• Chacun sa part « Monde qui bouge
    http://www.mondequibouge.be/index.php/2019/06/chacun-sa-part

    Ces différents exemples mettent en évidence que l’individualisme et le volontarisme participent à une certaine représentation du monde où le bienêtre, la réussite, le succès et autres dépendent essentiellement d’une attitude individuelle positive.

    Cela peut figer la lecture que l’on peut avoir de certains phénomènes sociaux complexes comme le chômage, les déséquilibres dans la production et la redistribution de richesses ou encore le bonheur d’une population, en négligeant entre autres des paramètres comme le hasard, la reproduction des privilèges sociaux, etc.

    C’est en cela qu’il s’agit bien d’une idéologie. Une idéologie correspond à un ensemble plus ou moins cohérent des idées, des croyances et des doctrines philosophiques, religieuses, politiques, économiques, sociales, propre à une époque, une société, une classe et qui oriente l’action. Nous ajoutons avec Paul Ricœur (4) qu’une idéologie comporte une dimension de dissimulation d’elle-même : elle est le processus par lequel un individu ou une classe témoigne de sa condition tout en ignorant qu’il en rend compte. Autrement dit, le propre d’une idéologie, c’est de formater notre vision du monde sans que nous ayons conscience de ce formatage. Une idéologie cesse dès lors d’être opérante lorsque nous prenons conscience des processus qui la sous-tendent.

    Le volontarisme est la tendance à croire (notamment en politique) que la volonté humaine est capable d’imposer le changement ; thèse, tendance selon laquelle la volonté humaine l’emporte sur toutes les autres facultés, sur le réel, sur les évènements, dans l’État et la société.

    L’individualisme correspond, en politique, à un idéal qui accorde le maximum d’importance à l’individu, à l’initiative privée et réduit le rôle de l’État au minimum ou même à rien. Elle se traduit notamment par une tendance à l’affirmation personnelle ou à l’expression originale.
    Volontarisme et individualisme dans l’enseignement

    Cette manière de surestimer le poids des caractéristiques individuelles (la volonté, le courage, les efforts…) au détriment des facteurs sociaux a été baptisée erreur fondamentale d’attribution. Dans l’enseignement, les sciences humaines et sociales ont montré combien les dynamiques d’étiquetage individuel pouvaient contribuer à reproduire les inégalités.

    Concrètement : si un enseignant considère qu’un élève en difficulté est un cancre, un bon à rien qui n’y met simplement pas du sien pour réussir, ce même enseignant accompagnera peut-être moins cet enfant vers la réussite, et l’enfant finira lui-même peut-être par se conformer à l’étiquette qui lui est imposée. Il s’agit notamment de ce que l’on appelle l’effet Pygmalion (ou effet Rosenthal-Jacobson).

    Quid de la maitrise des codes sociaux qui favorisent la compréhension des implicites partagés par les enseignants ? Quid de partis pris pédagogiques qui permettent à un type d’élèves de mieux s’en sortir que d’autres ? Que penser des phénomènes de ghettoïsation et de stigmatisation interclasses (bonnes classes versus mauvaises classes), interécoles (bonnes écoles versus mauvaises écoles) et interfilières dont sont encore empreintes les écoles ?

    Malgré ces constats sur la réussite des individus, les idéologies volontaristes et individualistes demeurent fortement ancrées dans le monde de l’enseignement, tant dans les contenus d’apprentissage dans des situations de sensibilisation (il faut amener les jeunes à être des adultes responsables) que dans l’accompagnement pédagogique (il faut individualiser les parcours. La réussite et les échecs des élèves sont de leur ressort).

    #individualisme #libéralisme #école #bien-être #développement_personnel

  • Pierre Bourdieu, en 1998, sur le néolibéralisme :
    https://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/3609

    Le néolibéralisme est un programme de destruction méthodique des collectifs [...] visant à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur : nation, dont la marge de manœuvre ne cesse de décroître ; groupes de travail, avec, par exemple, l’individualisation des salaires et des carrières en fonction des compétences individuelles et l’atomisation des travailleurs qui en résulte ; collectifs de défense des droits des travailleurs, syndicats, associations, coopératives ; famille même, qui, à travers la constitution de marchés par classes d’âge, perd une part de son contrôle sur la consommation.

    #travail #économie #néolibéralisme

  • Eh bien, recyclez maintenant ! | Grégoire Chamayou
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/02/CHAMAYOU/59563

    Poubelle jaune, poubelle verte, poubelle bleue… À grand renfort de sermons, on nous chante les louanges d’une « citoyenneté moderne » associée à un geste : le tri des déchets, considéré comme la garantie de sauver une planète dégradée de toutes parts. C’est peut-être se méprendre sur la logique qui sous-tend cette injonction à l’« écoresponsabilité » des consommateurs. Source : Le Monde diplomatique

  • les fractures ouvertes de la gauche : ça se soigne ou pas ? - Vacarme
    https://vacarme.org/article3211.html

    Non seulement les gauches multiples ne partagent presque plus jamais les mêmes combats, n’occupent plus les mêmes territoires, ne s’émeuvent plus des mêmes enjeux — ce qui en soi ne serait pas nécessairement un drame : peut-être un juste partage des tâches ? —, mais surtout, quand elles occupent les mêmes lieux et les mêmes luttes, elles s’y déchirent comme jamais. Sur l’islam, pas sur les religions en général (ça c’est vieux). Sur l’immigration. Sur la politique internationale (Syrie, Russie, Venezuela, Tibet, Palestine, Mali). Sur l’écologie (réchauffement climatique, nucléaire, végétarianisme…). Sur l’éducation. Sur le travail et le rapport au travail (revenu minimum ou travail pour tous ; plaie du chômage ou des working poors ?). Sur l’État. Sur l’Europe. Sur les minorités. Sur le féminisme. Sur la libération sexuelle. Même sur les néo-fascismes qui viennent, qui sont déjà là. Pas un seul enjeu contemporain où la gauche ne prenne les armes contre elle-même. Pire encore, pas un seul enjeu contemporain où la gauche, non seulement se déchire, mais se renverse, balbutie, se contorsionne, se contredit, devienne illisible, se dissolve.

