• Kérosène en Europe : la situation se détériore rapidement

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    Le secteur aérien européen sous tension cet été. Bruxelles, l’IATA, l’EASA et les aéroports alertent sur des difficultés d’approvisionnement en kérosène liées à la crise au Moyen-Orient. Mais les gouvernement se veulent rassurants : il n’y a aucun risque de pénurie générale... « pour le moment. »

    Georges Renard-Kuzmanovic - 2026-06-06

    La situation du carburant d’aviation en Europe se détériore rapidement.

    L’Espagne, la France, l’Italie et d’autres ont averti les opérateurs d’aviation privée que le carburant d’aviation pourrait être indisponible cet été… quel que soit le prix, même très très haut. Or, les prix sont déjà très élevés et, déjà, les prix des billets augmentent et des vols sont annulés sur certaines destinations ou réduits en nombre.
    Le prix du kérosène avait plus que doublé en un mois au plus fort de la crise, avant un reflux partiel ensuite observé par EUROCONTROL début mai.

    Si la situation reste bloquée dans le Golfe entre Iran et les Etats-Unis/Israël, alors 30 à 50 % des vols pourraient à terme faire face à des perturbations ou des annulations.

    Si la position du Corps des Gardiens de la révolution islamique sur l’uranium hautement enrichi reste inchangée, si le détroit d’Ormuz reste bloqué, alors les pénuries dans la zone euro pourraient devenir critiques dans deux mois.

    Après presque 100 jours de ponctions sur les stocks, des approvisionnements réduits, les réservent tendent dangereusement vers des niveaux inférieurs aux seuils critiques.

    Ce qui se profile sous nos yeux, c’est l’effondrement d’une illusion entretenue depuis des décennies : celle d’une économie qui pourrait s’affranchir du réel. L’économie n’est pas d’abord une affaire de prix, de monnaie ou de marchés financiers. Elle est d’abord une affaire de tonnes, de barils, de mégawatts, de navires, d’usines et de chaînes logistiques. Lorsque ces flux physiques sont menacés, aucune gymnastique financière ne peut compenser leur absence. Les volumes reprennent alors leur souveraineté sur les prix. C’est exactement l’analyse que nous développons sur Fréquence Populaire depuis le début de la guerre contre l’Iran : le monde redécouvre que la richesse repose d’abord sur des réalités matérielles et énergétiques, et non sur des abstractions comptables, c’est la « physicalité » de l’économie. A la fin, ce sont toujours les volumes qui commandent aux prix, jamais l’inverse.

    Voir à cet égard ces deux articles fondamentaux de Jacques Sapir : « Guerre du Golfe, réduction de la production de pétrole et de gaz et conséquences mondiales à court et moyen termes » et « France : la crise est confirmée ».

    Le carburant d’aviation est devenu le premier point de fragilité pour le transport aérien européen. Pourtant, la Commission européenne se voulant rassurante a indiqué, fin avril puis en mai, qu’aucune pénurie n’était constatée dans l’Union, tout en… reconnaissant que des difficultés d’approvisionnement pouvaient survenir rapidement, avec le kérosène comme « principale source de préoccupation ». En lisant entre les lignes on comprend que malgré la langue de bois l’inquiétude était déjà là.

    L’IATA (Association du transport aérien international) a, de son côté, estimé dès le 17 avril que des annulations pouvaient apparaître en Europe à partir de la fin mai faute de carburant. Le signal était clair : le risque n’était déjà plus théorique, même si la rupture généralisée des stocks n’est pas actée. Dès le 14 avril on pouvait lire dans La Tribune : « Des vols annulés cet été ? Bruxelles met en garde contre un choc sur le kérosène ».

    EUROCONTROL de son côté souligne que le réseau aérien européen subit les conséquences du conflit engagé le 28 février dernier, avec, entre autres, une chute brutale des vols entre l’Europe et le Moyen-Orient et une désorganisation durable du trafic.

    L’AESA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) a publié le 8 mai un bulletin d’information sur l’usage sûr du Jet A en Europe, en demandant aux compagnies, aéroports et sociétés d’assistance de revoir leurs procédures face aux différences de carburants disponibles. ACI Europe a averti qu’en l’absence de rétablissement stable du passage par Ormuz, un risque de pénurie généralisée pouvait apparaître sur le réseau aéroportuaire européen.

    Les messages officiels et gouvernementaux restent prudents, très certainement pour ne pas provoquer une panique qui aggraverait encore la situation, mais dont la conséquence est l’impréparation au choc si aucune solution politique négocié n’est trouvée dans le Golfe. Or, ce qui se dessine c’est un enlisement. Les négociations entre Américains et Iraniens sont à peine engagées et encore pas en direct, de plus Israël paralyse dès que possible toute possibilité d’avancée.

