• L’inceste, ancien tabou, prochain #MeToo ?
    https://lvsl.fr/linceste-ancien-tabou-prochain-metoo

    6,7 millions de Français sont victimes d’inceste, selon une enquête Ipsos datée de novembre 2020. Ce chiffre vertigineux prouve que l’inceste n’est pas un phénomène qui relève de l’anecdotique, du pathologique ou du fait divers. C’est au contraire une violence massive qui structure notre ordre social, dès son organisation la plus élémentaire, à savoir la cellule familiale. Néanmoins, le tabou de l’inceste commence à être levé, et ce qui constitue l’un des « noyaux du patriarcat » semble petit à petit se fissurer. Les récentes révélations de Camille Kouchner dans son ouvrage La Familia grande, dans lequel elle relate les agressions sexuelles perpétrées par son beau-père, le célèbre constitutionnaliste Olivier Duhamel, participent de cette sortie du silence. Ces prises de parole ont inauguré un nouveau mouvement, le #MeTooInceste, qui est déjà viral sur les réseaux sociaux. Même si les témoignages affluent, le chemin législatif, politique et culturel à parcourir pour briser ce tabou reste colossal.

  • Agressions sexuelles de mineurs : le tabou n’est pas celui qu’on croit
    Patric Jean
    https://blogs.mediapart.fr/patricjean/blog/140121/agressions-sexuelles-de-mineurs-le-tabou-n-est-pas-celui-quon-croit

    Pourquoi la mesure d’un tel phénomène n’entraine t-elle pas une réaction de la justice ?

    Si, ni dans le monde politique, ni dans l’espace médiatique, jamais une réponse systémique n’est envisagée à ce phénomène de masse dont les conséquences psychiatriques et somatiques ne sont plus à démontrer, c’est qu’elle se heurte à trois obstacles majeurs : le coût économique, le coût culturel et le coût psychologique.

    Le coût économique est celui auquel il faudrait concéder pour venir à bout du problème. Actuellement, six pour cent des enfants correspondent à 720.000 victimes estimées parmi les mineurs actuellement scolarisés en France. La prescription des faits tombant après vingt-ans jusqu’à la récente modification de la loi, on peut donc estimer à plus d’un million le nombre de victimes qui seraient actuellement ou à très court terme en droit de demander des comptes à leur agresseur devant la justice. Le système judiciaire dans une misère absolue ne pourrait pas en encaisser dix pour cent. Voilà pourquoi 70% des plaintes sont classées et comment les théories alambiquées de type « syndrome d’aliénation parentale » ont toujours autant de succès. Elles permettent de se débarrasser de problèmes qui demanderaient des moyens pour être traités. Et donc l’enfant ment et sa mère est l’instigatrice de ses mensonges. Tant que la justice ne sera pas radicalement mieux dotée, y compris en termes de formation des magistrats, le coût économique sera un frein important pour toute mesure en faveur des enfants victimes.

    Le coût culturel consiste à admettre que l’endroit où l’enfant est le plus en danger en termes d’agression sexuelle ou de viol est sa propre famille et l’entourage proche de celle-ci. Or la famille est toujours considérée comme le lieu de sécurité, de réconfort, brique minimale de la construction d’une société. Remettre en question un système d’autorité archaïque où l’homme a autorité mais surtout la propriété du corps des femmes et des enfants (le viol conjugal par exemple n’est inscrit dans la loi française que depuis 1990) nécessite une révolution copernicienne de la pensée sur la famille. Lorsque l’on observe les réactions violentes qui se sont manifestées lorsqu’il s’agissait simplement de permettre à des homosexuels de se marier, on mesure à quel point cette évolution entraine un coût culturellement douloureux pour une partie du corps social.

    Enfin, le coût psychologique d’une prise en compte du phénomène s’imagine aisément si l’on pense que, statistiquement, parmi nos proches (père, frères, fils, amis, collègues…) il est possible qu’il existe un homme (98% des agresseurs sont des hommes) susceptible de passer à l’acte. On estime qu’un pour cent des hommes ont une attirance sexuelle pour le corps des enfants. Si l’on y ajoute les agresseurs incestueux qui n’ont pas cette « attirance », on peut considère qu’un homme sur quarante peut commettre, ou commet, des délits ou crimes sexuels en direction des enfants. Vivre avec cette réalité à l’esprit est extrêmement coûteux et on vit mieux en ne le sachant pas.

    Le terme qui résume le mieux cette réalité sociale à laquelle nous devrons un jour collectivement faire face est « enfant ». Du latin infans, il signifie littéralement « celui qui ne parle pas ». C’est encore ce que l’on attend de lui.

    #inceste

    • – Tout ce qui peut permettre d’entamer le système du silence, à l’échelle des individus, des familles et de la société, doit être encouragé.

      Premier axe à mettre en œuvre par les pouvoirs publics : il faut réfléchir à un moyen d’informer les enfants incesteurs et les adultes incesteurs sur le fait que la sexualité avec quiconque est âgé de moins de quinze ans (la majorité sexuelle) est une infraction grave. Dans toutes les familles où il y a de l’inceste, les incesteurs savent très bien que l’inceste est interdit, que le viol est interdit, qu’abuser de son enfant est interdit. Les incesteurs contournent l’interdit, et contournent la mésestime d’eux-mêmes, en utilisant d’autres mots (« les bêtises », « ça », « faire l’amour »), ou aucun mot, pour définir ce qu’ils font avec l’enfant. En entreprise, dans l’espace public par voie d’affichage, à la télévision, il faut informer les adultes et les enfants, en évitant les périphrases et en communiquant sur l’idée qu’une situation ou un geste avec un mineur qui provoque une excitation sexuelle chez l’adulte, est interdit.

      Deuxième axe : il faut responsabiliser davantage tous les adultes, et pas seulement dans les familles où il y a de l’inceste. Nous avons tous – c’est statistiquement inévitable – connu des gens, collègues, amis, compagne ou compagnon, qui nous ont fait part d’une histoire d’inceste, qui les a concernée directement ou qui a concerné des proches. Si nous arrivions à dépasser notre gêne (légitime) pour en reparler, poser des questions, amener la personne qui nous en parle à aller questionner sa famille et révéler l’inceste, nous aiderions à faire circuler la parole sur l’inceste, et peut-être nous permettrions de prévenir d’autres incestes. Les révélations d’inceste sont souvent faites incidemment, sans qu’on réalise vraiment qu’on vient de nous révéler une situation d’inceste. Les personnes qui révèlent l’inceste à leur entourage, que ce soit au fil d’une conversation qui n’a rien à voir, ou quand elles racontent une période de leur vie, parviennent à le dire mais à étouffer la révélation dans l’œuf. Et nous ne les accompagnons pas dans la révélation, parce que nous sommes gênés. Nous devrions tous être responsabilisés davantage.

      Troisième axe : favoriser la circulation de la révélation d’inceste dans la famille incestueuse, pour prévenir d’autres incestes dans la famille. De nombreuses études menées au Québec et en Amérique du nord montrent l’efficacité de la parole pour prévenir les récidives d’inceste et de violence domestique. Je schématise mais grosso-modo, on sait que si on rassemble les membres de la famille et qu’on dit, publiquement, devant tout le monde : untel a incesté untel, ou bien, untel bat sa compagne, ses enfants, alors les violences ne sont pas reconduites car on est sorti du système silence. Ce qui, au passage, bat en brèche la notion de pulsion, qui peut être totalement inhibée dès lors que les infractions sont étalées au grand jour.

  • Affaire Duhamel : Elisabeth Guigou renonce à sa mission sur l’inceste - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/societe/affaire-duhamel-elisabeth-guigou-renonce-a-sa-mission-sur-l-inceste-13-01

    L’ancienne garde des Sceaux Elisabeth Guigou a annoncé ce mercredi qu’elle renonçait à présider la commission indépendante sur l’inceste, après avoir été citée parmi les proches d’ Olivier Duhamel, accusé de viols incestueux par sa belle-fille Camille Kouchner.

    et bim.

  • Qu’est-ce que le silence de l’inceste ?
    https://blogs.mediapart.fr/leonore-le-caisne/blog/130121/qu-est-ce-que-le-silence-de-l-inceste

    Dans son livre La Familia grande, Camille Kouchner accuse son beau-père Olivier Duhamel, personnalité publique et puissante, d’inceste sur son frère jumeau quand celui-ci avait 14 ans. Surpris que cet inceste ait pu être gardé dans l’entre soi de cette famille de juristes trente-cinq ans durant, les journalistes chargés de cette affaire sont soucieux de comprendre le fonctionnement de l’ « inceste » et d’apporter des éléments d’explication à leur lectorat ou auditoire.

    Pour cela, ils utilisent les termes de : « tabou », « silence », « secret familial », voire « omerta ». Des personnalités publiques liées à cette famille, soupçonnées d’avoir « su », se défendent sur la place publique en rappelant, elles, le crime, la sidération, le « poids » ou la « loi du silence à briser ».

    Mais une fois cela dit sur l’inceste, il ne reste plus grand-chose à en dire.

    L’inceste, entendu comme l’agression sexuelle d’un ascendant sur un enfant de sa famille, semble être un acte sorti de nulle part.

    Dans une famille, il toucherait les uns et les autres sans discernement et les transformerait en un groupe de pantins faisant bloc pour protéger l’agresseur et empêcher que le fait scandaleux s’ébruite. Il devient impossible de distinguer, dans la sphère privée où l’inceste a été – ou est - pratiqué, et dans l’espace amical et professionnel où il est connu, les places occupées par chacun et les rapports différents à l’acte qui en découlent, et donc de comprendre et d’appréhender l’inceste ordinaire.

    L’inceste serait donc un « tabou », c’est-à-dire un acte interdit qui toucherait au sacré ou à l’impur et dont la transgression, rare, serait tenue secrète, au risque de polluer la société.

    Mais pour qui et en quelle occasion ?

    En tout cas, pas pour les agresseurs quand ils le commettent (et ils sont nombreux), pas non plus pour les victimes quand elles le subissent (lesquelles sont plus nombreuses)[1]. N’est-ce pas précisément au moment où ils deviennent publics que les faits deviennent « tabous », mais seulement pour les journalistes qui les diffusent et les citoyens auxquels ils s’adressent ?

    Nombreux pourtant sont ceux qui connaissent et côtoient, dans leurs entourages respectifs – familiaux, amicaux, professionnels -, des victimes d’inceste et des agresseurs. Nombreux aussi sont les avocats d’agresseurs qui plaident des « incestes consentis ». Comme Eric Dupont-Moretti, avocat, défendant deux sœurs qui, après avoir dénoncé leur père d’inceste avant leurs 15 ans, sont revenues sur leur plainte (procès d’Amiens, novembre 2011). Pour ces avocats, et plus généralement les personnes présentes dans la salle d’audience à ce moment-là, l’inceste n’est pas non plus « tabou ».

    L’inceste serait aussi enfoui sous le poids du « silence » ou du « secret ».

    Silence ? Secret ? Silence de qui et envers qui, quand et où ? Secret sur quoi ? Selon les places de chacun, dans la famille, le « silence » a une origine et des contenus différents. Et ces « silences » ne sont certainement pas partagés.

    Le « silence » est pluriel, mais celui dont il est question ici est en fait la non-dénonciation à la justice de faits criminels. Et chacun a ses raisons de ne pas les dénoncer. La non-dénonciation de l’agresseur lui-même ne s’explique pas de la même manière que la non-dénonciation de celui ou celle avec qui il partage sa vie, différente elle aussi de celle de l’ami(e), du collègue, du voisin, etc.

    Au moment de sa prise de parole publique ou privée, dans le cabinet du juge ou de son analyste, la victime peut confier ne pas avoir dit cette agression à ses proches du fait de l’injonction au silence de son agresseur (qui sait qu’il commet un crime), sa sidération au moment où elle subit l’acte, et son propre oubli de ce qu’elle a subi, jusqu’à ce qu’elle puisse, enfin, « dire » l’agression et éventuellement porter les faits en justice.

    Mais ce « silence » n’implique pas qu’elle n’ait pas essayé d’en parler, qu’elle n’en ait pas déjà parlé à quelqu’un ou quelques-uns qui auraient pu aller dénoncer les faits à la justice ou à un journaliste.

    L’inceste peut aussi avoir été « parlé », et même beaucoup - dans le cercle familial, le cercle amical ou le voisinage – et ne pas pour autant avoir fait l’objet d’une « omerta », terme qui suppose une volonté de cacher, une mise sous silence réfléchie et volontaire d’une communauté (la famille, les amis, les collègues) face à une autre (la justice, le public).

    Dans l’« affaire Gouardo », très médiatisée au printemps 2007, l’inceste commis par le père sur sa fille et dont naîtra six enfants, connu de tous, fut pendant une trentaine d’années l’objet d’un commérage entre voisins, habitants, commerçants et notables (magistrats, élus) du village de Coulommes et de la ville voisine de Meaux. Jamais cet inceste ne fut l’objet d’un signalement auprès de la justice ou des institutions de la protection de l’enfance, parce que jamais le crime d’inceste n’avait été « pensé » comme tel. Ce n’est qu’après que Lydia Gouardo, la victime, eut porté plainte et que sa plainte fut relayée par le chroniqueur judiciaire présent le jour du procès, que le fait scandaleux trouva un public et fut à l’origine, si ce n’est d’un scandale, tout au moins d’un climat d’indignation auprès des journalistes des médias nationaux et de leurs lecteurs ou auditeurs. C’est à ce moment-là que cet inceste, jusque-là simplement considéré par les voisins, les habitants et les notables comme un simple objet de commérage, devint un crime à traiter en justice et par la société informée par les journalistes indignés. Il n’y a donc jamais eu de « secret villageois », contrairement à ce que les journalistes avaient imaginé.

    Ces jours-ci, la presse qualifie aussi le « silence » des membres du cercle familial, amical et professionnel de la famille de Camille Kouchner, d’« omerta » ou de « secret familial ». Pourtant, dans toutes les familles où l’inceste se pratique, chacun, de sa place – sœur, mère, tante, père, amis, proches, hommes, femmes, collègues - selon la nature des liens et des relations des uns avec les autres, notamment avec l’agresseur et la victime, entretient un rapport différent à cet inceste.

    L’inceste, même « dit », on le pense ou on ne le pense pas, on le croit ou on ne le croit pas, on en parle à l’un, mais pas à l’autre, on s’en inquiète ou s’en amuse, il choque ou laisse indifférent. Chacun entend l’information et considère différemment les faits auxquels il n’a pas assisté : l’inceste devient selon les cas une simple maltraitance, un signe de légèreté, une pratique sexuelle libertine, un crime, une sexualité qui ne regarde que l’intéressé, un acte difficilement associable à l’idée que l’on se fait de l’agresseur...

    Selon la place occupée et la relation qu’elle induit avec l’un ou l’autre, chacun est aussi tenu par des engagements moraux différents envers l’agresseur, ses proches, les collègues des proches, ses relations plus indirectes, ou encore avec la victime elle-même qui a pu demander à certains des membres de sa famille de « se taire ».

    Par ailleurs, cet inceste résonne avec l’histoire de certains.

    Dans le cercle familial élargi, amical et professionnel au sein duquel il est dit, quelques-uns, aujourd’hui adultes, ont bien évidemment eux-mêmes été victimes d’inceste, d’autres ont été ou sont encore des agresseurs. Dans la très grande majorité des cas, ces incestes subis ou imposés, n’ont été ni dénoncés à la justice ni révélés sur la place publique. Ces incestes aussi, d’autres encore les connaissent, en parlent, en ont parlé ou en parleront. Des cercles d’interconnaissance et de commérage se croisent alors les uns les autres.

    Selon leur propre histoire et leur place dans le réseau de sociabilité, certains s’intéressent alors plus à l’agresseur et à sa relation avec lui, qu’à la victime qu’ils voient et connaissent peu, et qui, pensent-ils, s’en « remettra »… D’autres, très attachés à la victime, respectent son souhait que ces faits touchant à son intimité ne soient pas signalés à la justice et/ou qu’un de ses parents soit protégé d’une parole qui pourrait le détruire.

    Mais qu’est-ce, en fait, qu’avoir « dit » ?

    Quelle parole, adressée à qui et à quel moment, est dotée du pouvoir de « dire » ce qui s’est passé ?

    Une enfant peut en effet avoir confié à sa camarade de classe que son père passe dans sa chambre le soir de temps en temps faire des « câlins », et ainsi entretenir des liens de camaraderie en espérant que quelque chose change, et « dire », vingt ans plus tard, quand elle le peut (après la résurgence du traumatisme, au décès de l’agresseur, une fois qu’il y a prescription…), en face à face ou par médias interposés, à sa mère, son psy, son compagnon ou sa compagne, son frère, au magistrat… que son père la violait tous les soirs, et donc dire l’inceste subi et imposé, sa place de victime et celle de son agresseur.

    Ce n’est qu’à la condition de renoncer aux métaphores de l’ « omerta » et de la « loi du silence » qu’il sera possible de reconnaître la densité de ces échanges de paroles, de considérer le système de places, les attitudes, les relations, les liens et les engagements moraux qui en découlent. Et c’est ainsi que l’on pourra comprendre ce qui se joue ou s’est joué dans une famille où l’inceste a été – ou est pratiqué.

    Ce n’est aussi qu’à cette condition qu’on pourra comprendre ce qui se joue dans la communauté plus large où, en circulant, l’information sur l’inceste lie, attache et engage les gens autrement que par la simple connaissance d’un acte, fut-il un crime.

    Léonore Le Caisne

    [1] D’après un sondage Ipsos publié en 2020, 10% des Français disent avoir été victimes d’inceste, ce qui ferait 6,7 millions de personnes. Si l’on ajoute les agresseurs, beaucoup de monde est directement concerné.

    #violences_sexuelles #inceste

  • Léonore Le Caisne : « Il n’y a pas de silence de l’inceste »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100121/leonore-le-caisne-il-n-y-pas-de-silence-de-l-inceste?onglet=full
    (pas encore lu mais je me dit que ca interesserait certaines pêrsonnes par ici @tintin @touti )

    En apparence, les deux affaires n’ont rien en commun. D’un côté, le livre de Camille Kouchner La Familia grande, publié le 7 janvier au Seuil, dans lequel l’autrice écrit que son beau-père, Olivier Duhamel, constitutionnaliste, président de la Fondation nationale des sciences politiques et du club très select Le Siècle, a imposé des rapports incestueux à son frère jumeau. Une enquête pour « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans » et « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité » vient d’être ouverte par le parquet de Paris.

    De l’autre, l’affaire Gouardo, du nom, célèbre dans les années 2000, de cette famille où un père a, pendant près de trente ans, violé sa fille adoptive. Six enfants en sont nés, dans un petit village de Seine-et-Marne, près de Meaux, où les commérages allaient bon train, mais sans que la police ou la justice ne s’en mêlent.

    Il a fallu attendre la mort du père, en 1999, pour qu’une enquête soit finalement ouverte – en 2001. Dans ce cadre, la belle-mère de Lydia Gouardo sera condamnée, en 2008, à quatre ans de prison avec sursis pour des faits non prescrits (« non-empêchement de crime » et « agressions sexuelles » sur un des fils de Lydia).

    En novembre 2012, la Civi (Commission d’indemnisation des victimes d’infractions), qui n’impose pas les mêmes délais de prescription que le droit pénal, dédommage Lydia Gouardo, à partir des rapports d’expertise d’un gynécologue, d’un psychiatre et d’un médecin généraliste, de plus d’un million d’euros pour les actes de barbarie, violences et viols subis durant vingt-huit années (1971-1999).

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    Lydia Gouardo a raconté son histoire dans un livre intitulé Le Silence des autres (Michel Lafon, 2008).

    Léonore Le Caisne, directrice de recherche au CNRS, a enquêté pendant un an et publié un livre passionnant sur cette affaire Gouardo, Un inceste ordinaire. Et pourtant tout le monde savait (Belin, 2014). Elle témoigne de l’aveuglement de la société face aux violences sexuelles intrafamiliales (l’inceste), une réalité pourtant largement documentée et souvent connue de l’entourage, mais peu débattue dans la société et très peu dénoncée. Car dans ce petit village d’Île-de-France, « tout le monde savait », mais personne n’a saisi la justice.

    Vous vous êtes penchée sur une affaire spectaculaire par les faits décrits et par la médiatisation importante qu’elle a suscitée. Pourtant, vous avez intitulé votre livre Un inceste ordinaire. Pourquoi ?

    Léonore Le Caisne : Au-delà de la provocation d’un titre, la formule est juste. L’inceste subi par Lydia Gouardo, dans ce village près de Meaux [Seine-et-Marne – ndlr], a été médiatisé comme une affaire extraordinaire. Mais, en réalité, il s’agit d’un père qui viole sa fille : une fille sur dix est victime d’inceste ; c’est ordinaire.

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    Ensuite, c’est un inceste qui a été vécu par les habitants comme un fait assez ordinaire. Personne ne parlait d’« inceste ». L’expression utilisée était : « C’est lui qui fait des enfants à sa fille. » Et sa fille était considérée comme sa femme. C’était finalement assez ordinaire : cela devenait un homme qui fait des enfants à une femme ; et, finalement, un homme et une femme qui ont bâti une famille… C’est banal.

    Quant à la médiatisation, elle ne fut pas immédiate. Au départ, un journaliste local s’y est intéressé – mais son article a eu un faible écho et seule Ondine Millot de Libération a repris l’information et effectué un reportage sur cette famille et le village [en 2007 – ndlr]. Mais cela n’intéressait personne.

    Il a fallu l’affaire Fritzl en Autriche, une affaire spectaculaire [une jeune femme séquestrée à la cave par son père, qui l’avait violée, et plusieurs enfants en étaient nés – ndlr], pour que des journalistes en France se disent que nous disposions d’une affaire similaire : la presse en a alors parlé comme de l’histoire d’une séquestration, d’un silence villageois, d’un secret, d’une omerta. En réalité, c’était un inceste qui se pratiquait et qui était su de tous, comméré. Il n’y a pas eu de silence, de tabou ou d’omerta.

    Vous racontez que, lorsque vous arrivez dans ce village pour vos recherches – vous y avez passé deux ou trois jours par semaine pendant une année en 2008-2009 –, les habitants ne sont absolument pas hostiles. Ni silencieux. Comment cela s’est-il passé ?

