• #repressione in #sicilia – War on #antifa : #NSPM-7 Defendants Union – Parcoursup e #polizia_predittiva@0
    ▻https://radioblackout.org/podcast/repressione-in-sicilia-war-on-antifa-nspm-7-defendants-union-parcours

    Estratti dalla puntata del 12 ottobre 2026 di #bello_come_una_prigione_che_brucia REPRESSIONE IN SICILIA Grazie al contributo di due compas dalla Sicilia andiamo ad approfondire alcuni aspetti dell’attuale contesto repressivo in quella regione. Con Andre, partiamo da una rapida descrizione della giornata del Carnevale No Ponte tenutasi a Messina nel 2025 per […]

    #algoritmi #carcere #ddl_1660 #intelligenza_artificiale #sorveglianza #war_on_antifa
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/10/BCUPCB_no-ponte_ipogeo.mp3

  • Appunti sul #carcere di Torino – Rivolta nel carcere di #Pisa – Tecnologie alle frontiere: tra #war_on_migrants e War with Russia@0
    ▻https://radioblackout.org/podcast/appunti-sul-carcere-di-torino-rivolta-nel-carcere-di-pisa-tecnologie-

    Estratti dalla puntata del 5 ottobre 2026 di #bello_come_una_prigione_che_brucia UNO SGUARDO DI GIORGIO SULLE VALLETTE Giorgio Rossetto, militante di lunga data dell’Autonomia torinese e della resistenza No Tav, è recentemente uscito dall’ennesimo periodo di detenzione, scattato il 22 agosto 2026 con la revoca degli arresti domiciliari. Grazie al suo contributo […]

    #carcere_delle_vallette #droni #guerra #intelligenza_artificiale #killer_robots #sorveglianza
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/10/BCUPCB_GiorgioRossetto_pt1.mp3

  • #Finlande : #Google, accusé d’avoir fait raser 300 hectares de #forêt, sommé de suspendre la construction de data centers

    Les autorités exigent l’arrêt des travaux dans deux localités du pays d’ici au 23 octobre, dans l’attente d’une évaluation environnementale. Le géant américain a reconnu ne pas avoir été « à la hauteur ».

    Une agence gouvernementale finlandaise a sommé, mardi 6 octobre, Google de suspendre la construction des nouveaux centres de données dans deux municipalités du pays au plus tard le 23 octobre 2026 dans l’attente d’une évaluation de leur #impact_environnemental.

    Ces projets, à #Muhos et à #Kajaani, dans le nord-ouest du pays, font partie d’un #investissement annoncé de 13 milliards d’euros en Finlande, le plus gros investissement unique du groupe américain en Europe, dans le domaine de l’Intelligence artificielle. Lors d’une visite de l’Agence France-Presse (AFP) la semaine dernière à Muhos, une journaliste a pu observer les va-et-vient des pelleteuses autour du chantier.

    Devant la ferme d’un des habitants rencontrés, la forêt qui se trouvait sur un terrain acquis par Google avait déjà disparu. Mais l’agence finlandaise de surveillance entend mettre fin, au moins provisoirement, à ce chantier. Elle a exigé que soient suspendues « toutes les mesures préparatoires susceptibles de modifier de manière significative l’environnement dans le cadre des projets de centres de données prévus à Muhos et à Kajaani ».

    L’agence a ouvert une enquête soupçonnant la société #Tuike_Finland, représentant Google, d’avoir défriché plus de 300 hectares de forêt à Muhos sans procéder à l’évaluation d’impact environnemental, une étape préalable obligatoire. Si Tuike Finland ne se conforme pas à cette demande, l’autorité « envisage d’engager une procédure coercitive ».

    « Nous comprenons les préoccupations exprimées et reconnaissons que, dans ce cas précis, nous n’avons pas été à la hauteur de nos propres normes, élevées », a concédé Sondre Ronander, porte-parole de Google, dans un message à l’AFP. « Nous allons étudier les conclusions de l’agence et suivre ses recommandations. »

    Les GAFAM mettent le cap sur la Finlande

    Le géant américain prévoit de développer ce type d’infrastructures dans deux autres municipalités, à #Vaala et #Hamina, où l’entreprise exploite déjà un centre de données. Grâce à un climat frais, une électricité relativement stable et bon marché, majoritairement produite grâce au nucléaire, ainsi qu’à une vaste capacité éolienne et hydraulique, la Finlande a récemment connu un boom des investissements dans les centres de données.

    Si des dizaines de ces centres énergivores sont actuellement en construction et beaucoup d’autres dans les tuyaux, notamment par #Microsoft et #TikTok, les incertitudes concernant les prix de l’énergie, la capacité du réseau et les effets sur l’environnement ont déclenché un vif débat public dans le pays.

    Une pétition citoyenne qui réclame une réglementation plus stricte de l’usage de l’énergie des centres ainsi que de leurs conséquences sur l’environnement a recueilli près de 84 000 signatures. Elle doit désormais être discutée au Parlement.

    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/06/finlande-google-accuse-d-avoir-fait-raser-300-hectares-de-foret-somme-de-sus
    #data_centers #centres_de_données #infrastructure #IA #AI #intelligence_artificielle #suspension #déforestation #arrêt

  • Un essor préoccupant : les centres de données IA dans l’#espace_alpin

    Les pays alpins ne sont pas épargnés par la vague de l’IA : en avril 2026, la construction d’un centre de données Google a débuté à #Kronstorf / #Autriche ; près de #Grenoble / #France, l’entreprise française #Dataone travaille sur un projet d’une ampleur similaire. La consommation d’#électricité, d’#eau et d’#espace est également colossale.

    Les nouveaux centres de données poussent actuellement comme des champignons. Rien qu’en Suisse, on en compte environ 120, l’agglomération de Zurich étant le principal pôle d’activité. Les critiques portent surtout sur l’ampleur de nombreux projets. Ces derniers favorisent l’imperméabilisation des sols et nécessitent d’énormes quantités d’eau pour refroidir les #serveurs. De plus, la forte augmentation des besoins énergétiques liés à leur fonctionnement soulève des questions. Dès 2024, les centres de données représentaient environ 3 % de la consommation totale d’énergie en Europe, une part qui, selon les expert·e·s, va considérablement augmenter. Le lobbying de #Microsoft et d’autres groupes informatiques a permis d’introduire une #clause_de_confidentialité dans la législation européenne, qui empêche l’accès du public à des informations essentielles sur l’#impact_environnemental de tels projets.

