• Mort de #Quentin_Deranque à #Lyon  : de nouvelles #images le montrent en première ligne de la bagarre

    Une vidéo, diffusée par plusieurs médias, montre Quentin Deranque, quelques minutes après la bagarre qui lui a coûté la vie. Debout, les mains ensanglantées, à côté d’un autre homme au poing également couvert de sang, il fait face à des passants. Certains lui conseillent de se rendre à l’hôpital, tandis que d’autres évoquent sa participation à une violente bagarre, et lui recommandent de quitter les lieux pour éviter tout problème avec la police. Sa tenue vestimentaire permet de l’identifier en première ligne des affrontements avec les antifascistes, et contredit définitivement la thèse d’un jeune militant pacifiste simplement venu protéger le collectif Némésis.

    Ces images contredisent encore un peu plus le narratif de l’extrême-droite dans l’affaire Quentin Deranque. Diffusées par plusieurs médias, elles montrent le jeune homme de 23 ans, juste après la bagarre au cours de laquelle il a reçu les coups ayant entraîné sa mort. En comparant sa tenue vestimentaire avec d’autres séquences prises pendant l’affrontement avec les antifascistes, le média en ligne Contre Attaque a pu identifier sa position dans la bagarre : Quentin se trouvait en première ligne, visage dissimulé et aux côtés de militants d’extrême droite armés, et portait des coups aux antifascistes.

    On le distingue sur plusieurs scènes de la bagarre  : lors d’une charge en direction des antifascistes, au milieu de l’affrontement à l’angle de la rue Victor Lagrange, et enfin dans cette même rue, utilisée comme axe de fuite par les fascistes, où Quentin Deranque sera frappé au sol. À ses côtés, plusieurs militants d’extrême droite se montrent particulièrement violents. Dans un précédent article, nous mentionnions l’usage par ces derniers d’une béquille, d’une gazeuse lacrymogène et d’un parapluie comme armes. Les images confirment que les personnes manipulant ces objets se trouvaient toutes à proximité de Quentin lors des affrontements.

    Loin d’être, comme l’ont prétendu de nombreux médias de droite, un jeune militant pacifiste venu protéger le collectif Némésis, Quentin faisait donc partie d’un groupe d’une quinzaine de militants fascistes, venus en découdre. C’est ce qu’indique un passant, quelques minutes après l’affrontement, alors que Quentin se tient debout à côté d’eux, à l’endroit exact où il a été frappé au sol.

    Une passante, qui vient d’appeler les secours, précise que Quentin s’est « fait taper sur la tête ». Un témoin de la bagarre répond  : « C’est des trucs qu’ils assument (...) ils étaient là pour ça. » Un autre explique  : « Il y avait deux groupes, c’était une bagarre organisée, il y a deux groupes qui se sont bagarrés. »

    Visiblement sonné, Quentin ne répond pas. À côté de lui, un autre jeune homme, probablement membre du même groupe, comme en témoignent ses phalanges ensanglantées, reste également silencieux et laisse ainsi entendre qu’ils étaient présents pour participer aux violences. La présence de ce deuxième homme sur les lieux correspond aux éléments apportés par le procureur de la République, qui a indiqué lors d’une conférence de presse qu’un des amis de Quentin était revenu le chercher après l’affrontement.

    Au cours de la discussion, alors que la femme ayant appelé les secours recommande à Quentin de se rendre à l’hôpital, un passant commente : « Moi, je serais vous, je partirais ». Un autre ajoute : « Je ferais la même chose. » Alors que la dame insiste sur la nécessité de se rendre aux urgences, un homme précise  : « Je pense qu’il faut qu’il aille à Saint Jo [nom d’un hôpital lyonnais] parce qu’il a l’air d’avoir vraiment mal (...) mais s’il veut pas de problème avec la police je pense qu’il faut qu’il parte.  »

    Quentin et son acolyte suivront finalement ces conseils et se rendront dans le Vieux Lyon, quartier de prédilection des militants néofascistes lyonnais, à environ deux kilomètres du lieu de la bagarre. C’est là que Quentin sera finalement pris en charge par les pompiers, vers 19 heures 40, soit une heure et demie après la vidéo tournée à 18 heures 07.

    Fondateur du groupuscule néo-fasciste Allobroges Bourgoin

    En plus de confirmer la présence de Quentin en première ligne des affrontements avec les antifascistes, cette nouvelle vidéo semble attester son appartenance aux #Allobroges_Bourgoin, un groupuscule néofasciste actif en Isère, qu’il aurait contribué à fonder, selon Le Figaro. Une photo diffusée par les Allobroges Bourgoin sur leur canal Telegram permet d’identifier un jeune homme dont la silhouette et les chaussures correspondent à celles de Quentin Deranque le jour de sa mort.

    Comme nous le mentionnions dans notre précédent article sur l’affaire, les Allobroges Bourgoin s’affichent ouvertement en compagnie de différents groupuscules néonazis, dont les Hussards Paris et les Active Club. On les retrouvait également, en décembre dernier, aux côtés d’Audace Lyon. Ce groupuscule, qui organise régulièrement des entraînements au combat, auxquels Quentin participait, est dans la tourmente depuis les révélations de l’Humanité sur l’organisation, à l’automne dernier, de guets-apens à l’encontre des antifascistes. En octobre 2025, Audace affichait ouvertement son projet violent en déployant à Lyon une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Antifa, te casse pas la tête, Audace s’en chargera ».

    Des fascistes de Clermont-Ferrand et d’autres villes impliqués dans l’affrontement ayant entraîné la mort de Quentin Deranque

    Le média indépendant clermontois Mediacoop a révélé que des militants d’extrême droite, venus de Clermont-Ferrand, étaient présents à Lyon le jour de la mort de Quentin Deranque pour affronter les antifascistes. Ils appartiendraient au groupe néofasciste Clermont non conforme, qui, le 6 février dernier, rendait hommage aux émeutiers du 6 févier 1934 et à l’écrivain fasciste Robert Brasillach, exécuté le 6 février 1945 pour collaboration avec l’Allemagne nazie. Une source fiable a également indiqué à Mediacoop que des militants d’autres villes étaient présents le soir de la bagarre ayant coûté la vie à Quentin. La source a cité les villes de Valence, Besançon, Grenoble et Aix-en-Provence. Des informations que nous n’avons pas pu recouper.

    La présence de membres de Clermont non conforme apparaît en tout cas plausible, tant le groupe auvergnat entretient des liens étroits avec les néofascistes lyonnais. Une figure de Clermont non conforme, Eliot V., est un ancien militant de Lyon ayant déménagé dans la capitale auvergnate il y a quelques années. Selon une source antifasciste, Quentin Deranque lui-même se rendait régulièrement à Clermont-Ferrand et apparaîtrait dans des vidéos de Clermont non conforme. Plusieurs membres de cette organisation étaient d’ailleurs présents le 21 février à Lyon au sein de la manifestation néofasciste en hommage à Quentin Deranque. Parmi eux, Tristan Arnaud, figure de la mouvance néofasciste française condamné à plusieurs reprises pour violences, que l’on voit sur des images assurer le service d’ordre aux côtés du néonazi Marc de Cacqueray-Valménier. Des militants du groupuscule violent Vandal Besak ont aussi été reconnus dans le défilé.

    Pourquoi des militants de Clermont-Ferrand, Valence, Besançon, Grenoble ou Aix-en-Provence auraient-ils parcouru des centaines de kilomètres pour se rendre à Lyon le 12 février, jour de la bagarre qui a coûté la vie à Quentin Deranque  ? Si ces éléments se confirment, ils renforceraient la thèse d’un guet-apens organisé par l’extrême droite contre les antifas. Les jeunes femmes de Némésis auraient-elles servi d’appât, un rôle qu’elles endossent parfois, comme le montrent des conversations internes au groupe, remontant à l’automne dernier et révélées par L’Humanité  ? L’enquête devra aussi faire la lumière sur ce point.

    Une enquête judiciaire qui se complique

    Pour le moment, six hommes suspectés d’avoir porté des coups à Quentin Deranque ont été mis en examen pour homicide volontaire, et un autre pour complicité. Mais, alors que de nouveaux éléments redéfinissent le récit des faits, l’attribution des responsabilités se complique.

    L’information judiciaire « va être longue », avait déjà déclaré le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse le 19 février. Il avait précisé que les juges d’instruction étaient saisis « de l’ensemble des faits », c’est-à-dire de « tout ce qu’il s’est passé bien avant, avant, pendant et même après ».

    Pour les faits ayant mené à la mort de Quentin Deranque, tous les suspects, présumés innocents, contestent fermement toute intention de tuer.

    https://www.blast-info.fr/articles/2026/mort-de-quentin-deranque-a-lyon-de-nouvelles-images-le-montrent-en-premie
    #vidéo #extrême_droite

    voir aussi :
    Quentin Deranque était en première ligne dans la bagarre
    https://seenthis.net/messages/1161067
    signalé par @sombre

  • Quentin Deranque était en première ligne dans la bagarre
    https://contre-attaque.net/2026/03/06/quentin-deranque-etait-en-premiere-ligne-dans-la-bagarre

    Quentin Deranque était en première ligne dans l’embuscade qui a mené à sa mort. Après l’affrontement, il était conscient, debout et refusait les secours.

    Une nouvelle vidéo le prouve, et vient détruire définitivement le narratif de l’extrême droite.

    Des images filmées juste après la bagarre du 12 février à Lyon, montrent Quentin Deranque échanger avec des passants. On voit le jeune militant d’extrême droite les mains couvertes de sang, avec un de ses camarades. On lui conseille d’aller à l’hôpital « Saint Jo’ », ce qu’il ne fera pas.

    La personne ayant filmé ces images nous précise : « J’ai pris la vidéo le 12 février à 18h07 sur la rue Victor Lagrange ». En recoupant avec des images de la rue, nous sommes en mesure de certifier qu’il s’agit bien du 14 rue Victor Lagrange. C’est l’endroit exact de la bagarre. On reconnaît ces lieux dans la célèbre vidéo diffusée par TF1, dans laquelle des coups sont échangés au sol, au moment où le commando d’extrême droite a pris la fuite. Ces images sont déterminantes, car elles montrent que Quentin Deranque n’a pas été laissé « pour mort », comme l’ont répété les médias.

