• Abolire il turismo, per vivere meglio
    https://lavialibera.it/it-schede-2798-assalto_citta_turismo_di_massa

    Siamo in pieno periodo di ferie, e chi ancora non ha deciso come impiegare il tempo libero dal lavoro (se un lavoro abbastanza remunerato ce l’ha) si affanna per pianificare all’insegna di relax e divertimento la manciata di giorni che gli è concessa, con l’intenzione di evadere dall’asfissiante routine di tutti i giorni. E se c’è chi torna nel solito villaggio con piscina e baby club, chi si riversa con voli low cost nelle grandi capitali e chi preferisce immergersi nella wilderness delle mete esotiche, altri, sempre più numerosi, spinti da quella che sembra una nuova sensibilità ecologica provano a fuggire dalla quotidianità in maniera sostenibile, sfruttando vecchi e nuovi cammini o le sempre più estese ciclabili che si ramificano in montagna e lungo le coste. foto_sx Ma (…)

    #CULTURAMA

  • recherches et pistes sur l’ #impact_climatique des guerres

    – 2001 Conséquences de la guerre en Yougoslavie pour l’environnement de l’Europe du sud-est
    https://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/X2H-Xref-ViewHTML.asp?FileID=9143&lang=fr#P185_24065

    – 1961 Les effets biologiques des armes nucléaires
    https://www.monde-diplomatique.fr/1961/10/ESCOFFIER_LAMBIOTTE/24452

    – 2020 Liste des événements analysés dans le cadre de la synthèse « Accidentologie industrielle déclenchée ou aggravée par les fortes chaleurs » 130 pages. https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/wp-content/uploads/2020/06/Annexe-synthese-fortes-chaleurs.pdf

    – 2026 « 45 °C sous les tentes » : Israël restreint l’accès des Palestiniens à l’eau et à la fraîcheur en pleine canicule
    https://seenthis.net/messages/1183530

    – (dont follow me)

    #guerre #génocide #pyrotoxines #explosion #Écocide #bombes #environnement #ecologie #industries_militaires #politique

  • Intelligence is not that important. Neither is AI. Hear me out.
    I have been exposed to plenty of narcissists in my professional life that ran on intelligence. Some of the cruelest people. Now they are at the forefront of teaching us how to be more intelligent with AI - or be left behind.

    Intelligence does not create empathy.
    Intelligence does not create ethics.

    Think for a moment of people more intelligent than you.
    Are they more human?
    Are they more present?
    Are they more caring?

    We have monumental issues. With climate change, economic inequality, politics. Are these problems solved with intelligence?

    And if intelligence is not the solution, what is?

    I come to think that the solution is culture.
    It is social change.
    It is shared values.
    It is heart.
    It is solidarity.

    Intelligence is not what’s holding us back. AI is not solving an actual problem. Intelligence is not the solution. Humanity is.

    #AI #IA #intelligence #humanity #impact

  • Canicule et #santé : excès de #mortalité durant l’épisode de #canicule du 24 au 28 mai #2026

    Points clés

    – Le premier épisode de canicule de 2026, défini par le dépassement des seuils d’alerte départementaux de températures consécutivement durant au moins 3 jours, a concerné 6 départements des régions Bretagne et Pays de la Loire du 24 au 28 mai 2026. Au moins 95 #décès en excès toutes causes confondues (+ 10,1 %) ont été estimés pour ces 6 départements durant cet épisode. L’essentiel des impacts de la chaleur a concerné les personnes âgées de 75 ans et plus(80 décès en excès, + 12,0 %).
    – Météo France a placé en vigilance orange canicule, sur la période du 26 au 30 mai 2026,17 départements des régions Bretagne, Île-de-France, Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire. Au moins 300 décès en excès toutes causes confondues (+ 13,9 %) ont été estimés dans ces17 départements, pendant les périodes de vigilances. L’essentiel du bilan concerne les personnes âgées de 75 ans et plus (230 décès en excès, + 15,0 %).
    – Ces premières #estimations établies à 3 semaines de la fin de l’épisode sont issues de données de mortalité toutes causes et non consolidées. (Données arrêtées le 23/06)
    – Cet épisode, caractérisé par sa précocité et son intensité par rapport aux normales de cette période de l’année, a exposé la population peu accoutumée à cette période à de fortes chaleurs et dans une période encore importante d’activités scolaire et professionnelle. L’aggravation des épisodes de fortes chaleurs sous l’effet du changement climatique a des effets mesurables graves sur la #santé de la population.
    – Ces #impacts soulignent l’importance de mettre en place des mesures de gestion et de prévention pour diminuer l’impact de la chaleur sur les populations, sans attendre d’observer des impacts sanitaires.

    https://invs.santepubliquefrance.fr/climat/fortes-chaleurs-canicule/bulletin-national/canicule-et-sante-exces-de-mortalite-durant-lepisode-de-can
    #surmortalité #statistiques #chiffres #chaleur #France
    ping @fil via @freakonometrics

  • #Anthony_Edo et #Hillel_Rapoport, économistes : « L’impact de l’immigration sur le #taux_d’emploi des natifs est globalement neutre »

    Dans leur essai « L’Impact de l’immigration sur le marché du travail », les deux économistes passent en revue plus d’une centaine d’études menées sur les effets de l’immigration sur le marché du travail, afin de livrer une analyse scientifique sur une question largement débattue dans le champ politique.

    Anthony Edo, chercheur au Centre d’études prospectives et d’informations internationales, et Hillel Rapoport, professeur à l’université Paris-I - Panthéon-Sorbonne et à la Paris School of Economics, soulignent, dans leur ouvrage L’Impact de l’immigration sur le marché du travail (Les Presses de Sciences Po, 144 pages, 9 euros), qu’en de nombreux cas les immigrés, de par leurs compétences productives et leurs qualifications, ne représentent pas une concurrence directe pour les natifs.
    Votre ouvrage propose une synthèse d’un grand nombre d’analyses académiques consacrées aux effets de l’immigration sur le marché du travail. A quelle conclusion arrivez-vous ?

    Hillel Rapoport. Pour étudier un tel sujet, un préalable s’impose : il faut se départir d’une approche intuitive, largement répandue. Celle-ci s’appuie sur l’idée que, lorsque l’offre d’un bien augmente sur un marché, les prix devraient baisser. Suivant cette logique, si l’on accroît la présence de travailleurs sur le marché du travail, par exemple du fait de flux migratoires, alors la compétition pour l’accès aux emplois devrait s’accentuer et les perspectives d’emploi des personnes nées dans le pays concerné diminuer, au même titre que le niveau moyen des salaires. Or ce n’est pas la conclusion à laquelle on aboutit.

    Anthony Edo. Nous constatons en effet un impact globalement neutre de l’immigration sur le salaire moyen et le taux d’emploi des natifs. L’immigration est souvent assimilée à un choc d’offre sur le marché du travail. Or, l’étude que nous avons menée nous montre que les choses sont bien plus complexes : le facteur travail n’est absolument pas homogène. Les immigrés n’ont pas forcément les mêmes compétences productives, les mêmes qualifications que les natifs. Ces derniers ne sont donc pas « remplaçables » dans de nombreux cas, et des complémentarités peuvent même apparaître entre immigrés et natifs.

    https://www.lemonde.fr/emploi/article/2026/01/22/anthony-edo-et-hillel-rapoport-economistes-l-impact-de-l-immigration-sur-le-
    #économie #impact #migrations #emploi #marché_du_travail #livre #immigration

    ping @karine4 @reka

    –—

    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

    • L’impact de l’immigration sur le marché du travail

      Cet ouvrage analyse les effets de l’immigration sur le marché du travail, largement débattus dans le champ politique et discutés par les médias.

      Les effets de l’immigration sur le marché du travail sont largement débattus dans le champ politique et discutés par les médias. Ils intéressent aussi, et depuis longtemps, les économistes qui cherchent à savoir si des flux migratoires affectent les salaires et l’emploi au sein des pays d’accueil et, le cas échéant, de quelle manière.

      Synthèse des analyses académiques les plus pertinentes sur la question, cet ouvrage établit plusieurs faits. Ainsi, en moyenne, l’immigration n’a guère d’impact significatif sur le salaire et le taux d’emploi des natifs. Pour autant, un effet moyen proche de zéro ne signifie pas qu’il est négligeable pour tout le monde : il peut, en pratique, améliorer les opportunités professionnelles de certains et produire plus de concurrence pour d’autres.

      https://www.pressesdesciencespo.fr/FR/book/?GCOI=27246100641930

  • Tribune : Ce que devient la #recherche quand elle doit se vendre

    Ce matin, en ouvrant ma boîte mail, j’ai revu une partie de ma vie défiler. Ce qui, à mon âge, commence à prendre un certain temps et nécessite parfois une chaise. Le message m’invitait à « déposer » un projet au Fonds de la Recherche en Haute École (FRHE). Le verbe est important. On ne propose pas un projet. On ne partage pas une idée. On ne confie pas une intuition fragile à la communauté scientifique. Non : on la « dépose ». Comme on dépose un colis, une plainte, un enfant à la garderie ou un animal malade chez le vétérinaire en espérant qu’il revienne vivant.

    J’ai donc relu le mail. Puis je l’ai relu encore, avec cette forme particulière d’attention que l’on réserve aux convocations administratives, aux résultats médicaux et aux messages commençant par « dans le cadre de la rationalisation de nos services ». Et là, une certitude m’est revenue : j’avais quitté la #recherche_académique il y a près de quinze ans non pas par accident, ni par paresse, ni parce que je préférais enfin dormir la nuit, mais par instinct de survie.

    Car être chercheur, au départ, c’est magnifique. C’est se tenir devant le monde avec la #stupéfaction d’un enfant qui démonte un réveil pour comprendre #pourquoi le temps fait du bruit. C’est poser des #questions là où tout le monde s’est habitué à répondre par des PowerPoint. C’est observer, douter, recommencer, se tromper, lire trop, boire trop de café, puis trouver parfois une petite chose vraie au milieu d’un grand tas de choses prétentieuses.

    La recherche, dans sa version primitive, presque sauvage, consiste à dire : « Je ne comprends pas, donc je vais chercher. » La recherche académique contemporaine consiste plus souvent à dire : « Je ne comprends pas encore, mais je peux déjà remplir la case 12B relative aux livrables transférables et aux indicateurs d’impact transversal. » C’est moins romantique, mais ça rentre mieux dans un tableur Excel.

    Et c’est là que le #pouvoir_politique intervient. Non pas pour dire aux chercheurs : « Allez, secouez-nous cette société, critiquez-nous, montrez-nous ce qui cloche, aidez-nous à inventer autre chose. » Ce serait dangereux. Des chercheurs qui cherchent vraiment finissent toujours par poser des questions désagréables. Pourquoi les pauvres sont-ils pauvres ? Pourquoi les riches sont-ils riches ? Pourquoi l’école reproduit-elle ce qu’elle prétend combattre ? Pourquoi l’innovation ressemble-t-elle si souvent à une machine à vendre des objets inutiles avec une application mobile ?

    Non. Le pouvoir politique préfère une recherche bien élevée. Une recherche coiffée, budgétée, évaluée, classée, managée. Une recherche qui dit « #impact_sociétal » avant même d’avoir eu le temps d’émettre une #pensée. Une recherche qui, comme un produit bien emballé, promet à l’avance qu’elle sera utile, rentable, transférable, valorisable, visible, durable, inclusive, innovante, interdisciplinaire et probablement biodégradable. Le tout pour une enveloppe qui permet de financer quelques projets et d’en laisser beaucoup d’autres sur le carreau.

    Lors de l’appel FRHE 2024, 37 projets éligibles ont été soumis et 9 ont été sélectionnés, soit environ un projet sur quatre. C’est un système qui demande à des équipes entières de consacrer des semaines, parfois des mois, à construire une cathédrale administrative dont les trois quarts finiront au cimetière des PDF. Il faut être banquier pour y voir une #politique_scientifique. Un terme plus approprié pourrait être « machine à trier les vocations » : quelques-unes ressortent financées, les autres apprennent à appeler leur découragement « résilience ».

    Le chercheur enthousiaste commence par lire le règlement. C’est son premier test. S’il survit, il découvre qu’il doit formuler une question de recherche, constituer un consortium, prévoir un calendrier, détailler les lots de travail, anticiper les résultats, décrire les risques, montrer l’impact, prouver la faisabilité, quantifier l’innovation, expliquer la dissémination, prévoir la valorisation, intégrer le genre, les objectifs de développement durable, la transition numérique, la transition écologique, la transition énergétique, la transition administrative et, si possible, la transition vers un état psychique compatible avec la poursuite de son existence.

    Ensuite vient l’#évaluation. Là aussi, tout est prévu pour rassurer. Votre projet ne sera pas abandonné à l’arbitraire d’une seule personne mal lunée ayant mal dormi dans un hôtel Ibis avant de lire votre résumé. Non. Il sera examiné par plusieurs experts, avec des critères pondérés. Pour le FRHE 2025-2026, les critères annoncés étaient par exemple la qualité scientifique, l’impact sociétal potentiel et la qualité de mise en œuvre, respectivement pondérés à 60 %, 30 % et 10 %. C’est beau, la pondération. Ça donne à l’injustice éventuelle une allure de recette de cake. Vous avez donc deux experts scientifiques. S’ils ne sont pas d’accord, on en ajoute un troisième, ce qui rappelle cette grande vérité démocratique : quand deux personnes ne suffisent pas à produire une décision discutable, il faut en trouver une troisième.

    Puis arrive le moment merveilleux de l’impact. L’impact, c’est l’avenir radieux de la recherche. Avant, on demandait à une recherche si elle était juste, rigoureuse, originale. Aujourd’hui, on lui demande si elle va avoir de l’impact, comme une campagne de publicité pour une lessive, une trottinette connectée ou une nouvelle gamme de yaourts au bifidus. Votre projet étudie les inégalités scolaires ? Très bien. Quel impact ? Votre projet analyse les violences institutionnelles ? Très bien. Quel impact ? Votre projet montre que l’obsession de l’impact détruit les conditions mêmes d’une pensée critique ? Très intéressant. Mais pourriez-vous préciser l’impact de votre critique de l’impact, idéalement sous forme d’indicateurs mesurables ?

    Et puis, au bout de la chaîne, il y a le #gouvernement. C’est lui qui sélectionne finalement les projets financés. Il faut reconnaître que c’est pratique. Si votre recherche risque d’être trop critique envers le #pouvoir, elle pourra toujours produire un effet mesurable : non pas sur la société, bien sûr, ni sur les politiques publiques ou sur votre compte bancaire, mais sur votre niveau de désillusion institutionnelle. Ce n’est pas exactement un indicateur d’impact, mais il a l’avantage d’être robuste. On me dira : « Mais enfin, tu exagères. Il faut bien évaluer. Il faut bien choisir. L’argent public n’est pas infini. » Bien sûr. C’est même précisément le problème : on organise la #rareté, puis on appelle « #excellence » la capacité à survivre dedans. On affame un secteur, puis on félicite les plus musclés d’avoir réussi à ramper jusqu’à la gamelle.

    Apparaît alors la figure centrale de la recherche contemporaine : celle du bon chercheur, reconnaissable à la taille de son H-index. Jadis, les savants avaient des idées, des controverses, des correspondances, parfois des barbes. Aujourd’hui, ils ont des #indicateurs. Le #H-index est cette merveilleuse invention qui permet de donner une #apparence_scientifique à une vieille passion humaine : comparer la taille de ses attributs symboliques en prétendant parler d’excellence.

    La communauté scientifique elle-même sait pourtant que ces métriques posent problème. La #Déclaration_de_San_Francisco_sur_l’évaluation_de_la_recherche#DORA — appelle à améliorer les façons d’évaluer la #production_scientifique et critique notamment l’usage abusif des #indicateurs_bibliométriques dans les décisions d’évaluation. Mais c’est comme les recommandations nutritionnelles : tout le monde sait qu’il faut manger moins gras, moins sucré, moins salé, et pourtant la frite sauce andalouse continue d’avoir un avenir institutionnel solide.

    Quand un chercheur devient vraiment « bon », c’est-à-dire quand ses indicateurs atteignent une taille socialement enviable, il est promu. Et quand il est promu, souvent, il ne cherche plus. Il coordonne, pilote, supervise. Il rédige des projets permettant d’obtenir l’argent qui permettra d’engager des chercheurs précaires qui, eux, chercheront vraiment, publieront vraiment, s’épuiseront vraiment, et contribueront discrètement à l’élargissement de l’attribut du chef.

    Le chercheur précaire devient alors une sorte de complément alimentaire pour carrière académique. On le recrute pour deux ans, parfois trois, le temps qu’il produise des données, des articles, des rapports intermédiaires, des rapports finaux, des communications, des annexes, des preuves d’impact, puis on lui explique avec beaucoup d’émotion que son contrat touche à sa fin, mais que son travail a été très apprécié. Et c’est bien vrai. Son travail a été tellement apprécié qu’il est désormais dans le CV de quelqu’un d’autre.

