• #Allemagne : un « #centre_d'opportunités » pour intégrer les migrants sans titre de séjour

    Un “centre d’opportunités” situé dans l’est de l’Allemagne propose aux migrants qui risquent l’expulsion un parcours vers l’intégration, la #valorisation de leurs #compétences et un #emploi. Ce projet pilote va accompagner quelque 200 personnes sur un an.

    Lancé le 1er juin dans le Land de Brandebourg, la région autour de Berlin, un "centre d’opportunités" s’est fixé comme objectif de mieux intégrer dans le système éducatif et sur le #marché_du_travail les personnes sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire mais ne pouvant être expulsées pour diverses raisons.

    Cela concerne entre autres les personnes bénéficiant d’un séjour toléré (#Duldung) : leur demande d’asile a certes été rejetée, mais elles ne peuvent retourner dans leur pays d’origine pour des raisons souvent administratives (absence de documents d’identité ou d’accord de réadmission) ou médicales. Le centre s’adresse aussi aux migrants dont la situation juridique est encore en cours de clarification.

    Le but est d’aider ces personnes à intégrer le marché du travail et, à terme, de leur offrir une voie leur permettant de rester en Allemagne.

    Le “centre d’opportunités” doit accompagner entre 200 à 300 personnes par an et proposer des cours de langue, des formations professionnelles, des parcours éducatifs et des passerelles vers l’emploi ou des stages. Actuellement, une centaine d’hommes, de femmes et de mineurs profitent déjà du projet.

    Le premier cours d’allemand, qui compte 17 participants - originaires principalement du Cameroun, du Kenya, d’Afghanistan et d’Afrique du Sud -, a débuté cette semaine. Bon nombre de ces étudiants étaient auparavant hébergés au centre de premier accueil d’#Eisenhüttenstadt.

    “L’intégration est à la fois une offre et un effort individuel. L’intégration, c’est du travail pour les deux parties. Le pays crée de réelles opportunités et les immigrés y participent activement en fonction de leurs moyens”, a déclaré René Wilke, ministre de la Migration et de l’Intégration du Land de Brandebourg (l’Allemagne fédérale est composée de 16 régions appelées Länder) lors de la cérémonie d’ouverture de la structure le 21 août.

    “L’immigration ne devient pas automatiquement un atout", a-t-il ajouté. "Elle nécessite des lois, des règles claires, des structures efficaces et du temps. Elle nécessite une société prête et disposée à accueillir des personnes, à les laisser s’épanouir et à faire preuve de curiosité. À adopter ce qui est utile et à rejeter ce qui ne convient pas. Elle a besoin de nouveaux arrivants qui acceptent et respectent les conditions existantes”.

    Un quart de la population active sera bientôt à la retraite

    Le Land de Brandebourg table sur une pénurie d’environ 120 000 travailleurs d’ici 2031 et affirme que les ressortissants étrangers seront indispensables pour combler ce déficit et soutenir la croissance et l’#emploi.

    Selon le ministre René Wilke, dans certaines régions, entre 25 et 30% de la population active actuelle pourrait prendre sa retraite d’ici cinq ans. Les secteurs des transports, de la logistique, de l’hôtellerie, du commerce de détail, de l’agriculture et des services de santé devraient être particulièrement touchés.

    L’Autorité centrale en charge des étrangers du Land de Brandebourg (ZABH) a enregistré 6 089 nouvelles arrivées l’année dernière, soit une baisse d’environ 25% par rapport à 2024. Les principaux pays d’origine étaient l’Ukraine, l’Afghanistan, la Syrie, la Russie et la Turquie.

    Les données officielles du gouvernement indiquent qu’entre janvier et décembre 2025, 1 275 droits de séjour sont arrivés à échéance dans le Brandebourg.

    Les statistiques nationales montrent aussi qu’en Allemagne, à la fin de l’année dernière, 361 000 demandeurs d’asile bénéficiaient d’un statut de protection en cours d’examen, ce qui signifie qu’aucune décision juridique n’avait encore été rendue concernant leur demande d’asile, les empêchant de s’intégrer dans le pays.

    Par ailleurs, on estime à 178 000 le nombre de personnes dont la demande d’asile n’a pas été acceptée ou qui ont perdu leur statut de protection et qui sont donc passibles d’expulsion. Parmi elles, environ 140 000 personnes, soit 79%, bénéficiaient d’un séjour toléré, (Duldung), qui n’a pas été renouvelé.

    L’#AfD réclame des centres d’expulsions, et non pas d’insertion

    Le "centre d’opportunités" est salué par les associations. "Ces personnes suivent une formation, elles ont un emploi, et les services de l’immigration ne leur permettent plus de travailler, ou ne les autorisent même pas à commencer, ou encore ne leur accordent tout simplement pas de titre de séjour", a résumé Kirstin Neumann, porte-parole du Conseil des réfugiés de Brandebourg interrogée par la radio publique RBB, reconnaissant que ce centre est un premier pas dans la bonne direction.

    Mais la militante veut aller plus loin et renforcer plus largement les structures de ce type au niveau local, plutôt que de soutenir une poignée de personnes dans un unique centre.

    De son côté, le parti d’extrême droite et anti-immigration AfD a organisé une manifestation devant le centre le jour de son inauguration. Selon le président du groupe parlementaire de l’AfD au parlement régional, Hans-Christoph Berndt, les personnes présentes sur le site devraient être placées en rétention administrative. "L’Allemagne doit rester le pays des Allemands. C’est pourquoi nous disons non au ’centre d’opportunités’. Les demandeurs d’asile déboutés doivent quitter le pays”, a-t-il insisté.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/73322/allemagne--un-centre-dopportunites-pour-integrer-les-migrants-sans-tit
    #sans-papiers #intégration
    ping @karine4

  • Le mafie lavano più bianco

    Le organizzazioni criminali italiane e il riciclaggio di denaro in Ticino: dal Placement alla minaccia delle criptovalute

    Quanti soldi riciclano le organizzazioni criminali italiane in Ticino? E come lo fanno? Dagli anni Settanta, con la stagione dei sequestri, le mafie hanno sistematicamente utilizzato (o tentato di utilizzare) la nostra piazza finanziaria. La casistica nota – di cui riporto gli esempi più significativi – mostra il ricorso a tutte le fasi del processo di “ripulitura”: il deposito su conti correnti o in cassette di sicurezza (Placement); le operazioni bancarie disposte per mascherare la provenienza dei fondi (Layering); la loro immissione nel circuito dell’economia legale (Integration). Il progressivo rafforzamento delle norme antiriciclaggio, nate nel 1990 proprio grazie alle falle emerse con la “Pizza Connection” e i narcodollari “lavati” da Cosa Nostra in Svizzera, ha notevolmente ridotto i rischi. Ma le cosche non sono state a guardare. Dal mondo reale stanno passando all’universo virtuale, per sfruttare i vantaggi delle criptovalute e i vuoti legislativi tuttora esistenti.

    https://novitafiscali.ch/articoli/2019/n-11-novembre-2019/le-mafie-lavano-piu-bianco

    #mafia #Suisse #Tessin #blanchissement_d'argent #finance #cryptomonnaies #criminalité_organisée #Francesco_Lepori #Placement #banques #Layering #Integration #Pizza_Connection

  • « Si vous voulez travailler, vous travaillez demain » : à Loudéac, l’indispensable main-d’œuvre des salariés roumains
    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/09/si-vous-voulez-travailler-vous-travaillez-demain-a-loudeac-l-indispensable-m

    « Si vous voulez travailler, vous travaillez demain » : à Loudéac, l’indispensable main-d’œuvre des salariés roumains
    Par Lionel Dangoumau (Loudéac [Côtes-d’Armor], envoyé spécial)
    Plusieurs milliers de Roumains sont venus travailler en Bretagne depuis l’entrée de leur pays dans l’Union européenne. Avec ses nombreux emplois, sa mission orthodoxe et son épicerie spécialisée, la petite ville des Côtes-d’Armor est un pôle d’attraction pour cette diaspora laborieuse.
    La traversée en voiture de l’immense zone d’activité de Loudéac, 400 hectares de béton entourés de champs à la sortie de la petite ville, est un voyage au pays de l’agroalimentaire : Vétagri, Entremont, Paticeo, Gelagri… « C’est le poumon économique des Côtes-d’Armor, affirme Bruno Le Bescaut, le maire (divers centre) de la ville, qui nous ouvre la mairie un samedi matin pour nous recevoir dans son bureau. A Loudéac, nous avons 10 000 emplois pour 10 000 habitants. » Parmi eux, il estime le nombre de citoyens roumains à « environ 450-500 ».Depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, en 2007, ils n’ont plus besoin de titre de séjour pour venir en France. De 2011 à 2021, dernier recensement en date de l’Institut national de la statistique et des études économiques, le nombre de Roumains en Bretagne a triplé, pour atteindre environ 6 500 personnes.
    Avec son association culturelle L’Amitié roumaine Centre Bretagne, Doïna Benalloul organise des expositions, des spectacles, et donne aussi des cours de français à la médiathèque de Loudéac, le samedi matin. « Dans les années 1990, je pense que j’étais la seule Roumaine, rigole-t-elle. Quand je suis revenue, en 2018, il y avait beaucoup de Roumains. Ici, si vous voulez travailler, vous travaillez demain ! C’est le plein-emploi. » Au premier trimestre, le taux de chômage dans les Côtes-d’Armor s’établissait à 6,6 %, contre 8,1 % en France, hors Mayotte.
    La filière agroalimentaire aurait aujourd’hui du mal à se passer de ses salariés ou intérimaires roumains, notamment pour certains métiers éprouvants, comme le ramassage des volailles. « C’est dur, confirme Georgiana Alichitoaie, 36 ans, originaire de Iasi, dans le nord-est de la Roumanie, qui s’était installée une première fois en 2015 à Loudéac avec son ex-mari. On travaille la nuit, il n’y a pas d’horaires fixes. On peut faire un chantier à 3 heures du matin et repartir pour un autre à 20 ou 30 kilomètres. Les volailles sont dans un bâtiment et on doit les mettre dans un chariot puis dans le camion, trois par trois ou deux par deux, et ce n’est pas facile parce qu’il y a beaucoup de poussière. » Rentrée en Roumanie pour divorcer, elle est revenue seule en 2019 à Loudéac, où elle vit avec ses deux fils, Denis, 15 ans, qui passe la semaine dans un institut médico-éducatif, et Rafael, 12 ans.
    Mais la participation des Roumains à l’économie locale ne se résume pas aux emplois non qualifiés. Sise à Lamballe, à 40 kilomètres au nord de Loudéac, la Cooperl est le numéro un de la production porcine en France. Environ 13 % de ses 7 500 salariés sont étrangers, et la nationalité roumaine est la plus représentée, avec près de 300 personnes, dont une dizaine sur le site de Loudéac. « Nous sommes sur un territoire où les départs à la retraite sont plus nombreux que les entrées dans la vie active, constate François Thébault, le directeur des ressources humaines de cette coopérative agricole et agroalimentaire. Il est aussi de plus en plus compliqué de pourvoir à nos besoins en compétences sur des métiers stratégiques, comme ceux de technicien de maintenance ou de technicien en énergie. On ne peut pas fonctionner sans recruter en dehors de notre territoire et à l’international. On a fait le choix de l’assumer et de l’accompagner. »
    Des agences d’intérim se sont même spécialisées dans le recrutement de travailleurs roumains, comme CAPA Intérim, qui compte six agences dans le Grand Ouest et une antenne à Ploiesti, près de Bucarest. « On a des intérimaires d’autres origines, mais c’est vrai qu’il y a des liens particuliers avec ce pays, assure Madalina Marin, 36 ans, assistante relations humaines à l’agence de Josselin (Morbihan) et elle-même roumaine. On recherche majoritairement des profils pour le secteur agroalimentaire, l’industrie, le BTP. Par exemple des ouvriers d’abattoir, comme des désosseurs de volaille ou de porc, des postes où on ne demande pas forcément d’expérience antérieure. Ce qui attire les Roumains ici, c’est surtout l’élément financier. Le coût de la vie est moins élevé en Roumanie, mais il y a de l’inflation, et les salaires ne suivent pas forcément. »
    « A la base, je suis technicienne industrielle dans le textile et, en Roumanie, je gagnais le salaire minimum, 150 euros par mois », témoigne Georgiana Alichitoaie. Après le ramassage des volailles et des périodes d’intérim en abattoir, elle est devenue opératrice de fromagerie, et dit toucher entre 2 200 et 2 400 euros net par mois. Arrivée en 2018 en provenance de Giurgiu, dans le sud de la Roumanie, Nicoleta Gaura, 50 ans, y était couturière et gagnait 300 euros par mois. En Bretagne, elle a commencé comme pareuse en abattoir, pour un salaire mensuel de 1 400 euros : « Avec un couteau, on coupe pour enlever la graisse, le sang, le cartilage, c’est un travail très dur. » Elle est aujourd’hui formatrice à la Société bretonne de volaille et se réjouit de devenir bientôt propriétaire de son logement. « J’ai bien réussi, mais j’ai beaucoup bossé pour ça ! », se félicite-t-elle.
    « Il y a deux typologies, schématise Bruno Le Bescaut au sujet des résidents roumains de sa ville. Les sédentaires, qui exercent souvent dans les professions moyennes et supérieures : techniciens spécialisés, ingénieurs, médecins… Ils s’installent, achètent, parlent français. Et puis les intérimaires, qui font des allers-retours. » Ces derniers, souvent de jeunes hommes qui veulent rentabiliser au maximum leur séjour, sont prêts à accepter des conditions de logement sommaires. Avec la promiscuité et le désœuvrement, en dehors du travail, des épisodes de tapage et des problèmes avec le voisinage ont surgi, sur fond d’alcoolémie. « Le principal problème, c’est le logement, reconnaît l’édile. Mais les employeurs ont été sensibilisés au sujet, et ils ont répondu présent. Ils mettent moins d’employés dans les maisons. »
    Forte de son dynamisme, que reflètent les nombreux commerces d’un centre-ville coquet et bien entretenu, Loudéac pourrait postuler au statut de capitale officieuse de cette communauté laborieuse, qui peut venir faire ses courses à l’épicerie Transilvania, tenue par Ionut et Alina Guler. Professeure de violon, Alina Guler a quitté la Roumanie avec son mari quand la crise financière de 2008 a frappé l’affaire familiale où il travaillait.Après avoir déjà repris en 2016 une épicerie roumaine à Pontivy (Morbihan), Alina et Ionut Guler ont racheté celle de Loudéac, il y a deux ans. Ils ont alors quitté le petit local originel pour ouvrir un espace de 400 mètres carrés, où 80 % des produits proposés sont roumains, de la charcuterie fumée aux fromages, en passant par les conserves de chou en saumure, indispensables pour cuisiner les sarmale, un plat de fête. Un grossiste de Nantes les livre deux fois par mois. « On est partis de zéro, rappelle Alina Guler. Quand on est arrivés, ni mon mari ni moi ne savions parler français. Au début, à Pontivy, nous étions la seule épicerie roumaine. Le week-end, les gens venaient de Brest, Lorient, Vannes, Quimper… Maintenant, il y en a d’autres. » Une grande surface non loin vient même d’ouvrir son propre rayon de produits roumains.
    A deux pas de la mairie, les fidèles orthodoxes de Loudéac ont aussi la possibilité de se rendre à la chapelle catholique Notre-Dame-des-Vertus, qui accueille une mission de l’Eglise orthodoxe roumaine, placée sous le patronage du saint hiéromartyr Charalampe de Magnésie. Pour la fête de Pâques, le bâtiment était plein à craquer, avec plusieurs centaines de personnes réunies autour du père Emil Ungureanu. Lui est arrivé en Bretagne en 2014. Il a d’abord mis de côté sa licence en restauration d’objets d’art pour… un CAP de charcutier-traiteur, avant d’être rattrapé par sa foi. Ordonné prêtre en 2017, il se consacre à la paroisse de Loudéac depuis 2021. Il a fait profiter son église de ses talents de décorateur : il a peint les figures dorées qui embellissent l’iconostase, la cloison séparant l’autel des fidèles dans la liturgie orthodoxe. Ici, il célèbre mariages et baptêmes – « une trentaine l’an dernier », souligne-t-il.
    Dans la conversation, il dit « chez nous, en Bretagne », et offre des spécialités roumaines – coliva (gâteau de blé concassé), cozonac (brioche), placinta (feuilleté) – après avoir confessé une quinzaine de fidèles, qui lui ont soufflé leurs difficultés morales ou physiques : « Les ouvriers des abattoirs souffrent de tendinites, de hernies. » Il se félicite que les Roumains soient « bien accueillis », même si certains ont plus de mal à se faire à l’exil. « Soit parce qu’ils n’ont pas réussi à créer une sociabilité suffisante, soit à cause du travail, explique-t-il. Récemment, un boucher est rentré en Roumanie parce que, maintenant, les salaires ont augmenté. »
    Les nombreuses familles qui réussissent à trouver une situation économique stable envisagent moins ce retour. « Je veux rester ici, insiste Georgiana Alichitoaie. La France est le pays qui voit grandir mes enfants, et mes enfants, c’est ma vie. Ils sont plus en sécurité ici que dans une grande ville. C’est propre et, pour nous qui n’avons pas fait d’études supérieures, c’est plus facile de trouver du travail que dans d’autres régions. »Originaire de Targoviste, au nord de Bucarest, Madalina Marin s’était d’abord installée en Pologne, puis en Ile-de-France. En Bretagne, elle a trouvé un environnement qui lui convient : « Je ne connaissais pas trop la région, mais aujourd’hui je partage pas mal de ses valeurs. J’aime aussi la nature dont on peut profiter ici. J’ai commencé les démarches pour obtenir ma naturalisation, mais ça traîne beaucoup. » Alina Guler aussi voudrait la nationalité française, pour elle, son mari et leurs trois enfants. « On est sérieux, bien intégrés, on paie nos impôts comme tout le monde, on est des bosseurs », justifie-t-elle, prête à convaincre qu’elle est ici pour de bon.

