• Covid-19 : des masques « grand public » pour cacher la pénurie | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/030520/covid-19-des-masques-grand-public-pour-cacher-la-penurie

    Faute de masques chirurgicaux, le gouvernement a créé en deux mois une filière de masques anti-postillons en tissu. La France est le premier pays européen à expérimenter massivement ces modèles ni certifiés, ni normés et scientifiquement mal connus.

    Fini les discours sur la prétendue inutilité du masque. Comme l’a indiqué mardi le premier ministre Édouard Philippe lors de l’annonce de son plan de déconfinement, les masques seront obligatoires dans les transports et fortement recommandés dans l’espace public.

    Mais, faute de disposer de masques chirurgicaux en nombre suffisant, une grande partie de la population devra se contenter de masques en tissu lavables et réutilisables, des masques baptisés « grand public », dont l’exécutif a fait la promotion toute la semaine. Les Français pourront en acheter à partir de lundi chez les buralistes ou dans les grandes surfaces, pour des prix variant de 2 à plus de 10 euros.

    « Progressivement, nous parviendrons à une situation classique où tous les Français pourront, sans risque de pénurie, se procurer des masques “grand public” dans tous les commerces », a déclaré mardi Édouard Philippe. « Grâce à la mobilisation de tous, il y aura donc assez de masques dans le pays pour faire face au 11 mai » , a-t-il promis.

    Vu le manque de masques chirurgicaux et le fiasco de l’approvisionnement des soignants (lire ici), le gouvernement a dû trouver une alternative dans l’urgence. Résultat : la France est le seul pays d’Europe qui a misé sur l’équipement massif en masques en tissu.

    En moins de deux mois, l’État et ses partenaires ont réussi à créer, fabriquer et labelliser le premier modèle du genre destiné à une production industrielle. L’exécutif a mobilisé 242 entreprises textiles françaises, qui ont déjà produit 41 millions de masques en trois semaines. Mais aussi les couturières et couturiers amateurs, invités à participer à l’effort de guerre.

    Toutefois ce pari pose question. L’État a défini des critères de qualité, afin que les masques filtrent 70 à 90 % des particules. Mais il a lancé sur le marché, sans disposer de recul expérimental, des masques qui ne correspondent à aucune norme et certification officielle. Ils sont d’ailleurs interdits chez les soignants, vu les incertitudes scientifiques sur leur efficacité.

    Le recours aux masques en tissu pose aussi un problème d’inégalité en matière de protection contre le Covid-19. La #grande_distribution vient en effet d’annoncer la mise en vente progressive de centaines de millions de masques chirurgicaux (lire ici). Avec d’un côté les Français qui pourront en acheter, et les autres qui devront se contenter du tissu.

    Efficacité enjolivée et incertitudes scientifiques

    La communication de l’exécutif au sujet des performances des modèles « grand public » est pour le moins contradictoire. D’un côté, les autorités rappellent, à raison, que ce masque n’est pas à lui seul un rempart face au virus, et qu’il n’est qu’un complément de la distanciation sociale et des gestes barrières.

    De l’autre, plusieurs membres du gouvernement n’ont pas hésité à enjoliver leur efficacité. « Les masques grand public nous paraissent […] garantir la sécurité sanitaire de ceux qui en disposent » , a indiqué le premier ministre Édouard Philippe lors de sa conférence de presse du 19 avril.

    « Ce masque, il offre une capacité de filtration de l’ordre de 90 %, c’est-à-dire qu’il a quasiment la même filtration qu’un masque destiné aux soignants » , ajoutait quatre jours plus tard sur France 2 le ministre de la santé Olivier Véran, en montrant un exemplaire aux téléspectateurs. « Ce sont des masques pour protéger, pour participer à la protection des gens. »

    Pourtant, les masques « grand public » n’apportent pas de garantie de protection individuelle à ceux qui les portent, contrairement à ceux destinés aux soignants : les FPP2 (les masques de protection, les plus performants, conçus pour empêcher d’inhaler le virus) et les chirurgicaux (conçus pour empêcher leur porteur de contaminer les autres, mais qui protègent des gouttelettes et postillons).

    « Ces masques n’ont pas été soumis à l’ensemble des tests d’efficacité prescrits par les normes en vigueur » , explique l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), en rappelant que « le peu d’études scientifiques sur les performances de filtration des masques en tissu montrent une efficacité de filtration inférieure à celle des masques chirurgicaux » .

    La seule étude randomisée comparant leur efficacité à celle des masques chirurgicaux, portant sur 1 600 membres du personnel de 14 hôpitaux vietnamiens pendant le Sras, a été publiée dans le British Medical Journal en 2015. Elle concluait que « la pénétration des masques en tissu par des particules était de près de 97 % et [pour] les masques médicaux de 44 % ».

    « La rétention d’humidité, la réutilisation des masques en tissu et une mauvaise filtration peuvent entraîner un risque accru d’infection, signalait la célèbre revue. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour éclairer l’utilisation généralisée des masques en tissu à l’échelle mondiale. »


    Des travailleurs prennent le train en gare du Nord, le 28 avril. © Thomas COEX / AFP

    Tous les médecins interrogés s’accordent à dire que le dispositif ne convient pas en milieu hospitalier. À la mi-mars, la pénurie de chirurgicaux était telle que certains soignants ont commencé à s’équiper en masques en tissu après avoir lancé des appels locaux auxquels des industriels du textile ont répondu. Certains hôpitaux ont même passé des commandes.

    Pour stopper le mouvement, la Société française des sciences de la stérilisation (SF2S) et la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) ont publié le 21 mars une recommandation déconseillant formellement l’usage de masques en tissu comme « solutions palliatives pour couvrir les besoins des soignants et des usagers des établissements » . « Il n’existe pas de preuve scientifique de l’efficacité des masques en tissu », insiste cet avis.

    Interrogé par Mediapart, le ministère de la santé répond que la note du 21 mars s’inscrit dans le contexte de l’équipement de certains soignants en masques en tissu qui n’étaient « pas testés » , et qu’elle ne concerne que leur usage médical.

    Le ministère s’est contenté d’indiquer que l’usage des masques « grand public » a été validé par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), mais n’a pas souhaité nous dire sur quelle base scientifique.

    Les autorités précisent que ces masques constituent seulement un « moyen de réduction du risque complémentaire » aux gestes barrières, offrant une « protection » dans les situations de la vie quotidienne, qui n’ont rien à voir avec « ce que rencontre un soignant dans un service de réanimation ».

    « C’est adapté au risque de transmission dans la population » , considère lui aussi le professeur Didier Lepelletier, qui a cosigné la note du 21 mars en tant président du conseil scientifique de la SF2H, et qui copréside le groupe Covid-19 du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). « C’est moins bien qu’un masque chirurgical et bien sûr moins bien qu’un masque FFP2, mais le masque grand public est une mesure complémentaire – après la distance physique, l’hygiène des mains et les gestes barrières » , précise-t-il.

    Une stratégie de protection collective

    Si les masques en tissu ne protègent qu’imparfaitement les individus, le gouvernement, ainsi que les experts interrogés par Mediapart, estiment qu’ils peuvent assurer une protection collective. Son port « par le plus grand nombre a pour objectif de freiner la contamination » , car les masques « permettent de bloquer en grande partie l’expulsion de gouttelettes contaminantes » , indique le ministère de la santé à Mediapart.

    « L’important c’est le double port par les gens [émetteur des postillons et récepteur – ndlr] », explique la docteur Dominique Abiteboul, conseillère médicale au Groupe d’études et de recherches sur l’exposition des soignants (GERES). « Si par exemple dans un supermarché tout le monde en porte, et que les gens ne font pas n’importe quoi avec leurs masques bien sûr, cela va faire en sorte que beaucoup moins de gouttelettes vont être émises à la parole dans l’environnement, et en complément de la distanciation sociale, c’est quand même un net plus » , considère-t-elle.

    « Le sujet c’est que tous les Français doivent porter un masque pour que collectivement on se protège. Vous vous souvenez de la campagne contre le sida, “Ça ne passera pas par moi”, là, c’est pareil : je ne serai pas un transmetteur du virus, donc je mets un masque » , ajoute Jacques-Hervé Lévy, le directeur général de l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH), associé au projet du gouvernement.

    Cette stratégie s’appuie sur deux études scientifiques publiées en 2009 et 2013, dans le contexte de la pandémie de grippe A H1N1. Elles montrent que des masques en tissu artisanaux, même fabriqués avec de simples tee-shirts, sont certes moins performants que ceux des soignants, mais parviennent tout de même à filtrer une part significative des particules, et contribuent donc à limiter la propagation du virus.

    Conclusion de l’étude de 2013, réalisée par des chercheurs de l’université de Cambridge : les masques en tissu faits maison « doivent seulement être considérés en dernier recours pour prévenir la transmission de gouttelettes par les individus infectés, mais ce serait mieux que pas de protection » .

    Un projet monté tardivement et dans l’urgence

    Justement, début mars, le gouvernement n’avait rien à proposer aux Français. Le retard pris depuis la fin janvier et le fiasco dans l’approvisionnement étaient tels que l’État ne parvenait même pas à fournir correctement les hôpitaux en masques chirurgicaux et FFP2 (lire nos enquêtes ici et là).

