• Ensauvager et #ensauvagement, des mots épouvantail | L’écume du discours
    https://ecumedudit.hypotheses.org/1866

    Ce qui concerne la sylva, le sauvage, s’oppose au domus, le domestiqué, qui, changeant d’échelle, deviendra le « civilisé » (Descola 2004). Le sauvage et le civilisé se pensent en réciprocité. La sauvagerie hante l’inconscient collectif et fait redouter un retour à un état primaire. De cette crainte jaillit le syntagme « l’ensauvagement de la France » (en écho à « l’ensauvagement de l’Europe » de Césaire), face à une montée présumée de violences, face à la montée de diverses violences urbaines, en particulier celles liées au mouvement des Gilets jaunes. Depuis 2017, le verbe ensauvager fleurit dans certains titres d’une presse souvent extrémiste, où l’idée sous-jacente est toujours le passage d’un état considéré comme supérieur à un état inférieur, apparenté à celui d’un monde sauvage et animal.

    On retrouve le verbe ensauvager dans le titre d’un billet de Riposte, La France s’ensauvage et se délite, à cause des immigrationnistes, publié le 31 juillet 2018 dans lequel foisonnent les termes alarmants (s’écroule, s’effondre, s’éclate, menacée), autant de mises en garde sur un péril qui menacerait la France

    • Plus récemment, le terme est mentionné par l’historienne Mona Ozouf qui parle d’« ensauvagement du langage » en relation au mouvement des gilets jaunes, en se référant à la Révolution française et au livre de Victor Klemperer sur la langue du IIIème Reich : « l’ensauvagement du langage non seulement annonce mais prépare, fabrique même l’ensauvagement des actes ».

      On retrouve le verbe ensauvager dans le titre d’un billet de Riposte, La France s’ensauvage et se délite, à cause des immigrationnistes, publié le 31 juillet 2018 dans lequel foisonnent les termes alarmants (s’écroule, s’effondre, s’éclate, menacée), autant de mises en garde sur un péril qui menacerait la France :

      Depuis que ces gens-là gouvernent, la France s’écroule. Elle s’effondre ! Elle s’éclate en ethnie. La France est menacée par les bandes, et à terme, par une libanisation. (Riposte, [en ligne])

      Le verbe ensauvager n’est pas repris dans l’article mais est précisé par les reformulations anaphoriques (« incivilités », refus d’obéissance aux forces de l’ordre, des agressions) et divers exemples prélevés dans la presse :

      Le tissage textuel du dérivé ensauvagement avec ces termes (fauve et racaille) est facilité par le fait que l’adjectif dont il est issu (sauvage) s’applique aussi bien à l’animal qu’à l’homme (distinction lexicographique).

      L’utilisation dans les titres d’articles du mot ensauvagement permet de qualifier les exemples égrainés dans les articles. Il évite de thématiser sur les auteurs des délits ou même sur les victimes, ce qui serait le cas avec d’autres substituts éventuels, comme délinquance.

      Dans un colloque intitulé « De la délinquance à l’ensauvagement ? », Marine Le Pen mentionne que la cité, dont elle rappelle l’étymologie (« civis »), n’est plus « synonyme de civilisation, de courtoisie » mais est devenu « un monde auquel on accole le terme d’incivilité » et où « la violence qui y régnait a évolué en ultra violence. » Le mot ensauvagement fait planer une menace, celle d’un monde qui se « décivilise », d’un monde qu’il faudrait policer, comme le suggère la photographie représentant des policiers (voiture et motards) qui illustre l’éditorial intitulé « Les violences gratuites augmentent, le monde s’ensauvage » (site de Sud Radio, mars 2019). L’ensauvagement serait tel que seul le recours à la police pourrait endiguer ce retour de barbarie.

      #langage #extrême_droite #racisme #illégalisme #déviance #insécurité

  • Démission de Girard : Hidalgo saisit la justice et écarte 2 élues EELV de sa majorité | Le HuffPost
    https://www.huffingtonpost.fr/entry/demission-de-girard-hidalgo-saisit-la-justice-et-ecarte-2-elues-eelv-


    Donc, la règle, c’est la standing ovation pour les soutiens de pédophile et les excuses et l’exclusion pour celles qui osent s’indigner.

    Jeudi soir, ce pilier de la majorité, qui a été entendu comme témoin dans le cadre de l’enquête visant l’écrivain, a finalement démissionné face à la pression, ce qui a provoqué l’”écœurement” d’Anne Hidalgo. Ce vendredi matin, plusieurs proches de la maire de Paris sont montés au créneau pour dénoncer “les excès” auxquels ont pris part deux membres de la majorité.

    Anne Hidalgo et son adjoint Emmanuel Grégoire ont par ailleurs demandé des “excuses” à Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu. En vain. Dans la journée, les choses se sont envenimées. Durant la séance du Conseil de Paris, le préfet de police Didier Lallement a rendu hommage à Christophe Girard pour sa “leçon de dignité”, provoquant une standing ovation dans l’assemblée.

    Ce qui a provoqué l’ire d’Alice Coffin, qui a littéralement crié sa “honte” dans l’hémicycle, offrant ainsi une scène surréaliste. Du côté des socialistes, la colère ne retombait pas, alors que c’est l’embarras qui semblait régner chez les élus écolos, David Belliard en tête.

    #Christophe_Girard

    • La photo d’illustration du Huffpost est un contresens, elle nous montre Jean-Louis Missika, le parrain du BTP écarté de la nouvelle mandature, le soir de la réélection, lisant le discours d’Anne H. par dessus son épauleL Le sieur Missika est aujourd’hui en cavale entre l’Espagne et le Maroc, après s’être offert un pied à terre de 7 millions d’euros dans le 16ème l’hiver dernier. Evidemment tout cela n’intéresse personne.

    • Le survol des liens se rapportant à ce monsieur est éclairant  :

      Jean-Louis Missika, né le 6 mars 1951 à Alger, est un homme politique français.. Il est membre du Conseil de Paris et adjoint (apparenté au groupe PS) au maire de Paris chargé de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité.

      Jean-Louis Missika Un temps séduit par Macron, l’adjoint à l’urbanisme sera la clé de voûte de la campagne municipale de Hidalgo à Paris. « Il y a une sorte d’inquiétude chez moi ...

      Jean-Louis Missika : « L’Hidalgo bashing a été trop loin, il a fini par agacer les Parisiens » L’ancien adjoint à l’urbanisme, artisan de l’ombre de la victoire d’Anne Hidalgo prend ses ...

      Jean-Louis Missika : Spécialiste des médias, il enseigne la communication politique à Sciences-Po Paris et dirige une société de conseil en stratégie, auteur notamment de La fin de la télévision (Seuil, 2006).

      Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme, au développement économique et à l’attractivité, lors d’un point presse à Londres, le 6 février 2017

      Jean-Louis Missika est un homme de télévision et sociologue français. Il est membre du Conseil de Paris et adjoint (PS) au maire de Paris chargé de l’innovation, de la recherche et des universités.

      Docteur d’État en gestion (Paris IX Dauphine), diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, et d’Études supérieures de Sciences économiques (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et licencié de philosophie (Paris I Panthéon-Sorbonne).