    #Covid-19#migration#migrant#france#bretagne#roumanie#agroalimentaire#economie#immigration#travailleurmigrant#integration#sante

  • Yazid Sabeg, ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances : « La France ne peut plus penser l’immigration comme un phénomène extérieur »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/12/yazid-sabeg-ancien-commissaire-a-la-diversite-et-a-l-egalite-des-chances-la-

    Yazid Sabeg, ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances : « La France ne peut plus penser l’immigration comme un phénomène extérieur »
    Tribune
    Yazid Sabeg Ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances (2008-2012)
    L’immigration est devenue l’un des faits constitutifs de la France contemporaine. La nier, c’est mentir au pays ; la subir sans ordre, c’est l’abandonner aux tensions et aux troubles ; la célébrer sans exigence, c’est manquer de sérieux.
    Il faut à cet égard saluer « Trajectoires et origines 2 » (TeO2), une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Insee menée auprès de 27 000 personnes, et l’ouvrage dirigé par Cris Beauchemin, Mathieu Ichou et Patrick Simon qui en présente les résultats [Editions de l’INED, 616 pages, 29 euros]. Avant TeO2 (2019-2020), il y eut TeO1 (2008-2009), dans un climat controversé. Il faut saluer le travail des chercheurs et chercheuses Cris Beauchemin, Christelle Hamel, François Héran, Mathieu Ichou, Patrick Simon, des équipes de l’INED et de l’Insee, ainsi que celui de Jean-Luc Tavernier, pour ce service rendu à la République.
    Le grand penseur des Lumières Nicolas de Condorcet (1743-1794) aurait reconnu là l’une des plus hautes fonctions de la connaissance : éclairer la décision publique. Or, l’immigration est devenue un théâtre : menace pour la droite extrême, morale antiraciste impuissante, lois sans doctrine. L’Etat a beaucoup parlé, mais il a mal distingué et souvent mal tenu parole.
    L’enquête TeO2 oblige à changer de logiciel. La France ne peut plus penser l’immigration comme un phénomène extérieur, temporaire ou administratif. Elle a produit des générations, des familles, des unions mixtes, des descendants français, des appartenances multiples et des enracinements durables. La question migratoire demeure une question de souveraineté aux frontières, qui appelle une régulation claire des flux, des statuts et les sorties. Mais le fait post-migratoire engage l’école, le travail, le logement, la reconnaissance et la cohésion du pays.
    Toute l’erreur française tient à la confusion de ces deux objets : durcir les flux pour masquer l’échec de l’intégration ; invoquer l’intégration pour éviter de réguler. La frontière relève de l’Etat souverain ; les générations installées relèvent de la république sociale. Les mélanger, c’est échouer deux fois.L’enquête TeO2 est bouleversante parce qu’elle montre une société plus mûre que ses controverses : une France brassée, entremêlée, traversée d’identités à trait d’union, de familles mixtes, de pratiques convergentes. La société ne se défait donc pas ; elle se transforme, incorpore, produit du commun. Mais l’intégration culturelle existe sans suffire.
    C’est le paradoxe français : la France intègre plus qu’elle ne le croit, mais reconnaît moins qu’elle ne le devrait. Elle intègre par la langue, l’école, les diplômes, les unions, le sentiment national ; mais laisse l’emploi, le logement, la santé et l’accès aux responsabilités trier encore selon le nom, l’adresse, l’origine supposée ou la couleur de peau.
    Le fait central n’est donc plus seulement l’immigration ; c’est la descendance de l’immigration. La France compte des millions de femmes et d’hommes nés ici, formés ici, parlant sa langue, inscrits dans son destin – et pourtant renvoyés à une histoire migratoire qu’ils n’ont pas vécue. La première génération relève du séjour et de l’intégration ; la deuxième de l’égalité réelle ; la troisième pleinement de la nation. Continuer à parler de ces générations comme d’une survivance migratoire, c’est demander à des Français de prouver indéfiniment qu’ils le sont.
    La ligne est simple : la frontière gouverne les entrées ; la République gouverne les générations. Elle permet de sortir de deux mensonges : la panique, qui transforme l’immigration en menace totale ; le déni, qui refuse les tensions nées de la concentration territoriale, de la précarité, des insuffisances du français, des défaillances de l’école, des discriminations et de l’échec partiel des politiques d’intégration. Gouverner, ce n’est ni dramatiser pour conquérir ni minimiser pour se rassurer. C’est regarder lucidement, distinguer exactement, puis agir justement.
    L’enjeu est désormais que l’ordre politique et étatique s’empare de ces conclusions, informe l’opinion, rétablisse les catégories, refuse les amalgames et évite les surenchères. Il faut dire toute la vérité : maîtriser les flux, protéger l’asile, combattre l’irrégularité organisée, rendre l’Etat capable de décider mieux ; mais aussi reconnaître que la France est déjà une société post-migratoire, que les descendants ne sont pas des immigrés, que les discriminations brisent la promesse républicaine et que l’école, le logement, le travail et la santé sont au cœur du sujet.
    Il faut une politique d’Etat qui tienne ensemble l’autorité et la justice : maîtriser les flux, stabiliser le séjour, sanctionner l’irrégularité organisée, protéger l’asile. Ce n’est pas la brutalité ; c’est la dignité de l’Etat. On ne construit ni travail, ni famille, ni intégration sur la précarité administrative ; on ne combat pas l’irrégularité en laissant prospérer les filières, les employeurs prédateurs et les marchands de
    Il faut faire du français une grande cause nationale, du travail le pivot de l’intégration, reconnaître les qualifications, ouvrir les stages, les réseaux, les concours et les carrières. Il faut combattre les discriminations, parce qu’une République qui disqualifie ses talents se trahit et s’appauvrit. Il faut refuser tous les séparatismes, majoritaires ou minoritaires : ceux qui enferment dans des communautés closes comme ceux qui réservent la nation à une origine, une apparence ou une mémoire unique. Il faut refuser les amalgames : un Etat juste ne confond pas l’étranger irrégulier, le réfugié, le travailleur, le croyant, le délinquant, le binational et le citoyen français.
    Un Etat adulte ne détourne pas le regard devant les peurs du pays ; il les éclaire et les ramène à la raison publique. Il ne courtise pas les colères ; il les transforme en volonté de justice et d’ordre. Il ne fait pas des enfants de l’immigration des suspects à perpétuité ou des sauvages ; il les reconnaît pour ce qu’ils sont : une part de la France. Il ne confond pas la souveraineté avec la brutalité, ni l’autorité avec l’arbitraire ; il décide justement, première dignité de l’Etat.
    L’enquête TeO2 donne les instruments d’une République enfin adulte face à l’immigration. Elle ne supprime pas les difficultés ; elle les rend intelligibles. Elle ne dicte pas une politique ; elle interdit de penser faux. Après elle, l’ignorance n’est plus une excuse. L’instrumentalisation de l’ignorance serait une faute. La République sait mieux ce qu’elle est devenue. Il lui reste à décider si elle sera à la hauteur de cette vérité.

    #Covid-19#migration#migrant#france#integration#politiquemigratoire#sante#droit#immigration

  • A Paris, sous les tentes du métro Stalingrad, l’« errance » sans fin des exilés
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/06/12/a-paris-sous-les-tentes-du-metro-stalingrad-l-errance-sans-fin-des-exiles_67

    A Paris, sous les tentes du métro Stalingrad, l’« errance » sans fin des exilés
    Un tiers des personnes vivant dans les rues de la capitale ont le statut de réfugié, estime l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Mais, faute de logement et de travail, beaucoup se retrouvent dans le campement informel du 10ᵉ arrondissement.
    Par Mustapha Kessous
    Ce village de toiles s’étire sur plusieurs centaines de mètres. Des tentes par dizaines et d’innombrables couchages usés par les intempéries. Et, au milieu, des rats qui se faufilent et se cachent sous les matelas. Il y a aussi ce vacarme incessant de la circulation et du métro aérien. Et, partout, des visages épuisés. Il n’y a pas grand-chose à faire dans ce camp de migrants, posé sur le terre-plein central du boulevard de La Chapelle, dans le 10e arrondissement de Paris, où vivotent quelque 850 Afghans, Erythréens ou Sud-Soudanais.
    Certains font défiler sans fin des vidéos TikTok sur leur téléphone, d’autres y jouent aux petits chevaux, d’autres encore prient en égrenant les perles de leur chapelet. Ici, les journées s’écoulent pour beaucoup dans l’attente : une réponse pour un travail ou un logement, un rendez-vous administratif ou une consultation médicale.
    En cet après-midi du début du mois de juin, les équipes de Médecins du monde ont garé leur camion à l’entrée du boulevard, à deux pas de la station de métro Stalingrad. Devant la portière arrière, des hommes attendent leur tour pour voir une infirmière ou une docteure. A l’intérieur, les consultations prennent parfois des allures de confession. Les soignants, avec l’aide de traducteurs, auscultent des corps marqués par la route, nettoient des plaies et distribuent quelques médicaments. « Beaucoup de primo-arrivants sont de jeunes Soudanais, il en vient tous les jours », constate Paul Alauzy, le coordonnateur de la veille sanitaire de l’association.
    D’autres exilés reviennent chaque lundi, semaine après semaine, mois après mois. Stalingrad n’abrite pas seulement des migrants fraîchement arrivés en France. Depuis l’hiver 2025, le nombre d’occupants est passé d’une centaine à plus de 800. « Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas seulement peuplé de demandeurs d’asile qui viennent de fuir les guerres, mais aussi de personnes qui ont obtenu le statut de réfugié. Certaines errent depuis des mois ou des années et finissent par rejoindre le camp, précise M. Alauzy. C’est l’autre réalité de la migration. »
    Selon Médecins du monde, 60 % des occupants du campement sont des demandeurs d’asile, 20 % ont obtenu le statut de réfugié, et les 20 % restants ont épuisé tous les recours et vivent sans papiers. Plus généralement, on estime qu’un tiers des personnes vivant dans la rue à Paris ont le statut de réfugié, avance Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). « C’est paradoxal, mais beaucoup d’entre eux étaient mieux pris en charge lorsqu’ils demandaient l’asile, souligne-t-il. Une fois le statut de réfugié accordé, ils perdent certaines aides et doivent se débrouiller seuls. » Paul Alauzy assène : « La machine à les intégrer est en panne. »
    Ce campement précaire, où plane une constante odeur d’urine, est un point de ralliement pour ces personnes ayant obtenu une protection ou un titre de séjour. « Avoir des papiers ne marque pas forcément la fin de l’errance migratoire et ne suffit pas toujours pour commencer à construire sa vie », dit M. Leschi. Beaucoup échouent dans le camp – ou reviennent à la « case départ » – après avoir perdu leur emploi ou leur logement. Là-bas, ils retrouvent des « frères » avec lesquels ils ont partagé les épreuves de la route ou des compatriotes qui ont connu la même chose. « C’est un repère quand on n’a plus rien », résume un Somalien de 26 ans derrière d’élégantes montures de lunettes, qui souhaite rester anonyme.
    Cet ancien étudiant en mathématiques, qui a quitté Mogadiscio en 2020 – l’asile lui a été accordé deux ans plus tard – s’est retrouvé ici, il y a deux mois, quand son colocataire lui a demandé de quitter leur appartement. « Mon contrat de magasinier s’était terminé, et je n’avais plus les moyens de payer ma part du loyer, explique-t-il. C’est temporaire ici. J’ai eu un entretien pour un travail. J’espère l’avoir. Mais c’est dur, c’est comme si j’étais un éternel migrant. »
    Casquette imitation Gucci sur la tête, bagues argentées à tous les doigts, ce Gambien de 43 ans dort sous l’une des tentes depuis deux mois également. Il possède un titre de séjour italien, obtenu après son arrivée à Lampedusa, en 2013. « J’étais en Allemagne ces dernières années, je n’avais plus de boulot. On m’a dit de venir en France, que c’était un bon pays et qu’on pouvait trouver un travail, raconte-t-il. Je constate que ce n’est pas facile. »Avant d’arriver à Paris, on lui a parlé de Stalingrad, où il rencontrerait des « gens comme lui » et des associations qui pourraient l’aider. Les semaines passent, et Mohamed Lamine n’a toujours pas trouvé de travail, même non déclaré. « Ces personnes constituent malheureusement un nouveau sous-prolétariat que l’on retrouve sous le métro aérien », déplore le directeur général de l’OFII. Ils sont nombreux à avoir « erré de pays en pays en Europe », constate Paul Alauzy. « La France est un pays de rebond : on tente d’obtenir ici ce qu’on n’a pas réussi à obtenir ailleurs », atteste Didier Leschi.
    C’est aussi le cas pour Mohamed Abdallah. Cet homme de 40 ans qui frôle les deux mètres a quitté son Ethiopie natale, en 2016, alors secouée par de violentes manifestations antigouvernementales. Pendant près d’une décennie, il a vécu en Allemagne, où il a rencontré son épouse et vu naître sa fille, aujourd’hui âgée de 1 an et demi. Là-bas, il n’est jamais parvenu à obtenir un titre de séjour.
    Alors la France s’est imposée comme un dernier recours, et le camp de Stalingrad comme un ultime espoir. Il est venu seul, il y a moins d’un an. Sa demande d’asile a été rejetée ; il doit prochainement comparaître devant la Cour nationale du droit d’asile. « La migration, c’est tourner en rond, confie Mohamed Abdallah. Je n’en peux plus de tourner en rond. »En fin de journée, un jeune Soudanais semble soulagé. Il y a encore un mois, Adam Salé, 25 ans, dormait à Stalingrad. « Je touche désormais le RSA et je peux me payer un tout petit hôtel. J’étais à la rue depuis quatre ans. » Ce jour-là, il est venu prendre des nouvelles de ses amis dans le camp. Il a obtenu l’asile en 2020, après son arrivée en France alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Aujourd’hui, Adam Salé cherche désespérément un travail, n’importe lequel. Il rêve aussi d’un appartement et d’une vie sociale et sentimentale. Il s’arrête de parler. Il plonge la tête dans son carnet et recopie les mêmes phrases, en s’appliquant sur chaque lettre comme un écolier soignant son écriture. Puis, il lève la tête : « L’exil, c’est l’errance. On est toujours perdu. »

    #Covid-19#migration#migrant#france#campement#paris#exil#asile#sante#droit#logement#integration

  • Italie : la laborieuse intégration des migrants africains - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71837/italie--la-laborieuse-integration-des-migrants-africains

    Italie : la laborieuse intégration des migrants africains
    Par RFI Publié le : 11/06/2026
    L’Italie est une des portes d’entrée des migrants en Europe. Le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni tente de freiner l’immigration clandestine, venue d’Afrique notamment. Mais dans le même temps, les autorités font venir des centaines de milliers de personnes pour occuper des emplois dont l’Italie a besoin. Une immigration choisie qui a ses limites.
    Les migrants vivent dans des conditions précaires, et peuvent être victimes d’exploitation, sans compter le racisme. Nous nous sommes rendus dans la région agricole des Pouilles, dans le sud du pays.