    D’où l’idée d’essayer de produire en urgence des masques en tissu, avec la meilleure qualité possible. « Le lancement s’est fait très précocement, et sans aucune base » , rappelle le Dr Lambert, président de la SF2S.

    Le 6 mars, soit un mois et demi après avoir diagnostiqué la pénurie, Bercy commence à sonder des industriels du textile. Pour la technique, le gouvernement appelle l’armée à la rescousse. La mission échoit au laboratoire de la Direction générale de l’armement (DGA) de Vert-le-Petit (Essonne), spécialisé dans la « défense nucléaire, radiologique, biologique et chimique » . Son expertise se déduit de son intitulé : il vérifie et met au point les masques de protection des forces armées.

    Le 16 mars, la DGA publie une « lettre aux industriels » signée par l’ingénieur général de l’armement Raymond Levet, détaillant le « cahier des charges » et la « procédure de test » . L’objectif est dans un premier temps très ambitieux : il s’agit de « confectionner des masques susceptibles de remplacer les FFP2 dans certains de leurs emplois » . Ce afin de « fournir aux autorités des solutions de repli » , précise la lettre.

    L’ingénieur général prend soin de rappeler qu’il s’agit d’une démarche purement expérimentale : « Il appartiendra à chaque client utilisateur des masques de vérifier l’adéquation avec les risques contre lesquels il cherche à protéger ses personnels. DGA Maîtrise NRBC […] ne constitue pas un organisme agréé pour la normalisation, et ne peut procéder à des homologations civiles. »

    Deux jours plus tard, Bercy demande à plusieurs organismes professionnels, dont l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH) et le Comité stratégique de filière (CSF) mode et luxe de structurer la mobilisation de la filière.

    Les premiers industriels et artisans envoient leurs assemblages de tissus ou leurs prototypes de masques à la DGA, qui les teste selon deux critères : le taux de filtration des particules d’une taille de 3 microns, et le fait qu’on puisse respirer correctement à travers. Ce qui permet à la DGA de constituer une base de données des matières des plus performantes, mise à la disposition des industriels.

    Le laboratoire de Vert-le-Petit a également testé certains modèles sur une tête artificielle mobile capable de simuler les mouvements du visage, et dotée « d’une peau artificielle en silicone reproduisant la texture et l’élasticité d’une peau de visage humain » , et d’ « un poumon artificiel pour simuler la respiration humaine » .

    Le 24 mars, l’ANSM valide le projet, mais en le révisant à la baisse. Il ne s’agit plus de produire des alternatives aux FFP2, mais des versions dégradées des masques chirurgicaux, « exclusivement réservés à des usages non sanitaires ».

    L’agence décide de créer deux catégories de « masques alternatifs en tissu » . Ceux destinés « aux professionnels en contact avec le public » (caissières, policiers, etc.), conçus pour filtrer plus de 90 % des particules (contre 95 à 98 % pour les chirurgicaux), et ceux destinés au reste de la population, offrant un taux de filtration d’au moins 70 %.

    La « norme » qui n’existe pas

    Trois jours plus tard, le 27 mars, l’Association française de normalisation (Afnor), publie un guide de fabrication. Téléchargé à ce jour plus de 1,1 million de fois, il est censé permettre à n’importe qui, les entreprises comme les particuliers, de confectionner le masque qui filtre à 70 %. Le document donne des références de tissu validées par les tests de la DGA, et fournit deux « patrons » de masques.

    Mais il s’agit d’une simple « spécification » , qui « ne peut être en aucun cas assimilée à une norme française » , souligne l’Afnor. Et pour cause : saisi en urgence par le gouvernement, l’organisme a dû consulter 150 experts et boucler le document en à peine plus d’une semaine. « Une norme, ça demande plutôt un an de travail » , a précisé le directeur général de l’Afnor, Olivier Peyrat lors d’une réunion avec les industriels.

    Aucun contrôle n’est prévu pour les particuliers. « Nous ne pouvons pas mettre un laboratoire derrière chaque couturier » , a justifié la secrétaire d’État à l’économie Agnès Pannier-Runacher, qui pilote le dossier. Pour les entreprises, il n’y a, comme le précise l’Afnor, pas d’évaluation obligatoire de la conformité : la qualité relève de la « responsabilité du fabricant » , qui est « autorisé » à faire des tests.

    Jean-Marie Iotti, ancien référent de l’IRNS auprès du ministère de la santé pendant les épidémies SRAS et H1N1, et référent « masques » dans la cellule Bachelot à l’époque, se dit particulièrement « gêné » par le document de l’Afnor.

    « Attention, on ne peut pas faire tout et n’importe quoi », indique à Mediapart cet ingénieur, qui, à l’Afnor, a justement présidé la commission de normalisation des appareils de protection respiratoire. « Ce document n’a rien d’une norme. Il ne sert d’ailleurs pas à grand-chose, si ce n’est à apporter un support pour fabriquer des “masques barrières” dont on ne sait toujours pas ce qu’ils sont. Au moment de H1N1, on n’aurait jamais édité un document comme ça » , cingle-t-il.

    « Les masques médicaux sont certifiés, contrôlés sur leur niveau de filtration mais aussi avec des prélèvements pour s’assurer qu’il n’y a pas de microbes , s’agace Éric Bensimhon, PDG du fournisseur de matériel médical Ylea. Les masques barrières ont été faits à la va-vite, juste pour répondre à une demande urgente. C’est un geste politique. Le gouvernement aurait pu doter la population en masques chirurgicaux mais, pour cela, il fallait s’y prendre plus tôt, et cela aurait coûté beaucoup plus cher. »


    Dans le Tarn-et-Garonne, des bénévoles du Secours populaire reçoivent des masques testés par la DGA. © Patricia HUCHOT-BOISSIER
    / Hans Lucas / AFP [et rien que les voir ici on sait que c’est moins bien ajusté que nombre de masques confectionnés dans des ateliers autogérés, ndc]

    Cela n’empêche pas le gouvernement de clamer, à tort, qu’il a créé une « norme ». « Ces masques répondent à des normes parce qu’on sait qu’ils garantissent un niveau d’efficacité intéressant », déclarait le ministre de la santé Olivier Véran le 19 avril en conférence de presse.

    Présent à ses côtés, le premier ministre Édouard Philippe est allé encore plus loin : « Les masques grand public nous paraissent, après étude, après certification, après normalisation, être à même de garantir la sécurité sanitaire de ceux qui en disposent. » [de la sécurité des autres]

    Interrogé par Mediapart, le ministère de la santé reconnaît qu’il n’y a pas de « norme » (en créer une prendrait « plusieurs mois » ), ni « à proprement parler, de certification » . Mais souligne que des mesures ont été prises pour s’assurer de la « conformité » des masques avec les « spécifications de l’État » .

    Faute de temps pour créer une norme officielle, le gouvernement s’est en effet lancé en urgence vers une démarche de labellisation.

    Le cadre légal est une simple « note d’information » interministérielle publiée le 29 mars. Signée par Bercy, les directeurs généraux de la santé et du travail, elle crée une nouvelle catégorie de masques « à usage non sanitaire » , de catégorie 1 (90 % de filtration) et 2 (70 %).

    Les fabricants qui souhaitent s’en prévaloir doivent respecter la spécification Afnor, effectuer un test du port du masque pendant quatre heures, et faire tester les performances selon le protocole de la DGA.

    Cette dernière obligation* a été allégée le 20 avril par le ministère de l’économie. Afin « d’accélérer la mise en production des masques » , il est désormais facultatif de faire tester le prototype en laboratoire, à condition qu’il ait été confectionné avec un ensemble de matières validé par la DGA. Dès lors qu’un matériau a déjà été testé, « il n’est pas utile de le tester une nouvelle fois » , nous a répondu le ministère de la santé.

    Pour soulager la DGA, les demandes de tests sont désormais centralisées par l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH), qui en réalise une partie lui-même. Les essais peuvent également être réalisés par des laboratoires privés, notamment pour les masques importés.

    Les limites du « label » du gouvernement

    Au bout du compte, que valent les masques conformes à la « note » du gouvernement ? « Si le masque est bien fait et bien porté, la catégorie 1, qui filtre à 90 % des particules, un taux assez proche des chirurgicaux, c’est beaucoup mieux que de ne rien avoir. Quant à ceux qui filtrent à 70 %, ce n’est pas si mal, mais il faut que tout le monde en porte pour que cela soit efficace » , répond un expert ayant requis l’anonymat au vu des « incertitudes » scientifiques sur le sujet.

    Les tests de filtration de la DGA ne sont pas réalisés avec des agents pathogènes, mais sont néanmoins sérieux. « La DGA a utilisé un aérosol de chlorure de sodium, ce qui est déjà représentatif, puisqu’on cherche à mesurer des particules de trois micromètres » , explique le Dr Christophe Lambert, président de la SF2S.

    Cette taille de 3 microns est celle recommandée « par la Société française d’hygiène hospitalière dans le cadre de la protection […] contre les postillons émis lors d’une conversation » , précise le ministère de la santé.

