• Lecture d’un extrait du livre « Zoner » de Bernard Chambaz

    http://liminaire.fr/radio-marelle/article/zoner-de-bernard-chambaz

    L’auteur fait plusieurs fois le tour des boulevards des maréchaux dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, parcourant cette ceinture parisienne aujourd’hui doublée par le périphérique. Il remonte ces boulevards le long des immeubles bâtis au siècle précédent. Son lent cheminement lui permet « d’avancer par retouches et reprises, au gré de ce ravaudage à quoi ressemble un peu – tout compte fait – ce qu’on nomme la littérature ». (...) #Radio_Marelle / #Écriture, #Histoire, #Langage, #Livre, #Lecture, #Récit, #Vidéo, #Voix, #Foot, #En_lisanten_écrivant, #Mémoire, #Corps, #Podcast, #Folie, #Internement, (...)

    http://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_zoner_bernard_chambaz.mp4

    https://editions.flammarion.com/zoner/9782081517707

  • Lecture d’un extrait du livre « À la folie » de Joy Sorman

    http://liminaire.fr/radio-marelle/article/a-la-folie-de-joy-sorman

    Joy Sorman s’est rendue une fois par semaine, pendant un an, en observatrice, dans une unité psychiatrique. Ce récit documentaire en immersion, entre enquête et roman, restitue dans une approche directe différents témoignages de cadres de santé, infirmiers, intermédiaires, médecins, et de patients rencontrés lors de ses visites : schizophrènes, paranoïaques, bipolaires. (...) #Radio_Marelle / #Écriture, #Histoire, #Langage, #Livre, #Lecture, #Récit, #Vidéo, #Voix, #Foot, #En_lisanten_écrivant, #Mémoire, #Corps, #Podcast, #Folie, #Internement, (...)

    http://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_a_la_folie_joy_sorman.mp4

    https://editions.flammarion.com/a-la-folie/9782080235336

  • Mireille Delmas-Marty : « Nous basculons vers un droit pénal de la sécurité, qui traite le suspect en criminel »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/23/mireille-delmas-marty-nous-basculons-vers-un-droit-penal-de-la-securite_6057

    Nous savions que la démocratie était fragile, mais nous pensions que le triptyque « démocratie, Etat de droit, droits de l’Homme » qui la caractérise résisterait aux dérives. Or nous découvrons, depuis les attentats de New York en 2001, qu’il a pu facilement être détruit en quelques années dans la plupart des Etats occidentaux, y compris en Europe et dans notre propre pays : assassinats ciblés, société de surveillance, enfermement préventif, justice prédictive, internements de sûreté marquent un basculement vers un régime autoritaire. D’un droit pénal de la responsabilité, qui fonde la punition sur la preuve de la culpabilité et la proportionne à la gravité de la faute, nous basculons vers un « droit pénal de la sécurité », un droit policier, voire guerrier, qui traite le suspect en criminel et le criminel en ennemi hors la loi.

    Neutralisant la présomption d’innocence et remplaçant la responsabilité par une dangerosité indémontrable, ce droit sécuritaire ajoute à la punition une « mesure de sûreté » à durée indéterminée. Mis en place à propos des délinquants sexuels (2007), il s’est étendu depuis 2015 au terrorisme. Puis la pandémie a encore renforcé l’obsession sécuritaire, et la folie normative s’est emparée de nos sociétés de la peur, d’autant plus facilement que la combinaison « traçage, affichage, puçage… » permet de contrôler des « populations » humaines, assimilées à des produits dangereux. C’est dans ce contexte que la France avait adopté, pour lutter contre le terrorisme, plusieurs textes censurés par le Conseil constitutionnel en tout – loi relative aux contenus haineux sur Internet –, ou en partie – loi instaurant des mesures de sûreté qui s’ajoutent à l’exécution de la peine.

    Et voici que l’assassinat particulièrement barbare d’un professeur qui enseignait la liberté d’expression par un jeune réfugié tchétchène se revendiquant de l’idéologie islamiste incite certains courants à remettre en cause le pouvoir du juge constitutionnel, voire à durcir le droit des migrations.

    • Au stade actuel, le juge reste un rempart contre les dérives sécuritaires, mais un rempart qui s’affaiblit, au motif qu’en empiétant sur le pouvoir législatif, on instituerait un « gouvernement des juges » synonyme de « déficit démocratique ». Or la démocratie ne consiste pas seulement dans la majorité des suffrages, qui peut très bien conduire à des despotismes « légaux ». Elle suppose la résistance des droits de l’homme, et de l’Etat de droit, et le rôle du juge est d’autant plus important que la banalisation de l’état d’urgence légitime un transfert du pouvoir législatif à l’exécutif. Dans notre monde de rapports de force politiques, militaires, économiques, mais aussi médiatiques et culturels, le droit risque plus que jamais d’être instrumentalisé pour justifier le système, et les juges stigmatisés s’ils jouent leur rôle de gardiens des libertés.

      D’autant que la permanence des crises (terrorisme, pandémie, changement climatique, révoltes sociales, désastre humanitaire des migrations…) et l’imminence des catastrophes qu’elles annoncent (au plan national, européen, voire global) pourraient rapidement nous submerger si nous ne parvenons pas à unir nos efforts pour éviter, à la fois, le grand effondrement annoncé par les collapsologues et le grand asservissement préfiguré par le modèle chinois.
      Pour unir nos efforts, il n’est pas nécessaire de construire un Etat mondial, mais il ne suffit pas de juxtaposer les différences. Encore faut-il les ordonner, dans un processus d’humanisation réciproque, autour de valeurs communes inspirées par les diverses visions de l’humanisme. Et encore faut-il que le droit renforce les responsabilités et que des juges impartiaux et indépendants en garantissent la mise en œuvre, organisant les interactions entre acteurs et entre niveaux normatifs. Cela implique un rééquilibrage entre les libertés individuelles et les solidarités collectives ; entre l’esprit de responsabilité et le devoir d’obéissance ; entre l’indépendance et l’interdépendance. Or ce rééquilibrage, chacun de nous devra le faire d’abord en lui-même pour renoncer à certains excès auxquels le « productivisme-consumérisme » nous a habitués.

      Vers un totalitarisme doux

      Ce renoncement sera difficile – le mot est d’ailleurs absent du discours officiel –, tant sont fortes nos résistances, véritables addictions mortifères. En croisant les millions de données individuelles accumulées par les réseaux sociaux et les milliards de conversations enregistrées par les agences de renseignements, les démocraties se transforment en un totalitarisme doux, d’autant plus redoutable qu’il exploite notre désir illimité d’avoir accès à tout, tout le temps, sans attendre : obéissant à des pulsions narcissiques plus puissantes encore que le sexe ou la nourriture, nous passons d’une plate-forme et d’un appareil numérique à un autre « comme un rat de la boîte de Skinner qui, en appuyant sur des leviers, cherche désespérément à être toujours plus stimulé et satisfait » (Bernard E. Harcourt, La société d’exposition. Désir et désobéissance à l’ère du numérique , Seuil, 336 p., 23 €).