  • Le compte X de la Maison Blanche publie une photo falsifiée par IA d’une manifestante lors de son arrestation
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/23/le-compte-x-de-la-maison-blanche-publie-une-photo-falsifiee-par-ia-d-une-man

    La diffusion d’images modifiées par la Maison Blanche relance le débat sur l’influence de l’IA et des trucages visuels dans la communication politique officielle.

    Le Monde avec AFP
    Publié hier à 11h30, modifié hier à 11h55

    Temps de Lecture 2 min.
    Photo retouchée de la militante Nekima Levy Armstrong, publié sur le compte X de la Maison Blanche, le 22 janvier 2026.
    Photo retouchée de la militante Nekima Levy Armstrong, publié sur le compte X de la Maison Blanche, le 22 janvier 2026. MAISON-BLANCHE/X

    Le compte X de la Maison Blanche a publié, jeudi 22 janvier, une photo d’une manifestante arrêtée dans le Minnesota, la montrant en larmes, sans préciser que cette image avait été truquée à l’aide d’une intelligence artificielle (IA).

    La photo en question, qui montre l’avocate spécialisée dans les droits civiques Nekima Levy Armstrong, présentée comme une « agitatrice d’extrême gauche », illustre la manière dont l’administration du président Donald Trump recourt de plus en plus à des trucages ou à des images générées par IA pour étayer ses arguments politiques.

    Jeudi matin, la secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, avait publié sur X une image prise au moment de l’arrestation de Mme Armstrong avec le visage calme et sans expression. Une demi-heure plus tard, la Maison Blanche a publié sur sa plateforme la même image modifiée pour montrer Mme Armstrong en sanglots, bouche ouverte, front plissé et des larmes coulant sur son visage.
    Image non retouchée de l’avocate Nekima Levy Armstrong, publiée sur le compte de la secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, le 22 janvier 2026.
    Image non retouchée de l’avocate Nekima Levy Armstrong, publiée sur le compte de la secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, le 22 janvier 2026. KRISTI NOEM/X

    L’avocate fait partie des trois personnes arrêtées à la suite d’une manifestation dans le Minnesota : des personnes ont perturbé le service d’une église de la capitale de l’Etat, Saint Paul, dans laquelle ils pensaient que le directeur adjoint du bureau local de la police de l’immigration (ICE) exerçait la fonction de pasteur.

    Ce mouvement s’inscrit dans le cadre de la contestation de l’ICE, dont un des agents a tué, le 7 janvier à Minneapolis, Renee Good, une femme de 37 ans. Les trois personnes arrêtées, dont Mme Armstrong, sont accusées d’« entrave aux droits » des fidèles, en réunion, pour avoir tenté de les « empêcher de pratiquer leur religion », écrit Mme Noem. Dans une interview à la chaîne CNN mercredi, Nekima Levy Armstrong avait accusé l’administration Trump de tenter « de transformer une manifestation pacifique et non violente en crime ».

    Contactée, la Maison Blanche a renvoyé l’Agence France-Presse (AFP) vers le compte X de Kaelan Dorr, son directeur adjoint chargé de la communication. « Une fois de plus, à ceux qui ressentent le besoin de défendre par réflexe les auteurs de crimes odieux dans notre pays, je vous adresse ce message : l’application de la loi se poursuivra. Les mèmes continueront à circuler. Merci de votre attention », écrit M. Dorr sur son post affichant la photo falsifiée.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Donald Trump peut-il faire ça ? Comment le président des Etats-Unis met le droit à l’épreuve
    Hausse de l’utilisation de visuels modifiés

    La publication de la photo modifiée sur le compte X de la Maison Blanche a entraîné de nombreuses critiques sur le réseau. A l’ère de l’IA, de telles images modifiées sont désormais « monnaie courante en politique », remarque Walter Scheirer, de l’université Notre-Dame. « Elles sont fréquemment utilisées pour humilier des figures de l’opposition ou formuler des déclarations politiques extrêmes qui trouvent un écho auprès d’une base électorale », explique M. Scheirer à l’AFP.

    « On pourrait y voir la version contemporaine des caricatures politiques dans la presse, mais il y a un manque notable de bienséance lorsqu’elles transitent par des canaux de communication officiels du gouvernement », estime-t-il.

    Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a intensifié son usage de visuels hyperréalistes mais modifiés ou générés par l’IA sur son réseau, Truth Social, et d’autres plateformes. Il a ainsi publié des images retouchées de lui-même en pape, rugissant aux côtés d’un lion ou dirigeant un orchestre.

    Le président Trump n’a pas hésité également à publier des images modifiées visant à ridiculiser ses adversaires démocrates. D’autres membres de l’administration Trump ont recours à ces images retouchées et certains rivaux politiques du président en font désormais aussi usage.

    #IA #Images #Politique #Desinformation #Etats-Unis

  • #Wine Patches Bring Newer Versions of #adobe #photoshop to Linux
    https://www.omgubuntu.co.uk/2026/01/adobe-creative-cloud-linux-wine-patches

    Wine patches finally fix Adobe Creative Cloud installer on Linux, letting you install Photoshop 2021 and 2025 without copying files from a Windows VM. You’re reading Wine Patches Bring Newer Versions of Adobe Photoshop to Linux, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News #Image_Editors

  • #pinta 3.1 is Out with Axonometric Grids, Marching Ants + More
    https://www.omgubuntu.co.uk/2025/12/pinta-3-1-released-new-axonometric-grids

    Pinta 3.1 is available for download. The open source image editor adds axonometric grids, polygon selection tool, lower memory usage – and lots more! You’re reading Pinta 3.1 is Out with Axonometric Grids, Marching Ants + More, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News #App_Updates #Image_Editors

  • Prima e dopo Milano Cortina. L’impatto delle opere visto dall’alto, da Cortina a Livigno

    La “#legacy” dei Giochi invernali è fatta di cemento, sbancamenti e alberi tagliati. In collaborazione con PlaceMarks, Altreconomia aggiorna il progetto “L’impronta olimpica” (febbraio 2025) e attraverso scatti satellitari mostra la situazione impressionante nel #Cadore, in #Valtellina, in #Alto_Adige e anche a Milano. Le fotografie dei cantieri (integralmente a spese del pubblico) spazzano via la retorica del “grande evento sostenibile”

    https://altreconomia.it/impronta-olimpica-2026
    #JO #jeux_olympiques #JO_2026 #Milano-Cortina #Livigno #Cortina #Italie #impact #images_satellitaires #empreinte #images #Alpes #montagne

  • Au prétexte des Jeux olympiques 2030, l’Assemblée prolonge la #surveillance_algorithmique au moins jusqu’en 2027

    #Vidéosurveillance algorithmique, interdiction de paraître… L’Assemblée nationale a adopté mercredi le volet sécuritaire du projet de loi sur l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises. Au grand dam de députés de gauche qui ont dénoncé des mesures liberticides.

    Les événements sportifs, toujours un bon prétexte à la surveillance de masse pour le gouvernement. L’Assemblée nationale a adopté mercredi le volet sécuritaire du projet de loi sur l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises.

    L’examen du texte, qui contient également des #mesures_dérogatoires, par exemple en matière d’#urbanisme, devrait se poursuivre jusqu’à jeudi ou vendredi. Un vote solennel sur l’ensemble du texte est prévu le 6 janvier. Les députés ont adopté mercredi la prolongation jusqu’en 2027 de l’expérimentation d’un dispositif de #vidéosurveillance_algorithmique (#VSA), testé notamment lors des Jeux olympiques de Paris-2024, mais qui a pris fin en mars 2025.

    Concrètement, une analyse des #images est réalisée par un #algorithme, censée permettre de détecter plus facilement certains #comportements comme un #mouvement_de_foule, la présence d’une personne dans une zone interdite, ou encore un objet abandonné. Il s’agit d’aider « nos agents de la force de sécurité derrière les écrans à repérer ces situations », a expliqué la rapporteure du texte, Véronique Riotton (Renaissance).

    La vidéosurveillance algorithmique jusqu’à 2027, au moins

    Mais plusieurs députés ont pointé les résultats mitigés de l’#expérimentation jusqu’ici, et le fait que le texte prévoit qu’elle soit réalisée en 2026 et 2027, soit bien avant les JO. « L’étape d’après cette vidéosurveillance algorithmique, c’est la #reconnaissance_faciale à la chinoise », a également lancé la députée insoumise Gabrielle Cathala.

    La ministre des sports, Marina Ferrari, a elle défendu le « besoin » de récolter « davantage de données ». Le gouvernement avait tenté de prolonger l’expérimentation dans un texte sur la sécurité dans les transports, mais la disposition avait été retoquée par le Conseil constitutionnel, considérant qu’elle ne présentait pas de lien avec le texte.

    Les députés avaient auparavant adopté mardi d’autres dispositions sécuritaires, notamment la possibilité pour les agents privés de sécurité de procéder à l’inspection visuelle des véhicules et leur coffre, avec le consentement de leur propriétaire.

    Également adoptée : une « #interdiction_de_paraître » sur les lieux d’un grand évènement ou rassemblement, qui pourra être prononcée envers toute personne pour laquelle il existe « des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour la #sécurité_publique ».

    Cette interdiction, limitée à deux mois, serait prononcée par le ministre de l’Intérieur « aux seules fins de prévenir la commission d’actes de #terrorisme ». Mais des députés à gauche ont assuré que cette mesure pourrait être utilisée par exemple contre des militants écologistes.

    « Cette mesure sera permanente et applicable à tout grand rassemblement », et représente « une atteinte disproportionnée aux #libertés_publiques », a lancé le député écologiste Jean-Claude Raux.

    https://www.humanite.fr/politique/cybersurveillance/au-pretexte-des-jeux-olympiques-2030-lassemblee-prolonge-la-surveillance-al
    #JO #JO_2030 #Alpes #France #jeux_olympiques #surveillance

  • Le #Tribunal_de_Nuremberg est-il encore une référence pour l’Ukraine, Gaza ou la RDC ?

