• « Vous êtes tous racistes » : la colère antiraciste au sein du mouvement écologiste

    Les mouvements antiracistes et décoloniaux ont exprimé leur déception avec colère au festival #Les_Résistantes. Les collectifs écologistes doivent se « déblanchiser », au risque de ne jamais voir leur alliance se concrétiser.

    « OK, stop. » Les Résistantes, le festival de rencontres des #luttes locales et globales qui se tenait du 7 au 10 août, ont réellement commencé lors de la cérémonie de clôture. Sur scène, une dizaine de militants racisés, la voix tremblante d’émotion et de colère. Sur l’herbe, les festivaliers, des personnes blanches pour la quasi-totalité, dans un silence de plus en plus chargé.

    « On a tous fait le même constat : on est fatigués, on est tristes et en #colère, parce qu’on a vécu beaucoup de #violence, explique une première intervenante de ce collectif informel. Tout cela vient s’ajouter à un quotidien déjà très lourd pour nous. C’est d’autant plus dur de subir ce type d’#agressions dans un #festival où nous étions censés arriver en milieu allié. »

    Une autre enchaîne : « Vous êtes tous racistes. Ceci n’est pas un festival antiraciste. Pour l’instant, il est loin de l’être. » Puis une troisième : « On ne veut pas de vos applaudissements. On ne veut plus de votre #hypocrisie. On a besoin que vous nous assistiez vraiment. » Et une quatrième : « Chaque question que vous posez est centrée sur vous ; c’est trop rarement que vous nous demandez ce qu’on ressent. » Puis, alors que les orateurs descendent en pleurs de l’estrade au milieu d’un silence pesant : « Ce [silence], c’est un sentiment d’#inconfort collectif. Une transformation systémique nécessite un inconfort collectif. [...] Sentez l’inconfort, la transformation antiraciste qui est en train de vous traverser, et j’espère qu’à un moment vous serez des militants antiracistes avec nous. »

    Le rendez-vous semble être fixé avec les mouvements de luttes sociales et environnementales : si, suite à cet appel, les transformations réclamées n’ont pas lieu, la #convergence désirée de longue date entre collectifs sociaux et mouvements antiracistes et décoloniaux pourrait bien ne jamais voir le jour. Si elles engendrent une véritable évolution, elles pourraient devenir l’épisode fondateur de cette alliance qui ne parvient pas à émerger.

    L’un des moments clés pour comprendre ce qui s’est joué lors de ces quatre jours de festival, c’est une table ronde consacrée aux #pesticides comme forme de #colonialisme_chimique. Les membres du Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, dont le #chlordécone, de #Guadeloupe et de #Martinique (#COAADEP), y ont exposé longuement les ravages causés par ce pesticide utilisé de 1972 à 1993 aux #Antilles, principalement pour la production de #bananes, qui continue de polluer les sols et générer des maladies mortelles sur ces territoires.

    Un membre du public a alors fait valoir que la France hexagonale aussi connaissait des enjeux de #pollution aux pesticides, en citant l’exemple de la #loi_Duplomb. « La pétition contre la loi Duplomb a récolté plus de 2 millions de signatures ; personne ne soutient nos actions contre le chlordécone, malgré les nombreux morts qu’il a engendrés », ont répondu les membres du COAADEP, avant de quitter la discussion. « Il y a un manque de visibilité profond de nos luttes », condamne après coup Lilith [], membre du COAADEP. Encore sous le coup de l’émotion, elle dénonce aussi avoir été « mal accueillie » et « infantilisée » par des festivaliers lors de l’arrivée du collectif, engagé depuis le 2 août dans une marche en solidarité avec les victimes de ce pesticide.

    « Pas qu’un enjeu théorique »

    D’autres tensions ont émaillé le festival, amenant un grand nombre de participants racisés à faire part, publiquement, de leur colère et de leur #déception.

    « Ces événements ne sont pas nouveaux, ils illustrent la manière dont les personnes blanches ramènent à leur propre condition les #récits que nous partageons », expose Micheline [], du collectif #Vietnam_Dioxine, en soutien aux victimes de l’#agent_orange, un #défoliant chimique, au #Vietnam.

    Elle ajoute : « Nous livrons notre #émotion liée aux #souffrances engendrées par la #domination_coloniale, et celles-ci sont mises à #distance. Plutôt que de nous poser des questions sur le fond, ou de nous demander comment nous allons, on nous demande des conseils pour faire de l’agriculture au Chili, comme si nous étions des porte-parole du Sud Global. »

    « Il ne suffit pas d’avoir lu Malcom Ferdinand »

    La militante a publié une série de stories sur Instagram pour signaler les violences subies par les intervenants sur des causes similaires lors de ce festival, soulignant notamment que « [leurs] histoires douloureuses ne sont pas écoutées par les Blancs qui se disent antiracistes décoloniaux ». « L’enjeu n’est pas pour autant de critiquer l’organisation, qui a mis en place une commission décoloniale, précise-t-elle toutefois. L’#écologie_antiraciste et décoloniale n’est pas qu’un enjeu théorique : il ne suffit pas d’avoir lu #Malcom_Ferdinand [chercheur en sciences politiques et auteur notamment de « Une Écologie décoloniale » (Seuil, 2019)], c’est avant tout une #pratique_politique, et créer cette commission est déjà un acte politique. »

    Les organisateurs de l’événement avaient en effet souhaité insister sur l’enjeu décolonial et antiraciste, qui était l’un des fils rouges des conférences du festival, au même titre que les luttes féministes, LGBT+, contre les idées d’extrême droite, internationalistes, écologistes, paysannes et sociales.

    « Il y a en ce moment des discussions partout sur le camp, et une assemblée générale autogérée sur le sujet, a expliqué Victor Vauquois, cofondateur du collectif Terres de luttes, dans la soirée du dimanche, après la prise de parole. De son côté, l’organisation va en rediscuter pour prendre à bras le corps le sujet, voir comment réparer et apprendre de nos erreurs pour pleinement contribuer à un front antiraciste, écologique et social. »

    Des pistes pour « #déblanchiser » les collectifs

    Reste que chacun des temps consacrés à la perspective antiraciste et décoloniale a montré l’étendue du chemin à parcourir pour que les différents mouvements de lutte se mettent à la hauteur de ce qui leur est demandé.

    Pour Nabil [], de l’#Assemblée_des_quartiers, un collectif né en 2024 formant les jeunes des quartiers populaires à entrer dans l’arène politique, si l’on veut comprendre pourquoi il y a eu autant de « rendez-vous manqués », il faut souligner le peu d’intérêt porté par les écologistes aux dynamiques des populations racisées.