    De l’électricité bon marché, sans EIE (Étude d’Impact sur l’Environnement)

    Un centre de données ouvert en 2026 près de #Trente (#Italie) dans une mine en activité montre qu’il existe une autre solution. Il s’inspire du « #Swiss_Fort_Knox », installé dans d’anciens bunkers militaires à #Kleinmelchtal / CH. Sous terre, l’encombrement et la consommation d’eau pour le refroidissement peuvent être réduits au minimum, mais l’énorme consommation d’énergie reste inchangée. En Suisse, par exemple, les centres de données bénéficient d’une réduction sur le prix de l’électricité, accordée aux gros consommateurs. Un centre de données #Google, qui doit entrer en service en 2027 à Kronstorf/A, n’a pas dû faire l’objet d’une #étude_d’impact sur l’environnement (EIE) malgré ses dimensions gigantesques. « Les responsables politiques devraient enfin réagir et combler ces #lacunes_juridiques », estime Paul Kuncio, juriste spécialisé en droit de l’environnement chez CIPRA International. Dans le contexte de l’essor général de l’IA, les associations environnementales s’accordent à dire que le #cadre_juridique régissant la construction des centres de données doit être renforcé afin de limiter leur impact sur l’environnement.

    Sources et informations complémentaires :

    www.derstandard.at/story/3000000338882/google-in-kronstorf-was-ueber-den-ressourcenverbrauch-bekannt-ist-und-was-nicht (de), ▻https://suedtirol.orf.at/stories/3359811 (de), ▻https://mag.unitn.it/innovazione/121852/i-dati-sotto-la-montagna (it), www.investigate-europe.eu/posts/big-tech-data-centres-secrecy-eu-law-environment-footprint (en), www.ilpost.it/2026/07/05/data-center-espansione-italia/ (de), www.wwf.at/google-rechenzentrum-ohne-uvp-wwf-fordert-rasche-gesetzesreform/ (de), ►https://science.orf.at/stories/3236394 (de), www.zeit.de/2026/20/rechenzentren-ki-stromverbrauch-wasser-abwaerme (de), www.hebdo-ardeche.fr/un-datacenter-va-se-construire-a-valence/ (fr), ▻https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/datacenter-geant-pres-de-grenoble-on-ne-s-occupe-que-de-f (fr), www.rts.ch/info/economie/2026/article/entre-crainte-ecologique-et-opportunite-economique-l-expansion-des-datacenters-en-suisse-interroge-29235422.html (fr), ▻https://data-center-map.com (en), www.eulisa.europa.eu/our-publications/energy-efficient-data-centres-high-level-overview (en), www.zeit.de/gesellschaft/2026-07/rechenzentren-schweiz-stromverbrauch-widerstand-alpenpodcast (de), www.tagesanzeiger.ch/rechenzentren-schweiz-mehr-transparenz-gefordert-721815335486 (de) ▻https://algorithmwatch.ch/de/recherche-rechenzentren-schweiz (de)

    ▻https://www.cipra.org/fr/nouveautes/un-essor-preoccupant-les-centres-de-donnees-ia-dans-lespace-alpin
    #Alpes #montagne #énergie #centres_de_données #data_centers #IA #AI #intelligence_artificielle

  • « IA, dis-moi pour qui voter »
    ▻https://laviedesidees.fr/IA-dis-moi-pour-qui-voter

    Le succès des chatbots d’IA générative ravive un débat ancien sur l’influence des outils d’information sur nos opinions politiques. Chercheurs, industriels et régulateurs se penchent sur un enjeu susceptible de jouer un rôle important dans la campagne électorale qui s’annonce.

    #Politique #élections #intelligence_artificielle

  • Servitù militari: da #fairford a T’aif [con Stefania Maurizi] – Ed Sheeran, #infowar e #sorveglianza sionista – Milizie collaborazioniste a #Gaza – Verso la sentenza per il massacro di #santa_maria_capua_vetere [con Luigi Romano]@0
    ▻https://radioblackout.org/podcast/servitu-militari-da-fairford-a-taif-con-stefania-maurizi-ed-sheeran-i

    Estratti dalla puntata del 28 settembre 2026 di #bello_come_una_prigione_che_brucia DA FAIRFORD A T’AIF: SERVITÙ MILITARI E MACCHINA BELLICA USA Grazie al contributo della giornalista di inchiesta Stefania Maurizi e del suo lavoro sui file di Wikileaks, cerchiamo di osservare la dimensione di censura che contraddistingue il supporto che paesi come […]

    #carcere #chatbot #guerra #intelligenza_artificiale #israelificazione #nato #UK
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/09/BCUPCB_StefaniaMaurizi_basiUSA.mp3

  • Atlas of AI. Power, Politics, and the Planetary Costs of Artificial Intelligence

    The hidden costs of artificial intelligence—from natural resources and labor to privacy, equality, and freedom

    “This study argues that [artificial intelligence] is neither artificial nor particularly intelligent. . . . A fascinating history of the data on which machine-learning systems are trained.”—New Yorker

    “A valuable corrective to much of the hype surrounding AI and a useful instruction manual for the future.”—John Thornhill, Financial Times

    “It’s a masterpiece, and I haven’t been able to stop thinking about it.”—Karen Hao, senior editor, MIT Tech Review

    What happens when artificial intelligence saturates political life and depletes the planet? How is AI shaping our understanding of ourselves and our societies? Drawing on more than a decade of research, award‑winning scholar Kate Crawford reveals how AI is a technology of extraction: from the minerals drawn from the earth to the labor pulled from low-wage information workers to the data taken from every action and expression.

    Crawford reveals how this planetary network is fueling a shift toward undemocratic governance and increased inequity. Rather than taking a narrow focus on code and algorithms, Crawford offers us a material and political perspective on what it takes to make AI and how it centralizes power. This is an urgent account of what is at stake as technology companies use artificial intelligence to reshape the world.

    ►https://yalebooks.yale.edu/book/9780300264630/atlas-of-ai
    #atlas #IA #pouvoir #intelligence_artificielle #AI #ressources_naturelles #liberté #égalité #privacy #extractivisme #travail

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    déjà signalé par @hubertguillaud
    ▻https://seenthis.net/messages/1038511

  • La #fable et le #mythe. L’#IA et la fin des #collectifs.

    On notera que les modèles les plus puissants d’IA à ce jour – ceux-là que l’on présente comme l’armageddon cyber et le terminator langagier (capable entre autres de lipogrammer en E avec la facilité d’un Mr Jourdain) – s’appellent « Fable » et « Mythe ». Et l’on en déduira ce que l’on voudra mais on se souviendra que le nom de l’IA est avant tout « #récit ».

