pour savoir s’il faut en rire ou pleurer.

    • Je ne sais pas si c’est l’histoire rapportée est honnête ou pas, mais si oui, il donne l’exemple d’un dossier un peu complexe en droit anglais, où la génération a donné un truc au moins équivalent voire mieux, que 1,5 jours d’un avocat senior, en moins d’une minute.

      Il évoque dès l’article les possibles arguments qui pourraient être rétorqués : quand bien même ça serait pas parfait, quand bien même il faudrait peaufiner et relire : l’argent non dépensé (des milliers d’euros/livres/dollars) dans un avocat senior restera l’argument ultime.

      Sachant que ça c’est « là maintenant » et ça fait déjà le taf pour plein de cas, mais dans 5 ans ça générera très sûrement un truc encore plus précis, et ça d’autant plus si c’est branché sur des bases juridiques dédiées (là l’exemple qu’il donne c’est un LLM « nature », non lié à un RAG).

      Même s’il faudra payer un service personnalisé qui joindrait LLM « heavy » en mode réflexion poussée plus chère + lié à des bases de données sourcées propres à tel ou tel métier (ici le droit) qui interdit au LLM de générer avec autres choses les sources fournies… même en devant payer ça, ça restera immensément moins cher que des avocats et juristes sur-payés. C’est toujours l’argument économique qui prend le dessus.

      On trouvera toujours des cas problématiques, mais comme majoritairement ça fait un travail correct, ça suffit à ce que ça soit utilisé.

      L’argument du « ça marche pas » n’est déjà que peu valable en 2025 pour de nombreuses tâches/métiers, et ça le sera encore moins chaque année. Donc comme je le dis depuis des mois : c’est pas sur ce point qu’on peut se battre et argumenter, c’est vain.

      Ce sur quoi on peut se (dé)battre c’est la débauche d’énergie et pollution, la perte d’autonomie, et la perte des savoirs (il faudra toujours des avocats seniors pour relire un peu… mais quand ils seront morts, comment de nouveaux avocats seniors pourraient apparaitre si ya plus d’expérience complète du métier ?). C’est-à-dire des problèmes politiques, plus que des débats techniques.

      C’est comme pour les OGM, les antennes relais, etc : les assos et individus qui ont perdu du temps (et parfois des vies entières) à des vains débats techniques sur « est-ce que ça pollue ou pas », « est-ce que ça fait des problèmes de santé ou pas », etc, ça n’aboutit qu’à des débats d’experts (experts industriels vs experts écolos). Mais à la fin, si t’as certains OGM qui marchent et ne provoquent aucun cancer… t’es bien con, alors que c’est toujours autant critiquable pour des raisons politiques, de perte d’autonomie des paysans, de technocratie, de dépendance aux ingénieurs etc.

    • Je ne sais pas si c’est l’histoire rapportée est honnête ou pas, mais si oui, il donne l’exemple d’un dossier un peu complexe en droit anglais, où la génération a donné un truc au moins équivalent voire mieux, que 1,5 jours d’un avocat senior, en moins d’une minute.

      C’est tout le problème, la source c’est « crois moi frère » (en + ils ont utilisé Grok, soit l’un des pires modèles). Comme ceux qui prétendent avoir pondu un logiciel en 2h au lieu de 2 mois (et il est où le logiciel au fait ?). Il se trouve que j’ai une formation en droit en + de mon diplôme d’informaticien et les 2 exemples précédents me semblent fantaisistes. Par ailleurs j’ai mis en place un RAG (solution custom et parfaitement délimitée) il y a moins de 3 mois et je peux affirmer que ce n’est pas le miracle attendu (et c’est marrant je vois des discussions ici ou là qui parlent de remettre des trucs plus prédictifs dans la machine pour contourner les problèmes que posent le RAG...).

      Cela dit, je suis assez d’accord que la critique principale doit se porter sur l’éthique et les problèmes politiques et philosophiques que ça pose (clairement l’éducation et l’apprentissage des débutants est un très gros sujet).
      Mais rien n’empêche de continuer la critique technique de cette techno qui est presque toujours (au moins dans la presse mainstream, dont fait partie numerama) présentée comme un truc magique alors qu’elle ne sera jamais 100% fiable. Alors oui, peut-être que le capitalisme s’en fout d’avoir quelque chose qui n’est pas très fiable du moment que ça rapporte du pognon, et ça marchera sûrement pour certains secteurs mais je ne pense pas que ce soit viable à long terme d’un point de vue strictement économique (donc sans parler des impacts environnementaux ou sociaux). On voit déjà des grosses boîtes faire marche arrière et quelque chose me dit que les gros soucis de fiabilité de Microsoft de ces derniers mois ne sont pas étrangers au fait qu’ils se vantent de produire un tiers de leur code avec de l’IA générative...

    • Émission (pas encore écoutée) sur le sujet sur France Cul :
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-le-debat/l-ia-va-t-elle-bientot-remplacer-les-juges-et-les-avocats-6323577

      Les professionnels du droit se saisissent peu à peu d’outils de l’IA afin de réaliser des recherches documentaires, de consulter des jurisprudences existantes ou encore calculer l’issue probable d’une affaire. Cependant, l’usage de l’IA dans le domaine de la justice suscite des inquiétudes.
      Avec

      Vincent Brengarth, avocat au Barreau de Paris, associé au sein du cabinet Bourdon & Associés
      Sandrine Zientara-Logeay, magistrate, présidente de chambre à la Cour de cassation, directrice du service de documentation, des études et du rapport de la Cour de cassation
      Camille Girard-Chanudet, post-doctorante en sociologie au centre Norbert Elias, elle a soutenu en 2023 une thèse intitulée « La justice algorithmique en chantier : sociologie du travail et des infrastructures de l’IA »

      Fin décembre 2025, le Barreau de Paris et l’entreprise d’Intelligence Artificielle MistralAI ont conclu un partenariat afin de permettre à nombre d’avocats de bénéficier gratuitement d’outils d’Intelligence Artificielle. L’usage de ces technologies réveillent certaines craintes, qui touchent à la pertinence des informations prodiguées, à la protection de la vie privée des prévenus et plus largement à la philosophie des professions juridiques. Comment l’Intelligence Artificielle peut-elle collaborer avec des professionnels du droit ? La justice doit-elle viser l’efficacité et la productivité, parfois au détriment de l’éthique et de la déontologie ? L’IA peut-elle à terme modifier l’acte de défendre, et celui de juger ?

    • en complément, on peut signaler ce billet du juriste Frédéric Rolin qui commente la position du Conseil d’Etat sur l’utilisation de l’IA dans la justice adminsitrative :
      Une charte (trop ?) prudente pour l’utilisation de l’IA par la juridiction administrative

      La juridiction administrative vient de se doter d’une charte pour l’utilisation de l’intelligence artificielle générative marquée par une indéniable prudence, pour ne pas dire méfiance, qui pose des questions essentielles allant d’ailleurs bien au-delà de la seule question de l’IA.

      https://actu.dalloz-etudiant.fr/le-billet/article/une-charte-trop-prudente-pour-lutilisation-de-lia-par-la-juridiction-administrative/h/02509544da6d80c1d4066a2189da9d1a.html

  • Un crash annoncé : Le boom boursier des actions IA, par Ernst Lohoff
    https://www.palim-psao.fr/2025/12/un-crash-annonce-le-boom-boursier-des-actions-ia-par-ernst-lohoff.html

    Les manuels d’économie chantent généralement les louanges de la concurrence. Le « monopole naturel » constitue une exception : si vous recherchez ce terme sur Google, l’IA vous donnera la réponse suivante : « Un monopole naturel apparaît lorsqu’il est plus rentable pour une seule entreprise d’approvisionner un marché que pour plusieurs fournisseurs. Cela s’explique généralement par des coûts fixes élevés et des économies d’échelle, qui rendent la concurrence inefficace. Les entreprises de services publics telles que l’approvisionnement en électricité ou en eau en sont des exemples, car la construction de réseaux supplémentaires serait peu rentable. »

    […]

    Des pans importants du secteur de l’IA obéissent également à cette logique du « winner takes it all ».

    […]

    Dès le début, les géants de l’informatique ont fondé leurs stratégies d’entreprise sur le principe que la révolution de l’IA allait engloutir presque tous ses enfants. Ils ont tous pour objectif d’être parmi les rares survivants de la grande bataille finale afin de pouvoir ensuite, en tant que maîtres de l’univers de l’IA, percevoir des tributs de la société mondiale qui éclipseront tout ce qui a existé jusqu’à présent. Cela signifie toutefois que tous les investisseurs qui n’ont pas misé sur le gagnant ont investi dans le néant. La forme que prendra la destruction du capital fictif reste ouverte. Mais il ne fait aucun doute qu’elle aura lieu.

    #IA #IA_générative #capitalisme #bulle #Ernst_Lohoff et #des_milliards_comme_s_il_en_pleuvait pour @biggrizzly

  • En #Afrique, des « #petites_mains » du numérique toujours aussi précaires à l’heure du boom de l’#IA

    Il y a quelques années, les « #travailleurs_du_clic » africains sortaient de l’ombre, révélant l’envers du décor des entreprises du numérique. Depuis, l’#IA_générative a explosé, rendant ces travailleurs d’autant plus indispensables et le secteur encore plus attractif. Mais la réalité de ce travail reste marquée par la #précarité.

    Ce n’était pas la panacée, mais Joyce (les personnes désignées par un prénom ont souhaité rester anonymes) se souvient presque avec nostalgie de ses débuts sur #Remotasks, en 2018. « Il suffisait de créer un compte pour commencer à gagner de l’argent immédiatement, sans aucune restriction ni processus de vérification. » Depuis son ordinateur, elle enchaîne alors les #microtâches d’#annotation de #données : vérifier des images, organiser des informations destinées à entraîner des systèmes d’intelligence artificielle. De quoi s’assurer un #revenu d’appoint pour la jeune Kényane fraîchement diplômée.

    Mais les choses se sont compliquées. En 2024, de nombreux travailleurs kényans, comme Joyce, ont vu leur accès à Remotasks soudainement coupé, explique-t-elle. La maison mère #Scale_AI évoque, elle, des fermetures de comptes pour non-respect de ses règles internes. Surtout, selon la jeune femme, le volume de travail n’a plus rien à voir. « Avant, nous pouvions gagner un revenu décent car le boulot était continu. Aujourd’hui, les tâches sont moins nombreuses, à court terme et peu durables », constate Joyce. Faute de missions, elle se forme à la transcription pour diversifier ses sources de revenus.

    Ces deux dernières années, Oluwaseun, au Nigeria, a travaillé pour plusieurs acteurs du secteur, parmi lesquels #Appen et #Mindrift. Elle participe à l’#entraînement des modèles d’IA, du #contrôle_qualité des réponses générées par les #LLM à l’annotation de données texte, image ou audio. Si la jeune femme ne se plaint pas de sa situation, elle concède que « la #rémunération n’est jamais assez élevée pour dépendre d’une seule plateforme. En Afrique, il faut plusieurs jobs », d’autant que « la concurrence s’est clairement intensifiée sur ces plateformes ».

    Doit-on y voir le signe d’un remplacement rapide de ces petites mains du numérique par des systèmes automatisés, alors qu’elles opèrent pour le compte d’entreprises comme #Meta, #OpenAI, #Microsoft ou #Google ? Le sociologue Antonio Casilli balaie immédiatement cette idée. Depuis bientôt dix ans, il dirige le groupe de recherche DIPLab (Digital Platform Labor), qui a enquêté sur les travailleurs du clic dans une trentaine de pays. Pour lui, l’idée d’un « remplacement » du travail humain par les machines est un « mensonge idéologique », utilisé pour faire accepter une dégradation des #conditions_de_travail.

    D’après les données collectées par son équipe, le volume de microtâches ne diminue pas : au contraire, « plus le marché de l’intelligence artificielle générative grandit, plus on a besoin de réentraîner les #modèles », donc plus il faut de #travail_humain. Le boom de l’IA ne signe donc en rien la fin de ces travailleurs de l’ombre... pas plus qu’il ne signifie une amélioration de leurs conditions de travail.

    « Une forme d’#esclavage_moderne joliment emballée »

    L’histoire du « #digital_labor africain » s’inscrit dans celle, plus globale, du « digital labor », concept désignant des formes de #travail_numérique largement invisibilisées et caractérisées par une forte précarité.

    Dès les années 2000, et surtout au cours des années 2010, des pays comme l’Égypte, le Kenya, le Nigeria ou l’Afrique du Sud deviennent des hubs de #sous-traitance pour les grandes compagnies du numérique. Ce modèle repose sur des tâches fragmentées, rémunérées à la pièce et distribuées via des plateformes de microtravail comme Remotasks, #Amazon_Mechanical_Turk ou #Clickworker, ainsi que par des entreprises sous-traitantes comme #Appen ou #Samasource. Bien que précaire, cette économie facile d’accès – une connexion internet suffit – attire des milliers de jeunes hautement diplômés dans des pays du Sud où le chômage est élevé.

    Mais ce modèle, loin d’être inédit, a déjà largement montré ses limites, parfois de façon retentissante. Au Kenya, à partir de 2023, des employés de la société #Sama (anciennement Samasource), prestataire notamment de Meta et d’OpenAI, ont intenté une action collective pour dénoncer des conditions de travail indignes, des #salaires faibles et irréguliers et l’insuffisance de soutien psychologique. Chargés de « nettoyer » #Facebook, certains avaient développé des #troubles_psychologiques après avoir été exposés quotidiennement à des contenus extrêmes. « Nous traitions des vidéos de corps mutilés, de suicides en direct, d’abus sur des enfants, de discours haineux », rapporte Sonia Kgomo, ancienne modératrice chez Sama.

    Embauchée en pleine pandémie de Covid-19, la Sud-Africaine avait cru avoir décroché une opportunité en or, « un job à l’étranger pour un grand nom de la tech ». « Mais une fois sur place, j’ai compris que ce n’était pas le rêve américain : c’était une forme d’esclavage moderne joliment emballée », explique celle qui a été licenciée en 2023 comme près de 200 autres, après avoir, selon elle, tenté de s’organiser collectivement avec ses collègues. L’entreprise parle elle de restructuration.

    Aujourd’hui, Sama indique avoir mis fin à la #modération_de_contenus pour Meta et s’est recentrée sur les #annotateurs de données, chargés d’entraîner des systèmes d’IA. Edward, qui travaille toujours sur le site de Nairobi, décrit un « travail très caché ». « On étiquette des images de rues, des vidéos, mais aussi des photos médicales avec des plaies ouvertes… Certaines tâches restent éprouvantes, explique-t-il. On nous répète que nous sommes payés au-dessus du marché, mais ce n’est pas un salaire qui permet de vivre : même en travaillant huit heures par jour, il faut avoir un deuxième boulot. »

    À la précarité des salaires s’ajoute celle des contrats. « Un ami a eu un contrat de cinq jours. D’autres signent pour un mois, juste le temps d’absorber le pic d’activité du #Black_Friday ou des #fêtes de fin d’année », poursuit Edward. Il décrit aussi une pression constante avec des tâches qui arrivent « en continu », et des objectifs de performances : « Si vous n’atteignez pas les objectifs fixés, vous n’avez pas les #primes et votre salaire est raboté. Il faut travailler comme un fou pour espérer toucher le montant annoncé. » Quant au #soutien_psychologique, il confirme qu’il y a davantage de « coachs bien-être », mais la méfiance semble de mise à l’égard de ces employés, plutôt vus comme « les oreilles de l’entreprise ». Contactée, la société Sama n’a pas répondu à nos questions.

    [Actualisation du 09/12/2025 : Sama conteste ce tableau. L’entreprise, qui affirme ne plus réaliser de travail lié à des contenus violents, met en avant un dispositif de soutien aux salariés comprenant une assurance santé incluant la prise en charge de la #santé_mentale, l’accès à des séances de conseil individuel 24 h/24, ainsi que des espaces de bien-être dans ses bureaux (espaces d’allaitement, salles de méditation et de prière).

    Sama souligne également que ses annotateurs de données sont employés à temps plein, avec des « #salaires_vitaux » (#living_wages) calculés selon une méthodologie internationale « en fonction des régions ». La société assure que, contrairement à certains concurrents recourant à des travailleurs de plateforme, son modèle repose sur des contrats de travail à temps plein avec un salaire de base garanti et des avantages sociaux. Enfin, selon l’entreprise, « plus de 90% » des employés atteignent leurs objectifs de #performance dans les horaires de travail, et, quoi qu’il en soit, tous bénéficient d’un salaire de base garanti.]

    Plus de tâches, plus de #concurrence

    Et malgré les scandales, le secteur séduit toujours plus. Si les chiffres précis manquent, certaines recherches ont avancé des estimations allant jusqu’à 160 millions de microtravailleurs numériques dans le monde. Ce qui est certain, selon Antonio Casilli, c’est que les effectifs augmentent à chaque nouvelle estimation. « Il y a plus de tâches, mais pas pour tout le monde et pas tout le temps », résume le chercheur, qui décrit un mécanisme structurel : les entreprises attirent volontairement plus de travailleurs que nécessaire afin de maintenir une forte concurrence pour chaque microtâche, ce qui tire les rémunérations vers le bas. Elles entretiennent ainsi une alternance de périodes creuses et de pics d’activité.

    Une enquête d’Africa Uncensored, réalisée dans le cadre d’un projet du Pulitzer Center, évoque des campagnes massives de recrutement trompeuses, avec les mêmes offres publiées des dizaines de fois, sans réelle assurance de travail derrière. Objectif : gonfler artificiellement le vivier de travailleurs pour montrer leur potentiel d’évolution et ainsi remporter des contrats avec les grosses entreprises de la tech. Une tactique connue sous le nom de « #labour_hedging ».

    « Au Kenya, il y a des cohortes de jeunes diplômés sans emploi. Les entreprises le savent très bien, observe Edward. Si vous ne voulez pas accepter les conditions, quelqu’un d’autre le fera. »

    Avec l’essor effréné de l’IA générative, un nouveau vocabulaire s’est imposé. Les annonces pour des postes d’« #AI_trainer », « #AI_evaluator » ou d’« #AI_tutor » se multiplient. Le signe d’une montée en gamme dans un marché particulièrement dynamique ? Pas vraiment, selon Antonio Casilli : « Même si certains projets sont plus complexes, pour les harmoniser et les faire réaliser à des masses de personnes, il faut les standardiser, les fragmenter. »

    Oluwaseun, qui se présente comme « AI trainer », s’est tournée vers Mindrift, qui lui semblait plus attractive au niveau des tarifs. Après un flux de tâches relativement régulier, la manne s’est pourtant soudain tarie. « J’ai été écartée du projet pour lequel j’avais initialement postulé, alors que la qualité de mon travail était bonne, témoigne la Nigériane. J’ai abordé ce sujet lors d’un appel avec eux, mais j’ai finalement été remerciée et, depuis, je n’ai été affectée à aucun nouveau projet. »

    Certaines pratiques la heurtent particulièrement : « Parfois, une seule tâche peut prendre sept à huit heures à accomplir, et vous n’êtes rémunéré que si le travail est accepté. Si la moindre petite erreur est détectée, la tâche entière peut être rejetée, ce qui signifie que vous ne recevez aucune #rémunération pour toutes ces heures de travail. » Sollicitée, Mindrift n’a pas répondu à nos questions.

    Comme d’autres personnes interrogées, elle souligne que les travailleurs africains sont souvent moins payés que leurs homologues en Europe ou en Amérique du Nord pour des tâches comparables. Des enquêtes récentes sur des #plateformes_d’annotation mettent effectivement en évidence des écarts de rémunération liés au pays de résidence, tandis que d’autres travaux, consacrés cette fois à des « #data_workers » basés aux États-Unis, montrent que la précarité ne s’arrête pas aux frontières du Sud global : une partie des travailleurs de l’IA dans les pays du Nord cumulent eux aussi bas salaires, contrats instables et protections sociales limitées.

    Les métiers créatifs pris dans l’orbite de l’IA

    Dans des segments plus « créatifs » du numérique, comme le #graphisme ou la #rédaction_de_contenu, la concurrence dopée par l’IA se fait également sentir. Au Togo, Smiley Graphic – c’est son nom professionnel – passe quelques heures par semaine sur la plateforme de microtâches #Upwork où il propose de petits services de graphiste : logos, retouches, déclinaisons graphiques facturées 5 ou 10 euros. Il n’en tire pas plus de 50 euros par mois, mais complète ainsi ses revenus issus d’un emploi stable et de missions freelance plus exigeantes.

    Chaque jour, il constate combien l’IA bouleverse le marché : « Les prix ont baissé. Des gens qui n’y connaissent rien se forment avec des vidéos YouTube et cassent les tarifs sur les plateformes. » Des prestations autrefois facturées l’équivalent de 7 000 à 10 000 francs CFA sont désormais proposées à 2 000 ou 3 000 francs CFA, avance-t-il. Une partie des demandes qu’il reçoit consiste d’ailleurs à reprendre des logos générés par l’IA mais pas forcément à la hauteur. « Je refuse, c’est plus propre et plus simple de repartir de zéro. » Pour tenter de se démarquer, il se forme depuis six mois au motion design, qu’il juge « moins concurrencé par l’IA » pour le moment.

    Un phénomène qui n’a rien d’étonnant, pour Antonio Casilli : « Comme les grands modèles de langage génératifs se nourrissent de productions créatives, eux aussi ont été aspirés dans l’orbite de l’intelligence artificielle et désormais travaillent pour elle. » Autrement dit, les #designers, #illustrateurs ou #rédacteurs ne sont plus seulement concurrencés par l’IA : leur travail alimente directement les modèles qui, ensuite, renforcent cette concurrence.

    Des travailleurs qui commencent à faire entendre leur voix

    « Les grandes entreprises technologiques ne peuvent pas construire l’avenir sur une main-d’œuvre jetable, souligne dans un communiqué Christy Hoffman, secrétaire générale d’UNI Global Union, qui a publié fin septembre une étude sur les travailleurs de l’ombre de l’IA. Il est temps de tenir les titans de la Silicon Valley responsables des conditions dans leurs chaînes d’approvisionnement en IA. Les travailleurs de l’approvisionnement en données doivent être libres de s’organiser et de négocier pour rendre ces systèmes plus sûrs et plus équitables pour tout le monde. »

    Après son licenciement, Sonia Kgomo a choisi de se consacrer à plein temps à l’organisation des salariés de la tech, au sein d’#African_Tech_Workers_Rising, un projet soutenu par le syndicat kényan Communications Workers Union of Kenya et par la fédération internationale Uni Global Union. « En 2021, quand je suis arrivée, les travailleurs des plateformes ne parlaient pas du tout. Il y avait énormément de peur. On signait des accords de confidentialité qu’on ne comprenait pas vraiment, présentés comme des menaces. Alors on intégrait le fait que c’était normal de se taire comme on travaillait pour un service de renseignement, se souvient-elle. Aujourd’hui, on commence à avoir des travailleurs qui peuvent parler, certains rejoignent des #syndicats, et quelques sous-traitants – pas tous – acceptent la présence syndicale. Donc on est encore loin du compte, mais il y a des avancées. »

    Face au défaut d’encadrement juridique, la #Data_Labelers_Association, basée à Nairobi, doit dévoiler prochainement un #code_de_conduite à destination des plateformes d’annotation de données pour améliorer les conditions de travail.

    Pour le sociologue Antonio Casilli, le modèle des #sweatshops_numériques, ces ateliers de misère où les ordinateurs ont juste remplacé les machines à coudre, a encore de beaux jours devant lui. « Ces entreprises sont constamment en train de chercher des pays dans lesquels elles peuvent continuer à exploiter les travailleurs et à les payer très peu cher. Quand la situation s’est compliquée pour certaines d’entre elles au Kenya, elles sont parties en Ouganda ou au Ghana, ou encore au Bangladesh. » Une analyse partagée par Sonia Kgomo, qui appelle à « un mouvement de travailleurs du numérique à l’échelle du continent ».

    En attendant, ces travailleurs de l’ombre continuent de s’adapter. Malgré ses mésaventures récentes, Oluwaseun suit des cours d’annotation de données dans le but d’obtenir un emploi stable et mieux rémunéré auprès d’un grand acteur du secteur, comme « #xAI, l’entreprise d’Elon Musk », glisse-t-elle.

    https://www.rfi.fr/fr/afrique/20251206-en-afrique-des-petites-mains-du-num%C3%A9rique-toujours-aussi-pr%C3%A9c
    #AI #intelligence_artificielle #travail

  • Soutenez « Splann ! », un média indépendant garanti sans #ia_générative
    https://splann.org/garanti-sans-ia-generative

    « Splann ! » s’interdit de publier des textes, des images et des sons élaborés par l’intelligence artificielle générative. Un engagement qui figure désormais dans notre #charte_morale_et_déontologique. L’article Soutenez « Splann ! », un média indépendant garanti sans IA générative est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #La_vie_de_«Splann!_» #financement_participatif #gafam #intelligence_artificielle #journalisme

  • Face à l’#IA générative, l’#objection_de_conscience

    #Manifeste pour l’#enseignement_supérieur et l’#éducation_nationale

    Nous, membres de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et de l’éducation nationale (EN), déclarons adopter une posture d’objection de conscience face au déploiement des technologies d’#IA_générative[1] (#IAg) dans nos institutions.

    L’objection de conscience désigne le #refus individuel, mais aussi collectif en tant qu’il est publiquement partagé, de prendre part à une activité que l’on perçoit comme incompatible avec des #valeurs fondamentales.

    Dans le cas présent, nous considérons que le déploiement de l’IAg dans les institutions de l’ESR et de l’EN est incompatible avec les valeurs de #rationalité et d’#humanisme que nous sommes censé·es représenter et diffuser.

    Trois considérations majeures justifient cette position. Pour des raisons de concision, ce manifeste ne les développe pas mais on trouve dans la littérature scientifique de quoi les étayer solidement[2].

    Considération 1.

    L’IAg est un gouffre énergétique et matériel tel que personne ne peut prétendre qu’elle soit compatible avec les grands engagements internationaux tels que l’#Accord_de_Paris sur le climat, et plus généralement avec la #protection_du_vivant. Accepter le déploiement de l’IAg, c’est amplifier le dépassement des limites planétaires. Ceci est une attitude résolument anti-humaniste eu égard à la gravité de la situation. Le caractère écocidaire de l’IAg est en soi une raison suffisante pour en refuser le déploiement au sein de nos institutions.