    En 1945, à Nuremberg, de hauts responsables nazis étaient jugés pour crime de guerre et crime contre l’humanité… 80 ans après ce procès historique, comment s’inspirer de ce tribunal fondateur de la justice internationale pour en finir avec l’impunité dans les conflits armés en #Ukraine, à #Gaza ou encore en #RDC ?
    Le 20 novembre 1945 s’ouvrait à Nuremberg, en Allemagne, le plus grand procès de l’histoire. D’un commun accord, la France, les États-Unis, l’Union soviétique et le Royaume-Uni affirmaient leur volonté de juger vingt-deux dignitaires nazis, chefs militaires ou hauts fonctionnaires, tous accusés de crimes de guerre ou de #crimes_contre_l'humanité.

    Mais pourquoi invoquer Nuremberg lorsque l’on réclame la fin de l’impunité ? Le président ukrainien Volodymyr Zelensky l’a fait pour son pays l’Ukraine en interpellant le peuple russe dès le 4 avril 2022, suite à l’invasion russe du 24 Février :

    « Le moment viendra où chaque Russe apprendra toute la vérité sur ceux de ses concitoyens qui ont tué. Qui a donné des ordres. Qui a fermé les yeux sur ces meurtres. Nous allons établir tout cela. Et le faire connaitre dans le monde entier. Nous sommes maintenant en 2022. Et nous avons beaucoup plus d’outils que ceux qui ont poursuivi les nazis après la Seconde Guerre mondiale. »

    Et le docteur #Mukwege, prix Nobel de la paix a explicitement fait référence à Nuremberg, en octobre 2024, lors d’un passage à l’Université de Strasbourg en France :

    « Les Congolaises et les Congolais ont aussi droit à leur Nuremberg. Telle est la raison pour laquelle nous plaidons aux côtés des victimes et des survivant.es pour l’établissement d’un Tribunal international pénal pour le Congo et/ou des chambres spécialisées mixtes. »

    Un Nuremberg pour l’Ukraine, Gaza ou la RDC est-il possible ?

    Une enquête signée Clémentine Méténier avec #William_Schabbas, professeur de droit pénal international et des droits de l’homme à Londres, Université de Middlesex, Leyden et Sciences Po ; Christian Delage, historien et cinéaste, réalisateur du film historique « Nuremberg, les nazis face à leur crime » ; Thierry Cruvellier, rédacteur en chef du site Justice Info ; Rafaëlle, professeure de droit international à l’Université Paris Saclay et travaille sur la justice pénale internationale, précisément sur la notion de génocide. Reagan Miviri, avocat au Barreau de Goma dans le Nord-Kivu, il travaille au sein de Ebuteli l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence.

    Le 20 novembre 2025 marque le 80è anniversaire de l’ouverture, à Nuremberg, du procès des grands criminels #nazis, où, pour la première fois, des responsables politiques et militaires de haut niveau – accusés des crimes de conspiracy (complot), crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité – étaient traduits devant une cour internationale, composée des principales forces alliées victorieuses de l’Allemagne nazie. Pour le procureur général Robert H. Jackson, il s’agissait de construire un « procès documentaire », où, en raison des crimes considérables commis par les nazis, notamment leur politique d’extermination des Juifs d’Europe, il était nécessaire de faire reposer l’accusation sur des preuves irréfutables, pour éviter qu’à l’avenir leur réalité fasse l’objet d’une négation. Contre toute attente, les images allaient jouer un rôle majeur pour confronter les nazis à leurs propres crimes.

    La journée de colloque s’interrogera sur l’héritage des « principes de Nuremberg » depuis les années 1990, grâce au développement d’une justice internationale fondée sur des tribunaux ad hoc (du Rwanda à la Centrafrique) et des cours permanentes (Cour pénale internationale, Cour internationale de justice), appelées à statuer en particulier sur le risque potentiel ou la commission de génocides. Or, la collecte de preuves qui s’inspire de la jurisprudence de Nuremberg est forte des nouveaux outils mis en place par les autorités judiciaires, en collaboration avec des ONG et des applications en open source qui en garantissent la fiabilité. Pour la première fois dans l’histoire, en Europe comme au Proche-Orient, la fabrique du dossier probatoire se déroule en co‑construction avec la société civile, en flux tendu et en temps réel.

    https://www.rfi.fr/fr/podcasts/la-marche-du-monde/20251122-le-tribunal-de-nuremberg-est-il-encore-une-r%C3%A9f%C3%A9rence-pour-l-u
    #nazisme

    #justice #guerres #seconde_guerre_mondiale #WWII #justice_internationale #procès #crime_d'agression #crime_contre_la_paix #images #images_comme_preuve #preuves #protocole_de_preuves #justice_pénale_internationale #impunité #vérité #esprit_de_justice #Eyal_Weizman #architecture_forensique
    #podcast #audio

    • #Dan_Kiley

      Daniel Urban Kiley (2 septembre 1912 – 21 février 2004) est un important paysagiste américain du style moderne.

      C’est lui qui a conçu l’aménagement des salles du palais de justice de Nuremberg, pour le Procès de l’après-guerre.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Dan_Kiley
      #architecture #tribunal

    • Le procès de Nuremberg, les nazis face à leurs crimes. Un #film de #Christian_Delage
      https://www.youtube.com/watch?v=uK7JvNFCJTI

      Nuremberg, 20 novembre 1945. Dans une ville encore en ruine, s’ouvre le procès des criminels nazis. États-Unis, France, Grande-Bretagne et Union soviétique sont réunis pour rendre une justice exemplaire aux motifs de crimes contre la paix et, pour la première fois dans l’histoire, de « crimes contre l’humanité ».

      Nuremberg, 20 novembre 1945. Dans une ville encore en ruine, six mois à peine après la capitulation allemande, s’ouvre le procès des criminels nazis. États-Unis, France, Grande-Bretagne et Union soviétique sont réunis pour rendre une justice exemplaire aux motifs de crimes contre la paix et, pour la première fois dans l’histoire, de « crimes contre l’humanité ».

      Sur le banc des accusés, 21 des plus hauts dignitaires nazis, parmi lesquels Hermann Göring, Rudolph Hess, Joachim von Ribbentrop et Wilhelm Keitel. Tous plaident non coupable. Pourtant, les « atrocités » commises sont immenses. Pour preuve, les films tournés à la libération des camps et qui, fait inédit, seront projetées au tribunal. Présentation des preuves à charge, confrontations, témoignages des bourreaux et des victimes se succèdent.

      Après dix mois d’audiences, le verdict est rendu : 12 condamnation à mort dont une par contumace, 7 peines d’emprisonnement et 3 acquittements. Ainsi s’achève le procès qui a ouvert la voie à la création d’une justice internationale.

      Le documentaire de Christian Delage évoque autant le procès lui-même que ses enjeux, la manière dont il est perçu par l’opinion ou encore la recherche des archives filmées de la guerre. Des témoignages d’acteurs de l’époque viennent enrichir le montage d’archives restaurées qui offre un point de vue inédit sur ce procès fondateur pour le droit international.

      https://www.fondationshoah.org/memoire/le-proces-de-nuremberg-les-nazis-face-leurs-crimes-un-film-de-christ

    • Nuremberg : « Les juges ne sont plus au centre, car c’est l’écran qui s’y trouve »

      Il y a 80 ans, le 20 novembre 1945, s’ouvrait le procès de Nuremberg. L’historien et réalisateur français Christian Delage revient sur un héritage spécifique de ce premier grand tribunal international : la double innovation du filmage du procès et de l’image comme preuve au procès. Et comment les Ukrainiens déclarent s’inspirer de sa jurisprudence en la matière.

      JUSTICE INFO : Qu’est-ce qui a poussé l’historien et cinéaste que vous êtes à vous intéresser à l’usage de l’image au tribunal de Nuremberg ?

      CHRISTIAN DELAGE : Je savais que des images avaient été montrées au procès des dignitaires nazis, mais je ne m’étais pas engagé dans une recherche documentée sur ce sujet. J’ai commencé à le faire au début des années 2000, en me rendant aux archives nationales à Washington DC. J’en ai tiré un premier article, « L’image comme preuve : l’expérience du procès de Nuremberg », ce qui m’a aidé à obtenir une bourse de recherche Fulbright pour pouvoir séjourner longuement aux États-Unis. J’ai alors enquêté sur la manière dont les Alliés, pendant l’été 1945, ont rassemblé un ensemble de documents, majoritairement scripturaires, pour fonder l’accusation contre les dignitaires nazis, sur des qualifications pénales de crime contre la paix/crime d’agression, crime de guerre, crime contre l’humanité et plan concerté pour commettre ces crimes. La masse des archives rassemblées en Europe par l’équipe du procureur général, Robert H. Jackson, est d’autant plus impressionnante quand on mesure le temps dont les envoyés spéciaux ont disposé pour nourrir les chefs d’accusation en pièces à conviction. C’est dans un tel contexte documentaire que Jackson prend deux initiatives inattendues : présenter des images comme preuve à l’audience, et filmer les sessions du procès pour le constituer en archive historique.

      Est-ce la première fois que l’image entre dans le prétoire et en quoi cela a-t-il affecté la procédure judiciaire ?

      Aux États-Unis, il y avait déjà eu des procès au civil qui avaient recouru à la photographie puis à l’image animée comme preuve. Les Alliés considéraient également que l’image pouvait jouer un rôle dans la confrontation des Allemands aux crimes commis par les nazis, pour ceux et celles qui n’étaient pas dans le voisinage des camps de concentration. Seront ainsi montrées pendant le procès des images d’actualités provenant des nazis eux-mêmes, sous la forme d’un montage de plusieurs heures réalisé par l’équipe de John Ford et intitulé The Nazi Plan, ainsi que quelques images-trophées des persécutions contre les juifs, ainsi que les documentaires américain et soviétique sur la libération des camps.

      Afin de projeter ces images dans le prétoire, il a fallu modifier, lors du réaménagement du tribunal de Nuremberg par l’architecte américain Dan Kiley, la scénographie coutumière d’un procès. Les juges ne sont plus au centre, car c’est l’écran qui s’y trouve, lui donnant ainsi symboliquement un rôle de tiers. Il s’agissait de confronter les nazis à leurs propres crimes et de surprendre leurs réactions pendant la projection, par l’Accusation américaine, du film Les Camps de concentration nazis, le 29 novembre 1945, en disposant une rampe de néons au-dessus de leurs bancs pour voir leurs visages.