      Jean-Louis Missika débute sa carrière en devenant en 1979 conseiller de Maurice Ulrich et Pierre Desgraupes, présidents-directeurs généraux successifs d’Antenne 2. Il occupera ce poste jusqu’en 1984.
      Entre 1985 et 1986, il rejoint l’INA comme directeur de recherche au département de la recherche prospective
      À partir de 1986, il devient rédacteur en chef de la revue la revue MédiasPouvoirs.
      En 1988 il occupe le poste de chef du Service d’information et de diffusion du Premier ministre Michel Rocard, fonction qu’il exercera jusqu’à la démission de celui-ci en 1991.
      Il intègre ensuite la direction générale du Groupe de la Cité (1991-1993) puis de la Sofres comme directeur général adjoint et directeur des activités médias (1993-1995). En 1995 et durant 3 ans, il dirige BVA, avant de créer sa société de consultant médias, JLM Conseil, filiale d’Altedia, et conseiller de Bertrand Delanoë.
      Administrateur d’Iliad depuis 2004, il est nommé vice-président de la société en janvier 2007[1] et en démissionne en 2008 suite à son élection comme conseiller de Paris.
      Il est aussi membre du comité d’investissement en capital risque d’AXA Private equity.

      Courriel jean-louis.missika@paris.fr ; Conseiller de Paris. Adjoint à la Maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité .

      Terra Nova a décidé d’ouvrir ses pages au débat des élections municipales de mars 2020 à Paris en publiant un texte de Jean-Louis Missika sur le nouvel urbanisme parisien. Jean-Louis Missika est membre de l’actuelle majorité municipale, adjoint à la maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture et du Grand Paris, et président du mouvement « Paris en Commun ».
      http://tnova.fr/rapports/le-nouvel-urbanisme-parisien

      Jean-Louis Missika. adjoint à la Mairie de Paris. Les édiles parisiens annoncent, dans une tribune au « Monde », qu’ils ne soutiennent plus le plan de rénovation de la SNCF, qui prévoit ...

      Jean-Louis Missika est spécialiste des médias. Co-auteur de La Folle du logis : la télévision dans les sociétés démocratiques (Gallimard, 1983), devenu un ouvrage de référence sur la télévision, il enseigne la communication politique à Sciences-Po Paris et dirige une société de conseil en stratégie.

      Jean-Louis MISSIKA dirige 5 entreprises (5 mandats), son mandat principal est Administrateur au sein de l’entreprise ORBUS. Jean-Louis MISSIKA évolue dans le secteur d’activité BTP et construction. Pierre BELLANGER fait partie du réseau de Jean-Louis MISSIKA il est Président du conseil d’administration dans l’entreprise ORBUS.

      Jean-Louis MISSIKA. - Cette émulation pour les sous-sols parisiens est quelque chose que nous avons produit. Dès la deuxième édition du projet « Réinventer Paris », nous avons présenté 20 ...

      Jean-Louis Missika, adjoint à la Mairie de Paris chargé de l’innovation est revenu sur le projet de tour Triangle qui sera soumis au vote des conseillers de Paris demain. Selon lui, cette tour représente un enjeu considérable sur le plan écono. Paris fait son 1er « Hacking » en réunissant 300 start-up et 150 investisseurs . La mairie de Paris organise mercredi ...

    • À l’initiative du préfet Didier Lallement, une partie des élus du Conseil de Paris a rendu hommage vendredi à Christophe Girard, l’adjoint à la Culture poussé à la démission en raison d’attaques répétées visant ses liens avec l’écrivain Gabriel Matzneff.

      Alice Coffin, l’une des élues écologistes, bien seule, a osé crier plusieurs fois « LA HONTE ! » Ce qui lui a valu d’être traitée de tout.

      Mais qui est ce Christophe Girard ? Et pourquoi tant d’émotions ?

      Explications :

      Dans l’article du NYT sur l’affaire Matzneff il est rappelé que Christophe Girard aurait :

      –pris en charge une chambre d’hôtel pour que Matzneff s’y installe avec Vanessa Springora, alors âgée de 14 ans.

      –que cette faveur aurait permis à Matzneff d’échapper à la Brigade des mineurs.

      –qu’une fois arrivé à la Mairie de Paris, Girard aurait lourdement insisté pour octroyer à Matzneff une bourse rarement accordée du Centre national du livre.

      –que le livre ’’prunelle de mes yeux" de Matzneff qui romantise sa relation de prédateur à V. Springora est dédié à... Girard

      Etc...

      C’est tout un système de protection d’un pedocriminel auquel Girard aurait participé activement.

      Et c’est cet homme là qu’on applaudit d’une standing ovation ?

      https://www.nytimes.com/fr/2020/02/11/world/europe/france-gabriel-matzneff-pedophilie.html#click=https://t.co/7NhsBeFzmz


      M. Matzneff, à droite, à Paris en 1990 avec l’homme d’affaire français Pierre Bergé, au centre, et Harlem Désir.Credit...Pierre Guillaud/Agence France-Presse — Getty Images


      https://tomub.tumblr.com

  • Lyon : un lycéen de 15 ans touché au visage par un tir de LBD et transporté à l’hôpital
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/lyon-lyceen-15-touche-joue-tir-lbd-transporte-hopital-1

    Selon les témoignages que nous avons recueillis, une quarantaine de lycéens bloquaient le lycée Ampère-Saxe ce matin vers 07H00. Au moment de l’intervention des policiers vers 8H15, c’est en tout une soixantaine d’élèves selon les manifestants, une centaine selon la police, dont certains non-bloqueurs, qui ont été évacués.

    Une intervention policière sans sommation

    L’intervention policière de ce matin s’est faite sans sommation, surprenant les lycéens. D’après la préfecture qui confirme cette information, l’abcsence de sommation est justifiée par le fait que les policiers étaient visés par des tirs de projectiles, lancés par un manifestant en particulier. Les forces de police ont donc chargé, les lycéens se sont alors rabattus sur les trottoirs en face du lycée. Selon les témoignages des lycéens, des gifles et des coups ont été donnés, des tirs de gaz lacrymogène et un tir de LBD effectués.

    La police prétend que ce jeune homme n’était pas visé, mais si la police vise aussi mal, il est urgent de leur interdire la possession de toutes les armes de tir. Leurs matraques se sont aussi manifestement égarés sur les visages et les corps de ces mineurs. L’IGPN va surement se saisir de cette affaire avec le même soucis de précision borgne.

    –—
    c’est en tout une soixantaine d’élèves selon les manifestants, une centaine selon la police,
    Après la borgnerie, on peu voire que la dyscalculie fait aussi parti des critères de recrutement de la police.

  • Désobéissance à l’usine : la perruque ouvrière - Les Utopiques
    http://www.lesutopiques.org/desobeissance-a-lusine-perruque-ouvriere

    L’illégalisme à l’usine se traduit sous la forme d’actions collectives : manifestations non autorisées dans les ateliers, refus d’accepter les ordres d’un chef haï, occupation des ateliers, grèves illégales, spontanées, piquets de grève, expulsion physique d’huissiers venus constater la grève, destruction de matériel (Metaleurop, 2003), etc. La désobéissance, hors la grève, est présente, bien que minoritaire, à travers de nombreuses formes de contournement du règlement : chahut, consommation d’alcool, de cannabis, affichage politique ou de photos dites « de charme », vol ou chapardage, travail au noir pour un autre employeur ; production illégale à des fins commerciales. Toutes les formes de déviance : coulage de la production, absentéisme volontaire (macadam), sabotage (moins fréquent1), refus de travail… existent dans les ateliers. Une des activités des plus courantes et des plus méconnues concerne « la perruque ».