    J’avais été mise en garde sur le silence à prévoir des villageois. D’autant que la médiatisation suscitait beaucoup de méfiance. Je me suis présentée comme une sociologue qui travaillait sur la vie d’un petit village de la région parisienne. Ils ne m’ont jamais associée à une journaliste. Et, auprès de moi, ils n’ont pas eu peur de passer pour des salauds. Pas du tout. Ils m’ont parlé de la famille Gouardo comme d’autres familles du village un peu spécifiques.

    Ils m’ont expliqué que tout le monde savait et ils n’en ressentaient aucune honte. À leurs yeux, c’était simplement une famille qui fonctionnait un peu différemment des autres. Elle faisait parler les habitants du village, mais aussi de la cité populaire de la ville voisine [Meaux]. En fait, cet inceste n’était pas pensé comme un crime, c’était juste « un père qui fait des enfants à sa fille ». Et si tout le monde le sait, et que ce n’est pas un crime, alors à qui voulez-vous que l’on dénonce et que voulez-vous que l’on dénonce ?

    L’inceste était tellement su qu’il n’y avait finalement aucune raison de le dénoncer à la justice.

    Seule la médiatisation a créé le scandale. C’est à ce moment-là que les faits ont été qualifiés d’inceste et qu’ils ont récupéré leur charge criminelle. Avant, ils ne sont pas perçus comme tels, la famille était simplement considérée comme une famille un peu différente des autres et qui faisait parler et permettait donc de créer du lien entre habitants.

    Lydia Gouardo, chez elle, à Coulommes, en Île-de-France, le 29 avril 2008. © OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP Lydia Gouardo, chez elle, à Coulommes, en Île-de-France, le 29 avril 2008. © OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

    Pourquoi l’inceste n’est-il pas un crime à leurs yeux ?

    Parce que les habitants n’ont pas su d’un coup que cette fille avait été violée par son père pendant vingt-huit ans et qu’elle en avait eu six enfants. Ça, c’est le récit qui en a été fait par les journalistes, après coup.

    Ils ont appris les faits progressivement, en observant la maison, les déplacements des membres de la famille… Ils ont vu un homme avec une femme, avec trois enfants, dont les deux premiers qui quittent la maison familiale. Puis un homme et sa femme, avec une fille qui est restée. Avec un père grande gueule, pas sympa avec les voisins, mais bon travailleur, imprimeur ambulant, qui fait des cartes de visite à Meaux, y compris pour des notables. Il est perçu comme un bosseur, un type sérieux, avec un fort caractère. Un jour, sa fille est enceinte. Pourtant, personne ne vient dans leur maison. Cela commence à parler… Les habitants ne savent pas qui est le père. Mais ils se demandent, s’interrogent. Puis un deuxième enfant naît. Et les deux ont des ressemblances avec le père… Le commérage se poursuit.

    Peu à peu, cela fait un nombre faramineux de gens qui parlent. Du village au centre commercial de Meaux en face duquel Gouardo a installé son camion d’imprimerie. Aux caisses de Super M où tout le monde fait ses courses, on en parle. Tout le monde est au courant. Progressivement, les faits et le commérage qu’ils suscitent entrent dans la vie quotidienne des habitants, des voisins, des notables de Meaux.

    C’est un commérage qui devient structurant. Il crée des sociabilités. La circulation de l’information ne s’organise pas n’importe comment. Les élus se parlent entre eux ; la secrétaire de mairie est assez fière de savoir ; les anciens du village sont aussi contents de mieux connaître l’histoire que les nouveaux arrivés, car ça montre qu’ils sont vraiment « du pays ».

    Les habitants ont des relations de commerçants avec lui, et même de voisinage, quand bien même ce sont des relations conflictuelles. Pour eux, c’est un mec courageux, qui élève ses enfants à la dure, mais qui les élève bien. Et qui tient bien sa famille.

    Et Gouardo est une grande gueule ; il est trapu, musclé. Il leur fait un peu peur. On est donc content de bien s’entendre avec lui, de pouvoir lui parler. Sans compter qu’il ne fait que des garçons – les six enfants nés des viols sont des garçons –, dans l’imaginaire, cela compte. Le fait qu’il les fasse à sa fille montre aussi qu’il se joue des lois. Il est au-dessus d’elles. Gouardo incarne finalement un certain pouvoir. En le côtoyant, ou en essayant, certains espèrent peut-être récupérer de sa force.

    L’agriculteur qui vivait en face de Gouardo était ravi de me raconter qu’il était allé dans sa maison, qu’il arrivait à parler avec lui. Cela l’intéressait bien plus que de s’inquiéter de ce que l’homme pouvait faire subir à sa fille et de ce que celle-ci subissait.

    Cela en fait-il des complices ?

    Non, pas du tout. Par contre, détenir l’information leur permet de s’élever socialement en occupant une place enviable au sein du village. Cela n’est pas de la complicité.

    Mais comment expliquez-vous que personne ne soit alarmé ? Que personne ne se soit dit qu’il s’agissait d’un crime ?

    Parce que les faits se sont sus petit à petit et qu’ils ont été sus par beaucoup, y compris par des représentants de la justice. Les magistrats du coin participaient certainement au commérage, ne serait-ce que dans leur bureau ou dans leur cercle familial et amical. J’ai également rencontré une avocate du barreau de Meaux, qui défendait des victimes d’inceste et qui, elle aussi, commérait. Elle n’a pas cru Lydia Gouardo quand elle a dénoncé son crime, elle a minimisé…

    Les policiers, aussi, savaient : quand Lydia fuguait, c’est eux qui la ramenaient chez elle. Gouardo avait de nombreux conflits de voisinage ; la police était souvent à la porte de sa maison.

    Lui-même ne se cachait pas. Ses enfants l’appelaient « papa », ils sortaient avec lui, il les emmenait à l’école. Il parlait de « ses enfants ». Les formules étaient ambiguës. Même à l’hôpital quand elle allait accoucher, le personnel demandait qui était le père. Elle disait : « C’est mon père. » Lui répondait : « Oui, car c’est moi qui vais les élever. »

    Il ne se cachait pas, parce qu’il savait que ce qu’il faisait subir à sa fille, sa paternité incestueuse, ne ferait pas scandale. Et pour les habitants, s’il ne se cache pas, c’est bien qu’il n’y a pas crime. Cela crée un brouillage dans les repères. Dans les discussions avec les habitants, certains confondaient fille et femme. Ils parlaient parfois de Lydia comme de sa femme.

    Ce qui est sidérant dans ce que vous trouvez, c’est qu’au-delà des voisins ou des commérages du village, des représentants de la police et de la justice sont, eux aussi, alertés…

    Oui, bien sûr. Gouardo était très régulièrement au tribunal pour des affaires de conflits de voisinage, de droit de passage et de parcelles communes… La belle-mère de Lydia l’avait aussi brûlée dans un bain d’eau brûlante. Lui avait porté plainte contre l’office HLM pour négligence. Donc les juges parlaient de cet homme.

    Il était connu, avec son camion devant la grande surface de Meaux où tout le monde allait faire ses courses. Les maires successifs – dont Jean-François Copé – passaient lui serrer la main. Tout le monde était pris là-dedans. Pour que cela cesse, pour que cet inceste fasse scandale, il a fallu un public extérieur, qui n’a existé qu’avec la médiatisation du procès de la belle-mère, grâce à ce journaliste local et à la reprise des articles, une année plus tard, par la presse nationale.

    Avec la presse, le regard a-t-il alors changé sur la famille ?

    Ce n’est pas parce qu’il y a eu scandale que Lydia Gouardo a été considérée comme une victime. D’une avocate défendant des victimes d’inceste à l’agriculteur d’en face, on entendait les mêmes discours : on s’interrogeait sur les révélations tardives, sur le fait que le nombre des grossesses montrait qu’elle était consentante, etc. Quelle que soit la classe sociale, les arguments sont identiques pour laisser un inceste se perpétrer.

    Et quand la presse met en cause ce « silence » ?

    Les habitants, les voisins, ne comprennent pas ce qui leur tombe dessus. On les accuse d’omerta, d’avoir tu l’inceste. Mais il n’y a pas eu de silence ! C’était pris dans le brouhaha du commérage. Le problème n’était donc pas qu’ils n’en aient pas parlé.

    Et puis, avec son père, elle a formé une famille. Avec six garçons. C’était, en apparence, une jolie famille ; le père était autoritaire, il faisait travailler ses enfants, il allait acheter les pommes de terre chez le maire. Les enfants « avaient une bonne bouille », ils allaient à l’école, ils « étaient propres », c’est ce qu’on m’en disait, il « s’en occupait bien ».

    Lire aussi

    L’affaire Duhamel, révélatrice du « système de l’inceste » Par Lénaïg Bredoux et Marine Turchi

    Quand elle dénonce l’inceste, Lydia casse la famille et son image, et jette l’opprobre sur le village. Les victimes d’inceste qui le révèlent sont très souvent exclues de la famille. Là, les habitants ont exclu Lydia du village, peu ont continué à lui parler, alors qu’avant la famille faisait partie du village.

    Elle est brutalement devenue la salope. Dès que son père est mort, des garçons du village sont venus frapper à sa porte pour la draguer. On m’a aussi rapporté des rumeurs selon lesquelles elle allait se prostituer dans la forêt d’à côté avec une amie.

    Là encore, ce discours était porté par tous les milieux sociaux confondus. Les agriculteurs comme les enseignants. Ces habitants ne sont pas des « autres », ce sont des habitants ordinaires, de classes sociales différentes, et qui furent pris dans une configuration sociale qui intégrait cet inceste.

    Vous parlez d’enseignants, mais comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas eu de signalements auprès de la protection de l’enfance ? Des procédures existent.

    Je pense que c’est davantage le cas aujourd’hui qu’autrefois. Le père est mort en 1999. Les faits ont commencé au début des années 1970…

    De toute façon, disons-le : l’inceste a à voir avec une représentation très patriarcale de la société. L’homme dans sa famille fait ce qu’il veut chez lui ; il est autoritaire ; il fait des enfants, c’est le plus important, et les enfants vont bien, ils mangent à leur faim. Et si la femme n’est pas d’accord, elle n’a qu’à partir.

    À vos yeux, et en dépit de spécificités – le jeune âge des victimes, le lien familial et la durée des violences subies –, l’inceste est-il une « forme paroxystique » des rapports de domination au cœur des violences sexuelles ?

    J’en suis certaine. L’inceste, c’est le début des violences sexuelles, le début de la domination des femmes [les femmes sont très majoritaires parmi les victimes d’inceste, et les auteurs sont à 95 % des hommes – ndlr]. C’est une manière de former, d’élever et de socialiser des enfants.

    Si les femmes laissent faire leur mari, c’est parce que c’est lui qui tient la famille. Les hommes incesteurs, ou agresseurs, sont des hommes à qui les proches reconnaissent une espèce de force. Il s’agit souvent d’une personne respectée, quel que soit le milieu, occupant une place importante dans la famille.

    Comme je l’explique dans mon livre, cette idée est celle popularisée par les féministes nord-américaines, selon lesquelles l’inceste serait l’une des banales violences masculines perpétrées au foyer. Louise Armstrong, porte-parole de la position féministe américaine sur l’inceste, écrivait : « [La pédophilie], c’est ce que les hommes font couramment et régulièrement à la maison parce qu’ils considèrent ça comme un droit. »

    Mais, parce que cette violence est moralement intolérable et parce que trop d’hommes « normaux » devraient sinon être criminalisés et punis, et plus généralement parce qu’elle participe du maintien de la société patriarcale, il faudrait taire cette violence, notamment l’inceste, et, à partir de toutes sortes de « tactiques » et de « stratégies d’occultation », faire croire qu’elle n’existe pas ou qu’elle est rare et ponctuelle, et seulement le fait de « pervers » ou d’hommes « trop aimants ».

    © Editions du Seuil © Editions du Seuil
    On a, en effet, souvent décrit les incesteurs comme des « monstres ». Les études sur l’ampleur du phénomène prouvent que c’est faux. Comment avez-vous réagi en prenant connaissance du livre de Camille Kouchner La Familia grande ?

    J’ai travaillé sur la réception d’une affaire d’inceste dans ce village. Le contexte est ici différent. Mais dans les extraits que j’ai lus, on comprend que, là aussi, l’entourage était au courant et en parlait ou en avait parlé. Il n’y a donc pas eu de « silence », « d’omerta » au sens strict du terme – ce n’était pas un silence réfléchi face à une autre communauté. En réalité, cela se savait, les uns et les autres en parlaient, plus ou moins, selon la place de chacun. Mais cela n’a pas été dénoncé à la justice…

    Mais dans cette affaire encore, l’inceste a été comméré. La question, c’est : pourquoi l’entourage ne s’est-il pas tourné vers la justice ? Il faudrait comprendre pourquoi, selon les places occupées par chacun, cet inceste n’a pas pu être dénoncé. Comme dans l’affaire Gouardo. Parler de silence ou d’omerta conduit à passer à côté de la question fondamentale.

    Dans ce cas, cela va encore plus loin qu’une absence de dénonciation à la justice : la justice elle-même a classé l’enquête lancée en 2011… Avant d’ouvrir une nouvelle enquête, après la publication dans Le Monde et L’Obs des extraits du livre.

    L’inceste est un fait social très important, pratiqué dans tous les milieux sociaux. Malgré son ampleur, il n’est encore l’objet d’aucun grand débat public. Au-delà de leurs actes, les agresseurs occupent une place sociale importante : au sein de la famille, de leur voisinage, professionnellement. Les familiers, les proches, les amis, les voisins, les collègues ont des engagements moraux envers l’agresseur, ou même envers la victime, qui peut demander à la sœur, au frère, à l’autre parent, de ne pas « dire », et qui les empêchent de dénoncer l’agresseur à la justice. Certains peuvent aussi avoir peur de perdre des avantages liés à leur relation avec lui : leur travail, un salaire, ou l’image d’une famille unie. Beaucoup privilégient ces engagements moraux plutôt que de faire acte de citoyenneté en dénonçant les faits à la justice. L’enfant compte souvent moins que ces engagements. Et puis, les faits sont banalisés. Souvent, on entend aussi : « C’était il y a longtemps », « C’est passé », « Ce n’est pas si grave ! ».

    Je pense aussi que la justice ne sait pas bien saisir ces affaires et que ce n’est peut-être pas par elle qu’il va falloir passer pour éradiquer ces pratiques. Actuellement, je travaille sur le recueil des informations préoccupantes. Je constate les difficultés qu’ont les travailleurs sociaux, les policiers et les magistrats à saisir l’inceste : ils cherchent des « faits » et des « traces ». Dans l’inceste, bien souvent, il n’y a ni témoins ni traces. À moins qu’il ne s’agisse d’enfants très jeunes, il peut y avoir pénétration sans déchirure. Sans parler des fellations ou des attouchements… Et après, c’est « parole contre parole », expliquent les professionnels, et la parole de l’enfant n’est pas suffisamment comprise pour faire le poids face à celle de l’adulte.

    La parole des enfants n’est sans doute pas non plus toujours bien considérée.

    De nombreux dossiers sont alors classés. Et ces classements découragent par avance les particuliers et les professionnels qui voudraient dénoncer des incestes à la justice.

    • Les policiers, aussi, savaient : quand Lydia fuguait, c’est eux qui la ramenaient chez elle. Gouardo avait de nombreux conflits de voisinage ; la police était souvent à la porte de sa maison.

      Lui-même ne se cachait pas. Ses enfants l’appelaient « papa », ils sortaient avec lui, il les emmenait à l’école. Il parlait de « ses enfants ». Les formules étaient ambiguës. Même à l’hôpital quand elle allait accoucher, le personnel demandait qui était le père. Elle disait : « C’est mon père. » Lui répondait : « Oui, car c’est moi qui vais les élever. »

      Les gamins ne fuguent pas sans de très bonnes raisons. Mais la société les ramène encore et encore au point de départ.

    • De toute façon, disons-le : l’inceste a à voir avec une représentation très patriarcale de la société. L’homme dans sa famille fait ce qu’il veut chez lui ; il est autoritaire ; il fait des enfants, c’est le plus important, et les enfants vont bien, ils mangent à leur faim. Et si la femme n’est pas d’accord, elle n’a qu’à partir.

    • Je viens de le lire, une telle hypocrisie partagé c’est tellement dément. Et à part les victimes même ici toujours pas de commentaires sur un sujet aussi grave. OSEF. Ce bon père de famille laisse 6 fils probablement aussi bons pères de famille qui suivent ce bon modèle qui fonctionne si bien... pourquoi cela s’arrèterait ? Ca me rend dingue.

      Le comble c’est :

      Quand elle dénonce l’inceste, Lydia casse la famille et son image, et jette l’opprobre sur le village. Les victimes d’inceste qui le révèlent sont très souvent exclues de la famille. Là, les habitants ont exclu Lydia du village, peu ont continué à lui parler, alors qu’avant la famille faisait partie du village.

      Elle est brutalement devenue la salope. Dès que son père est mort, des garçons du village sont venus frapper à sa porte pour la draguer. On m’a aussi rapporté des rumeurs selon lesquelles elle allait se prostituer dans la forêt d’à côté avec une amie.

      Incroyable qu’on avorte les fœtus de fille par millions alors que la malédiction de cette planète ce sont les garçons sur absolument tous les terrains : pollueurs, violeurs, tueurs, agresseurs, prédateurs, pornographe, prostitueurs, viandards...

      Tous les hommes ne sont pas pères, mais 1 femme sur 10 est survivante de l’inceste... Ca fait combien de pères incesteurs ? 1 sur 5, 1 sur 2 ? Personne pour faire ce calcule de l’horreur ?

      Sans compter qu’ il ne fait que des garçons – les six enfants nés des viols sont des garçons –, dans l’imaginaire, cela compte.

      Vivement l’extinction de notre espèce de merde.
      #rage #haine #furie #all_men

    • LE SILENCE DES AUTRES - VICTIME DE SON PÈRE PENDANT 28 ANS

      Ça s’est passé en Seine-et-Marne, dans un charmant village à une demi-heure de Paris, au vu et au su de chacun, dans l’#indifférence totale des voisins, des gendarmes, des services sociaux, de la justice et des médecins... « Pourtant, tout le monde savait ». Avec la collaboration de Jean-Michel Caradec’h, grand reporter, Prix Albert-Londres.

      http://www.michel-lafon.fr/livre/572-Le_silence_des_autres_-_Victime_de_son_pere_pendant_28_ans.html

      #livre

    • Affaire Duhamel : d’autres éléments pourraient intéresser la justice
      https://www.mediapart.fr/journal/france/130121/affaire-duhamel-dautres-elements-pourraient-interesser-la-justice

      Deux jours avant la publication du livre de Camille Kouchner, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire des chefs de « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans » et « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité ».

      Les investigations ont été confiées à la Brigade de protection des mineurs (BPM). L’objectif, d’après le parquet de Paris, est de « faire la lumière » sur les accusations de viols incestueux visant Olivier Duhamel, mais aussi d’« identifier toute autre victime potentielle » et vérifier si les faits dénoncés sont prescrits.

      Dans La Familia grande, paru le 7 janvier aux éditions du Seuil, la juriste et universitaire Camille Kouchner affirme que son frère jumeau – qu’elle nomme « Victor » pour protéger son identité –, a subi, pendant plusieurs années, alors qu’il était mineur, des viols de la part de leur beau-père, le politiste Olivier Duhamel, âgé de 70 ans aujourd’hui.

      Au-delà des viols qu’aurait subis « Victor » – situés par sa sœur à partir de ses 13 ou 14 ans, « à Paris, à Sanary », pendant « des années », « deux ou trois » –, d’autres éléments relatés par Camille Kouchner pourraient intéresser les enquêteurs.

      La juriste affirme notamment que « plus tard », une enfant de douze ans lui a expliqué qu’Olivier Duhamel lui avait « roulé une pelle » « derrière le dos de ses parents » et qu’elle n’avait « rien dit ».

      Elle-même a fait l’objet, d’après son récit, de remarques sexuelles et de commentaires réguliers sur son corps, lorsqu’elle était mineure. Au moment de la baignade par exemple, « surveill[ant] l’évolution des corps », son beau-père commentait, d’après elle : « Dis-donc, ça pousse, ma Camouche ! Mais tu ne vas tout de même pas garder le haut ? T’es pas comme Mumu, la coincée ? [Muriel, la meilleure amie de sa mère, qui se veut pas exposer son corps – ndlr]. » Un autre jour, il lui lançait, selon elle, qu’il « n’aim[ait] pas [sa] bouche » : « Tes lèvres sont trop fines. C’est dérangeant. »

      Elle relate que son beau-père aimait photographier « les culs, les seins, les peaux, les caresses ». Lorsqu’elle était âgée d’« à peine 15 ans », il aurait pris en photo ses seins en gros plan et aurait affiché le cliché en « quatre par quatre » dans la cuisine de la Ferme – la maison des enfants à Sanary –, aux côtés d’autres photos, telle « une photo des fesses de ma sœur dévalant le chemin » et celle de sa « vieille mère, quasi nue dans le jacuzzi, seins flottants ».

      Le soir, après être allé dans la chambre de son jumeau « Victor » à Paris, Olivier Duhamel se rendait dans la sienne, et s’asseyait sur son lit, écrit-elle. « Il me disait : "Tu as mis une culotte ? Tu sais que je ne veux pas que tu mettes de culotte pour dormir. C’est sale. Ça doit respirer." » D’après son récit, Olivier Duhamel venait aussi « parfois » voir leur frère aîné – qu’elle nomme « Colin » –, « dans sa chambre », pour « lui mesurer le sexe avec un double décimètre » dès que leur mère « regardait ailleurs ».

      Il reviendra à la justice de qualifier ces faits. « Les investigations en cours porteront notamment sur les faits susceptibles de revêtir une qualification pénale évoqués dans l’ouvrage écrit par Camille Kouchner », fait savoir ce mercredi à Mediapart le parquet de Paris.

      Dans La Familia grande, Camille Kouchner décrit, plus largement, un climat ultra sexualisé dans lequel évoluaient adultes et enfants, notamment à l’occasion des vacances à Sanary-sur-Mer, où famille et amis se retrouvaient. Aucune frontière ne semble séparer adultes et enfants, d’après son témoignage. « À 7 ans, à 15 ou à 40 », il faut savoir débattre de politique lors de « dîners de révolte » animés. Danser et voir les couples se former. Se baigner nu. Jouer au poker et autres jeux d’argent.