      Pour résister à nos désirs, à l’heure du numérique et des réseaux sociaux, la peur n’est pas bonne conseillère, surtout quand elle déshumanise en obéissant aux pulsions du paléo-cortex, notre vieux cerveau reptilien. En revanche, on peut combiner la peur-solidarité avec l’imagination, cette capacité jubilatoire du néocortex, particulièrement développée chez les humains, qui réassocie des éléments anciens pour faire du neuf. C’est le pari des « forces imaginantes du droit ». Des concepts nouveaux, comme « biens communs mondiaux », « droits des générations futures » ou écocides, montrent déjà que l’imagination, éclairée par la connaissance et stimulée par ce que le philosophe et naturaliste Baptiste Morizot appelle « l’émerveillement » « de faire partie de cette extraordinaire aventure du vivant » (Le Monde, août 2020), est notre meilleur atout pour changer de cap.

      #droit #sécurité #société_de_surveillance #enfermement_préventif #justice_prédictive #internements_de_sûreté

  • #Décolonisations : du sang et des larmes. La rupture (1954-2017) —> premier épisode de 2 (voir plus bas)

    Après huit années de conflits meurtriers, l’#Empire_colonial_français se fragilise peu à peu. La #France est contrainte d’abandonner l’#Indochine et ses comptoirs indiens. Les peuples colonisés y voient une lueur d’espoir et réalisent que la France peut-être vaincue. Les premières revendications d’#indépendance se font entendre. Mais la France reste sourde. Alors qu’un vent de liberté commence à se répandre de l’Afrique aux Antilles en passant par l’océan indien et la Polynésie, un cycle de #répression débute et la République répond par la force. Ce geste va nourrir des décennies de #haine et de #violence. Ce #documentaire, réalisé, à partir d’images d’archives, donne la parole aux témoins de la #décolonisation_française, qui laisse encore aujourd’hui des traces profondes.

    https://www.france.tv/france-2/decolonisations-du-sang-et-des-larmes/decolonisations-du-sang-et-des-larmes-saison-1/1974075-la-rupture-1954-2017.html
    #décolonisation #film_documentaire #colonialisme #colonisation #film

    #France #Indochine #Empire_colonial #FLN #Algérie #guerre_d'Algérie #guerre_de_libération #indépendance #François_Mitterrand #Algérie_française #Section_administrative_spécialisée (#SAS) #pacification #propagande #réformes #attentats #répression #Jacques_Soustelle #Antoine_Pinay #conférence_de_Bandung #Tunisie #Maroc #Gaston_Defferre #Cameroun #Union_des_populations_du_Cameroun (#UPC) #napalm #Ruben_Um_Nyobe #Ahmadou_Ahidjo #Milk_bar #armée_coloniale #loi_martiale #bataille_d'Alger #torture #haine #armée_française #Charles_de_Gaulle #paix_des_Braves #humiliation #camps #déplacement_des_populations #camps_de_déplacés #déplacés #internement #Madagascar #Côte_d'Ivoire #Guinée #Ahmed_Sékou_Touré #communauté_franco-africaine #liberté #Organisation_de_l'armée_secrète (#OAS) #17_octobre_1961 #accords_d'Evian #violence #pieds-noirs #rapatriés_d'Algérie #Harki #massacre #assassinats #déracinement #camp_de_Rivesaltes #invisibilisation #néo-colonialisme #ressources #gendarme_d'Afrique #Françafrique #Felix-Roland_Moumié #territoires_d'Outre-mer #Michel_Debré #La_Réunion #Paul_Vergès #Polynésie #Bureau_pour_le_développement_des_migrations_dans_les_départements_d'Outre-mer (#Bumidom) #racisme #Djibouti #Guadeloupe #Pointe-à-Pitre #blessure #mépris #crimes #mémoire

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    Et à partir du Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre-mer... un mot pour désigner des personnes qui ont « bénéficier » des programmes :
    les « #Bumidomiens »
    –-> ajouté à la métaliste sur les #mots en lien avec la #migration :
    https://seenthis.net/messages/414225
    #terminologie #vocabulaire

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    Une citation de #Jean-Pierre_Gaildraud, qui dit dans le film :

    « Nous étions formatés dans une Algérie française qu’il ne fallait pas contester. C’était ces rebelles, c’étaient ces bandits, ces égorgeurs qui menaçaient, qui mettaient en péril une si belle France. En toute bonne foi on disait : ’La Seine traverse Paris comme la Méditerranée traverse la France’ »

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    « Il faut tourner une page et s’abandonner au présent. C’est sûr, mais comment tourner une page quand elle n’est pas écrite ? »

    Hacène Arfi, fils de Harki

  • Global report: China records most daily cases since March; poverty fears in south-east Asia | World news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/world/2020/jul/31/global-report-china-records-most-daily-cases-since-march-poverty-fears-
    https://i.guim.co.uk/img/media/ae0e5627fe2dfa84132ca1531351d326ba06cd13/0_275_8256_4954/master/8256.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    In Xinjiang, strict anti-virus measures have been in place in the capital Urumqi for over a week, including the suspension of most public transport and flights, and controls on the entry and exit of people at housing compounds in some districts. However, experts have sounded the alarm over the risk to people detained in China’s secretive internment camps. Clusters of infections have been recorded in Urumqi, and the city of Kashgar about 300km away, suggesting infections could be widespread in between. There are fears the virus could be brought into the camps by employees, or brought into the homes of Uighur and other Turkic minority families by Han Chinese who move into their house under a compulsory homestay program.

    #Covid-19#migrant#migration#chine#internement#deplacemetforce#campinternement#cluster#minorite

  • #At(h)ome

    Plus de cinquante ans après la fin de la guerre de libération, une cinéaste française et un photographe algérien nous ramènent en 1962 en plein Sahara. D’une zone désertique irradiée aux faubourgs d’Alger, ils suivent le parcours des retombées d’une #explosion_nucléaire dont les #traces dramatiques interrogent la #responsabilité des nations. Un film d’une grande rigueur formelle sur un sujet choquant et inconnu.

    http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/38258_1
    Un film qui m’avait été signalé par @fil. A voir absolument.

    #film #documentaire #film_documentaire
    #Algérie #France #désert #Bruno_Hadji #Béryl #post-colonialisme #photographie #armes_nucléaires #désert_algérien #bombes_nucléaires #radioactivité #essais_nucléaires #armée_française #barbelé #frontières #explosion #Sahara #Mertoutek #Taourirt (montagne de - ) #nuage_nucléaire #malformations #irradiation #mort #décès #Front_islamique_du_salut #FIS #Aïn_M'Guel #camps #camps_contaminés #camps_irradiés #crime_contre_l'humanité #déportation #internement #Oued_Namous #détention #Reggane #athome

  • Quand la #Suisse internait les pauvres et les marginaux

    Jusqu’en 1981, aux quatre coins du pays, les autorités ont fait interner des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sans procédure judiciaire. Une commission d’experts a récemment effectué des recherches sur ces « internements administratifs ». Les résultats écornent l’image que la Suisse se fait d’elle-même.