    On notera aussi que ces modèles d’IA sont déployés au coeur d’une société baptisée « #Anthropic », dont on ne sait plus si le nom est :

    - programmatique (tous ces modèles sont anthropiques, c’est à dire faits et conçus par des humains),
    – antiphrastique (ils ont vocation à dépasser l’humanité, c’est en tout cas leur « récit »)
    - ou paronymique (on lit « anthropic » et l’on entend aussi « entropie » qui dit que quelque chose se transforme, et qui dit aussi l’imprédictibilité de cette transformation).

    Derrière ces récits je veux vous conter celui qui affleure si peu et me semble pourtant si déterminant. Le récit de la manière dont l’IA signe la fin des collectifs, de la manière dont elle engage cette fin et des moyens colossaux qu’elle y consacre.

    Des travaux de sociologues ont, longtemps après les premiers scandales de la Silicon Valley, permis de documenter pourquoi il n’était pas très étonnant que des #biais racistes et sexistes soient présents un peu partout dans les #algorithmes des plateformes dès lors que les gens qui les développaient (ces algorithmes et ces plateformes) étaient très majoritairement des hommes jeunes, blancs et issus de milieux aisés ; et comment l’#automatisation des #inégalités constituait (et constitue toujours) un cadre de référence (lire notamment Safiya Umoja Noble, Kate Crawford, Virginia Eubanks, Olivier Alexandre, Jen Schradie et quelques autres …)

    D’autres sociologues, d’autres chercheurs, ont montré que derrière ces technologies, se trouvait un #travail_invisible, celui des modérateurs et modératrices, asservis dans des formes renouvelées et exacerbées d’un capitalisme tissé de #néo-colonialités (cf les travaux d’Antonio Casilli et de Paola Tubaro et ceux de Sarah T. Roberts).

    Depuis longtemps enfin on connaît les dynamiques du capitalisme linguistique, puis globalement sémiotique, et de ce qu’il fait à la langue et donc au monde.

    Dans l’effervescence analytique et critique de « l’IA » et de ses structures de pouvoir (cf l’une des conclusions de Kate Crawford que je vous remets en toute fin d’article), et en plus de la stratégie Ender qu’elle installe dans notre rapport à la technologie, il est une dimension assez peu souvent évoquée : la capacité structurelle de l’IA à défaire et à effondrer des collectifs. Une dimension qui s’ajoute à une autre de ses modalités fondamentales qui est celle d’un principe d’épuisement : épuisement du langage, des signes, des images, du sens. On ne parle plus ici de capacité de calcul, mais de disponibilité de calcul. Et avec cette disponibilité vient le biais et l’heuristique du même nom. Tout ce qui peut être calculé le sera, la bibliothèque de Babel imaginée par Borges existe de fait non plus comme imaginaire mais comme potentialité activable. Cette potentialité (qui est celle des IA génératives) n’est pas une nouvelle capacitation – hors quelques contextes très précis – mais un effondrement de notre détermination : notre puissance (de calcul d’abord mais aussi et surtout de création et d’imagination) se confronte à des artefacts qui n’ont pas simplement vocation à la démultiplier ou à la dépasser mais, ce faisant, à nous renvoyer l’impression d’une dépossession en nous plaçant dans une boucle de rétroaction insincère dans laquelle nous finissons collectivement par apprendre bien plus à ces artefacts qu’ils ne sont en capacité de nous le rendre individuellement.

    Les travaux critiques autour de l’IA mettent le plus souvent en discussion à la fois les enjeux environnementaux de ces technologies et de leurs infrastructures, et les enjeux d’expertise métier (risque de désapprendre ou de perdre de compétences ou qualifications). Bien plus que les impacts de l’IA sur les individus y compris lorsqu’ils sont abordés sous l’angle d’une entité globalisante (« les étudiants », « les professeurs », « les médecins », « les avocats », etc.), un point nodal peu exploré me semble être celui de la manière dont les IA remplacent l’ensemble des formes documentées de coordination sociale, c’est à dire aussi bien ce qui relève de logiques délibératives ou décisionnelles mais aussi l’ensemble des instances d’apprentissage mutuel quels qu’en soient les modalités (conflit, solidarité, etc.).

    De manière plus fine, l’IA inaugure des formes de désintermédiation fortes, brutales et « robustes » dans tout le spectre des interactions sociales qui constituaient jusqu’ici le coeur du travail collectif qu’elles qu’en soient les formes et les modalités. L’IA ou plus exactement le biais de disponibilité du recours à l’IA et l’efficience de ce biais, vient éparpiller façon puzzle toutes les formes de coordination reposant jusqu’ici principalement sur la stratification d’interactions sociales : coordination par la hiérarchie ou l’autorité, coordination par les règles, les procédures ou les routines, coordination par l’ajustement mutuel ou la participation périphérique, coordination par la délibération, la négociation, la confiance … les technologies d’IA (assistants conversationnels notamment mais pas uniquement) relèguent en arrière-plan ces dynamiques de premier recours, et ce jusqu’à leur effacement parfois complet. Ces coordinations tournent en « tâche de fond » alors qu’elles sont et devraient continuer d’être … le fond de la tâche. Les travaux d’Antoinette Rouvroy (entre autres) l’ont bien montré, la gouvernementalité algorithmique tend à remplacer les publics politiques par des agrégats calculés, par des clusters comportementaux (d’autres travaux parlent de « publics fantômes »). Clusters sur lesquels, et c’est cette fois Eva Illouz qui le documente et le démontre dans « Le futur des émotions« , « la question est moins celle de l’intelligence artificielle que de la relation artificielle » et de l’ensemble du spectre émotionnel qui n’est plus qu’une ingénierie des affects, un Fordisme des sentiments. Eva Illouz qui explique encore dans le magazine Usbek & Rica : « Le problème est que ces entités inertes nous répondent désormais. Les chatbots, pour ne citer qu’eux, nous parlent, interagissent avec nous et nourrissent ainsi une fiction extrêmement puissante de relationnalité. » Or là encore, cette relation artificielle s’exprime presqu’exclusivement dans le cadre de relations duales qui sont ainsi « optimisées » pour gommer d’abord des altérités, puis presque « logiquement » des collectifs dans lesquels elles s’expriment et se donnent à voir.