    […]

    Car, en faisant passer la contradiction à l’intérieur d’elle-même, la belle âme la psychologise, la ressent, au lieu de l’objectiver, de la penser et de la politiser et, ce faisant, elle rompt le juste processus dialectique, confond l’intériorité de l’Esprit du temps où les contradictions et les luttes se renversent et progressent et l’intériorité individuelle où les contradictions se figent. Et c’est ainsi que la belle âme, l’âme nulle, tombe hors de l’histoire, et meurt.

    #politique #gauche #libéralisme #individualisme @vacarme

    • Amusant. J’allais écrire un truc sur l’autre fil du jour, où on cause Crépuscule et où des lumières de gauche lui collent l’étiquette « confusionnisme ». J’allais écrire un truc comme « de toute façon, les progressistes sont incapables de se rassembler ». Et je me suis abstenu, j’avais déjà assez signifié ma mauvaise humeur face à ces pulsions nihilistes.

    • Ce passage dans l’intime des contradictions du politique est le signe le plus funeste de la misère de la gauche. Hegel sur ce point est presque irréfutable : celui qui vit les divisions en lui-même au lieu de s’y engager au-dehors, qui absorbe le monde au lieu de le transformer, c’est la belle âme — déchirée, complaisante, ironique en images, âme nulle en vérité. Car, en faisant passer la contradiction à l’intérieur d’elle-même, la belle âme la psychologise, la ressent, au lieu de l’objectiver, de la penser et de la politiser et, ce faisant, elle rompt le juste processus dialectique, confond l’intériorité de l’Esprit du temps où les contradictions et les luttes se renversent et progressent et l’intériorité individuelle où les contradictions se figent. Et c’est ainsi que la belle âme, l’âme nulle, tombe hors de l’histoire, et meurt.

  • La souffrance individuelle (et collective) est-elle un critère politique ? – Chi-Chi Shi
    http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-

    De bien des manières, le défi radical que constituaient les politiques de l’identité a été désarmé et subsumé sous la valorisation néolibéraliste de la différence individuelle. Sans théorie explicative de l’identité, les identités apparaissent comme déjà constituées, des fac-similés cristallisés de la lutte sociale. Séparées de l’histoire matérielle de l’identité, les politiques de l’identité deviennent complices de la diversification du capitalisme.

    C’est ce que montre l’injonction à en finir avec le « classisme » en tant que discrimination contre les membres de la classe ouvrière, une tentative erronée de saisir la manière dont les rapports de domination fonctionnent au travers de la classe. Le « classisme » est un symptôme d’une société capitaliste fondée sur l’exploitation de classe. Se focaliser sur les effets culturels de l’identité mène à une analyse dématérialisée qui ne peut appréhender le système de classes comme étant nécessaire à l’exploitation du travail, plutôt qu’en termes d’identité dénigrée qui doit être libérée. Cela s’ancre dans la logique sociale et politique du néolibéralisme qui traite les forces marchandes du capitalisme comme étant inévitables et incontestables. La prévalence des glissements discursifs vers une explication de l’oppression en termes de préjugés et de stigmates, ce qu’illustre le langage du classisme, s’inscrit dans cette naturalisation. Cela dissocie l’oppression d’une analyse systémique utile reconnaissant la fonction systémique cruciale jouée par l’oppression. En conséquence, cela naturalise les systèmes d’oppression. Le classisme en est l’exemple le plus évident. Selon cette analyse, les pauvres et les membres de la classe ouvrière souffrent à cause de l’attitude des membres des classes moyennes et supérieures envers eux, et non parce qu’ils sont exploités par les modes de production capitalistes. Les inégalités de richesse et de revenus sont imputées aux préjugés : « le classisme est un traitement différencié en raison de la classe sociale ou de la classe sociale perçue. Le classisme est l’oppression systématique des groupes des classes subordonnées pour avantager et renforcer les groupes des classes dominantes. C’est l’assignation systématique des caractéristiques de valeur et de capacité basées sur la classe sociale41 ».

    L’organisation Class Action a son propre slogan : « bâtir des ponts pour réduire la fracture de classe », situant la discrimination de classe dans les relations interpersonnelles qui découlent des caractéristiques systémiques des préjugés. Au lieu d’abolir les rapports de classe, le classisme met l’accent sur l’atténuation des effets individuels des rapports de classe, comme « se sentir inférieur aux membres des classes supérieures ». Au lieu d’exiger le démantèlement du système de classes capitaliste, Class Action met l’accent sur la reconnaissance de la souffrance causée par les relations interpersonnelles comme solution à l’inégalité, aplanissant la fonction de la race, de la classe et du genre en les égalisant par le prisme de l’identité descriptive.

    Je ne remets pas en question le fait que la souffrance qui marque la vie des sujets opprimés doive jouer un rôle dans la résistance à l’oppression. Toutefois, la tendance au culturalisme dont font preuve les politiques de l’identité contemporaines mène à concevoir la résistance comme tournée vers l’intérieur, vers les symptômes de l’oppression et à un éloignement des causes systémiques. Ce repli sur soi s’incarne dans la popularité de la théorie du privilège. La théorie du privilège est un exemple de la manière dont les inégalités structurelles sont situées dans les positions individuelles des sujets. La conception qu’a Peggy McIntosh du privilège blanc se situe au fondement à la compréhension actuelle. Elle compile une liste de 50 bénéfices quotidiens du privilège blanc : « J’en suis venue à voir le privilège blanc comme un ensemble invisible d’atouts immérités que je peux encaisser chaque jour, mais desquels je demeure inconsciente42 ». Le concept de privilège personnel comme « avantage immérité (…) à cause de la discrimination » est devenu omniprésent dans le discours des politiques de l’identité43. L’expression « Check your privilege » est devenue un cri de ralliement politique, laissant entendre que la résistance doit débuter par la reconnaissance de la position personnelle de chacun au sein du système.

    #identité #politique_de_l'identité #théorie_du_privilège

  • Mon anarchisme
    https://infokiosques.net/spip.php?article1638

    Ce texte a été écrit suite à la publication du texte « Contre l’anarchisme, un apport au débat sur les identités ». Ce n’est pas un dialogue avec des marchands d’idées qui se permettent sournoisement, et assez facilement, de cracher sur un courant très divers qu’ils sont incapables de comprendre. C’est par contre une « réponse à une réponse » qui a été faite à ce texte, et qui #M'a semblé tout aussi navrante que le texte lui-même. (Présentation publiée sur le site des éditions Diomedea.)