    La « justice administrative » fait partie « des choses les plus révoltantes qu’on puisse imaginer ». Ces mots ont été écrits en 1939 par l’écrivain bernois réformiste Carl Albert Loosli, cité 80 ans plus tard par la Commission indépendante d’experts (CIE). Tandis que les criminels ont droit à un procès, les personnes mises à l’écart par les autorités d’assistance et autres instances administratives en sont privées, se révoltait Loosli. Les institutions suisses abritent entre leurs murs des « esclaves de l’État, livrés corps et âme à l’arbitraire des autorités ». Et le plus étonnant, souligne-t-il, c’est que « personne ne s’en offusque ».

    Carl Albert Loosli, fils illégitime d’une fille de paysan, avait lui-même été placé dans une maison de rééducation durant son adolescence. Les voix critiques comme la sienne ont longtemps rebondi sur le système. Ce n’est qu’en 1981 que les cantons ont abrogé leurs lois sur l’internement et que la Confédération a révisé le code civil. Entre-temps, le domaine social s’était professionnalisé et la société était devenue plus libérale après 1968. Mais l’avancée fut surtout due à la pression internationale : la pratique suisse consistant à priver de leur liberté des adultes jeunes et moins jeunes d’un simple trait de plume n’était pas compatible avec la Convention européenne des droits de l’homme que la Confédération avait ratifiée.

    La « Maison d’une autre Suisse »

    Les personnes concernées, qui avaient été incarcérées alors qu’elles étaient innocentes, n’ont pas été réhabilitées à cette époque. La honte les rendaient muettes, elles aussi. « Nous portions les stigmates du temps passé en « taule » alors que nous n’avions commis aucun crime », relate Ursula Biondi. Aujourd’hui âgée de 69 ans, elle a dans sa jeunesse été « internée administrativement » – selon le langage bureaucratique (voir p. 14) – au pénitencier de #Hindelbank à des fins de #rééducation. Au début du XXIe siècle, des personnes courageuses comme elle ont commencé à raconter leur histoire. Relayé par les médias, le sujet a fini par entrer dans l’agenda politique. Entre 2011 et 2016, le Conseil fédéral a présenté deux fois ses excuses, une loi sur la réhabilitation a été adoptée et le Parlement a décidé de verser une contribution de solidarité à toutes les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance. À côté des internés administratifs, d’autres personnes ont également exigé qu’on reconnaisse leur souffrance et qu’on les réhabilite : les anciens enfants placés et les personnes stérilisées de force (« Revue Suisse » 5/2018).

    Le Conseil fédéral a mis sur pied la CIE pour étudier en particulier les internements administratifs. Plus de 30 chercheurs se sont mis au travail. Après quatre ans d’activité, la CIE a publié dix volumes ces derniers mois, avec notamment des portraits de victimes. Elle a présenté son rapport final cet automne et recommandé de nouvelles mesures de réhabilitation allant du versement de prestations financières supplémentaires aux victimes à la fondation d’une « Maison de l’autre Suisse » comme lieu d’information sur ces événements. La ministre suisse de la justice, Karin Keller-Sutter, a reçu ces recommandations. Il s’agit aussi de décider si l’on prolongera le délai expiré de dépôt des demandes pour la contribution de solidarité, qui s’élève à 25 000 francs par personne. Dans ce cas, d’autres victimes pourraient se manifester. Y compris des personnes vivant à l’étranger qui n’ont pas pu déposer une demande dans les délais.

    #Répression dans un État de droit

    Le rapport de la CIE comporte 400 pages d’histoire et tend un miroir à la Suisse. On ne peut le dire autrement : pour les personnes en marge de la société, pauvres ou ne répondant pas à l’idée qu’on se faisait de la conformité, la Suisse était, jusqu’à il y a peu, un lieu inhospitalier, voire répressif. Il existait un droit de seconde classe, et peu nombreux sont ceux qui s’en sont émus. Voici un bref résumé des principaux résultats de la CIE :

    Au XXe siècle, au moins 60 000 personnes ont fait l’objet d’un internement administratif dans 650 institutions. Ce chiffre est plus important que prévu. L’internement en dehors du cadre pénal ne constituait pas simplement une bizarrerie du droit suisse, il faisait partie du système.
    La justice administrative visait surtout les couches sociales inférieures : les pauvres et les marginaux sans emploi fixe ni liens sociaux ou familiaux. Mais des membres de minorités comme les #Yéniches ont aussi été arrêtés et, après la Seconde Guerre mondiale, de plus en plus de jeunes « rebelles ».
    Ce sont des autorités de milice qui décidaient de l’internement : conseils communaux, commissions d’assistance communales, autorités tutélaires. Le soir, après leur travail, le commerçant, la femme au foyer et le comptable scellaient le sort de leurs concitoyens. Des conseillers d’État et des membres du gouvernement le faisaient aussi, sous prétexte de porter assistance, d’éduquer ou de protéger la société. Jugements moraux et clichés sexistes teintaient les avis : on reprochait aux hommes – qui constituaient 80 % des personnes internées – leur « fainéantise » ou leur alcoolisme, aux femmes leur « inconduite ».
    Quelques-unes des nombreuses institutions suisses servaient plusieurs objectifs à la fois. Il arrivait ainsi que des internés administratifs soient incarcérés avec des criminels condamnés. Ils étaient aussi placés dans des établissements de travail forcé, des colonies de travail, des foyers d’éducation, des asiles pour buveurs et des hospices de pauvres. Dans les institutions mal pourvues et peu surveillées, les hommes devaient fournir un travail physique en plein air, et les femmes, des tâches ménagères. Le travail forcé n’était pas ou peu rémunéré.
    L’expérience dramatique de l’internement poursuivait les victimes même après leur libération, souvent pour la vie. Certaines ont été brisées, d’autres ont choisi d’émigrer. Beaucoup vivent aujourd’hui encore dans la précarité. Les autorités ont échoué dans leur objectif de réinsérer dans la société des « personnes en danger ». Dans les faits, les internements ont aggravé les problèmes et l’#exclusion.

    Déjà une #injustice à l’époque

    Aujourd’hui, ces atteintes à la liberté individuelle paraissent clairement disproportionnées et ces méthodes d’assistance, brutales. Mais l’époque était différente, et les internements s’appuyaient sur des lois. Sont-ils devenus injustes a posteriori ? Non, répond la CIE, pour qui les lois d’internement enfreignaient les droits fondamentaux et les principes de l’État de droit. Les personnes internées l’étaient souvent pour une durée indéterminée, sans décision juridique valable, et n’étaient pas auditionnées. En maints endroits, elles n’avaient pas la possibilité de faire recours auprès d’un tribunal indépendant. En outre, les lois étaient floues, et les autorités pouvaient les interpréter à leur guise. Au début, les internements représentaient pour l’État un moyen de gérer les pauvres à peu de frais. Au cours du XXe siècle, ils sont devenus des instruments de contrôle social. Dans tout le pays, on savait que quitter « le droit chemin », c’était s’exposer à « être bouclé ». Et les autorités n’étaient pas les seules à s’activer. Il n’était pas rare que la mesure fût appliquée en s’appuyant sur les dires de la famille, du voisinage, du pasteur ou de l’enseignant, notent les auteurs du rapport, qui parlent de « pratiques de marginalisation bien ancrées dans la société suisse ».