    L’Union européenne avance comme un somnambule, comme à son accoutumée. Ce vendredi 5 juin, l’UE… ne constate aucune pénurie de kérosène malgré l’envolée des prix, selon le commissaire européen aux Transports (rapporté par REUTERS) et malgré le choc énergétique provoqué par la guerre contre l’Iran.

    En France, les autorités disent suivre de près les stocks dans les dépôts aéroportuaires et en amont. Le gouvernement a assuré qu’il n’y aurait pas d’interruption d’approvisionnement cet été, ce qui semble contredit par les rapports venant des pays du Golfe, mais aussi de banques et institutions financières comme GoldmanSachs ou de JP Morgan, tandis que la profession évoque l’ouverture de sources alternatives et l’autorisation d’utiliser aussi du Jet A américain.

    La crise actuelle s’ajoute à une autre contrainte, plus structurelle : le déficit européen de carburant d’aviation. L’IATA relevait déjà en 2025 l’élargissement de ce déficit et les défis qu’il pose à la sécurité d’approvisionnement des compagnies. En parallèle, l’Union européenne impose l’incorporation progressive de carburants d’aviation durables au titre de ReFuelEU Aviation. La décarbonation est nécessaire, mais elle ne remplace ni des stocks, ni des raffineries, ni une stratégie de souveraineté énergétique. Ce choix traduit une contradiction désormais visible, à savoir que l’Europe demande au secteur aérien de se transformer tout en restant exposée aux goulets d’étranglement du commerce mondial pour le carburant fossile dont il dépend encore massivement. On pourrait assimiler cela à de la schizophrénie.

    À quelques semaines des grands départs, le tableau est inquiétant. Il n’y a pas, au 6 juin 2026, de constat officiel de pénurie généralisée de kérosène à venir dans l’Union européenne. Il y a en revanche une chaîne logistique fragilisée, des prix volatils, des stocks épuisés, des autorités de régulation inquiètes et mobilisées, et des compagnies qui se préparent à arbitrer leurs programmes de vols. Pour les États européens, la leçon est plus large que de trouver les moyens de passer l’été 2026 et cette leçon est amère : sans maîtrise des approvisionnements, sans capacités industrielles suffisantes et sans planification publique, la circulation la plus mondialisée dépend de décisions prises ailleurs et les peuples européens subiront la facture et un décrochage sévère.

  • « Le #carburant des avions est mieux remboursé que nos médicaments »

    L’#Union_européenne va subventionner les #compagnies_aériennes qui utilisent des « #carburants_d’aviation_durables ». 1,6 milliard d’euros de cadeaux supplémentaires pour le secteur, dénonce l’UFCNA dans cette tribune.

    Le lobby aérien s’active et presse les élus pour obtenir aides, subventions et #exonérations, pour adoucir l’impact financier d’une nouvelle réglementation qui s’imposera à partir de 2026 : l’obligation d’acheter des #quotas d’émission de gaz à effet de serre.

    Pour lui répondre, la Commission européenne a adopté le 6 février un généreux programme de soutien à l’achat de « carburants d’aviation durables » (#Sustainable_Aviation_Fuels, #SAF, en anglais), des #hydrocarbures liquides qui peuvent être utilisés par les avions à la place du #kérosène dérivé du #pétrole. L’appellation regroupe les #biocarburants produits à partir de #biomasse et les #carburants_synthétiques (#e-carburants) produits à partir de sources non biologiques (principalement l’#hydrogène). Si les premiers empiètent sur les ressources naturelles (terres agricoles et déforestations), et menacent l’environnement et la biodiversité, la production des seconds nécessite des quantités considérables d’#énergie.

    La Commission européenne impose pour l’aviation un taux d’utilisation progressif de 2 % de SAF en 2025, et jusqu’à 70 % en 2050. Mais depuis vingt ans, l’#industrie_aéronautique n’a cessé de décaler ou modifier à la hausse ses engagements [1]. Résultat, en 2024, les #carburants_durables n’ont représenté que 0,53 % de la consommation mondiale. Et les émissions liées au #transport_aérien explosent de 33 % depuis 2013. Dès lors, de nombreuses voix s’élèvent pour alerter que la croissance du #trafic_aérien est incompatible avec ces objectifs, et fera peser un poids insupportable sur les #ressources_naturelles d’intérêt général.