      Elle rapporte cette scène, où, lors d’un jeu de mimes à Sanary, « parents et enfants mélangés », elle a dû mimer le film La Chatte sur un toit brûlant. « Tu connais pas ? C’est un film de cul. Démerde-toi », lui aurait-on expliqué. « Me voilà faisant semblant de baiser devant les parents », se souvient-elle. « Aux enfants, il n’y a rien à cacher ! »

      « À Sanary, rien n’est interdit », mais cette liberté implique de vivre « comme les grands », écrit-elle. Dans son livre se mêlent des comportements qui relèvent du libertinage ou de l’adultère, et d’autres qui peuvent poser davantage question. Là-bas, écrit-elle, « certains des parents et enfants s’embrassent sur la bouche. Mon beau-père chauffe les femmes de ses copains. Les copains draguent les nounous. Les jeunes sont offerts aux femmes plus âgées ». Elle se souvient notamment du « clin d’œil » que lui aurait adressé son beau-père lorsque, petite, elle a découvert que, « sous la table, il caressait la jambe de la femme de son copain, le communicant avec lequel nous étions en train de dîner ». « Il n’y a rien de mal à ça. [...] La baise c’est notre liberté », lui aurait rétorqué sa mère, à qui elle avait confié cet épisode.

      « Tu comprends, j’ai l’amour à l’âge de 12 ans. Faire l’amour c’est la liberté. Et toi, qu’est-ce que tu attends ? », lui aurait encore lancé sa mère, qui, comme sa tante, se « préoccupait » de sa virginité, dit-elle.

      Camille Kouchner rapporte aussi que son frère aîné est encore « un jeune adolescent » lorsque leur mère lui envoie l’une de ses amies – une Sanaryenne de vingt ans de plus – « pour le déniaiser ». Il est alors « flatté, mais largement effrayé », dit-elle.

      Ces comportements et relations sexuels étaient-ils consentis ? Pas tous, si l’on en croit son livre. Elle affirme qu’après une soirée à Sanary, « une main courante a été déposée ». « La jeune femme, à peine vingt ans, était endormie lorsqu’un garçon s’est glissé dans son lit. Elle s’était enfuie à Paris et avait prévenu ses parents. Des explications avaient suivi. La jeune femme a été répudiée, vilipendée par mon beau-père et ma mère, effarés par tant de vulgarité. Quant à moi on m’a expliqué ce qu’il fallait en comprendre : la fille avait exagéré. Mais avec mon frère, ça aussi c’est autorisé », interroge-t-elle dans La Familia grande.

      Un autre livre est susceptible d’intéresser les enquêteurs : celui d’Évelyne Pisier, la mère des jumeaux et compagne d’Olivier Duhamel jusqu’à son décès, en 2017. Dans Une question d’âge (Stock), publié en 2005 – trois ans avant les révélations de « Victor » à sa mère –, la politologue relate des accusations d’inceste de leur fille adoptive à l’encontre de son mari, « Thierry », un professeur d’économie issu de la bourgeoisie, homme de réseaux proche de Michel Rocard et des cercles de pouvoir, « chef de bande » pendant les vacances en « tribu » dans leur maison au soleil.

      Dans un « avertissement » en préambule de l’ouvrage, évoqué par Libération et que Mediapart a lu, Évelyne Pisier donne du crédit à son récit : « J’introduis des éléments autobiographiques dans un récit fictif. Pas exactement fictif. La plupart des faits et gestes de mes héros ne relèvent pas de mon imagination. À ma propre histoire, je mêle des histoires vécues par d’autres. Un entrelacs qui préserve la fonction de témoignage que j’assigne à ce roman ».

      Le livre s’adresse à sa fille adoptive à la seconde personne du singulier. Certains passages sont troublants, au regard de l’affaire que révèle aujourd’hui le livre de Camille Kouchner. Comme cet échange, entre la narratrice et « Thierry » :

      « Mes rapports avec Thierry se détériorent. Entre nous, la tension monte. Ce n’est pas la guerre, mais c’est sinistre. Il ne partage pas mes engouements associatifs. "Tu vas encore chez tes Alcooliques anonymes ?" Je rétorque, glaciale : "Tu préfères les réseaux de pédophiles ?" ».

      Ou cet extrait, au commissariat, lorsque « Thierry » fait l’objet, pendant trois mois, d’une enquête judiciaire :


      Extrait du livre d’Évelyne Pisier paru en 2005. Extrait du livre d’Évelyne Pisier paru en 2005.

      Face à ces accusations, la narratrice dit dans ce livre « tenir bon » : « Elles sont nombreuses à douter de leurs maris. D’autres tiennent bon. J’en suis, écrit-elle dans ce livre. Jusqu’à quand ? Une « amie » confie gentiment à Nina [la fille aînée d’Évelyne Pisier dans le livre, ndlr] : « Je ne crois pas au viol. Même pas aux attouchements. Mais tout de même, Thierry entretient une relation trop ambiguë avec sa fille. Je me suis toujours demandé comment ta mère le supportait… Et avec toi, comment était-il ? »

      « Trois mois plus tard, notre dossier est classé, raconte-t-elle. Le juge renonce à mettre Thierry en examen. Sur les abus sexuels, tu t’es rétractée. Comme le fils de Camille [une amie de la famille dans le livre, ndlr]. Comme tant d’autres enfants dont je fréquente désormais les parents. Rien ne prouve que tu n’as pas menti. Rien ne prouve l’inverse non plus. De cette aventure nauséabonde, quelle trace restera-t-il ? Notre couple se défait. »

      En 2011, une enquête judiciaire avait déjà été ouverte par le parquet de Paris, après la transmission d’éléments découverts en marge d’une autre enquête : celle concernant la mort de l’actrice Marie-France Pisier, 66 ans, la sœur cadette d’Évelyne Pisier.

      Le 24 avril 2011, la comédienne avait été retrouvée morte au fond de la piscine de sa résidence de Saint-Cyr-sur-Mer (Var), encastrée dans une lourde chaise en fer forgé, bottes en caoutchouc aux pieds. Accident ? Suicide ? Meurtre ? À l’époque, la presse s’interroge. D’autant que l’autopsie n’a pas décelé d’eau dans les poumons de l’actrice. Les analyses toxicologiques indiquent un taux d’alcoolémie important et la présence d’antidépresseur et d’antalgique à doses thérapeutiques.

      Dans La Familia grande, Camille Kouchner présente sa tante comme l’une de leurs rares soutiens : au fil des années, « seule Marie-France se débat », écrit-elle. « [Elle] s’est lancée dans une entreprise acharnée. Elle a lutté contre l’horreur comme elle pouvait. Elle a prévenu ses amis. Sa sœur avec un pédophile qui s’en était pris à son fils. C’était insupportable, inacceptable. Pendant des mois elle a cherché des appuis pour convaincre ma mère, pour lui ouvrir les yeux et la persuader de le quitter. » Mais l’actrice a fini par se « désespérer », et les deux sœurs Pisier « se sont fâchées ».

      Les gendarmes de la brigade de recherches de Toulon interrogent à l’époque le cercle familial et amical de Marie-France Pisier. C’est dans ce cadre qu’ils recueillent incidemment des confidences sur des violences sexuelles qu’aurait commises Olivier Duhamel sur son beau-fils.

      L’enquête n’a pas établi de lien entre la connaissance par l’actrice de ces éléments et sa mort, assure à Mediapart une source proche du dossier. Mais les enquêteurs ont à l’époque rédigé un rapport incident au procureur adjoint de Toulon, Pierre Cortès, qui dirigeait l’enquête sur la mort de l’actrice. Celui-ci transmet ces éléments au parquet de Paris, celui de Toulon n’étant pas compétent territorialement.

      Dans son livre, Camille Kouchner relate que l’ordinateur de sa tante a été exploré dans le cadre de l’enquête et que ses échanges de mails avec Évelyne Pisier ont dû être trouvés. Elle explique aussi qu’une amie de l’actrice s’était confiée aux policiers.

      Les enquêteurs auditionnent alors « Victor ». Le jeune homme de 36 ans accepte de répondre à leurs questions, mais il refuse de porter plainte. « Cette histoire ne vous regarde pas », dit-il aux policiers, d’après le récit de sa sœur. Fait étonnant, Olivier Duhamel n’a lui jamais été auditionné. « L’enquête s’est arrêtée. Sous mes yeux, le récit d’un inceste. Et l’enquête s’est arrêtée. Police partout, justice nulle part. Pas la peine de me le rappeler », écrit Camille Kouchner dans son livre.

      Selon nos informations, l’enquête a été classée sans suite en novembre 2011, par la procureure adjointe. Avec quel motif ? Questionné par Mediapart, le parquet de Paris élude, et indique simplement que « la procédure initiée en octobre 2011 n’a pas donné lieu à suites judiciaires ». Une source proche du dossier évoque auprès de Mediapart « un problème de possible prescription de l’action publique ». Il n’en demeure pas moins qu’Olivier Duhamel n’a pas été questionné par les enquêteurs.

      À l’époque, l’affaire est sensible. Certes, Olivier Duhamel n’est plus, en 2011, conseiller du président du Conseil constitutionnel (1983-1995), ni député européen PS (1997-2004). Mais il est un personnage influent, constitutionnaliste de renom, invité des médias et proche des cercles du pouvoir. Il dirige déjà la revue Pouvoirs, siège au conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), l’organe de gouvernance de Sciences-Po Paris, et est vice-président du club le Siècle, deux entités dont il prendra la tête par la suite. Quatre ans plus tôt, en 2007, il a participé au Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République, mis en place par le chef de l’État Nicolas Sarkozy et présidé par Édouard Balladur.

      Ce dossier mettant en cause une personnalité publique a-t-il été placé sous haute surveillance politique ? Le Garde des Sceaux de l’époque, Michel Mercier, affirme à Mediapart n’avoir « jamais su qu’il y avait eu cette enquête préliminaire » et n’avoir « jamais entendu parler de l’affaire de M. Duhamel », qu’il n’a « jamais rencontré et à qui [il] n’[a] jamais parlé ». « Personne ne m’a averti », dit-il. Il ajoute que, ministre, il avait « pris une position toute simple » : « Je savais bien qu’il ne fallait surtout pas que le ministre se mêle des procès, enquêtes. Donc je n’ai jamais demandé à être informé sur aucun procès. Et à l’époque la direction des affaires criminelles et des grâces n’était pas informée des classements ». Le ministre de l’intérieur de l’époque, Claude Guéant, nous répond n’avoir « aucun souvenir de cette enquête ».

      Sollicités mardi et mercredi par Mediapart, Olivier Duhamel et son avocate, Frédérique Baulieu, n’ont pas donné suite.

      L’affaire continue en tout cas de susciter des remous. Mercredi 13 janvier, le conseiller d’État Marc Guillaume – par ailleurs mis en cause par des accusations de « comportements sexistes » portées par des conseillères de l’Élysée –, a annoncé qu’il démissionnait des fonctions occupées dans « des établissements » où il a « travaillé avec Olivier Duhamel » : la FNSP, la revue Pouvoirs, qu’il a longtemps codirigée avec le constitutionnaliste, et le club Le Siècle. « Fréquentant Olivier Duhamel depuis des années, je me sens trahi et condamne absolument ces actes », a ajouté l’ancien secrétaire général du gouvernement et actuel préfet d’Ile-de-France dans un communiqué, assurant qu’il ignorait « totalement » les accusations d’inceste visant Olivier Duhamel.

  • Viol incestueux : Et on ose encore dire que nous ne savions pas ! + Inceste, la machine à broyer

    Communique de presse du Collectif National pour les Droits des Femmes

    La sortie du livre de Camille Kouchner La Familia Grande suscite une forte émotion.

    Nous saluons le courage immense de cette femme ainsi que celui de son frère jumeau.

    Mais la réaction de la société qui semble découvrir, comme sidérée, la réalité du viol incestueux ne peut que nous étonner . En 1985 et 1986 déjà, étaient publiés deux témoignages de victimes : De la honte à la colère de Viviane Clarac et Nicole Bonnin et le Viol du silence d’Eva Thomas.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/01/09/viol-incestueux-et-on-ose-encore-dire-que-nous-ne-savio

    #viol #inceste

  • Occupation du Capitole, la face obscure de l’Amérique révélée | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2021/01/07/occupation-du-capitole-la-face-obscure-de-lamerique-revelee

    Les démocrates n’ont guère su opposer à chaque provocation de Trump que leur indignation morale, ce qui est toujours un signe d’aveuglement face à un phénomène politique nouveau. Ils peuvent bien rouvrir les yeux maintenant, le phénomène Trump n’a pas disparu. il bénéficie du soutien de la frange la plus mobilisée de ses électeurs qui, loin d’être découragés par ses outrances verbales et ses appels à la violence, y reconnaissent leur propre colère. Ce qui soude la masse de ses supporters, c’est le pouvoir de dire non aux vérités établies. L’incrédulité est érigée en croyance absolue. Aucune autorité n’est épargnée, ni politiques, ni medias, ni intellectuels ni chercheurs. Tous sont voués au bûcher trumpiste.

    Ce sont les conservateurs anti-Trump qui parlent le mieux de Trump. Selon George Will, un éditorialiste néoconservateur, les provocations du président depuis son élection, amplifiées par « les technologies modernes de communication », ont « encouragé une escalade dans le débat public d’une telle violence que le seuil du passage à l’acte s’est trouvé rabaissé chez des individus aussi dérangés que lui ». Donald Trump « donne le ton à la société américaine qui est malheureusement une cire molle sur laquelle les présidents laissent leurs marques ». Et Will de conclure : « Ce roi Lear de bas étage a prouvé que l’expression “bouffon maléfique” n’est pas un oxymore. »

    • Ca à l’air interessant dommage qu’il y ait un #paywall
      Je me demande bien ce qu’on peu opposé à Trump et ses supporters nazis, Qanon, survivalistes... Illes sont violents, armés, hors d’atteinte de toute argumentation. Illes se propagent en Europe à une vitesse impressionnante et les crises qui nous attendent les feront prospéré. D’accord pour dire que ce sont des bouffons maléfiques, mais je ne voie pas ce qui serait possible de faire contre cette épidémie de malfaisance, pendant qu’on s’épuise à en raisonné un, il y en à 100 de nouveaux qui sont convertis.

    • Occupation du Capitole, la face obscure de l’Amérique révélée
      Par Christian Salmon

      Face aux images des supporters de Donald Trump envahissant le Capitole, Joe Biden a longuement insisté : ceci n’est pas le vrai visage de l’Amérique. Mais si ces images se sont propagées si rapidement, n’est-ce pas au contraire parce qu’elles révélaient la face cachée de la vieille démocratie ? La preuve est faite, le phénomène Trump n’est pas l’histoire d’un fou qui se serait emparé du pouvoir par surprise, il dit la vérité de l’époque, l’entrée dans une ère politique inconnue où le grotesque, les bouffons, le carnaval vont subvertir et disputer le pouvoir.

      « Vous avez tous vu ce que j’ai vu », a déclaré Joe Biden après l’occupation du Capitole le 6 janvier par des émeutiers trumpistes, « les scènes de chaos au Capitole ne reflètent pas la véritable Amérique, ne représente pas qui nous sommes ».

      Avons nous vu la même chose que Joe Biden dans les images de l’occupation du Capitole par des groupes d’émeutiers pro-Trump ? Rien n’est moins sûr. Car ces images sidérantes, images délirantes où le burlesque croisait le tragique et la vulgarité mimait l’historique, représentaient bien une certaine Amérique à laquelle le nouveau président élu va très vite se confronter. Si elles se sont répandues aussi vite sur les réseaux sociaux, ce n’est pas parce qu’elles ne ressemblaient pas à l’Amérique mais bien au contraire parce qu’elles en révélaient la face cachée.

      Ces images portaient atteinte non seulement à la loi et aux usages démocratiques, elles profanaient un certain ordre symbolique, l’image que l’Amérique a d’elle même, un imaginaire démocratique sans cesse retravaillé. Elles en profanaient les rites et les habitus dans une scène de carnaval endiablé, burlesque mené par des clowns aux déguisements d’animaux. Et l’impact de ces images était tout aussi destructeur qu’une tentative avortée de coup d’État, il jetait le discrédit sur des institutions et des procédures séculaires, celles qui président à la transition démocratique, qui légitiment le crédit des élections, les processus de vérification et de recomptage, la certification du candidat élu.

      Cette profanation symbolique est au cœur de la stratégie trumpiste.

      Avec Trump il ne s’agit plus de gouverner à l’intérieur du cadre démocratique, selon ses lois, ses normes, ses rituels, mais de spéculer à la baisse sur son discrédit. Son pari paradoxal consiste à asseoir la crédibilité de son « discours » sur le discrédit du « système », à spéculer à la baisse sur le discrédit général et à en aggraver les effets. Depuis son élection, Trump n’a pas cessé d’être en campagne. La vie politique sous Trump s’est transformée en une suite de provocations et de chocs sous la forme de décrets, de déclarations ou de simples tweets : muslim ban, défense des suprémacistes blancs après les événements de Charlottesville, guerre des tweets avec la Corée du Nord, tentative de criminaliser le mouvement de protestation qui a surgi après le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd…

      Trump a lancé un défi au système non pour le réformer ou le transformer, mais pour le ridiculiser.

      Pendant sa campagne Trump s’était adressé, via Twitter et Facebook a cette partie de la société qui avait fait sécession et il avait réussi à fédérer en quatre ans en une masse survoltée ces mécontentements dispersés. Trump avait orchestré leur ressentiment, réveillé les vieux démons sexistes et xénophobes, donné un visage et une voix, une visibilité, à une Amérique déclassée tout autant par la démographie et la sociologie que par la crise économique. Il a libéré une puissance sauvage et indistincte qui n’attendait que de se donner libre cours. Et il l’a fait à sa manière, cynique et caricaturale. Il s’est jeté sur ces foules envahies par le désir de revanche, et il les a excitées. Trump a lancé un défi au système non pour le réformer ou le transformer, mais pour le ridiculiser. Mission accomplie au soir du 6 janvier.

      Les démocrates n’ont guère su opposer à chaque provocation de Trump que leur indignation morale, ce qui est toujours un signe d’aveuglement face à un phénomène politique nouveau. Ils peuvent bien rouvrir les yeux maintenant, le phénomène Trump n’a pas disparu. il bénéficie du soutien de la frange la plus mobilisée de ses électeurs qui, loin d’être découragés par ses outrances verbales et ses appels à la violence, y reconnaissent leur propre colère. Ce qui soude la masse de ses supporters, c’est le pouvoir de dire non aux vérités établies. L’incrédulité est érigée en croyance absolue. Aucune autorité n’est épargnée, ni politiques, ni medias, ni intellectuels ni chercheurs. Tous sont voués au bûcher trumpiste.

      Ce sont les conservateurs anti-Trump qui parlent le mieux de Trump. Selon George Will, un éditorialiste néoconservateur, les provocations du président depuis son élection, amplifiées par « les technologies modernes de communication », ont « encouragé une escalade dans le débat public d’une telle violence que le seuil du passage à l’acte s’est trouvé rabaissé chez des individus aussi dérangés que lui ». Donald Trump « donne le ton à la société américaine qui est malheureusement une cire molle sur laquelle les présidents laissent leurs marques ». Et Will de conclure : « Ce roi Lear de bas étage a prouvé que l’expression “bouffon maléfique” n’est pas un oxymore. »

      Si la bouffonnerie relève le plus souvent du registre de la comédie et de la farce sans intention maléfique, Trump a utilisé les ressorts du grotesque pour orchestrer le ressentiment des foules, réveiller les vieux démons sexistes, racistes, antisémites.

      « Bouffon maléfique » : en associant ces deux termes, l’éditorialiste conservateur mettait en évidence le caractère clivé du pouvoir de Trump sur lequel la critique de ses opposants a constamment achoppé. Depuis quatre ans la réaction des démocrates et des principaux medias aux États-Unis est celle d’une incompréhension des mécanismes de ce nouveau pouvoir hégémonique incarné par Trump. Ce qu’ils n’ont pas compris c’est la centralité de ce personnage extravagant, la modernité et la résonance de son message dans la société et dans l’histoire de l’Amérique. Son omniprésence sur Twitter et celle d’un roi de carnaval qui s’arroge le droit de tout dire et de jeter le discrédit sur toutes les formes de pouvoir.

      Le phénomène Trump n’est pas l’histoire d’un fou qui se serait emparé du pouvoir par surprise… Bien au contraire, ce phénomène dit la vérité de l’époque, l’entrée dans une ère politique inconnue.

      Le pouvoir grotesque c’est la continuation de la politique discréditée par d’autres moyens.

      Dans son cours au Collège de France en 1975-76, Michel Foucault a forgé l’expression « pouvoir grotesque » ; il ne s’agit nullement pour lui de faire un usage polémique des mots « grotesques » ou « ubuesque » dans le but de disqualifier les hommes d’Etat qui seraient ainsi définis mais de tenter de comprendre au contraire la rationalité de ce pouvoir grotesque, une rationalité paradoxale puisque elle se manifeste par l’irrationalité de ses discours et de ses décisions. « La souveraineté grotesque opère non pas en dépit de l’incompétence de celui qui l’exerce mais en raison même de cette incompétence et des effets grotesques qui en découlent […] J’appelle grotesque le fait qu’en raison de leur statut, un discours ou un individu peut avoir des effets de pouvoir que leurs qualités intrinsèques devraient disqualifier. »

      Selon Foucault, le pouvoir grotesque est l’expression de sa puissance extrême, de son caractère nécessaire. « Le détenteur de la majestas, de ce plus de pouvoir par rapport à tout pouvoir quel qu’il soit, est en même temps, dans sa personne, dans son personnage, dans sa réalité physique, dans son costume, dans son geste, dans son corps, dans sa sexualité, dans sa manière d’être, un personnage infâme, grotesque, ridicule […] Le grotesque, c’est l’un des procédés essentiels à la souveraineté arbitraire. L’indignité du pouvoir n’en élimine pas les effets, qui sont au contraire d’autant plus violents et écrasants que le pouvoir est grotesque. »

      « En montrant explicitement le pouvoir comme abject, infâme, ubuesque ou simplement ridicule, il s’agit de manifester de manière éclatante le caractère incontournable, l’inévitabilité du pouvoir, qui peut précisément fonctionner dans toute sa rigueur et à la pointe extrême de sa rationalité violente, même lorsqu’il est entre les mains de quelqu’un qui se trouve effectivement disqualifié ».