    Il s’agit probablement d’une des raisons pour lesquelles les lois d’internement se sont maintenues aussi longtemps. Le retard de la Suisse en matière de politique sociale a aussi joué un rôle : les piliers de la protection sociale y ont été plantés plus tard que dans d’autres pays européens. Quoiqu’il en soit, les faits sont à présent avérés, et l’image que la Suisse a d’elle-même, avec ses géraniums, sa prospérité, sa liberté et sa démocratie directe, doit désormais être complétée par une facette moins reluisante. D’après l’historien Thomas Huonker, membre de la CIE et pionnier dans l’étude des mesures de coercition, le travail de mémoire sera capital : « Tout comme on raconte sans cesse la belle histoire de Guillaume Tell, il faudra raconter aussi sans cesse le chapitre sombre des mesures de coercition à des fins d’assistance. »

    Un combat pour la justice

    Ursula Biondi a 17 ans lorsqu’elle arrive au pénitencier de Hindelbank. Elle n’a rien commis de répréhensible, mais l’office des tutelles zurichois l’a envoyée dans un « foyer d’éducation fermé » pour être tombée enceinte alors qu’elle était mineure. Avant, la joyeuse adolescente avait été placée provisoirement dans un foyer de jeunes filles dont elle s’était échappée plusieurs fois. À la maison, elle se dispute avec ses parents au sujet des sorties, de la mode, de la musique. Son père, un Italien en phase de naturalisation, ne veut pas faire mauvaise impression. Les parents donnent donc leur accord pour un nouveau placement de leur fille. Ils ignorent que le « foyer d’éducation » est une prison pour femmes qui accueille aussi des criminelles. Ursula ne peut pas y suivre de formation. Après son accouchement, les autorités lui enlèvent son bébé et la contraignent à le donner en adoption. Elle s’y oppose, et récupère son fils trois mois plus tard. Après une année à Hindelbank, où elle effectue du travail forcé à la blanchisserie, elle est libérée en 1968. Elle déménage à Genève, fonde une famille, fait une carrière d’informaticienne dans une organisation de l’ONU, s’engage dans le social. « J’ai eu de la chance, dit-elle, et j’ai travaillé dur. » Car le traumatisme subi est lourd. La crainte qu’on découvre qu’elle a fait de la prison la poursuit longtemps. L’injustice endurée la tourmente. En 2002, Ursula Biondi publie l’histoire de sa vie. La revue « Beobachter » s’en fait l’écho. Elle se bat ensuite pendant des années pour qu’on étudie les « internements administratifs » – une expression qui, d’après elle, banalise la gravité des choses et cache le terrible arbitraire des autorités – et pour que les victimes obtiennent réparation. Elle trouve le rapport de la CIE réussi. Mais une chose dérange toujours cette femme engagée à qui l’Université de Fribourg a remis en 2013 le titre de docteur honoris causa : à cause de la réhabilitation bien trop tardive des anciens « internés », la nouvelle génération n’a jamais pris conscience des libertés qu’il a fallu conquérir. « Nous avons été sanctionnés et enfermés pour des manières de vivre qui, aujourd’hui, sont largement acceptées. » Pour que les jeunes restent vigilants contre l’arbitraire de la justice, Ursula donne des conférences dans les écoles.

    https://www.revue.ch/fr/editions/2019/06/detail/news/detail/News/quand-la-suisse-internait-les-pauvres-et-les-marginaux-1
    #internement_administratif #Suisse #histoire #détention_administrative #justice_administrative #pauvres #marginaux

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    v. aussi cet article publié dans La Cité en 2017 :
    Les heures sombres de l’internement administratif helvétique
    https://seenthis.net/messages/575589

  • Interné à la demande de son supérieur le préfet, « libéré » par la justice - Le Point
    https://www.lepoint.fr/faits-divers/interne-a-la-demande-de-son-superieur-le-prefet-libere-par-la-justice-19-08-

    Le juge des libertés et de la détention (JLD) du tribunal de grande instance de Grasse a ordonné la mainlevée de l’#hospitalisation_sous_contrainte d’un fonctionnaire de 56 ans, en poste à la direction des territoires des Alpes-Maritimes. En « soins psychiatriques » depuis douze jours, Éric D., agent de catégorie A, avait été interné à la demande du #préfet, qui n’est autre que son supérieur hiérarchique. Le Code de la santé publique prévoit que lorsqu’une personne « compromet la sûreté des personnes ou porte gravement atteinte à l’ordre public », le représentant de l’État (le préfet) peut ordonner son hospitalisation d’office, « par arrêté et au vu d’un certificat médical [...]

    Apparemment très agité, Éric D. est placé dans un premier temps à l’isolement et mis « en #contention ». « Pour dire les choses clairement, on l’a attaché à son lit, pieds et poings liés. Il a été privé de douche durant plusieurs jours. Quand il est sorti, il se trouvait dans un état lamentable, sous le choc ; il ne pouvait plus marcher, on aurait dit une loque. ».

    ...

    S’estimant « placardisé » par son chef de service, qu’il accuse d’avoir organisé son désœuvrement en lui confiant « une mission bidon », Éric D. avait, en effet, déposé une plainte pour « harcèlement moral » contre son chef de service, le 2 juin, soit deux mois avant son internement. Rétrogradé deux fois, privé de ses primes, il avait été suspendu de ses fonctions le 7 avril en attendant de comparaître devant le conseil de discipline – décision attaquée depuis par son avocat. « On lui reprochait d’avoir pris fait et cause pour des étrangers qui, après avoir fait la queue toute la nuit dans le froid, avaient été refoulés du bureau de l’accueil et de l’admission au séjour de la préfecture où ils venaient faire enregistrer leur demande », relate son avocate. « Miné par ces conflits à répétition et les pressions dont il faisait l’objet, mon client était dépressif.

    #dépression #internement #abus_de_pouvoir #placardisation #répression

  • Quelque 60’000 internés administratifs en Suisse jusqu’en 1981 Stéphanie Jaquet et l’ats - 19 Mai 2019 - RTS
    https://www.rts.ch/info/suisse/10443579-quelque-60-000-internes-administratifs-en-suisse-jusqu-en-1981.html

    C’est l’estimation d’une commission indépendante d’experts, qui publie lundi les cinq premiers livres issus de quatre ans de recherche. Le Matin Dimanche et la NZZ am Sonntag s’en font l’écho.

    https://www.youtube.com/watch?v=0I8KJDE2b-E

    Des innocents privés de liberté au seul motif que ces personnes étaient pauvres, alcooliques, mères illégitimes, rebelles, mendiantes, homosexuelles, réfugiées ou jugées trop fainéantes. Ce chiffre de 60’000 victimes pour le XXe siècle est une estimation prudente.