    En revanche, aucun test n’est effectué pour évaluer le comportement du masque dans un univers humide. Or, « les masques non tissés (chirurgicaux, FFP2, FFP3) sont hydrophobes, c’est-à-dire que l’humidité va ruisseler à l’intérieur du masque » , explique l’ingénieur Jean-Marie Iotti. « Le tissu est, lui, hydrophile, l’humidité reste dans le tissu, et le masque va s’en imprégner par capillarité. Le masque devient rapidement malsain, un nid à microbes. »

    Le ministère de la santé reconnaît que « l’humidité peut en effet altérer les fonctions de filtration d’un masque, en particulier pour la filtration de l’air expiré. C’est pour cela que le port du masque est limité à quatre heures afin qu’il reste suffisamment sec » . Sur quelle base scientifique ? Le ministère répond que ce délai a été « préconisé » par l’ANSM, sans plus de détails. Contactée, l’agence du médicament n’a pas répondu.

    Si les résultats des tests, publiés sur le site de la Direction générale des entreprises (DGE), permettent de se faire une idée de la filtration des différents modèles, l’ergonomie et la portabilité peuvent varier en fonction des modèles.

    Or, les experts interrogés par Mediapart soulignent l’importance de la forme et du bon ajustement du masque. « Cela ne sert à rien d’avoir une magnifique barrière filtrante si le masque ne joint pas ou n’épouse pas la forme du visage , explique le Dr Lambert, de la SF2S. Lorsque vous inhalez, tout ce qui rentre par le pourtour du masque ne fera pas l’objet d’une filtration. Inutile d’avoir 95 % de barrière filtrante, si vous avez un taux de fuite de 80 %. À la fin, vous filtrez 95 % des 20 % qui passent par la barrière filtrante du masque. »

    Dans la « note » du gouvernement, le « test porté pendant 4 heures » , qui doit valider ce point clé, n’a pas à être réalisé en laboratoire, et peut donc être fait par le fabricant lui-même.

    Jacques-Hervé Lévy, directeur général de l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH), répond que cette « auto-certification » est « une procédure classique » en matière d’équipements de protection. « C’est un test d’ergonomie pour vérifier l’ajustement et le fait que le masque reste en place quand vous tournez la tête sèchement, que les industriels peuvent faire eux-mêmes. La DGA et l’IFTH ont publié des protocoles pour les guider » , ajoute-t-il.

    Le résultat peut toutefois se révéler étonnant. Comme lorsque, ce 17 avril, des salariés d’un opérateur du Marché d’intérêt national (MIN) de Nantes-Métropole découvrent les masques qui leur sont livrés. Sur une vidéo du site Nantes révoltée, dépubliée depuis, on les voit déplier de grands tissus. « Bonne nouvelle : les masques commandés par le gouvernement arrivent enfin !, note le site. Mauvaise nouvelle : ce sont des draps qu’il faut découper à la main… »

    Le fabricant, Les Tissages de Charlieu, revendique aujourd’hui une production de 250 000 masques par jour. Vu l’importance de l’ajustement du masque, est-ce vraiment approprié de les vendre en kit ? L’entreprise répond qu’elle a proposé « des masques à découper » pour répondre dans l’urgence à « la situation de pénurie, immédiate et massive ».

    La DGA avait rendu un rapport favorable sur ces masques qui présentaient « des performances en filtration et en perméabilité compatibles pour un usage de type masque chirurgical » . Mais le laboratoire de l’armée avançait « trois pistes d’amélioration pour le design » : _« améliorer l’adaptation au niveau des joues », « améliorer la résistance de l’élastique », et « ajouter une barrette métallique au niveau du nez » – l’entreprise préconisait un simple trombone…


    Extraits de la notice explicative de présentation des masques des Tissages de Charlieu. © DR

    L’entreprise Les Tissages de Charlieu indique qu’elle a, depuis, procédé aux améliorations suggérées par la DGA avec un nouveau modèle, notamment l’adaptation au niveau des joues, et que la barrette est désormais fournie. Mais ses masques ont une nouvelle fois été critiqués par leurs usagers, au CHU de Toulouse, qui en a acheté 50 000 unités pour les personnels non soignants, jusqu’alors dotés de masques chirurgicaux, comme l’a révélé Mediacités.

    Le Comité d’hygiène et de sécurité de l’hôpital a demandé leur « retrait » et le retour aux masques médicaux. Une procédure d’alerte a été déposée. La CGT a dénoncé des masques « low cost » et « d’une qualité médiocre » : « Ils s’effilochent, ont des élastiques cassants et ne sont pas adaptés à beaucoup de formes de visages. Du coup, ils risquent par un geste de la mâchoire de découvrir le menton ou le nez de l’agent qui le porte. On nous signale aussi qu’ils engendrent des irritations et saignements derrière les oreilles au bout de plusieurs heures. »

    « Ils sont petits et on est obligé d’adapter le système de fixation. Mais ils sont tout à fait conformes, et bien entendu, ils ne sont pas fournis au personnel soignant, ni aux agents qui interviennent dans les services Covid », répond le porte-parole du CHU. Le fabricant répond qu’il a « agrandi »_ ses masques depuis. 

    Casse-tête sur les étiquettes

    Pour tenter de limiter les problèmes et apporter plus de clarté aux consommateurs, le gouvernement a modifié sa « note » sur les « masques à usage non sanitaires » , rebaptisés pour l’occasion « masques grand public » , ce mardi 28 avril. Pile le jour de l’annonce du plan de déconfinement par Édouard Philippe devant l’Assemblée nationale.

    Il y a deux grandes nouveautés. Les fabricants qui respectent les spécifications peuvent désormais apposer un logo officiel avec la mention « filtration garantie » , ainsi que le nombre de lavages possibles sans dégrader les performances. Et les entreprises doivent, pour en bénéficier, obtenir l’accord préalable de Bercy, après examen des rapports d’essais.

    La secrétaire d’État #Agnès_Pannier-Runacher a par ailleurs demandé à la direction générale de la concurrence et des fraudes (DGCCRF), qui n’était jusqu’ici pas dans la boucle, de lui faire des « propositions » afin d’effectuer des contrôles a posteriori.


    © agnesrunacher

    Mais ce logo ne sera pas disponible sur les masques fabriqués et livrés avant le 28 avril.

    C’est le cas de ceux achetés par la ville de Nice, où le maire Christian Estrosi a lancé une vaste distribution gratuite de masques en tissu à la population. Les notices d’utilisation (voir ici), signées du slogan « # ILoveNice », ont de quoi étonner. Elles indiquent que le produit est « conforme aux normes validées par la Direction générale de l’armement » , alors qu’il n’y a pas de norme (seulement une spécification) et que la DGA n’en est pas responsable.

    On ne trouve nulle trace sur la notice de la catégorie du masque et de son taux de filtration (70 % ou 90 %). Il s’agit de produits de catégorie 2 à 70 %, nous a répondu la mairie.

    Enfin, à rebours des consignes officielles, qui préconisent un port de 4 heures maximum, la notice des masques niçois indique qu’ils peuvent être « portés entre 4 h et 6 h par jour » . « Ce sont les recommandations des fournisseurs » , se défausse la collectivité.

    La demande est telle que les 242 fabricants français ne peuvent pas suivre. Ils ont 70 millions de masques commandés, alors qu’ils n’en fabriquent à l’heure actuelle qu’un peu plus de 3 millions par jour. « On ne répond qu’à 10 % de la demande, c’est monstrueux » , confie l’un d’entre eux.

    Les entreprises et collectivités sont pressées par le calendrier, depuis l’annonce du déconfinement par Emmanuel Macron sans la moindre concertation. À Toulouse, le président de l’agglomération Jean-Louis Moudenc a commandé en urgence 800 000 masques en tissu en Chine, qui ne sont pas encore arrivés. « Nous devrions les avoir pour le 11 mai » , espère-t-on au siège de la collectivité.

    Même les administrations agissent en rangs désordonnés, sans soutien des ministères. Après n’avoir reçu que 200 masques chirurgicaux pour l’ensemble de son personnel (150 fonctionnaires et 50 magistrats), la cour d’appel de Cayenne a commandé de sa propre initiative, il y a deux semaines, un millier de masques lavables à une entreprise de métropole, qui a fait tester ses prototypes par la DGA.

    Les distributions ont commencé cette semaine, à raison de deux exemplaires seulement par fonctionnaire. Ces masques à l’apparence sommaire comportent une couture sagittale (sur la barrière filtrante du masque), alors même que l’ANSM et l’Afnor proscrivent formellement cette méthode de conception, qui crée des risques de fuites. « Ce n’est pas l’idéal mais chacun se débrouille, il n’y a rien d’autre pour le moment » , explique un fonctionnaire à Mediapart.

    Le problème des masques artisanaux

    Reste aussi, en parallèle, le cas des masques qui n’auront pas le logo officiel du gouvernement, fabriqués par des entreprises mais aussi par des réseaux de couturières et couturiers, et des amateurs.