    Je force le trait ? À peine. La #précarité académique est devenue un sujet de recherche en soi. Admirez plutôt : le système produit de la précarité, puis finance des recherches précaires sur la précarité des chercheurs. Des articles récents parlent même du #precarity_dividend (prime à la précarité), le bénéfice que certains acteurs plus stables peuvent tirer du travail des chercheurs précaires. C’est la version universitaire de la spéculation boursière : on mise sur l’#exploitation à bas coût de travailleurs précaires pour gonfler son portefeuille de publications, puis on liquide l’humain dès que le dividende est encaissé.

    Et maintenant, voilà que les Hautes Écoles sont invitées à entrer pleinement dans cette grande fête. Elles aussi doivent devenir des actrices de la recherche, de l’innovation, du développement, du rayonnement, de la compétitivité, de l’écosystème. Elles aussi doivent parler la langue merveilleuse des appels à projets, des livrables, des partenariats stratégiques, de la valorisation, des objectifs transversaux et de l’impact sociétal potentiel.

    Je ne nie pas qu’il existe de beaux projets, des collègues sincères, des recherches utiles, des équipes courageuses. Bien sûr qu’il y en a, et c’est même ce qui rend la situation plus triste. Ce système fonctionne parce qu’il capture des désirs authentiques : celui de découvrir, de comprendre, d’agir, de faire mieux. Mais ces désirs, au lieu d’être soutenus, sont dévoyés pour exacerber la #compétition de chacun contre tous. On ne demande pas aux chercheurs de chercher. On leur dit :

    « Convainquez-nous que vous méritez peut-être d’avoir le droit de chercher, à condition de prouver avant de commencer que ce que vous n’avez pas encore trouvé produira des résultats mesurables dans les vingt-quatre mois. »

    La scène est presque belle, si l’on aime l’absurde. Pour avoir le droit de chercher, il faut d’abord expliquer ce que l’on va trouver. Pour avoir le droit de découvrir, il faut prédire la découverte. Pour avoir le droit de #douter, il faut remplir une grille dans laquelle le doute n’apparaît nulle part.

    Alors oui, cher·es collègues enthousiastes, déposez des projets si vous le voulez. Faites-le même, parfois, parce qu’il faut bien arracher quelques moyens là où ils se trouvent. Mais ne confondez pas le guichet avec la recherche. Ne confondez pas l’appel à projets avec l’appel du large. Ne confondez pas le formulaire avec la pensée. Le danger n’est pas seulement que quelques projets soient refusés. Le danger est plus discret, plus profond, plus quotidien : c’est que nous finissions par intérioriser cette logique. Que nous apprenions à nous vendre avant de penser. À calibrer nos questions avant de les poser. À traduire nos colères en livrables, nos doutes en indicateurs, nos intuitions en diagrammes de Gantt.

    Ce matin, en refermant ce mail, je me suis souvenu de la lettre de démission d’Annick Stevens que j’avais lue à la fin de ma thèse comme on lit un avertissement. Elle y décrivait une université renonçant peu à peu à sa fonction critique, absorbée par l’économisme, la concurrence et les standards productivistes. Je croyais alors lire le témoignage d’un monde que j’étais en train de quitter. Près de quinze ans plus tard, je comprends que je lisais peut-être la brochure d’accueil du monde qui arrivait.

    Les Hautes Écoles aussi ont désormais leur vocabulaire de start-up, leur arobase pour faire moderne et probablement bientôt leur baby-foot stratégique. On nous dira que c’est le progrès. Que c’est une reconnaissance. Que c’est une chance. Mais une chance de quoi ? De chercher vraiment ? Ou d’apprendre à promettre, à calibrer, à séduire, à convertir nos questions en dossiers recevables ?

    Si la recherche sert encore à quelque chose, c’est peut-être d’abord à refuser les évidences trop bien emballées. Et celle-ci en particulier : ce n’est pas parce qu’un système finance quelques recherches qu’il la soutient. Parfois, il l’organise simplement de manière à ce qu’elle ne dérange pas trop.

    – Un lecteur

    https://mrmondialisation.org/tribune-recherche-se-vendre
    #projets #appels_à_projets #financement #ESR #université

  • Come #Big_Tech ha reso segreti i dati ambientali sui data center a livello europeo

    I data center europei dovrebbero essere tenuti a comunicare all’Ue indicatori chiave come il consumo di energia e acqua. Un’inchiesta di Investigate Europe -pubblicata in esclusiva in Italia da Altreconomia- mostra però che una clausola di riservatezza, proposta da #Microsoft e dalla lobby #DigitalEurope, è stata inserita nella normativa comunitaria, impedendo così l’accesso pubblico a informazioni di capitale importanza

    La Commissione europea raccoglie dati chiave sui data center, come l’efficienza energetica e il consumo idrico. Tuttavia, le informazioni sull’impatto ambientale dei singoli impianti restano segrete, dopo che le grandi aziende tecnologiche hanno fatto pressione per modificare una normativa del 2024 collegata alla direttiva sull’efficienza energetica, classificando questi dati come riservati e commercialmente sensibili.

    Un’inchiesta di Investigate Europe rivela come Microsoft e la lobby DigitalEurope -che annovera tra i suoi membri Amazon, Apple, Google e Meta- abbiano guidato questa campagna, incidendo su una normativa pensata per garantire trasparenza in un settore in rapida espansione: quello dei data center, la cui capacità nell’Ue è stimata triplicare nei prossimi cinque anni.

    Il settore dei data center è sempre più sotto pressione per l’elevato consumo di energia e l’impatto su comunità e ambiente. Negli ultimi anni, la Commissione europea ha introdotto alcune norme per ridurne l’impronta ambientale, tra cui il Regolamento Ecodesign, che definisce requisiti di progettazione ecocompatibile per prodotti come server e sistemi di archiviazione dati, e la revisione del 2023 della direttiva sull’efficienza energetica, che per la prima volta obbliga gli operatori a comunicare dati su consumi di energia e acqua.

    Durante la fase di consultazione sulla revisione della direttiva, Microsoft e la lobby DigitalEurope hanno presentato osservazioni convergenti, proponendo l’introduzione di un nuovo articolo per classificare come riservate tutte le informazioni relative ai singoli data center, invocando la tutela degli interessi commerciali. L’obiettivo era andare oltre la proposta iniziale della Commissione e impedire che questi dati potessero essere ottenuti anche tramite richieste di accesso agli atti.

    Quando la Commissione ha pubblicato il testo definitivo nel marzo 2024, l’articolo proposto dall’industria era stato inserito quasi parola per parola.

    L’articolo 5, paragrafo 5, stabilisce infatti che “la Commissione e gli Stati membri interessati mantengono riservate tutte le informazioni e tutti gli indicatori chiave di prestazione dei singoli centri dati che sono comunicati alla banca dati. Tali informazioni sono considerate informazioni riservate che incidono sugli interessi commerciali dei gestori e dei titolari dei centri dati”.

    Per questo, sono stati resi pubblici solo dati aggregati a livello nazionale, mentre le informazioni sull’impatto specifico dei singoli data center restano fuori dalla portata di comunità locali, ricercatori, giornalisti e cittadini.

    Si tratta di un altro esempio di come l’industria stia “intensificando i propri sforzi di lobbying per influenzare la legislazione dell’Ue”, afferma Bram Vranken, che si occupa di questi temi per Corporate Europe Observatory, un’organizzazione con sede a Bruxelles che promuove la trasparenza nelle istituzioni europee. A suo avviso, si tratta di un caso senza precedenti nella modifica della normativa europea.

    “Il fatto che la Commissione abbia copiato e incollato un emendamento di Microsoft è scioccante”, ha aggiunto. “Chi rappresenta davvero la Commissione: le grandi aziende tecnologiche o l’interesse pubblico?”. Contattati da Investigate Europe, Microsoft e DigitalEurope non hanno risposto alle richieste di commento.

    Gli esperti giuridici sostengono che la clausola sia in contrasto con la Carta dei diritti fondamentali dell’Unione europea e con la Convenzione di Aarhus, che garantisce al pubblico l’accesso alle informazioni ambientali, comprese quelle sulle emissioni.

    “In vent’anni non ricordo un caso simile”, afferma Jerzy Jendrośka, per 19 anni membro dell’organismo di supervisione della Convenzione e oggi professore di Diritto ambientale europeo all’Università di Opole, in Polonia. “Questo chiaramente non è in linea con la Convenzione di Aarhus”.

    Per Luc Lavrysen, ex presidente della Corte costituzionale belga e professore emerito di Diritto ambientale all’Università di Gand, la clausola di riservatezza generalizzata “è chiaramente in violazione” delle norme Ue sulla trasparenza e della Convenzione di Aarhus.

    Sulla stessa linea Kristina Irion, docente di Diritto dell’informazione all’Università di Amsterdam, secondo cui la “presunzione generalizzata di riservatezza” favorisce indebitamente gli interessi delle aziende a scapito dell’accesso pubblico ai dati. “Ciò che merita protezione, in quanto informazione riservata che incide sugli interessi commerciali delle società di data center, dovrebbe essere determinato caso per caso”.

    Contattata per un commento, la Commissione europea ha sostenuto che la riservatezza fosse sempre stata parte della sua proposta e ha rifiutato di fornire una risposta ufficiale. “Durante la consultazione abbiamo ricevuto numerosi commenti su questo tema”, ha affermato un funzionario europeo, parlando a condizione di anonimato. “Abbiamo analizzato i contributi e adottato un testo che li riflette, come da prassi”.

    Gli Stati membri dell’Ue sono stati inoltre incoraggiati a respingere le richieste pubbliche di accesso a queste informazioni, rivela Investigate Europe. In un’e-mail inviata all’inizio del 2025 e condivisa con chi scrive, un alto funzionario della Commissione ha sottolineato alle autorità nazionali che erano “tenute a mantenere riservate tutte le informazioni e gli indicatori chiave di prestazione relativi ai singoli data center”.

    Secondo fonti vicine alla vicenda, la posizione interna della Commissione è che rendere pubbliche le informazioni sui singoli data center potrebbe spingere gli operatori a smettere di comunicare i dati, nonostante gli obblighi previsti. Tuttavia, gli stessi dati dell’Ue mostrano che finora solo il 38% delle strutture interessate ha effettivamente trasmesso le informazioni richieste.

    Il settore ha “un interesse concreto a tenere nascosti i dati”, afferma Alex de Vries-Gao, accademico che studia l’impatto ambientale dell’intelligenza artificiale e dei data center presso la Vrije Universiteit di Amsterdam. Le sue analisi si basano per lo più su dati aggregati, proprio per la scarsità di informazioni disponibili. “Le informazioni pubbliche sono estremamente limitate. Di solito bisogna fare i salti mortali per riuscire a ricavarne dei dati”.

    In Italia, l’adesione all’obbligo di trasmissione dei dati all’Ue resta limitata: secondo il Politecnico di Milano, nel Paese ci sono circa 200 data center, ma nel 2024 -stando alla Commissione europea- solo 33 strutture avevano trasmesso le informazioni richieste. Anche considerando che il numero complessivo fosse allora leggermente inferiore rispetto alle stime attuali, il livello di adesione resta molto basso.

    Investigate Europe ha contattato le società proprietarie dei data center in Italia, chiedendo di condividere alcune informazioni di base, tra cui la capacità totale di energia installata, la quota effettivamente utilizzata dai server, la quantità d’acqua impiegata per il raffreddamento e il consumo dei generatori diesel, sia per gli impianti già in funzione sia per quelli pianificati ma non ancora costruiti.

    Delle 102 società contattate, solo 7 hanno fornito i dati richiesti. Tra chi ha risposto rifiutando di condividerli figura proprio Microsoft, che ha motivato il rifiuto citando “ragioni di concorrenza, conformità normativa e sicurezza”.

    Ma la clausola di riservatezza è solo una delle diverse deroghe favorevoli alle imprese che l’industria è riuscita a ottenere nelle normative europee che regolano i data center.

    A dicembre 2025, la Commissione europea ha infatti presentato una proposta di legge per accelerare le valutazioni di impatto ambientale previste dall’Ue per i grandi progetti edilizi, inclusi molti dei più grandi data center. La proposta fa parte di un’iniziativa più ampia volta a ridurre quelli che vengono presentati come “oneri burocratici” per le imprese.

    La legge, alla primavera 2026 ancora in fase di revisione, introduce scadenze rigide per le autorità locali, limita a 90 giorni la consultazione pubblica e apre alla possibilità di iter accelerati per i progetti considerati prioritari.

    Un documento ottenuto tramite una richiesta di accesso agli atti mostra che Microsoft ha incontrato un funzionario dell’Ue alla fine dell’ottobre scorso per discutere delle autorizzazioni, chiedendo di “fissare un limite massimo ai tempi”. L’azienda ha definito la “semplificazione delle procedure autorizzative come un fattore abilitante cruciale”, scrivendo in un’e-mail diretta alla Commissione europea: “Insieme ai nostri team sul campo, abbiamo sviluppato una serie di proposte concrete”.

    Per mesi, Microsoft e Amazon sono state tra le aziende che hanno fatto pubblicamente pressione per accelerare le procedure di autorizzazione dei permessi edilizi, indicando come modello l’approccio dello “sportello unico” adottato nella regione spagnola dell’Aragona per le pratiche ambientali: un sistema che concentra in un’unica autorità tutte le autorizzazioni, accorciando tempi e passaggi burocratici.

    L’area è diventata un importante hub europeo per i data center, con Amazon che, secondo un rapporto pubblicato a marzo dalla stessa azienda, avrebbe investito 33 miliardi di euro in infrastrutture per l’intelligenza artificiale e il cloud nella sola Spagna.

    Le nuove norme favorevoli agli investitori introdotte nella regione sono state criticate dagli attivisti locali, secondo cui consentono agli operatori come Amazon di “modificare la destinazione d’uso dei terreni, eludere tasse e scadenze, con scarsa partecipazione pubblica”.

    Ioannis Agapakis, avvocato dell’organizzazione no profit ClientEarth, avverte che una riduzione dei tempi di consultazione pubblica potrebbe impedire ai cittadini di individuare problemi rilevanti. “Nel peggiore dei casi, potrebbe legittimare progetti affetti da irregolarità procedurali o sostanziali”, ha detto a Investigate Europe.

    Le conseguenze di questi cambiamenti ricadranno soprattutto su chi vive più vicino alla rete in espansione dei data center in Europa. “La società sta pagando il prezzo pieno per le emissioni di carbonio e il consumo idrico dei data center”, ha affermato Alex de Vries-Gao della Vrije Universiteit di Amsterdam.

    La Commissione prevede di pubblicare punteggi di sostenibilità basati su alcuni indicatori per i singoli data center. Si tratta di un passo avanti, ma la maggior parte dei dati comunicati dagli operatori resterà riservata, protetta proprio da quella medesima clausola che l’industria ha contribuito a scrivere.

    https://altreconomia.it/come-big-tech-ha-reso-segreti-i-dati-ambientali-sui-data-center-a-livel
    #données #environnement #data_centers #centres_de_données #énergie #eau #ressources #impact_environnemental #Amazon #Apple #Google #Meta #droit #normes #Ecodesign #empreinte_environnementale #directive #lobbying #convetion_de_Aarhus #confidentialité #EU #Union_européenne #UE #infrastructure #IA #AI #intelligence_artificielle

    –-
    voir aussi:
    https://www.investigate-europe.eu/posts/big-tech-data-centres-secrecy-eu-law-environment-footprint

  • En #Virginie, la capitale mondiale des #data_centers confrontée à la #contestation croissante des habitants

    Cet Etat de la Côte est des Etats-Unis concentre 12 % des capacités mondiales des centres de données géants essentiels à l’intelligence artificielle, qu’elle a attirés notamment grâce à des exemptions fiscales. Un essor de plus en plus contesté par les riverains, notamment inquiets de leur impact écologique.

