• #Réfugiés_climatiques : quand attiser la « peur du migrant » masque la réalité des phénomènes migratoires

    À chaque vague, Saint-Louis s’enfonce un peu plus sous l’océan, dont le niveau ne cesse de monter ; les eaux qui assuraient jadis les moyens de subsistance de cette ville du nord du Sénégal menacent désormais sa survie même. Les Nations Unies ont déclaré que Saint-Louis était la ville d’Afrique la plus en danger du fait de l’élévation du niveau de la mer : l’Atlantique engloutit jusqu’à deux mètres de côte chaque année. Plusieurs milliers d’habitants ont été contraints de se reloger à l’intérieur des terres suite aux tempêtes et à l’inondation de Doune Baba Dièye, un village de pêcheurs des environs. Pour les personnes qui habitent toujours sur place, la vie devient de plus en plus précaire.

    Des situations comme celles-là se répètent à mesure que la #crise_climatique s’aggrave. La migration et les #déplacements_de_population induits par le climat sont en hausse, de même que l’angoisse et la désinformation qui l’accompagne. Depuis quelques années, nous observons une multiplication des propos sensationnalistes et alarmistes dans les médias et chez les responsables politiques de l’hémisphère nord, qui affirment que le #changement_climatique entraîne directement et automatiquement une #migration_de_masse, et mettent en garde, en usant d’un #vocabulaire_déshumanisant, contre l’imminence des « #flots » ou des « #vagues » de millions, voire de milliards, de migrants ou de réfugiés climatiques au désespoir qui pourraient submerger l’Europe pour fuir un hémisphère sud devenu inhabitable.

    Les prédictions apocalyptiques retiennent peut-être l’attention de l’opinion, mais elles occultent la réalité complexe du terrain et alimentent une #xénophobie et un #racisme déjà profondément enracinés en Europe en jouant sur la #peur du migrant. Elles dressent en outre un tableau très inexact : ce que révèlent les études sur le changement climatique et la migration est très différent des discours alarmistes qui ont pris place.

    Les experts s’accordent à dire que le changement climatique se répercute sur la #mobilité. Cependant, la relation entre ces deux éléments n’est pas directe, comme elle est souvent décrite, mais complexe, résultant de #causes_multiples et propre à un contexte donné. Par ailleurs, les estimations relatives à l’impact du changement climatique sur la mobilité sont mises en doute par les incertitudes quant à la manière dont évolueront à l’avenir le climat, la capacité d’adaptation des pays et les politiques migratoires internationales.

    #Mythe et réalité

    Les prévisions de millions ou de milliards de personnes déplacées au cours des prochaines décennies laissent entendre que le déplacement et la migration induits par le climat se manifesteront dans un futur éloigné alors qu’il s’agit d’une réalité bien présente. À l’échelle mondiale, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays atteint des records : près de 25 millions de personnes ont dû quitter leur foyer en 2019 suite à des catastrophes soudaines. L’aggravation des #phénomènes_météorologiques_extrêmes, comme les #typhons, les #tempêtes et les #inondations, conjuguée aux changements qui s’opèrent plus lentement, tels que l’élévation du niveau de la mer, la dégradation des sols et les variations des précipitations, devrait accroître la mobilité due au climat.

    Traiter la « #migration_climatique » comme une catégorie de migration distincte implique à tort qu’il est possible de différencier le climat des autres facteurs. Or, les décisions de quitter un endroit résultent d’une multitude d’éléments qui sont profondément liés entre eux et qui interagissent de manière complexe. Pour les personnes qui vivent de l’agriculture de subsistance, les conditions environnementales et les résultats économiques ne font qu’un, étant donné que des changements de pluviométrie ou de température peuvent entraîner de graves conséquences économiques. Caroline Zickgraf, directrice adjointe de l’Observatoire Hugo, un centre de recherche basé à l’université de Liège, en Belgique, qui étudie comment l’environnement et le changement climatique agissent sur la migration explique :

    « Si l’on ne voit pas que tous ces facteurs différents sont imbriqués – facteurs sociaux, politiques, économiques, environnementaux et démographiques – on passe vraiment à côté de la situation générale »

    Une autre idée fausse persiste au sujet du changement climatique et de la mobilité des humains, consistant à croire que la plupart des individus qui se déplacent quittent leur pays. Depuis quelque temps, l’attention vis-à-vis des migrants porte largement sur les Africains qui cherchent à aller en Europe. Cette forme de migration internationale de longue distance représente l’image la plus répandue de la migration et, pourtant, les faits indiquent que ce n’est pas la plus fréquente, mais cette réalité est souvent inaudible.

    En Afrique de l’Ouest et centrale, la migration vers l’Afrique du Nord ou l’Europe représente seulement de 10 à 20 % des déplacements, alors que les 80 à 90 % restants s’effectuent à l’intérieur de la région. « Depuis plusieurs années, l’Europe attire de moins en moins les candidats à la migration, en raison des difficultés qu’ils rencontrent pour bénéficier des programmes de régularisation, trouver du travail et rester mobiles », souligne Aly Tandian, président de l’Observatoire sénégalais des migrations et professeur de sociologie associé à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Les pays africains constituent les destinations principales des migrants d’#Afrique_de_l’Ouest parce qu’il n’y a pas de contraintes de visa et qu’il est plus aisé de voyager sur la terre ferme, ce qui facilite la mobilité des personnes en quête d’opportunités, outre la familiarité que procure la proximité socioculturelle et linguistique de nombreux pays d’accueil, explique-t-il.

    Hind Aïssaoui Bennani, spécialiste de la migration, de l’environnement et du changement climatique auprès de l’Organisation internationale pour les migrations à Dakar, au Sénégal, affirme que l’ampleur de la #migration_économique est souvent mal reconnue, en dépit de son importance dans l’ensemble de la région. La plupart des migrants économiques partent pour trouver du travail dans le secteur des ressources naturelles, notamment l’agriculture, la pêche et l’exploitation minière. « L’#environnement est non seulement un élément moteur de la migration, qui oblige les personnes à se déplacer mais, en plus, il les attire », précise Mme Bennani. Elle ajoute toutefois que le changement climatique peut également entraîner l’#immobilité et piéger les individus qui ne peuvent pas partir par manque de ressources ou de capacités, c’est-à-dire généralement les plus vulnérables.

    Ce qui alimente la peur

    On ne peut pas savoir combien de personnes ont quitté leur région à cause du changement climatique et, d’après les experts,il est difficile, voire impossible, de prédire avec précision le nombre de citoyens qui devront se déplacer à l’avenir, du fait de la complexité inhérente à la migration et au changement climatique. « Il va y avoir toute une série de scénarios à partir des actions que nous menons en termes de politique et de climat, mais aussi par rapport à la réaction des gens qui, souvent, n’est pas linéaire. Cela ne se résume pas à dire ‘le changement climatique s’intensifie, donc la migration s’intensifie », indique Caroline Zickgraf.

    L’année dernière, un rapport (https://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2020/10/ETR_2020_web-1.pdf) réalisé par le think tank international Institute for Economics and Peace a révélé que les menaces écologiques contraindraient au déplacement 1,2 milliard de personnes d’ici à 2050. Ce chiffre s’est répandu comme une traînée de poudre et a été couvert par les principaux organes de presse à travers le monde, mais plusieurs experts reconnus dans le domaine de la migration récusent ce chiffre, parmi lesquels Caroline Zickgraf, qui estime qu’il n’est pas suffisamment scientifique et qu’il résulte d’une manipulation et d’une déformation des données. À titre de comparaison, un rapport de la Banque mondiale datant de 2018 qui s’appuyait sur des techniques de modélisation scientifiques prévoyait qu’il y aurait 140 millions de migrants climatiques internes d’ici à 2050 si aucune action urgente pour le climat n’était mise en place.

    L’idée selon laquelle « le changement climatique entraîne une migration de masse » est utilisée par la gauche pour alerter sur les conséquences humanitaires du changement climatique et pour galvaniser l’action en faveur du climat, alors qu’elle sert de point de ralliement à la droite et à l’extrême droite pour justifier la militarisation des frontières et les politiques de lutte contre l’immigration. Caroline Zickgraf note :

    « Mentionner la migration dans le but d’accélérer l’action pour le climat et d’attirer l’attention sur l’incidence du changement climatique pour les populations me semble tout à fait bien intentionnée. Mais malheureusement, très souvent, c’est la question de la sécurité qui prend le dessus. On attend une action pour le climat, et on se retrouve avec des politiques migratoires restrictives parce qu’on joue avec la peur des gens. »

    La peur n’incite pas les citoyens ni les gouvernements à agir davantage pour le climat mais a plutôt tendance à exacerber le racisme et la xénophobie et à contribuer à l’édification de la « forteresse Europe ». De surcroît, présenter la « migration climatique » comme un risque pour la sécurité justifie la mise en place de programmes de financement destinés à empêcher la migration en faisant en sorte que les candidats au départ restent chez eux, ce qui est contraire au droit humain fondamental de circuler librement. Alors que l’urgence climatique augmente, la « crise européenne des réfugiés » de 2015 est de plus en plus souvent invoquée pour prédire l’avenir. Caroline Zickgraf pense qu’en recourant à des tactiques qui alarment le public, ce ne sont pas les changements climatiques qui font peur, mais « l’Autre » – celui qui doit se déplacer à cause de ces changements.

    Un autre problème émane de la recherche sur la migration elle-même : quelles études, réalisées par quels chercheurs, sont reconnues et écoutées ? D’après Aly Tandian, étant donné qu’en Europe toutes les causes de la migration ne sont pas prises en considération, les analyses européennes se limitent à leur compréhension des questions migratoires sur le terrain en Afrique. « De plus, c’est souvent l’Europe qui est mandatée pour réaliser des études sur la migration, ce qui appauvrit en partie les résultats et les décisions politiques qui sont prises », observe-t-il.

    La mobilité, une #stratégie_d’adaptation

    La tendance actuelle à présenter la migration en provenance de l’hémisphère sud comme une anomalie, un problème à résoudre ou une menace à éviter ne tient pas compte du fait que la migration n’est pas un phénomène nouveau. Depuis la nuit des temps, la mobilité est une stratégie d’adaptation des humains pour faire face aux changements du climat ou de l’environnement. Et il ne s’agit pas toujours d’un moyen d’échapper à une crise. « La migration est une question de résilience et d’adaptation et, en Afrique de l’Ouest et centrale, la migration fait déjà partie de la solution », note Hind Aïssaoui Bennani.

    Dans certains endroits, nous devrons peut-être, et c’est souhaitable, faciliter la migration de manière préventive, dit Caroline Zickgraf, en veillant à ce que les gens migrent dans les meilleures conditions dans le contexte du changement climatique. « Ce que nous souhaitons vraiment, c’est donner le choix, et si nous considérons seulement la migration comme quelque chose de négatif, ou qui doit toujours être évité, nous ne voyons pas tous les intérêts qu’il peut y avoir à quitter une région vulnérable à l’impact du changement climatique. »

    Étant donné que le changement climatique pèse lourdement sur les fragilités et les inégalités existantes et qu’il frappera de façon disproportionnée les populations de l’hémisphère sud, alors qu’elles en sont le moins responsables, favoriser la mobilité n’est pas une simple stratégie d’adaptation, mais fait partie intégrante de la justice climatique.

    La mobilité peut permettre aux habitants de Saint-Louis et des innombrables lieux qui subissent déjà les effets du changement climatique, en termes de vies humaines et d’opportunités, d’être moins vulnérables et de vivre mieux – un rôle qui se révélera particulièrement essentiel dans un monde de plus en plus marqué par l’instabilité climatique.

    https://www.equaltimes.org/refugies-climatiques-quand-attiser?lang=fr
    #réfugiés #asile #migrations #réfugiés_environnementaux #adaptation

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  • Des paysages et des visages, le voyage intellectuel de #Felwine_Sarr

    Felwine Sarr nous invite, dans "La saveur des derniers mètres", à partager ses voyages à travers le monde, mais aussi un cheminement intellectuel, celui d’un homme qui veut repenser notre manière d’#habiter_le_monde et redéfinir la relation entre l’Afrique et les autres continents.

    L’économiste sénégalais Felwine Sarr est l’un des intellectuels importants du continent Africain. Ecrivain et professeur d’économie, il est également musicien. Deux de ses livres ont notamment fait date : Afrotopia (2016) et Habiter le monde (2017). Avec Achille Mbembé, il est le fondateur des Ateliers de la pensée de Dakar. Chaque année, des intellectuels et artistes s’y rencontrent lors d’un festival des idées transdisciplinaire pour “repenser les devenirs africains” à travers des concepts adaptés aux réalités contemporaines.

    La littérature, les arts, la production d’imaginaires et de sens demeurent de formidables boussoles pour l’humanité. Nous sommes dans une crise de l’imaginaire, nous n’arrivons pas à déboucher les horizons. (Felwine Sarr)

    L’utopie nous dit qu’on peut féconder le réel, faire en sorte qu’il y ait un surcroit de réel. (...) Le premier travail est d’imaginer qu’ "il est possible de..." (...) Il faut reprendre le chantier qui consiste à dire qu’il existe des horizons souhaitables, qu’il faut les penser, les imaginer, et travailler pour les faire advenir. (Felwine Sarr)

    Felwine Sarr a été, avec l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, chargé de rédiger un rapport sur la restitution des œuvres d’art africaines spoliées lors de la colonisation, remis à Emmanuel Macron en novembre 2018.

    Nous devons reprendre notre élan notamment en reconstruisant un rapport à notre patrimoine, à notre histoire. (Felwine Sarr)

    Son livre La saveur des derniers mètres (éditions Philippe Rey) est une invitation au voyage intellectuel et physique, le voyage des idées et des hommes, un plaidoyer presque, pour l’importance des rencontres et du dialogue avec l’autre. La confrontation avec des ailleurs (Mexico, Mantoue, Le Caire, Istanbul, Port-au-Prince, Cassis, Kampala, Douala), mais aussi le retour chez soi, l’île de Niodior, sa terre natale, son point d’ancrage, sa matrice. Imaginaire en voyage et voyage des imaginaires.

    Goûter à la saveur du monde est un droit qui doit être équitablement réparti. Il faut considérer la mobilité comme un droit fondamental. (Felwine Sarr)

    Un récit entre le carnet de voyage, les notes de l’économiste, les réflexions anthropologiques et les évasions poétiques. Une plongée intime dans des transports de la pensée et du coeur.

    Voyager permet d’avoir un regard en biais, en relief, à la fois en dedans et en dehors. (Felwine Sarr)

    Appartenir à une île, c’est devoir la quitter. (Felwine Sarr)

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/des-paysages-et-des-visages-le-voyage-intellectuel-de-felwine-sarr

    Lecture d’un texte de #Tanella_Boni :

    « Y aurait-il, depuis toujours, des peuples et des individus qui auraient droit à l’#aventure, suivraient leurs désirs de se déplacer en bravant toute sorte d’obstacles, et d’autres qui n’en auraient pas le droit. #Nous_sommes_tous_des_migrants et tout migrant a des #rêves et des #désirs. Certes, les lois doivent être respectées et les passages aux frontières autorisés, on ne part pas comme ça à l’aventure, dit-on. Comme ça, sur un coup de tête. Ou par pur #plaisir. Mais qui donc part aujourd’hui par pur plaisir sur les routes inhospitalières de nulle part. Dans certains pays où le mal-être des individus est palpable, chacun pourrait habiter quelque part, il y aurait moins de migration illégale. Je rêve, tandis que l’on continue de mesurer le seuil de pauvreté dans le monde. De nombreux pays africains vivent en dessous de ce seuil. Tout compte fait, est-ce que je sais de quoi habiter est le nom ? »

    –-> à l’occasion du festival Banquet d’été 2020

    #faire_monde #restitution #pillage #art #Afrique #colonialisme #imagination #imaginaire #utopie #futur #téléologie_inversée #covid-19 #coronavirus #rêves_collectifs #ouvrir_les_futurs #frontières #habiter #mobilité #migrations #liberté_de_mouvement #citoyenneté #liberté_de_circulation #inégalités #décolonialité #décolonial #décolonisation

    –—

    Il parle notamment des #ateliers_de_la_pensée (#Dakar) qu’il a co-fondés avec #Achille_Membé
    https://lesateliersdelapensee.wordpress.com

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  • Le confinement ? Une histoire ordinaire de l’humanité
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/le-confinement-une-histoire-ordinaire-de-lhumanite


    Un tour de vis dans notre vie confinée est annoncé depuis hier par Gérald Darmanin et on attend avec fébrilité le point d’étape de Jean Castex ce soir sur l’évolution des règles en cours. Dans le numéro du magazine L’#Histoire daté de septembre, consacré à cette #pandémie qui change le monde, le préhistorien #Jean-Paul_Demoule propose une longue histoire du #confinement ou comment un étrange phénomène se produit depuis des millénaires : le confinement progressif et volontaire de l’#humanité. D’abord parce que l’humain fait figure d’exception avec sa manie de se mouvoir en permanence : la majorité des espèces occupent un territoire circonscrit qui leur apporte ce dont elles ont besoin avec quelques incursions à date fixe pour pallier l’appauvrissement saisonnier de leur #ravitaillement. La liste des quelques lieux de vie où les hommes et les femmes s’approvisionnent toute l’année depuis des millénaires pourrait vous étonner : Sibérie, Scandinavie, Japon, Canada. Là, l’#occupation_humaine est constante et stable, le poisson c’est la vie. [...]