    Parmi les fabrications de l’usine, toutes ne vont pas à l’employeur. La perruque fait partie de la culture et des pratiques ouvrières. Elle est aussi répandue que méconnue, la réticence à parler d’un travail illégal étant extrême. Son sens provient de l’analogie avec la perruque de cheveux qui est un trompe-l’œil, une tromperie comme l’est, pour l’employeur, la perruque industrielle. On peut définir tout de suite la perruque : « C’est l’utilisation de matériaux et d’outils par un travailleur, sur le lieu de l’entreprise, pendant le temps de travail, dans le but de fabriquer ou transformer un objet en dehors de la production réglementaire de l’entreprise ».

    #travail #perruque #illégalisme

  • Le marxisme oublié de Foucault, Stéphane Legrand
    http://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2004-2-page-27.htm

    « La société punitive » aborde le même problème que Surveiller et punir : expliquer l’apparition et la généralisation de la prison comme forme punitive au XIXe siècle, et part du même constat : on ne saurait l’expliquer par l’évolution idéologique des théories pénales, non plus que par l’histoire autonome des pratiques judiciaires. Mais il l’appréhende d’une toute autre manière : la forme-prison se rattacherait au développement tendanciel (qui lui est contemporain) de la formesalaire, qui en est historiquement jumelle. C’est parce que la gestion politique du temps et du rythme de vie des individus devient un enjeu majeur pour le pouvoir, que la forme du temps abstrait s’impose en même temps comme principe de mesure à l’appareil pénal et à l’appareil de production. On assiste alors à « l’introduction du #temps dans le système du pouvoir capitaliste et dans le système de la pénalité ». Ce qui permet au premier chef de penser l’homologie possible de deux institutions disciplinaires spécifiques, c’est alors un enjeu politique et économique : le contrôle du temps de la vie :

    « Ainsi ce qui nous permet d’analyser d’un seul tenant le régime punitif des délits et le régime disciplinaire du travail, c’est le rapport du temps de la vie au pouvoir politique : cette répression du temps et par le temps, c’est cette espèce de continuité entre l’horloge de l’atelier, le chronomètre de la chaîne et le calendrier de la prison » (C73, p. 67).

    Mais il faut encore comprendre historiquement, généalogiquement, comment, selon Foucault, le temps de la vie apparaît alors comme un problème politique majeur. Cette apparition est explicable si l’on prend en compte le fait que (dans « La société punitive » comme dans Surveiller et punir) l’institution prison n’est qu’un élément local dans un système de contrainte beaucoup plus large, que Foucault nomme à cette époque le coercitif, défini comme « dimension générale de tous les contrôles sociaux qui caractérisent des sociétés comme les nôtres » (C73, p. 82).
    Foucault aborde le coercitif à partir de l’histoire anglaise, où il est possible de repérer l’évolution d’un certain nombre de groupes sociaux ayant pour objectif la surveillance morale, le contrôle et la punition des populations. Ce qui caractérise ces instances, c’est, en usant d’un terme qu’affectionnait Foucault, qu’elles apparaissent à un niveau « capillaire » : dispersées et non centralisées elles correspondent plutôt à une forme d’autocontrôle des groupes sociaux. D’autre part, elles se donnent moins pour but de détecter et de sanctionner les crimes définis comme tels aux termes d’un code juridique, que d’intervenir sur les irrégularités de comportement, les fautes morales, les propensions psychologiques douteuses, ce que Foucault nomme, dans un vocabulaire criminologique moderne, « les conditions de facilitation de la faute » , dans le but de produire chez les sujets la formation d’habitudes valorisées. Or, Foucault remarque que ces groupements, nés pour réagir à l’incurie du pouvoir central, et souvent pour des motifs extrapolitiques (notamment religieux et économiques), se trouvent tendanciellement repris par l’appareil d’Etat, au cours du XVIIIe siècle. Cette étatisation tendancielle du coercitif répond à une exigence de prise en charge par l’appareil judiciaire des impératifs de moralisation nés en dehors de l’appareil d’Etat, ou encore comme le formule Foucault vise à « mettre en continuité le contrôle et la répression moraux d’une part, et la sanction pénale de l’autre. On assiste à une moralisation du système judiciaire ».

    Cette synthèse moralité-pénalité opérée par l’intégration à l’appareil d’Etat des dispositifs coercitifs, s’explique selon Foucault, assez classiquement, par le développement croissant de l’accumulation capitaliste. A mesure que la richesse s’incarne dans des stocks de plus en plus vastes, dans des moyens de production toujours plus regroupés, c’est en même temps une richesse disponible, facile à dérober ou du moins à détruire, qu’on met sous les mains de groupes de plus en plus nombreux d’ouvriers. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le système judiciaire se caractérisait selon Foucault par une forte tolérance aux illégalismes, y compris populaires, dans la mesure où ces derniers étaient pour partie des vecteurs de l’implantation des rapports de production spécifiquement capitalistes. Mais cette tolérance devient beaucoup moins acceptable lorsque, les conditions sociales et économiques du travail ayant changé, c’est la nature et la signification de l’illégalisme populaire qui changent avec elles : il consiste de moins en moins à se soustraire à des droits, des corvées ou des prélèvements, et tend de plus en plus à se rabattre sur le vol ou la déprédation. L’étatisation du coercitif répondrait alors, selon Foucault, à la nécessité d’introduire entre l’ouvrier et cette richesse qu’on doit lui mettre dans les mains pour lui arracher le profit, quelque chose de plus que le simple interdit légal, quelque chose qui donne effectivité à l’interdit légal : « Il faut un supplément de code qui vienne compléter et faire fonctionner cette loi : il faut que l’ouvrier lui-même soit moralisé ».

    La disciplinarisation se présente alors, selon un ordre d’exposition dont on constate qu’il diffère en profondeur de celui qu’adoptera Surveiller et punir, comme la condition d’effectivité des rapports juridiques formels qui régissent la relation de travail, ou comme le dit Foucault : « Le contrat salarial doit s’accompagner d’une coercition qui est sa clause de validité » (idem, p. 127). En d’autres termes, c’est du point de vue des luttes de classe et de la construction sociale des rapports de production capitalistes, et donc des sujets disposés subjectivement à y figurer, que l’émergence historique de la disciplinarisation est ici pensée. Foucault, d’ailleurs, le dit dans des termes qui ne pourraient pas être plus clairs : le système coercitif est « l’instrument politique du contrôle et du maintien des rapports de production ».

    Mais elle remplit un second rôle vis-à-vis des rapports de production, qui n’est pas seulement leur reproduction par le contrôle des résistances et des illégalismes populaires, mais aussi l’implantation, chez les producteurs immédiats, des #dispositions_subjectives requises par la production en vue du profit. Le corps de l’ouvrier, en effet, n’inquiète pas seulement en tant qu’il est, par ses besoins, la source de l’illégalisme de prédation et de déprédation : l’ouvrier qui #paresse, qui s’enivre, qui brûle son énergie en faisant la fête, ou encore qui vit à son rythme propre, n’opère pas moins une #soustraction à la richesse produite qu’il ne le ferait en pillant ou saccageant les docks ; il pratique alors ce que Foucault nomme un « #illégalisme_de_dissipation », c’est-à-dire qu’il pratique « l’illégalisme cette fois sur son propre corps, sur sa force de travail » (C73,7 mars, p. 148). Il pille le capital à même sa propre vie qu’il épuise, dérobant par là, non pas la richesse créée mais la condition même du profit. Il faut protéger le capital et les moyens de travail du travailleur, mais il faut aussi protéger la force de travail de son propre porteur, protéger du producteur immédiat la condition de la reproduction élargie.