    Travail forcé, stérilisation, prison, violences sexuelles
    Certaines ont été enfermées dans des établissements pénitentiaires, d’autres contraintes au travail forcé, au mariage et parfois à la stérilisation. Presque toutes les femmes internées ont subi des violences sexuelles.

    Selon le rapport, 648 institutions ont participé à ces internements : il a fallu établir une topographie des établissements https://www.uek-administrative-versorgungen.ch/interactivereport/fr répartis dans le pays. Le phénomène était de grande « ampleur », note Markus Notter, le président de la Commission indépendante d’experts « internements administratifs » (CIE) : « La manière dont l’Etat a traité ces personnes va au-delà de ce qu’on pensait jusqu’à présent », explique-t-il au Matin Dimanche. « On doit se demander comment cela a été possible et pourquoi il n’y a pas eu davantage de résistance », ajoute-t-il.

    Les cinq premiers volumes scientifiques seront publiés dès lundi ; trois autres paraîtront en juillet et la CIE livrera ses recommandations en septembre. Une exposition itinérante nommée « Exclus & Enfermés », accompagnée d’un site internet comportant nombre d’archives, permet de se plonger de manière approfondie dans les contenus de la Commission indépendante.

    Le passé sombre de la Suisse
    L’internement administratif https://www.notrehistoire.ch/medias/65360 ne constitue qu’une partie du passé sombre de la Suisse. Des enfants ont aussi été placés dans des foyers ou ont dû travailler dans des fermes jusqu’en 1981.

     #darwinisme_social #domination #internement_administratf #différence #hospices_de_pauvres #maisons_de_travail

    • L’étude de squelettes jette la lumière sur les victimes de placements forcés Alain Arnaud/gma - 15 Mai 2019 - RTS
      https://www.rts.ch/info/regions/autres-cantons/10431990-l-etude-de-squelettes-jette-la-lumiere-sur-les-victimes-de-placements-f

      Les victimes de placements forcés dans le canton des Grisons souffraient de maltraitance, selon l’étude de nombreux squelettes par des chercheurs. Plus de 100 tombes ont ainsi été excavées du centre de correction cantonal Realta à Cazis.


      Toilette pour des enfants de l’« Institut de sauvetage pour la jeunesse abandonnée et négligée » du château de Kasteln (AG) en 1941. Image : Keystone

      Les chercheurs ont profité de la construction d’un nouveau bâtiment pénitentiaire pour excaver les 103 tombes. Des centaines de pensionnaires internés depuis le milieu du XIXe siècle y sont enterrés. S’ils s’y trouvaient, c’est parce qu’ils passaient pour débauchés, réfractaires au travail, fous ou simplement s’écartant de la norme.

      Les nouvelles analyses révèlent que certains y étaient aussi pour raisons de santé, notamment pour la syphilis congénitale ou des maladies génétiques. Elles indiquent surtout que les conditions de vie y étaient rudes, et que l’état physique des internés s’y détériorait rapidement.

      Côtes cassées
      Beaucoup de pensionnaires ont contracté la tuberculose. Le nombre "extrêmement élevé" de côtes cassées révèle par ailleurs les mauvais traitements qui y étaient légion.

      Les Grisons comptent plusieurs milliers de victimes de placements forcés, un monument en leur mémoire leur rend hommage depuis peu sur les hauts de Coire. En Suisse, les estimations font état de 50’000 à 60’000 victimes des mesures de coercition à des fins d’assistance. La pratique n’a cessé qu’au début des années 1980.
      #violence_institutionnelle

  • « L’internement des Nomades, une mémoire française », un documentaire sonore produit par JET - Association JET
    https://www.jet-asso.fr/1093-linternement-des-nomades-une-memoire-francaise-un-documentaire-sonore-

    De part et d’autre des barbelés, Marcel Laisis et Annette Fourny ne se sont jamais rencontrés. Pourtant, entre novembre 1940 et mai 1942, le premier était interné à l’âge de 4 ans avec sa famille, parce que Nomade, quand la deuxième était une petite française de 8 ans parmi tant d’autres, témoin de l’horreur de l’internement. Plus de 70 ans après, Marcel et Annette ont accepté de témoigner. De faire surgir de leur passé, les heures sombres du camp d’internement de la Forge, à Moisdon-la-Rivière (44). Des témoignages rares sur un passé commun, toujours contemporain.

    Mes parents sont de la même génération que Marcel & Annette sauf que mon père est née en 1932 et ma mère en 1936 et qu’ils n’étaient pas nomades.

    https://www.mixcloud.com/Jetfm/linternement-des-nomades_une-memoire-francaise_production-jet_2019


    #nomades #internement #radio #podcast #histoire #mémoire

  • 1939 : la IIIe République interne les #femmes « indésirables » dans des #camps réservés : communistes, juives, antifascistes italiennes et espagnoles, délinquantes de droit commun se retrouvent derrière les barbelés... Un #film de l’historienne #Rolande_Trempé.

    http://sms.hypotheses.org/5909

    #histoire, république, #enferment, #camp, #prison, #internement, #communiste, #femmes, #antifascisme, #antifasciste, #espagnoles, #italiennes, #juives

  • Internements psychiatriques : « J’étais rentré libre, j’aurais dû en sortir libre » - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2017/11/28/internements-psychiatriques-j-etais-rentre-libre-j-aurais-du-en-sortir-li

    Il ne se souvient plus trop de son passage devant le juge. « Pouf », marmonne-t-il. L’homme se tait, puis se reprend. Il aurait préféré raconter comment, aux urgences de l’hôpital Pompidou, ils l’ont attaché, puis piqué. Depuis - cela fait trois semaines -, il attend de sortir. « Ce n’est pas tant qu’ils m’hospitalisent contre moi qui me gêne, c’est après, cela ne va pas. On s’ennuie tellement. » Un autre : « Je leur en veux pas, sauf au psychiatre. J’étais rentré libre, j’aurais dû en sortir libre. » Un autre, encore : « Le juge ? C’est la première fois que ça m’arrive. J’y suis allé ce matin. Je l’ai vu au tribunal. C’était pour leur sauver la face à eux, les médecins, ça sert à valider leur décision, qu’ils ne soient pas abusifs. » Ou ce témoignage encore : « De toute façon, on doit passer devant un juge. Il lit ce qui est écrit dans le dossier. Il pense comme le médecin. »
    Contention

    Des histoires parmi tant d’autres, recueillies ces dernières semaines. Avec en toile de fond, un chiffre qui peut faire frémir : l’an dernier en France, ce sont près de 100 000 patients qui ont été hospitalisés en psychiatrie sans leur consentement. 92 000 personnes enfermées contre leur gré, parfois pour quelques jours, d’autres fois pendant plusieurs semaines. Soit 12 000 de plus qu’en 2012. Cette hausse sensible fait suite à une augmentation encore plus forte entre 2006 et 2011, atteignant presque les 50 %. Au total, depuis dix ans, on peut parler d’un doublement de ces hospitalisations sans consentement. Et parallèlement, durant cette même période, on a constaté une multiplication des pratiques d’isolement et de contention.
    Visages

    La psychiatrie publique est de plus en plus marquée du sceau de la sécurité. On enferme, on attache, alors qu’il y a trente ans ces pratiques avaient disparu. La législation française sur les soins sans consentement a été modifiée par la loi du 5 juillet 2011. Comme une nécessité, y sont réaffirmés les droits des personnes, et pour cela la loi a introduit deux mesures phares : l’intervention du juge des libertés et de la détention dans le contrôle de l’administration des soins sans consentement ; et l’obligation pour celui-ci de donner dans les douze jours son aval à toute hospitalisation sans consentement, lors d’une audience publique qui a désormais lieu à l’hôpital. Autre innovation importante, la possibilité de soins ambulatoires obligatoires : la personne n’est plus hospitalisée mais elle a l’obligation de suivre chez elle un programme avec un contrôle régulier à l’hôpital.

