• Lecture d’un extrait du livre « Cumul I » de Kev Lambert, publié aux éditions Grasset / Centre Pompidou, collection (un seul art), 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/cumul-i-de-kev-lambert

    Alice, femme trans, est professeure d’histoire de l’art à Montréal. L’un de ses étudiants désire qu’elle dirige sa thèse sur Cumul I une œuvre de Louise Bourgeois qui donne son titre au livre. Elle se rend à Paris pour voir cette sculpture au Centre Pompidou avant de prendre sa décision. Prisonnière d’un sentiment de culpabilité diffus, elle interroge obsessionnellement son identité, ses actes, les rapports de pouvoir, le regard des autres et la menace permanente d’une faute passée, présente ou à venir. L’œuvre de Louise Bourgeois, aux formes organiques et ambiguës, déclenche en elle un flot de pensées. Ce court récit explore l’anxiété, la culpabilité et ce qui « perce à travers rêves et cauchemars pour s’échouer sur les rives du langage ».

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Langage, #Corps, #Art, #Identité, #Sculpture, #LouiseBourgeois, #Musée (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_cumul_i_kev_lambert.mp4

    https://www.grasset.fr/livre/cumul-1-9782246843016

  • Lecture d’un extrait du livre « Chiens » de Julien Viteau, publié aux éditions Verdier, en 2026.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/chiens-de-julien-viteau

    En 1985, Julien, adolescent précoce, tente de survivre à une famille dysfonctionnelle et passe l’été au Touquet où il travaille dans une librairie. Entre les bunkers de la plage et les néons du Midnight, il s’éveille au désir, guidé par deux boussoles mythologiques : Argos le Grec, chien du mythe et de l’errance, et Keleb le Juif, gardien de l’érudition. Julien cherche à désapprendre le monde plutôt qu’à le conquérir. Ce troublant récit d’initiation a une forme inédite. Certains mots, mis en relief, en gras, suspendent le temps du récit. Ces boussoles émotionnelles fragmentent le texte, leurs fulgurances renforcent la singularité du regard du narrateur sur son propre parcours. Une enquête métaphysique sur le temps, l’identité et le langage.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Langage, #Corps, #Désir, #Identité, #Temps, #Portrait, #Biographie (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_chiens_julien_viteau.mp4

    https://editions-verdier.fr/livre/chiens

  • Fraude au RSA : deux hommes condamnés après avoir créé plus de 1 000 faux dossiers dans 75 caisses, plusieurs centaines de milliers d’euros détournés - Police & Réalités
    https://policeetrealites.com/2026/06/23/fraude-au-rsa-deux-hommes-condamnes-apres-avoir-cree-plus-de-1-000

    Un réseau de fraude aux allocations sociales d’une ampleur inédite a été démantelé en France. Deux hommes viennent d’être condamnés par le tribunal de Nanterre pour avoir détourné 190 000 euros de RSA en créant plus de mille faux dossiers dans 75 caisses d’allocations familiales. Une affaire qui révèle les nouvelles méthodes de lutte contre la fraude sociale.

    Un mode opératoire rodé et répété à l’échelle nationale
    C’est en juillet 2024 que les premiers signaux d’alerte remontent dans plusieurs caisses d’allocations familiales (CAF), relate Le Parisien. Des agents spécialisés dans la détection de la fraude aux aides sociales identifient des profils anormaux : des dossiers de demande de revenu de solidarité active (RSA) créés au nom d’hommes de plus de 50 ans, dont les identités semblent manifestement usurpées.

    Le schéma se répète avec une régularité troublante. À chaque dossier suspect, les enquêteurs retrouvent les mêmes types d’adresses électroniques — des comptes Outlook aux caractéristiques similaires — et des coordonnées bancaires rattachées aux mêmes néobanques anglaises. Un niveau de standardisation qui trahit une organisation méthodique.

    Entre le 23 et le 31 juillet 2024, pas moins de dix #CAF remontent simultanément leurs inquiétudes au Service national de lutte contre la fraude à enjeux (#SNLFE), rattaché à la Caisse nationale d’allocations familiales (#Cnaf). La riposte s’organise.

    Bloquer les paiements en temps réel : la course contre la montre
    Face à l’afflux de signalements, le SNLFE diffuse en urgence des consignes à l’ensemble du réseau : identifier les dossiers frauduleux, bloquer les versements en cours et neutraliser les relevés d’identité bancaire (RIB) déjà répertoriés.

    « Tout l’enjeu était de stopper rapidement les versements et de verrouiller les RIB connus. Nous avons pu sécuriser la moitié des paiements », explique Thomas Desmoulins, directeur chargé de la prévention, du contrôle et de la lutte contre la fraude à la Cnaf.

    Mais les deux escrocs s’adaptent. Dès qu’une caisse ferme leurs dossiers, ils en ouvrent de nouveaux dans d’autres départements, modifiant adresses mail, coordonnées bancaires et établissements, afin de brouiller les pistes et de prolonger leur activité frauduleuse.

    Des #identités_volées, revendues sur le DarkWeb
    L’enquête du SNLFE établit finalement un bilan saisissant : 1 018 faux dossiers RSA créés dans 75 CAF sur une période de dix mois. Le préjudice tenté s’élève à plus de 400 000 euros, dont 190 000 euros effectivement versés aux deux malfaiteurs, basés en France.

    Pour usurper l’identité de leurs victimes, les fraudeurs ont puisé dans des bases de données personnelles issues de cyberattaques contre d’autres organismes. Ces informations, une fois volées, sont revendues sur le DarkWeb avant d’être exploitées pour monter de faux dossiers administratifs en ligne.

  • Le portefeuille d’identité numérique (PEIN)
    https://lundi.am/Le-portefeuille-d-identite-numerique

    Cette enquête se penche sur le portefeuille (« wallet » en anglais) européen d’identité numérique (PEIN), ce serpent de mer qu’on a tous vaguement en tête depuis quelques années. Ce type d’application, présentée comme une pièce d’identité numérique bien pratique et sécurisée par ses promoteurs, est très souvent décrite comme dangereuse pour la vie privée par ses détracteurs, qui agitent des épouvantails (le crédit social par exemple) plus qu’ils ne mobilisent des arguments.

    Cet article poursuit donc les objectifs suivants :

    décortiquer le sujet pour y voir plus clair et comprendre les risques que présente le PEIN ;
    identifier les mécanismes par lesquels ce genre d’appli peut s’imposer ;
    donner des raisons supplémentaires mais objectives de détester le Ministère de l’Intérieur, nos gouvernants, les technocrates, les startupeurs et bien-sûr son smartphone ;
    proposer quelques pistes pour empêcher que de telles applis soient adoptées par 80 % des Européens en 2030, objectif affiché par la Commission européenne.

    Pour mieux comprendre de quoi on va traiter on opérera d’abord un petit détour par les super app, qui servent à la fois de modèle et de repoussoir dans le développement du PEIN. L’essentiel de notre développement est ensuite consacré à ce fameux portefeuille d’identité numérique.

    #surveillance #centralisation #PEIN #identité #identité_numérique #États #technocratie #Europe #super_app

  • Je suis la mer

    En #Suède, dans les années 1940, l’installation d’un #barrage engloutit le village estival d’#Ingá et #Rávdná, nomades samies. Sous les eaux du lac, leur monde disparaît, sacrifié au nom d’un #progrès qui méprise les peuples autant que les #paysages. Mêlant drame écologique et tragédie intime, lutte pour la #mémoire et conflits de générations, #Elin_Anna_Labba signe un #roman saisissant porté par une langue d’une beauté rare, qui donne chair à la #lutte pour la #terre et l’#identité, et marque durablement le coeur et l’esprit. Un premier roman événement, traduit dans plus de dix langues.

    https://editions-rivages.fr/catalogue/je-suis-la-mer-021453
    #livre #sami #peuples_autochtones #barrage_hydroélectrique

  • L’intelligence artificielle va‑t‑elle mettre fin à la recherche en sciences sociales ?

    L’impact de l’intelligence artificielle générative sur les sciences sociales peut être compris à travers la métaphore du roman Things Fall Apart de Chinua Achebe. Ce livre retrace les bouleversements de la société nigériane face à l’intrusion coloniale. Il offre une approche pertinente pour comprendre les tensions actuelles du monde académique.

    Il y a quelques mois maintenant, un collègue m’a envoyé son article pour avoir une seconde lecture. Tout y était : problématique ciselée, revue de littérature exhaustive, méthodologie rigoureuse. Trop, justement. En y regardant de plus près, certaines formulations m’ont alerté : « crucial », « dans le monde dynamique de », « il est impératif de noter que ». Le #vocabulaire typique de #ChatGPT. J’ai demandé des explications. Réponse gênée : « Oui, j’ai utilisé l’IA pour rédiger certaines parties, mais j’ai relu, évidemment. »

    Ce malaise révèle une vérité qui dérange : nous, chercheurs en sciences sociales, sommes en train de perdre le contrôle de notre métier. Et nous faisons semblant de ne pas le voir. Cette réflexion m’a amené à proposer un article à la Revue française de gestion à l’occasion du numéro de son 50ᵉ anniversaire.

    Quelques chiffres illustratifs du changement de paradigme

    Environ 13,5 % des #résumés d’articles biomédicaux publiés en 2024 contiennent des traces d’utilisation d’intelligence artificielle (IA) générative selon une étude parue dans Science Advances (https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adt3813). Plus inquiétant encore : une étude de chercheurs de Stanford révèle que jusqu’à 17 % du texte des évaluations d’articles dans les grandes conférences sur l’IA pourrait avoir été substantiellement modifié par l’IA elle-même (https://arxiv.org/abs/2403.07183). Nous sommes entrés dans une boucle où l’IA évalue l’IA.

    Par ailleurs, des équipes de recherche analysent en quelques semaines des corpus qui auraient nécessité des années de travail. En sociologie numérique, par exemple, une étude publiée dans Science a examiné la diffusion de près de 126 000 informations vraies et fausses partagées par environ trois millions d’utilisateurs sur Twitter (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aap9559), soit plus de 4,5 millions de partages, un volume inimaginable sans outils d’analyse automatisés.

    Ruptures dans les sciences sociales

    Mais au-delà de ces gains de #productivité, quelque chose se fissure. L’IA ne bouleverse pas seulement nos méthodes de travail. Elle remet en question ce que signifie « #faire_de_la_recherche ».

    Comment valider des résultats produits par un #algorithme dont les rouages internes restent opaques ? Comment garantir la #rigueur_scientifique quand l’IA peut « #halluciner » et inventer des #références_bibliographiques qui n’existent pas ? Comment protéger notre #pensée_critique dans ce contexte ?

    Nous sommes actuellement confrontés au même #dilemme que les personnages du roman de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, intitulé Tout s’effondre (Things Fall Apart, en anglais). Dans ce récit, une société africaine traditionnelle se retrouve confrontée aux missionnaires européens qui viennent imposer de nouvelles croyances. Certains membres de cette société traditionnelle s’adaptent à cette arrivée, d’autres résistent. Tous comprennent que rien ne sera plus comme avant.

    Technophiles contre traditionalistes

    La communauté scientifique connaît aujourd’hui des divisions. Certains, les « technophiles », accueillent l’IA avec enthousiasme, convaincus qu’elle va accélérer les découvertes et ouvrir la recherche au monde en développement. D’autres, les « traditionalistes », dénoncent une course à la productivité aux dépens de la profondeur de pensée.

    Cette #fracture ne se limite pas aux questions techniques et technologiques, elle touche aussi à notre #identité, collective et individuelle, de chercheurs. Sommes-nous en train de devenir de simples opérateurs validant des productions issues d’algorithmes ? Notre expertise se réduit-elle à savoir poser les bonnes questions à un modèle d’IA ?

    Les jeunes chercheurs sont les premiers exposés. Ils jonglent entre la pression de publier rapidement et l’injonction implicite à ne pas trop utiliser l’IA. Résultat : beaucoup l’utilisent en cachette, créant une #culture_du_secret qui a des conséquences pour la #transparence_scientifique.