      Michel Foucault nous alertait avec une prescience remarquable contre l’illusion partagée depuis quatre ans aux Etats Unis par les media et les démocrates qui consiste à voir dans le pouvoir grotesque « un accident dans l’histoire du pouvoir », « un raté de la mécanique », alors qu’il est « l’un des rouages qui font partie inhérente des mécanismes du pouvoir ».

      Le pouvoir grotesque c’est la continuation de la politique discréditée par d’autres moyens. Comment incarner un pouvoir politique basé sur le discrédit sinon en mettant en scène un pouvoir sans limite, débridé, qui déborde les attributs de la fonction et les rituels de légitimation.

      « C’est un clown – littéralement, il pourrait avoir sa place dans un cirque », a déclaré un jour Noam Chomsky. Dans un cirque ou au cœur du carnaval qu’est devenue la politique mondiale. Loin de se présidentialiser une fois élu, comme on s’y attendait, il a ridiculisé la fonction présidentielle par ses foucades, ses sautes d’humeur, ses postures ubuesques. Au terme de son mandat, il a lancé ses supporters à l’assaut du Capitole, promettant même de les accompagner. Un Président insurrectionnel, c’est du jamais vu ! Mais est-ce si surprenant ?

      Frances Fox Piven et Deepak Bhargava écrivaient au mois d’août 2020 dans un article de The Intercept, « Nous devons nous préparer maintenant à répondre, psychologiquement et stratégiquement, à quelque chose qui s’apparente à un coup d’État. Ce sont des scénarios sombres mais plausibles, et nous ferions mieux de les affronter plutôt que de les éviter. »

      Depuis sa campagne de 2016 Donald Trump n’a-t-il pas surfé sur cette vague de discrédit dans l’opinion qui lui a valu le vote de plus de 70 millions d’électeurs. Le 6 janvier, c’était leur fête et leur consécration. Ils tenaient le Capitole, même brièvement, même symboliquement. Les images en témoigneront longtemps, éclipsant les images officielles de la transition du 20 janvier comme leur contrepoint, côte à côte comme Crédit et Discrédit. Elles ne reflètent peut-être pas la véritable Amérique selon Joe Biden, mais elles en sont la face obscure soudain révélée. La tyrannie des bouffons ne fait que commencer.

    • Merci @gillesm
      Sur l’oiseau bleu, beaucoup de commentaires sur le fait que la police s’est montré beaucoup moins violentes envers les putchistes blancs de blancs qu’elle ne l’aurait été face à une contestation de personnes « racisées ». Cette face-là n’est pas cachée, mais sans doute sous-estimée.

  • Quand parler d’inceste était intolérable : l’affaire Violette Nozière
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/quand-parler-dinceste-etait-intolerable-laffaire-violette-noziere

    Les révélations de victimes d’#inceste font régulièrement la une des journaux. Ce phénomène nouveau témoigne de l’évolution sociétale du regard porté sur un tabou. L’histoire de #Violette_Nozière, dans les années 30, nous rappelle comment étaient alors considérées les #victimes de ces #crimes.

    #paternalisme #tabou #violences_sexuelles

    • bah y a la meuf qui le plaint. Derrière ça condamne avec tristesse et effroi. (bon en fait ah bien y regardé, elle a l’air de le regarder avec dégoût (et je crois que je vais pas m’en sortir là)).

    • Une étape a peut-être été franchie dans l’évolution du seuil de tolérance avec la parution attendue du livre de Camille Kouchner qui en accuse son beau-père Olivier Duhamel. La presse en parle avec attention et bienveillance pour les victimes, et Olivier Duhamel a immédiatement démissionné de toutes ses fonctions refusant tout commentaire. Le témoignage a valeur de condamnation unanime de principe avant même la parution du livre

    • Ce matin sur FC

      Pour répondre à ces questions, nous recevons Fabienne Giuliani, historienne, spécialiste de l’inceste rattachée à l’agence nationale de recherche Dervi et autrice de Les liaisons interdites, histoire de l’inceste au XIXe siècle (pub. de la Sorbonne), ainsi que Rodolphe Costantino, avocat au Barreau de Paris, spécialiste des maltraitances sur enfants.

      https://www.franceculture.fr/emissions/linvitee-des-matins/des-origines-de-linceste-a-la-liberation-de-la-parole

    • La seconde partie avec Rodolphe Costantino est désespérante. A part si tu peu sortir un bouquin il n’y a aucune chance que la justice s’intéresse à des affaires d’inceste. La justice ignore les affaires d’inceste pour sa propre sauvegarde tellement les cas sont nombreux. La parole des mères a encore moins de valeur que celle des enfants et les pères sont jugés bien sous tous rapports si ils ne portent pas directement sur le visage les stigmates du vice.

  • Duhamel Kouchner : Merci à celles qui brisent l’omerta
    https://sandrine70.wordpress.com/2021/01/05/duhamel-kouchner-merci-a-celles-qui-brisent-lomerta

    Je voudrais surtout ici réagir à un tweet mal intentionné qui reproche à Camille Kouchner d’être la compagne de Louis Dreyfus, président du directoire du Monde qui le premier sort l’affaire (mais 3 jours avant la parution du livre au Seuil donc s’il fallait lui reprocher qqch, ce serait de privilégier le média de son conjoint, et alors ?), avec L’Obs, dont il est aussi le patron. Alors non, ça ne me choque pas. Mais m’inspire deux réflexions.

    La première, pas nouvelle, c’est qu’il faut ça pour qu’une femme puisse parler. Etre Adèle Haenel, actrice reconnue, ou Vanessa Springora, éditrice reconnue, ou enfin Camille Kouchner, avocate et proche d’un grand patron de presse. On imagine combien c’est difficile pour celles qui n’ont pas ces soutiens de le faire, et on les remercie de le faire aussi pour elles. Pensons aussi à toutes les autres pour qui être entendues (parce qu’elles parlent) est encore plus difficile

    Deuxièmement, c’est une bonne nouvelle, qu’aujourd’hui des médias, des réseaux d’influence puissent servir la dénonciation des crimes et non plus la protection des criminel·les Et quand c’est Le Monde, on sait en plus qu’ils ne le font pas à la légère mais avec sérieux. Depuis quelques mois, avec les unes sur les féminicides, avec la une contre l’inceste, on voit que le plus réputé des quotidiens français a évolué.
    Et si c’est parce qu’un homme puissant a su écouter la parole des victimes, qu’il ne s’agit évidemment pas de vengeance mais de justice et de vérité, alors je dirais juste, TANT MIEUX !

    #inceste #violences_sexuelles #viol #culture_du_viol #domination_masculine #domination_adulte #famille #omerta

  • L’inceste, un phénomène tabou à l’ampleur méconnue
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/05/l-inceste-un-phenomene-tabou-a-l-ampleur-meconnue_6065232_3224.html

    Massif, dévastateur et encore bien souvent tabou. Tel est l’inceste, aujourd’hui encore, dans notre société. Massif ? Bien qu’encore trop rares, les études sur le sujet montrent qu’entre 5 % et 10 % des Français ont été victimes de violences sexuelles durant leur enfance, qui se déroulent, dans 80 % des cas, au sein de la sphère familiale. Dans un sondage Ipsos réalisé en novembre 2020 pour l’association Face à l’inceste, un Français sur dix affirme en avoir été victime.

    Des garçons et surtout des filles de tous les milieux sociaux sont concernés. La première agression survient, en moyenne, à l’âge de 9 ans. Dans l’immense majorité des cas, les auteurs sont des hommes, ce que confirme une note de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales publiée en décembre 2020, qui s’appuie sur les chiffres des services de police et les unités de gendarmerie. Sur 6 737 personnes mises en cause pour des violences sexuelles incestueuses entre 2016 et 2018, 95 % sont de sexe masculin. Parmi les 4 341 victimes de violences sexuelles incestueuses (dont 77 % de filles) enregistrées pendant ces trois ans, la moitié avait moins de 4 ans, indique par ailleurs l’étude.

    Isabelle Aubry, présidente fondatrice de l’association Face à l’inceste, a d’autres mots pour décrire la prévalence de ce fléau : « Un Français sur trois connaît une victime d’inceste », assure la militante. La formule a l’avantage de montrer l’ampleur du phénomène, qui impacte la société dans son ensemble, au-delà des seules victimes qui apparaissent dans les statistiques officielles.

    Ceci nous amène à la dimension dévastatrice de l’inceste. Pour Catherine Milard, directrice de l’association SOS Inceste & Violences sexuelles, qui accompagne des victimes, l’inceste s’apparente à « une destruction totale de l’individu, de l’identité psychique et corporelle de l’enfant ». L’une de ses particularités réside dans la difficulté pour l’enfant qui le subit d’en saisir la gravité. Le terrible conflit de loyauté qu’il provoque, lié à la relation de proximité entre l’agresseur et la victime, a de fortes répercussions sur sa construction. Le tout aggravé, bien souvent, par la répétition des faits.

    #famille #inceste #déni #paywall #indifférence

  • Olivier Duhamel, l’inceste et les enfants du silence, Ariane Chemin
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/04/olivier-duhamel-l-inceste-et-les-enfants-du-silence_6065166_3224.html

    ENQUÊTE
    Dans « La Familia grande », publié au Seuil jeudi 7 janvier, la juriste Camille Kouchner accuse son beau-père d’avoir abusé de son frère jumeau quand ils étaient adolescents. Le célèbre constitutionnaliste vient de démissionner de la Fondation nationale des sciences politiques.

    Les affaires d’inceste sont des histoires de mutisme et d’omerta. Celle-ci est une suite de silences emboîtés. Nous sommes à la fin des années 1980. Dans une famille d’intellectuels parisiens, un garçon de 13 ans voit son beau-père, universitaire de renom, s’inviter le soir dans sa chambre. Il confie ce secret à sa sœur jumelle, Camille, mais lui demande de se taire. L’inceste, un crime sur lequel ces adolescents ne posent pas encore de nom, dure deux ans au moins. Vingt années plus tard, alors qu’ils ont chacun atteint la trentaine, la jeune femme pousse son frère à confier enfin cette souffrance enfouie à leur mère. Mais celle-ci décide de protéger son mari et reste muette, elle aussi, comme les amis du couple, des personnalités en vue soucieuses d’éviter tout scandale.

    Ce beau-père si longtemps secouru, c’est le politiste Olivier Duhamel. Son épouse ? Evelyne Pisier, une spécialiste de l’histoire des idées politiques, décédée en 2017. Sa fille Camille, née comme ses frères d’un premier mariage avec l’un des pionniers de la médecine humanitaire, l’ancien ministre Bernard Kouchner, dévoile cette histoire édifiante dans un récit intitulé La Familia grande , qui doit être publié jeudi 7 janvier aux éditions du Seuil. Juriste et spécialiste du droit du travail, Camille Kouchner a voulu, même si les faits en question sont frappés de prescription, rendre compte de l’emprise exercée, selon elle, par cet homme qui l’a en partie élevée, elle et ses frères. « Pourquoi aurait-il le droit de vivre hors de cette réalité quand, moi, elle me hante ? »

    Olivier Duhamel est un homme doté d’une surface sociale comme Paris sait si bien en faire émerger. A 70 ans, le constitutionnaliste règne sur la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), qui finance Sciences Po et dont le conseil d’administration est l’un des lieux d’influence les plus verrouillés du monde universitaire. Ni vraiment militant ni pur mandarin, il est l’auteur d’un ouvrage potassé par des milliers d’étudiants en droit « constit », La Gauche et la Ve République (son sujet de thèse, publié aux PUF en 1980), et préside Le Siècle, ce club prestigieux – et très masculin – où se retrouve l’élite française.

    Il coanime aussi chaque samedi sur Europe 1 l’émission « Mediapolis » et commente l’actualité politique sur les plateaux de la chaîne LCI. Enfin, il est membre du comité de pilotage de la Fondation Culture et diversité, de son ami l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière. Olivier Duhamel, ancien compagnon de route du Parti socialiste et député européen de 1997 à 2004, n’a jamais quitté la scène du pouvoir. Le 23 avril 2017, il faisait partie des happy few réunis à la brasserie parisienne La Rotonde pour fêter la victoire d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle.

    Dans son livre, Camille Kouchner baptise son frère « Victor », pour tenter de le soustraire à la curiosité des médias. L’inceste puis les conflits de loyauté qu’il a induit ont ravagé sa famille dans sa chair. « Victor » a toujours refusé d’aborder publiquement le sujet, mais il a laissé sa jumelle l’aborder à travers ce texte qu’il a relu à deux reprises. « Je vous confirme que ce que ma sœur a écrit à propos des agissements d’Olivier Duhamel à mon égard est exact », atteste-t-il au Monde.

    Le secret d’une « grande famille »

    « Je ne révèle rien dans ce livre. Tout le monde sait », lâche Camille Kouchner. « Tout le monde », non. Mais un bon nombre d’amis du couple, figures de la bourgeoisie intellectuelle parisienne. Beaucoup avaient 20 ans en 1968 et ont fini par composer une sorte de famille élargie, la « familia grande », s’amusait Olivier Duhamel, comme si le romantisme des révolutions sud-américaines avait irrigué ce réseau amical. Voici, tel que Le Monde a pu le reconstituer, ce que cette « grande famille » a appris depuis 2008 et préservé sans souffler mot. « Une véritable omerta », confirme un proche ami du couple, qui s’est éloigné quand il a su.

    C’est au tout début des années 1980, à quelques mois de l’élection de François Mitterrand, qu’Evelyne Pisier rencontre un jeune enseignant de presque dix ans son cadet. Avec Bernard Kouchner, dont elle a divorcé, elle a eu trois enfants : un fils aîné, Julien, aujourd’hui éditeur de presse et âgé de 50 ans, puis, cinq ans plus tard, des jumeaux, Camille et « Victor ».

    Evelyne Pisier est alors l’une des premières agrégées de droit public et de science politique, féministe pratiquante et résolument de gauche. Partie à Cuba en 1964, elle a vécu une idylle de quatre ans avec Fidel Castro. Sa cadette, l’actrice Marie-France Pisier, est pour sa part devenue la belle intello chère à Truffaut, Rivette et Téchiné. Pour la gauche intellectuelle française, les deux sœurs sont des icônes.

    Boucles brunes et cols roulés, bottes camarguaises, charmant et curieux, Olivier Duhamel se fond vite dans la bande d’« Evelyne ». En 1983, il a 33 ans ; le couple emménage au bord du jardin du Luxembourg, à Paris. L’amour qu’il voue à cette femme, « leur connivence intellectuelle, la tendresse infinie de son regard sur elle », dit Camille Kouchner, comme l’attention portée à sa petite famille séduisent le trio de gamins. « Vous êtes mes enfants, et mieux encore », répète le beau-père. Les jumeaux n’ont que 8 ans et compensent les absences de leur père par la présence de ce nouveau venu, complice et déconneur.

    La fin d’une époque bénie

    Tout est assez « olé olé » chez les Pisier-Duhamel. Le maître mot d’Evelyne, c’est « liberté ». Liberté pour une femme de quitter son compagnon si elle ne l’aime plus, liberté pour les enfants de se coucher à l’heure rêvée, liberté pour les parents de se baigner nus, l’été, dans la piscine de Sanary-sur-Mer, dans le Var. Olivier Duhamel a en effet hérité de la propriété de ses parents : son père, Jacques, grande figure centriste, deux fois ministre sous Pompidou, et sa mère, Colette, éditrice, devenue par la suite l’épouse de Claude Gallimard, patron de la fameuse maison d’édition.

    A Sanary, on rit, on bronze, on débat, on peint le monde en rose. Gaité et intelligence. Les enfants vivent comme les adultes et appellent leurs parents par leurs prénoms. Dans ce phalanstère foutraque défile la gauche culturelle : le philosophe Luc Ferry (les premières années), la productrice Fabienne Servan-Schreiber, le documentariste et historien Patrick Rotman et son frère Michel, le professeur Mario Bettati, théoricien du droit d’ingérence humanitaire, Janine Mossuz-Lavau, pilier de Sciences Po, mais aussi l’avocat pénaliste Jean Veil (dont Olivier Duhamel est désormais l’associé, au sein de son cabinet) et l’ex-ministre socialiste de la justice Elisabeth Guigou – future présidente de la commission sur les violences sexuelles commises contre les enfants, créée en 2020.

    Lire aussi « Evelyne Pisier, un être moral » : l’hommage de Luc Ferry

    Le 24 octobre 1987, toute la bande escorte Evelyne, 46 ans, et Olivier, 37 ans, dans les Yvelines jusqu’à l’hôtel de ville de Conflans-Sainte-Honorine, où les attend le maire socialiste, Michel Rocard : le couple rêve d’adopter deux enfants au Chili et ce mariage en bonne et due forme doit donner du poids à leur dossier. Dernière période bénie. L’année suivante, tout commence en effet à vriller. Au printemps 1988, Paula Caucanas-Pisier, la mère d’Evelyne et de Marie-France, pilier du Planning familial et secrétaire générale de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, se suicide à l’âge de 66 ans, deux ans après son mari. Evelyne est terrassée. Pour conjurer le chagrin, le soir, elle s’oublie dans le vin.

    A la tête de la direction du livre, au ministère de la culture, où Jack Lang l’a nommée, elle s’active pour protéger des menaces de fatwa le romancier britannique d’origine indienne Salman Rushdie et ses Versets sataniques, surveille le projet de la nouvelle bibliothèque de France à Paris, mais le cœur n’y est pas. « En 1988, ma mère sombre dans l’alcoolisme », résume Julien Kouchner. Cette même année, son premier mari, Bernard Kouchner, est nommé secrétaire d’Etat chargé de l’insertion sociale dans le premier gouvernement Rocard. Ce n’est plus le Vietnam ou l’Afrique qui éloignent le « French doctor » de ses enfants, mais ses charges ministérielles.

    « Quel salaud »

    D’après Camille Kouchner, l’inceste commence cette année-là. « Je pense qu’on avait 13 ans et que mon frère me le raconte quand on en a 14. » Elle dit entendre encore les pas de son beau-père dans le couloir, le soir, et la porte de la chambre de son jumeau qui se ferme. « Tout le monde fait ça », assure Olivier Duhamel à son beau-fils, d’après le récit de Camille Kouchner. Pourtant, il faut se taire. A sa sœur, « Victor » confie : « Il dit que maman est trop fatiguée, qu’on lui dira après. » Quand le beau-père quitte la chambre, il passe dire bonsoir à sa « Camouche », comme il la surnomme, et la rassure : « Tu sais, pour ta mère, chaque jour est une victoire. Chaque jour est un jour de gagné. Laissez-moi faire. On va y arriver. » Un pacte tacite se noue alors : motus sur l’anormal contre la promesse d’un retour à la normale.

    L’adolescente aime Olivier Duhamel « comme un père ». S’il agit ainsi avec « Victor », se persuade-t-elle, c’est que ce n’est ni grave ni mal. « Ça s’appelle l’emprise, analyse-t-elle trente-deux ans après. Pendant toutes ces années, plus que de me taire, j’ai protégé mon beau-père. Face à l’alcoolisme de ma mère, il organisait nos vacances, nous emmenait au ciné, m’initiait au droit… » Et puis, « Victor » lui-même exige que sa jumelle n’en dise rien. « Fais-le pour Evelyne, insiste-t-il, sinon, il va se suicider et elle ne va pas le supporter. »

    Vingt ans passent. Les jumeaux cachent tout. Jusqu’à ce qu’un jour de 2008 ou 2009 leur frère aîné Julien annonce son intention d’envoyer ses propres enfants à Sanary passer l’été chez « Olivier » et leur grand-mère. Camille presse « Victor » : il faut confier le secret à Julien et s’ouvrir aussi à leur mère, Evelyne. « Je hais ce con et je ne veux plus entendre parler de rien », rétorque « Victor ». Camille prévient : « Si tu ne le fais pas, c’est moi qui le ferai. »

    Julien Kouchner revoit la scène, plus qu’il ne se souvient des mots : « C’était juste avant l’été. Mon petit frère vient jusqu’à mon appartement. Il s’est posé sur le bord de la fenêtre. J’écoute, sidéré. Je revisite d’un coup son attitude, ses énervements et sa manière de fuir à chaque discussion familiale. Je comprends enfin. Il me parle de prescription. Je pense à mon beau-père et je me dis : “Quel salaud, ça relève du pénal !” Ensuite, un rideau tombe devant moi, comme au théâtre. Je comprends que les vingt-cinq ans de souvenirs familiaux que je me suis forgés sont tous faux. Cette idée me ronge et ne me quitte plus. Depuis ce jour, ma vie est abîmée. »

    Ambiance mortifère

    L’été passe. Julien ne se rend pas à Sanary. En septembre, « Victor » finit par aller livrer son secret à sa mère. Un tsunami. Selon les enfants Kouchner, Olivier Duhamel ne nie les faits que durant 48 heures. Evelyne se réfugie chez sa sœur Marie-France, qui n’a jamais habité très loin d’elle. « J’étais à la maison, chez mes parents, à Paris, témoigne la comédienne Iris Funck-Brentano, 34 ans, fille de l’actrice et de l’homme d’affaires Thierry Funck-Brentano – lui-même cousin d’Olivier Duhamel. Evelyne est arrivée en larmes, puis mon père a débarqué. Ils ont fermé la porte. J’ai demandé : “Qui est mort ?” Ils m’ont répondu : “Personne, mais pour l’instant on ne peut rien te dire.” C’était bizarre, car je me disais qu’il n’y a pas pire que la mort, et pourtant ce n’était pas elle. »

    Au fil des jours, comme dans tant d’histoires d’inceste, Evelyne Pisier choisit de protéger son mari. Tous les arguments sont bons. Successivement, on l’entend dire : « Il regrette, tu sais. Il n’arrête pas de se torturer. » « Olivier a réfléchi, (...) tu devais déjà avoir plus de 15 ans… » « Ton frère n’a jamais été forcé. » Elle va jusqu’à accuser Camille (« Si tu avais parlé plus tôt… »). « Evelyne était faible, elle ne pouvait pas accuser son premier soutien : son mari. Il fallait un coupable, ça a été sa fille », confirme une amie de toujours d’Evelyne Pisier. L’universitaire estime aussi que puisqu’il n’y a pas eu sodomie, mais « seulement » fellations, il n’y a pas viol. « Après plusieurs semaines, Evelyne se met même à expliquer que la vraie victime, c’est elle, poursuit Julien Kouchner. C’est là que nous, les enfants, avons perdu notre mère. »

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    Marie-France et Evelyne Pisier étaient plus que des sœurs, des confidentes inséparables. Pour la première fois, elles ne se comprennent plus. « Dès qu’elle a su pour Olivier, Marie-France a parlé à tout le monde. Elle voulait lui faire la peau », poursuit Camille Kouchner. Aussitôt, elle propose d’héberger Evelyne. « Pars ! Parle ! » En vain. « Ma mère était très choquée que sa sœur ne protège pas d’abord ses enfants et que personne ne réagisse, ajoute Iris Funck-Brentano. Elles se sont brouillées. Je me souviens de tas de tentatives de réconciliation, toutes se soldaient par des échecs. » Evelyne Pisier s’entoure de nouvelles connaissances, prend sous son aile de jeunes élèves, puis une éditrice, reproche à sa sœur de lui « voler [sa] vie ».