    Par parenthèse, il faudrait aussi évoquer et rappeler sans cesse que dès lors que ces « relations artificielles » duales basculent dans le domaine de la médecine et de la santé mentale, ces artefacts échouent et constituent même un danger dans leur prise en charge de problématiques comme les pulsions suicidaires.

    Bien sûr tout cela n’est pas entièrement nouveau et a été en quelque sorte « préparé » par de précédentes désintermédiations liées au déploiement de plateformes et d’infrastructures qui déjà opéraient un glissement majeur dans l’initiative des coordinations et dans la responsabilité des négociations, affichant ces plateformes en dirigeants et leurs algorithmes en autant de contremaitres (« Uberisation » notamment). Et c’est notamment pour tout cela que la question de l’effacement ou du remplacement du lien social est, comme Hannah Arendt l’a montré, la première condition d’un déploiement de régimes fascistes que l’on éprouve déjà et qui sont à l’oeuvre dans la systématisation – par exemple – de contrôle et de surveillance des individus autant que des populations.

    Un exemple tout particulièrement intéressant est celui de l’encyclopédie collaborative Wikipédia qui jusqu’ici parvenait essentiellement à se coordonner par des échanges et des interactions collectives qui, si elles étaient toujours traversées de tensions, s’organisaient toujours autour de la reconnaissance d’une identité commune qui demeurait celle de « la » communauté. Le grignotage et les attaques des contenus de Wikipédia par l’entrisme de contenus et de « bots » autant générés qu’instrumentalisés par l’IA met fortement en tension et en difficulté la capacité de maintenir cet horizon commun au-dessus de logiques plus singulières qui, si elles se figent et s’installent, peuvent à moyen terme faire chanceler l’ensemble du projet. De la même manière, il sera intéressant de regarder la manière dont le monde du logiciel libre et son fonctionnement communautaire peuvent être impactés par les technologies d’IA autour (notamment) des pratiques de Vibe Coding.

    Dans la grande ligne de temps du numérique, des enthousiasmes naïfs aux promesses natives du web jusqu’à son pourrissement et son « emmerdification », les premiers agrégats communautaires ont presque tous fini par se dissoudre dans des plateformes de promiscuité plus que de proximité ; l’individualisation, sous le double coup, d’une part de la publicitarisation où chaque individu est enjoint à se penser d’abord en tant que marque, et d’autre part du prétexte de la personnalisation de chaque fonctionnalité, de chaque recherche et de chaque usage, l’individualisation est devenue la norme.

    Et les collectifs ? Soit ils se sont soit lentement désagrégés ; soit ils ne subsistent que sous les formes délétères d’antichambres de contestation instrumentales (voir par exemple les révolutions et printemps arabes ou les gilets jaunes ou le Brexit au prisme de l’instrumentalisation opérée par les plateformes, Facebook en tête) ; soit ils sont les nouveaux avatars des néo-colonialités d’un capitalisme extractiviste et prédateur (Digital Labor, Uberisation), c’est à dire des collectifs de populations exploitées, isolées, assignées à résidence autant qu’à surveillance.

    Si l’IA est redoutablement efficace pour dissoudre ces collectifs, c’est pour au moins quatre grandes raisons.

    D’abord parce qu’elle installe un marché attentionnel qui est au premier plan « dual » (celui des agents conversationnels avec qui nous sommes en face à face permanent), j’en ai parlé plus haut.

    Ensuite parce qu’elle parvient à invisibiliser encore davantage les infrastructures de travail des collectifs exploités.

    C’est aussi parce qu’elle renverse la dynamique qui jusqu’ici nous voyait forts collectivement face à des technologies efficaces singulièrement, en une perspective où nos singularités s’affrontent a des artefacts différents des précédents seuls « algorithmes » ; les algorithmes facilitaient et accéléraient les calculs de prévisibilité (comportementale par exemple), mais si l’on peut le dire ainsi, nous savions à l’avance ce qu’ils étaient en capacité de prédire ; les IA nous proposent un autre horizon dans lequel c’est moins la prédiction d’une tendance collective qui se travaille (et peut donc être contestée ou renversée par un ou des collectifs organisés s’y opposant) que l’instanciation simultanée d’un ensemble de potentialités face auxquelles il est bien plus complexe de réagir et de s’organiser de manière uniforme.

    Et c’est enfin parce que certains bots peuvent augmenter la coopération tandis que d’autres la diminuent. Ce qui démontre que le braconnage (au sens de De Certeau) peut aussi passer du côté des machines dès lors qu’il est programmé pour ce faire. Ce que montrent en creux Lei Shi et al. dans leur article, c’est que la cohésion d’un collectif devient un paramètre que l’on peut faire varier par l’introduction d’agents artificiels ;

    Les technologies d’IA, pour l’instant en tout cas, contraignent et cantonnent les réponses collectives à des espaces périphériques difficilement mobilisateurs. Par ailleurs et de manière plus triviale mais extrêmement efficace, les discours sur l’IA font un même « texte » de trames sémantiques aussi diverses que celle des IA généralistes, génératives, sectorielles, agentiques, générales, etc. Et en les présentant toujours comme inextricables et nécessairement en relations causales, il est compliqué de parvenir à positionner un discours critique qui ne soit pas résumé ou astreint à la seule dimension des infrastructures (discours presqu’impossible à politiser face au contre-argumentaire robuste et médiatiquement vérouillé d’un accélérationnisme maquillé en progressisme), ou à l’éternel débat (et donc démonétisé attentionnellement) qui est celui de l’angoisse d’un grand remplacement ou d’une grande incapacitation (par des algorithmes, par des robots, par des IA …).

    D’autant que comme Antoinette Rouvroy l’écrivait il y a peu (je souligne) : « Contrairement à l’idée naïve d’une substitution de l’information à la matière, l’économie numérique fait proliférer de nouvelles infrastructures dont l’ampleur reconfigure durablement les milieux de vie. Le débat public intervient – lorsqu’il intervient – lorsque les investissements sont déjà réalisés et que le retour en arrière apparaît économiquement ou politiquement impensable. La transformation du territoire précède et court-circuite la délibération collective. »

    Pour le dire peut-être plus rapidement, « l’IA » dans le débat public est à la fois un concept écran (qui masque les enjeux qu’il porte) et un concept bouclier (qui se protège lui-même avec la ruse du flou incapacitant de sa dénomination).