    #Covid-19#migration#migrant#italie#subsaharien#immigrationchoisie#migrationirreguliere#integration#sante

  • Generative colors with CSS | Go Make Things
    https://gomakethings.com/articles/generative-colors-with-css
    https://developer.mozilla.org/fr/docs/Web/CSS/Reference/Values/color_value/oklch
    https://caniuse.com/?search=oklch

    Transformation relative d’une couleur existante en changeant la luminosité, le hue, etc. Cela permet de faire des variantes de couleur très facilement, et donc d’avoir une palette complète pour un site, uniquement à partir de 2 ou 3 couleurs de base.

    Cette fonction (encore qu’à 91% now) évite le pré-calcul en PHP des composantes de la couleur, pour pouvoir en faire des variantes ensuite. Actuellement dans SPIP, le plugin CSS Var (https://git.spip.net/spip-contrib-extensions/cssvar) fait ça automatiquement dès qu’il trouve une variable de couleur hexadécimale :
    https://git.spip.net/spip-contrib-extensions/cssvar/-/blob/master/cssvar_pipelines.php?ref_type=heads#L78

    Et donc cette fonction permet de faire exactement pareil mais en natif.

    #intégration #web #CSS #couleur #thème

  • Immigration : un « grand brassage » mais des inégalités persistantes
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/20/immigration-un-grand-brassage-mais-des-inegalites-persistantes_6691739_3224.

    Immigration : un « grand brassage » mais des inégalités persistantes
    Par Julia Pascual
    Une « hybridation » de la population et l’émergence d’identités « à trait d’union ». Tels sont les processus parmi les plus notables à l’œuvre, à mesure que la société française incorpore des immigrés. Jeudi 21 mai, l’Institut national d’études démographiques (INED) publie « Trajectoires et origines 2 », une étude sociologique de plus 600 pages, qui réunit 35 auteurs pour ausculter les itinéraires des immigrés et de leurs descendants.
    Cette deuxième édition, parue dix années après la première, est fondée sur des entretiens menés auprès de plus de 27 000 personnes, essentiellement en face à face, entre 2019 et 2021. Sont abordées à la fois l’origine des immigrés, l’importance des phénomènes de discrimination raciale, la prévalence d’expériences de mal-logement ou encore d’irrégularités, l’ascension sociale… Dans une société où, si on remonte sur trois générations, un tiers des personnes a un lien avec l’immigration, l’apport majeur des travaux de l’INED réside dans la mise en lumière de ce « grand brassage ».
    Le phénomène révèle des dynamiques paradoxales. Les immigrés et leurs descendants témoignent d’abord de l’incorporation rapide des caractéristiques de la population majoritaire. « L’entrée dans la société, dans les pratiques culturelles et sociales, est marquée par une sorte de récupération des codes collectifs et pas par un isolat ou un communautarisme », souligne le sociologue Patrick Simon, directeur de recherche à l’INED. Il en va ainsi de l’acquisition du français dans les familles : « 86 % des descendants d’immigrés ont parlé français avec leurs parents pendant leur enfance », relèvent les auteurs. Et si l’hybridation linguistique domine d’abord, « à la troisième génération, la pratique de la ou des langues des grands-parents immigrés dans la famille est rare, témoignant de la force du modèle d’intégration linguistique français ». De quoi relativiser les « inquiétudes [qui] s’expriment régulièrement sur la capacité du modèle français à créer du commun autour de la culture ».
    De même, les pratiques sociales témoignent du fait que « c’est la mixité qui domine et pas l’entre-soi communautaire », affirme M. Simon. Les cercles amicaux des membres de la population majoritaire sont de loin les moins diversifiés en termes d’origine ethnique ou d’appartenance religieuse. Cela provient pour partie d’un effet d’opportunité lié à la structure de la société. Ainsi, « plus de la moitié des individus de la population majoritaire déclarent que presque tous les membres de leur cercle amical sont de la même origine qu’eux, alors que c’est le cas de seulement un immigré sur cinq et un descendant d’immigrés sur dix ».
    Les choix conjugaux corroborent cette socialisation : si près de la moitié des immigrés vivent dans des unions endogames, la formation des couples de la deuxième génération découle de rencontres moins liées à la famille et davantage aux cercles d’amis et au travail. De fait, le recours à la cohabitation est plus fréquent chez les descendants d’immigrés et les unions plus mixtes. Ainsi, 63 % des hommes descendants d’immigrés et 57 % des femmes descendantes d’immigrés sont en couple avec un Français sur au moins deux générations.
    Néanmoins, relèvent les auteurs, « dans quasiment tous les groupes d’origine, à l’exception des deuxièmes générations asiatiques, les niveaux plus élevés de mixité du couple pour les hommes que pour les femmes révèlent la persistance de modèles genrés d’hétérogamie, liés en partie au contrôle exercé sur les choix matrimoniaux des femmes des minorités ». D’autres comportements témoignent de l’adaptation aux normes majoritaires, à l’image de la conformation aux méthodes contraceptives ou de la fécondité : « Pour les descendants d’immigrés, la taille des familles est très proche de la taille des familles qui s’observent en moyenne en France », souligne M. Simon.
    Interrogés sur leurs origines de façon ouverte, 49 % des descendants d’immigrés citent la France seule comme origine et cette part monte à 77 % si l’on additionne les descendants qui citent la France seule et ceux qui y associent un autre pays. Ce résultat témoigne d’un sentiment d’appartenance et d’identification très fort. Néanmoins, « si le rapport aux origines montre un accroissement sensible des références à la France entre les générations, celui-ci se fait plutôt dans une dynamique d’hybridation d’une part et par l’émergence d’identités ethnicisées et racialisées – mesurée par la place de l’origine et de la couleur de peau dans les identités – d’autre part », établit l’INED.
    Celui-ci évoque ainsi des « combinaisons identitaires » qui remettent en question la vision « assimilationniste simpliste qui voudrait que les rapports aux origines se diluent au fil des générations ». Lorsque les petits-enfants d’immigrés non européens sont questionnés sur leur identité, ils sont 43 % à citer leurs origines. Seuls les descendants d’immigrés européens suivent le modèle assimilationniste en bénéficiant d’une forme d’invisibilité dans la société. Selon les auteurs, cela s’explique par l’expérience d’« altérisation » des premiers : le renvoi aux origines et les assignations stigmatisantes. Ces dernières expliquent par ailleurs et pour partie un des paradoxes majeurs mis en lumière par l’ouvrage : « Les origines se mélangent, les pratiques convergent, mais cela ne suffit pas à faire disparaître des inégalités socio-économiques », avance Mathieu Ichou, chargé de recherche à l’INED.
    Si, à origine sociale similaire, « aucun désavantage marqué ne persiste entre descendants d’immigrés et population majoritaire en termes de niveau d’études », en revanche, le constat s’assombrit sur le marché du travail et du logement. A profil égal, c’est-à-dire si on égalise le niveau de diplôme et l’âge, les hommes immigrés du Maghreb ont une probabilité d’être au chômage supérieure de 6,2 points de pourcentage par rapport à leurs semblables dans la population majoritaire. A la deuxième génération, pour les descendants d’immigrés du Maghreb, ce surrisque de chômage est de 6,3 points de pourcentage. De sorte que la situation de la deuxième génération n’est pas meilleure que celle de la première, en ce qui concerne les minorités visibles.
    Ces pénalités rendent crédibles l’existence de discriminations systémiques et de racisme contre ces populations. Lorsque l’INED demande aux enquêtés s’ils ont subi des discriminations, plus de 14 % de la population majoritaire en rapporte, principalement du fait de leur genre. Comparativement, ce sont près de 30 % des enfants de deux parents immigrés qui rapportent des discriminations, le plus souvent en raison de leur origine ou de leur couleur de peau. Cette proportion grimpe à 35 % pour les descendants de parents maghrébins et à 41 % pour les enfants d’immigrés subsahariens.

    #Covid-19#migrant#migration#france#immigre#integration#sante#discrimination#economie

  • The end of #responsive #images - Piccalilli
    https://piccalil.li/blog/the-end-of-responsive-images

    Responsive images aren’t a problem. picture isn’t a problem; srcset isn’t even the problem.

    We both know what the problem is...The sizes dilemma

    Fully automatic responsive images. Supply the browser with a list of candidates using srcset, bolt on sizes="auto", and let the browser do the rest.

    the string “auto” at the start of a sizes attribute, any browser with support for it will say “figure it out myself; got it,” ditch the rest of the sizes attribute, and move on — browsers without support will throw the meaningless-to-them auto value out and continue on to the rest of attribute as usual. That means you can start using this right now, at absolutely zero cost and with no more overhead than typing auto, at the start of a sizes attribute

    An image likely to appear in the user’s viewport when a page first loads is a situation where you wouldn’t want to use loading="lazy" (again, sizes="auto" will only work with lazyloaded images), but these images are the exceptions, not the default.

    Every other image — all those images scattered throughout columns and grids and sidebars and “cards” and smatterings of little round user avatars that the web is really made out of? loading="lazy" sizes="auto". Job done. Congratulations.

    #css

  • Les « repats », ces Français qui s’installent sur les terres d’origine de leur famille : « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France »
    https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/17/les-repats-ces-francais-qui-s-installent-sur-les-terres-d-origine-de-leur-fa