    #société_punitive #forme_prison #forme_salaire #gestion_politique_du_temps #contrôle_du_temps_de_la_vie #Populations #coercitif #accumulation_capitaliste #illégalismes #travail #supplément_de_code (cf. Anti_0edipe) #disciplinarisation #rapports_de_production #Foucault

    • ... nous nous efforcerons de montrer que les concepts fondamentaux de la théorie foucaldienne des relations de pouvoir dans la « société disciplinaire » restent irrémédiablement aveugles si on ne les articule pas à une théorie de l’exploitation et à une théorie du mode de production capitaliste.

    • Quelqu’un ici aurait lu Marx & Foucault, Lectures, usages, confrontations ? un ouvrage collectif (malheureusement sans contribution de Stéphane Legrand) dont je note ici l’existence.

      La présentation de La Découverte

      Marx et Foucault : deux œuvres, deux pensées sans lesquelles on ne peut saisir le sens de notre présent. Pas de théorie critique qui puisse se passer de leurs concepts et de leurs analyses. Et pas de luttes qui ne renvoient à tel moment ou à tel aspect de leur héritage. Pourtant, de l’un à l’autre le passage ne va pas de soi. Les époques, les intentions, les philosophies même ne sont pas superposables. Hétérogènes donc, ces pensées font, l’une et l’autre, obstacle à tout « foucaldo-marxisme ».
      L’ouvrage vise à montrer des rapports mobiles et complexes, non des identités profondes ou des incompatibilités d’essence. Rapports de Foucault à Marx : il prend appui sur lui pour le déborder, l’envelopper, et parfois l’opposer à lui-même. Rapports de Foucault aux marxismes, sous leurs variantes les plus diverses, humaniste, existentialiste, althussérienne, qui n’ont cessé de composer les actualités changeantes de Foucault. Rapports des marxistes, d’hier et d’aujourd’hui, à Foucault : comment l’ont-ils lu ? Que lui ont-ils reproché, que lui ont-ils emprunté ? Qu’en font-ils aujourd’hui de neuf ?
      C’est donc l’actualité d’une lecture croisée de Marx et Foucault qui est au centre des contributions de cet ouvrage et qui ouvre sur un espace fécond pour l’avenir de la pensée critique.

      #livre

    • Foucault et « la société punitive », Frédéric Gros
      https://www.cairn.info/revue-pouvoirs-2010-4-page-5.htm

      Le propre du coercitif est finalement d’établir ce qu’on pourrait appeler l’extension du punitif, d’une part et, d’autre part, la continuité du punitif et du pénal. L’extension du punitif, c’est simplement l’idée qu’au fond être surveillé ou être évalué, c’est être puni. Par le jeu de cette synthèse établie, par le coercitif, entre la surveillance, l’examen et la peine, quand un médecin me pose des questions sur mon état de santé, quand un professeur m’interroge, quand un contremaître me demande comment j’ai travaillé ou un supérieur ce que j’ai fait, toutes ces questions dégagent aussitôt une certaine aura punitive. Le coercitif fait disparaître la possibilité d’une vigilance empreinte de sollicitude ou d’une simple neutralité scientifique. « Qui es-tu ? », « Comment vas-tu ? », « Qu’as-tu fait ? », « Que sais-tu ? », ces questions pourraient au fond ne rien manifester d’autre qu’une simple curiosité scientifique ou un souci éthique de l’autre. Par le coercitif, elles éveillent en chacun d’entre nous la #crainte d’être puni, si la réponse trahit un #écart par rapport à une #norme (de santé, d’instruction, de comportement, etc.), et même la certitude angoissée, si l’écart est trop grand, de finir en prison… (...)

      Mais il faut se demander une dernière chose : à quoi sert ce dispositif punitif généralisé ? La réponse du cours de 1973 est d’une netteté aveuglante, d’un grand tranchant : il sert à transformer le #temps_de_la_vie en #force_de_travail. Au fond, dit Foucault, tout le travail de Marx aura été de penser comment le #capitalisme prend en otage la force de travail, comment il l’aliène, l’exploite, comment il la transforme, pour son plus grand profit, en force productive. C’est cette alchimie de transformation dont le secret est donné à lire dans Le Capital. Mais, en amont, il convient de décrire la manière dont le temps de la vie, qui comprend la fête, la paresse, la fantaisie et les caprices du désir, a pu déjà être transformé en force de travail. Au fond les institutions coercitives n’ont d’autre but que cette transformation. Ce qu’elles pourchassent, dit Foucault, ce sont toutes les formes de la dissipation : l’imprévoyance, l’irrégularité, le désordre, tout ce par quoi le temps de la vie est inutilement dépensé ? « inutilement » pour le profit capitaliste. Le coercitif permettrait donc de faire coller le temps vivant des hommes au rythme des machines et aux cycles de la production.

    • il convient de décrire la manière dont le temps de la vie, qui comprend la fête, la paresse, la fantaisie et les caprices du désir, a pu déjà être transformé en force de travail

      Il y a malheureusement là une faille dans l’analyse foucaldienne (mais il n’est pas le seul, d’autres marxismes hétérodoxes s’y abiment, sans parler des marxismes traditionnels qui se contentent de glorifier le travail...)

      Le temps de vie ne peut être transformé en force de travail dans n’importe quelle condition. Il faut d’abord que soit opérée la dissociation entre activité productive (au sens du capital, c’est-à-dire productive de valeur) et activité improductive. Cette dissociation opère à un niveau logique et global (une totalité), mais aussi à l’intérieur de toute activité particulière. La capital ne peut donc pas tout saisir pour en faire une force de travail, il doit d’abord faire le grand partage entre ce qui concoure à sa reproduction (la valorisation de la valeur) et ce qui est indispensable à cette reproduction sans être producteur de valeur en soi (le travail domestique notamment). Cette dissociation est aussi celle des genres, tels qu’ils sont exprimés (y compris dans ces aspects psychologique et subjectif) de façon bien spécifique dans la société capitaliste. Chacun des genres devient le masque de ces deux faces dissociées (mais insécables) : force de travail d’un coté, simple reproduction de la vie au sens large de l’autre.

