• The mirage of AI deregulation | Science
    https://www.science.org/doi/10.1126/science.aee4900
    https://www.science.org/pb-assets/images/logos/Science-1626713665517.png

    Un article passionnant sur les formes ouvertes (loi = débat) et cachées (depuis la prise de part dans les entreprises - réflexion typique des US - jusqu’à l’expression de discours qui rendent possible certaines choses et pas d’autres) sur ce qu’est réellement la régulation, notamment dans le domaine de l’innovation.

    To speak of regulation is to conjure a particular image: the federal agency, the notice-and-comment process, the rule published in the Federal Register. This is regulation as visible, formal, legible—and therefore open to dispute and debate. But governance does not vanish when it stops looking like this. Decades of social science research make clear that the steering of policy occurs through mechanisms far more varied than formal rulemaking. Much of the classic work on regulation focused on how interests contest rules once they are on the books. Economist and Nobel laureate George Stigler showed that regulation serves concentrated interests, but his analysis still presumed the formal rule as the site of struggle. Other strands of scholarship have shown that regulatory power often operates earlier and through the shaping—and breaking—of shared expectations about what kinds of governance are legitimate or even imaginable. Political scientists Martha Finnemore and Kathryn Sikkink identified one such mechanism: norm entrepreneurship, the work of establishing collective understandings about appropriate behavior that shape what is possible before any rule is written.

    All administrations engage in norm-setting; this is an ordinary feature of governance. What distinguishes the current approach is not norm entrepreneurship itself but its character: a greater reliance on executive discretion than on deliberative, public processes.

    The Trump administration is engaged in norm destruction—breaking expectations about transparent governance and public oversight while installing new assumptions about how technological development should be directed. What it has advanced is not the absence of AI regulation but its rearrangement, often by caprice: intensive state intervention operating through industrial policy, trade restrictions, immigration controls, equity stakes in private firms (selected by the state), the redirection of research funding, and the strategic preemption of state authority. Many of these actions face legal challenge, and some may not survive judicial review. But the pattern itself—the systematic preference for executive discretion over deliberative process—reveals an approach to governance that will shape AI policy regardless of how individual cases are decided. This is not deregulation. Not in the least. It is hyper-regulation by other means.
    When Michael Kratsios, the White House science and technology advisor, traveled to Montreal in December 2025 to address G7 technology ministers, he was not merely lobbying against specific rules. He was working to establish as common sense the proposition that government oversight represents an obstacle to innovation rather than a precondition for it. The “trusted AI ecosystem” he advocated—built on “smart, sector-specific regulations tailored to each nation’s priorities”—is itself a normative framework, one that privileges certain values (a narrow idea of innovation, national competitiveness) while marginalizing others (innovation broadly understood to include social and economic benefits, precaution, public accountability, the rights of those affected by AI systems). The Trump administration is not withdrawing from AI regulation; it is attempting to set the terms on which AI governance will be understood globally.

    Regulation is not just a matter of abstract procedures and frameworks. Governance is always governance of someone. When a graduate student loses funding for scholarship on algorithmic bias, that is not an abstraction—it is AI policy in practice. When a machine learning researcher cannot obtain a visa to return to her lab, that is AI regulation at work. And when a rare earth miner’s labor unfolds within constraints set by trade policy, ownership arrangements, and government-defined priorities, governance is operating through material conditions rather than formal rules.
    When decisions about the technologies that will shape our work, our health, our capacity to know and to communicate are made without public justification, outside ordinary channels of accountability, we are not governing ourselves. We too are being governed. The mirage of AI deregulation obscures this truth. Power has not retreated. It has moved—and democratic accountability requires following it there. Seeing clearly is where that work begins.

    #Innovation #IA #Régulation

  • #Duralex : et si les citoyens sauvaient nos usines ?

    En 2025, l’entreprise iconique française a réussi à récolter 20 millions d’euros auprès de 13 467 investisseurs intéressés par « moderniser son outil industriel et rayonner à l’international ». Que dit cet engouement pour soutenir cette société coopérative de production (#SCOP) via une campagne de #crowdfunding ?

    Le 3 novembre dernier, la France se réveille avec une nouvelle inattendue : une campagne de crowdfunding est lancée par Duralex. Cette levée de fonds dépasse toutes les attentes. Alors que l’objectif initial était de 5 millions d’euros, en 48 heures 20 millions d’euros d’intentions sont récoltés.

    La campagne, visait une levée destinée à moderniser l’usine et développer de nouveaux produits. En quarante-huit heures, les intentions d’investissement atteignent près de quatre fois l’objectif, portées par plus de vingt mille personnes et un ticket moyen avoisinant neuf cents euros. Devant cet afflux inédit, la société #coopérative de production (SCOP) a dû plafonner les participations pour permettre au plus grand nombre de contribuer. Il s’agit d’un véritable raz-de-marée citoyen.

    Comment une entreprise en crise, reprise par ses salariés, a-t-elle réussi à fédérer des dizaines de milliers de citoyens ? Que révèle cet engouement sur notre rapport à l’#industrie, au territoire et à l’économie locale ? Alors que les délocalisations et fermetures d’usines rythment régulièrement l’actualité, Duralex démontre qu’une voie #alternative est possible.

    Si nous avons étudié la transformation de la société Duralex et son passage au statut de société coopérative de production (SCOP), nous décryptons ici les enseignements de cette levée de fonds historique.

    Quel est ton âge ?

    L’effet made in France joue à plein. Soutenir Duralex, c’est défendre une production locale et un secteur emblématique du verre. À cela s’ajoute la transparence de l’entreprise, qui communique en temps réel sur l’utilisation des fonds – qu’il s’agisse de la modernisation des fours, de l’innovation ou de la formation.

    L’#émotion fait le reste. Sauver Duralex, c’est sauver une part de notre patrimoine industriel. Il y a beaucoup d’affects avec cette marque qui a marqué des générations d’enfants. « Quel est ton âge ? » était le jeu préféré dans les cantines grâce aux verres Duralex.

    Peu de campagnes industrielles ont atteint de tels montants ; Duralex rejoint le cercle très restreint des réussites comparables à celles de certaines SCOP comme le spécialiste de la laine Bergère de France il y a un an.

    Cette #mobilisation est révélatrice de la volonté d’adhérer à un projet commun, presque un rêve partagé. Les consommateurs ne se contentent plus d’acheter : ils investissent dans des projets porteurs de sens et se projettent dans l’image renvoyée par Duralex. En témoignent les chiffres du crowdfunding en France.

    La défiance envers les grands groupes, alimentée par les délocalisations et les scandales industriels, renforce la volonté de soutenir des alternatives. L’attachement au #territoire joue également un rôle déterminant. Les Français aspirent à des entreprises ancrées, transparentes et dotées d’une histoire à laquelle ils peuvent s’identifier.

    D’après une étude (Ipsos), 54 % des Français, soit environ 26 millions de personnes, déclarent avoir un lien de proximité avec l’industrie. Ce chiffre illustre l’ancrage fort de ce secteur dans le quotidien des citoyens, qu’il s’agisse de relations familiales ou sociales.

    Comme nous l’avions souligné dans notre étude de cas sur Duralex, la légitimité des dirigeants n’est plus conférée par un organigramme. Elle s’est construite collectivement à travers la confiance, la transparence et la capacité à embarquer les équipes dans un projet commun qui est presque devenu un projet sociétal au sens large.

    Les salariés, désormais actionnaires majoritaires, deviennent des parties prenantes actives de la #gouvernance.

    Concurrence chinoise, gouvernance et facture énergétique

    Les défis restent nombreux. L’argent ne suffira pas à garantir la réussite. La concurrence chinoise continue de peser, avec des coûts de production plus bas. Les prix à la production en Chine ont baissé de 2,2 % en glissement annuel en novembre 2025.

    La facture énergétique demeure une vulnérabilité majeure, malgré les efforts réalisés pour la maîtriser.

    La gouvernance représente également un enjeu. Gérer une SCOP de 228 actionnaires est un exercice quotidien d’équilibre et de dialogue. Le principe de la SCOP « un homme, une voix » nécessite un dialogue social réinventé et un mode de gestion collaboratif.

    Les fonds permettront certes de lancer une nouvelle gamme de #verres écoconçus, mais le véritable test sera de convaincre les distributeurs d’accorder une place en rayon à ces produits face au low-cost asiatique. Un pas a déjà été fait en ce sens avec des actions marketing : diversification de la gamme, vente en ligne, corner au bon marché rive gauche… L’entreprise a très vite compris les défis imposés par une #concurrence acerbe.

    L’industrie de demain

    Duralex s’impose comme un laboratoire potentiel de l’#industrie_de_demain.

    Son modèle associant SCOP et crowdfunding pourrait inspirer d’autres PME dotées d’un fort #capital_sympathie. Pour les pouvoirs publics, l’expérience souligne l’importance de faciliter les reprises en SCOP, notamment en simplifiant les démarches et en proposant des formations.

    Le statut de SCOP implique que les salariés investissent dans l’entreprise, ce qui fait peser le risque entrepreneurial sur leurs épaules. Cela peut mettre en péril un bassin d’emploi, des familles… Autre point et non des moindres, les salariés n’ont pas nécessairement la formation ou les compétences nécessaires pour affronter le monde des affaires.

    Pour les consommateurs, elle rappelle que le #made_in_France a un coût, mais qu’il crée de la valeur locale en préservant des #emplois et des #savoir-faire. La capacité à réformer son #modèle_commercial (vente en ligne, magasin..) A permis de séduire de nouveaux marchés.

    Duralex montre que l’industrie française peut rebondir grâce à l’#innovation, la #transparence et l’#intelligence_collective. Reste à savoir si ce modèle est transposable à d’autres secteurs. Une certitude : les citoyens se disent prêts à jouer leur rôle.