    Quand, aux premiers jours du printemps 2011, Marie-France Pisier est retrouvée au fond de la piscine de sa maison de vacances de Saint-Cyr-sur-Mer, à vingt minutes de Sanary, le corps coincé par une lourde chaise en fer forgée, la presse déploie ses gros titres, mais ne devine rien du drame familial qui se joue en coulisses. Accident, vraiment ? « On a compris qu’Evelyne pensait que Marie-France s’était plutôt suicidée », affirme aujourd’hui Camille Kouchner. Son frère Julien est terrorisé. Dans le cercle des intimes, l’ambiance est mortifère. Une enquête est ouverte, puis fermée sans conclusion précise. Une amie de Marie-France Pisier témoigne auprès des enquêteurs que les raisons de brouille de la défunte avec sa sœur sont à chercher du côté d’Olivier Duhamel.

    Solide cordon sanitaire

    « Victor » est alors convoqué par la brigade des mineurs. Il dépose sur procès-verbal les éternels réflexes de culpabilité des victimes d’inceste et refuse de porter plainte. « Ils ne vont quand même pas foutre en l’air ce que j’ai construit au boulot, avec mes enfants, ma vie ! », lâche-t-il à ses frère et sœur. Dans leurs conversations, ils évitent le sujet. Sauf une fois. « C’était quelques mois plus tard, en avril 2012, au cœur de l’affaire du Carlton de Lille », raconte Julien Kouchner. Olivier Duhamel avait signé dans Libération une tribune où il s’en prenait à ces « chiens » de journalistes, ces « procureurs des mœurs » qui s’acharnaient sur Dominique Strauss-Kahn, impliqué dans cette affaire de prostitution. « Il saluait le courage d’Anne Sinclair, restée silencieuse aux côtés de son mari “pour le meilleur et pour le pire”. Ma mère avait sans doute relu le texte. Mon frère a pris son téléphone et m’a dit : “Comment il ose !” »

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    Craignant que la mort de Marie-France Pisier ne mette la presse sur la piste de la brouille, donc de l’inceste, « Victor » décide un peu plus tard de confier son secret à son père. Alors que Bernard Kouchner compte aller « péter la gueule » à Duhamel, Camille insiste : « “Victor” ne veut pas en parler. Il faut avancer. » L’ancien ministre s’incline. La « familia grande », elle, reste dans son entre-soi. Une fois informés, seuls quelques habitués de la maison de Sanary rompent avec le couple Duhamel ; rares sont ceux qui, comme Fabienne Servan-Schreiber par exemple, viennent réconforter les enfants d’Evelyne. Le cordon sanitaire est solide.

    Au fond, seule la génération des « fils et filles de Sanary » se torture vraiment. Aux enfants Kouchner, ils rapportent, choqués, les conversations de leurs parents. Certains « anciens » accordent foi à l’histoire d’amour « vendue » par Olivier Duhamel et sa femme – et parlent même de « consentement », confie l’un des rares parents lucides. « Qui sommes-nous pour juger ? », entend-on chez les uns. « Ils sont cruels, ils la privent de ses petits-enfants », se désolent d’autres. Et encore : « L’inceste, il ne faut pas. Mais crier avec la meute... » Camille Kouchner bondit. « La meute ? Mais quelle meute ?, s’indigne-t-elle. De quoi parle-t-on ? La seule meute, c’est celle qui fait taire les victimes ! »

    Un écrit libérateur

    « J’ai aussi entendu : “C’était l’époque.” Alors ça, ça me rend dingue, réagit encore la juriste. C’est une manière de dire : “Ferme-la.” Il y avait de la déviance dans tout ça, point. Leurs copains se sont terrés. Ils nous avaient quasiment élevés, et ils ne sont pas venus (...) nous réconforter. » Gêne, lâcheté… « C’est comme si on était radioactifs. On n’existait plus. Surtout, ils auraient pu aller trouver notre mère pour lui dire : “Non mais, ça va pas la tête, Evelyne ?” Ils avaient peur de quoi ? De perdre Duhamel ? »

    Dans les affaires d’inceste, il faut souvent que l’un des parents disparaisse pour que la parole affleure. Evelyne Pisier meurt cinq ans après sa sœur, en février 2017, à la suite d’une opération qui a mal tourné. Ses enfants ne sont prévenus qu’après son décès. Quinze jours avant son hospitalisation, ils s’étaient croisés quelques instants – des moments devenus rares. Evelyne avait regardé sa fille dans les yeux : « Je sais très bien que vous vous en prendrez à Olivier quand je ne serai plus là. » Le ton était agressif. « Etait-ce un reproche ? Ou, qui sait, peut-être un feu vert libérateur ? », s’interroge encore Camille Kouchner.

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    De ce jour-là, en tout cas, le livre commence à mûrir. Dix ans de psychanalyse et la lecture des travaux d’une psychiatre spécialisée dans les traumatismes de victimes font le reste : « Muriel Salmona explique que les violences ne concernent pas seulement les victimes directes, même si les autres n’ont pas de statut en droit, précise Camille Kouchner. Le mot “victime” lui-même me dérange, d’ailleurs. Il emprisonne et condamne à nouveau mon frère. Je cherche, mais je n’arrive pas à trouver le juste terme. Je dirais que mon frère est un rescapé, et moi, j’aimerais ressembler à une affranchie. Adios ! Je veux m’évader de cette mafia qu’a été “la familia grande”. » Sa cousine Iris applaudit : « La peur doit changer de camp. Vous n’imaginez pas ma fierté que Camille ait osé écrire. » Julien Kouchner, le frère aîné, abonde : « Ma sœur est très courageuse. »

    Jusqu’au dimanche 3 janvier, Olivier Duhamel n’était pas au courant de la publication du manuscrit. Sollicité par Le Monde, il n’a pas voulu commenter les accusations portées contre lui : « Je n’ai rien à dire là-dessus. » Lundi après-midi, il a fait savoir sur Twitter qu’« étant l’objet d’attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles je travaille, j’y mets fin à mes fonctions ».

    Étant l’objet d’attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles je travaille, j’y mets fin à mes fonctions.
    -- o_duhamel (@ Olivier Duhamel)

    La FNSP a pris acte de sa démission « pour raisons personnelles », selon un message interne consulté par l’AFP. Son directeur, Frédéric Mion s’est dit « sous le choc » à la lecture de ces révélations. Se référant au tweet publié par Olivier Duhamel, la chaîne d’information LCI a indiqué à l’AFP que le politologue ne serait plus sur son antenne.

    La confidentialité du texte a été préservée jusque début janvier par Camille Kouchner et Mireille Paolini, son éditrice au Seuil. Une maison d’édition où M. Duhamel a été auteur et éditeur de divers textes, à commencer par la fameuse revue de la FNSP qu’il a fondée en 1977 : Pouvoirs.

    « La Familia grande », autopsie d’un inceste, Ariane Chemin
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/04/la-familia-grande-autopsie-d-un-inceste_6065168_3224.html

    « Le Monde » a pu lire l’ouvrage de la juriste Camille Kouchner qui paraît au Seuil le 7 janvier, où elle décortique les mécanismes du silence qui entoure ce crime. Elle accuse son beau-père, le politiste Olivier Duhamel, d’avoir infligé des violences sexuelles à son frère jumeau quand il avait 14 ans.

    « J’avais 14 ans et j’ai laissé faire (…). J’avais 14 ans, je savais et je n’ai rien dit. » Camille Kouchner est maîtresse de conférences en droit et n’a publié que des articles et des ouvrages juridiques. A 45 ans, elle a éprouvé le besoin de raconter la mécanique de ce crime trop banal et encore si tabou : l’inceste. Son frère jumeau l’a subi, et celui qu’elle désigne comme le responsable de ces violences sexuelles – le second mari de leur mère, le politiste Olivier Duhamel – est aussi coupable, selon elle, de l’en avoir rendue complice.

    Dire l’inceste, c’est donner un grand coup de pied dans la fourmilière familiale, briser le pacte social et passer pour un traître, même s’il y a prescription d’un point de vue juridique. Camille Kouchner endosse tous ces risques, quitte à tordre un peu le bras de son frère, soucieux qu’on le laisse tranquille. « Pour m’avoir laissée écrire ce livre alors qu’il ne souhaite que le calme, je [le] remercie », écrit-elle.

    « Maman, nous étions tes enfants »

    Pendant vingt ans, la fille de l’universitaire Evelyne Pisier et de l’ancien ministre Bernard Kouchner a tenu sa promesse et gardé le secret de son jumeau. A la fin des années 2000, elle le convainc tout de même de le révéler à leur mère. Nouveau cauchemar : « Evelyne » reproche à sa fille d’avoir tardé à la prévenir. « J’aurais pu quitter [ton beau-père]. Maintenant il est trop tard », accuse l’universitaire. Cette femme non conventionnelle, si généreuse et féministe – à la façon de Mai 1968 –, prend le parti de son mari, Olivier Duhamel. Jusqu’à la mort d’« Evelyne », en 2017, mère et fille ne se croiseront plus que de loin. « Maman, nous étions tes enfants », pleure Camille Kouchner.

    L’inceste ne prospère que sur la confiance et les huis clos. Camille Kouchner procède comme les psychotraumatologues à l’écoute des mécanismes de prédation sexuelle : elle ausculte l’environnement amical et parental, plante son décor (les années post-68, les septennats Mitterrand), recense les habitudes. Chaque été, dans sa maison varoise de Sanary, le beau-père des jumeaux réunit ses meilleurs amis. Une « sacrée bande », sorte d’amicale intello et bourgeoise qui porte « la gauche en étendard » et à laquelle le célèbre constitutionnaliste distribue dès le printemps chambres et semaines de vacances. La grande famille.

    Signaux faibles

    Parties de Scrabble et de poker, débats de haute voltige autour de clopes et de rosé, slows incandescents sur la terrasse avant de plonger à minuit dans la piscine… La Familia grande, titre du livre, pourrait être celui d’une comédie espagnole tendre et colorée, adultes et enfants joyeusement mélangés. Happé par le sens aigu du détail et les anecdotes (souvent cruelles) de l’autrice, le lecteur ne prête pas immédiatement attention aux signaux faibles. Par exemple, ces photos des « culs et [des] seins » de Camille ou de femmes plus âgées prises par l’hôte des lieux et accrochées aux murs.

    « Ni [mon frère jumeau] ni [moi] ne pouvons dire avec certitude l’âge que nous avions (…), 14 ans, je crois. » Tout à coup, on ne se marre plus du tout. Autour de 1988, le livre bascule. Tant pis si les souvenirs d’adolescente sont flous : Camille Kouchner a fini par accepter que ces trous de mémoire ne soient qu’une pathologie typique de ce type de traumatisme, qui « noie la mémoire [et] efface les dates pour laisser sa proie dans le noir ».

    Dans le secret d’une chambre se produit l’innommable. « Deux ou trois » années durant, le beau-père ira s’attarder le soir chez le jumeau de Camille. Ces jours-là, comme si de rien n’était, il s’arrête ensuite papoter dans la chambre de sa jumelle. Une visite dans « la chambre-péage », qu’elle vit comme une vraie prise d’otage. « Par sa tendresse et notre intimité, par la confiance que j’avais en lui, tout doucement, sans violence, en moi, [il] enracinait le mal. »

    Ses mots sifflent comme des balles

    Les affaires d’inceste cancérisent tout. Dans une tension dramatique très maîtrisée, la maison du bonheur se transforme en maison de l’horreur, puis la « familia grande » en statue de pierre, quand, vingt ans plus tard, elle finit par apprendre. « Je ne les ai pas vus se demander si eux aussi n’avaient pas un peu merdé », regrette l’autrice. Ça aussi, les spécialistes de l’inceste le savent : quand la vérité explose, souvent une fausse famille se lève et fait corps pour remplacer la vraie.

    Camille Kouchner ne se met pas à la place de son jumeau. Elle ne veut qu’émettre une voix parallèle. Traduction littéraire des violences subies ? Ses mots sifflent comme des balles, les phrases se hachent en rimes intérieures. Au fil des pages, le « beau-père adoré » devient « l’autre », puis ce « mari dérangé » auquel Camille tente d’arracher « Evelyne ». « Je t’aime malgré tout, maman », conclut Camille Kouchner. Il y a trois ans, elle posait un brin de mimosa sur le cercueil de sa mère. Dans le caveau des Duhamel où on l’a inhumée, elle jette aujourd’hui ce livre – cette catharsis, cette bombe.

    [Camille Kouchner est aujourd’hui la compagne de Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde]

    Camille Kouchner à Olivier Duhamel : « Tu les vois, les angoisses qui nous hantent depuis ? »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/04/camille-kouchner-a-olivier-duhamel-tu-les-vois-les-angoisses-qui-nous-hanten

    Dans un livre qui paraît le 7 janvier aux éditions du Seuil, « La Familia grande », la juriste Camille Kouchner accuse son beau-père, le célèbre politiste, d’avoir agressé sexuellement son frère jumeau quand il avait 14 ans. Nous en publions ici des extraits.

    Dans son livre La Familia Grande, à paraître jeudi 7 janvier aux éditions du Seuil, l’avocate Camille Kouchner, 45 ans, s’adresse au célèbre politiste Olivier Duhamel, le beau-père auprès duquel elle a grandi avec ses deux frères, dans les années 1980-1990, quand il était le mari de leur mère, Evelyne Pisier (1941-2017). Camille Kouchner – née, comme ses frères, du premier mariage d’Evelyne Pisier avec l’ancien ministre Bernard Kouchner – accuse Olivier Duhamel d’avoir abusé à plusieurs reprises du plus jeune des garçons, alors âgé de 13-14 ans, son frère jumeau. Selon l’autrice, ces violences sexuelles ont, par la suite, été portées à la connaissance d’Evelyne Pisier et d’une partie de l’entourage familial, mais le silence a prévalu jusqu’à aujourd’hui. Nous publions ici quelques extraits de son livre.

    Extraits.

    « Petit, mon frère m’avait prévenue : “Tu verras, ils me croiront, mais ils s’en foutront complètement.” Merde. Il avait raison.
    Bon, ben s’ils ne comprennent pas, on va leur expliquer.
    Je vais t’expliquer, à toi qui professes sur les ondes, toi qui fais don de tes analyses aux étudiants et pavanes sur les plateaux télés.
    Je vais t’expliquer que tu aurais pu, au moins, t’excuser. Prendre conscience et t’inquiéter.

    Je vais te rappeler que, au lieu de ça, tu m’as menacée. Message sur mon répondeur : “Je vais me suicider.”
    Je vais t’expliquer, à toi qui dis que nous sommes tes enfants. Quand un adolescent dit oui à celui qui l’élève, c’est de l’inceste. Il dit oui au moment de son désir naissant. Il dit oui parce qu’il a confiance en toi et en ton apprentissage à la con. Et la violence, ça consiste à décider d’en profiter, tu comprends ? Parce que, en réalité, à ce moment-là, le jeune garçon ne saura pas te dire non. Il aura trop envie de te faire plaisir et de tout découvrir, sûrement.

    Je vais t’expliquer que, à force, ensuite, le jeune garçon va dire oui pour nier l’horreur de la situation. Ça va durer, et puis il va culpabiliser, se dire que c’est sa faute, qu’il l’a cherché. Ce sera ton triomphe, ta voie de sortie pour en réchapper. (…)
    Je n’oublie pas le couple que vous formiez. Sartre et Beauvoir ? Il n’y a que la familia grande pour y croire. A l’unisson, vous avez forcé nos leçons : Foucault et la peine. Ne jamais dénoncer, ne jamais condamner dans cette société où l’on n’attend que punition. Savoir évoluer, se faire souple et espérer la réhabilitation. Se méfier du droit.

    Mes cours de droit, justement : le viol consiste en tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis par violence, contrainte, menace ou surprise. Ça, pour une surprise !
    Et la contrainte, alors ? Comme une putain de contrainte morale ! Comme le fait qu’on t’ait tellement aimé, tu vois ? (…) Comme le fait qu’on n’a même pas pu t’envoyer en taule tellement on avait peur pour toi. (…)
    Toi qui as agressé mon frère pendant des mois, tu le vois, le problème ? Quasiment devant moi, en t’en foutant complètement, faisant de moi la complice de tes dérangements. Tu les vois, les angoisses qui nous hantent depuis ?

    Soyons précis :
    Article 222-24 du code pénal : le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle (…) lorsqu’il est commis par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait.
    Article 222-31-1 du code pénal : les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis par (…) le conjoint [d’un ascendant] (…) s’il a sur la victime une autorité de droit ou de fait.

    Mais toi aussi t’es prof de droit. T’es avocat. Tu sais bien que, pour cause de prescription, tu t’en sortiras. Tout va bien pour toi.
    Vingt ans. Sinon c’était vingt ans. »

    #inceste #famille #viol #témoignage

    • « Il est temps d’ouvrir la saison de la chasse aux prédateurs.

      Courage aux survivants et aux survivantes. Qu’ils n’aient plus peur de parler. »

      Alexandre Kouchner

      J’aime mes frères et ma soeur.
      Je salue leur courage et soutiens leur choix de briser le silence.
      Il faut toujours écouter, entendre et protéger celles et ceux qui ont souffert et souffrent.
      Pour tout le reste, je vous renvoie au livre.
      Que tous les bourreaux tremblent.

      « #Duhamel : c’est encore un pan de Saint-Germain qui tombe, un système qui se tient. Réel problème d’omerta : pendant des années la parole des victimes a été discrédite par des gens de pouvoir »

    • Ré-ouverture d’un dossier classé sans suite en 2011, le procureur de Paris annonce ouvrir une une enquête « des chefs de viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans et viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité »

      Camille Kouchner, née, comme son frère jumeau, en 1975, évoque la prescription alors que le délai a été porté en 2018 à 30 ans après la majorité de la victime (dans ce cas, 2023), comme si le texte adressé à son ex beau père était antérieur à cette modification.

    • « La dénonciation de l’inceste jette l’opprobre sur la famille, considérée comme le pivot de l’ordre social »
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/23/la-denonciation-de-l-inceste-jette-l-opprobre-sur-la-famille-consideree-comm

      Anne-Claude Ambroise-Rendu, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, revient sur l’évolution du regard sur l’inceste.
      Propos recueillis par Solène Cordier, Publié le 23 novembre 2020

      Anne-Claude Ambroise-Rendu rappelle qu’il a fallu attendre la fin des années 1980 pour que les victimes d’inceste commencent à parler et que la société n’ignore plus ce crime.

      Quelles évolutions sociales et culturelles récentes expliquent que l’inceste et les violences sexuelles sur mineurs soient désormais considérés comme le symbole du mal absolu ?

      Après-guerre et dans les années 1960, le développement de la psychanalyse de l’enfant, incarnée par Françoise Dolto, a probablement joué un rôle très important. A partir de là, une plus grande attention a été portée à la parole de l’enfant, à ses dessins. Cela a ouvert la voie à la possibilité d’accueillir la révélation des abus sexuels – même si on n’utilise pas ce terme avant les années 1990.

      Arrivent ensuite Mai 68 et les années 1970. Certains intellectuels affichent leur défense des relations sexuelles entre mineurs et majeurs. Ils le font notamment au nom de l’exogamie, en disant « nous initions les enfants à la sexualité en dehors de la famille. Et ce faisant nous leur permettons d’échapper à leur sujétion, nous les libérons du carcan parental ». Ce discours nouveau attire l’attention sur la réalité des relations sexuelles entre mineurs et majeurs et secondairement sur l’inceste. On découvre que les pratiques incestueuses ne sont pas si rares. Mais c’est vraiment à la fin des années 1980 que cela bascule, à la suite de la diffusion en 1986 du témoignage d’Eva Thomas, qui révèle avoir été victime d’inceste à visage découvert. A partir de là, les victimes ont commencé à parler.

      C’est à partir de cette date que le regard collectif sur l’inceste a changé ?

      Oui, ce fut une montée en visibilité assez brutale. L’intensité de la réprobation sociale à l’égard de l’inceste résulte de deux phénomènes convergents : une prise en compte de la gravité des faits et une large médiatisation des affaires de violences sexuelles et d’inceste.
      Avant ces années-là, on a longtemps considéré les viols et les attentats à la pudeur avec une certaine désinvolture, voire une négligence coupable. Pour l’inceste c’est autre chose, on préfère l’ignorer. Mais il a toujours été réprouvé, silencieusement. Ce n’était pas un sujet de société et on ne se le représentait pas comme quelque chose ayant des conséquences durables.

      Depuis quand l’inceste est-il sanctionné par le droit ?

      Les comportements incestueux étaient déjà condamnés par le droit pénal de l’Ancien Régime, mais plutôt au titre du péché. Au Moyen-Age, on sait que quand la justice était saisie, les deux protagonistes, l’enfant et le père, étaient punis. Après la Révolution française et la sécularisation du droit, toutes les notions de péché et de blasphème ont disparu du droit. En 1791 puis en 1810, le code pénal sanctionne l’attentat à la pudeur et le viol d’un mineur comme un crime.

      A partir de 1832, une nouvelle qualification apparaît ; celle de l’attentat à la pudeur sans violence, qui sanctionne comme un crime les relations sexuelles avec un enfant de moins de 11 ans, sans besoin qu’il y ait de violence. Quand l’auteur est un ascendant, c’est une circonstance aggravante. Si le terme d’inceste ne figure pas nommément dans le code pénal, toutes les données permettant de le sanctionner s’y trouvent. D’ailleurs la plupart des crimes sur mineurs sont jugés à la fin du XIXe siècle devant des tribunaux correctionnels, pour des raisons liés à l’encombrement de la justice, à l’exception de l’inceste qui continue d’être traité par les cours d’assises.
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      Toutefois, la médiatisation des violences sexuelles s’est plutôt focalisée sur la figure du prédateur extérieur, du violeur d’enfant monstrueux. Est-ce que la prochaine étape est la reconnaissance et la prise en compte du caractère massif et en somme ordinaire de l’inceste ?