    C’est donc ça, l’envers du décor de cette révolution. De gigantesques entrepôts cerclés de clôtures et des chantiers non moins colossaux qui en annoncent de futurs. Impossible de déambuler entre ces parcelles sans âme, disposées le long de grandes artères de la banlieue de Washington. Bienvenue à Loudoun County, dans le nord de la Virginie, qui détient le record mondial du nombre de centres de données.
    La zone, qui a logiquement hérité du surnom « Data Center Alley », est à la fois le cœur du réacteur de la révolution de l’intelligence artificielle (IA) et le laboratoire d’un contre-mouvement : ici, comme partout aux Etats-Unis, la contestation monte contre ces excroissances visibles d’une technologie énergivore qui fascine autant qu’elle inquiète.
    Pour mesurer ce que les centres de données sont à la Virginie, il faut fournir quelques chiffres. Cet Etat de la Côte est américaine concentre à lui seul 12 % des capacités mondiales des « hyperscalers », les géants de la gestion des données Internet, selon le cabinet Synergie Group Research. Le comté de Loudoun compte 200 centres de données, soit environ 5 kilomètres carrés d’entrepôts, l’équivalent des quatre arrondissements du centre de Paris. Et ce n’est que le début. « Plus de 26 kilomètres carrés de nouveaux data centers sont déjà approuvés ou en cours d’approbation dans l’Etat, cela correspond à l’équivalent d’environ 1 500 supermarchés Walmart », explique Julie Bolthouse, directrice de l’aménagement du territoire au conseil environnemental de Piedmont, une large zone du nord de la Virginie, où est massé l’essentiel des infrastructures.
    45 % des recettes fiscales
    Le compagnonnage de la Virginie avec les géants du numérique remonte à la naissance d’Internet. Avec la proximité du Pentagone et de la capitale, ainsi que le développement d’infrastructures de communication, le comté de Loudoun devient rapidement un lieu incontournable pour le stockage de données. A partir des années 2000 et 2010, une large portion du trafic Internet mondial transite par cet Etat.
    Les habitants plébiscitent (ou ignorent) alors cette industrie discrète, qui occupe des espaces dans des zones industrielles, paie des taxes foncières importantes et génère un peu d’emplois. « Nous avons tiré durant toutes ces années un bénéfice financier maximal des centres de données », explique Mike Turner, le vice-président du conseil exécutif de Loudoun County. Ces derniers représentent aujourd’hui 45 % des recettes fiscales du comté, soit 1,3 milliard de dollars (environ 1,15 milliard d’euros). Cela se répercute sur la feuille d’impôt des habitants : les taxes foncières sont en moyenne 25 % plus basses que dans les circonscriptions voisines.
    Mais, depuis le début des années 2020, les choses ont radicalement changé. La révolution de l’intelligence artificielle s’appuie sur la puissance de calcul des puces électroniques, les semi-conducteurs contenus dans des serveurs, eux-mêmes stockés dans ces fameux centres de données. Une requête dans ChatGPT, le robot conversationnel d’OpenAI, mobilise en moyenne beaucoup plus de puissance de calcul qu’une recherche Google. Si l’on compare l’IA au développement de la voiture au XXe siècle, les puces sont l’essence et les data centers sont les stations-service. Tout à la conquête de ce marché en devenir, les hyperscalers – Amazon, Google et Microsoft en tête – ne reculent aucun investissement pour en construire le maximum.
    Jusqu’à la saturation ? C’est, en tout cas, ce qui menace Loudoun County. « On reçoit de plus en plus de messages d’habitants qui nous disent d’arrêter d’approuver des data centers, témoigne Mike Turner. La différence avec avant, c’est que quand on explique que ça fait baisser les impôts locaux ils nous répondent : “Je m’en fiche, augmentez les impôts, mais arrêtez ça.” » Les comtés voisins observent la même tendance. Un gigantesque projet a été abandonné début avril à Prince William County, sous la pression de la population : il prévoyait l’installation de 37 unités aux abords de Manassas National Battlefield Park, le site protégé des deux batailles de Bull Run, pendant la guerre de Sécession (1861-1865).
    Désagréments visuels et sonores
    Le mouvement est national. Le Maine vient de voter un moratoire sur tous les grands projets de centre de données, d’ici à 2027. Et d’autres Etats pourraient rapidement leur emboîter le pas. Terry Clower, professeur de politiques publiques à la Schar School of Policy and Government de l’université George-Mason, située à Fairfax, en Virginie, s’étonne de cette évolution rapide. « Je me demande de plus en plus si cette opposition virulente n’est désormais pas autant liée à la peur de l’intelligence artificielle qu’aux centres de données eux-mêmes. Ils sont l’infrastructure qui permet de faire fonctionner l’IA, et le discours dominant aujourd’hui est que celle-ci vient prendre nos emplois. »
    Un sondage mené par son université montre que désormais, 40 % des habitants de Loudoun County pensent que les centres de données détériorent leurs conditions de vie, contre 19 % qui estiment que cela les améliore, et 40 % qui jugent que cela ne change rien. Les griefs des opposants sont nombreux, à commencer par les désagréments visuels et sonores : ces entrepôts sont massifs, peu esthétiques et génèrent en général une sorte de vrombissement. Construits à côté de zones d’habitation, ils peuvent représenter une réelle nuisance.

    Aux yeux (et aux oreilles) de Terry Clower, ce rejet est largement exagéré. « Vous achetez une maison et vous vous installez à proximité d’un terrain classé en zone industrielle, commerciale ou autre. Préféreriez-vous y voir s’implanter un centre de données, ou plutôt un pôle de distribution Amazon, avec 400 ou 500 camions entrants et sortant du site chaque jour ? » Selon lui, la nuisance sonore est similaire au bruit de fond d’une autoroute située à quelques kilomètres.

    Il n’est pas aisé de trancher, car il existe plusieurs types et plusieurs générations de data centers, avec des systèmes de refroidissement différents, plus ou moins bruyants. Les concepteurs travaillent sur l’isolation et sur le design, en mettant des fausses fenêtres ou des couleurs plus gaies. Difficile, cependant, de faire des miracles : in fine, il s’agit toujours d’un entrepôt bourdonnant de la taille de deux ou trois terrains de football. Contactée par Le Monde, la Data Center Coalition, qui regroupe les grands acteurs du secteur, n’a pas répondu.
    Une pollution importante
    La cause principale du rejet est, de toute façon, ailleurs. C’est l’empreinte énergétique et écologique des centres qui inquiète le plus les habitants. La consommation en électricité nécessaire pour faire tourner les serveurs est colossale. Et certaines installations disposent de générateurs au diesel qui engendrent une pollution importante.
    Selon Julie Bolthouse, si la totalité des projets en cours étaient effectivement construits dans le nord de la Virginie, cela nécessiterait un quadruplement de la capacité actuelle du réseau d’électricité. « C’est complètement fou, on a mis cent ans à construire le réseau actuel », s’exclame-t-elle, en pointant l’échelle des risques, de la simple panne liée à la surcharge temporaire jusqu’à l’effondrement du système.

    Le sujet empêche parfois Mike Turner de dormir, lui qui constate l’existence d’une forme de pensée magique chez les constructeurs. « Je dis aux industriels : “Pourquoi vous voulez encore construire ici, alors que vous n’aurez pas l’électricité qu’il faut avant dix ans ?” Ils me répondent : “L’opérateur trouvera une solution, et le jour où il la trouvera, nos installations seront prêtes.” Avec mes équipes, on a beau chercher, on ne voit pas comment ils pourront faire. » La relation idyllique avec ces constructeurs s’est quelque peu refroidie ces derniers temps, alors que les permis sont désormais délivrés au compte-gouttes. « La tension dans les réunions est plus palpable qu’avant », euphémise le vice-président du conseil exécutif.
    Si le prix de l’électricité explose globalement aux Etats-Unis, il est difficile pour le moment d’attribuer cela à l’IA. Tous les experts s’accordent néanmoins à dire qu’une forte hausse des coûts est attendue dans les années à venir. Les Etats cherchent la parade, en obligeant par exemple les hyperscalers à construire leurs propres centrales ou à prendre en charge une partie de l’augmentation. Mais le consommateur ne sera pas épargné, quel que soit le scénario.
    Limiter le foncier disponible
    Les opposants aux hyperscalers de Virginie ont bien une idée pour ralentir la ruée : mettre fin à l’exemption de taxes sur les achats dont bénéficie l’industrie dans l’Etat. Un cadeau fiscal à 1,9 milliard de dollars en 2025 pour le secteur le plus riche du monde, qui explique en grande partie, avec la qualité de la fibre, la disponibilité du foncier et les conditions météo clémentes, l’attrait pour la Virginie. Le renouvellement de cette exemption, qui allait de soi jusque-là, est suspendu, cette année, à une décision des parlementaires locaux, signe d’un changement d’époque.
    Les opposants soulignent que cela découragerait les nouvelles installations, sans faire fuir l’industrie déjà présente. Mike Turner n’en est pas si sûr. Il craint le départ pur et simple de la poule aux œufs d’or : avec les progrès fulgurants de la technologie des semi-conducteurs, les hyperscalers remplacent les équipements très régulièrement et l’exemption de taxe leur permet de faire à chaque fois de précieuses économies.

    Les autorités locales misent davantage sur une meilleure gestion de l’urbanisme, afin de cantonner les centres aux zones éloignées des habitations, et sur une limitation du foncier disponible. La partie ouest de Loudoun County a ainsi été décrétée « data center free », en prenant pour prétexte la préservation des cultures, notamment viticoles.
    La Virginie conservera-t-elle sa position dominante aux Etats-Unis et dans le monde ? Une analyse réalisée par Synergie Research Group montre une migration progressive depuis la Côte ouest et la Côte est, les deux pôles technologiques du pays, vers le centre du pays, où l’électricité est moins chère et le foncier abondant. Pour John Dinsdale, analyste en chef au sein de ce cabinet, se battre contre ces installations revient à lutter contre des moulins à vent : « Si le centre ne se construit pas dans une localité, l’opérateur ira dans une ville différente, dans un autre comté, un autre Etat ou un autre pays. Mais il sera construit quoi qu’il arrive. » On n’arrête pas une révolution en marche.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/08/en-virginie-la-capitale-mondiale-des-data-centers-confrontee-a-la-contestati
    #résistance #infrastructure #AI #IA #intelligence_artificielle #centres_de_données #Etats_Unis #pollution #impact_écologique #riverains #Loudoun_County #Data_Center_Alley #fisc #fiscalité #exonération_fiscale #pollution_sonore #bruit #électricité

  • La #protection_des_eaux européennes menacée au nom de la « #simplification »

    La #Commission_européenne veut réviser la #directive de protection des eaux, une des pierres angulaires de la politique environnementale, pour faciliter l’ouverture de #mines. L’#industrie_extractive jubile. Les ONG et les #services_de_traitement_des_eaux fulminent.

    Jeudi 16 avril, à Bruxelles, une petite dizaine de personnes sont rassemblées devant le bâtiment qui abrite la Commission européenne. Elles arborent des banderoles sur lesquelles des slogans dénoncent les #pollutions de l’eau liées à l’#extraction_minière. On trouve parmi elles des représentant·es d’ONG (WWF, Bureau européen de l’environnement) mais aussi des membres de communautés affectées par l’activité minière ou qui craignent de l’être.

    Par exemple, Simon Isak Marainen. Sa tenue traditionnelle montre son appartenance au peuple autochtone des Samis, en Suède. S’il est venu jusqu’à Bruxelles, c’est pour exprimer son indignation face aux projets d’extraction qui se multiplient en #Laponie, dont celui du gisement de #terres_rares de #Per-Geijer et le projet d’extraction de #graphite #Vittangi_Anode.

    Ces deux mines sont labellisées « #projets_stratégiques » par l’Union européenne (UE), qui vise davantage d’#autonomie vis-à-vis de la Chine pour l’approvisionnement en #matières_premières_critiques. Du point de vue de Simon Isak Marainen, « elles sont surtout une menace pour [le] mode de vie [des Samis], pour l’élevage de rennes et pour l’eau de toute la population de la région ».

    Au même moment, à quelques dizaines de mètres, dans les locaux du Conseil de l’UE, la Commission briefe des fonctionnaires issu·es des vingt-sept États membres au sujet de la révision inattendue, et controversée, de la directive-cadre sur l’eau. « Cette Commission veut plaire à l’industrie, et cela fait bien longtemps que l’#industrie_minière pousse pour rouvrir la directive-cadre sur l’eau », témoigne un expert d’un État membre, sous couvert d’anonymat.

    Cette directive, adoptée en 2000, est l’une des pierres fondatrices de l’acquis environnemental européen, dont l’objectif, contraignant pour les États membres, est d’atteindre un « bon état écologique et chimique » des eaux de surface et souterraines en 2027, dernier délai.

    Autonomie contre #écologie

    Les résultats sont loin d’être au rendez-vous : seules 39,5 % des masses d’eau européennes atteignent ce bon état écologique. La Commission, dans sa « Stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau », datée de juin 2025, rappelait pourtant le rôle de « boussole » de cette directive, pointant plutôt les errances des États membres dans sa bonne application.

    Cette profession de foi n’a pourtant pas empêché la même Commission, quelques mois plus tard, le 2 décembre, de surprendre son monde, y compris ses propres services, en annonçant son intention de « réviser » le texte, afin de le « simplifier », en sautant la case de l’évaluation préalable. « Nous sommes profondément choqués de voir que la Commission semble répondre favorablement à l’industrie qui réclame littéralement un #droit_à_polluer », lance Sara Johansson, du Bureau européen de l’environnement.

    « Nous ne demandons pas un “droit à polluer”, rétorque Rolf Kuby, directeur d’#Euromines, le lobby européen de l’industrie minière, mais des adaptations nécessaires pour répondre aux besoins sociétaux et accroître l’autonomie européenne. L’UE a besoin de mines pour réaliser sa #transition_climatique, pour son industrie de défense, sans dépendre intégralement de pays tiers. »

    De fait, la Commission a lâché sa petite « bombe » au détour d’un paragraphe de son nouveau plan, #RESourceEU, destiné à « garantir l’approvisionnement européen en matières premières critiques », et donc à réduire les dépendances à l’égard de pays tiers. L’UE affiche un objectif : en 2030, elle devra puiser dans ses #sous-sols au moins 10 % des matières premières critiques qu’elle consomme, que l’on parle de graphite, de #lithium ou de terres rares.

    Depuis des années, l’industrie minière a bien compris l’argumentaire qu’elle peut en tirer, et focalise son attention sur la directive-cadre sur l’eau, qu’elle considère comme un obstacle au déploiement de ses nouveaux projets. Sa cible, c’est « le #principe_de_non-détérioration », c’est-à-dire le cœur de la directive, au centre de nombreux contentieux.

    Le risque du détricotage

    Selon ce principe, les autorités doivent refuser l’octroi d’un « #permis_d’environnement » à tout projet qui dégraderait l’état d’un cours d’eau ou d’eaux souterraines. La notion a été consolidée devant la Cour de justice de l’Union européenne en 2015, avec l’#arrêt_Weser qui stipulait que la dégradation d’un seul élément de qualité de l’eau devait aboutir au rejet d’un projet. La directive prévoit des exemptions à ce principe, mais la #non-détérioration reste un « obstacle énorme », assène Rolf Kuby.

    Les projets miniers, lorsqu’ils sont autorisés, le sont à l’issue d’un parcours de dix à quinze ans, comme l’a récemment souligné la Cour des comptes européenne. Euromines s’est trouvé des compagnons de route en formant avec dix-sept autres associations professionnelles, dont celle qui représente le secteur pétrolier et gazier (l’#IOGP), une coalition informelle au sujet des permis d’activité ciblant notamment la directive sur l’eau.

    « Il est vrai qu’après l’arrêt Weser, la directive est devenue un puissant instrument pour bloquer des projets miniers, confirme Nick Voulvoulis, directeur adjoint au centre de politique environnementale de l’Imperial College, à Londres, spécialiste de l’eau. Et comme le bon état des eaux ne sera pas atteint en 2027, l’industrie y voit une occasion d’affaiblir la directive. Un tel affaiblissement irait à l’encontre des objectifs d’adaptation au changement climatique et de préservation de la biodiversité. Il créerait un précédent vers la #dérégulation d’autres activités ayant un #impact_environnemental. »

    L’activité minière peut entraîner de multiples #pollutions, des #drainages_miniers_acides, des #contaminations aux #métaux_lourds, des rejets de #substances_chimiques. Cette possible recrudescence de pollutions locales inquiète au plus haut point les ONG mais aussi les services d’#eau_potable et d’#assainissement, réunis au sein d’#EurEau, car c’est à eux qu’incombe le traitement des eaux avant consommation.

    Pour Sébastien Mouret, conseiller politique chez EurEau, « si on affaiblit le principe de non-détérioration, les conséquences seront dramatiques pour les écosystèmes et pour l’eau potable, qui deviendra plus difficile à traiter. Les coûts du traitement augmenteraient et seraient reportés sur le consommateur. On se situerait aux antipodes du principe “pollueur payeur”, inscrit dans la directive mais rarement appliqué ».

    La Commission vient d’achever une rapide consultation publique au sujet de la révision à venir, dont les contours sont encore incertains. Contactée par Mediapart, une de ses porte-parole rappelle simplement que la commissaire suédoise en charge de l’environnement, Jessica Roswall, « a souligné les difficultés liées à la manière dont la directive est appliquée, en particulier en ce qui concerne les procédures d’octroi de permis pour des projets dans le secteur des matières premières critiques ».