      Qui est en charge de filmer le procès ?

      Dans l’un de mes films, De Hollywood à Nuremberg. John Ford, Samuel Fuller, George Stevens, je fais lire la lettre qu’envoie Ray Kellogg à Ford, dont il était le bras droit. Il lui raconte que « c’est la bonne vieille armée » (le Signal Corps, en charge des transmissions) qui s’occupe – et mal – des préparatifs du filmage. Mais c’est bien la Field Photographic Branch, l’équipe spéciale pilotée par Ford pour filmer la guerre depuis 1942, qui a été chargée en juin 1945 de réaliser un court-métrage présentant l’enjeu du procès (That Justice Be Done, Que justice soit faite), le montage du documentaire sur les camps et la préparation du filmage des audiences. Kellogg a participé à la construction de la cabine de projection. Les opérateurs avaient pour consigne de rendre les emplacements de caméras discrets pour ne pas perturber la sérénité des débats, une contrainte que l’on retrouvera plus tard pour le procès Eichmann [en Israël, en 1961] et les procès de Klaus Barbie et Paul Touvier [en France, en 1987 et 1994]. Il faut préciser que les Soviétiques ont également participé au filmage, en présence de Roman Karmen.

      Vous dites que le tournage du procès a commencé dès le début mais il semble qu’il a été très peu filmé, puisque l’on ne dispose aujourd’hui que d’une trentaine d’heures d’enregistrement. Pourquoi si peu ?

      Comme ce ne sont pas les professionnels formés par Ford qui ont été chargés du filmage, les cameramen étaient peu expérimentés. D’une part, les caméras 35 mm utilisées étaient chargées avec des bobines qui n’excédaient pas 13 minutes. D’autre part, il n’est pas facile de rendre par l’image la dynamique de la confrontation des parties aux procès. Ce ne sont donc que certains moments qui ont été tournés. Malheureusement, parfois, une phrase est coupée au milieu. Lorsque, avec ma collègue Caroline Moine, nous avons préparé mon film « Nuremberg, les nazis face à leur crime », nous avons bénéficié du transfert numérique que venait de faire le Musée de l’Holocauste, à Washington. Mais il a fallu mettre bout à bout et dans l’ordre chronologique l’ensemble des rushes, en les légendant. Ce travail a pris deux mois mais nous avons ainsi créé une archive d’ensemble du procès que nous avons déposée au Mémorial de la Shoah, à Paris, et au Musée de l’Holocauste, à Washington.

      Est-ce que l’héritage de ce travail a marqué les expériences suivantes, pour le procès Eichmann tout d’abord, puis pour les tribunaux internationaux contemporains dans les années 90 ?

      De tous les procès qui ont été filmés depuis Nuremberg, le procès Eichmann est celui qui l’a été le mieux. La captation était d’ailleurs retransmise dans une salle de 500 places, proche du tribunal, et des extraits étaient cédés chaque semaine pour être exploités par les télévisions du monde entier. L’avocat d’Eichmann, Robert Servatius, a tenté de s’opposer au filmage, sans succès, en avançant deux arguments : « Le fait de savoir que les délibérations sont enregistrées pour la télévision et le cinéma peut conduire les témoins à ne pas fournir leurs preuves de manière sincère, d’une part parce qu’ils peuvent ressentir la crainte que leur déposition télévisée est regardée en dehors de la salle d’audience, et d’autre part à cause d’un désir de composer devant un public mondial » ; « Les enregistrements télévisés sont susceptibles de conduire à une présentation déformée des audiences, par exemple en omettant les arguments de la défense ». Les juges y ont opposé une fin de non-recevoir, argumentant à leur tour sur la pertinence du dispositif et son absence d’effet négatif sur les témoins ou sur l’audience.

      Concernant les tribunaux internationaux mis en place pour juger les crimes commis en ex-Yougoslavie et au Rwanda [TPIY, à partir de 1993 et TPIR à partir de 1994], ils ont été filmés mais avec cette nouveauté qu’il n’y a plus de réalisateur, seulement un régisseur employé par le service audiovisuel du tribunal qui pilote des caméras automatisées.

      Quant aux images présentées comme preuves, le TPIR n’en a disposé que de très peu, le génocide s’étant déroulé loin des caméras. En revanche, pour l’ex-Yougoslavie, il y beaucoup d’images, en particulier celles tournées par un groupe paramilitaire serbe, actuellement analysées par Ninon Maillard, qui pilote un groupe de recherche, ProFil, « La Fabrique du procès filmé », et enquête depuis plusieurs années sur cette vidéo dite des « Scorpions », une vidéo-trophée qui a fait l’objet d’intenses débats à l’audience.

      En France, le seul procès bien filmé a été celui de Paul Touvier, ancien milicien de Vichy, accusé de complicité de crimes contre l’humanité pour l’exécution de sept juifs en représailles à l’assassinat d’un propagandiste. Ce procès a contribué à la réflexion sur la responsabilité de l’État français sous l’Occupation. C’est le dernier qui est filmé en présence d’opérateurs dans la salle, sous contrôle d’un réalisateur expérimenté et conscient des enjeux mémoriaux et historiques, Guy Saguez. À partir du procès Papon [en 1997] les caméras sont déjà installées dans les prétoires et pilotées par un joystick dans un studio. Le plus souvent, les captations filmées servent pour la retransmission externe des audiences, quand la salle du tribunal n’est pas assez grande pour accueillir ceux et celles qui veulent venir y assister.

      Plus récemment, concernant les grands procès contemporains comme ceux des attentats de janvier et novembre 2015 [attentats terroristes en France], c’est un peu différent. Les parties civiles ont pu écouter à distance les débats, dont la captation filmée était retransmise dans des salles réservées à la presse et aux chercheurs. L’enjeu sociétal était très important, comme Martine Sin Blima-Barru et moi-même l’avons souligné dans l’exposition Filmer les procès.

      Cette exigence de filmer n’est cependant jamais première pour les magistrats. Ce n’est pas leur culture ni leur préoccupation, car ils ont d’abord à juger des accusés, mais c’est aussi une question de génération. Les jeunes magistrats et avocats sont mieux préparés et plus informés des attendus du filmage des audiences, et de l’importance de l’image-preuve.

      Les procès qui ont été filmés constituent une archive de grande ampleur, dont l’accès paraît cependant très limité.

      Pour l’instant, en France, ce sont des chercheurs et bientôt des réalisateurs – sous réserve d’en avoir l’autorisation – qui peuvent consulter ces images, parce que le grand public ne peut pas y accéder avant 50 ans, mais cette contrainte est la même pour toutes les archives. Cependant, il y a bien une contradiction entre l’enjeu que j’ai souligné, celui de garder une trace intégrale d’un procès à caractère historique, et la norme de conservation et de communication des archives nationales. La publicité des débats se heurte ici au respect de l’intimité des personnes.
      Le 4 avril 2022, cinq semaines après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, le président Zelensky fait allusion à un « Nuremberg pour l’Ukraine » et déclare : « Le moment viendra où chaque Russe apprendra toute la vérité sur ceux de ses concitoyens qui ont tué. Et le faire connaître dans le monde entier. Nous sommes maintenant en 2022. Et nous avons beaucoup plus d’outils que ceux qui ont poursuivi les nazis après la Seconde Guerre mondiale. » De quels nouveaux outils parle-t-il ?

      Il parle essentiellement d’outils visuels. Comment les Ukrainiens ont-ils pu se convaincre matériellement, concrètement, de l’invasion dont ils allaient être victimes ? Par les premières images américaines du satellite Maxar, qui montraient cet incroyable convoi qui avançait extrêmement lentement, depuis la Biélorussie, et dont on a compris qu’il avançait vers Kyiv. Les images satellites, ce sont aussi celles qu’Elon Musk a permis aux Ukrainiens d’utiliser.

      Ensuite, il y a les drones. Je crois que tout le monde aujourd’hui a compris qu’ils avaient plusieurs fonctions. Une fonction de surveillance : dans une tranchée, les Ukrainiens utilisent des drones pour anticiper les mouvements et les opérations de l’ennemi en surface. Une fonction criminelle, puisque ce sont des armes utilisées au quotidien et visant parfois précisément des personnes civiles. Une véritable course aux drones s’est mise en place dans cette guerre.

      Enfin, il y a bien sûr les téléphones portables, massivement utilisés par les citoyens. 20 millions d’Ukrainiens utilisent ainsi une application multifonctions, DIIA, sur laquelle ils peuvent faire des démarches administratives, mais aussi alerter une instance proche de l’État-major ukrainien de l’approche d’un soldat ennemi sur le territoire, d’un bombardement, d’un crime qui vient d’être commis, ou d’une nécessité d’envoyer immédiatement des secours sur place.

      Sur le plan judiciaire, le procureur général ukrainien a ouvert des enquêtes très rapidement, en parallèle de celles de la Cour pénale internationale, et avec le concours d’ONG, comme le Centre pour les libertés civiles, prix Nobel de la paix en 2022, ou de plateformes numériques d’enquête, comme Bellingcat, Eyewitness, Truepic. Ces structures ont déjà travaillé sur d’autres terrains de conflits, en Syrie, en Irak, en Tchétchénie. Bellingcat, en particulier, a une très forte expertise et sait réagir très vite : sa première enquête arrive tout de suite après la découverte des massacres de Boutcha [près de Kyiv], et c’est une enquête extrêmement solide.

      Dans votre livre Filmer, juger. De la Seconde Guerre mondiale à l’invasion de l’Ukraine, vous parlez justement d’un « protocole de preuves » qui a commencé dès le début de la guerre en Ukraine. Ces images pourraient-elles servir de preuves si demain un grand procès international s’ouvrait contre l’envahisseur russe ?