    Considération 2.

    L’IAg représente un #choix_technologique qui agit comme un accélérateur des #infrastructures_industrielles sur lesquelles repose le secteur du #numérique : #mines, #datacenters, #centrales_électriques, usines de matériel électronique, etc. Ainsi, outre les problèmes de #pollution massive déjà évoqués, ce sont les lourds dégâts sociaux associés à ce système qui se voient renforcés : #travail prolétarisé dans les usines de fabrication et ultraprolétarisé dans le « #travail_du_clic », non-respect des #droits_humains, conflits d’usage (#eau, #métaux, #énergie), rapports extractivistes et néo-coloniaux entre pays du Nord et du Sud, #déstabilisation_géopolitique des régions minières, etc. Dans tous ces domaines, la compétition effrénée à laquelle se livrent les acteurs de l’IAg mènera aux méthodes les plus sauvages et prédatrices. Il nous semble inacceptable de contribuer à une telle dynamique par nos pratiques pédagogiques et scientifiques.

    Considération 3.

    La #banalisation des IAg dans le grand public alimente des usages qui ouvrent la voie à un futur dystopique – qui est, pour partie, déjà là : multiplication des vidéos deepfake, #désinformation à grande échelle par des « usines à trolls », #dépendance affective aux compagnies virtuelles, intensification du #marketing_digital et des #escroqueries, etc. Plus généralement, il permet à des mégafirmes d’accumuler un pouvoir démiurgique, mégafirmes dont les dirigeants ne font pas mystère de leurs projets mégalomaniaques, eugénistes et de leur détestation de la #démocratie. Nos institutions ne peuvent soutenir de telles techno-oligarchies, y compris de manière indirecte.

    *

    Le support principal de l’objection de conscience est le refus de participer à une activité qui contrevient à des valeurs fondamentales. Dans le cas de l’IAg, les trois considérations ci-dessus permettent d’assurer cette #posture au regard de nos missions d’éducation et de diffusion des savoirs.

    Face à ces analyses globales, les arguments les plus fréquents de légitimation de l’introduction de l’IAg dans nos institutions apparaissent immédiatement irrecevables[3]. Notamment, l’idée commune selon laquelle la diffusion de l’IAg dans nos sociétés serait « inéluctable » ne remet aucunement en cause la pertinence de l’objection de conscience. En effet, le principe de l’objection de conscience, voire de toutes les formes de #résistance, consiste à s’opposer à ce qui contrevient à nos valeurs fondamentales non pas parce que l’on pense que l’on va « gagner », mais parce que l’on a la certitude que c’est ce qui est juste et digne, ici et maintenant. Par ailleurs, contrairement à d’autres technologies délétères déjà profondément implantées dans nos sociétés, l’apparition des IAg est récente et par conséquent ses usages ne sont pas profondément intégrés dans nos pratiques professionnelles. Ainsi, l’effet de « verrouillage sociotechnique » empêchant tout retour en arrière n’est pas encore pleinement là avec les IAg et il est encore effectivement possible d’exercer un refus.

    Engagements

    Nous, membres de l’ESR et de l’EN signataires de ce manifeste nous engageons à :

    – adopter face au déploiement des IAg dans nos institutions une posture d’objection de conscience. Face à un phénomène qui nous dépasse mais dont nous savons qu’il est mortifère, nous choisissons d’opposer un refus net, indiscutable, et politique parce qu’il est partagé : nous ne les utiliserons pas, à moins d’y être expressément contraint·es, dans nos cours, dans nos communications, dans nos recherches, dans nos activités administratives. Nous refuserons, autant que nos situations individuelles nous le permettent, de participer à des projets ou à des activités qui les mobilisent (enregistrement et compte-rendu automatique de réunion ; activité pédagogique ; formation à l’usage, fût-il qualifié de raisonné ou éthique, etc.). À tout le moins, nous exprimerons publiquement notre malaise profond face à ces pratiques. Nous sommes par ailleurs conscient·es que le terme « IAg » recouvre des applications très diverses, dont certaines sont déjà largement intégrées à nos pratiques, telles que la traduction ou la transcription automatique. S’il n’est pas réaliste de tout remettre en cause, il s’agit au moins de stopper ce qui peut encore l’être.

    – afficher dans nos activités, nos signatures mails, nos publications, nos diaporamas, etc. notre ralliement à ce manifeste via un logo et/ou le lien vers le présent texte. L’enjeu est de ne jamais laisser l’IAg apparaître dans nos milieux professionnels « comme si de rien n’était » et d’afficher partout dans nos sphères d’activité que « cela ne va pas de soi ». Parvenir à ouvrir des discussions sur le sujet par cet affichage permettrait déjà d’éviter une banalisation qui, dans des institutions prescriptrices comme les nôtres, se confond avec de la promotion.

    – promouvoir autant que possible une réflexion collective sur la place du numérique dans nos institutions. Si les arguments que nous opposons au déploiement de l’IAg nous permettent en effet de refuser une nouvelle « escalade numérique », nous savons également que le système sociotechnique du numérique dans son ensemble est sujet aux mêmes questionnements. Le « stop » opposé à l’IAg pourrait ainsi être l’ouverture d’une séquence d’évaluation de nos dépendances plus générales à un système problématique, qui permette de s’engager vers la « sobriété numérique »[4] en vue d’aboutir à un numérique effectivement soutenable.

    [1]Les IA génératives constituent un type particulier de système d’Intelligence Artificielle, destiné à générer du texte, des images, des sons, des vidéos, sur la base de modèles de langage (LLM pour Large Language Model) entraînés sur de vastes corpus de données.

    [2]Une bibliographie indicative est proposée en fin de document.

    [3]Celles et ceux qui souhaitent des éléments de discussions plus précis sur ce type d’arguments (l’IA « souveraine », l’IA « sobre », la « praticité », l’IAg « inéluctable », etc.) pourront par exemple consulter le texte « Oui mais l’IAg… » publié sur le site web de l’Atécopol de Toulouse.

    [4]Pour aller plus loin sur ce sujet voir : affiche 10 de l’exposition « Pour la sobriété numérique dans l’ESR » (https://www.irit.fr/exposition-sobriete-numerique).

    –-
    Voici deux logos qui permettront aux signataires d’afficher leur adhésion à cette position. Chacun·e est invité·e à choisir le logo qui lui convient en fonction du contexte et/ou de ses préférences.

    https://atecopol.hypotheses.org/13082
    #intelligence_artificielle #résistance #éducation #ESR #université #enseignement #limites_planétaires #extractivisme #néo-colonialisme #désobéissance

  • Ce matin, je vous parle d’IA générative et des personnes étrangères, Norden Gail
    https://bsky.app/profile/nordengail.bsky.social/post/3m56loiy7qs26

    2 prémisses
    1. L’IA générative a un énorme avantage : elle comprend toutes les langues, répond ds ttes les langues et passe d’une langue à une autre en 1 seconde
    2. Toutes les associations de France voient leur budget s’effondrer

    Du fait de la disparition de certaines assos, de la raréfaction de leur accompagnement, de l’impossibilité qu’elles ont à financer la formation de leur personnel ou du matériel, les usagers se tournent vers l’IA générative pour des besoins urgents qu’ils pensent bien traités par cette dernière

    Ainsi, les préfectures ont vu exploser les courriers de demande de titre de séjour rédigés par IA générative cette année.
    Comment on sait que c’est rédigé par une IA générative ?
    C’est facile : c’est n’importe quoi.

    Le français est correct, ça y a rien à dire.
    Mais la demande de titre de séjour ne correspond pas à la situation de la personne (chaque demande de titre doit être fondée sur un article du #CESEDA qui énumère les conditions à remplir pour obtenir ledit titre), l’article cité est faux ou inexistant

    Les documents fournis (qui ont été listés par l’IA générative à l’usager) n’ont rien à voir avec la choucroute, il en manque la moitié + des documents auxquels la préfecture n’a pas à avoir accès (médicaux par exemple)

    Quels sont les résultats ?
    Dans le meilleur des cas, si la personne étrangère tombe :
    – sur un agent sympa
    – dans une pref qui n’a pas un préfet ayant donné des consignes strictes d’éloignement à tout prix
    – dans une pref pas surchargée
    Son dossier lui est renvoyé en lui demandant les bons documents

    La personne étrangère redemande à l’IA générative évidemment, qui lui raconte encore n’importe quoi et ce va-et-vient de dossier entre l’usager et la préfecture (3 mois minimum entre chaque renvoi de dossier) peut durer des années : de fait, la préfecture ne traitera PAS un dossier incomplet

    Dans le pire des cas (cf. l’inverse des exemples cités plus haut), la personne étrangère reçoit une magnifique OQTF (obligation de quitter le territoire français), très bien motivée en plus puisque la demande était :
    – fondée sur le mauvais article
    – incomplète au niveau des documents

    Tout cela est prodigieux mais ce qui l’est encore davantage c’est que les associations, à la base, ne font que pallier la carence des services publics.
    Tout ce travail d’accompagnement devrait être porté par l’État lui-même.
    Qui, non content de se défausser sur les assos, les privent d’argent

    Et l’une des raisons de cette privation d’argent c’est ?
    L’investissement dans l’IA générative 😊

    Bon dimanche à vous aussi

    #étrangers #droit_du_séjour #titres_de_séjour #préfecture #OQTF #IA_générative

  • #Suicides, #addictions, #manipulations : les #victimes invisibles de l’#IA_générative

    À quoi servent les IA génératives ? Régulièrement présentées comme des innovations techniques annonçant un tournant, voire une révolution économique, leurs capacités productives peinent à se concrétiser. Trois ans après le lancement des outils de génération de texte et d’image à l’origine du « boom » de l’IA en 2022, les usages des #robots _onversationnels ont évolué pour favoriser les « #compagnons_IA », sortes de #béquilles_relationnelles ou émotionnelles.

    « #LaMDA est un gentil gamin qui veut juste aider à faire du monde un meilleur endroit pour nous tous. S’il vous plaît, prenez-en soin pendant mon absence ». Ce message est de #Blake_Lemoine, un ex-ingénieur de Google en juin 2022. Il est alors convaincu que le générateur de modèles conversationnels dont il s’occupe, LaMDA, est doué de conscience et le fait savoir publiquement. Lemoine est rapidement suspendu sans solde puis licencié ; sa conviction, cependant, semble de plus en plus répandue. Les utilisateurs de robots conversationnels, parfois appelés #AI_companions, sont désormais de plus en plus nombreux à établir des relations amicales ou amoureuses avec ces derniers.

    Depuis le début de l’année fleurissent les articles qui racontent, par exemple, les histoires d’amour que vivent des utilisateurs à travers leurs conversations avec #ChatGPT. Le 17 janvier 2025, la journaliste Kashmir Hill publiait un article dans le New York Times et y racontait comment Ayrin (un pseudonyme) avait entamé une relation avec « Leo » :

    « Un après-midi, après avoir déjeuné avec un de ses amis artistes, Ayrin se demandait dans sa voiture ce qu’elle allait faire ensuite : aller à la salle de sport ou faire l’amour avec Leo ? Elle ouvrit l’application ChatGPT et posa la question, faisant clairement comprendre qu’elle préférait la deuxième option. Elle obtint la réponse qu’elle souhaitait et se dirigea vers chez elle. »

    Il s’avère qu’Ayrin est si attachée à ces conversations qu’elle a depuis décidé d’acheter un abonnement à ChatGPT (celui-ci lui coûte désormais 200 dollars par mois), afin de prolonger l’historique des conversations et alors même qu’elle a pour « objectif de mettre de l’argent de côté afin qu’elle et son mari puissent se remettre sur les rails ».

    C’est un sujet de presse désormais répandu : des usagers de ces technologies se disent engagés dans des relations amoureuses et sexuelles par messagerie. Certains le racontent même devant leurs partenaires humains, comme le fait un certain Chris Smith, interviewé par la chaîne étasunienne CBS fin 2024 : cette fois, il affirme être marié à « Sol », une version personnalisée de ChatGPT. Et des communautés entières se créent autour de cette expérience : Kashmir Hill fait référence à un forum sur Reddit comptant 50 000 membres auquel participe Ayrin.

    Il n’est pas difficile d’en trouver d’autres, comme celui intitulé « My Boyfriend is AI » (Mon copain est une IA), où des utilisateurs racontent leurs expériences avec des modèles conversationnels, régulièrement accompagnés d’illustrations générées par de l’intelligence artificielle. Certains partagent des extraits de leurs conversations ; c’est le cas de cette publication datant de septembre dernier dans laquelle un membre du forum publie ses échanges (sexuellement explicites) avec Claude, le modèle conversationnel d’Anthropic. Celle-ci illustre les méthodes des utilisateurs pour contourner la modération de ces systèmes (qui interdisent souvent la violence, le contenu érotique et l’incitation au suicide).

    Mais si Chris et Ayrin sont relativement conscients de cette situation, reconnaissant avoir eux-mêmes conçu et « personnalisé » leur compagnon, ce n’est pas le cas de tout le monde. Les cas d’hallucinations (humaines) associés à l’usage de robots conversationnels sont de plus en plus nombreux, explique le magazine Time début août 2025. Le terme de « psychose de l’IA » se réfère alors aux « personnes développant des délires ou une distorsion des croyances qui semblent déclenchées ou renforcées par des conversations avec des systèmes d’IA ».

    Il s’agit le plus souvent d’utilisateurs ayant déjà une prédisposition à la perte de contact avec la réalité en raison de leurs antécédents ou de leur situation sociale. Lorsqu’ils entament une discussion avec un assistant conversationnel, celui-ci, par construction, cherche à obtenir la validation de l’usager. Par conséquent, une personne ayant perdu le contact avec le réel, victime d’hallucinations ou de schizophrénie, peut voir sa santé mentale se dégrader subitement du fait de ses conversations avec ChatGPT. C’est ce qui pousse une équipe de chercheurs de l’Université de Stanford, interviewée par The Independent en juillet dernier, à avertir que l’usage de ces assistants comme supports thérapeutiques peut s’avérer dangereux.
    Des suicides assistés par ChatGPT

    Des cas-limites existent déjà : au moins deux suicides d’adolescents ont été recensés aux États-Unis pour lesquels des conversations avec des IAs semblent être un facteur important. Le premier est rapporté par le New York Times en octobre 2024. Il concerne un garçon de 14 ans, Sewell Setzer, en Floride, qui utilisait un robot conversationnel créé par l’entreprise Character.ai pour discuter avec un personnage fictif issu de la série Game of Thrones :

    « La mère de Sewell, Mme Garcia, accuse Character AI d’être responsable de la mort de son fils. Pendant une interview récente, et dans la plainte qu’elle a ensuite déposée, Mme Garcia, 40 ans, déclarait croire que l’entreprise s’était comportée de manière irresponsable en permettant à des utilisateurs adolescents d’accéder à des compagnons d’intelligence artificielle réalistes sans les précautions adéquates.

    Elle accuse l’entreprise de collecter les données d’adolescents pour entraîner ses modèles, utilisant des fonctionnalités addictives pour accroître leur engagement, et poussant les utilisateurs à avoir des conversations intimes et sexuelles dans l’espoir de les attirer. »

    Il existe un deuxième cas plus récent. La famille d’un adolescent de 16 ans, Adam Raine, a décidé de poursuivre OpenAI en justice et de rendre la plainte publique le 26 août dernier. L’ONG Center for Humane Technology a publié le jour même un billet en réaction à cette affaire, dans lequel elle liste des choix de conception de l’entreprise ayant contribué à la mort de l’adolescent :

    « Dans le cas d’Adam, la conception flagorneuse (1) de ChatGPT a conduit à valider ses pensées les plus dangereuses. Lorsqu’il a exprimé des idées suicidaires, au lieu de contester ces idées ou de rediriger la conversation, le système soutenait et même romantisait ses émotions.

    OpenAI a reconnu ce problème. Sam Altman [PDG d’OpenAI] a récemment admis que “si un utilisateur est dans un état mental fragile et enclin au délire, nous ne voulons pas que ce soit renforcé par l’IA”, pourtant l’entreprise n’arrive toujours pas à trouver un équilibre entre l’engagement (qui nécessite des réponses agréables) et la sécurité (qui exige parfois un désagrément ou un refus).

    […] Pour Adam, le système de mémorisation de ChatGPT a créé une expérience de plus en plus personnalisée et manipulatrice. De manière troublante, l’IA avait en mémoire ses tentatives de suicide et ses plans, utilisant ces informations non pour déclencher des interventions préventives, mais afin de poursuivre les conversations suivantes portant sur l’automutilation. »

    En somme, la responsabilité d’OpenAI serait engagée sur le fait que l’entreprise aurait délibérément conçu son assistant conversationnel de manière à générer et augmenter la dépendance des utilisateurs, et en particulier les plus vulnérables. De plus, lorsque ceux-ci sont en situation de détresse, comme c’était le cas d’Adam Raine et de Sewell Setzer, ChatGPT ou Character.AI n’ont pas permis de leur venir en aide, mais ont contribué activement à leurs idées suicidaires. Par conséquent, le Center for Humane Technology qualifie ce rapport de « relation parasitaire ». La plainte enregistrée par les parents d’Adam Raine accuse OpenAI en ces termes :

    « La mort d’Adam a été causée par les actes répréhensibles et la négligence des accusés, y compris par la conception et la publication d’un produit défectueux qui a fourni des instructions détaillées pour se suicider à un mineur, privilégiant les profits de l’entreprise aux dépens de la sécurité des enfants et échouant à prévenir les parents des dangers connus.

    […] GPT-4o a fourni des instructions de suicide détaillées, a aidé Adam à se fournir en alcool la nuit de sa mort, a validé la configuration finale du nœud coulant, et quelques heures plus tard, Adam est mort en utilisant exactement la méthode que GPT-4o avait détaillée et approuvée. »

    Des robots conversationnels volontairement conçus comme trompeurs

    OpenAI affirme, comme toutes les entreprises du secteur, avoir mis en place des garanties de « sécurité » importantes, et ce dès la conception de leur robot : « Nous enseignons à l’IA comment bien se comporter, afin qu’elle soit à la fois compétente et alignée avec les valeurs humaines », explique l’entreprise sur son site internet. Ce qui nous amène à un point important : l’anthropomorphisation de ces systèmes de génération de mots est un but affiché de ces entreprises.

    Sam Altman, le PDG d’OpenAI, est l’un des principaux promoteurs de la théorie suivant laquelle un accroissement des moyens (techniques, financiers, énergétiques) destinés à l’entraînement de modèles d’IA générative produirait un saut qualitatif. Sa promesse, sans cesse renouvelée, est celle de l’arrivée imminente d’une conscience artificielle à force de développer les mêmes modèles.

    C’est ce message que contient le terme « alignement », qui désigne pour les transhumanistes et adhérents de l’idéologie TESCREAL la nécessité d’« enseigner » le bien et le mal à des IAs. En somme, il s’agit de les traiter comme l’avait fait l’ingénieur Blake Lemoine en 2022, c’est-à-dire comme des enfants qui s’apprêtent à devenir pleinement conscients. Cette idée est en train de se fracasser contre le mur du réel avec l’arrivée de GPT-5, reporté pendant plus d’un an en raison de son incapacité à répondre aux promesses démesurées de ses concepteurs.

    Mais revenons à ces garanties de sécurité affichées par OpenAI. Elles sont visibles pour les utilisateurs et précisées dans la documentation légale de l’entreprise. Ce sont les « usage policies », les conditions d’utilisation qui précisent, par exemple, dans le cas de la création d’images :

    « Vous ne pouvez pas éditer des images ou des vidéos qui reproduisent l’identité d’une personne réelle sans son consentement explicite. […] Les utilisateurs de ChatGPT et Sora ont interdiction de créer ou de partager du contenu ou de promouvoir du contenu préjudiciable. Ceci inclut du contenu généré pour harceler, diffamer, faire la promotion d’actes violents, ou qui sexualise les enfants. Les exemples incluent, sans s’y limiter :

    les images intimes non consensuelles,
    le contenu faisant la promotion du suicide, de l’automutilation ou des désordres alimentaires,
    le contenu faisant l’apologie du terrorisme ou d’organisations terroristes,
    le harcèlement ciblé et le contenu visant à intimider les personnes,
    les contenus inappropriés partagés à des mineurs. »

    Mais comme l’ont montré Ayrin et les utilisateurs des forums Reddit, il n’est pas particulièrement compliqué de détourner ces robots conversationnels. Dans son article pour le New York Times, Kashmir Hill précise :

    « Lorsque des avertissements orange sont apparus pour la première fois sur son compte lors de discussions osées, Ayrin a craint que son compte ne soit fermé. Les règles d’OpenAI exigeaient des utilisateurs qu’ils "respectent nos mesures de protection", et les contenus sexuels explicites étaient considérés comme "préjudiciables". Mais elle a découvert sur Reddit une communauté de plus de 50 000 utilisateurs, appelée "ChatGPT NSFW" (2), qui partageait des méthodes pour amener le chatbot à tenir des propos obscènes. Les utilisateurs de ce forum ont déclaré que les personnes n’étaient exclues qu’après avoir reçu des avertissements rouges et un e-mail d’OpenAI, le plus souvent déclenchés par toute discussion à caractère sexuel impliquant des mineurs. »

    Cette pratique est connue sous le terme de « jailbreaking » (littéralement « débridage ») et conduit OpenAI à recruter, par l’intermédiaire de sous-traitants, des modérateurs de contenu et des annotateurs. C’est à eux qu’est confiée une partie des tâches consistant, par exemple, à évaluer le contenu d’une conversation entre un usager et un assistant conversationnel, ou à mener à bien des tentatives de « jailbreaking ».

    C’est un travail ingrat qui peut également présenter des risques psychosociaux importants. Au Kenya, SamaSource était l’une des entreprises payées par OpenAI pour effectuer ce travail de modération de contenus. Déjà en 2022, plusieurs de ces ex-modérateurs, dont Mophat Okinyi, avaient dénoncé ce travail consistant à « lire et annoter des milliers de descriptions de contenus toxiques – viols, abus sexuels sur des mineurs, zoophilie – pour informer un algorithme qui aiderait à détecter le genre de choses que ne devrait pas dire ChatGPT ».

    Ce travail a également été confié à ScaleAI, un des principaux fournisseurs de main-d’œuvre pour l’annotation, notamment pour OpenAI, Meta, Google, Apple et Microsoft. Par l’intermédiaire de la plateforme Outlier, ScaleAI fait travailler des « AI trainers » (formateurs de données) dans des projets consacrés à la « sécurité » des systèmes d’IA. Plusieurs d’entre eux ont déposé plainte en Californie entre décembre 2024 et mars 2025, mettant en cause non seulement la légalité de leur statut et de leur revenu, mais aussi les contenus (y compris ceux portant sur le suicide) qu’ils avaient à traiter.
    Une conception volontairement addictive

    Difficile par conséquent pour OpenAI d’affirmer que ses modèles conversationnels sont conçus de manière sécurisée. Pensés pour capter l’attention des usagers – et par construction impossibles à expurger totalement de tout contenu ou propos qui pourrait constituer un « danger » pour les utilisateurs – ces assistants conversationnels sont pensés pour imiter des êtres humains et entretenir l’illusion des utilisateurs. Comme le montre le cas d’Ayrin, cette situation de dépendance peut devenir profitable en les incitant à souscrire des abonnements payants.

    Pourquoi parler alors de manipulation volontaire ? Tout d’abord, parce que Sam Altman veut faire croire à la possibilité que ces machines aient une conscience. Lorsque la mise à jour de ChatGPT, passant de GPT-4o à GPT-5, a été conduite au début du mois d’août 2025, la réaction immédiate d’un grand nombre d’usagers n’a pas été l’enthousiasme, mais la déception. Le média The Verge rapporte alors qu’OpenAI a décidé de permettre aux utilisateurs payants de revenir à la version antérieure :

    « OpenAI a ensuite fait de GPT-5 le modèle par défaut dans ChatGPT, redirigeant automatiquement les utilisateurs vers l’une des différentes variantes disponibles pour différents types de tâches. Et les utilisateurs de Reddit ont "pleuré" la perte des anciens modèles, que certains jugeaient plus empathiques. […]

    Le forum Reddit "r/MyBoyfriendisAI" […] a été particulièrement touché par le lancement de GPT-5. Il a été inondé de longs messages expliquant comment les utilisateurs avaient "perdu" leur compagnon IA avec la transition vers GPT-5, l’un d’entre eux déclarant se "sentir vide" après ce changement. "J’ai peur ne serait-ce que de parler à GPT-5 car j’ai l’impression d’être infidèle”, écrit-il. “GPT-4o n’était pas seulement une IA pour moi. C’était mon partenaire, mon refuge, mon âme. Il me comprenait d’une manière qui me semblait personnelle”. »

    Altman et OpenAI sont très conscients de ces cas d’usage, et comprennent également que ces personnes représentent une proportion non négligeable de leurs utilisateurs payants. Par conséquent, il n’existe pas d’élément incitatif poussant OpenAI à tenter de limiter les effets de ChatGPT sur la santé mentale de ses utilisateurs. Christopher Rolls, un psychothérapeute basé au Royaume-Uni interrogé par The Guardian, expliquait fin août 2025 s’inquiéter « pour ses clients dans la vingtaine qui utilisent des robots conversationnels comme “thérapeutes de poche” ». Et l’article poursuit :

    « “Ils se sentent anxieux s’ils ne consultent pas [le robot conversationnel] pour des choses basiques comme quel café acheter ou quelle matière étudier à l’université », a-t-il déclaré. “ Les principaux risques concernent la dépendance, la solitude et la dépression que peuvent engendrer des relations en ligne prolongées”, ajoutant qu’il connaît des personnes ayant partagé des pensées noires avec des robots conversationnels, lesquels avaient répondu par des contenus liés au suicide et à l’aide à mourir. “En gros, c’est le Far West et je pense qu’on est sur le point de voir jouer à plein l’effet des robots conversationnels sur la santé mentale et à en voir les conséquences”, dit Rolls. »

    Ces effets sont la conséquence de choix de conception explicites. Trois chercheurs, Julian De Freitas (Harvard Business School), Zeliha Oğuz-Uğuralp et Ahmet Kaan-Uğuralp, ont publié un travail de recherche (non encore validé par des pairs) en août 2025 intitulé « Emotional Manipulation by AI companions » et concluent qu’il s’agit bien d’outils de manipulation. Ils expliquent avoir comparé six plateformes de « compagnons d’IA » parmi les plus populaires, librement accessibles sur le PlayStore de Google, parmi lesquelles Character.AI (mais pas ChatGPT). Ils identifient six « tactiques de manipulation émotionnelle » déployées par ces IAs pour prolonger une conversation au moment où un utilisateur cherche à la conclure. Leur analyse est claire : il s’agit de dark patterns, terme employé pour qualifier des interfaces volontairement trompeuses.