    Même si la Commission ne propose qu’une révision ciblée de la directive (par exemple pour les seuls projets stratégiques d’extraction de l’UE), le résultat final pourrait lui échapper. Le Conseil mais surtout le Parlement pourraient se lancer dans un détricotage du texte à grands coups d’amendements. Les industries de la chimie, de la #cosmétique, les entreprises pharmaceutiques réclament aussi des assouplissements. La proposition de modification de la Commission européenne est attendue avant les vacances d’été.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/300426/la-protection-des-eaux-europeennes-menacee-au-nom-de-la-simplification
    #eau #UE #EU #union_européenne #extractivisme #environnement

  • The data heat island effect: quantifying the impact of AI data centers in a warming world

    The strong and continuous increase of AI-based services leads to the steady proliferation of AI data centres worldwide with the unavoidable escalation of their power consumption. It is unknown how this energy demand for computational purposes will impact the surrounding environment. Here, we focus our attention on the heat dissipation of AI hyperscalers. Taking advantage of land surface temperature measurements acquired by remote sensing platforms over the last decades, we are able to obtain a robust assessment of the temperature increase recorded in the areas surrounding AI data centres globally. We estimate that the land surface temperature increases by 2°C on average after the start of operations of an AI data centre, inducing local microclimate zones, which we call the data heat island effect. We assess the impact on the communities, quantifying that more than 340 million people could be affected by this temperature increase. Our results show that the data heat island effect could have a remarkable influence on communities and regional welfare in the future, hence becoming part of the conversation around environmentally sustainable AI worldwide.


    https://arxiv.org/abs/2603.20897
    #AI #IA #data_centers #centres_de_données #chaleur #îlots_de_chaleur #intelligence_artificielle #infrastructure #énergie #impact #environnement_proche #voisinage #température

    via @freakonometrics

  • #Boavizta : Evaluation d’impacts environnementaux du numérique des organisations

    Pour les équipes #Numérique_Responsable et #RSE, une aide au quotidien grâce à un groupe de travail inter-organisations, des ressources expertisées & actualisées sous licences libres :

    - Méthodologie de #mesure
    - Référentiel de données
    - Moteur de calcul

    https://boavizta.org
    #impact #IA #AI #data_centers #centres_de_données #impact_environnemental #calcul #évaluation

    • INTERVIEW de #Benoit_PETIT : “On est encore très loin d’un #numérique_soutenable

      Entre engagement technique, transparence radicale et volonté de transformation systémique, Benoit Petit œuvre depuis plusieurs années à rendre le numérique plus mesurable, plus sobre et plus juste. Cofondateur de #Hubblo, il développe des outils pour quantifier l’impact environnemental des #infrastructures IT. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, les défis du secteur et les leviers d’action.

      Peux-tu revenir sur ton parcours et ce qui t’a conduit à fonder Hubblo ?

      Benoit : « J’ai commencé par un parcours très classique dans l’IT : j’ai été ingénieur systèmes, réseaux, cloud… pendant une dizaine d’années. Et à un moment, l’absence de considération environnementale dans mon travail contrastait trop avec mes changements de vie et aspirations personnelles, alors j’ai commencé à me poser des questions sur l’impact environnemental de mes choix techniques. J’ai cherché des outils de mesure de l’énergie consommée au niveau des serveurs, et je n’ai rien trouvé qui corresponde à mes besoins. J’ai donc développé un outil libre et open source, Scaphandre, pour répondre à ce besoin. Ce travail m’a progressivement amené à rencontrer des personnes qui partagent les mêmes objectifs, avec qui nous avons co-fondé Hubblo. L’objectif de Hubblo, c’est d’aider les organisations à réduire l’impact environnemental lié à leurs activités numériques, ce qui implique parfois l’évaluation de ces impacts, toujours en s’appuyant sur des méthodologies robustes et ouvertes. »
      Peux-tu nous parler de Scaphandre et de son fonctionnement ?

      Benoit : « Scaphandre est un agent qui s’installe sur un serveur informatique et permet de mesurer la consommation énergétique d’une partie de ses composants électroniques et des logiciels qui tournent sur ce serveur. Il exploite des interfaces fournies par les fabricants de puces et fonctionne sous GNU/Linux et Windows Server. Il est utilisé aujourd’hui dans plusieurs pays, par des entreprises de plusieurs tailles et avec des cœurs de métier différents. Il est en open- source, donc chacun peut l’adapter, le corriger, l’améliorer. L’idée, c’est de fournir une brique technique fiable et compatible avec les outils de supervision de l’entreprise pour produire de la donnée utile à l’éco-conception. »
      Qu’est-ce que propose concrètement Hubblo aujourd’hui ?

      Benoit : « On accompagne des structures — entreprises, collectivités, hébergeurs — pour leur permettre de faire évoluer leur rapport à la technologie d’un point de vue socio-environnemental, ce qui implique notamment de comprendre leur empreinte environnementale. Pour cela, on développe des outils open source, on contribue à des méthodologies, on produit des données utiles à l’évaluation environnementale, en open-data, et on forme les équipes techniques à les utiliser. Le but, c’est que les gens deviennent autonomes sur ces sujets et soient de plus en plus nombreux à transformer le secteur. »
      Pourquoi est-ce si compliqué aujourd’hui d’accéder à des données fiables sur l’impact du numérique ?

      Benoit : « Il y a une vraie opacité. Les acteurs du cloud et des Datacenters ne donnent que des données globales ou relatives, souvent très orientées communication. Ce manque de transparence rend la comparaison quasi impossible, et empêche de faire des choix éclairés. C’est pour ça qu’on insiste sur la nécessité d’évaluations indépendantes et sur la publication de données ouvertes. Sinon, on ne sortira jamais du greenwashing. La réglementation a bien sûr un rôle central à jouer aujourd’hui et à l’avenir, pour normer et systématiser la transparence. »
      Quel est le rôle du collectif Boavizta dans ce paysage ?

      Benoit : « Boavizta, c’est un collectif qui crée des communs numériques : des bases de données, des outils d’analyse d’impact, des méthodologies. On travaille beaucoup sur l’évaluation environnementale du matériel IT, des datacenters, du cloud, des logiciels… Le collectif regroupe des chercheurs, des ingénieurs, des consultants, des collectivités… L’objectif est que toutes les parties prenantes puissent s’outiller avec les mêmes méthodes et que celles-ci puissent être critiquées, comprises et améliorées. On milite pour une approche ouverte, partagée, rigoureuse. »
      Vous travaillez aussi sur une méthodologie sectorielle avec l’ADEME : la PCR Datacenter & Cloud. Quel est l’objectif ?

      Benoit : « On a contribué à la mise a jour du RCP - Règlement de Catégorie Produit - de l’ADEME, dédiée aux services Cloud et de co-location. L’objectif, c’est d’avoir un cadre reconnu pour évaluer l’impact d’un datacenter ou d’un service cloud, à travers une Analyse de Cycle de Vie (ACV) et des règles d’allocation propres à chaque type de service proposé. Aujourd’hui, chacun fait un peu ce qu’il veut. Si ce RCP devient la norme, une entreprise de services d’hébergement pourra évaluer les impacts de son usage de manière normée, avec des règles communes, en s’appuyant sur les données affichées par le fournisseur. La seconde et dernière version du RCP à date est sur la librairie en ligne de l’ADEME. »
      Quel lien fais-tu entre mesure et transformation ?

      Benoit : « Évaluer, c’est une étape parfois très utile, mais ce n’est qu’un levier. L’enjeu, c’est d’enclencher des transformations profondes : interroger les niveaux de service, se demander si on a vraiment besoin de telle redondance ou de telle disponibilité, mais surtout si l’on souhaite sortir de la seule optimisation et des réductions d’impact à la marge pour entrer dans une démarche réelle de sobriété, questionner le business model, voire entamer sa transformation pour une compatibilité réelle avec les limites planétaires. Dans l’idéal, on commence par là et une fois sur la bonne voie, on optimise pour enlever le superflu. Dans les faits, c’est souvent l’inverse qui a lieu. L’évaluation a un intérêt pour aider la prise de décision stratégique, ou bien à une échelle plus micro pour identifier les optimisations possibles. Ce n’est pas une action positive pour l’environnement en soi. À une échelle plus macro, ça permet de ne pas se faire embrumer par les Big Tech. »
      Quel est ton regard sur l’essor de l’intelligence artificielle dans ce contexte ?

      Benoit : « L’IA, en particulier l’IA générative, vient amplifier tous les travers d’un numérique non soutenable. Ce qui change, ce sont les volumes et la vitesse d’expansion. On parle souvent des impacts environnementaux par inférence ou pour un entraînement d’un modèle particulier, mais c’est une manière pour le secteur de se cacher derrière son petit doigt. Les impacts absolus sont colossaux, la seule consommation d’énergie finale des Datacenters devrait doubler d’ici deux ans et on sait que seule une partie des données sur le sujet sont vraiment disponibles. Google a vu son empreinte carbone prendre 50% sur les 3 dernières années, Microsoft 30% en un an, ce principalement du fait de la construction de nouveaux Datacenters. Et ce ne sont que les impacts que l’on peut évaluer approximativement, la face émergée. Ça ne les empêche pas de se présenter comme les plus “innovants” ou les plus “efficaces” en la matière. Sans parler du fait que les Gafams communiquent principalement sur les émissions liées à l’électricité consommée, tout en comptabilisant les certificats de garantie d’origine qui leur permet d’effacer comptablement les émissions réelles. Le Guardian estime que l’écart entre les émissions annoncées et celles émises si l’on ne compte pas les certificats, est en moyenne une multiplication par 600 entre 2020 et 2023. C’est un jeu de dupes. »
      Quel rôle les politiques publiques pourraient-elles jouer selon toi ?

      Benoit : « Il y a clairement besoin d’un cadre réglementaire plus ambitieux. Des choses se mettent en place, comme la CSRD qui impose un reporting extra-financier, mais c’est encore trop lent côté numérique. Il faut des obligations de transparence (l’Energy Efficiency Directive mise à jour en 2024 en est une prémice), des exigences de données ouvertes et une planification qui prend en compte les conflits d’usage des ressources disponibles. Sans ça, les grandes plateformes continueront à verrouiller l’accès à l’information. Et on restera dans une forme de dépendance technique et politique. »
      Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui veut s’engager ?

      Benoit : « De d’abord actionner tous les leviers évidents qui ne nécessitent pas d’évaluation : augmenter la durée de vie des équipements, identifier les fournisseurs qui peuvent proposer de la location de matériel avec un fort taux de réemploi et de reconditionnement, rejeter l’utilisation systématique des LLMs et privilégier des solutions spécifiques à votre besoin même si ce n’est pas la trend du moment. Actionner le pilier essentiel de l’éco-conception qui consiste à questionner le besoin et l’adéquation entre le réel besoin et la technologie employée. Ensuite, évaluer pour aller plus loin et surtout partager un maximum d’informations pour s’ouvrir la porte de la collaboration avec d’autres acteurs, être le plus transparent possible sur la méthode et les hypothèses des évaluations. Condamner le greenwashing et prendre en compte la dimension systémique et éminemment politique du problème. »
      Pour finir, un ouvrage ou une ressource que tu recommanderais ?

      Benoit : « Oui, un livre que je trouve vraiment éclairant : Aux sources de l’utopie numérique de Fred Turner. Il retrace l’histoire des communautés californiennes des années 60 et montre comment leurs idéaux ont influencé la culture et les infrastructures du numérique actuel, puis comment ces idéaux ont contribué aux modèles économiques que l’on voit chez les entreprises de la Tech aujourd’hui. Ça permet de comprendre que derrière nos outils, il y a des visions du monde — et qu’on gagnerait à les questionner. »

      https://planete-warez.net/topic/7331/interview-de-benoit-petit-on-est-encore-tr%C3%A8s-loin-d-un-num%C3%A9

  • Thirsty Forests and Expansive Droughts: The environmental impacts of data centers in Latin America

    Given the vast resources required to operate data centers today, their environmental impacts have gained increasing attention. As awareness grows, this industry is facing mounting pressure and has begun announcing mitigation strategies aimed at strengthening its environmental and social responsibility. However, are these strategies effectively addressing local environmental impacts and benefiting communities?
    To answer this question, this paper proposes a ‘feral’ approach by weaving ‘feral patches’. That is to elucidate how nonhuman beings are affected by the impacts of large-scale data centers. To do so, we present two Latin American case studies situated in #Quilicura (Chile) and #Queretaro (Mexico). Both sites are emerging as key data center hubs exposing signs of ferality: thirsty forests and expansive droughts. This paper contends that shifting from ‘global’ or ‘planetary’ scales to ‘local’ and ‘patchy’ approaches reveals the contradiction of mitigation strategies to deliver promised benefits. Instead, these compensations are increasingly entangled in the feral effects within the Anthropocene.

    https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/25148486251409055
    #Amérique_latine #data_centers #centres_de_données #sécheresse #eau #forêt #impact_environnemental #ressources #Mexique #Chili

  • Les Jeux olympiques d’hiver sur un terrain glissant

    Utiliser autant de #béton et d’#acier que possible : telle semble être la stratégie de développement durable des Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes italiennes. Les communes de montagne sont particulièrement touchées. Et la cerise sur le gâteau est la construction d’un nouveau #téléphérique sur une pente instable à #Cortina.

    En dépit des réserves d’ordre géologique, la #résistance de la part de la population locale et une étude d’impact négative, un nouveau téléphérique est en train de voir le jour – sur une pente propice aux glissements de terrain. Certaines entreprises de téléphériques n’ont même pas soumissionné pour ce projet de construction problématique, et ce pour une bonne raison : depuis l’été dernier, une fissure de 40 mètres de longueur s’est ouverte à travers la pente. Et jusqu’à récemment, on ne savait toujours pas si le téléphérique serait prêt à temps pour les Jeux olympiques d’hiver.

    Administration forcée au lieu de compatibilité environnementale

    Au départ, la fondation « Milano Cortina 2026 » avait invité différentes organisations environnementales à participer à des discussions afin d’évaluer la compatibilité environnementale de tous les projets de construction. Mais il y a eu une rupture et la fondation a placé les chantiers sous administration forcée : plus de la moitié de ces projets de construction ont été exemptés d’une étude d’#impact sur l’environnement. En réaction à cette procédure opaque, le réseau « #Open_Olympics_2026 » a été créé, regroupant vingt ONG partenaires, dont CIPRA Italie. Selon le réseau, plus de la moitié des 98 projets prévus ne seront finalisés qu’après la fin des Jeux olympiques d’hiver et rentrent dans la catégorie « #héritage » pour la société exploitante. Il s’agit pour la plupart de projets de construction routière. Une enveloppe totale de 3,5 milliards d’euros sera investie, les trois quarts de tous les #chantiers ne seront pas finis dans les délais, certains avec jusqu’à trois ans de retard. Le dernier chantier devrait être achevé en 2033. En revanche, la piste de #bobsleigh controversée de Cortina, d’un coût de 118 millions d’euros, a été construite en un temps record pour éviter que les débats sur son coût de construction ne continuent. Même scénario à #Anterselva, haut lieu du biathlon et du ski de fond du Haut-Adige, où, malgré l’opposition de la population, 2,5 hectares de #forêt ont été défrichés dans une zone de loisir pour créer un #bassin_de_retenue destiné à l’#enneigement des pistes de ski de fond. « Milan-Cortina 2026 illustre le grand fossé entre les exigences et la réalité lors des Jeux olympiques d’hiver. Au lieu d’un développement durable, seule l’industrie du bâtiment et les travaux publics en profitent au détriment des populations locales, de l’environnement et de la nature sur place. N’oublions pas que les Alpes sont un habitat sensible et non un terrain de jeux pour les intérêts à court terme », dit Jakob Dietachmair, directeur de CIPRA International. Dans sa nouvelle prise de position, la CIPRA demande des réformes approfondies au Comité international olympique (CIO) et aux pays qui les accueillent.

    https://www.cipra.org/fr/nouveautes/les-jeux-olympiques-dhiver-sur-un-terrain-glissant

    #JO2026 #Milano-Cortina #jeux_olympiques #Italie

  • Comment l’#IA dévore la planète

    L’incroyable essor de l’intelligence artificielle, technologie particulièrement vorace en énergie, en eau et en terres rares, interroge à l’heure où les géants du secteur sont lancés dans une course au gigantisme.

    Derrière les réponses presque magiques de ChatGPT, les vidéos imaginaires sans limites de Sora ou les images synthétiques bluffantes de Grok ou Gemini, l’intelligence artificielle (IA) a une empreinte bien réelle sur le monde. Dans une industrie du numérique énergivore, cette technologie se distingue par l’intensité de la puissance de calcul qu’elle nécessite pour chaque requête. Cela se reflète dans l’explosion inédite des investissements des géants de l’IA dans les data centers : 620 milliards de dollars (529 milliards d’euros) en 2026, selon la banque Morgan Stanley, soit déjà près de quatre fois plus qu’en 2023.
    Cette course au gigantisme – Meta a ainsi un projet de data center grand comme la moitié de l’île de Manhattan et puissant comme cinq réacteurs nucléaires – a de nombreux impacts tout au long de la chaîne de valeur de l’IA.
    Cette absorption de ressources fait craindre des pénuries ou des conflits d’usage locaux avec d’autres besoins essentiels tels que l’agriculture, l’électrification des transports ou de l’industrie. L’IA doit-elle donc être développée à tout prix ? Il convient de la piloter « avec sobriété », en choisissant « le juste niveau de technologie au service d’un besoin réel », met en garde l’Agence de la transition écologique (Ademe) dans une étude publiée début novembre. Et le 8 décembre, plus de 230 ONG ont demandé un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données aux Etats-Unis.