      Ce qui est très étonnant en Ukraine est la rapidité et la qualité du travail d’enquête mené. La difficulté maintenant repose sur le fait de croiser toutes ces sources pour que ce soit plus lisible et plus facile à conserver et à utiliser, le moment venu, dans un dossier judiciaire. Les applications dont j’ai parlé permettent d’authentifier les images envoyées par les citoyens, de vérifier leur légendage – le lieu, l’heure, la personne présente, la nature de l’événement, etc. – mais aussi de les conserver de manière pérenne et de les classer pour que ce soit utilisable. Donc tous ces travaux sont faits à plusieurs échelles, nationale et internationale.

      La valeur probatoire de l’image ne se construit que dans le cadre de la confrontation judiciaire. À Nuremberg, à Jérusalem, les images des violences extrêmes perpétrées par les nazis provoquaient surtout un effet de sidération. Aujourd’hui, leur viralité se déploie en amont du procès, dont le rôle est alors de les mettre à distance, de les contextualiser. C’est une responsabilité majeure.

      https://www.justiceinfo.net/fr/152468-nuremberg-les-juges-ne-sont-plus-au-centre-car-cest-lecran-qui-s

    • Filmer, juger. De la Seconde Guerre mondiale à l’invasion de l’Ukraine

      En avril 2022, le président ukrainien Zelensky se rend à Boutcha pour attester, par sa présence, les crimes de guerre commis par l’armée russe. Il annonce qu’il disposera, pour les prouver, de « bien plus d’outils que ceux qui ont poursuivi les nazis après la Seconde Guerre mondiale ». En 1945, à Nuremberg, la documentation filmée des « atrocités » avait été déterminante dans la confrontation des nazis à leurs crimes. Depuis, l’instance judiciaire s’est familiarisée avec ce type de pièces à conviction, même si la projection d’images est l’objet de débats. Celui qui filme doit-il respecter certaines règles s’il veut faire preuve ? Un témoignage filmé vaut-il un récit sous serment, fait à la barre d’un tribunal ? Qu’en est-il du statut de vérité des images ? Autant de questions qui ont trouvé à s’illustrer à la Cour pénale internationale de La Haye ou aux États-Unis lors des jugements des violences commises par la police.

      Une forme partagée d’attestation, commune aux démocraties, s’élabore ainsi, sous la forme d’archives qui offrent un appareil à la fois documentaire et critique pour l’écriture d’une histoire immédiate du temps présent.

      https://www.gallimard.fr/catalogue/filmer-juger/9782072996986

  • #GIMP 3.2 Hits Release Candidate with Improved Text Editing + More
    https://www.omgubuntu.co.uk/2025/11/gimp-3-2-release-candidate-highlights

    A release candidate of the upcoming GIMP 3.2 release is now available for download and testing. GIMP 3.2 will be next major release of the free, open-source raster image editor, arriving a mere 8 months after the huge 3.0 milestone as a result of a new accelerated release schedule. Though not stable, GIMP development builds provide avid users and developers with the opportunity to test new features and provide feedback on how things are progressive. Below, I run-through what’s new in this GIMP 3.2 release candidate specifically. The GIMP 3.1.2 & 3.1.4 development builds also added plenty of new features. If you haven’t […] You’re reading GIMP 3.2 Hits Release Candidate with Improved Text Editing + More, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without (...)

    #News #App_Updates #Image_Editors

  • #raspberry_pi Imager 2.0 Enters Testing with a Brand New Look
    https://www.omgubuntu.co.uk/2025/10/raspberry-pi-imager-2-0-enters-beta-with-a-brand-new-look

    A new version of the Raspberry Pi Imager, a cross-platform and open source Qt-based image flashing tool is available for testing — with a BRAND NEW look. You’re reading Raspberry Pi Imager 2.0 Enters Testing with a Brand New Look, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News #App_Updates #image_writer

  • Face à l’avalanche de #violences_en_ligne envers les femmes, l’#ONU appelle à réagir et protéger

    #Internet est devenu un terrain d’entraînement à la #haine envers les femmes par le biais de la « #machosphère », a averti mardi l’Ambassadrice mondiale de l’initiative Spotlight lors d’une réunion en marge du débat général de l’ONU à New York, appelant à la mise en place d’un cadre juridique qui réglemente Internet de toute urgence.

    « Comment expliquer l’existence d’un forum Facebook réunissant 32.000 hommes, où chacun a partagé — sans consentement — des photos intimes de sa partenaire pour qu’elles soient notées par d’autres ? Que révèle un tel acte sur la place que ces hommes accordent aux femmes dans leur vie et, par extension, les femmes dans notre société ? », s’est indignée la championne de l’initiative #Spotlight des Nations Unies, qui vise à mettre fin aux violences envers les femmes et les filles.

    L’#IA entraine de nouvelles formes de #violence_numérique

    Selon l’actrice mexicaine, l’apparition de l’intelligence artificielle s’accompagne d’une « avalanche » de nouvelles formes de #violence_numérique allant de l’#extorsion à la violence basée sur l’#image, de la divulgation de #données_personnelles au #cyberharcèlement, du #harcèlement_sexuel au #grooming en vue d’une #agression_sexuelle (#pédopiégeage), pour n’en citer que quelques-unes.

    « Au cours des 12 derniers mois, 300 millions d’#enfants ont été victimes d’#exploitation_sexuelle et d’#abus en ligne », a-t-elle déploré.

    On assiste à une croissance exponentielle des groupes opposés aux droits des femmes, ainsi qu’à l’émergence de nouvelles technologies qui renforcent les pensées et les actes misogynes, « à tel point qu’aujourd’hui, un nombre écrasant de jeunes garçons ne croient pas que la #violence_sexiste soit réelle et existe ».

    Mme Suarez estime que « les intermédiaires technologiques doivent être tenus de détecter, d’évaluer et d’orienter, de manière proactive, le comportement de leurs utilisateurs, qui doivent être passibles de sanctions légales, le cas échéant ».

    Elle a souligné que la violence que subissent les femmes et les filles en ligne a exactement le même impact que la violence subie hors ligne : son impact et ses conséquences sont d’une ampleur identique.

    Des hommes qui restent silencieux

    La violence sexiste ne touche pas seulement les femmes et les filles, signale Mme Suarez. Elle impose aussi aux hommes une image rigide, où douter, pleurer ou montrer sa fragilité est perçu comme un manque de virilité.

    Selon les études citées par Equimundo, une initiative partenaire de Spotlight qui lutte contre les violences sexistes et œuvre pour une #masculinité_positive, 40 % des #jeunes_hommes ont été victimes de harcèlement homophobe en ligne et de nombreux jeunes hommes sont victimes de #sextorsion.

    « La majorité des hommes ne commettent pas ces actes, mais beaucoup restent silencieux », a affirmé à son tour Gary Barker, PDG d’Equimundo.

    Selon lui, c’est dans les salons de discussion, les plateformes de jeux, TikTok, YouTube — tous ces lieux de rassemblement pour les jeunes hommes dénommés la « machosphère », qu’ils sont témoins de ces violences, voient leurs pairs en être responsables, sans pour autant agir pour y mettre fin.

    « La plupart du temps, les garçons ne vont pas sur Internet pour chercher la misogynie. C’est la misogynie qui trouve les garçons sur Internet », déclare M. Barker.

    Selon une récente étude irlandaise, sur la machosphère anglophone, quel que soit le contenu qu’il recherche, un jeune homme connecté à Internet reçoit un message misogyne, en l’espace de seulement 23 minutes, une fois que l’algorithme sophistiqué a identifié son âge et son sexe.

    Quelles sont les solutions ?

    M. Barker demeure toutefois optimiste : « 23 minutes, c’est beaucoup de temps pour nous permettre de déterminer ce qu’il faut faire ».

    « Nous déployons des robots pour remplacer les messages misogynes par des contenus positifs, et mobilisons de nombreux influenceurs — souvent méconnus — parmi lesquels beaucoup de jeunes hommes qui s’engagent à combattre la misogynie. Nous investissons en eux pour qu’ils diffusent des messages constructifs ».

    Le monde du jeu vidéo est également un espace dans lequel Equimundo s’implique.

    « Nous investissons ces espaces en collaborant avec certains créateurs, qui, bien que parfois perfectibles, acceptent de nous ouvrir leurs plateformes. Ensemble, nous développons des jeux où les jeunes hommes peuvent promouvoir une masculinité positive et saine ».

    Mme Suarez s’est félicitée de la présence de deux jeunes garçons dans la salle.

    « Nous avons besoin que les hommes se joignent à ce combat et, en tant que société, nous devons mettre en place une éducation qui s’adresse directement aux hommes », a-t-elle conclu.

    https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157544

    #femmes #harcèlement #AI #intelligence_artificielle #misogynie

  • #pinta 3.1 Beta Adds New Features, Effects & Options
    https://www.omgubuntu.co.uk/2025/09/pinta-3-1-beta-available-for-testing

    A beta version of Pinta 3.1 is available for testing. The fee open source image editor adds axonometric grid, polygon selection, performance improvements and more. You’re reading Pinta 3.1 Beta Adds New Features, Effects & Options, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News #Image_Editors

  • Gaza : Emmanuel Macron affirme qu’Israël est en train de « détruire totalement » sa « crédibilité »
    Publié le : 18/09/2025 - RFI
    https://www.rfi.fr/fr/en-bref/20250918-gaza-emmanuel-macron-affirme-qu-isra%C3%ABl-est-en-train-de-d%C3%A9trui

    Emmanuel Macron a affirmé jeudi 18 septembre, dans une interview à une télévision israélienne, qu’Israël était en train de « détruire totalement » son « image et sa crédibilité » dans l’opinion publique mondiale, en raison des victimes civiles à Gaza.

    « Israël a obtenu des résultats uniques en termes de sécurité », « mais mener ce genre d’opérations à Gaza est totalement contre-productif et, je dois le dire, c’est un échec », a dit le président français à la chaîne 12.

    #image

  • Today in AI Is Not A Good Source For Learning About The World’s Most Misunderstood Body Part, meet this ChatGPT gem.

    Funnily enough, we’re actually going to talk about how most of this is kinda sorta right (for small values of right), as a cautionary tale about generative AI.