    On passe d’un quotidien à parcourir parfois des dizaines de kilomètres par jour, pour le #chasseur-cueilleur du paléolithique, à la quasi-#immobilité du #télétravail

    Une longue histoire de confinement
    Jean-Paul Demoule dans mensuel 475
    daté septembre 2020
    https://www.lhistoire.fr/une-longue-histoire-de-confinement

  • Covid lockdowns are cost of self-isolation failures, says WHO expert | World news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/world/2020/nov/02/covid-lockdowns-are-cost-of-self-isolation-failures-says-who-expert
    https://i.guim.co.uk/img/media/3dd871d125165d8dde428a96b15cfa9550c4c8fd/388_207_2178_1307/master/2178.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    Lockdowns affecting entire populations is a price countries pay for failing to ensure people with coronavirus and their contacts self-isolate, according to an expert from the World Health Organization. The WHO does not recommend that countries enter lockdowns. It has consistently said that the key to controlling epidemics, whether Covid-19, Sars or flu, is to test people, trace their contacts and ensure all those who are positive or who have been close to those infected are quarantined.While countries like the UK have been massively increasing the numbers of tests carried out, contact tracing has fallen short, and studies have shown that as few as 20% of people in England fully comply with self-isolation. For me, the big missing link in what’s going on in many European countries is management of isolation,” said Dr Margaret Harris of the WHO. “That’s not just isolation of people who are sick – it’s isolation of people who have contacts and are first-degree contacts.
    “They don’t think they have Covid, because they feel fine, and even if they are told they should stay home, they don’t feel a strong social obligation or they do not necessarily have that reinforced as happens in some countries.
    “So for instance, in a place like Hong Kong, you would be called every day, or the police come to your house,” she said. Across Asia, there is a mixture of economies that have managed the virus well – not just those that may be non-liberal, non-democratic command economies, she added. “Taiwan, for instance, probably has the best management. They are definitely a highly liberal society.”
    A lockdown which effectively isolates everyone does work, Harris said, “but it also causes massive dislocation, massive disruption. And unless you’ve worked out how you can possibly put that pause button on and maintain your economic and social lives, the price you pay is very, very high.” The WHO doesn’t say don’t do it, she said. “We just say, if you’re doing it, you’re paying a very high price, so therefore get some return for what you pay.”
    That means getting test and trace to work efficiently “and you could think very hard about how to make self-isolation doable” she said.“You’ve got to do it at grassroots level, because it’s very different, say, in London from somewhere rural, it’s different in housing estates, you may have people living on the streets, you may have people living in institutions. So, you have to really know your society, and know how you’re going to make it possible for them to self-isolate

    #Covid-19#migrant#migration#sante#confinement#immobilite#mobilite#oms

  • La pandémie de Covid-19 accélère la mondialisation des services
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/10/26/la-pandemie-de-covid-19-accelere-la-mondialisation-des-services_6057341_3234

    « Un boom des délocalisations pourrait bien advenir dans les activités de service, affirme El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, y compris pour des tâches élaborées. » Les confinements liés à la pandémie de Covid-19 ont accéléré l’adoption et l’usage des technologies numériques dans de nombreux secteurs d’activité. En France, le nombre de téléconsultations de médecine a été multiplié par plus de 100 entre février et avril 2020. A l’université, les étudiants suivent désormais les cours depuis l’étranger, en visioconférence. « La distance n’est plus un obstacle à la fourniture d’un service », observe M. Mouhoud. A cela s’ajoute un mouvement de sous-traitance commencé il y a plusieurs décennies. « Les services comme la comptabilité, le marketing ont été progressivement externalisés, notamment par les entreprises manufacturières, explique Isabelle Méjean, professeur à l’Ecole polytechnique. Or les services externalisés peuvent être plus facilement délocalisés. »Le numérique est aux services ce que le container fut au transport de marchandises : il décuple le volume des échanges. Dans une étude publiée fin septembre, Western Union prévoit que la valeur du commerce international des services augmentera d’environ un tiers d’ici à 2025. Les plus fortes hausses seront enregistrées dans les secteurs des services aux entreprises (+ 37 %), des technologies de l’information (+ 35 %) et de la finance (+ 32 %). En décembre 2019, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) voyait déjà dans les services le « nouveau moteur de la mondialisation ». La valeur des échanges dans ce secteur a augmenté plus rapidement que celle des biens, à un rythme annuel de 5,4 % entre 2005 et 2017. Les services, qui ne pesaient que 9 % du commerce mondial en 1970, représentent désormais 20 %. Contrairement aux marchandises, les services échappent aux droits de douane et aux coûts de transport dans un monde où les tensions protectionnistes sont réapparues.Externalisés et numérisés, les services sont plus facilement échangeables, donc délocalisables. La généralisation du télétravail pendant le confinement pourrait accélérer ce mouvement de délocalisation. Une tâche qui s’effectue à distance peut avoir lieu n’importe où : chez soi comme à l’étranger. Dans son livre intitulé The Globotics Upheaval : Globalization, Robotics and the Future of Work, publié en 2019 (Oxford University Press, non traduit), l’économiste Richard Baldwin prédit même l’émergence d’une nouvelle forme de mondialisation, où des télé-migrants à bas coût remplaceraient les cols blancs qualifiés des pays riches. M. Mouhoud préfère, lui, parler de tâches plutôt que d’emplois : « Les tâches d’exécution, de routine, sont à moins forte valeur ajoutée, et donc plus facilement sous-traitées ailleurs, contrairement aux tâches qui nécessitent de l’interaction. »Selon l’OCDE, 40 % des emplois dans l’industrie sont des emplois de service. Entre 2000 et 2015, la part de ces emplois susceptibles d’être délocalisés est passée de 8 % à 18 %. Si cette mondialisation accentue le risque de suppressions d’emplois, elle élargit aussi les débouchés des pays développés. D’après l’étude de Western Union, la hausse du commerce des services devrait, en effet, bénéficier principalement aux pays développés, parmi lesquels les Etats-Unis, la France, Singapour, l’Allemagne ou encore l’Australie. Dans l’Hexagone, les services en entreprise représentent désormais 20 % de la valeur ajoutée du pays, contre seulement 5 % en 1995. Pour les pays en développement qui n’ont pas bénéficié, comme l’Afrique, des précédentes vagues de mondialisation, le commerce de services représente une chance d’intégration aux chaînes de valeur mondiales. Les entreprises de service offrent plusieurs avantages par rapport aux industries manufacturières : elles réclament généralement moins d’investissements, font travailler davantage de femmes et sont opérationnelles plus rapidement. Encore faut-il que ces pays possèdent une main-d’œuvre qualifiée et une infrastructure numérique. Or la moitié de la population mondiale n’a pas accès à Internet, et seul un habitant sur cinq y a accès dans les pays à bas revenu.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Délocalisations : des centaines d’emplois menacés partout en France
    Selon les chiffres de l’OMC, la part des pays en développement dans les exportations mondiales de services est passée de 25 % en 2005 à 34,4 % en 2017. Mais cette progression masque une grande hétérogénéité. Les pays à bas revenu ne totalisent que 0,3 % des exportations, alors que cinq pays émergents, tous situés en Asie, en concentrent la moitié. Les services qu’ils exportent, à faible valeur ajoutée, sont les plus susceptibles d’être remplacés par des machines. L’entreprise [24]7.ai, spécialisée dans la gestion de centres d’appels, avec plusieurs milliers d’employés travaillant pour la plupart en Inde et aux Philippines, a désormais recours à l’intelligence artificielle pour les remplacer. « La prochaine frontière de la mondialisation se trouve dans les services, estime Mme Méjean. C’est le secteur le plus protégé, avec de nombreuses barrières non tarifaires, les marges de progression sont donc les plus importantes.

    #Covid-19#migrant#migration#mondialisation#sante#economie#delocalisation#mobilite#immobilite

  • Young Australians have long felt like citizens of the world. Covid has ended that | Brigid Delaney | Opinion | The Guardian
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/sep/04/young-australians-have-long-felt-like-citizens-of-the-world-covid-has-e
    https://i.guim.co.uk/img/media/fe25f3f6a27cabe3087b6526be96c553ccf0ff49/0_155_5026_3014/master/5026.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    It is the mark of a privileged person, in the Before Times, that they never really had to think about borders. Their passport has allowed them to go pretty much anywhere, and to come and go from their home country as they pleased. Until Covid-19 hit and borders became hard, many Australians held, at least in their minds and imagination, a sort of dual citizenship. The first citizenship was Australia, a citizen of the world was the second.
    If you came of age in or after the 1990s, reciprocal working visas, cheap flights, the opening up of the international job market and the subsequent ease of movement lulled lucky Australians into thinking that borders were irrelevant.

    For the rich, talented, well-connected, well-educated and those under 31, visas for Australians in places such as the UK, Canada, the US and Europe were easy enough to come by. Dubbed “gold-collar workers”, so many Australians enjoyed the fruits of participating in a global economy that by 2004, a Senate committee was set up to quantify the number of Australians that had left and to investigate how their skills and experience might one day circulate back into the Australian job market and economy. By 2018 there were estimated to be around one million Australians living and working overseas. Freedom of movement was a right that was so fundamental as to be barely considered. That is until this year, when Australia became one of the only democracies in the world that has effectively banned its citizens from leaving the country. Now an Australian citizen or permanent resident is not permitted to travel outbound unless they apply to Border Force for an exemption. The criteria is strict. For sound public health reasons, we’ve built a fortress unlike anything experienced in our lifetimes This long run of hypermobility – ruinous for the environment with all those flights but enriching for those selling their skills to the highest bidder in the global marketplace – came to a dramatic halt on 25 March. What a strange thing it is to log on to Instagram these days and see your British or European friends enjoying holidays on Greek Islands or in Portugal, while we’re locked in our own country. For sound public health reasons, we’ve built a fortress unlike anything experienced in our lifetimes. Almost no one gets in and no one gets out. So far there’s been widespread public support for such far-reaching measures. And in Australia, like New Zealand, there seems to be some antipathy towards those who are stuck overseas and trying to get back in.They had their chance in March, goes the refrain from politicians, including the prime minister and New South Wales premier. Suck it up. An Essential poll has shown last week that a majority of respondents support a hardline approach on border closures. Whether this is due to concerns about more virus getting into Australia, or latent, cultural resentments about those who leave – a new manifestation of tall poppy syndrome – it’s hard to say.

    #Covid-19#migrant#migration#australie#hypermobilite#sante#tradition#forteresse#immobilite#frontiere#nouvellezelande#santepublique

  • The Next Great Migration. The Beauty and Terror of Life on the Move

    The news today is full of stories of dislocated people on the move. Wild species, too, are escaping warming seas and desiccated lands, creeping, swimming, and flying in a mass exodus from their past habitats. News media presents this scrambling of the planet’s migration patterns as unprecedented, provoking fears of the spread of disease and conflict and waves of anxiety across the Western world. On both sides of the Atlantic, experts issue alarmed predictions of millions of invading aliens, unstoppable as an advancing tsunami, and countries respond by electing anti-immigration leaders who slam closed borders that were historically porous.

    But the science and history of migration in animals, plants, and humans tell a different story. Far from being a disruptive behavior to be quelled at any cost, migration is an ancient and lifesaving response to environmental change, a biological imperative as necessary as breathing. Climate changes triggered the first human migrations out of Africa. Falling sea levels allowed our passage across the Bering Sea. Unhampered by barbed wire, migration allowed our ancestors to people the planet, catapulting us into the highest reaches of the Himalayan mountains and the most remote islands of the Pacific, creating and disseminating the biological, cultural, and social diversity that ecosystems and societies depend upon. In other words, migration is not the crisis—it is the solution.

    Conclusively tracking the history of misinformation from the 18th century through today’s anti-immigration policies, The Next Great Migration makes the case for a future in which migration is not a source of fear, but of hope.

    https://www.bloomsbury.com/us/the-next-great-migration-9781635571998
    #adaptation #asile #migrations #réfugiés #mobilité #solution #problème #résilience #livre #changement_climatique #climat #réfugiés_environnementaux #migrations_environnementales #histoire #survie #crise #histoire_des_migrations

    ping @isskein @karine4 @_kg_ @reka

    • Climate migration is not a problem. It’s a solution.

      Climate migration is often associated with crisis and catastrophe, but #Sonia_Shah, author of “The Next Great Migration,” wants us to think differently about migration. On The World’s weekly look at climate change solutions, The Big Fix, Shah speaks to host Marco Werman about her reporting that considers how the world would be more resilient if people were given legal safe ways to move.

      https://www.pri.org/file/2020-08-21/climate-migration-not-problem-it-s-solution

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      Sonia Shah parle aussi de #musique métissée, dont celle de #Mulatu_Astatke, qui n’aurait pas pu voir le jour sans la migrations de populations au cours de l’histoire :


      https://en.wikipedia.org/wiki/Mulatu_Astatke

      #immobilité #fermeture_des_frontières

    • Migration as Bio-Resilience : On Sonia Shah’s “The Next Great Migration”

      DURING THE UNUSUALLY frigid winter of 1949, a breeding pair of gray wolves crossed a frozen-over channel onto Michigan’s Isle Royale, a narrow spit of land just south of the US-Canadian maritime border in Lake Superior. Finding abundant prey, including moose, the pair had pups, starting a small lupine clan. Over the next almost 50 years, without access to the mainland, the clan grew increasingly inbred, with over half the wolves developing congenital spinal deformities and serious eye problems. As the wolf population declined — scientists even found one mother dead in her den, with seven unborn pups in her — the moose population came thundering back, gobbling up and trampling the forest’s buds and shoots. The ecosystem’s food chain now had a few broken links.

      The Isle Royale wolf population was saved, however, by a lone migrant. In 1997, a male wolf made his way to the island. Within a generation — wolf generations are a little less than five years — 56 percent of the young wolves carried the newcomer’s genes. In the years since, thanks to ongoing conservation efforts, more wolves have been brought to the island to provide enough genetic diversity not only to save the wolves but preserve the ecosystem’s new balance.

      This is just one of many examples of the bio-benefits of migratory species provided by Sonia Shah in her new book, The Next Great Migration. Hers is an original take on the oft-stultifying debate about immigration, most frequently argued over by unbending stalwarts on opposite extremes, or sometimes quibbled over by noncommittal centrists. There are now more displaced humans than ever — around one percent of the total human population — and the climate crises together with humanity’s ceaseless creep are driving an increasing number of nonhuman species to search for more welcoming climes. That half of the story is popularly understood: the world is on the move. What is less often acknowledged, and what Shah convincingly fills out, is its biological necessity. “Migration’s ecological function extends beyond the survival of the migrant itself,” she writes. “Wild migrants build the botanical scaffolding of entire ecosystems.” Besides spreading pollen and seeds — upon which the survival of many plants depend — migrants also transport genes, thus bringing genetic diversity. Migration is not only a human fact but a biological one.

      But the understanding of migration’s critical import — whether broadly biological or specifically human — has been a long time coming.

      “The idea that certain people and species belong in certain fixed places has had a long history in Western culture,” Shah writes. By its logic, “migration is by necessity a catastrophe, because it violates the natural order.” The so-called “natural order” is actually a construct that has been buoyed for millennia by a broad coalition of scientists, politicians, and other ideologically inflected cavillers. As for the word “migrant,” it didn’t even appear in the English language until the 17th century — when it was coined by Thomas Browne — and it took another hundred years before it was applied to humans. One important migrant-denialist, as Shah details, was Swedish-born naturalist Carl Linnaeus, most famous for formalizing binomial nomenclature, the modern system of classifying organisms as, say, Canis lupus or Homo sapiens.

      Shah goes beyond Linnaeus’s contribution to taxonomy — which, notably, is itself subject to critique, as when essayist Anne Fadiman describes it as a “form of mental colonising and empire-building” — to illuminate his blinkered fealty to the dominant narratives of the day. More than just falling in line, he worked to cement the alleged differences between human populations — crudely exaggerating, for instance, features of “red,” “yellow,” “black,” or “white” skinned people. He sparred with competing theorists who were beginning to propose then-revolutionary ideas — for instance, that all humans originated in and migrated out of Africa. With the concept of the “Great Chain of Being,” he toadied to the reigning theological explanation for the world being as it was; this concept hierarchically categorized, in ascending order, matter, plants, animals, peasants, clergy, noblemen, kings, and, finally, God. To support his views, Linnaeus took a trip to northern Sweden where he “studied” the indigenous Sami people, all the while complaining of the climate and the locals not speaking Swedish. Robbing them of a few native costumes, he then freely fabricated stories about their culture and origins. He later tried to give credence to biological differences between Africans and Europeans by committing to the bizarre fantasy that black women had elongated labia minora, to which he referred using the Latin term sinus pudoris. The cultural backdrop to his explanations and speculations was the generally held view that migration was an anomaly, and that people and animals lived where they belonged and belonged where they lived — and always had.

      Ignorance — deliberate, political, or simply true and profound — of the realities of even animal migration went so far as pushing scientists to hatch myriad far-fetched theories to explain, for example, where migratory birds went in the winter. Leading naturalists at the time explained some birds’ seasonal disappearance by claiming that they hibernated in lakes — a theory first proposed by Aristotle — or hid in remote caves. Driving such assumptions was, in part, the idea of a stable and God-created “harmony of nature.” When some thinkers began to question such fixed stability, Linneaus doubled down, insisting that animals inhabited their specific climes, and remained there. The implication for humans was not only that they had not migrated from Africa, but that Africans — as well as Asians and Native Americans — were biologically distinct. This kind of racial essentialism was an important structural component of what would morph into race science or eugenics. Linnaeus divided Homo sapiens into Homo sapiens europaeus (white, serious, strong), Homo sapiens asiaticus (yellow, melancholy, greedy), Homo sapiens americanus (red, ill-tempered, subjugated), and Homo sapiens afer (black, impassive, lazy), as well as Homo caudatus (inhabitants of the Antarctic globe), and even Homo monstrosus (pygmies and Patagonian giants).

      “Scientific ideas that cast migration as a form of disorder were not obscure theoretical concerns confined to esoteric academic journals,” but, Shah writes, “theoretical ballast for today’s generation of anti-immigration lobbyists and policy makers.”

      Here Shah dredges up more vile fantasies, like that of the “Malphigian layer” in the late 17th century, which claimed that Africans had an extra layer of skin consisting of “a thick, fatty black liquid of unknown provenance.” While the Malphigian layer has been roundly dismissed, such invented differences between peoples continue to bedevil medical treatment: even today, black people are presumed to be able to tolerate more pain, and so it’s perhaps hardly surprising that more black women die in childbirth.

      The idea was “that people who lived on different continents were biologically foreign to one another, a claim that would fuel centuries of xenophobia and generations of racial violence.” Or, put more simply, Linnaeus and other believed: “We belong here. They belong there.”

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      “The classifications of species as either ‘native’ or ‘alien’ is one of the organizing principles of conservation,” Shah writes, quoting a 2007 scientific study in Progress in Human Geography. The implications of that dichotomous classification are harmful to humans and nonhumans alike, setting the stage for xenophobia and white anthropomorphism. As a case in point, the son of author and conservationist Aldo Leopold recommended in 1963, that US national parks “preserve, or where necessary […] recreate the ecologic scene as viewed by the first European visitors.” The idea of a pristine, pre-colonial era presumes an ahistorical falsehood: that humans and others left no trace, or that those traces could be undone and the ecologic scene returned to a static Eden. While many indigenous cultures certainly live less disruptively within their environment, in the case of both the Americas and Australia for example, the arrival of the first Homo sapiens heralded the swift extinction of scores of native species — in the Americas, woolly mammoths, giant sloths, saber-toothed tigers, camelops, and the dire wolf. Yet the pull toward preservation persists.

      In 1999, Bill Clinton established the National Invasive Species Council, which was tasked with repelling “alien species.” This move was an outgrowth of the relatively recently created disciplines of conservation biology, restoration biology, and even invasion biology. I recall being a boy in northern Ohio and hearing of the horror and devastation promised by the zebra mussel’s inexorable encroachment into the ecosystems of the Great Lakes. One invasion biologist, writes Shah, “calculated that wild species moving freely across the planet would ravage large swaths of ecosystems. The number of land animals would drop by 65 percent, land birds by 47 percent, butterflies by 35 percent, and ocean life by 58 percent.” And while the globe is certainly losing species to extinction, blaming mobility or migration is missing the mark, and buoying up the old “myth of a sedentary planet,” as she puts it.