    S’il faut prendre un exemple très récent, on pourra s’appuyer sur l’émergence de cette nouvelle doxa consistant à affirmer le recours à des assistants IA dans le cadre des parcours pédagogiques d’accompagnement et de formation, et ce de la maternelle (ou presque) à l’université (ou à ce qu’il en restera dans deux ans). Le « tutorat par l’IA » devient la modalité première (et exclusive) mise en avant dans certains groupes prédateurs se prétendant « écoles » aux USA ainsi que dans quelques établissements privés à Londres. En France également, tant dans les discours de Gabriel Attal ou d’Edouard Philippe très récemment, on entend aussi cette nouvelle antienne ad nauseam, et même si ce tutorat par l’IA est présenté comme complémentaire d’autres dispositifs (par exemple de faire bosser des retraités gratuitement …) il s’agit bien là encore de dissoudre des collectifs d’enseignants et d’accompagnants. Le 14 Juillet on apprenait via un communiqué d’Anthropic la sortie de « Claude For Teachers » qui offre aux enseignants certifiés du primaire et du secondaire aux États-Unis un accès gratuit aux fonctionnalités premium de Claude ; un entrisme façon « pied dans la porte » somme toute assez classique et qu’à peu près tous les acteurs du numérique ont déjà activé à leur échelle mais dont l’impact raisonne ici avec les risques évoqués ci-dessus. « Il y aura toujours des profs« , disent-ils, monsieur le commissaire. Oui il y en aura toujours, peut-être. Mais la certitude et le projet, c’est qu’il n’y ait plus aucun collectif enseignant. L’IA offre un prétexte parfait en termes d’alignement avec l’agenda libéral dont tant d’entreprises se sont déjà saisies pour masquer des licenciements derrière le putatif progès technique d’un basculement vers l’IA.

    Même chose du côté des élèves et des étudiants, dont l’un des apprentissages fondamentaux de la citoyenneté collective passait aussi par les échanges (physiques ou numériquement médiés) autour de l’école, des devoirs et plus globalement des études. Tout cela se dissout. L’IA est n’est alors tout au plus que l’Instanciation d’un Abandon.

    Dans une interview récente, Eva Illouz parle de cette « idée que les émotions peuvent être converties, mesurées et rendues calculables » et la qualifie de « croyance épistémologique« . Je crois qu’elle se trompe en cela que cette conversion et cette calculabilité sont non seulement possibles mais avérées. La question n’est pas tant de savoir si on peut qualifier cela de « croyance » mais, à partir du moment où cette croyance s’affirme et s’installe comme un premier régime de vérité, de comprendre l’enjeu et les finalités de ces conversions dans le cadre d’une gouvernance par les nombres et d’une gouvernementalité algorithmique qui ont fini par s’imposer comme le cadre principal de(s) politique(s) publique(s).

    Je vous parlais enfin d’une citation de Kate Crawford dans son « Atlas de l’Intelligence Artificielle » qui demeure incontournable, la voici en guise de conclusion :

    « L’IA n’est ni intelligente ni artificielle. Elle n’est qu’une industrie du calcul intensive et extractive qui sert les intérêts dominants. Une technologie de pouvoir qui à la fois reflète et produit les relations sociales et la compréhension du monde. (…) Les modèles permettant de comprendre et de tenir les systèmes responsables ont longtemps reposé sur des idéaux de transparence… (…) Dans le cas de l’IA, il n’y a pas de boîte noire unique à ouvrir, pas de secret à révéler, mais une multitude de systèmes de pouvoir entrelacés. La transparence totale est donc un objectif impossible à atteindre. Nous parviendrons à mieux comprendre le rôle de l’IA dans le monde en nous intéressant à ses architectures matérielles, à ses environnements contextuels et aux politiques qui la façonnent, et en retraçant la manière dont ils sont reliés. »

    ►https://affordance.framasoft.org/2026/09/la-fable-et-le-mythe-lia-et-la-fin-des-collectifs
    #IA #AI #intelligence_artificielle #néo-colonialisme #racisme #sexisme #épuisement #dépossession #infrastructures #expertise_métier #coordination_sociale #apprentissage_mutuel #désintermédiation #travail_collectif #gouvernementalité_algorithmique #chatbots #relationnalité #fordisme_des_sentiments #responsabilité #abandon

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    signalé aussi par @biggrizzly :
    ▻https://seenthis.net/messages/1183279

    • Merci
      Sur le nazisme qui n’a jamais cessé, se poursuit sur le contrôle constant de nos imaginaires de joie et de paix et notre capacité cognitive à relier des idées divergentes.
      Les voleurs d’œuvres d’Art.

      Soulèvement haut les cœurs tant qu’ils sont collectifs et résistants par les réalisateurices de Naza qui montrent -aussi- le rôle de l’IA dans le génocide palestinien.
      La machine tue, sauf les sacs à merde kakis qui se cachent derrière.
      Ne croyez pas que le consentement soit aussi petit que le pixel qui l’exige, notre management par les IA s’infiltre aussi à cet endroit.

  • OLTRE ALL’ALLARMISMO : GLI IMPATTI ECONOMICI DELL’AI
    ▻https://radioblackout.org/2026/09/oltre-allallarmismo-gli-impatti-economici-dellai

    C’è davvero una probabilità del 10% che l’AI ci uccida tutti entro i prossimi 10 anni? Boh, d’altronde si sa: questa percentuale Jacob Coxon se l’è inventata mentre si licenziava da Anthropic dando il là a Dario Amodei e ai principali volti delle #big_tech della Silicon Valley per altisonanti prese di parola sulla necessità […]

    #altavisibilita #L'informazione_di_Blackout #Economia ;Crisi ;_finanza #intelligenza_artificiale #tecnocapitalismo
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/09/Impatti-Economici-Ai-Tecleme-.mp3

  • EU : #guerra E RIORGANIZZAZIONE #servizi_segreti – A.I. E #machine_psychology@0
    ▻https://radioblackout.org/podcast/eu-guerra-e-riorganizzione-servizi-segreti-a-i-e-machine-psychology

    Estratti dalla puntata del 21 settembre 2026 di #bello_come_una_prigione_che_brucia ORIZZONTE DI GUERRA E RIFORME DEI SERVIZI SEGRETI La guerra è il principale motore riorganizzativo degli stati europei in termini economici, industriali e repressivi; un riorientamento diffuso che riguarda anche un apparato profondo e per sua natura ambiguo e opaco, come […]

    #guerra_ibrida #intelligenza_artificiale #killer_robots #sorveglianza
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/09/BCUPCB_serviziEU_intro.mp3

  • Radio : Julien Mattern, Le mythe de la singularité et la mécanisation du monde, 2024

    Julien Mattern , sociologue à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, partage ses réflexions sur des questions posées par la notion de « #singularité technologique » et par sa large diffusion médiatique ces dernières années. C’est l’idée selon laquelle que le perfectionnement l’#intelligence_artificielle nous mènera à une « super-intelligence » autonome (voire dotée de conscience) qui dépasserait de loin l’intelligence humaine. Mise en perspective critique un discours de nature idéologique et mythologique, en essayant à la fois de comprendre ce qu’il révèle de notre société et ce qu’il dissimule.