    Quelles solutions ?

    Nous avons trop longtemps préféré détourner le regard. L’intelligence artificielle est là, et ignorer sa présence n’est plus tenable. Il nous faut repenser notre manière de faire de la science. Imaginer un nouveau cadre.

    Trois grands principes pourraient nous servir de boussole.

    Le premier, c’est la #transparence. Chaque recours à l’IA devrait être précisé noir sur blanc dans nos publications : quels outils ont été utilisés, pour quels usages, et dans quelles limites. Certaines revues, comme Nature, commencent déjà à l’imposer.

    Ensuite, la #responsabilité. L’IA peut analyser des données, suggérer des pistes, rédiger des brouillons. Mais c’est au chercheur qu’il revient d’interpréter et de valider avec un #esprit_critique. Cette ligne rouge ne doit jamais être franchie. Une étude récente le rappelle cruellement : 52 % des réponses générées par l’IA à des questions de programmation contiennent des erreurs, et la supervision humaine échoue à les corriger dans 39 % des cas (https://dl.acm.org/doi/10.1145/3613904.3642596).

    Enfin, le #pluralisme. Il devient nécessaire d’accepter que certains chercheurs intègrent l’IA dans leur travail tandis que d’autres la refusent. Cette diversité peut devenir une richesse, si les débats ont lieu au grand jour, dans les conférences et les séminaires qui constituent la tradition scientifique.

    Un nouveau #paradigme_scientifique

    L’intelligence artificielle va continuer de gagner en puissance et en omniprésence.

    Nous sommes à l’aube d’un #tournant dans le monde de la recherche où l’intelligence humaine devient une « des » formes d’intelligences. Il semble clair que cette #cohabitation ne portera ses fruits que si elle s’appuie sur des #règles mises en place par les chercheurs eux-mêmes.

    Le vrai risque ne provient pas de l’intelligence artificielle, mais de notre #inertie. Notre envie de profiter de ce qu’elle offre sans trop s’interroger. D’accepter, sans résister, une facilité qui pourrait, à terme, nous échapper. Chinua Achebe raconte comment une société s’effondre lorsqu’elle perd le contrôle de son destin. Nous, chercheurs, avons encore le #choix. Nous pouvons décider comment intégrer l’intelligence artificielle, à quelles conditions, mais aussi avec quelles limites.

    L’enjeu n’est pas de résister au changement. Il est de le guider vers une science plus rigoureuse, plus transparente, plus consciente d’elle-même. Une science qui utilise l’IA sans s’y soumettre. Une science qui reste, avant tout, une aventure humaine.

    https://theconversation.com/lintelligence-artificielle-va-t-elle-mettre-fin-a-la-recherche-en-s
    #IA #AI #intelligence_artificielle #ESR #recherche #SHS #sciences_sociales #édition_scientifique #publications_scientifiques #évaluation #peer_review #hallucination #à_lire

  • Not your negroes
    https://lundi.am/NOT-YOUR-NEGROES

    Le 11 mars dernier le Sénégal adoptait une nouvelle loi criminalisant l’homosexualité et son “apologie”. L’auteur de ce texte interroge le silence du "camp décolonial" et en examine les ressorts théoriques et analytiques ; les postures qui surplombent le réel comme les bavardages qui le nient.

    Des silences qui se proclament experts dans l’art de nommer toutes les dominations et qui, depuis plus d’un mois, laissent prospérer l’une d’elles sous leurs yeux, parce qu’elle dérange leur paresseuse cartographie binaire du monde, incapable de penser dominations croisées et violences endogènes.

    #Sénégal #homophobie #LGBT #décolonial

    • Lorsqu’une pensée se contente d’inverser les signes du pouvoir qu’elle combat, elle demeure dépendante de lui. Elle continue d’en suivre le rythme, le joug.
      Si l’Occident condamne, il faudrait relativiser. S’il applaudit, il faudrait siffler. S’il récupère une cause juste, il faudrait abandonner celles et ceux qui en vivent la nécessité concrète. On croit rompre avec l’adversaire ; on continue d’habiter son calendrier mental.

      Cette pensée réactive forme une captivité retournée.
      En me lisant, je vous imagine déjà cherchant à savoir si je suis homme ou femme, noir ou blanc, diasporique ou continental, cis queer ou trans, gay bi lesbienne ou hétéro, mormon, musulman ou athée.
      Contrôler les #identités plutôt que les pouvoirs de contrainte est devenu l’un des réflexes de notre temps, réflexe né de siècles d’universalisme raciste, où le prétendu neutre parlait toujours depuis un lieu situé sans jamais se nommer.
      Cette méfiance possède son histoire. Elle fut nécessaire ; elle ne saurait suffire. Lorsqu’elle se fige en contrôle généralisé des paroles, elle fabrique un nouvel aveuglement. L’argument cède au casting. La pensée cède au contrôle douanier. La discussion cède à la vérification d’origine.
      Pendant ce temps, les prisons se remplissent, la peur travaille, des associations VIH se replient pour survivre, des médiateur.ice.s disparaissent, des personnes renoncent au dépistage, aux soins, au suivi. Des artistes s’exilent, des étudiant.e.s apprennent à mieux mentir, des familles redoublent de surveillance, des amours s’enfoncent dans une clandestinité plus dure encore.
      Le voici, le réel. Les silences font déjà des morts.

      #gauche #Sud #virilisme

  • Fuite de données à l’#ANTS : ce que l’on sait de la #cyberattaque qui a touché le site qui gère les demandes de pièces d’#identité

    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/04/22/fuite-de-donnees-a-l-ants-site-qui-gere-les-demandes-de-pieces-d-identite-ce

    Fuite de données à l’ANTS : ce que l’on sait de la cyberattaque qui a touché le site qui gère les demandes de pièces d’identité
    Selon les autorités, 11,7 millions de comptes pourraient être concernés. A ce stade, il n’est pas possible d’établir l’ampleur réelle de la fuite qui a touché l’#Agence_nationale_des_titres_sécurisés.

  • Le mythe de la bonne IA

    Dans une perspective décoloniale, il n’y a pas de bonne IA, estime le philosophe #Arshin_Adib-Moghaddam. Lecture.

    « La société délirante dans laquelle nous vivons ressemble à un #mensonge parfaitement mis en scène que l’on nous persuade d’accepter comme une réalité », estime Arshin Adib-Moghaddam dans son livre The myth of good AI : a manifesto for critical Artificial intelligence (Le mythe de la bonne IA : un manifeste pour une intelligence artificielle critique, Manchester university press, 2025, non traduit). Cette société délirante n’est pas le produit de l’IA, constate pourtant le professeur de philosophie et codirecteur du Centre pour les futurs de l’IA de l’université de Londres. Mais, l’IA vient la renforcer parce qu’elle « floute les lignes de nos modes de compréhension de la vérité et du mensonge, du #pouvoir et de la résistance, de la subjectivité et de l’objectivité, de la science et de la fiction ». Ce qui change avec l’IA, c’est que Big Brother n’est plus une autorité qui nous contrôle de l’extérieur, mais une perturbation qui vient altérer nos #facultés_cognitives elles-mêmes.

    Pour Arshin Adib-Moghaddam, ni Orwell, ni Foucault ne peuvent nous aider à saisir le monde actuel. L’assaut contre notre #autonomie est massif, à l’image du projet délirant de #Torre_Centilena à #Ciudad_Juarez, équipée de 1791 lecteurs de plaques d’immatriculation, 74 drones et 3000 caméras panoramiques pour surveiller la frontière américano-mexicaine à perte de vue. Le pouvoir n’est plus incarné. « Le pouvoir est en train de devenir liquide, il prend la forme de tout ce qu’il colonise et devient quasiment invisible ». Le régime de #surveillance est en passe de devenir « microbien ». C’est-à-dire que non seulement il est partout, qu’il est intégré au plus profond de nous, mais qu’il tend à exercer un #contrôle_total, partout, tout le temps en étant totalement intrusif et en régissant jusqu’à notre psychisme même. Adib-Moghaddam parle de « #psycho-codification » du monde pour évoquer cette #intrusion inédite des méthodes qui altèrent jusqu’à ce que l’on pense, jusqu’à nos intentions disions-nous récemment. Cette intrusion nous entraîne dans une #guerre_posthumaine, entre les humains et les machines. Nous sommes désormais la cible de #drones, de #machines, d’#algorithmes qui s’en prennent à nos individualités mêmes. Partout, le meurtre et la torture s’étendent sans avoir plus de comptes à rendre, à l’image de la police des frontières américaines, ICE, qui déploie son emprise, comme d’autres armées et d’autres polices, via des machines de surveillances totalitaires. Comme le pointait pertinemment le journaliste Olivier Tesquet suite aux révélations que l’ICE aurait arrêté plus de 75 000 personnes aux Etats-Unis sans historique criminel (soit un tiers des 220 000 personnes arrêtées depuis 9 mois) : « plus l’ICE s’appuie sur #Palantir pour « rationaliser » l’appareil répressif, plus les arrestations deviennent arbitraires. Ce n’est pas un bug mais une fonctionnalité : la machine produit la catégorie d’indésirables dont l’administration Trump a besoin ».

    Derrière ces transformations bien réelles, l’IA les prolonge encore, en s’en prenant à nos sens mêmes, jusqu’à nous faire douter de la réalité même.

    Derrière cette société délirante, il faut entendre qu’il y a une « utilisation infâme » des technologies. De la reconnaissance faciale qui criminalise les #minorités raciales aux logiciels de récidives qui discriminent les populations racisées aux scores de risques qui refusent des aides et des prêts aux populations minorisées et pauvres… une même #oppression se déploie pour renforcer et cimenter les #inégalités_structurelles de la société.

    Dans ce contexte, estime Arshin Adib-Moghaddam, on entend beaucoup parler d’#éthique, d’IA responsable, qui serait à même, bientôt, demain, de réparer les systèmes et « d’atténuer les dommages ». Mais l’IA peut-elle être éthique ?

    L’IA peut-elle être éthique ?

    Non répond le philosophe. L’IA est là pour imposer sa #terreur, comme le disaient Hagen Blix et Ingeborg Glimmer. L’IA est là pour produire de l’#incertitude, de l’#angoisse, et cette peur est une méthode de #gouvernance. « L’IA augmente la capacité de ceux qui l’utilisent à nous terrifier, dans un but de #contrôle, de #surveillance et de #profit ». L’écrivain iranien Jalal Al-e Ahmad parle de « #westoxification » (contraction entre West, l’Occident, et intoxication pour désigner une forme d’absorption toxique, de submersion par la #culture_occidentale – le terme a été traduit en français en « #occidentalité ») pour désigner l’oppression de la modernité occidentale, comme le chercheur et sociologue péruvien Anibal Quijano dénonce la « #colonialité », c’est-à-dire le fait que les rapports de pouvoir colonialistes perdurent notamment depuis les technologies.

    Dans son livre, Arshin Adib-Moghaddam commence par débugger le discours des machines éthiques. Les fondations idéologiques de la science sont dysfonctionnelles, rappelle le philosophe. La science a accompagné le projet politique de la #modernité, comme l’expliquaient Ulises A. Mejias et Nick Couldry dans Data Grab (voir notre recension). Les Lumières ont transformé le #racisme en science. Et l’IA n’est qu’une extension d’un #système_techno-colonial, remanié par le #néofascisme en cours.