    Les « repats », ces Français qui s’installent sur les terres d’origine de leur famille : « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France »
    par Hélène Brunet-Rivaillon
    Avec ses immeubles modernes et ses commerces de style occidental, le quartier Victor-Hugo de Marrakech est très prisé des expatriés. Inès (toutes les personnes citées par un seul prénom ont requis l’anonymat), 28 ans, originaire de Tours, nous a donné rendez-vous dans un salon de thé situé à deux pas du lycée français. Derrière les vitrines, les viennoiseries jouxtent les pâtisseries marocaines. La femme est élégamment vêtue. Elle porte un hidjab de couleur crème. Lorsqu’elle entre, un serveur l’accueille poliment, lui désigne une table et lui tend délicatement la carte. Ce traitement, elle dit l’avoir rarement reçu en France, en dehors des commerces tenus par des personnes racisées, comme elle. « Parfois, on nous assurait que c’était complet, alors qu’il y avait des tables libres, déplore-t-elle. Et, si on insistait, on nous installait tout au fond de la salle. »
    Ce genre de discriminations, elle confie en avoir vécu en nombre en France, son pays de naissance. Pour fuir ces injustices à répétition, elle s’est installée au Maroc à l’été 2025, avec son mari et leurs deux fils. Le couple de Français a, un temps, imaginé vivre à Londres, avant d’être découragé par le coût de la vie. Bahreïn et Dubaï (Emirats arabes unis) ont également été envisagés pour l’exil. Ils ont finalement jeté leur dévolu sur le pays d’origine de leurs familles.En quelques jours, ils ont trouvé un appartement et inscrit leur fils aîné dans une école trilingue privée. Leur parcours est loin d’être un cas isolé. Comme eux, d’autres Français de parents immigrés font, en quelque sorte, le chemin inverse, et élisent domicile dans le pays de leur famille, le plus souvent en Europe, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Ils se définissent eux-mêmes comme des « repats » – pour « repatriés », bien qu’il s’agisse en réalité de Français qui s’expatrient.
    Si ce phénomène de « repatriation » a récemment été identifié par des chercheurs, il est encore difficile d’en mesurer l’ampleur. « Les études migratoires sont un champ de recherche pluridisciplinaire très axé sur les migrations qui arrivent en France, ou les migrations en général qui partent depuis les “Sud”, explique Brenda Le Bigot, géographe à l’université Gustave-Eiffel. Les travaux sur les migrations qui partent de France ou des “Nord” sont encore peu nombreux. Depuis une dizaine d’années, on constate l’émergence d’un sous-champ de recherche au sein des études migratoires dites “privilégiées”, dans lequel s’inscrivent des travaux sur les Français qui partent de France. »
    Entre deux bouchées de flan à la pistache dans son salon de thé de Marrakech, Inès, la Tourangelle diplômée d’un master en ressources humaines, raconte son ras-le-bol des discriminations en France, notamment en entreprise. Elle a parfois senti que le fait d’être issue de l’immigration et de confession musulmane limitait ses chances d’être recrutée.
    Et elle conserve le souvenir douloureux d’une pratique ouvertement stigmatisante. « Dans le cadre de mon bachelor, j’ai fait une alternance dans une entreprise de rénovation de l’habitat, relate-t-elle. Je devais recruter des commerciaux et j’ai eu à faire quelque chose d’illégal. On m’avait donné une grille de critères complètement discriminants : pas de femmes, pas d’Arabes, pas de Noirs. Comme ils ciblaient les personnes âgées, on devait recruter ce qu’ils appelaient le “bon petit-fils”. Le candidat idéal, c’était le blondinet, blanc, qui s’appelle Jules. »
    Las de vivre dans un pays dans lequel ils se sentaient régulièrement rejetés, voire en danger, Inès et sa famille ont opté pour le départ. « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France, mais parce que nous nous sentions détestés dans un pays que nous aimons », tient à préciser la Marrakchie d’adoption. Combien sont-ils à opter pour la même démarche ? Les statistiques ethniques étant interdites en France, il n’existe pas de chiffres précis. « Le phénomène existe et pourrait être amené à s’amplifier dans les années à venir », constate simplement Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et auteur du livre Le Diplomate et les Français de l’étranger. Comprendre les pratiques de l’Etat envers sa diaspora (Les Presses de Sciences Po, 2024).
    Abdel est un homme pressé. En marchant d’un pas vif dans les ruelles de la médina de Marrakech, entre deux rendez-vous d’affaires, il répond en arabe aux commerçants qui l’interpellent, en français ou en anglais, pour lui proposer leurs marchandises. « Ici, ils me prennent encore pour un touriste, c’est dingue ! », dit-il en riant. Devant un thé à la menthe, dans un café de la place des Epices, il déroule son parcours : fils de parents marocains d’un milieu aisé, il a grandi à Paris et étudié dans une grande école de commerce.Avec sa femme, française, et leurs enfants, ils ont posé leurs valises au Maroc, il y a un peu plus d’un an. Et, cette fois, pas pour des vacances, mais pour une durée indéterminée. « C’était devenu vraiment difficile, se désole l’entrepreneur de 49 ans. Mon fils de 16 ans s’est pris deux contrôles au faciès dans la même semaine, devant sa copine. Il a vécu ça de façon très humiliante. En France, tu peux faire tous les efforts du monde, tu resteras toujours, au mieux, le petit Arabe sympa, au pire, le voyou dont il faut se méfier. C’est fatigant, on ne te prend jamais vraiment au sérieux. »
    En décembre 2024, alors que le déménagement est en cours, une information vient confirmer la décision de la famille. Le Monde révèle qu’Emmanuel Macron a employé le terme « rabzouz » pour parler des Français d’origine maghrébine et qu’il a tenu des propos jugés racistes, tels que : « Le problème des urgences dans ce pays, c’est que c’est rempli de Mamadou [des propos démentis par la présidence de la République, le 20 décembre 2024]. » « J’ai voté Macron deux fois, moi ! Ça fait mal !, s’emporte Abdel. J’étais écœuré de lire ça, écœuré ! Si même au sommet de l’Etat on se permet ça, c’est qu’il n’y a aucun espoir. » La famille s’est faite à sa nouvelle vie, le plus dur ayant été de se séparer d’amis à Paris, notamment pour les deux adolescents. Mais Abdel est certain d’avoir pris la bonne décision : « Venir ici, c’était mettre les enfants en sécurité, assure-t-il. Le fait de ne plus vivre avec la crainte que mon fils soit traité de sale Arabe, ça n’a pas de prix. »
    Les préoccupations liées aux enfants sont au cœur de nombreux parcours de repats, motivés par le désir de les protéger et celui de leur faire découvrir le pays de leurs ascendants, tout en contribuant à son développement économique. Diana, ingénieure qualité de 43 ans, a emménagé il y a quelques mois à Cotonou, au Bénin, le pays de ses parents, avec ses enfants. Par téléphone, elle dépeint le racisme subi par son aîné, dès la maternelle, dans le petit village de la région lyonnaise où ils vivaient.« Un jour, il devait avoir 4 ou 5 ans, il m’a confié que personne n’avait voulu jouer avec lui, car il était l’intrus, celui qui n’est pas comme les autres, se remémore-t-elle. Là, on se dit qu’on fait partie des minorités visibles, et que c’est quelque chose qu’il va falloir gérer. C’est la première claque dans la figure. Je connais ces remarques, parfois j’en laisse passer, alors que je ne devrais pas, pour ne pas gaspiller d’énergie. Mais quand ça touche à nos enfants, c’est autre chose. » Un autre jour, en rentrant de l’école, le petit garçon rapporte qu’un enfant lui a dit qu’il était « marron comme du caca ».
    Diana estime aussi que son fils, en primaire, est puni plus souvent et plus sévèrement que ses camarades. « Donc, j’ai sorti mes enfants du public pour les mettre dans le privé. Et, lors de l’entretien avec la directrice, je me suis assurée qu’elle avait une bonne manière de traiter la différence. » Hélas, malgré une gestion satisfaisante des questions d’égalité au sein de l’école, son fils n’échappe pas aux remarques haineuses. « Rentre dans ton pays ! », lui lance, un jour, un élève. Le sentiment que la parole raciste s’est libérée entre les deux tours des élections législatives de 2024 achève de convaincre Diana de partir : « Je ne voulais pas vivre comme aux Etats-Unis où, à chaque fois que ton gamin noir est dehors, tu pries pour qu’il rentre. »
    Ce qu’elle décrit fait écho à la notion développée par la journaliste d’origine congolaise Douce Dibondo dans son essai La Charge raciale. Vertige d’un silence écrasant (Fayard, 2024). Cette « charge », qui est due à la seule couleur de peau des personnes qui la supportent, pèse parfois dès l’école maternelle. Elle englobe à la fois les microagressions que constituent certains regards, le fait d’être constamment interrogé sur ses origines ou soumis au désir des autres de toucher sa chevelure crépue, mais aussi les violences physiques.
    Selon une enquête de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme publiée le 9 avril, en partenariat avec l’institut de sondage IFOP, 80 % des personnes « perçues comme “noires” » disent avoir été exposées aux violences et aux discriminations raciales, de même que 70 % des personnes « perçues comme “arabes” » et 60 % des « métis ». Entre la progression de l’extrême droite et la désignation récurrente de boucs émissaires par certains médias, pour les personnes racisées, le climat est lourd.Si se prémunir contre les discriminations est au cœur de ces mouvements, c’est loin d’en être le seul moteur. Kara Diaby a grandi dans l’Oise et vit aujourd’hui à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le pays d’origine de ses parents. Diplômé d’une école de commerce à Marseille, il a rapidement eu le sentiment d’un plafond de verre l’empêchant d’évoluer professionnellement. Il a accepté des emplois en Afrique – au Cameroun, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Fort de ces expériences, il lance en 2020 une newsletter pour aider les repats, tandis que le monde, qui traversait la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, était bouleversé par la mort de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis, et le mouvement de révolte Black Lives Matter, amplifié par ce drame. Beaucoup de gens s’interrogent sur d’autres possibles. Et le succès de la newsletter est immédiat.
    Kara Diaby crée alors le réseau Repat Africa, qui rassemble environ 500 personnes (des membres de la diaspora et des repats), dont l’objectif est de favoriser les migrations et les investissements vers l’Afrique : « Si les gens sont inquiets du racisme que leurs enfants subissent à l’école, ils ont aussi envie de leur faire découvrir le pays d’origine de la famille. » Cette repatriation n’est donc pas uniquement réactionnelle, elle est aussi portée par des enjeux intimes de redécouverte des racines.
    Repat Africa compte aujourd’hui des membres aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Suisse et en France, et des résidents en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin. Ensemble, ils mutualisent leurs compétences et leurs réseaux, et investissent dans des projets d’entreprises. Au même titre que le retour aux sources, le business et le désir d’entreprendre sont assez présents dans les discours des repats de tous horizons. Néanmoins, une forme de douleur omniprésente revient toujours dans les discussions, comme si les repats balançaient sans cesse d’un pied sur l’autre. Une douleur alimentée par le sentiment d’un déni de francité.Dans un livre astucieusement intitulé La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane (Seuil, 2024), Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin évoquent, chez les musulmans, la quête d’un « droit à l’indifférence », dont ils jouissent en quittant la France. Autrement dit, la possibilité de pratiquer leur religion et d’arborer des signes religieux sans être regardé, jugé ou discriminé.
    Pour un bon nombre des personnes interrogées par Le Monde, l’envie de partir date de 2015. « De fait, la période post-attentats a été vécue comme une période d’augmentation des actes et discours islamophobes », écrivent les auteurs. Le traitement de l’actualité par les chaînes d’information, en particulier CNews, citée par plusieurs repats, est aussi parfois vécu par les Français musulmans comme une forme de harcèlement.
    Le fait de ne pas être considéré comme tout à fait français, voire pas français du tout, figure aussi parmi les arguments récurrents. Les parents de Mélanie Pinto, journaliste française trentenaire, ont quitté le Portugal et émigré en France dans les années 1970, pour fuir la dictature salazariste. Ils ont eu leurs deux filles après leur arrivée. Pourtant, « toute ma vie, en France, on m’a dit que j’étais portugaise », s’agace Mélani Pinto. Elle se rappelle, par exemple, une remarque inappropriée à l’issue d’un entretien d’embauche concluant. « Le recruteur m’avait dit : “Comme je vois beaucoup de monde, envoie-moi un mail la semaine prochaine et signe "la Portugaise", pour que je ne t’oublie pas.” » Elle en était ressortie en larmes.
    Dans un premier temps, en 2014, elle a quitté la France pour vivre au Canada. « Au Québec, pour la première fois de ma vie, j’étais la Française », se souvient-elle. Quatre ans plus tard, elle réalise son rêve de s’installer au Portugal, le pays de ses grands-parents, qu’elle ne connaissait que comme vacancière : « J’ai fait beaucoup d’efforts pour connaître l’histoire et la politique du pays et pour me perfectionner dans la langue. » Elle a aussi fondé une famille là-bas, avant d’emménager à Tanger, au Maroc, le pays de son mari, où elle vit en ce moment. « Mon fils est né à Lisbonne, il est portugais », ajoute-t-elle, fièrement.
    Sané Lou Cissokho a 32 ans. Elle est née d’une mère « française du nord de la France, blonde aux yeux bleus », comme elle le précise, et d’un père sénégalo-mauritanien. « Je ne suis qu’à un quart sénégalaise, et pourtant, au Sénégal, les gens ne m’ont jamais fait sentir que je n’étais pas des leurs. En France, quand j’étais plus jeune et que je prenais le métro tôt le matin, dès que j’entrais, je me sentais regardée parce que j’étais la seule métisse ou la seule racisée. » Elle a aussi dû supporter les préjugés : « Dans les magasins, j’étais suivie par le vigile, alors que je n’ai jamais rien volé de ma vie ! »Elle s’apprête actuellement à s’installer au Sénégal : « Quand j’étais plus jeune, je disais que, quand je serai à la retraite, je partirai. Et, en 2024, j’ai eu un déclic en arrivant en vacances à Dakar, j’ai eu la sensation d’être là où je devais être. » « Il faut qu’on arrête de voir l’Afrique comme un fardeau qu’on porte, alors qu’il y a plein de belles opportunités », ajoute-t-elle. Elle a créé Cubkids, un site où les enfants noirs et métissés peuvent se voir dans des personnages qui leur ressemblent, dont la déclinaison sur TikTok compte à ce jour plus de 200 000 abonnés.
    Le projet de départ vers la terre d’origine est reçu diversement par les familles. « Mes grands-parents n’ont pas compris, admet Inès. Parce que, pour eux, la France est encore un eldorado. Ils sont encore extrêmement reconnaissants envers la France. Ils se sont dit : “On a fait le chemin inverse pour vous, et vous, vous voulez retourner là-bas.” Pour eux, c’est inconcevable. » Les parents de Mélanie Pinto ont, eux aussi, manifesté leur incompréhension : « Que vas-tu faire au Portugal ? On a quitté le Portugal pour te donner une chance, une autre éducation. Que vas-tu faire là-bas ?, relate la journaliste. Ils n’ont pas du tout compris. Mon père l’a pris personnellement. » Sceptique dans un premier temps, la famille de Kara Diaby est aujourd’hui fière de sa réussite, en particulier depuis des apparitions remarquées sur TV5 Monde et Canal+ Afrique.
    Si tous les repats interrogés par Le Monde assurent avoir gagné en qualité de vie, ils reconnaissent aussi que tout n’est pas toujours simple. La question de la carrière et celle des ressources se posent, en général, en amont de la décision de quitter la France. Ceux qui le peuvent conservent leur emploi à distance, en télétravail. C’est souvent le cas des free-lances. Et une bonne partie de ces repats incluent un objectif entrepreneurial dans leur projet global, comme les membres de Repat Africa.Pour autant, même en débarquant avec une double culture et des diplômes solides, les choses ne sont pas forcément aisées. « J’ai l’impression que, même sur le continent africain, c’est plus facile pour des personnes blanches de trouver des opportunités que pour les gens de la diaspora, se désole Kara Diaby. Il y a du colorisme, les gens plus clairs, métis, semblent plus crédibles. Donc, vous vous installez en Afrique en pensant que ça va être plus facile, alors que, parfois, c’est encore pire qu’en France. »
    A tout cela peuvent s’ajouter des problèmes de reconnaissance de diplômes universitaires ou de compétences à adapter. Inès est titulaire d’un master en ressources humaines, mais exercer dans sa branche au Maroc ne se fait pas en un claquement de doigts. « Je suis formée en France, donc je connais la réglementation et le code du travail français, rappelle-t-elle. Pour moi, ce serait plus simple de travailler pour une entreprise française, car, pour travailler dans une entreprise marocaine, il faudrait que je me mette à jour sur la réglementation locale. »
    Les questions de sécurité, de couverture sociale, de coût de l’éducation et de limites à la liberté d’expression font partie des aspects qui compliquent leurs expériences. « La circulation est complètement freestyle [anarchique] ici, dit Abdel. Et puis on ne peut pas faire de vannes sur le roi devant n’importe qui, alors qu’en France se foutre de la gueule des politiques est un sport national ! » Christian Lequesne confirme le fait que l’adaptation comprend une part de compromis, voire des renoncements : « Les pays d’origine des parents ne sont pas toujours des démocraties libérales. En France, l’éducation est très tournée vers les valeurs démocratiques, donc il faut aussi supporter le fait de vivre dans des régimes semi-autoritaires. »
    Parmi les autres aspects plus ou moins difficiles à gérer, il y a aussi le fait de ne pas toujours se sentir complètement appartenir aux communautés locales, faute de références communes. « En France, nous ne sommes pas vraiment considérés comme des Français, et, là, on ne nous considère pas comme des Marocains, se désole Inès. C’est très dur à vivre. Ici, les gens sont très patriotes. Mais nous, nous ne nous sentons légitimes à être patriotes ni dans un pays ni dans l’autre. »Diana insiste, pour sa part, sur le risque de s’enfermer dans une bulle, à l’image des expatriés, notamment en raison de son pouvoir d’achat. « On peut avoir un chauffeur pour une centaine d’euros par mois. Mais le salaire minimum se situe entre 45 et 50 euros », illustre-t-elle. Chacun s’arrange aussi pour s’organiser avec des systèmes de santé qui peuvent être peu performants, parfois en s’acquittant de frais élevés. Sané Lou Cissokho relativise : « Ma santé mentale et mon bien-être passent avant les aides que je pourrais avoir en France. Si mon mental va bien, j’ai moins de risques de développer des maladies. » De Cotonou, Diana résume la situation complexe des repats en citant la phrase préférée de son père : « Même si le pays ne vaut rien, rien ne vaut le pays. »

    #Covid-19#migrant#migration#france#repats#afrique#diaspora#integration#dsicrimination#sante#santementale

  • « L’immigration renforce l’incitation à la formation et l’arrêt de l’immigration réduit cette incitation »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/13/l-immigration-renforce-l-incitation-a-la-formation-et-l-arret-de-l-immigrati