    « Les gens ici ne connaissent pas nos histoires. Nous, on apprend vos luttes : le Larzac, Notre-Dame-des-Landes, etc. La réciproque n’est pas à la hauteur. Qui, ici, connaît le #Mouvement_des_travailleurs_arabes ou le #MIB ? » interroge-t-il, en référence au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), un mouvement politique né en 1995 dans le sillage de la #Marche_de_1983 (surnommée la « #marche_des_Beurs »). Peu connu dans les courants écologistes, le MIB est pourtant l’un des éléments structurants des collectifs antiracistes et contre les #violences_policières contemporaines, à l’instar du #Comité_Adama.

    Cette #méconnaissance des organisations politiques des quartiers n’est « pas qu’un enjeu moral, elle a des conséquences politiques », observe Tara [], du mouvement #Le_Next_Level, qui réunit des associations concernées par les #discriminations. Selon elle, s’imaginer que les quartiers n’ont pas d’histoire politique revient à penser qu’il incombe aux organisations traditionnelles d’aller politiser leurs habitants — comme s’ils étaient des sujets passifs plutôt que des acteurs politiques à part entière. « Pourquoi il n’y a pas de personnes racisées dans votre mobilisation ? Peut-être, simplement, parce que ce que vous faites n’est pas pertinent pour leurs problématiques, ou que votre manière de la faire les en exclut. »

    Le « #privilège_blanc », l’« #ignorance_blanche »...

    Les ateliers visant à outiller les collectifs militants aux enjeux antiracistes ont fait émerger de nombreuses recommandations pour effectuer cette mise à niveau. Mais la liste est si longue, et touche à tant de domaines, que les intervenants en venaient plutôt à recommander de participer à des formations complètes à l’antiracisme. Alors que plusieurs participantes racisées expliquent avoir déserté des groupes militants parce qu’elles y subissaient des #agressions_racistes, d’autres s’interrogent sur la manière de « déblanchiser » ces mêmes collectifs.

    « Il n’y a pas de recette magique, explique Hortensia [], de la commission soins des Résistantes et animatrice de l’atelier. Cela dépend toujours de votre relation à la personne et de votre position dans un groupe social. Mais vous pouvez commencer par certains éléments, comme vous renseigner sur le privilège blanc », défini par l’universitaire étasunienne Peggy McIntosh comme la possibilité pour les Blancs de garder un statut social élevé qui masque les #inégalités_raciales.

    Elle ajoute : « Vous pouvez vous documenter sur l’ignorance blanche, qui consiste à penser que son récit est universel, ou encore sur le #trauma_racial [un concept selon lequel les #traumatismes liés au racisme engendrent des troubles mentaux], qui permet de mieux comprendre certaines réactions de personnes racisées au sein de votre groupe. »

    « Vous portez nos keffiehs comme si vous les méritiez »

    Tous insistent sur la nécessité de ne pas faire de la « #tokenisation » des personnes racisées, c’est-à-dire d’inclure dans un collectif des personnes racisées simplement comme des faire-valoir, pour leur qualité de personne racisée. Cela peut aboutir, raconte une participante, à lui mettre la pression pour représenter le collectif, dans le but de donner à voir une #inclusivité de façade.

    Celle-ci concerne aussi les espaces du festival baptisés Pinar Selek, Djamila Boupacha, Mahsa Jîna Amini, Ifti Nasim, bell hooks, Angela Davis... Autant de figures « token », dénoncent les militants antiracistes sur de grandes pancartes portées sur scène lors de leurs prises de parole. « En fait, vous adorez nos #symboles, vous portez nos #keffiehs à longueur de journée comme si vous les méritiez ; vous utilisez nos #icônes, nos figures ; mais pendant ce temps, vous nous déshumanisez complètement. »

    Certains rappellent que tant que ces discussions débouchent vers la #culpabilité des personnes blanches à l’égard des #oppressions, ce sont encore les personnes racisées qui portent la « #charge_raciale » et doivent rassurer, voire conforter, les personnes blanches.

    Tarik [], de l’association #A4, qui favorise l’intégration d’exilés dans le milieu agricole, rappelle qu’il y a une différence entre #intégration (qui demande que les personnes racisées fassent des efforts pour se plier aux modes d’organisation) et #inclusion (qui implique de s’approcher, de manière proactive, de la position des autres). Et il interroge : « Nous, on fait l’effort de s’adapter aux modes d’organisation des Blancs, mais vous croyez vraiment que c’est la seule manière de s’organiser ? »

    Lucie [*], activiste pour le climat, pose enfin : « Moi, ce que j’aurais voulu, c’est des #excuses, parfois : qu’on me dise “Pardon, je n’ai pas prêté attention à ce que tu as dit, ou à la personne que tu es”. »

    Ressources recommandées par les intervenants

    Livres :

    – Mécanique du privilège blanc — Comment l’identifier et le déjouer ?, Estelle Depris, Binge Audio, 2024
    – Décolonisons-nous, Frank Lao, JC LAttès, 2023
    – Dans le blanc des yeux — Diversité, racisme et médias, Maxime Cervulle, éditions Amsterdam, 2021
    – La Domination blanche, Solène Brun Claire Cosquer, Textuel, 2024
    – Vous les asiates. Enquête sur le racisme anti-asiatique en France, Linh-Lan Dao, Denoël, 2025
    – Moi et la suprématie blanche, Layla Saad, Marabout, 2021
    – Une Minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-Asiatiques, Ya-Han Chuang, La Découverte, 2021
    – Le Privilège de dénoncer — Justice pour toutes les victimes de violences sexuelles, Kharoll-Ann Souffrant, 2022, Éditions du Remue-ménage
    – La Charge raciale — Vertige d’un silence écrasant, Douce Dibondo, Fayard, 2024
    – Comme nous existons, Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021
    – Le Triangle et l’Hexagone — Réflexions sur une identité noire, Maboula Soumahoro, La Découverte, 2020
    – Le Racisme est un problème de Blancs, Reni Eddo-Lodge, Autrement, 2017
    – Les Femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?, Hanane Karimi, Hors d’atteinte, 2023
    – Entrer en pédagogie antiraciste — D’une lutte syndicale à des pratiques émancipatrices, collectif SUD Éducation 93, Shed Publishing, 2023

    Podcasts :

    – Une histoire du Mouvement des travailleurs arabes, France Culture (série de 4 épisodes)
    – Kiffe ta race, Binge Audio
    – Histoires Crêpues
    – Des Colonisations, Spectre Media
    – Je ne suis pas raciste, mais, Slate

    ▻https://reporterre.net/Vous-etes-tous-racistes-la-colere-antiraciste-au-sein-du-mouvement-ecolo
    #racisme #écologie #décolonial #antiracisme #déshumanisation

    ping @karine4

  • Muhammad Ali, Sonny Liston and the Greatest Sports Photo Ever - The New York Times
    ▻https://www.nytimes.com/2025/05/25/arts/design/muhammad-ali-neil-leifer-photograph.html

    Un fabuleux interview sur la photographie, la chance, la modestie... et puis ce phénomène de Mohammed Ali.
    gamin, j’étais devant la télé pour voir le match.
    The greatest !!!!