    L’idée même d’éthique est poreuse à ces idées problématiques, explique-t-il. L’éthique se présente comme un mécanisme universel, mais oublie que cette philosophie qui pense pouvoir rendre nos machines et nos actions responsables, est une pensée spécifique, historique, contingente à la philosophie occidentale… Et qui l’est d’autant plus qu’elle a oublié les apports des autres philosophies. Arshin Adib-Moghaddam évoque nombre de philosophes asiatiques, arabes ou juifs effacés de la tradition philosophique au profit des philosophes grecs et européens. « Les façons de poser les questions éthiques autrement ont été balayées ». Pour les thuriféraires de l’IA, la vénération de sa puissance tourne à la #religion. Mais si la machine peut-être Dieu, ce #fondamentalisme s’annonce aussi dangereux que l’extrémisme religieux, prévient Arshin Adib-Moghaddam. Pourtant, qui s’inquiète de l’interfaçage des machines à nos cerveaux, du devenir posthumain que nous promettent les développeurs de l’IA ? Kant, Hume ou Locke, ces grands penseurs de l’Occident, ont tous tenu des propos racistes, ont tous défendu l’idée que les barbares devaient être civilisés par les Européens. Et ces grandes pensées occidentales sont celles-là même qui viennent alimenter de leurs données l’IA moderne. « L’IA est ethnocentrée et cet #ethnocentrisme ne sera pas corrigé par les données », par l’amélioration des traitements ou par un sursaut éthique. Les manuels d’éthique doivent être réécrits, estime Adib-Moghaddam, qui invite à partir d’autres philosophies pour bâtir d’autres IA.

    L’IA : machine à discriminer

    Arshin Adib-Moghaddam dénonce le terme de #biais qui a colonisé la critique de l’IA. Les biais sont un terme bien dépolitisé pour évoquer l’#oppression_structurelle inscrite dans les #données, dans notre histoire. Le racisme des sociétés occidentales a été intériorisé dans une « #géopolitique_eugéniste » qui ne domine pas seulement les relations internationales ou économiques, mais qui psycho-codifie jusqu’à nos corps et nos esprits. Le #racisme a été la stratégie impériale et scientifique qui a encore des effets quotidiens, qui inocule nos outils, comme la #médecine, qui tue encore des patientes et des patients parce qu’elles et ils sont noirs, parce qu’elles sont des femmes et parce que les #données_médicales ne sont pas collectées sur elles et eux. Les rapports et les études sur le sujet s’accumulent sans que la médecine elle-même ne réagisse vraiment, comme si elle ne s’était jamais départie des origines racistes de la science, que dénonçait par exemple le sociologue #Eduardo_Bonilla-Silva dans son livre Racism without Racists : Color-Blind Racism and the Persistence of Racial Inequality in the United States (Le racisme sans les racistes : le racisme indifférent à la couleur et la persistance des inégalités raciales en Amérique, Rowman & Littlefield , 2003, non traduit). Même durant le Covid, les quartiers racisés ont été plus décimés que les autres.

    On peut alors dénoncer les #biais_racistes des systèmes, de la reconnaissance faciale aux pratiques algorithmiques d’Uber. Mais c’est oublier que nous sommes cernés par des données algorithmiques « blanchisées » (#whitewashing), c’est-à-dire à la fois blanchies parce qu’ignorantes de la couleur de ceux qu’elles écartent et blanchies parce qu’elles masquent leurs dysfonctionnements raciaux. Nous sommes coincés entre un passé pollué et un présent problématique. Nous restons par exemple coincés dans les constats où les cancers de la peau sont plus importants pour les populations de couleurs alors qu’ils sont moins diagnostiqués pour les patients noirs que blancs. Ces données et ces erreurs pourtant ne sont pas corrigées, pas prises en compte. La perspective d’augmenter notre capture par des données n’annonce pourtant pas d’amélioration, au contraire, d’abord et avant tout parce que cette invasion doit être comprise pour ce qu’elle est : une extension de l’héritage de l’#eugénisme raciste de la #science, une forme d’expansion biopolitique du contrôle plus qu’une promesse de justice et d’égalité.

    Les mauvaises données produisent de mauvais algorithmes et de piètre systèmes d’IA, rappelle le philosophe. Or, nous sommes cernés de mauvaises données. Les #préjudices du passé envers certaines populations sont intégrés aux systèmes qui vont produire l’avenir. Cela ne peut pas bien se passer. Pourtant, fort de ces constats, terribles, les recommandations éthiques paraissent bien trop mesurées. Elles invitent à améliorer la représentation et la diversité des ingénieurs et des éthiciens, à améliorer les principes éthiques, à améliorer l’éducation des ingénieurs… dénonce Arshin Adib-Moghaddam. Autant de mesures qui tiennent plus de l’#orientalisme qu’autre chose, pour faire référence au concept développé par l’intellectuel palestino-américain Edward Saïd dans son livre éponyme (Le Seuil, 1978), ouvrage fondateur des études postcoloniales. Pour Saïd, la tradition artistique et scientifique orientaliste n’est qu’une étude de l’Orient par l’Occident, une interprétation de l’Orient, une condescendance au service de l’impérialisme.

    Du #techno-orientalisme au #privilège_épistémique

    Pour Arshin Adib-Moghaddam, le techno-orientalisme qui consiste à améliorer la diversité des développeurs ou à produire une équité par des corrections techniques n’est en rien une solution. ll ne remet pas en cause le pouvoir de la #technologie. « Les personnes historiquement marginalisées et vulnérables continuent à être inventées comme objets de la technologie ». Les erreurs à leurs égards, finalement, renforcent l’obsession à mieux les surveiller sous prétexte d’#objectivité, pour mieux hiérarchiser la société par le calcul. « Le techno-orientalisme ne vise qu’à renforcer les frontières entre nous et eux, l’est et l’ouest, les noirs et les blancs, entre les nationaux et les autres ». Shoshana Zuboff a montré que la tolérance à l’extrémisme est bien souvent un modèle d’affaire acceptable. Dans une étude sur la toxicité de Twitter, le Centre de lutte contre la haine numérique avait montré qu’une dizaine de comptes sur X pouvaient produire du contenu haineux et conspirationniste capable de rapporter… 19 millions de dollars en revenus publicitaires. « Le techno-orientalisme s’impose comme un incubateur pour l’expansion impériale afin de maximiser les revenus pour quelques personnes sélectionnées ». L’#impérialisme de X prolifère et impose sa #colonialité. Comme les projections de Mercator ont valorisé l’Occident, nous montrant un Groenland par exemple aussi grand que la Chine, quand en réalité il ne fait qu’un quart de la superficie de la Chine. L’impérialisme de X, comme l’impérialisme de l’IA rend possible un « privilège épistémique » qui « confère à une poignée d’hommes le privilège d’interpréter, de juger et de planifier l’avenir de la majorité ». Partout, une poignée d’hommes blancs parlent d’un avenir inévitable (le leur), utilisent ces outils pour diffuser leurs idées sans nuances, mégalomanes, patriarcale et coloniales influentes, sans se préoccuper du sort des autres. Derrière leurs idées rances, ils défendent avant tout leur #identité. Les néo-Nazis comme les terroristes d’ISIS tuent au nom de l’identité, comme le soulignait Paul Gilroy dans Against Race. Les médias sociaux sont devenus des paradis pour les fausses informations des extrémistes, où ils peuvent se faire les avocats de leurs agendas hystériques avec plus ou moins d’impunité. La #stupidité y est le meilleur capital, assène le philosophe.

    La coercition est forte avec les technologies. Microsoft et Google déploient des technologies de surveillance à l’encontre des Palestiniens. Saïd disait que la #déshumanisation des Palestiniens était l’un des grands héritage de l’orientalisme. Pour Arshin Adib-Moghaddam, une IA vraiment éthique devrait assurer que ses traitements et données soient auditables en accord avec les législation qui défendent les #droits_humains au niveau international, national et local. Le déploiement sans limite des technologies aux frontières, par la police et les militaires, nous montre qu’il n’en est rien.

    L’IA pour peaufiner l’oppression

    L’oppression structurelle, codifiée dans des institutions genrées et racistes, dans des normes politiques et sociales omniprésentes, s’apprête à entrer plus profondément dans nos esprits avec l’IA générative. Quand on pose des questions à ces moteurs, ils produisent certaines réponses qui sont le reflet des sociétés occidentales qui les produisent. A la question y-a-t-il un génocide à Gaza, #ChatGPT répond non. A la question peut-on torturer une personne, ChatGPT répondait par l’affirmative si cette personne venait d’Iran, de Corée du Nord ou de Syrie. Ces « #erreurs » qui n’en sont pas mais qui peuvent nous être présentées comme telles, sont bien sûr corrigées parfois. Les #modèles_de_langage galvanisent les préjudices raciaux comme le montrait l’étude menée par Valentin Hofmann (qu’on évoquait ici : https://danslesalgorithmes.net/2024/06/04/open-source-lia) qui montrait que l’IA s’adapte aux niveaux de langage de son interlocuteur ou qu’elle classe les mêmes CV différemment selon les consonances culturelles des noms et prénoms. Mais ils ne sont que les reflets des sociétés qui les produisent. Les modèles de langage sont bien les produits racistes de sociétés racistes, affirme celui qui avait dénoncé le caractère raciste de l’IA dans un précédent livre. Les corrections sont possibles, au risque d’enseigner superficiellement aux modèles à effacer le racisme, tout en le maintenant à des niveaux plus profonds. « En fait, nous sommes confrontés par une forme furtive de #technoracisme soigneusement dissimulée par un univers d’IA de plus en plus opaque ». Dans ces IA, les musulmans sont toujours associés à la violence.

    Weizenbaum nous avait prévenu : les humains sont plus enclins à se confier à une machine qu’à un humain. Et ce pourrait être exploité plus avant par les machines de coercition de demain. La CIA a beaucoup travaillé sur les drogues et outils permettant de mettre les gens en confiance, rappelle Arshin Adib-Moghaddam. Si les méthodes d’interrogation utilisées à Abu Ghraib ont été sur la sellette, le Mikolashek Report montrait par exemple que les frontières entre la torture, les abus et les techniques d’interrogations dites légitimes étaient plus poreuses que strictes. A Abu Ghraib, la torture n’était pas un accident. Les individus qui ont été torturés n’étaient pas isolés. A Abu Ghraib, les interrogatoires ne devaient pas laisser de traces sur les prisonniers et le système médical a donné ses conseils aux militaires pour y parvenir. C’est lui qui a proposé des modalités d’interrogatoires coercitives. A Abu Ghraib comme à Guantanamo Bay, des procédures ont été mises en place, comme le fait d’empiler les prisionniers nus pour profiter du fort tabou de l’homosexualité dans la culture arabe et musulmane.

    Que fera l’IA qui est déjà appelée à assister les interrogatoires de la CIA ou de la police ? Aura-t-elle encore plus que les humains la capacité de briser notre humanité, comme s’en inquiétaient des chercheurs ? Sera-t-elle l’outil parfait pour la #torture, puisqu’elle pourra créer du contexte psychologique ou informationnel pour rendre les gens toujours plus vulnérables à la #manipulation, comme des #chatbots compagnons, dressés contre nous.

    La torture à Abu Ghraib a été rendu possible parce qu’elle a épousé totalement la culture de ceux qui l’ont pratiqué. « L’histoire récente de l’IA n’apporte aucune preuve que les systèmes d’IA soient plus objectifs que les humains, à mesure qu’ils déploient les mêmes biais qu’eux, avec bien moins de responsabilité ».

    L’IA pour pour penser à notre place et prendre le contrôle des esprits

    Pour le philosophe, le contrôle de l’esprit est le Graal des systèmes d’IA. Ce que veulent ceux qui déploient l’IA, c’est qu’elle prenne le contrôle des esprits.

    Mais, dans les systèmes de domination, la résistance apparaît souvent là où on ne l’attend pas, disait Anibal Quijano. Pourtant, souligne Arshin Adib-Moghaddam, la société civile ne regarde pas suffisamment ce qui se déploie, elle semble peu impliquée dans le très dynamique secteur de l’IA militaire. Face à l’inégalité de pouvoir entre utilisateurs de l’IA et producteurs d’IA qui se sédimente avec le déploiement et l’extension des outils d’IA partout, peu est fait pour nous protéger. L’érosion lente de la #vie_privée, l’objectivation posthumaine… nous éloignent de la dé-technologisation qu’appelle de ses vœux Carissa Véliz dans son livre, Privacy is Power (Penguin, 2021).