      Ainsi la part d’ombre du travail productif (de valeur), ce sont toutes les activités qui sont improductives, mais qui sont transformées par le mouvement du capital pour servir indirectement à sa reproduction (et qui sont souvent des conditions nécessaires à cette même reproduction : l’élevage préalable des petits humains pour en faire de futur producteur, par exemple). Le capital constitue ainsi tendanciellement ces activités improductives à son image (d’où le coercitif), mais cela n’en fait pas pour autant la possibilité d’y appliquer une force de travail (et donc une opportunité de reproduire le capital lui-même)

      C’est un point important, car la crise du capital, c’est le tarissement du travail productif (et donc l’impossibilité de reproduire le capital). Si toute activité pouvait être versée sans autre forme de procès dans la catégorie force de travail, le capital ne serait que mouvement perpétuel du même. D’un autre coté, la sortie du capital ne peut pas être simplement la promotion tout azimut des activités non productives lorsque celles-ci ne sont en fait que l’ombre porté du travail productif (et donc de la reproduction autotélique du capital)

    • @ktche, je ne sais trop que te répondre... tes remarques me semblent relever d’un travers théoricien (et paradoxalement économiciste, malgré la volonté de rompre avec l’orthodoxie marxiste) qui ne fait guère de place à la lutte, aux relations de pouvoir, à l’historicité. L’impossibilité de « reproduire le capital » est avant tout une question politique.
      Un des intérêt du travail de Foucault est précisément d’échapper aux automatismes d’une « dialectique » résolutive, de s’attacher à nouveau à la critique depuis une #analyse_concrète.
      La tradition ultra gauche française qui fait son miel des Manuscrits de 1844 (et ne lit les Grundrisse que depuis 1844), de la #théorie de l’aliénation, fidèle à la traduction par Rubel des écrits de Marx, à refuser, à juste titre, la #politique comme activité séparée, finit par refuser la politique tout court, préférant une attitude critique contemplative, dans l’attente de voir une inéluctable crise du capitalisme advenir. L’ objectivisme de la « théorie de la valeur » se résume à une forme plus ou moins sophistiquée de désarmement.

      Avec les marxistes bornés, nous avions une « théorie de la valeur travail » (en lieu et place dune critique de celle-ci). Tout cela est désormais bon pour les néolibéraux de tout poil, du PS à l’OCDE, occupés à restaurer sans cesse les conditions de la concurrence et une moralité qui leur soit adéquate (votre dignité est dans le travail).
      La « théorie de la valeur » prédit pour sa part la fin du capitalisme (consolation de la science) tout en éternisant les des rapports sociaux capitalistes.
      Nous avons besoin de valeurs nouvelles, forgées par des conflits, créées, pas de faire encore et encore, une « théorie de la valeur ».

    • La « théorie de la valeur » prédit pour sa part la fin du capitalisme (consolation de la science) tout en éternisant les des rapports sociaux capitalistes.

      Il n’y a pas de prédiction quant à la fin du capitalisme. Il s’agit d’analyser et de décrire sa décomposition (là où nombreux sont ceux qui le voient triomphant comme jamais). La dynamique propre du capital sape les conditions de sa propre reproduction. Ce constat ne conduit à aucun optimisme a priori. La décomposition n’est malheureusement pas la fin (ou alors une fin interminable...) mais plus probablement (et même visiblement si l’on observe les périphéries) une barbarisation.

      Par ailleurs, je mettrais en avant une théorie de la valeur-dissociation, qui justement ne s’en tient pas aux dimensions économiques de la socialisation capitaliste, mais prend en compte l’ombre portée du capital qui est aussi une part constitutive de cette socialisation. Cette part dissociée ne représente pas un pôle positif en soi et ne peut pas plus constituer un point d’appui indiscutable pour sortir du capital, car c’est bien la dissociation elle-même qui est constitutive du rapport social capitaliste.

      Enfin, je serais très réticent à identifier les oppositions abstrait/concret et théorique/pratique. Il y a malheureusement des pratiques très abstraites (i.e. qui participent de l’évidement de tout contenu) et heureusement des théories très concrètes (i.e. qui permettent d’identifier le caractère fétiche de la reproduction du quotidien et de dénaturaliser des fausses évidences)

  • Pénaliser un demandeur d’asile pour avoir utilisé une fausse identité pour quitter son pays où il était menacé
    http://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/151015/penaliser-un-demandeur-dasile-pour-avoir-utilise-une-fausse-identite

    Bien cachées sous les belles déclarations d’accueil des réfugiés - belles, mais soigneusement limitées, tout de même - les pratiques préfectorales d’empêchement se perfectionnent. Jusqu’à pénaliser les réfugiés sortis illégalement du pays qu’ils fuyaient, au mépris de la Convention de Genève (1951) relative au statut des réfugiés.

    • La nouvelle invention de la #préfecture de Rennes
      Depuis cet été 2015, la préfecture de Rennes a utilisé la loi existante pour élargir le nombre de #demandeurs_d’asile concernés par la #réadmission ou par la #fraude et donc la procédure prioritaire. Au lieu de se contenter de vérifier ce qu’a fait le demandeur d’asile une fois entré en Europe ou en France, elle a décidé de vérifier ce qu’il a fait pour fuir de son pays. Elle a notamment cherché à voir si la personne n’avait pas fraudé pour fuir son pays.

      Au début, nous avons rigolé car nous ne pensions pas qu’une préfecture aurait le droit un jour de reprocher, à une personne qui fuit parce qu’elle est menacée, de mentir ou de tricher pour quitter son pays. Eh bien, nous avons eu tort de rigoler car, le lundi 21 septembre, le #tribunal_administratif vient de donner raison à la préfecture de Rennes ! Ce qui s’est passé est très grave car, grâce à cette nouvelle pratique, la préfecture de Rennes va pouvoir faire réadmettre de force beaucoup plus de demandeurs d’asile ou retirer leur récépissé aux autres.

      Pour gérer des #illégalismes, on va ainsi jusqu’à qualifier et prendre en compte des comportements qui se sont produits hors du territoire national. Elle est pas belle la souveraineté !

      #étrangers #Collectif_de_soutien_aux_personnes_sans-papiers_de_Rennes

  • L’exil du précaire, récits de vie en marge du travail, 1986 - Patrick Cingolani, #livre_en_ligne - CIP-IDF
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=7840

    Introduction

    1. Du #travail atypique au #précaire
    1. L’insaisissable travailleur précaire
    2. Trois manières de travailler, une manière de s’y #refuser
    3. Une aversion pour la #discipline_productive, un sentiment d’indignité
    4. Les démarcations du précaire

    2. Le prix du loisir
    1. Une singulière épargne
    2. Liberté existence... une typologie des précaires
    3. Un besoin d’être contre le monde de l’avoir et ses places
    4. L’expérience du quotidien

    3. Une identité vacillante
    1. Échapper au classement
    2. Trouver sa forme d’expression
    3. Une manière d’être qui boite

    4. Les fractures de l’histoire, les partages du présent
    1. Non-conformation au classement et non-conformation aux #normes
    2. Petits #illégalismes et loi
    3. La précarité devant l’inégalité
    4. Le « non » du précaire