      Depuis le début des années 2000, on sait que la majorité des violences sexuelles ont lieu au sein de la famille. On sait aussi que cela concerne des milliers d’enfants, que c’est une réalité massive. Mais force est de constater que chaque nouvelle affirmation de ce type est réoubliée quasi instantanément, ce qui témoigne d’une vraie résistance.

      En 1830, le philosophe Jeremy Bentham écrivait dans son Traité des preuves judiciaires : « Il est certaines transgressions (…) dont le mal est uniquement ou principalement produit par la révélation. » C’est le cas de l’inceste. Sa dénonciation jette l’opprobre sur la famille, qui est quand même censée être le pivot de l’ordre social. Il faudrait pouvoir se demander en quoi elle peut constituer un lieu d’oppression et de domination qui permet la pratique massive de l’inceste. Mais poser cette question, c’est ouvrir un champ quasi vertigineux, faire de la famille un enjeu social et politique considérable.

    • « Comment est-ce possible dans une famille apparemment heureuse ? »

      Élisabeth Guigou, ex garde des sceaux, préside une « commission indépendante sur l’inceste et toutes violences sexuelles faites aux enfants », créée par le gouvernement en août dernier https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/08/02/le-gouvernement-va-creer-une-commission-sur-les-violences-sexuelles-faites-a

      Proche de Duhamel, elle avait aussi déclaré « Pourquoi (DSK) aurait-il besoin de le faire (de violer, NDLR) ? », « c’est un homme charmant, brillant, intelligent, il peut être drôle par moments. »

    • Cette enquête est-elle vouée à la prescription ?
      https://www.leparisien.fr/faits-divers/affaire-olivier-duhamel-quatre-questions-de-droit-sur-un-dossier-complexe

      Au moment où ont été commises les agressions que « Victor » dit avoir subies à la fin des années 1980, la loi prévoyait qu’une victime mineure pouvait porter plainte pour « viol par ascendant » pendant dix ans à compter de sa majorité. Depuis, deux lois ont allongé ce délai de #prescription, une première fois à vingt ans en 2004, puis à trente ans en 2018, mais elles ne sont pas applicables aux faits déjà prescrits.

      Dans le cas de « Victor », il est possible que les faits aient été prescrits dans sa 28e année, soit en 2003, selon des juristes. « La #prescription est plus que probable. Il ne disposait que de dix ans après sa majorité pour porter plainte sauf à ce qu’on vienne à découvrir de nouveaux éléments » abonde Me Costantino. « On a en plus tendance à penser, au vu de la sortie du livre et du battage médiatique, que la famille s’est renseignée avant de rendre publique la chose », analyse encore le pénaliste.

      La nouvelle enquête ouverte mardi, confiée à la Brigade de protection des mineurs (BPM), « s’attachera à faire la lumière sur ces faits, à identifier toute autre victime potentielle et à vérifier l’éventuelle prescription de l’action publique », a sans surprise ajouté le procureur.

      « On a pris l’habitude ces derniers mois de voir le parquet convulser dès que la victime a un nom célèbre, ou si elle n’en a pas, son abuseur en a un », ironise l’avocat qui a notamment défendu l’association « Enfance et partage ». « Ces affaires-là ont le mérite, quand elles sont portées au grand public, d’offrir une prise de conscience collective de la réalité de l’inceste. Mais cette réalité n’est pas le gros du bataillon des affaires de tous les jours », s’émeut Rodolphe Costantino.

      « La maison justice se noie devant la réalité de ces affaires, tout est bon pour classer sans suites quand elles ne sont pas correctionnalisées », dénonce l’avocat, convaincu que le cas Duhamel est « l’arbre qui cache la forêt » des viols intrafamiliaux dans l’hexagone. « Dans cette affaire, il y avait plein de gens qui étaient au courant, des choses si graves... Alors, pour moi, le vrai débat est sur la prescription du délit de non-dénonciation, actuellement de seulement 6 ans et qu’il faut aligner sur les 30 ans du viol », avance-t-il. « Personne ne vit en France avec l’idée qu’il doit dénoncer des faits criminels commis sur un enfant s’il en a connaissance, et c’est grave » conclut-il.

      Pourquoi l’enquête ouverte en 2011 a-t-elle été classée sans suite ?

      En 2011, une « précédente procédure » sur ces faits graves avait déjà été ouverte après le décès de l’actrice Marie-France Pisier, a précisé le procureur de la République de Paris Rémy Heitz. Selon le récit de Camille Kouchner, son frère aurait alors été entendu par les enquêteurs. Après leur avoir raconté « dans les détails » les agressions sexuelles que lui aurait imposées son beau-père, « Victor » aurait toutefois refusé de déposer plainte. « Non. Je ne souhaite pas porter plainte. Cette histoire ne vous regarde pas », confie-t-il aux enquêteurs, selon sa sœur. L’enquête a été « classée sans suite », a précisé le procureur de Paris, sans donner les raisons exactes de l’abandon de la procédure.

      A l’époque des faits, sans plainte et au regard de la difficulté de trouver des preuves, les enquêteurs ont renoncé. Pourtant, la découverte de mails échangés entre Evelyne Pisier et sa sœur Marie-France avait éveillé leurs soupçons. Dans ces courriers, elles s’opposaient sur la manière de réagir après la révélation des faits par Camille et « Victor » à leur mère, vers 2008 ou 2009, Evelyne Pisier faisant le choix de ne pas « lâcher » son mari. Olivier Duhamel n’avait pas été entendu par les policiers et l’affaire avait été classée... Les faits étaient de toute façon prescrits puisque la première loi qui a allongé les délais de prescription n’était pas encore passée (elle date de 2004).

    • Affaire Duhamel : le directeur de Sciences Po reconnaît avoir été alerté sur les accusations d’inceste depuis 2019
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/06/affaire-duhamel-le-directeur-de-sciences-po-reconnait-avoir-ete-alerte-sur-l

      Frédéric Mion avait publié, mardi, un communiqué pour faire part de sa « stupeur » face aux accusations d’inceste contre Olivier Duhamel, alors qu’il avait été prévenu par l’ancienne ministre Aurélie Filippetti.

      (...) Lundi 4 janvier, quelques minutes après la publication de l’enquête du Monde consacrée aux faits d’inceste reprochés au politologue Olivier Duhamel, la panique s’empare de l’état-major de Sciences Po. Mot d’ordre : personne ne savait.

      (...) D’après les informations du Monde, il avait, en réalité, été alerté sur les accusations d’inceste il y a déjà deux ans. C’était en 2019. L’ancienne ministre de la culture, Aurélie Filippetti, enseignante à Sciences Po Paris depuis la rentrée 2017, apprend par deux proches d’Olivier Duhamel les abus dont le patron de la Fondation nationale des sciences politiques s’est rendu coupable sur son beau-fils, à la fin des années 1980.
      La mort d’Evelyne Pisier, l’épouse du politologue, en 2017, a libéré la parole du cercle des universitaires proches du couple. L’ancienne ministre de la culture va trouver un avocat pénaliste et se fait confirmer qu’il y a prescription. Elle décide alors d’informer le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion. Devant elle, celui-ci tombe des nues. Il convient qu’il ne « peut pas ne pas en faire quelque chose ». Il va trouver l’avocat Jean Veil, dont Olivier Duhamel est l’associé. « Il m’assure qu’il ne s’agit que de rumeurs, affirme M. Mion. Je me suis laissé berner. » Contacté par Le Monde, Jean Veil a refusé de répondre en des termes peu amènes.

      « Je n’ai pas percuté »

      Les mois défilent et rien ne se passe. Lors de la rentrée de 2020, Frédéric Mion choisit Olivier Duhamel pour délivrer la leçon inaugurale à l’ensemble des campus de Sciences Po. Une conférence de rentrée historique pour cette école du pouvoir : l’intervention du politiste s’adresse à tous les étudiants du collège universitaire, mais aussi à un large public grâce à une diffusion en direct sur YouTube. « Vous êtes en de très bonnes mains, celles du professeur Olivier Duhamel que je m’honore à considérer comme un maître mais surtout comme un ami », lâche M. Mion au micro, le 9 septembre 2020.

      Contacté par Le Monde mercredi soir, Frédéric Mion reconnaît qu’il avait été mis en garde. « C’est vrai, je n’ai pas réagi après avoir été contacté par cette enseignante. Je n’ai pas percuté. Je n’ai pas entendu ce que cette personne cherchait à me dire. J’aurais dû aller trouver Olivier Duhamel. C’était un devoir élémentaire. Je prends toute la responsabilité de ce manque de prudence, mais la faute s’arrête à moi. J’ai été inconséquent : je suis prêt à l’entendre et à en subir les conséquences. »

    • Affaire Olivier Duhamel : Elisabeth Guigou renonce à présider la commission indépendante sur l’inceste
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/13/affaire-olivier-duhamel-elisabeth-guigou-renonce-a-presider-la-commission-in

      « Le climat actuel ne me permet pas de conduire cette mission avec la sérénité nécessaire. J’ai donc pris la décision de passer le relais et de renoncer à présider cette commission »

      #dominos

    • Le préfet Marc Guillaume, qui se dit « trahi », quitte toutes les fonctions où il a travaillé avec Olivier Duhamel (et pas la pref’)
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/13/affaire-duhamel-le-prefet-marc-guillaume-quitte-ses-fonctions-a-sciences-po-

      Le conseiller d’Etat Marc Guillaume, ancien secrétaire général du gouvernement et actuel préfet d’Ile-de-France, a annoncé, mercredi 13 janvier, sa démission de tous les conseils d’administration où il siégeait avec Olivier Duhamel : la Fondation nationale des sciences politiques (#FNSP), la revue #_Pouvoirs_, qu’il a longtemps codirigée avec le politologue, et le club #Le_Siècle.

      « ... je me sens trahi et condamne absolument ces actes »

      [...]

      [ancien secrétaire général du gouvernement, congédié le 15 juillet 2020 par Macron et Castex] « Imperator », « Léviathan », « premier ministre bis », « M. Non », « grand chambellan »… C’est ainsi que l’on surnommait Marc Guillaume. Grand connaisseur des arcanes de l’Etat, présidant pendant des années les comités de sélection des directeurs d’administration, cet inconnu du grand public faisait figure de parrain de la haute fonction publique, à la fois « faiseur de rois » et « coupeur de têtes », comme le racontait Le Monde.

      Lire le portrait de 2020 : Marc Guillaume, la disgrâce du « grand chambellan »

      Détesté pour son arrogance et sa brutalité, il était respecté pour sa science du droit, mais aussi redouté. Censé contrôler la validité juridique des réformes du gouvernement, on lui reprochait de juger trop souvent de leur opportunité politique et de freiner le changement.

      Le 6 août 2020, Marc Guillaume avait été placé une première fois sous le feu des projecteurs. Le Monde avait révélé que, deux ans plus tôt, dans une omerta totale, les conseillères de l’Elysée au grand complet avaient dénoncé dans une note de deux pages « les comportements sexistes au plus haut niveau de l’Etat », dans laquelle il était visé au premier chef. Blagues misogynes, mise à l’écart des femmes, humiliations publiques, les exemples étaient si nombreux que le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, et son adjointe, Anne de Bayser, avaient été obligés de faire état de la protestation des « conseillères » à Matignon.

      En juillet 2020, au moment de changer de premier ministre, plusieurs visiteurs du soir vinrent expliquer à Emmanuel Macron que Matignon comptait en vérité « trois têtes » : Edouard Philippe, mais aussi son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, et le secrétaire général du gouvernement, Marc Guillaume. Autrement dit, qu’il fallait « les couper ensemble ».

      Fait rare sous la Ve République, Marc Guillaume a quitté ses fonctions avec Edouard Philippe. Il a été nommé, en juillet 2020, préfet d’Ile-de-France et de Paris, son poste actuel, où il continue de distiller en haut lieu sa fine connaissance des rouages de l’Etat et où il continue de rêver à son Graal : la vice-présidence du Conseil d’Etat.

  • Accusé d’inceste sur son beau-fils, Olivier Duhamel démissionne de ses fonctions
    https://www.lefigaro.fr/flash-actu/accuse-d-inceste-sur-son-beau-fils-le-politologue-olivier-duhamel-demission

    Accusé d’inceste sur un des ses beaux-fils dans un livre à paraître jeudi, le politologue Olivier Duhamel a annoncé lundi mettre fin à l’ensemble de ses fonctions, dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP). « Étant l’objet d’attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles je travaille, j’y mets fin à mes fonctions », écrit sur Twitter le politologue, qui anime par ailleurs une émission sur Europe 1 et est chroniqueur sur LCI.

    Le Monde et L’Obs dévoilent lundi les bonnes feuilles de l’ouvrage de la juriste Camille Kouchner, « la Familia grande » (Ed. Seuil), dans lequel elle accuse son beau-père, Olivier Duhamel, d’avoir agressé sexuellement son frère jumeau quand il avait 14 ans. « J’avais 14 ans et j’ai laissé faire (...). J’avais 14 ans, je savais et je n’ai rien dit », écrit Camille Kouchner, maîtresse de conférences en droit de 45 ans, selon des extraits du livre. Elle et son frère sont les enfants de l’ex-ministre Bernard Kouchner et de la professeure de droit Evelyne Pisier (morte en 2017), qui avait ensuite épousé le politologue Olivier Duhamel. . . . . .

  • Wissam Dief : Des fillettes « libérées » aux féministes mal-baisées
    https://scenesdelavisquotidien.com/2020/11/17/wissam-dief-des-fillettes-liberees-aux-feministes-mal-baisee

    Des fillettes « libérées » aux féministes mal-baisées

    A propos d’une plaque commémorative :

    "Si on ne peut reprocher à Guy Hocquenghem et à René Schérer (entre autres), d’avoir voulu abroger dans les années 70, le double-standard en ce qui concernait la majorité homosexuelle et hétérosexuelle, on peut tout de même s’interroger sur leur manière d’avoir subsumé sous la catégorie de l’enfance un ensemble d’expériences dont ils semblent peu tenir compte. Ainsi le projet de déconstruire un système de l’enfance, pour explorer la possibilité de relations charnelles « transversales » entre adultes et enfants, universalise l’expérience intime de l’enfance masculine homosexuelle au mépris de la majorité des concernées. Les récents débats au sujet de la profanation et du retrait de la plaque commémorative de Guy Hocquenghem à Paris, nous mettent en demeure de rappeler ici les conséquences qu’une telle vue abstraite a nécessairement sur nos corps de femmes et de petites filles."

    N’importe quelle femme pourra faire retour sur les injonctions par milliers lui ont été
    assénées très tôt au sujet de tout ce que son corps donnait à voir : d’une manière de croiser les jambes, à l’ouverture gracieuse de la bouche, en passant par le contrôle de la cambrure, du poids, de la démarche, la recherche inlassable de proximité affectueuse, le fait de mettre en scène comme un être mignon, susceptible d’émouvoir, movere, de faire bouger l’adulte. Bien sûr que ce seul pouvoir qui nous était accordé, ne pouvait qu’être surinvesti, consciemment ou non. Bien sûr, qu’à force de nous indiquer par tous les moyens que là était la seule voie de reconnaissance possible, nous ayons fini par minauder, miauler, tourner de la tête gracieusement, nous habiller-déshabiller, faire des pas de danse, des glissements savants sur le sol. Puisque avoir l’attention des adultes, et particulièrement de notre père, cet être étrange qui représentait le pont vers le Monde, nécessitait de nous ce minaudage. Qui viendrait ici, rétroverser les choses, pour affirmer que nous étions naturellement faites pour la séduction, portées instinctivement au contact charnel et sexuel avec les adultes que nous aguichions ? Il faut croire que ceux qui s’y essaient savent si peu de nos enfances.

    #viol #inceste #pedocriminalité #male_gaze #female_gaze #domination_masculine #domination_parentale #enfance

  • Et toujours le même constat : un type qui se revendique « catholique extrémiste » et qui semble totalement correspondre aux stéréotypes de l’extrême-droite survivaliste tue 3 gendarmes, mais parmi les dizaines et dizaines d’articles répertoriés sur la page de Google Niouzes, il y en a un seul qui indique dans son titre qu’il était un extrémiste chrétien, et aucun qui suggère qu’il était d’extreme-droite. (LCI trouve même le moyen de le qualifier de « tireur sportif ».)

    On en est déjà à évoquer ses antécédents psychiatriques. Comme pour le type abattu à Avignon fin octobre, qui se revendiquait de Génération identitaire.

    • « tireur sportif » ça laisse aussi entendre qu’il fréquentait les flics (et pas que) au stand de tir. Finalement c’est peut être ça qui en dit le plus. Mais les vrais qualificatifs sont éludés, c’est vrai.

    • Tireur sportif, ça veut juste dire qu’il avait le droit aux armes de guerre, au delà du fusil de chasse, en gros. Ce qui explique probablement le carnage, mais c’est difficile à dire, les infos étant effectivement lacunaires.

    • Un Famas c’est de l’A2, donc effectivement interdit. Par contre, un FM en mode semi-auto semble possible pour le tir sportif c’est de l’A1 avec dérogation.
      Mais bon, comme il s’agit pas de terrorisme islamique, on a pas beaucoup d’infos.

    • Selon Libération, c’est un AR15 (version civile du M16). Libération le qualifie d’ailleurs de survivaliste chrétien d’extrême droite. Autant de morts qu’à Nice, 10 fois moins d’echo.

    • Ok il était ancien #militaire, catholique traditionaliste, survivaliste d’extrême droite, mais c’est pas autre chose a priori qu’un #féminicide manqué qui s’est transformé en un accrochage meurtrier avec les gendarmes suivi d’un suicide. Certes, la presse insiste pas sur le côté faf (dédiabolisation partout) mais cet accident du travail de police n’a rien à voir avec le terrorisme. (Ou alors il faut appeler terrorisme, les féminicides, et ça demande des développements, voire la menace latente ou manifeste subie par les femmes de la part des hommes).
      Ce qui est emmerdant dans l’affaire c’est la manière dont le gouvernement utilise la mort de ces gendarmes pour nous raconter que les femmes sont protégées des hommes. (j’entends à cette occasion que la gendarmerie à elle seule interviendrait toutes les 4 minutes sur des « différents familiaux », situation parmi les plus dangereuses pour les forces de police).

    • Effectivement, c’est pas du terrorisme. Mais ça fait autant de morts, ça transforme le lieu d’une arrestation en zone de guerre et l’effet de sideration devrait être le même. Sauf que non.
      Quand a savoir lequel du feminicide ou du carton de flics est le pretexte de l’autre, difficile à dire à ce stade de l’enquête. Ce qui est clair, c’est que si feminicide il y aurait du avoir, il aurait eu lieu vu la facilité deconcertante avec laquelle il a buté les flics- flinguer son ex aurait été une formalité . Donc, oui, il y a peut etre terrorisme latent.

    • (Ou alors il faut appeler terrorisme, les féminicides, et ça demande des développements, voire la menace latente ou manifeste subie par les femmes de la part des hommes).

      La menace latente et manifeste subie par les femmes de la part des hommes est bien du terrorisme. Du terrorisme sexuel https://seenthis.net/messages/892656 ici des attaques en meute place Tahrir en 2014.
      Et si « cet accident du travail de police » n’a rien à voir avec le terrorisme. Il semble avéré quand même que ce n’est pas un accident mais un guet-apens. Si le tueur n’a pas supprimé sa compagne, il s’était préparé à l’intervention de la gendarmerie (400 flics en tout). Il en a buté trois et blessé un autre, le bilan aurait pu être bien plus lourd.

    • Il a tué quatre gendarmes juste après l’arrivée des premiers renforts. C’est ensuite, lorsqu’il était en fuite, que 400 gendarmes ont été mobilisés, avant qu’il ne se suicide.
      Il n’y a pas de guet-apens. Il cogne sa compagne, des gendarmes alertés arrivent, distinguent une arme, appellent des renforts, et là, ce type met en route ce pour quoi il s’était programmé : utiliser son équipement de fana mili survivaliste.

    • Perso, la question de savoir si c’est du terrorisme ou pas m’importe peu. Ce qui m’intéresse, c’est la différence de traitement.

      Corlporteur, tu écris :

      ce type met en route ce pour quoi il s’était programmé : utiliser son équipement de fana mili survivaliste

      Si un type isolé, totalement déséquilibré, se « programme » pour commettre un attentat - dont l’issue suicidaire est évidemment connue - en tuant des juifs et/ou en criant Allah Akhbar, les titres des journaux n’hésiteront pas à tous titrer sur le terrorisme islamique.

      Je suppose que c’est ce que veut dire aussi Lefayot avec l’expression « terrorisme latent ». Le fond de commerce idéologique/religieux/masculiniste… du gars mène assez logiquement à ça. Et je pense que pour un autre fond de commerce idéologico-religieux tout aussi masculiniste, la question du terrorisme ferait déjà la Une.

    • Oui je pensais justement à ça c.a.d aux mass murders en série aux USA. Et ça commence à devenir du terrorisme revendiqué comme tel par les auteurs (en fait, ça l’est depuis un moment). Le cinglé du puy de dome était amha dans ce cas là. A deux doigts de franchir le pas qu’il a franchi quand les flics se sont pointés. Mais je pense qu’il rêvait de faire un carton depuis un moment (en plus les flics c’est la milice de l’etat profond, tout bénef)

    • Vous vous souvenez que les meurtriers de masse ne tuent pas souvent des policiers ou des gendarmes mais bien plutôt des civils désarmés (et souvent les plus désarmés possible, scolarisés pour l’essentiel, ou femmes pour un exemple québécois, etc). Pour terroriser, l’idéal est de s’en prendre à des « innocents » que ni les policiers ni les gendarmes ne sont puisqu’il sont potentiellement des meurtriers avec l’aval de la société qui les arme.

      Ici, on est dans un contexte militaire, sans victime civiles. Notons à ce propos de ce passage à l’acte là que ce gars a vite perdu (dans quelles circonstances ?) le cadre contenant (l’armée) qu’il s’était choisi...