    Preuve que l’exécutif compte sur ce dernier canal d’approvisionnement, Édouard Philippe lui-même a renouvelé, lors de son discours mardi, son appel « aux particuliers » qu’il a invités à « se confectionner eux-mêmes des masques » grâce au guide de l’Afnor. Les marchands de tissus viennent d’être autorisés à reprendre leur activité afin que « chacun se mobilise ».

    Un mail envoyé mi-avril par l’Afnor aux 500 000 personnes qui avaient téléchargé la spécification, incite même les particuliers à participer à la « plateforme solidaire » lancée par l’organisme. Le principe : produire, puis donner ou vendre à « prix coûtant » des masques pour des « salariés, des entreprises et des organismes publics » .

    Certes, l’Afnor, qui a refusé de nous répondre, fournit la méthode, des patrons, et des liens pour acheter des kits de matières testées par la DGA. Mais si la mobilisation des bénévoles était appréciable lors du pic de la pénurie, continuer à l’encourager pose question en matière de qualité, maintenant qu’il existe des masques industriels labellisés par l’État.

    Olivier Véran est d’ailleurs beaucoup moins enthousiaste que son premier ministre. Sur France 2, le 21 avril, il a mis en garde sur la confection artisanale de masques, « faits avec la meilleure bonne volonté » , mais qui « ne filtrent pas contre le Covid ».

    Son ministère confirme à Mediapart que « ce sont bien les masques labellisés qui sont à privilégier » . « En l’absence de masque industriel, le port de masques “artisanaux” peut avoir une certaine forme d’efficacité » , ajoute le ministère, qui conseille aux particuliers de suivre le guide de l’Afnor.

    Lavage à 60 °C et discipline de fer

    Pour les particuliers les plus modestes, la tentation est grande de confectionner soi-même ou de se tourner vers les circuits artisanaux. Le refus du gouvernement de plafonner les prix, officiellement pour de « ne pas freiner l’innovation » , fait aussi craindre un système à deux vitesses : des masques labellisés (vendus de 2 à plus de 10 euros l’unité) pour les foyers les mieux dotés, les plus rustiques pour les autres.

    Conscient du problème, Édouard Philippe a promis que l’État distribuerait gratuitement 5 millions de masques par semaine aux plus démunis. Une paille au regard des besoins.

    Comme le port est limité à 4 heures, la consommation, donc la facture, peut très vite monter. Il faut trois masques par jour pour un salarié qui se rend au travail. Et six en réalité si on veut éviter de les laver quotidiennement , mais seulement un jour sur deux.

    Éric Bensimhon, PDG du fournisseur de matériel médical Ylea, a fait expertiser la spécification Afnor (lire ici le résultat complet), et a notamment tiqué sur un point : le lavage du masque à 60 °C pendant trente minutes.

    La température de lavage a été déterminée sur la base d’une publication de chercheurs de l’Institut Pasteur, de septembre 2014, sur un autre coronavirus (le MERS-CoV) démontrant qu’une chaleur de 65 °C pendant 15 minutes ou de 56 °C pendant 30 minutes inactive complètement le virus. 

    Après de nouvelles études expérimentales, deux chercheurs de l’unité « environnement et risques infectieux » de l’Institut, India Leclercq et Christophe Batéjat, viennent d’obtenir des résultats similaires pour le SARS-CoV-2 (lire ici les résultats mis en ligne sur le site BioRxiv).

    La température de 60 °C est donc adaptée. Mais dans le guide de l’Afnor, le temps de lavage prête à confusion. « Il faut atteindre 60 °C pendant un plateau constant de 30 minutes. Il ne s’agit pas d’un cycle de 30 minutes en machine, qui n’assure pas 30 minutes de lavage à 60 °C » , explique une spécialiste en contrôle qualité de matériel médical.

    Cette experte a fait l’expérience chez elle : « Impossible de savoir sur ma machine, selon les programmes, pendant combien de temps le cycle tient à 60 °C. Les fabricants de machines pour particuliers communiquent rarement là-dessus. »

    Pour que les masques soient efficaces, les Français vont devoir appliquer une discipline de fer. Outre le bon cycle de lavage, un masque en tissu qu’on quitte doit être immédiatement isolé dans un sac en plastique fermé, jusqu’à son passage dans la machine. Il doit ensuite être repassé [aucun argument là dessus. la membrane du coronavirus va se reconstituer] .

    Il est également indispensable de le mettre en ne touchant que les élastiques, de bien l’ajuster et de ne plus y toucher. « Je vois plein de gens dans la rue qui le montent, qui le descendent, qui le mettent autour du cou, qui chez eux vont le poser dans un coin, qui le remettent. Or, si le masque il est souillé, ce n’est rien d’autre qu’une façon de s’inoculer le virus sur la bouche ou sur le nez » , rappelle la docteur Dominique Abiteboul, conseillère médicale du Groupe d’étude et de recherche sur l’exposition des soignants (GERES).

    Les pouvoirs publics vont désormais devoir lancer de grandes campagnes d’information sur le port du masque. Après avoir dépensé beaucoup pendant des semaines pour expliquer qu’ils ne servaient à rien.

    #gouvernement #industriels #commerçants #arnaques_multiples #prix #qualité #masques #crise_sanitaire

    • Il ya déjà des tabac qui vendent des masques à 8euros composés d’une seul épaisseur de tissu... On on encourage la production d’ersatz (bientôt labellisés) pour simuler le soin. Confinement ou pas, mieux vaut fabriquer ou choisir des masques artisanaux bien conçus et bien faits (tissus, ergonomie, filtre), ou aller voler en nombre ceux qui seront réalisés correctement pour ceux qui ont réellement des moyens (pas pour ceux qui disposeront 60 à 100 balles pour un lot minimal de masques ),car non seulement il n’y aura jamais assez de FFP2 pour tous (le chirurgical protège peu le porteur), en ville et à proximité de tous les lieux confinés (commerces, transports, travail etc), et que partout on risque de croiser des personnes sans masques, à masques pourris, mal mis, mais lavés, etc..

  • #Patrimoine #industriel #informatique


    https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2020/04/03/patrimoine-industriel-informatique

    Ces temps difficiles donnent à certains d’entre nous le temps de lire et de réfléchir. Quelle occasion de regarder dans le rétroviseur le passé de l’informatique et du numérique, de s’interroger sur un patrimoine qu’ont construit des pionniers et qui reste encore largement à explorer ! C’est ce que propose le numéro 73 de la Revue Patrimoine Industriel du Cilac. Exceptionnellement, compte tenu du confinement de tous, le Cilac a décidé de mettre ce numéro, réalisé avec la SIF et Software Heritage, en accès ouvert dès sa parution. C’est un magnifique numéro collector inédit que je vous encourage aussi à acheter en format papier : pour 25 €. À déguster sans modération ! Serge Abiteboul
    Déclaration de conflit d’intérêt : je suis membre du Cilac et de la SIF.

    https://www.cilac.com/numero-73-patrimoine-industriel-informatique

    https://www.cilac.com/sites/default/files/pdf_complet/pi_ndeg73_informatique.pdf

  • Bienvenue à #Cancer alley
    https://www.liberation.fr/apps/2019/06/bienvenue-a-cancer-alley
    Ce reportage d’Aude Massiot, publié en juin 2019 a obtenu le prix Varenne pour la presse quotidienne nationale en novembre 2019.

    En Louisiane, le couloir pétrochimique entre Baton Rouge et la Nouvelle-Orléans concentre les taux de cancer les plus élevés des #Etats-Unis. Libération est parti à la rencontre de ces communautés, majoritairement afro-américaines, empoisonnées par leur environnement.

    #racisme #industriels #petrochimie

    et tout va bien à Rouen ?

  • De #villes en #métropoles, #Tôkyô, métropole #japonaise en #mouvement perpétuel :
    http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/typespace/urb1/MetropScient3.htm
    Publié le 20/09/2006
    Vu le 08/06/2018

    Cet article de Natacha Aveline du bureau #CNRS #Japon Corée à Tôkyô, Institut d’#Asie #orientale, publié sur le site #géoconfluences, traite du mouvement perpétuel de Tokyo de différents points de vue. Elle rappelle d’abord l’importance #démographique de la ville, notamment par rapport au #monde et ses #lieux les plus peuplés tout en invoquant les raisons #économiques de cette #croissance par rapport à l’#histoire de la ville. Elle précise que la ville et la #campagne sont difficilement discernables et nous pouvons en conclure que la #périurbanisation doit contribuer non seulement à l’importance démographique de la ville, mais aussi à tous les #changements qui s’y opèrent, la périurbanisation progressant sans cesse sur le #territoire : c’est ce qu’elle évoque par la notion d’#émiettement #urbain. Malgré les perspectives actuelles en matière d’#économie et de #démographie, ce phénomène pose toujours #problème.