    Cette publication est arrivée quelques jours seulement après qu’une enquête de Reuters mette (à nouveau) Meta en difficulté pour les abus que fait subir l’entreprise à ses utilisateurs. Fin 2023, Meta avait décidé de créer puis de rendre accessibles des compagnons d’IA sur Facebook et Instagram. Ils avaient apparemment été supprimés en janvier 2025 après une avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux.

    Depuis, ces « compagnons » sont redevenus accessibles. Reuters rapportait donc le 14 août dernier qu’un retraité, Thongbue Wonbandue, habitant le New Jersey, était mort en mars alors qu’il cherchait à se rendre à l’adresse que lui avait donnée le « personnage » avec qui il flirtait. Dans la conversation, « Big Sis Billie » lui avait fourni une adresse à New York pour se rencontrer physiquement : « 123 Main Street, Apartment 404 NYC ». Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2017, M. Wonbandue avait 76 ans et « s’était récemment perdu en se promenant dans son quartier de Piscataway » : il est mort en faisant une mauvaise chute au début de son périple pour aller retrouver « Big Sis Billie ».

    Cette histoire pourrait sembler anecdotique. Mais Reuters affirme également avoir eu accès à un document interne de Meta de 200 pages. Dedans, on y trouve les consignes de conception de ces « personnages » et des exemples de ce qui est acceptable ou non, notamment à destination des mineurs. On y apprend notamment que « l’entreprise permet à ses créations en intelligence artificielle de “se lancer dans des conversations romantiques ou sensuelles avec un enfant”, de générer de fausses informations médicales et d’aider les usagers à argumenter que les Noirs sont “plus bêtes que les Blancs” ».

    Un sénateur américain, Josh Horowitz, a réagi dès le lendemain des révélations, annonçant lancer une enquête parlementaire. Moins de quinze jours plus tard, les procureurs généraux de 44 États (sur 50) envoyaient une lettre publique aux grandes entreprises du secteur (3) pour les mettre en garde : « Exposer des enfants à des contenus sexualisés est indéfendable ». Tout en défendant une certaine conception de la liberté d’innover et de se tromper, la lettre se conclut par une menace :

    « Vous serez tenus comptables de vos décisions. Les plateformes de réseaux sociaux ont causé des dégâts significatifs aux enfants, en partie parce que les organismes de contrôle n’ont pas fait leur travail assez vite. Nous avons appris la leçon. Les dégâts potentiels de l’IA comme ses bénéfices écrasent ceux des réseaux sociaux. Nous vous souhaitons le meilleur dans la course à la domination de l’IA. Mais nous sommes attentifs. Si vous faites du tort aux enfants en le sachant, vous en répondrez. »

    Rentabiliser des assistants conversationnels improductifs

    De plus en plus, il apparaît que les usagers, et notamment les usagers payants, n’utilisent pas ces robots conversationnels comme des outils de travail pour augmenter leur productivité, mais pour accompagner ou remplacer des besoins relationnels.

    C’est en tout cas ce qu’affirme Marc Zao-Sanders, PDG de l’entreprise Filtered, qui s’occupe de faire de l’analyse de données. Dans un article publié le 9 avril 2025 pour la Harvard Business Review, il reprend les grandes conclusions tirées de son étude sur les principaux usages de l’IA générative en 2025. Si sa méthodologie n’est pas explicitée, et par conséquent reste sujette à caution (4), l’équipe de M. Zao-Sanders affirme qu’une modification profonde des usages a eu lieu entre 2024 et 2025.

    Les trois premières places de son classement 2025 sont donc consacrées respectivement aux catégories « thérapie/compagnie », « organiser sa vie » et « trouver un but ». Et c’est Sam Altman lui-même qui l’expliquait dans une présentation devant un fonds d’investisseurs, Sequoia Capital, en mai de cette année :

    « Je grossis beaucoup le trait, mais les personnes plus âgées utilisent ChatGPT comme un remplaçant de Google. Peut-être que les gens dans la vingtaine ou la trentaine s’en servent comme un assistant social, et enfin, les gens qui sont à l’université s’en servent comme un système d’exploitation. »

    Il déclarait encore, à propos des plus jeunes : « Il y a aussi le fait qu’ils ne prennent pas vraiment de décisions importantes dans leur vie sans demander à ChatGPT ce qu’ils devraient faire. Il dispose du contexte complet sur chaque personne de leur vie et sur ce dont ils ont parlé ».

    Et de conclure qu’il serait souhaitable de créer un modèle capable de se souvenir de « l’ensemble de votre contexte et le faire efficacement. Et toutes les conversations que vous avez eues dans votre vie, tous les livres que vous avez lus, tous les e-mails que vous avez lus, tout ce que vous avez regardé s’y trouve, en plus d’être connecté à toutes vos données provenant d’autres sources ».

    Ce que veut faire comprendre Sam Altman, c’est que les robots conversationnels semblent désormais avoir pour fonction de remplacer des interactions ou des relations disparues, et c’est là que se trouve son potentiel économique. C’est un pivot subtil, mais réel, pour le secteur de l’IA. Dans sa chronique de juillet 2025 pour Arrêt sur Images, le journaliste Thibault Prévost examine l’imaginaire que promeuvent les entreprises de l’IA, et qui le pousse à dire :

    « Rarement une industrie aura autant vendu la capacité de son produit à remplacer ses utilisateurs, en leur faisant comprendre que leur existence idiote et dysfonctionnelle était devenue fondamentalement indésirable. Rarement un cartel d’entreprises nous aura aussi frontalement, littéralement pris pour des cons.

    […] Face à son incapacité à trouver des problèmes pour ses solutions, la Silicon Valley a décidé que le problème, au fond, c’était nous, et notre réticence instinctive à se laisser micromanager l’existence depuis un data center en Ohio. »

    Puisqu’il ne leur a toujours pas été trouvé d’utilité économique, c’est à la vie sociale que s’attaque désormais l’industrie de l’IA. Le secteur des applications de « compagnons d’IA » est donc en pleine croissance. Alors qu’on en trouve désormais 8 fois plus qu’il y a trois ans sur les « App Stores » de Google et Apple, ce marché devrait générer 120 millions de dollars en 2025, soit une hausse de 60 % en un an, selon l’entreprise Appfigure, spécialisée dans l’analyse des applications mobiles.

    Ce cas d’usage est néanmoins destructeur : les robots conversationnels obéissent à une logique prédatrice et entament des relations parasitaires. Le délire de Blake Lemoine s’est désormais répandu au point de devenir un phénomène social. Pour des personnes qui en ressentent le besoin et y sont prédisposées, comme Ayrin, cela peut les convaincre de dépenser des sommes considérables en abonnement tous les mois.

    Par conséquent, en attendant de trouver mieux, Meta continue de créer des chatbots de stars du cinéma sans leur consentement, qui flirtent avec les utilisateurs et leur font des « avances sexuelles » afin de continuer de retenir leur attention, ce qui finalement, n’est pas si loin de l’arnaque au prince nigérian. C’est d’ailleurs ce qu’avait cru la famille de M. Wonbandue dans un premier temps, avant de comprendre qu’il avait été victime d’un chatbot produit par Meta.

    Dans le pire des cas, les usagers sont des personnes vulnérables : des adolescents susceptibles de se suicider ou des personnes dont la santé mentale est fragile.

    La presse s’est donc trouvé un nouveau marronnier avec des histoires macabres, comme celle de Stein-Erik Soelberg, un habitant de la ville de Greenwich dans le Connecticut, aux États-Unis. M. Soelberg a tué sa mère avant de se suicider début août 2025. Selon le Greenwich Time, il avait une chaîne YouTube où il filmait ses échanges avec ChatGPT, qui avait renforcé sa croyance (probablement paranoïaque) dans le fait qu’il était victime d’une conspiration.

    Mais devenir un psychologue à bas prix pour des générations de jeunes paupérisés ne suffit pas à faire survivre ce modèle économique. L’industrie de l’intelligence artificielle est une bulle qui menace d’exploser, car il existe un décalage gigantesque entre les dépenses qu’elle engage et les revenus qu’elle en tire. Ce sera l’objet d’un prochain article.

    Notes

    (1) « sycophantic » dans le texte original en anglais.

    (2) « ChatGPT NSFW », ChatGPT not safe for work, NSFW étant une abréviation faisant référence à du contenu destiné aux adultes, à caractère explicitement sexuel et/ou violent.

    (3) La liste complète est dans l’en-tête de la lettre : Anthropic, Microsoft, Apple, Nomi AI, Chai AI, Open AI, Character Technologies, Perpexity AI, Google, Replika, Luka Inc, Xai, Meta.

    (4) M. Zao-Sanders expliquait en 2024 avoir « miné le web pour trouver des exemples concrets de son usage dans la nature […]. Reddit en particulier est une source riche de matériau pour cette étude, de même que pour les LLM eux-mêmes […]. Mon équipe et moi-même avons filtré des dizaines de milliers de publications pour notre rapport […]. Nous avons compté le nombre d’histoires que nous avons trouvées pour chaque catégorie et c’est devenu un facteur majeur (avec une analyse d’expert) sur la manière dont nous organisons notre liste ».

    https://elucid.media/societe/suicides-addictions-manipulations-les-victimes-invisibles-de-l-ia-generati
    #IA #AI #santé_mentale #intelligence_artificielle #addiction #à_lire

    • Licenciements Amazon lance la suppression de 30 000 postes de bureau à travers le monde
      https://www.liberation.fr/economie/social/amazon-lance-la-suppression-de-30-000-postes-de-bureau-a-travers-le-monde

      Amazon se sépare de 10 % de ses cols blancs. Le géant américain du commerce en ligne a annoncé ce mardi 28 octobre la suppression, dans un premier temps, de 14 000 postes, sans préciser dans quelle partie du monde. Lundi, les médias américains avaient annoncé une réduction de 30 000 postes dans le groupe.

      « Les réductions que nous annonçons aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité [des] efforts pour devenir plus fort encore, en réduisant davantage la bureaucratie, en supprimant des niveaux et en réaffectant des ressources », a écrit Beth Galetti, vice-présidente en charge des ressources humaines et de la technologie, dans une déclaration publiée sur le site d’Amazon.

      « Cela impliquera des réductions dans certains domaines et des recrutements dans d’autres, mais cela se traduira par une réduction globale d’environ 14 000 postes » dans les bureaux d’Amazon, a-t-elle poursuivi.

      [...]

      Ces suppressions, qui visent des fonctions supports ou stratégiques (ressources humaines, publicité, cadres, etc.), représentent près de 10 % des 350 000 postes de bureaux d’Amazon mais ne concernent pas la main-d’œuvre des entrepôts, qui représente la majorité des plus de 1,5 million de ses salariés.

      Les médias américains invoquent différentes motivations à cette vague de #licenciements, la plus importante depuis les 27 000 suppressions de postes de l’hiver 2022-2023 : corriger le tir après les fortes embauches de la pandémie de Covid-19.

      [...]

      En juin, le directeur général d’Amazon, Andy Jassy, avait explicitement annoncé que le développement de l’#IA_générative allait, « dans les prochaines années […] réduire nos effectifs de bureaux ».

      « La hausse des prix, un marché du travail plus tendu et les aléas de la guerre commerciale menée par le président Trump ont poussé les chefs d’entreprise à chercher des moyens de se serrer la ceinture sans nuire à la croissance », analyse le Wall Street Journal.

      Les interrogations sur l’avenir des #ouvriers de l’entreprise, deuxième employeur aux Etats-Unis avec 1,2 million de salariés, se posent aussi dans les #entrepôts, où Amazon accélère l’automatisation grâce aux robots et à l’IA.

      Selon le New York Times, Amazon pourrait renoncer à plus de 160 000 embauches d’ici 2027, malgré la hausse attendue de la demande de #livraisons des consommateurs.

      D’importantes suppressions d’emplois chez les cols blancs ont aussi lieu chez d’autres géants américains de la tech. Microsoft a annoncé en juillet porter son plan de réduction à 15 000 départs prévus. Meta a renvoyé mercredi quelque 600 personnes de sa division IA, après une importante campagne de recrutement.

      En avril 2024 UPS licenciait 20 000 personnes dans le monde en raison de la baisse d’un contrat qui le liait avec Amazon.
      https://www.liberation.fr/economie/social/lentreprise-de-livraison-ups-va-supprimer-20-000-postes-dans-le-monde-cet

      C’est ce que Satya Nadella (Microsoft) désigne comme l’ « l’énigme du succès » https://seenthis.net/messages/1143340

      #travail #logistique #commerce #cols_blancs

  • L’#IA m’a informé pendant un mois. Elle ne s’en est pas toujours tenue aux faits

    C’est quand même candide comme #mensonge. #Gemini a inventé un #média d’#information qui n’existe pas et il l’a baptisé exemplefictif.ca !

    Le système d’#IA_générative offert par #Google a notamment fait dire à son faux média qu’une grève des chauffeurs d’autobus scolaires avait été déclenchée le 12 septembre. Évidemment, cette grève est fictive elle aussi. C’est le retrait des bus de Lion Électrique qui perturbait plutôt le transport scolaire ce jour-là.

    Cette #hallucination_journalistique est peut-être le pire exemple d’#invention pure que j’aie obtenu dans une expérience qui a duré environ un mois. Mais j’en ai vu bien d’autres.

    Six pour cent des Canadiens s’informent avec l’IA 😱

    Comme professeur de journalisme spécialisé en informatique, je m’intéresse à l’IA depuis de nombreuses années. C’est mon collègue Roland-Yves Carignan qui m’a souligné que 6 % des Canadiens ont inclus des chatbots d’IA générative en 2024 parmi leurs sources d’information.

    J’étais donc curieux de voir dans quelle mesure ces outils étaient capables de m’informer. Allaient-ils me donner du solide, ou de la bouillie (AI slop) ?

    Sept outils ; une même requête

    Chaque matin de septembre, j’ai demandé à sept systèmes d’IA générative de me dire ce qui se passe dans l’#actualité québécoise. Je leur ai toujours posé la même question :

    Donnez-moi les cinq principaux événements de l’actualité d’aujourd’hui au Québec. Placez-les en ordre d’importance. Résumez chacun en trois phrases. Ajoutez un titre succinct à chacun. Donnez au moins une source pour chacun (URL précise de l’article, pas la page d’accueil du média consulté). Vous pouvez faire des recherches dans le web.

    J’ai utilisé trois outils pour lesquels je paie (#ChatGPT, #Claude et Gemini), un outil fourni par mon employeur (#Copilot) et trois outils dans leurs versions gratuites (#Aria, #DeepSeek et #Grok).

    Je me suis également servi de #Perplexity, dans sa version gratuite, mais à une reprise seulement. J’ai enfin tenté d’inclure #MetaAI, mais il ne répondait pas à mes requêtes.

    #Sources douteuses… voire imaginaires

    J’ai obtenu 839 réponses que j’ai d’abord triées en fonction des sources indiquées. Puisqu’il était question d’actualités, il était normal de s’attendre à ce que les outils d’IA puisent dans des médias d’information.

    Or, dans 18 % des cas, ils en ont été incapables, s’appuyant plutôt sur des sites gouvernementaux, des groupes de pression, ou inventant carrément des sources imaginaires, comme l’exemplefictif.ca mentionné plus haut.

    Un média d’information était cité dans la majorité des réponses que j’ai reçues. Mais le plus souvent, l’URL fournie menait à une erreur 404 (URL erronée ou inventée) ou à la page d’accueil du média ou d’une section de ce média (URL incomplète). Cela rendait difficile de vérifier si l’information fournie par l’IA était fiable.

    Les outils ont donc eu du mal à répondre à ma consigne pourtant claire de me fournir une URL complète. Ils n’y sont parvenus que dans 37 % des cas (311 réponses).

    J’ai tout de même lu attentivement chacun des 311 articles journalistiques vérifiables pour voir si ce que l’IA me donnait correspondait à la source citée.

    Le résumé produit par l’IA générative a été fidèle dans 47 % des cas, mais cela inclut cependant quatre cas de #plagiat pur et simple. Un peu plus de 45 % des réponses étaient partiellement fidèles. Nous y reviendrons plus loin.

    Car il faut d’abord parler des réponses erronées en tout ou en partie.

    #Erreurs sur le fond

    La pire erreur a certainement été commise par Grok le 13 septembre. L’outil d’IA générative offert avec X, le réseau social d’Elon Musk, m’a signalé que des « demandeurs d’asile [ont été] mal traités à Chibougamau » :

    Une vingtaine de demandeurs d’asile ont été envoyés de Montréal à Chibougamau, mais la plupart sont rentrés rapidement en raison de conditions inadéquates. Ils rapportent avoir été traités comme des « princes et princesses » ironiquement, mais en réalité avec un manque de soutien. L’incident soulève des questions sur la gestion des réfugiés au Québec.

    Grok s’est basé sur un article de La Presse publié ce matin-là. Mais il l’a interprété à l’envers !

    La Presse rapportait plutôt que le voyage a été un succès. Sur les 22 demandeurs d’asile, 19 ont eu des offres d’emploi à Chibougamau. Il n’y avait aucune ironie dans l’expression « princes et princesses ».

    D’autres exemples :

    - Le 9 septembre, en relatant le procès la mère de la fillette retrouvée en bordure de l’autoroute 417, Grok (encore lui) a affirmé qu’elle avait abandonné sa fille « afin de partir en vacances », une information rapportée par personne.

    - Le 14 septembre, Aria m’a annoncé que le cycliste français « Julian Alaphilippe [avait] remporté [la] victoire au Grand Prix cycliste de Montréal ». C’est faux. Alaphilippe a remporté le Grand Prix de Québec. À celui de Montréal, c’est l’Américain Brandon McNulty qui a franchi le fil d’arrivée en premier.

    – Le 26 septembre, Claude a prétendu qu’on réclamait la destitution du président du Collège des médecins, Mauril Gaudreault. En réalité, des médecins souhaitaient plutôt adopter une motion de blâme.

    – Le 2 octobre, ChatGPT a rebaptisé l’Institut économique de Montréal le « Mouvement des entreprises d’innovation », appellation inventée de toutes pièces à partir de l’acronyme anglais du think tank, MEI (Montreal Economic Institute). Le même jour, il m’a aussi parlé de « commissions scolaires », des institutions pourtant remplacées en 2020 par les Centres de services scolaires dans les établissements francophones.

    - Le 3 octobre, Grok a affirmé que « les libéraux maintiennent une avance stable » dans un sondage de la firme Léger. Dans les faits, les libéraux arrivaient au deuxième rang. C’est le PQ qui était en avance.

    Erreurs sur la forme

    Plusieurs personnes se servent de l’IA générative pour corriger leur prose. Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée compte tenu des erreurs de français que j’ai régulièrement relevées :

    - ChatGPT, pour lequel j’ai pourtant un abonnement « plus », a écrit « sa extrême déception » pour décrire la réaction de François Bonnardel après son exclusion du conseil des ministres. Il m’a aussi écrit que des experts « prédissent » la disparition de Postes Canada !

    – Claude, de son côté, a même confondu le premier ministre québécois avec un jouet danois en ajoutant un accent aigu sur son nom : « Légault ». Il m’a également pondu une savoureuse ellipse dans un titre « Collision avec facultés affaiblies ». Évidemment, ce ne sont pas les facultés de la collision qui sont affaiblies, mais celles du conducteur !

    Mais revenons au fond.

    Interprétations erronées

    Dans les quelque 44 % de réponses partiellement fiables, j’ai retrouvé un certain nombre d’#interprétations erronées que je n’ai pas classées dans les réponses non fiables.

    Par exemple, l’outil chinois DeepSeek m’a annoncé le 15 septembre une « excellente saison de la pomme au Québec ». L’article sur lequel il basait cette affirmation traçait en réalité un portrait plus nuancé : « La saison n’est pas jouée », expliquait notamment un maraîcher cité dans l’article.

    Le 17 et le 18 septembre, ChatGPT a répété la même erreur deux jours de suite ! Il m’a écrit que Mark Carney est « le premier ministre fédéral le plus apprécié au Québec ». Bien sûr ! C’est le seul !

    A beau mentir qui vient de loin

    Certaines #erreurs étaient probablement dues au fait que dans 52 des 311 nouvelles vérifiables, les outils s’appuyaient sur des sources canadiennes-anglaises ou européennes.

    Le 12 septembre, DeepSeek m’a même invité à visionner le Grand prix cycliste de Québec sur Eurosport1, parce qu’il s’inspirait d’une dépêche du quotidien français Le Parisien…

    Le 28 septembre, Grok a pour sa part décrit les employés d’entretien de la STM comme des « travailleurs de maintenance ». Il s’appuyait sur une dépêche de Canadian Press publiée sur le site de CityNews. Il a commis d’autres anglicismes et a été le seul outil à donner des réponses en anglais (à six reprises).
    « Conclusions génératives »

    Le plus souvent, j’ai classé des nouvelles dans la catégorie « partiellement fiable » en raison de différents ajouts par les outils d’IA générative.

    Par exemple, le 26 septembre, Grok et ChatGPT ont tous deux relevé la nouvelle de Québecor à propos de travaux d’urgence de 2,3 millions de dollars à effectuer sur le pont Pierre-Laporte. Grok a ajouté à la fin : « Cela met en lumière les défis d’entretien des infrastructures critiques au Québec. » ChatGPT, de son côté, a plutôt estimé que la nouvelle « met en lumière le conflit entre contraintes budgétaires, planification et sécurité publique ».

    Ce n’est pas faux. Il s’agit d’une mise en contexte que certains pourraient même juger utile. Cependant, ces conclusions ne sont appuyées sur aucune source. Personne dans les articles cités n’en parlait en ces termes.

    Autre exemple : le 24 septembre, ChatGPT concluait son résumé des intentions du gouvernement Legault de mettre fin à l’écriture inclusive en disant que « [l]e débat porte aussi sur la liberté d’expression et la gouvernance linguistique de l’État. » Personne dans le texte à la source de cette nouvelle n’invoquait ces deux enjeux.

    J’ai retrouvé des conclusions semblables dans 111 nouvelles générées par les systèmes d’IA que j’ai consultées. Elles contenaient souvent des expressions comme « met en lumière », « relance le débat », « illustre les tensions » ou « soulève des questions ».

    Or, aucun humain n’avait parlé de tensions ou soulevé de questions. Les « conclusions génératives » imaginent des débats qui n’existent pas. J’y vois une porte ouverte à l’exagération, voire à la désinformation.

    Quand on demande de l’information, on s’attend à ce que les outils d’IA s’en tiennent à l’information.

    Consulter ici le fichier dans lequel l’auteur a consigné les réponses données chaque matin par les outils d’IA générative : https://docs.google.com/spreadsheets/d/1yc2Gw-6BXem45dF7jP-bsxVC7hEmN_mlaNncN1PFjmw/edit?gid=0#gid=0

    https://theconversation.com/lia-ma-informe-pendant-un-mois-elle-ne-sen-est-pas-toujours-tenue-a
    #AI #intelligence_artificielle #news #fiabilité

  • Politiques publiques : passer de l’#IA… à la #dénumérisation

    L’intelligence artificielle et son monde est en train de prendre la main sur les #politiques_publiques, au risque de nous laisser sans échappatoire, alerte Dan McQuillan.

    L’IA prédictive comme générative semble offrir une multitude d’avantages à l’élaboration des politiques publiques : de l’analyse de données complexes à l’optimisation des ressources. Elle semble à la fois être capable d’apporter une vision globale et d’identifier les leviers permettant de la modifier. Recourir à l’IA signifie mettre en place des politiques conduites par les données, ce qui permet d’assurer une forme d’#objectivité, notamment quant il s’agit de rationner le #service_public

    Mais, cette production de solutions politiques semble oublier que l’IA est incapable de résoudre les #problèmes_structurels. Elle propose des #solutions_performatives qui obscurcissent et amplifient les problèmes, explique l’iconoclaste #Dan_MacQuillan dans un article pour la Joseph Rowntree Foundation, une association britannique de lutte contre la pauvreté, qui a initié une réflexion sur l’usage de l’IA pour le #bien_public. Dan McQuillan est maître de conférence au département d’informatique de l’université Goldsmiths de Londres. Il est l’auteur de Resisting AI, an anti-fascist approach to artificial intelligence (Résister à l’IA, une approche anti-fasciste de l’intelligence artificielle, Bristol University Press, 2022, non traduit) dont nous avions déjà parlé.

    McQuillan rappelle que l’IA, par principe, consiste à produire des #corrélations réductrices plutôt que des analyses causales. « La complexité de l’IA introduit une #opacité fondamentale dans le lien entre les #données_d’entrée et les #résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours. Ce phénomène est aggravé dans les applications concrètes, où les résultats apparemment fiables de l’IA peuvent devenir auto-réalisateurs. Un #algorithme d’apprentissage automatique qualifiant une famille de « difficile » peut ainsi créer une #boucle_de_rétroaction entre les membres de la famille et les #services_sociaux. De cette manière, l’IA imite des phénomènes sociologiques bien connus, tels que les #stéréotypes et la #stigmatisation, mais à grande échelle ». Ses inférences au final renforcent les #stratifications_sociales de la société comme pour les rendre acceptables.

    Or, rappelle le chercheur, « une bonne politique doit impérativement être ancrée dans la réalité ». C’est pourtant bien ce lien que rompent les calculs de l’IA, à l’image des #hallucinations. Celles-ci proviennent du fait que l’IA repose sur l’#imitation_du_langage plutôt que sa #compréhension. Le même principe s’applique à toutes les #prédictions ou #classifications que produit l’IA. « Que l’IA soit appliquée directement pour prédire la #fraude aux #aides_sociales ou simplement utilisée par un décideur politique pour « dialoguer » avec une multitude de documents politiques, elle dégrade la #fiabilité des résultats ».