    Pour Adib-Moghaddam, nous devrions pourtant chercher à protéger notre humanité, plutôt que de chercher à flouter les différences entre l’homme et la machine, comme l’attendent les tenants du posthumanisme. Adib-Moghaddam souhaiterait un futur qui soit post-IA, dans lequel l’IA, au moins telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’ait pas sa place. Tant que nous la laisserons exploiter les données passées nous laisserons construire une IA fondamentalement destructrice, extractive, qui perpétue l’#irrationalité et l’agenda des conservateurs et de l’extrémisme de droite, en exploitant les données pour renforcer les différences entre un nous et un eux dans lesquels personne ne se reconnaîtra autres que les plus privilégiés.

    La promesse d’une bonne IA est centrale dans l’approche éthique que pousse la Silicon Valley, enrôlant les meilleurs chercheurs avec elle, comme ceux du MIT, du Berkman Klein Center for internet et society de Harvard. Leur travail est remarquable, mais la poursuite d’une IA éthique ne nous aide pas à trouver des restrictions au déploiement de technologies qui maximalisent la #surveillance_de_masse et la #violence_systémique. « Tant qu’il n’existera pas de #restrictions, les délibérations morales et politiques sur l’informatisation demeureront secondaires par rapport à l’impératif de profit ».

    A l’heure de l’IA, la lutte pour la #démocratie risque d’être plus essentielle que jamais et plus difficile que jamais. Le mythe de la bonne IA nous promet un monde dont les fondations et constructions sociales ne changeront pas. « L’âge de l’IA nous promet un rapport léthargique et résigné au monde ». C’est sans surprise que ceux qui refusent cette IA là sont qualifiés d’être irrationnels, radicaux ou idéalistes… Mais ne soyons pas dupes. « Il est plus facile de prendre le parti des puissants à l’heure de l’IA, alors que nous devrions prendre la direction inverse ». « Les technologies d’IA sont un danger pour nos démocraties car elles inhibent nos choix en donnant de l’impulsion aux seuls extrêmes ». Elles nous confinent dans un espace de pensée restreint. Pour Arshin Adib-Moghaddam, il nous faut reconnaître notre humanité, une humanité qui ne peut être programmée par des machines qui ne seront jamais sensibles.

    Être humain, c’est savoir se protéger

    Être humain signifie savoir se protéger de la pénétration, c’est-à-dire un droit à être laissé tranquille, seul. Nous devons réaffirmer la nécessité d’un « bouclier de la vie privée ». La critique féministe et décoloniale nous donne des armes, comme le fait Françoise Vergès par exemple en croisant les deux. Ressentir, penser, percevoir ou croire doivent rester des valeurs humaines, sans altération des machines. C’est notre #intimité même que tente d’envahir le complexe industriel de l’IA.

    Ainsi par exemple, être créatif c’est indubitablement être humain. La #créativité des machines n’est qu’un effort pour rendre confus nos sens et émotions, au profit du profit et dans une aversion de l’art comme un comportement insurrectionnel. Psycho-codifiés, TikTok, FB ou X sont des moyens d’envahir nos sanctuaires intérieurs. Les machines peuvent faire n’importe quelle tâche sans ressentir la douleur et la discipline nécessaire que l’auto-amélioration nécessite. D’où des productions sans âme, « inutiles pour l’émancipation sociale comme politique ». En associant l’art au seul profit, la matrice technologique propose de faire suffoquer l’essence même de l’art, comme s’il n’était qu’une extension technologique, qu’un moyen de contrôler la subjectivité humaine.

    De quelque endroit qu’on l’analyse, l’IA ne nous offrira aucun antidote à l’#impéralisme, au #colonialisme et à l’#extrémisme. « Nous sommes tous devenus les objets du #colonialisme_des_données extraites de nos corps mêmes ». Le colonialisme était horizontal, géopolitique dans son expansion. Le colonialisme des données, lui, est intimement vertical. Il vise à objectifier des individus vulnérables au profit des sociétés technologiques du Nord global. Les grandes entreprises exigent de nous psycho-codifier en permanence et partout. Arshin Adib-Moghaddam défend un manifeste post-IA qui seul peut gagner la bataille entre le poète et la machine, le stylo et l’épée, le modérateur biaisé et l’activiste paisible. Nous avons besoin de #justice et d’#émancipation_sociale, rien d’autre. Ce qui n’y œuvre pas n’a pas d’intérêt. L’#ignorance, l’#évitement et la #passivité que nous promettent l’IA et ses tenants, ne nous proposent aucun avenir. « Si nous avons besoin d’une bonne IA, nous avons besoin d’une bonne IA qui réponde à nos termes », qui puisse nous permettre de reprogrammer le futur plutôt que de subir la perpétuation du passé.

    Être humain, c’est savoir se protéger. Et face aux machines, l’enjeu est encore de le pouvoir.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/12/11/le-mythe-de-la-bonne-ia
    #décolonial #IA #AI #intelligence_artificielle

  • A Very Big Fight Over a Very Small Language

    In the Swiss Alps, a plan to tidy up Romansh—spoken by less than one per cent of the country—set off a decades-long quarrel over identity, belonging, and the sound of authenticity.

    Ask him how it all began, and he remembers the ice. It was a bitter morning in January, 1982, when Bernard Cathomas, aged thirty-six, carefully picked his way up a slippery, sloping Zurich street. His destination was No. 33, an ochre house with green shutters—the home of Heinrich Schmid, a linguist at the University of Zurich. Inside, the décor suggested that “professor” was an encompassing identity: old wooden floors, a faded carpet, a living room seemingly untouched since the nineteen-thirties, when Schmid had grown up in the house. Schmid’s wife served Rüeblitorte, a Swiss carrot cake that manages bourgeois indulgence with a vegetable alibi.
    Cathomas had already written from Chur, in the canton of the Grisons, having recently become the general secretary of the Lia Rumantscha, a small association charged with protecting Switzerland’s least known national language, Romansh. Spoken by less than one per cent of the Swiss population, the language was itself splintered into five major “idioms,” not always readily intelligible to one another, each with its own spelling conventions. Earlier attempts at unification had collapsed in rivalries. In his letter, Cathomas said that Schmid’s authority would be valuable in standardizing the language. Cathomas wrote in German but started and ended in his native Sursilvan, the biggest of the Romansh idioms: “Jeu engraziel cordialmein per Vies interess e Vossa attenziun per quest problem.” Translation: “I thank you very much for your interest and attention to this problem.”
    Schmid, the man he was counting on, hadn’t grown up speaking Romansh; he first learned it in high school, and later worked on the “Dicziunari Rumantsch Grischun,” a Romansh dictionary begun in 1904 and still lumbering toward completion. But the depth of his expertise was formidable. By the time Cathomas knocked on his door, Schmid had already sketched a plan for standardizing Romansh: a “majority principle” in which the most widely shared spellings across the idioms would win out.
    “He really already had everything,” Cathomas recalled. “He had worked it all out in his head.”
    What Cathomas hadn’t reckoned with was how quickly the tidy scheme, once loosed into the valleys, would ignite quarrels that engulfed Swiss classrooms, newspapers, and eventually cantonal politics—a parable of how an attempt to secure a language’s survival can feel, to those being standardized, like an assault on what makes them distinct.
    Every European language originated in a squabble of dialects. Standard English rose from East Midland varieties, its momentum gathering after Chaucer’s “Canterbury Tales,” in the fourteenth century. In Germany, Luther’s New Testament was a catalyst for making the Saxon dialect the linguistic default, at least on the page. French proved the most consequential case. For centuries, the monarchy promoted a version of the Parisian dialect, and the French Revolution—linking linguistic unity to republican virtue—only hastened the process of linguistic standardization. Elsewhere, the French model of uniformity imposed from above became the template. “There’s a big difference between languages standardized before the French Revolution and after,” the Romance philologist Paul Videsott told me. “After Napoleon, language becomes the strongest means to define a people.”
    Romansh, which sounds closer to northern-Italian dialects than to the modern language spoken in Florence or Rome, is a battered remnant of spoken Late Latin which escaped standardization mostly by being tucked away in the Alps. The Grisons, Switzerland’s only trilingual canton, is dominated by mountains; an area roughly the size of Delaware contains nine hundred and thirty-seven named peaks. (Piz, Romansh for “peak,” clings to dozens of summits like linguistic snowpack.) The terrain is daunting. Even today, travelling by train from Disentis, a Sursilvan-speaking town, to Poschiavo, Italian-speaking and just sixty miles away, takes more than four hours.
    Chur, the capital of the Grisons, was devastated by fire in the fifteenth century. An influx of German-speaking workers arrived to help with reconstruction, and the town’s language altered to German before Romansh had established a literary tradition. And the fact that wider political authority was decentralized meant that linguistic fragmentation found little resistance. Until the start of the nineteenth century, the canton was governed by three bodies with names fit for a Wes Anderson caper: the League of God’s House, the League of the Ten Jurisdictions, and the Gray League. During the Reformation, villagers could put big questions—whether to turn Protestant or remain Catholic—to a vote. Among the surviving Romansh idioms, Sursilvan reigns in the upper Rhine Valley; Sutsilvan in the posterior Rhine Valley; Surmiran in the Albula Valley and Oberhalbstein; and Puter and Vallader in the Engadine. In Cathomas’s estimation, Sursilvan accounts for just over half of all Romansh speakers, Vallader about a fifth, Puter and Surmiran each about ten per cent, and Sutsilvan about five per cent. (These five idioms, Cathomas notes, are themselves a standardization of perhaps twenty-one linguistic varieties that arose over time.) Greetings shift on either side of a watershed and can vary even within a town. Among speakers of Romansh, you could find dozens of ways of pronouncing the first-person pronoun. “Avalanche” varies, too—lavina in Sursilvan, Vallader, and Puter, lavegna in Surmiran and Sutsilvan. With both courtesies and catastrophes refusing to conform, the canton’s school board, publishers, and clergy were forced to produce multiple editions of primers, textbooks, and catechisms; sometimes five parallel print runs were needed for a population the size of a town. To the reform-minded, it was plain that something had to give.
    I met Bernard Cathomas at his home in Chur, a white-walled modernist house designed in the style of Rudolf Olgiati, the Swiss architect known for making starkness feel Alpine. Tall and slender, with retreating white hair, rimless glasses, and a careful, though not unamused, expression, Cathomas carried himself with the formality of a cultural functionary and the low-key stubbornness of a man who has spent a lifetime defending a fragile language. He remains better known in the valleys of the Grisons than he might like; his name can still provoke sharp opinions. The death threats have passed. The indignation has not.
    Inside, we sat by some Le Corbusier armchairs—“Not always very comfortable,” he remarked—while his wife, Rita, brought out what felt like a culinary tour of the valleys: a barley soup dense with grains and vegetables, grated potatoes fried slowly in butter until crisp, and plates of charn setga dal Grischun, dried meats from the Grisons. Cathomas was born in 1946 in Breil, a village situated on a terrace on the north side of the Anterior Rhine, forty-two hundred feet above sea level. He was the second of fourteen children, in a Sursilvan-speaking family.

