• #Fake_news : la faute à Protagoras
    https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/fake-news-la-faute-a-protagoras-803101.html

    Les « #infox » minent les démocraties. Propagées par les réseaux sociaux, l’une des sources de ces fausses informations repose sur l’idée que les idées sont relatives. Une conception philosophique héritée de la Grèce antique. Par Philippe Boyer, directeur de l’innovation à Covivio ().

    « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », jugeait Albert Camus. La commission d’enrichissement de la langue française se serait-elle inspirée de cette maxime pour traduire l’expression « fake news » par « infox » ? Forgé à partir des mots « information » et « intoxication », ce néologisme est désormais celui qui s’impose à toutes les autorités administratives. De manière quasi-concomitante, le Parlement a récemment adopté la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information, introduisant la possibilité d’engager une procédure judiciaire pour suspendre la diffusion d’une fausse information avant un scrutin national.

    Si les « fake news », notamment popularisées par Donald Trump en ciblant les médias, ont mobilisé les débats au cours des derniers mois, c’est que ce phénomène est suffisamment sérieux au point de constituer un danger pour les démocraties. A l’heure des réseaux sociaux, de l’immédiateté de l’information, l’enjeu n’est rien moins que de rebâtir un lien de confiance démocratique en luttant contre les tentatives de manipulations de l’opinion.

    Pourtant, ce phénomène des « infox » n’est pas propre à notre XXIe siècle baigné de nouvelles technologies. Dans les faits, il est possible de le faire remonter à chaque fois que de nouvelles technologies de diffusion de l’information ont été inventées. De façon quasi-systématique, les autorités décidant d’interdire ou de réglementer l’usage de ces nouveaux outils, car considérés comme de potentielles sources de déstabilisation. Les débuts mouvementés de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, tantôt favorisée puis interdits par l’Église et par certains rois, attestent que le pouvoir s’est toujours méfié de ces innovations pouvant devenir des armes de propagande. Du Moyen Âge (l’Église empêchant la publication d’ouvrages hérétiques et de traductions des Saintes Écritures en langue vernaculaire) en passant par la Renaissance (l’Église empêchant l’impression de « mauvais livres » dont le Nouveau Testament traduit par Luther en 1521), les mêmes questions surgissaient : comment s’assurer de la maîtrise des nouveaux outils de communication pour faire prévaloir la « vérité » ?

    La situation que nous vivons actuellement, marquée par cette lutte entre vérités et mensonges n’a rien de nouveau. De façon identique elle a déjà été vécue dans un passé lointain. C’est en Grèce, quatre siècles avant notre ère, qu’une crise est apparue lorsque les sophistes, ces experts du langage, Protagoras en tête, démontrèrent que la parole ne « décrit jamais les choses telles qu’elles sont, mais seulement telles qu’on les perçoit » précise le philosophe François-Xavier Bellamy. Outre que cette affirmation fit voler en éclats la pensée grecque fondée sur la vérité du logos et dans sa capacité à dire les choses vraies, il s’en suivit que la théorie des sophistes amena le relativisme absolu des idées et des opinions : du fait que chacun devient la seule mesure possible de la pertinence de son discours, la vérité absolue n’est donc pas atteignable puisque tout change sans cesse sous le coup de nos perceptions ; celles-ci alimentant nos opinions personnelles.

    Ce relativisme introduit par les sophistes, fondé sur l’idée que « l’Homme est la mesure de toutes choses de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas  », est au cœur des « fake news ». Abreuvés d’un flot incessant de nouvelles sans hiérarchie les unes par rapport aux autres, les réseaux sociaux regorgent d’idées de toutes natures qui sont, pour ceux qui les expriment, leurs propres vérités par ailleurs instantanément partagées avec d’innombrables communautés. Il s’ensuit de cette situation d’hyper-communication et de relativisme absolu qu’il n’est presque plus possible de communiquer du fait que quand on peut tout dire, on ne dit plus rien. C’est quand toutes les idées se valent, qu’il devient presque impossible de mettre en commun ses idées, c’est quand toutes les paroles sont des « vérités », qu’il devient difficile de trier le vrai du faux.

    Bien sûr, Protagoras était à mille lieues de se douter que cette crise du logos qu’il avait engendré atteindrait un tel paroxysme avec l’usage immodéré de la parole servant en cela à propager des contre-vérités. En tout bon philosophe qu’il était, nul doute qu’il se serait rangé aux côtés de ceux qui tentent de rétablir les vérités, tout du moins luttent contre les mensonges, ces tiers de confiance investis dans la lutte contre les « infox » - citoyens, journalistes, législateurs … - et dont nous avons tant besoin pour rétablir l’éthique et la sincérité du débat public.

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    () Philippe Boyer est directeur de l’innovation à Covivio (le nouveau nom de Foncière des régions).


  • Fake news, mode d’emploi – L’image sociale
    http://imagesociale.fr/6756

    par André Gunthert

    Le cas résume les ingrédients de la recette des fake news. Loin de l’affolement suscité par les deepfakes, technologie sophistiquée d’altération vidéo, la plupart les images détournées reprennent une source documentaire, et se bornent à en modifier la contextualisation. On a ici affaire à une falsification à peine plus élaborée, mais qui revient de façon similaire à retirer de l’information plutôt qu’à altérer l’image. Confronter la version détournée à l’original suffit à rétablir les faits.

    La ressource la plus puissante de la manipulation est en réalité le contexte de réception. Si vous vous attendez à ce que les gilets jaunes se comportent comme de dangereux agitateurs d’extrême-droite, vous allez forcément lire un bras levé comme un salut nazi. Le piège généralement grossier des fakes news ne fonctionne que parce que le détournement va à la rencontre des préjugés des récepteurs.