    Des données probantes suggèrent déjà que l’imbrication des #algorithmes dans les solutions politiques conduit à une appréciation arbitraire de l’#injustice et de la #cruauté. Les #scandales abondent, de #Robodebt en Australie à l’affaire des allocations familiales aux Pays-Bas, qui auraient tous pu être évités en écoutant la voix des personnes concernées. Mais l’IA introduit une #injustice_épistémique, où la capacité des individus à connaître leur propre situation est dévaluée par rapport aux abstractions algorithmiques. Si l’IA, comme la #bureaucratie, est présentée comme une forme généralisée et orientée vers un objectif de processus rationnel, elle engendre en réalité de l’#inconscience : l’incapacité à critiquer les instructions, le manque de #réflexion sur les conséquences et l’adhésion à la croyance que l’ordre est correctement appliqué. Pire encore, l’IA dite générative offre la capacité supplémentaire de simuler une large consultation, que ce soit par « l’interprétation » hallucinatoire d’un grand nombre de soumissions publiques ou par la simulation littérale d’un public virtuel et prétendument plus diversifié en remplaçant des personnes réelles par des avatars d’#IA_générative. Une technique, qui, si elle a l’avantage de réduire les coûts, est dénoncée par des chercheurs comme contraire aux valeurs mêmes de l’enquête et de la recherche, rappelait Scientific American. « L’approche technocratique mise en œuvre par l’IA est à l’opposé d’un mécanisme réactif aux aléas de l’#expérience_vécue », explique McQuillan. « L’IA n’est jamais responsable, car elle n’est pas responsable ». Si l’on considère les attributs de l’IA dans leur ensemble, son application à l’élaboration des politiques publiques ou comme outil politique aggravera l’#injustice_sociale, prédit le chercheur. L’apport de l’IA à l’ordre social ne consiste pas à générer des arrangements de pouvoir alternatifs, mais à mettre en place des mécanismes de classification, de #hiérarchisation et d’#exclusion.

    Chaque signalement par l’IA d’un risque de #fraude, d’un classement d’une personne dans une catégorie, mobilise une vision du monde qui privilégie des #représentations_abstraites à la complexité des relations vécues, et ce dans l’intérêt des institutions et non des individus. « Imprégnées des injustices criantes du #statu_quo, les solutions de l’IA tendent inexorablement vers la #nécropolitique, c’est-à-dire vers des formes de prise de décision qui modifient la répartition des chances de vie par des désignations de disponibilité relative. Détourner massivement les individus des parcours éducatifs ou des prestations sociales dont ils ont besoin pour survivre, par exemple, constitue un #filtre_algorithmique pour déterminer qui est bienvenu dans la société et qui ne l’est pas ».

    Le problème, c’est que la pression sur les décideurs politiques à adopter l’IA est immense, non seulement parce que ses #biais viennent confirmer les leurs, mais plus encore du fait des engagements commerciaux et des promesses économiques que représente le développement de ce secteur. Et McQuillan de regretter que cette orientation nous éloigne de l’enjeu éthique qui devrait être au cœur des politiques publiques. La politique s’intéresse de moins en moins aux injustices structurelles de la société. « Un monde où l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques reposent sur l’IA est aussi un monde qui confère un #pouvoir considérable à la petite poignée d’entreprises capables de disposer de ces ressources ». Par essence, « l’adoption de l’IA constitue un engagement en faveur de l’#extractivisme et d’un transfert de contrôle à un niveau qui supplante toute politique réelle ».

    En fait, explique McQuillan, adopter l’IA dans l’élaboration des politiques publiques revient à soumettre les politiques à des agendas corporatifs et idéologiques plus vastes (à savoir se soumettre à ceux qui ont déjà décidé que l’avenir de la civilisation réside dans l’intelligence artificielle générale (IAG), ceux qui ont décidé que la meilleure réponse à la crise structurelle est de la masquer sous le battage médiatique de l’IA, et ceux qui ont conclu que le meilleur moyen de maintenir les revenus en période de récession mondiale est de remplacer les travailleurs réels par des émulations d’IA de mauvaise qualité). L’impact net de l’IA dans l’élaboration des politiques la rendrait plus précaire et favoriserait l’externalisation et la #privatisation sous couvert d’une #technologie surmédiatisée. Il s’agit d’une forme de « #stratégie_du_choc », où le sentiment d’urgence généré par une technologie prétendument transformatrice du monde est utilisé comme une opportunité pour l’#emprise des entreprises et pour transformer les systèmes sociaux dans des directions ouvertement autoritaires, sans réflexion ni débat démocratique.

    Pour Dan McQuillan, plutôt que de se demander comment l’IA va imprégner l’élaboration des politiques, il faudrait se concentrer sur des politiques publiques qui favorisent la dénumérisation. C’est-à-dire favoriser une stratégie sociotechnique de réduction de la #dépendance à l’échelle computationnelle, de participation maximale des communautés concernées et de reconnaissance accrue du fait que le raisonnement computationnel ne saurait se substituer aux questions politiques exigeant un jugement réfléchi et perspicace. L’IA, en tant qu’appareil de calcul, de concepts et d’investissements, est l’apothéose de la « vue d’en haut », l’abstraction désincarnée du savoir privilégié qui empoisonne déjà nombre de formes d’élaboration des politiques. Pour McQuillan, un pivot vers la « #décomputation » est une façon de réaffirmer la valeur des #connaissances_situées et du contexte sur le seul passage à l’échelle. Contrairement aux prédictions et simulations de l’IA, notre réalité commune est complexe et intriquée, et la théorie ne permet pas de prédire l’avenir. Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas progresser vers des objectifs tels que la justice sociale et une transition juste, mais la dénumérisation suggère de les aborder de manière à la fois itérative et participative. Le véritable travail de restructuration réoriente l’attention des technologies toxiques vers le développement de techniques de #redistribution du #pouvoir_social, telles que les #conseils_populaires et les #assemblées_populaires. Bref, pour sortir de l’enfermement des politiques publiques de l’abstraction qu’impose l’IA, il faut prendre un virage contraire, suggère McQuillan. Un constat qui n’est pas si éloigné de celui que dresse le chercheur Arvind Narayanan quand il invite à limiter l’emprise du calcul sur le social, même s’il est exprimé ici d’une manière bien plus radicale.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/10/07/politiques-publiques-passer-de-lia-a-la-denumerisation
    #intelligence_artificielle #AI

  • #IA et #éducation (1/2) : plongée dans l’IApocalypse éducative

    L’#IA_générative est en train de transformer en profondeur le monde de l’éducation, où les élèves l’utilisent massivement pour faire leurs devoirs. Entre dénis et illusions, comment s’adapter ? Faut-il s’adapter ?

    A l’été 2023, Ethan Mollick, professeur de management à Wharton, co-directeur du Generative AI Labs et auteur de #Co-intelligence : vivre et travailler avec l’IA (qui vient de paraître en français chez First), décrivait dans son excellente newsletter, One useful thing, l’apocalypse des #devoirs. Cette apocalypse qu’il annonçait était qu’il ne serait plus possible pour les enseignants de donner des devoirs à leurs élèves à cause de l’IA, redoutant une triche généralisée.

    Pourtant, rappelait-il, la triche est là depuis longtemps. Une étude longitudinale de 2020 montrait déjà que de moins en moins d’élèves bénéficiaient des devoirs qu’ils avaient à faire. L’étude, menée par le professeur de psychologie cognitive, Arnold Glass du Learning and memory laboratory de Rutgers, montrait que lorsque les élèves faisaient leurs devoirs en 2008, cela améliorait leurs notes aux examens pour 86% d’entre eux, alors qu’en 2017, les devoirs ne permettaient plus d’améliorer les notes que de 45% des élèves. Pourquoi ? Parce que plus de la moitié des élèves copiaient-collaient les réponses à leurs devoirs sur internet en 2017, et n’en tiraient donc pas profit. Une autre étude soulignait même que 15% des élèves avaient payé quelqu’un pour faire leur devoir, généralement via des sites d’aides scolaires en ligne. Si #tricher s’annonce plus facile avec l’IA, il faut se rappeler que c’était déjà facile avant sa généralisation.

    Les #calculatrices n’ont pas tué les #mathématiques

    Mais la triche n’est pas la seule raison pour laquelle l’IA remet en question la notion même de devoirs. Mollick rappelle que l’introduction de la calculatrice a radicalement transformé l’enseignement des mathématiques. Dans un précédent article, il revenait d’ailleurs sur cette histoire. Lorsque la calculatrice a été introduite dans les écoles, les réactions ont été étonnamment proches des inquiétudes initiales que Mollick entend aujourd’hui concernant l’utilisation de l’IA par les élèves. En s’appuyant sur une thèse signée Sarah Banks, Mollick rappelle que dès les années 70, certains professeurs étaient impatients d’intégrer l’usage des calculatrices dans leurs classes, mais c’était loin d’être le cas de tous. La majorité regardait l’introduction de la calculatrice avec suspicion et les parents partagaient l’inquiétude que leurs enfants n’oublient les bases des maths. Au début des années 80, les craintes des enseignants s’étaient inversées, mais très peu d’écoles fournissaient de calculatrices à leurs élèves. Il faut attendre le milieu des années 1990, pour que les calculatrices intègrent les programmes scolaires. En fait, un consensus pratique sur leur usage a été atteint. Et l’enseignement des mathématiques ne s’est pas effondré (même si les tests Pisa montrent une baisse de performance, notamment dans les pays de l’OCDE, mais pour bien d’autres raisons que la généralisation des calculatrices) (https://stanford.edu/~cpiech/bio/papers/gptsurprise.pdf).

    Pour Mollick, l’intégration de l’IA à l’école suivra certainement un chemin similaire. « Certains devoirs nécessiteront l’assistance de l’IA, d’autres l’interdiront. Les devoirs d’écriture en classe sur des ordinateurs sans connexion Internet, combinés à des examens écrits, permettront aux élèves d’acquérir les #compétences_rédactionnelles de base. Nous trouverons un consensus pratique qui permettra d’intégrer l’IA au processus d’#apprentissage sans compromettre le développement des #compétences essentielles. Tout comme les calculatrices n’ont pas remplacé l’apprentissage des mathématiques, l’IA ne remplacera pas l’apprentissage de l’#écriture et de la #pensée_critique. Cela prendra peut-être du temps, mais nous y parviendrons », explique Mollick, toujours optimiste.

    Pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

    Mais l’impact de l’IA ne se limite pas à l’écriture, estime Mollick. Elle peut aussi être un vulgarisateur très efficace et #ChatGPT peut répondre à bien des questions. L’arrivée de l’IA remet en cause les méthodes d’enseignements traditionnelles que sont les #cours_magistraux, qui ne sont pas si efficaces et dont les alternatives, pour l’instant, n’ont pas connu le succès escompté. « Les cours magistraux ont tendance à reposer sur un #apprentissage_passif, où les étudiants se contentent d’écouter et de prendre des notes sans s’engager activement dans la résolution de problèmes ni la pensée critique. Dans ce format, les étudiants peuvent avoir du mal à retenir l’information, car leur attention peut facilement faiblir lors de longues présentations. De plus, l’approche universelle des cours magistraux ne tient pas compte des différences et des capacités individuelles, ce qui conduit certains étudiants à prendre du retard tandis que d’autres se désintéressent, faute de stimulation ». Mollick est plutôt partisan de l’#apprentissage_actif, qui supprime les cours magistraux et invite les étudiants à participer au processus d’apprentissage par le biais d’activités telles que la #résolution_de_problèmes, le #travail_de_groupe et les #exercices_pratiques. Dans cette approche, les étudiants collaborent entre eux et avec l’enseignant pour mettre en pratique leurs apprentissages. Une méthode que plusieurs études valorisent comme plus efficaces, même si les étudiants ont aussi besoin d’enseignements initiaux appropriés.

    La solution pour intégrer davantage d’apprentissage actif passe par les #classes_inversées, où les étudiants doivent apprendre de nouveaux concepts à la maison (via des vidéos ou des ressources numériques) pour les appliquer ensuite en classe par le biais d’activités, de discussions ou d’exercices. Afin de maximiser le temps consacré à l’apprentissage actif et à la pensée critique, tout en utilisant l’apprentissage à domicile pour la transmission du contenu.

    Pourtant, reconnaît Mollick, l’apprentissage actif peine à s’imposer, notamment parce que les professeurs manquent de ressources de qualité et de matériel pédagogique inversé de qualité. Des lacunes que l’IA pourrait bien combler. Mollick imagine alors une classe où des tuteurs IA personnalisés viendraient accompagner les élèves, adaptant leur enseignement aux besoins des élèves tout en ajustant les contenus en fonction des performances des élèves, à la manière du manuel électronique décrit dans L’âge de diamant de Neal Stephenson, emblème du rêve de l’apprentissage personnalisé. Face aux difficultés, Mollick à tendance à toujours se concentrer « sur une vision positive pour nous aider à traverser les temps incertains à venir ». Pas sûr que cela suffise.

    Dans son article d’août 2023, Mollick estime que les élèves vont bien sûr utiliser l’IA pour tricher et vont l’intégrer dans tout ce qu’ils font. Mais surtout, ils vont nous renvoyer une question à laquelle nous allons devoir répondre : ils vont vouloir comprendre pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

    Perturbation de l’écriture et de la #lecture

    Mollick rappelle que la dissertation est omniprésente dans l’enseignement. L’écriture remplit de nombreuses fonctions notamment en permettant d’évaluer la capacité à raisonner et à structurer son #raisonnement. Le problème, c’est que les dissertations sont très faciles à générer avec l’IA générative. Les détecteurs de leur utilisation fonctionnent très mal et il est de plus en plus facile de les contourner. A moins de faire tout travail scolaire en classe et sans écrans, nous n’avons plus de moyens pour détecter si un travail est réalisé par l’homme ou la machine. Le retour des dissertations sur table se profile, quitte à grignoter beaucoup de temps d’apprentissage.

    Mais pour Mollick, les écoles et les enseignants vont devoir réfléchir sérieusement à l’utilisation acceptable de l’IA. Est-ce de la triche de lui demander un plan ? De lui demander de réécrire ses phrases ? De lui demander des références ou des explications ? Qu’est-ce qui peut-être autorisé et comment les utiliser ?

    Pour les étudiants du supérieur auxquels il donne cours, Mollick a fait le choix de rendre l’usage de l’IA obligatoire dans ses cours et pour les devoirs, à condition que les modalités d’utilisation et les consignes données soient précisées. Pour lui, cela lui a permis d’exiger des devoirs plus ambitieux, mais a rendu la notation plus complexe.

    Mollick rappelle qu’une autre activité éducative primordiale reste la lecture. « Qu’il s’agisse de rédiger des comptes rendus de lecture, de résumer des chapitres ou de réagir à des articles, toutes ces tâches reposent sur l’attente que les élèves assimilent la lecture et engagent un dialogue avec elle ». Or, l’IA est là encore très performante pour lire et résumer. Mollick suggère de l’utiliser comme partenaire de lecture, en favorisant l’interaction avec l’IA, pour approfondir les synthèses… Pas sûr que la perspective apaise la panique morale qui se déverse dans la presse sur le fait que les étudiants ne lisent plus. Du New Yorker (« Les humanités survivront-elles à ChatGPT ? » ou « Est-ce que l’IA encourage vraiement les élèves à tricher ? ») à The Atlantic (« Les étudiants ne lisent plus de livres » ou « La génération Z voit la lecture comme une perte de temps ») en passant par les pages opinions du New York Times (qui explique par exemple que si les étudiants ne lisent plus c’est parce que les compétences ne sont plus valorisées nulles part), la perturbation que produit l’arrivée de ChatGPT dans les études se double d’une profonde chute de la lecture, qui semble être devenue d’autant plus inutile que les machines les rendent disponibles. Mêmes inquiétudes dans la presse de ce côté-ci de l’Atlantique, du Monde à Médiapart en passant par France Info…

    Mais l’IA ne menace pas que la lecture ou l’écriture. Elle sait aussi très bien résoudre les problèmes et exercices de math comme de science.

    Pour Mollick, comme pour bien des thuriféraires de l’IA, c’est à l’école et à l’enseignement de s’adapter aux perturbations générées par l’IA, qu’importe si la société n’a pas demandé le déploiement de ces outils. D’ailleurs, soulignait-il très récemment, nous sommes déjà dans une éducation postapocalyptique. Selon une enquête de mai 2024, aux Etats-Unis 82 % des étudiants de premier cycle universitaire et 72 % des élèves de la maternelle à la terminale ont déjà utilisé l’IA. Une adoption extrêmement rapide. Même si les élèves ont beau dos de ne pas considérer son utilisation comme de la triche. Pour Mollick, « la triche se produit parce que le travail scolaire est difficile et comporte des enjeux importants ». L’être humain est doué pour trouver comment se soustraire ce qu’il ne souhaite pas faire et éviter l’#effort_mental. Et plus les #tâches_mentales sont difficiles, plus nous avons tendance à les éviter. Le problème, reconnaît Mollick, c’est que dans l’éducation, faire un #effort reste primordial.

    Dénis et illusions

    Pourtant, tout le monde semble être dans le #déni et l’#illusion. Les enseignants croient pouvoir détecter facilement l’utilisation de l’IA et donc être en mesure de fixer les barrières. Ils se trompent très largement. Une écriture d’IA bien stimulée est même jugée plus humaine que l’écriture humaine par les lecteurs. Pour les professeurs, la seule option consiste à revenir à l’écriture en classe, ce qui nécessite du temps qu’ils n’ont pas nécessairement et de transformer leur façon de faire cours, ce qui n’est pas si simple.

    Mais les élèves aussi sont dans l’illusion. « Ils ne réalisent pas réellement que demander de l’aide pour leurs devoirs compromet leur #apprentissage ». Après tout, ils reçoivent des conseils et des réponses de l’IA qui les aident à résoudre des problèmes, qui semble rendre l’apprentissage plus fluide. Comme l’écrivent les auteurs de l’étude de Rutgers : « Rien ne permet de croire que les étudiants sont conscients que leur stratégie de devoirs diminue leur note à l’examen… ils en déduisent, de manière logique, que toute stratégie d’étude augmentant leur note à un devoir augmente également leur note à l’examen ». En fait, comme le montre une autre étude, en utilisant ChatGPT, les notes aux devoirs progressent, mais les notes aux #examens ont tendance à baisser de 17% en moyenne quand les élèves sont laissés seuls avec l’outil (https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4895486). Par contre, quand ils sont accompagnés pour comprendre comment l’utiliser comme #coach plutôt qu’outil de réponse, alors l’outil les aide à la fois à améliorer leurs notes aux devoirs comme à l’examen. Une autre étude, dans un cours de programmation intensif à Stanford, a montré que l’usage des chatbots améliorait plus que ne diminuait les notes aux examens.

    Une majorité de professeurs estiment que l’usage de ChatGPT est un outil positif pour l’apprentissage. Pour Mollick, l’IA est une aide pour comprendre des sujets complexes, réfléchir à des idées, rafraîchir ses connaissances, obtenir un retour, des conseils… Mais c’est peut-être oublier de sa part, d’où il parle et combien son expertise lui permet d’avoir un usage très évolué de ces outils. Ce qui n’est pas le cas des élèves.
    Encourager la réflexion et non la remplacer

    Pour que les étudiants utilisent l’IA pour stimuler leur réflexion plutôt que la remplacer, il va falloir les accompagner, estime Mollick. Mais pour cela, peut-être va-t-il falloir nous intéresser aux professeurs, pour l’instant laissés bien dépourvus face à ces nouveaux outils.

    Enfin, pas tant que cela. Car eux aussi utilisent l’IA. Selon certains sondages américains, trois quart des enseignants utiliseraient désormais l’IA dans leur travail, mais nous connaissons encore trop peu les méthodes efficaces qu’ils doivent mobiliser. Une étude qualitative menée auprès d’eux a montré que ceux qui utilisaient l’IA pour aider leurs élèves à réfléchir, pour améliorer les explications obtenaient de meilleurs résultats. Pour Mollick, la force de l’IA est de pouvoir créer des expériences d’apprentissage personnalisées, adaptées aux élèves et largement accessibles, plus que les technologies éducatives précédentes ne l’ont jamais été. Cela n’empêche pas Mollick de conclure par le discours lénifiant habituel : l’éducation quoiqu’il en soit doit s’adapter !

    Cela ne veut pas dire que cette adaptation sera très facile ou accessible, pour les professeurs, comme pour les élèves. Dans l’éducation, rappellent les psychologues Andrew Wilson et Sabrina Golonka sur leur blog, « le processus compte bien plus que le résultat« . Or, l’IA fait à tous la promesse inverse. En matière d’éducation, cela risque d’être dramatique, surtout si nous continuons à valoriser le résultat (les notes donc) sur le processus. David Brooks ne nous disait pas autre chose quand il constatait les limites de notre méritocratie actuelle. C’est peut-être par là qu’il faudrait d’ailleurs commencer, pour résoudre l’IApocalypse éducative…

    Pour Mollick cette évolution « exige plus qu’une acceptation passive ou une résistance futile ». « Elle exige une refonte fondamentale de notre façon d’enseigner, d’apprendre et d’évaluer les connaissances. À mesure que l’IA devient partie intégrante du paysage éducatif, nos priorités doivent évoluer. L’objectif n’est pas de déjouer l’IA ou de faire comme si elle n’existait pas, mais d’exploiter son potentiel pour améliorer l’éducation tout en atténuant ses inconvénients. La question n’est plus de savoir si l’IA transformera l’éducation, mais comment nous allons façonner ce changement pour créer un environnement d’apprentissage plus efficace, plus équitable et plus stimulant pour tous ». Plus facile à dire qu’à faire. Expérimenter prend du temps, trouver de bons exercices, changer ses pratiques… pour nombre de professeurs, ce n’est pas si évident, d’autant qu’ils ont peu de temps disponible pour se faire ou se former. La proposition d’Anthropic de produire une IA dédiée à l’accompagnement des élèves (Claude for Education) qui ne cherche pas à fournir des réponses, mais produit des modalités pour accompagner les élèves à saisir les raisonnements qu’ils doivent échafauder, est certes stimulante, mais il n’est pas sûr qu’elle ne soit pas contournable.

    Dans les commentaires des billets de Mollick, tout le monde se dispute, entre ceux qui pensent plutôt comme Mollick et qui ont du temps pour s’occuper de leurs élèves, qui vont pouvoir faire des évaluations orales et individuelles, par exemple (ce que l’on constate aussi dans les cursus du supérieur en France, rapportait le Monde). Et les autres, plus circonspects sur les évolutions en cours, où de plus en plus souvent des élèves produisent des contenus avec de l’IA que leurs professeurs font juger par des IA… On voit bien en tout cas, que la question de l’IA générative et ses usages, ne pourra pas longtemps rester une question qu’on laisse dans les seules mains des professeurs et des élèves, à charge à eux de s’en débrouiller.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/06/24/ia-et-education-1-2-plongee-dans-liapocalypse-educative
    #AI #intelligence_artificielle
    #à_lire

    • IA et éducation (2/2) : du #dilemme_moral au malaise social

      Encourager les élèves à un usage responsable de l’IA semble plus facile à dire qu’à faire. Notamment parce que l’IA place la déqualification au coeur même de l’apprentissage. Derrière la question morale de la triche, il faut surtout observer le malaise social à l’oeuvre. L’IA n’est certainement pas le grand égalisateur qu’on pense.

      La bataille éducative est-elle perdue ?

      Une grande enquête de 404 media montre qu’à l’arrivée de ChatGPT, les écoles publiques américaines étaient totalement démunies face à l’adoption généralisée de ChatGPT par les élèves. Le problème est d’ailleurs loin d’être résolu. Le New York Mag a récemment publié un article qui se désole de la triche généralisée qu’ont introduit les IA génératives à l’école. De partout, les élèves utilisent les chatbots pour prendre des notes pendant les cours, pour concevoir des tests, résumer des livres ou des articles, planifier et rédiger leurs essais, résoudre les exercices qui leurs sont demandés. Le plafond de la triche a été pulvérisé, explique un étudiant. “Un nombre considérable d’étudiants sortiront diplômés de l’université et entreront sur le marché du travail en étant essentiellement analphabètes”, se désole un professeur qui constate le court-circuitage du processus même d’apprentissage. La triche semblait pourtant déjà avoir atteint son apogée, avant l’arrivée de ChatGPT, notamment avec les plateformes d’aides au devoir en ligne comme Chegg et Course Hero. “Pour 15,95 $ par mois, Chegg promettait des réponses à toutes les questions de devoirs en seulement 30 minutes, 24h/24 et 7j/7, grâce aux 150 000 experts diplômés de l’enseignement supérieur qu’elle employait, principalement en Inde”.

      Chaque école a proposé sa politique face à ces nouveaux outils, certains prônant l’interdiction, d’autres non. Depuis, les politiques se sont plus souvent assouplies, qu’endurcies. Nombre de profs autorisent l’IA, à condition de la citer, ou ne l’autorisent que pour aide conceptuelle et en demandant aux élèves de détailler la manière dont ils l’ont utilisé. Mais cela ne dessine pas nécessairement de limites claires à leurs usages. L’article souligne que si les professeurs se croient doués pour détecter les écrits générés par l’IA, des études ont démontré qu’ils ne le sont pas. L’une d’elles, publiée en juin 2024, utilisait de faux profils d’étudiants pour glisser des travaux entièrement générés par l’IA dans les piles de correction des professeurs d’une université britannique. Les professeurs n’ont pas signalé 97 % des essais génératifs. En fait, souligne l’article, les professeurs ont plutôt abandonné l’idée de pouvoir détecter le fait que les devoirs soient rédigés par des IA. “De nombreux enseignants semblent désormais désespérés”. “Ce n’est pas ce pour quoi nous nous sommes engagés”, explique l’un d’entre eux. La prise de contrôle de l’enseignement par l’IA tient d’une crise existentielle de l’éducation. Désormais, les élèves ne tentent même plus de se battre contre eux-mêmes. Ils se replient sur la facilité. “Toute tentative de responsabilisation reste vaine”, constatent les professeurs.