    5. La précarité entre l’#égalité et la différenciation sociale
    1. Travailler/Imiter
    2. Les écueils du changement

    Conclusion.
    Annexes

    • En ces temps de grisaille et de #chômage critique où le travail est devenu la valeur suprême et le chef d’entreprise le nouveau kalos kagathos des temps modernes, Patrick Cingolani s’en est allé à la rencontre de ces travailleurs qu’on dit précaires. Ce qui intéresse notre sociologue enquêteur n’est pas la précarité des temps de crise, celle du travailleur intérimaire, de l’employé à temps partiel, du chômeur périodique, tous travailleurs « précarisés », mais la précarité voulue, choisie, de ceux qu’il appelle les exilés volontaires du travail, de ceux qui refusent de se soumettre complètement à l’esclavage salarié, en attendant ou non le « grand soir ». L’enquête, « qualitative » - c’est-à-dire non quantitative au sens où la population enquêtée n’est statistiquement pas représentative d’un ensemble par définition non chiffrable - effectuée à Paris et en banlieue, au hasard des rencontres, porte sur une trentaine de personnes et nous donne à entendre les discours d’hommes et de femmes, plutôt jeunes mais aussi moins jeunes, qui parlent de leur rapport au travail. A partir de ces interviews et de quelques biographies reconstituées, Patrick Cingolani analyse les attitudes, les comportements et les expériences de ces marginaux qui vivent au moindre coût de travail et tente de les classer (eux qui se refusent à tout classement) dans les cadres d’une typologie du précaire axée sur le refus du travail, de l’intégration au monde du travail vécu comme aliénation et perte de soi. Le but du précaire est de retrouver une certaine qualité de la vie au prix d’une situation matérielle que d’aucuns, selon les critères généralement admis aujourd’hui, jugeraient souvent voisine de la misère. Le précaire est bien obligé de travailler pour vivre mais il ne veut pas vivre pour travailler. Vieux dilemme. La dignité du travail, cette dimension fondamentale de l’identité qu’on prête au prolétaire, à l’ouvrier (valeur essentiellement « bourgeoise » : cf. Marx), le précaire la nie. En quoi il est aussi (sans le savoir ?) le continuateur d’une certaine tradition, celle de l’ouvrier qui se veut sans attaches et change, à son gré, de patron et d’emploi (la fixation de la main-d’œuvre fut œuvre de longue haleine...). Aux yeux du précaire, ce qui compte avant tout c’est la réalisation de soi, non dans la richesse matérielle, dans la possession ou la consommation de biens, mais dans l’être en soi, la #disponibilité, la découverte, l’autonomie culturelle, la gamberge, voire le farniente, l’expression personnelle quelle qu’elle soit. Pour atteindre cet idéal de vie, le #temps constitue un superflu vital nécessaire, et ce temps on le gagne sur soi, à travers la réduction des besoins matériels, le mépris de toute promotion sociale, pour ne pas perdre sa vie à la gagner. Etrange pauvreté que celle du précaire qui se cultive, voyage, sort, flâne, libre de son temps, la vraie richesse. Libre de penser par lui-même. Pour vivre comme il l’entend, le précaire bricole et se faufile dans les interstices encore libres de la société, petits boulots temporaires, combines, expédients et emprunts de toutes sortes... Cependant si chambre individuelle et débrouillardise voilent souvent l’aspect collectif de ce petit monde, il n’en constitue pas moins quelque part une micro-société, un milieu fait de réseaux, un espace social comme on dit mais aussi un espace historique, espace que l’on peut situer dans un courant périodiquement invisible, qui conduit de Villon aux subcultures des années soixante et soixante-dix, espaces que l’ouvrage ne met peut-être pas suffisamment en valeur.

      L’intérêt de cet objet de recherche, qui relève paradoxalement de la sociologie du travail (on y parle finalement beaucoup de ce travail qu’on abhorre et plus rarement de ce que l’on vit) c’est qu’il va à contre-courant des préoccupations actuelles des sciences sociales et de la réflexion politique. Mais l’accroissement du chômage nous autorise-t-il à abandonner la critique du travail salarié ? La pénurie du travail doit-elle nous empêcher de penser la perspective d’une société sans travail où l’homme serait enfin libre de se réaliser dans le non-travail ? Ce but lointain, assigné à l’humanité par un certain Marx et quelques autres, les précaires n’ont pas le temps de l’attendre. « Individualisme bourgeois », diront certains... Plus positivement on pourrait dire que les précaires, dans leur recherche d’une vie autre, constituent une sorte de micro-laboratoire de la société future, la question de savoir si ces gens sont des déclassés ou bien s’ils préfigurent le visage du nouveau prolétaire (ce que l’auteur semble croire) restant à l’appréciation de chacun.

      Beaurain Nicole. Patrick Cingolani, L’exil du précaire, Klincksieck, (Coll. Réponses sociologiques), 1986. In : L Homme et la société, N. 85-86, 1987. Les droits de l’homme et le nouvel occidentalisme. pp. 191-192.

  • Un exemple de #justice de #classe : la #délinquance patronale concernant le #droit du #travail
    http://mouvements.info/un-exemple-de-justice-de-classe-la-delinquance-patronale-concernant-le-

    Il est courant dans les milieux militants révolutionnaires ou tout simplement progressistes de dénoncer l’institution judiciaire et les arrêts qu’elle rend comme relevant d’une justice de classe. Reste à savoir ce que nous mettons derrière cette expression et quelle réalité nous désignons.

    Dans Surveiller et punir, Michel Foucault évoque la justice de classe en ces termes : « si on peut parler d’une justice de classe ce n’est pas seulement parce que la loi elle-même ou la manière de l’appliquer servent les intérêts d’une classe, c’est que toute la gestion différentielle des #illégalismes par l’intermédiaire de la pénalité fait partie de ces mécanismes de #domination. Les châtiments légaux sont à replacer dans une stratégie globale des illégalismes »[1] .

    Dans cette optique, c’est en s’attardant sur le traitement des délinquances dites « complexes » (environnementale, économique, droit du travail, etc.) et non, comme on le fait habituellement, sur la délinquance de droit commun, que le fonctionnement de la justice de classe se laisse appréhender au mieux.

    Ce qu’on peut qualifier, à juste titre, de justice de classe ne se donne jamais aussi bien à voir que lorsque l’on se situe aux marges du droit commun, dans le traitement des illégalismes en col blanc. De ce point de vue, rendre visibles ces délinquances volontiers invisibles (médiatiquement, politiquement) se révèle souvent édifiant pour le profane.

    Dans le cadre du présent article nous allons évoquer le traitement de la délinquance patronale à travers le prisme du droit du travail et du sort réservé à l’institution étatique chargée de faire respecter ce droit : l’inspection du travail.

    Car pour reprendre les termes de Foucault, les infractions au droit du travail font bien l’objet d’une gestion entièrement différenciée d’un bout à l’autre de la chaîne pénale :

    – par les moyens réels accordés à l’inspection du travail, police du droit du travail ;

    – par la façon dont l’institution judiciaire traite les procédures de l’inspection du travail ;

    – par le type de pénalité appliquée au droit du travail, le droit pénal du travail étant dérogatoire ;

    – par la délégitimation systématique du droit du travail par le pouvoir politique et l’administration du travail, sur fond de discours sécuritaire ambiant.

    #patronat

  • Des couloirs de métro libérés de la PUB - Paris-luttes.info
    http://paris-luttes.info/des-couloirs-de-metro-liberes-de-2627

    Des #antipublicitaires ont agit dans le #métro parisien en remplaçant de nombreuses #affiches publicitaires par des messages contestataires et artistiques.

    Samedi 7 février 2015, un #collectif_anonyme a sévi à nouveau dans les couloirs du métro, remplaçant des affiches publicitaires par des affiches d’expression libre. Cette réappropriation d’un espace public est une pratique régulière plutôt appréciée des usagers du métro parisien.

  • Quelles alternatives à la prison ?
    http://envieditaliefppradio.wordpress.com/2014/03/26/prigioni-malate-quelles-alternatives-a-la-prison

    « Envie d’Italie ? » s’interroge ce mois-ci sur les possibilités de sortir du modèle carcéral tant décrié mais qui domine partout. Les 206 prisons italiennes sont en train de s’écrouler, remplies à craquer et les détenus se suicident neuf fois plus que le reste de la population. En France, la situation n’est guère meilleure. Avec : Mario Vaudano, magistrat, aujourd’hui à la retraite, entre 1997 et 2001, il a été le président du Tribunal de Surveillance du Piémont et de la Val d’Aoste ; Étienne Noël, pénaliste et spécialiste du droit pénitentiaire, il est secrétaire national de l’Observatoire International des Prisons. On écoutera également le témoignage de Jacques Lesage de la Haye, analyste, membre de l’École reichienne de Paris et de l’Institut Wilhelm Reich, anarchiste, il milite depuis 40 ans contre (...)