    Generative AI products like ChatGPT work by scanning data, and then concocting a response which sounds like the data. In other words, it’s always making something up, and giving an answer that sounds right based on what it has “learned”. This is how we got to this bizarre illustration of pregnancy.

    https://masto.ai/@vagina_museum/115100134755954006
    #AI #IA #intelligence_artificielle #image #Absurdistan #grossesse #genre #image

  • Deuxième #rapport Le #sexisme dans la #publicité française
    (sorti en 2023, ici pour archivage)

    Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) publie le deuxième rapport de son Observatoire de la Publicité Sexiste intitulé Le sexisme dans la publicité française, 2022-2023. Ce rapport fait suite à une première version publiée en 2021 et montre que les mauvaises pratiques constatées à l’époque restent de mise, voire se renforcent. L’autorégulation publicitaire est un échec : la publicité française contribue à perpétuer les stéréotypes et les injonctions de genre les plus ridicules et les plus violentes.

    De mars 2022 à mars 2023, R.A.P. a mis en ligne un formulaire permettant aux citoyen·nes de dénoncer et documenter des #publicités_sexistes subies dans leur quotidien. En un an, sur 285 contributions provenant de toute la France, 87 % ciblent le genre féminin. L’analyse précise de ces contributions montre que les techniques et les mises en scène observées entre 2019 et 2020 restent utilisées par le secteur publicitaire. Les secteurs d’activité les plus représentés sont ceux de l’#habillement et de la #parfumerie (55 %) ainsi que l’#hygiène et la #beauté (18,5 %) qui constituent à eux seuls presque trois-quart des publicités jugées sexistes dans l’échantillon. Cette prédominance annonce déjà le rôle de l’esthétisme et de l’apparence dans le « #publisexisme ».

    L’ensemble des #stéréotypes et #injonctions_sexistes véhiculés par la publicité est majoritairement propagé par les #images, quoique des #slogans sexistes continuent d’être diffusés. Des #femmes_sexualisées, y sont représentées dans des postures de #séduction et/ou de #soumission. Elles y apparaissent en général comme mises à nues, fragmentées, infantilisées, érotisées, et réduites à être traités comme des objets plutôt que comme des sujets, Les #corps représentés répondent aux mêmes #normes_discriminantes (#minceur, #blanchité, #jeunesse, #épilation) et/ou irréalistes (par l’emploi de mannequins et le recours systématique à la #retouche_photographique) que précédemment. Quand, parfois, des corps moins normés sont représentés, c’est pour être soumis à de semblables traitements sexualisants. Les #hommes restent dans le rôle du sachant, fort et protecteur. Autres éléments, le modèle du #couple est systématiquement hétéronormé et le partage des tâches toujours aussi genré.

    Face à ces #abus persistants, le rapport conclut que les mesures censées réguler l’industrie publicitaire sont insuffisantes : mentions légales, chartes de bonne conduite et instances d’ « autorégulation » échouent à filtrer ou contrebalancer ces campagnes. C’est pourquoi R.A.P. préconise la création d’une autorité indépendante, dotée de réels pouvoir de régulation ; l’inscription de l’interdiction du sexisme publicitaire dans la loi ; l’#interdiction de la #représentation_des_corps (entiers ou morcelés, humains ou humanoïdes, réalistes ou caricaturés) en publicité. « Face à un publisexisme qui se perpétue et s’accommode de toutes les chartes ou comités d’éthique, il nous faut des lois. Si la publicité prétend nous transmettre des informations sur des produits, ce sont les produits qu’elle doit montrer », déclare Jeanne Guien, porte parole de R.A.P.

    https://antipub.org/rapport-sexisme-dans-la-publicite-francaise-2
    #France

  • #Eyal_Weizman : Israël déploie à #Gaza une « #architecture_de_la_mort »

    Comment établir la #matérialité du #génocide ? Depuis le 7 octobre 2023, Forensic Architecture travaille à dévoiler par la #cartographie la #destruction_systématique, par #Israël, des #infrastructures de la société palestinienne, qui s’en trouve « déracinée ». Entretien avec son fondateur.

    Regroupant des architectes, des journalistes, des universitaires comme des artistes, le laboratoire pluridisciplinaire #Forensic_Architecture s’est illustré ces dernières années en enquêtant sur différents crimes de guerre, en Syrie ou en Ukraine, ou encore sur des violences policières. En septembre 2022, Forensic Architecture avait notamment montré comment l’armée israélienne a sciemment exécuté la journaliste Shireen Abu Akleh (Al Jazeera) au cours d’un reportage à Jénine (Cisjordanie).

    Au lendemain du 7-Octobre, l’équipe a commencé à travailler sur l’offensive israélienne contre Gaza, convaincue que s’y déroulait une entreprise de #destruction d’une ampleur inédite.

    Ce travail a abouti à la publication de plusieurs rapports visant à mener une « #cartographie_du_génocide ». L’un de ces rapports a montré en juillet l’organisation de la #famine par Israël, notamment à travers les attaques contre l’#agriculture.

    Le fondateur de Forensic Architecture, l’architecte israélien Eyal Weizman, explique à Mediapart pourquoi son organisation, basée à l’université Goldsmiths à Londres (Royaume-Uni), et qui compte désormais une douzaine de bureaux dans le monde, a choisi d’accompagner la plainte pour génocide déposée contre Israël devant la Cour internationale de justice à La Haye (Pays-Bas). Il revient sur la notion de « #génocide_colonial » au cœur de son prochain livre. Entretien.

    Mediapart : Forensic Architecture a commencé à documenter le génocide perpétré à Gaza juste après le 7-Octobre. De quelle manière travaillez-vous sur ce terrain ? Est-ce un travail de même nature que les enquêtes que vous avez menées jusque-là ?

    Eyal Weizman : Non, c’est complètement différent. Normalement, Forensic Architecture peut passer un an à travailler sur une séquence d’une seconde. Dans un cas de violence policière, par exemple, comme on l’a fait en France avec notre partenaire #Index, c’est dans cette temporalité que nous travaillons.

    Concernant le génocide en cours à Gaza, on ne peut évidemment pas fonctionner comme ça. Nous avons donc commencé par collecter des informations sur des dizaines de milliers d’événements, puis nous avons essayé de comprendre quels liens existaient entre toutes ces situations.

    Face à des #crimes_de_guerre, nous essayons d’établir si ce sont des civils ou des combattants qui ont été tués, si c’était proportionné, etc. Dans le cas d’un génocide, c’est la relation entre une énorme multiplicité de cas qui est déterminante. Est-ce qu’il y a un #système, un #dessein, un #plan ?

    L’#intentionnalité est au cœur de la notion de génocide, selon la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide. Elle peut être établie par des #schémas_d’action qui donnent un sens à des cas a priori isolés. Au-delà de toutes les déclarations génocidaires du gouvernement israélien depuis le 7-Octobre, notre travail a consisté à faire apparaître ces schémas sur nos cartes.

    De quelle manière ? Quels sont vos outils ?

    Concrètement, dans chaque cas que nous investiguons, le bombardement de tel centre alimentaire, la destruction de tel terrain agricole, nous sauvegardons les vidéos, les images que nous recevons, nous les authentifions et nous analysons « l’#incident » : cela s’est passé là à telle heure, tel jour, etc.

    Ensuite, nous avons différents #modèles_mathématiques pour regarder les relations entre ces différents événements. Quel est le système derrière ? Pouvons-nous établir qu’il y a un plan visant à détruire le peuple palestinien en tout ou en partie, ce qui est la définition du génocide ?

    Si nous voyons qu’Israël détruit systématiquement les #terres_agricoles, qu’ensuite il empêche l’#aide_alimentaire d’entrer dans Gaza et cible les centres de #distribution_alimentaire, le #dessein qui apparaît alors est celui d’affamer la population. La famine à Gaza est créée par cette multiplicité d’actions.

    L’article II, c) de la convention des Nations unies mentionne la « #soumission_intentionnelle » de la population à « à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ». Vous ne tuez pas les gens directement, mais vous les tuez en détruisant l’#infrastructure qui rend leur vie possible.

    Si vous détruisez l’accès à la #nourriture, si vous détruisez les #hôpitaux, si vous détruisez les #écoles, si vous détruisez les #maisons, ce que j’appelle une « #violence_architecturale », alors les conditions de vie sont anéanties et la mort arrive lentement, parfois indirectement.

    La famine ravage aujourd’hui Gaza. Or vous montrez, notamment dans le dernier rapport de Forensic Architecture, qui couvre la période du 18 mars au 1er août, comment cela correspond à un objectif d’#anéantissement méthodiquement poursuivi.

    Gaza est une bande de terre longue et fine qui a deux types de sols. Des #sols sablonneux, du côté ouest, et des sols argileux à l’est. Quasiment toute l’agriculture à Gaza se situe à l’est de la route Salah al-Din, artère principale de la bande de Gaza. Et c’est cette partie qui a justement été la plus ciblée pour pousser la population vers les terres les plus difficiles à cultiver.

    Ce que nous avons vu depuis le début du génocide, c’est une campagne systématique pour détruire la #souveraineté_alimentaire palestinienne, par la destruction des #champs, des #vergers, la destruction des moyens de pêcher – tous les bateaux ont été détruits…

    Les Palestiniens n’ont plus les moyens de se nourrir. Ils dépendent entièrement de l’#aide_humanitaire qui passe par les checkpoints contrôlés par Israël. Israël a un contrôle total, peut ouvrir ou fermer le robinet. Parfois, il a dû l’ouvrir un peu sous la pression internationale, mais jamais assez.

    Toute la matrice de la société palestinienne, tous les lieux de distribution de la nourriture, les familles, les associations caritatives, les mosquées, les boulangeries, tout ce qui permet la #résilience de la population, a été systématiquement ciblé. C’est une tentative de détruire la société palestinienne, en attaquant les #liens_invisibles qui la constitue.

    À la place, Israël a construit des espaces nouveaux pour la distribution de nourriture qui sont en réalité des trappes de la mort.

    C’est-à-dire ?

    Vous devez penser Gaza à la fois comme une zone de #démolition et comme une zone de #construction. Parce que les #bulldozers israéliens détruisent les bâtiments palestiniens, mais avec les décombres, ils construisent une #architecture complètement nouvelle.

    Par exemple, ils ont construit des centres de distribution alimentaire à partir des gravats des maisons détruites, selon ce que j’appelle une architecture de la mort. Ils le font dans une petite enceinte qui devient un genre de « #trappe_de_mort » où les gens peuvent se faire facilement tirer dessus par les forces israéliennes. Tout est fait pour qu’il soit très compliqué et très dangereux d’essayer d’y obtenir de la nourriture.