    Bien que l’entreprise #Brandt ait proposé comme alternative à la liquidation, le passage en SCOP et malgré l’aval du gouvernement pour ce statut salvateur, le tribunal de Nanterre a malheureusement préféré sceller le destin du groupe le 11 décembre dernier. Peut-être, demain d’autres usines en difficulté pourront-elles suivre la voie de Duralex qui a déjà prouvé qu’un pari fou pouvait inspirer tout un pays.

    https://theconversation.com/duralex-et-si-les-citoyens-sauvaient-nos-usines-270379

  • Traversées illégales : des #filets pour intercepter les canots de migrants dans la #Manche

    Selon Le Monde, les autorités françaises vont expérimenter un nouveau #dispositif pour empêcher les départs de canots de migrants dans la Manche : déployer des filets dans l’eau pour neutraliser les hélices des moteurs des embarcations. Le ministère de l’Intérieur n’a pas confirmé ces informations.

    Selon des informations divulguées mercredi 19 novembre par le journal Le Monde et Lighthouse reports (un organisme de journalisme collaboratif), les forces de l’ordre françaises s’apprêtent à expérimenter un nouveau dispositif pour stopper les embarcations illégales de migrants qui tentent de traverser la Manche. Comment ? En déployant dans l’eau des filets pouvant « neutraliser » les hélices des moteurs des « #small_boats » et ainsi les stopper.

    « La manœuvre sera hyper difficile », reconnaît une source policière interrogée par Le Monde. Le risque majeur sera celui d’une collision entre le canot de migrants et le bateau intercepteur qui déploie le filet - en amont de l’embarcation. La manœuvre existe déjà pour lutter contre les navires de narcotrafic.

    Une confusion des genres qui inquiète Amnesty International. « Le recours à des tactiques conçues pour arrêter les navires de contrebande de drogue à grande vitesse contre des canots pneumatiques surchargés et instables remplis de personnes en quête de protection est une approche intrinsèquement imprudente et dangereuse », dénonce l’ONG dans un communiqué publié mercredi.

    Le sujet des interceptions dans la Manche n’est pas nouveau. Cet été, les autorités envisageaient déjà d’entrer dans l’eau pour stopper les embarcations. Mais elles se heurtaient au #droit_de_la mer qui interdit à la police française d’intervenir dans l’eau, sauf pour mener des opérations de secours. En effet, les autorités sont pas supposées intervenir en mer afin d’éviter les mouvements de paniques et les noyades. Au mois de juin, le Comité interministériel de contrôle de l’immigration (CiCI) avait ainsi mandaté le secrétariat général de la mer (SGMer), qui coordonne l’action de l’État en mer, pour formuler une proposition visant à faire évoluer cette doctrine.

    C’est donc chose faite, selon Le Monde. Le ministère de l’Intérieur n’a ni confirmé ni infirmé cette nouvelle procédure. Contactée par InfoMigrants, la Police aux frontières (PAF) dans le nord de la France a déclaré ce jeudi ne « pas être au courant » de ces nouvelles mesures d’interception.

    « Ne jamais mettre en péril la vie des migrants »

    Interrogé par InfoMigrants en décembre 2023, le procureur de la République de Saint-Omer avait émis des réserves au sujet des #interceptions_maritimes. « Le préfet a donné des consignes extrêmement claires aux forces de l’ordre sur le fait de ne jamais mettre en péril la vie des migrants », avait-il dit.

    Selon Amnesty International, le #risque létal est pourtant bien présent. « Répondre [aux traversées illégales] par des tactiques qui pourraient tuer [les migrants] n’est pas un contrôle des frontières, c’est une violation des obligations fondamentales découlant du droit humain à la vie », s’indigne le directeur du programme juridique d’Amnesty International au Royaume Uni, Tom Southerden, cité dans le communiqué.

    Pour les associations de terrain présentes sur le littoral nord, cette procédure est « indigne ». « La France ne sait plus quoi inventer pour tenter de faire cesser les traversées de la Manche à la frontière franco-britannique, au risque de mettre encore plus en #danger les personnes », a notamment réagi Utopia 56.

    Le grand chaos des départs en mer

    Intervenir dans l’eau - bien que le droit de la mer l’interdise, donc - ne serait pas inédit. Vendredi 4 juillet, la chaîne de télévision britannique BBC avait diffusé une vidéo tournée sur une plage française, près de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), montrant des gendarmes français intervenir pour empêcher un canot de migrants, déjà dans l’eau, de traverser la Manche. Sur les images, des forces de l’ordre, observant la scène stationnées sur le sable, enlèvent leur gilet par balle et leur ceinture, et accourent vers le canot, un cutter dans les mains. Les gendarmes lacèrent le bateau pour le mettre hors d’état de naviguer et ordonnent aux exilés de regagner la plage.

    Déjà plus de 20 migrants sont morts cette année en tenant de rejoindre l’Angleterre. Les départs de canots surchargés depuis les plages se déroulent dans un grand chaos car les migrants craignent d’être interceptés. Cela donne lieu à des bousculades parfois mortelles lorsque des personnes chutent dans l’eau, ne peuvent pas se relever ou ne savent pas nager.

    « Dans la précipitation et la peur de se faire repérer par les forces de l’ordre, les migrants ne prennent plus le temps de correctement gonfler les pneumatiques que certains passeurs fournissent », expliquait aussi à InfoMigrants un membre d’Utopia 56 l’année dernière. « Par exemple, on constate que des migrants n’installent plus le sol rigide au fond des bateaux, or ce sol permet de maintenir le canot à flot. Sans, le bateau s’affaisse rapidement, il prend l’eau… On voit de plus en plus de personnes rentrer à la nage sur les plages ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/68256/traversees-illegales--des-filets-pour-intercepter-les-canots-de-migran
    #UK #Angleterre #France
    #migrations #réfugiés #frontières #innovation #technologie #mise_en_danger

  • Le Désir de nouveautés - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-Desir-de-nouveautes

    La philosophe Jeanne Guien, engagée dans des mouvements écologistes et critiques du consumérisme, prend de nouveau au sérieux, après Le Consumérisme à travers ses objets et Une histoire des produits menstruels (tous deux publiés aux éditions Divergence), l’histoire des objets. Cette fois elle analyse la néophilie, ou culte de la nouveauté, appliquée aux objets et qui justifie leur production à grands coûts écologiques et humains. L’ouvrage est composé de cinq chapitres : le premier sur la circulation et la production de marchandises coloniales, le deuxième sur l’innovation technique, le troisième sur la mode vestimentaire, le quatrième sur l’invention du consumérisme et le dernier enfin sur les produits jetables. Dans chacun d’eux, la philosophe se fait historienne pour tenter de comprendre comment la nouveauté s’est imposée au monde. Je retiens de ces chapitres thématiques plusieurs idées.

    […]

    Guien montre la capacité de l’industrie à modifier notre environnement (matériel ou psychique) pour nous vendre du nouveau. Elle donne l’exemple de produits perçus comme « pratiques » et dont la production répondrait à une demande préexistante. Leur adoption est pourtant loin d’être garantie. L’industrie travaille alors à créer le contexte dans lequel cet objet pourrait être considéré comme pratique. Dans le cas des produits jetables : « Un produit jetable n’est "pratique" que là où il existe des structures et des modèles organisationnels permettant de jeter facilement à tout moment. » Des poubelles, par exemple, un système de collecte et de traitement des déchets… Sans ça, il est plus « pratique » d’entretenir les objets, de les laver, réutiliser, réparer, etc.

    […]

    La volonté de faire consommer plus pour assurer des débouchés à la surproduction industrielle s’est accomplie aux dépens d’un autre modèle de société où chacun·e pourrait travailler moins et garder du temps pour ses autres activités (politiques, de care, de subsistance, etc.). Elle a servi des intérêts particuliers à une époque où les ressources naturelles pouvaient être présentées comme illimitées : « Je ne vois pas du tout pourquoi des matériaux qui sont remplaçables à l’infini ne pourraient pas être "gaspillés" de manière créative », dit ainsi la publicitaire Christine Frederick dans les années 1930. Outre que les nuisances environnementales de l’industrie ont été combattues de longue date (voir L’Apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz) et n’ont pas été découvertes dans les années 1970, les impacts sociaux étaient encore moins mystérieux et on ne pouvait alors que feindre d’ignorer la souffrance des classes laborieuses qui produisaient ces objets, quand bien mêmes elles étaient éloignées et altérisées par le mépris de classe ou par le fait colonial.

    #Jeanne_Guien #recension #livre #Aude_Vidal #nouveauté #innovation #critique_techno #anti-industriel #capitalisme

  • « En Europe, les coûts de restructuration étouffent l’investissement dans l’innovation de rupture, là où l’échec est fréquent »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/27/en-europe-les-couts-de-restructuration-etouffent-l-investissement-dans-l-inn

    Pour réveiller l’innovation en Europe, il faut supprimer le coût de l’échec [ce qui reviendrait à faire payer moins cher leur échec aux RSAstes, cassos, etc., et sans perte d’emplois !, si j’ai bien compris, ndc], plaide, dans une tribune au « Monde », l’entrepreneur Olivier Coste, qui pointe les effets pernicieux de la protection trop forte de l’#emploi pour les #hauts_revenus.

    Pourquoi n’y a-t-il pas de Google européen ou de Steve Jobs français ? Parce qu’en Europe, l’échec coûte trop cher. Nos recherches montrent que le retard européen en innovation s’explique d’abord par un facteur rarement évoqué : le coût de l’échec. Nous proposons des #réformes déjà mises en œuvre avec succès en Suisse et au Danemark, pleinement compatibles avec notre modèle social européen et sans coût pour les finances publiques.

    Lorsqu’un investissement innovant échoue ou qu’un marché s’effondre, les entreprises doivent licencier les équipes concernées. Apple a licencié 600 ingénieurs lors de l’arrêt du projet de voiture autonome. Devant le succès de ChatGPT, Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) a arrêté de nombreux projets, tels que le métavers, et supprimé 25 % de ses effectifs en six mois pour embaucher dans l’intelligence artificielle (IA). Mais ces #licenciements engendrent un coût de l’échec qui varie fortement d’un pays à l’autre.

    Le coût de l’échec correspond aux « coûts de #restructuration », c’est-à-dire à l’ensemble des dépenses que les #entreprises doivent supporter lorsqu’elles réduisent leurs effectifs, en raison de la protection de l’emploi chez les hauts revenus. Ils englobent les pertes d’exploitation liées aux longues procédures sociales, les #indemnités_de_licenciement, les #préretraites, les formations ou encore les mesures de réindustrialisation.