      For millennia, humans had hardly any idea of how some species could spread. They had neither the perspective nor technology to understand that creepy-crawlies have creeped and crawled vast distances and always been on the move, which is not, in the big picture, a bad thing. Zebra mussels, for example, were not the only, or even the greatest, threat to native clams in the Great Lakes. Besides disrupting the local ecosystems, they also contributed to those ecosystems by filtering water and becoming a new source of food for native fish and fowl. Shah notes that Canadian ecologist Mark Vellend has found that “wild newcomers generally increase species richness on a local and regional level.” Since the introduction of European species to the Americas 400 years ago, biodiversity has actually increased by 18 percent. In other words, Shah writes, “nature transgresses borders all the time.”

      In her last chapter, “The Wall,” she tackles the immunological implications of migration. While first acknowledging that certain dangers do uncontrovertibly exist, such as Europeans bringing smallpox to the Americas, or Rome spreading malaria to the outer regions of its empire, she metaphorizes xenophobia as a fever dream. To be sure, wariness of foreign pathogens may make sense, but to guide foreign policy on such grounds or let wariness morph into discrimination or violent backlash becomes, like a fever that climbs beyond what the host organism needs, “a self-destructive reaction, leading to seizures, delirium, and collapse.” It’s like a cytokine storm in the COVID-19 era. As Shah told me, “the reflexive solution to contagion — border closures, isolation, immobility — is in fact antithetical to biological resilience on a changing planet.”

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      In 2017, a solo Mexican wolf loped through the Chihuahuan Desert, heading north, following a path that other wolves, as well as humans, have traveled for thousands of years. Scientists were especially interested in this lone wolf, known as M1425, because he represented a waning population of endangered Mexican wolves dispersing genes from a tiny population in Mexico to a slightly more robust population in the United States.

      Like the Isle Royale wolves, “[i]f the two wild populations of Mexican gray wolves can find and mate with each other, the exchange of genetic material could boost recovery efforts for both populations,” a New Mexico magazine reported. But the area where M1425 crossed the international boundary is now closed off by a border wall, and the Center for Biological Diversity counts 93 species directly threatened by the proposed expansion of the wall. This is what we should be worried about.

      https://lareviewofbooks.org/article/migration-as-bio-resilience-on-sonia-shahs-the-next-great-migration
      #bio-résilience #résilience

      signalé par @isskein

  • Avec « Coronation », Ai Weiwei offre une plongée passionnante dans Wuhan
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/08/24/avec-coronation-ai-weiwei-offre-une-plongee-passionnante-dans-wuhan_6049770_

    Bien que réfugié en Europe depuis 2015, l’artiste Ai Weiwei n’oublie pas la Chine. Coronation, le documentaire qu’il vient de réaliser sur le confinement de Wuhan, visible sur Internet, le prouve. Tourné, selon le générique, par une douzaine de personnes vivant dans la métropole chinoise, ce documentaire de près de deux heures offre des images inédites et la plupart du temps saisissantes. Sans en révéler la teneur, la scène finale, au funérarium, constitue à elle seule un véritable morceau d’anthologie. Avant d’en arriver là, Ai Weiwei a opté pour une présentation classiquement chronologique des soixante-seize jours de confinement (23 janvier-8 avril) de cette métropole de 11 millions d’habitants, soudainement paralysée à la veille du nouvel an lunaire. La première image est un survol de l’immense gare de la capitale du Hubei, la nuit, avec des dizaines de trains rapides immobilisés. Tant la musique électronique que les abondantes chutes de neige plongent, dès le début, le spectateur dans une ambiance de fin du monde. Assez vite, celle-ci fait place à une deuxième séquence tout aussi irréelle. A la ville déserte succèdent des hôpitaux futuristes. Un nouveau monde. La modernité des équipements y est impressionnante, tout comme les précautions sanitaires extrêmes que prennent les médecins, vêtus non pas d’une mais de deux combinaisons intégrales. Marchant comme des astronautes à travers de longs couloirs aseptisés, ceux-ci se dépensent sans compter. On en voit même s’endormir d’épuisement sur une chaise alors qu’ils sont au chevet d’un malade cerné d’écrans et de tuyaux. Leur professionnalisme et leur dévouement forcent l’admiration.On se dit alors qu’un film de propagande aurait pu montrer de telles scènes. Et c’est évidemment à ce moment que le documentaire bascule, montrant justement deux scènes de propagande. La première est le briefing des chauffeurs de bus chargés du transport des personnels médicaux venus de tout le pays aider Wuhan.

    #Covid-19#migrant#migration#chine#immobilite#confinement#politique#sante#mortalite#politique#propagande

  • COVID-19 E (IN)MOVILIDAD EN LAS AMÉRICAS

    Este es un proyecto (in)acabado, por lo tanto en construcción, que reflexiona colectivamente en torno a la (in)movilidad y el control en las Américas durante la pandemia. Hemos querido mapear las respuestas estatales; las situaciones de alerta que enfrenta la población migrante, particularmente desplazados internos, deportadxs, detenidxs, solicitantes de asilo, refugiados, migrantes irregularizados sean éstos adultos o niñxs o adolescentes; y, las respuestas sociales en cada uno de los espacios nacionales. Al mapear, no hemos pretendido en lo absoluto producir una cartografía fija del continente, ni menos aún información geo-referenciada. En el contexto de este proyecto, mapear ha tenido otras significaciones. Por un lado, ha supuesto levantar información de prensa, sistematizarla y crear un archivo digital donde quede registrada la tensión entre (in)movilidad y control desatada en la gran mayoría de los países del continente durante el momento inicial de la pandemia. Por otro, inspirados en la cartografía crítica, mapear ha implicado “deconstruir el mapa” (Harley, 1989), o la imagen nítida que da la cartografía tradicional del continente, para sacar a la luz los espacios ocultos, los conflictos no vistos ni captados por la prensa, pero latentes; esos conflictos que deliberadamente quedan por fuera de un mapa tradicional y a la vez de la discusión pública.

    https://www.inmovilidadamericas.org
    #migrations #immobilité #im/mobilité #mobilité #Amériques #covid-19 #coronavirus #asile #migrations #Amérique_latine #frontières #peur #violence #droits #droit_d'asile #confinement

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    COVID-19 AND (IM)MOBILITY IN THE AMERICAS

    This is an (un)finished project – therefore under construction– that collectively reflects on (in)mobility and control in the Americas during the pandemic. We wanted to map three main themes: 1- state measures; 2- warning situations the migrant population currently face, particularly internally displaced persons, deportees, detainees, asylum seekers, refugees, irregularized migrants, whether they are adults or children or adolescents; and, 3- the social responses in each of the national spaces. By mapping, we have not at all intended to produce a fixed mapping of the continent, neither geo-referenced information. In the context of this project, mapping has different meanings. On the one hand, it has involved gathering press information, systematizing it, and creating a public digital archive about the tension between (in)mobility and control in the vast majority of countries on the continent during the initial moment of the pandemic. On the other hand, inspired by critical cartography, mapping has implied “deconstructing the map” (Harley, 1989) of the Americas, or “to read between the lines of the map –in the margins of the text – and through its trope to discover the silences and contradictions that challenge the apparent honesty of image” (1989:3). Mapping has signify therefore bringing to the light hidden spaces or conflicts built upon (in)mobility and control during the pandemic that deliberately remain outside of a traditional map and thus often of the public discussion.

    https://www.inmovilidadamericas.org/?lang=en

    ping @isskein @thomas_lacroix @reka

  • Covid-19, la #frontiérisation aboutie du #monde

    Alors que le virus nous a rappelé la condition de commune humanité, les frontières interdisent plus que jamais de penser les conditions du cosmopolitisme, d’une société comme un long tissu vivant sans couture à même de faire face aux aléas, aux menaces à même d’hypothéquer le futur. La réponse frontalière n’a ouvert aucun horizon nouveau, sinon celui du repli. Par Adrien Delmas, historien et David Goeury, géographe.

    La #chronologie ci-dessus représente cartographiquement la fermeture des frontières nationales entre le 20 janvier et le 30 avril 2020 consécutive de la pandémie de Covid-19, phénomène inédit dans sa célérité et son ampleur. Les données ont été extraites des déclarations gouvernementales concernant les restrictions aux voyages, les fermetures des frontières terrestres, maritimes et aériennes et des informations diffusées par les ambassades à travers le monde. En plus d’omissions ou d’imprécisions, certains biais peuvent apparaitre notamment le décalage entre les mesures de restriction et leur application.

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=64&v=mv-OFB4WfBg&feature=emb_logo

    En quelques semaines, le nouveau coronavirus dont l’humanité est devenue le principal hôte, s’est propagé aux quatre coins de la planète à une vitesse sans précédent, attestant de la densité des relations et des circulations humaines. Rapidement deux stratégies politiques se sont imposées : fermer les frontières nationales et confiner les populations.

    Par un processus de #mimétisme_politique global, les gouvernements ont basculé en quelques jours d’une position minimisant le risque à des politiques publiques de plus en plus drastiques de contrôle puis de suspension des mobilités. Le recours systématique à la fermeture d’une limite administrative interroge : n’y a-t-il pas, comme répété dans un premier temps, un décalage entre la nature même de l’#épidémie et des frontières qui sont des productions politiques ? Le suivi de la diffusion virale ne nécessite-t-il un emboîtement d’échelles (famille, proches, réseaux de sociabilité et professionnels…) en deçà du cadre national ?

    Nous nous proposons ici de revenir sur le phénomène sans précédent d’activation et de généralisation de l’appareil frontalier mondial, en commençant par retrouver la chronologie précise des fermetures successives. Bien que resserrée sur quelques jours, des phases se dessinent, pour aboutir à la situation présente de fermeture complète.

    Il serait vain de vouloir donner une lecture uniforme de ce phénomène soudain mais nous partirons du constat que le phénomène de « frontiérisation du monde », pour parler comme Achille Mbembe, était déjà à l’œuvre au moment de l’irruption épidémique, avant de nous interroger sur son accélération, son aboutissement et sa réversibilité.

    L’argument sanitaire

    Alors que la présence du virus était attestée, à partir de février 2020, dans les différentes parties du monde, la fermeture des frontières nationales s’est imposée selon un principe de cohérence sanitaire, le risque d’importation du virus par des voyageurs était avéré. Le transport aérien a permis au virus de faire des sauts territoriaux révélant un premier archipel économique liant le Hubei au reste du monde avant de se diffuser au gré de mobilités multiples.

    Pour autant, les réponses des premiers pays touchés, en l’occurrence la Chine et la Corée du Sud, se sont organisées autour de l’élévation de barrières non-nationales : personnes infectées mises en quarantaine, foyers, ilots, ville, province etc. L’articulation raisonnée de multiples échelles, l’identification et le ciblage des clusters, ont permis de contrôler la propagation du virus et d’en réduire fortement la létalité. A toutes ces échelles d’intervention s’ajoute l’échelle mondiale où s‘est organisée la réponse médicale par la recherche collective des traitements et des vaccins.

    Face à la multiplication des foyers de contamination, la plupart des gouvernements ont fait le choix d’un repli national. La fermeture des frontières est apparue comme une modalité de reprise de contrôle politique et le retour aux sources de l’État souverain. Bien que nul dirigeant ne peut nier avoir agi « en retard », puisque aucun pays n’est exempt de cas de Covid-19, beaucoup d’États se réjouissent d’avoir fermé « à temps », avant que la vague n’engendre une catastrophe.

    L’orchestration d’une réponse commune concertée notamment dans le cadre de l’OMS est abandonnée au profit d’initiatives unilatérales. La fermeture des frontières a transformé la pandémie en autant d’épidémies nationales, devenant par là un exemple paradigmatique du nationalisme méthodologique, pour reprendre les termes d’analyse d’Ulrich Beck.

    S’impose alors la logique résidentielle : les citoyens présents sur un territoire deviennent comptables de la diffusion de l’épidémie et du maintien des capacités de prise en charge par le système médical. La dialectique entre gouvernants et gouvernés s’articule alors autour des décomptes quotidiens, de chiffres immédiatement comparés, bien que pas toujours commensurables, à ceux des pays voisins.

    La frontiérisation du monde consécutive de la pandémie de coronavirus ne peut se résumer à la seule somme des fermetures particulières, pays par pays. Bien au contraire, des logiques collectives se laissent entrevoir. A défaut de concertation, les gouvernants ont fait l’expérience du dilemme du prisonnier.

    Face à une opinion publique inquiète, un chef de gouvernement prenait le risque d’être considéré comme laxiste ou irresponsable en maintenant ses frontières ouvertes alors que les autres fermaient les leurs. Ces phénomènes mimétiques entre États se sont démultipliés en quelques jours face à la pandémie : les États ont redécouvert leur maîtrise biopolitique via les mesures barrières, ils ont défendu leur rationalité en suivant les avis de conseils scientifiques et en discréditant les approches émotionnelles ou religieuses ; ils ont privilégié la suspension des droits à grand renfort de mesures d’exception. Le risque global a alors légitimé la réaffirmation d’une autorité nationale dans un unanimisme relatif.

    Chronologie de la soudaineté

    La séquence vécue depuis la fin du mois janvier de l’année 2020 s’est traduite par une série d’accélérations venant renforcer les principes de fermeture des frontières. Le développement de l’épidémie en Chine alarme assez rapidement la communauté internationale et tout particulièrement les pays limitrophes.

    La Corée du Nord prend les devants dès le 21 janvier en fermant sa frontière avec la Chine et interdit tout voyage touristique sur son sol. Alors que la Chine développe une stratégie de confinement ciblé dès le 23 janvier, les autres pays frontaliers ferment leurs frontières terrestres ou n’ouvrent pas leurs frontières saisonnières d’altitude comme le Pakistan.

    Parallèlement, les pays non frontaliers entament une politique de fermeture des routes aériennes qui constituent autant de points potentiels d’entrée du virus. Cette procédure prend des formes différentes qui relèvent d’un gradient de diplomatie. Certains se contentent de demander aux compagnies aériennes nationales de suspendre leurs vols, fermant leur frontière de facto (Algérie, Égypte, Maroc, Rwanda, France, Canada, entre autres), d’autres privilégient l’approche plus frontale comme les États-Unis qui, le 2 février, interdisent leur territoire au voyageurs ayant séjournés en Chine.

    La propagation très rapide de l’épidémie en Iran amène à une deuxième tentative de mise en quarantaine d’un pays dès le 20 février. Le rôle de l’Iran dans les circulations terrestres de l’Afghanistan à la Turquie pousse les gouvernements frontaliers à fermer les points de passage. De même, le gouvernement irakien étroitement lié à Téhéran finit par fermer la frontière le 20 février. Puis les voyageurs ayant séjourné en Iran sont à leur tour progressivement considérés comme indésirables. Les gouvernements décident alors de politiques d’interdiction de séjour ciblées ou de mises en quarantaine forcées par la création de listes de territoires à risques.

    Le développement de l’épidémie en Italie amène à un changement de paradigme dans la gestion de la crise sanitaire. L’épidémie est dès lors considérée comme effectivement mondiale mais surtout elle est désormais perçue comme incontrôlable tant les foyers de contamination potentiels sont nombreux.

    La densité des relations intra-européennes et l’intensité des mobilités extra-européennes génèrent un sentiment d’anxiété face au risque de la submersion, le concept de « vague » est constamment mobilisé. Certains y ont lu une inversion de l’ordre migratoire planétaire. Les pays aux revenus faibles ou limités décident de fermer leurs frontières aux individus issus des pays aux plus hauts revenus.

    Les derniers jours du mois de février voient des gouvernements comme le Liban créer des listes de nationalités indésirables, tandis que d’autres comme Fiji décident d’un seuil de cas identifiés de Covid-19. Les interdictions progressent avec le Qatar et l’Arabie Saoudite qui ferment leur territoire aux Européens dès le 9 mars avant de connaître une accélération le 10 mars.

    Les frontières sont alors emportées dans le tourbillon des fermetures.

    La Slovénie débute la suspension de la libre circulation au sein de l’espace Schengen en fermant sa frontière avec l’Italie. Elle est suivie par les pays d’Europe centrale (Tchéquie, Slovaquie). En Afrique et en Amérique, les relations avec l’Union européenne sont suspendues unilatéralement. Le Maroc ferme ses frontières avec l’Espagne dès le 12 mars. Ce même jour, les États-Unis annonce la restriction de l’accès à son territoire aux voyageurs issu de l’Union européenne. La décision américaine est rapidement élargie au monde entier, faisant apparaitre l’Union européenne au cœur des mobilités planétaires.

    En quelques jours, la majorité des frontières nationales se ferment à l’ensemble du monde. Les liaisons aériennes sont suspendues, les frontières terrestres sont closes pour éviter les stratégies de contournements.

    Les pays qui échappent à cette logique apparaissent comme très minoritaires à l’image du Mexique, du Nicaragua, du Laos, du Cambodge ou de la Corée du Sud. Parmi eux, certains sont finalement totalement dépendants de leurs voisins comme le Laos et le Cambodge prisonniers des politiques restrictives du Vietnam et de la Thaïlande.

    Au-delà de ces gouvernements qui résistent à la pression, des réalités localisées renseignent sur l’impossible fermeture des frontières aux mobilités quotidiennes. Ainsi, malgré des discours de fermeté, exception faite de la Malaisie, des États ont maintenus la circulation des travailleurs transfrontaliers.

    Au sein de l’espace Schengen, la Slovénie maintient ses relations avec l’Autriche, malgré sa fermeté vis-à-vis de l’Italie. Le 16 mars, la Suisse garantit l’accès à son territoire aux salariés du Nord de l’Italie et du Grand Est de la France, pourtant les plus régions touchées par la pandémie en Europe. Allemagne, Belgique, Norvège, Finlande, Espagne font de même.

    De l’autre côté de l’Atlantique, malgré la multiplication des discours autoritaires, un accord est trouvé le 18 mars avec le Canada et surtout le 20 mars avec le Mexique pour maintenir la circulation des travailleurs. Des déclarations conjointes sont publiées le 21 mars. Partout, la question transfrontalière oblige au bilatéralisme. Uruguay et Brésil renoncent finalement à fermer leur frontière commune tant les habitants ont développé un « mode de vie binational » pour reprendre les termes de deux gouvernements. La décision unilatérale du 18 mars prise par la Malaisie d’interdire à partir du 20 mars tout franchissement de sa frontière prend Singapour de court qui doit organiser des modalités d’hébergement pour plusieurs dizaines de milliers de travailleurs considérés comme indispensables.

    Ces fermetures font apparaitre au grand jour la qualité des coopérations bilatérales.

    Certains États ferment d’autant plus facilement leur frontière avec un pays lorsque préexistent d’importantes rivalités à l’image de la Papouasie Nouvelle Guinée qui ferme immédiatement sa frontière avec l’Indonésie pourtant très faiblement touchée par la pandémie. D’autres en revanche, comme la Tanzanie refusent de fermer leurs frontières terrestres pour maintenir aux États voisins un accès direct à la mer.

    Certains observateurs se sont plu à imaginer des basculements dans les rapports de pouvoirs entre l’Afrique et l’Europe notamment. Après ces fermetures soudaines, le bal mondial des rapatriements a commencé, non sans de nombreuses fausses notes.

    L’accélération de la frontiérisation du monde

    La fermeture extrêmement rapide des frontières mondiales nous rappelle ensuite combien les dispositifs nationaux étaient prêts pour la suspension complète des circulations. Comme dans bien des domaines, la pandémie s’est présentée comme un révélateur puissant, grossissant les traits d’un monde qu’il est plus aisé de diagnostiquer, à présent qu’il est suspendu.