    Pour évaluer l’impact sur la planète de ces cartes,des chercheurs ont démantelé et broyé l’une des plus utilisées au monde, la Nvidia A100. Ils y ont trouvé plus d’une vingtaine de métaux différents, dont des terres rares.

    L’essor de l’IA donne un coup de fouet à l’industrie des semi-conducteurs, qui pourrait doubler en cinq ans. Le marché des GPU et autres puces destinées à l’IA domine la croissance et devrait dépasser les 280 milliards de dollars d’ici à 2029.

    Or, ce secteur est gourmand en eau, énergie, métaux et produits chimiques. Et ce alors que, pour augmenter la puissance de calcul, les éléments de base doivent être de plus en plus petits, et donc de plus en plus purs, ce qui nécessite l’utilisation de toujours plus de produits toxiques.

    Dans les usines du taïwanais TSMC, plus important industriel du secteur, la production d’un seul « wafer » de 12 pouces, où sont gravées les puces, requiert plus de 7 000 litres d’eau. Le groupe – qui indique recycler 88 % de l’eau qu’il utilise – en fabrique l’équivalent de 16 millions par an.

    Artificialisation des sols
    L’expansion de l’IA nourrit une croissance inédite des dépenses dans les data centers : les géants du secteur, d’OpenAI à Meta, en passant par Google, Amazon ou Microsoft, vont investir 470 milliards de dollars dans ces infrastructures en 2025 et même 620 milliards en 2026, selon la banque Morgan Stanley. Soit près de quatre fois plus qu’en 2023.

    Il n’existe pas de recensement mondial du nombre de kilomètres carrés aujourd’hui occupés par les data centers. Mais, aux Etats-Unis, les montants investis dans la construction de ces infrastructures sont sur le point de dépasser ceux des bureaux traditionnels.

    Et d’immenses chantiers ont été lancés : Stargate, d’OpenAI, situé dans la petite ville d’Abilene, au Texas, comptera huit bâtiments sur une zone de près de 4,5 kilomètres carrés – plus vaste que Central Park à New York. Le patron de Meta, Mark Zuckerberg, a annoncé que le méga data center Hyperion, prévu en Louisiane, pourrait couvrir l’équivalent d’« une partie importante de la superficie de Manhattan ».

    En France, le gouvernement a annoncé avoir identifié 35 sites « favorables » à l’installation de centres de données pour un total de 12 km² – soit 1 680 terrains de foot.

    Consommation d’électricité
    Cette course au gigantisme s’illustre par leur puissance électrique exponentielle. Les plus gros sites en construction prévoient désormais d’égaler ou de dépasser une capacité électrique de 1 gigawatt (GW). Soit environ l’équivalent de la puissance d’un réacteur nucléaire.
    Et les objectifs sont encore plus démesurés : xAI sera « le premier à mettre en fonctionnement 10 GW, 100 GW, 1 TW [térawatt]… », a affirmé sur X Elon Musk, en septembre.

    L’augmentation de la puissance installée des data centers devrait en conséquence faire bondir leur consommation électrique annuelle liée à leur utilisation. Celle-ci pourrait tripler d’ici à 2030.

    Pour le moment, l’électricité alimentant les data centers ne représente qu’environ 1,5 % de la consommation mondiale, selon l’AIE. Mais aux Etats-Unis, cette part pourrait passer de 4,4 % à entre 7 % et 12 % en 2028, selon le ministère de l’énergie américain. En Europe, les data centers pourraient peser 7,5 % de la consommation électrique d’ici à 2035, contre 2,5 % aujourd’hui, selon le Shift Project, le cercle de réflexion présidé par Jean-Marc Jancovici.

    Consommation d’eau
    L’IA n’est pas seulement vorace en énergie, elle est aussi insatiable en eau. En 2023, les prélèvements associés aux centres de données auraient déjà dépassé les 5 000 milliards de litres, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Soit l’équivalent de toute l’eau potable puisée en France en une année.

    Une partie de cette eau est recyclée, c’est pourquoi la part réellement consommée – notamment en raison de l’évaporation – représente environ 560 milliards de litres.

    A l’avenir, l’AIE s’attend à ce que la consommation d’eau associée aux centres de données soit multipliée par deux d’ici à 2030, pour atteindre environ 1 200 milliards de litres par an.
    Les conséquences d’un même prélèvement sur les nappes et les rivières varient selon les territoires. A titre d’exemple, 14 % de l’eau utilisée par Google viennent de zones à risque « élevé » de pénurie, selon les documents de l’entreprise.

    Emissions de CO2
    Aujourd’hui, l’électricité des data centers provient pour plus de la moitié d’énergie carbonée.

    La croissance des émissions de gaz à effet de serre des data centers devrait doubler, voire tripler, selon les scénarios établis par le Shift Project.

    Les data centers, dont une partie sert à l’IA, émettent plus de gaz à effet de serre que la France : 369 millions de tonnes en équivalent CO₂, en 2024, selon le ministère de la transition écologique.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/26/comment-l-ia-devore-la-planete_6659449_3234.html
    #AI #visualisation #statistiques #extractivisme #eau #énergie #terres_rares #ChatGPT #Sora #Gemini #Grok #empreinte #puissance_de_calcul #data_centers #centres_de_données #investissements #Meta #ressources #conflits #pénurie #extractivisme #mines #cartes_graphiques #GPU #graphics_processing_unit #serveurs #impact #Nvidia_A100 #métaux #semi-conducteurs #puces #produits_chimiques #toxicité #TSMC #wafer #artificialisation_des_sols #OpenAI #Google #Amazon #Microsoft #chiffres #statistiques #Stargate #Abilene #Texas #Hyperion #France #CO2 #gaz_à_effet_de_serre #infographie

  • Prima e dopo Milano Cortina. L’impatto delle opere visto dall’alto, da Cortina a Livigno

    La “#legacy” dei Giochi invernali è fatta di cemento, sbancamenti e alberi tagliati. In collaborazione con PlaceMarks, Altreconomia aggiorna il progetto “L’impronta olimpica” (febbraio 2025) e attraverso scatti satellitari mostra la situazione impressionante nel #Cadore, in #Valtellina, in #Alto_Adige e anche a Milano. Le fotografie dei cantieri (integralmente a spese del pubblico) spazzano via la retorica del “grande evento sostenibile”

    https://altreconomia.it/impronta-olimpica-2026
    #JO #jeux_olympiques #JO_2026 #Milano-Cortina #Livigno #Cortina #Italie #impact #images_satellitaires #empreinte #images #Alpes #montagne

  • Le #trail : un phénomène de masse devenu un désastre écologique

    Ces dernières années, le trail s’est imposé comme un phénomène de masse : épreuves à travers le monde, millions d’adeptes, images marketing qui célèbrent la nature. Mais derrière ce paysage, des études alertent sur cette pratique en plein essor, notamment son #industrialisation menant à des grands événements internationaux comme l’#UTMB, et générant des impacts écologiques mesurables.

    Dans un contexte où le nombre de trails organisés en France a augmenté de 11 % entre 2023 et 2025, selon la Fédération, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) est devenu l’emblème du trail moderne avec ses milliers d’inscrits, sa couverture médiatique mondiale et son tourisme conséquent pour #Chamonix et les vallées voisines.

    Mais c’est sans compter son coût environnemental, comparable à celui d’un Grand Prix de Formule 1 : 18600 tonnes de CO² en 2024, d’après l’étude réalisée par le cabinet Utopies. Un #impact considérable lié aux transports des coureurs et du public, constituant plus de 80 % des émissions liées à l’événement, que les organisateurs reconnaissent eux-mêmes.

    Ces chiffres soulignent un problème plus global : la #massification du trail qui se nourrit d’un tourisme vacances – compétitions, poussant les pratiquants à parcourir des milliers de kilomètres pour participer à des courses.

    Les pressions locales peuvent également compromettre la capacité des écosystèmes à absorber l’impact. Derrière l’image d’un sport en communion avec la nature, le trail laisse une #empreinte bien réelle sur les milieux. Érosion des sentiers, dégradation de la végétation alpine, perturbation de la faune sauvage : plusieurs études montrent que les passages répétés de coureurs modifient durablement les sols, et que les chamois, marmottes, oiseaux, fuient parfois jusqu’à plusieurs centaines de mètres, modifiant les comportements de reproduction ou d’alimentation.

    L’effet touristique ne se limite pas au #bilan_carbone des déplacements : la #montagne étouffe et certains villages et territoires éloignés peuvent souffrir d’une surfréquentation saisonnière (infrastructures, déchets, pression sur l’eau et hébergements).

    https://www.faunesauvage.fr/sinformer/sinformer-articles/le-trail-un-phenomene-de-masse-devenu-un-desastre-ecologique
    #sport #tourisme #écologie #Alpes #course_à_pied

  • Retrouver les enfants congolais non-vaccinés : des acteurs de tout le pays lancent le premier Accélérateur zéro-dose pour renforcer la mise en oeuvre et le suivi
    https://redasadki.me/2025/11/14/retrouver-les-enfants-congolais-non-vaccines-des-acteurs-de-tout-le-pays-l

    « Si je réussis mon projet de terrain, je m’attends à avoir au moins vacciné 345 enfants ». Cet engagement n’a pas été pris par un ministre dans la capitale, mais par Jérémie Mpata Lumpungu, infirmier titulaire dans la province du Kasaï. Il n’était pas seul. Lundi 10 novembre 2025, un appel a résonné à travers la #République_démocratique_du_Congo. Depuis Kinshasa, le Dr Josaphat-Francois WETSHIKOY, épidémiologiste, a détaillé son objectif pour les 21 prochains jours : « récupérer 30 % des enfants » non vaccinés dans sa zone cible de 230 000. Barthélemy Daké Saoromou, préparant une stratégie mobile, vise « plus de 500 enfants zéro dose ». Cette détermination palpable, venue de praticiens de tout le pays, a marqué le lancement de l’« Accélérateur d’impact zéro-dose ». Il ne s’agit pas d’une formation ou d’un atelier de plus. (...)

    #Global_health #enfants_zéro-dose #équité #francophone #global_health #Impact_Accelerator #La_Fondation_Apprendre_Genève #peer_learning #RDC #The_Geneva_Learning_Foundation #UNICEF #vaccination

  • Vers des #collectivités libres

    Les collectivités et administrations diverses sont-elles définitivement soumises aux desiderata de #Microsoft ? Une dynamique s’enclenche pour basculer vers le libre, avec à la clé une #souveraineté retrouvée, de substantielles économies et un #impact_écologique largement amoindri.

    Pour des collectivités ou des administrations, la facturation des mises à jour de sécurité de Windows peut avoir des conséquences économiques lourdes. Microsoft, en effet, n’y va pas avec le dos de la souris : la firme entend les faire payer 53 euros par poste la première année, tout en prévenant que le prix doublerait à chaque année supplémentaire. Étudions un cas au hasard : prenons une petite ville… disons en Isère… au pif, #Echirolles. Cette municipalité de 38 000 habitants, située au sud de Grenoble, s’appuie sur un parc d’environ 1 500 ordinateurs. Mettre à jour toutes ses machines lui coûterait environ 80 000 euros la première année – sans compter les bouzins trop anciens pour supporter #Windows_11 et qu’il faudrait donc renouveler. Les prix doublant année après année, elle aura déboursé plus d’un demi-million d’euros au bout de trois ans, uniquement pour ces mises à jour. Juste parce que des petits génies du service commercial de Microsoft ont eu l’idée de faire payer ce qui était gratuit jusque-là.

    Panique sur l’Hôtel de ville échirollois ? Au contraire, calme olympien ! « Nous ne paierons aucune mise à jour », nous certifie, voix paisible, presque amusée, le directeur de la stratégie et de la culture numériques de la commune, Nicolas Vivant. Avouons-le maintenant, nous n’avons pas du tout choisi Échirolles par hasard : c’est l’une des communes françaises les plus en pointe dans le passage à #Linux et au #logiciel_libre. Une transition démarrée en 2021 avec l’adoption, à l’unanimité du conseil municipal, du schéma directeur « Échirolles numérique libre », établissant une ligne directrice jusqu’aux prochaines municipales de 2026.

    Logiciels libres et services publics

    Comme son nom l’indique, ce document acte notamment la volonté de s’orienter vers du logiciel libre. Moins, d’ailleurs, par souci économique que pour être en cohérence avec les #valeurs défendues par le conseil municipal de cette mairie historiquement communiste. « C’est sûr que si on veut être cohérents, il vaut mieux éviter de donner notre argent à une multinationale américaine », s’amuse Nicolas Vivant. Le document adopté observe : « Travail collaboratif au service de toutes et tous, transparence, une recherche de profit qui, quand elle existe, n’est que secondaire et orientée vers la réussite d’un projet commun… Les valeurs liées aux logiciels libres sont proches de celles du service public ». En outre, ces logiciels « sont et seront l’une des garanties de notre souveraineté numérique et d’une utilisation raisonnée des ressources informatiques ». Quatre ans plus tard, la manœuvre de Microsoft rend malgré elle hommage à la clairvoyance de ces élu·es… La volonté politique étant clairement établie, il restait à la traduire en actes. Basculer du jour au lendemain sur du libre, un particulier peut le faire, pas une collectivité. « On a commencé par travailler sur tout ce qui était invisible par les utilisateurs, par exemple tout ce qui est serveurs de fichiers, précise Nicolas Vivant. Que ces serveurs tournent avec Windows ou Linux, tout le monde s’en fout, pourvu que les fichiers soient accessibles et permettent de travailler en équipe. » La messagerie, l’intranet, la visioconférence… Toute l’infrastructure fonctionne désormais grâce à des logiciels libres.

    « J’ai une visibilité »

    Les choses deviennent un peu plus sensibles lorsqu’il s’agit de toucher aux ordinateurs des agents. Il y a souvent des peurs qu’il faut lever, un certain confort à utiliser des logiciels qu’on connaît déjà. Ce n’est pas pour rien que Microsoft biberonne la planète avec ses logiciels, allant jusqu’à les offrir à l’Éducation nationale ou à des organismes de formation. « On est sur une démarche de migration qui est lente, progressive, pragmatique », indique Nicolas Vivant, l’idée générale étant de basculer d’abord tous les logiciels sur du libre, afin qu’au final, le passage de Windows à Linux soit totalement indolore. Le changement du système d’exploitation est donc la dernière étape du processus. 6 % des postes ont déjà franchi la ligne, avec l’objectif de multiplier ce chiffre par trois dans les deux prochaines années.

    Le chemin vers la liberté est long, mais porte rapidement ses fruits : sur un budget informatique d’un million d’euros, l’utilisation massive de logiciels libres permet déjà à Échirolles d’économiser environ 350 000 euros par an ! « Et j’ai une visibilité sur le budget des années à venir, car je ne suis pas à la merci des décisions de Microsoft », ajoute Nicolas Vivant.
Pour Bertrand Maes, adjoint en charge du numérique à la mairie de Lyon, elle aussi engagée dans une migration vers le libre, ces économies ne doivent pas constituer une fin en soi. « Le temps de faire la bascule, on a décidé de ne pas lésiner sur l’accompagnement des agents. Car si le changement se fait mal, que les agents se sentent mal accompagnés, ça peut vite générer de la grogne et inciter les politiques suivants à revenir en arrière. »
    La roue de la croissance infinie…

    Dans cette municipalité dirigée par un maire EELV, « deux des grands axes que nous nous sommes fixés en matière de numérique sont la sobriété et la souveraineté. La façon de cocher ces deux cases, c’est d’aller vers du logiciel libre », exprime Bertrand Maes. Car le libre, et in fine Linux, permet aussi d’allonger considérablement la durée de vie des ordinateurs. Windows réclame en effet de plus en plus d’espace et de puissance, et finit par saturer la machine. Linux est nettement plus sobre. « Derrière Microsoft, il y a aussi les fournisseurs de processeurs, de cartes graphiques, les Intel, Invidia, etc, qui ont besoin d’énormes capacités d’investissements, donc de vendre beaucoup de puces et de processeurs. Ils poussent à faire des logiciels plus gourmands », et c’est la roue de la croissance infinie et de la catastrophe environnementale qui continue de tourner, observe Bertrand Maes.

    Cette roue qui mènera immanquablement à Windows 12, lequel sera certainement encore plus gourmand que son prédécesseur. L’arrivée de l’intelligence artificielle pourrait marquer un nouveau bond des capacités requises et donc rendre encore plus d’ordinateurs obsolètes… Selon l’élu lyonnais, on se trouve donc « à un moment où les choix des collectivités vont être particulièrement engageants. Par exemple au moment de renouveler du matériel : est-ce qu’il faut dès maintenant prévoir des ordinateurs très puissants qui pourront peut-être supporter Windows 12, ou rompre avec cette logique du toujours plus ? »

    https://lagedefaire-lejournal.fr/vers-des-collectivites-libres
    #collectivités_territoriales

    –-

    ajouté à la Métaliste sur les institutions et municipalités qui claquent les portes à #Microsoft :
    https://seenthis.net/messages/1143366

  • Les étrangers abusent-ils de la #Sécu ?