    Ah l’époque durant laquelle même les boxeurs savaient s’opposer à l’establishment. On n’en est plus là.

    When Muhammad Ali caught Sonny Liston with a sharp right 1 minute and 44 seconds into their title bout on May 25, 1965, a few things happened in quick succession: Liston hit the mat. Ali hovered over him, shouting, “Get up and fight, sucker!” And, amid the pop and sparkle of flashbulbs, Neil Leifer, a 22-year-old freelance photographer working for Sports Illustrated, tripped the shutter of his camera. His image of Ali — standing, scowling, swinging his arm above the vanquished Liston — did not make the cover of the magazine. It wasn’t even used for the story’s opening spread, running instead on the final page, then languishing in a photo editor’s file. And yet now, exactly 60 years later, Leifer’s picture is considered by many to be the greatest sports photo of all time.

    It remains surprising that the image we think of when we think of Muhammad Ali, among the most photographed athletes the world has ever known, was made in a youth-center hockey rink in Lewiston, Maine, in front of fewer than 4,000 fans. It’s even more surprising that Leifer’s photograph has, over the years, gone from ignored to iconic.

    Here, the 82-year-old Leifer, who made his first photo for Sports Illustrated on his 16th birthday, speaks about how the picture took on a life of its own.

    (voir aussi d’autres photos d’un autre match :
    ▻https://www.si.com/boxing/2016/11/14/muhammad-ali-vs-cleveland-williams-nov-14-1966 )

    #Mohammed_Ali #Photographie #Icone

  • Affaire abbé Pierre : comment la société et les médias fabriquent des icônes
    ▻https://www.telerama.fr/debats-reportages/affaire-abbe-pierre-comment-la-societe-et-les-medias-fabriquent-des-icones-

    L’étrangeté sympathique de ce prêtre sans soutane

    Pendant toutes ces années où il incarnait la charité à la une des journaux, en librairie et sur les écrans, l’abbé Pierre agressait des femmes. Depuis la révélation de vingt-quatre témoignages accusant le prêtre d’agressions sexuelles, l’icône se désagrège et Denis Lefèvre se questionne : pourquoi lui et tant d’autres journalistes n’ont-ils pas sondé davantage les zones d’ombre de l’abbé ? Dans cette mystification collective, la fabrique médiatique si friande de héros populaires porte évidemment une part de responsabilité. Pendant que des cadres d’Emmaüs et des évêques manœuvraient secrètement pour éviter le scandale, des médias édifiaient une figure semblant si bien incarner la bonté qu’il devenait sacrilège d’interroger ses facettes plus obscures.

    L’abbé Pierre était une icône médiatique. La célébrité du capucin élu député s’envole au cœur de l’hiver 1954, quand il lance son appel à la solidarité avec les sans-abri sur Radio Luxembourg. Dès le lendemain, pour la presse et pour tout le pays, il incarne « l’insurrection de la bonté ». La verve rebelle et persuasive, le pseudonyme hérité de la Résistance, la barbe, la cape qu’il ne quittera bientôt plus, l’étrangeté sympathique de ce prêtre sans soutane au service des pauvres : tout est réuni pour en faire le parfait « bon client » d’une presse en quête de voix fortes et de visages identifiés par le grand public.

    ▻https://justpaste.it/anyaz

    #icônes #fabrique_médiatique #marchandisation (de l’information) #société_du_spectacle

  • Pierre France - S’il fallait faire une liste des mythologies... | Facebook
    ▻https://www.facebook.com/pierre.france.37/posts/pfbid02sSQaNh1ts4bZZTBE8KRojppQiJDxdnx8pf67FCe6xcQogv5iB22BnHhePZM542c3l