    « L’immigration renforce l’incitation à la formation et l’arrêt de l’immigration réduit cette incitation »
    Chronique de Pierre-Cyrille Hautcœur
    Directeur d’études à l’EHESS (Ecole d’économie de Paris)
    Les récents propos de François Ruffin qui s’est déclaré « hostile à l’immigration pour le travail » provoquent des débats justifiés sur un terrain trop souvent réservé à l’idéologie. Choisir des politiques appropriées demande, de fait, de prendre en compte un grand nombre d’effets indirects, et de penser à long terme. Quoi de mieux que d’observer le cas de la restriction de l’immigration la plus importante de l’histoire : celle des Etats-Unis dans les années 1920 ? Après des afflux importants d’immigrés à partir des années 1880, le pays a établi des barrières à l’encontre des Asiatiques, juste avant la première guerre mondiale, et en 1920, a imposé des quotas sévères aux Européens.
    Une étude américaine d’octobre 2025, « Immigration Restrictions and Natives’ Intergenerational Mobility : Evidence from the 1920s US Quotas » (« restrictions en matière d’immigration et mobilité intergénérationnelle des autochtones : les enseignements tirés des quotas des années 1920 »), apporte une analyse quantitative détaillée de cet épisode. James Feigenbaum, Yi-Ju Hung, Marco Tabellini et Monia Tomasella y exploitent la numérisation complète des recensements états-uniens. Ils analysent l’impact à long terme de ces quotas sur le devenir des différentes catégories sociales et professions. Grâce à ces données, ils peuvent distinguer les zones géographiques directement affectées par l’immigration et éviter de confondre l’effet des quotas avec d’autres évolutions. Ils montrent ainsi que l’impact varie considérablement selon les groupes sociaux et professionnels.
    Globalement, les Noirs pauvres, qui sont les plus directement concurrencés par les immigrés peu qualifiés, ne bénéficient pas significativement de la baisse de cette concurrence. En ce qui concerne les autres catégories sociales, elles voient leur situation se détériorer : une partie se retrouve à remplir des emplois peu qualifiés qui étaient occupés par les migrants, alors qu’auparavant elles bénéficiaient d’une complémentarité de leurs qualifications avec cette population récemment arrivée. C’est particulièrement observable pour tous ceux qui n’ont pas pu ou voulu se déplacer vers les régions les plus dynamiques : leurs salaires en 1940 ont pris un retard important par rapport aux plus mobiles.
    Cette complémentarité entre immigrés et natifs peut se comprendre de la manière suivante : il est d’autant plus intéressant de se spécialiser dans des tâches plus complexes, dès lors qu’il y a des gens – par exemple ceux qui ne parlent pas anglais – qui ne peuvent pas y prétendre, mais qui peuvent occuper des tâches plus simples. L’immigration renforce l’incitation à la formation, et a contrario l’arrêt de l’immigration réduit cette incitation.
    Les auteurs montrent ainsi que les travailleurs natifs des régions les plus affectées par les quotas se forment plutôt moins après les années 1920. Et cela explique près de la moitié de la réduction de leurs perspectives de carrière et de salaire. Pourtant, parmi les natifs, tous ne sont pas logés à la même enseigne : les personnes issues des catégories sociales supérieures échappent à cette détérioration : plus mobiles, mieux protégées par des réseaux de sociabilité permettant des reconversions, elles augmentent leur avantage par rapport aux classes moyennes.
    Ce cas doit nous faire réfléchir sur les mécanismes qui rendent l’immigration profitable pour les Français d’aujourd’hui : il n’est pas nécessaire de faire venir des gens plus qualifiés, mais plutôt ceux qui sont indispensables pour accomplir les tâches qui demandent beaucoup de travail, par exemple dans le soin et la santé. Cela serait même utile de les intégrer pleinement au marché du travail en les régularisant, comme en Espagne. En même temps, il faut encourager l’investissement, la recherche et la formation pour créer de nouveaux emplois qualifiés et faciliter la mobilité sociale et professionnelle. C’est l’absence de telles perspectives qui crée la frustration des catégories sociales qui se croient menacées par l’immigration. Et le repli sur soi n’améliorera pas leur situation.

    #Covid-19#migration#migrant#france#immigration#economie#sante#integration#naturalisation

  • Immigration en France : l’impossible débat sur les régularisations des étrangers sans papiers
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/28/immigration-l-impossible-debat-sur-les-regularisations-des-etrangers-sans-pa

    Immigration en France : l’impossible débat sur les régularisations des étrangers sans papiers
    Par Julia Pascual
    Il n’en est plus question. Alors que l’Espagne a annoncé vouloir régulariser 500 000 personnes, en France, le sort des sans-papiers a été relégué aux confins du débat public. Ils seraient pourtant entre 450 000 et 800 000, selon des estimations. Le passage de Bruno Retailleau au ministère de l’intérieur, entre septembre 2024 et octobre 2025, a été l’occasion d’acter la mise au ban du sujet.
    Le président du parti Les Républicains (LR) a fait de la lutte contre l’immigration son principal credo. Il a notamment abrogé la circulaire ministérielle de 2012, dite « circulaire Valls », qui régularisait chaque année quelque 30 000 personnes en raison de leur vie familiale ou de leur travail. La circulaire Retailleau de janvier 2025 encadre désormais le pouvoir discrétionnaire des préfets sur le sujet et elle a durci les conditions d’admission exceptionnelle au séjour, en particulier en exigeant sept ans de présence en France, contre trois à cinq ans précédemment.
    Résultat, les régularisations ont baissé de 10 % en 2025. A La Cimade, Mélanie Louis parle d’une « politique de bannissement » des étrangers sans papiers, à laquelle elle rattache les effets de la circulaire Retailleau, mais aussi ceux de la « loi immigration » de 2024, portée par l’actuel garde des sceaux et ministre de l’intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. « Cette loi a fait que la durée de validité d’une OQTF [obligation de quitter le territoire français] est passée d’un à trois ans et en fait un motif de refus de délivrance d’un titre de séjour », note-t-elle.
    L’arrivée de Laurent Nuñez Place Beauvau a marqué un apaisement du discours ministériel. Certaines propositions de loi poussées par son prédécesseur ont été discrètement mises sous le boisseau, comme celle qui rétablit le délit de séjour irrégulier. Mais l’action publique ne se desserre pas. « La réalité des préfectures bloquées ne change pas », déplore ainsi Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité.
    Ceux qui d’ordinaire montent au créneau manquent de levier. « La dernière grève d’ampleur de travailleurs sans papiers qu’on a organisée remonte à 2023, constate Jean-Albert Guidou, du collectif Travailleurs migrants de la CGT. On n’en a pas fait depuis car il faut, pour sortir d’une grève, des interlocuteurs au ministère de l’intérieur, mais entre l’instabilité gouvernementale et le durcissement de l’approche sur les OQTF, on est bloqué. » Résultat : « Le sujet passe totalement sous les radars », regrette le syndicaliste.
    Un constat que corrobore Pierre-Olivier Ruchenstain, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et rapporteur d’un avis de janvier 2022 sur les métiers en tension. « Le sujet a fini par devenir tabou, un peu comme la sexualité ou la religion, dit-il. Et c’est le signe que l’extrême droite a gagné. »
    Personne n’envisage que la régularisation soit débattue avant l’élection présidentielle de 2027. Les Ecologistes, qui disposaient d’une niche parlementaire à l’Assemblée nationale le 12 février, ont par exemple choisi de mettre à l’ordre du jour le droit de vote des étrangers aux élections locales, un texte finalement non soumis au vote. « La régularisation est un sujet sur lequel on pourrait travailler à une loi, mais vu le contexte politique, on se ferait bananer », justifie Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris. Pour l’élue, la régularisation est un « sujet de présidentielle ».
    Evénement
    Le préfet Alain Régnier a, pour sa part, voulu en faire un sujet de « début de mandat ». Délégué interministériel chargé de l’accueil et de l’intégration des réfugiés entre 2018 et 2024, il avait écrit une note à Emmanuel Macron, en octobre 2018, dans laquelle il plaidait pour la création d’un titre de séjour temporaire, à l’image de celui qui existe en Allemagne sous l’appellation « Duldung » (« tolérance »), et qui permet notamment aux sans-papiers de pouvoir légalement travailler, en attendant que leur situation administrative évolue positivement ou qu’ils soient expulsés. Son courrier n’a pas eu de suite. La présidence d’Emmanuel Macron a, du reste, été pavée de rendez-vous manqués sur le sujet.
    En décembre 2022, alors que son second mandat est entamé, un projet de convention citoyenne sur la migration émerge, soutenu notamment par l’aile gauche de la Macronie. Il s’agit, notamment, d’aborder la question de la régularisation. Le président du CESE est volontaire pour l’organiser ; le porte-parole du gouvernement de l’époque, Olivier Véran, s’en fait même le promoteur. Mais l’Elysée ne saisit pas l’occasion.
    « Le sujet a été enterré, et on a baissé les bras », reconnaît Antoine de Clerck, animateur de la campagne en faveur de la convention. A l’automne 2023, c’est cette fois l’idée d’un comité interministériel à l’intégration qui est tuée dans l’œuf. « Le dernier remontait à 2018, et c’était l’occasion de penser à des mesures positives », se souvient Alain Régnier. Des notes sont rédigées à l’attention du secrétariat d’Etat à la citoyenneté, mais le portage politique ne suit pas.
    La dernière bascule se fait lors des débats parlementaires sur la loi « immigration ». Ce texte laisse un temps espérer l’ouverture d’un droit à la régularisation pour les travailleurs dans les métiers en tension. Gérald Darmanin défend cet aspect du texte, aux côtés d’Olivier Dussopt, alors ministre du travail. Quelques (rares) organisations patronales se montrent en soutien, comme dans la restauration. Rapporteur de la commission des lois de l’Assemblée nationale à l’époque, le député de la Vienne et ancien macroniste Sacha Houlié vante une mesure populaire. « Entre 2022 et 2023, on était passé dans les sondages de 40 % à 63 % d’opinions favorables », affirme-t-il.
    Mais le gouvernement ne trouve pas de majorité parlementaire, et le texte fait l’objet d’une motion de rejet par la gauche du fait de ses aspects les plus durs. L’exécutif s’associe finalement à LR. Promulguée en janvier 2024, la loi est alourdie de mesures anticonstitutionnelles, tandis que la mesure sur la régularisation est vidée d’une partie de sa substance. A son arrivée Place Beauvau, Bruno Retailleau termine le travail de sape en retardant et limitant la révision de la liste des métiers en tension et en donnant consigne aux préfets de limiter les régularisations. Les voix dissidentes sur le sujet sont inaudibles. Ministre du logement à l’époque, Valérie Létard dit avoir « essayé d’avancer sur le sujet, mais pas au rythme qu’[elle] aurai[t] espéré ». Elle se fait l’écho des acteurs de l’hébergement d’urgence, embolisé, qui déplorent un « gâchis ».
    « Environ 50 000 places [sur 200 000] sont occupées par des femmes avec enfants et des familles qui ne repartiront jamais », remarque Pierre Henry, président de l’association France Fraternités. « Des gens travaillent au noir dans des métiers essentiels. Ils finiront par être régularisés. C’est une perte de temps », appuie Lotfi Ouanezar, directeur général d’Emmaüs Solidarité. Il existe même un consensus chez les économistes qui plaident pour une régularisation. Le CESE a adopté un avis en février 2024 qui préconise de faciliter la régularisation. « Elle a un effet positif pour le marché du travail, y compris pour les travailleurs dits “natifs” », affirme Hippolyte d’Albis, professeur à l’Essec Business School. Le patronat reste pourtant discret. « Les employeurs sont très gênés, croit Pierre-Olivier Ruchenstain. Ils ont peur d’entrer dans un débat clivant et d’être catalogués. » Aucune des organisations patronales sollicitées par Le Monde n’a donné suite.

    #Covid-19#migration#migrant#france#politiquemigratoire#regularisation#droit#sante#economie#integration#metierentension#espagne

  • Comment les discours antimigrants ont gagné une partie de la gauche en Europe
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/07/comment-les-discours-antimigrants-ont-gagne-une-partie-de-la-gauche-en-europ

    Comment les discours antimigrants ont gagné une partie de la gauche en Europe
    Par Anne Chemin
    Certains partis progressistes européens ont aligné leur argumentaire au sujet de l’immigration sur celui de l’extrême droite, au nom de la protection des acquis sociaux. S’il est peu présent en France, ce débat, apparu avec la naissance du socialisme au XIXᵉ siècle, a connu un renouveau au début des années 2000.
    De loin, leur petite musique a la tonalité martiale d’un hymne d’extrême droite. Eloge des expulsions, diatribes contre le regroupement familial, critique du multiculturalisme : les gouvernements britannique et, surtout, danois promettent à leurs électeurs une sévérité exemplaire en matière d’immigration. Ces nouveaux procureurs des sociétés ouvertes plaident avec fermeté pour le « chacun chez soi » : la libre circulation des hommes leur semble une dangereuse chimère.
    La première ministre danoise, Mette Frederiksen, clame ainsi haut et fort que son pays vise désormais « zéro demande d’asile » et offre à la Lituanie des kilomètres de fils barbelés afin de protéger sa frontière. Son ministre de l’immigration, Rasmus Stoklund, compare les migrants condamnés par la justice à de mauvaises herbes et prône leur retour au pays, même s’ils y risquent la peine de mort. La ministre de l’intérieur du Royaume-Uni, Shabana Mahmood, tonne contre le « golden ticket » offert, selon elle, aux migrants dès l’instant où ils posent un pied sur la terre britannique.
    Ces dirigeants européens sont-ils issus d’un parti nationaliste situé à l’extrême droite de l’échiquier politique ? D’une formation populiste anti-immigration ? D’un mouvement xénophobe qui aspire à verrouiller les frontières ? Non : tous trois appartiennent à des formations solidement ancrées à gauche depuis plus d’un siècle – le parti social-démocrate danois est né en 1871, et le Parti travailliste britannique a été fondé en 1893 notamment par le socialiste écossais Keir Hardie avant de devenir, en 1900, sous l’impulsion des syndicats, l’Independant Labour Party.