    Près de 80% des Japonais vivent en ville. […] Le #gigantisme urbain atteint sur l’#archipel des niveaux inégalés en Europe. Onze villes ont plus d’un #million d’habitants (2006), dont onze se regroupent dans quatre grandes #conurbations qui structurent un cordon urbain quasi-continu de mille kilomètres s’étirant le long du littoral Pacifique de Tôkyô à Fukuoka. Deux se distinguent par leur #démesure : Tôkyô, première #agglomération de la planète avec 34 millions d’habitants, et Ôsaka, la dixième avec 17 millions d’habitants, cumulent un produit régional brut de quelque 1 850 milliards de dollars, équivalent à celui de l’Italie et des Pays-Bas réunis.
    Si la #macrocéphalie est un phénomène commun à bien des pays d’Asie, la structuration en #mégalopole […] est plus spécifique au Japon. Elle résulte des choix industriels effectués dès l’époque Meiji (1868-1912), mais aussi de l’#expansion singulière d’un espace #urbanisé d’autant plus difficile à cerner que la ville ne s’est jamais opposée à la campagne, dans un pays où seuls les châteaux étaient fortifiés à l’époque féodale. Le phénomène d’émiettement urbain atteint ainsi une intensité sans équivalent dans les autres grands pays #industrialisés. Il a été, au Japon, une cause majeure de pathologies pendant la Haute Croissance et reste source de #problèmes aujourd’hui, en dépit de perspectives économiques et démographiques radicalement nouvelles.

    Ainsi, différentes #questions sont soulevées, d’abord celle des « logiques d’#urbanisation », elle évoque alors « l’#entremêlement de #fonctions #rurales et urbaines dans les #périphéries et […] les #zones #centrales » desquelles résulte « la faible hauteur des #constructions » et l’« #étalement du bâti » qu’elle nuance légèrement en rappelant la #verticalisation de Tôkyô entre 1980-1990 « sous l’effet des multiples opérations de #rénovation urbaine » ; et qui provient en partie de « la faible #intervention de l’#État dans la #gestion urbaine, le rôle majeur qu’ont joué à cet égard les #opérateurs #ferroviaires #privés, la toute-puissance de la propriété #foncière et l’extraordinaire #plasticité du bâti. »
    Elle donnera le la précision sur cette « faible intervention de l’État » en évoquant la #désorganisation des villes, les conséquences de l’#occupation #américaine et les problèmes qui en découle quant à la part de #responsabilité donnée aux #pouvoirs #publics.


    Plan du "quartier-gare" de Shinjuku selon N. Aveline

    Elle donnera également par la suite plus de précision quant aux réseaux ferroviaires privés, leur expansion et leur influence sur la #structure urbaine, ce qui semble pouvoir lui permettre, plus tard, d’aborder la question « statut du foncier dans l’économie #japonaise » et ainsi des rénovations et du #morcellement et de l’aspect #juridique des #parcelles #cadastrales.


    Rénovation urbaine dans le quartier d’affaires de Shinjuku-ouest (1989) - UDC (ex-HUDC / Housing and Urban Development Corporation)

    Elle en déduit de la valeur accordée au #sol et non aux constructions, ce qui lui permet d’expliquer le phénomène de la plasticité du bâtit.


    Autel shinto (inari jinja) inséré entre les immeubles du quartier de Yûrakuchô, dans l’hypercentre de Tôkyô - N. Aveline, 2002 / 2003

    Ainsi, elle évoque enfin les nouvelles #difficultés en #ville avec « l’arrêt de la hausse quasi-interrompue des prix fonciers depuis 1955 et mis un terme à la #croissance exceptionnelle qui soutenait l’économie ». Ce qui lui permet d’évoquer la nouvelle politique de #revitalisation des villes avec le "#renouvellement urbain" (toshi saisei) […] des "#périmètres #spéciaux d’#intervention d’#urgence" […] (Tôkyô, Osaka et Nagoya) », de manière à stabiliser les #prix pour la #spéculation ; le choix de #développer le #commerce et la #restauration et l’utilisation des « #friches #ferroviaires et #industrielles. »

  • L’#expansionnisme #japonais, partie 2 : symbole de la persévérance du #Japon.

    http://gallica.bnf.fr/html/und/asie/face-lexpansionnisme-japonais
    Vu le 03/06/2018

    Cet article de la BNF traite de la « #puissance #économique du Japon » par le biais de la guerre « sino-japonaise ». L’expansionnisme du Japon est en effet lié à la capacité du pays à « s’approprier les techniques modernes ».

    La marine militaire, en faisant appel à l’ingénierie française, s’est dotée d’une flotte puissante qui montre son incontestable supériorité face à celle de la Chine.

    Par là même, le Japon est capable de rivaliser avec les puissances européennes, que ce soit par la menace qu’il représente au niveau de « l’échiquier #géopolitique » avec « la domination régionale de l’Asie orientale » ou au niveau #militaire lorsque le Japon bat sur terre et sur mer la Russie en 1905.

    Pour la première fois à l’époque moderne, une puissance occidentale est défaite sur terre et sur mer par un pays asiatique.

    Pourtant cette logique de « l’expansionnisme » ne s’arrête pas au niveau militaire, ainsi, même lorsque le Japon voit sa capacité militaire réduite, il sait se reconstruire par le biais de l’#économie et avec de la persévérance. Ainsi malgré la #concurrence, le retard #technologique d’après-guerre, le retard des demandes, le surplus de main-d’œuvre et la pénurie, le modèle japonnais aura inspiré les Français et se perpétue et évolue toujours, de manière à s’ouvrir au #marché #international comme nous pouvons le constater avec l’article Christian Sautter.
    https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1973_num_45_1_1335
    Vu le 03/06/2018

    La facette la plus connue de l’économie japonaise et qui favorise une expansion économique tout comme une expansion vers l’international, est celle se basant sur la théorie du vol d’oies sauvages (selon l’économiste Kaname Akamatsu en 1937 et précisée par Shinohara en 1982), visant à créer un développement #industriel important en partant d’une base modeste.
    Cette capacité à se #reconstruire est le sujet principal du documentaire « Tokyo, cataclysmes et reconstruction » réalisé avec les archives Exhumées et colorisées de le NHK par Olivier Julien qui donne d’ailleurs une dimension internationale à la situation japonaise dans cet article :
    http://www.telerama.fr/television/tokyo-cataclysmes-et-reconstruction-ou-le-xxe-siecle-dans-la-vie-d-une-vill
    Publié le 20/05/2017
    Vu le 03/06/2018

    Cette histoire de Tokyo est à la fois singulière et universelle, parce qu’elle raconte aussi l’entrée dans la modernité industrielle. Les images des populations après-guerre, la croissance des banlieues, ce sont des moments qui ressemblent à ce qui a pu être vécu en France. Mais dans d’autres proportions et à une vitesse bien plus grande.

  • Journal breton - saison 2 (8/10) : La fabrique du silence : les #agriculteurs
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/journal-breton-saison-2-810-la-fabrique-du-silence-les-agriculteurs


    #lait #industriels #Lactalis #radio #audio #France_Culture

    Dans cet épisode, des éleveurs racontent les terribles #pressions qu’ils subissent de la part des groupes industriels pour lesquels ils travaillent, lorsqu’ils tentent de remettre en cause leurs conditions de travail.

  • « Les nazis n’ont rien inventé. Ils ont puisé dans la culture dominante de l’Occident libéral » – Entretien avec Johann Chapoutot
    http://lvsl.fr/nazis-nont-rien-invente-ont-puise-culture-dominante-de-loccident-liberal-entret

    Johann Chapoutot est professeur d’ #histoire à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de l’ #Allemagne nazie. Il a consacré de nombreux ouvrages à l’étude de l’idéologie #nationale-socialiste (La loi du #sang, le #nazisme et l’ #Antiquité…) traduits en sept langues et récompensés par de nombreux prix. Il s’intéresse aux fondements philosophiques, historiques et (pseudo-)scientifiques du nazisme ; il étudie les moyens par lesquels cette vision du monde a pu devenir hégémonique en Allemagne à partir de 1933. Ses analyses mettent en lumière certains aspects peu connus de ce phénomène historique ; nous avons décidé de le rencontrer.

    [...]

    LVSL : Vous mentionnez à plusieurs reprises l’importance du darwinisme social dans la vision du monde nationale-socialiste, ce courant de pensée selon lequel les individus les plus faibles d’une société sont destinés à mourir, en vertu de la loi impitoyable de la sélection naturelle. À l’origine, c’était une grille de lecture utilisée par des penseurs #libéraux anglo-américains, destinée à justifier la mortalité que causait le capitalisme au sein des classes populaires… Existe-t-il une continuité entre ce courant de pensée, et l’ #eugénisme racialiste propre au national-socialisme ?

    Totalement. Les #nazis sont des gens qui n’inventent rien. Lorsque j’ai commencé à étudier le nazisme il y a quinze ans, je l’ai fait dans l’idée qu’il était un phénomène monstrueux, maléfique, incompréhensible, en rupture radicale avec ce qui l’avait précédé… Mais quand j’ai lu les nazis, j’ai découvert qu’ils disent des choses tout à fait banales par rapport aux penseurs de leur temps. L’idée que toute vie est combat est d’une banalité absolue dans l’ #Europe du XXème siècle. Le #darwinisme_social a été introduit en Allemagne par un britannique, #Houston_Stewart_Chamberlain, gendre de #Wagner et mélomane. Il avait lu #Darwin et surtout les darwinistes sociaux : #Spencer, #Galton… En 1897, il rédige les Fondements du XIXème siècle, un livre qui pose les bases du darwinisme social allemand. Cet ouvrage est la passerelle culturelle entre le darwinisme social anglo-saxon et sa version allemande.