    Ces dernières années, l’augmentation des mobilités internationales par le trafic aérien s’est accompagnée de dispositifs de filtrage de plus en plus drastiques notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les multiples étapes de contrôle articulant dispositifs administratifs dématérialisés pour les visas et dispositifs de plus en plus intrusifs de contrôle physique ont doté les frontières aéroportuaires d’une épaisseur croissante, partageant l’humanité en deux catégories : les mobiles et les astreints à résidence.

    En parallèle, les routes terrestres et maritimes internationales sont restées actives et se sont même réinventées dans le cadre des mobilités dites illégales. Or là encore, l’obsession du contrôle a favorisé un étalement de la frontière par la création de multiples marches frontalières faisant de pays entiers des lieux de surveillance et d’assignation à résidence avec un investissement continu dans les dispositifs sécuritaires.

    L’épaisseur des frontières se mesure désormais par la hauteur des murs mais aussi par l’exploitation des obstacles géophysiques : les fleuves, les cols, les déserts et les mers, où circulent armées et agences frontalières. À cela s’est ajouté le pistage et la surveillance digitale doublés d’un appareil administratif aux démarches labyrinthiques faites pour ne jamais aboutir.

    Pour décrire ce phénomène, Achille Mbembe parlait de « frontiérisation du monde » et de la mise en place d’un « nouveau régime sécuritaire mondial où le droit des ressortissants étrangers de franchir les frontières d’un autre pays et d’entrer sur son territoire devient de plus en plus procédural et peut être suspendu ou révoqué à tout instant et sous n’importe quel prétexte. »

    La passion contemporaine pour les murs relève de l’iconographie territoriale qui permet d’appuyer les représentations sociales d’un contrôle parfait des circulations humaines, et ce alors que les frontières n’ont jamais été aussi polymorphes.

    Suite à la pandémie, la plupart des gouvernements ont pu mobiliser sans difficulté l’ingénierie et l’imaginaire frontaliers, en s’appuyant d’abord sur les compagnies aériennes pour fermer leur pays et suspendre les voyages, puis en fermant les aéroports avant de bloquer les frontières terrestres.

    Les réalités frontalières sont rendues visibles : la Norvège fait appel aux réservistes et retraités pour assurer une présence à sa frontière avec la Suède et la Finlande. Seuls les pays effondrés, en guerre, ne ferment pas leurs frontières comme au sud de la Libye où circulent armes et combattants.

    Beaucoup entretiennent des fictions géographiques décrétant des frontières fermées sans avoir les moyens de les surveiller comme la France en Guyane ou à Mayotte. Plus que jamais, les frontières sont devenues un rapport de pouvoir réel venant attester des dépendances économiques, notamment à travers la question migratoire, mais aussi symboliques, dans le principe de la souveraineté et son autre, à travers la figure de l’étranger. Classe politique et opinion publique adhèrent largement à une vision segmentée du monde.

    Le piège de l’assignation à résidence

    Aujourd’hui, cet appareil frontalier mondial activé localement, à qui l’on a demandé de jouer une nouvelle partition sanitaire, semble pris à son propre piège. Sa vocation même qui consistait à décider qui peut se déplacer, où et dans quelles conditions, semble égarée tant les restrictions sont devenues, en quelques jours, absolues.

    Le régime universel d’assignation à résidence dans lequel le monde est plongé n’est pas tant le résultat d’une décision d’ordre sanitaire face à une maladie inconnue, que la simple activation des dispositifs multiples qui préexistaient à cette maladie. En l’absence d’autres réponses disponibles, ces fermetures se sont imposées. L’humanité a fait ce qu’elle savait faire de mieux en ce début du XXIe siècle, sinon la seule chose qu’elle savait faire collectivement sans concertation préalable, fermer le monde.

    L’activation de la frontière a abouti à sa consécration. Les dispositifs n’ont pas seulement été activés, ils ont été renforcés et généralisés. Le constat d’une entrave des mobilités est désormais valable pour tous, et la circulation est devenue impossible, de fait, comme de droit. Pauvres et riches, touristes et hommes d’affaires, sportifs ou diplomates, tout le monde, sans exception aucune, fait l’expérience de la fermeture et de cette condition dans laquelle le monde est plongé.

    Seuls les rapatriés, nouveau statut des mobilités en temps de pandémie, sont encore autorisés à rentrer chez eux, dans les limites des moyens financiers des États qu’ils souhaitent rejoindre. Cette entrave à la circulation est d’ailleurs valable pour ceux qui la décident. Elle est aussi pour ceux qui l’analysent : le témoin de ce phénomène n’existe pas ou plus, lui-même pris, complice ou victime, de cet emballement de la frontiérisation.

    C’est bien là une caractéristique centrale du processus en cours, il n’y a plus de point de vue en surplomb, il n’y a plus d’extérieur, plus d’étranger, plus de pensée du dehors. La pensée est elle-même confinée. Face à la mobilisation et l’emballement d’une gouvernementalité de la mobilité fondée sur l’entrave, l’abolition pure et simple du droit de circuler, du droit d’être étranger, du droit de franchir les frontières d’un autre pays et d’entrer sur son territoire n’est plus une simple fiction.

    Les dispositifs de veille de ces droits, bien que mis à nus, ne semblent plus contrôlables et c’est en ce sens que l’on peut douter de la réversibilité de ces processus de fermeture.

    Réversibilité

    C’est à l’aune de ce constat selon lequel le processus de frontiérisation du monde était à déjà l’œuvre au moment de l’irruption épidémique que l’on peut interroger le caractère provisoire de la fermeture des frontières opérée au cours du mois de mars 2020.

    Pourquoi un processus déjà enclenché ferait machine arrière au moment même où il accélère ? Comme si l’accélération était une condition du renversement. Tout se passe plutôt comme si le processus de frontiérisation s’était cristallisé.

    La circulation internationale des marchandises, maintenue au pic même de la crise sanitaire, n’a pas seulement permis l’approvisionnement des populations, elle a également rappelé que, contrairement à ce que défendent les théories libérales, le modèle économique mondial fonctionne sur l’axiome suivant : les biens circulent de plus en plus indépendamment des individus.

    Nous venons bien de faire l’épreuve du caractère superflu de la circulation des hommes et des femmes, aussi longtemps que les marchandises, elles, circulent. Combien de personnes bloquées de l’autre côté d’une frontière, dans l’impossibilité de la traverser, quand le moindre colis ou autre produit traverse ?

    Le réseau numérique mondial a lui aussi démontré qu’il était largement à même de pallier à une immobilité généralisée. Pas de pannes de l’Internet à l’horizon, à l’heure où tout le monde est venu y puiser son travail, ses informations, ses loisirs et ses sentiments.

    De là à penser que les flux de data peuvent remplacer les flux migratoires, il n’y qu’un pas que certains ont déjà franchi. La pandémie a vite fait de devenir l’alliée des adeptes de l’inimitié entre les nations, des partisans de destins et de développement séparés, des projets d’autarcie et de démobilité.

    Alors que le virus nous a rappelé la condition de commune humanité, les frontières interdisent plus que jamais de penser les conditions du cosmopolitisme, d’une société comme un long tissu vivant sans couture à même de faire face aux aléas, aux zoonoses émergentes, au réchauffement climatique, aux menaces à même d’hypothéquer le futur.

    La réponse frontalière n’a ouvert aucun horizon nouveau, sinon celui du repli sur des communautés locales, plus petites encore, formant autant de petites hétérotopies localisées. Si les étrangers que nous sommes ou que nous connaissons se sont inquiétés ces dernières semaines de la possibilité d’un retour au pays, le drame qui se jouait aussi, et qui continue de se jouer, c’est bien l’impossibilité d’un aller.

    https://blogs.mediapart.fr/adrien-delmas/blog/280520/covid-19-la-frontierisation-aboutie-du-monde
    #frontières #fermeture_des_frontières #migrations #covid-19 #coronavirus #immobilité #mobilité #confinement #cartographie #vidéo #animation #visualisation #nationalisme_méthodologique #ressources_pédagogiques #appareil_frontalier_mondial #cohérence_sanitaire #crise_sanitaire #transport_aérien #Hubei #clusters #échelle #repli_national #contrôle_politique #Etat-nation #unilatéralisme #multilatéralisme #dilemme_du_prisonnier #mesures_barrière #rationalité #exceptionnalité #exceptionnalisme #autorité_nationale #soudaineté #routes_aériennes #Iran #Italie #Chine #vague #nationalités_indésirables #travailleurs_étrangers #frontaliers #filtrage #contrôles_frontaliers #contrôle #surveillance #marches_frontalières #assignation_à_résidence #pistage #surveillance_digitale #circulations #imaginaire_frontalier #ingénierie_frontalière #compagnies_aériennes #frontières_terrestres #aéroports #fictions_géographiques #géographie_politique #souveraineté #partition_sanitaire #rapatriés #gouvernementalité #droit_de_circuler #liberté_de_circulation #liberté_de_mouvement #réversibilité #irréversibilité #provisoire #définitif #cristallisation #biens #marchandises #immobilité_généralisée #cosmopolitisme #réponse_frontalière

    ping @mobileborders @karine4 @isskein @thomas_lacroix @reka

    • Épisode 1 : Liberté de circulation : le retour des frontières

      Premier temps d’une semaine consacrée aux #restrictions de libertés pendant la pandémie de coronavirus. Arrêtons-nous aujourd’hui sur une liberté entravée que nous avons tous largement expérimentée au cours des deux derniers mois : celle de circuler, incarnée par le retour des frontières.

      https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/droits-et-libertes-au-temps-du-corona-14-liberte-de-circulation-le-ret

    • #Anne-Laure_Amilhat-Szary (@mobileborders) : « Nous avons eu l’impression que nous pouvions effectivement fermer les frontières »

      En Europe, les frontières rouvrent en ordre dispersé, avec souvent le 15 juin pour date butoir. Alors que la Covid-19 a atteint plus de 150 pays, la géographe Anne-Laure Amilhat-Szary analyse les nouveaux enjeux autour de ces séparations, nationales mais aussi continentales ou sanitaires.

      https://www.franceculture.fr/geopolitique/anne-laure-amilhat-szary-nous-avons-eu-limpression-que-nous-pouvions-e

    • « Nous sommes très loin d’aller vers un #repli à l’intérieur de #frontières_nationales »
      Interview avec Anne-Laure Amilhat-Szary (@mobileborders)

      Face à la pandémie de Covid-19, un grand nombre de pays ont fait le choix de fermer leurs frontières. Alors que certains célèbrent leurs vertus prophylactiques et protectrices, et appellent à leur renforcement dans une perspective de démondialisation, nous avons interrogé la géographe Anne-Laure Amilhat Szary, auteure notamment du livre Qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ? (PUF, 2015), sur cette notion loin d’être univoque.

      Usbek & Rica : Avec la crise sanitaire en cours, le monde s’est soudainement refermé. Chaque pays s’est retranché derrière ses frontières. Cette situation est-elle inédite ? À quel précédent historique peut-elle nous faire penser ?

      Anne-Laure Amilhat Szary : On peut, semble-t-il, trouver trace d’un dernier grand épisode de confinement en 1972 en Yougoslavie, pendant une épidémie de variole ramenée par des pèlerins de La Mecque. 10 millions de personnes avaient alors été confinées, mais au sein des frontières nationales… On pense forcément aux grands confinements historiques contre la peste ou le choléra (dont l’efficacité est vraiment questionnée). Mais ces derniers eurent lieu avant que l’État n’ait la puissance régulatrice qu’on lui connaît aujourd’hui. Ce qui change profondément désormais, c’est que, même confinés, nous restons connectés. Que signifie une frontière fermée si l’information et la richesse continuent de circuler ? Cela pointe du doigt des frontières aux effets très différenciés selon le statut des personnes, un monde de « frontiérités » multiples plutôt que de frontières établissant les fondements d’un régime universel du droit international.

      Les conséquences juridiques de la fermeture des frontières sont inédites : en supprimant la possibilité de les traverser officiellement, on nie l’urgence pour certains de les traverser au péril de leur vie. Le moment actuel consacre en effet la suspension du droit d’asile mis en place par la convention de Genève de 1951. La situation de l’autre côté de nos frontières, en Méditerranée par exemple, s’est détériorée de manière aiguë depuis début mars.

      Certes, les populistes de tous bords se servent de la menace que représenteraient des frontières ouvertes comme d’un ressort politique, et ça marche bien… jusqu’à ce que ces mêmes personnes prennent un vol low-cost pour leurs vacances dans le pays voisin et pestent tant et plus sur la durée des files d’attentes à l’aéroport. Il y a d’une part une peur des migrants, qui pourraient « profiter » de Schengen, et d’autre part, une volonté pratique de déplacements facilités, à la fois professionnels et de loisirs, de courte durée. Il faut absolument rappeler que si le coronavirus est chez nous, comme sur le reste de la planète, c’est que les frontières n’ont pas pu l’arrêter ! Pas plus qu’elles n’avaient pu quelque chose contre le nuage de Tchernobyl. L’utilité de fermer les frontières aujourd’hui repose sur le fait de pouvoir soumettre, en même temps, les populations de différents pays à un confinement parallèle.

      Ne se leurre-t-on pas en croyant assister, à la faveur de la crise sanitaire, à un « retour des frontières » ? N’est-il pas déjà à l’œuvre depuis de nombreuses années ?

      Cela, je l’ai dit et écrit de nombreuses fois : les frontières n’ont jamais disparu, on a juste voulu croire à « la fin de la géographie », à l’espace plat et lisse de la mondialisation, en même temps qu’à la fin de l’histoire, qui n’était que celle de la Guerre Froide.

      Deux choses nouvelles illustrent toutefois la matérialité inédite des frontières dans un monde qui se prétend de plus en plus « dématérialisé » : 1) la possibilité, grâce aux GPS, de positionner la ligne précisément sur le terrain, de borner et démarquer, même en terrain difficile, ce qui était impossible jusqu’ici. De ce fait, on a pu régler des différends frontaliers anciens, mais on peut aussi démarquer des espaces inaccessibles de manière régulière, notamment maritimes. 2) Le retour des murs et barrières, spectacle de la sécurité et nouvel avatar de la frontière. Mais attention, toute frontière n’est pas un mur, faire cette assimilation c’est tomber dans le panneau idéologique qui nous est tendu par le cadre dominant de la pensée contemporaine.

      La frontière n’est pas une notion univoque. Elle peut, comme vous le dites, se transformer en mur, en clôture et empêcher le passage. Elle peut être ouverte ou entrouverte. Elle peut aussi faire office de filtre et avoir une fonction prophylactique, ou bien encore poser des limites, à une mondialisation débridée par exemple. De votre point de vue, de quel type de frontières avons-nous besoin ?

      Nous avons besoin de frontières filtres, non fermées, mais qui soient véritablement symétriques. Le problème des murs, c’est qu’ils sont le symptôme d’un fonctionnement dévoyé du principe de droit international d’égalité des États. À l’origine des relations internationales, la définition d’une frontière est celle d’un lieu d’interface entre deux souverainetés également indépendantes vis-à-vis du reste du monde.

      Les frontières sont nécessaires pour ne pas soumettre le monde à un seul pouvoir totalisant. Il se trouve que depuis l’époque moderne, ce sont les États qui sont les principaux détenteurs du pouvoir de les fixer. Ils ont réussi à imposer un principe d’allégeance hiérarchique qui pose la dimension nationale comme supérieure et exclusive des autres pans constitutifs de nos identités.

      Mais les frontières étatiques sont bien moins stables qu’on ne l’imagine, et il faut aujourd’hui ouvrir un véritable débat sur les formes de frontières souhaitables pour organiser les collectifs humains dans l’avenir. Des frontières qui se défassent enfin du récit sédentaire du monde, pour prendre véritablement en compte la possibilité pour les hommes et les femmes d’avoir accès à des droits là où ils vivent.

      Rejoignez-vous ceux qui, comme le philosophe Régis Debray ou l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, font l’éloge des frontières et appellent à leur réaffirmation ? Régis Débray écrit notamment : « L’indécence de l’époque ne provient pas d’un excès mais d’un déficit de frontières »…

      Nous avons toujours eu des frontières, et nous avons toujours été mondialisés, cette mondialisation se réalisant à l’échelle de nos mondes, selon les époques : Mer de Chine et Océan Indien pour certains, Méditerranée pour d’autres. À partir des XII-XIIIe siècle, le lien entre Europe et Asie, abandonné depuis Alexandre le Grand, se développe à nouveau. À partir du XV-XVIe siècle, c’est l’âge des traversées transatlantiques et le bouclage du monde par un retour via le Pacifique…

      Je ne suis pas de ces nostalgiques à tendance nationaliste que sont devenus, pour des raisons différentes et dans des trajectoires propres tout à fait distinctes, Régis Debray ou Arnaud Montebourg. Nous avons toujours eu des frontières, elles sont anthropologiquement nécessaires à notre constitution psychologique et sociale. Il y en a même de plus en plus dans nos vies, au fur et à mesure que les critères d’identification se multiplient : frontières de race, de classe, de genre, de religion, etc.

      Nos existences sont striées de frontières visibles et invisibles. Pensons par exemple à celles que les digicodes fabriquent au pied des immeubles ou à l’entrée des communautés fermées, aux systèmes de surveillance qui régulent l’entrée aux bureaux ou des écoles. Mais pensons aussi aux frontières sociales, celles d’un patronyme étranger et racialisé, qui handicape durablement un CV entre les mains d’un.e recruteur.e, celles des différences salariales entre femmes et hommes, dont le fameux « plafond de verre » qui bloque l’accès aux femmes aux fonctions directoriales. Mais n’oublions pas les frontières communautaires de tous types sont complexes car mêlant à la fois la marginalité choisie, revendiquée, brandie comme dans les « marches des fiertés » et la marginalité subie du rejet des minorités, dont témoigne par exemple la persistance de l’antisémitisme.

      La seule chose qui se transforme en profondeur depuis trente ans et la chute du mur de Berlin, c’est la frontière étatique, car les États ont renoncé à certaines des prérogatives qu’ils exerçaient aux frontières, au profit d’institutions supranationales ou d’acteurs privés. D’un côté l’Union Européenne et les formes de subsidiarité qu’elle permet, de l’autre côté les GAFAM et autres géants du web, qui échappent à la fiscalité, l’une des raisons d’être des frontières. Ce qui apparaît aussi de manière plus évidente, c’est que les États puissants exercent leur souveraineté bien au-delà de leurs frontières, à travers un « droit d’ingérence » politique et militaire, mais aussi à travers des prérogatives commerciales, comme quand l’Arabie Saoudite négocie avec l’Éthiopie pour s’accaparer ses terres en toute légalité, dans le cadre du land grabbing.

      Peut-on croire à l’hypothèse d’une démondialisation ? La frontière peut-elle être précisément un instrument pour protéger les plus humbles, ceux que l’on qualifie de « perdants de la mondialisation » ? Comment faire en sorte qu’elle soit justement un instrument de protection, de défense de certaines valeurs (sociales notamment) et non synonyme de repli et de rejet de l’autre ?