    Ces dirigeants de gauche qui ont aligné leurs discours concernant l’immigration sur ceux de la droite, voire de l’extrême droite, ont fait école sur le continent européen. En Allemagne, Sahra Wagenknecht, figure de l’aile gauche de Die Linke et fondatrice du parti Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), ne cesse de tempêter contre l’« immigration incontrôlée », tandis que Lawen Redar, l’une des porte-parole du Parti social-démocrate suédois, prône une politique migratoire « restrictive » et refuse que les nouveaux arrivants puissent choisir le lieu où ils souhaitent s’installer.
    Pour se distinguer des nationalistes qui proclament ouvertement leur hostilité, voire leur haine, envers les étrangers, cette gauche « antimigrants » brandit un argumentaire progressiste : si elle combat fermement l’ouverture des frontières, ce n’est pas au nom de l’attachement aux racines chrétiennes de l’Europe ou de la hantise du « grand remplacement », la théorie complotiste et raciste développée par Renaud Camus, mais parce qu’elle souhaite protéger les acquis sociaux des classes populaires exposées aux ravages de la mondialisation – et, plus prosaïquement, reconquérir l’électorat ouvrier.
    La marxiste allemande Sahra Wagenknecht dénonce ainsi les dangers d’une « concurrence pour les emplois, en particulier dans le secteur des bas salaires », tandis que la première ministre sociale-démocrate du Danemark, Mette Frederiksen, affirme défendre les intérêts des « classes inférieures » de la population danoise. « Le modèle de société nordique, financé universellement, avec un accès gratuit et égal à la santé, à l’éducation et aux services sociaux, n’est pas compatible avec une politique de l’immigration ouverte », déclarait-elle en 2016.
    Ces discours font renaître des controverses idéologiques très anciennes – celles de l’Europe du XIXe siècle. Dans un monde où les travailleurs franchissent les frontières « avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich », selon les mots de Stefan Zweig, les premiers socialistes s’interrogent alors, comme les sociaux-démocrates danois et les travaillistes anglais d’aujourd’hui, sur les dangers de la concurrence sur le marché du travail : faut-il défendre le prolétariat national menacé par une main-d’œuvre venue d’ailleurs ou soutenir les étrangers exploités par le capitalisme ?
    C’est en France que cette question se pose avec le plus d’acuité. Pendant la première mondialisation – entre 1850 et 1914 –, l’Hexagone est le premier pays d’immigration du continent : alors que, en 1900, 1 million d’Européens s’embarquent tous les ans pour les Amériques ou les colonies, le pays embauche à tour de bras dans ses mines et ses usines les travailleurs des pays voisins – la France est, après les Etats-Unis et l’Argentine, la troisième destination des émigrants européens. En 1881, elle compte près de 500 000 Belges, plus de 200 000 Italiens et des dizaines de milliers d’Allemands, de Suisses et d’Espagnols.
    Sur le marché du travail, ce gigantesque brassage engendre une concurrence qui ne va pas sans heurts. « Il y a en France, avant la seconde guerre mondiale, trois grands moments de flambée xénophobe – les années 1848-1849, les années 1880-1890, et les années 1930, précise Delphine Diaz, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université Reims-Champagne-Ardenne. A chaque fois, la gauche est confrontée à un douloureux dilemme : choisir entre la solidarité internationale entre les travailleurs et la protection des ouvriers nationaux. »
    Parmi les grandes figures du socialisme du XIXe siècle, nul ne peut, bien sûr, ignorer ces fortes tensions entre nationaux et étrangers. Dans une lettre rédigée en 1870, Karl Marx (1818-1883) constate ainsi que dans les centres industriels et commerciaux d’Angleterre, la classe ouvrière est désormais « divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais ». « Cet antagonisme, ajoute le philosophe allemand, est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste. »
    Pour Karl Marx, ces millions d’ouvriers étrangers qui ont quitté leurs pays pour venir travailler dans les usines des pays voisins constituent, à leur corps défendant, une « armée de réserve » qui permet aux patrons de faire baisser les salaires. Citée par le philosophe, en 1847, à Bruxelles, cette expression figure à nouveau, vingt ans plus tard, dans son œuvre majeure, Le Capital. « Pris comme un tout, les mouvements généraux des salaires sont exclusivement régulés par la dilatation et la contraction de l’armée industrielle de réserve », écrit-il.
    A la fin du XIXe siècle, les socialistes français reprennent cette analyse à leur compte. Rédigé entre 1879 et 1883 avec Karl Marx et son grand ami Friedrich Engels, le programme du Parti ouvrier de Jules Guesde et Paul Lafargue proclame que le patronat puise dans le « réservoir des crève-la-faim de Belgique, d’Italie, d’Allemagne – et de Chine au besoin – les bras dont il a besoin pour avilir le prix de la main-d’œuvre et affamer ses compatriotes ». Ces ouvriers étrangers, ajoute Jean Jaurès en 1894, sont jetés « sans contrôle et sans réglementation sur le marché français ».
    Les tensions sociales sont si fortes, en ce tournant du siècle, que les socialistes se font parfois « les porte-voix » d’une classe ouvrière hantée par la xénophobie, constate Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof. Le quotidien guesdiste Le Citoyen dénonce ainsi en 1882 l’« invasion », à Paris, de « grossiers ouvriers » allemands dont l’accent « a le don de déchirer les oreilles et de crisper les nerfs », tandis que Paul Lafargue proclame en 1893 que les socialistes sont les « ennemis de l’immigration » : « Nous ne voulons pas que le prolétaire quitte son pays natal », écrit-il.
    Mais si les socialistes de la IIIe République estiment, comme les sociaux-démocrates danois ou les travaillistes britanniques d’aujourd’hui, que les travailleurs étrangers constituent une menace, ils ne défendent pas pour autant la fermeture des frontières – au contraire. Il faut, estiment-ils, opposer à l’internationalisme capitaliste un internationalisme ouvrier : c’est cette solidarité par-delà les frontières qui assurera, selon eux, le succès de la lutte des classes. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », conclut, en 1848, le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et Friedrich Engels.
    Cette conviction internationaliste empêche les responsables politiques et syndicaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle de sombrer dans la haine de l’autre. « Les discours de la gauche ou des syndicats – Jules Guesde, la CGT ou même Jean Jaurès – sont très différents de ceux de l’extrême droite – Maurice Barrès ou Paul Déroulède, analyse le politiste Gilles Ivaldi. Les premiers se contentent de dénoncer la concurrence déloyale des étrangers, les seconds expriment une xénophobie culturelle qui fait des étrangers des “inassimilables”. » Malgré les flambées sociales, l’internationalisme, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, reste donc la boussole des socialistes. « Pour lutter contre la concurrence sur le marché du travail, ils préfèrent l’instauration d’un salaire minimum pour tous les travailleurs à l’imposition de taxes qui pénaliseraient les étrangers, analyse Delphine Diaz, autrice d’En exil. Les réfugiés en Europe de la fin du XVIIIᵉ siècle à nos jours (Gallimard, 2021). Leur volonté de protéger le travail national n’est pas assortie d’un nationalisme d’exclusion. »
    La tourmente de la seconde guerre mondiale, puis les espérances de la Libération inaugurent un nouveau chapitre dans ce débat sur la concurrence « déloyale » entre Français et étrangers, qui a divisé les socialistes au XIXe et au début du XXe siècle. Dans un monde qui célèbre solennellement le principe de l’égale dignité de tous les hommes, la France crée en 1945 la Sécurité sociale, une « vaste organisation nationale d’entraide obligatoire » qui, au nom de la justice sociale, aspire à débarrasser les travailleurs de l’« incertitude du lendemain ».
    Si certains avantages sont réservés aux Français, les travailleurs étrangers peuvent très largement bénéficier de cette toute jeune « Sécu ». Les controverses sur leurs droits économiques et sociaux s’en trouvent bouleversées. « A partir de 1945, la construction de l’Etat social fait émerger un nouveau paradigme, observe Delphine Diaz. Se pose, comme sous la IIIe République, la question de la concurrence entre Français et étrangers sur le marché du travail, mais surtout, et c’est nouveau, de cette concurrence dans le domaine de la protection sociale – allocations, logement, santé. »
    Les controverses du XIXe et du début du XXe siècle sur la taxation de la main-d’œuvre étrangère ou sur les quotas de travailleurs étrangers dans les entreprises s’éloignent : la prospérité des « trente glorieuses » affaiblit la revendication protectionniste qui régnait au sein de la classe ouvrière de la IIIe République. L’hostilité aux immigrés se déplace alors sur un autre terrain : les controverses portent désormais sur leur accès, non plus au marché du travail, mais aux allocations familiales, aux aides sociales, aux logements à loyer modéré, à l’hôpital public.
    L’offensive contre l’accès des étrangers aux bienfaits de l’Etat-providence émerge, dans les années 1980, au sein des droites radicales européennes : la solidarité, clament-elles, n’est pas compatible avec la diversité. « L’idéologie de ces mouvements est le nativisme, c’est-à-dire la défense des intérêts des natifs contre ceux des immigrés, précise le politiste Gilles Ivaldi. Cette notion est au cœur du principe de la “préférence nationale”, qui vise à réserver aux nationaux l’accès à l’Etat-providence, mais aussi au logement ou à l’emploi. »
    Pour qualifier cet étrange mélange de générosité et d’égoïsme, les politistes norvégiens Jorgen Goul Andersen et Tor Bjorklund inventent, en 1990, l’expression « welfare chauvinism » (« chauvinisme de l’Etat-providence »). « Ce concept apparaît dans leurs travaux sur le populisme de droite en Norvège et au Danemark, poursuit Gilles Ivaldi. Il est ensuite utilisé, plus largement, pour décrire l’une des stratégies possibles de mobilisation par les partis de droite radicale : la défense d’un système de protection sociale généreux uniquement réservé au groupe des natifs ou des nationaux. »Pendant des années, ce discours dualiste sur l’accès à l’Etat social reste l’apanage de l’extrême droite, voire de la droite, mais, à partir des années 2000, il gagne peu à peu une partie de la gauche. Confrontés au « dilemme des progressistes », selon le mot de l’essayiste anglais David Goodhart, les sociaux-démocrates sont sommés de choisir « entre ouverture des frontières et extension de l’Etat-providence, entre solidarité et identité », résument, en 2020, les chercheurs Michel Forsé (CNRS) et Maxime Parodi (Sciences Po, Observatoire français des conjonctures économiques, OFCE) dans un article de la Revue de l’OFCE, « Redistribution et immigration en Europe : y a-t-il un dilemme ? ».
    La controverse s’ouvre en 2004 avec la publication, dans le magazine britannique de centre gauche Prospect, d’un long article de David Goodhart intitulé « Too diverse ? » (« trop de diversité ? »). L’essayiste, qui deviendra en 2011 le responsable du think tank blairiste Demos, y interpelle la gauche. « Le partage et la solidarité peuvent entrer en conflit avec la diversité, écrit-il. Ce dilemme est particulièrement aigu pour les progressistes, qui aspirent à la fois à une forte solidarité – une cohésion sociale élevée et une protection sociale généreuse financée par un système fiscal progressif – et à la diversité – le respect égal de tous les peuples, valeurs et modes de vie. »
    Selon David Goodhart, l’immigration venue du Commonwealth, des Antilles et d’Asie dans les années 1950 et 1960, puis d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient à partir des années 1990, a nourri une telle « diversité des modes de vie » que les Britanniques vivent désormais avec des « inconnus ». Parce que le multiculturalisme affaiblit, d’après lui, le « sentiment d’obligation mutuelle », il érode le socle de la solidarité : le partage « se négocie plus facilement et plus généreusement si l’on peut tenir pour acquis un ensemble limité de valeurs et de présupposés communs ».
    L’homogénéité de la société britannique s’est tellement fissurée, ajoute David Goodhart, que l’Etat-providence doit désormais renoncer à son aspiration universaliste : si certains citoyens enfreignent les règles du « comportement civilisé » (« civilised behaviour »), il faut les exclure de la solidarité nationale. La conclusion de cet article, qui célèbre les vertus du modèle social « restrictif » et « nativiste » du Danemark, est sans appel : « Une politique sociale généreuse est incompatible avec l’ouverture des frontières. »
    Ce texte polémique suscite un déluge de contestations. Le mois suivant, les colonnes du magazine s’ouvrent ainsi à un philosophe politique australien, à une ancienne conseillère du Trésor britannique, à un ex-ministre de l’intérieur travailliste, à un sociologue de Harvard, à un économiste de University College (Londres), à un professeur de littérature de l’université de Leicester, à un écrivain écossais, à une historienne de l’immigration européenne – et à bien d’autres encore : en mars 2004, 14 contributions mettent en pièces l’argumentaire de David Goodhart.
    Keith Banting et Will Kymlicka, respectivement politiste et philosophe à l’université Queen’s (Ontario) et auteurs d’une étude citée par David Goodhart, dénoncent des idées « simples et séduisantes » qui esquivent l’infinie complexité des relations entre diversité et redistribution, tandis que Bhikhu Parekh, philosophe politique britannique, ancien président de l’Académie des sciences sociales et membre de la Chambre des lords, se demande avec perplexité quelles entorses au fameux « comportement civilisé » pourraient bien justifier que des citoyens britanniques soient exclus de l’Etat-providence.
    Tous ces intellectuels contestent, chacun à leur manière, la thèse qui sous-tend l’ensemble du raisonnement de David Goodhart : la solidarité supposerait, selon l’essayiste, une forte cohésion sociale, culturelle, voire ethnique – une idée qu’il emprunte à trois chercheurs américains. Dans une étude publiée en 2001, Alberto Alesina, Edward Glaeser et Bruce Sacerdote affirment, en effet, que l’absence, aux Etats-Unis, d’un Etat-providence solidaire « à l’européenne » est liée à la persistance, en Amérique, de relations « chaotiques entre les différentes ethnies ».
    Depuis le début des années 2000, cette théorie « très schématique », selon les mots de Michel Forsé et Maxime Parodi, a pourtant été contestée, voire réfutée, par de nombreux travaux. « Elle est tout d’abord fausse historiquement, précise Bruno Palier, chercheur au Centre d’études européennes et de politique comparée. L’argument de la cohérence culturelle n’a jamais été utilisé par les théoriciens de la protection sociale : né dans les pays nordiques, l’Etat-providence a été fondé non sur une rhétorique nationale, encore moins sur une rhétorique ethnique, mais sur un compromis de classe passé dans les années 1920-1930 entre la classe ouvrière et le patronat. »
    La théorie d’Alesina, Glaeser et Sacerdote est, en outre, démentie par la longue expérience de la France et de la Suède, ajoute le politiste. « Ces deux pays ont une forte protection sociale, alors que l’Hexagone est un pays d’immigration depuis plus d’un siècle et que le premier ministre social-démocrate Olof Palme avait, dans les années 1970 et 1980, accueilli une bonne part de la “misère du monde”, souligne Bruno Palier. Rien ne démontre scientifiquement qu’il est plus facile d’être solidaire dans une société où les gens se ressemblent que dans une société multiculturelle. Ce n’est vrai ni dans l’histoire ni dans les comparaisons internationales. »
    Le sociologue Nicolas Duvoux, professeur à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, va plus loin encore. « En France, c’est précisément la construction de l’Etat social qui a contribué à intégrer les immigrés, observe-t-il. La dynamique de la protection sociale a permis à ces personnes que beaucoup jugeaient inassimilables de participer à la machine économique et sociale. En agrégeant des forces hétérogènes, elle est parvenue, au fil des décennies, à forger un destin commun. En France comme ailleurs, le “nous” n’est jamais donné : il est construit – notamment par les politiques de solidarité. » Chercheuse émérite à l’Ecole d’anthropologie et d’ethnographie muséale de l’université d’Oxford, ancienne présidente de la Commission pour l’égalité raciale du Royaume-Uni, Sarah Spencer ne disait pas autre chose, en 2004, dans le texte de réponse à David Goodhart qu’elle avait adressé au magazine Prospect. Les immigrés, écrivait-elle, ne développeront des sentiments d’appartenance et d’obligation mutuelle que s’ils sont traités comme des « égaux » : c’est justement en les incluant « économiquement et socialement » que les « eux » deviendront des « nous ». Si la « gauche antimigrants » est puissante au Danemark, forte au Royaume-Uni et embryonnaire en Allemagne, elle reste, sauf exceptions, très marginale dans le paysage politique français. « Jean-Luc Mélenchon avait, en 2018, évoqué les “problèmes posés par les vagues migratoires”, mais il avait rapidement fait marche arrière, constate le politiste Gilles Ivaldi. D’une manière générale, la gauche défend, en France, des positions modérées en matière d’immigration. Elle ne s’aventure pas sur ce terrain-là. » Pas encore ?

    #Covid-19#migrant#migration#france#droit#sante#politiquemigratoire#integration

  • La Belgique renforce les conditions d’accès au revenu d’intégration pour les réfugiés - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/68925/la-belgique-renforce-les-conditions-dacces-au-revenu-dintegration-pour

    La Belgique renforce les conditions d’accès au revenu d’intégration pour les réfugiés
    Par La rédaction Publié le : 26/12/2025
    Le gouvernement belge a décidé de renforcer les conditions d’accès au revenu d’intégration pour les réfugiés. Désormais, ils devront suivre un « parcours d’intégration » s’ils souhaitent toucher la totalité de cette aide.Le revenu d’intégration versé aux personnes ayant obtenu le statut de réfugié en Belgique sera dorénavant conditionné à des efforts d’intégration. Le Conseil des ministres a donné son feu vert, mardi 23 décembre, à ces mesures issues de l’accord de gouvernement, a annoncé la ministre de l’Asile, de la Migration et de l’Intégration sociale, Anneleen Van Bossuyt (N-VA).
    « Nous lions l’obtention d’un revenu d’intégration à des conditions indispensables. Ceux qui veulent compter sur notre solidarité doivent, avec cet ensemble de mesures, démontrer qu’ils veulent également s’intégrer », a expliqué Mme Van Bossuyt. « Cela signifie : parler notre langue, rechercher activement un emploi et suivre un cours d’intégration. » Ainsi, un parcours d’intégration renforcé sera mis en place « dans les mois à venir » pour tous les réfugiés ayant droit à un revenu d’intégration. Les personnes ayant déjà obtenu le statut de réfugiés devront également suivre ce parcours. Si elles ne participent pas au dispositif ou ne fournissent pas « suffisamment d’efforts » d’intégration, elles perdront jusqu’à un tiers du montant de l’aide.
    « Pour les personnes sous statut de protection subsidiaire et temporaire, les Ukrainiens par exemple, le revenu d’intégration ne démarrera pas à 100 % du montant, mais des bonus d’intégration pourront être obtenus », a expliqué la ministre. Les étrangers issus de pays européens et les étudiants étrangers sont aussi concernés par la mesure. Pour eux, l’accès à l’aide sociale ne pourra être possible qu’après avoir séjourné légalement dans le pays pendant au moins cinq ans.En Belgique, ce revenu d’intégration sociale est une aide de l’État destinée aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour vivre. Le montant de cette aide est d’environ 1 300 euros pour une personne seule et évolue en fonction de la composition du ménage qui la demande. En juillet 2025, 25 371 réfugiés ont touché ce revenu d’intégration sociale, un chiffre en constante augmentation depuis juillet 2022, selon les données officielles.
    Cette décision intervient après la mise en place en juillet d’une série de mesures limitant l’accès à l’hébergement et à la procédure d’asile pour les arrivants sur le sol belge. Dorénavant, les personnes ayant reçu une réponse positive à une demande de protection antérieure dans un autre pays de l’UE n’auront plus droit à l’enregistrement et à l’hébergement à leur arrivée en Belgique, dans les centres Fedasil ou Croix-Rouge qui accueillent souvent ces primo-arrivants. Concrètement, elles seront considérées comme irrégulières sur le territoire, et donc potentiellement ciblées par des obligations de quitter le territoire.
    L’autre mesure d’importance instaure le fait que toute personne qui aura reçu une décision définitive dans un autre État-membre - qu’elle soit positive ou négative, cette fois - verra sa demande d’asile traitée par un circuit différencié et accéléré. Ce type de demande sera « systématiquement considérée comme non recevable », a précisé le cabinet de la ministre à Belga. Un second examen du dossier pourra éventuellement avoir lieu si des nouveaux éléments sont apportés par le demandeur. Des mesures qui font craindre aux associations une montée du sans-abrisme dans le pays.