    Lorsque la loi a été votée, une bonne partie du milieu psychiatrique s’est arc-boutée contre ce qu’elle appelait la « judiciarisation ». Comme si la liberté des praticiens était menacée. Ainsi, le pédopsychiatre Roger Ferreri s’emportait : « On va maintenant nous opposer la vérité judiciaire. Au moins, avant, la situation était claire. Quand on hospitalisait un patient contre sa volonté, ce n’était pas pour son bien, mais parce que la société voulait se protéger. Là, c’est un changement radical. Le juge va décider de la pertinence de la poursuite d’un traitement. » Finalement, le pire ne s’est pas produit : certes, nos psychiatres critiquent toujours la succession de certificats qu’ils doivent remplir, mais la présence du juge s’est très vite imposée. Et depuis, rares sont ceux qui la contestent.

    Ancienne responsable des urgences du Vinatier, le grand « HP » de Lyon, Natalie Giloux est psychiatre, actuellement cheffe de service. Marion Primevert, elle, est magistrate, elle préside la chambre « propriété nationalité » au tribunal de grande instance de Paris et codirige la formation annuelle « les soins psychiatriques sans consentement » à l’Ecole nationale de la magistrature.

    Toutes les deux ont la quarantaine, et toutes les deux sont à l’origine de 12 Jours, le film de Raymond Depardon qui sort ce mercredi (lire ci-contre). Elles l’ont en effet contacté en juin 2015 : « Il était urgent, disent-elles d’une même voix, de filmer l’application de la loi de 2013 [modifiant des dispositions de la loi de 2011], qui fait entrer le juge des libertés et de la détention dans l’institution psychiatrique. » Depardon a accepté. Et a donc posé sa caméra au Vinatier, à Bron, près de Lyon. Images de la folie. Rarement on a vu d’aussi près des visages de malades, mais aussi de juges. Peut-on filmer ces moments-là ? Dialogue à deux. L’une parle, l’autre poursuit.

    « Ce sont des audiences publiques, ce sont des moments très sensibles, centrés sur une expression de la maladie, explique la psychiatre Natalie Giloux. Ce qui est intéressant, c’est de voir que la parole de ces patients n’est pas qu’insensée, elle est souvent juste, forte, émouvante. Le patient fait part de l’épreuve de sa maladie, des soins, de ses espoirs. Cela détruit l’idée ou les présupposés qu’ils n’ont pas grand-chose à dire. L’intérêt est de considérer le patient en tant que citoyen, sa parole peut être entendue, mérite l’attention. » Marion Primevert : « J’ai le sentiment que s’ils ne parlent pas et si on ne les écoute pas, alors d’autres parleront à leur place. Il est important de leur donner la parole, et c’est ce que fait la loi. »

    Natalie Giloux : « On ne sait rien d’eux, certains doutent même d’être malades. » Marion Primevert : « Nous, magistrats, nous avons peu d’éléments. Il n’y a pas beaucoup de choses dans le dossier hormis les certificats médicaux. Le juge vérifie la conformité. » Natalie Giloux : « Le juge entend le patient, non pas comme malade mais comme citoyen. Il ne va pas plus loin. »
    « Prévention »

    Dans le documentaire, comme dans la vie, le juge hésite, parfois. De fait, il y a très peu de décisions de mainlevée, c’est-à-dire qui mettent fin à l’hospitalisation : 10 % en moyenne en France, à peine 3 % au Vinatier. Marion Primevert comme Natalie Giloux l’ont noté : « Les psychiatres savent maintenant remplir leurs dossiers comme il faut. » Marion Primevert : « Le juge n’est pas capable d’avoir une évaluation médicale, il se fonde sur le dossier, contrôle la motivation de la mesure, et met en balance les atteintes des droits fondamentaux et la nécessité de soigner quelqu’un. » Natalie Giloux : « Je suis allée à plusieurs audiences, on sait combien l’application de cette loi est délicate. Il est difficile pour les avocats de se positionner, c’est parfois une place infernale. Un juge peut avoir le sentiment de ne servir à rien. »

    Natalie Giloux, encore : « Mais vous savez, cela n’a rien de satisfaisant de soigner quelqu’un contre son gré. Tout l’art est de faire en sorte que le patient accepte les soins, pour qu’il soit le moins hostile. Et que cela puisse permettre de développer la prévention. » Marion Primevert : « Il y a des injonctions contradictoires. Cette loi est là pour porter le droit des patients, et en même temps, il y a des discours sécuritaires de plus en plus forts dans la société. L’hôpital psychiatrique est coincé là-dedans, les juges aussi, mais il faut se départir des discours stigmatisants. » Natalie Giloux note : « Quand on prescrit une hospitalisation sous contrainte, et que l’on dit à notre patient qu’il va rencontrer un juge, souvent il répond : "Mais je n’ai rien fait." »

    #violence_médicale #psychose #injustice #discriminations #internement

  • Hausse du nombre d’hospitalisations psychiatriques forcées en Suisse RTS - Isabelle Gonet/kg 19 Novembre 2017 _

    La modification du code civil a redéfini les conditions des placements forcés dans les établissements psychiatriques. Leur nombre a augmenté de près de 30% entre 2014 et 2015, selon l’Observatoire suisse de la santé.

    « Je me suis réveillée dans une chambre fermée à double tour où il faisait nuit avec un matelas en mousse. Donc pas de WC non plus. Ils appellent ça la chambre de soins. Ils m’ont contrainte à prendre des médicaments, à faire des injections et à cette condition là seulement je pouvais sortir. »

    Le témoignage de cette jeune femme n’est pas un cas isolé. En 2014, 11’000 placements forcés dans des hôpitaux psychiatriques ont été ordonnés en Suisse. Une année plus tard, leur nombre a grimpé à 14’000, soit une hausse de près de 30%. Cette tendance devrait se poursuivre en 2016, selon les premières estimations de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan).

    Médecins non-spécialistes
    Comment expliquer une telle augmentation ? La modification du code civil, en 2013, a largement redéfini les conditions de ces hospitalisations qui concernent des personnes atteintes d’une maladie psychique, d’une déficience mentale ou d’une dépression grave.

    Depuis lors, tout médecin reconnu par les autorités peut ordonner une hospitalisation non-volontaire. Parallèlement, l’entourage, même éloigné, est de plus en plus pris en considération. Il peut demander de l’aide au médecin afin qu’il prononce un placement.