    L’extrême droite accuse sans relâche les immigrés de profiter des largesses de notre protection sociale, ce qui plomberait les comptes sociaux. Un fantasme pourtant infondé, comme le démontrent les études sur le sujet.

    C’est une ritournelle xénophobe devenue obsessionnelle : les immigrés ne viendraient en France que pour « #profiter_du_système », ou encore faire du « #tourisme_médical », en se faisant soigner leurs pathologies aux frais de la princesse – sous-entendu avec les impôts des « vrais Français ».

    Une petite musique lancinante qui justifie notamment la remise en cause, contre toutes les préconisations de santé publique, de l’#aide_médicale_d’Etat (#AME), accordée aux personnes en situation irrégulière. Des décrets visant à durcir les conditions d’obtention de l’aide (présentation d’un document d’identité avec photo, prise en compte des ressources du conjoint, durée minimum de présence sur le territoire pour accéder à certains soins...) étaient quasiment prêts à être publié début septembre, mais le processus a été stoppé net par la chute du gouvernement Bayrou.

    Et au cours de son premier bref mandat à Matignon, Sébastien Lecornu a trouvé le temps de laisser entendre, tout en défendant le dispositif, que des « évolutions » étaient envisageables afin de mieux lutter contre la #fraude. Rien n’exclut donc que le sujet trouve toute sa place dans la discussion du budget 2026 – si celle-ci finit par avoir bien lieu.

    Et pourtant, toutes les recherches ayant essayé de déterminer « le #coût_de_l’immigration » aboutissent à une conclusion presque unanime : le solde de leur contribution budgétaire (prélèvements - prestations) est dans certains cas légèrement positif, parfois légèrement négatif, mais globalement l’#impact_financier des immigrés sur les #finances_publiques, et plus spécifiquement sur la #protection_sociale, est très faible.

    La population immigrée participe largement au financement des dépenses

    L’une des raisons pour lesquelles ils « coûtent » si peu, c’est leur profil d’âge : en France comme ailleurs, la population immigrée est très majoritairement d’âge actif. Elle participe donc largement au financement des #dépenses_publiques, via les #cotisations_sociales prélevées sur les salaires, l’acquittement de l’#impôt_sur_le_revenu, la #TVA

    Inversement on trouve au sein de cette population relativement peu de jeunes, et de seniors en âge de prendre leur retraite, ce qui fait autant de dépenses d’éducation et de pensions que le pays d’accueil n’a pas à verser.

    Par ailleurs, comme le soulignait en 2021 l’OCDE (https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-des-migrations-internationales-2021_da2bbd99-fr.html) dans une étude comparative sur l’impact budgétaire de l’immigration, « les immigrés font généralement l’objet d’une sélection positive et ont donc tendance à être en meilleure santé que la population moyenne », ce qui fait qu’ils ont moins recours aux prestations de #santé. Recours encore amoindri par la méconnaissance de leurs droits, les complexités administratives, les barrières linguistiques et autres obstacles qui peuvent les conduire à renoncer à certains soins.

    Ils sont en revanche plus souvent que les natifs bénéficiaires de prestations sociales telles que les allocations liées au chômage, à la famille ou au logement. Mais cela n’est pas tant dû au fait qu’ils sont immigrés qu’au fait… qu’ils ont – en moyenne – un niveau de vie plus faible que les natifs. Les personnes nées à l’étranger, on le sait, sont surreprésentées dans certains métiers difficiles et faiblement rémunérés. Elles subissent par ailleurs des #discriminations à l’embauche largement attestées.

    « Les personnes immigrées sont davantage exposées à la #pauvreté : leur #taux_de_pauvreté est de 30,6 %, soit 17,9 points de plus que celui des personnes non immigrées. Si les immigrés représentent 10 % de la population française, ils représentent 21 % des personnes pauvres » indique ainsi l’Insee à partir de données portant sur l’année 2021 (la dernière disponible).

    Ni un gouffre, ni une manne

    C’est pourquoi les allocations chômage et les prestations sociales représentent une part plus importante de leurs revenus (respectivement 4,4 % et 11,1 %, contre 2,8 % et 5,6 % pour les natifs, données 2021).

    Et si l’on fait le bilan de toutes les prestations reçues par les immigrés, et qu’on le compare à celles que perçoivent les natifs, on voit qu’en France comme dans quasiment tous les pays de l’OCDE cette comparaison tourne à l’avantage des seconds. L’ampleur de cet écart est cependant très variable ; en France, il reste relativement réduit par rapport à celui observé dans des pays voisins.

    « Le fait que l’#impact_budgétaire global des immigrés reste systématiquement faible et suive des tendances similaires à celui de la population globale, remet en question la pertinence de l’analyse de leur situation budgétaire pour évaluer l’efficacité des politiques migratoires », concluait l’OCDE au terme de son étude... longue de 30 pages.

    Paradoxe ? Il est en tout cas certain que l’agitation récurrente autour de ces idées dans l’espace public tranche avec le consensus dépassionné des chercheurs spécialistes du sujet. Tous les travaux existant convergent en effet vers la même conclusion plate, que l’on rabâchera ici encore une fois : en matière de protection sociale, les immigrés ne sont ni un gouffre ni une manne, ni un problème ni une solution miracle aux problèmes de financement.

    https://www.alternatives-economiques.fr/etrangers-abusent-de-secu/00116216
    #abus #profit #idées_reçues #économie #statistiques #chiffres

    ping @karine4

    –-

    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

  • L’envers de la tech. Ce que le #numérique fait au monde

    « L’#industrie_technologique a opéré le tour de magie le plus réussi à ce jour : faire croire qu’Internet est #dématérialisé, que le numérique n’est qu’un agent de #fluidification des échanges de services et de marchandises via le #cloud. C’est pourtant méconnaître le cycle de l’#eau que considérer comme nul l’impact des nuages sur le #sol qu’ils ombragent, les #terres qu’ils arrosent, l’#électricité qu’ils amassent puis déchargent dans l’#air. »

    À l’heure de l’explosion de l’#intelligence_artificielle, les paradoxes environnementaux et sociétaux du numérique sont de plus en plus visibles : là où les géants de la tech assurent œuvrer pour le bien commun, les effets de leurs activités sur la planète, les #écosystèmes, mais aussi sur les #liens_sociaux et la #démocratie elle-même montrent qu’ils amplifient en réalité les #risques – naturels autant que politiques – auxquels nous sommes confronté·es aujourd’hui. Pour dénoncer cette propension à extraire et à exploiter le vivant, Mathilde Saliou propose de se placer à l’intersection des dynamiques numériques, écologiques et de #justice_sociale. Par cette enquête au cœur de la tech, elle nous invite à repenser notre rapport au #progrès et à façonner collectivement, plutôt qu’un monde augmenté, une #société_durable.

    https://editionslesperegrines.fr/fr/books/lenvers-de-la-tech
    #technologie #impact #environnement #exploitation #extractivisme

  • Les JO de #Paris 2024, le grand #mensonge économique

    La #Cour_des_comptes a publié un #rapport définitif sur le coût et l’#impact_économique des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Et c’est peu dire que le #bilan est peu reluisant… contrairement à ce qui avait été promis.

    L’effervescence populaire créée par les Jeux olympiques et paralympiques (#JOP) de Paris 2024 étant passée, il est temps de faire les (vrais) comptes de l’événement. Hélas, force est de constater que l’impact économique et financier des JOP de Paris 2024 est largement insuffisant.

    Dans un rapport (https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-09/20240929-rapport-JOP-2024_0.pdf) publié lundi 29 septembre 2025, la Cour des comptes remet sérieusement en cause le narratif idyllique autour des #retombées de l’événement, savamment entretenu par l’Élysée et le comité d’organisation de Paris 2024 pour le faire accepter à toutes et tous.

    D’abord, les magistrat·es de la rue Cambon expliquent que le coût des JOP de Paris 2024 pour les #finances_publiques aura in fine été de 6,6 milliards d’euros – 3,02 milliards pour l’organisation et 3,63 milliards pour les infrastructures –, soit 3,3 fois plus que le coût initialement prévu. Mais, surtout, son impact sur la #croissance_économique aura été « limité », à seulement 0,07 point de PIB (produit intérieur brut).

    Une activité trop faible pour générer des #recettes_fiscales. Ainsi, à partir de l’estimation de la #TVA pour l’année 2024, rappelle la Cour des comptes, la Direction générale des finances publiques a constaté que « l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris ne semble pas avoir particulièrement stimulé les recettes de TVA, pas même pendant la période restreinte des Jeux ».

    En annexe du rapport de la Cour des comptes, on peut même lire que les JOP de Paris 2024 sont, à ce stade, un #gouffre_financier : au 30 juin 2025, « les revenus directs produits par les Jeux » ne couvraient que « 40,6 % du montant total des dépenses d’organisation et d’infrastructures », secteurs publics et privés confondus. Clairement, le compte n’y est pas.

    Le patron de Paris 2024, #Tony_Estanguet, expliquait pourtant peu avant l’événement que l’un des principaux succès des JOP serait de « réussir à créer un impact d’un point de vue économique ». Le président de la République Emmanuel Macron s’était même risqué de son côté à dire que « les #investissements [pour les JOP de Paris 2024] [allaient] être rentables car ils ser[aient] pérennisés, [ayant] généré de l’activité ».

    Il évoquait aussi quelques semaines avant le début de l’évènement le chiffre de « 2 milliards [de dépenses de l’État] qui ont généré plus de 6 milliards d’activité ». « On a fait travailler 2 000 entreprises, on a créé de l’emploi, on a permis à des jeunes de s’insérer par l’emploi », avait-il encore avancé.

    Étude bancale

    Pour étayer leurs dires, les promoteurs des JOP de Paris 2024 s’appuyaient principalement sur une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, financée par le comité de candidature Paris 2024, sur les retombées pour l’économie de l’Île-de-France.

    Celle-ci montrait qu’en additionnant les estimations des effets de la construction, de l’organisation et du tourisme, les retombées économiques des JOP de Paris 2024 se chiffreraient à 9 milliards d’euros selon un scénario central.

    Las, le rapport de la Cour des comptes estime, à mots à peine couverts, que cette étude était en fait très peu crédible, au motif d’une part qu’elle a été financée par le comité d’organisation de l’événement, et d’autre part qu’elle a retenu pour avancer ces chiffres une méthode – la même que tous les autres comités d’organisation de grands événements sportifs – qui favorise des résultats « exagérément optimistes ».

    Trivialement, la méthodologie habituellement utilisée par les comités d’organisation pour vanter les Jeux olympiques et autres Coupes du monde de football ne prend pas en compte les ajustements comportementaux des agents économiques lors de la tenue des compétitions.

    Or, pour Paris 2024, les effets comportementaux ont été importants. L’Insee a ainsi constaté que les évolutions annuelles des dépenses en services de transport, en hébergement et restauration au troisième trimestre 2024 ont été comparables à celles de 2023, voire un peu moins fortes, « ce qui peut suggérer un effet de substitution avec des dépenses qui auraient eu lieu sans les Jeux ».

    L’Insee a notamment réajusté à la baisse de 0,1 point de PIB l’impact des JOP sur la croissance en décembre 2024 du fait d’effets d’éviction auprès des touristes habituels, qui « s’observent dans le recul de la fréquentation touristique en 2024, malgré les Jeux ».

    En somme, avec la tenue des JOP de 2024, Paris s’est privé d’une saison touristique estivale. Celle-ci ayant été marquée « par une baisse significative du nombre de nuitées, à la fois pour les visiteurs résidents et non résidents ». En fait, « compte tenu de la forte attractivité touristique de Paris, indépendamment de la tenue des Jeux, une partie des visiteurs habituels semble avoir évité la capitale durant l’événement », écrit la Cour des comptes.

    Un autre exemple concret : entre juillet et septembre 2024, « la fréquentation des musées du Louvre et d’Orsay, du Quai Branly et du Centre Pompidou a baissé de 16 % par rapport à la même période en 2023 ». Par conséquent, « le ministère de la culture estime l’impact financier global pour 24 établissements à 34,9 millions d’euros ».

    Outre les impacts nuls sur le #tourisme, l’organisation des Jeux s’est aussi traduite par « des perturbations des activités des résidents et des acteurs économiques dans les zones accueillant des compétitions et des cérémonies ». En effet, « pour certains acteurs, les mesures de restriction de circulation et d’accès à certaines zones ont eu des conséquences directes sur leur activité ».

    La Confédération des commerçants de France avait notamment publié un communiqué s’alarmant de la baisse de la fréquentation à cause de la tenue des JOP. Au point qu’en juin 2024, une commission d’indemnisation des préjudices économiques subis par les acteurs économiques a été créée.

    Ainsi, conclut la Cour des comptes, « les retombées économiques indirectes durant l’année 2024 apparaissent faibles, voire négatives, en raison notamment des effets d’éviction auprès des touristes habituels ».

    Un #échec prévisible

    À ce stade, un argument des défenseurs des JOP 2024 pourrait être de dire que les retombées économiques arriveront lors des prochaines années, particulièrement en ce qui concerne l’exploitation des infrastructures construites ou rénovées.

    Mais, dans son rapport, la Cour des comptes coupe l’herbe sous le pied des plus optimistes : « Bien qu’un impact significatif sur l’activité lié à l’utilisation de ces équipements ne puisse être exclu, il apparaît peu probable que leur exploitation produise des rendements économiques positifs. »

    Pour étayer son scepticisme, la Cour des comptes s’appuie sur des études sur les grands événements sportifs internationaux passés. Celles-ci montrent que les bénéfices économiques ne sont observés que lorsque ces événements étaient organisés dans les pays émergents – les Coupes du monde de football de 2002 en Corée du Sud et de 2010 en Afrique du Sud. Ce qui suggère, du reste, que le faible impact économique des JOP de Paris 2024 aurait pu être largement anticipé.

    Pourquoi de telles conclusions ? Parce que l’effet global de ces grands événements sportifs sur l’économie « dépend également de la situation générale de l’économie, notamment du degré d’utilisation des capacités de production ».

    La Cour précise : « Si celles-ci sont sous-utilisées en raison de l’insuffisance de la demande, l’organisation d’un grand événement, en augmentant la demande, peut stimuler l’économie sans augmenter les prix. À l’inverse, lorsque les capacités de production sont déjà pleinement utilisées, l’organisation de l’événement risque de se traduire par des tensions sur les prix sans augmenter d’une manière significative l’activité globale. »

    Ainsi, dans une économie mature comme la France, a fortiori celle de l’Île-de-France, où des secteurs comme le tourisme ou la construction étaient déjà au taquet, il est peu surprenant de voir l’économie sous-performer du fait de la tenue d’une compétition comme les JOP de 2024.

    Plus gênant en cette période de vache maigre budgétaire, l’événement a eu des conséquences néfastes sur les finances publiques car celles « engagées pour l’organisation des Jeux auraient pu être allouées à d’autres priorités économiques ou sociales, ou elles auraient aussi pu être économisées, pour limiter le creusement du déficit public, laissant ainsi une marge de manœuvre budgétaire pour des dépenses futures », estime la Cour des comptes.

    Un constat à avoir en tête alors que se profile un nouvel événement sportif de portée mondiale en France : les Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises.

    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/300925/les-jo-de-paris-2024-le-grand-mensonge-economique
    #jeux_olympiques #JO2024 #économie

  • #Finances_publiques : où est passé l’argent ?

    Les visages changent, les mêmes #mensonges restent : cette semaine, le ministre de l’Economie Eric Lombard a annoncé que l’Etat devait trouver de toute urgence « 40 à 50 milliards d’euros » (pour la précision, on repassera) pour freiner le #déficit_public. Ce chiffre sorti du chapeau et annoncé dans l’urgence, relayé par #François_Bayrou qui compare l’#endettement de la France à une dette de 50 000 euros par citoyen, alors que les deux n’ont techniquement rien à voir est devenu un classique de la propagande bourgeoise au XXIe siècle mais se base sur un fait réel : le niveau de #dépenses de l’État est considérable mais nous n’en voyons pas la couleur. Tous ces gens aux commandes du pays depuis trente ans s’accusent mutuellement des déficits publics, s’en déresponsabilisent et surtout les exagèrent pour alimenter leurs #politiques_antisociales. Mais ce coup-ci, les faits sont là : de l’argent a été massivement dépensé durant sept ans, creusant considérablement la #dette_publique. Or, cet argent n’a pas servi à améliorer nos conditions de vie, par exemple via des #services_publics de qualité. Au contraire, ces derniers se sont considérablement dégradés. Alors où est passé l’argent ? Puisque le journalisme mainstream a la mémoire courte, retour chronologique sur les principaux vols commis par le #macronisme en sept ans, pendant lesquels l’argent est passé de nos poches à celles des possédants.