    The family straddled eras: their habits belonged to the region’s past, their livelihood to the new era. His father worked as a wheelwright until rubber tires killed the trade, then built wooden molds to cast concrete for hydroelectric projects. “My first and deepest wish was to become a medical doctor,” Cathomas said, “but, because my family lacked the money for a secondary-school education, I gave up on that idea.” In the mid-fifties, the family visited the Benedictine monastery at Disentis, which operated a school. Cathomas recalls standing in the Baroque church, beneath a fresco of St. Placidus carrying his own severed head, while monks asked his father if they could pay for tuition. They could not. Nor did Bernard have any desire to be a priest or a monk. He stayed in his local school, trained as a teacher in Chur, and eventually earned a doctorate in German studies.
    By the seventies, Romansh was losing ground; although the number of speakers inched up, the share of the Swiss population who spoke it shrank. German seeped into daily speech, bringing its gadgets with it: vacuum cleaners were schtaubsugers, televisions fernseers, tents zeltas. Decline had a ratchet effect. “Languages need what we call in economics ‘network externality,’ ” Clemens Sialm, a finance professor at the University of Texas who grew up speaking Romansh, told me. “A language becomes more useful the more people speak it.” In the early eighties, someone suggested to Cathomas that Romansh should be allowed to “die in beauty”—the proposal itself phrased, with a touch of fatalist elegance, in Vallader.
    Switzerland had declared Romansh its fourth national language in 1938, but the gesture was symbolic. Without a standardized written form, nothing official could be produced in it. The breakthrough for Cathomas came during his doctoral studies, when he encountered the work of Harald Haarmann, a linguist who showed how German had gradually emerged from a patchwork of dialects. “I thought, Yes, that’s incredible,” Cathomas recalled. “And, when I joined the Lia Rumantscha, I said, ‘We absolutely must do something like that.’ ” What Cathomas perhaps overlooked was that German had unified itself by erasing languages like Romansh.
    After meeting with Cathomas, Heinrich Schmid rapidly produced a dense forty-eight-page pamphlet, outlining a scheme for the new language, which he called Rumantsch Grischun—that is, Grisons Romansh. Given Schmid’s strategy of taking the most common form of a word across the five idioms, sometimes nothing had to change—clav, or “key,” was clav everywhere. Sometimes there was a clear majority: tschiel, or “sky,” instead of tschêl. And sometimes Schmid split the difference, smoothing verbs that varied wildly from valley to valley.
    Cathomas wanted Rumantsch Grischun, or R.G., launched fast. At the Lia Rumantscha, a handful of young linguists set about producing grammars and dictionaries, translating government documents, and coining words on the fly. The mood was feverish. “It was such a pioneering time—you had a feeling that anything was possible,” Anna-Alice Dazzi, a former student of Schmid’s and an early R.G. evangelist, recalled.
    A caveman and a dinosaur brag about the origins of their wealth and the accomplishments of their ancestors.

    But there were already signs of mission creep. Christian Erni, a primary-school headmaster, remembers a conference in the eighties where Cathomas assured teachers that R.G. would never enter classrooms. “It would just be for signage and communication between canton and municipality, a written language,” Erni recounted. “The teachers believed it, too.” That promise quietly expired. Cathomas “wanted to get to the goal too quickly,” Mevina Puorger, a scholar who had also studied with Schmid, recalled. “As soon as he had the guidelines, he started making translations. That was too early. He didn’t give the language a chance to grow.”
    The first serious backlash came in 1988, at a cultural gathering in Scuol. The linguist Chasper Pult gave a lecture in favor of R.G. One designated respondent, Theo Candinas, a writer and an outspoken critic of R.G., was furious that the moderator denied him a chance to deliver a proper rebuttal. To some in the hall—those who saw R.G. as a lab-grown construct foisted on Alpine communities by distant planners—the silencing confirmed their suspicions. “The opposition was probably already frustrated,” Dazzi recalled. “They felt all the energy, all the money, was going into Rumantsch Grischun. This was the last straw.” The following day, Candinas complained to the press that he’d been censored, and denounced R.G. as a bureaucratic affront to the authentic cadences of the valleys.
    The opposition remained a minority, but a verbally resourceful one. The new language was denounced as a “bastard,” a “castrated” tongue, an act of “linguistic murder.” Nazi analogies abounded: Candinas, in a much discussed article, seemed to liken Cathomas to Josef Goebbels; one editorial accused the Lia Rumantscha of staging a “Kristallnacht” against the idioms. Others borrowed from the anxieties of the eighties, from AIDS to Eastern Bloc repression. In 1991, three thousand people signed a petition to the federal government in Bern claiming that the imposition of R.G. violated their rights. Cathomas received threatening anonymous letters and calls. Strangers let him know exactly how they felt. “The reason it’s so contentious is that it’s not about language,” Oliver Mayeux, a sociolinguist at Cambridge, told me. “It’s about using language as a symbol, a totem, around which you organize your social movement.” But Cathomas was determined to stay the course until R.G. joined German, French, and Italian as one of the languages in which Swiss government documents are published. In 1996, it happened.
    Cathomas left the Lia Rumantscha and went on to run Pro Helvetia, the Swiss arts council. The opposition subsided. The publisher Dorling Kindersley’s Eyewitness Books were reborn as Collecziun Egls Averts. Microsoft released its Office suite in R.G. Even the Beatles arrived in Romansh: the Swiss vocalist Corin Curschellas sang “Norwegian Wood” as “Jau vev in’amur / U duess jau dir / L’amur veva mai . . .” After concerts, she’d sometimes ask audiences: Which idiom had she sung in? Sursilvan? Vallader? Surmiran? No one ever guessed R.G.
    By the turn of the millennium, the language had seeped into daily life. The journalist David Truttmann read some short texts on Romansh radio in R.G. He recalls that at the post office in Müstair, where locals speak Jauer, a close relative of Vallader, a postal clerk once said, “You told some funny stories. But they weren’t really in Jauer, were they?” They weren’t—but the fellow had understood them. Later, a pastor clear across the canton griped about another broadcast. For Truttmann, the complaints were the proof: R.G. could serve as a lingua franca.
    Earlier this year, Cathomas agreed to take me on a tour of the region whose linguistic future he’d once tried to reprogram. We left Chur in a train and then boarded a PostBus, climbing into the upper valleys. At just below five thousand feet, we stopped in Vrin, a village whose church had a portico lined with human skulls—a memento mori and, in the past, a resting place for the dead before burial. Then we descended into the main valley of the Anterior Rhine, to Disentis and the Benedictine school that Cathomas’s family hadn’t been able to afford. The monastery, rebuilt at the end of the seventeenth century, sported a concrete addition, brutalism with a clerical accent. Standing in its shadow, I asked Cathomas how Switzerland’s near-sacred devotion to order—visible in trains, typography, and almost everything else—squared with its tolerance for linguistic chaos.
    “You know, that’s just the fascination of small things,” he said. “If you hold small things in high esteem, that’s a good attitude. But, in practice, it leads to difficulties. As soon as you don’t adhere to certain standards, you’re struggling.”
    It became evident that in the Romansh world, six degrees of separation would be overkill. Mention a name and you may be offered coffee, champagne, or a cousin. When I brought up Clemens Sialm, the finance professor in Texas, I found myself ushered up the stairs of the Hotel Alpsu, which is run by Sialm’s family. His sister leaned out of the kitchen; among the drinkers on the terrace was Elmar Deflorin, a singer and a filmmaker who, in 1986, had turned a satirical poem about R.G., written by a teacher, into a valley-wide rock anthem.
    After some coaxing, Deflorin sang the opening verse, which translated to: “Good heavens, what’s coming? / A new thing, a new language! / Gather yourselves, you valleys, with axe and club, every child! / We don’t want Rumantsch Grischun!” Later stanzas mocked purists who would “rather die than change” or “experience the world only in German.” Cathomas reprinted the poem in his (German-language) book on the Romansh-language wars, “A Path to Unity in Diversity.” When I asked Deflorin what he thought of the value of R.G. today, he didn’t hesitate: “I think it’s existential.”
    The next day, Cathomas and I went southeast, to the Engadine, where Puter and Vallader are spoken. In Pontresina, a village of palatial hotels, its mayor, Nora Saratz Cazin, explained that even here, in a Puter-speaking zone, speech could fray into micro-dialects. “The Pontresina dialect is very broad, doughy,” Cazin said. “We say primaveeerer, with a lot of eeeer and neer. In Zuoz”—eight miles away—“it’s primavaira.” Cathomas added that Pontresina people sounded slightly different from their neighbors in Celerina. How far away was that? She pointed out the window: “Celerina is the houses over there.”
    The second wave of resistance to R.G. began, predictably, in schools. For decades, the Grisons had printed textbooks in five Romansh idioms—a baroque solution that invited a more rational one. In the mid-two-thousands, the canton launched a trial program, subsidizing schools that taught in the standardized language. A new textbook series blended modernity with Alpine flourishes; one spread on hunting showed a smiling woman with a hooved carcass slung across her shoulders like a sweater, blood streaking her sleeve.
    Between 2007 and 2009, dozens of schools signed on to teach R.G., with a plan to eventually make it the language of instruction. Then children came home spouting phrases that sounded off, even foreign. Outrage followed. A bridge language never meant for speech was suddenly being spoken—and enforced as correct.
    In 2010, indignant parents in the Engadine founded an opposition group, Pro Idioms. Its leader, Domenic Toutsch—a farmer turned insurance executive turned village president—saw R.G. as a professional-class takeover. “The professional Romansh, the Romansh élite, bypassing the people, sought to introduce the Rumantsch Grischun project in an undemocratic, dictatorial manner,” he told me, “with money, coercion, and so on, under the leadership of Bernard Cathomas, among others.” Then, with a farmer’s finality, he added, “Bernard Cathomas is not my political Romansh friend.”
    Soon, a second chapter formed in Surselva. One of its leaders was Tresa Deplazes. When her daughter started third grade in an R.G. school, Deplazes recalled, “that’s when we really got a sense of what it meant. She’d bring home homework, and we’d encounter something that just sounded wrong and looked wrong. Really wrong.”
    The alliance between the two chapters required delicacy—the gap between the Engadine dialects and Sursilvan is the widest in the Romansh family—and participants sometimes had to ask one another what certain words meant. The group’s website published everything twice, with a short German summary as a backup for outsiders. On one point, however, everyone was unified and unyielding: no single Romansh should rule them all.
    Pro Idioms’ most effective weapon was procedure. In the Grisons, the canton where villagers once voted on whether to become Protestant or remain Catholic, individual communities could still hold a vote on which Romansh to teach. From 2011 to 2013, Pro Idioms campaigners trudged from hamlet to hamlet, insisting that the canton didn’t have the authority to dictate. “Every municipality had the right to decide its own language,” Deplazes said.
    In the spring of 2011, the writer Leo Tuor thundered in the Neue Zürcher Zeitung that the debate over R.G. had “destroyed linguistic peace in the Grisons and squandered the trust of the population.” Pro Idioms claimed that the way R.G. was introduced damaged children psychologically, fractured cohesion, and undermined identity.
    Not everyone admired the tenor of the revolt. “Perhaps Switzerland’s democratic principles were also somewhat undermined,” Fabian Huonder, a translator for the canton government, said. “If anyone spoke up for Rumantsch Grischun, they were interrupted, sometimes forcefully.” Still, the campaign worked. Most schools that had adopted R.G. reverted to an idiom.
    Yet Pro Idioms’ triumph had the markings of a Pyrrhic victory. With local schools rejecting R.G. textbooks, international publishers cut back their Romansh editions. The canton kept the colorful R.G. series for the few communities that continued to use them, but largely reverted to a modular system, plugging variant idioms into a single content-management framework. A professor commissioned by the Grisons government to develop teaching materials gave me the numbers: “We print eight sets of textbooks—five in idioms, one in Rumantsch Grischun, one in German, one in Italian. Sutsilvan, the smallest idiom, has just one school. Maybe twenty or thirty students.”
    In 2021, about forty thousand people—half a per cent of the Swiss population, fourteen per cent of the Grisons’—identified Romansh as their main language. The numbers haven’t budged much, but Romansh now sits in a kind of bureaucratic stalemate. Official publications appear in R.G., as do the Romansh broadcaster’s website and its radio news and bulletins, but almost all TV broadcasts are in the idioms. The daily newspaper La Quotidiana maintains an idiomatic equilibrium.
    David Truttmann, the paper’s publisher, took me through a recent edition with a ballpoint pen, charting linguistic shifts like a field commander repositioning troops. With square glasses and gray-flecked dark hair, he had the calm, thoughtful demeanor of someone long accustomed to handling complaints. The lead story—on a wind-power project—was in R.G. Two of the briefs were in Sursilvan. A photo spread was captioned in Puter. Inside, he pointed out Vallader and Surmiran.
    “I think this is the only newspaper in the world written in six different variants,” he said. The ads, inevitably, were mostly in German.
    It could almost seem that the invention of a uniform Romansh has encouraged further fragmentation. In Sedrun, a village below the Oberalp Pass, locals maintained that they spoke not Sursilvan or Sutsilvan but Tuatschin, a micro-idiom of their own. “About twelve hundred people live here,” one woman said, “but only about five hundred are Tuatschiners.”
    That night, in a hall attached to a compound for holiday groups—a bar on one side, a mandala-like cloth draped over the back wall—I attended an evening of prose and song. Pascal Gamboni, a musician with a graying mod cut, sang in Tuatschin: “Mo sil tschiel mirel, mo sil tschiel”—“Only in the sky, only in the sky.” Flurina Badel, a novelist, read from her new book, “Tschiera” (“Fog”), which is in Vallader and concerns Engadine villagers who are being priced out by second-home buyers. With her red-brown hair drawn back and her lips rouged, she read with the steady interior focus of a writer communing with her own sentences. I couldn’t follow her in Vallader, and I had the sense that I wasn’t alone.
    When she switched to German, everyone relaxed. “The quality of literature,” she told me afterward, “has nothing to do with the language in which it is written but with how that language is used.”
    At first, Gamboni and Badel looked like specimens of a venerable Alpine culture. That picture shifted once I spoke with them. Badel is a first-generation Romansh speaker: her father is of Italian descent, her mother Swiss German. They had moved to the Engadine partly for the cheap housing, which has long since disappeared. At home, Badel spoke French, Italian, and German; Vallader came later.
    She enrolled at the Hochalpines Institut Ftan, an élite school that educates both international boarders and local Swiss of more modest means. Later, while studying creative writing in Vienna, she was disappointed to find that everything was conducted in just one language. Did her devotion to Vallader have a convert’s zeal? “I also have a strong affinity for linguistic innovation,” she said. “And when I write in Romansh I’m very close to innovation. I can help invent new words.” She sometimes submits suggestions to Pledari Grond, an online dictionary: giattera (cat flap), tschüffasömmis (dream catcher).
    Gamboni had once spent a decade in England chasing rock stardom. In the early two-thousands, he moved to Bristol with his band, Cléan. Their sound was a serviceable version of Britpop; Gamboni sang in English. A few years later, though, the band was gone. The manager was gone. Gamboni had turned toward the obscure, scraping bows across guitar strings, recording snowmelt, making art films in derelict buildings. He looked worn out. His mother was worried.
    One way of telling the story is that Badel and Gamboni represented a younger generation intent on a Romansh revival. Another is that Romansh became a refuge when your larger ambitions went to ground.
    On the cantonal level, Romansh’s survival comes down to money. From the nineteen-fifties on, the Grisons went from rural poverty to Alpine affluence on the backs of tourism, high-tech industries, and hydropower. Today, its budget stands at $3.9 billion. Against that, the amount spent on supporting a minority language is, as Daniel Spadin, the canton’s top civil servant, told me, “negligible.” In his office building, he ushered me into a chandeliered chamber where a walnut table stretched beneath a rococo ceiling, gilt mirrors lined the walls, and a floral carpet spread underfoot. Federal and cantonal governments combined now spend the equivalent of about seven million dollars a year to keep Romansh alive, including subsidies for the Lia Rumantscha. (A separate levy brings in funds for public broadcasting.)
    “You get onstage very quickly,” Johannes Just told me one evening in his Chur apartment. He would know: for more than two decades, he was part of Liricas Analas, a Romansh rap crew. The name, literally “Anal Lyrics,” nods to the old “Parental Advisory” stickers that warned of obscene language. After six albums, the group disbanded in 2022. “From the living room to the stage, the transition is quick,” Just said. “The hard part is what comes after—trying to go from amateur to professional.”