    « Le problème, c’est que ce ne sont pas forcément des spécialistes (...) et ils ont tendance à plus facilement placer pour protéger l’entourage ou tout simplement parce qu’ils ont peur eux-mêmes », relève Shirin Hatam, juriste auprès de l’association Pro Mente Sana, à Genève. Et de préciser : « En comparaison internationale, lorsque ce sont des spécialistes qui prononcent des placements, il y en a deux fois moins ».
    . . . . . .
    La suite : http://www.rts.ch/info/suisse/9071819-hausse-du-nombre-d-hospitalisations-psychiatriques-forcees-en-suisse.htm

    #Suisse #internement #médecin #santé #psychiatrie

  • Psychiatrie : le nombre d’internements sans consentement en augmentation
    http://sante.lefigaro.fr/article/psychiatrie-le-nombre-d-internements-sans-consentement-en-augmentatio

    Selon une étude publiée en février 2017 dans la revue Questions d’économie de la Santé , plus de 92.000 personnes ont été hospitalisées au moins une fois sans leur accord en psychiatrie en 2015 en France. Soit environ 5% des 1,7 million de personnes suivies en psychiatrie la même année. Une tendance à la hausse, puisque le nombre de personnes soignées contre leur gré a augmenté de 15% entre 2012 et 2015. Ces personnes étaient en majorité des hommes (60%), avec une moyenne d’âge de 43 ans. Près de la moitié souffrait de troubles schizophréniques ou psychotiques. « Ce sont donc les personnes souffrant des troubles psychiatriques les plus sévères qui nécessitent plus fréquemment que les autres, à un moment de leur parcours de soins, une prise en charge non consentie », analysent les auteurs de l’étude.
    (...)
    Plus récemment, une loi de juillet 2011 a introduit un nouveau mode de placement appelé « admission en soins psychiatriques en cas de péril imminent », supposé favoriser l’accès aux soins des personnes isolées ou désocialisées. Le recours à cette mesure ne peut avoir lieu qu’en cas d’absence d’un proche et il doit être motivé par un certificat médical établi par un médecin extérieur à la structure d’accueil.
    « Dans quelle mesure les soins pour péril imminent facilitent-ils l’accès aux soins (...) ou portent-ils atteinte à la liberté des personnes par la simplification des procédures d’admission ? »
    Selon les auteurs de l’étude, cette nouvelle mesure explique en partie l’augmentation importante du nombre d’internements forcés. Depuis sa mise en place en 2011, ce nombre a plus que doublé (8.500 personnes en 2012 contre 19.500 en 2015). Des chiffres qui témoignent d’une banalisation de cette procédure, même si sa fréquence varie grandement d’un hôpital à l’autre. « Dans quelle mesure les soins pour péril imminent facilitent-ils l’accès aux soins dans des situations complexes et des contextes d’urgence ou portent-ils atteinte à la liberté des personnes par la simplification des procédures d’admission ? », s’interrogent les auteurs de l’étude.
    Le nombre d’internements réalisés à la demande d’un représentant de l’État a également augmenté, mais dans une moindre mesure (8% de plus entre 2012 et 2015). Quant au placement à la demande d’un tiers, il est resté constant sur cette période (près de 60.000 personnes concernées).
    Plus d’une décision sur 10 annulée par le juge des libertés en 2016

    La loi de juillet 2011 prévoit un contrôle obligatoire du juge des libertés et de la détention dans les 12 jours suivants l’hospitalisation complète. Selon le ministère de la Justice, 2.300 demandes d’annulation d’une mesure d’hospitalisation complète ou partielle ont été faites par le patient ou par ses proches au juge des libertés et de la détention en 2016. Pour 305 d’entre elles, la médicalisation contrainte a été annulée, ce qui représente 13% de ces demandes.

    demandes de mainlevée auprès du #JLD
    http://www.lefigaro.fr/assets/infographie/print/highcharts/graphiques/web_201741_3123_Demandes_et_obtentions_de_mainlevee_d_unehospitalisation_complete_ou_partielle_sans_consentement/web_201741_3123_Demandes_et_obtentions_de_mainlevee_d_unehospitalisation_co

    #psychiatrie #psychiatrisés #internements_d'office

  • Les heures sombres de l’internement administratif helvétique

    Le 22 février dernier, le Conseil fédéral décidait de lancer un nouveau programme national de recherches (PNR) sur le thème « Assistance et coercition – passé, présent et avenir » en complément des travaux de la Commission indépendante d’experts mise sur pied par les autorités fédérales en juillet 2015. Une commission chargée d’étudier la question taboue des #placements_administratifs ordonnés avant 1981 dans les cantons helvétiques, et qui a pour mission de produire un rapport de recherches détaillé à l’attention du Conseil fédéral pour la fin de l’année 2018¹.

    https://www.lacite.info/invites/heures-sombres-internement-administratif

    #internement_administratif #Suisse #histoire #détention_administrative

  • L’internement des Tsiganes en France (1940-1946)

    http://le-cartographe.net/dossiers-carto-91/europe/160-linternement-des-tsiganes-en-france-1940-19463

    J’ai découvert le site de monsieur le-cartographe il y a quelques semaines seulement, et dans l’ensemble j’aime vraiment bien. Je recommande. Et je recommande aussi ces signalements su twitters toujours très riches et instructifs. Juste dommage qu’il ne soit pas sur seenthis, mais bon.

    L’internement des Tsiganes en France (1940-1946)

    Une histoire méconnue

    C’est pour ne pas nuire aux déplacements des troupes et par crainte qu’ils ne deviennent des agents ennemis que, le 6 avril 1940, soit très peu de temps avant la défaite française, Albert Lebrun, président de la République depuis 1932, ordonne l’interdiction de circuler au nomades.
    Dès fin 1939, certains départements, comme l’Indre-et-Loire, ont interdit leur territoire au nomades. D’abord astreints à résidence et surveillés par la police, ils sont ensuite enfermés dans des camps, comme l’exige l’occupant allemand.
    En zone libre, les camps de Saliers et Lannemezan ouvrent sous l’ordre du gouvernement de Vichy.
    L’existence de ces camps pour nomades est peu connue, mais qu’ils aient tous été sous l’administration française est encore plus ignoré.
    Pendant la guerre, entre 3 000 et 6 000 Tsiganes sont internés dans trente camps pour nomades aujourd’hui recensés en France.
    Ils sont victimes de ces mesures dans l’indifférence la plus totale, ne recevant aucun soutien.

    #tsigane #cartographie #france #histoire #génocide #roms #rroms

  • Hollande va rendre hommage aux Tsiganes internés pendant la Seconde guerre mondiale
    Paul Louis, Le Figaro, le 28 octobre 2016
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/10/28/01016-20161028ARTFIG00163-hollande-va-rendre-hommage-aux-tsiganes-internes-

    Extraits :

    Classé monument historique en 2012 et considéré comme le plus grand camp d’internement de Tsiganes de France (4000 personnes y sont passées), le site de Montreuil-Bellay, dont il ne reste que des vestiges, est hautement symbolique.