    M

    / #Anarchismes,_anarchie, Infokiosque fantôme (partout)

    https://diomedea.noblogs.org/post/2018/03/19/mon-anarchisme #Infokiosque_fantôme_partout_
    https://infokiosques.net/IMG/pdf/mon_anarchisme-cahier.pdf
    https://infokiosques.net/IMG/pdf/mon_anarchisme-pageparpage.pdf

  • Usul. Développement personnel : pensez positif
    https://www.youtube.com/watch?v=6aWaC4HUJJ8

    Que vous soyez écologiste tendance retour à la terre ou requin des affaires, il y a forcément une méthode de développement personnel qui vous conviendra. Constatant que cette littérature explose et qu’elle est devenue un marché très lucratif, l’équipe d’Ouvrez les guillemets s’est penchée sur ce que racontent ces coachs de vie et autre conférenciers qui passionnent parfois jusqu’aux zadistes les plus new age.

    #bullshit_business

  • #Concurrence ou entraide ?

    Si l’on invoque souvent à tort #Hobbes ou #Darwin pour faire de la loi du plus fort une prétendue loi naturelle, l’ingénieur agronome #Pablo_Servigne, spécialiste de la transition écologique, souligne que la coopération et l’entraide sont elles aussi au cœur de l’évolution. Face à lui, l’économiste #Christian_Cordes souligne l’importance de la #compétitivité et de ses règles dans un monde globalisé.

    https://www.arte.tv/fr/videos/058227-057-A/square-idee
    #vidéo #ressources_pédagogiques #entraide #darwinisme #sélection_naturelle #altruisme #égoïsme #coopération #individualisme #groupes #compétition #Thomas_Hobbes

    Pablo Servigne :

    « La culture de l’individualisme on l’a développée depuis des décennies, celle qui nous fait dire ’si il n’y a plus rien dans les magasins, je vais vite aller stocker de la nourriture pour survivre’. C’est la culture de l’égoïsme qui nous fait faire cela. A court terme, ça marche, mais à très court terme, après il faut coopérer, il faut apprendre à s’entraider avec ses voisins si on veut survivre, sinon on est mort quand les stockent finissent. La clé c’est de comprendre que ce ne sont pas les #pénuries le plus dangereux. L’être humain sait gérer les pénuries depuis des centaines de milliers d’années. Ce qui est dangereux c’est d’arriver dans les pénuries avec une culture de l’égoïsme. C’est pour cela qu’on a besoin de mettre les lunettes de la coopération et de l’entraide pour désamorcer cette bombe sociale, pour arriver dans les pénuries ou dans les catastrophes mieux armés humainement ».

    • L’Entraide. L’autre loi de la jungle

      Dans cette arène impitoyable qu’est la vie, nous sommes tous soumis à la « loi du plus fort », la loi de la jungle. Cette mythologie a fait émerger une société devenue toxique pour notre génération et pour notre planète.

      Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre croissant de nouveaux mouvements, auteurs ou modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et font revivre des mots jugés désuets comme « altruisme », « coopération », « solidarité » ou « bonté ». Notre époque redécouvre avec émerveillement que dans cette fameuse jungle il flotte aussi un entêtant parfum d’entraide…

      Un examen attentif de l’éventail du vivant révèle que, de tout temps, les humains, les animaux, les plantes, les champignons et les micro-organismes – et même les économistes ! – ont pratiqué l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus.

      Pourquoi avons-nous du mal à y croire ? Qu’en est-il de notre ten­dance spontanée à l’entraide ? Comment cela se passe-t-il chez les autres espèces ? Par quels mécanismes les personnes d’un groupe peuvent-elles se mettre à collaborer ? Est-il possible de coopérer à l’échelle internatio­nale pour ralentir le réchauffement climatique ?

      À travers un état des lieux transdisciplinaire, de l’éthologie à l’anthro­pologie en passant par l’économie, la psychologie et les neurosciences, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle nous proposent d’explorer un im­mense continent oublié, à la découverte des mécanismes de cette « autre loi de la jungle ».


      http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-L_Entraide-9791020904409-1-1-0-1.html
      #livre

    • Lire ou relire « L’entraide facteur d’évolution » de Pierre Kropotkine. Un grand siècle de distance mais peu de rides. Lire ou relire aussi « l’évolution, la révolution et l’idéal anarchique » de Reclus. Peut-être qu’un jour on arrêtera de tourner en rond !

  • ‘I Feel Pretty’ and the Rise of Beauty-Standard Denialism - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2018/04/23/movies/i-feel-pretty-amy-schumer-beauty.html

    Comment les normes de beauté se maintiennent à travers l’impératif du bien-être, et comment l’insistance sur la « confiance en soi » permet de faire peser la responsabilité de leur non-conformité sur les femmes elles-mêmes

    The movie suggests that the only thing holding back regular-looking women is their belief that looking regular holds them back at all. That attitude puts the onus on individual women to improve their self-esteem instead of criticizing societal beauty standards writ large. The reality is that expectations for female appearances have never been higher. It’s just become taboo to admit that.

    This new beauty-standard denialism is all around us. It courses through cosmetics ads, fitness instructor monologues, Instagram captions and, increasingly, pop feminist principles. In the forthcoming book “Perfect Me,” Heather Widdows, a philosophy professor at the University of Birmingham, England, convincingly argues that the pressures on women to appear thinner, younger and firmer are stronger than ever. Keeping up appearances is no longer simply a superficial pursuit; it’s an ethical one, too. A woman who fails to conform to the ideal is regarded as a failure as a person.

    #beauté #poids

  • #Aude_Vidal m’a donné un exemplaire de son essai Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur, paru au Monde à l’envers en 2017, et m’a dit de le faire circuler via seenthis à la fort belle manière que @philippe_de_jonckheere a imaginé pour ses livres : je l’envoie à la première personne qui répond à ce billet, qui l’enverra à la seconde, etc..