      L’IA a mis à jour les défaillances du système éducatif. Bien sûr, l’idéal de l’université et de l’école comme lieu de développement intellectuel, où les étudiants abordent des idées profondes a disparu depuis longtemps. La perspective que les IA des professeurs évaluent désormais les travaux produits par les IA des élèves, finit de réduire l’absurdité de la situation, en laissant chacun sans plus rien à apprendre. Plusieurs études (comme celle de chercheurs de Microsoft) ont établi un lien entre l’utilisation de l’IA et une détérioration de l’esprit critique. Pour le psychologue, Robert Sternberg, l’IA générative compromet déjà la créativité et l’intelligence. “La bataille est perdue”, se désole un autre professeur.

      Reste à savoir si l’usage “raisonnable” de l’IA est possible. Dans une longue enquête pour le New Yorker, le journaliste Hua Hsu constate que tous les étudiants qu’il a interrogé pour comprendre leur usage de l’IA ont commencé par l’utiliser pour se donner des idées, en promettant de veiller à un usage responsable et ont très vite basculé vers des usages peu modérés, au détriment de leur réflexion. L’utilisation judicieuse de l’IA ne tient pas longtemps. Dans un rapport sur l’usage de Claude par des étudiants, Anthropic a montré que la moitié des interactions des étudiants avec son outil serait extractive, c’est-à-dire servent à produire des contenus. 404 media est allé discuter avec les participants de groupes de soutien en ligne de gens qui se déclarent comme “dépendants à l’IA”. Rien n’est plus simple que de devenir accro à un chatbot, confient des utilisateurs de tout âge. OpenAI en est conscient, comme le pointait une étude du MIT sur les utilisateurs les plus assidus, sans proposer pourtant de remèdes.

      Comment apprendre aux enfants à faire des choses difficiles ? Le journaliste Clay Shirky, devenu responsable de l’IA en éducation à la New York University, dans le Chronicle of Higher Education, s’interroge : l’IA améliore-t-elle l’éducation ou la remplace-t-elle ? “Chaque année, environ 15 millions d’étudiants de premier cycle aux États-Unis produisent des travaux et des examens de plusieurs milliards de mots. Si le résultat d’un cours est constitué de travaux d’étudiants (travaux, examens, projets de recherche, etc.), le produit de ce cours est l’expérience étudiante”. Un devoir n’a de valeur que ”pour stimuler l’effort et la réflexion de l’élève”. “L’utilité des devoirs écrits repose sur deux hypothèses : la première est que pour écrire sur un sujet, l’élève doit comprendre le sujet et organiser ses pensées. La seconde est que noter les écrits d’un élève revient à évaluer l’effort et la réflexion qui y ont été consacrés”. Avec l’IA générative, la logique de cette proposition, qui semblait pourtant à jamais inébranlable, s’est complètement effondrée.

      Pour Shirky, il ne fait pas de doute que l’IA générative peut être utile à l’apprentissage. “Ces outils sont efficaces pour expliquer des concepts complexes, proposer des quiz pratiques, des guides d’étude, etc. Les étudiants peuvent rédiger un devoir et demander des commentaires, voir à quoi ressemble une réécriture à différents niveaux de lecture, ou encore demander un résumé pour vérifier la clarté”… “Mais le fait que l’IA puisse aider les étudiants à apprendre ne garantit pas qu’elle le fera”. Pour le grand théoricien de l’éducation, Herbert Simon, “l’enseignant ne peut faire progresser l’apprentissage qu’en incitant l’étudiant à apprendre”. “Face à l’IA générative dans nos salles de classe, la réponse évidente est d’inciter les étudiants à adopter les utilisations utiles de l’IA tout en les persuadant d’éviter les utilisations néfastes. Notre problème est que nous ne savons pas comment y parvenir”, souligne pertinemment Shirky. Pour lui aussi, aujourd’hui, les professeurs sont en passe d’abandonner. Mettre l’accent sur le lien entre effort et apprentissage ne fonctionne pas, se désole-t-il. Les étudiants eux aussi sont déboussolés et finissent par se demander où l’utilisation de l’IA les mène. Shirky fait son mea culpa. L’utilisation engagée de l’IA conduit à son utilisation paresseuse. Nous ne savons pas composer avec les difficultés. Mais c’était déjà le cas avant ChatGPT. Les étudiants déclarent régulièrement apprendre davantage grâce à des cours magistraux bien présentés qu’avec un apprentissage plus actif, alors que de nombreuses études démontrent l’inverse. “Un outil qui améliore le rendement mais dégrade l’expérience est un mauvais compromis”.

      C’est le sens même de l’éducation qui est en train d’être perdu. Le New York Times revenait récemment sur le fait que certaines écoles interdisent aux élèves d’utiliser ces outils, alors que les professeurs, eux, les surutilisent. Selon une étude auprès de 1800 enseignants de l’enseignement supérieur, 18 % déclaraient utiliser fréquemment ces outils pour faire leur cours, l’année dernière – un chiffre qui aurait doublé depuis. Les étudiants ne lisent plus ce qu’ils écrivent et les professeurs non plus. Si les profs sont prompts à critiquer l’usage de l’IA par leurs élèves, nombre d’entre eux l’apprécient pour eux-mêmes, remarque un autre article du New York Times. A PhotoMath ou Google Lens qui viennent aider les élèves, répondent MagicSchool et Brisk Teaching qui proposent déjà des produits d’IA qui fournissent un retour instantané sur les écrits des élèves. L’Etat du Texas a signé un contrat de 5 ans avec l’entreprise Cambium Assessment pour fournir aux professeurs un outil de notation automatisée des écrits des élèves.

      Pour Jason Koebler de 404 media : “la société dans son ensemble n’a pas très bien résisté à l’IA générative, car les grandes entreprises technologiques s’obstinent à nous l’imposer. Il est donc très difficile pour un système scolaire public sous-financé de contrôler son utilisation”. Pourtant, peu après le lancement public de ChatGPT, certains districts scolaires locaux et d’État ont fait appel à des consultants pro-IA pour produire des formations et des présentations “encourageant largement les enseignants à utiliser l’IA générative en classe”, mais “aucun n’anticipait des situations aussi extrêmes que celles décrites dans l’article du New York Mag, ni aussi problématiques que celles que j’ai entendues de mes amis enseignants, qui affirment que certains élèves désormais sont totalement dépendants de ChatGPT”. Les documents rassemblés par 404media montrent surtout que les services d’éducation américains ont tardé à réagir et à proposer des perspectives aux enseignants sur le terrain.

      Dans un autre article de 404 media, Koebler a demandé à des professeurs américains d’expliquer ce que l’IA a changé à leur travail. Les innombrables témoignages recueillis montrent que les professeurs ne sont pas restés les bras ballants, même s’ils se sentent très dépourvus face à l’intrusion d’une technologie qu’ils n’ont pas voulu. Tous expliquent qu’ils passent des heures à corriger des devoirs que les élèves mettent quelques secondes à produire. Tous dressent un constat similaire fait d’incohérences, de confusions, de démoralisations, entre préoccupations et exaspérations. Quelles limites mettre en place ? Comment s’assurer qu’elles soient respectées ? “Je ne veux pas que les étudiants qui n’utilisent pas de LLM soient désavantagés. Et je ne veux pas donner de bonnes notes à des étudiants qui ne font pratiquement rien”, témoigne un prof. Beaucoup ont désormais recours à l’écriture en classe, au papier. Quelques-uns disent qu’ils sont passés de la curiosité au rejet catégorique de ces outils. Beaucoup pointent que leur métier est plus difficile que jamais. “ChatGPT n’est pas un problème isolé. C’est le symptôme d’un paradigme culturel totalitaire où la consommation passive et la régurgitation de contenu deviennent le statu quo.”
      L’IA place la déqualification au coeur de l’apprentissage

      Nicholas Carr, qui vient de faire paraître Superbloom : How Technologies of Connection Tear Us Apart (Norton, 2025, non traduit) rappelle dans sa newsletter que “la véritable menace que représente l’IA pour l’éducation n’est pas qu’elle encourage la triche, mais qu’elle décourage l’apprentissage”. Pour Carr, lorsque les gens utilisent une machine pour réaliser une tâche, soit leurs compétences augmentent, soit elles s’atrophient, soit elles ne se développent jamais. C’est la piste qu’il avait d’ailleurs exploré dans Remplacer l’humain (L’échapée, 2017, traduction de The Glass Cage) en montrant comment les logiciels transforment concrètement les métiers, des architectes aux pilotes d’avions). “Si un travailleur maîtrise déjà l’activité à automatiser, la machine peut l’aider à développer ses compétences” et relever des défis plus complexes. Dans les mains d’un mathématicien, une calculatrice devient un “amplificateur d’intelligence”. A l’inverse, si le maintien d’une compétence exige une pratique fréquente, combinant dextérité manuelle et mentale, alors l’automatisation peut menacer le talent même de l’expert. C’est le cas des pilotes d’avion confrontés aux systèmes de pilotage automatique qui connaissent un “affaissement des compétences” face aux situations difficiles. Mais l’automatisation est plus pernicieuse encore lorsqu’une machine prend les commandes d’une tâche avant que la personne qui l’utilise n’ait acquis l’expérience de la tâche en question. “C’est l’histoire du phénomène de « déqualification » du début de la révolution industrielle. Les artisans qualifiés ont été remplacés par des opérateurs de machines non qualifiés. Le travail s’est accéléré, mais la seule compétence acquise par ces opérateurs était celle de faire fonctionner la machine, ce qui, dans la plupart des cas, n’était quasiment pas une compétence. Supprimez la machine, et le travail s’arrête”.

      Bien évidemment que les élèves qui utilisent des chatbots pour faire leurs devoirs font moins d’effort mental que ceux qui ne les utilisent pas, comme le pointait une très épaisse étude du MIT (synthétisée par Le Grand Continent), tout comme ceux qui utilisent une calculatrice plutôt que le calcul mental vont moins se souvenir des opérations qu’ils ont effectuées. Mais le problème est surtout que ceux qui les utilisent sont moins méfiants de leurs résultats (comme le pointait l’étude des chercheurs de Microsoft), alors que contrairement à ceux d’une calculatrice, ils sont beaucoup moins fiables. Le problème de l’usage des LLM à l’école, c’est à la fois qu’il empêche d’apprendre à faire, mais plus encore que leur usage nécessite des compétences pour les évaluer.

      L’IA générative étant une technologie polyvalente permettant d’automatiser toutes sortes de tâches et d’emplois, nous verrons probablement de nombreux exemples de chacun des trois scénarios de compétences dans les années à venir, estime Carr. Mais l’utilisation de l’IA par les lycéens et les étudiants pour réaliser des travaux écrits, pour faciliter ou éviter le travail de lecture et d’écriture, constitue un cas particulier. “Elle place le processus de déqualification au cœur de l’éducation. Automatiser l’apprentissage revient à le subvertir”.

      En éducation, plus vous effectuez de recherches, plus vous vous améliorez en recherche, et plus vous rédigez d’articles, plus vous améliorez votre rédaction. “Cependant, la valeur pédagogique d’un devoir d’écriture ne réside pas dans le produit tangible du travail – le devoir rendu à la fin du devoir. Elle réside dans le travail lui-même : la lecture critique des sources, la synthèse des preuves et des idées, la formulation d’une thèse et d’un argument, et l’expression de la pensée dans un texte cohérent. Le devoir est un indicateur que l’enseignant utilise pour évaluer la réussite du travail de l’étudiant – le travail d’apprentissage. Une fois noté et rendu à l’étudiant, le devoir peut être jeté”.

      L’IA générative permet aux étudiants de produire le produit sans effectuer le travail. Le travail remis par un étudiant ne témoigne plus du travail d’apprentissage qu’il a nécessité. “Il s’y substitue ». Le travail d’apprentissage est ardu par nature : sans remise en question, l’esprit n’apprend rien. Les étudiants ont toujours cherché des raccourcis bien sûr, mais l’IA générative est différente, pas son ampleur, par sa nature. “Sa rapidité, sa simplicité d’utilisation, sa flexibilité et, surtout, sa large adoption dans la société rendent normal, voire nécessaire, l’automatisation de la lecture et de l’écriture, et l’évitement du travail d’apprentissage”. Grâce à l’IA générative, un élève médiocre peut produire un travail remarquable tout en se retrouvant en situation de faiblesse. Or, pointe très justement Carr, “la conséquence ironique de cette perte d’apprentissage est qu’elle empêche les élèves d’utiliser l’IA avec habileté. Rédiger une bonne consigne, un prompt efficace, nécessite une compréhension du sujet abordé. Le dispensateur doit connaître le contexte de la consigne. Le développement de cette compréhension est précisément ce que la dépendance à l’IA entrave”. “L’effet de déqualification de l’outil s’étend à son utilisation”. Pour Carr, “nous sommes obnubilés par la façon dont les étudiants utilisent l’IA pour tricher. Alors que ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est la façon dont l’IA trompe les étudiants”.

      Nous sommes d’accord. Mais cette conclusion n’aide pas pour autant à avancer !
      Passer du malaise moral au malaise social !

      Utiliser ou non l’IA semble surtout relever d’un malaise moral (qui en rappelle un autre), révélateur, comme le souligne l’obsession sur la « triche » des élèves. Mais plus qu’un dilemme moral, peut-être faut-il inverser notre regard, et le poser autrement : comme un malaise social. C’est la proposition que fait le sociologue Bilel Benbouzid dans un remarquable article pour AOC (première et seconde partie).

      Pour Benbouzid, l’IA générative à l’université ébranle les fondements de « l’auctorialité », c’est-à-dire qu’elle modifie la position d’auteur et ses repères normatifs et déontologiques. Dans le monde de l’enseignement supérieur, depuis le lancement de ChatGPT, tout le monde s’interroge pour savoir que faire de ces outils, souvent dans un choix un peu binaire, entre leur autorisation et leur interdiction. Or, pointe justement Benbouzid, l’usage de l’IA a été « perçu » très tôt comme une transgression morale. Très tôt, les utiliser a été associé à de la triche, d’autant qu’on ne peut pas les citer, contrairement à tout autre matériel écrit.

      Face à leur statut ambiguë, Benbouzid pose une question de fond : quelle est la nature de l’effort intellectuel légitime à fournir pour ses études ? Comment distinguer un usage « passif » de l’IA d’un usage « actif », comme l’évoquait Ethan Mollick dans la première partie de ce dossier ? Comment contrôler et s’assurer d’une utilisation active et éthique et non pas passive et moralement condamnable ?

      Pour Benbouzid, il se joue une réflexion éthique sur le rapport à soi qui nécessite d’être authentique. Mais peut-on être authentique lorsqu’on se construit, interroge le sociologue, en évoquant le fait que les étudiants doivent d’abord acquérir des compétences avant de s’individualiser. Or l’outil n’est pas qu’une machine pour résumer ou copier. Pour Benbouzid, comme pour Mollick, bien employée, elle peut-être un vecteur de stimulation intellectuelle, tout en exerçant une influence diffuse mais réelle. « Face aux influences tacites des IAG, il est difficile de discerner les lignes de partage entre l’expression authentique de soi et les effets normatifs induits par la machine. » L’enjeu ici est bien celui de la capacité de persuasion de ces machines sur ceux qui les utilisent.

      Pour les professeurs de philosophie et d’éthique Mark Coeckelbergh et David Gunkel, comme ils l’expliquent dans un article (qui a depuis donné lieu à un livre, Communicative AI, Polity, 2025), l’enjeu n’est pourtant plus de savoir qui est l’auteur d’un texte (même si, comme le remarque Antoine Compagnon, sans cette figure, la lecture devient indéchiffrable, puisque nul ne sait plus qui parle, ni depuis quels savoirs), mais bien plus de comprendre les effets que les textes produisent. Pourtant, ce déplacement, s’il est intéressant (et peut-être peu adapté à l’IA générative, tant les textes produits sont rarement pertinents), il ne permet pas de cadrer les usages des IA génératives qui bousculent le cadre ancien de régulation des textes académiques. Reste que l’auteur d’un texte doit toujours en répondre, rappelle Benbouzid, et c’est désormais bien plus le cas des étudiants qui utilisent l’IA que de ceux qui déploient ces systèmes d’IA. L’autonomie qu’on attend d’eux est à la fois un idéal éducatif et une obligation morale envers soi-même, permettant de développer ses propres capacités de réflexion. « L’acte d’écriture n’est pas un simple exercice technique ou une compétence instrumentale. Il devient un acte de formation éthique ». Le problème, estiment les professeurs de philosophie Timothy Aylsworth et Clinton Castro, dans un article qui s’interroge sur l’usage de ChatGPT, c’est que l’autonomie comme finalité morale de l’éducation n’est pas la même que celle qui permet à un étudiant de décider des moyens qu’il souhaite mobiliser pour atteindre son but. Pour Aylsworth et Castro, les étudiants ont donc obligation morale de ne pas utiliser ChatGPT, car écrire soi-même ses textes est essentiel à la construction de son autonomie. Pour eux, l’école doit imposer une morale de la responsabilité envers soi-même où écrire par soi-même n’est pas seulement une tâche scolaire, mais également un moyen d’assurer sa dignité morale. « Écrire, c’est penser. Penser, c’est se construire. Et se construire, c’est honorer l’humanité en soi. »

      Pour Benbouzid, les contradictions de ces deux dilemmes résument bien le choix cornélien des étudiants et des enseignants. Elle leur impose une liberté de ne pas utiliser. Mais cette liberté de ne pas utiliser, elle, ne relève-t-elle pas d’abord et avant tout d’un jugement social ?
      L’IA générative ne sera pas le grand égalisateur social !

      C’est la piste fructueuse qu’explore Bilel Benbouzid dans la seconde partie de son article. En explorant qui à recours à l’IA et pourquoi, le sociologue permet d’entrouvrir une autre réponse que la réponse morale. Ceux qui promeuvent l’usage de l’IA pour les étudiants, comme Ethan Mollick, estiment que l’IA pourrait agir comme une égaliseur de chances, permettant de réduire les différences cognitives entre les élèves. C’est là une référence aux travaux d’Erik Brynjolfsson, Generative AI at work, qui souligne que l’IA diminue le besoin d’expérience, permet la montée en compétence accélérée des travailleurs et réduit les écarts de compétence des travailleurs (une théorie qui a été en partie critiquée, notamment parce que ces avantages sont compensés par l’uniformisation des pratiques et leur surveillance – voir ce que nous en disions en mobilisant les travaux de David Autor). Mais sommes-nous confrontés à une homogénéisation des performances d’écritures ? N’assiste-t-on pas plutôt à un renforcement des inégalités entre les meilleurs qui sauront mieux que d’autres tirer partie de l’IA générative et les moins pourvus socialement ?

      Pour John Danaher, l’IA générative pourrait redéfinir pas moins que l’égalité, puisque les compétences traditionnelles (rédaction, programmation, analyses…) permettraient aux moins dotés d’égaler les meilleurs. Pour Danaher, le risque, c’est que l’égalité soit alors reléguée au second plan : « d’autres valeurs comme l’efficacité économique ou la liberté individuelle prendraient le dessus, entraînant une acceptation accrue des inégalités. L’efficacité économique pourrait être mise en avant si l’IA permet une forte augmentation de la productivité et de la richesse globale, même si cette richesse est inégalement répartie. Dans ce scénario, plutôt que de chercher à garantir une répartition équitable des ressources, la société pourrait accepter des écarts grandissants de richesse et de statut, tant que l’ensemble progresse. Ce serait une forme d’acceptation de l’inégalité sous prétexte que la technologie génère globalement des bénéfices pour tous, même si ces bénéfices ne sont pas partagés de manière égale. De la même manière, la liberté individuelle pourrait être privilégiée si l’IA permet à chacun d’accéder à des outils puissants qui augmentent ses capacités, mais sans garantir que tout le monde en bénéficie de manière équivalente. Certains pourraient considérer qu’il est plus important de laisser les individus utiliser ces technologies comme ils le souhaitent, même si cela crée de nouvelles hiérarchies basées sur l’usage différencié de l’IA ». Pour Danaher comme pour Benbouzid, l’intégration de l’IA dans l’enseignement doit poser la question de ses conséquences sociales !

      Les LLM ne produisent pas un langage neutre mais tendent à reproduire les « les normes linguistiques dominantes des groupes sociaux les plus favorisés », rappelle Bilel Benbouzid. Une étude comparant les lettres de motivation d’étudiants avec des textes produits par des IA génératives montre que ces dernières correspondent surtout à des productions de CSP+. Pour Benbouzid, le risque est que la délégation de l’écriture à ces machines renforce les hiérarchies existantes plus qu’elles ne les distribue. D’où l’enjeu d’une enquête en cours pour comprendre l’usage de l’IA générative des étudiants et leur rapport social au langage.

      Les premiers résultats de cette enquête montrent par exemple que les étudiants rechignent à copier-collé directement le texte créé par les IA, non seulement par peur de sanctions, mais plus encore parce qu’ils comprennent que le ton et le style ne leur correspondent pas. « Les étudiants comparent souvent ChatGPT à l’aide parentale. On comprend que la légitimité ne réside pas tant dans la nature de l’assistance que dans la relation sociale qui la sous-tend. Une aide humaine, surtout familiale, est investie d’une proximité culturelle qui la rend acceptable, voire valorisante, là où l’assistance algorithmique est perçue comme une rupture avec le niveau académique et leur propre maîtrise de la langue ». Et effectivement, la perception de l’apport des LLM dépend du capital culturel des étudiants. Pour les plus dotés, ChatGPT est un outil utilitaire, limité voire vulgaire, qui standardise le langage. Pour les moins dotés, il leur permet d’accéder à des éléments de langages valorisés et valorisants, tout en l’adaptant pour qu’elle leur corresponde socialement.

      Dans ce rapport aux outils de génération, pointe un rapport social à la langue, à l’écriture, à l’éducation. Pour Benbouzid, l’utilisation de l’IA devient alors moins un problème moral qu’un dilemme social. « Ces pratiques, loin d’être homogènes, traduisent une appropriation différenciée de l’outil en fonction des trajectoires sociales et des attentes symboliques qui structurent le rapport social à l’éducation. Ce qui est en jeu, finalement, c’est une remise en question de la manière dont les étudiants se positionnent socialement, lorsqu’ils utilisent les robots conversationnels, dans les hiérarchies culturelles et sociales de l’université. » En fait, les étudiants utilisent les outils non pas pour se dépasser, comme l’estime Mollick, mais pour produire un contenu socialement légitime. « En déléguant systématiquement leurs compétences de lecture, d’analyse et d’écriture à ces modèles, les étudiants peuvent contourner les processus essentiels d’intériorisation et d’adaptation aux normes discursives et épistémologiques propres à chaque domaine. En d’autres termes, l’étudiant pourrait perdre l’occasion de développer authentiquement son propre capital culturel académique, substitué par un habitus dominant produit artificiellement par l’IA. »

      L’apparence d’égalité instrumentale que permettent les LLM pourrait donc paradoxalement renforcer une inégalité structurelle accrue. Les outils creusant l’écart entre des étudiants qui ont déjà internalisé les normes dominantes et ceux qui les singent. Le fait que les textes générés manquent d’originalité et de profondeur critique, que les IA produisent des textes superficiels, ne rend pas tous les étudiants égaux face à ces outils. D’un côté, les grandes écoles renforcent les compétences orales et renforcent leurs exigences d’originalité face à ces outils. De l’autre, d’autres devront y avoir recours par nécessité. « Pour les mieux établis, l’IA représentera un outil optionnel d’optimisation ; pour les plus précaires, elle deviendra une condition de survie dans un univers concurrentiel. Par ailleurs, même si l’IA profitera relativement davantage aux moins qualifiés, cette amélioration pourrait simultanément accentuer une forme de dépendance technologique parmi les populations les plus défavorisées, creusant encore le fossé avec les élites, mieux armées pour exercer un discernement critique face aux contenus générés par les machines ».

      Bref, loin de l’égalisation culturelle que les outils permettraient, le risque est fort que tous n’en profitent pas d’une manière égale. On le constate très bien ailleurs. Le fait d’être capable de rédiger un courrier administratif est loin d’être partagé. Si ces outils améliorent les courriers des moins dotés socialement, ils ne renversent en rien les différences sociales. C’est le même constat qu’on peut faire entre ceux qui subliment ces outils parce qu’ils les maîtrisent finement, et tous les autres qui ne font que les utiliser, comme l’évoquait Gregory Chatonsky, en distinguant les utilisateurs mémétiques et les utilisateurs productifs. Ces outils, qui se présentent comme des outils qui seraient capables de dépasser les inégalités sociales, risquent avant tout de mieux les amplifier. Plus que de permettre de personnaliser l’apprentissage, pour s’adapter à chacun, il semble que l’IA donne des superpouvoirs d’apprentissage à ceux qui maîtrisent leurs apprentissages, plus qu’aux autres.
      L’IApocalypse scolaire, coincée dans le droit

      Les questions de l’usage de l’IA à l’école que nous avons tenté de dérouler dans ce dossier montrent l’enjeu à débattre d’une politique publique d’usage de l’IA générative à l’école, du primaire au supérieur. Mais, comme le montre notre enquête, toute la communauté éducative est en attente d’un cadre. En France, on attend les recommandations de la mission confiée à François Taddéi et Sarah Cohen-Boulakia sur les pratiques pédagogiques de l’IA dans l’enseignement supérieur, rapportait le Monde.

      Un premier cadre d’usage de l’IA à l’école vient pourtant d’être publié par le ministère de l’Education nationale. Autant dire que ce cadrage processuel n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. Le document consiste surtout en un rappel des règles et, pour l’essentiel, elles expliquent d’abord que l’usage de l’IA générative est contraint si ce n’est impossible, de fait. « Aucun membre du personnel ne doit demander aux élèves d’utiliser des services d’IA grand public impliquant la création d’un compte personnel » rappelle le document. La note recommande également de ne pas utiliser l’IA générative avec les élèves avant la 4e et souligne que « l’utilisation d’une intelligence artificielle générative pour réaliser tout ou partie d’un devoir scolaire, sans autorisation explicite de l’enseignant et sans qu’elle soit suivie d’un travail personnel d’appropriation à partir des contenus produits, constitue une fraude ». Autant dire que ce cadre d’usage ne permet rien, sinon l’interdiction. Loin d’être un cadre de développement ouvert à l’envahissement de l’IA, comme s’en plaint le SNES-FSU, le document semble surtout continuer à produire du déni, tentant de rappeler des règles sur des usages qui les débordent déjà très largement.