    Ecart de flexibilité

    En étudiant les rapports financiers de plus de 250 entreprises, nous montrons que les coûts de restructuration représentent près de trois ans de #salaire en Allemagne ou en France, contre quelques mois seulement au Danemark, en Suisse ou aux Etats-Unis. Orange a licencié 650 personnes en 2023, pour un coût total de 48 mois de salaire. Chez Vallourec, 38 mois. Moins de deux mois chez UBS à Zurich et chez Novo Nordisk à Copenhague, cinq mois chez Boeing.

    Cet écart de #flexibilité se reflète dans la manière dont les grandes entreprises américaines de la tech innovent. Là-bas, le taux d’échec des projets innovants est de l’ordre de 80 %, mais c’est ainsi que ces entreprises prennent des risques et créent l’iPhone, le cloud, le véhicule autonome ou l’IA. Le PDG d’Amazon demandait à ses équipes d’« augmenter la taille de [leurs] échecs ». Pour cela, il faut embaucher et licencier constamment. Le PDG de Microsoft décrit même la dernière vague de 15 000 licenciements comme « l’énigme du succès », tout en annonçant 15 % de croissance.

    En Europe, les coûts de restructuration étouffent l’investissement dans l’innovation de rupture, là où la prise de risque est importante et où l’échec est fréquent. Si une entreprise lance dix projets à 100 millions d’euros, sachant qu’en moyenne seuls deux réussiront, elle doit anticiper les coûts de restructuration des huit autres. Aux Etats Unis, en Suisse ou au Danemark, les profits des deux succès compensent largement les échecs. En revanche, quand licencier coûte trois ans de salaire en Allemagne ou en France, l’entreprise perd de l’argent même en cas de succès. L’innovation de rupture y est impossible.

    Cet impact se mesure clairement. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, où les coûts de restructuration avoisinent deux à trois années de salaire, les entreprises n’investissent qu’environ 0,5 % du PIB dans la tech et la biotech. En Suisse et au Danemark, où ces coûts ne représentent que trois mois de salaire, les investissements atteignent 2,9 % et 1,8 % du PIB – davantage qu’aux Etats-Unis (1,6 %) et quatre fois plus qu’en France. A l’inverse, en Italie et en Espagne, où les coûts dépassent quatre années de salaire, l’#investissement en tech et biotech tombe à 0,1 % du PIB.

    Le lien est évident : plus le coût de l’échec est élevé, moins on investit dans les secteurs prometteurs et risqués, car l’innovation y devient tout simplement non rentable.

    Le risque de l’inaction

    Nos travaux indiquent qu’une adaptation ciblée de la protection de l’emploi pour les hauts revenus pourrait restaurer la rentabilité de l’innovation de rupture. La population ciblée serait les 10 % de salariés les mieux rémunérés, au-dessus de 5 000 euros par mois en France. Le Danemark a montré la voie en instaurant la « flexisécurité » dès 1995 : en cinq ans, l’investissement privé en recherche et développement a doublé. La flexisécurité combine flexibilité du licenciement et sécurité pour les personnes licenciées. Il s’agirait de l’introduire pour les salariés les plus qualifiés, sans rien changer pour 90 % de la population. Evidemment, c’est difficile, mais c’est réalisable en prenant le temps d’expliquer et de convaincre. Ouvrir le débat serait précieux.

    Le risque social de l’inaction est énorme : évitant les fortes prises de risque depuis cinquante ans, les entreprises européennes se sont confinées dans les industries du XXe siècle : #automobile, aéronautique, chimie. Mais les voitures de demain seront des ordinateurs conçus à San Francisco ou à Shenzhen pilotant des moteurs électriques construits en Chine par des robots. Les suppressions d’emplois dans l’automobile européenne pourraient se compter en centaines de milliers. C’est aussi prévisible que les crises de la sidérurgie ou du textile dans les années 1980. Or aucune #industrie_innovante ne vient remplacer ces emplois en France ni en Allemagne.

    Les pays européens dotés de flexisécurité investissent, innovent et créent de la richesse collective. Les salaires y sont jusqu’à deux fois plus élevés qu’en France. Ils assurent aussi une plus grande justice sociale : le smic est à 4 300 euros par mois à Genève ; les inégalités sont plus faibles au Danemark qu’en France. Ces réformes sont compatibles avec notre modèle social.

    Appliquées en France, nos estimations suggèrent que ces réformes pourraient générer à terme 300 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires par an. De quoi financer nos retraites, notre éducation, notre santé et notre défense. Enfin, elles mettraient fin à notre #dépendance_technologique aux Etats-Unis et à cet appauvrissement collectif qui nourrit les extrêmes. Une Europe riche, souveraine et sociale est possible.

    Olivier Coste est président du Fonds pour l’étude économique de l’#innovation_de_rupture et ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon.

    • Oui, à un détail près : il dit ne cibler exclusivement que les salaires supérieurs à 5000 balles, ce en quoi la mesure est salubre, pour peu que l’on soutienne la flexibilité dont se revendique ce discours. Oui, 5000 balles constituent un plafond de revenu mensuel acceptable et un maxima nécessaire à une éducation à l’écologie qui fait actuellement tragiquement défaut (bien sûr cela demanderait des adaptations, fiscales en particulier), c’est d’ailleurs une condition pour qu’étant tous des porteurs potentiels d’innovation placés dans la situation d’entrepreneurs de nous-mêmes le risque encouru du simple fait de vivre sous le capitalisme fasse l’objet d’un investissement réel c’est-à-dire d’une rétribution généralisée individuelle et sans condition à hauteur du SMIC mensuel.

      #flexisécurité

  • #Philippe_Aghion, inspirateur néolibéral de Macron, reçoit le « #Nobel » d’#économie

    L’économiste vient de recevoir l’un des prix les plus prestigieux décernés dans sa discipline. Pourfendeur de la taxe Zucman, il a été un mentor de la politique néolibérale d’Emmanuel Macron menée au nom de l’innovation. Un échec.
    L’économiste français Philippe Aghion, professeur au Collège de France, vient de recevoir, aux côtés de deux de ses pairs états-uniens, Joel Mokyr et Peter Howitt, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, « pour avoir expliqué la #croissance_économique tirée par l’#innovation ». Un sacré coup de projecteur sur leurs œuvres respectives.

    Philippe Aghion et Peter Howitt ont notamment été récompensés pour leurs travaux sur le concept de « #destruction_créatrice » développé par l’économiste autrichien #Joseph_Schumpeter ( 1883-1950 ), qui dit en somme que les nouvelles entreprises innovantes sont amenées à remplacer les rentes des plus anciennes.

    Philippe Aghion et #Peter_Howitt avaient écrit ensemble un article sur ce thème au début des années 1990. Le comité Nobel a précisé qu’il récompensait les économistes pour avoir expliqué que « lorsqu’un produit nouveau et meilleur arrive sur le marché, les entreprises qui vendent les produits plus anciens sont perdantes ».

    À peine son prix était publiquement annoncé que les félicitations à l’endroit de Philippe Aghion ont plu jusqu’en haut lieu. « Bravo à Philippe Aghion, prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Par sa vision de la croissance par l’innovation, il éclaire l’avenir et prouve que la pensée française continue d’éclairer le monde », a rapidement réagi sur le réseau social X Emmanuel Macron.

    Il est, du reste, peu surprenant que le chef de l’État se soit réjoui aussi promptement pour Philippe Aghion, qu’il a par ailleurs élevé le 6 octobre dernier au grade d’officier de l’ordre national du Mérite. En effet, Philippe Aghion a certainement été l’économiste vivant qui a le plus inspiré la vision économique du chef de l’État.

    « Destruction créatrice »

    Philippe Aghion et Emmanuel Macron se sont connus lors de la fameuse commission Attali en 2007, où celui qui était alors jeune énarque a construit, en tant que rapporteur, un réseau fourni de puissants chefs d’entreprise, économistes et autres haut fonctionnaires.

    À Challenges, Philippe Aghion racontait qu’Emmanuel Macron avait « tout de suite fait preuve d’une vraie volonté de comprendre l’économie et notamment les nouvelles théories sur la croissance, il est beaucoup venu à la maison pour étudier ».

    Puis ils se sont mis discrètement au service de la campagne électorale de François Hollande en 2011, quand Emmanuel Macron était banquier d’affaires chez Rothschild, avant de conseiller le chef de l’État socialiste, une fois élu, dans son virage vers la politique de l’offre.

    Challenges rappelait aussi que le 1er octobre 2015 le néo-ministre de l’économie Emmanuel Macron avait assisté à la leçon inaugurale au Collège de France de Philippe Aghion sur « les énigmes de la croissance », où il a développé ses plus précieux concepts.

    Ceux de la « destruction créatrice » et de « l’innovation » – qui lui ont permis de conquérir son « Nobel » – faisaient alors fortement écho au mantra politique d’Emmanuel Macron, qui se présentait comme le tenant d’un « nouveau monde » libéral, « ni de droite ni de gauche », qui remplacerait un « vieux monde » de rentiers de la politique. Une fable qui a fait long feu.

    Sur le terrain économique aussi, les travaux de Philippe Aghion – qui a un temps cru à la théorie du ruissellement – ont inspiré Emmanuel Macron afin, promettait-il, de « libérer le processus de destruction créatrice ». Il fallait alors réduire les interventions directes de l’État, via l’impôt notamment, dans le processus de « destruction créatrice » qui ne pouvait qu’être le produit du travail de l’entrepreneur innovant.
    Innovation à tout prix

    À peine arrivé à l’Élysée, en 2017, Emmanuel Macron a ainsi flexibilisé le marché de l’emploi via les ordonnances travail, puis il a baissé la fiscalité du capital en supprimant l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et en réduisant l’imposition des revenus du capital à une flat tax de 30 %. Or on sait désormais l’échec de cette politique de l’offre qui n’a pas généré la croissance escomptée et a creusé les déficits publics.