    « Il faut maintenant subventionner le carburant des avions ! »

    Dans son projet présenté en février, la Commission européenne propose de financer elle-même la croissance des carburants synthétiques, en offrant aux compagnies aériennes une #compensation_financière qui amortira la différence de prix avec le kérosène classique. Cette aide leur sera versée sous la forme de nouveaux #droits_à_polluer : 20 millions de tonnes de quotas carbone seront offertes. Au prix de 80 euros la tonne de carbone, cela représente 1,6 milliard d’euros de cadeaux supplémentaires pour les compagnies aériennes, et 2 à 3 fois plus en coûts collatéraux pour la société.

    Alors que l’absence de #taxe sur le kérosène représente un manque à gagner de presque 27 milliards d’euros pour les pays de l’UE et 4,7 milliards par an pour la France, il faut maintenant subventionner le carburant des avions !

    Et ensuite ? Les contribuables devront-ils aussi compenser les surcoûts des 20 % de SAF en 2035 et faire monter la facture à plusieurs dizaines de milliards d’euros, alors que la majorité ne prend jamais l’avion ou rarement ?

    Le contribuable paie deux fois

    Ce n’est pas tout, car ce cadeau ne porte « que » sur les vols intra-européens. Une poignée de députés et sénateurs de droite n’ont donc pas trouvé d’autre priorité que d’étendre cette niche fiscale aux vols internationaux au départ de #France.

    #Vincent_Capo-Canellas et sept parlementaires [2] ont fait adopter un amendement au projet de loi de finances 2025, prévoyant que l’État rembourse 50 % de la différence entre le prix d’achat des carburants d’aviation « durables » et celui du kérosène, pour les vols hors UE. Nos élus ont ainsi, selon leur propre estimation, alourdi les dépenses de l’État de 150 à 200 millions d’euros en 2025.

    Les économies liées à l’enterrement du #plan_vélo vont donc servir à payer une année de carburant pour les #avions. Les coupes sur le #Fonds_vert, adoptées juste avant la censure du gouvernement, entérinent une baisse de 400 millions d’euros de dotations. La baisse de 5 % des remboursements de la Sécu sur les consultations médicales et les médicaments en 2025 devait permettre d’économiser 900 millions d’euros… Toutes économies qui seront vite balayées par ces nouvelles subventions offertes aux carburants des avions !

    « Ne plus céder aux intérêts corporatistes et aux lobbies »

    Car nul n’ignore qu’une fois une niche installée, il devient impossible de revenir en arrière puisque l’effet d’aubaine fait se développer une activité économique dépendante. Et c’est bien déjà le problème pour l’aviation qui ne peut proposer des billets low cost à des tarifs ridicules que grâce aux multiples subventions, exonérations et aides publiques.

    L’Association du transport aérien international (#Iata) se vante dans son dernier rapport que les compagnies aériennes devraient réaliser 36,6 milliards de dollars de bénéfices à l’échelle mondiale. Plus de 10 milliards d’euros de dividendes ont été versés entre 2010 et 2020 par les groupes aéronautiques français à leurs actionnaires.

    Quelle aubaine de bénéficier d’un carburant mieux remboursé par l’État que de nombreux médicaments, pour maintenir des prix artificiellement hauts et engranger de somptueux bénéfices. Ce sont des milliards d’euros d’argent public perdus au seul service d’une corporation championne du #greenwashing, et qui continuent d’en demander encore et toujours plus.

    Ainsi le contribuable paie deux fois : la première pour subventionner des intérêts industriels corporatistes, puis pour réparer les dégâts environnementaux qu’ils ont générés. L’explosion du coût pour la société des catastrophes climatiques, des coûts sociaux et de santé causés par les pollutions aériennes va dépasser de très loin les bénéfices privés.

    Nous appelons les élus de la République à ne plus céder aux intérêts corporatistes et aux lobbies, à mettre fin aux niches fiscales et exonérations qui grèvent les finances publiques et à œuvrer pour une meilleure protection des populations face aux pollutions aériennes.

    ▻https://reporterre.net/Le-carburant-des-avions-est-mieux-rembourse-que-nos-medicaments
    #France #subventions #aviation #green-washing

  • Jonathan sur twitter à propos des 180000 vols à vide de la #Lufthansa

    Tout le monde RT ce tweet avec un petit commentaire sarcastique du style : « Et surtout n’oubliez pas de fermer le robinet pendant que vous vous brossez les dents ! ».

    Sauf que ce ne sont pas les règles européennes qui sont aberrantes, c’est le détournement qu’en fait Lufthansa.

    Les ubuesques décollages à vide pour ne pas perdre les créneaux aériens
    ▻https://video.twimg.com/amplify_video/1478991506602090496/vid/640x360/ssSa1csdQlWOVsdE.mp4?tag=14

    Le nombre de pistes étant limité dans les #aéroports, un certain nombre de créneaux de décollage / d’atterrissage (slots) sont mis à disposition de chaque compagnie. En Europe ces slots ne sont pas vendus, ils sont attribués en fonction de critères différents dans chaque pays.