    S’il fallait faire une liste des mythologies ordinaires du Liban de ces vingt dernières années, la ’adé passée à regarder, en famille parfois, le discours de Hassan H. Nasr. serait un de ces moments, partagé par nombre de libanais - y compris ceux pour qui il est un adversaire et le regardaient en pestant. H. Nasr. faisait à ce titre partie de l’intimité des foyers, une présence régulière dont la perte a un sens particulier et presque familial à ce titre chez certain.e.s, qui explique le degré invraisemblable de douleurs exprimées depuis sa mort. Et regarder H. Nasr. était dans ces espaces une expérience sociale, partagée, et à force sensible, à connaître et reconnaître son répertoire de gestes, d’inflexions vocales*, sa petite toux, à traquer dans son arabe toutes les traces d’une maîtrise extrême et complexante de cette langue (pour les libanais et a fortiori pour les étrangers en apprentissage).
    Le discours de H. Nasr., puisqu’il ne nous restera que ça, et qu’on ne sait pas grand chose au fond de la production de sa parole et combien elle représente ses idées à lui ou le porte-parolat d’un mouvement, d’une frange du mouvement, ou de l’Iran, était un phénomène social en soi - au delà de son contenu politique. Il avait ses niveaux d’interprétations, et même toute sa personne était un océan de signes potentiels qui compléteraient un discours toujours flou et toujours exagéré - effrayant ou réconfortant, selon le bord politique et selon le moment. S’il n’était pas aimé, il était détesté, mais en tout cas rarement ramené à la vulgarité de l’affairisme et de la corruption de la classe politique libanaise (d’où d’ailleurs le scandale pour ses partisans d’avoir osé l’inclure dans le « kilon ya3né kilon » des mouvements de 2019).
    Il se trouvait plutôt hissé en permanence, par ses ennemis avec envie, au pinacle de la dangerosité, du mystère et de ce qui est souvent perçu comme le seul vrai pouvoir au Liban : la capacité à canaliser une influence étrangère et à être connecté à la géopolitique, à des trafics internationaux, à de la mafia. Qu’il meurt aussi bêtement et facilement ne pourra en retour qu’être pensé comme une trahison à plus haut niveau, géopolitique, pour garder la saveur du personnage.
    Chacun pouvait choisir sa marotte et son point de fixation sur sa personne - voix, bagues, barbe - son omniprésence (et la qualité croissante de la vidéo) avait favorisé la multiplication des points d’accroches potentiels pour se l’approprier. Un jeu des symboles et des petits signes qui est constant au Liban, jusqu’au complotisme et à la surinterprétation, et qui occupe tout le champ politique, toujours sur la brèche à observer le moindre détail chez l’autre, pour espérer anticiper les mouvements de chacun dans le jeu d’équilibristes constant qu’ils pratiquent au sein d’un système politique complexe et instable. Là où c’était l’entourage direct et les partisans les plus acharnés qui, parce qu’ils les croisaient au quotidien, pouvaient le faire avec les hommes politiques ordinaires et les observer sous toutes les coutures, H. Nasr., par la vidéo, a multiplié ça sans limite dans tous les foyers.
    Il représentait l’apothéose de ce jeu, avec une maîtrise totale de cette communication ramenée à l’ensemble de sa personne, qui n’existera bientôt plus hors de mises en scènes de com’ réglées et familières (avec presque une dimension rassurante dans le familier au fil des années, comme un des rares éléments constants dans une région qui n’arrêtait pas de bouger). Des décennies plus tôt, un précédent leader chiite, Mussa Sadr (disparu en 1978, mais d’après wikipedia toujours vivant à 96 ans faute d’annonce officielle de décès) avait pour lui ses yeux verts, ils sont encore vifs sur les affiches qui le célèbrent aujourd’hui. J’imagine bien que les discours de Castro devaient rassembler aussi, mais probablement par la radio. H. Nasr. était lui une entité toujours en mouvement, un homme de la vidéo et de l’audio plus que de la photo ou de la radio, qui avait même traversé les étapes de la vidéo – en devenant HD, gif, mème, en laissant glisser l’appropriation de son image vers une part de fun, de kitsch particulièrement prisé chez les occidentaux, et de culture internet au lieu de chercher à la contrôler entièrement.
    Rentré dans une forme d’occultation inédite même pour un chiite, il n’avait pas été vu publiquement depuis 2016, au point de créer cette situation de ne plus exister qu’en image, là où la politique libanaise se joue souvent à coup de présence physique et locale, de poignées de main et d’achats de voix, quasiment en appelant personnellement chaque votant. Une image dont on ne savait pas qui elle représentait toujours, l’Iran, la Syrie ou le reste du HzB, et quelles modalités de pouvoir concrète du HzB elles cachaient aussi. Quel que soit l’avis sur sa politique, H. Nasr. incarne à ce titre quelque chose de très moderne, de pouvoir à distance, à une échelle nationale, image bien réglée qui a facilement pu déborder sur le régional ensuite. A contre-temps de pays alentours ayant sombré dans un long silence (et le HzB est plus qu’un contributeur actif à l’horreur en Syrie sur ce point), le HzB est resté seul en scène sur la cause palestinienne ces derniers mois ; et bloquant l’élection présidentielle au Liban depuis plusieurs années, il avait transformé H. Nasr. en seule voix nationale libanaise avec une telle envergure, jusqu’à lui faire combler un vide qu’il entretenait en même temps.
    Le parcours de H. Nasr. est typique d’une certaine phase tardive des guerres du Liban (1975-1992). H. Nasr. émerge dans et par des milices qui sont déjà des organisations armées mais surtout des structures bureaucratiques avec leur personnel propre, formé en interne, et une division du travail avancée. Il n’est pas un milicien gros bras de 1975, et pas non plus la tête pensante d’un groupe qui obéit à son leader, il est surtout de la race des corps intermédiaires petits bourgeois que font émerger la milice, qui exécutent les ordres (voilà pourquoi poser la question de son activité plutôt politique ou plutôt militaire c’est passer à côté de l’essentiel, il est fondamentalement dès le début un rouage dans une organisation)(lui attribuer des responsabilités dans les opérations terroristes de 1982-3 au LbN contre les américains et les français comme les Isr est probablement d’un grand anachronisme tant celles ci étaient décidées à bien plus grande échelle).
    H. Nasr. est un enfant tardif du mouvement tardif qu’est le HzB, qui émerge et se maintient entièrement avec l’Iran, pendant que d’autres mouvements périclitent (Tawhid à Tripoli) et que les nouvelles envies d’avoir sa boutique dans d’autres camps se présentent uniquement comme des scissions et divisions internes. H. Nasr. n’est pas un de ces leaders de deuxième vague de la guerre - Nabih Berry, Samir Geagea, Michel Aoun, qui ont tous entre 10 et 20 ans de plus (et qui doivent être bien surpris que ce soit le plus jeune qui parte le premier dans leur compétition à qui tiendra le plus longtemps), il est, à lui seul quasiment, une troisième phase.
    Ses prédécesseurs s’étaient employés à faire la vie dure à leurs pères politiques (et biologiques aussi parfois dans le cas des milices chrétiennes, où c’est la révolte des héritiers Chamoun, Gemayel et Frangiyeh contre leurs pères qui structure une partie de l’histoire), marginalisant des amorceurs de guerres qui pensaient juste faire un deuxième round d’une autre crise (1958) survenue vingt ans plus tôt en se pensant toujours dans leur entre-soi - et s’étaient fait dépasser par leurs « jeunes ». Cette deuxième vague des Berry, Aoun, Hariri mènent leur entreprise politique en leur nom propre, quand H. Nasr. arrive au manettes en 1992, une fois la guerre finie, et a grimpé en interne dans ce qui est moins une clique autour d’un leader qu’une organisation, qui est la seule à avoir accompli le fantasme inaccompli d’une majorité de milices pendant la guerre : d’être réellement et complètement soutenue par un pouvoir étranger.
    Il est tellement dans l’ombre que la description faite de lui dans la Lettre A à l’époque - cette publication confidentielle et hors de prix de complotisme chic - est celle d’un homme faible, marionnette aux ordres de l’Iran, passant pour une nomination surprise pas du tout anticipée comme durable. Si certains continuaient à le qualifier comme tel encore récemment, le fait est que H. Nasr. a continué à progresser en interne, et qu’il a endossé graduellement de plus en plus ce rôle de secrétaire général, et construit son pouvoir en interne - restera-t-il des témoins pour le raconter et des documents pour le décrire je ne sais pas.
    H. Nasr. était ce que Bourdieu appelle un oblat - qu’on m’excuse de mélanger les monothéismes comme ça, même s’il y a correspondance par ailleurs avec le versant religieux du personnage, je ne connais pas de terme religieux chiite obscur qui puisse dire la même chose en faisant couleur locale - c’est à dire une personne qui doit tout à l’institution à laquelle il appartient et lui rend tout en retour, éventuellement en en connaissant toutes les règles au passage. Sans avoir de fortune personnelle ou de réseau particulier. L’équivalent fonctionnel de Michel Aoun avec sa carrière dans l’armée, qui incarne lui aussi cette figure de l’ascension sociale fulgurante en temps de guerre et par l’institution. Une figure, quoi qu’on en dise, très libanaise du succès.
    *Il y avait par exemple son timbre. L’expérience de l’écouter sans toujours comprendre son arabe ou se concentrer sur le propos pour le comprendre quand on n’est pas un arabophone natif n’était pas dommageable à cet aspect, et même ne pas maîtriser l’arabe totalement pouvait permettre de percevoir cet aspect formel plus spontanément : autour d’un timbre posé, occasionnellement strié de menaces où il élevait le ton, se développait en particulier la rythmique d’un arabe érudit (où l’on multiplie par exemple les synonymes et les verbes similaires en fin de phrase, ce qui finit par avoir une signature rythmique distinctive). Il en venait à représenter un anachronisme, notamment pour beaucoup d’occidentaux en quête d’apprendre le « vrai » arabe (format nostalgie Bay.Route arabophile de gauche 70s), tant il mélangeait facilement arabe libanais et classique, une capacité que bien peu de gens possèdent (et que cette petite minorité de personnes savaient reconnaître à un degré virtuose chez H. Nasr.).