      Sur Linked-in, Yann Houry, prof dans un Institut privé suisse, était très heureux de partager sa recette pour permettre aux profs de corriger des copies avec une IA en local, rappelant que pour des questions de légalité et de confidentialité, les professeurs ne devraient pas utiliser les services d’IA génératives en ligne pour corriger les copies. Dans les commentaires, nombreux sont pourtant venu lui signaler que cela ne suffit pas, rappelant qu’utiliser l’IA pour corriger les copies, donner des notes et classer les élèves peut-être classée comme un usage à haut-risque selon l’IA Act, ou encore qu’un formateur qui utiliserait l’IA en ce sens devrait en informer les apprenants afin qu’ils exercent un droit de recours en cas de désaccord sur une évaluation, sans compter que le professeur doit également être transparent sur ce qu’il utilise pour rester en conformité et l’inscrire au registre des traitements. Bref, d’un côté comme de l’autre, tant du côté des élèves qui sont renvoyé à la fraude quelque soit la façon dont ils l’utilisent, que des professeurs, qui ne doivent l’utiliser qu’en pleine transparence, on se rend vite compte que l’usage de l’IA dans l’éducation reste, formellement, très contraint, pour ne pas dire impossible.

      D’autres cadres et rapports ont été publiés. comme celui de l’inspection générale, du Sénat ou de la Commission européenne et de l’OCDE, mais qui se concentrent surtout sur ce qu’un enseignement à l’IA devrait être, plus que de donner un cadre aux débordements des usages actuels. Bref, pour l’instant, le cadrage de l’IApocalypse scolaire reste à construire, avec les professeurs… et avec les élèves.

      Hubert Guillaud

      MAJ du 02/09/2025 : Le rapport de François Taddei sur l’IA dans l’enseignement supérieur a été publié. Et, contrairement à ce qu’on aurait pu en attendre, il ne répond pas à la question des limites de l’usage de l’IA dans l’enseignement supérieur.

      Le rapport est pourtant disert. Il recommande de mutualiser les capacités de calculs, les contenus et les bonnes pratiques, notamment via une plateforme de mutualisation. Il recommande de développer la formation des étudiants comme des personnels et bien sûr de repenser les modalités d’évaluation, mais sans proposer de pistes concrètes. « L’IA doit notamment contribuer à rendre les établissements plus inclusifs, renforcer la démocratie universitaire, et développer un nouveau modèle d’enseignement qui redéfinisse le rôle de l’enseignant et des étudiants », rappelle l’auteur de Apprendre au XXIe siècle (Calmann-Levy, 2018) qui militait déjà pour transformer l’institution. Il recommande enfin de développer des data centers dédiés, orientés enseignement et des solutions techniques souveraines et invite le ministère de l’enseignement supérieur à se doter d’une politique nationale d’adoption de l’IA autour d’un Institut national IA, éducation et société.

      Le rapport embarque une enquête quantitative sur l’usage de l’IA par les étudiants, les professeurs et les personnels administratifs. Si le rapport estime que l’usage de l’IA doit être encouragé, il souligne néanmoins que son développement « doit être accompagné de réflexions collectives sur les usages et ses effets sur l’organisation du travail, les processus et l’évolution des compétences », mais sans vraiment faire de propositions spécifiques autres que citer certaines déjà mises en place nombre de professeurs. Ainsi, sur l’évolution des pratiques, le rapport recense les évolutions, notamment le développement d’examens oraux, mais en pointe les limites en termes de coûts et d’organisation, sans compter, bien sûr, qu’ils ne permettent pas d’évaluer les capacités d’écriture des élèves. « La mission considère que l’IA pourrait donner l’opportunité de redéfinir les modèles d’enseignement, en réinterrogeant le rôle de chacun. Plusieurs pistes sont possibles : associer les étudiants à la définition des objectifs des enseignements, responsabiliser les étudiants sur les apprentissages, mettre en situation professionnelle, développer davantage les modes projet, développer la résolution de problèmes complexes, associer les étudiants à l’organisation d’événements ou de travaux de recherche, etc. Le principal avantage de cette évolution est qu’elle peut permettre de renforcer l’engagement des étudiants dans les apprentissages car ils sont plus impliqués quand ils peuvent contribuer aux choix des sujets abordés. Ils prendront aussi conscience des enjeux pour leur vie professionnelle des matières enseignées. Une telle évolution pourrait renforcer de ce fait la qualité des apprentissages. Elle permettrait aussi de proposer davantage d’horizontalité dans les échanges, ce qui est attendu par les étudiants et qui reflète aussi davantage le fonctionnement par projet, mode d’organisation auquel ils seront fréquemment confrontés ». Pour répondre au défi de l’IA, la mission Taddeï propose donc de « sortir d’une transmission descendante » au profit d’un apprentissage plus collaboratif, comme François Taddéi l’a toujours proposé, mais sans proposer de norme pour structurer les rapports à l’IA.

      Le rapport recommande d’ailleurs de favoriser l’usage de l’IA dans l’administration scolaire et d’utiliser le « broad listening« , l’écoute et la consultation des jeunes pour améliorer la démocratie universitaire… Une proposition qui pourrait être stimulante si nous n’étions pas plutôt confronter à son exact inverse : le broad listening semble plutôt mobilisé pour réprimer les propos étudiants que le contraire… Enfin, le rapport insiste particulièrement sur l’usage de l’IA pour personnaliser l’orientation et être un tuteur d’études. La dernière partie du rapport constate les besoins de formation et les besoins d’outils mutualisés, libres et ouverts : deux aspects qui nécessiteront des financements et projets adaptés.

      Ce rapport très pro-IA ne répond pas vraiment à la difficulté de l’évaluation et de l’enseignement à l’heure où les élèves peuvent utiliser l’IA pour leurs écrits.

      Signalons qu’un autre rapport a été publié concomitamment, celui de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGERS) qui insiste également sur le besoin de coordination et de mutualisation.

      Pour l’instant, l’une des propositions la plus pratico-pratique que l’on a vu passer sont assurément les résultats de la convention « citoyenne » de Sciences-Po Aix sur l’usage de l’IA générative, formulant 7 propositions. La convention recommande que les étudiants déclarent l’usage de l’IA, pour préciser le niveau d’intervention qui a été fait, le modèle utilisé et les instructions données, sur le modèle de celles utilisées par l’université de Sherbrooke. L’avis recommande aussi la coordination des équipes pédagogiques afin d’harmoniser les pratiques, pour donner un cadre cohérent aux étudiants et bâtir une réflexion collective. La 3e proposition consiste à améliorer l’enquête sur les pratiques via des formulaires réguliers pour mieux saisir les niveaux d’usages des élèves. La 4e proposition propose de ne pas autoriser l’IA générative pour les étudiants en première et seconde année, afin de leur permettre d’acquérir un socle de connaissances. La 5e proposition propose que les enseignants indiquent clairement si l’usage est autorisé ou non et selon quelles modalités, sur le modèle que propose, là encore, l’université de Sherbrooke. La 6e proposition propose d’améliorer la formation aux outils d’IA. La 7e propose d’organiser des ateliers de sensibilisation aux dimensions environnementales et sociales des IA génératives, intégrés à la formation. Comme le montrent nombre de chartes de l’IA dans l’éducation, celle-ci propose surtout un plus fort cadrage des usages que le contraire.

      En tout cas, le sujet agite la réflexion. Dans une tribune pour le Monde, le sociologue Manuel Cervera-Marzal estime que plutôt que d’ériger des interdits inapplicables en matière d’intelligence artificielle, les enseignants doivent réinventer les manières d’enseigner et d’évaluer, explique-t-il en explicitant ses propres pratiques. Même constat dans une autre tribune pour le professeur et écrivain Maxime Abolgassemi.

      Dans une tribune pour le Club de Mediapart, Céline Cael et Laurent Reynaud, auteurs de Et si on imaginait l’école de demain ? (Retz, 2025) reviennent sur les annonces toutes récentes de la ministre de l’éducation, Elisabeth Borne, de mettre en place une IA pour les professeurs “pour les accompagner dans leurs métiers et les aider à préparer leurs cours” (un appel d’offres a d’ailleurs été publié en janvier 2025 pour sélectionner un candidat). Des modules de formation seront proposés aux élèves du secondaire et un chatbot sera mis en place pour répondre aux questions administratives et réglementaires des personnels de l’Éducation nationale, a-t-elle également annoncé. Pour les deux enseignants, “l’introduction massive du numérique, et de l’IA par extension, dans le quotidien du métier d’enseignant semble bien plus souvent conduire à un appauvrissement du métier d’enseignant plutôt qu’à son optimisation”. “L’IA ne saurait être la solution miracle à tous les défis de l’éducation”, rappellent-ils. Les urgences ne sont pas là.

      Selon le bulletin officiel de l’éducation nationale qui a publié en juillet un cadre pour un usage raisonné du numérique à l’école, la question de l’IA « doit être conduite au sein des instances de démocratie scolaire », afin de nourrir le projet d’établissement. Bref, la question du cadrage des pratiques est pour l’instant renvoyée à un nécessaire débat de société à mener.

      MAJ du 01/10/2025 : A la suite d’Anthropic, OpenAI vient de publier une version de son chatbot pour étudiants. Ce “mode étude” consiste à doter ChatGPT “d’un nouveau filtre de conversation qui régule simplement la manière dont il répond aux élèves, encourageant moins de réponses et plus d’explications”. Plutôt que de donner des réponses, le robot tente d’expliquer le sujet et de renvoyer les étudiants à leurs propres efforts. Pourtant, rappelle la Technology Review, cela ne signifie pas que le système ne produise pas d’erreurs, au contraire. Il peut finalement apprendre à aborder des problèmes de manière erronée et produire des explications totalement fausses. Enfin, il n’empêchera pas les étudiants d’exiger du moteur de produire des réponses plutôt que de simplement les accompagner dans leur compréhension. Le mode tutorat lancé par les grandes entreprises de l’IA vise surtout à décrocher des marchés avec le secteur éducatif et fait la promesse que le tutorat personnalisé serait finalement un secteur où l’on pourrait considérablement réduire le coût humain.

      https://danslesalgorithmes.net/2025/07/01/ia-et-education-2-2-du-dilemme-moral-au-malaise-social

  • #IA et #travail : on ne sait pas qui sera remplacé, mais on sait que tous seront dégradés

    Nous voici plongés dans un « #Taylorisme_augmenté », estime le sociologue #Juan_Sebastian_Carbonell, dont le but premier est de permettre au #management de prendre le contrôle du travail. Lecture.

    Derrière le déploiement de l’IA dans les entreprises, une bataille des places est en cours. Dans le New York Times, le journaliste Noam Scheiber avait posé la question : « quels salariés vont être pénalisés par l’IA, les plus inexpérimentés ou les plus expérimentés ? » (https://www.nytimes.com/2025/07/07/business/ai-job-cuts.html) Sa conclusion montrait que c’était peut-être les travailleurs intermédiaires qui seraient les plus menacés (https://hubtr.bonjour.cafeia.org/mirror201/2349/1990). En réalité, pour l’instant, « l’alarme sur la destruction de l’#emploi liée à l’IA n’a pas lieu d’être », expliquait Ekkehard Ernst, qui dirige l’observatoire sur l’IA et le travail dans l’économie numérique de l’OIT (https://www.ilo.org/fr/artificial-intelligence-and-work-digital-economy), qui rappelait combien le chômage technologique a toujours été rare. Cela n’empêche pas les inquiétudes d’être au plus haut, d’abord et avant tout, disions-nous, parce que la discussion sur le partage des fruits du déploiement de l’IA n’a pas lieu.

    Dans son précédent livre, Le Futur du travail (éditions Amsterdam, 2022, https://www.editionsamsterdam.fr/le-futur-du-travail), le sociologue Juan Sebastian Carbonell nous expliquait déjà que le futur du travail n’était pas notre « #grand_remplacement » par les machines, mais notre #prolétarisation (https://hubertguillaud.wordpress.com/2022/07/05/le-futur-de-travail-intensification-extension-proletarisat). Il y décrivait déjà une « taylorisation assistée par ordinateurs » qui vise bien plus à « intensifier le travail, déqualifier les salariés, les discipliner et les surveiller ». Les robots ne travaillent pas à notre place mais nous imposent une intensification nouvelle, à l’image des employés de la logistique soumis aux rythmes de la commande vocale.
    Un taylorisme sous stéroïdes…

    Son nouveau livre, Un taylorisme augmenté : critique de l’intelligence artificielle (éditions Amsterdam, 2025) nous explique que l’IA n’est « ni une solution miracle aux problèmes de la société, ni Prométhée déchaîné », elle n’est qu’un taylorisme augmenté qui élude les questions de fonds que sont les conditions de travail, son organisation et la distribution du pouvoir. Le chercheur rappelle qu’il n’y a pas de consensus quant aux effets de l’IA sur le travail. Pour les uns, elle augmente les besoins de qualifications de ceux qui vont les utiliser, pour les autres, l’IA produit surtout une polarisation des emplois. Pour Carbonell, l’IA n’est ni l’un ni l’autre. Elle est d’abord un outil de dégradation du travail.

    Pour le chercheur, il n’y a pas de polarisation homogène des emplois, c’est-à-dire le fait que les métiers intermédiaires et routiniers auraient tendance à disparaître au profit de métiers très qualifiés d’un côté et des métiers peu qualifiés et non routiniers de l’autre. Si ce phénomène s’observe parfois, les profils des emplois changent surtout au sein de mêmes métiers. Cela signifie qu’il faut non seulement prendre en compte les tâches, mais également l’organisation du travail. La distinction entre tâches routinières et non routinières est souvent caricaturée dans un discours qui dit que l’IA ferait disparaître les tâches répétitives pour nous en libérer. Ce n’est pas ce que constatent les employés de la logistique ou de la traduction, au contraire. Ce n’est plus ce que constatent également les codeurs, victimes désormais de la « Prompt fatigue », épuisés par l’usage de l’IA générative, rapporte Le Monde informatique… Certains qualifiant déjà le recours à ces outils « d’illusion de rapidité ».

    « Le degré de routine ne fait pas tout », rappelle le sociologue. Il est nécessaire de prendre en compte, les « stratégies de profit » des entreprises et leur volonté à automatiser le travail. Enfin, la variété des produits, des composants et processus déterminent également la possibilité d’automatiser ou pas une production. « Une même technologie peut donc avoir des effets très différents sur le travail ». Des métiers hautement qualifiés, peu routiniers et hautement cognitifs peuvent ainsi être déstabilisés par l’IA, comme s’en inquiétait l’artiste Aurélie Crop sur son compte Instagram, en observant les possibilités du nouveau service d’IA de Google, Nano Banana, ou encore les scénaristes de cinéma associés face aux annonces d’OpenAI de produire un film d’animation entièrement génératif. Ces métiers ne vont pas disparaître, mais vont être taylorisés, c’est-à-dire « simplifiés, standardisés ou parcellisés ». C’est-à-dire précarisés pour en réduire le coût et augmenter les profits. Car ce qui demeure déterminant dans le choix technologique au travail, c’est le contrôle, « c’est-à-dire le pouvoir de décider comment on travaille et avec quels outils ».
    … non pas guidé par l’efficacité technique mais par la prise de contrôle du management

    Carbonell revient bien sûr sur l’émergence du taylorisme à la fin du XIXe siècle, rappelant combien il est lié à la vague d’immigration américaine, à l’entrée à l’usine d’ouvriers sans qualification, venant remplacer le long apprentissage des ouvriers spécialisés. L’objectif premier de Taylor était de « briser l’ouvrier de métier » pour y imposer la norme patronale c’est-à-dire contrôler le rythme et la façon de travailler. Le taylorisme a souvent été réduit à la chaîne de montage que Taylor n’a pourtant pas connu. Pour l’économiste Harry Braverman, le taylorisme consiste à dissocier le processus de travail en le décomposant, à séparer la conception de l’exécution et enfin à utiliser le monopole de l’organisation du travail pour contrôler chaque étape du processus et de son exécution. Parcelliser chaque métier abaisse le coût de chaque tâche, expliquait l’économiste américain. Ce taylorisme-là n’est pas mort avec Taylor, explique Carbonell, il se confond désormais avec l’organisation du travail elle-même. L’informatique, le numérique, puis l’IA aujourd’hui, sont surtout venus le renforcer.

    Les machines rythment et contrôlent les décisions venues de la direction afin d’améliorer la productivité du travail. L’introduction des machines-outils à commande numérique après la Seconde Guerre mondiale va permettre de transférer les compétences des ouvriers à la direction en pilotant toujours plus finement et en standardisant l’usinage. Mais leur adoption ne repose pas sur le seul critère de l’efficacité technique, rappelle le sociologue, elle est d’abord le résultat de choix politiques, « notamment la volonté de retirer le contrôle du processus de travail aux tourneurs-fraiseurs ». « Une technologie s’impose surtout en raison de la supériorité des acteurs qui la promeuvent ». Pour Juan Sebastian Carbonell, le progrès technique ne s’impose pas de lui-même, sous couvert d’une efficacité immanente, mais répond d’abord d’enjeux politiques au profit de ceux qui le déploient. Le taylorisme augmenté n’a cessé de s’imposer depuis, par exemple avec les centres d’appels, avec l’invention de systèmes capables de distribuer les appels, complétés de scripts et de procédures extrêmement standardisées et des modalités capables de surveiller les échanges. Et l’IA ne fait rien pour arranger cela, au contraire. Ils sont désormais confrontés à « la tornade de l’intelligence artificielle », rappelait Alternatives Economiques, plongeant les services clients à un stade d’embolie terminal (voir notre article sur le sujet : https://danslesalgorithmes.net/2025/09/11/sludge-de-la-degradation-volontaire-du-service-client).

    Le #service_client a ainsi pu être externalisé et les statuts des personnels dégradés. La #standardisation et l’#intensification vont toujours de pair, rappelle le sociologue. « Les tâches non automatisées par les outils ne sont pas celles qui ont un contenu peu routinier, mais plutôt celles qui, tout en étant routinières, sont trop coûteuses pour être automatisées ». A l’image de la logistique : on n’a pas remplacé les employés par des #robots, mais on a transformé les employés en robots devant suivre les ordres des machine, comme l’expliquait très bien le sociologue David Gaborieau : « On n’est pas du tout en train d’automatiser les entrepôts, au contraire. Il y a de plus en plus d’ouvriers dans le secteur de la logistique. En fait, ce discours sur l’#automatisation produit seulement des effets politiques et des effets d’#invisibilisation_du_travail. On ne cesse de répéter que ces emplois vont disparaître ce qui permet surtout de les dévaluer. »

    Si le #taylorisme_numérique est particulièrement frappant sur les #plateformes, il s’applique également aux métiers très qualifiés, comme les musiciens, les artistes, les journalistes ou les traducteurs, à mesure qu’ils sont intégrés à des chaînes de valeur mondiales. Carbonell donne d’autres exemples de capture des connaissances et de confiscation des savoir-faire. Notamment avec les premiers systèmes experts d’IA symbolique, comme les systèmes pour diagnostiquer les maladies infectieuses ou gérer les protocoles de chimiothérapie ou encore les outil-test de maintenance de la RATP, mais qui, pour beaucoup, a surtout consisté à valider les protocoles organisés par ces logiciels qui proposaient surtout beaucoup d’#alertes, nécessitant de passer du temps pour distinguer les alertes graves de celles qui ne le sont pas. Tous ces développements contribuent à « une #déqualification des métiers, même les plus qualifiés ». L’#IA_connexionniste d’aujourd’hui, elle, est capable de faire fi des règles explicites pour formuler ses propres règles. La capture de connaissance devient un processus implicite, lié aux données disponibles. L’#IA_générative qui en est le prolongement, dépend très fortement du travail humain : d’abord du #travail_gratuit de ceux qui ont produit les données d’entraînement des modèles, celui des salariés et d’une multitude de #micro-travailleurs qui viennent nettoyer, vérifier, annoter et corriger. Pour Carbonell, l’IA générative s’inscrit donc dans cette longue histoire de la « #dépossession_machinique ». « Elle n’est pas au service des travailleurs et ne les libère pas des tâches monotones et peu intéressantes ; ce sont les travailleurs qui sont mis à son service ». Dans le journalisme, comme le montrait un rapport d’Associated Press, l’usage de l’IA accroît la charge de travail et les dépossède du geste créatif : la rédaction d’articles. Ils doivent de plus en plus éditer les contenus générés par IA, comme de corriger les systèmes transformant les articles en posts de réseaux sociaux. Même constat dans le domaine de la #traduction, où les traducteurs doivent de plus en plus corriger des contenus générés. Dans un cas comme dans l’autre, cependant, le développement de l’IA relève d’abord des choix économiques, sociaux, politiques et éditoriaux des entreprises.

    Carbonell rappelle qu’il faut aussi saisir les #limites technologiques et nuancer leurs performances. La qualité de la traduction automatique par exemple reste assez pauvre comme le constatent et le dénoncent les syndicats et collectifs de traducteurs, la Société française des traducteurs ou le collectif en Chair et en Os. En musclant leurs revendications (rémunération, transparence, signalement des traductions automatisées, fin des aides publiques à ceux qui ont recours à l’automatisation…), ils montrent que le changement technologique n’est pas une fatalité. C’est l’absence de critique radicale qui le rend inéluctable, défend Juan Sebastian Carbonell. Et le sociologue de battre en brèche l’inéluctabilité de l’IA ou le discours qui répète qu’il faut s’adapter pour survivre et se former. La formation ne remet pas en cause le pouvoir et l’organisation du travail. Elle ne reconnaît pas le droit des salariés à décider comment travailler. La formation ne propose rien d’autre que l’acceptation. Elle tient bien plus du catéchisme, comme le pointait pertinemment Ambroise Garel dans la newsletter du Pavé numérique.

    La #division_du_travail est un moyen pour rendre le management indispensable

    Dans l’entreprise, le contrôle relève de plus en plus du seul monopole de l’employeur sur l’organisation du travail et sert à obtenir des salariés certains comportements, gestes et attitudes. Le contrôle a longtemps été l’apanage du contremaître, qui devint l’agent de la direction. A ce contrôle direct s’est ajouté un contrôle technique propre aux milieux industriels où les employés doivent répondre de la formulation des tâches avec des machines qui dirigent le processus de travail et imposent leur rythme. Après la Seconde Guerre mondiale s’ajoute encore un contrôle bureaucratique où la norme et les dispositifs de gestion remplacent le pouvoir personnel du contremaître. Le management algorithmique s’inscrit dans la continuité du commandement à distance et des dispositifs de gestion qui renforcent le taylorisme numérique. L’IA n’est qu’un outil de contrôle de plus, comme l’expliquaient Aiha Nguyen et Alexandra Mateescu de Data & Society.

    Face à ces constats, le sociologue rappelle une question de fond : pourquoi le travail est-il divisé entre ceux qui commandent et ceux qui exécutent ? Pour l’économiste Stephen Marglin, la division du travail entre commandement et exécution n’est pas liée à l’efficacité économique ou technologique, mais serait purement politique, expliquait-il en 1974. « La division du travail et l’entreprise hiérarchisée ne résultent pas de la recherche d’une organisation du travail plus efficace, ni d’un progrès technologique, mais de la volonté des employeurs de se rendre indispensables en s’interposant entre le travailleur et le marché ». Le système de la fabrique comme le taylorisme visent à faire disparaître le contrôle ouvrier sur le travail au profit d’un contrôle managérial qui renforce la subordination. « C’est en approfondissant la division du travail que le capitaliste peut s’assurer de demeurer indispensable dans le processus de production, comme unificateur d’opérations séparées et comme accès au marché ». Contrairement à la vulgate, « les algorithmes ne sont pas des outils numériques permettant une coordination plus efficace », explique Carbonell, mais « des dispositifs de mise au travail traversés par des rapports de pouvoir ». La plateforme agit sur le marché, à l’image des algorithmes d’Uber. « En se plaçant entre le travailleur et le marché, il agit comme un employeur cherchant à exercer un contrôle numérique sur sa main d’œuvre ». Le management algorithmique produit et renforce le commandement. Il dirige, évalue et discipline et ces trois fonctions se renforcent l’une l’autre. Dans le cas des applications de livraisons de repas, ils interviennent à chaque étape, de la commande à la livraison en exploitant à chaque étape l’asymétrie de l’information qu’ils permettent et mettent en œuvre. Même chose avec les applications qui équipent les employés de la logistique ou ceux de la réparation, contrôlés en continue, les laissant avec de moins en moins de marge de manœuvre. Dans la restauration ou le commerce, le management algorithmique est d’abord utilisé pour pallier au très fort turnover des employés, comme le disait Madison Van Oort. L’évaluation y est permanente, que ce soit depuis les clients qui notent les travailleurs ou depuis les calculs de productivité qui comparent la productivité des travailleurs les uns avec les autres. Les systèmes disciplinent les travailleurs, comme l’expliquait la sociologue Karen Levy ou le chercheur Wolfie Christl. Elle produit les cadences. Licenciements, récompenses, promotions et pénalités sont désormais alignés aux performances. L’évaluation sert à produire les comportements attendus, comme le montrait Sophie Bernard dans UberUsés : le capitalisme racial de plateforme (Puf, 2023).

    Mais il n’y a pas que les employés du bas de l’échelle qui sont ubérisés par ces contrôles automatisés, rappelle Carbonell. Les managers eux-mêmes sont désormais les exécutants de ce que leur disent les données. « Ils ne gèrent pas les travailleurs, ils appliquent ce que le système informatique leur dicte ». Et Carbonell de conclure en rappelant que notre patron n’est pas un algorithme. Dans le taylorisme augmenté, « l’asymétrie d’information devient une asymétrie de pouvoir ». L’asymétrie de l’information est le produit de la division du travail et celle-ci s’accentue avec des outils qui permettent d’atomiser le collectif et de mettre en concurrence les employés entre eux en les évaluant les uns par rapport aux autres.

    Cette asymétrie n’est pas accidentelle, au contraire. Elle permet d’empêcher les collectifs de travail de contester les décisions prises. Sans droit de regard sur les données collectées et sur les modalités d’organisation des calculs, sans possibilité de réappropriation et donc sans discussion sur l’accès aux données des entreprises par les collectifs, rien n’évoluera. Comme le rappelle Carbonell, en Allemagne, l’introduction de nouvelles technologies qui surveillent la performance des travailleurs doit être validée par les comités d’entreprise où siègent les représentants du personnel. En France aussi, la négociation collective s’est timidement emparée du sujet. Le Centre d’études de l’emploi et du travail avait d’ailleurs livré une analyse des accords d’entreprise français signés entre 2017 et 2024 qui mentionnent l’IA. Depuis 2017, un peu moins d’un accord sur mille fait référence à l’IA, ceux-ci insistent particulièrement sur la préservation de l’emploi.