    Avec la retranscription complète de la conférence et des réponses aux trois questions.

    ▻https://sniadecky.wordpress.com/2026/09/21/rmu-mattern-singularite

    Avec le PDF qui va bien :

    ▻https://archive.org/download/rmu-106-mattern-singularite/RMU_106_Mattern-Singularite.pdf

    #Racine_de_Moins_Un #Julien_Mattern #critique_techno

  • Contre le sommet de l’IA - Rassemblement à Marseille le 24 septembre
    ▻https://ricochets.cc/Contre-le-sommet-de-l-IA-Rassemblement-a-Marseille-le-24-septembre-9447.ht

    A Marseille, gros spot de l’inflation des usines data center et de l’IA, a lieu un énième événement d’auto-promotion de l’IA et de son monde. Sesterce, basée à Marseille, y sera présente avec l’intervention de son CEO Youssef El Mansouri lors d’une table ronde intitulée « IA : Marseille, nouvelle puissance européenne ? », au milieu de toute une brochette d’intervenants du business IA, de sa justification et des ruses pour augmenter l’acceptation. Sesterce veut imposer à Alixan un gigantesque (…) #Les_Articles

    / #Technologie, Autoritarisme, régime policier, démocrature..., #Le_monde_de_L'Economie

    #Autoritarisme,_régime_policier,_démocrature...
    ▻https://aim-marseille.com/fr

  • La transcription automatique en ses limites
    ▻https://danslesalgorithmes.net/stream/la-transcription-automatique-en-ses-limites

    On avait déjà souligné les grandes limites de la synthèse automatisée. Un organisme de surveillance du service national de santé (NHS) britannique, Healthwatch England, met en garde : les assistants de transcription par IA – qui écoutent et transcrivent les consultations médicales – utilisés par de plus en plus de docteurs, se trompent sur les […]

  • TotalEnergies s’allie à Mistral pour révolutionner l’exploration pétrolière grâce à l’intelligence artificielle
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/15/totalenergies-s-allie-a-mistral-pour-revolutionner-l-exploration-petroliere-

    Avec un partenariat de 100 millions d’euros sur trois ans, TotalEnergies et #Mistral veulent notamment optimiser la gestion des réservoirs de pétrole et de gaz.

    Le géant français des #hydrocarbures #TotalEnergies a annoncé mardi 15 septembre un partenariat de trois ans avec l’entreprise française d’#intelligence_artificielle Mistral, représentant un investissement de plus de 100 millions d’euros.

    Ce partenariat vise à « développer une nouvelle génération de modèles de frontière en intelligence artificielle afin d’accompagner les experts en géosciences de TotalEnergies dans l’exploration, la caractérisation et le développement des réservoirs de pétrole et de gaz », a affirmé TotalEnergies dans un communiqué.

    Des modèles de frontière prout prout. #IA #AI

  • Destre eversive e forze dell’ordine – La nascita del prodotto #vannacci – Reti neurali on-board e droni dormienti nella #kill_zone@0
    ▻https://radioblackout.org/podcast/destre-eversive-e-forze-dellordine-la-nascita-del-prodotto-vannacci-r

    Estratti dalla puntata del 14 settembre 2026 di #bello_come_una_prigione_che_brucia ESTREMA DESTRA E FORZE DELL’ORDINE A #torino si terrà un incontro, organizzato dal sindacato di polizia FSP, tra membri delle forze dell’ordine, imprenditoria locale, un criminologo, un direttore di media post-verità, un Vannacci. Sarebbe dovuto essere un momento ufficiale di formazione […]

    #fascismi #futuro_nazionale #intelligenza_artificiale #killer_robots #repressione
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/09/BCUPCB_Vannacci-forze-ordine-torino.mp3

  • Derrière l’IA et ses #data_centers, une #industrie_minière qui ravage la planète

    Les centres de données indispensables à l’intelligence artificielle nécessitent l’extraction de toujours plus de métaux et terres rares. Une industrie qui détruit, assèche, tue et exploite sur tous les continents, rappelle notre chroniqueuse.

    Le nouveau cliché dans les conférences d’affaires, c’est de présenter les data centers comme « les usines de l’IA », comme le fait par exemple le vice-président du cloud de Microsoft, Scott Guthrie. Il y a quelque chose de rassurant et de banal dans cette description, qui semble renvoyer à une logique élémentaire. Pour avoir des chaussures, il faut des usines de chaussures. Pour avoir des IA génératives, il faudrait investir dans les centres de données.

    Prétendre que le centre de données est l’usine de l’IA revient à nier les réalités hors normes de la chaîne d’approvisionnement du numérique, dont les data centers, avec leurs consommations d’eau et d’électricité aberrantes, ne sont que le dernier maillon. L’IA est, elle aussi, bâtie sur une succession de crimes : les multiples écocides et violations de droits humains qu’accumule de plus en plus vite la production de ces objets extraordinairement voraces.

    Lire aussi : IA : l’une des plus grandes mines de charbon au monde va alimenter d’immenses data centers

    Les centres de données sont d’immenses entrepôts remplis de serveurs informatiques, eux-mêmes composés de cartes électroniques. Elles contiennent une immense diversité de composants associant des dizaines de métaux et minéraux différents, purifiés à plus de 99,9999 % et pouvant avoir nécessité 1 000 produits chimiques différents au cours de leur production.

    Parmi les composants des cartes électroniques figurent les semiconducteurs, des puces qui, avant d’atteindre le stade du produit final, peuvent avoir traversé 80 frontières (voir Anatomie d’une puce, éd. Le Monde à l’envers, 2026).

    Dans le monde des IA, une puce de quelques centimètres carrés comme celles de l’entreprise Nvidia, large leader du marché mondial, peut contenir environ 200 milliards de transistors, de minuscules composants gravés à l’échelle nanométrique. Cet enchâssement d’une densité matérielle inouïe fait des serveurs des centres de données les objets les plus intenses en ressources jamais produits dans l’histoire humaine. Centres de données qui, en plus des serveurs, concentrent des mégawatts de batteries électriques, des systèmes de refroidissement complexes, etc.
    692 000 tonnes de métaux en 2025

    Faire du centre de données l’usine de l’IA, c’est considérer que l’ensemble de ces machines seraient en quelque sorte des matières premières, le produit fini étant par exemple les réponses de ChatGPT. Or les semiconducteurs ne poussent pas dans les prairies, le sous-sol ne contient pas de batteries électriques prêtes à l’emploi.