    #Nasrallah #image #icône #voix

  • #Barbie

    Parallèlement au monde réel, il existe Barbieland, un monde parfait où les poupées Barbie vivent joyeusement, persuadées d’avoir rendu les filles humaines heureuses. Mais un jour, une Barbie commence à se poser des questions et à devenir humaine.

    Sur les conseils d’une Barbie bizarre, elle part pour le monde réel afin de retrouver la fille à laquelle elle appartenait afin de pouvoir retrouver sa #perfection. Dans sa quête, elle est accompagnée par un #Ken fou amoureux d’elle qui va également trouver un sens à sa vie dans le monde réel…

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=5oBOyBxxHlk&embeds_referring_euri=https%3A%2F%2Fwww.genre-ecran.net


    ▻https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbie_(film)
    #film #comédie #patriarcat #stéréotype #réalité

    • Une opération commerciale de #blanchiment_féministe

      Voilà un (trop) bel exemple de la capacité d’Hollywood de récupérer même les avancées politiques et idéologiques qui paraissent a priori les plus contradictoires avec ses visées capitalistes : soit un moment fort de la lutte d’#émancipation des femmes (depuis le déclenchement de #MeToo), une entreprise capitaliste (#Mattel) qui produit depuis 50 ans la Barbie, une #poupée mondialement célèbre figurant le #stéréotype_féminin le plus aliénant de la #société_de_consommation, et dont les ventes sont en déclin du fait des critiques féministes. Résultat : une actrice productrice, Margot Robbie, connue pour son féminisme fait appel à une jeune réalisatrice, Greta Gerwig, qui s’est fait connaître pour ses portraits progressistes de personnages féminins (Lady Bird, 2017 ; Les Filles du docteur March, 2021), pour faire un film qui reconfigure Barbie au prisme du féminisme contemporain, avec le financement de Mattel (le film a coûté 100 millions de dollars) qui orchestrera la promotion du film et la relance des ventes de poupées par la même occasion… Mattel n’a pas caché son ambition de créer une franchise, à l’image de Marvel.

      Le film porte la marque de cette alliance de la carpe et du lapin, en tentant d’orchestrer la régénération féministe du monde de Barbie, tout en voulant nous faire croire que la conception d’origine de la Barbie (par une femme) était un projet émancipateur : permettre aux petites filles de cesser de jouer à la maman avec leur poupon, pour se projeter dans une image flatteuse d’elles-mêmes en tant que femmes.

      Le film met d’abord en scène le « Barbie Land » habité par toutes les déclinaisons de la poupée que Mattel a mis sur le marché depuis 50 ans, dont celle qui se nomme elle-même comme la « #Barbie_stéréotypée » (incarnée par Margot Robbie) et qui est au centre de ce petit monde où les hommes, les Ken, ont besoin du regard des femmes pour se sentir exister (on aura reconnu l’inversion du monde où les femmes dépendent du « #male_gaze », tel que le cinéma mainstream le construit). Mais ce monde se détraque le jour où Barbie a une pensée morbide : elle devra partir dans le monde réel à la recherche de la femme qui a dessiné cette Barbie dépressive pour la neutraliser.

      Elle part avec Ken (Ryan Gosling) pour la Californie, où ils ont la surprise (divine pour Ken) de découvrir une société patriarcale où les femmes sont au service des hommes et exclues du pouvoir : le conseil d’administration de Mattel que Barbie va rencontrer, est exclusivement masculin et n’aura de cesse de faire repartir Barbie dans son monde, pour éviter toute contamination du monde réel avec le Barbie Land où le pouvoir feint d’appartenir aux femmes. Cette représentation satirique de la direction de Mattel relève davantage d’un stéréotype du cinéma hollywoodien contemporain que d’une critique réelle du capitalisme états-unien.

      Barbie rencontre deux femmes au look latino, une mère et sa fille, aussi brunes qu’elle est blonde, qui sont à l’origine de son dysfonctionnement. C’est Gloria, la mère (America Ferrera), employée chez Mattel, qui a dessiné des déclinaisons négatives de Barbie, alors que sa fille Sasha (Ariana Greenblatt) formule les critiques féministes de Barbie. Elles vont bizarrement devenir les alliées de Barbie pour l’aider à retrouver Barbie Land, qui entretemps est passé sous domination masculine, suite à la découverte faite par Ken du patriarcat dans le monde réel.

      La suite est assez confuse : la guerre des sexes dans Barbie Land donne lieu à plusieurs séquences mettant en valeur chorégraphiquement la plastique masculine, avant que les Barbies reprennent le pouvoir, galvanisées par le discours féministe de Gloria. Mais Barbie choisit finalement de revenir dans le monde réel avec ses deux alliées humaines, et sa première démarche en tant que « vraie femme » est de prendre rendez-vous dans une clinique gynécologique : on peut s’interroger sur cette fin qui réduit le discours féministe à une vision essentialiste de « la » femme…

      ▻https://www.genre-ecran.net/?barbie=
      #féminisme

    • Féminisme et Barbie, Ana Dumitrescu

      ►https://blogs.mediapart.fr/ana-dumitrescu/blog/230723/feminisme-et-barbie

      Barbie : ce qui a attisé ma curiosité et m’a incité à y aller, ce sont les nombreux commentaires selon lesquels ce film est « féministe ». Mais le fond du #film tourne finalement autour de Ken et non pas de Barbie. C’est lui qui impose le débat et qui contraint l’action. Attention, je « spoile » l’intégralité du film pour le décrypter.

      un bon article opportunément signalé par @biggrizzly pour faire suite au propos d’une identitaire d’extrême droite dénonçant le wokism-féminisme (...) ▻https://seenthis.net/messages/1011025

      (c’est pas tant l’alliance de la carpe et du lapin que féministes bankable sur le marché de la désintégration de tout discernement)

      ce Dumitrescu : #toctoc

      #cinéma

    • en vrai, Ken est un chic type, il a mis la mer à Tarbes.
      ▻https://www.leboncoin.fr/ventes_immobilieres/2383862345.htm

      Nous vous présentons cette magnifique villa avec piscine sur le centre ville de Tarbes. Une jolie maison de 145 m2, avec 4 chambres dont une suite parentale avec salle d’eau et dressing. Maison sur 3 niveaux , avec 3 terrasse, salle de sport / fitness, grand dressing, cuisine d’été, et grand garage.

    • Greta Gerwig entre dans le club très masculin des films qui ont rapporté plus de 1 milliard de dollars
      ▻https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/08/11/avec-barbie-greta-gerwig-entre-dans-le-club-tres-masculin-des-films-qui-ont-

      EN UN GRAPHIQUE – Jamais un film réalisé par une femme, sans coréalisateur masculin, n’avait dépassé ce montant symbolique au box-office mondial.