      Il faut replacer la compréhension de la frontière dans une approche intersectionnelle : comprendre toutes les limites qui strient nos existences et font des frontières de véritables révélateurs de nos inégalités. Conçues comme des instruments de protection des individus vivant en leur sein, dans des périmètres où l’Etat détenteur du monopole exclusif de la violence est censé garantir des conditions de vie équitables, les frontières sont désormais des lieux qui propulsent au contraire les personnes au contact direct de la violence de la mondialisation.

      S’il s’agit de la fin d’une phase de la mondialisation, celle de la mondialisation financière échevelée, qui se traduit par une mise à profit maximalisée des différenciations locales dans une mise en concurrence généralisée des territoires et des personnes, je suis pour ! Mais au vu de nos technologies de communication et de transports, nous sommes très loin d’aller vers un repli à l’intérieur de frontières nationales. Regardez ce que, en période de confinement, tous ceux qui sont reliés consomment comme contenus globalisés (travail, culture, achats, sport) à travers leur bande passante… Regardez qui consomme les produits mondialisés, du jean à quelques euros à la farine ou la viande produite à l’autre bout du monde arrivant dans nos assiettes moins chères que celle qui aurait été produite par des paysans proches de nous… Posons-nous la question des conditions dans lesquelles ces consommateurs pourraient renoncer à ce que la mondialisation leur offre !

      Il faut une approche plus fine des effets de la mondialisation, notamment concernant la façon dont de nombreux phénomènes, notamment climatiques, sont désormais établis comme étant partagés - et ce, sans retour possible en arrière. Nous avons ainsi besoin de propositions politiques supranationales pour gérer ces crises sanitaires et environnementales (ce qui a manqué singulièrement pour la crise du Cocid-19, notamment l’absence de coordination européenne).

      Les frontières sont des inventions humaines, depuis toujours. Nous avons besoin de frontières comme repères dans notre rapport au monde, mais de frontières synapses, qui font lien en même temps qu’elles nous distinguent. De plus en plus de personnes refusent l’assignation à une identité nationale qui l’emporterait sur tous les autres pans de leur identité : il faut donc remettre les frontières à leur place, celle d’un élément de gouvernementalité parmi d’autres, au service des gouvernants, mais aussi des gouvernés. Ne pas oublier que les frontières devraient être d’abord et avant tout des périmètres de redevabilité. Des espaces à l’intérieur desquels on a des droits et des devoirs que l’on peut faire valoir à travers des mécanismes de justice ouverts.

      https://usbeketrica.com/article/on-ne-va-pas-vers-repli-a-interieur-frontieres-nationales

    • What does the COVID-19 crisis mean for #aspiring_migrants who are planning to leave home?

      In late April 2020, I decided to document the experiences of aspiring nurse migrants from the Philippines, where the government had imposed a one-month quarantine in many parts of the country. With two colleagues based in Manila, we recruited interviewees through Facebook, and then spoke to Filipino nurses “stranded” in different provinces within the Philippines – all with pending contracts in the UK, Singapore, Germany, and Saudi Arabia.

      Initially, we thought that our project would help paint a broader picture of how #COVID-19 creates an “unprecedented” form of immobility for health workers (to borrow the language of so many news reports and pundits in the media). True enough, our interviewees’ stories were marked with the loss of time, money, and opportunity.

      Lost time, money, opportunity

      Most striking was the case of Mabel in Cebu City. Mabel began to worry about her impending deployment to the UK when the Philippine government cancelled all domestic trips to Manila, where her international flight was scheduled to depart. Her Manila-based agency tried to rebook her flight to leave from Cebu to the UK. Unfortunately, the agency had taken Mabel’s passport when processing her papers, which is a common practice among migration agencies, and there was no courier service that could deliver it to her in time. Eventually, Mabel’s British employers put her contract on hold because the UK had gone on lockdown as well.

      As nurses grapple with disrupted plans, recruitment agencies offer limited support. Joshua, a nurse from IloIlo, flew to Manila with all his belongings, only to find out that his next flight to Singapore was postponed indefinitely. His agent refunded his placement fee but provided no advice on what to do next. “All they said was, ‘Umuwi ka nalang’ (Just go home),” Joshua recalled. “I told them that I’m already here. I resigned from my job…Don’t tell me to go home.” With 10 other nurses, Joshua asked the agency to appeal for financial assistance from their employer in Singapore. “We signed a contract. Aren’t we their employees already?” They received no response from either party.

      Mabel and Joshua’s futile efforts to get through the closing of both internal and international borders reflects the unique circumstances of the pandemic. However, as we spoke to more interviewees about their interrupted migration journeys, I couldn’t help but wonder: how different is pandemic-related immobility from the other forms of immobility that aspiring nurse migrants have faced in the past?

      Pandemic as just another form of immobility?

      Again, Mabel’s story is illuminating. Even before she applied to the UK, Mabel was no stranger to cancelled opportunities. In 2015, she applied to work as a nurse in Manitoba, Canada. Yet, after passing the necessary exams, Mabel was told that Manitoba’s policies had changed and her work experiences were no longer regarded to be good enough for immigration. Still hoping for a chance to leave, Mabel applied to an employer in Quebec instead, devoting two years to learn French and prepare for the language exam. However, once again, her application was withdrawn because recruiters decided to prioritize nurses with “more experience.”

      One might argue that the barriers to mobility caused by the pandemic is incomparable to the setbacks created by shifting immigration policies. However, in thinking through Mabel’s story and that of our other interviewees, it seems that the emotional distress experienced in both cases are not all that different.

      As migration scholars now reflect more deeply on questions of immobility, it might be useful to consider how the experiences of immobility are differentiated. Immobility is not a single thing. How does a virus alter aspiring migrants’ perception about their inability to leave the country? As noted in a previous blog post from Xiao Ma, the COVID-19 pandemic may bring about new regimes of immobility, different from the immigration regimes that have blocked nurses’ plans in the past. It might also lead to more intense moral judgments on those who do eventually leave.

      April, a nurse bound for Saudi Arabia, recounted a conversation with a neighbor who found out that she was a “stranded” nurse. Instead of commiserating, the neighbor told April, “Dito ka nalang muna. Kailangan ka ng Pilipinas” (Well you should stay here first. Your country needs you). April said she felt a mixture of annoyance and pity. “I feel sorry for Filipino patients. I do want to serve…But I also need to provide for my family.”

      Now, my collaborators and I realized that our ongoing research must also work to differentiate pandemic-related immobility from the barriers that nurse migrants have faced in the past. For our interviewees, the pandemic seems more unpredictable and limits the options they can take. For now, all of our interviewees have been resigned to waiting at home, in the hope of borders opening up once again.

      Immobility among migration scholars

      More broadly, perhaps this is also a time to reflect on our own immobility as scholars whose travels for field work and conferences have been put on hold. Having the university shut down and international activity frozen is truly unprecedented. However, in some ways, many scholars have long experienced other forms of immobility as well.

      While the COVID-19 crisis had forced me to cancel two conferences in the last two months, one of my Manila-based collaborators has never attended an academic event beyond Asia because his applications for tourist visas have always been rejected (twice by the Canadian embassy, once by the US embassy). Another friend, a Filipino PhD student, had to wait two months for approval to conduct research in Lebanon, prompting her to write a “back-up proposal” for her dissertation in case her visa application was declined.

      Browsing through social media, it is interesting for me to observe an increasing number of American and British scholars ruminating on their current “immobility.” Living in this moment of pandemic, I can understand that it is tempting to think of our current constraints as exceptional. However, we also need to pause and consider how immobility is not a new experience for many others.

      #immobilité #Philippines #infirmières #migrations #fermeture_des_frontières #travailleurs_étrangers #futurs_migrants

      @sinehebdo —> nouveau mot

      #aspiring_migrants (qui peut ressembler un peu à #candidats_à_l'émigration qu’on a déjà, mais c’est pas tout à fait cela quand même... #futurs_migrants ?)
      #vocabulaire #mots #terminologie #agences #contrat #travail #coronavirus #stranded #blocage

    • Les chercheurs distinguent les personnes qui asiprent à migrer, c’est-à-dire qui déclare la volonté de partir, des personnes qui ont entamé des démarches effectives pour partir au cours des dernières semaines (demande de visa, envoi de CV, demande d’un crédit bancaire, etc.). Les enquêtes montrent que la différence entre les deux groupes est quantitativement très importante.

  • Geopolítica de la pandemia de #COVID-19

    American “Populism” and the Spatial Contradictions of US Govern-ment in the Time of COVID-19
    John Agnew
    15-23

    La Europa indolente. Una hipótesis sobre los efectos geopolíticos de la pandemia
    Juan Romero
    25-37

    Las fronteras de la COVID-19: ¿escenario de guerra o camino de
    Jorge Aponte Motta, Olivier Thomas Kramsch
    39-51

    Centroamérica: neoliberalismo y COVID-19
    David Díaz Arias, Ronny Viales Hurtado
    53-59

    COVID-19: ¿(in)seguridad sin (in)movilidad? Acercando la política de la movilidad a los Estudios Críticos de Seguridad
    Ángela Iranzo
    61-68

    Espacialidad y pandemia: la crisis del coronavirus vista desde la geopolítica negativa
    Francisco José Saracho López
    69-79

    COVID-19 Pandemic in Japan: Containment Failed or Successful?
    Takashi Yamazaki
    81-91

    Pandemia: anexiones territoriales en Israel y comorbilidad en Palestina
    Isaias Barreñada Bajo
    93-104

    Flujos turísticos, geopolítica y COVID-19: cuando los turistas internacionales son vectores de transmisión
    Miriam Menchero Sánchez
    105-114

    ¿Qué mundo geopolítico después de 2020?
    Barbara Loyer, Béatrice Giblin
    115-126

    Geografía política de los cuidados (O por qué la pandemia del coronavirus confinó a buena parte del Norte global)
    Manuel Espinel Vallejo
    127-140

    COVID-19 between Global Human Security and Ramping Authoritar-ian Nationalisms
    Carlos R. S. Milani
    141-151

    La pandemia del 2020 en el debate teórico de las Relaciones Internacionales
    Fabián Bosoer, Mariano Turzi
    153-163

    El (im)posible retorno del Estado al primer plano ante una catástrofe global
    Jaime Pastor
    165-172

    Geopolítica de la pandemia, escalas de la crisis y escenarios en disputa
    Breno Bringel
    173-187

    La ciudad bajo el signo de ’Afrodita Pandemos’
    Carlos Tapia
    189-208

    La inexistente respuesta regional a la COVID-19 en América Latina
    Jerónimo Ríos Sierra
    209-222

    Aesthetic Separation / Separation Aesthetics: The Pandemic and the Event Spaces of Precarity
    Sam Okoth Opondo, Michael J. Shapiro
    223-238

    Brazil in the Time of Coronavirus
    Maite Conde
    239-249

    El virus cosmopolita: lecciones de la COVID-19 para la reconfiguración del Estado-Nación y la gobernanza global
    Natalia Millán, Guillermo Santander
    251-263

    Los mapas y calendarios de la pandemia
    Carlo Emilio Piazzini Suárez
    265-274

    Greta’s Wrath; or ’quédate en casa’, Agamben: COVID-19 and the (Non-)State of Exception
    Ulrich Oslender
    275-283

    Confinamiento/aislamiento: del lenguaje preventivo de la COVID-19 a la pragmática de la guerra en Colombia
    Vladimir Montoya Arango
    285-291

    Los Estados cierran sus territorios por seguridad… pero los virus están emancipados de las fronteras
    María Lois
    293-302

    Geopolítica popular del coronavirus: el poder de las viñetas editoriales de la prensa diaria
    Heriberto Cairo
    303-317

    Revisitando ’Refuxios’ en tiempos de COVID-19
    Carme Nogueira
    319-321

    https://revistas.ucm.es/index.php/GEOP/issue/view/3602
    #revue #articles_scientifiques #coronavirus #géographie #géopolitique #géographie_politique #USA #Etats-Unis #Europe #frontières #Amérique_centrale #néolibéralisme #mobilité #immobilité #Japon #Palestine #Israël #tourisme #touristes_internationaux #nationalisme #autoritarisme #Etats #Etats-nations #Amérique_latine #Brésil #Agamben #Colombie #confinement #isolement #frontières #frontières_nationales #dessin_de_presse #caricature #popular_geography #popular_geopolitics

  • Le #camp de #Nea_Kavala en #Grèce

    Dans l’Union européenne, certains camps pour personnes étrangères sont dits « ouverts » : les habitants sont libres d’y rester ou non, en attendant une réponse à leur demande d’asile – dans les faits, ils n’ont pas vraiment le droit ni les moyens de s’installer ailleurs.

    Le 28 février 2016, la création de ce camp intervient dans un contexte de #fermetures_des_frontières dans les #Balkans, et du besoin de répartir les habitants du camp d’#Idomeni. 3520 personnes sont alors transférées vers des tentes disposées sur le tarmac de l’aéroport militaire « Asimakopoulou »[1], pour une capacité d’accueil estimée à 2500 personnes. Sur le bitume, les personnes sont exposées aux vents et aux températures parfois extrêmes. Elles attendront le mois de novembre pour que des containers soient mis en place.

    Quatre ans plus tard, le camp est toujours là. L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) considère Nea Kavala comme une « installation d’accueil de long terme » ; et y transfère notamment des réfugiés depuis le camp de Moria à Lesbos[2].

    Les habitants ont eu le temps de réaliser des « travaux d’agrandissement » sur certains containers (© Louis Fernier)

    La vie s’est organisée à la marge de la société grecque. Des personnes migrantes sont isolées, bloquées dans un lieu initialement prévu pour que des avions décollent et atterrissent. Sur le tarmac, les préfabriqués ont été installés « de façon à contenir les effets des rafales de vent » ; les personnes « accueillies » partagent des sanitaires extérieurs l’été comme l’hiver, et une unique source d’eau potable située à l’entrée du camp. Si elles le souhaitent, elles sont toutefois libres de marcher 5 KM le long d’une voie rapide pour atteindre la première pharmacie. Sur place, nos observations nous ont permis de réaliser la carte ci-après :

    Ce croquis illustre comment la vie prend forme dans un tel environnement. Les ressources et acteurs clés se situent presque exclusivement à l’entrée, dans le nord du camp.

    L’Etat grec a délégué la majeure partie des tâches de coordination au Danish Refugee Council. Les ministères de l’éducation et de la santé restent toutefois censés accomplir leurs missions respectives. Hélas, la majorité des enfants ne sont scolarisés que la moitié de la semaine, et le médecin du camp n’est présent que 15 heures par semaine. Deux associations non-gouvernementales, « Drop in the Ocean » et We Are Here », sont présentes au quotidien pour soutenir les personnes encampées. C’est au sein de We Are Here que nous effectuons une enquête de terrain depuis deux mois. Composée uniquement de bénévoles, cette association gère un espace social, organise des cours d’Anglais et de musique, et des activités pour les plus jeunes. Elle tient aussi un centre d’informations et un espace réservé aux femmes. Au quotidien, elle s’active dans un univers interculturel, comme le montre la diversité des nationalités présentes depuis 2016, et la nécessité de s’adapter en continue.

    Être bénévole à We Are Here, c’est aussi travailler dans un milieu en perpétuel mouvement : la population connait des fluctuations parfois très soudaines.

    Si la population n’a plus dépassé la capacité du camp depuis sa création, elle a connu certains pics – à la fin de l’été 2019 notamment. Les conditions de vie paraissaient alors peu dignes pour un « site d’accueil de long terme ». Une personne réfugiée témoignait le 02 septembre 2019 :

    “Nea Kavala Camp is one of hell’s chosen spots in Greece. And to think that this government sees it as a suitable place for vulnerable refugees shows to me how much it must hate us. Nobody should be expected to stay there.”

    Depuis le 12 mars 2020, les mesures de protection face au Covid-19 ont entraîné l’arrêt des activités de We Are Here ; cependant, nous sommes toujours en observation depuis le village voisin, en contact avec les habitants du camp. Et la crise sanitaire n’a pas freiné les travaux d’aménagement de Nea Kavala, en prévision de l’accueil de 1000 personnes transférées depuis l’île de Lesbos.

    A l’intérieur de ces tentes, les familles sont aujourd’hui réparties par petites salles. Un habitant nous rapporte que « l’on y entend les voisins, c’est très serré. Il y a une table, quatre chaises et quatre lits pour toute une famille ».

    Nea Kavala compte 372 arrivées depuis la fin du mois de février, dans le contexte actuel de pandémie mondiale. Le Danish Refugee Council estime que 700 nouvelles personnes arriveront encore d’ici l’été. Les locaux de We Are Here et de Drop in the Ocean ont été demandés pour organiser de potentielles mises en quarantaine. En attendant d’y retourner, nous espérons que le virus épargnera le camp ; et que l’ennui, l’isolement et les conditions d’accueil ainsi décrites n’entraineront pas de tensions. Nous retenons notre souffle.

    https://mi.hypotheses.org/2122
    #transferts #migrerrance #immobilité #Grèce_continentale #frontières #Thessalonique #Polykastro #Asimakopoulou #OIM #IOM #temporaire #isolement #marginalité #marges #aéroport #tarmac #préfabriqués #croquis #cartographie #visualisation #Danish_Refugee_Council #déscolarisation #accès_aux_soins #Drop_in_the_Ocean #We_are_here

  • The Impending Mass Grave Across the Border From Texas

    As the virus sweeps across the U.S., a dusty migrant camp along the southern border in Mexico is on the brink of becoming a humanitarian disaster.

    The city of Matamoros, Mexico, sits directly across the border from Brownsville, Tex. Over 2,500 people have gathered there since the Trump administration rolled out the “#Remain_in-Mexico” policy, in a squalid encampment along the U.S.-Mexico border, while they wait for their asylum hearings. They live in cramped, unsanitary quarters — some in tents, others in makeshift shelters — without electricity or running water. They are increasingly susceptible to respiratory illness and malnutrition.

    On April 1, the U.S. Department of Homeland Security and the Executive Office for Immigration Review announced that they would be postponing all hearings because of the coronavirus outbreak. They live in constant threat of the virus, all for exercising their human right to claim asylum.

    Volunteers and nonprofit groups have all but vanished. UNICEF left. Doctors Without Borders still offers some services, but Global Response Management, an international nonprofit organization, is the only consistent presence. Its volunteer doctors, nurses and medics, in some cases asylum seekers, have been doing their best.

    But the agency’s best is limited to distributing vitamins, masks and moving tents apart. Under normal circumstances, if you can call any of this normal, doctors and nurses can’t do much aside from tending to a wound that requires stitches, and diagnosing strep throat or the flu. They aren’t able to get tests to diagnose Covid-19.

    The executive director of G.R.M., who is a nurse, reports that within the camp there were five patients with Covid-19 symptoms. The agency reported these to local authorities but were refused testing. It asked that these migrants be taken away from the camp to nearby hotels, but Mexican immigration authorities have not authorized the move.