    Philippe Aghion a pourtant défendu bec et ongles ces réformes les années suivantes, par exemple en intervenant publiquement pour expliquer que les rapports du comité d’évaluation de la fiscalité du capital de France Stratégie – qui ne voyaient pas d’effet de la suppression de l’ISF et de la flat tax sur l’investissement et l’emploi en France – sous-estimaient certainement l’efficacité des réformes.

    Pour Philippe Aghion comme pour Emmanuel Macron, la fonction sociale de l’État n’est en fait pas de construire de la solidarité ou un quelconque équilibre entre travail et capital, mais bien plutôt d’accompagner le changement lié à la « destruction créatrice ».

    Ce qu’il faut, selon Philippe Aghion, c’est que l’État mette en œuvre les conditions pour que l’innovation puisse se faire et ainsi maintenir le capitalisme à flot. « Le capitalisme est un cheval fougueux : il peut facilement s’emballer, échappant à tout contrôle. Mais si on lui tient fermement les rênes, alors il va là où l’on veut », écrivait-il dans un de ses livres. La définition du néolibéralisme, en somme.

    En social-libéral convaincu, Philippe Aghion s’est toutefois détourné d’Emmanuel Macron quand celui-ci a commencé après 2022 à pactiser avec la droite réactionnaire, critiquant dans Libération en 2024 « une dérive vers la droite » et un pouvoir « vertical ». L’économiste a par ailleurs expliqué que « des hausses d’impôts ne devaient plus être un tabou », contrairement à ce qu’a toujours dit le chef de l’État.

    Mais point trop n’en faut : Philippe Aghion a été l’un des principaux pourfendeurs de la taxe Zucman, qui propose d’instaurer un taux plancher de 2 % par an sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. « Tu transformes la France en prison fiscale », a-t-il envoyé à l’économiste Gabriel Zucman, qui porte la proposition, lors d’un débat dans Challenges. Pour justifier sa saillie, Philippe Aghion donne toujours le même argument : « Ne pas brider l’innovation. »

    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/131025/philippe-aghion-inspirateur-neoliberal-de-macron-recoit-le-nobel-d-economi
    #néolibéralisme

    • Philippe Aghion, ou les limites d’une théorie macroéconomique de l’innovation

      La croissance économique, mesurée à l’aune du #produit_intérieur_brut (#PIB), reste l’obsession de nos gouvernants. Ils scrutent avec inquiétude tout dévissement de cet indicateur, synonyme de déficits, de dettes accrues et le signe avant-coureur d’un déclassement. Comment stimuler la croissance ? Telle est la question lancinante qui agite les pouvoirs publics, en Europe en particulier, où celle-ci est atone depuis la fin des Trente glorieuses.

      Pour Philippe Aghion et Peter Howitt, récents récipiendaires du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel, la solution réside dans l’innovation technologique. Reprenant à leur compte les idées développées par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter au début du XXe siècle, ils affirment que ces innovations, cumulatives par nature, génèrent des rendements croissants qui sont le moteur de la croissance. L’innovation émerge et se diffuse sous l’impulsion des entrepreneurs, qui espèrent en tirer des rentes temporaires. Les nouvelles innovations remplacent les technologies et pratiques antérieures : c’est le fameux phénomène de la « destruction créatrice », théorisé par Schumpeter.

      Cependant, il ne s’agit pas, selon eux, d’un phénomène spontané. L’existence de monopoles, le manque de compétences, l’existence de barrières (tarifaires ou non), l’absence d’incitations ou de systèmes de financement encourageant la prise de risque sont autant d’obstacles qui entravent l’innovation et sa diffusion à grande échelle. Il faut donc l’encourager, expliquent les deux économistes, par des politiques publiques adaptées.

      Ce discours structure toutes les politiques publiques depuis 20 ans. Aussi bien l’agenda européen de Lisbonne de 2010, qui a pour ambition de faire de l’Europe le leader de l’innovation, que les politiques de l’offre mises en œuvre en France, en particulier sous la présidence d’Emmanuel Macron, dont Philippe Aghion a été un conseiller influent.
      Un lien discutable avec la croissance

      Comme le rappelle Cédric Durand, le bilan de ces politiques est discutable, de même que le lien entre l’intensité de l’innovation et la croissance économique. En premier lieu, alors le nombre d’innovations, mesuré par le nombre de brevets déposés, n’a apparemment jamais été aussi élevé, la croissance économique est plus faible que pendant la période des Trente glorieuses. En second lieu, ce biais pro-innovation ne va pas sans soulever des questions sur ses effets indésirables à long terme, à la fois sur le plan social et environnemental.

      Dans un ouvrage de vulgarisation récent, coécrit avec Cécile Antonin et Simon Bunel 1, ainsi que dans ses séminaires présentés au collège de France, Philippe Aghion répond à ces différentes objections. Si l’Europe et la France décrochent en termes de croissance par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, c’est parce qu’ils ne sont pas sur la « frontière de l’innovation ». D’où l’enjeu de rattraper à tout prix ce retard en se lançant dans une course à l’innovation technologique, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), la nouvelle révolution censée accélérer les gains de productivité.

      L’innovation aggraverait les inégalités sociales ? C’est aux politiques redistributives et aux politiques éducatives, explique-t-il, de permettre aux individus d’adapter leurs compétences aux besoins. Quant aux impacts négatifs de la diffusion à grande échelle des innovations antérieures (les énergies et transports carbonés par exemple), il suffit de promouvoir un modèle de « croissance verte » fondé notamment sur le véhicule électrique ou les énergies renouvelables. Selon Aghion, l’innovation est donc la réponse à tous les problèmes contemporains et la condition d’une croissance économique soutenable.

      Quels sont les points aveugles de cette vision enchantée de l’innovation technologique ? Pourquoi cette focalisation exclusive sur l’innovation technologique ? D’autres types d’innovation ne seraient-ils pas plus adaptés aux défis de l’Anthropocène ?
      Des lunettes d’observation inadaptées

      Le problème d’une approche macroéconomique de l’innovation est que l’on voit le phénomène de loin. Pour l’observer, il faut alors des instruments d’analyse, des « lunettes » pour filer la métaphore du regard. Pour les macroéconomistes de l’innovation, ces lunettes sont les brevets ou les dépenses de recherche et développement (R&D).

      C’est là toute la différence entre les travaux d’Aghion et ceux de son inspirateur Joseph Schumpeter qui proposait, à côté des interrogations macroéconomiques sur les moteurs de la croissance, une analyse microéconomique du phénomène en s’intéressant aux profils et motivations des entrepreneurs. Or, vue de près, l’innovation ressemble peu à ce qu’on en voit de loin.

      Ainsi, le brevet est un indicateur discutable car nombre d’innovations, technologiques ou non, ne sont pas brevetables. Par ailleurs, le nombre de brevets déposés ne dit rien de leur caractère radical ou incrémental. Ainsi, les spécialistes du management dans ce domaine font le constat que l’accélération du rythme des innovations mises sur le marché n’est qu’apparente.

      Dans la majorité des cas, il ne s’agit que d’améliorations marginales de produits existants introduites par les entreprises pour entretenir le désir de consommation. Les grandes révolutions technologiques qui ont changé le monde au tournant du XXe siècle et dans la première moitié du siècle dernier (chimie, automobile, pétrole, aviation, électricité, etc.) se font plus rares aujourd’hui. Ce constat permet d’expliquer pourquoi l’accélération de l’innovation est, en réalité, trompeuse et ne se reflète, ni dans la croissance du PIB ni dans les gains de productivité qui ne cessent de décliner.

      Autre biais de l’analyse d’Aghion : la focalisation sur l’innovation high-tech (« la frontière technologique » selon ses termes). Nombre d’innovations majeures qui ont bouleversé l’organisation du travail et accru sa productivité, ne sont pas technologiques ou ont un contenu technologique très faible. Ainsi, les changements organisationnels comme le taylorisme, le toyotisme ou la gestion de projets ont révolutionné les méthodes de production. Schumpeter, contemporain de Taylor et de Ford, avait identifié leur importance dans la transformation du système économique. Elles n’impliquent ni brevets, ni dépenses de R&D.

      En matière d’innovation low tech, le conteneur a révolutionné le transport maritime en divisant par dix le coût de chargement et déchargement des marchandises. Autre exemple contemporain : l’efficacité, dans le domaine militaire, des drones low cost produits par de nouveaux entrants (Iran, Ukraine) par rapport à des missiles sophistiqués, au coût exorbitant, promus par les grandes puissances militaires.
      Un thermomètre aveugle

      Si les lunettes d’observation de l’innovation sont inadaptées, le but de celle-ci, à savoir la croissance économique l’est tout autant. En négligeant les impacts sociaux et écologiques de l’innovation, Philippe Aghion sous-estime ses effets indésirables à long terme.

      L’argumentation selon laquelle l’innovation technologique pourrait être mise au service de la croissance verte méconnaît un résultat bien connu des spécialistes d’évaluation environnementale : les transferts de pollution. Aucune technologie n’est sans impacts environnementaux ; elle les déplace.

      Ainsi, le véhicule électrique, comme les éoliennes ou les infrastructures numériques ont des effets liés à l’extraction, la transformation des matières et la production de ces objets. Et les industriels s’inquiètent, d’ores et déjà, de la disponibilité de certains matériaux, dits critiques, et des risques de rupture d’approvisionnement liés à une trop grande dépendance à l’égard de la Chine pour certaines matières et composants. Réduire ces impacts et dépendances suppose un travail d’éco-conception.
      Quel modèle européen ?

      L’IA, que Philippe Aghion présente comme la nouvelle frontière technologique à conquérir pour les Européens, illustre toute l’ambivalence de ses impacts. La multiplication des usages déviants de l’IA (compagnon émotionnel, cyberpiraterie, cybercriminalité, surveillance généralisée…) illustre l’urgence d’une régulation comme celle que l’Union européenne essaye d’instaurer.

      La croissance exponentielle des besoins énergétiques liés à l’IA devrait engendrer une croissance de 25 % de la demande d’électricité aux Etats-Unis. Or non seulement l’offre ne suit pas, risquant d’entraîner des pénuries, mais les experts anticipent un recours massif aux énergies fossiles, éloignant toujours plus l’économie américaine d’une croissance « verte », neutre en carbone.