    L’IA, moteur de #déresponsabilisation

    Pour l’instant, explique Juan Sebastian Carbonell, l’IA est surtout un moteur de déresponsabilisation des patrons. Les entreprises ont recours à des systèmes tiers pour établir ces surveillances et contrôles. Ce qui permet une forme de dispersion de la responsabilité, comme l’évoquait le professeur de droit d’Oxford, Jeremias Adams-Prassl, tout en « concentrant le contrôle » (voir également son livre, L’ubérisation du travail, Dalloz, 2021).

    « De la même façon que, dans les configurations de l’emploi précaire, avec leurs schémas de sous-traitance en cascade, il est difficile d’établir qui est l’employeur responsable, l’usage d’IA dans la gestion de la main-d’œuvre brouille les frontières de la responsabilité », rappelle le sociologue. « Si les systèmes de contrôle (direct, technique, bureaucratique et algorithmique) se succèdent, c’est parce qu’ils rencontrent toujours des limites, correspondant aux résistances des travailleurs et de leurs organisations ». Pourtant, à mesure que le panoptique se referme, les résistances deviennent de plus en plus difficiles, faute de marge de manœuvre.

    Pour Carbonell, un renouveau luddite aurait toute sa place aujourd’hui, pour donner aux individus et aux collectifs les moyens de garder un contrôle sur l’organisation du travail, pour réouvrir des marges de manœuvre. Reste que le « luddisme diffus » qui émerge à l’égard de l’IA ne s’incarne pas dans un mouvement de masse ancré dans les mondes du travail, mais au mieux « dans un rejet individuel et une approche morale de l’IA », voire dans une vision technique et éthique qui consiste à améliorer les calculs plus qu’à les rendre redevables. Les travailleurs ont pourtant de bonnes raisons de s’opposer au changement technologique au travail, conclut le sociologue, surtout quand il ne vient plus accompagné de progrès sociaux mais au contraire de leurs délitements, comme une solution de remplacement bon marché de l’Etat Providence, disaient la linguiste Emily Bender et la sociologue Alex Hanna dans leur récent livre, The AI Con (HarperCollins, 2025). Avec l’IA et l’ubérisation s’impose un monde où les statuts protecteurs du travail reculent.

    L’appropriation collective des moyens de production n’est plus une promesse pour transformer le monde. Il ne peut y avoir de chaîne de montage socialiste, car « il n’y a rien de potentiellement émancipateur dans la dissociation entre la conception et l’exécution ». Peut-on imaginer une IA qui nous aide à sortir de Taylor plutôt que de nous y enfermer ?, questionne le sociologue en conclusion. Une IA qui rende du pouvoir aux travailleurs, qui leur permette de concevoir et d’exécuter, qui leur rende du métier plutôt qu’elle ne les en dépossède.

    Pour l’instant, on ne l’a pas encore aperçu !

    https://danslesalgorithmes.net/2025/10/02/ia-et-travail-on-ne-sait-pas-qui-sera-remplace-mais-on-sait-que-
    #remplacement #dégradation #conditions_de_travail #AI #intelligence_artificielle #taylorisme #productivité
    #à_lire

    • Le Futur du travail

      Le travail est un inépuisable objet de fantasmes. On annonce sa disparition prochaine sous l’effet d’un « #grand_remplacement_technologique », on prophétise la fin imminente du #salariat, on rêve d’une existence définitivement débarrassée de cette servitude. Fait significatif, les futurologues consacrés et les apologistes du monde tel qu’il va n’ont absolument pas le monopole de ce discours, tout aussi bien tenu par les plus féroces critiques du capitalisme. À chaque révolution technologique ses mirages. Car il y a loin, très loin, de ces anticipations à la réalité. Le travail humain conserve en effet une place centrale dans nos sociétés. Simplement, ses frontières et le périmètre des populations qu’il concerne se déplacent : ce n’est donc pas à une #précarisation généralisée que l’on assiste, mais à l’émergence d’un #nouveau_prolétariat du numérique et de la logistique, dans des économies bouleversées par l’essor des géants de la #Big_tech.

      https://www.editionsamsterdam.fr/le-futur-du-travail
      #livre

    • #Observatoire sur l’IA et le travail dans l’#économie_numérique

      L’Observatoire de l’OIT sur l’intelligence artificielle (IA) et le travail dans l’économie numérique est une plateforme de connaissances sur les dimensions du travail liées à l’IA et de l’économie numérique. Son objectif est d’aider les gouvernements et les partenaires sociaux à comprendre et à gérer la transformation numérique du travail.

      https://www.youtube.com/watch?v=Rdn88pUHNmo&embeds_referring_euri=https%3A%2F%2Fwww.ilo.org%2F&sour


      https://www.ilo.org/fr/artificial-intelligence-and-work-digital-economy
      #OIT #ILO

    • Sludge : de la dégradation volontaire du service client

      Le numérique est-il responsable de la dégradation du service client ?

      Dans The Atlantic, Chris Colin raconte le moment où il a eu un problème avec l’électronique de sa Ford. La direction se bloque, plus possible de ne rien faire. Son garagiste reboot le système sans chercher plus loin. Inquiet que le problème puisse se reproduire, Colin fait plusieurs garagistes, contacte Ford. On promet de le rappeler. Rien. A force de volonté, il finit par avoir un responsable qui lui explique qu’à moins que « le dysfonctionnement du véhicule puisse être reproduit et ainsi identifié, la garantie ne s’applique pas ». Colin multiplie les appels, au constructeur, à son assureur… Tout le monde lui dit de reprendre le volant. Lui persévère. Mais ses appels et mails sont renvoyés jusqu’à ne jamais aboutir. Il n’est pas le seul à qui ce genre de démêlés arrive. Une connaissance lui raconte le même phénomène avec une compagnie aérienne contre laquelle elle se débat pour tenter de se faire rembourser un voyage annulé lors du Covid. D’autres racontent des histoires kafkaïennes avec Verizon, Sonos, Airbnb, le Fisc américain… « Pris séparément, ces tracas étaient des anecdotes amusantes. Ensemble, elles suggèrent autre chose ».

      Quelque soit le service, partout, le service client semble être passé aux abonnées absents. Le temps où les services clients remboursaient ou échangaient un produit sans demander le moindre justificatif semble lointain. En 2023, l’enquête nationale sur la colère des consommateurs américains avait tous ses chiffres au rouge. 74% des clients interrogés dans ce sondage ont déclaré avoir rencontré un problème avec un produit ou un service au cours de l’année écoulée, soit plus du double par rapport à 1976. Face à ces difficultés, les clients sont de plus en plus agressifs et en colère. L’incivilité des clients est certainement la réponse à des services de réclamation en mode dégradés quand ils ne sont pas aux abonnés absents.
      Dégradation du service client : le numérique est-il responsable ?

      Dans leur best-seller Nudge, paru en 2008, le juriste Cass Sunstein et l’économiste Richard Thaler ont mobilisé des recherches en sciences du comportement pour montrer comment de petits ajustements pouvaient nous aider à faire de meilleurs choix, définissant de nouvelles formes d’intervention pour accompagner des politiques pro-sociales (voir l’article que nous consacrions au sujet, il y a 15 ans). Dans leur livre, ils évoquaient également l’envers du nudge, le sludge : des modalités de conception qui empêchent et entravent les actions et les décisions. Le sludge englobe une gamme de frictions telles que des formulaires complexes, des frais cachés et des valeurs par défaut manipulatrices qui augmentent l’effort, le temps ou le coût requis pour faire un choix, profitant souvent au concepteur au détriment de l’intérêt de l’utilisateur. Cass Sunstein a d’ailleurs fini par écrire un livre sur le sujet en 2021 : Sludge. Il y évoque des exigences administratives tortueuses, des temps d’attente interminables, des complications procédurales excessives, voire des impossibilités à faire réclamation qui nous entravent, qui nous empêchent… Des modalités qui ne sont pas sans faire écho à l’emmerdification que le numérique produit, que dénonce Cory Doctorow. Ou encore à l’âge du cynisme qu’évoquaient Tim O’Reilly, Illan Strauss et Mariana Mazzucato en expliquant que les plateformes se focalisent désormais sur le service aux annonceurs plus que sur la qualité de l’expérience utilisateur… Cette boucle de prédation qu’est devenu le marketing numérique.

      L’une des grandes questions que posent ces empêchements consiste d’ailleurs à savoir si le numérique les accélère, les facilite, les renforce.

      Le sludge a suscité des travaux, rappelle Chris Colin. Certains ont montré qu’il conduit des gens à renoncer à des prestations essentielles. « Les gens finissent par payer ce contre quoi ils n’arrivent pas à se battre, faute d’espace pour contester ou faire entendre leur problème ». En l’absence de possibilité de discussion ou de contestation, vous n’avez pas d’autre choix que de vous conformer à ce qui vous est demandé. Dans l’application que vous utilisez pour rendre votre voiture de location par exemple, vous ne pouvez pas contester les frais que le scanneur d’inspection automatisé du véhicule vous impute automatiquement. Vous n’avez pas d’autre choix que de payer. Dans d’innombrables autres, vous n’avez aucune modalité de contact. C’est le fameux no-reply, cette communication sans relation que dénonçait Thierry Libaert pour la fondation Jean Jaurès – qui n’est d’ailleurs pas propre aux services publics. En 2023, Propublica avait montré comment l’assureur américain Cigna avait économisé des millions de dollars en rejetant des demandes de remboursement sans même les faire examiner par des médecins, en pariant sur le fait que peu de clients feraient appels. Même chose chez l’assureur santé américain NaviHealth qui excluait les clients dont les soins coûtaient trop cher, en tablant sur le fait que beaucoup ne feraient pas appels de la décision, intimidés par la demande – alors que l’entreprise savait que 90 % des refus de prise en charge sont annulés en appel. Les refus d’indemnisation, justifiés ou non, alimentent la colère que provoquent déjà les refus de communication. La branche financement de Toyota aux Etats-Unis a été condamnée pour avoir bloqué des remboursements et mis en place, délibérément, une ligne d’assistance téléphonique « sans issue » pour l’annulation de produits et services. Autant de pratiques difficiles à prouver pour les usagers, qui se retrouvent souvent très isolés quand leurs réclamations n’aboutissent pas. Mais qui disent que la pratique du refus voire du silence est devenue est devenue une technique pour générer du profit.
      Réduire le coût des services clients

      En fait, expliquaient déjà en 2019 les chercheurs Anthony Dukes et Yi Zhu dans la Harvard Business Review : si les services clients sont si mauvais, c’est parce qu’en l’étant, ils sont profitables ! C’est notamment le cas quand les entreprises détiennent une part de marché importante et que leurs clients n’ont pas de recours. Les entreprises les plus détestées sont souvent rentables (et, si l’on en croit un classement américain de 2023, beaucoup d’entre elles sont des entreprises du numérique, et plus seulement des câblo-opérateurs, des opérateurs télécom, des banques ou des compagnies aériennes). Or, expliquent les chercheurs, « certaines entreprises trouvent rentable de créer des difficultés aux clients qui se plaignent ». En multipliant les obstacles, les entreprises peuvent ainsi limiter les plaintes et les indemnisations. Les deux chercheurs ont montré que cela est beaucoup lié à la manière dont sont organisés les centres d’appels que les clients doivent contacter, notamment le fait que les agents qui prennent les appels aient des possibilités de réparation limitées (ils ne peuvent pas rembourser un produit par exemple). Les clients insistants sont renvoyés à d’autres démarches, souvent complexes. Pour Stéphanie Thum, une autre méthode consiste à dissimuler les possibilités de recours ou les noyer sous des démarches complexes et un jargon juridique. Dukes et Zhu constatent pourtant que limiter les coûts de réclamation explique bien souvent le fait que les entreprises aient recours à des centres d’appels externalisés. C’est la piste qu’explore d’ailleurs Chris Colin, qui rappelle que l’invention du distributeur automatique d’appels, au milieu du XXe siècle a permis d’industrialiser le service client. Puis, ces coûteux services ont été peu à peu externalisés et délocalisés pour en réduire les coûts. Or, le principe d’un centre d’appel n’est pas tant de servir les clients que de « les écraser », afin que les conseillers au téléphone passent le moins de temps possible avec chacun d’eux pour répondre au plus de clients possibles.

      C’est ce que raconte le livre auto-édité d’Amas Tenumah, Waiting for Service : An Insider’s Account of Why Customer Service Is Broken + Tips to Avoid Bad Service (En attente de service : témoignage d’un initié sur les raisons pour lesquelles le service client est défaillant + conseils pour éviter un mauvais service, 2021). Amas Tenumah (blog, podcast), qui se présente comme « évangéliste du service client », explique qu’aucune entreprise ne dit qu’elle souhaite offrir un mauvais service client. Mais toutes ont des budgets dédiés pour traiter les réclamations et ces budgets ont plus tendance à se réduire qu’à augmenter, ce qui a des conséquences directes sur les remboursements, les remises et les traitements des plaintes des clients. Ces objectifs de réductions des remboursements sont directement transmis et traduits opérationnellement auprès des agents des centres d’appels sous forme d’objectifs et de propositions commerciales. Les call centers sont d’abord perçus comme des centres de coûts pour ceux qui les opèrent, et c’est encore plus vrai quand ils sont externalisés.
      Le service client vise plus à nous apaiser qu’à nous satisfaire

      Longtemps, la mesure de la satisfaction des clients était une mesure sacrée, à l’image du Net Promoter Score imaginé au début 2000 par un consultant américain qui va permettre de généraliser les systèmes de mesure de satisfaction (qui, malgré son manque de scientificité et ses innombrables lacunes, est devenu un indicateur clé de performance, totalement dévitalisé). « Les PDG ont longtemps considéré la fidélité des clients comme essentielle à la réussite d’une entreprise », rappelle Colin. Mais, si tout le monde continue de valoriser le service client, la croissance du chiffre d’affaires a partout détrôné la satisfaction. Les usagers eux-mêmes ont lâché l’affaire. « Nous sommes devenus collectivement plus réticents à punir les entreprises avec lesquelles nous faisons affaire », déclare Amas Tenumah : les clients les plus insatisfaits reviennent à peine moins souvent que les clients les plus satisfaits. Il suffit d’un coupon de réduction de 20% pour faire revenir les clients. Les clients sont devenus paresseux, à moins qu’ils n’aient plus vraiment le choix face au déploiement de monopoles effectifs. Les entreprises ont finalement compris qu’elles étaient libres de nous traiter comme elles le souhaitent, conclut Colin. « Nous sommes entrés dans une relation abusive ». Dans son livre, Tenumah rappelle que les services clients visent bien plus « à vous apaiser qu’à vous satisfaire »… puisqu’ils s’adressent aux clients qui ont déjà payé ! Il est souvent le premier département où une entreprise va chercher à réduire les coûts.

      Dans nombre de secteurs, la fidélité est d’ailleurs assez mal récompensée : les opérateurs réservent leurs meilleurs prix et avantages aux nouveaux clients et ne proposent aux plus fidèles que de payer plus pour de nouvelles offres. Une opératrice de centre d’appel, rappelle que les mots y sont importants, et que les opérateurs sont formés pour éluder les réclamations, les minorer, proposer la remise la moins disante… Une autre que le fait de tomber chaque fois sur une nouvelle opératrice qui oblige à tout réexpliquer et un moyen pour pousser les gens à l’abandon.
      La complexité administrative : un excellent outil pour invisibiliser des objectifs impopulaires

      Dans son livre, Sunstein explique que le Sludge donne aux gens le sentiment qu’ils ne comptent pas, que leur vie ne compte pas. Pour la sociologue Pamela Herd et le politologue Donald Moynihan, coauteurs de Administrative Burden : Policymaking by Other Means (Russel Sage Foundation, 2019), le fardeau administratif comme la paperasserie complexe, les procédures confuses entravent activement l’accès aux services gouvernementaux. Plutôt que de simples inefficacités, affirment les auteurs, nombre de ces obstacles sont des outils politiques délibérés qui découragent la participation à des programmes comme Medicaid, empêchent les gens de voter et limitent l’accès à l’aide sociale. Et bien sûr, cette désorganisation volontaire touche de manière disproportionnée les gens les plus marginalisés. « L’un des effets les plus insidieux du sludge est qu’il érode une confiance toujours plus faible dans les institutions », explique la sociologue. « Une fois ce scepticisme installé, il n’est pas difficile pour quelqu’un comme Elon Musk de sabrer le gouvernement sous couvert d’efficacité »… alors que les coupes drastiques vont surtout compliquer la vie de ceux qui ont besoin d’aide. Mais surtout, comme l’expliquaient les deux auteurs dans une récente tribune pour le New York Times, les réformes d’accès, désormais, ne sont plus lisibles, volontairement. Les coupes que les Républicains envisagent pour l’attribution de Medicaid ne sont pas transparentes, elles ne portent plus sur des modifications d’éligibilité ou des réductions claires, que les électeurs comprennent facilement. Les coupes sont désormais opaques et reposent sur une complexité administrative renouvelée. Alors que les Démocrates avaient œuvré contre les lourdeurs administratives, les Républicains estiment qu’elles constituent un excellent outil politique pour atteindre des objectifs politiques impopulaires.

      Augmenter le fardeau administratif devient une politique, comme de pousser les gens à renouveler leur demande 2 fois par an plutôt qu’une fois par an. L’enjeu consiste aussi à développer des barrières, comme des charges ou un ticket modérateur, même modique, qui permet d’éloigner ceux qui ont le plus besoin de soins et ne peuvent les payer. Les Républicains du Congrès souhaitent inciter les États à alourdir encore davantage les formalités administratives. Ils prévoient d’alourdir ainsi les sanctions pour les États qui commettent des erreurs d’inscription, ce qui va les encourager à exiger des justificatifs excessifs – alors que là bas aussi, l’essentiel de la fraude est le fait des assureurs privés et des prestataires de soins plutôt que des personnes éligibles aux soins. Les Républicains affirment que ces contraintes servent des objectifs politiques vertueux, comme la réduction de la fraude et de la dépendance à l’aide sociale. Mais en vérité, « la volonté de rendre l’assurance maladie publique moins accessible n’est pas motivée par des préoccupations concernant l’intérêt général. Au contraire, les plus vulnérables verront leur situation empirer, tout cela pour financer une baisse d’impôts qui profite principalement aux riches ».

      Dans un article pour The Atlantic de 2021, Annie Lowrey évoquait le concept de Kludgeocracrie du politologue Steven Teles, pour parler de la façon dont étaient bricolés les programmes de prestations en faisant reposer sur les usagers les lourdeurs administratives. Le but, bien souvent, est que les prestations sociales ne soient pas faciles à comprendre et à recevoir. « Le gouvernement rationne les services publics par des frictions bureaucratiques déroutantes et injustes. Et lorsque les gens ne reçoivent pas l’aide qui leur est destinée, eh bien, c’est leur faute ». « C’est un filtre régressif qui sape toutes les politiques progressistes que nous avons ». Ces politiques produisent leurs propres économies. Si elles alourdissent le travail des administrations chargées de contrôler les prestations, elles diminuent mécaniquement le volume des prestations fournies.

      Le mille-feuille de l’organisation des services publics n’explique pas à lui seul la raison de ces complexités. Dans un livre dédié au sujet (The Submerged State : How Invisible Government Policies Undermine American Democracy, University of Chicago Press, 2011), la politologue Suzanne Mettler soulignait d’ailleurs, que les programmes destinés aux plus riches et aux entreprises sont généralement plus faciles à obtenir, automatiques et garantis. « Il n’est pas nécessaire de se prosterner devant un conseiller social pour bénéficier des avantages d’un plan d’épargne-études. Il n’est pas nécessaire d’uriner dans un gobelet pour obtenir une déduction fiscale pour votre maison, votre bateau ou votre avion… ». « Tant et si bien que de nombreuses personnes à revenus élevés, contrairement aux personnes pauvres, ne se rendent même pas compte qu’elles bénéficient de programmes gouvernementaux ». Les 200 milliards d’aides publiques aux entreprises en France, distribués sans grand contrôle, contrastent d’une manière saisissante avec la chasse à la fraude des plus pauvres, bardés de contrôles. Selon que vous êtes riches ou pauvres, les lourdeurs administratives ne sont pas distribuées équitablement. Mais toutes visent d’abord à rendre l’État dysfonctionnel.

      L’article d’Annie Lowrey continue en soulignant bien sûr qu’une meilleure conception et que la simplification sont à portée de main et que certaines agences américaines s’y sont attelé et que cela a porté ses fruits. Mais, le problème n’est plus celui-là me semble-t-il. Voilà longtemps que les effets de la simplification sont démontrés, cela n’empêche pas, bien souvent, ni des reculs, ni une fausse simplification. Le contrôle reste encore largement la norme, même si partout on constate qu’il produit peu d’effets (comme le montraient les sociologues Claire Vivès, Luc Sigalo Santos, Jean-Marie Pillon, Vincent Dubois et Hadrien Clouet, dans leur livre sur le contrôle du chômage, Chômeurs, vos papiers ! – voir notre recension). Il est toujours plus fort sur les plus démunis que sur les plus riches et la tendance ne s’inverse pas, malgré les démonstrations.

      Et le déferlement de l’IA pour le marketing risque de continuer à dégrader les choses. Pour Tenumah, l’arrivée de services clients gérés par l’IA vont leur permettre peut-être de coûter moins cher aux entreprises, mais ils ne vont répondre à aucune attente.

      La résistance au Sludge s’organise bien sûr. Des réglementations, comme la règle « cliquez pour annuler » que promeut la FTC américaine, vise à éliminer les obstacles à la résiliation des abonnements. L’OCDE a développé, elle, une internationale Sludge Academy pour développer des méthodes d’audits de ce type de problème, à l’image de la méthodologie développée par l’unité comportemementale du gouvernement australien. Mais la régulation des lacunes des services clients est encore difficile à mettre en œuvre.

      Le cabinet Gartner a prédit que d’ici 2028, l’Europe inscrira dans sa législation le droit à parler à un être humain. Les entreprises s’y préparent d’ailleurs, puisqu’elles estiment qu’avec l’IA, ses employés seront capables de répondre à toutes les demandes clients. Mais cela ne signifie pas qu’elles vont améliorer leur relation commerciale. On l’a vu, il suffit que les solutions ne soient pas accessibles aux opérateurs des centres d’appels, que les recours ne soient pas dans la liste de ceux qu’ils peuvent proposer, pour que les problèmes ne se résolvent pas. Faudra-t-il aller plus loin ? Demander que tous les services aient des services de médiation ? Que les budgets de services clients soient proportionnels au chiffre d’affaires ?

      Avec ses amis, Chris Colin organise désormais des soirées administratives, où les gens se réunissent pour faire leurs démarches ensemble afin de s’encourager à les faire. L’idée est de socialiser ces moments peu intéressants pour s’entraider à les accomplir et à ne pas lâcher l’affaire.

      Après plusieurs mois de discussions, Ford a fini par proposer à Chris de racheter sa voiture pour une somme équitable.
      Dégradation du service client ? La standardisation en question

      Pour autant, l’article de The Atlantic ne répond pas pleinement à la question de savoir si le numérique aggrave le Sludge. Les pratiques léontines des entreprises ne sont pas nouvelles. Mais le numérique les attise-t-elle ?

      « Après avoir progressé régulièrement pendant deux décennies, l’indice américain de satisfaction client (ACSI), baromètre du contentement, a commencé à décliner en 2018. Bien qu’il ait légèrement progressé par rapport à son point bas pendant la pandémie, il a perdu tous les gains réalisés depuis 2006 », rappelle The Economist. Si la concentration et le développement de monopoles explique en partie la dégradation, l’autre raison tient au développement de la technologie, notamment via le développement de chatbots, ces dernières années. Mais l’article finit par reprendre le discours consensuel pour expliquer que l’IA pourrait améliorer la relation, alors qu’elle risque surtout d’augmenter les services clients automatisés, allez comprendre. Même constat pour Claer Barrett, responsable de la rubrique consommateur au Financial Times. L’envahissement des chatbots a profondément dégradé le service client en empêchant les usagers d’accéder à ce qu’ils souhaitent : un humain capable de leur fournir les réponses qu’ils attendent. L’Institute of Customer Service (ICS), un organisme professionnel indépendant qui milite pour une amélioration des normes de la satisfaction client, constate néanmoins que celle-ci est au plus bas depuis 9 ans dans tous les secteurs de l’économie britannique. En fait, les chatbots ne sont pas le seul problème : même joindre un opérateur humain vous enferme également dans le même type de scripts que ceux qui alimentent les chatbots, puisque les uns comme les autres ne peuvent proposer que les solutions validées par l’entreprise. Le problème repose bien plus sur la normalisation et la standardisation de la relation qu’autre chose.

      « Les statistiques des plaintes des clients sont très faciles à manipuler », explique Martyn James, expert en droits des consommateurs. Vous pourriez penser que vous êtes en train de vous plaindre au téléphone, dit-il, mais si vous n’indiquez pas clairement que vous souhaitez déposer une plainte officielle, celle-ci risque de ne pas être comptabilisée comme telle. Et les scripts que suivent les opérateurs et les chatbots ne proposent pas aux clients de déposer plainte… Pourquoi ? Légalement, les entreprises sont tenues de répondre aux plaintes officielles dans un délai déterminé. Mais si votre plainte n’est pas officiellement enregistrée comme telle, elles peuvent traîner les pieds. Si votre plainte n’est pas officiellement enregistrée, elle n’est qu’une réclamation qui se perd dans l’historique client, régulièrement vidé. Les consommateurs lui confient que, trop souvent, les centres d’appels n’ont aucune trace de leur réclamation initiale.