    Matamoros is the second largest city in the state of Tamaulipas, with a population of over 520,000. While there are no confirmed cases of Covid-19 in the camps, there are some eight confirmed cases in the city. People with mild or moderate cases could be quarantined in their tents and more severe cases sent to local hospitals. But, according to G.R.M., the city’s five public hospitals have 10 ventilators and 40 intensive care unit beds between them. An outbreak would be catastrophic.

    Mexico has been slow to react to the coronavirus threat. In mid-March, President Andres Manuel López Obrador told reporters, “I have faith that we’re going to move our dear Mexico forward, that these misfortunes, pandemics will not harm us.” He has defiantly kissed and hugged supporters at recent events. Mexico has reported at least 4,219 cases of Covid-19 and 273 deaths. Medical workers have protested against the lack of protective gear.

    Western news organizations are abuzz with worry over migrants on our southern border. They fret over what will happen if an outbreak were to erupt in the camp. But the plight of the migrants is nothing but a morbid concern. We’re treated to images, taken from helicopters, of bodies lying on top of each other, swollen by the sun, and drowned children and their parents, embracing. It’s the classic voyeuristic Jonestown footage. This is a mass killing of vulnerable people of color, preyed on because they dreamed of a better life. Despite the worry now about the asylum-seekers in Matamoros, no one is rushing to help them. People are just rushing to read about this impending mass grave.

    As the mounting toll of the coronavirus comes into view, it’s clear that migrants around the world are among the most vulnerable. They often lack health insurance, struggle to make ends meet and are often in poor health. They don’t have the luxury or the freedom to socially distance themselves from others. The undocumented men and women in our communities are on the front lines — often with no protective equipment or safety net — risking their lives to do the jobs most Americans won’t. They are disinfecting hospitals and doctors’ offices, delivering your food and taking care of your elderly relatives.

    President Trump believes the medical community’s insistence on quarantine is a conspiracy to destroy his presidency. My parents are among the aging, immunocompromised and undocumented in New York City. If they get sick, they will die. The Trump administration will not help us. We migrants, on the border, or here in New York, are left to fend for ourselves.

    Do you know about crows? As an undocumented migrant, I’ve always felt an affinity for them. Research has shown that they are as smart as a 7-year-old child. And yet, they are considered pests, undesirable birds, by most. People shoot them, or lay down barbed wire so they will not roost. If you hurt a crow, and it gets a good look at your face, generations of that crow flock could swoop and swerve and attack you. Crows never forget if you hurt them or one of their own.

    As one of the fulfilled prophecies of the American dream, I’ve earned the right to foretell one. If the American and Mexican governments let us die en masse, we will haunt your children, and your children’s children, and their children too. They will never sleep in peace, and they will come to know our names.

    https://www.nytimes.com/2020/04/12/opinion/matamoros-migrants-coronavirus.html

    #immobilité #Mexique #fermeture_des_frontières #USA #Etats-Unis #frontières #migrations #asile #réfugiés #campement #Matamoros #coronavirus #covid-19 #photographie

    via @isskein
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  • Les confinés, ce sont les plus mobiles !

    Le confinement spatial est aussi une question de #frontières. Les confinés sont ceux qui, même immobiles, « ont accès ». Pouvoir se confiner relève du même processus que pouvoir traverser une frontière légalement, il faut appartenir au cercle restreint des « acteurs » de la globalisation.

    Depuis que le virus Covid-19 a été identifié, le repli spatial a constitué une préconisation politique essentielle. Ce qui est recommandé sous le terme désormais consacré de distance sociale, c’est le maintien d’une distance minimale entre les personnes, bien géographique celle-là. Et la mettre en œuvre suppose une forme de maîtrise sur nos conditions de vie, sur notre habiter. Confiner, c’est placer entre des limites. Cela implique que le contour que l’on érige à la périphérie de soi-même, entoure un centre, stable lui ! En filigrane de cette politique, on voit s’esquisser une pensée politique de l’espace très classique, tout à fait en décalage avec l’analyse des mobilités contemporaines.

    Ne sont véritablement confiné·es aujourd’hui que celles et ceux qui ont un logement suffisamment grand pour permettre au nombre de personnes qui y vivent de ne pas trop en sortir. En avoir deux, qu’on soit des enfants en résidence alternée ou des couples non-concubins, c’est déjà se trouver hors de ce cadre normatif… Cette logique de sédentarité extrême se présente désormais comme une marginalité spatiale positive, car choisie. Ne sont donc concernés ni les sans-logis, ni les entassés. Notamment celles et ceux qui subissent, en prison ou en centre de rétention administrative, une assignation de mise l’écart de la société qui prend effet dans des lieux enclos où le confinement est paradoxalement impossible : les densités trop fortes s’y traduisent dans les faits par une promiscuité délétère.
    Ceux qui ont « accès »

    Le confinement dont il s’agit n’a rien d’un enfermement ! Et ce, malgré le sentiment croissant de frustration de celles et ceux qui l’appliquent depuis un mois en se privant de l’accès à la multiplicité des lieux habituellement fréquentés. A y regarder de plus près, ne sont finalement concernés que celles et ceux qui peuvent vivre entre quatre murs parce qu’ils le font de manière tout à fait connectée ! Pouvoir, depuis chez soi, conserver des ressources régulières, c’est travailler à distance, être retraité ou encore indemnisé pour un chômage partiel ou permanent, un arrêt maladie. On continue alors d’être relié à un système marchand, lui-même relayé par un complexe bancaire qui nous « donne accès ». Et place les personnes concernées en situation de continuer à consommer à distance (faire ses courses le moins loin possible du domicile, se faire livrer, etc.).

    Certes, certains biens et services, notamment immatériels, sont désormais inaccessibles : soins du corps, pratiques de sociabilité, offre culturelle. Et l’avalanche d’ouverture de contenus en ligne dans ces domaines ne compense pas ce qui fait leur force habituelle, l’intensité des liens que ces secteurs stimulent. Mais ce mode « dégradé » reste un luxe, la carapace électronique qui garantit la faisabilité de notre enfermement apparent. Toute cette insertion économique se produit dans un processus d’invisibilisation des liens, produit par le système capitaliste qui les financiarise. Qu’il est facile de commander sur une grande plateforme en ligne sans penser aux employés qui travaillent dans ses entrepôts, livrent, déploient matériellement les réseaux sur lesquels repose notre approvisionnement !
    Informalisés et autres illégalisés

    Les confiné·es sont donc celles et ceux qui, même immobiles, « ont accès ». A l’extrémité inverse du spectre social, les non-productifs, les « informalisés » et autres « illégalisés », celles et ceux qui ne peuvent plus vendre leur travail manuel et physique (ménage, construction), qui ne sont pas pris en charge par les systèmes de santé, et tous ceux qui ont du mal à se relier au monde libéral. On peut aussi assister à des bascules rapides : l’étudiant·e issu·e d’un milieu modeste, qui n’a pas d’ordinateur ou de bonne connexion internet chez lui, parfois confiné·e dans une chambre minuscule où il·elle est désormais privé de la restauration à bas prix du Crous, peut tout à fait décrocher de la dynamique vertueuse que ses efforts lui avaient permis d’intégrer, éjecté du monde mobile auquel il aspirait.

    Paradoxalement, celles et ceux qui peuvent aujourd’hui se confiner dans de bonnes conditions sont très exactement les personnes qui avaient accès à la liberté de mouvement dans le monde d’avant. Ce sont des personnes qui disposent d’un degré d’autonomie globale leur permettant de choisir les interactions qui les mondialisent : en d’autres termes. Ce sont précisément celles et ceux qui disposaient d’un niveau de « #frontiérité » élevé, pour reprendre une expression que j’ai forgée avec Frédéric Giraut pour qualifier nos capacités inégales à traverser les frontières.

    Pouvoir se confiner relève du même processus que pouvoir traverser une frontière légalement : il s’agit de deux modalités de l’appartenance au cercle restreint des « acteurs » de la globalisation. Ce sont deux faces de l’« inclusion différentielle » (Sandro Mezzadra) qui régit désormais le corps social. Loin de l’égalité démocratique, l’attribution des droits politiques, notamment l’accès à une citoyenneté pleine et entière, semble dépendre de cette aptitude à pouvoir démontrer de l’utilité individuelle dans la mondialisation. Gommer opportunément de nos radars le fait que ceux qui produisent à bas coût des jeans ou des téléphones, du coton ou des minerais, actent tout autant cette économie inter-reliée que les élites mondialisées. Ne pas voir l’écheveau des liens complexes de notre système monde dont le Covid-19 est le symptôme, ne pas considérer pas la matérialité des biens qui sont derrière les liens électroniques sur lesquels repose notre confinement, c’est faire l’autruche.

    Les confinés, c’est-à-dire les plus « frontiérisés », se trouvent être aussi les êtres humains qui ont la plus forte empreinte écologique ! Sortir du confinement ne se fera pas en réouvrant les frontières, mais en re-visibilisant les liens. L’analyse fine des inégalités territoriales du monde mobile qui a produit la crise du Covid-19 constitue une étape essentielle pour poser les bases de la justice sociale nécessaire pour imaginer l’« après ».

    https://www.liberation.fr/debats/2020/04/27/les-confines-ce-sont-les-plus-mobiles_1786544

    #confinement #mobilité #immobilité #globalisation #mondialisation #inclusion_différentielle #Mezzadra #Sandro_Mezzadra #repli_spatial #distance_sociale #distance_spatiale #sédentarité #marginalité #assignation #SDF #détention #détention_administrative #prisons #sans-abrisme #rétention #promiscuité #enfermement #télétravail #connectivité #internet #enfermement_apparent #confinés #non-confinés #espace #liberté_de_mouvement #liberté_de_circulation #autonomie #im/mobilité #hyper-mobilité #immobilité

    Tribune de #Anne-Laure_Amilhat-Szary (@mobileborders)

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  • Bordering under the corona virus pandemic

    In our recent book Bordering (Yuval-Davis, Wemyss & Cassidy, 2019), we discuss the paradoxical phenomenon that, under neoliberal globalisation, borders did not disappear but rather proliferated off-and in-shore, from consulates across the globe to everyday spaces like railways and places of work. We described the functioning of bordering as processes rather than static boundary lines that, like computer firewalls, are invisible to some, impermeable to many others. We showed the ways these have crucially contributed to multi-scalar – from the global to the local – inequalities and precarities, forcing more and more people to be precariously stuck in limbo grey borderzones with no possibility of building regular lives with civil, political and social rights.

    It is important to examine the ways the pandemic has affected these processes of everyday bordering, both locally and globally. Of course, it is far too early to know, or even predict, the longer-term transformations in bordering that the pandemic will bring. However, it is safe to say that, as after earlier major crises, such as 9/11 and the AIDS crises – to mention just two major transformatory crises in recent decades – the ‘new normal’ is not going to go back to how things were, in several major ways. Everyday bordering, from the lockdown of individuals in their homes to the lockdown of regional and national borders, is at the heart of the technologies of control used to try to contain the pandemic and it is thus hard to believe that free movement would be restored any time soon.

    Except that, as we’ve shown in our book, free movement has never been free for most people. Border controls have been operating like computers’ firewalls, invisible to some, blocking many others, with money and required skills for the neoliberal economy being the main facilitators. We can see these firewalls continuing to operate today as well – at different ends of the scale, the super-rich flying in private jets able to travel without being subject to the usual restrictions and seasonal workers from Eastern Europe being flown into the UK by the farming industry to ensure that fruit is being picked. Two weeks into the lockdown, the Home Office published its guidance for post-Brexit immigration rules aimed at preventing low paid workers – the key workers on which healthcare services are depending – from working in the UK.

    These are just some of the paradoxes of ‘lockdown’ and ‘social distancing’ policies. On the one hand, a neo-liberal governmentality that puts the onus of responsibility on the individuals, where people are required to isolate themselves at home and keep away from others, while others are forced to carry on working – not only because they fulfil essential medical, social and economic roles, but also because many of them would not get any money to live on if they stop working.

    This is just one of the intersectional growing inequalities impacts of everyday bordering. Given their disproportionate presence in frontline health and public services, the percentage of BAME people who have died under the pandemic is still unknown but feared to be to very high. Of course, this is not just due to the kind of jobs they do, but also their poor and crowded living conditions, as well as a distrust of governmental and scientific authorities which have not helped them in the past.

    In addition to unequal class and racialised effects, the lockdown bordering has also had a major gendered effect, such as a sharp rise in domestic violence, as can be expected when nuclear family members are locked down together.

    In our book we discussed the ways everyday bordering as a top down technology of control has been reinforced by and reinforces the growth of bottom up nativist extreme right movements, which have brought to power authoritarian rulers in many countries in the globe and arguably Brexit in the UK. Blaming and scapegoating the ‘Others’ have been a major multi-scalar reaction to the pandemic, from Trump calling the corona virus ‘the Chinese virus’, to social media blaming George Soros in the traditional antisemitic blood conspiracy theories, to street hate crimes, including health workers reporting abuse from strangers for leaving their homes.

    One of the positive ‘side effects’ of the lockdown has been the development and reinforcement of mutual aid groups in local communities. Neighbours have got to know each other, help elderly and vulnerable people with their shopping etc. However, the other side of the strengthening of local bonds has been the rejection of ‘others’. Local media report people crossing county borders’ violating lockdowns – Kent Online reported ‘Lockdown louts from London have been fined after once again invading the county’ and being found by ‘enforcement officers from the council who were patrolling the area’. This is aided by regional bordering policies, which in some countries, such as Italy, has meant the official closure of regional borders for non-essential traffic, while in the UK, Sussex police, for example, praised ‘the amazing community spirit across Sussex’, whilst noting that ‘Unfortunately, a small number of people from outside of the county deemed it appropriate to visit the area’.

    The aim of this blog post is not to oppose bordering policies in the age of the pandemic, but rather to argue that using it as almost the only counter-pandemic measure is dangerous, both at present and for the future.

    At present, we have seen that when voluntary lockdown policies are used, without mass testing and sufficient protective equipment for those who are not in isolation, they cost many lives as well as create psychological, social and economic hardships. In comparison, other states, including Germany and South Korea, have used mass testing and contact tracing to slow down the rate of infection.

    Moreover, these borderings, like the borderings we described in our book, are an intersection of political projects of governance and of belonging. Very few states, including Ireland and Portugal, have recognised all migrants to be full entitled members of society during the pandemic; only a few states have recognized the right of all members of societies for minimum income during the pandemic, and policies aimed at exclusion and deprivation of all those in national and global grey limbo zones endanger the lives of millions across the globe.

    Everyday bordering policies are evolving in which the surveillance of people is reaching sci-fi dimensions. Similar COVID-19 related technologies are being developed globally by authoritarian and liberal governments. While Israel has authorised counter-terrorism surveillance to track corona virus patients, compulsory colour-coded health apps determine whether individuals can travel in China, while Russia uses face recognition technologies to enforce self-isolation. In Hong Kong and Singapore, COVID 19 apps identify locations and contacts of individuals. European governments are copying these apps whilst also collecting telecom data and using drones to spot transgressors.

    Such developments combine with rumours and debates about national and global digital monitoring of vaccinations, adding force to Yuval Noah Harari’s speculations that the epidemic may normalise biometric surveillance with authorities becoming able to detect people’s emotions as well as their lifestyles and whereabouts. This would be the utmost paradox: a borderless world with the most tightly operated everyday bordering technology.


    https://acssmigration.wordpress.com/2020/04/20/bordering-under-the-corona-virus-pandemic-georgie-wemyss-and-nira-yuval-davis/amp/?__twitter_impression=true

    #frontières #coronavirus #covid-19 #bordering #frontiérisation #surveillance #frontières_mobiles #riches #pauvres #immobilité #hyper-mobilité #travailleurs_étrangers #confinement #responsabilité_individuelle #travail #inégalités #everyday_bordering #classes_sociales #inégalités_raciales #violence_domestique #altérité #solidarité #racisme #xénophobie #surveillance_biométrique #drones

    La conclusion autour d’un #paradoxe :

    This would be the utmost paradox: a borderless world with the most tightly operated everyday bordering technology.

    Pour @etraces :

    Everyday bordering policies are evolving in which the surveillance of people is reaching sci-fi dimensions. Similar COVID-19 related technologies are being developed globally by authoritarian and liberal governments. While Israel has authorised counter-terrorism surveillance to track corona virus patients, compulsory colour-coded health apps determine whether individuals can travel in China, while Russia uses face recognition technologies to enforce self-isolation. In Hong Kong and Singapore, COVID 19 apps identify locations and contacts of individuals. European governments are copying these apps whilst also collecting telecom data and using drones to spot transgressors.

    Pour @karine4 :

    Moreover, these borderings, like the borderings we described in our book, are an intersection of political projects of governance and of belonging. Very few states, including Ireland and Portugal, have recognised all migrants to be full entitled members of society during the pandemic; only a few states have recognized the right of all members of societies for minimum income during the pandemic, and policies aimed at exclusion and deprivation of all those in national and global grey limbo zones endanger the lives of millions across the globe.

    ping @isskein @mobileborders

  • Des trajectoires immobilisées : #protection et #criminalisation des migrations au #Niger

    Le 6 janvier dernier, un camp du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) situé à une quinzaine de kilomètres de la ville nigérienne d’Agadez est incendié. À partir d’une brève présentation des mobilités régionales, l’article revient sur les contraintes et les tentatives de blocage des trajectoires migratoires dans ce pays saharo-sahélien. Depuis 2015, les projets européens se multiplient afin de lutter contre « les causes profondes de la migration irrégulière ». La Belgique est un des contributeurs du Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique (FFUE) et l’agence #Enabel met en place des projets visant la #stabilisation des communautés au Niger

    http://www.liguedh.be/wp-content/uploads/2020/04/Chronique_LDH_190_voies-sures-et-legales.pdf
    #immobilité #asile #migrations #réfugiés #Agadez #migrations #asile #réfugiés #root_causes #causes_profondes #Fonds_fiduciaire #mécanisme_de_transit_d’urgence #Fonds_fiduciaire_d’urgence_pour_l’Afrique #transit_d'urgence #OIM #temporaire #réinstallation #accueil_temporaire #Libye #IOM #expulsions_sud-sud #UE #EU #Union_européenne #mise_à_l'abri #évacuation #Italie #pays_de_transit #transit #mixed_migrations #migrations_mixtes #Convention_des_Nations_Unies_contre_la_criminalité_transnationale_organisée #fermeture_des_frontières #criminalisation #militarisation_des_frontières #France #Belgique #Espagne #passeurs #catégorisation #catégories #frontières #HCR #appel_d'air #incendie #trafic_illicite_de_migrants #trafiquants

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    Sur l’incendie de janvier 2020, voir :
    https://seenthis.net/messages/816450

    ping @karine4 @isskein :
    Cette doctorante et membre de Migreurop, Alizée Dauchy, a réussi un super défi : résumé en 3 pages la situation dans laquelle se trouve le Niger...