    Au début de l’été, la revue Resources Policy a publié des estimations de la consommation de métaux pour les centres de données construits pour l’IA générative (▻https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S030142072600142X?via%3Dihub). D’après ces experts miniers étasuniens, ils nécessitaient 692 000 tonnes de métaux en 2025. Et pourraient en consommer 2,6 millions d’ici à 2035.

    Dans son propre rapport publié en 2025, le Forum économique mondial estime la consommation minérale d’un centre de données à environ 70 tonnes de métaux par mégawatt de puissance (▻https://reports.weforum.org/docs/WEF_From_Minerals_to_Megawatts_2025.pdf). Celle-ci peut être multipliée par 3 ou 4 si l’on prend en compte le raccordement électrique et plus encore si le centre dispose d’une production électrique dédiée (turbine à gaz, parc photovoltaïque ou éolien, pile à combustible), selon une publication récente du cabinet anglais de recherche et de conseil Wood Mackenzie (▻https://datacentremagazine.com/news/wood-mackenzie-the-hidden-metals-cost-of-data-centres).

    On peut ainsi estimer que les projets de centres de données lancés en région parisienne et dans le Nord, qui nécessitent au total une puissance électrique de 13 GW, nécessiteraient près de 100 000 tonnes de métaux.

    Que signifient ces chiffres ? Quelles réalités recouvrent-ils dans les zones d’extraction minière ?

    Les centres de données ne pourraient exister sans terres rares, ces dix-sept substances minérales utilisées à l’échelle du milligramme ou intégrés à des alliages complexes dans les objets high-tech. Pour n’en citer que deux : le terbium, présent dans les aimants des cartes électroniques et les semiconducteurs ; le dysprosium, qui contribue à la stabilité thermique des disques durs.
    Milices armées, peuples chassés, terres polluées

    La Chine, qui commercialise la majorité des terres rares vendues au monde, importe l’essentiel du minerai depuis la Birmanie. Depuis une dizaine d’années, les régions du Shan et du Kachin ont sombré dans un état de guerre opposant les peuples de ces collines aux entrepreneurs chinois et à leurs milices.

    Ceux-ci ont pris possession de terres ancestrales de chasse et de cueillette, coupé les arbres et installé des camps miniers. Pour extraire le minerai, en pleine forêt tropicale, de l’acide et des produits chimiques sont injectés à l’intérieur même de la roche pour dissoudre les substances recherchées. Elles sont canalisées vers des bassins à ciel ouvert où les solutions métalliques sont extraites au moyen d’autres produits chimiques.

    D’après une enquête menée par l’ONG anglaise Global Witness, les mines de terbium et de dysprosium ont contaminé les cours d’eau sur des centaines de kilomètres, jusqu’au nord de la #Thaïlande (▻https://globalwitness.org/en/campaigns/transition-minerals/fuelling-the-future-poisoning-the-present-myanmars-rare-earth-boom). En 2025, on dénombrait en Birmanie plus de 500 sites d’extraction, ouverts sur les terres des communautés autochtones grâce à des #milices_armées soutenues par la Chine.

    L’article de Resources Policy estime que la demande en terres rares pour les centres de données pourrait tripler d’ici à 2028 (passant de 13 à 39 tonnes). Comment se présente l’alternative occidentale à cette extraction chinoise ? En juin 2026, le géant de l’électricité français #Schneider s’est associé à l’entreprise #Torngat_Metals pour exploiter des gisements de dysprosium et de terbium sur des terres autochtones, à 1 000 kilomètres au nord de Montréal, menaçant les #lacs de pêche aux eaux cristallines des #Innus, des #Inuits et des #Naskapis.

    Ces gisements de terres rares sont si radioactifs que l’entreprise# Orano (qui s’appelait alors #Areva) les convoitait dans les années 2010 pour en faire des mines d’#uranium, avant qu’un mouvement à l’échelle du Québec ne mette fin au projet (▻https://mpda.ca/areva-leaves-nunavut-after-uranium-project-rejection). Le projet #Torngat est contesté par plusieurs communautés autochtones, mais les acteurs économiques occidentaux semblent prêts à tout pour contourner les monopoles chinois.

    Le #cuivre, métal de la soif

    Le cuivre, conducteur par excellence, est l’un des principaux métaux utilisés dans les centres de données, dont il permet le raccordement à l’intérieur comme à l’extérieur, au niveau des réseaux. Les entreprises minières de la #Copper_Developement_Association estiment la consommation d’un centre de données à entre 5 000 et 15 000 tonnes (▻https://copper.org/policy/advocacy-campaigns/copperconversations/copperconversations-thought-leadership/copper-is-the-smart-choice-for-high-efficiency-hvacr).

    Pas besoin de voyager très loin pour comprendre que la surconsommation de cuivre pose des problèmes élémentaires de survie. Au sud de l’#Espagne, en #Andalousie, cinq mines de cuivre ont ouvert ces dernières années avec le soutien de la Commission européenne au nom de la #transition_énergétique. Une seule d’entre elles (#Cobre_la_Cruzes) consomme autant d’eau que 66 000 habitants, alors même que cette région est l’une des plus arides d’Europe.

    Recensant les nombreuses #pollutions des eaux irréversibles causées par les entreprises minières de la région ces dernières années, un groupe de recherche de l’université de Séville a exigé un moratoire sur tous les projets d’extraction de cuivre d’Andalousie afin d’éviter « l’#effondrement_hydrique ».

    Si telle est la situation en Espagne, quelle peut-elle être au sud du #Maroc, où une nouvelle mine a ouvert en 2025, malgré un risque de « pénurie d’eau extrême » sur le pays ? Et au #Chili, où les entreprises minières sont accusées de détruire les #glaciers, des #réserves_d’eau à l’échelle continentale ?

    En 2019 déjà, plus de la moitié du cuivre extrait dans le monde provenait de régions en stress hydrique (▻https://research.wu.ac.at/en/publications/increasing-water-use-in-global-copper-production-threatens-freshw).