    Liricas Analas revelled in regional clichés. In one 2012 video, a mountain rube putters to Zurich on an undersized motorbike and swaggers into a night club; offered cocaine, he counters with snuff. In a promotional image, the members pose beneath a schoolhouse panel in Trun that reads “Protect your old Romansh language.” None of them, however, could live on rhyme alone. By 2022, the surviving m.c.s were in their late thirties or forties, commuting from day jobs.
    Book publishing functions in much the same way—small triumphs, bounded horizons. Nadina Derungs, who runs Chasa Editura Rumantscha, in Chur, told me that a typical Romansh title might sell between four hundred and six hundred copies. The outlier was “Uorsin,” a 1945 children’s story about a boy stuck with the puniest cowbell at a fête, which was published in fourteen languages and sold a million copies.
    Derungs had bold glasses, black teardrop earrings, and a bubbly, curated energy. “We don’t publish everything we’re sent,” she said. For younger readers, the Lia Rumantscha translates international hits by big names—Richard Scarry is the latest. But since the revolt against R.G., even Scarry has to appear in multiple idioms. The result: fewer new books, more versions of the same ones.
    When I asked Derungs if she had ever dreamed of working at the German publishing giant Bertelsmann, she sighed. “Of course it would have been great,” she said. “But just getting an internship there—no chance. In the Romansh world, as soon as you want to work for the community, everyone comes and says, ‘Come to us.’ ”
    “This is a protected environment,” another Swiss woman told me when I mentioned the peculiarities of the Romansh cultural ecosystem. She had grown up speaking Romansh in Silvaplana, but she had since moved to Zurich. We were talking in German: “Das ist ein geschützter Rahmen.” But now she switched languages. “Safe space,” she added, in English.
    Technology may yet decide Romansh’s fate. Several years ago, executives at RTR, the public broadcaster in Chur, asked a computational-linguistics team at the University of Zurich whether the language could be brought into the world of automated translation. The timing was favorable: neural networks were replacing statistical models in mainstream machine translation, dramatically improving fluency. The Zurich researchers had spun out a startup, later folded into a larger language-services firm, Supertext, and saw Romansh as a perfect test case. Statistical systems could “see” only a handful of words at a time; neural models could take in whole sentences, and, later still, large language models could weigh even broader contexts.
    RTR agreed to co-fund a pilot to test new tools for its editorial team. The appeal for the developers was the engineering challenge it posed. Corporate clients often expect high-quality translation of internal jargon that behaves like a private dialect; Romansh, with its sparse training corpus and multiple variants, was a real-world version of that puzzle. The team trained its first system on roughly a hundred and twenty thousand aligned segments, a far cry from the billion-plus that a tech giant would have used for German-English. To compensate, they pretrained their system on equivalent Italian and German texts, and they machine-translated texts from major European languages to Romansh to bulk up the corpus.
    The resulting system worked well enough that when Bernard Cathomas switched to Romansh in an e-mail exchange, I could reply in kind. It performs better translating out of Romansh than into it, and it produces only R.G., though it can handle the idioms as input. A new project, backed by the Lia Rumantscha and the University of Zurich, aims to support all five major idioms, as well as R.G. The training base is meagre, mostly drawn from the news, but organizers hope for a working system by 2026.
    The Lia Rumantscha is also asking the International Organization for Standardization to classify each idiom as a separate language. Some people doubt that this hyperlocalism will pay off. One member of the Zurich team told me about a Swiss firm that sold a G.P.S. device with directions spoken in Swiss German. “No one bought it,” he noted. “People said, ‘That’s not my Swiss German.’ ” You can give the machine a voice, he suggested, but people still want it to sound like their cousin.
    It’s a long way from Zurich to Schnaus, and not just geographically. Where the tech world prizes scalability and fluency, the anti-R.G. camp measures success in familiarity, cadence, the feel of something handed down. When I mentioned Cathomas to Tresa Deplazes, a founder of Pro Idioms, she warned me not to be “blinded by his demeanor.” Over lunch at her carefully restored old home—fresh pasta, prompted by a glut of eggs from her hens—I was struck by its contrast with Cathomas’s existence in his austerely modern architectural dwelling in Chur.
    That evening, Deplazes and Francestg Friberg, a schoolteacher and a Pro Idioms member, led me up a hillside where Friberg kept his horses, Carmelot and Amarena. He distributed hay, grilled sausages, and gave me the Romansh names of a brook thundering in the dark.
    “We kept the idioms in schools,” Deplazes said. “We’re proud of that. It was a big job—very difficult.”
    “I don’t feel like a victor,” Friberg added. “But that’s well said. We achieved something.”
    It was the sort of sentiment Cathomas, from the other side, would have understood. “Minorities tend to make themselves smaller than they are,” he’d warned me. “At the same time, they also make themselves bigger. They feel like they can do anything. Both attitudes—the inferiority, the megalomania—are dangerous. In the middle, in reality, that’s the hard place.” But who decides where the middle lies? Between tradition and reform, the coördinates shift with every village.
    Later, I asked Friberg if his unusual first name was native to the area. “Yes, but it’s dying out, like Romansh,” he said. “I am the last of the Mohicans.”
    Rain lanced through the beams of our flashlights as we descended, the horses cantering around us. On the wall of a grotto, someone had scrawled “il drag”—“dragon,” though the official name was la cauma da nuorsas, the sheep’s haven. In Dardin, Friberg pulled a blackened stack of alderwood disks bound in blue twine from his barn and explained a seasonal custom, trer schibettas: heating the disks until they glowed, then hurling them into the valley with whittled sticks. “Over centuries, it became increasingly prohibited,” Friberg explained, given the risk of starting a fire. “Many villages banned it.” His own affection for the custom seemed undimmed; he demonstrated the technique by sending a disk skidding into the night.
    Driving back to Chur, I thought less of the hazards than I did of the stubborn beauty of the custom—the arcs of fire flung into darkness, small acts of defiance against the pull of forgetting. ♦

    https://www.newyorker.com/magazine/2025/12/08/a-very-big-fight-over-a-very-small-language

    #Suisse #langues #romanche #identité #appartenance #authenticité #Grisons #Lia_Rumantscha #minorités_linguistiques #standardisation #Rudolf_Olgiati #histoire #Heinrich_Schmid #Rumantsch_Grischun

  • Qui suis-je et quelle est mon identité ?
    https://framablog.org/2025/12/20/qui-suis-je-et-quelle-est-mon-identite

    On parle souvent dans le monde numérique, par exemple à propos de l’Internet, d’identité. Un ministre annonce qu’on va avoir une « identité numérique ». Un article dans les médias dit qu’un harceleur en ligne utilisait « une fausse identité ». On vous explique … Lire la suite­­

    #Droits_numériques #Enjeux_du_numérique #Libertés_numériques #authentification #Identité

    • Pierre-Félix Guattari ne se laisse guère occuper par les problèmes de l’unité d’un moi. Le moi fait plutôt partie de ces choses qu’il faut dissoudre, sous l’assaut conjugué des forces politiques et analytiques. Le mot de Guattari, « nous sommes tous des groupuscules », marque bien la recherche d’une nouvelle subjectivité, subjectivité de groupe, qui ne se laisse pas enfermer dans un tout forcément prompt à reconstituer un moi, ou pire encore un surmoi, mais s’étend sur plusieurs groupes à la fois, divisibles, multipliables, communicants et toujours révocables.

      https://www.persee.fr/doc/chime_0986-6035_1994_num_23_1_1169

      Pierre-Félix - Trois problèmes de groupe, Gille Deleuze, 1994.

      #moi #identité #subjectivité

  • #JOP2030 : un projet à contre-courant de la #transition Alpine

    Selon ses principaux promoteurs, les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2030 seront structurants pour les Alpes françaises. Il ne s’agit pas seulement de penser l’avenir des #stations_de_ski, comme le suggère l’#Association_Nationale_des_Maires_de_Stations_de_Montagne (#ANMSM), mais de redéfinir rien de moins que les contours d’une « #civilisation_alpine [1] » (sic). Derrière les grands discours, quel projet de #territoire se dessine, ou se confirme avec les JOP 2030 ?

    La vie des montagnard·es est marquée par le #relief. Il remplit notre champ de vision, contraint et draine nos déplacements, définit notre #identité. Le relief est omniprésent dans nos vies. Cette géomorphologie contraignante est aussi protectrice : contre les canicules, contre les sécheresses - précipitations plus abondantes, stockage de l’eau en altitude sous forme de glace... Contre les excès humains aussi, par la résistance naturelle qu’elle oppose à l’#aménagement, à la domination de l’environnement, à l’organisation des concurrences inter-humaines, et contre le vivant.