      Il me semble qu’il faut distinguer ses actes (le contexte et les hypothèses qui peuvent l’expliquer) d’un traitement médiatique qui je le répète « dédiabolise » aussi souvent que possible l’extrême droite bien au delà de ce que le FN avait entrepris pour son compte (tout comme le fait de réhabiliter Pétain dans le débat public n’est plus une spécificité de Zemmour, Sarkozy et Macron étant entée dans le game). C’est aussi comme ça que le rôle du faf indic Hermant dans la fourniture d’armes au gang Coulibaly est passé crème (procédure judiciaire dissociée de celle d’autres comparses survivants).
      Bref, les comparaisons sont pas aisées. Cette affaire me parait assez singulière bien qu’elle se rapproche d’autres histoire de forcenés qui refusant de se rendre s’en prennent aux forces de l’ordre. Avec ce fond particulier, fana mili survivaliste facho (mascu dans ces cas là c’est ordinaire, en effet).

    • Au contraire je croi que c’est très important de bien nommer les choses. A mon avis c’est significatif que le terrorisme adressé aux femmes soient nié, invisibilisé et que ca ne soit même pas considéré comme une chose importante dont on pourrait discuté. Bien sur que les féminicides sont des terroristes. Les terroristes qu’ils soient islamistes ou d’extrême droite ce qui les unis c’est leur profonde misogynie. C’est un sujet que j’avais largement documenté sous le tag #male_entitlement
      La culture du viol est aussi du terrorisme. Le controle des armes par les hommes est un des moyens que s’arrogent les hommes pour terroriser les femmes. ( cf #paola_tabet )

      Par l’étude des auteurs de violences interfamiliales on sait que les agresseurs sont très souvent aussi des maltraiteurs de tout ce qui respire, pour ceci voire les émissions sur l’inceste que j’avais partagé ici ; https://seenthis.net/messages/878720
      Les agresseurs de femmes sont aussi des agresseurs d’hommes, d’enfants, d’animaux non humains, hommes qu’on laisse agir en « bon pères de famille ».

      Pour cette idée du terrorisme ciblant les femmes invisibilisé voire aussi Francis Dupuis-Déri qui explique cela
      https://www.youtube.com/watch?v=ndXqR_aWHcU

      #culture_du_viol #inceste #déni #invisibilisation

    • Je trouve inapproprié et dangereux d’employer le terme terroriste à tout bout de champ.

      On se souvient, par exemple, qu’il y a eu (il y a, il y aura) plein de meurtres racistes dans ce pays qui n’étaient pas du terrorisme.

      Pour ce qui est des femmes, oui, la culture du viol, la violence machiste, la crainte ou la terreur causé par des conjoints, patrons, collègues, proches, dans la rue existent. Mais je ne me souviens pas d’autre cas d’attentat contre des femmes visant à les tuer sans distinction pour ce qu’elles sont qu’un exemple québécois. La terreur exercée sur les femmes fonctionne selon d’autres modalités, en général, au moins à cette heure.

      Pour ce qui est de ces gendarmes, si on met un instant de côté la violence machiste dans cette affaire, cela fait partie du boulot des gens d’armes que de risquer de tomber sur des personnes lourdement armées, entrainées et décider à ne pas se rendre. On aurait pu avoir le même bilan sur un braquage, une évasion, bien que les voyous essayent plutôt de limiter les dégâts (de faire peur, quitte à tirer en rafale, pour arriver à fuir) lorsqu’ils sont confrontés à la police. Tout le monde sait que moins de spectacle, de scandale, de blessés, de morts, ça contribue à limiter l’ampleur des moyens déployés ensuite par la police, et celles des peines.

      On nous dit qu’il était lourdement armé, à part la pléthore de couteaux, et la lunette de visée nocturne (fana mili jusqu’au bout), il était armé comme bon nombre de gens qui savent risquer d’avoir à faire face à la police, une arme de poing et arme longue (d’aucuns ont aussi une ou des grenades défensives). Et il a pas utilisé d’explosif ou de lance roquette comme c’est le cas lors d’attaques moins meurtrières (par exemple des transports de fonds).

      Si ce type avait voulu tuer des femmes, des Arabes, des Musulmans, des Juifs, un max de passants, d’écoliers, des habitants d’un quartier, si ce type avait faut sauter une gare bondée ou posé une bombe sur un marché, etc, on pourrait parler de terrorisme (même en l’absence de morts en cas d’échec). C’est pas de ça qu’il s’agit. Et c’est grave de relayer cette propension à coller partout du « terrorisme ». Ça participe directement de la banalisation et de la généralisation d’un droit d’exception dont l’abus est déjà constant.

      À part ses compagnes, qui donc a-t-il terrorisé ? Des collègues trouffions ? des voisins ? des subalternes ? On ne passe pas comme ça de relations tyranniques et violentes effectivement terrorisantes au « terrorisme ».

      Le survivalisme c’est pas une politique de terreur, c’est, un culte, la glorification de la force ; s’en sortir quelque soit les circonstances. Oui, ça peut s’associer à du terrorisme, en particulier raciste, et à tout le moins à des violences racistes. Oui, ça peut s’associer à des formes de violence sociale (flic, militaire, vigile, nervis). Dans cette histoire, close par le suicide du type (ce qui n’est pas non la même chose que de contraindre la police à la mise à mort, les djihadistes ne se suicident guère ; et ici, la police tient assez peu à les arrêter, le meurtrier de Paty a été tué désarmé au prétexte qu’il aurait pu porter des explosifs), jusqu’à plus ample informé, cela n’a pas été le cas.

      Tous les crimes d’allure un tant soit peu exceptionnelle ne sont pas du terrorisme.

    • L’ex-épouse de Frédérik Limol est sortie de son silence dans une interview au quotidien Le Dauphine Libéré ce vendredi.
      https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/j-ai-alerte-qu-il-etait-dangereux-l-ex-epouse-du-tueur-des-trois-gendarme

      « J’avais lancé des alertes, des dizaines ! Je savais qu’il était dangereux, » affirme-t-elle au sujet du tueur des trois gendarmes d’Ambert.

      Elle raconte que son ex-mari était violent avec elle, « il a essayé de m’étrangler, j’ai pu me sauver », qu’il la menaçait de mort, « je croyais qu’il nous tuerait tous ». Elle explique avoir alerté la police, les gendarmes et l’aide à l’enfance : « J’ai même écrit à Marlène Schiappa [alors secrétaire d’Etat en chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes]. Rien n’a été fait. On m’a dit à chaque fois qu’il allait certainement se calmer. »

      Dans la nuit de mardi de mercredi des policiers sont venus à son domicile de Privas, en Ardèche, où elle vit avec son nouveau compagnon, leurs enfants et celui qu’elle a eu avec Frédérik Limol : « Ils sont venus nous mettre en sécurité, je les remercie. »

      Elle explique que Frédérik Limol a soudainement changé en 2012, devenant violent et survivaliste. « Quand j’ai accouché, il m’a donné une radio militaire, pour que l’on puisse communiquer en cas de fin du monde, » se souvient-elle.

      Je ne pensais pas que des innocents allaient mourir

      Très « en colère » contre les institutions qui sont restées sourdes à ses appels à l’aide, elle dit aujourd’hui se sentir « coupable » : « Aujourd’hui, il y a quatre orphelins, si j’avais pu me faire entendre, on n’en serait pas là. J’ai tout essayé. »

    • Je trouve inapproprié et dangereux d’employer le terme terroriste à tout bout de champ.

      @colporteur Je ne parle pas d’employé ce mot à tout bout de champ. Il est question de comprendre pourquoi les tueurs de masse isolé sont désigné « terroristes » lorsqu’ils sont racisés et « tueurs fous/isolés » lorsqu’ils sont blancs.
      Dans les liens que j’ai fournis il y a de nombreux exemples de tueurs de masse se revendiquant des Incels et Brevik théorise largement le contrôle des femmes, ainsi que l’histoire du « grand remplacement ». Le tueur de Polytechnique est simplement le seul pour qui le motif masculiniste n’est pas invisibilisé contrairement aux autres tueurs de ce type.
      Je ne dit pas que tous les féminicides sont des terroristes, les liens que j’ai fournis parlent des tueurs de masse , ceux qu’on appelait aussi Amok et c’est de ceux là que je veux parlé.
      L’Amok est une forme de violence typiquement masculiniste dans laquelle un homme « pète un plomb » et dans sa violence sois disant aveugle, emporte avec lui des quidam (proches, passants, flics...) en tuant sur son passage jusqu’à etre abattu lui même, dans une forme de suicide terroriste.

      Ce sont des hommes qui réclament leur « due » (male entitlement), ce qui aurait due leur être donné de fait car ils sont des hommes et il méritent des privilèges (c’est à dire une ou des femmes, des enfants, de la propriété terrienne).

      Pour le survivaliste dont il est question ici, je remarque que les violences subit par sa compagne ont commencé lors de son accouchement - or c’est le moment particulier que choisissent les hommes pour activer leurs violences contre leurs compagnes - je remarque aussi qu’il à construit un discours d’assiégé qui crain pour son due, c’est à dire SES BIENS agricoles A LUI que lui volerait des citadins (on à ici un clivage paysan/citadins différent de celui du grand remplacement ou de l’islamiste mais ca reviens en fait au même). A cela s’ajoute le fait qu’il ai un accès aux armes, ce qui fait que sa capacité de nuisance est déculpée. Par là je veux faire référence aux tueurs de masse de Chine qui s’attaquent à des écoles maternelles car ils n’ont pas leur progéniture qui leur serait due, que mentionnent la documentation que j’ai fourni. Ils n’ont pas le même impact car ils ne disposent « que » de couteau et non de Famas, paceque le PCC contrôle drastiquement les armes contrairement aux US ou à la France.

      Pour moi ce qui unit tous ces tueurs d’extreme droite, qu’ils soient musulmans, chretiens, survivalistes, c’est ce culte, cette glorification de la force que tu identifie toi même tout en etant completement aveugle au fait que c’est la base même du masculinisme.

    • J’ai bien connu Fred, le forcené du Puy de Dôme, Emmanuelle Strub @EmmanuelleMdM
      https://twitter.com/EmmanuelleMdM/status/1343119438061694977

      J’essairai d’écrire quelque chose de plus long, plus tard et dans un autre format, mais là, j’ai juste un ou deux trucs à dire, je vais faire court. Et ne m’en voulez pas si je ne dis pas ce que vous pensiez.

      Je connaissais Fred depuis 25 ans et ne le voyais plus depuis son mariage et la naissance de sa fille, moment où il est devenu violent avec sa femme. J’ai dû accepter que mon pote Fred était aussi un type minable, niant sa violence, se victimisant en permanence,

      incapable d’admettre que le problème de son couple c’était lui, incapable de se faire aider, incapable d’être à la hauteur de l’enfant dont il était si fier. Un gros gros naze agressif, qui, en plus, commençait à perdre pied avec le réel. Bref. Je l’ai perdu à cette période.

      L’année dernière il a relancé une charge judiciaire (multiple et sur tous les fronts) contre son ex femme pour obtenir la garde de l’enfant. Je n’avais plus de contact mais on m’avait dit qu’il était devenu « un survivaliste fan de Jésus » quelque part au milieu de la France.

      Nos amis communs avaient eux aussi perdu le contact depuis quelques années. J’ai fait une attestation pour le JAF dans laquelle j’écrivais, entre autres "pour moi il est malade, violent, paranoïaque, une bombe à retardement" .

      J’avais compris qu’il était passé à un stade supérieur encore dans la violence et j’étais vraiment très inquiète pour son ex femme et sa fille. Je suis dévastée par ce qu’il a fait mais pas surprise. Pas plus que son ex femme.

      Elle n’a pas été entendue et je n’ai pas été entendue non plus par certains de mes proches. Si la remise en question de la société sur les violences faites aux femmes va au même rythme que dans mon entourage, on n’est pas sortis des ronces.

      Alors c’est sûr dans le cas de Fred il y a un double problème, la violence sur ses compagnes et la décompensation psychique (l’enquête le dira mais c’est mon hypothèse)

      Je ne sais pas ce qu’on aurait pu faire pour éviter ce drame mais je sais comment on aurait dû croire son ex femme quand elle disait qu’il était dangereux pour elle et sa fille.

      [...]

    • Gendarmes tués à Saint-Just (Puy-de-Dôme) : le forcené est passé par le 15e régiment du Train à Limoges
      https://www.lamontagne.fr/limoges-87000/actualites/gendarmes-tues-a-saint-just-puy-de-dome-le-forcene-est-passe-par-le-15e-r

      Xavier* écoute la radio quand il apprend la tuerie de Saint-Just. En entendant le nom du forcené, « Frédérik Limol », une lumière s’allume tout de suite dans son esprit. Ce nom ne lui est pas étranger. Si elle remonte à loin, sa rencontre avec le dénommé Limol l’a marquée. Et elle n’éveille pas en lui de bons souvenirs… Loin s’en faut.

      A cheval sur les armes

      C’était en août 1995, à Limoges, à la caserne Marceau. « Je faisais mes classes au 15e régiment de Train. Appelé du contingent, comme on dit, se remémore Xavier. Frédérik Limol était mon chef de peloton. Il était lieutenant aspirant. Il était très antipathique, c’est le moins que l’on puisse dire. Toujours dans la brimade, à montrer qu’il était le chef ».

      Xavier se souvient d’un trait caractéristique de son ancien chef de peloton. « Il était très à cheval pour tout ce qui concerne les armes : la sécurité notamment, c’est normal, mais aussi le nettoyage… Cela n’allait jamais. Pour lui, l’arme n’était jamais assez propre. Dans ce domaine-là, il faisait vraiment valoir son autorité. »

      Intransigeant et antipathique

      Si sa rencontre avec Frédérik Limol date de 25 ans, son souvenir est intact dans la mémoire de Xavier. « Je me souviens très bien de son visage. Il était originaire des Antilles. Je m’en souviens d’autant plus qu’on avait exactement le même âge. À la caserne, on essayait de créer un lien. Il y avait des instructeurs dans leur rôle pendant les missions mais qui, pendant les moments de détente, venaient boire un coup ou discuter avec nous. Lui, c’était impossible. Il était intransigeant et ne faisait rien pour attirer la sympathie. Il n’était pas du tout chaleureux, voire même à la limite du respect.

    • Un survivaliste ultra-violent et surarmé : Frederik Limol, itinéraire d’une radicalisation
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/02/frederik-limol-itineraire-d-une-radicalisation_6065002_3224.html

      Le meurtre de trois gendarmes à Saint-Just, le 22 décembre, après une tentative de féminicide, est l’issue d’un engrenage complexe que les autorités n’ont pas su détecter, malgré les signaux d’alerte. Par Samuel Laurent et Lorraine de Foucher

      Il faisait très sombre dans le hameau de Saint-Just (Puy-de-Dôme), le soir du 22 décembre 2020, lorsque les deux premiers gendarmes sont tombés, l’un mort, l’autre blessé, sans comprendre ce qui leur arrivait. A peine auraient-ils entendu le bruit des balles tirées par Frederik Limol. Probablement allongé dans les fourrés, celui-ci les a ciblés à travers la lunette à vision nocturne de son AR-15, la version commerciale du M-16, le fusil d’assaut de l’armée américaine, qu’il a équipé d’un silencieux.
      « L’expertise devra encore préciser la scène de crime, mais avec les bruits de la nature, je pense qu’ils n’ont rien entendu. Le gendarme blessé lui a demandé de se calmer, et il a vu une silhouette paisible, déterminée, se mouvoir. C’est un tireur d’élite, qui tire pour tuer, ça ressemble aux tueries de masse aux Etats-Unis », décrit Eric Maillaud, le procureur de Clermont-Ferrand. Au fond, la grange puis la maison brûlent. Les flammes éblouissent les militaires, qui mettent du temps à comprendre que « quatre d’entre eux sont au tapis », selon les mots du magistrat. « Ce n’est que le lendemain, une fois le jour levé, qu’ils m’ont dit avoir saisi que la maison était en plein milieu d’un hameau », poursuit-il.

      Avec la lumière de l’aube, le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) arrivé en renfort retrouve, à 1,5 kilomètre de là, le 4 x 4 de Frederik Limol accidenté, et son corps à proximité, non loin d’un pistolet Glock et d’un fusil AR-15. Il semble s’être tiré une balle dans la tête. Le coffre est rempli à ras bord de cartons : à l’intérieur, un an de denrées alimentaires, des boîtes de conserve ou de nourriture lyophilisée. Ce néosurvivaliste croyait la fin du monde proche et se déplaçait souvent avec des quantités de rations.

      « Connards en costard »
      L’enquête commence seulement pour tenter de déterminer les différentes strates d’une affaire complexe, entre tentative de féminicide, « radicalisation politique » et décompensation psychique. Avant de tuer trois gendarmes, cet informaticien de 48 ans, diplômé d’une grande école d’ingénieurs et fils de militaire, avait basculé peu à peu dans une paranoïa brutale. Avec pour premières victimes ses deux compagnes successives, Catherine A. et Sandrine, en butte des années durant à sa violence.

      Sandrine, sa dernière compagne, a connu Frederik Limol sur son lieu de travail avant qu’il ne soit marié à Catherine A. Elle est cadre dans une grande entreprise de ressources humaines parisienne, il est consultant en informatique. Ils nouent en 2009 une relation amoureuse de quelques mois. Elle est en pleine quête spirituelle. Lui est très pratiquant et l’encourage dans sa foi catholique. Il est aussi violent. Lors d’une balade dans un parc, il l’agresse : « Eloigne-toi ou je te plante le couteau que j’ai dans la poche. » Sandrine prend ses distances, mais ils conservent une relation autour de la religion. Frederik Limol devient son parrain de confirmation en 2010.

      En 2011, alors qu’il est toujours consultant en informatique, mais installé dans le sud de la France, il rencontre et épouse Catherine A. Un mariage qui ne dure que quelques jours, avant qu’il ne tente de l’étrangler. Elle est alors enceinte. Ils se séparent avant la naissance de leur enfant, il se montre de plus en plus paranoïaque. Converti aux thèses collapsologistes, il lui offre une radio militaire en cas d’effondrement de la planète. Il est défiant envers la société. « Il a un discours antisystème, parle des “connards en costard”, ne se présente pas au divorce », raconte l’avocat de Catherine A., Me Wissam Bayeh. Le jugement du divorce, rendu le 13 avril 2015, fait état de sa détention d’armes à feu, de ses menaces de mort, de ses intimidations et de son refus de scolariser, de donner des médicaments et de vacciner sa fille.

      Autant d’éléments qui ne sont pas pris en compte lorsque Frederik Limol s’inscrit, en 2013, à un club de tir sportif de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). « Il venait régulièrement, plus d’une fois par mois, il n’a jamais fait état de quelque signe d’agressivité ou de quoi que ce soit », assure son président, Claude Cunin, qui parle d’un homme « convivial, très abordable ». En 2017, il obtient sans problème de son club l’autorisation nécessaire pour constituer un dossier qui doit lui permettre d’acquérir des armes de catégorie B, parmi lesquelles trois pistolets Glock et deux fusils de type AR-15.

      Caméras de surveillance
      Sandrine retrouve Frederik Limol à l’été 2017. Depuis son divorce, il est très endetté, a subi un redressement fiscal, qu’il estime indu. Il vit à découvert et aux crochets de sa nouvelle compagne. De l’extérieur au moins, leur couple semble être une « idylle », selon Gérald Pandelon, l’avocat du triple meurtrier.
      Catherine A., son ex-femme et mère de sa fille, continue, elle, de vivre un enfer. Frederik Limol ne cesse de réclamer de voir son enfant, souvent brutalement. Elle porte plainte contre lui le 29 juin 2017, pour menaces de mort et violences – c’est en tout cas la première plainte dont le parquet de Clermont-Ferrand retrouve la trace ; elle assure en avoir déposé auparavant. Elle se rend à la gendarmerie et raconte des coups de poing contre les murs, « le bris du contenu de l’appartement, et qu’il aurait suspendu leur enfant par les pieds au-dessus du vide », précise Eric Maillaud.

      En 2018, Sandrine et Frederik Limol emménagent dans la bâtisse en pierre de Saint-Just, petit village niché dans les collines du Puy-de-Dôme. Elle a envie de partir de la région parisienne, lui d’un retour à la nature, ils se lancent dans le travail du bois et l’apiculture. Elle est propriétaire de tout (la maison, les voitures et certaines des armes). « Elle n’a jamais touché une arme avant de le rencontrer », précise Pierre de Combles de Nayves, l’avocat de Sandrine. Frederik Limol est plus convaincu encore de l’apocalypse à venir. Dans la presse locale, ses voisins racontent qu’il a équipé sa maison de caméras de surveillance. Ils entendent régulièrement des coups de feu retentir autour de sa propriété. Là-bas, Sandrine est plus isolée et les violences s’abattent sur elle.

      Les 280 pages de leurs conversations WhatsApp, dont Le Monde a pu consulter des extraits, sont remplies d’insultes (« merde », « pute », « connasse ») qu’il lui inflige, mais aussi de messages plus amoureux. Il la rabaisse souvent, reconnaît qu’elle est son « souffre-douleur ». Elle a listé les violences qu’il lui a fait subir : décembre 2018, il l’attrape par les cheveux, la projette au sol, la menace avec un couteau. Février 2019, c’est un coup de tête sur la terrasse. Elle s’est prise en photo : son visage est maculé du sang qui coule de son crâne. Une autre fois, il lui tord tellement le poignet qu’elle se rend à l’hôpital, mais préfère mentir et dire être tombée. Quelque temps après, il lui appuie si fort le canon d’un revolver sur le front qu’elle en garde la marque pendant trois jours. Et puis il lui tire dessus dans le jardin, la rate, maltraite le chien, casse les portes.

      Pourquoi ne porte-t-elle pas plainte contre lui ? Sandrine est terrorisée et sous emprise, coincée dans l’ambivalence classique de ces relations de prédation, liée à un agresseur capable aussi d’être charismatique et intelligent, qui la convainc qu’elle est responsable de son comportement.
      Cet engrenage, Catherine A., l’ancienne épouse, le documente devant la justice. En 2019, elle porte à nouveau plainte contre Frederik Limol, et parle dans son audition des menaces de mort et des armes. Dans un mail, il lui écrit : « Je vais te buter, toi et ta fille. »

      La gendarmerie d’Ambert, dont trois membres mourront sous ses balles, se décide enfin à enquêter sur ce qu’elle comprend à tort comme un divorce houleux et un différend autour de la garde d’une enfant. Les violences post-séparation, de celles qu’on impose à une ex-compagne pour continuer à la contrôler, sont en réalité un vrai marqueur de dangerosité tout court. Frederik Limol est entendu, il nie tout, les menaces, les coups, explique qu’il aime sa fille plus que tout et porte à son tour plainte contre Catherine A. pour non-représentation d’enfant. Il vient parfois à l’improviste, accompagné d’un huissier. A une occasion, il s’accroche avec le nouveau mari de Catherine A., un « voyou » selon Me Pandelon.