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    Pour @sinehebdo, un nouveau mot : l’#exodant
    –-> #vocabulaire #terminologie #mots

    Les origine de ce terme :

    Sur l’origine et l’emploi du terme « exodant » au Niger, voir Bernus (1999), Bonkano et Boubakar (1996), Boyer (2005a). Les termes #passagers, #rakab (de la racine arabe rakib désignant « ceux qui prennent un moyen de trans-port »), et #yan_tafia (« ceux qui partent » en haoussa) sont également utilisés.

    https://www.reseau-terra.eu/IMG/pdf/mts.pdf

  • « #Stay_in_Camps »

    Το μήνυμα ως αντίστοιχο του « Μένουμε Σπίτι » στέλνει ο Νότης Μηταράκης.

    Το μήνυμα προς τους πρόσφυγες, αιτούντες άσυλο και μετανάστες που διαμένουν στις δομές φιλοξενίας « Stay in Camps », ως το αντίστοιχο του « Μένουμε Σπίτι » στέλνει ο υπουργός Μετανάστευσης και Ασύλου, Νότης Μηταράκης, μέσα από συνέντευξή του στην εφημερίδα « Έθνος της Κυριακής ».

    Όπως επισημαίνει, « το "Stay in Camps" » εφαρμόζεται πλέον στην καθημερινότητα των δομών, ως το αντίστοιχο του "Mένουμε Σπίτι". Δίνουμε μια διαρκή μάχη για την υγειονομική θωράκιση των δομών φιλοξενίας, των όμορων περιοχών, καθώς και των τοπικών κοινωνιών.
    Ο κ. Μηταράκης επισημαίνει ότι αποτελεί προτεραιότητα του υπουργείου « ο δραστικός περιορισμός κάθε παράνομης εισόδου στη χώρα μας », ενώ « στις λίγες μέχρι στιγμής περιπτώσεις αφίξεων, υπάρχει υποχρεωτική καραντίνα 14 ημερών για τη διαπίστωση τυχόν συμπτωμάτων ». Εξηγεί ότι στα νησιά έχουν δημιουργηθεί ειδικοί χώροι απομόνωσης για τις νέες αφίξεις « μακριά από τις δομές φιλοξενίας, αλλά και τις νησιωτικές κοινωνίες », ενώ σε συνεργασία με τον ΕΟΔΥ έχουν επανδρωθεί ειδικοί χώροι με κατάλληλο ιατρικό προσωπικό και εξοπλισμό. Εξάλλου, προσθέτει ότι « αυτονόητα το υπουργείο διαθέτει σχέδια έκτακτης ανάγκης ».

    Ο υπουργός υπογραμμίζει ότι « η μετατροπή των ανοικτών κέντρων σε κλειστά είναι αναγκαία, όπως φαίνεται σήμερα με τη διπλή κρίση των συνόρων και της δημόσιας υγείας ». Επίσης, διευκρινίζει ότι « υπήρξε σημαντική αύξηση των επιστροφών το πρώτο δίμηνο, αλλά πλέον η Κοινή Δήλωση Ε.Ε.-Τουρκίας δεν εφαρμόζεται στην πράξη, με ευθύνη της γείτονος χώρας. Η Τουρκία αρνείται να δεχθεί επιστροφές, με πρόσχημα τον κορονοϊό ». Ζητάει δε την αναθεώρησή της « με τρόπο που θα άρει το γεωγραφικό περιορισμό στα νησιά μας και θα έχει δεσμευτικό χαρακτήρα ως προς τις τουρκικές υποχρεώσεις » και επιρρίπτει ευθύνες στον ΣΥΡΙΖΑ « για την αρχική συμφωνία και τη συμφόρηση των νησιών ».
    Εξάλλου, κατηγορεί την αξιωματική αντιπολίτευση και για τη στάση της απέναντι στην πανδημία του κορονοϊού λέγοντας ότι « ακολουθεί το δρόμο της απομόνωσης και της στείρας αντιπολίτευσης » και συμπληρώνει : « Την ώρα που η πανδημία του κορονοϊού βρίσκεται στην πιο κρίσιμη καμπή της, μάλιστα, καταφεύγουν συνειδητά στο λαϊκισμό, παρουσιάζοντας ένα πακέτο μέτρο ανάλογης αξιοπιστίας με το "πρόγραμμα της Θεσσαλονίκης" ».

    https://www.stonisi.gr/post/8322/stay-in-camps

    #stay_at_home #confinement #camps #camps_de_réfugiés #Notis_Mitarakis #réfugiés #migrations #asile #Grèce #immobilité #encampement

    –-> commentaire de Vicky Skoumbi reçu par mail via la mailing-list Migreurop, le 16.04.2020 :

    Le message "Stay in Camps", comme l’équivalent de "#Stay_Home", est envoyé par le ministre de l’Immigration et de l’Asile, Notis Mitarakis aux réfugiés, demandeurs d’asile et migrants vivant dans les structures d’hébergement, à travers une interview dans le journal "Ethnos tis Kyriakis" .

    Comme il le souligne, "Stay in Camps" est désormais la règle de vie quotidienne des structures d’accueil, comme l’équivalent du "Stay Home". Nous luttons constamment pour la protection sanitaire des structures d’accueil, des zones adjacentes à celles-ci et des communautés locales.

    M. #Mitarakis souligne que "la restriction drastique de toute entrée illégale dans notre pays" est une priorité du ministère, alors que "dans les quelques cas d’arrivées jusqu’à présent, il y a une quarantaine obligatoire de 14 jours pour constater l’existence éventuelle de symptômes". Il explique que dans les îles, des zones d’isolement spéciales ont été créées pour les nouveaux arrivants "loin des structures d’hébergement, mais aussi des communautés insulaires", tandis qu’en collaboration avec l’organisme national de santé publique (EODY), des zones spéciales d’isolement ont été créés, dotées de personnel médical et d’équipements appropriés. Il a ajouté que "bien sûr, le ministère a des plans d’urgence".

    Le ministre a souligné que "la transformation des centres ouverts en centres fermés est une nécessité, comme cela devient aujourd’hui évident avec la double crise, la crise aux frontières et celle de la santé publique". Il a également précisé qu’"il y a eu une augmentation significative des retours au cours des deux premiers mois, mais maintenant la déclaration commune UE-Turquie n’est plus appliquée pas dans la pratique, ce dont le pays voisin porte la responsabilité. La Turquie refuse d’accepter des retours, sous prétexte de coronavirus. " Le ministre appelle à la révision de l’accord UE-Turquie « dans le sens d’une levée du confinement géographique des arrivants dans nos îles et d’un engagement accrue de la Turquie à respecter ses obligations " et met sur le compte de SYRIZA "l’accord initial et la congestion des îles".

    ping @luciebacon

  • Hundreds of migrants stuck in #Niger amid coronavirus pandemic

    As countries close borders to curb spread of coronavirus, aid groups in Niger ’overwhelmed’ by requests of support.

    While countries across Africa have been closing their borders as part of efforts to contain the coronavirus pandemic, migrants and people on the move are paying a high price.

    Over the past two weeks, hundreds of women, men and children have been stuck in Niger, a country that represents a traditional corridor of transit for seasonal labourers from West Africa heading to Libya or Algeria, as well as people hoping to move further to Europe across the Mediterranean Sea.

    “We’re being overwhelmed by requests of support,” said Barbara Rijks, Niger director for the International Organization for Migration (IOM).

    Deportations from Algeria to Niger have been a continuing trend since late 2016, with figures decreasing last year only to begin growing again from February onwards. The migrants, who were arrested during police roundups in Algeria’s coastal cities and forced to travel for days in overloaded trucks, were usually offered assistance by the IOM to return to their countries of origin.

    But now amid the pandemic, they are forced to quarantine in tent facilities set up in the military border post of Assamaka, where temperatures touch 50 degrees Celsius (122 degrees Fahrenheit), or in the southern city of Arlit.

    With borders closed all across West Africa, they risk being stuck in Niger much longer than they expected.

    “We’re extremely worried,” said Abderahmane Maouli, the mayor of Arlit, a city that hosts one of the six IOM transit centres in Niger and a new facility for those that end their quarantine in Assamaka.

    “Despite the border closure, we see that movements are continuing: People travel through minor routes to avoid border controls and reach Arlit without going through the quarantine, and this is a major public health issue for our community,” Maouli told Al Jazeera.

    The deportation of more than 8,000 people by Algeria since January this year, he says, had already put local welfare services under strain.

    ’First warning sign’

    An uncommon push-back operation happened also in late March at the border between Niger and Libya, where a convoy of travellers was intercepted and sent back in the middle of the desert, forcing the IOM to organise humanitarian assistance.

    The quarantine of these groups and other travellers - in a makeshift camp set up in record time - fosters worries from both migrants and local communities in a country already standing at the bottom of the United Nations human development index and facing deadly seasonal outbreaks of malaria and measles. Some 1,400 doctors are operational in Niger, according to the government, serving a population of about 22 million.

    “A first warning sign,” Rijks told Al Jazeera, “was the arrival of 767 people, half of which foreigners, at the border between Niger and Algeria, on March 19: From that moment on, we registered continuous arrivals and each one of these people needs to quarantine for 14 days.”

    Later in March, a convoy of pick-up cars carrying 256 people was pushed-back by Libyan militiamen close to Tummo, a military outpost marking the frontier between Niger and Libya, some 900 kilometres (559 miles) northeast of Agadez, where their perilous desert crossing started.

    Blocked in the garrison village of Madama, Nigeriens and migrants mostly from Nigeria, Ghana and Burkina Faso suffered the unmerciful Saharan heat for days before receiving humanitarian assistance by the IOM and Niger’s Civil Protection Department that organised their transfer to Agadez. Their drivers were arrested for breaching anti-smuggling rules.

    In Agadez, a once-coveted tourist destination for Europeans willing to explore Saharan dunes, they were lodged in a tent facility set up by the IOM alongside the main sports arena, where football games have been temporarily suspended due to the coronavirus pandemic.

    “It’s been a huge challenge, we had to boost our activities in less than one week, adopting hygienic measures in our six transit centres, that are already at full capacity, and opening up new structures to lodge people quarantining,” Rijks said.

    Another 44 people were found at Assamaka in the night between April 4-5 and welcomed at IOM’s quarantine site, where Doctors Without Borders (Medecins Sans Frontieres, or MSF) and the International Federation of the Red Cross provide medical and psychosocial assistance.
    ’Humanitarian corridors’

    IOM operations in Niger scaled up after the government enforced anti-smuggling measures in 2015, to prevent migrants from taking dangerous Saharan trails to Libya or Algeria.

    In the span of a few years, the number of crossings reduced, from about 330,000 in 2016 to 100,000 in 2018, while hundreds of “passeurs” - the French word for smugglers and middlemen active in the transportation business - were jailed.

    As a consequence, more and more people ended up being blocked in the country and turned to the organisation’s voluntary return programmes. From 2017 to early 2020, some 32,000 migrants returned home from Niger with IOM assistance.

    “People were usually staying for a few weeks in transit centres, where we arranged travel documents with consulates, before going back to their country of origin, while now they’re stuck in our transit centres and this adds frustrations,” said Rijks.

    She hopes that - despite border closures - governments in West Africa will agree soon on organising “humanitarian corridors to return their citizens from Niger”.

    While Rijks noted that countries are willing to receive back their citizens, the closure of land and air transportation routes, coupled with the need to set up costly quarantine facilities for returnees on arrival, put more strain on an already fragile logistic organisation.

    Currently, 2,371 people - mostly Nigerians, Guineans, Cameroonians and Malians - are lodged in the IOM’s six transit centres, Rijks said, while the size and number of new facilities set up to quarantine migrants are increasing by the day.
    ’Perfect storm’

    Niger has confirmed 342 coronavirus cases and 11 deaths as of Thursday, with the vast majority of cases found in the capital, Niamey. The country has introduced a series of containment measures to slow the spread of COVID-19, the disease caused by the coronavirus, including the closure of international borders, a ban on gatherings and non-essential activities and a night curfew.

    In addition to migrants on the move, humanitarian organisations are particularly concerned about the fate of 420,000 refugees and internally displaced Nigeriens who escaped violence by armed groups along the country’s borders with Nigeria, Chad, Mali and Burkina Faso. These people often live in crowded settlements, where physical distancing is a luxury.

    “On top of displacement caused by jihadists, malnutrition risks and socio-economic vulnerability, COVID-19 represents the perfect storm for Niger,” said Alessandra Morelli, country director for the UN’s refugee agency (UNHCR), pointing also at the interruption of evacuation flights for refugees from Libyan detention centres who are temporarily hosted in Niger while awaiting opportunities to resettle to Europe or North America.

    Morelli said the programme was launched in 2017 to offer “a vital lifeline” for the most vulnerable refugees detained in Libya.

    “We took them out of prisons, brought them here by plane and assisted them in their asylum and resettlement claim.”

    About 3,000 people have been evacuated to Niger so far and more than 2,300 resettled to Canada, Germany, Sweden, Netherlands, France and other countries.

    All operations are currently suspended.

    While the number of coronavirus cases grow by the day, with deepening worries over the effect of a severe outbreak in already fragile countries in the region, some refugees hosted in the reception centre of Hamdallaye started producing soap for local communities.

    “It’s a sign of hope in the midst of this situation,” said Morelli, whose WhatsApp account blinks continuously with information on new displacements and violence along Niger’s sealed borders.

    https://www.aljazeera.com/news/2020/04/hundreds-migrants-stuck-niger-coronavirus-pandemic-200409131745319.html
    #IOM #OIM #immobilité #confinement #fermeture_des_frontières #Assamaka #épidémie #Arlit #Afrique_de_l'Ouest #centre_de_transit #centres_de_transit #renvois #Algérie #refoulement #push-back #quarantaine #migrerrance #frontières #Tummo #Madama #Agadez #passeurs
    ping @ceped_migrinter_afrique @karine4 @isskein

  • #Coronavirus : quand les #gens_du_voyage ne peuvent plus voyager

    Le #confinement vaut pour tout le monde. Le « restez chez vous » se conçoit aussi sur quatre roues. La #Wallonie impose leur maintien sur place, même sur des sites officieux.

    Le confinement d’une population est une décision forte et contre-nature. Mais que dire lorsque l’#interdiction_de_circuler concerne les gens du voyage dont le propre est de prendre la route et de s’installer au bord de celle-ci, parfois au petit bonheur la chance ? Etienne Charpentier est de ceux-là. Il témoigne de sa #frustration depuis le terrain de #Pont-à-Celles où il a installé sa caravane et une dizaine d’autres, avec sa famille : « Quand tout cela sera fini, les roues vont chauffer ! », résume celui qui préside le comité national des gens du voyage, déjà dans les starting-blocks.

    Combien sont-ils en Wallonie ? On cite le chiffre de 10.000, à la belle saison. Mais le recensement est difficile. Traditionnellement, beaucoup de Français sillonnent nos routes. Le confinement annoncé, ils ont préféré rentrer chez eux. Ils reviendront tôt ou tard.

    En hiver, beaucoup de gens du voyage ont aussi un point de chute fixe. C’est le cas d’Albert Zepp à #Mons : « J’y ai une maison et une caravane dans le jardin, où je dors. J’y suis confiné comme tous les Belges. Mais s’il n’y avait pas de coronavirus, j’aurais déjà repris la route, vers les Ardennes, la France. L’été, c’est la saison de #pèlerinages. J’attends le feu vert des autorités. » D’autres, comme Etienne Charpentier, ont été surpris par le confinement et n’ont plus bougé depuis lors.

    « Or, l’hiver est fini et on a l’habitude de dire que les gens du voyage bougent toutes les trois semaines à partir de mars. Les consignes les empêchent de #repartir, cette fois », note Ahmed Hakim qui dirige le centre de médiation des gens du voyage. Avec cette structure, la Wallonie s’est dotée d’un outil qui combat les idées reçues et tente d’améliorer les relations de ces citoyens avec les autorités et la population.

    « Des gens responsables »

    Le directeur peut témoigner d’une application stricte des instructions fédérales : « Je suis agréablement surpris. Les gens du voyage se montrent très sensibles à la situation sanitaire. Ils prennent ça très au sérieux. Les familles sont dans une sorte de #promiscuité, mais elles cherchent elles aussi à respecter la #distanciation_sociale. A ma connaissance, aucun foyer épidémique n’a été enregistré dans ces communautés. »

    Le centre de médiation a publié une affichette qui recense les gestes et les attitudes à adopter face au coronavirus : lavage des mains, distances, éternuements… Mais d’autres pictogrammes font référence à ce mode de vie particulier : éviter les discussions en groupe devant les caravanes, ne pas laisser courir les enfants en bande… Ici, le « restez chez vous » se conçoit sur quatre roues !

    « Nous ne sommes pas des gens à part. Nous savons que nous devons aussi nous protéger et protéger les autres. Nous sommes des gens responsables », explique Etienne Charpentier. Il n’empêche : quand la question d’un confinement a été mise sur la table, les gens du voyage ont bien senti que les rapports parfois compliqués avec les populations sédentaires risquaient de s’exacerber un peu plus.

    Leurs responsables s’en sont même ouverts dans un communiqué à l’intention des autorités : « A l’heure où les mesures de confinement et les fermetures des frontières se multiplient, plusieurs groupes de la communauté installés dans différentes communes wallonnes subissent les affres de la population et se voient sommés de déguerpir. Ce sont des “villages” entiers qui sont contraints de se déplacer. »

    Le respect des consignes

    Etienne Charpentier évoque des cas en #Hainaut, mais il n’en dira pas plus. A Pont-à-Celles où il a trouvé refuge avec les siens, l’accueil a été correct. « Mais cela n’a pas été simple parce que le terrain choisi est dans le centre-ville. Nous avons eu des expériences difficiles, des difficultés quand d’autres communautés ont choisi de s’installer sur le site de l’Arsenal », explique Pascal Tavier (PS), le bourgmestre. Quand le confinement a été décrété, certains habitants ont craint que les gens du voyage « dévalisent » les commerces locaux.

    Mais le climat s’est apaisé dans cette commune proche de Charleroi : « Ils se sont installés sans accord et sont peu nombreux. Nous avons négocié. Cette famille respecte le voisinage, il y a eu une ou deux #plaintes, mais c’est tout. Ils ont pris contact avec Ores et la SWDE pour l’accès à l’électricité et à l’eau. Etienne Charpentier et les siens sont là jusqu’à la fin du confinement. »

    Pont-à-Celles respecte à la lettre les instructions du gouvernement wallon. Alerté de possibles difficultés par les représentants de la communauté, Pierre-Yves Dermagne (PS), le ministre des Pouvoirs locaux, a adressé un courrier aux gouverneurs de provinces et à travers eux à toutes les communes. La principale recommandation porte sur « le maintien des installations actuelles sur les sites officiels et officieux. »

    Le même exécutif avait déjà gelé toutes les procédures d’#expulsion. Il a affiné sa réflexion pour les gens du voyage : le temps de la crise, « ceux-ci doivent pouvoir y demeurer sans être inquiétés et sans entrave ni dans l’exercice de leurs #droits ni dans l’accomplissement de leurs #obligations », précise le ministre qui demande aussi que « les autorités communales organisent l’accès à l’#eau et à l’#électricité. »

    Un impact économique

    Pas question donc d’un cadeau à une communauté minoritaire : il s’agit de protéger des citoyens en difficulté dans des temps troublés. Mais le gouvernement wallon s’inscrit aussi dans une logique unanimement partagée : pendant le confinement, les #déplacements sont interdits. En caravane, aussi !