    Une présentation du bouquin, à la lecture très instructive
    http://www.lemondealenvers.lautre.net/livres/egologie.html

    #Développement_personnel, #habitats groupés, #jardins_partagés... : face au désastre capitaliste, l’#écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien. Comme dans la fable du colibri, « chacun fait sa part ».
    Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’#individualisme ?

  • La start-up éthique et l’individualisation du militantisme : nouvelle forme d’anti-communisme - Paris-luttes.info
    https://paris-luttes.info/la-start-up-ethique-et-l-9653

    Derrière l’idée, jolie à première vue, que « nous sommes tous des humains, donc ne nous opposons pas les uns aux autres » on retrouve souvent la négation des mécanismes de domination intrinsèques au capitalisme.
    De même, cette position est très souvent une posture morale, consistant finalement à dire que le problème ne réside pas dans les schémas de production de valeur mais dans certains individus qui abuseraient de leur position.
    Ainsi, le problème ne serait pas l’inégalité découlant de la possession ou non d’un capital mais le caractère « gentil » ou « méchant » d’un patron ou d’un salarié, tous deux mis sur le même plan.
    On retrouve une analyse comparable au sein des mouvements d’extrême droite pour lesquels le problème du capitalisme n’est pas l’existence d’une classe sociale dominante et d’une classe sociale dominée mais bien l’antagonisme entre les petites entreprises locales et les multinationales étrangères ou encore l’antagonisme entre le peuple et l’oligarchie.

    #individualisme #colibris #capitalisme

  • Égologie. Rencontre à La Gryffe
    http://blog.ecologie-politique.eu/post/Egologie-La-Gryffe

    Super échange avec les lyonnais pour Égologie

    La Gryffe est une librairie associative qui propose des analyses et critiques anticapitalistes et anti-autoritaires ou qui rend compte des luttes sociales. Je suis donc très heureuse d’y avoir été invitée le samedi 20 janvier pour présenter Égologie et discuter avec les libraires et le public.

    https://archive.org/details/2018.01.20EgologieLaGryffe

    #Aude_Vidal #écologie_politique #écologie #égologie #libéralisme #individualisme #Lyon

    • @raspa C’est en effet super intéressant :

      Etre déconstruit devient donc une façon de se démarquer de la masse « construite », et d’effectuer un travail personnel pour minimiser les coercitions que l’on peut exercer sur autrui. Comme pour le mouvement Colibri, il s’agit d’adopter des gestes, des habitudes, des comportements moins coercitifs et plus respectueux des dominés. Le « safe », langage inclusif, la bienveillance, le respect du ressenti, la non-contradiction de la parole d’un premier concerné etc. Bref, une multitude de codes que chacun doit respecter. L’antiracisme ne devient ainsi plus une lutte politique, mais un changement personnel, un style de vie. Il y a des gens qui mangent bio pour « sauver la planète », et d’autres qui « check leurs privilèges » pour lutter contre le racisme.

      Ma question c’est : comment on articule les deux, càd combat politique collectif et pratiques individuelles ? Comment on fait prendre conscience aux colibristes de l’importance de la lutte politique ? Ok, c’est incohérent de lutter pour sauver la planète ou abolir le racisme en continuant de rouler en 4x4 en ville ou en faisant des blagues racistes. Mais dans mon esprit, ces actions doivent être l’application à l’échelle individuelle d’un engagement politique et militant ("je milite dans une organisation anti-raciste, ça me paraît cohérent de réfléchir à mon humour et de faire évoluer celui-ci"), participant d’une recherche de cohérence. Et je parle bien d’une recherche, et pas de cohérence totale, qui serait invivable socialement.

      Malheureusement, comme le décrit très bien l’article, les comportements individuels deviennent les seuls actes d’engagement en faveur d’une cause. Ce qui est d’autant plus dommage que l’aller-retour entre les deux est super intéressant pour nourrir la lutte politique : si d’un côté tu milites contre le changement climatique, par exemple en soutenant des campagnes de désinvestissement des énergies fossiles, que de l’autre tu te dis « ah tiens ça serait bien que ma propre épargne ne finance pas non plus ces projets », et que tu te rends compte que c’est galère de trouver un compte d’épargne fossilfree, dans l’idéal ça devient aussi une revendication politique. Demander aux banques qu’elles n’investissent plus dans les fossiles, mais aussi qu’elles garantissent à leurs clients des produits d’épargne (quel affreux mot !) qui n’y investissent pas non plus. Je crois aussi que les actes individuels peuvent être un bon point de départ à l’élaboration d’une pensée (puis, on l’espère, d’une action) politique. C’est la méthode de conscientisation de Paolo Freire : je suis un paysan pauvre analphabète du Chili ; je me rends compte que mes voisins sont aussi des paysans pauvres analphabètes (prise de conscience qu’on n’est pas seul) ; on se pose ensemble la question de pourquoi on est tous des paysans pauvres analphabètes ; et on finit par devenir de dangereux gauchistes révolutionnaires qui savent lire :-D (ok, c’est une description extrêmement caricaturale de Freire, qui doit se retourner dans sa tombe, le pauvre. En même temps, si ses écrits étaient plus accessibles, je le lirai pour de vrai...).

      Car le vrai problème de la déconstruction c’est qu’elle est tout aussi impossible à réaliser totalement (sur soi) qu’inefficace (contre le pouvoir blanc). Elle exige des individus une chose inconcevable : lutter contre sa socialisation, se dépouiller de toutes les normes incorporées jusqu’ici, se défaire de tout ce qui a fait son identité, et intégrer de nouvelles valeurs, qui sont à contre-courant des institutions. Autrement dit, on demande à l’individu d’être plus fort que les institutions, que la société, d’être au dessus de tous les déterminismes sociaux. Un tel surhumain n’existe pas.

      Autant de questions auxquelles il n’est pas possible de répondre car ce concept de « déconstruction » n’est qu’une idéologie et non un outil théorique, un concept scientifique. Mais plus que cela, c’est une idéologie inopérante.

      Ces passages sont fabuleux, et super justes. On retrouve vraiment la question de la si désastreuse pureté militante (cf « cohérence » versus « recherche de cohérence »). Il m’évoque les plus belles heures de « Fais ton autocritique camarade » (c’est la punchline d’un des résistants communistes d’Un village français, le plus borné).