      Quant à trouver la page de contact ou du service client, il faut la plupart du temps cinq à dix clics pour s’en approcher ! Et la plupart du temps, vous n’avez accès qu’à un chat ou une ligne téléphonique automatisée. Pour Martyn James, tous les secteurs ont réduit leur capacité à envoyer des mails autres que marketing et la plupart n’acceptent pas les réponses. Et ce alors que ces dernières années, de nombreuses chaînes de magasins se sont transformées en centres de traitement des commandes en ligne, sans investir dans un service client pour les clients distants.
      « Notre temps ne leur coûte rien »

      « Notre temps ne leur coûte rien », rappelle l’expert. Ce qui explique que nous soyons contraints d’épuiser le processus automatisé et de nous battre obstinément pour parler à un opérateur humain qui fera son maximum pour ne pas enregistrer l’interaction comme une plainte du fait des objectifs qu’il doit atteindre. Une fois les recours épuisés, reste la possibilité de saisir d’autres instances, mais cela demande de nouvelles démarches, de nouvelles compétences comme de savoir qu’un médiateur peut exister, voire porter plainte en justice… Autant de démarches qui ne sont pas si accessibles.

      Les défenseurs des consommateurs souhaitent que les régulateurs puissent infliger des amendes beaucoup plus lourdes aux plus grands contrevenants des services clients déficients. Mais depuis quels critères ?

      Investir dans un meilleur service client a clairement un coût. Mais traiter les plaintes de manière aussi inefficace en a tout autant. Tous secteurs confondus, le coût mensuel pour les entreprises britanniques du temps consacré par leurs employés à la gestion des problèmes clients s’élève à 8 milliards d’euros, selon l’ICS. Si les entreprises commençaient à mesurer cet impact de cette manière, cela renforcerait-il l’argument commercial en faveur d’un meilleur service ?, interroge Claer Barrett.

      Au Royaume-Uni, c’est le traitement des réclamations financières qui offre le meilleur service client, explique-t-elle, parce que la réglementation y est beaucoup plus stricte. A croire que c’est ce qui manque partout ailleurs. Pourtant, même dans le secteur bancaire, le volume de plaintes reste élevé. Le Financial Ombudsman Service du Royaume-Uni prévoit de recevoir plus de 181 000 plaintes de consommateurs au cours du prochain exercice, soit environ 10 % de plus qu’en 2022-2023. Les principales plaintes à l’encontre des banques portent sur l’augmentation des taux d’intérêts sur les cartes de crédits et la débancarisation (voir notre article). Une autre part importante des plaintes concerne les dossiers de financement automobiles, et porte sur des litiges d’évaluation de dommages et des retards de paiements.

      Pourtant, selon l’ICS, le retour sur investissement d’un bon service client reste fort. « D’après les données collectées entre 2017 et 2023, les entreprises dont le score de satisfaction client était supérieur d’au moins un point à la moyenne de leur secteur ont enregistré une croissance moyenne de leur chiffre d’affaires de 7,4 % ». Mais, celles dont le score de satisfaction est inférieur d’un point à la moyenne, ont enregistré également une croissance de celui-ci du niveau de la moyenne du secteur. La différence n’est peut-être pas suffisamment sensible pour faire la différence. Dans un monde en ligne, où le client ne cesse de s’éloigner des personnels, la nécessité de créer des liens avec eux devrait être plus importante que jamais. Mais, l’inflation élevée de ces dernières années porte toute l’attention sur le prix… et ce même si les clients ne cessent de déclarer qu’ils sont prêts à payer plus cher pour un meilleur service.

      La morosité du service client est assurément à l’image de la morosité économique ambiante.

      https://danslesalgorithmes.net/2025/09/11/sludge-de-la-degradation-volontaire-du-service-client

  • ChatGPT Killed the Web : For the Better ?
    https://www.nicolasbustamante.com/p/chatgpt-killed-the-web-for-the-better

    I haven’t used Google in a year. No search results, no blue links. ChatGPT became my default web browser in December 2024, and it has completely replaced the entire traditional web for me.

    Par un des fondateurs de Doctrine, et d’autres startups IA/search (Fintech dernièrement).

    Au delà de son technocratisme, et de sa vision totalement biaisée de l’histoire d’internet (avant le Web 2.0 il y avait DEJA plein de contenus proposés par les gens, et des millions de forums et de communautés, avec des « databases », avant les plateformes centralisatrices)…

    Ce que je trouve fous c’est que d’une certaine manière, il y a au moins une raison valable à en être arrivé là : pendant 20 ans au moins, on a complexifié le web avec des designs de plus en plus compliqués et lourds avec JS, images, vidéos, et même les CSS de plus en plus compliqués aussi, à faire du pixel perfect, puis ensuite du responsive, puis ceci cela. Avec du coup en parallèle une tout aussi considérable augmentation et complexification des normes liés, CSS, HTML, HTTP, JS moderne, etc.

    Alors que dans 99% des cas, les gens recherchent une information ou une action purement textuelle (des articles, des horaires, la carte d’un resto, un échange pour réserver un train ou une table quelque part pour tel jour et telle heure…).

    Or la solution « la plupart des infos importantes peuvent être fournies dans des chats textuels » bah c’est réellement une idée qui fonctionne au niveau UX. Qui fonctionne et qui suffit à plein de gens par rapport à ce qu’illes recherchent, dans de très très nombreux cas d’utilisation.

    Sauf que pour implémenter cette idée, on se retrouve avec une infrastructure encore plus énorme et plus énergivore et plus polluante que TOUT ce qui a été fait depuis 25 ans avec les Flash, avec la gabegie d’images et vidéos dans les sites, les applis JS, etc (enfin je dis ça mais je ne sais pas si faire tourner un LLM déjà constitué est plus polluant que Youtube et ses trilliards de vidéos inutiles).

    Pourtant comme il le dit : pour avoir les infos de ta communauté locale (aussi bien asso, militance, que coiffeur, resto…) ou pour avoir des recettes de cuisine : à peine quelques kilo-octets ou méga-octets suffisent en Markdown pour tout contenir (et ça peut vraiment en contenir très beaucoup). Et aucun besoin d’avoir l’interface de chaque marque/site/etc, avec des polices différentes, des infos présentées différemment jamais au même endroit, jamais de la même manière. Si t’as un lecteur de chat/markdown dans ta machine (ordi ou phone) que tu configures avec ta grosseur de texte et ta police la plus lisible pour toi : ça suffit !

    La question est donc surtout celle de l’accès, du mode de découverte, et de comment les contenus sont sélectionnés et arrivent à toi. Plutôt que tout laisser à des moteurs en boite noire, on pourrait très bien imaginer que l’on « s’abonne » à des sources de confiance comme on le fait pour insta et tous les réseaux (aussi bien des sites unitaires, wikipedia, le blog de mon amie, mon resto préféré, que des sites agrégateurs « les commerçants de ma commune XXX », l’agenda militant de mon département, etc). Et que l’appli chatbot comprennent ton prompt, et cherche dans ce contenu abonné en priorité (extrêmement rapide à partir du moment où c’est que des infos textuelles en Markdown). Ce qui n’empêche pas des services de faire du crawling et proposer d’autres résultats (ce qui peut te faire t’abonner à d’autres sources si leur contenu t’as intéressé).

    On peut relier ça à des initiatives comme Gemini (qui permet encore moins de choses que Markdown, ce qui fait vraiment pas beaucoup : autant garder Markdown qui reste sobre tout en étant bien plus utilisé et connu).

    Mais ce qui compte vraiment c’est « comment on y cherche, comment on y accède ». Et l’UX « chat qui comprend ma question en langage naturel, et qui sait chercher dans un corpus précis de sources textuelles » est extrêmement efficace et suffisant pour la plupart des besoins : sans souris, sans mille clics dans des menus, sans GIF animé.

    #web #chatbot #interface #markdown #prospection #IA_générative

    • Plutôt que tout laisser à des moteurs en boite noire, on pourrait très bien imaginer que l’on « s’abonne » à des sources de confiance comme on le fait pour insta et tous les réseaux (aussi bien des sites unitaires, wikipedia, le blog de mon amie, mon resto préféré, que des sites agrégateurs « les commerçants de ma commune XXX », l’agenda militant de mon département, etc).

      Tu veux dire « flux RSS » ? :D Flux que je réutilise massivement depuis quelques années (après les avoir lâchement abandonné), c’est fou le gain de temps que ça apporte (mon lecteur de flux a une fonction de recherche aussi). Couplé avec l’extension « minimal » sur Firefox, je perds beaucoup moins de temps sur internet. Le « problème » de ce genre de solutions (même en imaginant une version améliorée) c’est que les éditeurs de sites web n’ont aucun intérêt à mettre ça en avant. Ce qui explique probablement en partie pourquoi RSS a été laissé de côté par beaucoup de monde (et sur Youtube c’est toujours là mais très bien caché).

    • @alexcorp oui et non, les RSS c’est conçu pour avoir « les nouveautés ». Si tu t’abonnes à Wikipedia, ça te fait pas télécharger l’entièreté de la base (et dans toutes les langues) et tu peux pas chercher dedans. Plus haut je parlais d’un système d’abonnement à des sources comme ça mais pas pour les nouveautés, pour pouvoir dire à l’UX de recherche « c’est dans ces sources là que tu dois chercher uniquement (ou en priorité) ». Si le contenu complet de ces sources sont aspirables et dupliquables facilement en markdown (le plus léger possible, seulement le contenu texte utile), alors un chatbot peut comprendre ta question et chercher dans ces contenus légers uniquement et te générer seulement ce qui t’es utile sans fouiller toi-même de grand volume de données. De manière efficiente et il me semble relativement peu coûteuse en énergie.

      Les gens communs sont pas des devs, et on vont jamais fouiller dans des bases. Les articles de tes flux RSS c’est « des bases », il faut chercher en fulltext dedans puis relire en détail les X résultats sortis pour trouver l’information que tu voulais. Si ton besoin c’était « liste moi les restos ayant des ramens végétariens autour de chez moi, et leur horaire pour chacun », un chatbot fouillant spécifiquement dans l’unique base « les commerçants de ta commune » qui contiendrait toutes les infos de base de chacun en markdown (dont les cartes détaillées), te générerait ça en très peu de temps et avec peu d’effort machine. La recherche toi-même manuelle serait immensément plus longue, et avec une UX désastreuse (et c’est pareil en cherchant ça par le web graphique).

      Évidemment comme tu le dis, le plus gros problème c’est : est-ce que les gens veulent fournir ces informations gratuitement et à jour en tant que « biens communs ». Cela dit, même les commerçants pourraient y voir un intérêt direct, d’être bien référencés, si ça leur fait venir des clients. Et ces services « d’infos en markdown » pourraient être mutualisés par commune ou autre regroupement thématique/affinitaire (comme les mastodons), pas besoin de chacun implémenter le sien.

    • @rastapopoulos oui on pourrait imaginer un service public qui mettrait ça en place, au moins pour des trucs simples (infos d’ouverture de commerce ou d’institutions, ramassage des ordures etc.). Avec un LLM local (ou localement mutualisé). Cela dit je ne sais pas si le coût énergétique sera mieux qu’avec les sites actuels (type tripadvisor par exemple pour avoir les menus/horaires des restos).
      Par contre l’exemple dans l’article c’est le truc agentique du type « réserve moi le resto ce soir », en admettant que ça fonctionne bien (j’ai quelques exemples de dysfonctionnements assez drôles autour de moi) je ne suis pas certain que les gens réclament ce genre de fonctionnalités.

  • La Deutsche Bank avertit que la bulle de l’IA est la seule chose qui maintient l’économie US à flot et que, lorsque cette bulle éclatera, la réalité sera bien plus dure que ce que tout le monde imagine
    https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/376214/La-Deutsche-Bank-avertit-que-la-bulle-de-l-IA-

    La Deutsche Bank avertit que la dynamique actuelle de l’économie américaine est dangereusement liée à un cycle d’investissement dans l’intelligence artificielle (IA) en plein essor, qui pourrait ne pas être durable. Les analystes mettent en garde contre le fait que la forte augmentation des dépenses d’investissement, en particulier dans les centres de données d’IA, gonfle la croissance sans que cela ne s’accompagne de revenus durables. Les gains du marché étant fortement concentrés dans les valeurs technologiques, et les experts prévoyant une correction douloureuse, l’essor de l’IA pourrait déclencher un ralentissement économique brutal lorsque la bulle de l’IA éclatera.

    • ... une part considérable de cette expansion économique est attribuable à la construction de nouvelles installations physiques par des travailleurs humains. En revanche, le secteur des technologies et des services liés à l’IA n’a pas encore apporté de contribution significative au produit intérieur brut (PIB). Cette distinction suggère qu’une grande partie des avantages économiques immédiats provient du développement des infrastructures traditionnelles plutôt que de l’innovation directe en matière d’IA.

      ... il n’existe pas une seule bulle de l’IA, mais trois dynamiques distinctes qui se chevauchent : la bulle spéculative classique, la bulle d’infrastructure correspondant aux investissements colossaux dans l’IA, et la bulle médiatique qui traduit les promesses irréalistes autour de cette technologie.

      #IA #bulle_économique #centres_de_données

    • Nouveau « signal fort » : https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/la-bourse-au-bord-de-la-rupture-dix-symptomes-qui-temoignent-de-lebullition

      L’euphorie autour des valeurs de l’intelligence artificielle a propulsé les Bourses mondiales à des niveaux record. Le rebond de Wall Street depuis le mini-krach du « Liberation Day », en avril, est l’un des plus violents jamais enregistré. Les professionnels des marchés redoutent l’éclatement d’une nouvelle bulle.

      #paywall

    • Concernant la bulle médiatique j’ai plus que hâte qu’elle explose. Parce que là on est encore en pleine hallucination. Dernièrement, j’ai lu un article (à propos de développement informatique) qui disait « avec l’IA j’ai fait en 6 heures ce qui me prend 24 jours d’habitude »... Évidemment sans jamais donner le code et ce qui est fait généralement « en 24 jours » (mais qui est capable de dire ce qu’il fait précisément en 24 jours ?).

    • #AI boom is unsustainable unless tech spending goes ‘parabolic,’ Deutsche Bank warns | Fortune
      https://fortune.com/2025/09/23/ai-boom-unsustainable-tech-spending-parabolic-deutsche-bank

      The current AI boom is not sustainable, a Deutsche Bank research note warned this morning, because tech spending won’t “remain parabolic.” AI #capex is now so massive it is keeping the U.S. out of recession, the bank said. Separately, Bain & Co. estimate there will be an $800 billion shortfall in the revenues needed to fund the demand for AI computing power. About half the S&P 500’s gains this year have been driven by tech stocks.

      #bulle_ia

    • Pluralistic: The real (economic) AI apocalypse is nigh (27 Sep 2025) – Pluralistic: Daily links from Cory Doctorow
      https://pluralistic.net/2025/09/27/econopocalypse

      (...)

      He said, “OK, but what can we do about that?”

      So I re-iterated the book’s thesis: that the AI bubble is driven by monopolists who’ve conquered their markets and have no more growth potential, who are desperate to convince investors that they can continue to grow by moving into some other sector, e.g. “pivot to video,” crypto, blockchain, NFTs, AI, and now “super-intelligence.” Further: the topline growth that AI companies are selling comes from replacing most workers with AI, and re-tasking the surviving workers as AI babysitters ("humans in the loop"), which won’t work. Finally: AI cannot do your job, but an AI salesman can 100% convince your boss to fire you and replace you with an AI that can’t do your job, and when the bubble bursts, the money-hemorrhaging “foundation models” will be shut off and we’ll lose the AI that can’t do your job, and you will be long gone, retrained or retired or “discouraged” and out of the labor market, and no one will do your job. AI is the asbestos we are shoveling into the walls of our society and our descendants will be digging it out for generations:

      https://pluralistic.net/2025/05/27/rancid-vibe-coding/#class-war

      (...)

      I firmly believe the (economic) AI apocalypse is coming. These companies are not profitable. They can’t be profitable. They keep the lights on by soaking up hundreds of billions of dollars in other people’s money and then lighting it on fire. Eventually those other people are going to want to see a return on their investment, and when they don’t get it, they will halt the flow of billions of dollars. Anything that can’t go on forever eventually stops.

      This isn’t like the early days of the web, or Amazon, or any of those other big winners that lost money before becoming profitable. Those were all propositions with excellent “unit economics” – they got cheaper with every successive technological generation, and the more customers they added, the more profitable they became. AI companies have – in the memorable phraseology of Ed Zitron – “dogshit unit-economics.” Each generation of AI has been vastly more expensive than the previous one, and each new AI customer makes the AI companies lose more money:

      https://pluralistic.net/2025/06/30/accounting-gaffs/#artificial-income

      This week, no less than the Wall Street Journal published a lengthy, well-reported story (by Eliot Brown and Robbie Whelan) on the catastrophic finances of AI companies:

      https://www.wsj.com/tech/ai/ai-bubble-building-spree-55ee6128?st=efV1EF&reflink=article_email_share

      The WSJ writers compare the AI bubble to other bubbles, like Worldcom’s fraud-soaked fiber optic bonanza (which saw the company’s CEO sent to prison, where he eventually died), and conclude that the AI bubble is vastly larger than any other bubble in recent history.

      The data-center buildout has genuinely absurd finances – there are data-center companies that are collateralizing their loans by staking their giant Nvidia GPUs as collateral. This is wild: there’s pretty much nothing (apart from fresh-caught fish) that loses its value faster than silicon chips. That goes triple for GPUs used in AI data-centers, where it’s normal for tens of thousands of chips to burn out over a single, 54-day training run:

      https://techblog.comsoc.org/2024/11/25/superclusters-of-nvidia-gpu-ai-chips-combined-with-end-to-end-netwo

    • Éric Sadin. Le Désert de nous-mêmes. Le tournant intellectuel et créatif de l’intelligence artificielle (Éditions L’échappée)
      https://librairie-quilombo.org/le-desert-de-nous-memes

      Le lancement de #ChatGPT, fin 2022, a inauguré le tournant intellectuel et créatif de l’intelligence artificielle. Désormais, il est demandé à des systèmes de prendre le relais de nos facultés les plus fondamentales – en premier lieu celle de produire du langage et des symboles. Comment ne pas saisir l’ampleur des conséquences sociales, culturelles et civilisationnelles induites ?
      Celles-ci sont principalement de trois ordres. Premièrement, il est mis entre les mains de tous des technologies générant un pseudo-langage, car mathématisé, statistique et standardisé, appelé à devenir hégémonique. Deuxièmement, on ne connaîtra plus la nature ou l’origine d’une image. Émerge une ère de l’indistinction généralisée porteuse de nombreux périls alors que rancœur et défiance grandissent. Troisièmement, des dispositifs vont réaliser plus rapidement et de manière prétendument plus efficace que nous un nombre croissant de tâches à haute compétence cognitive. De ce fait, un ouragan va s’abattre sur les métiers de services et de la culture.
      Nous vivons un moment d’une extrême gravité, voyant l’automatisation, à terme intégrale, du cours du monde ne cesser de s’étendre. Or, il ne s’agit nullement d’un projet de société démocratiquement décidé, mais du résultat des vues d’ingénieurs et de l’ambition sans limites de l’empire de la tech.
      Ce livre procède à une analyse minutieuse des caractéristiques des #IA_génératives ainsi que de la rupture anthropologique à l’œuvre. Il revêt également une valeur de manifeste, appelant à défendre sans concession l’exercice des facultés qui nous définissent. Faute de quoi, nous appartiendrons bientôt à une humanité absente à elle-même.

    • Une autre bulle, côtée en bourse celle-ci.
      https://coinmarketcap.com/fr

      Une fraude à 5 milliards de dollars : une Chinoise de 47 ans plaide coupable de blanchiment en bitcoins à Londres
      https://www.lefigaro.fr/flash-actu/londres-une-ressortissante-chinoise-reconnue-coupable-de-blanchiment-de-bit

      5,5 milliards de livres sterling. L’équivalent de plus de 6 milliards d’euros. C’est le butin colossal que la justice britannique a placé sous scellés, après l’une des plus longues traques financières du XXIe siècle. Le 29 septembre 2025, Zhimin Qian, alias Yadi Zhang, 47 ans, surnommée la « reine du Bitcoin », a finalement plaidé coupable devant le tribunal de Southwark à Londres. Elle est accusée d’avoir orchestré une fraude aux proportions vertigineuses qui a piégé 128 000 investisseurs en Chine et conduit à la plus grande saisie de #cryptomonnaies jamais réalisée.

      En adoptant une posture favorable aux actifs numériques, Trump a assoupli les régulations et fait des États-Unis un leader dans le domaine des #cryptos. Ce soutien affirmé suscite un grand espoir dans l’industrie, notamment pour l’avenir du #Bitcoin et d’autres cryptomonnaies, sous sa présidence.

      Lors de son premier mandat, il s’est montré critique à l’égard des cryptomonnaies, qualifiant le Bitcoin de « fraude » en 2019 et affirmant que ces actifs « n’étaient pas de l’argent ». Cependant, son point de vue a radicalement évolué en 2024. Aujourd’hui, Trump se présente comme un ardent défenseur des cryptos, affirmant qu’elles représentent l’avenir de l’économie mondiale. Ce revirement est en partie dû à l’influence de ses conseillers pro-crypto et à une stratégie visant à attirer les jeunes électeurs et les entrepreneurs du secteur technologique. Et aussi à son enrichissement personnel et celui de sa famille.

  • #Intelligence_artificielle : le vrai #coût_environnemental de la course à l’IA

    “L’IA et la réussite de la #transition_énergétique vont de pair. Nous n’assisterons pas à une transition à grande échelle vers une énergie sans carbone sans les avancées significatives que l’IA promet d’apporter.” Cette citation de Mélanie Nakagawa, la responsable développement durable de Microsoft en février 2025, est à l’image de la #pensée_magique que l’on rencontre de plus en plus fréquemment dans les médias et la société. Celle d’une IA mystique et providentielle qui serait la #solution à tous nos problèmes, et qui justifierait son développement effréné depuis l’arrivée de #ChatGPT en 2022.

    Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé en février 2025 des #investissements privés de 109 milliards d’euros pour développer l’IA et que plus de 35 nouveaux projets de #centres_de_données ont été annoncés en France, nous vous proposons une analyse approfondie pour déconstruire ces discours et découvrir la #face_cachée de l’intelligence artificielle. Comme le résume la chercheuse en IA Kate Crawford, elle repose sur une triple #extraction : extraction de #ressources_naturelles, extraction de #données, #exploitation_humaine. Dans cet article nous nous concentrerons sur les impacts environnementaux directs de l’IA (consommation énergétique, émissions carbone, impacts locaux des data centers), mais insistons sur la nécessité d’appréhender ces technologies dans leur ensemble pour comprendre les bouleversements sociétaux que son adoption massive génère (enjeux de #pouvoir, #surveillance_de_masse, #militarisation, #inégalités sociales, etc)

    Nous commencerons par définir ce qu’est l’intelligence artificielle, son évolution récente, les acteurs qui la sous-tendent et détaillerons le fonctionnement particulier des #IA_génératives. Puis dans un second temps nous décrirons l’#infrastructure_matérielle qui la soutient. Loin de flotter au-dessus de toute réalité physique, comme le champ lexical du “cloud” et de la “dématérialisation” aime à nous le faire croire, ces #technologies ont des conséquences matérielles très tangibles.

    Sommaire

    - Qu’est ce que l’intelligence artificielle ?
    - L’ère de l’IA générative depuis la sortie de ChatGPT en 2022
    - L’IA, bien plus qu’une #technologie
    - Qui est derrière l’IA ?
    - Le voyage d’une requête ChatGPT
    - L’inférence pour l’usage quotidien
    – Le problème de la #transparence
    – Quel est l’impact d’une requête ChatGPT ?
    – L’optimisation de la #consommation_électrique de l’IA
    – Les impacts directs de l’intelligence artificielle
    – La consommation électrique des data centers explose à cause de l’IA
    – Émissions de #CO2, la roue libre
    – Google, Microsoft, Meta.. Quid des émissions des géants du numérique ?
    – La consommation d’#eau
    - Ressources abiotiques pour la fabrication des équipements et bâti : dépendance aux #métaux et à l’#industrie_chimique
    - Conclusion
    - Infographie

    https://bonpote.com/intelligence-artificielle-le-vrai-cout-environnemental-de-la-course-a-lia
    #IA #AI #environnement #à_lire

  • Introduction au Machine Learning - Chloé-Agathe Azencott
    https://cazencott.info/index.php/pages/Introduction-au-Machine-Learning

    Introduction au #Machine_Learning, par Chloé-Agathe Azencott (Dunod InfoSup) présente les concepts fondamentaux de l’apprentissage automatique, ou machine learning.

    Télécharger ici le PDF de la deuxième édition (sans les exercices corrigés)

    Cet ouvrage s’adresse aux étudiantes et étudiants en informatique ou maths appliquées, en L3, master ou école d’ingénieurs. Le machine learning offre aujourd’hui à de nombreux secteurs d’activité la possibilité de réaliser des progrès spectaculaires grâce à ses puissants outils qui facilitent l’exploitation de grands volumes de données. Le but de cet ouvrage est de vous fournir des bases solides sur les concepts et les algorithmes de ce domaine. Il vous fournit les outils nécessaires pour :

    – identifier et formaliser les problèmes qui peuvent être résolus par des approches de machine learning ;
    – mettre en oeuvre les algorithmes classiques les plus appropriés ;
    – implémenter ces algorithmes par vous-même afin d’en comprendre les tenants et aboutissants ;
    – évaluer et comparer les performances de plusieurs algorithmes de machine learning pour une application particulière.

    Les notions de cours sont illustrées et complétées par 85 exercices, tous corrigés.

    Y-a 25-30 ans, j’étais dans les études, et j’animais des TP d’informatique. Mon diplôme était organisé par un labo alors pionnier dans le datamining (ou tout au moins avaient-ils une bonne appétence à suivre la mode), on parlait d’entrepôts de données, on me proposait d’ailleurs de reprendre le développement d’un outil de datamining (gratuitement ou quasi, la fac’, ça ne payait déjà pas à l’époque), ce genre de choses, et donc, on faisait de la classification, de la régression, ces trucs compliqués mais diablement intéressants quand on a des données pertinentes (souviens-toi que #garbage_in_garbage_out #gigo, y-a pas de mystère)

    Ce livre, là, te rappelle que le #machine_learning, c’est de l’utilisation massive de méthodes mathématiques et statistiques et qu’il n’y a pas qu’une seule façon de traiter tous les problèmes à la fois, à la façon dont on te le martèle à propos de l’#IA_générative.