    • Foucault entreprend assez vite de dissiper un premier malentendu : non, il ne s’agira pas cette fois encore de mettre en œuvre une rhéto- rique de l’exclusion, de dénoncer une société intolérante, de valoriser les marges. Bien au contraire : cette analyse de la prison supposera une critique systématique des concepts de transgression et d’exclusion. Avant d’y renoncer tout à fait, Foucault souligne rapidement que cette notion d’exclusion ne fut pourtant pas, en son temps, tout à fait inutile, notamment pour démasquer une violence première que tentent de faire oublier les concepts de psychopathologie (c’est l’idée que ceux que la société présente comme « anormaux » ou « déviants », elle a commencé par les rejeter). De son côté, le concept de « transgression » avait eu le mérite de faire valoir un rapport à la limite plus profond qu’à la loi. Tous ces thèmes avaient largement nourri l’Histoire de la folie , dont le chapitre intitulé « Le grand renfermement » avait en son temps impressionné : la grande ratio occidentale (objective, méthodique et neutre) marquait en effet sa naissance par le rejet immense de la folie. L’affirmation calme de la Raison, qui se prolongera dans la connaissance psychiatrique, repose alors sur une exclusion originaire et fondatrice.

      Mais précisément, dit Foucault en 1973, il ne s’agira pas, à propos de la prison, de répéter le même schéma, et de la comprendre aussitôt comme instrument d’exclusion des déviants. Cette analyse, sans être absolument inexacte, serait trop superficielle. Car profondément, au moment de sa naissance, plutôt qu’elle ne rejette hors de la société des populations indésirables, la prison moderne intègre, projette, purifie, recycle des stratégies sociales de pouvoir, et par là redistribue des flux de population plus qu’elle n’en élimine. L’idée importante, c’est de considérer la prison comme un révélateur de stratégies plutôt que comme le simple effet institutionnel d’un geste politique monotone et massif (éliminer la contestation, bannir la plèbe séditieuse).

      La prison devra être analysée comme une certaine stratégie de pouvoir. Déjà #Foucault insiste pour faire de l’enfermement moins un contenu pénal déterminé qu’une tactique pénale, parmi trois grandes autres : bannir (interdire la présence du criminel dans certains lieux) ; racheter (imposer un système d’obligations et de compensations) ; marquer (faire apparaître sur le corps des cicatrices du pouvoir). On parle ici de « tactiques pénales », car il ne s’agit pas de faire dépendre ces procédures d’un systèmede représentations ou d’une mentalité, mais d’une certaine manière pour les groupes sociaux de conduire entre eux la guerre. La prison devra être comprise décidément comme une pièce tactique dans une guerre sociale . paysanne) la raison qui impose la prison comme évidence pénale. Mais expliquer n’est pas comprendre, car on ne voit pas immédiatement comment la grande industrie ou la petite propriété agricole ont pu exiger que la prison devienne une modalité punitive exclusive. Sauf à dire que la prison sert à résorber le surplus de main-d’œuvre ou à enfermer la plèbe séditieuse, ce qui est à la fois insuffisant et simpliste.

      {{L’idée que les transformations du capital sont à l’origine de la prison se déploie, au cours des leçons de 1973}}, dans une double dimension, illustrée par deux concepts : celui d’#illégalisme et celui de #coercitif. Il s’agit dans le premier cas de révéler une fonction de la prison dans les rapports sociaux, et dans le second de la considérer comme un symbole de ces mêmes rapports sociaux : une utilité et une utopie sociales.

      ….*
      FOUCAULT ET « LA #SOCIÉTÉ_PUNITIVE »
      http://www.revue-pouvoirs.fr/IMG/pdf/135Pouvoirs_p5-14_foucault_societe_punitive.pdf

  • Manifestation de Nantes : des casseurs, mais aussi des tracteurs
    http://www.reporterre.net/spip.php?article5458

    La manifestation de Nantes samedi contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes a été marquée par des affrontements entre des ("antifas" et la police. Une réalité qui fait oublier la forte présence des paysans et le nombre des manifestants. (...) Source : Reporterre

    • C’est le plus souvent au nom de l’"image", de la "respectabilité" que ce type de séparations sont légitimées. Faut pas être complaisant avec les "éléments" (comme les nomme l’article, empruntant au style policier).
      D’ailleurs, au vu par exemple du peu d’arrestations, ce qui dénote d’un certain rapport de forces, pourquoi ne pas croire plutôt qu’« Il y a eu un espèce de laisser-aller, quasiment de la complaisance » comme le déclare le Maire PS de Nantes qui porte plainte ?http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/23/notre-dame-des-landes-le-maire-de-nantes-porte-plainte_4371883_3244.html

    • Ayrault le dit, faut _« sortir de l’ambiguïté ».
      « Tous ceux qui exercent des responsabilités publiques doivent condamner les squatteurs de la ZAD [zone d’aménagement différé réservée à l’aéroport], organisateurs délibérés de ces violences », a déclaré le premier ministre dimanche au quotidien Presse-Océan.

    • ouais, l’opposition entre « casseurs », « fauteurs de troubles », etc. et « gentils manifestants non-violents » est franchement crade. d’autant que des milliers de gentils manifestants non-violents sont restés à proximité des affrontements, et se replaçaient une fois le gaz lacrymogène dissipé. me semble que ça témoigne de leur volonté de ne pas prendre leurs distances avec ceux qui étaient en première ligne.

    • (…) Cela veut dire diffusion d’une pratique radicale dans un espace démocratique. Toute la question est celle de l’admissibilité de certaines pratiques illégales. Les luttes politiques et sociales ont toujours supposé un espace de jeu entre légalité et légitimité. C’est cet espace de jeu que bloque le concept de terrorisme. Il faut voir sa nouveauté. Autour de 68, on incriminait les « #casseurs » auprès de l’opinion en dépolitisant ainsi leurs actions et, d’un autre côté, on utilisait contre les militants une législation interdisant la reconstitution des ligues dissoutes qui avait été établie par la gauche en 1936 contre les ligues d’extrême-droite. Mais on ne parlait pas alors de « terrorisme ». Ce qui s’opère avant tout aujourd’hui, c’est une criminalisation des #illégalismes, qui était impensable dans ces années-là. L’occupation de locaux ou la séquestration des cadres étaient à l’époque considérés comme éléments du rapport de force, et le sabotage était poursuivi comme action criminelle ordinaire.

      Un entretien avec Jacques Rancière, Le sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs, n° 4, mars 2009
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4442

    • NOUS SOMMES TOUS DES CASSEURS

      une majorité d’interventions dans la sens d’une indistinction/solidarité grévistes/casseurs. ont été votés, un communiqué (qu’on devrait voir ici tôt ou tard) et deux banderolles en tête de manif. la première « nous sommes tous des casseurs », la seconde, un truc du genre « casseurs, grévistes, nous sommes tous des insoumis ».