      Je note d’autres passages pour les garder sous le coude :

      Je rajouterais, dans notre cas, qu’il ne faut pas attendre d’eux qu’ils aient la capacité sur-humaine de se dépouiller de la totalité de leurs déterminismes sociaux, qu’ils soient déjà tous libérés de l’idéologie de la Modernité occidentale, car personne ne l’est. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, il ne faut pas attendre les résultats de nos combats, avant même de les mener et de les gagner.

      Le racisme est une question de pouvoir, de rapport de force, pas de bonne volonté, ni de position morale. C’est ce que soulignait Kwamé Turé (Stokely Carmichael), lorsqu’il disait « Si un homme blanc veut me lyncher c’est son problème. S’il a le pouvoir de me lyncher, c’est mon problème. Le racisme n’est pas une question d’attitude, c’est une question de pouvoir ».

      Ce passage-là rejoint parfaitement la vidéo qu’on a diffusé l’autre jour sur l’action non-violente. Il y a dans mon souvenir un passage sur la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, avec un boycott de magasins blancs. Le mouvement a obtenu ce qu’il voulait, à savoir rallier les commerçants à l’opposition au gouvernement pro-apartheid pour demander une évolution de la loi. Il n’exige pas que ces commerçants deviennent anti-racistes magiquement, du jour au lendemain. Il y a un côté pragmatique à garder en tête je trouve.

    • @raspa (et je t’avais envoyé ça par mail il y a quelques mois aussi : https://pr0z3.wordpress.com/2017/06/07/a-propos-de-la-deconstruction
      Le texte parle pas mal de pureté militante et de l’usage du « bon vocabulaire » :

      Je remarque aussi que la déconstruction est souvent bien plus une affaire de « bon vocabulaire » que de « bonnes idées ». On ne réfléchit plus aux usages des termes, aux contextes dans lesquels on les utilise, à l’histoire des luttes ou à l’évolution des idées.

      Pour citer quelques exemples, qui me frappent par leur absurdité : il ne faut plus dire « couple de même sexe » mais « couple de même genre », parce que le sexe ce serait « les organes génitaux ». [...]. Si tu es trans et que tu utilises le terme « transsexuel-le », tu es obligatoirement dans l’erreur, voire tu es transphobe toi-même, et ceci indépendamment du fait que le terme était en vigueur dans les milieux LGBT jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Il y aurait en soi des mots « oppressifs » et des mots « inclusifs ». [...] On pose convention après convention, sans les interroger, et on ignore sciemment la polysémie de nombre de termes qu’on emploie. [...] On ne laisse pas le bénéfice du doute. Dès lors qu’un « mauvais mot » est utilisé, on ne cherchera pas à savoir quelles sont les idées qui sont placées derrière.

      )

  • « Pourquoi les individus innovants sont-ils aussi détestables ? Elon Musk, Mark Zuckerberg, Steve Jobs… Tous ces grands innovateurs sont aussi réputés pour leur génie que pour leur (mauvais) caractère. Et cela n’a rien d’un hasard. »

    https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/09/16887-individus-innovants-detestables

    Résumé : je vais arrêter d’essayer d’être gentil.

    #individualisme #entreprise #collectivisme #équipe #innovation

  • https://offensivesonore.blogspot.fr/2018/01/egologie-ecologie-individualisme-et.html

    [O-S] Egologie : Écologie, individualisme et course au bonheur

    Emission du 5 janvier 2018, deuxième partie de l’entretien avec Aude Vidal cette fois pour son livre ’Egologie’. "Développement personnel, habitats groupés, jardins partagés... : face au désastre capitaliste, l’écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien. Comme dans la fable du colibri, « chacun fait sa part ». Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’individualisme ? "

    #écologie #ego #individualisme #aude_vidal #bio #audio #radio #offensive_sonore #écologie #bonheur #bien-être #colibri #bobos #petite_bourgeoisie #libéralisme #greenwashing #militants

  • « Nos vies se déploient au-delà de notre peau » - La méridienne
    http://www.la-meridienne.info/Nos-vies-se-deploient-au-dela-de-notre-peau

    En supposant que toutes nos pulsions soient égo-générées, les thérapeutes ont tendance à considérer les sentiments de désespoir à l’égard de notre planète comme des manifestations de quelque névrose privée. Une fois, alors que j’avais confié à une psychothérapeute mon indignation concernant la destruction de forêts anciennes, elle m’expliqua que les bulldozers représentaient ma libido et que ma détresse jaillissait de la peur de ma propre sexualité. Un professeur m’a écrit ceci : “Même dans mon groupe de thérapie, j’ai arrêté de mentionner mes craintes de contamination par la décharge toxique située près de notre ville. Les autres ne cessaient de me dire : “Que cherchez-vous à fuir dans votre vie en vous créant ces soucis ?”” (...)

    #écologie #individualisme #écoféminisme

  • Le « privilège blanc » : une notion contre-productive pour combattre le #racisme ? - Etat d’Exception
    http://www.etatdexception.net/privilege-blanc-notion-contre-productive-combattre-racisme


    Je pense quand même que ce concept de privilège blanc est important : de prendre conscience que même en étant antiraciste, on fait quand même partie du problème, qu’il n’est pas extérieur à nous et limité « aux brebis galeuses ».
    En fait c’est la même chose pour le « privilège masculin ». Être proféministe n’empêche pas de savoir qu’on a accès tout de même à de meilleures conditions de vie (job, salaire et femme conditionnée à servir en dernier ressort) qu’une femme, par défaut. Et que l’on fait aprtie de la #culture_du_viol, parce que toutes ses #discriminations font #système !

    En réalité, comme le souligne Newton, aucune personne noire ne peut bénéficier de privilèges dans une société qui ne la considère pas comme humaine. Par conséquent, au lieu de se focaliser sur la mesure des privilèges de chacun-e, il faudrait se concentrer sur la manière dont s’articule l’oppression sur les personnes racisé-es. Ainsi, si aux Etats-Unis les femmes noires ont quatre fois plus de probabilités de mourir sous les coups de leur conjoint que les autres femmes, ce n’est pas parce que les hommes noirs ont un privilège masculin, mais parce que l’oppression des femmes noires est si absolue que même les hommes noirs considèrent qu’il est acceptable de les tuer.