    Les #gravats des maisons servent aussi à construire des jetées dans la mer, des petites #collines qui permettent à l’armée de surveiller Gaza, un territoire globalement plat.

    L’architecture, en tant qu’#organisation_de_l’espace, est un très bon cadre pour analyser le génocide car elle est basée, elle aussi, sur une intention.

    C’est ce qui forme la base de votre contribution à la plainte de l’Afrique du Sud contre Israël, devant la Cour internationale de justice, pour génocide.

    Oui, c’est tout ce travail qui a permis de produire un rapport de 825 pages pour l’équipe juridique de l’Afrique du Sud, qui sert de base factuelle dans cette procédure.

    Nous amenons des éléments de #preuve concernant la destruction des hôpitaux, de l’agriculture, de l’#éducation, l’organisation de la famine, et nous montrons comment tout cela marche ensemble.

    Nous considérons le procès intenté par l’Afrique du Sud contre Israël comme une chance pour les droits humains et le droit international. Ce qui s’y joue est, selon nous, très important. Qu’un pays qui a souffert de l’apartheid, qui a expérimenté le colonialisme de peuplement, un pays du Sud, attaque Israël, défendu par les pays occidentaux dans leur ensemble…, c’est un événement historique. C’est pourquoi nous sommes très engagés dans cette plainte.

    Nous n’avons pas l’illusion que la Cour puisse avoir un impact sur les événements en cours, mais il existe une puissance historique, symbolique dans cette affaire.

    Dans l’enquête que vous avez menée sur l’assassinat de la photojournaliste #Fatma_Hassona, vous dites que les forces israéliennes ont pixelisé l’image satellitaire de la toiture de sa maison pour brouiller les preuves. Est-ce de plus en plus compliqué pour vous de travailler avec les #images ? Les témoins qui vous envoient des photos, des vidéos, prennent aussi des risques énormes.

    Oui, c’est un enjeu. C’est très difficile de télécharger des vidéos à Gaza. Les connexions sont systématiquement coupées, trouver du réseau est difficile. Mais malgré les difficultés, malgré le fait que les personnes risquent leur vie pour tourner des images, les gens continuent à nous envoyer des #vidéos de Gaza comme des bouteilles à la mer.

    Vous ouvrez la bouteille, vous lisez ce message avec un soin infini pour honorer le risque qu’ils ont pris. Nous avons donc des protocoles très précis pour ne pas exposer nos sources sur le terrain. Nous faisons très attention à retirer toutes les indications qui pourraient permettre d’identifier ou de localiser nos sources.

    Nous ne sollicitons jamais de vidéos, de photos. Les gens nous les envoient parce qu’ils nous connaissent et qu’ils nous font confiance. Mais nous préférons encore les prendre lorsqu’elles sont déjà en ligne, parce que cela assure mieux la sécurité des personnes.

    Le climat dans lequel vous travaillez sur Gaza est particulièrement difficile. Votre bureau allemand a dû récemment fermer.

    L’État allemand a retiré les financements et, effectivement, cela a conduit à fermer ce bureau en janvier. De façon générale, après le 7-Octobre, j’ai été accusé d’être antisémite dans plusieurs pays où nous travaillons, en Israël bien sûr mais particulièrement en Allemagne. Pour moi qui viens d’une famille juive rescapée d’Auschwitz, entendre cela dans ce pays est particulièrement douloureux.

    Cela dit, nous avons encore une très petite équipe dans ce pays, qui vient juste de dévoiler un très important cas de violence policière lié aux manifestations de soutien à Gaza. La police avait accusé des manifestants d’avoir violemment molesté un policier à Berlin. Le gouvernement en avait profité pour interdire les manifestations de soutien à la Palestine. Nous avons pu établir que les faits étaient à l’opposé de la version officielle. En réalité, le policier a frappé un manifestant tellement fort qu’il s’est cassé la main. Donc, ils pensaient se débarrasser de nous mais ils n’ont pas complètement réussi…

    Concernant le climat, mon université à Londres est actuellement sous enquête pour antisémitisme et je sais que c’est en partie à cause de l’activité de Forensic Architecture.

    Je veux être très sérieux sur ce sujet, parce qu’il y a vraiment de l’antisémitisme, notamment en France, et il est meurtrier. La sécurité des juifs là où ils vivent doit être garantie.

    Mais Israël, à force de faire passer la défense des droits humains, le droit international pour de l’antisémitisme, crée encore plus d’#antisémitisme. Ce qui me donne de l’espoir, ce sont ces jeunes juifs dans différents pays qui rejettent l’État génocidaire. Ils sont le futur.

    Vous travaillez à un livre qui sortira dans quelques mois. Vous y parlez de ce que vous appelez « le génocide colonial ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept ?

    Quand on pense au génocide, nous avons en tête l’Holocauste. Un crime perpétré sur un temps et un espace resserré. Mais un génocide peut prendre différentes formes.

    Le génocide des Palestiniens n’a pas commencé le 7-Octobre. Pour le comprendre, il faut regarder l’#histoire_longue et la transformation de l’environnement, des lieux de vie palestiniens.

    Je voudrais, à travers un travail sur les cartes, sur les sols, revenir sur l’histoire de la création de la bande de Gaza, de l’expulsion des Palestiniens du sud de la Palestine et la façon dont les villages palestiniens ont été littéralement rayés de la carte. Il faut comprendre comment les #colonies_israéliennes ont été localisées sur ce territoire, en particulier les #kibboutz, construits sur les ruines des #villages_palestiniens.

    Ce sera, à travers l’#histoire_de_l’environnement et l’histoire des sols, une longue histoire de Gaza. Une grande partie des habitants de Gaza étaient auparavant des #bédouins. Pas des nomades, mais des #agriculteurs qui habitaient autour du fleuve #Waadi_Gaza. Ils y avaient élaboré des #techniques_agricoles très sophistiquées. Je travaille en particulier sur le village d’#Al-Ma’in, d’où viennent l’historien Salman Abu Sitta et le célèbre médecin palestinien Ghassan Abu Sitta.

    Nous essayons de reconstruire précisément la manière dont la colonisation a transformé le #paysage, l’#environnement. C’est ce qui permet d’inscrire le génocide post 7-Octobre dans un bien plus long processus de #colonialisme_de_peuplement, qui est une forme de génocide.

    Après le 7-Octobre, Israël a transformé Gaza en #désert. Mais là encore, c’est une histoire bien plus longue. On connaît le slogan revendiqué en Israël d’avoir fait « #fleurir_le_désert ». Mais Gaza n’a jamais été un désert. La région a toujours été habitée par des bédouins palestiniens qui cultivaient notamment de l’#orge à destination des Britanniques, qui s’en servaient pour la #bière. Jusqu’en 1948, c’était un territoire luxuriant.

    Vous travaillez sur l’#effacement de ces #traces. Voire, sur l’#effacement_des_traces_de_l’effacement, qui est aussi une caractéristique des entreprises génocidaires.

    Quand les Israéliens détruisaient un village palestinien, ils ne détruisaient pas seulement les bâtiments. Ils labouraient la terre, et même les #cimetières et les #routes.

    Et, s’il y avait un champ qui était labouré dans un sens, ils le labouraient dans l’autre sens. Pour effacer toute trace, effectivement, des formes de vie qui existaient jusque-là. Aujourd’hui, j’observe les mêmes phénomènes, à la différence que le labour est fait par des bulldozers.

    La destruction, c’est une chose. Par mon activité au sein de Forensic Architecture, j’ai vu beaucoup de destructions de bâtiments. Mais ce que je vois à Gaza, ce n’est pas simplement des bâtiments détruits, je vois la destruction des sols eux-mêmes, de la terre, ce que j’appelle « déraciner » Gaza.

    À l’époque de la création d’Israël, une forme de #torture vis-à-vis des Palestiniens était de les amener sur les lieux où leur village avait été rasé et dont il ne restait rien. Pas même une trace.

    C’est pour cela que vous avez voulu vous focaliser sur les sols, la #terre ?

    Oui, parce que organiser la #désertification à Gaza est politique. Construire des #barrages pour détourner l’#eau au profit d’Israël, c’est utiliser l’environnement pour expulser les Palestiniens de leurs #terres.

    #Créer_le_désert est une caractéristique continuelle du génocide. C’est la destruction des formes d’#habitabilité. D’abord Israël crée un désert, puis y envoie les Palestiniens. Si l’on pense au génocide arménien et au génocide en #Namibie par les Allemands, dans ces deux cas le désert a été un « outil » de destruction.

    Je travaille aussi sur les dommages causés en profondeur aux sols. Depuis le 7-Octobre, Israël a lancé des bombes qui explosent à 30 mètres sous terre, officiellement pour détruire les tunnels du Hamas.

    Ces bombes contiennent énormément de #produits_chimiques qui contaminent en profondeur les sols, et ce, pour des décennies. De l’eau salée a aussi été injectée dans la terre, ce qui a endommagé l’aquifère. La poussière de tous les bâtiments détruits à Gaza s’est infiltrée en profondeur et, là encore, va créer une pollution pour de très nombreuses années. C’est aussi politique. Contaminer les #sous-sols, c’est aussi détruire les capacités d’habiter des générations à venir.