      20 mars 2006, AG de plusieurs milliers de personnes à la fac de Rennes
      http://nantes.indymedia.org/articles/8175

    • #Emmanuelle_Cosse, (…). « On a toujours dénoncé les actes de violence donc les choses sont très simples » a-t-elle déclaré avant de souligner que son parti avait condamné dès samedi soir les violences à Nantes dues à des « éléments perturbateurs ».

      le préfet de Loire-Atlantique, Christian de Lavernée, a déclaré que « l’opposition institutionnelle à l’aéroport d[eva]it cesser d’être la vitrine légale d’un #mouvement_armé »

      Le même article du Monde, journal officiel de tous les pouvoirs, « actualisé » à plusieurs reprises.
      http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/23/notre-dame-des-landes-le-maire-de-nantes-porte-plainte_4371883_3244.html

    • Quentin, gravement blessé à l’oeil le 22 février à Nantes
      http://nantes.indymedia.org/articles/28990

      Et ils visaient, au flash ball, ils étaient cachés, on les voyait viser, suivre des gens qui marchaient ou qui couraient en face pour aller se mettre à l’abri. Ils les visaient, les suivaient et shootaient, quoi. et ils visaient pas les pieds. On a vu la façon dont ils tiraient, c’était très... c’était ciblé.

      #bouchers #flashball

      il y aurait au moins 4 blessés graves suite à la manif d’hier à Nantes (mel)

    • #Hervé_Kempf, ah wéééé, je prends note…
      Pour la #culture_politique des rapports de force, des principes de perturbations de la société (peut-elle bouger autrement que par des affrontements ?) on relira avec plaisir Francis Dupuis-Déri http://www.atelierdecreationlibertaire.com/article.php3?id_article=382

      Du politicien au policier, en passant par l’idéologue capitaliste, le bon manifestant, la « porte-parole » du mouvement altermondialiste, l’éditorialiste, le journaliste et même l’analyste communiste, tous partagent ici les mêmes sentiments et les mêmes conclusions. À ce discours unanime ne manque pourtant qu’une voix, celle des personnes ayant participé à des Black Blocs. La réalité devient à la fois plus complexe et plus intéressante lorsqu’on accepte de prêter l’oreille à leurs discours, un effort qui permet de mieux comprendre ce phénomène, ses origines, sa dynamique, ses objectifs, ses faiblesses et ses succès.

    • Cassons la figure du « casseur » !
      http://nantes.indymedia.org/articles/29041

      J’ose espérer également que les « casseurs » étaient aussi des « casseuses », et que lancer des projectiles ne renvoie pas juste à un comportement de mec viril. Les femmes aussi ont le droit de l’être [le faire, ndc] non ? Et si on parlait de « casseures » ?

      J’ose espérer enfin que les centaines de personnes qui assistaient et soutenaient les « casseures » avaient envie d’en faire autant mais n’osaient pas se lancer tant la violence symbolique imposée par ce dispositif militaire et les risques d’interpellations et de blessures physiques étaient forts.

      Moi même, j’étais pris dans ce sentiment d’ « attraction-répulsion » vis à vis des zones d’ « émeutes ». Impossible de fuir ces zones et de laisser ces gens qui dépassaient leur peur pour résister et nous protéger tou-te-s, car oui, face à un tel dispositif policier, il est difficile de se sentir en sécurité. L’envie était forte de lancer moi aussi des projectiles. Mes quelques œufs de peinture préparés pour l’occasion commençaient à faire pale figure à côté des pavés qui commençaient à pleuvoir en tous sens. Mon dernier œuf rose lancé derrière les grilles anti-émeutes pour rendre visible la couleur socialiste de tout cet armement m’a valu de belles critiques de la part d’un ’manifestant pacificiste’ : « faux-révolutionnaire », « bouffon », « petit bourgeois ». Ma réponse fut instantanée : « si tu veux garder ta rage dans ta tête, c’est ton problème, mais ne m’empêche pas d’exprimer la mienne ! ». Son attaque méprisante fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase de ma colère. Ras le bol de leur stratégie politique bidon où il faudrait jouer l’unité et attendre le soutien de BFM pour que l’aéroport ne se fasse pas.

      RETOUR À NANTES (RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA MANIFESTATION DU 22 FÉVRIER ET SES SUITES)
      http://www.article11.info/?Retour-a-Nantes-Reflexions-autour#pagination_page

      Fabrice Nicolino a fort bien répondu sur son site dans un texte adressé à Hervé Kempf : « Crois-tu sérieusement qu’on parlerait encore de Notre-Dame-des-Landes sans eux ? [les « violents »] Penses-tu - mais dans ce cas, écris-le ! - que les traditionnelles protestations auraient permis à elles seules de bloquer ce foutu chantier ? Moi, je suis certain que la détermination sans faille des zadistes - dont un nombre x sont aussi jeunes et violents que je l’ai été - a permis la création d’un rapport de forces favorable à notre combat commun. Attention ! Je ne prétends pas qu’ils auraient suffi, car je suis sûr du contraire. Il fallait aussi, bien entendu, la mobilisation des habitants, des paysans de la Conf’, de la gauche non inféodée… »

  • Alexandre Jacob, l’honnête cambrioleur » Archive du blog » Ravachol 1892 : des gens comme tout le monde !
    http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob/2012/04/ravachol-1892-des-gens-comme-tout-le-monde

    Le 11 juillet 1892, le martyr de 33 ans va embrasser la veuve sans avoir pu lors de son procès déclarer sa profession de foi anarchiste. A la quatrième parole, écrit Pouget dans le Père Peinard (n°172, 3-10 juillet 1892), le chef du comptoir lui a coupé le sifflet. Sa déclaration n’est pas perdue, nom d’une pipe ! De la même manière, lorsque tombe la meurtrière lame, a-t-il juste le temps de crier Vive la Ré … Le temps de la marmite peut alors commencer en France.

    Déclaration interdite de RAVACHOL

    Si je prends la parole, ce n’est pas pour me défendre des actes dont on m’accuse, car seule la société, qui par son organisation met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est responsable. En effet, ne voit-on pas aujourd’hui dans toutes les classes et dans toutes les fonctions des personnes qui désirent, je ne dirai pas la mort, parce que cela sonne mal à l’oreille, mais le malheur de leurs semblables, si cela peut leur procurer des avantages. Exemple : un patron ne fait-il pas des vœux pour voir un concurrent disparaître ; tous les commerçants en général ne voudraient-ils pas, et cela réciproquement, être seuls à jouir des avantages que peut rapporter ce genre d’occupations ? L’ouvrier sans emploi ne souhaite-t-il pas, pour obtenir du travail, que pour un motif quelconque celui qui est occupé soit rejeté de l’atelier ? Eh bien, dans une société où de pareils faits se produisent on n’a pas à être surpris des actes dans le genre de ceux qu’on me reproche, qui ne sont que la conséquence logique de la lutte pour l’existence que se font les hommes qui, pour vivre, sont obligés d’employer toute espèce de moyen. Et, puisque chacun est pour soi, celui qui est dans la nécessité n’en est-il pas réduit à penser :

    Éh bien, puisqu’il en est ainsi, je n’ai pas à hésiter, lorsque j’ai faim, à employer les moyens qui sont à ma disposition, au risque de faire des victimes ! Les patrons, lorsqu’ils renvoient des ouvriers, s’inquiètent-ils s’ils vont mourir de faim ? Tous ceux qui ont du superflu s’occupent-ils s’il y a des gens qui manquent des choses nécessaires ? (...)

    #anarchie #illégalisme