      Là encore, l’enjeu pour l’Europe n’est certainement pas de suivre l’exemple américain dans une course au gigantisme de modèles d’IA toujours plus gourmands en données et en énergie, mais d’explorer des modèles plus sobres et de cibler les usages qui en sont faits.

      La prise en compte de ces dimensions sociales, éthiques et environnementales montre une autre facette des innovations high-tech : non pas le moteur de la croissance économique à court terme, mais le cimetière des générations futures et des espoirs d’un monde encore habitable. Comme le souligne justement le philosophe Gilles Lecerf, les Etats-Unis sont peut-être à la pointe de l’innovation technologique dans les technologies numériques, ils ont peut-être une croissance économique plus forte qu’en Europe, mais c’est également un pays où la mortalité infantile augmente, l’espérance de vie diminue, le niveau des inégalités sociales explose et où les impacts environnementaux par tête est le plus élevé au monde.

      Innover autrement, de façon plus responsable, suppose d’emprunter un autre chemin 2. Pour cela, il faut non seulement changer de thermomètre (le PIB), renoncer à cette logique de croissance mortifère, mais également sélectionner les innovations en fonction de leur utilité sociale et environnementale.

      https://www.alternatives-economiques.fr/franck-aggeri/philippe-aghion-limites-dune-theorie-macroeconomique-de-linnovat/00116623

  • #Polsi come luogo del senso e metafora di un’altra Calabria

    Una nota di viaggio a Polsi, dove le persone rivelano ancora intensi sentimenti, la metafora di una nuova centralità e di un nuovo bisogno di sacro e di appaesamento.

    Non ricordo con precisione le volte che, a partire dal 1977, mi sono recato al santuario della #Madonna_della_Montagna. Almeno in sei occasioni sono andato a Polsi a conclusione dei festeggiamenti in onore della Madonna, l’1 e il 2 settembre. Tante per potermi considerare, non solo un osservatore delle culture popolari, ma una sorta di pellegrino. Molte volte, di ritorno da Polsi, mi sono trovato a ripetere che quella era l’ultima volta. Poi, col passare del tempo, riaffiora la nostalgia di Polsi, opprimente come un rimorso, forte come un sogno.

    Questa volta percorro a piedi l’ultimo tratto del viaggio, lungo uno dei sentieri delle antiche «vie dei canti» oggi recuperati al cammino dagli escursionisti e dall’Ente Parco dell’Aspromonte. Sotto il Montalto ci incamminiamo lungo la «pista dei riggitani». Saluto i colleghi del gruppo di ricerca dell’Università, che proseguono in macchina, e scendo in compagnia di Alfonso Picone Chiodo, responsabile del Cai della provincia di Reggio, ricercatore informato di ogni pietra e di ogni albero, Nuccio Barillà, del direttivo nazionale di Legambiente, Fulvio Librandi, antropologo dell’Università della Calabria. Da quota 1300 metri a 850 metri circa la vegetazione muta continuamente. Si passa dai boschi di pini e di querce ai grandi lecci per arrivare ai castagni. Erica, rosa canina, elci, origano seguono il tragitto dei muretti di pietre e delle piste precarie. Le querce colpite e scolpite dai fulmini, con i loro tronchi sembrano quasi delle enormi canoe annerite dal fumo, in attesa di qualche misterioso navigatore le adagi nel mare delle nuvole che sovrastano le cime dei monti.

    Lo sguardo è catturato dalle piccole vene di terra tracciate nelle montagne, le antiche vie dei pellegrini, che ancora oggi vengono percorse ai piedi. Ecco la ferita nella montagna di Samo e il sentiero degli antichi abitanti di Precacore. Sono visibili le piste lontane degli abitanti di Careri e di Natile (ricordati da Perri) e quella degli abitanti di S. Luca (raccontati da Alvaro) lungo il lago Costantino, formatosi a seguito di una frana sul percorso del Bonamico. Intuisco il luogo dove scorre la fontana della Pregna, dove una donna incinta, assetata, pregò la Vergine, che fece sgorgare dalla pietra l’acqua fresca e limpida. Svettano come un pugno impastato di pane e un dito alzati nel cielo Monte Cappa e Monte Castello e poi, in fondo, lontano, lo Ionio.

    Bisogna camminare a piedi per comprendere le storie e i movimenti degli uomini. Dall’alto, mentre cominciano a sbucare gli orti coltivati e le baracche in prossimità di Polsi, hai la sensazione che questo centro religioso sia stato in passato un centro necessario, ragionevole, di economie e di scambi. La geoantropologia e le vicende storiche, le economie e le culture di paesi disseminati lungo le colline del versante tirrenico e di quello jonico qui realizzavano una sorta di convergenza al «centro».

    Sentiamo dopo quasi tre ore di discesa tra pietre, eriche e felci i rumori della festa. Le prime voci che arrivano in alto quelli dei giochi di morra con i loro: «… e uno, …e quattro, …e sette…». Ascoltato da quassù quell’elenco urlato di numeri fa pensare quasi a una formula magica che bisogna pronunciare con forza e sapienza per poter entrare in un paese a magico e favoloso. La porta della «strada dei riggitani» introduce nei luoghi in cui i pellegrini di tanti paesi hanno fatto erigere, in pietra e in marmo, una stazione della Via Crucis. La visione giunge forte come uno schiaffo, come un pugno di terra. Comprendiamo le ragioni di quel vagare tra i monti di un elicottero che si abbassava nel lago Costantino e di quel sottile filo di fumo che saliva il cielo. L’incendio è scoppiato in mattinata, voluto, provocato. Ha bruciato i grandi ed antichi castagni, vere e proprie sculture della natura, ma ha ferito il cuore delle persone.

    Nelle loro omelie monsignor Giancarlo Bregantini, vescovo di Locri-Gerace, e don Pino Strangio, rettore del Santuario, adopereranno parole di forte condanna per chi non ha rispetto per questo «sacro Giardino». Il primo uomo che incontro indossa una maglietta con la scritta Toronto. Mi vengono in mente i calabresi che, poche settimane fa, ho visto a Toronto impegnati con le loro feste a sacralizzare e a rifondare nuovi luoghi.
    Antichi e nuovi comportamenti devozionali

    Lasciamo borse e buste nella stanza del dateci da don Pino, sempre accogliente, sempre indaffarato con i suoi collaboratori ad organizzare e risolvere mille problemi. Comincio il mio itinerario attorno al santuario, nella chiesa già piena di pellegrini (sono le sei della sera), tra le stanze e gli spiazzi restaurati o in via di restauro. Quando ritorno nei luoghi, quando rincontro persone che non vedo da tempo, la tentazione è quella di verificare come sono riconoscibili al mio sguardo: sono alla ricerca di segni e di indizi per capire cosa è cambiato e cosa è rimasto.

    Cammino lungo la fiumara della Madonna, arrivo là dove incontra la fiumara di Castunia e insieme danno origine al Bonamico. L’acqua delle fiumare non è più rossa del sangue delle bestie scannate da macellai-sacrificatori che compivano un rito antichissimo. Dopo l’intervento dei Nas del 2001 che (al di là delle motivazioni) è stato visto come una sorta di intrusione e di violenza da parte di tutti i devoti e dalle gerarchie religiose, i macellai di S. Luca si sono organizzati. Macellano in paese e portano gli ovini in una baracca dove è organizzata la vendita. È notevole il consumo della carne di capra, di capretto, d’agnello. Polsi non è più un’ enorme cucina, come ai tempi di Alvaro. ma permane il senso della comunione del cibo, del mangiare insieme. Molte baracche sono state costruite lungo due file in vicinanza della fiumara. Sono in legno, tutte uguali, e una volta ultimate accoglieranno i venditori con le loro mercanzie, con gli oggetti sacri, con i panini e le bibite. Centinaia di giovani si aggirano attorno al santuario. Sono gli stessi che incontriamo al mare e ai concerti, nei paesi e alle Università. I figli e i nipoti degli antichi pellegrini, compiono gesti, danze, riti diversi da quelli dei padri.

    Dalla vallata non salgono più verso la montagna i rumori dei fuochi, degli spari, dei canti, delle danze, come avveniva ancora qualche anno addietro. Nell’anfiteatro naturale si diffondono, attraverso gli altoparlanti e gli amplificatori, le preghiere, le omelie, i canti, le prediche delle funzioni religiose. I pochi gruppi di suonatori e di danzatori di tarantelle stentano a trovare un orientamento, un senso e un ritmo in mezzo a rumori di fondo che li sovrastano. È cambiata Polsi, sono cambiati i pellegrini, i volti, i gesti, la ritualità. Non è una novità. L’erosione dell’antico universo continua da almeno cinquant’anni. Non poteva essere altrimenti in un mondo che cambia continuamente e velocemente. Incontro vecchi amici, alcuni studiosi di culture popolari, fotografi e giornalisti. Il ritornello è lo stesso: «Stanno distruggendo tutto. Non ci sono più le tradizioni di una volta. Non si balla più come una volta». Come se questo luogo dovesse restare immutato, incontaminato (da chi e da cosa?), una riserva in attesa di studiosi puristi e nostalgici di un bel passato mai esistito. Gli operatori delle televisioni (Anna Rosa Macrì ha fatto due bellissimi servizi per il Tg3) e delle radio, fotografi e giornalisti, studiosi e curiosi vanno considerati loro stessi elementi del rito, della «realtà». Spesso sono loro, siamo noi, i protagonisti di un «nuovo folklore».

