L’illusion de la paix : pourquoi la guerre à Gaza n’entre que dans une nouvelle phase
L’annonce selon laquelle Israël a accepté la première phase d’un cessez-le-feu à Gaza a été largement saluée comme une avancée majeure après deux années de guerre et de destruction incessantes.
En réalité, cet accord ne reflète ni la paix ni la stabilité, il s’agit simplement d’une pause tactique, destinée à servir les intérêts israéliens et américains à un moment de pression stratégique.
📌Phase 1 : un accord par nécessité, pas par choix
L’acceptation de la phase 1 par Israël n’est pas un acte de bonne volonté. C’est une nécessité calculée.
Face à la montée de l’indignation nationale et à l’isolement international croissant, Tel-Aviv sait qu’il doit récupérer ses prisonniers restants pour retrouver un certain contrôle.
Cependant, les responsables politiques et militaires israéliens ont déjà clairement exprimé leurs intentions : « Récupérons les otages et poursuivons la guerre. »
Cette déclaration révèle le véritable objectif de l’accord actuel : il ne s’agit pas de mettre fin à la guerre, mais de se repositionner pour la prochaine étape.
Une fois les otages libérés, Israël pourrait chercher à reprendre ses opérations sous prétexte d’objectifs inachevés, en ciblant les infrastructures restantes et les dirigeants politiques de Gaza.
📌Le dilemme de Netanyahu : entre guerre et survie
Pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la paix équivaut à un suicide politique.
La fin de la guerre l’obligerait à faire face à ses procès pour corruption longtemps reportés et à affronter la colère croissante de la population face aux échecs du 7 octobre et à la destruction qui a suivi.
La guerre a été son bouclier, maintenant l’unité d’un gouvernement fracturé sous le voile de l’illusion de l’unité nationale.
Une fois les armes tues, cette illusion s’effondrera, tout comme sa coalition. La survie de Netanyahu dépend donc de la prolongation de l’instabilité, et non de sa fin.
📌La main de Washington : la voie vers la domination régionale
Les États-Unis n’ont eux non plus aucun intérêt réel à mettre fin au cycle de la guerre. Leur objectif ultime en Asie occidentale n’est pas la paix, mais la domination totale, militaire, politique et économique.
Si l’accord sur Gaza aboutit, il servira de modèle pour faire pression sur d’autres États de la région, du Liban et du Yémen à l’Irak et à l’Iran, afin qu’ils acceptent des accords similaires par étapes qui servent les intérêts sécuritaires et économiques des États-Unis.
Mais ces nations ont leurs propres alliances et réseaux de défense. Les groupes de résistance de toute la région ont déjà averti que toute tentative d’imposer les conditions américaines serait rejetée.
📌L’expansion à venir : une guerre régionale en gestation
L’illusion d’une victoire israélienne à Gaza n’apportera pas le calme, elle préparera le terrain pour une confrontation plus large.
Les mêmes mécanismes de renseignement, de logistique et de diplomatie actuellement actifs à Gaza sont déjà réorientés vers le Liban, le Yémen et l’Iran.
Washington cherche à consolider son contrôle sur tout l’arc de l’Asie occidentale avant de tourner son attention vers l’est, vers la Chine.
La stratégie américaine est claire : dominer les corridors de ressources, les voies énergétiques et les points d’étranglement maritimes de l’Asie occidentale afin de se préparer à sa prochaine confrontation entre grandes puissances.
Le contrôle de cette région lui assure une influence sur l’Europe et l’Asie, sur le plan économique contre la Chine et sur le plan militaire si la confrontation devient inévitable.
📌Une pause avant la tempête
La guerre à Gaza semble toucher à sa fin, mais les courants géopolitiques sous-jacents ne font que s’intensifier.
La trêve temporaire d’Israël sert la politique intérieure ; la médiation américaine sert la stratégie impériale.
Pour les peuples de la région, cette paix n’est qu’une pause dans un conflit beaucoup plus vaste, qui s’étend lentement à travers le Moyen-Orient, traçant de nouvelles lignes de bataille dans la course de Washington pour dominer la dernière frontière stratégique du monde.