    L’État français était d’autant plus impliqué que les derniers Tsiganes ne seront libérés qu’en 1946, près de deux ans après la Libération.

    Désormais, les gens du voyage se battent pour l’abrogation totale de la loi de 1969 qui instaura le « livret de circulation », obligeant ses détenteurs à se présenter à un commissarait tous les trois mois pour indiquer où ils se trouvent, et dont la suppression a seulement été votée en 2015 par l’Assemblée nationale, après réclamation de l’ONU. « Nous attendons le décret maintenant. Pour nous c’est toujours d’actualité. Il arrive encore que l’on nous demande le carnet alors que ce n’est plus obligatoire. C’est aberrant », déplore Eugène-Alain Daumas. La loi devrait être abrogée en intégralité en janvier prochain « pour que les gens du voyage soient enfin des citoyens comme les autres »

    #Roms #Tsiganes #France #racisme #mémoire #seconde_guerre_mondiale

  • « Pratiquement tous les produits chinois bon marché proviennent d’un camp de travail »

    http://info.arte.tv/fr/pratiquement-tous-les-produits-chinois-bon-marche-proviennent-dun-camp-de-

    Hartmut Idzko, journaliste et correspondant pour l’Asie de la première chaîne allemande publique ARD pendant de nombreuses années, nous parle de son film, du travail forcé en Chine érigé en système et du poids des camps de travail dans l’économie du pays.

    En quoi les camps chinois se distinguent-ils des camps de travail en Union soviétique ou en Allemagne à l’époque nazie ?

    La grande différence, c’est l’administration des camps, qui est tributaire de la force de travail des détenus, ce qui n’était pas le cas dans les goulags ou les camps de concentration. Le personnel des camps ne perçoit pas un salaire versé par l’Etat, il vit de ce que les prisonniers produisent. Ce qui explique qu’il n’y ait pas d’extermination ciblée dans les camps chinois comme sous les nazis. Les gardiens ont intérêt à ce que les détenus restent en vie pour pouvoir les exploiter. Les camps relèvent de l’administration régionale. Il serait donc illusoire de vouloir mettre fin à ce système à partir de Pékin.

  • Des camps pour les Fichés S : Manuel Valls demande l’avis du Conseil d’État
    https://lundi.am/Valls-Des-camps-pour-les-fiches-S

    Une lectrice de lundimatin nous a fait parvenir ce document exclusif (nous ne l’avons en tous cas pas lu ailleurs). Il s’agit d’une adresse du Premier ministre au Conseil d’État afin de recueillir l’avis de ce dernier quant à la légalité de certains projets constitutionnels. En l’occurence, M. Valls cherche à savoir s’il serait légal de créer des camps afin d’y retenir préventivement les « Fichés S ». PJ Constit Protection de La (...)

  • Historique d’un #internement abusif, sur fond de racisme anti-noirs, au CH Sainte-Marie de Nice
    http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/110714/historique-dun-internement-abusif-sur-fond-de-racisme-anti-noirs-au-
    C’est une longue histoire de #harcèlement et de #xénophobie à laquelle l’#université contribue

    Roland, né en 1988 au Gabon, vient en France en 2009 poursuivre ses études et obtient en juin 2011 un DUT de mesures physiques à l’université de Lille, où il donne entière satisfaction. Puis il intègre l’école Polytech Nice Sophia pour préparer un diplôme d’ingénieur en électronique et informatique industrielle, l’admission se faisant après sélection de dossiers, examen de contrôle des connaissances et entretien d’évaluation psychologique et technique. Sélectionné, mais seul étranger de sa promotion, Roland entame donc ses études d’ingénieur à Nice Sophia, tout en étant stagiaire dans une entreprise niçoise spécialisée dans ce domaine.
    Mais, tout au long de l’année 2011, Roland dénonce un #harcèlement_moral, ainsi que des attitudes de #discrimination et d’incitation à la haine raciale perpétrées à son encontre par quelques-uns des étudiants de sa promotion. Alors qu’il n’avait rien connu de ce genre à Lille, Roland se trouve confronté à des attitudes racistes dès son arrivée à Nice, cité dans laquelle le racisme semble faire partie du patrimoine culturel, et ses déclarations ne feront donc l’objet d’aucun traitement de la part des responsables de l’institut.

    Excédé par les quolibets racistes dont il est l’objet (« singe, monkey, esclave, macaque, fais chier, nègre trapu, poumba, des bruits de singe quand il prend la parole, etc. »), il adresse finalement une lettre en septembre 2012 à l’un des camarades le harcelant. Cette lettre est transmise à deux responsables pédagogiques, qui lui suggèrent de relativiser les comportements de camarades décrits comme « immatures ».

  • Cosa succede in Europa

    Nel Regno Unito si chiamano Immigration Removal Centers (Irc), in Francia Centre de Rétention Administrative (Cra): sono gli equivalenti dei nostri Cie. Cosa li caratterizza e come (non) funzionano.

    http://www.corriereimmigrazione.it/ci/2013/09/cie-a-confronto

    #migration #Europe #asile #internement #camps #réfugiés #Cie #immigration_removal_centers #centres_de_rétention #rétention #détention

  • L’UDC (Suisse) lance deux nouvelles initiatives pour rendre plus dure la loi sur les demandeurs l’asile. Elle demande notamment l’internement des demandeurs d’asile dans des centres, sans possibilité de sortie (sauf demande justifiée).

    SVP will Asylbewerber einsperren

    Nächste Woche reicht die Schweizerische Volkspartei (SVP) nur fünf Monate nach Beginn der Unterschriftensammlung ihre Durchsetzungsinitiative bei der Bundeskanzlei ein. Mit dieser Initiative will die Partei das Parlament zu einer strengen Umsetzung der Ausschaffungsinitiative zwingen, wie Parteichef Toni Brunner im Interview mit der SonntagsZeitung sagt.

    Doch damit nicht genug. Obwohl das Parlament im Herbst das Asylgesetz verschärfte, plant die Partei eine Asyl-Zwillingsinitiative. Die Volkspartei will den Schutz von Flüchtlingen abbauen und neu den Status der vorläufig Aufgenommenen abschaffen. Ursprünglich sei die vorläufige Aufnahme für Härtefälle gewesen. Nun werde dieser Sonderstatus immer mehr zum Regelfall, sagt Brunner.

    Die SVP will für Flüchtlinge, die wegen eines Krieges nicht in ihre Heimat ausreisen können, eine Regelung, «die vorgibt, dass sie zum erstmöglichen Zeitpunkt zurück müssen». Die SVP will zudem mit einer Initiative «geschlossene Betreuungszentren für alle Asylbewerber» durchsetzen. «Das Asylzentrum würde nur verlassen, wer einen Grund vorzuweisen hätte», sagt Brunner.

    http://www.20min.ch/schweiz/news/story/SVP-will-Asylbewerber-einsperren-23270062

    #SVP #UDC #Suisse #asile #initiative #internement #migration
    @reka