    Ma se risultano sterili i rimpianti di chi non appartiene a quel mondo ormai eroso, non è possibile ignorare gli stati di animo di quanti a Polsi vengono fin da bambini e che hanno assistito, a volte compiaciuti, a volte sgomenti, a volte lieti, a volte inquieti, alla fine del loro antico universo. Traduco gli interrogativi che si ponevano molti amici del luogo, tanti pellegrini incontrati. Con la strada che è ormai in via di realizzazione (se ne parlava dai tempi di Alvaro, ma adesso sembra che, finalmente, una delle tre verrà ultimata), che consentirà viaggi e soste rapide, con la chiusura delle vecchie baracche e la fine delle residue tracce di una cucina del sacrificio, con la progressiva scomparsa degli antichi maestri da ballo e il ridursi dei gruppi dei suonatori, che non trovano un ambiente favorevole alla loro espressività, con la fine di antiche forme di devozione popolare progressivamente sostituite da nuove ritualità affermate nel corso delle funzioni religiose, con tutti questi cambiamenti Polsi non rischia di diventare un luogo di culto simile agli altri? A furia di cambiare, di pulire, di sfrondare e di innovare Polsi non si sta trasformando in uno di quei posti sfiorati frettolosamente da quelle nuove figure di turisti religiosi per cui un luogo vale un altro? Qualcuno si chiedeva se le antiche ritualità sacre e profane possano e debbano essere «sostituite» con manifestazioni (come il ballo dei giovani seminaristi portato avanti, tra gli applausi e gli osanna, di centinaia di giovani nel corso della messa serale all’aperto) colorate mutuate dagli spettacoli televisivi o da forme devozionali affermatesi in altri contesti. Queste domande non hanno soluzioni belle e confezionate. Interrogano in maniera profonda e diversa tutti noi.

    Penso che l’alternativa, tuttavia, non possa essere: conservare ad oltranza o innovare comunque. Non esiste una «tradizione» che non sia anche mutamento. Il problema, se mai, è come realizzare i cambiamenti, in nome di cosa, con quale finalità, con quale attenzione per la storia, la natura, le emozioni delle persone. Con quali «materiali» restaurare, recuperare, costruire? Di quali «simboli» parlano i materiali adoperati? È possibile innovare senza devastare, cancellare luoghi, saperi e sentimenti? Le ritualità tradizionali, ormai desuete e scomparse, davvero debbono essere «sostituite» o arricchite con quelle manifestazioni folkloristiche deteriori che rendono la Calabria subalterna rispetto a modelli omologanti esterni che non hanno alcun legame con la storia e le tradizioni dei luoghi? Saranno, infine, i tanti partecipanti alla feste e ai riti (portatori di molteplici punti di vista e di differenti aspettative) che sceglieranno le maniere più adeguate e sentite di manifestare la propria fede.

    Il vescovo, nel corso delle messe e delle funzioni religiose, che lo vedono sempre partecipe, parla una nuova spiritualità da affermare in questo luogo. Mi sembra che abbia il passo lento e lungo, monsignor Bregantini, del camminatore antico e di montagna, consapevole che la strada è tanta e bisogna avanzare con cautela, senza strappi, senza dimenticare il cammino compiuto, sapendo dosare le forze, con rispetto di tutto quello che s’ incontra nel viaggio, raccogliendo soltanto quanto sarà utile per domani, ignorando i rami inutilizzabili. E tuttavia senti che il «progetto complessivo» e le esigenze di fondo sono davvero di grande respiro, guardano lontano, camminano con i piedi per terra, anche con tanti fatti concreti. La montagna ritorna come centro di una nuova religiosità (come all’epoca dei monaci basiliani), di un rinnovamento etico e spirituale. E’ la montagna che fa vivere il mare, non viceversa. Non ci sarà una nuova Calabria, mi dice il vescovo, se si spopoleranno le zone interne, se non verranno rivalutate con l’ottica dell’efficacia e della solidarietà, invece che con quella economicista e del profitto.
    La veglia e la processione

    Hai come la sensazione che esista una sorta di conflitto tra vecchio e nuovo, tradizione e modernità, danzatori di tarantella e nuove forme di preghiera e di raccoglimento. Poi, fissando, camminando, parlando avverti che Polsi è molte cose insieme. Le notti della vigilia sono tante a Polsi. Sono rumorose e silenziose, buie e luminose, cariche di stanchezza e d’attesa, di preghiere e di sogni. Ho osservato la notte di chi prega in una sorta di moderno anfiteatro sorto di recente nel luogo in cui sorgeva la colonna della Madonna, adesso spostata in uno slargo vicino, dove i devoti continuano ad accendere cerri votivi. Ho visto quella dei suonatori e danzatori, che si muovono con grande abilità, con gesti e movenze sapienti. Attenzione, però, a parlare di ritorno della tradizione. Non «pestano» più la terra ad ogni angolo della valle, con il prestigio e le allusioni degli antichi maestri di ballo, questi giovani e giovanissimi, e anche bambini, che magari stanno riscoprendo la tarantella seguendo altri percorsi, forse, quelli delle discoteche, delle scuole di danze. Nel cuore della notte di Polsi, quando tutti i sogni e le fantasie sono possibili, mi sono trovato a pensare se non sarebbero «convenienti» a questi luoghi una scuola di tarantella e manifestazioni estive di balli tradizionali. In fondo Polsi è stata la «capitale» di danze e suoni che da anni conoscono l’interesse dei giovani meridionali e di diverse parti di Europa.

    Ho intuito la notte delle donne, anziane e giovani, che dormono, con uomini e bambini, su lunghe e colorate coperte fuori della chiesa, delle ragazze che si sistemano alla meglio, cantando, pregando, dormendo, davanti all’altare principale o a quelli delle altre navate. Un pellegrino guida i canti tradizionali. Lo vedo a Polsi da trent’anni. Ha ricevuto tante grazie, adesso che è in dialisi ed ha settant’anni, aspetta un altro miracolo. Una donna offre alla Vergine le proprie trecce, una coppia di sposi festeggia qui le nozze d’argento, una devota arriva in ginocchio fino all’altare. Un’altra notte è quella tra le baracche dove ancora si mangia, quella delle macchine lungo i fiumi, piene di persone che dormono, quella nostra che ci aggiriamo dubbiosi, guardinghi, attenti, pieni di che ci faccio qui, desiderosi di capire e di capirci. Una notte, ancora diversa, è quella di padre Pino Stancari che da anni svolge qui la sua opera pastorale. Dopo averlo salutato, mi sono domandato se Polsi non costituisca la migliore metafora di quella «Calabria tra sottoterra e cielo», come recita un suo intenso e bellissimo libro.

    Sono tante le notti, e tante le albe. Quante le speranze e i sogni, i bisogni e le paure delle persone. All’alba, quando il sole si tuffa dai monti, hai il senso di un’umanità emersa dalle acque. Tutti sembrano stanchi, hanno gli occhi spenti, ma in giro avverti tanta pacatezza e serenità. La messa all’aperto comincia dopo le nove. L’anfiteatro è pieno di gente d’ogni età e di diversa provenienza. Molti pellegrini seguono, attraverso l’amplificazione, il rito, le preghiere, le omelie. Gruppi di irriducibili, quasi ad affermare l’esigenza di una «seconda festa» continuano a ballare. Gli uomini di Bagnara, quelli della congregazione della Madonna della Montagna, con mantellina azzurra e camice bianco, che per usanza antica hanno il privilegio di portare la statua della Madonna (una copia, perché l’originale si sposta solo eccezionalmente, altrimenti si verificherebbero catastrofi) sono al loro posto, avanti e dietro alla vara. Una donna scalza, calzini celesti, veste e giacca celeste, camiciola vaniglia, addobbata con i colori della statua della Vergine, poggia, senza sollevarla un istante, la testa alla vara. Ragazze in costume portano i frutti della terra in omaggio alla Madonna. Scelgo come postazione, per vedere l’arrivo della processione, la loggia di un’antica casa dei pellegrini in restauro. A fianco c’è la stanza dei Bagnaroti. A lato il balcone e la casa dei pescatori di Ganzirri, che arrivano in barca fino a Villa S. Giovanni e poi proseguono con i pulman. I balconi su più file e le logge sono i luoghi privilegiati di osservazione di un eccezionale rito-spettacolo. I portantini si fermano prima della corsa finale con la statua verso la chiesa. La corsa finale avviene con tensione e pathos. La giravolta riesce ed è una festa di applausi, di spari, di canti e di preghiere. Lo sguardo della Madonna fissa la montagna dove, ormai tanti secoli addietro, si è nascosta la Sibilla. Memoria pallida di lontani e drammatici scontri tra culture e religioni. Gli uomini e le donne di Bagnara mi invitano nelle loro stanze. Si apprestano a mangiare maccheroni e carne di capra. Sono orgogliosi e commossi. Un giovane è venuto dalla Germania. È la prima volta. È stato un onore e un piacere, un atto di fede, portare la statua della Madonna. Tornerà tutti gli anni.

    Polsi non è più la metafora di una «vecchia Calabria», è diventato il luogo dove le persone rivelano ancora intensi sentimenti, è la metafora di una nuova centralità, e di un nuovo bisogno di sacro e di appaesamento. Salendo lungo la montagna, con un fuoristrada, tra la polvere, sudato, stanco, pieno e svuotato, cambiato, penso che non tornerò più a Polsi. Le grandi teorie di macchine che hanno fiancheggiato la montagna sono un ricordo. Guardo indietro e vedo le guglie del campanile, le nuove baracche e le fiumare. Da un camion di pellegrini arriva il grido antico e nuovo di «Viva Maria». Sento che, un giorno, avrò, ancora, nostalgia di tornare a Polsi.

    Questo articolo è del 2004. Sono tornato a Polsi nel 2007. Le foto che riporto si riferiscono a quell’anno. Su Polsi ho realizzato un documentario per Rai 3 nel lontano 1978 e ho scritto numerosi articoli pubblicati sul “Quotidiano della Calabria” e altri giornali italiani e calabresi. Di Polsi ho scritto in “Terra Inquieta”, Rubbettino, 2015.

    https://www.corrieredellacalabria.it/2025/09/02/polsi-come-luogo-del-senso-e-metafora-di-unaltra-calabria

    #Calabre #sanctuaire #Aspromonte #montagne #tradition #conservation #innovation #folklore #pelerinage #sacré

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    citation:

    «La montagna ritorna come centro di una nuova religiosità (come all’epoca dei monaci basiliani), di un rinnovamento etico e spirituale. E’ la montagna che fa vivere il mare, non viceversa. Non ci sarà una nuova Calabria, mi dice il vescovo, se si spopoleranno le zone interne, se non verranno rivalutate con l’ottica dell’efficacia e della solidarietà, invece che con quella economicista e del profitto.»