    Cette idée d’une lutte pour la vie, et d’une vie comme zoologie, d’une lutte zoologique pour l’existence en somme, qui passe par la sécurisation des approvisionnements et de la reproduction, se retrouve partout, singulièrement en Grande-Bretagne et en France ; en effet, le darwinisme social est la théorie d’une pratique politique – l’ordre #capitaliste, et géopolitique – la #colonisation. Il se trouve qu’au XIXème siècle, l’aventure coloniale allemande n’est pas très importante par rapport à ce qu’elle est en #France et en #Grande-Bretagne. Elle a donc été introduite tardivement dans ce pays, par #Chamberlain. Cette idée prospère rapidement, se développe, et nourrit les argumentaires pangermaniques : les Germains sont supérieurs aux #Slaves comme les #Britanniques le sont aux « #Nègres » ; par conséquent, les Germains doivent conquérir leur espace vital au détriment des Slaves. Les nazis récupèrent ces idées banales radicalisées par la Grande Guerre. La guerre de 14-18 prouve que les darwinistes sociaux ont raison : tout est guerre, lutte et combat. Les nazis décident de faire de cette expérience une politique : si les Allemands ne veulent pas mourir, ils doivent être réalistes, et laisser choir l’ #humanisme et l’humanitarisme. Il faut accepter que toute vie est combat, sous peine de mourir.

    J’irais plus loin que le cadre de votre question. Je trouve que ce darwinisme social se porte très bien aujourd’hui. Il se retrouve dans des petits tics de la langue qui se veulent bienveillants (« t’es un battant toi« …). Il se retrouve dans la bêtise de certaines personnes que l’on prétend #philosophes et qui vous parlent des gens qui ne sont rien, des #assistés, des #fainéants… Si l’on se retrouve au sommet de la société parce qu’on a été #banquier, haut fonctionnaire, président de la #République, alors on a tendance à croire que c’est un #ordre_naturel qui nous a élu, que l’on est là parce qu’on est le meilleur, naturellement ; que l’on s’est affirmé dans la lutte pour la vie, en somme. Cela part d’un manque de lucidité stupéfiant sur la fabrique sociale de la « réussite ».

    LVSL : Les historiens marxistes mettent l’accent sur une autre forme de continuité : la continuité économique et sociale qui existe entre l’ordre pré-nazi et le IIIème Reich, c’est-à-dire la perpétuation de la domination d’une classe de financiers et d’industriels sur celle des travailleurs. Que pensez-vous de la thèse marxiste classique, qui analyse le fascisme et le nazisme comme « expressions politiques du capitalisme monopolistique » ?

    C’est la thèse officielle du Komintern à partir de 1935. Les membres du Komintern se sentent fautifs, car jusqu’alors c’est la stratégie « classe contre classe » qui a prévalu ; elle a abouti à ce que les communistes combattent les sociaux-démocrates davantage que les nazis. L’arrivée d’ #Hitler au pouvoir a constitué un vrai choc pour eux. D’où l’abandon de la stratégie « classe contre classe » au profit de la tactique du « #Fron_Populaire ».

    Les #communistes allemands ont été traumatisés par la disparition de la #gauche la plus puissante d’Europe, la gauche allemande. Pour penser ce traumatisme, ils ont élaboré cette herméneutique, en stricte orthodoxie marxiste, qui consiste à dire que le “fascisme” constitue la dernière tentative d’une bourgeoisie aux abois pour se maintenir en position de domination sociale, économique, politique, financière… Le « #fascisme » devient un terme générique qui désigne tout aussi bien la doctrine de Mussolini que celle des nationaux-socialistes allemands (en Europe de l’Est, on parlait de « deutsche Faschismus« , fascisme allemand), alors que ce n’est pas du tout la même chose. Dans sa formulation la plus résumée et la plus dogmatique, cette grille de lecture devient un catéchisme un peu idiot. Cette lecture orthodoxe issue du Komintern est demeurée celle d’une historiographie de gauche fortement marquée par l’histoire sociale, qui n’est pas à rejeter, car elle a produit de grands travaux.

    La grande industrie allemande et la finance allemande ont évidemment trouvé tout leur intérêt à l’arrivée des nazis au pouvoir. Les répercussions de la crise de 1929 sont terribles en Allemagne. L’Allemagne est le pays le plus touché, parce qu’il était le mieux intégré au circuit du capital international ; il a beaucoup souffert de la fuite brutale des capitaux américains. À l’été 1932, l’Allemagne compte 14 millions de #chômeurs ; si on prend en compte les chômeurs non déclarés, elle en compte 20 millions. La crise signifie pour les Allemands la famine et la tuberculose. Les nazis ont été vus comme les derniers remparts possibles contre une #révolution bolchévique. D’où la lettre ouverte de novembre 1932 à Hindenburg qui l’appelle à nommer Hitler chancelier, signée par des grands #patrons de l’industrie et de la banque. Le parti nazi reçoit des soutiens financiers considérables. C’est grâce à eux qu’il peut fournir à des centaines de milliers de SA des bottes, des casquettes, des chemises, de la nourriture. Les campagnes électorales des nazis coûtent une fortune, notamment du fait de l’organisation de leurs gigantesques meetings ; Hitler ne cesse de se déplacer en avion, à une époque où l’heure de vol est hors de prix. Les #mécènes qui financent le parti nazi voient en lui le dernier rempart contre le péril rouge. Ils sont gâtés, car d’une part les nazis détruisent de fait la gauche allemande, les syndicats, l’expression publique ; de l’autre, ils relancent l’économie comme personne ne l’avait fait avant eux par la mise en place de grands travaux d’infrastructure à vocation militaire, et par des commandes d’armement inédites dans l’histoire de l’humanité. Les commandes d’armement font travailler le charbon, l’acier, la chimie, les composants électriques, le cuir, la fourrure, la mécanique, l’aviation…

    Les #industriels savent très bien que l’Etat allemand ne peut pas financer ce qu’il est en train de faire. L’Etat commande des chars, des avions, mais ne paie pas ; il joue un jeu assez complexe et plutôt malin (je vais simplifier, mais le principe est là). Il paie les industriels en bons à intérêt… et leur déclare que ceux-ci seront versés grâce au pillage de l’Europe. Tout le monde est au courant, les industriels au premier rang, parce qu’ils ne sont pas payés, ou très peu : l’heure des comptes va sonner plus tard, quand le Reich aura les moyens d’envahir l’Europe. Les industriels ont donc été les complices et les bénéficiaires du Reich.

    Ne parlons même pas de ce qu’est devenue leur activité après 1940. Leurs commandes augmentent, et l’industrie obtient via Himmler que l’on mette le système concentrationnaire à son service. On en arrive à la loi d’airain des salaires de Karl Marx : vous ne rémunérez la force de travail qu’autant que nécessaire, afin qu’elle puisse se renouveler pour se maintenir. La loi d’airain des salaires dans les années 1940, c’était les camps de concentration, c’est-à-dire l’exploitation jusqu’à son terme de travailleurs que l’on n’a même pas besoin maintenir en vie, parce qu’il y avait une telle rotation que si un travailleur mourait en deux jours, un autre le remplaçait aussitôt.

    [...]

    • Dans mon propre bouquin qui creuse la même question, j’ai plutôt trouvé la source à ce qui est, pour moi, le nœud de l’histoire occidentale : 1492. Cela marque la fin du Moyen-Âge, la fin de la cosmologie chrétienne et c’est même pour cela qu’elle est devenue si virulente et le début de l’ère des grands #génocides systématiques qu’il fallait bien justifier d’une manière ou d’une autre. Et tout cela est lié à l’émergence du capitalisme, le système prédateur qui doit se trouver une assise idéologique au fait de piller les autres pour accumuler toujours plus.

    • Fillon et le Blitzkrieg
      https://blogs.mediapart.fr/bernard-gensane/blog/220217/fillon-et-le-blitzkrieg

      Le terme “Blitzkrieg” est apparu en 1935 dans la revue Die Deutsche Wehr (L’Armée allemande). D’après les théoriciens de cette organe, les États pauvres en ressources alimentaires et en matières premières (comme l’Allemagne de l’époque) devaient gagner la guerre au plus vite par un engagement massif et violent. Cette notion sera utilisée pour évoquer la guerre civile espagnole : « Nazi-Deutschland testete in Spanien seine späteren Blitzkrieg gegen Frankreich (L’Allemagne nazie a testé en Espagne sa future guerre éclair contre la France). Le 25 septembre 1939, l’hebdomadaire étasunien Time Magazine décrivait ainsi l’invasion de la Pologne par l’Allemagne : « This is no war of occupation, but a war of quick penetration and obliteration – Blitzkrieg, lightning war » (Ce n’est pas une guerre d’occupation mais une guerre de pénétration et de destruction rapides – le #Blitzkrieg, la guerre éclair).

      https://www.youtube.com/watch?v=rlQ3cfBMhFY&feature=youtu.be


      c’était en 2017 et aujourd’hui #macron a siphonné les idées de #fillon

  • Les essais cliniques de l’industrie pharmaceutique bienvenus en Egypte
    http://geopolis.francetvinfo.fr/les-essais-cliniques-de-l-industrie-pharmaceutique-bienvenus-e

    C’est au début des années 2000 que les labos ont commencé à procéder à des #essais_cliniques à l’étranger. « Notamment dans l’espoir de se positionner dans de nouveaux marchés en pleine croissance. #Novartis, #Roche, #Sanofi, #Merck… les plus grands #industriels ont ouvert des bureaux dans les pays du Sud afin d’y lancer de grandes études précédant une éventuelle commercialisation de leurs futurs produits », annonce le site du Temps.