    Se défaire d’un privilège est insuffisant pour démanteler l’oppression. Dire que le privilège n’est pas réel signifie que si l’ordre social permet à certain-es racisé-es et à toutes les personnes blanches de tirer des avantages de sa structure, ce confort relatif est simplement le résultat de la violence socio-économique institutionnalisée. C’est cette violence qui doit finalement et avant tout être combattue. En ce sens, personne ne peut renoncer à son privilège social tant que le système perdure. C’est pourquoi Newton conclut que la seule issue possible est de se concentrer sur la lutte contre le système d’oppression.

    • En second lieu, axer le discours sur le terrain des privilèges peut renforcer la tension et la violence entre Blancs pauvres et personnes racisées. Le vocable privilège peut s’entendre comme synonyme de « vie privilégiée » ou « vie de luxe » que des millions d’Etats-Unien-nes pauvres n’ont pas. Et a contrario, certains membres de la communauté noire ont connu un processus d’ascension sociale ce qui, depuis cette perspective, les fait apparaître comme des privilégié-es.

      L’activiste antiraciste et éditrice Arielle Iniko Newton partage le point de vue de Curzer. Elle soutient dans un article paru le 12 septembre 2017 sur la plateforme The Black Youth Project que la notion de « privilège » est contre-productive dans le combat antiraciste[8]. D’abord parce que, comme l’avait déjà noté Friedersdorf, le concept se focalise sur un comportement individuel. Il en résulte une sorte de compartimentage des existences et des identités « sous la forme de privilège masculin, privilège cis, privilège validiste, privilège des peaux claires », etc.

      L’individualisme exacerbé peut conduire à la division au sein du mouvement, renforcée par le fait qu’on se focalise sur celui ou celle qui est le/la plus « privilégié-e ».

      #individualisme des luttes

  • Militer : une activité safe ? Pour une critique politique de la notion d’espace safe - Contre-attaque(s)
    http://contre-attaques.org/magazine/article/militer-une

    Penser l’espace safe est une part importante de la légitimation des groupes luttant contre des oppressions, quelles qu’elles soient d’ailleurs. En plus des attentes en termes de luttes contre les violences systémiques et institutionnelles, la question du safe dans la construction de ces espaces revient souvent, répondant aux besoins de membres qui sont - pour la plupart - passés par d’autres organisations et qui ont dû faire face à la reproduction de mécanismes de domination en interne. La détermination dont font preuve certaines organisations militantes dans leur refus de confronter politiquement les violences racistes, hétéro-patriarcales ou classistes internes ; les injonctions aux “don’t ask, don’t tell” qu’il faut comprendre ainsi “on veut bien de vos forces pour travailler à la mobilisation, faire les petites mains mais en cas de problème, débrouillez-vous”, en plus de refuser la politisation de certaines questions considérées comme minoritaires, ne font que renforcer l’individualisation des questions de violence et poussent littéralement certain-e-s militant-e-s vers la sortie. Comment des collectifs qui sont censés engager un combat qui demande le recrutement, des débats internes et aussi externes, peuvent s’engager à être de tout temps, en tout lieu, un espace safe ? Les mots de bell hooks permettent un rappel salutaire quant à l’objectif d’un mouvement politique.

    • L’exemple le plus parlant et le plus répandu est celui des groupes dits informels affinitaires basés sur la politisation, légions sur internet. Ces groupes n’ont d’“informels” que l’intention de départ, car en réalité des règles implicites très fortes régissent ces groupes : le vocabulaire à utiliser, les personnes qui y sont le plus influentes, les antécédents que certaines personnes peuvent avoir avec d’autres, etc. Les interactions avec des individus partageant une même analyse peut laisser croire à une pratique radicale alors qu’il n’y en réalité aucune action de transformation de l’ordre social.

      […]

      bell hooks :

      Souvent, l’approche liée à l’identité et au style de vie est séduisante car elle crée l’impression d’être engagée dans une pratique. Cependant, au sein de n’importe quel mouvement politique qui vise à transformer radicalement la société, la pratique ne peut pas uniquement se résumer à créer des espaces au sein desquels des personnes supposées radicales expérimenteraient la sécurité et le soutien. Le mouvement féministe pour mettre fin à l’oppression sexiste engage activement ses participantEs dans un combat révolutionnaire. Et un combat, c’est rarement safe et agréable.

    • La mise en pratique du concept du safe dans son acception libérale n’est pas gage de défense politique des personnes les plus marginalisées mais de performance de comportement. Ces performances passent par l’utilisation de lexiques qui sont en conformité avec les critères du safe définis par chaque groupe. On assiste ainsi à la constitution d’espaces extrêmement individualisants dont toute l’énergie passe dans le maintien de cette “sécurité” et où quelques chanceux parviennent à créer des liens mais sans forcément produire d’effet sur les luttes. Dans ces espaces, chacun est renvoyé à sa propre démarche d’être safe pour les autres : le discours militant prônant le changement de système est substitué par un discours sur la construction d’îlots d’individualités qui interagissent. On passe du collectif à l’individuel, du macro au micro. Dans le système de l’espace safe, la personne contrevenante est d’ailleurs renvoyée à l’extérieur, “le non safe”.

      Vraiment super article

      #libéralisme #individualisme #performance

  • Le libéral Macron à « l’Emission politique » de France 2
    http://www.humanite.fr/le-liberal-macron-lemission-politique-de-france-2-634454

    Chaque fois que le candidat d’En Marche a été poussé dans ses retranchements sur des sujets qui font le quotidien et les difficultés des Français, Emmanuel Macron s’est systématiquement rangé du côté des exploiteurs et contre le monde du travail. Cela s’est surtout vérifié face à François Ruffin à propos de Whirlpool et de Sayah Baaroun concernant « l’ubérisation » comme nouvelle méthode d’exploitation.