    • Terra inquieta

      Un diagramma di linee che disegnano un paesaggio eterogeneo, instabile, irrequieto: tutto l’opposto dell’immobilismo piatto, senza tempo e senza rimedio con cui pensiamo il Sud e la Calabria. Vito Teti con questo suo libro ci porta dentro una narrazione del Mezzogiorno che si fa problematica, critica, si diffrange e trova tutte le sfumature di una vicenda impossibile da ridurre a una trama unica. L’inquietudine di cui parla il titolo è il sentimento dei luoghi complessi, in cui una cosa si dà insieme al suo contrario, in cui tutto è vero e falso a un tempo. Così il tempo ciclico del mondo contadino ritorna sempre uguale nei riti e nelle feste co-esiste e si co-definisce con il tempo lineare dei viaggi, dei commerci, degli scambi intellettuali e artistici. Così la catastrofe del terremoto e dello spopolamento diventano le linee di fuga paradossali verso la modernità e il futuro. La fuga è l’altro volto del radicamento, il restare, una scelta-necessità inseparabile dalle migrazioni: entrambi devono fare i conti con differenti esperienze di “spaesamenti”, che spingono alla ricerca di nuovo senso dei luoghi e a nuove norme di abitare il paese e il Mondo. Terra Inquieta è un capitolo fondamentale dell’indagine antropologica di Teti, sul proprio mondo di riferimento, di cui fanno parte il suo #San_Nicola_da_Crissa, scelto come metonimia per comprendere le comunità del #Mezzogiorno e delle aree interne mediterranee, e il suo paese canadese aldilà dell’Oceano, la Toronto in cui la comunità sannicolese si è trasferita in massa a partire dagli anni ’50. Un libro e un autore che non smettono di viaggiare, di andare e tornare, dal paese al mondo, e tra un paese e l’altro. E ci insegnano la mobilità e l’inquietudine come strategia di comprensione e gestione del presente.

      https://www.store.rubbettinoeditore.it/catalogo/terra-inquieta-2
      #livre

    • Importanza per la ’Ndrangheta

      Il santuario della Madonna di Polsi viene strumentalizzato dalla ’Ndrangheta, la mafia calabrese, la quale in palese contraddizione ai valori della fede cristiana mischia il sentimento religioso con il malaffare.

      Ogni anno, in occasione della festa della Madonna, si ritrovano i boss provenienti non solo dalla Calabria, ma da tutto il mondo, per prendere decisioni estremamente importanti: si stringono alleanze, si dichiarano guerre e si progettano le strategie criminali. Si ritiene che la decisione di uccidere Francesco Fortugno, avvenuta poi nel 2005 mentre ricopriva la carica di vicepresidente del Consiglio regionale della Calabria, sia stata presa proprio a Polsi.[5]

      Nicola Gratteri, magistrato impegnato nella lotta alla ’Ndrangheta, ha detto di Polsi:
      «Ogni anno, a settembre, i capimafia si riuniscono a Polsi per discutere delle strategie criminali. Si fanno le investiture, i processi, si decide se aprire o chiudere un locale di ’Ndrangheta[6]»
      «Si riuniscono a Polsi perché è il luogo sacro, il luogo della custodia delle 12 tavole della ’Ndrangheta... perché la forza della santa, rispetto alle altre organizzazioni criminali, è che fa osservare in modo ortodosso le regole[7]»

      In relazione a queste vicende, in occasione della festività del 2010 il vescovo della Locri-Gerace Giuseppe Fiorini Morosini ha condannato le attività della ’Ndrangheta, ribadendo che le attività illegali nulla hanno a che vedere con la fede cristiana e affermando:
      «In questo santuario si è consumata l’espressione più terribile della profanazione del sacro ed è stato fatto l’insulto più violento alla nostra fede e alla tradizione religiosa dei nostri padri[8].»

      https://it.wikipedia.org/wiki/Santuario_della_Madonna_di_Polsi#Importanza_per_la_'Ndrangheta
      #ndrangheta #mafia

  • Lessons from U.S. Army Special Ops on Becoming a Leader
    https://hbr.org/2025/08/lessons-from-u-s-army-special-ops-on-becoming-a-leader

    To adapt a Special Ops adage: Managers can exploit the peace, but only if leaders have first won the war.

    — Permalink

    #leadership #military #integrity #agility #judgment #innovation #example #growth #results #failure #submission #hesitation #anxiety #imagination #strategy #vision #training #management #bestof

  • L’#Italie et le transfert des migrants en #Albanie : le laboratoire et les cobayes

    Les gouvernements italien et albanais ont collaboré pour ouvrir deux centres, à #Shëngjin et à #Gjadër, destinés au #transfert_forcé, à la #détention et au #rapatriement des migrants arrivés en Italie. Ce laboratoire d’#externalisation des frontières, observé avec intérêt par d’autres pays, a un précédent : les #navires_de_quarantaine utilisés pendant la pandémie de Covid-19.

    En novembre 2023, les gouvernements italien et albanais ont signé un #accord selon lequel que les migrants et migrantes secourues par les autorités italiennes en mer Méditerranée ne sont pas conduits vers un port italien, mais en Albanie, où on a ouvert de centres de détention, d’#identification et d’#expulsion et de rapatriement. Dans les récits et les analyses, y compris les plus critiques, de la création de ces centres, on dit souvent qu’il s’agit d’un #laboratoire : avant tout, un laboratoire pour les politiques répressives et autoritaires d’Europe et d’ailleurs. On pourrait se demander laboratoire pour quoi, laboratoire pour qui, et avec le consentement de qui. Ou plutôt, on pourrait partir d’un postulat fondamental : que les laboratoires supposent généralement des cobayes.

    Le cas des centres extraterritoriaux albanais voulus par le gouvernement de Giorgia Meloni est en train de devenir un « #modèle » pour d’autres pays européens. Pourtant, ils ne sortent pas de nulle part. Ils sont eux aussi issus d’autres laboratoires. Plus précisément, d’autres tentatives d’#externalisation des frontières et de la gestion de ses migrants et demandeurs d’asile. Cependant, tout cela ne doit pas faire oublier que, tandis que les laboratoires procèdent habituellement par hypothèses potentielles, pour les personnes concernées, les mécanismes de #rétention, de #concentration et d’#exclusion sont tout sauf hypothétiques : elles les vivent en ce moment même, en cette heure.

    Du laboratoire au modèle

    En 2006, Ismaïl Kadaré avait intitulé l’un de ses derniers essais « L’identité européenne des Albanais ». On peut se demander si ce grand écrivain albanais, qui avait publié la plupart de ses œuvres sous une dictature si répressive, n’aurait jamais pu imaginer que l’Union européenne et l’Albanie seraient aujourd’hui liées par une tentative ambiguë d’externalisation de ces mêmes frontières européennes que Kadaré a vu changer au cours de sa vie.

    En octobre 2024, le gouvernement italien avait déclaré avoir achevé la construction d’un centre de détention pour migrants à Gjadër, en Albanie. Ce centre avait été ouvert en octobre dernier et était initialement destiné à accueillir des demandeurs d’asile secourus en mer et provenant de pays considérés comme « sûrs » par le gouvernement italien et l’Union Européenne. Mais les centres construits par l’Italie en Albanie n’avaient encore jamais fonctionné, car les tribunaux italiens n’ont jamais confirmé la détention des trois groupes de demandeurs d’asile qui y ont été transférés.

    Pourtant, le 11 avril 2025, alors que plusieurs centaines de migrants débarquaient à Lampedusa, une quarantaine de migrants, transférés depuis différents centres de rétention italiens, sont partis de Brindisi, dans les Pouilles, et arrivés dans le port et « #hotspot » albanais de Shëngjin, avant d’être emmenés au centre de Gjadër. Un mois plus tard, le 15 mai dernier, la Chambre des députés italienne a voté la #loi visant à transformer officiellement les centres albanais en « #centres_de_rapatriement ».

    Pour ces personnes migrantes, le passage du statut de « transféré » à celui de « détenu » a été immédiat et injustifié. Tout s’est déroulé dans l’opacité la plus totale. Selon un communiqué d’un réseau d’associations, des sources gouvernementales ont déclaré que les personnes transférées constituaient un « #danger_social » et avaient commis des délits, mais rien de tout cela n’a été prouvé. Le caractère punitif du projet albanais est donc évident. Certaines de ces personnes ont découvert qu’elles allaient être transférées en Albanie au moment même où elles sont arrivées, souvent menottées. Aucune information, aucun avertissement, aucune mesure officielle. Cela nous ramène à la dimension de modèle : comme le souligne l’Association italienne d’études juridiques sur l’immigration dans son rapport, cette affaire marque en effet un tournant dans les politiques migratoires et de gestion des frontières, ouvrant la voie à des scénarios inédits dans le contexte européen.

    Le précédent des #navires-quarantaine

    Pourtant, ce laboratoire italo-albanais n’est pas sorti de nulle part. Les pratiques d’#externalisation_des_frontières sont une caractéristique récurrente du régime actuel de gestion des migrations qualifiées d’« illégales » – et aussi, de plus en plus souvent, de « légales », comme nous le constatons par exemple aux États-Unis ces derniers mois. Un exemple parmi d’autres, ou plutôt des précurseurs : les centres de détention pour demandeurs d’asile ouverts en 2001 par le gouvernement australien sur les îles de Manus et de #Nauru. Dans le même temps, je pense qu’il est important de se pencher en priorité sur un exemple interne, européen, qui concerne à nouveau le gouvernement italien, avant même l’arrivée du gouvernement de #Giorgia_Meloni : il s’agit des navires de quarantaine mis en service pendant l’épidémie de #Covid-19.

    Le 7 avril 2020 le gouvernement italien publie un #décret dans lequel il déclare que les ports italiens ne devaient plus être considérés comme des « #POS#Place_of_safety ». Peu de jours après ce décret, en collaboration encore une fois avec la Croix-Rouge italienne, le système de navires-quarantaine a été mis en place et rapidement rendu actif, à travers de nombreuses #dérogations et #exceptions légitimées par l’#urgence_sanitaire. Le premier navire a levé l’ancre le 7 mai 2020. Immédiatement après, cinq autres grands navires sont affrétés et immédiatement mis en service.