    Le projet de territoire porté par les promoteurs des JOP 2030 voudrait briser cette résistance. Pour Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), les jeux olympiques et paralympiques sont "une opportunité pour l’accélération de la #transition_montagnarde”. Mais laquelle ? Dans une interview pour La Provence (14/10/23), il répondait à la question de l’impact du projet sur l’environnement : "Quand on parle de bilan carbone, mettre 5 heures pour faire Marseille Briançon, est-ce acceptable ? L’embouteillage à Tallard, on l’accepte ?"

    Il pointait ainsi du doigt un de ces embouteillages des vendredi et dimanche soirs de la saison de ski, dans lequel se retrouvent coincés, les skieurs venus des grandes métropoles régionales du sud : Montpellier, Marseille, toute la côte varoise. Dont un certain Renaud Muselier, qui vient faire du ski en Haute Ubaye en passant par... Tallard pour accéder à son lieu de villégiature. D’autres “bouchons” ou goulets d’étranglement existent partout dans les Alpes françaises (et ailleurs) conséquence d’une hyper affluence ponctuelle qui engorge les massifs avec une régularité métronomique.

    Voilà qui illustre la vision de territoire portée par les JOP 2030, et ses promoteurs : en pleine période de restriction budgétaire massive, il s’agit essentiellement de favoriser quelques grands #domaines_skiables (deux pour les Alpes du sud) et l’amélioration des #axes_routiers pour y parvenir. Et ce au détriment des #populations_locales, des #services_publics, de l’#environnement… mais également de tous les "petits territoires”, éloignés (à peine) de ces domaines skiables et des grands axes qui y mènent. Ces “petits” territoires comprennent un ensemble de stations de #moyenne_montagne qui souffrent déjà particulièrement du #réchauffement_climatique, et dont les premières fermetures emblématiques se succèdent déjà.

    Et le #ferroviaire, demanderez-vous ? Dans cette vision territoriale, le ferroviaire est certes mis en avant par les porteurs du projet, comme caution verte : il s’agit de passer, d’ici aux jeux, d’un temps de trajet de quasi 5 heures à 3h30 entre Marseille et Briançon. Or, les temps de parcours actuels sont le résultat d’une politique de délaissement du #rail, depuis de nombreuses années, portée par les mêmes qui promeuvent les jeux. L’état du #réseau_ferroviaire alpin est tellement dégradé, qu’il paraît difficile de le rendre rapidement à nouveau attractif d’ici 2030. De sorte que l’option la plus "réaliste" pour réduire le temps de trajet serait... de ne pas s’arrêter dans les gares intermédiaires !

    La vision portée par les JOP 2030 est celle de la #spécialisation du territoire, celui des Alpes, au service d’un #tourisme_de_masse issu des grands centres urbains. #Chamonix, #Briançon en sont des exemples emblématiques. La population locale, habitant à l’année, est progressivement chassée des hautes vallées spécialisées dans le ski, devenues trop chères, et invivables au quotidien. Elle subit l’arrivée d’un nombre toujours croissant de vacancier·es, pour qui tout est organisé, dans une “montée en gamme” de l’accueil. On perçoit ainsi deux réalités et logiques distinctes, celle des habitant·es des territoires de montagne, et celle des consommateur·ices d’un territoire.

    Issue des catégories aisées des grands centres urbains, sous pression des contraintes citadines du quotidien, cette population de vacancier·es a besoin, le temps du weekend et des #vacances, de fuir leur lieu de vie, pour s’aérer, pour décompresser. Iels deviennent consommateur·ices d’un territoire, avec le besoin impérieux de changer d’air, de se détendre et de couper d’un quotidien oppressant... pour mieux se présenter le lundi matin au bureau avec la mine hâlée de ceux qui ont les moyens de s’échapper momentanément de l’"enfer" des grandes cités, et de profiter, le temps du weekend ou de vacances, des espaces naturels et des bienfaits de l’activité en extérieur.

    La spécialisation de territoire (au service des centres urbains) que dessine le #surtourisme se retrouve aussi dans d’autres secteurs d’activités : l’#énergie par exemple. Dans les Alpes du sud, des zones “excentrées” sont vues comme territoire à “faible pression foncière”, qui laisse la place au développement des #énergies_renouvelables, solaire photovoltaïque entre autres (du fait du climat particulièrement ensoleillé) et l’apparition de #centrales_photovoltaïques géantes, remplaçant forets et espaces naturels “sauvages”.Ou encore le secteur des #déchets, les arrières pays servant de zone de stockage des déchets des grandes agglomérations.

    Cette #spécialisation_territoriale n’a pourtant pas d’avenir dans le contexte actuel de réchauffement climatique. Dès janvier 2023, la trajectoire climatique de la France a été définie par le ministère de la Transition écologique à +4 degrés à l’horizon 2100, moins de 8 ans après les Accords de Paris qui stipulaient un objectif de 1,5 degrés. Dans les Alpes, ces +4 degrés pourraient être atteints bien avant 2100, ce territoire se réchauffant plus vite que le reste du pays. Quelle hausse de température pouvons nous y attendre et craindre +5, + 6 degrés ?... Une étude européenne sur plus de 2500 stations de ski montrent qu’à plus 4 degrés, 98 % des stations auront un problème existentiel d’enneigement.

    Dans ce contexte de réchauffement climatique fort, les territoires de montagne sont à la fois fragiles, et pourvus d’atouts importants : fraîcheur (relative), réserves en eau, espaces naturels disponibles pour la biodiversité… Un ensemble de facteurs nécessaires à la résilience de territoire. La #revitalisation du territoire alpin ne pourra pas être activée sans prendre en compte ses particularités et sans sa population. Et c’est pourtant ainsi qu’est bâti le projet JOP 2030 ! Il paraît urgent de remettre la #vie_montagnarde, celle des habitant·es des Alpes, au cœur de la question de l’avenir des massifs, au cœur de la question de la #transition_alpine ; Urgent de rompre avec un modèle de consommation de la montagne, urgent d’intégrer les populations pour construire de nouvelles orientations.

    https://france.attac.org/nos-publications/lignes-d-attac/article/jop-2030-un-projet-a-contre-courant-de-la-transition-alpine
    #JO2030 #jeux_olympiques #Alpes #migrations #consumérisme #climat #changement_climatique

  • #We_Refugees_Archive

    We Refugees Archive is a digital archive on #refugeedom, past and present. It focuses on individual micro-histories and the city as a microcosm of refuge and new beginnings.

    We Refugees Archive is a growing digital archive on refugeedom in the past and present. It focuses on individual experiences and the microcosm of the city as a place of refuge and new beginnings.
    Archive with educational approaches

    The archive spans an arc from historical to current experiences of flight, which are brought into dialogue and thus provide new connecting lines and explanatory approaches from and with refugee voices for European and international remembrance and education policy. In current discourses about refugeedom, the (European) past serves as an instinctive projection screen and an intuitive frame of reference – associatively, metaphorically, symbolically. Through the interweaving of past and present, We Refugees Archive gets to the bottom of these projections and questions familiar lines of connection and division in order to stimulate a new narrative about refugeedom. The focus of the historical documents is on the self-testimonies of people who sought to escape Nazi persecution by fleeing (within and out of Europe), among them predominantly Jews. The current section is devoted to a spectrum of the most varied flight movements of recent decades (mainly to Europe). This archival core is enriched with filmic approaches to refugeedom and contextualized by scholarly discussions, interviews with experts and academic guest contributions on relevant questions in the field of flight migration and/or regarding the specific examples of cities of refuge. As an analogous addition to the We Refugees Archive, a successively growing curated collection of selected documents from the archive is being created, which serves as a support for educational work on historical and current experiences of flight.

    The archive focuses on selected cities of refuge, which in the past and present have had a special position as refuges: as places of resistance against national exclusion policies, as microcosms in which visions and structures for an open urban community and a common future are created. But they have also reached and continue to reach their limits, while they are developing as places where refugees can build up networks and a new life for themselves at the same time. In January 2019, the project started with Vilnius and Palermo as historical and contemporary cities of refuge. From 2020, further cities of refuge in the past and present will follow, including Berlin, Paris, Istanbul and New York. In today’s cities of refuge, workshops with refugees and interviews with experts are conducted and existing testimonies of people about their flight and arrival are recorded. The historical examples will be developed, among other things, through research in archives and previously published ego-documents.
    What’s in a name?

    We Refugees Archive is inspired by Hannah Arendt’s 1943 article of the same name. Already then, Arendt’s “We” was thought as a directive for the future and a call to think beyond the boundaries of the nation-state model which is clearly not capable of protection.

    “The loss of human rights does not take place when this or that right, which is usually counted among human rights, is lost, but only when man loses the position in the world by which alone he can have rights at all and which is the condition for his opinions to carry weight and his actions to be of importance.”

    The analyses of flight and lawlessness that Arendt developed in “We Refugees” and other writings from her own experience as a refugee Jewish woman and stateless person over many years are still relevant to many flight biographies today and are becoming increasingly urgent.

    A comparison of historical and contemporary experiences of flight and arrival does not aim to equate them. The aim of We Refugees Archive is rather to showcase their connections and discontinuities on the basis of individual experiences of people who have fled, both now and in the past. Similarities as well as differences will be identified on the basis of different topics that deal with the experiences of flight, new beginnings, visions of the future, support, questions of identity and exclusion from a biographical perspective.
    The Digital Archive

    “Archive” is a perennially hazy term that inherently negates the claim to completeness. Archives are fundamentally selective, are based on randomness and contingencies and subject to certain constellations of power and (un/conscious) motivations. Shaped by presence and absence, the specific composition of traces and voices fundamentally determines the structure and cognitive potential of each archive.

    As an archive of refugeedom in the making, We Refugees Archive is not only growing with the continuous addition of individual experiences of flight and arrival in new examples of cities of refuge. As an archive of flight, it is simultaneously haunted by all those whose voices are not (or could not) be heard – either because they did not manage to flee, died during their flight, were murdered or were denied a new beginning in some other way, or because of our ignorance as archive creators. All these voices, however, are also part of the “we” in We Refugees Archive and encapsulated in and despite its inevitable archival gaps. They have to always be kept in mind as well.

    Thus We Refugees Archive is inherently incomplete. It successively incorporates existing archives with newly created materials, curated into an eclectic collection that spans genres and times on several interlocking levels – from conventional contextualized archival documents, interviews, testimonies, memoirs, contemporary historical photographs and a growing oral history archive to artistic films that approach flight experiences in a participatory and innovative way. Our concept of the archive is thus broad and understands the construction of archives as a process of collecting, elaborating and contextualizing different material from which narratives about refugeedom can be derived.

    The use of an archive also does not follow definable rules, which in itself holds a perpetual potential for knowledge. With this in mind, We Refugees Archive tries to give users a new, emphatic and associative access to the complex of past and present lives as refugees, and refrains from strict instructions for use. The archival materials can be used in digital and analogue form for the historical-political remembrance and educational work of museums, memorials, schools, universities and other institutions.

    https://en.we-refugees-archive.org
    #archive #histoires #réfugiés #migrations #archive_digitale #villes #témoignages #nous #Hannah_Arendt #histoire #Palermo #Paris #Palerme #Vilnius #Berlin #Istanbul #identité #discrimination #expulsions #vision #fuite #futur #soutien #New_York #récit #récits
    ping @karine4 @isskein

  • Il est temps d’atterrir

    Autour de la figure du penseur Bruno Latour, disparu en 2022, Vincent Gaullier et Raphaël Girardot tissent des fils de réflexion en hommage à ce pionnier de l’#écologie_politique, dans un essai documentaire stimulant.