    #Covid-19#migrant#migration#belgique#integration#asile#protection#sante

  • En Suède, Lawen Redar incarne le virage des sociaux-démocrates sur l’immigration et l’intégration
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/04/en-suede-lawen-redar-incarne-le-virage-des-sociaux-democrates-sur-l-immigrat

    En Suède, Lawen Redar incarne le virage des sociaux-démocrates sur l’immigration et l’intégration
    Par Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)
    Elle parle vite, déroule méthodiquement ses arguments et anticipe les questions. Lawen Redar, 36 ans, connaît son sujet : avant d’être nommée, le 24 septembre, porte-parole du Parti social-démocrate suédois sur l’intégration – poste resté vacant depuis 2010 –, cette juriste, fille d’immigrés et députée depuis 2014, a sillonné la Suède et ses banlieues pendant deux ans. Sa mission : élaborer une politique capable de répondre à l’immense défi posé par les 180 quartiers sensibles recensés dans le royaume scandinave, minés par la précarité et souvent la criminalité organisée, où vivent 700 000 personnes, dont 170 000 enfants, majoritairement d’origine étrangère.
    De cette tournée, Lawen Redar est revenue avec plus de 80 propositions, parmi lesquelles huit mesures phares ont été retenues pour figurer dans le programme du parti, avant les législatives prévues le 13 septembre 2026. Battus par la droite et l’extrême droite en 2022, à l’issue d’une campagne dominée par l’immigration et l’insécurité, les sociaux-démocrates ne comptent pas essuyer un nouvel échec. S’inspirant partiellement du Parti social-démocrate danois, ils plaident désormais pour une politique migratoire restrictive et des conditions d’intégration strictes pour les immigrés.
    « Certains nous accusent de courir après les Démocrates de Suède [l’extrême droite, qui a obtenu 20,5 % des suffrages en 2022], observe-t-elle. D’autres, au contraire, sont contents que les sociaux-démocrates sortent enfin la tête du sable. Pour ma part, je pense qu’il est difficile de trouver des solutions si on ne dit pas les choses clairement. » Etoile montante du Parti social-démocrate – les journaux la qualifient même d’« étoile filante » –, Lawen Redar est devenue en quelques mois une figure incontournable du parti, au point même que son nom soit évoqué pour succéder un jour à Magdalena Andersson, cheffe de file de la formation depuis 2021.
    Longs cheveux noirs, menue, le visage souriant, la députée explique qu’elle a longtemps gardé ses distances avec la thématique de l’intégration, qu’elle voyait comme une assignation à résidence, comme beaucoup de ses collègues d’origine étrangère. Depuis 2018, elle était chargée de la politique culturelle des sociaux-démocrates. « Je suis née et j’ai grandi en Suède. Si j’ai rejoint le mouvement jeune du parti (SSU) à 13 ans, c’était pour combattre le développement des inégalités », dit-elle.
    De sa vie personnelle, elle parle avec réticence. Elle l’admet pourtant : le parcours de ses parents, réfugiés politiques arrivés dans les années 1980, l’a confortée dans sa conviction que la maîtrise du suédois est fondamentale pour l’intégration. Membre du parti social-démocrate kurde, son père fuyait la dictature de Saddam Hussein en Irak. Sa mère, kurde iranienne, avait participé au mouvement de révolte des étudiants contre le régime de l’ayatollah Khomeini. Ils se sont rencontrés en Suède, s’y sont mariés et ont eu deux filles avant de s’installer dans le quartier résidentiel de Vällingby, dans l’ouest de Stockholm. Son père travaille pour une société immobilière municipale ; sa mère a été employée dans des écoles maternelles avant de s’occuper de personnes âgées.
    L’époque était alors bien différente, souligne Mme Redar : « Quand j’avais 1 an, en 1990, 200 000 personnes nées hors d’Europe vivaient en Suède. Aujourd’hui, c’est 1,2 million. » Ce chiffre représente 12 % de la population du royaume nordique, dont 20 % des résidents sont nés à l’étranger. « Aucun autre pays européen n’a connu une telle transformation démographique en aussi peu de temps à cause de l’immigration », poursuit-elle, justifiant que les sociaux-démocrates adaptent leur politique, « non pas parce qu’on imite les partis d’extrême droite, mais parce que la réalité a changé ». Premier volet : la politique migratoire. Elle devra être « restrictive pour faire face aux défis posés par l’intégration ». Reprenant le discours des sociaux-démocrates danois qu’elle connaît bien – elle est fiancée au journaliste danois Uffe Tang –, Lawen Redar ancre ce virage à gauche. « Historiquement, dit-elle, c’est la droite qui a voulu mener une politique d’immigration libérale, pour des raisons idéologiques, dans le but de presser les salaires à la baisse. » Quant à l’extrême droite, remarque-t-elle, « elle ne croit pas à l’intégration ».
    Pour les sociaux-démocrates, l’intégration commence par le travail : « Nous ne pouvons pas, en tant que nation avec un Etat-providence, fonctionner avec un chômage et une passivité élevés. » Mais ce n’est pas suffisant : l’apprentissage de la langue ne sera plus une option, de même que « le respect des règles et de la loi » ou « des valeurs démocratiques », comme « l’égalité entre les sexes ». Le parti veut ainsi rendre la maîtrise du suédois obligatoire pour décrocher un emploi dans les services publics ou obtenir la naturalisation. Parallèlement, il défend une refonte complète de l’enseignement du suédois pour les étrangers, aujourd’hui largement privatisé et dont l’efficacité est remise en question.
    Autre réforme souhaitée : l’abolition de la loi qui permettait aux nouveaux arrivants de choisir leur lieu de domicile. « Entre 40 % et 60 % des demandeurs d’asile se sont retrouvés dans des sociétés parallèles, note Lawen Redar. Une fois leur situation régularisée, 80 % sont restés dans ces quartiers où plus de 50 % de la population adulte ne travaille pas, ce qui en fait un foyer de recrutement incroyable pour les forces destructrices telles que les islamistes radicaux, les gangs criminels ou les trafiquants de drogue. »
    Dans une ligne plus traditionnelle, les sociaux-démocrates promettent un redéploiement des services publics. « Nous ne devons pas avoir peur de dire que les immigrés ont des obligations. Mais nous nous engageons aussi à veiller au respect de leurs droits. » Lawen Redar a aussi proposé de détruire les logements insalubres dans les banlieues vulnérables et de construire des HLM dans les quartiers favorisés. L’idée, qui ne figure pas dans le programme du parti, a provoqué un tollé à droite. Dans les sondages, le parti à la rose pointe à 34 % des intentions de vote, contre 21 % pour les Démocrates de Suède et 19 % pour le parti conservateur du premier ministre Ulf Kristersson. Lawen Redar, elle, continue de parcourir la Suède, pour y défendre son programme.

    #Covid-19#migrant#migration#suede#politiquemigratoire#integration#droit#sante

  • Les modalités du nouvel « examen civique » pour les étrangers fixées par Bruno Retailleau juste avant son départ
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/10/15/les-modalites-du-nouvel-examen-civique-pour-les-etrangers-fixees-par-bruno-r

    Les modalités du nouvel « examen civique » pour les étrangers fixées par Bruno Retailleau juste avant son départ
    Par Aurélie Blondel
    Quarante questions, un point par bonne réponse et un score de 80 % requis pour réussir. A compter du 1er janvier 2026, les candidats à la naturalisation passeront un « examen civique » de trois quarts d’heure au maximum, destiné à vérifier leur niveau de connaissance de l’histoire, de la culture et de la société françaises. Ce sera aussi le cas des étrangers demandant une carte de résident ou une carte de séjour pluriannuelle.
    Cet examen se matérialisera par un questionnaire à choix multiples (QCM), dont les détails ont été actés par un arrêté du vendredi 10 octobre, publié au journal officiel du 12 octobre, mais passé relativement inaperçu dans le contexte politique rocambolesque du week-end. En signant ce texte in extremis – deux jours avant son départ du gouvernement –, le ministre de l’intérieur démissionnaire Bruno Retailleau a posé la dernière pierre d’un édifice législatif et réglementaire qu’avait lancé, dès la rentrée 2022, son prédécesseur, Gérald Darmanin, avec l’annonce d’une loi sur l’immigration. Adoptée dans la douleur par le Parlement en fin 2023 avec les voix du Rassemblement national, puis en partie censurée par le Conseil constitutionnel, cette loi polémique avait ébranlé le gouvernement d’Elisabeth Borne, avant d’être promulguée en janvier 2024.
    « L’arrêté du 10 octobre était la dernière mesure réglementaire attendue dans le sillon de cette loi, qui visait à renforcer les exigences à toutes les étapes de l’intégration des étrangers », explique Jules Lepoutre, professeur de droit public à l’université Côte-d’Azur. Publié par un ministre démissionnaire chargé d’expédier les affaires courantes, ce texte pourrait-il être contesté ? A priori non, estiment Jules Lepoutre et Julien Boudon, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay. Car la publication d’un tel arrêté était prévue dans un décret du 15 juillet, signé, lui, par des ministres de plein exercice. « Je reste toutefois prudent », précise M. Boudon, les affaires courantes constituant une zone grise, dans la mesure où elles ne sont cadrées ni par la Constitution, ni par la loi.
    Laïcité, fleuves, gastronomie…
    Dans le détail, les candidats à la naturalisation seront soumis, au cours de ce nouvel examen, à 40 questions de connaissances ou de mises en situation, relevant de cinq thématiques :
    les principes et valeurs de la République (onze questions) ;
    les droits et devoirs (onze questions) ;
    l’histoire, la géographie et la culture (huit questions) ;
    le système institutionnel et politique (six questions) ;
    la vie dans la société française (quatre questions).
    Parmi les très nombreux sujets de connaissances qui seront vérifiés, listés dans l’arrêté du 10 octobre : connaître et comprendre l’article 1er de la Constitution, le sens du mot égalité dans la devise française, l’histoire et le principe de la laïcité, le principe d’Etat de droit, le rôle des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), identifier les préfectures de régions et de départements, connaître la durée des principaux mandats électifs, les principales étapes de la construction européenne, les principaux textes garants des droits fondamentaux, les fleuves, les principaux plats de la gastronomie, etc.
    « Quand on lit l’arrêté, on se demande quel Français n’ayant pas un bac + 5 serait capable de répondre aux questions, même s’il faut bien sûr attendre de voir les questions qui seront précisément posées », réagit Danièle Lochak, professeure émérite de droit public et membre du Gisti, Groupe d’informations et de soutien des immigrés. « Qui connaît, par exemple, la charte de l’environnement [citée dans l’arrêté] ? », s’interroge-t-elle.
    Certes, le système actuel est « très subjectif et inégal », estime la juriste, évoquant les questions de connaissances sur la France aujourd’hui posées à l’oral par l’agent de la préfecture durant l’entretien que passent les candidats à la naturalisation. L’entourage de M. Retailleau s’était déjà félicité d’avoir fait baisser de 28 % les naturalisations par décret entre octobre 2024 et août 2025, sous le seul effet d’instructions restrictives données aux préfets.
    « Mais le nouvel examen sera une machine à exclure, étant donné la quantité de connaissances exigées et le seuil de réussite fixé », estime Mme Lochak, qui se dit par ailleurs « très étonnée » de lire que les exigences pour les cartes de résident et les cartes de séjour pluriannuelles, demandées par des immigrés qui n’ont pas forcément vocation à devenir Français, « seront les mêmes que celles fixées pour la naturalisation ».
    De son côté, Jules Lepoutre est plus nuancé sur les effets de l’instauration de l’examen : « Je ne suis pas certain qu’il puisse substantiellement diminuer le nombre de personnes naturalisées, puisque des questions sur ces sujets étaient déjà au programme de l’entretien d’assimilation et que les candidats pourront repasser le QCM sans limite. »
    A ses yeux, d’autres mesures issues de la loi immigration de 2024 sont susceptibles d’avoir un effet plus important sur les statistiques des naturalisations, au premier rang desquelles une nouvelle exigence qui doit aussi entrer en vigueur en janvier 2026 : le relèvement du niveau de français exigé à l’oral comme à l’écrit de B1 à B2 pour la procédure de naturalisation. C’est-à-dire un niveau avancé. « Ce sera très difficile pour certains. Il faudra trouver du temps pour apprendre. C’est beaucoup plus que le niveau requis pour s’exprimer dans la vie quotidienne », souligne-t-il.
    « On ne devient pas Français en répondant à un QCM ! », lançait Manuel Valls, le 19 octobre 2012, à Toulouse. Alors ministre de l’intérieur du gouvernement Ayrault, il rompait, par cette petite phrase restée dans les esprits, avec la politique de durcissement des conditions d’accueil des étrangers menée par son prédécesseur, Claude Guéant, sous la houlette du président Sarkozy.
    M. Valls renoncera ainsi à soumettre les candidats à la nationalité française au questionnaire à choix multiples qu’avait instauré le gouvernement Fillon quelques mois auparavant, avant son départ, par décret. Pour vérifier leur niveau de connaissance de l’histoire, de la culture et de la société françaises, Manuel Valls expliquera, dans une circulaire d’octobre 2012, préférer que le sujet soit abordé « dans le cours naturel de la conversation », avec l’agent chargé de l’entretien d’assimilation – principe toujours appliqué aujourd’hui.
    Treize ans plus tard presque jour pour jour, par cet arrêté du 10 octobre 2025 permettant l’entrée en vigueur prochaine de l’« examen civique », la boucle est bouclée par un gouvernement démissionnaire auquel, ironie de l’histoire politique, participait M. Valls : les étrangers demandant la naturalisation devront bien, à partir de janvier 2026, répondre à un QCM.

    #Covid-19#migrant#migration#france#QCM#naturalisation#politiquemigratoire#integration#immigration

    • article 4 du dernier arrêté du 10 octobre du Taïeau de sa mère
      https://seenthis.net/messages/1140882

      L’épreuve est réalisée sur support numérique et sa durée ne peut excéder 45 minutes, sauf pour les candidats bénéficiant d’un aménagement spécifique.
      Conformément aux articles R. 433-5 et R. 413-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et au 10° de l’article 37-1 du décret du 30 décembre 1993 susvisé dans sa rédaction issue de l’article 6 du décret n° 2025-648 du 15 juillet 2025, les personnes qui présentent un handicap ou un état de santé déficient chronique incompatible peuvent bénéficier d’aménagements d’épreuve.