    Exactement comme dans le cas des centres albanais, il n’y a jamais eu de communication officielle aux individus, qui n’ont même pas eu la possibilité d’un contact avec le monde extérieur. En outre, de nombreuses personnes contraintes d’embarquer sur des navires-quarantaine ont été soumises à l’obligation de quitter le territoire italien immédiatement après la fin de leur période d’isolement sur le navire en question, sans la possibilité de demander l’asile ou le regroupement familial. Les navires-quarantaine devenaient alors non seulement des centres d’expulsion externalisés et informels, mais aussi des espaces de droits suspendus : le confinement sur une base sanitaire se transformait immédiatement en un outil de gestion des frontières profondément ambigu. Ce que le gouvernement italien a pu faire sous prétexte de pandémie et de biosécurité, il tente désormais de le faire plus ouvertement à travers les centres albanais.

    Les #cobayes, c’est nous

    Les politiques migratoires sont classiquement un laboratoire d’expérimentation de pratiques et de normes à vocation autoritaire. Le cas des centres italiens en Albanie accélère ce processus. Tout cela repose avant tout sur le principe du chantage exercé sur les personnes classées comme migrants « illégaux » : désormais, tout migrant faisant l’objet d’un ordre de retour arbitraire et extrajudiciaire pourra être envoyé en Albanie et y être détenu.

    Ce qui est préoccupant dans cette dimension d’exemple ou de laboratoire, et de leur triste efficacité réelle, c’est qu’il ne s’agit ni d’une hypothèse, ni d’un projet lointain dans le temps. Pour revenir aux navires-quarantaine, il faut noter comment, pendant la pandémie, l’exemple italien a effectivement été suivi par certains : le navire #Bibby_Stockholm mis en place à l’été 2023 par le gouvernement britannique pour le confinement des demandeurs·euses d’asile, par exemple ; ou la proposition du maire de New York, Eric Adams, d’utiliser des #navires_de_croisière comme « solution créative » pour les supposées « vagues de migrants » arrivées dans la ville au cours des mois précédents. Et c’est déjà le cas pour les centres albanais. Pendant sa visite récente en Albanie, Keir Starmer, premier ministre britannique, vient de déclarer : « Nous négocions actuellement avec plusieurs pays au sujet des centres de rapatriement, que je considère comme une #innovation vraiment importante. » Il appelle ces centres « #return_hubs ».

    Face à la facilité avec laquelle ces types d’exemples répressifs sont aujourd’hui suivis et se propagent, il est nécessaire de rester vigilant et de se rappeler que, dans des situations où ces droits fondamentaux sont bafoués et où des personnes qui n’ont commis aucun crime sont soumises à des traitements inhumains et dégradants, le terme « laboratoire » s’avère alors pertinent : mais les cobayes de cette expérimentation sont nos démocraties, et nous tous et toutes.

    https://blogs.mediapart.fr/carta-academica/blog/060625/l-italie-et-le-transfert-des-migrants-en-albanie-le-laboratoire-et-l

    sur les #navi_quarantena :
    https://seenthis.net/messages/866072

    –-

    ajouté à la métaliste sur l’#accord entre #Italie et #Albanie pour la construction de #centres d’accueil (sic) et identification des migrants/#réfugiés sur le territoire albanais...

    https://seenthis.net/messages/1043873

  • #Eusko basque : quand utiliser une #monnaie_locale déclenche un réflexe coopératif

    Lancée en 2013, l’#Eusko_basque est la principale monnaie locale en Europe. Une étude menée à #Bayonne montre que son usage ne favorise pas seulement les #circuits_courts, mais il semble aussi rendre les utilisateurs… plus coopératifs.

    Alors que la guerre des monnaies fait rage, entre le dollar, l’euro ou même le yuan, la question des monnaies locales revient sur le devant de la scène. Les monnaies locales complémentaires, ou monnaies locales convertibles, sont des dispositifs monétaires mis en place à l’échelle d’un territoire pour favoriser l’#économie_locale. Échangeables à parité avec l’euro (1 eusko = 1 euro), mais utilisables uniquement au sein d’un réseau restreint d’acteurs – commerçants, associations, institutions –, elles visent à réorienter la consommation vers des circuits courts.

    Si leurs dynamiques ont largement nourri la réflexion théorique, les monnaies locales complémentaires font l’objet de bien moins d’analyses empiriques sur leurs #retombées concrètes. Elles n’en demeurent pas moins un phénomène significatif au sein des initiatives d’#innovation_sociale. Plus de 4 500 expériences de ce type ont été recensées dans la littérature au cours des trente dernières années.

    En France, l’Eusko, lancée en 2013 au Pays basque, est souvent citée comme un modèle. Avec plus de 5400 utilisateurs, 4,4 millions d’euskos en circulation et un volume de transactions de 6,5 millions d’euskos en 2024, il s’agit de la première monnaie locale d’Europe. Mais l’usage de ces monnaies peut-il avoir un effet sur les comportements individuels ? Notre étude menée à Bayonne montre que l’usage de l’Eusko ne favorise pas seulement les circuits courts, il semble aussi rendre les utilisateurs… plus coopératifs.
    Lab-in-the-field

    Pour explorer cette hypothèse, nous avons conçu une expérience de type « lab-in-the-field », c’est-à-dire un test comportemental inspiré des méthodes expérimentales classiques mais réalisé dans un cadre naturel. Ici, les cafés et librairies du centre-ville de #Bayonne.

    Nous avons recruté plus de 300 volontaires pour jouer à un jeu dit de « l’ultimatum », une expérience bien connue en économie comportementale. Le principe est simple : un joueur, le « proposeur », propose une partition d’une somme d’argent avec un autre joueur, le « répondant ». Ce dernier peut accepter ou rejeter l’offre. En cas de refus, aucun des deux ne gagne. Dans cette version de l’expérience, chaque participant prend sa décision avant de connaître celle de l’autre. Cette méthode permet d’évaluer les préférences de manière isolée, ainsi que les seuils d’acceptabilité de chacun.

    Mais cette fois, la nouveauté résidait notamment dans la monnaie utilisée pour jouer : certains participants jouaient avec des euros, d’autres avec des Euskos. Nous voulions savoir si la seule présence de cette monnaie locale, qui incarne un engagement collectif, pouvait influencer les choix des joueurs.

    Déclencheur de coopération

    Les résultats sont frappants. Les utilisateurs réguliers de l’Eusko se montrent significativement moins enclins à rejeter les offres lorsqu’ils jouent avec la monnaie locale plutôt qu’en euros. Autrement dit, face à une offre jugée imparfaite, ils choisissent plus souvent de l’accepter quand l’interaction se déroule en eusko. Ce comportement reflète une baisse de la réciprocité négative, c’est-à-dire une moindre tendance à « punir » une proposition perçue comme « injuste ».

    https://www.youtube.com/watch?v=65s6UKa9khI

    En revanche, un tel effet n’est observé chez les non-utilisateurs de l’Eusko, les échantillons ayant été randomisés. Nous en concluons que c’est bien l’usage régulier de la monnaie locale, et non une quelconque différence individuelle préalable, qui déclenche ce réflexe coopératif.

    #Valeurs communes

    Pourquoi une simple monnaie aurait-elle ce pouvoir ? Notre étude avance une interprétation théorique : l’Eusko active des intentions collectives déjà présentes chez ses utilisateurs. Autrement dit, en manipulant la monnaie, les participants se reconnectent à un engagement latent envers la solidarité locale. La monnaie devient un marqueur de valeurs communes, à la fois symboliques et morales, qui influe sur la manière dont les joueurs interprètent la situation.

    Ce mécanisme peut être éclairé par la théorie dite des « buts-cadres » ou goal-framing theory), selon laquelle notre comportement est façonné par des objectifs activés de manière contextuelle. Trois types de cadres coexistent : le cadre hédonique avec la recherche du plaisir/bien-être immédiat, le cadre de gain avec la recherche d’un intérêt personnel matériel à long terme et le cadre normatif avec l’adhésion à des règles et valeurs collectives.

    Dans ce contexte, l’Eusko ne crée pas de nouvelles motivations. Elle semble réactiver un cadre normatif préexistant chez les utilisateurs réguliers : un rapport au collectif, à la solidarité et à la coopération. En rendant ces objectifs saillants, la monnaie infléchit leur comportement de manière moins compétitive, plus conciliante.

    Relocaliser l’économie

    Le changement de monnaie dans cette expérience n’a pas modifié le comportement des « proposeurs », qui ont dans l’ensemble proposé une répartition équitable. Sans doute en raison du caractère public de l’expérience et d’un biais de désirabilité sociale ? L’effet observé concerne uniquement les « répondants », ceux qui acceptent ou refusent une offre. Les résultats confirment une intuition partagée par de nombreux acteurs de l’économie sociale et solidaire : les dispositifs alternatifs comme les monnaies locales ne sont pas neutres.

    L’Eusko, comme d’autres monnaies locales en France, a souvent été défendu pour sa capacité à relocaliser l’économie et à renforcer les circuits courts. Cette étude montre qu’elle pourrait aussi jouer un rôle plus subtil mais tout aussi important : renforcer les normes de coopération au sein d’une communauté engagée. Ces résultats relancent les débats sur le rôle des outils monétaires dans la transformation sociale. Ils suggèrent une voie prometteuse pour la recherche : analyser non seulement les effets économiques directs de ces innovations, mais aussi leur capacité à façonner les représentations mentales et les comportements collectifs.

    Si des dynamiques identitaires liées au contexte basque sont parfois évoquées pour expliquer le succès de l’Eusko, celui-ci semble toutefois davantage porté par un contexte socio-politique fertile façonné par des décennies de mobilisation territoriale et de construction de la #confiance.

    https://theconversation.com/eusko-basque-quand-utiliser-une-monnaie-locale-declenche-un-reflexe
    #Pays_Basque #économie #relocalisation