    Je pense que le colonialisme de peuplement, comme l’a dit l’anthropologue Patrick Wolfe, a une logique d’#élimination. La plupart des gens qui meurent dans le génocide colonial ne meurent pas de façon violente. Bien sûr, il y a des #massacres. Mais les gens meurent de #causes_secondaires. C’est comme un génocide sur la durée.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/010925/eyal-weizman-israel-deploie-gaza-une-architecture-de-la-mort

    #architecture_Forensique #ressources_pédagogiques #contamination #pollution #bombes #verticalité

    voir aussi :
    DIAGRAMMES - INTENTION GÉNOCIDAIRE
    https://seenthis.net/messages/1118337
    signalé par @reka

    ping @isskein

  • « AUJOURD’HUI, UNE AFFICHE, C’EST UN ACTE DE RÉSISTANCE » - AVEC DUGUDUS - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=cUKWT0xL-zc

    Aujourd’hui l’affiche c’est un acte de résistance » : ce sont les mots de Dugudus, illustrateur et graphiste engagé, pour décrire son travail d’artiste militant. Contre l’extrême droite, qui créer des images sombres et privées d’espoir, Dugudus et d’autres artistes travaillent pour créer des symboles de solidarité et de communauté. Pour se réapproprier des rues, parce que là où les murs sont blancs, les peuples sont muets.
    Mais quel est aujourd’hui le rapport entre l’art et la politique ? Le collage a-t-il sa place à l’heure des écrans omniprésents ? Quel pouvoir ont les affiches dans la rue contre les fake news créées par l’IA de l’extrême droite ? Pour en parler, Blast reçoit Dugudus pour explorer le pouvoir des images dans l’espace public d’aujourd’hui.

    #affiches #rue #militantisme #résistance #image #média

  • #Boîte_à_outils SansStéréotypes

    La Boîte à outils SansStéréotypes propose une sélection de #ressources pour déconstruire les stéréotypes et promouvoir les rapports égalitaires de la petite #enfance à l’#adolescence. Elle s’adresse aux personnes impliquées dans l’#éducation des enfants et des jeunes de 0 à 17 ans.

    Dans cette page :

    #Image_de_soi et #diversité_corporelle
    #Stéréotypes_sexuels et #identité_de_genre
    #Hypersexualisation
    - #Vie_affective et amoureuse
    - #Réussite_scolaire et #choix_professionnels
    - #Santé et #bien-être
    #Coparentalité
    #Sports et #activité_physique
    - Plateformes transversales

    https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/boite-outils

    #guide #genre #stéréotypes #jeunes

  • La #fraude aux #publications_scientifiques s’industrialise, alerte une étude américaine

    Dans un article publié lundi 4 août dans « PNAS », la revue de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis, des mathématiciens et des biologistes ont recensé des #pratiques_frauduleuses grandissantes dans les revues de recherche.

    C’est une étude en forme de cri d’alarme qu’une équipe pluridisciplinaire de chercheurs a publiée lundi 4 août dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis. « La #fraude_scientifique se développe beaucoup plus vite que la production scientifique dans son ensemble », lit-on dans cet article dont le premier auteur, Reese Richardson, est chercheur en biologie computationnelle à l’université Northwestern, dans l’Illinois.

    Pour cet imposant travail, ces mathématiciens et autres biologistes ont, par exemple, passé au crible 276 956 articles publiés entre 2006 et fin 2023 dans PLOS One, une revue en ligne à comité de lecture, et ont suivi 134 983 auteurs et 18 329 éditeurs relecteurs ayant validé ces articles. Cette revue américaine a été choisie non pas en raison de suspicions spécifiques, mais parce que les métadonnées associées aux articles qu’elle publie sont transparentes et exploitables.

    Qu’ont-ils constaté ? Que certains filtres censés garantir le processus de #relecture_par_les_pairs, principe au cœur de la confiance dans l’édition scientifique, étaient défectueux. Ou pire encore, étaient gagnés par des pratiques frauduleuses.

    Des résultats aberrants

    L’étude mentionne ainsi 45 éditeurs de PLOS One qui avaient un taux anormalement élevé de publications qu’ils avaient acceptées et qui ont été ultérieurement rétractées ou critiquées sur PubPeer, le site de référence en matière d’évaluation par les pairs après parution. Ces éditeurs (0,25 % de l’ensemble des éditeurs de la revue) « ont édité 1,3 % de tous les articles publiés dans PLOS One, mais 30,2 % des articles rétractés ». Information aggravante, plus de la moitié d’entre eux sont également auteurs d’articles publiés par PLOS One qui ont été ultérieurement rétractés. La #rétractation d’un article est le plus souvent motivée par les fautes professionnelles des auteurs (comme des données falsifiées ou le plagiat), ou les fautes des éditeurs, telles que l’absence de contrôle qualité minimal des travaux soumis.

    « Statistiquement parlant, nous ne pouvons pas dire si PLOS One est plus ou moins exposé à des risques que d’autres revues, précise Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article. Mais, ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées. » La direction de PLOS One dit aujourd’hui que ces éditeurs ont depuis été renvoyés et que ses procédures de contrôle ont été renforcées.

    Dans un second volet de l’étude, les chercheurs se sont intéressés aux #images (graphiques ou photos d’expériences) dupliquées, qui sont souvent la signature d’usines à articles, ou « paper mills » (littéralement : « moulins à papiers »). En se servant des cas signalés sur PubPeer, ils observent d’abord que « bien que la duplication d’images implique que ces études ne se sont pas déroulées comme prévu, seulement 34,1 % d’entre elles ont été retirées ». Mais surtout, ils ont constaté, en reliant les études partageant un même schéma, qu’elles étaient souvent publiées dans un laps de temps court et par des éditeurs voisins. Bref, que c’était organisé.

    Ce que révèle l’étude des articles considérés comme suspects provenant de « #paper_mills », identifiés grâce à des contenus communs, est une forme d’#industrialisation_de_la_fraude. « Ces schémas anormaux concordent avec un mode opératoire dans lequel les usines à articles coopèrent avec des intermédiaires (…) qui contrôlent au moins certaines des décisions prises par les revues ciblées et peuvent garantir la publication simultanée de lots d’articles frauduleux dans une seule revue », écrivent les auteurs. Et lorsqu’une de ces revues dites « prédatrices », car non regardantes sur les articles qui lui sont soumis, est désindexée par des agrégateurs, ces courtiers en articles falsifiés se reportent sur une autre.

    Ce phénomène, que les auteurs appellent le « #journal_hopping » (« saut d’une revue à l’autre »), provoque parfois des résultats aberrants. Plusieurs titres indexés par l’Association pour la recherche et le développement universitaires (ARDA) ont été ainsi pris, pourrait-on dire, en flagrant délit, en publiant par exemple un article sur la torréfaction des noisettes dans une revue spécialisée sur le sida, ou un article sur la détection des logiciels malveillants dans une revue sur l’éducation spécialisée.

    Autre type de fraude à la qualité de la production scientifique : la publication d’articles issus de conférences pourtant labellisées. Là encore, un défaut de contrôle et des complicités sont évoqués par les auteurs, qui citent en exemple les conférences organisées par l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE). Plusieurs centaines de conférences tenues dans ce cadre depuis 2003 ont eu un nombre anormalement élevé de leurs publications rétractées.

    Des mesures correctives timides et tardives

    Pris dans son ensemble, le phénomène de fraude reste marginal dans l’univers de l’édition scientifique. Mais la tendance est alarmante : « Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an. » En outre, les pratiques frauduleuses ne sont plus le cas de chercheurs isolés, mais de systèmes bien huilés : « De larges groupes de relecteurs et d’auteurs semblent avoir coopéré pour faciliter la fraude à la publication. Des réseaux d’articles frauduleux liés suggèrent une production à l’échelle industrielle. Les organisations vendent des services de fraude contractuelle. »

    Face à cela, les mesures correctives ou punitives s’avèrent trop timides, sinon trop tardives. Seuls 28 % des articles identifiés dans cette étude comme étant issus d’usines à papiers ont été rétractés. Ce qui compromet la #qualité des #archives_scientifiques. L’une des explications avancées au développement de cette fraude est l’inégalité entre chercheurs pour l’accès aux financements. Or la #concurrence et l’#incertitude propre au travail de chercheur y contribuent. « Pourquoi risquer l’échec, mettant en péril sa #carrière, alors que, moyennant une somme relativement modique, on peut facilement obtenir des publications et des citations qui nécessiteraient autrement un travail considérable ? », interroge cette étude. De fait, le nombre d’articles publiés reste l’étalon. Pour David Sanders (Université Purdue, Indiana), qui n’a pas participé à l’étude, l’une des causes du mal est l’inflation du nombre d’articles, « ce qui empêche que des contrôles appropriés par les pairs puissent être mis en place ».

    « A notre avis, la gravité de la situation exige une action urgente », écrivent en conclusion ces chercheurs. Ils déplorent que le travail de lutte contre ces fraudes reste trop souvent l’œuvre d’un petit nombre de bénévoles isolés.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/08/10/la-fraude-aux-publications-scientifiques-s-industrialise-alerte-une-etude-am
    #édition_scientifique #recherche #revues_scientifiques #peer_review

    –-

    ajouté à la #métaliste sur la #publication_scientifique* :
    https://seenthis.net/messages/1036396

    • The entities enabling scientific fraud at scale are large, resilient, and growing rapidly

      Significance
      Numerous recent scientific and journalistic investigations demonstrate that systematic scientific fraud is a growing threat to the scientific enterprise. In large measure this has been attributed to organizations known as research paper mills. We uncover footprints of activities connected to scientific fraud that extend beyond the production of fake papers to brokerage roles in a widespread network of editors and authors who cooperate to achieve the publication of scientific papers that escape traditional peer-review standards. Our analysis reveals insights into how such organizations are structured and how they operate.
      Abstract
      Science is characterized by collaboration and cooperation, but also by uncertainty, competition, and inequality. While there has always been some concern that these pressures may compel some to defect from the scientific research ethos—i.e., fail to make genuine contributions to the production of knowledge or to the training of an expert workforce—the focus has largely been on the actions of lone individuals. Recently, however, reports of coordinated scientific fraud activities have increased. Some suggest that the ease of communication provided by the internet and open-access publishing have created the conditions for the emergence of entities—paper mills (i.e., sellers of mass-produced low quality and fabricated research), brokers (i.e., conduits between producers and publishers of fraudulent research), predatory journals, who do not conduct any quality controls on submissions—that facilitate systematic scientific fraud. Here, we demonstrate through case studies that i) individuals have cooperated to publish papers that were eventually retracted in a number of journals, ii) brokers have enabled publication in targeted journals at scale, and iii), within a field of science, not all subfields are equally targeted for scientific fraud. Our results reveal some of the strategies that enable the entities promoting scientific fraud to evade interventions. Our final analysis suggests that this ability to evade interventions is enabling the number of fraudulent publications to grow at a rate far outpacing that of legitimate science.

      https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2420092122