      #$ #cinéma #femwashing

    • ça vous paraît lunaire que des gens voient dans Barbie de la promotion de l’homosexualité ?? Louise Kervella, PhD @ForzaBombardier
      ▻https://twitter.com/ForzaBombardier/status/1691121401271574529

      L’obsession représentationniste vous aveugle vous êtes incapables de voir une critique de l’hétérosexualité
      littéralement à la fin Barbie s’émancipe de son couple qui lui apportait rien en devenant humaine et Ken comprend qu’il n’a pas besoin du regarde d’une femme pour être heureux et qu’il se suffit à lui-même
      On peut pas comprendre l’homophobie des État réactionnaires sans comprendre le rôle que joue le couple hétérosexuel dans le capitalisme à savoir la reproduction de la force de travail. Tout ce qui remet en cause le couple hétérosexuel peut-être un danger pour la classe dirigeante
      En plus on a vu plusieurs articles passer qui disaient que des femmes rompaient avec leur mec après avoir vu Barbie. C’est de ça qu’ont peur les pays qui l’interdise. Bien sûr c’est pas un film révolutionnaire non plus faut pas exagérer, mais il porte une critique

      y’a une différence entre la possibilité réelle pour le film de convaincre à l’homosexualité politique et la peur que ça arrive de la part de la bourgeoisie. Faut voir comment ils exagèrent à 1000% tous les combats féministes. Genre les suffragettes qui veulent le droit
      De vote sont présentée comme voulant asservir les hommes. Les militantes pour l’avortement sont présentées comme des tueuses d’enfants sanguinaires qui veulent que l’humanité cesse de se reproduire. Les militants pour le mariage gay sont présentés comme voulant supprimer la
      Famille hétérosexuelle. Moi ça me choque pas que Barbie qui critique un peu le patriarcat et le couple hétérosexuel, le montre comme pas nécessaire pour être heureux soit présenté comme de la promotion de l’homosexualité (en plus les hommes portent du rose)

      #hétérosexualité #couple #homosexualité

    • Barbie, la #femme_parfaite ?

      Plus de soixante ans après sa naissance, la poupée Barbie séduit toujours autant. Entre stéréotypes et discours émancipateurs, exploration d’un jouet iconique qui s’est transformé au gré des époques.

      Nul besoin de la présenter. Adoptée par plusieurs générations d’enfants, Barbie est une véritable icône intergénérationnelle. Imaginée en 1959 par la femme d’affaires américaine Ruth Handler, la célèbre poupée s’est rapidement retrouvée dans tous les foyers américains avant de conquérir le reste du monde. Astronaute, chirurgienne ou encore candidate à la présidentielle, Barbie devait initialement encourager les petites filles à se projeter dans des carrières masculines. Longtemps décriée pour sa silhouette filiforme et ses proportions irréalistes, elle incarne aujourd’hui une forme de diversité : au gré de ses avatars, elle est ainsi représentée dans un fauteuil roulant ou porteuse de trisomie 21. Désormais héroïne d’un film au prestigieux casting, la poupée est aussi devenue une influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux.

      ▻https://www.youtube.com/watch?v=gB_Ws3uRM5Q


      #icône #Ruth_Handler #Mattel #Lilli #poupée #modèle #Rolemodel #diversité #féminisme #féminité #jeu #hijab #voile #hijarbie #corps

  • Les parapluies du Perthus. La #Retirada et les paradoxes de la #visibilité

    Malgré sa force évocatrice, le caractère iconique de l’image documentaire fait parfois ombrage à une partie de la mémoire des événements. Les photographies de l’#exil espagnol en #France à la fin des années 1930 en témoignent, il faut savoir épuiser le visible pour saisir une réalité plus enfouie de cet épisode. L’historienne Marianne Amar se confronte à cet exercice et propose une relecture de quatre images de la Retirada.

    Il pleuvait ce jour-là au #col_du_Perthus, mais la #mémoire n’en a rien gardé. Les photographies de l’exil espagnol en France — près de cinq cent mille réfugiés au début de 1939, à la fin de la guerre civile — construisent, par leur abondance, un continent visuel au croisement des #iconographies de la #guerre et de l’exil. Ce territoire sans cesse redessiné par des #images retrouvées, constitue un corpus labile, patiemment édifié par des photographes aux trajectoires multiples. Les uns, comme #Robert_Capa ou #David_Seymour, ont affûté leur vision en Espagne, pendant la guerre. Ils arrivent à la #frontière dans le sillage des #réfugiés, ne restent que quelques jours mais produisent des #icônes. D’autres, comme #Auguste_Chauvin, travaillent à #Perpignan. Ils assistent à l’événement depuis la France et en rendent compte dans la diversité de ses lieux et de ses acteurs. Les derniers, enfin, comme #Augusti_Centelles, photographe de l’armée républicaine espagnole interné à son arrivée, en sont à la fois les protagonistes et les témoins.

    Pourtant, en dépit de cette abondance, ce corpus demeure travaillé par l’#invisibilité. Manquent les images « absentes », perdues ou détruites dans la tourmente qui va suivre. Mais l’invisibilité se cache aussi dans les replis de la photographie, qu’il faut questionner et « inquiéter » pour en révéler toute la puissance documentaire. Les images les plus connues de la Retirada fonctionnent comme des icônes, qui construisent un répertoire visuel désormais bien balisé : la « #vague » des réfugiés saisie frontalement au col du Perthus ; l’empilement des armes confisquées aux soldats ; les femmes et les enfants harassés ; les réfugiés encadrés par des gendarmes ; les #camps d’internement improvisés, puis structurés autour des marques de l’ordre — #barbelés, #baraques, #miradors. Autant d’archétypes qui assurent durablement la #mise_en_spectacle du réfugié, mais qu’il faut mettre en doute pour dévoiler ce qui reste invisible. On proposera, pour esquisser une méthode, quatre exercices de relecture.

    Le premier constitue une mise en abyme de l’image et de son auteur. Robert Capa arrive à #Argelès, en mars 1939, passablement abattu. Il avait quitté les exilés juste avant l’ouverture de la frontière ; il revient pour un reportage sur les #camps_d’internement. Sa position a changé. Il n’est plus le témoin engagé aux côtés des combattants, mais un visiteur qui doit solliciter autorisations et accréditations. Distance accrue par sa position personnelle : apatride, bientôt « indésirable » pour l’administration française, il pense rejoindre sa famille déjà installée à New York. « Ici, le moral est mauvais et je ne sais pas ce qui va se passer. », a-t-il confié à sa mère début février. Entre Argelès et #Le_Barcarès, Capa prend, à sa manière, congé de l’Espagne et son portrait d’un réfugié, violon à la main, ressemble fort à un autoportrait du photographe, qu’il faut relire au travers de sa biographie, inquiet et d’une infinie mélancolie.