    Selon une enquête de l’ONG suisse Public Eye publiée en 2016, l’Egypte « est aujourd’hui la deuxième destination privilégiée des #multinationales_pharmaceutiques pour mener leurs essais cliniques sur le continent africain, après l’#Afrique_du_Sud. Les sociétés suisses mènent le bal, les géants bâlois Roche et Novartis comptant pour la moitié de tous les tests internationaux en cours en #Egypte début 2016, en augmentation par rapport à 2011. »

    Pourquoi l’Egypte ? Les groupes pharmaceutiques ou leurs sous-traitants y trouvent beaucoup de #malades_sans_ressources, des hôpitaux équipés où mener des essais à moindre coût, et un cadre législatif moins contraignant.

    #big_pharma #exploitation de la #pauvreté

  • 30 GO D’ARCHIVES DE L’UNDERGROUND DES ANNÉES 80, GRATOS

    Une radio ultra-#underground a offert son catalogue de cassettes audio à Archive.org, soit des années de thésaurisation sonore à portée de clic. Une plongée dans les abysses des sons chelous du milieu des années 80 au milieu des années 90.
    Des quantités astronomiques de sons vous sont offertes par Archive.org, à portée de clic. Et pas n’importe lesquels : des dizaines de #cassettes oubliées, recensées par l’incroyable site Archive.org, qui regorgent de trésors subversifs. La collection, d’environ 30 Go, dormait paisiblement sur le site noise-arch.net depuis 2011. Elle émane du catalogue de Myke Dye, un présentateur de la radio underground et communautaire canadienne CKLN-FM, active sur les ondes de 1983 à 2011. K7 Dans ce catalogue globalement étrange, on découvrira "de l’#expérimental, de l’#industriel, de la musique d’avant-garde, de l’indie, du #rock, du DIY, du subvertainment (mot-valise entre « divertissement et subversif », ndlr) ainsi que des bandes sons auto-hypnotiques". Selon la rapidité de votre connexion Internet, le téléchargement prendra de quelques minutes à quelques heures, voire quelques jours pour les plus malchanceux. Mais faites preuve de patience, ça en vaut largement la peine.

    http://fr.traxmag.com/audio/30485-30-go-d-archives-de-l-underground-des-annees-80-gratos

    #musique #son

  • D’après Le Monde, le reportage de ce soir sur France2 doit faire grand bruit. J’ai hâte de voir si la mèche va bien brûler jusqu’au bout.
    Épandage agricole, chimie mortelle.
    http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation

    « Cash Investigation » révèle comment les multinationales de l’agrochimie inondent nos régions avec leurs pesticides, au risque de mettre en danger la santé de nos enfants. A voir mardi 2 février à 20h55, sur France 2.

    http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/02/02/cette-agriculture-qui-tue_4857651_1655027.html

  • La fabrique des études scientifiques
    http://information.tv5monde.com/info/la-fabrique-des-etudes-scientifiques-46677

    Très bonne synthèse.

    [...]

    #Conflits_d'intérêts

    Depuis plusieurs années, les liens d’#intérêts noués entre #scientifiques et #industriels sont également pointés du doigt, en particulier au sein des agences de #sécurité alimentaire. L’#EFSA (Autorité européenne de la sécurité des Aliments), par exemple, a essuyé de nombreuses critiques, entre autres, de la part du Parlement européen et de la Cour des Comptes européennes. Dans un rapport de 2012, cette dernière a mis en évidence"une gestion inappropriée des conflits d’intérêts" et a établi des liens directs entre certains #experts de l’agence et le monde de l’#industrie. Si, depuis, des efforts ont été réalisés, un rapport de l’ONG Corporate Europe Observatory (Observatoire de l’Europe des industrielle, CEO), publié fin 2013, a toutefois conclu que près de 60% des membres des groupes de travail de l’EFSA étaient en situation de conflit d’intérêts.

    [...]

    Dans un article du journal Le Monde, L’EFSA, souligne, pour sa part, que les scientifiques sans aucune relation avec l’industrie se font de plus en plus « rares »." Les #politiques européennes de recherche encouragent et parfois contraignent les chercheurs du #secteur_public à travailler avec le secteur privé pour financer leurs recherches et promouvoir le transfert du savoir et de ses applications ", explique-t-elle.

    Ce manque est-il dû au fait que les experts, membres du comité scientifique et des panels de l’EFSA, ne sont pas salariés de l’agence ? C’est en tout cas le point de vue de l’ONG CEO. « C’est une question importante que soulève le CEO, relève dans l’article l’ex eurodéputée centriste Corinne Lepage. Il est tout à fait anormal que l’expertise publique ne soit pas rémunérée, ni valorisée dans la carrière d’un scientifique. La situation actuelle conduit à se poser la question de l’intérêt qu’il peut y avoir à se porter candidat comme expert à l’EFSA. »

  • A Nantes, les déchets ont du cachet - Télérama.fr
    http://www.telerama.fr/monde/a-nantes-les-dechets-ont-du-cachet,127149.php

    Dans un quartier défavorisé de Nantes, une association a installé un composteur sophistiqué. Objectif : convivialité et écologie. Retour sur une initiative exemplaire. Et réussie.

    #urbanisme #déchets

  • The Beast Burger™ | Beyond Burgers | Beyond Meat
    http://beyondmeat.com/products/view/the-beast-burger

    The Beast Burger™
    More protein and iron than beef
    More omegas than salmon
    Ingredients

    Water, Pea Protein Isolate, Oil Blend (Canola Oil, Sunflower Oil, Flaxseed Oil, Palm Oil, DHA Algal Oil), Methylcellulose, Carrageenan, Calcium Sulfate, Yeast Extract, Maltodextrin, Potassium Bicarbonate, Potassium Chloride, Tapioca Starch, Caramel Color, Sorbitol, Beyond Nutrient Blend (Vegetable Nutrient Extract Blend (Spinach, Broccoli, Carrot, Tomato, Beet, Shiitake Mushroom), Sea Buckthorn Juice Powder, Beet Juice Powder, Hydrilla Powder, Horsetail Herb Powder, Moringa Leaf Powder, Mesquite Powder, Fulvic Minerals, Pomegranate Seed Powder), Natural Flavoring, Spices, Salt, L-Cysteine Hydrochloride, Onion Powder, Sugar, Onion Extract, Paprika Extract, Garlic Extract.

    Avec le nom et le design très mââââle.
    Et une belle perf avec deux niveaux de parenthèse pour décrire tout cette mélasse #industrielle

    #alimentation_cyborg #élevage #viande

  • GRAIN — La solution au #changement_climatique passe par nos #terres
    http://www.grain.org/article/entries/5104-la-solution-au-changement-climatique-passe-par-nos-terres

    Au niveau mondial, les petites #exploitations représentent 90 % du total des exploitations mais occupent moins d’un quart des terres agricoles. Cette situation n’est pas bonne pour le climat.

    Tout comme la #dépossession des #peuples_autochtones de leurs #territoires a ouvert la porte à une #extraction destructrice et non durable des #ressources, la dépossession des #paysans de leurs terres a jeté les bases d’un système alimentaire #industriel qui, parmi ses nombreux effets négatifs, est responsable de 44 à 57 % du total mondial des émissions de #gaz_à_effet_de_serre.

    L’#alimentation ne devrait pas contribuer d’une façon aussi disproportionnée au changement climatique. GRAIN estime qu’une #redistribution des terres dans le monde entier au profit des petits agriculteurs, combinée à des politiques destinées à soutenir les marchés locaux et à réduire l’utilisation des #produits_chimiques, peut permettre de réduire de moitié les émissions de #GES en quelques décennies et de limiter considérablement la #déforestation. En restaurant simplement la matière organique qui a été épuisée par des décennies d’agriculture industrielle, les petits agriculteurs peuvent remettre dans le sol un quart du #dioxyde_de_carbone actuellement en excès dans l’#atmosphère.

    Rendre les terres aux petits agriculteurs et aux communautés autochtones est aussi le moyen le plus efficace de relever les défis qui s’imposent pour nourrir une population mondiale croissante dans une ère de #chaos climatique. Les données mondiales disponibles montrent que les petits agriculteurs sont plus efficaces pour produire de la nourriture que les grandes plantations. Avec la petite proportion des terres qu’ils ont conservées, les petits agriculteurs et les communautés autochtones continuent à produire la plus grande partie de l’alimentation dans le monde : 80 % des denrées alimentaires dans les pays non industrialisés//en développement, selon la #FAO. Même au Brésil, un haut lieu de l’agriculture industrielle, les petites exploitations occupent un quart des terres agricoles mais produisent 87 % du manioc du pays, 69 % des haricots, 59 % de la viande de porc, 58 % du lait de vache, 50 % des poulets, 46 % du blé, 33,8 % du riz et 30 % des bovins.