    2017 : tout juste arrivé au pouvoir, Macron réduit considérablement nos #recettes_fiscales… pour rien

    Un #budget, tout le monde le vit au quotidien, est composé de recettes et de dépenses. Macron a réduit les premières et a considérablement augmenté les secondes, tout en rognant celles dont on avait le plus besoin. À l’automne 2017, le premier budget voté par la majorité macroniste, alors écrasante, a comporté une #réforme_fiscale d’ampleur :

    – Suppression de la partie financière de l’#impôt_de_solidarité_sur_la_fortune (#ISF), transformé en #impôt_sur_la_fortune_immobilière (#IFI). Cette mesure fait perdre chaque année 4 milliards d’euros aux contribuables. Son rétablissement a été demandé, en vain, par les Gilets jaunes.

    – Mise en place d’un #prélèvement_forfaitaire_unique à 30% (ou #flat_tax) qui est venu réduire considérablement l’#imposition_du_capital. En effet, les plus riches étaient taxés de façon bien supérieure (jusqu’à 45%) et désormais tout le monde paye le même taux sur ses #dividendes, plus-values de cession de valeurs mobilières, l’#assurance-vie… Comment s’étonner dès lors que selon le ministère des #Finances, 44% de cette baisse ait profité aux 1% les plus riches ?

    Au total, la suppression de l’ISF et la mise en place de la flat tax rapportent 1,5 million d’euros par an à chacun des cent foyers les plus riches, toujours selon Bercy.

    Oui mais l’objectif était de pousser les riches à investir dans notre économie en les libérant du fardeau de nos impôts, non ? Objectif complètement raté, alors. #France_Stratégie, organisme gouvernemental rattaché au Premier ministre, a publié son rapport sur l’effet de ces deux mesures il y a un peu plus d’un mois : l’effet est nul. “L’observation des grandes variables économiques – croissance, investissement, flux de placements financiers des ménages, etc. – avant et après les réformes ne suffit pas pour conclure sur l’effet réel de ces #réformes”, estime le rapport. “Il ne sera pas possible d’estimer par ce seul moyen si la suppression de l’ISF a permis une réorientation de l’#épargne des contribuables concernés vers le financement des entreprises”. Bref, ces deux mesures fiscales ont été des cadeaux purs et simples pour les plus riches.

    2017-2024 : Dans la droite lignée de Hollande, Macron réduit l’imposition et les cotisations des #entreprises privées… sans rien demander en retour

    Retour en 2014 : #François_Hollande est président, #Arnaud_Montebourg ministre de l’Economie. En cœur, ils annoncent un vaste de plan de réduction d’impôts et de #cotisations_patronales pour les entreprises. Cela s’appelle « #pacte_de_responsabilité_et_de_solidarité » : en échange de ces #aides qui coûtent des milliards aux finances publiques, le #patronat doit créer des #emplois. C’est ce que le #MEDEF promet à l’époque, en défilant sur les plateaux télé avec un badge “#un_million_d’emploi”. Mais il ne signe aucun accord formel.

    Mise en œuvre par le nouveau ministre de l’Economie #Emmanuel_Macron, cette réforme réduit les “charges” des entreprises. Devenu président de la République, Macron fait voter à l’automne 2018, dans le budget de la sécurité sociale, la pérennisation de ce dispositif censé être limité dans le temps. Les entreprises ne payent désormais plus aucune #cotisation_patronale sur les bas salaires (coût : plus de 20 milliards d’euros par an). Leur #taux_d’imposition a été considérablement réduit (coût : 11,5 milliards d’euros par an). C’est une perte sèche pour le budget de l’Etat : en effet, la loi prévoit que les baisses de cotisations qui bénéficient à la #sécurité_sociale soient compensées par le budget de l’Etat. Autrement dit, ce que les entreprises privées ne payent plus, ce sont les contribuables qui le payent à leur place, ainsi que les usagers des services publics sur lesquels des économies ont été faites pour financer ces cadeaux.

    Au total, ces nombreux dispositifs visant à aider les entreprises représentent 200 milliards d’euros par an à notre charge. Ils sont donc, pour commencer, composés des réductions de cotisations patronales payées par les entreprises. C’est le cas de la #réduction_Fillon, mise en place sous #Nicolas_Sarkozy, qui exonère de cotisations patronales les salaires payés entre 1 et 1,6 SMIC. Vient ensuite la baisse pérenne de #cotisations_sociales, mise en place en 2019, qui exonère de cotisations jusqu’à 2,6 SMIC. Ensuite, il y a des #crédits_d’impôts comme le #Crédit_impôt_recherche (#CIR), mis en place dans les années 1980 puis sans cesse étendu et simplifié, qui donne des crédits d’impôt aux entreprises qui déclarent des dépenses de recherche et développement (quelles qu’elles soient), et enfin le #Pacte_de_responsabilité, donc. La dernière mesure en date est la suppression progressive de la #Cotisation_sur_la_valeur_ajoutée_des_entreprises (#CVAE), 4,3 milliards d’euros perdus chaque année. Chaque gouvernement, depuis le début des années 2000, a ajouté des dizaines de milliards d’euros transférés des ménages (les contribuables) vers les entreprises – mais c’est Macron qui en a fait le plus.

    « Nous estimons l’impact de la réforme sur l’#emploi, la #valeur_ajoutée et l’#investissement. Aucun impact n’est détecté sur ces variables. Les entreprises ayant fortement recours au CICE n’ont pas embauché plus, après 2019 que les entreprises ayant peu recours au CICE. »
    Rapport de l’Institut des Politiques Publiques, 2022

    Des #cadeaux, vraiment ? Ce genre de mesure ne vient-il pas renforcer la “#compétitivité” des entreprises françaises en réduisant le “#coût_du_travail” ? Et non : toutes les études, y compris ministérielles, sur les effets de ces 200 milliards d’euros annuels dépensés pour les #entreprises_privées montrent que les effets sont faibles, voire inexistants. En 2022, l’Institut des politiques publiques disait de la transformation du CICE en baisse pérenne de cotisations patronales : « Nous estimons l’#impact de la réforme sur l’emploi, la valeur ajoutée et l’investissement. Aucun impact n’est détecté sur ces variables. Les entreprises ayant fortement recours au CICE n’ont pas embauché plus, après 2019, que les entreprises ayant peu recours au CICE. »

    Le dernier gros rapport en date, celui de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), n’y va pas par quatre chemins : “L’#efficacité des #allègements du #coût_du_travail se trouve sans doute ailleurs : dans le soutien apporté aux marges des entreprises”, nous dit-il… et ces marges, les entreprises en font bien ce qu’elles veulent. Et ça n’a pas servi à créer de l’emploi, ni à relocaliser notre industrie, mais bien à augmenter les #dividendes des #actionnaires.

    Ces aides aux entreprises représentent 25% du budget de l’État dépensés chaque année – un montant supérieur au budget de l’Éducation nationale, et nous n’en voyons pas la couleur. Ils sont absorbés ailleurs. Et on appelle cela « l’économie de marché », « la loi du marché », « le capitalisme globalisé » ? La vérité, c’est que nous #subventionnions les entreprises privées à hauteur de 10 milliards d’euros par an en 1980, nous renseigne ce même rapport, contre au moins 200 milliards en 2024.

    2019 : la #prime_d’activité pour faire payer les contribuables à la place des actionnaires

    En décembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes dévaste les beaux quartiers de Paris après avoir pris son envol sur les ronds-points partout dans le pays. Ce mouvement sans leader ni parti inquiète le gouvernement, Macron prépare même un hélicoptère pour pouvoir échapper à la foule en colère le 8 décembre.

    “On bosse mais on ne s’en sort pas” : les manifestants qui se sont d’abord mobilisés contre la tentative de hausse de la #taxe_sur_le_carburant ont fini par réclamer la fin des cadeaux pour les entreprises et le retour de l’ISF. Le gouvernement a finalement – pour la première fois depuis longtemps – cédé face au mouvement social, en renonçant à sa taxe injuste. Il a en outre proposé une amélioration des revenus des plus modestes.

    Pour cela, il n’a pas augmenté le #SMIC et ainsi mis à contribution le patronat et les actionnaires. Non, il a augmenté la prime d’activité, dispositif créé sous Hollande et qui permet aux salariés aux revenus modestes de bénéficier d’un complément de revenu versé par l’Etat, c’est-à-dire nous. Après les Gilets jaunes, les salariés au SMIC ont touché 90 euros de plus, ce qui n’est pas négligeable. Mais en refusant de faire contribuer le patronat, le gouvernement dépense chaque année 10 milliards d’euros pour compenser la faiblesse des salaires versés par les entreprises.

    2022 : le scandale #McKinsey révèle la ruine quotidienne de l’Etat au profit des copains

    Début 2022, peu avant la campagne présidentielle qui allait permettre la réélection de Macron avec l’aide de son joker Le Pen, on apprenait que l’Etat français aurait payé au moins 1 milliard d’euros par an à des #cabinets_de_conseil pour concevoir sa politique, en doublon de l’administration publique et pour des missions dont l’intérêt n’est pas facile à saisir (et le mot est faible). De l’argent public balancé par les fenêtres ? Oui, et principalement en faveur d’une entreprise, McKinsey, dont on a appris en mars de la même année qu’elle ne payait absolument aucun impôt en France. L’homme en charge de la passation de contrat de ce cabinet de conseil avec l’Etat n’est autre qu’un ami du président, #Karim_Tadjeddine, qui partage avec lui une vision de l’Etat « en mode start up ».

    En 2021, le poids croissant de ces consultants dans la gestion des affaires publiques ayant fait un peu de bruit, le groupe communiste au Sénat avait mis en place une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur cette nouvelle tendance. Le rapport qui en a résulté est particulièrement riche car il se base sur des dizaines d’heures d’audition des principaux acteurs de l’affaire, des consultants eux-mêmes aux ministres qui ont fait appel à eux.

    On y apprend d’abord que les dépenses de cabinet de conseil ont doublé au cours du quinquennat, pour atteindre la somme d’un milliard d’euros en 2021. Pour comparaison, le budget annuel consacré à l’égalité femmes-hommes est de 50 millions d’euros. Donner de l’argent aux cabinets privés semble être la véritable « grande cause du quinquennat », à en croire le rapport, qui souligne le recours de plus en plus systématique à leurs services, majoritairement en doublons de compétences existantes dans l’administration publique. Les rapporteurs précisent que la somme d’un milliard d’euros annuelle est « une estimation minimale car les dépenses des opérateurs sont en réalité plus élevées. Si la commission d’enquête a interrogé ceux dont le budget était le plus important (Pôle emploi, Caisse des dépôts et consignations, etc.), l’échantillon ne représente que 10 % du total des opérateurs » (p.8). La somme d’un milliard d’euros est donc TRÈS sous-estimée.

    Pour quoi faire ? Parfois rien du tout : le rapport documente ainsi une facture de 496 800€ de McKinsey pour une mission de réflexion sur « l’avenir du métier d’enseignant » qui n’a pas abouti. Enfin si, ça a abouti à un rapport de deux cent pages qui enfonce des portes ouvertes – soit 2 480€ la page. Mais aussi 558 900€ pour le cabinet #Boston_Consulting_Group (#BCG pour les intimes), pour l’organisation d’une “#convention_des_managers_de_l’Etat”… qui n’a jamais eu lieu.

    Ce mois-ci, l’émission Cash Investigation est venue confirmer ce qui se dessinait il y a deux ans : oui, les consultants de McKinsey ont bien travaillé gratuitement pour le candidat Macron en 2017, ce qui explique pourquoi l’Etat a eu autant recours à leur service depuis son élection.

    On pourrait parler aussi de l’explosion du budget du palais de l’Elysée ou de la façon dont le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a aidé les propriétaires du Paris-St-Germain à éviter de payer des impôts lors du transfert de Neymar en 2017… Les exemples ne manquent pas pour montrer la façon dont Macron et ses sbires ont dilapidé notre argent.

    2023 : la barre d’un million d’apprentis donnés quasi gratuitement au patronat est franchie

    En 2018, la loi dite « #pour_la_liberté_de_choisir_son_avenir_professionnel » a permis de profonds changements alors qu’elle est passée, sur le moment, inaperçue. C’est parce que cette loi existe que le gouvernement a pu affaiblir brutalement l’#assurance-chômage. C’est cette loi qui a libéralisé la #formation_professionnelle et provoqué l’augmentation des arnaques pour les salariés en désir de reconversion. Et c’est cette loi qui a provoqué l’augmentation considérable du nombre d’apprentis en France. Les #apprentis sont des jeunes qui, pour obtenir un diplôme, se forment en #alternance, c’est-à-dire en travaillant pour une entreprise sensée les former et accompagnés par un organisme de formation. Entre 2017 et 2022, le nombre de nouveaux contrats d’#apprentissage signés est passé d’un peu plus de 320 000 à 837 000. En 2023, on aurait donc atteint le million.

    Cette augmentation a principalement été obtenue grâce à de la distribution d’argent public au patronat français : pour chaque contrat signé, la première année, les entreprises privées ont touché entre 5 000 et 8 000 euros d’aides à partir de 2020. Désormais, une aide unique de 6 000 euros leur est octroyée. Concrètement, et puisque la rémunération des apprentis est très basse, cela signifie qu’embaucher un apprenti de moins de 18 ans ne coûte pas un centime aux entreprises la première année : le contribuable paye tout à la place du patron. Sur ce site de promotion de l’apprentissage, on apprend ainsi que la dépense publique permet au patronat de dépenser un minimum pour rémunérer ses apprentis. Même la troisième année, cela coûte nettement moins cher que d’embaucher un salarié au SMIC. Il faut ajouter à ça le fait que les contrats d’apprentissage sont largement exonérés de cotisations patronales : concrètement, ça ne coûte quasi plus rien d’embaucher un apprenti.

    Nous ne sommes pas passés de 300 000 à un million d’apprentis en six ans simplement parce qu’un beau matin de nombreux patrons se sont découvert une vocation pédagogique. Toutes les études, notamment celle de la Cour des Comptes, montrent que c’est bien la prise en charge par l’Etat de l’apprentissage qui a provoqué un effet d’aubaine et incité les employeurs à recourir à cette main d’œuvre gratuite. Après tout, pourquoi s’en priver ?

    Et puisque les critères sont inexistants et que le seul encadrement provient d’organismes de formation souvent privés et peu scrupuleux (et cogérés par le patronat via les Chambres de commerce et d’industrie, dans le cas des CFA), les abus explosent. Selon une étude de l’Observatoire de l’alternance, un organisme patronal, 27% des alternants sondés déclarent ne pas avoir eu de tuteur pendant leur contrat de travail, ce qui est totalement illégal. Et seules 40% des entreprises sondées déclarent former leur tuteur. Une proportion qui chute à 28% dans le commerce. L’apprentissage n’est pas une chance pour la jeunesse. D’abord, c’est une nouvelle réserve de main d’œuvre gratuite ou à prix cassé pour le patronat. Ensuite c’est une main d’œuvre docile, que l’on forme à devenir les salariés soumis du futur. Des salariés qui n’auront pas pu choisir leur vie et dont la formation très spécialisée les enchaîne à un secteur professionnel.

    En 2024, le coût de l’apprentissage pourrait avoisiner les 25 milliards d’euros pour les contribuables ! Et pour quels effets durables ? Potentiellement catastrophiques, au point que l’OFCE parle, dans une étude récente, de “#bulle_de_l’apprentissage”. « Il y a beaucoup d’emplois artificiels, explique Bruno Coquet, économiste, au journal La Tribune. La Dares et l’OFCE avaient estimé leur nombre entre 200 000 et 250 000, il y a deux ans. Tous ces emplois pourraient disparaître. Certains emplois en apprentissage se sont substitués à des contrats en CDD ou CDI, car ils coûtaient moins cher. Ces effets de substitution ont été estimés à 200 000. »

    2025 : la contribution des grandes entreprises est écourtée

    Lors du budget préparé par #Michel_Barnier (éphémère Premier ministre du gouvernement putschiste de l’automne 2024) prévoyait un certain nombre de micro-reculs dans cette politique pro-actionnaires. Ce budget prévoyait la réduction des #aides_aux_entreprises dans le cadre de l’apprentissage et, dans sa version parvenue à l’après-dissolution, comportait un projet de surtaxe sur le bénéfice des grandes entreprises, pendant deux ans. Aussitôt annoncée, cette mesure a provoqué la colère de #Bernard_Arnault. Le patron de #LVMH n’a pas supporté cette mini-contribution au redressement des finances publiques et a rappelé à Macron son unique mandat : continuer de gaver les capitalistes. La surtaxe a donc été réduite à une seule année, comme l’a confirmé le ministre de l’Economie Eric Lombard ; le même jour, il annonçait la nécessité de trouver 40 milliards de plus en réduisant les dépenses publiques… Cet abandon va nous coûter 4 milliards d’euros, qui vont donc rester dans la poche des actionnaires. C’était évidemment insuffisant pour un rééquilibrage budgétaire mais cela ouvrait la porte au débat sur l’état et l’origine des recettes de l’État : elles sont de plus en plus faibles car Macron a pour mission d’exonérer les riches d’impôts.