    Retour à la frontière. Une photographie publiée par L’Illustration en février 1939 montre un groupe sur la route du #col_d’Arès. Deux enfants et un adulte cheminent difficilement, tous trois mutilés, entourés d’un autre homme et d’un adolescent. Rien ne permet alors de les identifier, mais quelle importance ? Cadrés d’assez près, privés de détails contextuels, ils incarnent les « désastres de la guerre » et l’image prend ainsi une portée universelle. Or, deux enquêtes menées dans les années 2000 permettent de la relire autrement. Avancent côte à côte, et sur deux rangs, Mariano Gracia et ses trois enfants. À leurs côtés, marche Thomas Coll, un Français ancien combattant de 14-18, lui aussi mutilé, venu en voisin soutenir et accompagner les réfugiés. S’incarne donc ici, dans le silence de l’image, des gestes ordinaires de solidarité, qui viennent nuancer les représentations d’une France hostile et xénophobe.

    Le camp de #Bram, saisi par Augusti Centelles à hauteur d’interné, brouille également les évidences. Autorisé à conserver son matériel et à photographier à l’intérieur des barbelés, il tient boutique dans une baraque, vend ses tirages aux gendarmes et bénéficie de l’aide logistique du commandant. Tous les internés ne furent pas, bien sûr, logés à pareille enseigne. Mais les images de Centelles, leurs conditions de production et les comptes minutieusement tenus dans son journal révèlent que la photographie fut, pour lui, un instrument de survie et contribuent à mettre en lumière, dans une chronologie fine, les sociabilités complexes dans les camps de la République.

    À Perpignan, Auguste Chauvin fournit la presse, surtout locale, et, pour des événements d’importance, il tire et vend des séries de cartes postales. Il fera ainsi un « Album souvenir de l’exode espagnole » (sic) légendé en deux langues. Dans sa chronique quotidienne de la Retirada, Chauvin révèle des présences et des moments ignorés : les #soldats_coloniaux, mobilisés pour surveiller les réfugiés, caracolant sur la plage d’Argelès à côté de leur campement ; les forces franquistes arrivées au #Perthus et fêtant leur victoire ; les réfugiés passant la frontière de nuit ; la visite d’Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur.

    Les photographies de Chauvin n’ont pas la puissance des icônes, mais elles en sont l’indispensable contrepoint. Nulle dimension héroïque dans ses cadrages et ses compositions : Chauvin reste à bonne distance des réfugiés sans jamais faire corps avec l’exil. Mais avec ces images banales, parfois maladroites, il les dépouille, par instants, d’une identité de réfugié et les réintègre dans une vie ordinaire. Attendre devant le bureau de change ou ceux de la douane ; faire halte pour manger, en uniforme, sur le bord de la route ; aller aux nouvelles à l’entrée d’une baraque ; regarder la mer. Et sortir un parapluie pour s’abriter d’une averse au Perthus.

    ▻http://icmigrations.fr/2020/10/08/defacto-022-04

    #photographie #histoire #guerre_d'Espagne

    ping @albertocampiphoto

  • Fork Awesome, a fork of the iconic font and CSS toolkit
    ▻https://forkaweso.me/Fork-Awesome

    Un fork de FontAwesome (équivalent FA v4 ?) en licence open source :

    Fork Awesome is fully open source and is GPL friendly. You can use it for commercial projects, open source projects, or really just about whatever you want.

    Syntaxe des classes strictement identique : <i class="fa fa-camera-retro"></i>

    #font_awesome #fork_awesome #web_dev #police #picto #icone

  • Handala

    Wikiradio del 29/08/2016 - Rai Radio 3 - RaiPlay Radio
    ▻https://www.raiplayradio.it/audio/2016/07/Handala---Wikiradio-del-29082016-0b9bdd25-2ea3-4314-bd49-2066271fe2ed.h

    Il 29 agosto 1987 , il creatore di Handala, #NajiAlAli, colpito qualche giorno prima da un proiettile alla tempia, muore in un ospedale di Londra
    con Mauro Pompili

    Repertorio
    – frammento della voce di #Naji_AL_Ali

    – due frammenti dal programma Profughi arabi, a cura di S.G.Borgio del 15/06/1960, voce narrante di Enrico Altavilla - Archivi Rai

    – Salvatore Piscicelli presenta il film Kafr Kassem diretto dal libanese Borhan Alaouie all’inaterno del programma Cineteca Politica - Dov’è la Palestina, a cura di Guido Gianni, 21/02/1977 - Archivi Rai

    – frammento dal reportage di TV7 Il sogno del ritorno, 13/12/1968 - Archivi Rai

    – notizia della morte di Vittorio Arrigoni, dal Gr2 del 15/04/2004

    – sulla sigla frammento di un’intervista realizzata nel campo profughi palestinese in Libano di Ain al-Hilweh, tratto dal programma televisivo Trentaminuti giovani, 13/05/1980 - Archivi Rai

    Brani musicali

    – Kyrie Eleison, Bachar Mar-Khalifé
    – Ya Balad, Bachar Mar-Khalifé

    #podcast #wikiradio #RaiRadio3 #handala #Palestine #BD #dessin #icône #symbole #graffiti #journalisme #dessindepresse #presse #homicide

  • Sur le plancher des vaches IV/II
    Symboles (et plus si affinités)

    Natalie

    ▻https://lavoiedujaguar.net/Sur-le-plancher-des-vaches-IV-II-Symboles-et-plus-si-affinites

    Paris, le 23 octobre 2019
    Amis,

    Sans transition, on commencera aujourd’hui par s’intéresser à l’art, et plus particulièrement aux artistes : « Dans les représentations actuelles, l’artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l’incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. Comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par Marx, l’art était devenu un principe de fermentation du capitalisme. » À cette thèse du sociologue Pierre-Michel Menger, une étudiante répond : « La massification du travail précaire dans le secteur artistique et la flexibilité du travail artistique ne constituent nullement une définition des métamorphoses du capitalisme : ils seraient même plutôt un signe de l’absorption du secteur artistique dans la mondialisation et dans la marchandisation généralisée de la culture. »

    Qui de la poule ou de l’œuf ? en somme. Soit, au bout du compte, la grande question alimentaire : est-ce le sujet qui alimente le capitalisme ou le capitalisme qui nourrit le sujet ? (...)

    #langage #symbole #art #capitalisme #massification #flexibilité #travail #projet #entreprise #carrière #objectifs #résultats #signature #durable #désir #stratégie #Terre #uniformisation #globalité #gouvernance #norme #genre #corps #Dieu #Genèse #RATP #machines #icônes #France #Rabelais

  • Pas d’icône pour les Gilets jaunes – L’image sociale
    ►http://imagesociale.fr/7816

    Pas d’icône pour les Gilets jaunes
    André Gunthert 19 septembre 2019 - 6 h 20 min

    (Chronique Fisheye #38) Par sa durée, son extension territoriale, comme par le niveau élevé des violences, la révolte des Gilets jaunes est l’une des plus graves crises sociales françaises depuis Mai 1968. Parmi ses conséquences immédiates, on peut observer une altération profonde du climat politique et une dégradation de l’image d’un gouvernement dont les débuts, à peine un an et demi plus tôt, paraissaient prometteurs.