    Etienne Charpentier nous a demandé de l’écrire : « L’intervention wallonne a été très appréciée. » Le maintien sur place est pourtant pénible à vivre. Les familles et les groupes ne peuvent plus se rencontrer, se croiser. La fête de #Pâques approche et elle compte beaucoup pour les gens de la route, elle se vivra cette fois en petit comité.

    Le moment venu et comme partout ailleurs, il faudra aussi parler de l’après-coronavirus : « Ce confinement, c’est toute une #économie en panne sur les marchés, le spectacle ou les fêtes foraines. Beaucoup sont indépendants et leurs activités au jour le jour ne permettent pas d’engranger de la trésorerie. Il faudra aussi aider les gens du voyage », plaide déjà Ahmed Hakim.

    Les terrains, sujet sensible

    En Wallonie, onze communes ont conclu une convention avec la Région pour assurer l’accueil des gens du voyage. Trois d’entre elles (#Namur, #Ath et #Bastogne) disposent de #terrains officiels et équipés. En 2019, la législation a été renforcée et un appel à projets a été lancé. Neuf communes ont été retenues pour bénéficier d’une subvention de 500.000 euros qui permettra d’aménager des sites nouveaux : Amay, Charleroi, Mons, Ramillies, Verviers, Lessines, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Sambreville et encore Bastogne. La procédure suit son cours, elle est suivie de près par Christie Morreale (PS), la ministre des Affaires sociales.

    Et à #Bruxelles ? Aucun site officiel n’est disponible actuellement pour les gens du voyage. « Des sites officieux ont existé du côté de #Schaerbeek, #Anderlecht ou #Bruxelles-Ville, mais ils ne sont plus accessibles », déplore le Wallon Ahmed Hakim qui suit la situation de près parce que les familles de la route ne connaissent pas de frontières. Il ajoute : « C’est dommage parce qu’en 2012, la capitale avait approuvé une ordonnance qui considérait que la #caravane était bien un habitat. »

    https://plus.lesoir.be/293333/article/2020-04-08/coronavirus-quand-les-gens-du-voyage-ne-peuvent-plus-voyager
    #Roms #Belgique #mobilité #immobilité #covid-19 #préjugés #fermeture_des_frontières

    ping @thomas_lacroix

  • Vieillir avec un #permis_F

    Amaram vit en Suisse depuis 19 ans au bénéfice d’un permis F. Son statut précaire ne lui permet pas de voyager notamment pour se rendre en Angleterre y rendre visite à ses proches. Elle n’a aucune famille dans son entourage direct et elle vit solitairement les dernières années de sa vie. Les autorités refusent de la régulariser aux motifs qu’elle ne parle pas bien le français et qu’elle n’est pas autonome financièrement.

    https://www.youtube.com/watch?v=3T4254NtkAI&feature=youtu.be


    #admission_provisoire #témoignage #Exilia_Films #mobilité #immobilité #vieillesse #autonomie #asile #migrations #réfugiés #audio

  • De « la guerre contre le virus » à la guerre aux exilé·e·s : les réponses sécuritaires au #Covid-19 exacerbent les violences aux frontières

    Les #hotspots grecs dans lesquels sont entassé·e·s les exilé·e·s sans protection de leurs droits ou de la pandémie exemplifient la précarisation de leurs trajectoires par les politiques sécuritaires des États. Migreurop dénonce les violences infligées aux exilé·e·s exercées au nom de la « guerre contre le virus », l’inégalité de traitement à leur égard face à la pandémie, et demande la fermeture immédiate de tous les espaces de détention pour garantir leur droit à être protégé·e·s.

    Migreurop publie aujourd’hui une vidéo dénonçant l’existence et le fonctionnement des hotspots, ces espaces de tri des personnes migrantes déployés par l’Union européenne (UE) en Italie et en Grèce en 2016. Dans ce dernier pays, ni les relocalisations vers les États membres [1] ni les renvois vers la Turquie en vertu d’un « troc indigne » [2] ne se sont matérialisés à la hauteur des engagements et sont aujourd’hui bloqués. Les hotspots ont ainsi été de facto transformés en prisons à ciel ouvert. Plus de 42 000 personnes migrantes sont actuellement parquées dans 5 hotspots grecs, dont la capacité est de 6 000 places. Celui de Moria, sur l’île de Lesbos, en contient à lui seul 20 000 (pour 2 800 places). A l’intolérable surpopulation, au manque d’infrastructures sanitaires (eau potable, douches, toilettes) et de nourriture, à l’hébergement sous tentes qui se solde chaque année par des morts par hypothermie, aux incendies à répétition, s’ajoute aujourd’hui le Covid-19. Face à cette pandémie, les États demandent à leurs citoyen·ne·s de prendre des mesures pour se protéger, notamment à travers l’auto-confinement, mais les personnes migrantes n’ont pas ce privilège. Le 22 mars 2020, les autorités grecques ont annoncé le confinement forcé des exilé·e·s dans les camps sur le territoire grec, dont les hotspots [3]. Leur surpopulation rend la prévention de la propagation du virus pratiquement impossible, malgré les efforts des exilé·e·s qui s’auto-organisent [4]. Ces mesures les exposent sciemment à un risque grave et imminent de contamination [5].

    La situation dans les camps grecs est emblématique de l’amplification de la violence liée au contrôle des migrant·e·s sous les effets du virus et des politiques sécuritaires visant à contenir sa propagation. Alors que dans ce but les États européens ont limité les mouvements de population tant à l’intérieur que vers l’extérieur de l’UE, ils amalgament la « guerre contre le virus » avec la guerre contre les migrant·e·s illégalisé·e·s qu’ils mènent depuis des années [6]. Le durcissement des politiques de fermeture et la suspension des procédures d’asile dans plusieurs pays européens exacerbent encore la précarisation des trajectoires des personnes migrantes, alors que les raisons qui les poussent à fuir la violence sous toutes ses formes pour chercher protection ne sont pas moins impératives.

    En tentant de traverser la Méditerranée, les exilé·e·s ne peuvent compter sur la présence d’aucun secours puisque les ONG de sauvetage en mer ont été contraintes de cesser leurs activités après la fermeture des ports italiens et les risques liés au virus [7]. Les refoulements sous-traités aux garde-côtes libyens continuent de plus belle, tout comme ceux exécutés par les autorités grecques ou chypriotes [8]. Les actes de violence à l’égard des exilé·e·s se multiplient également tout au long de la route des Balkans [9] et celles et ceux-ci font face à des conditions de précarité extrêmes amplifiées par le virus. Les violences aux frontières sont exacerbées également à l’intérieur du territoire de l’UE : les autorités françaises par exemple continuent de refouler vers l’Italie, alors que ce pays est actuellement l’un des épicentres de la pandémie.

    La fermeture des frontières devient la règle, même pour les populations les plus vulnérables, ce alors même que les expert·e·s remettent en question l’efficacité de ces mesures pour empêcher la propagation du Covid-19 [10], et que des réponses alternatives existent. Le HCR a ainsi appelé les États à ne pas fermer les routes vers l’asile, mais à adopter des « tests de dépistage » lors du passage des frontières [11].

    A l’heure de la pandémie, la logique du « chacun chez soi » domine [12]. Or les politiques de confinement ne peuvent suspendre le droit de fuite saisit par les exilé·e·s face à la violence sous toutes ses formes. Nous dénonçons les violences et les dénis des droits à l’égard des migrant·e·s exercés au nom de la « guerre contre le virus », ainsi que leur inégalité de traitement face à la pandémie. Nous saluons l’initiative du Portugal de régulariser les personnes migrantes pour garantir leurs accès aux soins, et demandons l’extension de cette mesure à travers l’Europe et qu’elle soit rendue permanente [13].

    Migreurop dénonce depuis sa création la politique d’enfermement dans les camps formels et informels et se joint aujourd’hui aux appels demandant la fermeture immédiate des camps grecs surpeuplés [14], ainsi que de tout autre espace de détention de personnes migrantes en Europe et aux frontières de celle-ci. Cette fermeture immédiate et le relogement des exilé·e·s dans des lieux où ils/elles puissent vivre dignement, y compris dans d’autres pays européens si nécessaire, sont les conditions pour qu’ils et elles puissent exercer leurs droits fondamentaux, dont le droit à être protégé·e·s du virus [15].

    Notes :

    [1] AEDH, Fin des relocalisations : pour quel bilan ?, 29 septembre 2017

    [2] Migreurop, UE–Turquie : le cynisme en partage, 18 mars 2020

    [3] Centre légal de Lesbos, Greece : Move Asylum Seekers, Migrants to Safety Immediate Hotspot Decongestion Needed to Address COVID-19, 24 mars 2020

    [4] Stand by me Lesvos, Creation of Corona Awareness Team in Moria Camp, 11 mars 2020

    [5] Médecins sans frontières, COVID-19 : Evacuation of squalid Greek camps more urgent than ever in light of coronavirus pandemic, 18 mars 2020

    [6] Open Democracy, What happens to freedom of movement during a pandemic ?, 24 mars 2020

    [7] la Repubblica, Coronavirus, le Ong fermano le missioni di salvataggio in mare. Migranti senza più soccorsi, 18 mars 2020

    [8] Kisa, 21st March – International Day Against Racism, 21 mars 2020

    [9] le Courrier des Balkans, Réfugiés : la haine se réveille tout au long de la route des Balkans, 22 mars 2020

    [10] Courrier International, Malgré le coronavirus, la France continue de refouler les migrants à Vintimille, 22 mars 2020

    [11] Heidi News, Rony Brauman : « Le coronavirus rappelle que, sans Etat, les plus vulnérables sont écrasés », 8 mars 2020

    [12] Blog Mediapart, Coronavirus : on ferme les frontières !, 15 mars 2020

    [13] News 24, Le Portugal traitera les migrants comme des résidents pendant la crise des coronavirus, 28 mars 2020

    [14] MSF, COVID-19 : Evacuation of squalid Greek camps more urgent than ever in light of coronavirus pandemic, 13 mars 2020 ; Mediapart, Coronavirus : des eurodéputés appellent à évacuer les migrants les plus vulnérables des camps grecs, 23 mars 2020 ; Centre légal de Lesbos, Lettre ouvert de 152 organisations, 25 mars 2020

    [15] Libération, L’inégalité des vies en temps d’épidémie, 18 mars 2020

    https://www.lacimade.org/presse/de-la-guerre-contre-le-virus-a-la-guerre-aux-exile%C2%B7e%C2%B7s-les-repon
    #guerre_aux_migrants #frontières #violence #asile #migrations #réfugiés #coronavirus #Grèce #précarisation #pandémie #épidémie #guerre_contre_le_virus #rétention #détention_administrative #fermeture_des_frontières #droit_de_fuite #confinement #immobilité #communiqué

    ping @thomas_lacroix @luciebacon

  • Migranti e Covid-19: la profezia che si autoavvera prima del tempo

    Stiamo assistendo in queste ultime ore ad una delle peggiori e becere strumentalizzazioni legate alle politiche e alla propaganda d’odio verso le persone migranti che tentano di andarsene dalla Libia o viaggiano attraverso i Balcani.

    A seguito delle misure che tutti gli Stati nazione stanno via via assumendo all’interno dei propri territori e verso l’esterno, uno pare essere il leit motiv. A priori incolpare il rifugiato, il richiedente asilo, il migrante per la diffusione del #Covid-19.

    Come riporta Amnesty International, il presidente degli Stati Uniti, Donald Trump non ha perso tempo ordinando di respingere sia verso il Messico che verso il Canada tutte le persone entrate negli Stati Uniti, senza dare loro il permesso di essere ascoltate nelle istanze di richiesta di protezione.

    In Olanda il ministro della Giustizia Ferd Grapperhaus ha dichiarato che il parlamento ha decretato di non ammettere più nuovi ingressi all’interno dei centri di accoglienza. “Non possiamo sapere in quanti e quali altri Paesi queste persone siano passate prima di giungere a destinazione e con chi possano essere entrate in contatto”, questa la motivazione alla base della decisione.

    In Serbia il presidente Vučić ha proclamato in conferenza lo stato d’emergenza nazionale elencando le varie misure adottate tra cui il dispiegamento dell’esercito a controllo degli ospedali, delle frontiere e dei centri collettivi per richiedenti asilo e il divieto a chi vi viene registrato di poter uscire. Misura che ha ricevuto il plauso da parte dell’Assessore alla Sicurezza del Friuli Venezia Giulia, Pierpaolo Roberti, dato che servirebbe a prevenire il contagio anche nella regione del nordest italiano. Nell’ ultimo report dell’UNCHR sulla situazione in Serbia si evidenzia un aumento delle persone registrate all’interno dei 16 campi governativi, salito dai 5912 a 8328 in una settimana, sebbene alla data del 25 marzo ancora non siano emersi casi di Covid-19 tra i richiedenti asilo. Da qualche settimana, in diverse città serbe tra cui Subotica e Belgrado, erano state autorizzate manifestazioni pubbliche contro la presenza e l’accoglienza di migranti

    La Grecia già il 27 febbraio, prima dell’annuncio dell’apertura dei confini da parte della Turchia, aveva deciso di aumentare i controlli alle frontiere per impedire ai migranti potenziali portatori di coronavirus, di entrare in territorio ellenico. “Adesso la migrazione include una nuova dimensione, dato che i flussi verso la Grecia comprendono anche persone provenienti dall’Iran – dove ci sono stati molti casi – e altre che sono passate per l’Afghanistan” aveva dichiarato il primo ministro Mitsotakis. “Le nostre isole, già gravate da problemi di salute pubblica, devono essere doppiamente protette”. Due settimane dopo, lunedì 9 marzo, è stato confermato il primo caso di COVID-19 nell’isola di Lesbo. A portare l’infezione in Grecia è stata una greca di ritorno da un viaggio in Israele, non un richiedente asilo.

    Anche per il governo greco il coronavirus è diventato un pretesto non solo per rafforzare le frontiere ma anche per dare avvio alla detenzione di massa dei richiedenti asilo, sia nelle isole dell’Egeo sia nella Grecia continentale. Nei due campi profughi di Lesbo, Moria e Kara Tepe, le autorità hanno annunciato che si potranno muovere solo 100 persone all’ora, dalle 7 alle 19. Su una popolazione totale di 20 mila persone significa che solo una su 20 ha il diritto di muoversi ogni giorno. Inoltre in tutti i campi della Grecia sono state cancellate le attività ludiche ed educative, è stato vietato l’ingresso agli esterni ed è stato messo i coprifuoco dopo le 19. Nulla, a parte campagne di informazione sul coronavirus e allestimento di cliniche ad hoc, è stato fatto per prevenire un possibile focolaio all’interno dei campi. I tanti appelli delle organizzazioni umanitarie greche e internazionali che chiedevano l’evacuazione delle persone dagli hotspot delle isole dell’Egeo sono rimasti inascoltati. A questo, si è aggiunta la linea dura che la Grecia ha portato avanti dall’1 marzo, a seguito dell’annuncio turco dell’apertura delle frontiere: sospensione del diritto d’asilo fino al 31 marzo per chi è entrato in territorio ellenico in maniera illegale, respingimenti di massa al confine marino e terrestre, e detenzione per chi è riuscito a varcare la frontiera.

    L’Ungheria, negli stessi giorni, ha interrotto l’accesso dei richiedenti asilo ai campi collocati nelle zone di transito al confine con la Serbia, giustificando la misura per questioni sanitarie e sostenendo che l’arrivo del contagio in terra magiara fosse da imputare ad iraniani universitari. Ma nella decisioni di Orban ha avuto peso anche il timore di un nuovo flusso di arrivi dopo il confronto telefonico con Erdogan.

    In Bosnia e Erzegovina sia la Federazione che la Repubblica Serba di Bosnia hanno separatamente dichiarato lo stato d’emergenza. Anche in questo caso, particolare attenzione è stata data al tema dei migranti e dei richiedenti asilo presenti all’interno del territorio, con la conseguente apertura di una nuova tendopoli nel Cantone Una-Sana, precisamente a Lipa, dove verrrano coattivamente trasportate le persone che vivono in aree informali fuori dai campi gestiti dall’OIM.

    Come avvenuto in Serbia, anche in Bosnia l’esercito è stato incaricato di controllare le frontiere e di monitorare i campi vietando l’uscita delle persone; nel frattempo anche la tendopoli alla stazione di Tuzla è stata sgomberata e le persone portate a Blazuj nei pressi di Sarajevo, dove già si viveva in condizioni di sovrannumero.

    All’Hotel Porin di Zagabria, prima del terremoto del 22 marzo, è stata montata una rete a circoscrivere l’area attorno al campo.

    A Gorizia, nell’area di Trieste e lungo i valichi di confine, sono stati eretti posti di blocco sulle vecchie frontiere che sono tornate ad esistere per iniziale volontà del governo sloveno. Al confine opposto ha disposto invece nuovi container dove trattenere i migranti catturati per poi consegnarli alle forze dell’ordine croate. Il presidente della regione Friuli ha ottenuto il dispiegamento di polizia e militari sul confine sloveno per fermare chi arriva dalla rotta balcanica, dopo che già da gennaio Salvini aveva chiesto il blocco delle frontiere per evitare l’arrivo di migranti.

    Filippo Grandi dell’Alto Commissariato delle Nazioni Unite per i Rifugiati (UNHCR), in una dichiarazione del 20 marzo sulla crisi COVID-19 ha dichiarato:

    “Sono sempre più preoccupato per le misure adottate da alcuni Paesi che potrebbero bloccare del tutto il diritto di chiedere asilo […] queste misure non devono portare alla chiusura delle vie d’asilo, né costringere le persone a ritornare in situazioni di pericolo”.

    Solo qualche giorno prima a Ginevra gli esperti ONU riuniti avevano rilevato i rischi dell’utilizzo dei poteri speciali come misure repressive. “Pur consci della gravità dell’attuale crisi sanitaria e riconoscendo che l’uso dei poteri in stato di emergenza è consentito dal diritto internazionale in risposta a minacce significative, ricordiamo con urgenza agli Stati che qualsiasi risposta all’emergenza coronavirus deve essere proporzionata, necessaria e non discriminatoria”

    L’Alto Commissario per i Diritti Umani delle Nazioni Unite aveva espresso perplessità simili.

    Il Portogallo il 29 marzo ha dichiarato l’intenzione di regolarizzare chiunque abbia inoltrato domanda di permesso di soggiorno retroattivamente dalla data d’inizio dell’emergenza, il 18 marzo. Tutti saranno trattati come cittadini ed avranno lo stesso diritto di ogni portoghese all’accesso alla sanità e cure.

    Ad oggi il Portogallo è l’unico Paese a compiere un’azione normativa, e quindi politica, che anzitutto guardi alla crisi legata al coronavirus come a un problema globale per tutti gli individui e nel fare ciò amplia le maglie del diritto e dei diritti anzichè restringere e rinchiudere come si è visto fare in tutti gli altri contesti.

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