    Deux confrontations ont permis hier soir de mesurer le cynisme souriant du candidat Macron et son indifférence vis-à-vis des difficultés que la politique à laquelle l’ancien ministre de l’Economie a contribué à imposer au monde du travail. C’était au cours de « l’Emission politique » de France 2. Le réalisateur picard François Ruffin a interpellé le natif de Picardie qu’est aussi Emmanuel Macron sur son silence concernant la situation des salariés de Whirlpool. On sait que le fabriquant américain de sèche-linge a annoncé qu’il fermera dans un an son usine d’Amiens après avoir transféré la production en Pologne où les salaires sont trois fois plus bas.
    Brandissant un chèque sur lequel apparaissaient les milliards d’euros versés chaque année au titre du CICE que Macron veut pérenniser s’il est élu président de la République, François Ruffin lui a demandé ce qu’il comptait faire contre cette injustice doublée d’un gâchis industriel. Macron a répondu que « la vie économique est faite de restructurations » avant d’ajouter que s’il est élu, il tentera de retrouver un « repreneur » pour le site d’Amiens.
    Une telle réponse appelle plusieurs remarques. Macron ne trouve rien à redire sur la délocalisation elle-même. Elle a été décidée par l’industriel américain afin de bénéficier d’un très bas coût de la main d’œuvre dans un Europe où « le coût du travail varie de 1 à 10 », comme l’indique le Figaro de ce vendredi en citant une étude d’Eurostat publiée hier.
    Or une telle délocalisation prive des centaines de personnes qualifiées et compétentes de leur travail en France. La firme américaine produira les mêmes objets ménagers pour les mêmes marchés dans un autre pays d’Europe. Cela suppose de bétonner une zone industrielle sur des terres agricoles en Pologne. Or le coulage d’une tonne de béton libère 900 kilos de CO2. Parallèlement les 17 hectares du site d’Amiens deviendront probablement une friche industrielle. Comme la production électrique polonaise est essentiellement produite à partir du charbon, chaque kwh qui alimentera la nouvelle usine de Whirlpool en Pologne émettra plus que la moyenne européenne de 300 grammes de CO2 alors que la moyenne française est de 15 grammes pour un kwh grâce aux volumes produits par les centrales nucléaires et les énergies renouvelables. Alors qu’il est urgent de freiner le réchauffement climatique, toutes ces données échappent au cerveau obtus d’Emmanuel Macron, dont la vision de l’économie fait exploser les pollutions tout en privant les salariés d’Amiens de leur travail. Car 30% de ces sèche-linge seraient ensuite réimportés en France et autant dans les pays du Benelux par camions depuis la Pologne.
    Macron a certes dit qu’il tenterait de trouver « un repreneur » pour le site. Mais pour produire quoi dans une usine désaffectée sans autre nécessité économique que l’augmentation du taux de profit dans une Europe qui pratique le dumping social ? François Ruffin lui a démontré que les milliards versés au titre du CICE faisait monter le prix de revient de chaque emploi créé à 200.000€ par an pour les finances publiques et que cela profitait d’abord aux grandes enseignes de distribution qui se gavent de profits en pillant leurs fournisseurs. Macron a piteusement répondu que ces enseignes aussi créent des emplois. Sauf qu’elles seraient aussi amenées à les créer sans bénéficier du CICE pour pouvoir fonctionner et qu’elles ont les moyens de le faire. Alors, un grand économiste Emmanuel Macron ?
    Un peut plus tard, face un Sayah Baaroun, secrétaire du syndicats des chauffeurs qui se sont révoltés contre l’exploitation qu’il subissent via l’ubérisation, le candidat Macron a été suffisamment flou pour ne pas condamner la surexploitation de ces nouveaux travailleurs dit indépendants qui cumulent les heures de travail pour un maigre revenu au point de devenir dangereux sur la route en raison de la fatigue accumulée.
    La encore, le candidat Macron est apparu pour ce qu’il est vraiment : Un libéral dont l’unique ambition est de se mettre au service exclusif des exploiteurs.

    #libéralisme #dumping_social #surexploitation_des_travailleurs
    #Individualisme #casse_sociale #ubérisation_de_l’_économie.

  • TLAXCALA : C’est la faute de la fleur
    http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20143

    (J’ai préféré mettre en citation la fin du texte de peur que vous soyez tenté-e-s d’abandonner sa lecture avant la fin)

    Notes du carnet du Chat-Chien :
    Défense zapatiste, l’art et la science

    On n’a pas pu éclaircir vraiment la raison. Certains disent que c’était un pari. D’autres disent que le Pedrito a dépassé les bornes et voilà. Certains signalent que c’était seulement un exercice. Les moins nombreux parlent d’un match de foot dans toute sa splendeur, se mettant d’accord sur les dernières secondes, quand l’arbitre, SupMoisés, a décrété le penalty.

    Toujours est-il que la petite fille Défense Zapatiste est à quelques mètres de la zone de penalty, où un ballon effiloché attend.

    Dans les cages, le Pedrito balance ses bras comme le goal qui appartenait à ce qu’était anciennement la sélection de football de ce qu’était anciennement l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques : Lev Yashin, “l’araignée noire”. Pedrito a un sourire narquois, puisque selon lui, il est capable de prédire où la fille dirigera son tir : “Défense Zapatiste est parfaitement prévisible. Comme elle rentre juste de la discussion des messagères, c’est sûr qu’elle tirera en bas à gauche”.

    De son côté, la petite fille, qui s’élève à à peine un peu plus d’un mètre du sol, se retourne pour regarder vers un côté du terrain (en réalité c’est un enclos dans lequel débarquent, impertinentes, des vaches avec des veaux, en plus d’un cheval borgne).

    Dans ce coin, on peut voir un étrange être, moitié chien, moitié chat, remuant joyeusement la queue ; et deux individus desquels, si on n’était pas en terres zapatistes, on pourrait dire qu’ils dénotaient totalement avec le paysage. Le premier, de constitution moyenne, les cheveux grisonnants et courts, portant une espèce de gabardine. L’autre, maigre, grand et gauche, avec un élégant caban et un chapeau ridicule sur la tête.

    La petite fille se dirige vers le groupe étrange. Le cheval borgne s’approche aussi. Quand ils sont tous réunis, l’homme maigre dessine des figures étranges sur le sol, alors que la petite fille regarde avec attention et acquiesce de temps en temps avec la tête.