    Au regard de la signification historique du conflit, et en attendant l’examen rétrospectif qui permettra d’en approfondir la compréhension, on peut se demander comment la photographie a contribué à sa perception contemporaine. Il va sans dire qu’il n’est pas question de procéder ici à l’étude, même sommaire, des centaines de milliers de clichés produits au cours des affrontements. En revanche, on peut dresser un premier bilan de la représentation de la crise dans l’espace public, à travers le filtre proposé par le dialogue des grands médias et des réseaux sociaux.

    Constamment abreuvé par des milliers de sources, ce filtre a été d’une extrême efficacité pour sélectionner les images les plus représentatives d’un conflit, dans lequel elles ont joué un rôle de premier plan. Car la crise des Gilets jaunes n’a pas seulement été illustrée par des documents visuels : elle a été en permanence remodelée par l’affrontement des images, photos ou vidéos, brandies comme les preuves de visions contradictoires par les télévisions, les journaux ou les réseaux sociaux.

    Dans le cas des Gilets jaunes, deux facteurs vont considérablement modifier la donne. L’extension sur plusieurs mois de la crise fait apparaître les défauts de la couverture médiatique, et la carence d’une expression organisée du mouvement encourage une implication plus large du public dans la discussion et l’interprétation des événements.

    Nouveaux outils du dialogue social, les réseaux sociaux fournissent à cette extension de l’échange un terrain apparemment chaotique, mais en réalité fortement structuré par les mécaniques d’amplification de l’attention. Dans un contexte d’affrontement aux racines profondes, qui n’oppose pas seulement les Gilets jaunes au gouvernement, mais plus largement les classes sociales et les sensibilités politiques entre elles, les vidéos et les photos apportent à l’argumentation leur précieuse valeur documentaire, et deviennent rapidement les éléments autour desquels se structure la controverse. Ces échanges sont également suivis de près par les grands médias, en particulier les télévisions d’information continue, qui recyclent volontiers les images sélectionnées par la conversation.

    Si l’on est conduit à se pencher longuement sur les images des réseaux sociaux, c’est qu’aucune photo n’aura entretemps émergé comme une image emblématique du conflit, selon la tradition désormais bien connue des « icônes » photographiques multidiffusées en couverture des principaux organes de presse, comme l’image de la petite haïtienne en 2010 (Daniel Morel), du petit Aylan en 2015 (Nilüfer Demir), ou encore celle de la petite immigrée hondurienne en 2018 (John Moore), qui témoignent d’un large consensus.

    Cette courte liste livre immédiatement la clé de l’énigme. Si ces figures mettant en scène des victimes innocentes n’ont jamais trouvé d’équivalent pendant la crise française, s’il n’y a pas eu d’icône des Gilets jaunes, c’est parce que la majeure partie de la presse, malgré le nombre jamais vu des blessés et des mutilés, ne les a jamais perçus et encore moins montrés comme des victimes. Deux photos ayant rencontré un certain succès, celle de Geneviève Legay à Nice le 23 mars, et celle du manifestant étranglé à Nantes le 3 août, en dehors des Actes des Gilets jaunes, confirment a posteriori ce constat.

    #Image #Icone #Médias #Gilets_jaunes

  • encharm/Font-Awesome-SVG-PNG: Font Awesome split to individual SVG and PNG files of different sizes along with Node.JS based generator
    ►https://github.com/encharm/Font-Awesome-SVG-PNG

    Les icônes de Font Awesome 4 en fichiers individuels SVG et PNG + un fichier de sprite SVG + un générateur en node.js pour créer des combinaisons taille + couleur personnalisées: exemple pour générer un set rouge en 128 et 256px:

    font-awesome-svg-png --color red --sizes 128,256

    #font_awesome #svg #icône

  • Remix Icon - Open source icon library
    ►https://remixicon.com

    Remix Icon is a set of open-source neutral-style system symbols for designers and developers. Unlike a patchwork icon library, 1400+ icons are all elaborately crafted so that they are born with the gene of readability, consistency and perfect pixels. Each icon was designed in “Outlined” and “Filled” styles based on a 24x24 grid. Of course, all the icons are free for both personal and commercial use.

    Jeu d’icônes pour le développement web.
    Présente le gros avantage de pouvoir être utilisé comme une webfont (à la fontawesome/glyphicon) ou en tant qu’images SVG individuelle mais aussi sous forme de sprite SVG.
    La documentation : ▻https://github.com/Remix-Design/remixicon#usage

    #icone #svg #sprite #fontawesome #glyphicon #web_dev #remixicon

  • Integration d’un systeme d’icone lightweight (sprite SVG) et accessible (texte alternatif aria possible) base sur ►https://danklammer.com/bytesize-icons
    #ICON{search,icon-lg,Rechercher}

    Le jeu d’icone est personalisable, il suffit
    define('_ICON_SPRITE_SVG_FILE', 'chemin vers le sprite svg');
    et de definir sa fonction filtre_icone_ancre_from_name($name){} pour faire correspondre les ancres dans le sprite avec les petits noms d’icone (quitte a renommer/etendre)

    + une feuille de style icons.css qu’il peut etre utile de personaliser si on change le jeu d’icone

    (BootStrap ayant change puis abandonne la famille d’icones fournie par defaut, on trace donc notre route)

    ▻https://zone.spip.net/trac/spip-zone/changeset/114892

    #spip #zcore topito :)

  • Après la tuerie de Christchurch, la photo qui incarne « l’incroyable leadership » de Jacinda Ardern
    ▻https://abonnes.lemonde.fr/big-browser/article/2019/03/25/apres-la-tuerie-de-christchurch-la-photo-qui-incarne-l-incroyable-le

    En un cliché, un photographe du conseil municipal de Christchurch a capturé tout ce que les médias essayaient de résumer : l’incroyable stature de chef d’Etat qu’a prise la première ministre néo-zélandaise au lendemain des attentats.

    #Iconification #Icone #Démocratie

  • Gnome : le poids des icônes — aris
    ▻https://aris.papatheodorou.net/gnome-le-poids-des-icones

    Gnome, l’environnement graphique pour systèmes GNU/Linux, viens de sortir une nouvelle version (3.32) comportant d’importantes améliorations au niveau des performances comme de l’ergonomie. Au passage, un nouveau set d’icônes fait son apparition…

    Jakub Steiner, salarié de Red Hat et membre de l’équipe de design pour Gnome, avait expliqué en janvier 2019 sur son blog personnel les raisons d’un changement global du design des icônes de l’environnement de bureau, qui n’avait pratiquement pas évolué depuis une quinzaine d’années

    #gnulinux #gnome #opensource #libre #interfaces #webdesign #icônes