    #Infox #Fake_news


  • The three types of WhatsApp users getting Brazil’s Jair Bolsonaro elected | World news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/world/2018/oct/25/brazil-president-jair-bolsonaro-whatsapp-fake-news

    If the Brexit vote and Donald Trump’s charge to the White House were jet-propelled by Facebook, the rise of Brazil’s likely next president, the far-right firebrand Jair Bolsonaro, owes much to WhatsApp.

    The Facebook-owned messaging app is wildly popular in Brazil, with about 120 million active users, and has proved to be the ideal tool for mobilizing political support – but also for spreading fake news.

    To understand the motivations, hopes and fears of Bolsonaro’s tens of millions of supporters I joined four pro-Bolsonaro WhatsApp groups.

    After four months of receiving an average of 1,000 messages per group, per day, this is what I found:

    There are three key clusters of members, who I classified as Ordinary Brazilians, Bolsominions, and Influencers.

    They use sophisticated image and video editing software to create convincing and emotionally engaging digital content. They are smart and know how to manipulate content into memes and short texts that go viral.

    They work fast to undermine any person or news outlet that criticizes Bolsonaro. For example, after the French far-right leader Marine Le Pen’s described some of Bolsonaro’s comments as “extremely unpleasant”, the Influencers quickly published a meme accusing her of being a communist.

    Some of the fake news stories are simply astonishing. A group of “movers and shakers” created a bogus flyer claim that Bolsonaro’s leftist rival Fernando Haddad, planned to sign an executive order allowing men to have sex with 12-year-olds.

    During the first round of votes they repeatedly circulated fake videos that showed malfunctioning electronic voting machines in order to reinforce the idea that the elections were rigged.

    These three groups have different roles, but they have a lot in common: they share a total disbelief in Brazil’s representative democracy and have concluded that the system only serves those at the top.

    Despite their support for the idea of military intervention, they don’t want a new dictatorship, arguing instead that Brazil needs someone to end the corruption that has benefited politicians of both the left and the right – and devastated the country’s economy.

    #Whatsapp #Brésil #Infox


  • Opinion | Will Deep-Fake Technology Destroy Democracy? - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2018/10/17/opinion/deep-fake-technology-democracy.html

    Both images are the result of digital manipulation, and what, in its most ominous form, is called deep fakes: technology that makes it possible to show people saying things they never said, doing things they never did.

    This technology has great potential both as art and snark: One set of deep fakes has cleverly inserted Nicolas Cage into a half-dozen movies he wasn’t involved with, including “Raiders of the Lost Ark.” You can watch that and decide for yourself whether Mr. Cage or Harrison Ford makes for the best Indiana Jones.

    But, as always, the same technology that contains the opportunity for good also provides an opening for its opposite. As a result, we find ourselves on the cusp of a new world — one in which it will be impossible, literally, to tell what is real from what is invented.

    But deep-fake technology takes deception a step further, exploiting our natural inclination to engage with things that make us angriest. As Jonathan Swift said: “The greatest liar hath his believers: and it often happens, that if a lie be believed only for an hour, it hath done its work, and there is no further occasion for it.”

    Consider the image of Emma Gonzalez, a survivor of the Parkland High School shooting in February who has become a vocal activist. A manipulated photo of her tearing up the Constitution went viral on Twitter among gun-rights supporters and members of the alt-right. The image had been digitally altered from another photo appearing in Teen Vogue. That publication’s editor lamented: “The fact that we even have to clarify this is proof of how democracy continues to be fractured by people who manipulate and fabricate the truth.”

    That fake was exposed — but did it really make a difference to the people who wanted to inhabit their own paranoid universe? How many people still believe, all evidence to the contrary, that Barack Obama is a Muslim, or that he was born in Kenya?

    Now imagine the effect of deep fakes on a close election. Let’s say video is posted of Beto O’Rourke, a Democrat running for Senate in Texas, swearing that he wants to take away every last gun in Texas, or of Senator Susan Collins of Maine saying she’s changed her mind on Brett Kavanaugh. Before the fraud can be properly refuted, the polls open. The chaos that might ensue — well, let’s just say it’s everything Vladimir Putin ever dreamed of.

    There’s more: The “liar’s dividend” will now apply even to people, like Mr. Trump, who actually did say something terrible. In the era of deep fakes, it will be simple enough for a guilty party simply to deny reality. Mr. Trump, in fact, has claimed that the infamous recording of him suggesting grabbing women by their nether parts is not really him. This, after apologizing for it.

    #Infox #Fake_news #Manipulation_images


  • « Fake news » se dira « infox » en français
    https://lemonde.fr/pixels/article/2018/10/04/la-traduction-officielle-de-fake-news-sera-infox_5364490_4408996.html

    Comment traduire l’expression chère à Donald Trump ? La commission d’enrichissement de la langue française a finalement tranché, après plusieurs mois, pour traduire « fake news » par le terme « information fallacieuse » ou par le néologisme « infox », forgé à partir des mots « information » et « intoxication ». Des traductions qui vont s’imposer à toutes les autorités administratives.

    Le terme est défini comme une information « mensongère ou délibérément biaisée », servant par exemple « à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou à contrer une vérité scientifique établie », précise le Journal officiel, jeudi 4 octobre.

    Chargée de franciser certains termes avec des experts et des représentants de l’Académie française, la commission « se réjouit de soutenir la création d’un néologisme susceptible de plaire au grand public », selon des documents préparatoires auxquels le site français consacré aux nouvelles technologies Next INpact a eu accès.

    « Infox » avait été suggéré dans la boîte à idées de FranceTerme le 25 janvier 2017. Il a été préféré aux traductions alternatives comme « craque, fallace, infaux, infausse, intox ».

    #Fake_news #Infox