      Vidéos complotistes
      Aux témoignages de son ex-femme, Frederik Limol oppose les siens. Convoqué pour les violences, il déclare en rentrant de son audition que « le gendarme est de [s]on côté ». Effectivement, tout est classé sans suite, aucune vérification n’est faite sur les armes, aucune saisie ou révocation d’autorisation n’est envisagée, alors que le tout nouvel article 56 du code de procédure pénale, adopté le 30 juillet 2020, le permet sans même une décision de justice.

      Alors que deux plaintes pour violences et menaces de mort ont été déposées contre lui, Frederik Limol voit même ses autorisations de détention d’armes de catégorie B renouvelées par la préfecture du Puy-de-Dôme, en octobre. Sollicitée par Le Monde à ce sujet, la préfecture a répondu ne pas faire de commentaire pour « ne pas entraver l’enquête judiciaire ». Côté parquet, Eric Maillaud reconnaît que l’enquête sur l’autorisation de détention d’armes n’a peut-être pas été assez poussée, mais justifie « qu’il y en a une telle masse qu’on clique sur trois fichiers, et basta ».

      A l’automne, Frederik Limol passe des heures sur YouTube, à s’abreuver de vidéos complotistes sur le coronavirus ou sur les théories trumpistes d’une élection américaine « volée ». Il considère la police et la gendarmerie comme des milices « aux ordres d’un pouvoir corrompu », s’emporte contre les francs-maçons, prononce souvent des phrases homophobes ou violemment sexistes. « Il a un profil de trumpiste à la française », décrit Me Pierre de Combles de Nayves. « Il me fait penser à ces électeurs de Trump ultra-armés, à un radicalisé d’extrême droite », corrobore Eric Maillaud.

      Comment un profil aussi violent a-t-il pu passer sous les radars ? « Quand on refait l’histoire, on se dit qu’un individu comme ça, avec un tel arsenal et de telles idées, aurait pu être surveillé. Mais il n’a allumé aucun voyant du côté des services de renseignement, débordés par le djihadisme et l’ultragauche », poursuit le procureur de Clermont-Ferrand.

      Nicolas Hénin, consultant en prévention de la radicalisation, s’étonne qu’il ait fallu attendre la mort de trois gendarmes pour découvrir la dangerosité de Frederik Limol. « La France est le seul pays occidental à ne traiter la radicalisation que d’un point de vue islamiste. Alors qu’on est typiquement sur une personne radicalisée : il est enfermé dans son extrémisme, et produit un passage à l’acte violent. Par ailleurs, les violences conjugales étaient un signal d’alerte important de sa radicalisation. »
      Le 22 décembre, Frederik Limol se réveille énervé. Selon le récit de sa compagne, vers 19 h 30, il descend au sous-sol, casse des objets, parle de l’apocalypse et crie : « Je vais tous vous tuer. » Sandrine se réfugie dans sa douche. Quand elle en sort, il a un Glock à la main et lui ordonne de sortir l’AR-15 du coffre de leur chambre. Elle déclenche l’enregistreur de son téléphone. Pendant quarante minutes, c’est un déferlement de violence. Sandrine envoie au père de Frederik Limol et à une amie en région parisienne, dont le compagnon est policier, la photo de son visage ensanglanté. Elle profite d’un moment de répit pour récupérer son ordinateur, son sac à main, et s’échappe par la fenêtre de la salle de bain, qu’elle referme. Sur le toit, elle parvient à entrer en contact avec les gendarmes, les prévient de la tentative de féminicide en cours et les guide jusqu’à la maison.

      Lire aussi Gendarmes tués dans le Puy-de-Dôme : « Je vais être un killeur de keufs »

      Entre-temps, Frederik Limol est allé boire un dernier verre chez son voisin, son AR-15 à la main. Le voisin remarque bien les gyrophares bleus des gendarmes éclairant la nuit de Saint-Just. Il pense à une ambulance. Selon lui, Frederik Limol l’aurait pris dans ses bras, pleurant, lui disant adieu. De son toit, Sandrine voit son compagnon allumer le feu de la grange, mettre des affaires dans le coffre de la voiture. Elle entend ses pas sur le gravier, puis des voix d’homme et des coups de feu. Le 4 x 4 de Frederik Limol démarre. Sandrine descend du toit, elle suffoque avec la fumée. Au sol, le lieutenant Cyrille Morel, l’adjudant Rémi Dupuis et le brigadier Arno Mavel viennent de mourir.

  • Consentement : le Haut Conseil à l’égalité exhorte à la fixation d’un seuil d’âge dans la loi
    https://www.liberation.fr/france/2020/11/20/consentement-le-haut-conseil-a-l-egalite-exhorte-a-la-fixation-d-un-seuil

    Dans un appel publié ce vendredi, le HCE plaide une nouvelle fois pour que la loi soit modifiée, afin que tout acte sexuel entre un adulte et un enfant de moins de 13 ans soit considéré comme contraint.


    En matière de violences sexuelles, il faut « aller plus loin » et « renforcer la protection des mineurs de 13 ans ». C’est le sens de l’appel lancé ce vendredi par le Haut Conseil à l’égalité (HCE), à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant. Une nouvelle fois, l’instance nationale consultative indépendante exhorte à ce que soit fixé dans la loi française un seuil d’âge (13 ans), en dessous duquel tout acte sexuel entre un adulte et un mineur serait forcément considéré comme contraint, sans qu’il soit possible d’apporter de preuve contraire.

    Concrètement, en cas de pénétration d’un adulte sur un enfant de moins de 13 ans, il s’agirait d’un viol au regard de la loi, passible de vingt ans de prison et jugé aux assises. En l’absence de pénétration (en cas de caresses forcées par exemple), il s’agirait forcément d’une agression sexuelle, passible de dix ans de prison, et non d’une « atteinte sexuelle sur mineure », qualification juridique fréquemment retenue, passible de sept ans de prison en correctionnelle, mais qui ne « permet pas la représentation de la gravité de l’acte commis et imposé à l’enfant », estime le HCE.
    « Qu’à un âge donné, il soit impossible de se questionner sur le consentement »

    Mercredi soir, une centaine de personnes se sont rassemblées à Paris pour réclamer l’instauration d’un seuil d’âge dans la loi. Elles protestaient contre la décision récente prise par la cour d’appel de Versailles de confirmer le renvoi de trois pompiers devant la justice pour « atteinte sexuelle », alors qu’ils sont accusés par une jeune femme de viols lorsqu’elle avait 14 ans. « On voudrait qu’à un âge donné, il soit impossible de se questionner sur le consentement », a argué Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes.

    La question d’instaurer pareil seuil d’âge avait émergé fin 2017, dans le sillage du mouvement #MeToo. Plusieurs décisions de justice avaient alors suscité une vague d’indignation au sein des associations féministes et de protection de l’enfance, à l’image de la décision du parquet de Pontoise (Val-d’Oise) de poursuivre un homme de 28 ans pour « atteinte sexuelle sur mineure » sur une fille de 11 ans, alors que celle-ci avait déposé plainte pour viol. Le parquet avait estimé que les éléments juridiquement caractéristiques du viol, à savoir « la menace, la contrainte ou la surprise », n’étaient pas établis. Plusieurs associations étaient alors montées au créneau, réclamant que soit instauré un seuil d’âge de non-consentement dans la loi, comme c’est le cas en Belgique (14 ans), au Royaume-Uni (13 ans), ou encore en Espagne et aux Pays-Bas (12 ans).

    Dans un avis pour « une juste condamnation sociétale et judiciaire du viol », publié dès 2016, le HCE estimait déjà nécessaire d’instaurer clairement un seuil d’âge dans la loi. Sans parvenir à un accord sur cette barrière d’âge (13 ou 15 ans), le gouvernement s’était dans un premier temps dit favorable à une telle mesure lors de l’élaboration de la loi contre les violences sexistes et sexuelles, dite « loi Schiappa », avant de rétropédaler au moment de son adoption, en 2018. En cause : un risque d’inconstitutionnalité, pointé par le Conseil d’Etat, pour qui une telle modification législative aurait pu être contraire à la présomption d’innocence. La version du texte finalement adoptée dispose que, s’agissant de faits commis sur un mineur de 15 ans, la contrainte morale ou la surprise, nécessaires pour qualifier un viol, sont caractérisées par « l’abus de la vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour ces actes » ou par une « autorité de droit ou de fait » exercée sur la victime et pouvant être liée à une « différence d’âge significative ».
    Il appartient toujours à la victime de démontrer qu’elle a été contrainte

    Telle que votée en 2018, la loi est « insuffisamment claire et protectrice pour l’enfant », estime le HCE dans son avis de vendredi. Et d’arguer qu’il appartient toujours à la victime de démontrer qu’elle a été contrainte : « L’attention des professionnels de la protection, et particulièrement les policiers, gendarmes et magistrats au cours des enquêtes et procès, est dirigée non pas d’abord sur les moyens mis en œuvre par l’agresseur pour obtenir l’acte sexuel, mais sur la personnalité, les réactions de l’enfant et la façon dont elle ou il les a exprimées », relève le HCE.

    En début d’année, la parution du livre de Vanessa Springora, le Consentement, dans lequel elle évoque sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff et les rapports sexuels eus avec lui alors qu’elle n’était qu’une adolescente, avait relancé le débat autour de la nécessité d’instaurer un seuil d’âge dans la loi. Fin janvier, la députée LREM de Marseille Alexandra Louis a été chargée d’une mission d’évaluation de la loi contre les violences sexistes et sexuelles d’août 2018. L’ex-secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa s’était alors engagée à revoir la loi si besoin. Prévue pour fin octobre, la remise des conclusions de ces travaux au gouvernement a été décalée en raison de la situation sanitaire.
    Virginie Ballet

    #viol #culture_du_viol #pédocriminalité #inceste #consentement #violences_sexuelles

  • Lasst de Gaulles Erbe fahren

    Das Land hat seinem früheren Präsidenten viel zu verdanken, unter anderem auch dies: Das System ist ineffizient, weil das Verständnis von Staat und Bürger überkommen ist. Es wäre an der Zeit für ein demokratisches Update.

    Man darf es Staatsversagen nennen. In der Corona-Krise hat Frankreichs Führung auch in der zweiten Welle nichts im Griff. Zuletzt zählt das Land täglich etwa 60 000 Ansteckungen, seit Beginn der Pandemie sind es 1,6 Millionen. Europa-Rekord.

    Unter den vielen Formen der Überforderung, die im Umgang mit dem Virus zu beobachten sind, sticht das französische Beispiel hervor. Nirgendwo ist die Diskrepanz zwischen dem Anspruch der Eliten auf exzellente Regierungsführung und der Wirklichkeit des Krisenmanagements so groß. Das Virus stellt schonungslos infrage, wie in Frankreich Entscheidungen für das Gemeinwesen gesteuert und umgesetzt werden. Und das in einem Land, in dem der Staat Kern nationaler Identität ist.

    Das System steht in napoleonischer Tradition

    Der Fehler liegt im System, dem Erbe von Charles de Gaulle. Dessen später Nachfolger Emmanuel Macron wird jetzt, zum 50. Todestag des Begründers der Fünften Republik, den Geist de Gaulles um Beistand beschwören. Dabei ist de Gaulle nicht Teil der Krisenlösung, er ist Teil des Problems. Die politisch-administrative Struktur, in die der General die französische Demokratie in napoleonischer Tradition 1958 gepresst hat, entspricht weder den Herausforderungen durch das Virus noch der Komplexität einer modernen Gesellschaft. Die Corona-Lehre lautet: Beerdigt de Gaulle.

    Lang ist die Serie aus Irrtümern und bürokratischen Erschwernissen in Frankreichs Kampf gegen die Pandemie. Anfangs bestritt die Regierung den Nutzen von Schutzmasken, und die Gesundheitsbehörden erkannten nicht, wie wichtig eine Teststrategie ist. Inzwischen wird massiv getestet, aber die Auswertung kann Wochen dauern. Der Mangel an Intensivbetten verursacht weiter viele Tote. Von 12 000 Betten, die vor der zweiten Welle versprochen wurden, fehlen 4000. Dabei gibt Frankreich, gemessen an der Wirtschaftsleistung, ebenso viel für Gesundheit aus wie Deutschland; nur erhält es für dieses Geld weniger Schutz.
    Das Land leidet unter einem Eliten-Inzest

    Die Verwaltung besticht nicht durch Effizienz. Dafür besitzt sie im Präsidialsystem eine dominante Stellung. De Gaulle gründete nach dem Krieg die zu Recht viel kritisierte Elitehochschule ENA, die neben dem heutigen Staatschef und dem Premierminister auch die wichtigen Entscheider im Hintergrund stellt. Sie mögen alle kluge Köpfe sein - ihr Eliten-Inzest bringt dennoch oft kompliziert-kafkaeske Entscheidungen hervor, im schlimmsten Fall schlechte Krisenpolitik. Macron wollte die ENA abschaffen. Aber Frankreichs mächtigste Lobby widersteht.

    Das System ist ineffizient, weil sein Verständnis von Staat und Bürger überkommen ist: Die Spitze hat immer recht, selbst wenn sie irrt. Deshalb verbessert sich dieses System kaum, es lernt nicht. Oder nur sehr langsam, zu langsam für ein schnelles Virus. Zu dessen Bekämpfung greift Macron in de Gaulle’scher Manier auf Notstandsgesetze zurück und unterwirft sein Corona-Kabinett dem Verteidigungsgeheimnis. Transparenz und Demokratie gelten als lästige Hindernisse. Nur: So schafft man keine Akzeptanz für den Corona-Kampf, der noch lange dauern wird.

    De Gaulle war ein großer Staatsmann. Ein Kriegsheld und später ein Präsident, der seinem Land Gehör verschaffte. Auch die Deutschen haben ihm viel zu verdanken: die Aussöhnung mit Frankreich.

    Doch heute verhindert sein Verfassungserbe gutes Regieren. Frankreich muss sich von ihm lösen. Es braucht ein demokratisches Update. Einen Staat, der modern ist - auch und vor allem an der Spitze.

    https://www.sueddeutsche.de/meinung/frankreich-lasst-de-gaulles-erbe-fahren-1.5107621!amp?__twitter_impress

    #La_France_vue_d'Allemagne #vu_d'Allemagne #France #de_Gaulle #gaullisme #tradition_napoléonienne #administration #administration_française #covid-19 #gestion #coronavirus #ENA #grandes_écoles #Macron

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    Quelques passages traduits en français par Pascal Thibaut sur twitter et ici :

    « on peut parler d’une #faillite de l’#Etat. Les responsables français ont aussi perdu le contrôle des choses durant cette deuxième vague. Nulle part ailleurs, on ne voit un tel fossé entre les ambitions des #élites et leur management de #crise »
    "Le virus met cruellement en cause la manière dont les #décisions sont adoptées et mises en place en France. Et cela dans un pays où l’Etat joue un rôle central pour l’#identité_nationale".
    « L’erreur réside dans l’héritage de de Gaulle dont Macron invoque l’héritage 50 ans après sa mort. Les structures fondées en 1958 dans un #esprit_napoléonien ne peuvent répondre aux défis d’une pandémie et à une société complexe. Conclusion : il faut enterrer de Gaulle ».
    « Les Enarques sont peut-être des esprits brillants mais leur #inceste_élitaire produit trop souvent des décisions complexes et kafkaiennes et dans le pire des cas une mauvaise gestion de crise. »
    "le système est inefficient car sa compréhension de l’Etat et de ses citoyens est dépassée. Le sommet a toujours raison même quand il a tort. C’est pourquoi le système s’améliore peu et ne tire que trop lentement des leçons de ses erreurs. Trop lentement pour un virus".
    « Pour le combattre, Macron recourt à la mode gaullienne à des lois d’urgence et soumet le conseil des ministres au secret défense. La #transparence et la #démocratie sont perçes comme gênants. Mais cela ne favorise pas le soutien de la population. »
    "La France a besoin d’un #update_démocratique, d’un Etat moderne surtout pour sa direction"

    https://twitter.com/pthibaut/status/1324795895586660352

  • « Longoz », le nouveau combat viscéral d’Ann O’aro
    https://www.fip.fr/musiques-du-monde/longoz-le-nouveau-combat-visceral-d-ann-o-aro-18483

    Magnifique voix, magnifique arrangement minimaliste

    Sur le tempo du maloya, la jeune chanteuse réunionnaise dénonce les silences sur les violences familiales et tout ce qui peut nous étouffer.

    Après un premier album éponyme sur l’inceste, sorti en septembre 2018 (Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros), Ann O’aro poursuit sa quête d’émancipation avec l’énigmatique Longoz. Elle impose sa parole et dénonce le déni sur les violences sexuelles et sexistes, celles de l’esclavage, de l’extrémisme et de l’alcoolisme très présent dans l’île de la Réunion... Elle évoque aussi les limites, les frontières et aussi la passion amoureuse. La longoz est une plante vivace qui étouffe la végétation des forêts réunionnaises. La chanteuse et ses acolytes, le tromboniste Teddy Doris et le percussionniste Bino Waro (fils de Danyel Waro), comptent bien se débarrasser de ses liens envahissants pour respirer à plein poumons et exprimer leur joie de vivre.

    Album complet (playlist) :

    https://www.youtube.com/watch?list=OLAK5uy_mfmE3uHWHDS_LNiWslYG5yxDHwgO9D07k&v=E4U7pqpPE3s

    #musique #maloya #La_Réunion #Ann_O'aro #femmes #violence #inceste #guérison

  • « Une soirée tout ce qu’il y a de plus chouette s’est transformée en tout ce qu’il y a de plus sordide » | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/186467/recit-temoignage-viol-sidney-justice-episode-1

    Je me suis fait violer. Il faut que je quitte cet appartement. Il faut que j’aille chez les flics. Les mots « viol » et « police » clignotaient dans ma tête en énorme. C’était très clair. J’avais lu trop d’articles qui expliquaient noir sur blanc la définition du viol. Une pénétration de quoi que ce soit, non consentie.

    J’avais lu trop de témoignages de nanas qui ne vont pas chez les flics dans la foulée, ou qui n’y vont pas tout court, et qui en chient ensuite (celles qui y vont en chient aussi, c’est pas un concours, mais à mon sens c’est quand même soulageant de balancer son histoire avant qu’elle pourrisse en toi). J’avais lu trop d’articles qui expliquaient comme c’est essentiel d’aller chez les flics, le plus vite possible. N’attendez pas, allez-y direct, ne vous douchez pas. Et donc je me suis laissée porter par ce que mon cerveau m’ordonnait de faire. Je suis allée chez les flics. Je leur ai tout raconté.

    Ça m’a fait du bien.

    Ça m’a fait du bien de vomir cette histoire, ça m’a fait du bien d’avoir des flics à l’écoute à 4 heures du matin, ça m’a fait du bien de me laisser porter du commissariat à l’hosto, ça m’a fait du bien de voir une médecin, ça m’a fait du bien d’être auscultée. Ça m’a fait du bien, grosso modo, de suivre un process et de me laisser guider, ça m’a fait du bien de recevoir un coup de fil le lendemain pour me prévenir que le mec avait été arrêté, ça m’a fait du bien de dire « oui, je porte plainte ».

    #justice #viol

  • Injustices - Ou peut-être une nuit
    Louie Media
    #TW #inceste

    Dans cette deuxième saison d’Injustices, « Ou peut-être une nuit », Charlotte Pudlowski décortique la fabrique du silence autour de l’inceste.

    Ou peut-être une nuit 1/6 : « Ce que ma mère ne m’avait jamais dit
    https://www.youtube.com/watch?v=K_btxsjH0gA

    Ou peut-être une nuit 2/6 : « Apprendre à se taire »
    https://www.youtube.com/watch?v=DjasrY1UvJk

    Ou peut-être une nuit 3/6 « L’Ampleur du problème »
    https://www.youtube.com/watch?v=AgAX2LJ2eZk

    Ou peut-être une nuit 4/6 : « Une histoire de haine et de domination »
    https://www.youtube.com/watch?v=SWXO-lw86Ig

    Ou peut-être une nuit 5/6 : « Les poupées russes du silence »
    https://www.youtube.com/watch?v=JbF424IRwd4

    Ou peut-être une nuit 6/6 : « Le monde que construit l’inceste »
    https://www.youtube.com/watch?v=dDoxMjfxlFI

    #viol #culture_du_viol #famille #silenciation #patriarche

  • Mécanismes de #survie et trauma bonding dans la #prostitution – Révolution Féministe
    https://revolutionfeministe.wordpress.com/2020/08/03/mecanismes-de-survie-et-trauma-bonding-dans-la-prosti

    « La réalité est que les féministes radicales sont les seules qui soient du bon côté de l’histoire, qui voient la totalité du problème et les raisons pour lesquelles la prostitution existe. Les féministes socialistes ont mon respect, mais elles ne voient pas la totalité du problème. La prostitution n’existe pas comme simple conséquence du fait des discriminations économiques que subissent les femmes. La pauvreté est un facteur qui contribue à la prostitution—mais ce n’en est pas la raison. Les facteurs qui contribuent à la prostitution ne sont pas des causes. La prostitution existe pour une seule raison et cette raison est la demande masculine. La plus extrême pauvreté ne pourrait pas créer la prostitution si la demande masculine n’existait pas (Rachel Moran).

    Quand nous discutons de ce problème, nous ignorons le fait que même des femmes blanches qui ont étudié dans des universités peuvent vivre dans la pauvreté. Elles aussi peuvent venir de familles dysfonctionnelles, elles aussi peuvent avoir été victimes de #violences sexuelles, physiques ou émotionnelles—et peuvent rejouer ce trauma dans la prostitution. Comme Rachel Moran le souligne, voir la prostitution d’un point de vue purement économique nous fait passer à côté de l’essentiel.

    « Andrea Dworkin a dit un jour que l’#inceste est le camp d’entraînement pour la prostitution. Au plus profond de moi, je sais que c’est vrai. Faire ma première passe n’était pas différent d’être violée par mon beau-père. » (Jacqueline Lynne).

    #patriarcat #famille