  • L’Allemagne supprime la possibilité d’obtenir un passeport après trois ans de séjour dans le pays - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/67425/lallemagne-supprime-la-possibilite-dobtenir-un-passeport-apres-trois-a

    L’Allemagne supprime la possibilité d’obtenir un passeport après trois ans de séjour dans le pays
    Par RFI Publié le : 10/10/2025
    En 2024, le gouvernement de gauche d’Olaf Scholz avait facilité les naturalisations en les autorisant après cinq ans de séjour au lieu de huit. Une disposition permettait également dans certains cas une « naturalisation turbo » après trois ans. Les chrétiens-démocrates, qui avaient critiqué la nouvelle loi, n’ont pas pu la remettre en cause en raison des résistances de leurs alliés sociaux-démocrates. Mais la naturalisation turbo vient d’être supprimée par le Parlement.
    Le nombre de personnes qui ont bénéficié de cette disposition particulière est restée très modeste, environ 1% des naturalisations, d’après certaines estimations. Cette dérogation au droit commun permettait d’obtenir un passeport allemand après trois ans de séjour pour des personnes particulièrement bien intégrées en raison de leur parcours scolaire, universitaire ou professionnel et dont la maîtrise de l’allemand était excellente.
    Cette disposition ne visait pas des réfugiés, mais plutôt cette main-d’œuvre qualifiée dont l’Allemagne a besoin et pour qui l’obtention plus rapide de la nationalité de leur nouveau pays peut être un plus.
    300 000 naturalisations en 2024. Mais les polémiques durant la dernière campagne électorale autour de l’immigration ont échauffé les esprits. Pour les conservateurs, la nationalité allemande était « bradée » et trop rapide. « La naturalisation doit couronner le processus d’intégration et non le précéder. La naturalisation turbo après trois ans était un principe totalement erroné », a lancé le ministre de l’Intérieur, le chrétien-social bavarois Alexander Dobrindt, à la tribune du Bundestag.
    Les règles de base adoptées l’an dernier restent en vigueur. Une naturalisation est possible après cinq ans de séjour en Allemagne au lieu de huit dans le passé. La double nationalité, autrefois une exception, est devenue la norme. L’an dernier, un record a été atteint avec près de 300 000 naturalisations, une augmentation de 46% par rapport à 2023 qui s’explique également par l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#politiquemigratoire#naturalisation#integration#droit#migrationqualifiee

  • Aux frontières de l’Europe, un arsenal technologique contre les migrants

    "L’Union européenne déploie à ses frontières des technologies civiles et militaires pour bloquer les flux migratoires. De la Pologne à la Serbie, enquête sur le complexe techno-industriel qui érige la « forteresse Europe »."

    – Épisode 1/5 : En #Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la #forêt primaire
    – Épisode 2/5 : À Madrid, au Salon mondial de la #sécurité aux frontières, le #showroom des #technologies de #surveillance
    – Épisode 3/5 : Dans les #Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile
    – Épisode 4/5 : En #Italie, une #fouille intégrale des #téléphones
    – Épisode 5/5 : En #Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les #drones et les #gangs

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-aux-frontieres-de-l-europe-un-arsenal-technologique-contre-les-mig
    #externalisation #militarisation_des_frontières #technologie #migrations #réfugiés #Europe #Trieste #route_des_Balkans #complexe_militaro-industriel
    #podcast #audio

    ping @reka @isskein @karine4

    • Épisode 1/5 : En Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la forêt primaire

      La forêt de Białowieża est l’une des dernières forêts primaires d’Europe, préservée de l’action humaine depuis près de 12 000 ans. Mais son visage a radicalement changé depuis 2021, lorsque le Bélarus, un pays voisin de la Pologne et allié de la Russie, a créé une crise migratoire.

      Le Bélarus a entrepris de délivrer des visas à des familles venant d’Afrique et du Moyen-Orient, pour les acheminer jusqu’à Minsk, la capitale bélarusse. De là, les autorités bélarusses poussaient les exilés vers la Pologne.

      En réponse, la Pologne a entrepris d’ériger un mur à travers la forêt : une immense barrière de métal, longue de 190 kilomètres, haute de cinq mètres, protégée par trois rangées de barbelés, des caméras, des drones et des hélicoptères.

      “Il y a 5 300 caméras, le mur, des soldats, et un système de détection : si quelqu’un touche le mur, nous sommes avertis immédiatement de ce qu’il se passe”, explique Katarzyna Zdanowicz, la porte-parole des gardes frontières pour la région de Białowieża.

      On a parfois l’impression que la frontière sépare aussi deux manières de comprendre la situation. D’un côté, les activistes, qui parlent de femmes, d’enfants, et de familles qui fuient la guerre. De l’autre, le gouvernement Polonais qui dénonce une “menace” migratoire ; le premier ministre Donald Tusk va jusqu’à parler d’une “guerre hybride” dont les munitions seraient les personnes exilées envoyées sur son territoire. En conséquence, la Pologne a autorisé les gardes frontières à utiliser des armes à feu contre les réfugiés en juillet 2024. En mars 2025, le pays a carrément suspendu le droit des exilés à demander l’asile en arrivant dans le pays. Toute personne interceptée sur le territoire est systématiquement refoulée vers le Bélarus.

      Les militants sur place dénoncent des violations régulières des droits humains à l’encontre des exilés, perpétrés par les gardes frontières bélarusses, mais aussi polonais.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-pologne-un-mur-de-190-kilometres-a-travers-la-foret-primaire-7597265

      #murs #barrières_frontalières #Grupa_Granica #Belarus #caméras #caméras_de_surveillance #détection #Biélorussie #contrôles_frontaliers #militarisation_des_frontières #menaces #menace_migratoire #guerre_hybride #décès #mourir_aux_frontières #gardes-frontières #armes_à_feu #refoulements #push-backs #Krynki #drones

    • Épisode 2/5 : À Madrid, au #Salon_mondial_de_la_sécurité_aux_frontières, le #showroom des technologies de surveillance

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience à Madrid, lors du #World_Border_Security_Congress.

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception : pas le droit de photographier, pas le droit d’enregistrer avec un micro, et une liberté de circuler très relative. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience dans la capitale espagnole, lors du World Border Security Congress, le salon mondial de la sécurité aux frontières, qui réunit les acteurs majeurs de l’industrie de la surveillance et de la répression de l’immigration. L’événement est tout simplement interdit aux journalistes : il nous faut nous faire accréditer par une ONG pour pouvoir y accéder, et découvrir les dernières innovations technologiques en matière de surveillance des frontières.

      Se pensant loin des micros de la presse, #Hans_Leijten, le directeur exécutif de #Frontex, livre un discours extrêmement dur :

      “Laissez-moi être clair : dans le monde actuel, il ne peut plus y avoir de repas gratuit, expose-t-il. La coopération ne fonctionne pas à sens unique. Si un pays veut bénéficier des fonds européens, alors il doit répondre aux demandes de l’Union européenne. Cela veut dire qu’il doit accepter les protocoles de réadmission, renforcer ses contrôles aux frontières, et combattre les réseaux de passeurs”.

      Ce salon, intitulé ’Patrouiller la périphérie’, incarne aussi le plan européen consistant à “externaliser les frontières”, c’est-à-dire à s’implanter dans les pays voisins de l’Union pour y stopper l’immigration avant qu’elle atteigne son territoire.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/a-madrid-au-salon-mondial-de-la-securite-aux-frontieres-le-showroom-des-

      #régimes_d'exception #intelligence_artificielle #AI #IA #industrie_de_l'armement #surveillance_mobile #usage_dual #complexe_militaro-industriel #adaptation #façonner_le_monde #business #patrouiller_la_périphérie #gestion_des_frontières

      –-

      –-> citation, voilà ce que dit Hans Leijten dans le salon intitulé « Patrouiller la périphérie », à partir de la min 4,45 :

      « Si nous voulons de la stabilité et du contrôle, alors nous devons construire les mécanismes de sécurité, et pas seulement à nos frontières, mais aussi loin, au-delà. Cette approche a porté ses fruits en Europe, dans les Balkans, où nous avons utilisé une combinaison de gestion des frontières, d’engagement politique et de traités commerciaux qui ont donné de bons résultats »

    • Épisode 3/5 : Dans les Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile

      En s’appuyant sur l’idée “d’externalisation des frontières”, l’Union européenne justifie sa présence dans les pays hors de l’Union européenne, pour y stopper l’immigration avant même que celle-ci n’atteigne son territoire.

      "Tout ce qui concerne la migration en #Bosnie-Herzégovine est payé par l’Union européenne ou les États membres, explique la chercheuse #Nidžara_Ahmetašević, spécialisée dans la migration. Par exemple, la semaine dernière, l’Union européenne a donné des drones pour les gardes frontières. La semaine précédente, elle a donné des voitures."

      Ces #financements proviennent notamment des #Fonds_de_Pré-Accession, des fonds d’aide au développement dont la vocation initiale est d’aider les pays voisins de l’Europe à atteindre un niveau de développement économique suffisant pour devenir des partenaires commerciaux, voire pour intégrer l’Union. En se penchant sur le détail des transactions, on découvre qu’une vaste partie des financements servent en réalité à financer des infrastructures de contrôle de la migration.

      Mais en déployant des technologies de type militaire chez ses voisins aux régimes politiques instables, l’Union européenne risque de créer des situations conflictuelles : ces technologies prévues contre la migration peuvent se retourner contre la société civile.
      Nous nous sommes rendus en Serbie, où les étudiants manifestent depuis plusieurs mois contre le gouvernement d’Aleksandar Vučić. En novembre 2023, le gouvernement de Vučić a déployé une arme nouvelle contre des exilés, dans le nord du pays : un canon à son. En mars 2025, ce même canon à son a, d’après plusieurs témoignages, été utilisé contre les étudiants. “La Serbie est un laboratoire pour tester les technologies aux frontières terrestres, exopse Mila Bajić, de l’association SHARE. Puisque la Serbie ne fait pas partie du territoire européen, il n’y a pas de loi européenne pour encadrer les pratiques, tel que le règlement européen sur l’intelligence artificielle, et les demandes d’accès aux informations publiques ne fonctionnent pas. Le gouvernement peut donc agir sans rien révéler.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/dans-les-balkans-des-technologies-contre-les-migrants-qui-se-retournent-

      #externalisation_des_frontières #Balkans #route_des_Balkans #développement #aide_au_développement #intégration_européenne #drones #test #laboratoire #Serbie #frontières_terrestres #canon_à_son #armes_sonores #barrière_acoustique

      –-

      sur les #murs_sonores, voir aussi :
      La Grèce allonge son mur et le fortifie avec un #mur_acoustique...
      https://seenthis.net/messages/920711
      #mur_sonore

      et aussi :
      –> La police serbe a déjà utilisé des #armes_sonores sur des migrants
      https://seenthis.net/messages/1104712

    • Épisode 4/5 : En #Italie, une fouille intégrale des #téléphones

      L’arsenal technologique déployé aux frontières a plusieurs missions, formalisées dans les documents de la Commission européenne : détecter, contrôler, et surveiller. En Italie, dans la ville portuaire de Trieste, ces technologies ont un impact immédiat pour la vie des exilés.

      D’après de nombreux témoignages que nous avons recueillis, les policiers fouillent de manière quasi-systématique les téléphones des exilés lorsque ceux-ci effectuent leur demande d’asile.

      “Ce qu’ils font, c’est qu’ils lisent vos messages sur #WhatsApp, ils regardent vos photos, ils regardent votre historique de recherche, explique Smaïl, qui a fui le Pakistan il y a plusieurs années et vient en aide aux exilés à Trieste après avoir réussi lui-même à régulariser sa situation. S’ils voient que vous avez cherché “Milan”, ils vous disent : “Tu as cherché des informations sur Milan, alors pars à Milan”. Il y a même des gens qui m’ont dit qu’ils avaient effacé toutes les données sur leur téléphone, mais que la police a trouvé les informations quand même. S’ils font ça, c’est parce qu’ils trouvent qu’en tant que cité frontalière, ils en font déjà assez, alors ils cherchent des excuses pour renvoyer ceux qui demandent l’asile.

      Ce que décrit Smaïl ressemble point par point au logiciel #Le_Kiosk, développé par l’entreprise israélienne #Cellebrite, dont nous avons pu avoir une démonstration au cours du Salon Mondial de la Sécurité aux Frontières. En 2019, la France a annoncé équiper pas moins de 500 commissariats avec le #logiciel Le Kiosk. Ces technologies de surveillance rendent le parcours migratoire toujours plus complexe. Pourtant, les chiffres montrent que les entrées dans l’Union ne baissent pas ; en revanche, les routes sont de plus en plus dangereuses. “Vouloir stopper le mouvement des humains, c’est comme se battre contre la nature, contre la mer : les gens circulent, ils doivent trouver des moyens de passer”, regrette Smaïl.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-italie-une-fouille-integrale-des-telephones-3950382
      #smartphones #Trieste #danger #parcours_migratoire

    • Épisode 5/5 : En Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les drones et les gangs

      A ce stade de l’enquête, une question continuait de nous tarauder : comment, avec tout cet arsenal pour protéger les frontières, expliquer que les entrées illégales dans l’Union européenne continuent ?

      Un paradoxe nous apparaît à la fin de cette tournée des pays des Balkans : les drones, logiciels de surveillance, caméras thermiques et autres équipements, ne sont peut-être pas essentiels pour comprendre la réalité de la migration. Au bout de trois jours passés à #Bihac, dans le nord de la #Bosnie, on comprend déjà beaucoup de la réalité de ce petit village, dernière étape avant l’entrée dans l’Union européenne : sur la place principale, il y a des exilés qui ont été refoulés la veille, qui se reposent pendant la journée, et dont tout le monde sait qu’ils vont retenter leur chance le soir-même. Et puis, il y a ces visages de gens qui ne partent pas, pendant 6 mois, 1 an : eux, ce sont les passeurs. Ici, tout le monde les connaît, ils se baladent dans la rue principale avec leurs clients, dans l’impunité la plus totale. Petit à petit, ces passeurs se sont structurés en réseau ; ces réseaux sont devenus des gangs.

      Nous nous sommes entretenus avec Ali, un passeur qui vit à la frontière entre la Bosnie et la Croatie depuis bientôt huit ans. La première fois que nous l’avons rencontré, c’était à un arrêt de bus. Il faisait presque 40°, le soleil cognait fort, et Ali venait de récupérer un groupe d’Afghans qu’il s’apprêtait à faire traverser. Il avait un pull noir à manches longues. Il a accepté de relever une de ses manches pour nous montrer son bras - lacéré par des cicatrices, du poignet jusqu’à l’épaule.

      “Ils nous ont torturés, raconte-t-il. Ils ont appelé mes parents, ils leur ont dit : “envoyez de l’argent !”. Ils nous ont tout fait. Mais crois-moi, après ça, les cicatrices font de toi quelqu’un de respecté dans le milieu.”

      Comment les passeurs arrivent-ils à déjouer les caméras thermiques, les drones, les patrouilles ? Ali ne nous donnera pas tous ses secrets, mais il laisse en deviner quelques-uns.

      “Je connais les horaires, l’heure à laquelle les gardes frontières font leur ronde, l’heure à laquelle ils sont dans la ville, détaille Ali. Mais il faut aussi s’en remettre à la chance.Tu crois que les caméras et les senseurs pourront m’arrêter. Laisse-moi te dire quelque chose : tu viens de l’Union européenne. Il y a des caméras de surveillance dans toutes les rues, dans tous les magasins. Est-ce que ça empêche les voleurs ? Non, jamais.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-bosnie-rencontre-avec-un-passeur-entre-les-drones-et-les-gangs-839123
      #passeurs