    Il est possible de répondre à la fois à la nécessité de nourrir le monde et à celle de refroidir la planète. Mais cela sera impossible si les gouvernements réunis à Lima continuent d’ignorer et de réprimer par la #violence les luttes des paysans et des peuples #indigènes pour leurs terres.

    #extractivisme #climat

    • GRAIN — Souveraineté alimentaire : 5 étapes pour refroidir la planète et nourrir sa population
      http://www.grain.org/fr/article/entries/5101-souverainete-alimentaire-5-etapes-pour-refroidir-la-planete-et-nourrir-s

      5. Oublier les #fausses_solutions, se concentrer sur ce qui fonctionne. Il est de plus en plus largement reconnu que l’alimentation est au cœur du changement climatique. Les derniers rapports du #GIEC et les plus récents sommets internationaux ont reconnu que l’alimentation et l’agriculture sont les principaux facteurs d’émissions de GES et que le changement climatique pose d’énormes défis à notre capacité de nourrir une population mondiale croissante.

      Pourtant, aucune #volonté_politique n’est venue remettre en cause le #modèle dominant de la production alimentaire industrielle et de sa distribution. Au lieu de cela, les gouvernements et les grandes entreprises proposent un certain nombre de fausses solutions.

      Il y a par exemple la coquille vide de l’ « #Agriculture_intelligente face au climat », qui est pour l’essentiel un nouveau nom pour la #Révolution_verte. Il y a aussi de nouvelles technologies à risque, comme des cultures d’organismes génétiquement modifiés pour résister à la sécheresse ou des projets de géo-ingénierie à grande échelle. Il y a encore des objectifs sur la part des #biocarburants, qui entraînent un #accaparement des terres dans les pays du Sud. Et il y a enfin des marchés du carbone et des projets REDD +, qui permettent essentiellement aux pires émetteurs de GES d’éviter de réduire leurs émissions en transformant les forêts et les terres agricoles des paysans et des peuples indigènes en parcs de conservation et en plantations.

      Aucune de ces « solutions » ne peut fonctionner parce que toutes vont à l’encontre de la seule solution efficace : le passage d’un système alimentaire industriel mondialisé soumis au pouvoir des grandes sociétés à des systèmes alimentaires locaux aux mains de petits agriculteurs.

  • Condamnés en février 2012, et encore plus lourdement en appel un an plus tard pour « catastrophe sanitaire et environnementale permanente et intentionnelle », deux dirigeants du groupe mondial Eternit ont finalement été acquittés ce mercredi 19 novembre. La Cour de cassation a annulé la procédure, estimant qu’il y avait prescription depuis 1998, un motif rejeté durant le procès par les enquêteurs. Si ces derniers ont déjà lancé de nouvelles procédures, la victoire racontée par Patrick Herman en mars 2012 n’aura été que provisoire…

    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/03/HERMAN/47480

  • #Chine : le #ralentissement inquiète

    La #production #industrielle en Chine a ralenti en juillet, tandis que le volume des #prêts #bancaires s’effondrait sur fond de refroidissement de l’#immobilier.

    Quand il n’y a rien à dire, il y’en a encore ! Vous reprendrez bien un peu de sinistrose « Made in China », ça sert à rien mais cela semble faire toujours autant plaisir aux analystes économiques européens....tant que le Vieux Continent ne coule pas (encore), après tout...

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20140813trib000844312/chine-le-ralentissement-inquiete.html

    Revue de Presse Hebdomadaire sur la Chine du 11/08/2014

  • Nourriture industrielle... des ingrédients surprenants ! - France Info
    http://www.franceinfo.fr/consommation/tout-comprendre/nourriture-industrielle-des-ingredients-surprenants-1385475-2014-04-29

    Tout comprendre
    Nourriture industrielle... des ingrédients surprenants !
    le Mardi 29 Avril 2014 à 14:20

    Du sucre dans le saucisson. De la gélatine dans des yaourts aux fruits. Du colorant issu d’insectes dans les bonbons. Ce qu’on trouve dans les recettes industrielles a parfois de quoi fortement nous surprendre !......

    http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/imagecache/462_ressource/2014/04/29/1401693/images/ressource/DSCN4760.JPG

    #consommation
    #alimentation
    #consommateur
    #décryptage
    #étiquettes
    #industriels
    #produits
    #recettes
    #malbouffe

  • Anna Dumitriu, collectionneuse de bactéries
    http://www.poptronics.fr/Anna-Dumitriu-collectionneuse-de

    #Hacker les bactéries, retour sur le workshop de l’artiste chercheuse Anna Dumitriu, organisé par Décalab, en partenariat avec Leonardo/Olats et l’ESPGG, le 4/03/14, à #ParisTech ?. “BIO ART-BIO #DESIGN, enjeux #culturels et sociétaux de la biologie de synthèse”, journée d’études organisée par Décalab avec Leonardo/Olats, le 6/03 de 9h30 à 18h, amphithéâtre Langevin, à l’École supérieure de physique et chimie #industrielles ParisTech ?, gratuit sur inscription (pour des raisons […]

  • Olivetti factories - Usines Olivetti 1966-71 — Jean-Paul Margnac
    http://www.flickr.com/photos/jean-paul-margnac/sets/72157594418644080

    Travaillant à l’époque pour #Olivetti France, j’accompagnais régulièrement des visites de clients aux usines d’#Ivrea.

    D’un point de vue extérieur, le climat général, malgré les conditions évidentes de pénibilité du travail, offrait l’image d’un certain respect de l’ouvrier.

    On s’en gausse aujourd’hui mais le #paternalisme d’un Camillo Olivetti présentait, pour des salariés durement exploités et cyniquement méprisés dans le plupart des autres groupes #industriels, une avancée sociale intéressante.

    Cette série de photos s’étend sur les quatre années au cours desquelles la firme, au savoir-faire électro-mécanique remarquable, a tenté une improbable reconversion vers l’électronique. On passe ainsi, au fil des années, des ateliers de mécanique, bruyants, à la tenace odeur d’huile chaude, aux laboratoires feutrés des premières réalisations #électroniques.

    Le Programma 101 est le premier Desk Top Computer de l’histoire de l’informatique. Il est sorti des chaînes d’assemblage de l’usine d’Ivrea.

    On voit notamment sur quelques clichés l’élaboration des mémoires à magnéto-striction dont le constituant de base était une corde à piano de 10 mètres de long !

    #photographie #travail #informatique #technologie #1970

    http://www.flickr.com/photos/jean-paul-margnac/349334725/in/set-72157594418644080

    Flickr

    http://www.flickr.com/photos/jean-paul-margnac/363277938/in/set-72157594418644080

    Flickr

    (j’en ai déjà parlé ici http://seenthis.net/messages/67596#message67599 ; je reviens sans arrêt à cette série de photos, il y a tout là-dedans)

  • À Montreuil, un #fab_lab circulaire dans une « usine verticale »
    http://www.wedemain.fr/A-Montreuil-un-fablab-dedie-au-design-circulaire-dans-une-usine-verticale_a


    Réutiliser les nombreuses chutes issues de la production #industrielle pour concevoir et assembler de nouveaux objets. C’est le pari de l’« Ecodesign Lab » qui a ouvert ses portes à Montreuil, sur le toit de l’usine Mozinor.



    Plastique, bois ou plexiglas… Chaque année, pas moins de 3 000 tonnes de déchets sont générées par l’immense usine Mozinor à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. C’est pour valoriser cette grande quantité de chutes qu’un n […]

  • Nous sommes au bout du modèle fordiste, il faut passer à un modèle contributif
    http://www.withoutmodel.com/bernard-stiegler/nous-sommes-au-bout-du-modele-fordiste-il-faut-passer-a-un-modele-cont

    Actuellement, les éléments sont réunis pour que l’automatisation passe à un nouveau stade, seuls les coûts des robots limitent sa #progression. On peut penser que lorsque des acteurs comme Amazon annoncent s’y attaquer, l’écosystème #industriel va se #mobiliser pour produire les économies d’échelles qui rendront les robots moins coûteux que les hommes. Quand cela arrivera, le modèle fordiste sera #mort. Car sans emplois, pas de pouvoir d’achat et il n’y aura plus personne pour […]

  • Comment apprendre à apprendre ?
    http://www.internetactu.net/2014/01/21/comment-apprendre-a-apprendre

    François Taddéi (Wikipédia, @francoistaddei) est biologiste de formation. Il est le cofondateur du Centre de #recherche interdisciplinaire (CRI). Sur la scène des Entretiens du Nouveau Monde #industriel, ce promoteur de l’interdisciplinarité est venu évoquer son obsession : comment innover dans l’éducation, comment apprendre à apprendre…
    Quand Garry Kasparov a perdu contre Deep Blue, The Economist titrait “si votre métier ressemble aux échecs, il faut vous prépar […]