    La petite Défense Zapatiste retourne sur le terrain et reprend sa position. Elle commence quelques foulées vers le ballon, mais le suit de loin, sans même toucher la sphère, et reste à quelques centimètres du côté droit des cages défendues par le Pedrito, qui regarde la fille avec méfiance. Défense Zapatiste s’est arrêtée et, accroupie, elle commence à gratter un peu le sol, de sorte à pouvoir déterrer une fleur avec sa racine. Avec précaution, la fille prend la fleur entre ses mains, et la plante de nouveau loin du but et retourne sur le terrain.

    Le public est en haleine, pressentant qu’il est en train de se passer un de ces événements qui ne se répétera jamais dans l’histoire du monde mondial.

    Le Pedrito, de son côté, est plus que confiant. Au cas où il avait encore quelques doutes, Défense Zapatiste a commis une grave erreur : en retirant la fleur de l’endroit où elle se trouvait, la petite fille a dévoilé la direction que prendra son tir : en bas à gauche de Pedrito. Bien sûr, s’est dit Pedrito, cela parce que les filles prennent soin des fleurs, alors Défense Zapatiste ne voudrait pas que le ballon arrache la fleur.

    Comme s’il manquait encore du suspens, la fille s’est mise non pas à distance du ballon et en face du but, mais juste à côté du ballon, tournant le dos à unPedrito qui sourit déjà en imaginant les moqueries qu’il fera subir à Défense Zapatiste pour le penalty raté.

    Défense Zapatiste tourne le visage vers l’endroit où se trouve l’étrange être appelé Chat-chien, qui commence à faire des bonds, tournant sur lui-même, comme une marionnette. La fille sourit et commence un mouvement qui divisera les opinions durant les prochaines décennies :

    Certaines participantes du CompArte disent qu’elle a commencé avec la première position de ballet, qu’elle a levé et attrapé son pied droit, et a commencé à tourner sur elle-même, faisant le mouvement appellé “pirouette en dehors”, avec des “relevés” et “passés” retournés. “C’était impeccable”, ont-ellesajouté.

    Le défunt SupMarcos dit que ce qu’avait exécuté Défense Zapatiste n’était rien d’autre que la Ushiro Mawashi Geri Ashi Mawatte, le mouvement d’art martial qui se réussit en se mettant dos à l’objectif et en donnant un tour de quasi 360 degrés s’achevant par un coup de pied au visage asséné avec le talon du pied.

    Pour leur part, les insurgées réunies dans la cellule “En tant que femmes que nous sommes”, dirent que la fleur qu’a ramassé Défense Zapatiste était la liane connue sous le nom de “Chenek Caribe”, dont les fleurs ressemblent à des poussins ou des petits oiseaux et avec quoi jouaient les plus petites filles dans les communautés indigènes de la Selva Lacandona. Le “Chenek Caribe” a l’habitude de pousser dans les prés et les pâturages et est un indicateur que la terre est prête pour les semailles de maïs et de haricot.

    Le SupGaleano qui, comme toujours, s’infiltre dans ces textes, dit que c’était clair que le Pedrito allait être déconcerté par ce qui est évident ; que, en effet,Défense Zapatiste allait tirer en bas à gauche, mais que Pedrito a pensé à “SON” en bas et à gauche, et le tir était bel et bien en bas et à gauche, mais depuis la perspective de la petite fille.

    Le Docteur Watson a dit que ce qu’a fait Défense Zapatiste était une brève imitation de la danse-méditation Sema des Derviches de l’ordre Soufi, comme il l’a vu durant son voyage en Turquie, et pendant laquelle les danseurs tournent sur eux-mêmes et se déplacent en imitant le mouvement des planètes dans le cosmos.

    Le détective expert Sherlock Holmes explique que ce n’est ni l’un ni l’autre, que ce qu’a fait la fille a été d’appliquer l’explication scientifique qu’on lui a donné sur l’inertie rotationnelle d’un corps et l’application de la force centrifuge sur la sphère. “Elémentaire, mon cher Watson” a dit le détective perdu dans les montagnes du Sud-Est mexicain, “c’était clair que, dû au poids et à la stature de Défense Zapatiste, il fallait augmenter le plus possible la force avec laquelle elle se connecterait à la sphère, de façon à donner au ballon la vitesse et l’accélération nécessaires pour parcourir les 11 mètres. Bien sûr, les probabilités que le coup réussisse étaient de 50/50. C’est-à-dire que le gardien de but pouvait tout aussi bien se déplacer sur le côté opposé, ou bouger du côté où irait le ballon, l’arrêtant sans difficulté”.

    “Et la fleur ?” demanda le Docteur Watson. “Ah”, épondit Sherlock, “ça, mon cher Watson, c’est une contribution de la petite fille et je n’ai pas d’explication.Bien plus : ça m’a surpris autant que ça a l’air d’avoir surpris le garçon qui protégeait le but. Avec ce qu’elle a fait, elle a augmenté les probabilités que le gardien bougerait dans la direction où se trouvait la fleur. C’était quelque chose qui, c’est clair, n’avait rien à voir avec la science, ni avec l’art. Si vous me permettez, Docteur Watson, c’était comme si elle avait réussi à synthétiser les deux. Très intéressant, mon cher Watson, très intéressant.”

    Après le vacarme, les Tercio Compas interviewèrent Pedrito. L’interrogeant sur la cause du but réussi, le Pedrito répondit laconiquement :
    “C’est la faute de la fleur”.

    #Sciences (en tant que savoir-faire) vs #impostures (en tant que faire savoir) #transmission #zapatisme vs #narcissisme et #individualisme #libre-arbitre

  • Marcel #Gauchet  : « Trump, c’est l’outrecuidance individuelle hyperbolique »
    http://abonnes.lemonde.fr/livres/article/2017/01/25/marcel-gauchet-trump-c-est-l-outrecuidance-individuelle-hyperbolique

    Tandis que les inégalités sont au centre des critiques actuelles du capitalisme, Marcel Gauchet focalise décidément l’attention ailleurs : sur les périls jugés catastrophiques de la montée du #droit et de l’#individualisme qu’il faudrait corriger par une réinventions de la démocratie représentative et, surtout, par une réaffirmation de l’Etat-nation