    À la fin des années 2010, on a constaté que pour satisfaire les présumés besoins en métaux des vingt prochaines années, il faudrait en extraire autant qu’au cours de toute l’histoire de l’humanité (▻https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/on-va-extraire-autant-de-metaux-dans-les-trente-prochaines-annees-que-ce-). En cause, les besoins cumulés de tous les projets industriels, auxquels étaient venus s’ajouter les projets de transition énergétique : véhicules électriques, raccordement des énergies renouvelables.

    La perspective paraissait déjà vertigineuse, criminelle. Et pourtant, c’était avant l’explosion des IA génératives. Elles viennent aujourd’hui démultiplier les projets miniers, tout en accaparant les métaux extraits au nom de la décarbonation. #Amazon est ainsi le premier acheteur mondial d’électricité d’origine renouvelable, qui lui sert à alimenter le cloud.

    Les souffrances, les #violences et les #injustices entraînées par le déploiement de l’IA, sa dimension écocidaire et impériale sont proportionnelles à son intensité matérielle. Dès lors que l’on prend en compte la succession de #crimes sur lesquels repose son #infrastructure, le centre de données s’impose comme une sorte de bombe sanitaire et géostratégique, un mausolée des écocides et des guerres de ce début de XXIe siècle.

    ▻https://reporterre.net/Derriere-l-IA-et-ses-data-centers-une-industrie-miniere-qui-ravage-la-pl
    #mines #extractivisme #IA #AI #intelligence_artificielle #centres_de_données #infrastructure #environnement #terres_rares #métaux #eau #électricité #énergie #crimes #droits_humains #écocide #semiconducteurs #puces #Nvidia #transistors #batteries #terbium #dysprosium #Birmanie #Shan #Kachin #guerre #forêt_tropicale #acide #produits_chimiques #roche #à_lire

  • À l’aube d’une nouvelle ère ? L’enquête commence...

    L’Intelligence Artificielle promet de changer notre monde... Une enquête indispensable pour y voir plus clair.

    L’intelligence artificielle est partout. Dans nos téléphones, nos outils de travail, nos recherches, nos images, nos conversations, nos décisions parfois. Elle promet de nous faire gagner du temps, d’accélérer la science, de transformer l’économie, peut-être même de nous aider à résoudre certains grands problèmes de notre époque.

    Mais plus elle avance, plus une impression étrange s’installe : on en parle sans cesse, et pourtant on ne sait pas toujours très bien de quoi on parle. Gadget ou rupture historique ? Outil ou infrastructure ? Progrès technique ou accélération d’un monde déjà sous tension ? Promesse d’émancipation ou nouvelle concentration de pouvoir ?

    C’est le point de départ de cette série : une enquête en neuf épisodes pour essayer d’y voir plus clair. Comprendre ce que l’IA est vraiment, ce qu’elle change déjà, ce qu’elle exige matériellement, les intérêts qui la poussent, les imaginaires qui l’habitent, les risques qu’elle ouvre, et les choix qu’il nous reste peut-être à faire.

    Une enquête sans verdict préétabli, mais avec une conviction : l’IA n’est pas seulement une technologie de plus. Elle agit comme un révélateur de notre époque, de nos rêves de puissance, de nos fragilités, de notre rapport au vrai, au travail, au vivant, et à l’idée même d’intelligence.

    Premier épisode : la machine qui parle. Le moment où l’IA est sortie des coulisses pour entrer dans notre langue, dans nos usages, et dans notre intimité.

    Au programme dans cette série :

    1. La machine qui parle, comment cette technologie a basculé dans nos vies.

    2. Qu’appelle-t-on IA ? Ce que c’est, et ce que ce n’est pas.

    3. AGI, le #rêve et la #peur, cette #super-intelligence qu’on nous promet.

    4. La course et ses bâtisseurs, l’#argent, le #récit, ceux qui tiennent la barre.

    5. La #mégamachine, le corps physique de l’IA, ce qu’elle consomme, ce qu’elle rejette.

    6. L’humain sous assistance, ce que ça nous fait, à nous, individuellement.

    7. Le monde commun, ce que l’IA fait à la vérité partagée et au lien entre nous.

    8. La société sous influence, le #pouvoir, la #surveillance, et ceux qui l’assument.

    9. Qu’est-ce que l’#intelligence ? le pas de côté philosophique.

    10. Que peut-on encore choisir ? ce qui reste possible.

    Une série pour les curieux, les inquiets, les enthousiastes lucides, et tous ceux qui sentent que cette histoire les concerne, sans toujours savoir par où la prendre.

    ▻https://www.sismique.fr/episodes/serie-ia-1-a-laube-dune-nouvelle-ere
    #podcast #audio #IA #AI #intelligence_artificielle #à_lire #ressources_pédagogiques #série #choix #infrastructure

  • Parlez-moi d’IA – S’initier et comprendre l’intelligence artificielle

    Ils s’appellent #ChatGPT, #Gemini, #Llama, #Midjourney, #Dall-E, #Sora, #Runway, #Claude, #Mistral…

    Tous ces services d’intelligences artificielles génératives, faciles d’accès pour le grand public, ont mis la #data, les #algorithmes, la #data_science sur le devant de la scène. Mais ils ne sont peut-être que les faces émergées et grand public de l’iceberg.

    « Parlez-moi d’IA » est une émission de vulgarisation de la data et de l’IA. Les échanges sont le moins technique possible. Nous cherchons à comprendre et expliquons ce qui change dans nos vies, dans nos métiers, dans notre société avec cette #évolution_technologique. Avec les acteurs au cœur de l’éruption de l’ Intelligence Artificielle dans nos vies, nous tentons de comprendre les enjeux, de décortiquer les #conséquences et d’imaginer une voie des possibles pour une IA d’intérêt général.

    Chaque semaine, pendant 30 minutes, Jean-Philippe Clément, Alexia Toulmet ou Serge Abiteboul reçoit et s’entretient avec une actrice ou un acteur de ce domaine qui partage son actualité, sa vision et ses réflexions. Ils interrogent leurs invités pour mieux décrypter cette évolution technologique majeure, ce nouvel aboutissement d’un monde numérisé !

    Vous voulez comprendre comment la donnée et l’Intelligence artificielle (IA) impactent nos vies ? Vous voulez agir avec ces nouveaux outils et ne pas les subir ? « Parlez-moi d’IA » est une série d’entretiens progressifs et accessibles sur l’usage des #données et de l’intelligence artificielle.

    ▻https://cause-commune.fm/emissions/parlez-moi-d-ia
    #IA #AI #intelligence_artificielle #podcast #audio
    #à_lire #ressources_pédagogiques