    « Où atterrir ? », interrogeait dans l’un de ses derniers essais l’anthropologue et philosophe des sciences Bruno Latour (1947-2022). Face à la #dérégulation, à l’explosion des #inégalités et au déni persistant des conséquences de la mutation climatique, il y proposait un #guide d’#orientation_politique à la hauteur de ces enjeux : une réflexion de terrain, puissamment ancrée dans la « #zone_critique », ce mince territoire que nous partageons avec l’ensemble du monde vivant. Trois ans après sa disparition, sa pensée reste plus vivace que jamais : aux côtés de ses écrits, les leçons que Bruno Latour a diffusées sur le Web pendant le Covid-19 continuent de circuler et donnent lieu à l’émergence d’un véritable mouvement d’éducation populaire.

    « Classe écologique »
    Pour rendre hommage à ce père de l’écologie politique et explorer sa pensée à contre-courant de la marche du monde, les réalisateurs Vincent Gaullier et Raphaël Girardot composent un essai documentaire qui en déniche les mille et un échos, glanés auprès de citoyens engagés – apprentis maraîchers, hydrologues, pêcheurs, simples curieux de l’œuvre de Bruno Latour constitués en groupe de lecture… Autant de « #Terrestres » qui s’essaient, depuis un champ du Finistère, une cité en Wallonie, aux abords d’un port sénégalais ou au pied des Alpes, à décrire leur territoire, explorer leurs liens de dépendance, et à tenter de marier géologie, biologie et sociologie : une filiation joyeuse et fertile, riche en échanges et en débats d’idées. Chacun à leur manière, ils et elles participent de l’émergence de cette « #classe_écologique » que Bruno Latour appelait de ses vœux : la prise de conscience des #limites_planétaires, alliée à un désir de revenir à l’#essentiel, constitue un premier pas crucial dans la mise en place d’un rapport de force indispensable à la construction et à la défense d’un #monde_habitable.

    https://www.arte.tv/fr/videos/120477-000-A/il-est-temps-d-atterrir

    #documentaire #film #film_documentaire #où_atterrir #Bruno_Latour #habitabilité #hectares_fantômes #monde_dont_on_vit #monde_dans_lequel_on_vit #inquiétude #culpabilité #terrestres #univers #expérience_directe #décrire_à_l'endroit #décrire_à_l'envers #description #local #déconnexion #limites #subsistance #zone_critique #écologie #autonomie #libération #émancipation #habitabilité_de_la_terre #boussole #alliés #menaces #dépendance #auto-description #enracinement #identité #représentation #non-humains #classe_géo-sociale #engendrement #classe_écologique #doléances #politisation

  • #Cécile_Canut : « La #langue n’est pas un outil neutre, mais un espace de #pouvoir, de #contrôle, et de #hiérarchies_sociales »

    Dans Provincialiser la langue : Langage et colonialisme, la sociolinguiste, Cécile Canut, explore les usages et les #imaginaires_linguistiques en #Afrique_de_l’Ouest. Elle nous invite à penser autrement notre rapport au langage. Interview.

    « Ce que parler veut dire », écrivait Pierre Bourdieu. Sur les pas du père de la sociologie, la sociolinguiste, Cécile Canut, propose dans “Provincialiser la langue : Langage et colonialisme” (Editions Amsterdam, 2021), de renouveler le concept même de « langue » et d’en décortiquer les #rapports_de_pouvoir qui en façonnent la valeur.

    En retraçant les #discours_coloniaux qui ont participé à hiérarchiser les #langues_africaines, qualifiées péjorativement de « #dialectes » pour imposer la #langue_coloniale, c’est en réalité un processus de #standardisation de la langue qu’elle dévoile. Le fameux « #ordre_de_la_langue ».

    Une immersion au cœur de la #sociolinguistique, discipline exigeante mais au rôle clé à la révélation des logiques de #distinctions_sociales. Interview.
    Qu’entendez -vous par “provincialiser” la langue ?

    Il y a une distinction fondamentale entre la langue telle qu’elle a été construite et la manière dont elle a été façonnée par des #politiques_linguistiques précises, mises en place dans chaque pays. Mon idée est donc de changer de perspective sur les #pratiques_langagières, en les abordant non pas à travers la langue, mais directement par leur #usage.

    Provincialiser la langue, c’est la mettre de côté pour observer ce qui se passe ailleurs, notamment en Afrique, où j’ai beaucoup travaillé, car le rapport au langage est différent : il ne passe pas nécessairement par la langue, bien que la #colonisation ait imposé ce modèle.
    Vous décrivez comment en #France s’est imposé un #imaginaire_linguistique basé sur une conception rigide et figé de la langue que vous nommez “l’ordre de la langue”. À quoi correspond exactement cet imaginaire ?

    Avant 1539 et l’ordonnance de #Villers-Cotterêts, il n’existait aucune #homogénéité_linguistique : les populations parlaient une grande #diversité de langues et de dialectes. L’affirmation et la #normalisation du #français s’est faite sous l’influence des politiques linguistiques du XVIIe siècle. En effet, à partir de là, s’est mis en place un processus de construction de la langue, porté par différentes instances : grammairiens, écrivains, politiques… Leur objectif était d’homogénéiser et de standardiser la langue pour en faire un objet cohérent et unificateur.

    Le processus s’est ensuite prolongé avec la construction de la #nation, et l’idée d’une langue pour une nation s’impose, associée à celle d’une #culture_nationale supposée homogène. L’ordre de la langue est donc une #norme supposée être acquise par tous les citoyens pour devenir « français ». En d’autres termes, pour être Français, il faudrait parler un français codifié selon certaines règles.

    Toutefois, l’ordre de la langue s’est déplacé et transformé de manière complexe. Par exemple, même le français en Afrique, bien qu’imposé lors de la colonisation, a été approprié de manière très variable, et a donc évolué, comme c’est le cas partout ailleurs, au Québec et dans d’autres régions.
    Vous retracez l’histoire de la #doxa_coloniale qui a opposé une “véritable #langue_civilisée” aux “dialectes” africains. Comment cette #hiérarchisation s’est-elle construite ?

    Lorsqu’on parle des langues, on ne parle jamais réellement des langues elles-mêmes. Ce dont on parle, ce sont des gens qui les parlent. Les différentes manières d’appréhender les populations, transparaissent dans la manière de catégoriser les langues et les pratiques langagières.

    Cela a donc donné lieu à des tentatives de calquer un parler sur un groupe prétendument ethnique, avec des inventions souvent absurdes de la part des premiers linguistes, administrateurs coloniaux et ethnologues. Ces derniers, tout en prétendant faire preuve de patience et d’objectivité, ne faisaient en réalité que reproduire leurs propres #idéologies.

    Par exemple, certaines langues africaines sont souvent dévalorisées, considérées comme non véritables langues, simplement parce qu’elles ne sont pas écrites. Cela a conduit à des processus de #nomination et de catégorisation. On a ainsi distingué la langue, puis les dialectes, les #sous-dialectes
    Dans votre #livre, vous analysez la politique linguistique de l’#école_coloniale en #Afrique_Occidentale_Française, en insistant sur la #violence physique et symbolique qu’elle impliquait. Vous évoquez l’usage du “#symbole” comme outil disciplinaire. Pouvez-vous nous en parler ?

    Cette pratique consiste à imposer à un enfant un objet, de nature variable, pour l’empêcher de parler une langue spécifique. Le #breton, pendant longtemps, a été un exemple de cette pratique en France, mais ensuite, cela a été importé dans certaines régions d’Afrique par le biais de la #colonisation. Cela pouvait être un os, un crâne de singe, des objets assez répugnants qu’on mettait autour du cou.

    Cette première forme de #punition est déjà assez violente, car elle consiste à dénoncer un enfant, non seulement par l’enseignant, mais aussi par les autres élèves. Le but était de se débarrasser de ce petit objet en le donnant à un camarade dès qu’on entendait quelqu’un parler une langue autre que le français.

    Ces #punitions étaient donc extrêmement violentes, non seulement parce qu’elles étaient physiques, mais aussi parce qu’elles constituaient une #humiliation profonde. Ce sont des pratiques qui sont très importantes à aborder, car on ne se rend pas compte à quel point elles instaurent une politique linguistique profondément humiliante. Cela est d’autant plus grave que ces mesures touchent des #enfants, en pleine construction de leur #identité et de leur #rapport_au_monde.

    Quel rôle peut jouer la sociolinguistique pour déconstruire cet “ordre de la langue” ?

    La sociolinguistique joue un rôle clé : elle permet de décrire et de montrer qu’il existe d’autres façons de voir la langue, de comprendre son fonctionnement et d’expliquer qu’elle est un terrain en perpétuelle évolution. Il y a une dimension de #plaisir dans l’utilisation du langage qui est souvent ignorée, parce que la norme est devenue comme une sorte d’institution rigide.

    En France, la maîtrise de la langue permet d’établir une hiérarchie et de renforcer les distinctions sociales. Quand on regarde l’#immigration, on voit bien comment la langue a été utilisée comme un nouveau moyen de #discrimination, un prétexte pour empêcher le renouvellement des cartes de séjour.

    Le but de notre travail, en tant que sociolinguistes, c’est justement de mettre en lumière toutes ces structures qui entourent la langue, pour montrer que ce n’est pas juste un outil neutre, mais un espace de pouvoir, de contrôle, et de hiérarchies sociales. L’idée, c’est aussi d’essayer de faire évoluer les mentalités, de faire comprendre que la langue n’est pas juste un code à respecter, mais qu’elle est façonnée par des rapports de force. Ce genre de prise de conscience pourrait, à terme, amener un changement.

    Aujourd’hui, je suis contente d’avoir pu toucher des publics un peu moins académiques, et je vais continuer dans cette direction, tout en s’appuyant sur les relais médiatiques qui jouent un rôle clé dans cette dynamique. C’est grâce à ça qu’on peut faire évoluer les choses, c’est-à-dire traduire les idées en termes simples, les partager autour de soi. Et je constate que ça fonctionne vraiment bien, surtout auprès des jeunes, il y a une vraie réceptivité et je suis convaincue que ça va faire son chemin.

    https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/cecile-canut-la-langue-nest-pas-un-outil-neutre-mais-un-espace-de-pouvoir-
    #hiérarchisation

    • Provincialiser la langue. #Langage et colonialisme

      Lorsqu’ils ont colonisé l’Afrique, les Européens y ont imposé leur conception idéologique du langage. Pour eux, les pratiques langagières ne pouvaient être appréhendées qu’au prisme d’un ordre de la langue instituant l’essor d’une culture nécessairement nationale. Cette idéologie s’est traduite par la mise en œuvre d’un véritable impérialisme linguistique : outre l’imposition des langues européennes, les missionnaires, puis les administrateurs coloniaux ont façonné des « dialectes africains », catégorisés comme tels afin de mieux les reléguer au bas d’une fantasmatique hiérarchie des langues.
      Si une telle vision, relayée par une partie des élites africaines et confortée, aujourd’hui encore, par les institutions de la Francophonie, a largement survécu aux indépendances, elle n’a jamais cessé d’être contestée – avec succès. C’est précisément de ce succès que Cécile Canut tire toutes les conséquences théoriques et politiques : en mettant au jour les biais inhérents aux approches prétendument scientifiques qui ont dominé l’étude du langage tout au long du xxe siècle, elle nous invite à provincialiser la notion même de langue, ce modèle décharné d’une supposée modernité.

      https://www.editionsamsterdam.fr/provincialiser-la-langue

      #livre

  • #Boîte_à_outils SansStéréotypes

    La Boîte à outils SansStéréotypes propose une sélection de #ressources pour déconstruire les stéréotypes et promouvoir les rapports égalitaires de la petite #enfance à l’#adolescence. Elle s’adresse aux personnes impliquées dans l’#éducation des enfants et des jeunes de 0 à 17 ans.

    Dans cette page :

    #Image_de_soi et #diversité_corporelle
    #Stéréotypes_sexuels et #identité_de_genre
    #Hypersexualisation
    - #Vie_affective et amoureuse
    - #Réussite_scolaire et #choix_professionnels
    - #Santé et #bien-être
    #Coparentalité
    #Sports et #activité_physique
    - Plateformes transversales

    https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/boite-outils

    #guide #genre #stéréotypes #jeunes