    La réglementation européenne impose en revanche qu’un slot attribué à une compagnie soit utilisé à au moins 80 % de sa capacité. En dessous de ce seuil, le slot revient à son gestionnaire (la #Cohor en France), qui le réattribuera à une compagnie concurrente en manque de slots.

    C’est à mon avis (je ne suis pas un professionnel du secteur) la façon la plus juste et efficiente de gérer ces slots. Cela évite que certaines compagnies les monopolisent en vue d’un usage futur, cherchent à évincer un concurrent d’un aéroport, ou qu’elles se livrent à des « trafics » de slots (c’est quand même le cas dans les faits pour ce point, mais ça reste négligeable).

    Une chose à savoir : le fait de programmer un vol sur un slot puis de l’annuler compte comme une utilisation du slot.

    L’idée derrière sûrement est que la compagnie n’est pas responsable des aléas (météorologiques notamment). J’ai cru comprendre que l’annulation d’un vol à la dernière minute n’entraînait pas la facturation du slot par son gestionnaire, mais je n’en ai pas trouvé de confirmation.

    Pour vous donner une idée de la criticité des slots pour les compagnies aériennes : il arrive régulièrement qu’une petite compagnie soit rachetée par une plus grosse pour… ses slots.
    Pas de slots, pas de décollage, pas billets à vendre.

    Pendant la crise du #COVID, le #trafic_aérien ayant été fortement réduit, l’#Europe a abaissé le seuil de 80 % à 50 %, notamment pour éviter que les compagnies effectuent des vols à vide, des vols sans passagers dont le but est uniquement d’utiliser un slot afin de ne pas le perdre.

    Contrairement à ce qu’on lit ici et là, le seuil est TOUJOURS à 50 %.

    Mais alors quel est le problème qui force la Lufthansa à effectuer des vols à vide ? Ou plutôt à annoncer à grand renfort de tambours et trompettes (oui je parle comme un vieux) qu’elle va faire voler des avions à vide ?

    Il fait comprendre une chose : #Lufthansa_Group, la maison mère de Lufthansa, est un monstre. Troisième plus grosse compagnie aérienne du monde, 36 milliards de dollars de CA en 2019 (vs 27 pour le groupe Air France-KLM), 140 000 employés, autour de 600 appareils (j’ai compté à l’arrache). Pour une boîte de cette taille les slots sont CRUCIAUX et la moindre secousse économique / sanitaire peut faire très mal.

    Niveau européen, le trafic aérien ayant plus ou moins retrouvé un niveau normal, des discussions sont en cours pour savoir si le seuil doit être relevé, et à quel niveau.
    Et Lufthansa cherche simplement à faire pression sur ces discussions, via l’opinion publique, via les médias.

    À l’ère de l’écologie et des réseaux, quoi de mieux que d’annoncer 18 000 vols à vide dans le ciel européen à des citoyens consternés devant la bêtise de cette règle de la méchante Europe ?

    Encore une règle inventée par une bande de bureaucrates complètement déconnectés des réalités de la vie.

    Sauf que Lufthansa se fout un peu de notre gueule : en plus de l’abaissement du seuil d’utilisation des slots, il existe une règle de non-utilisation justifiée des créneaux qui s’applique sur demande de la compagnie pour tout ce qui est durcissement des règles sanitaires (confinements, quarantaines…), même pour les cas de baisse de fréquentation d’une ligne en raison du contexte sanitaire.

    Ce que veut Lufthansa c’est bien évidemment conserver un maximum de slots sans pour autant effectuer un maximum de vols, mais aussi éventuellement créer un petit électrochoc dans l’opinion publique afin que le seuil ne soit jamais remonté, ou pas aussi haut.

    Et ça à la limite, ça ne me choque pas. C’est leur business, ils font du #lobbying, très bien pour eux.

    Ce qui est très énervant en revanche, c’est les médias qui ont quasiment TOUS relayés la #communication_anxiogène et simpliste de Lufthansa sans aucune once de recul, sans jamais se demander si peut-être par hasard ce ne serait pas de l’esbroufe pour faire pression sur la #commission_européenne et l’#IATA (aéroports). C’est ce genre de chose qui crée de l’#europhobie, tout le monde le sait depuis 25 ans, mais rien à faire, ça ne change pas.

    Je ne vous parle même pas du ministre des transports belge, manifestement incompétent, qui joue le jeu de Lufthansa en demandant un changement des règles européennes (qu’il ne maîtrise visiblement pas).

    ▻https://twitter.com/TehHarry/status/1479399461147262982