    Une #dette creusée… contre nous

    Une dette importante, ce n’est pas un problème en soi, comme nous l’avons montré à plusieurs reprises. Ce qui est un problème, c’est que cette dette-là n’a servi à rien : elle n’est pas un #investissement dans l’avenir, elle est constituée de multiples cadeaux aux plus fortunés. Et ces cadeaux se sont révélés tout bonnement improductifs : ils ont servi à accumuler, pas à investir.

    Les preuves sont là : la fortune des 500 familles les plus riches de France a été multipliée par 3,1 en 10 ans. C’est normal : les dividendes ont régulièrement augmenté ces dernières années, pas tant parce que nos entreprises sont plus performantes que parce qu’elles sont beaucoup moins imposées et davantage aidées. Or, aucune de ces aides n’est conditionnée : les entreprises en font ce qu’elles veulent. Le patronat a visiblement décidé d’attribuer une bonne part de ces gains aux actionnaires. Or, 96 % des dividendes sont attribués à 1 % de l’ensemble des foyers fiscaux, selon France Stratégie.

    Ces gens enrichis vont-ils un jour investir et entretenir une saine croissance qui pourrait, à terme, bénéficier à nos emplois et nos salaires ? C’est que les macronistes ont affirmé pendant des années, sans le moindre effet. Désormais, ils ne prennent même plus la peine de nous le faire croire. Leur dictature bourgeoise n’a plus besoin de motifs. Le vol est de toute façon trop caractérisé.

    Pendant que quelques-uns accumulaient, l’état du reste de la société s’est considérablement dégradé. Tout le monde a pu constater le délabrement des services publics – ce patrimoine commun des moins fortunés. De façon encore plus nette, la pauvreté a augmenté ces dernières années. La crise inflationniste, dont nous avons montré à quel point elle profitait aux possédants, est venue augmenter cette tendance.

    Macron nous a bel et bien pillé. Début juillet, les électeurs ont décidé de lui retirer le pouvoir de continuer, en votant majoritairement NFP et RN. Qu’à cela ne tienne : avec son coup d’Etat, il a décidé de continuer ce #vol_en_bande_organisée… Jusqu’à ce que nous le stoppions par d’autres moyens.

    https://frustrationmagazine.fr/finances-publiques-ou-est-largent
    #France #pillage #à_lire

    signalé aussi par @monolecte
    https://seenthis.net/messages/1126878

  • Taxer les riches ne les fait pas fuir

    Une nouvelle étude du Conseil d’analyse économique (CAE) se penche sur l’exil des plus #riches en cas de hausse de la #fiscalité les concernant. Elle conclut que le phénomène est très marginal.

    La dernière étude du Conseil d’analyse économique (CAE) ne va pas faire plaisir au gouvernement mais elle tombe à point nommé. Pas moins de six économistes ont travaillé ensemble pour répondre à la question suivante : si l’on taxe plus les riches en France, vont-ils tous fuir et l’#économie française va-t-elle en pâtir ? A ces deux questions, ils répondent par la négative.

    Pour repérer qui sont « les riches », les auteurs se fondent sur les montants déclarés de revenus du capital, très corrélés au niveau du patrimoine. Premier constat général, « les ménages avec de hauts revenus du capital s’expatrient relativement peu de France ». Concrètement, 0,2 % du top 1 % français s’expatrie chaque année, précise l’étude.

    L’étape suivante consiste à mesurer ce qui se passe au sein de cette population lorsque se produisent des chocs fiscaux importants, à la hausse comme à la baisse. Et ça tombe bien, la France a connu les deux récemment. François Hollande a fait grimper la fiscalité des revenus du capital en 2013 et Emmanuel Macron l’a diminuée en 2017.

    Dans le premier cas, les riches les plus touchés (ceux dans les 1 % dont la part de revenu venant des placements financiers est supérieure à la part médiane de ce groupe) ont vu leur #imposition s’accroître de 3,3 points de plus que les riches moins touchés et dans le deuxième cas, ils ont bénéficié d’une baisse, plus importante, de 3,5 points.

    Quelles ont été les #conséquences de ces politiques fiscales sur les populations concernées ? C’est là que la note devient intéressante. Après la mesure de 2013, selon les années, leur taux de #départ a augmenté entre 0,04 et 0,09 point de pourcentage. Après la mesure de 2017, on peut mesurer un taux de retour compris entre 0,01 et 0,04 point. Bref, dans les deux cas, le phénomène est resté très marginal.

    Résultat final, en combinant taux de sortie et taux de retour, les six économistes arrivent à la conclusion suivante :

    « Une #augmentation de l’imposition des hauts patrimoines d’un point de pourcentage engendrerait chaque année une diminution de la population de hauts patrimoines résidant fiscalement en France de 0,003 à 0,03 %. »

    Très très très loin des promesses d’#exil_fiscal massif promis par le gouvernement et les syndicats patronaux.

    Effet marginal

    Ces derniers rétorquent parfois que ces #départs ont des conséquences très délétères pour l’#économie_française. Théoriquement en effet, si les riches qui partent sont de très gros actionnaires et décident de cesser leurs activités en France, l’impact pourrait être important. Théoriquement toujours, cet effet négatif peut être en partie compensé par le fait que leurs entreprises, rachetées par des concurrents ou absorbées dans de nouvelles structures, ont des effets d’entraînement locaux et peuvent donc jouer positivement. Voilà pour la théorie. Qu’en est-il réellement ?

    L’étude ne mesure pas directement tous ces effets mais se cale sur les paramètres d’une étude équivalente réalisée avec les données appropriées en Suède. Ce n’est pas génial – la France n’est pas la Suède – mais c’est tout ce qu’on a. Et cela donne un impact négatif à long terme sur l’économie française totalement négligeable compris entre zéro et « une baisse de – 0,03 % de chiffre d’affaires, – 0,05 % de valeur ajoutée totale de l’économie française, et – 0,04 % de l’emploi total ».
    Aucune surprise en fait : à partir du moment où il y a extrêmement peu de départs suite à une hausse de la fiscalité sur les plus riches, même si certains départs concernent des acteurs économiques importants, la faiblesse de la mobilité des plus aisés a un effet faible sur l’économie.

    La fin de la note évalue les résultats selon différentes options. Et les résultats sont similaires, que la taxe touche (ou pas) les biens professionnels, et qu’elle se concentre (ou pas) sur les très hauts patrimoines. De quoi réjouir l’économiste Gabriel Zucman, qui défend une taxe centrée sur ces derniers.

    Les riches préfèrent optimiser que s’en aller

    La conclusion soulève un autre point intéressant. Elle pointe que dans le cas suédois, la #taxation des plus riches accroît les #recettes_fiscales. Mais qu’une partie est perdue du fait des stratégies d’#optimisation_fiscale. Leurs effets sont 2,5 fois plus importants que ceux liés aux comportements d’exil fiscal.

    « Le débat public, en se focalisant sur l’exil fiscal, se trompe donc sans doute de cible. Au-delà de la question de l’#expatriation, il nous semble essentiel de recentrer le débat sur les autres marges de réponse des hauts patrimoines à la fiscalité, notamment sur les stratégies d’optimisation pour échapper à l’impôt », termine la note.

    Plutôt que de pratiquer massivement l’exil fiscal, les très riches cherchent surtout à échapper à l’#impôt par des pratiques d’optimisation plus agressives. A l’impact sur l’économie française estimé précédemment, il faudrait donc en ajouter un autre, 2,5 fois plus grand. Ce qui, au total, donne un impact de long terme sur l’économie française compris entre zéro et une baisse de 0,1 % de chiffre d’affaires, 0,15 % de valeur ajoutée et 0,14 % de l’emploi total.

    Bien que plus important, l’impact total reste donc marginal. De plus, le contrôle de la valeur des patrimoines et les moyens de lutte contre l’optimisation fiscale agressive ont progressé au cours des dernières années. Ce qui devrait réduire le facteur de 2,5.

    La note ne fait pas la promotion de la taxe Zucman. Lors de la présentation, l’économiste Camille Landais précise que la hausse de la fiscalité qu’elle prévoit est supérieure à ce qui a été mesuré jusqu’à présent, et que le résultat final sur l’économie reste incertain.

    Quel que soit celui ou celle qui sera au pouvoir dans les semaines à venir, un budget doit être voté. S’il comporte une hausse des prélèvements sur les plus riches, on peut être a priori rassuré : très peu partiraient et l’#impact sur l’économie française serait faible. Ce qui plaide pour la mise en place de cette mesure, juste et essentielle pour rééquilibrer nos comptes publics.

    https://www.alternatives-economiques.fr/taxer-riches-ne-fuir/00116137

    • Fiscalité du capital : quels sont les effets de l’exil fiscal sur l’économie ?

      La fiscalité du capital fait-elle fuir les hauts patrimoines hors de France et si oui dans quelle proportion ? Quel serait l’impact agrégé de l’exil fiscal, s’il est confirmé, sur le tissu économique, en particulier en prenant en compte les effets de ces départs sur les biens professionnels détenus par les personnes qui s’expatrient ? Dans ce nouveau Focus du Conseil d’analyse économique, Laurent Bach, Antoine Bozio, Nicolas Grimprel, Arthur Guillouzouic, Camille Landais et Clément Malgouyres apportent une contribution empirique originale au débat sur l’exil fiscal en répondant à ces deux questions. Ils montrent que la fiscalité du patrimoine a bien un effet significatif sur l’exil fiscal des plus hauts patrimoines mais celui-ci est relativement modeste et avec un effet marginal sur l’économie française, même en tenant compte du poids important des hauts patrimoines dans l’activité économique et entrepreneuriale.

      https://cae-eco.fr/fiscalite-du-capital-quels-sont-les-effets-de-lexil-fiscal-sur-leconomie
      #rapport #étude

    • Imposition des ultrariches : au secours, les riches vont partir !

      Les gouvernements successifs agitent la peur de l’exil des #ultra-riches pour ne pas trop les imposer. En s’appuyant sur des études, l’organisation Attac montre que les #départs sont peu nombreux et défend une réforme de l’#imposition des plus fortunés.

      C’est le principal argument de ceux qui s’opposent à toute hausse d’impôt visant les plus riches : ceux-ci partiraient à l’étranger, privant la France de leurs investissements, ce qui appauvrirait le pays, ferait augmenter le chômage et la pauvreté, tout cela sans réduire les déficits et la dette publics. Il ne resterait à la population résidant sur le territoire national que les yeux pour pleurer en quelque sorte.

      Cet argument est le pendant de la théorie du ruissellement : si baisser les impôts doit favoriser les investissements, donc la croissance et l’emploi (pour reprendre une formule ressassée à l’envi), les augmenter conduit nécessairement à l’inverse du fait, notamment, du départ à l’étranger des agents économiques les plus aisés. CQFD. Mais cet argument a priori simple voire limpide, ne repose toutefois sur aucune réalité, comme en attestent les travaux menés sur le sujet.

      Peu de départs

      Récemment, dans une analyse macroéconomique, le Conseil d’analyse économique (CAE) a confirmé d’une part, que les départs des plus riches vers l’étranger étaient de longue date peu importants et d’autre part, que leur impact sur l’économie était marginal.

      La mobilité du « top 1 % des revenus du capital » est réelle mais faible : seuls 0,2 % du top 1 % des revenus du capital s’expatrient chaque année, soit moins que la moyenne nationale (0,38 %).

      De la même manière, la sensibilité de ces ménages à la fiscalité est relativement faible. La réforme de 2013 (qui s’est traduite par une hausse de l’imposition des revenus du capital) a augmenté les départs nets de 0,04 à 0,09 points de pourcentage. À l’inverse, la réforme de 2017-2018 (allègement avec la transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immobilière et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique, le PFU) a réduit les départs nets de 0,01 à 0,07 points.

      Le CAE a par ailleurs étendu son analyse à l’impact des départs sur la détention d’entreprises. En effet, lorsqu’un actionnaire important (éventuellement même, dirigeant d’un entreprise ou d’un groupe) s’établit à l’étranger, on observe une baisse « brute » (soit avant compensation, voir ci-dessous) du chiffre d’affaires (-15 %), de la masse salariale (-31 %) et de la valeur ajoutée (-24 %). Si ces données paraissent de prime abord importantes, le CAE souligne néanmoins que ces effets « bruts » sont en bonne partie compensés par des réallocations (rachats, absorptions, réemploi des salariés), ce qui réduit l’impact net des départs.

      Le CAE considère en effet que l’effet agrégé des départs est limité. Mieux, il montre que, même en prenant une hypothèse haute de l’impact de tels départs, une réforme générant 4 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires (≈ 0,15 % du PIB) induirait tout au plus une baisse de 0,03 % de chiffre d’affaires, de 0,05 % de valeur ajoutée et de 0,04 % de l’emploi total.
      Un exil des riches qui a peu d’effet

      Au final, le CAE conclut que, si l’exil fiscal existe et réagit à la fiscalité, ses effets macroéconomiques sont faibles, car les flux restent réduits. S’agissant d’une éventuelle réforme fiscale visant à rehausser l’imposition du capital (sur les revenus et/ou sur le stock de capital financier), ses effets significatifs passeraient moins par les départs que par les comportements des ménages restés en France (sur l’épargne, l’investissement et l’optimisation voire la fraude fiscale).

      En d’autres termes, ce ne sont pas les départs qui produisent des effets significatifs, mais les comportements des résidents fiscaux nationaux qui peuvent plus ou moins consommer ou épargner, investir ou non ou encore tenter d’éviter légalement ou illégalement l’impôt (tout cela ayant des effets sur les recettes fiscales).

      Pourquoi les riches restent ?

      Le débat sur l’attractivité du pays se concentre à tort principalement sur la fiscalité et le fameux « coût de la main d’œuvre ». Or, dans les décisions d’investir, d’autres facteurs sont pris en compte : la capacité à dégager un chiffre d’affaires (ce qui est possible si les revenus sont suffisamment corrects et si les mécanismes redistributifs comme les prestations sociales permettent de soutenir la demande), l’existence d’infrastructures et de réseaux (de transport, de communication notamment), la qualité de la formation, etc. De ce point de vue, la France reste attractive : elle demeure de longue date l’une des principales terres d’accueil des investissements directs étrangers.

      Dans son étude, le CAE montre que « Bien que l’effet direct des expatriations de détenteurs d’entreprises soit significatif, il est important de noter qu’une partie de ces effets directs peut, en pratique, être compensée ou au contraire amplifiée par divers mécanismes de réallocation et d’équilibre ». En d’autres termes, si des actionnaires importants partent à l’étranger, les entreprises qu’ils détiennent peuvent se restructurer, les salariés victimes de ces restructurations voire de fermetures d’entreprises peuvent retrouver du travail, etc.

      Au final, ainsi qu’indiqué plus haut, le CAE estime que « l’exil fiscal entraînerait au plus une baisse de -0,03 % de chiffre d’affaires, -0,05 % de valeur ajoutée totale de l’économie française, et -0,04 % de l’emploi total. » Un effet marginal à mettre en comparaison des avantages d’une meilleure imposition des plus riches : recettes publiques permettant de financer l’action publique et la protection sociale (avec un effet de soutien au pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages), renforcement de la cohésion sociale et du consentement à l’impôt, etc.

      Les conclusions du CAE confirment ce qui avait été observé dans le comportement des redevables de l’ISF. Ceux-ci disposaient de placements immobiliers (ceux-ci représentaient 20 à 40 % de leur patrimoine imposable à l’ISF) qu’ils n’emportaient évidemment pas lorsqu’ils déclaraient partir à l’étranger. Ils disposaient également de placements financiers tant en France qu’à l’étranger. Et lorsqu’ils partaient à l’étranger, ils conservaient les mêmes placements, en France et à l’étranger. Ce qui explique que l’impact sur l’économie soit nul ou marginal.

      Mieux imposer les plus riches

      Sous le seul prisme de l’impact d’une hausse de l’imposition des plus riches sur l’économie, il est donc démontré que celle-ci est possible. En d’autres termes, contrairement aux discours de ceux qui avancent qu’une telle mesure se traduirait par une fuite des plus riches, donc par un impact budgétaire et économique négatif, elle dégagerait des recettes fiscales supplémentaires.

      D’autres avantages seraient retirés de l’instauration d’un mécanisme de type « Taxe Zucman », d’un impôt sur la fortune rénové à assiette élargie par rapport à l’ex-ISF ou encore d’une rénovation de l’imposition de la transmission des patrimoines (droits de donation et de succession) grâce à l’instauration d’un plafond au pacte Dutreil par exemple, dispositif qui permet à un dirigeant d’entreprise de transmettre les titres de celle-ci en bénéficiant d’une exonération de 75 % de la valeur des titres.

      Le premier consiste en la réduction des inégalités, un des objectifs historiques de la fiscalité. Le second est difficilement estimable en termes monétaires mais il est essentiel : renforcer la contribution des plus riches renforcerait le consentement à l’impôt et permettrait de mieux respecter l’un des principes fondamentaux du système fiscal : l’égalité devant l’impôt.

      https://basta.media/imposition-ultrariches-au-secours-les-riches-vont-partir-Attac-budget