• Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

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    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

    • Ceuta ou la consécration des politiques migratoires racistes et sécuritaires

      Contrairement aux discours qui ont majoritairement circulé dans les médias ces dernières semaines, les événements survenus à Ceuta à partir du 30 juillet 2026 ne doivent pas être considérés comme une « crise migratoire » exceptionnelle, mais plutôt comme la conséquence prévisible d’un modèle de « gestion » des mouvements migratoires fondé sur la dissuasion, l’externalisation des frontières, la normalisation progressive de la #violence, et l’instrumentalisation des questions migratoires. La militarisation des frontières, la cruauté envers les personnes en migration, la violation du droit international, et l’#impunité institutionnelle organisée sont autant d’éléments qui démontrent chaque jour l’impasse des politiques et stratégies migratoires actuelles.

      Entre le 30 et le 31 juillet, entre 40 000 personnes [1] (selon le Maroc) et 70 000 [2] (selon l’Espagne) auraient franchi depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta - résidu colonial européen sous contrôle espagnol situé sur le territoire marocain -, arrachant ainsi leur liberté de circulation. Entre 83 personnes (chiffre officiel) et 141 (chiffre des associations) seraient décédées ce faisant, et presque la majorité des personnes arrivées ont été renvoyées au Maroc en 48h, en violation du droit international (principe de non-refoulement), du droit européen (Pacte européen asile et migration), et de la législation espagnole (arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026).

      La fabrique de la « crise migratoire », stratégie récurrente des politiques européennes
      Face à ce qui a été présenté comme une énième « crise migratoire », il convient de relativiser les chiffres. Les chiffres annoncés des arrivées dans l’enclave semblent conséquents au regard du confetti de 20 km2 (85 000 habitants) que constitue l’enclave de Ceuta. Mais ils sont en réalité dérisoires au regard de la population des 27 États membres de l’UE, qui compte plus de 450 millions d’habitant·es. Il y a en l’espèce un effet de zoom, amplifié dans ce cas précis par le fait que Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne (l’autre étant Melilla), se trouve sur le continent africain et ne fasse pas partie de l’espace Schengen.
      A chaque fois que l’Europe a connu des épisodes d’arrivées importantes sur des territoires insulaires ou enclavés, a été utilisée la rhétorique de la « crise migratoire ». Cette formule permet de rejeter la responsabilité sur les personnes migrantes et de détourner l’attention des enjeux politiques et du système imposé par les anciennes puissances coloniales. Ce procédé a été utilisé régulièrement, à Lampedusa (Italie) en 2011 pendant les révolutions arabes et en 2023 lorsqu’entre 6000 et 13 000 personnes sont arrivées en quelques jours sur l’île, à Ceuta en 2021 lorsqu’environ 10 000 personnes sont entrées en deux jours dans l’enclave après un relâchement du contrôle frontalier marocain, ou encore à Melilla en 2005 ou 2022 lors de tentatives de franchissement de la barrière-frontière.
      Lors de tous ces précédents, les personnes en quête de protection ou d’opportunités – et contraintes d’emprunter des voies alternatives en raison de la fermeture des frontières et des régimes de visa imposés - ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre, avant d’être sommairement renvoyées, en violation de leurs droits. Nombre d’entre elles ont de plus péri en Méditerranée, laissant des familles entières en deuil.

      La même répression brutale a été déployée à Ceuta après le 30 juillet. Face à ce mouvement migratoire, le discours de l’Espagne a consisté à dénoncer une « violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels », pointant du doigt une instrumentalisation par des « mafias », qui auraient partagé des informations mensongères sur les réseaux sociaux - notamment une « interprétation extensive » de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [3] ou une ouverture de la frontière maroco-espagnole. En réponse à cette situation, l’Espagne a immédiatement déployé l’armée sur place pour venir en appui à la Guardia Civil, tandis que l’UE offrait le soutien de l’agence Frontex pour « reprendre le contrôle » des frontières européennes dites « menacées ».

      Récupération politique tous azimuts
      La récupération politique a été immédiate à l’échelle de l’UE. Les images des arrivées d’exilé·es à Ceuta diffusées en boucle ont immédiatement été exploitées et instrumentalisées par les droites européennes et les extrêmes droites, y compris au-delà de l’espace Schengen, pour construire un récit de « l’invasion ». Décrites comme un problème de sécurité publique, ces arrivées ont déclenché discours décomplexés de haine et protestations indignées, ainsi qu’une crise diplomatique qui a eu tôt fait d’éclipser la crise humanitaire.
      Le prétendu « laxisme » du gouvernement espagnol a ainsi été pointé du doigt, du fait du processus de régularisation extraordinaire mis en place sur son territoire entre avril et juin 2026 [4]. Or, ce programme, qui répondait à des critères stricts – notamment celui d’être arrivé en Espagne avant le 1er janvier 2026 - est clos depuis le 30 juin 2026.
      Qu’à cela ne tienne, l’Espagne est accusé d’avoir envoyé « un mauvais message » aux ressortissant·es des pays tiers, et d’avoir créé un « appel d’air » – mythe fantasmé largement relayé par l’extrême droite [5]. Cet argument fallacieux ne fut cependant pas retenu contre l’Italie un an plus tôt, lorsqu’en besoin de main d’œuvre, ce pays a lui-même émis un décret pour régulariser 500 000 personnes étrangères sur son territoire entre 2025 et 2028 [6]. Dans l’épisode Ceuta, il y a sans nul doute la volonté d’isoler et de décrédibiliser la politique migratoire de l’Espagne – rare pays européen qui dans certaines de ses pratiques et propos tenus à l’échelle nationale va à rebours des discours et politiques uniquement sécuritaires en matière migratoire. L’objectif est de contrer au plus vite la possibilité d’élargissement d’un narratif positif et inclusif sur les migrations face au discours anti-immigration qui prend de l’ampleur au niveau européen.
      Nul ne peut cependant ignorer qu’en parallèle l’Espagne a mené ces dernières années une politique d’externalisation en Afrique de l’Ouest, bien loin de chercher à attirer les immigré-es : construction de centres de détention offshore, déploiement de la police espagnole et de la Guardia civil, et soutien de plusieurs millions d’euros aux forces de sécurité ouest-africaines pour le contrôle des migrations. Ces politiques d’externalisation ont notamment eu pour conséquence de faire de la route atlantique vers les îles Canaries l’une des plus meurtrières ces dernières années (avec 1300 décès à la mi-2026 [7]).

      Les États membres voisins n’ont pas manqué d’appeler au renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Union. Certains pays (Italie, Danemark) ont dans la foulée appelé à suspendre de l’espace Schengen une Espagne qui soi-disant ne jouerait pas le jeu du tout-sécuritaire et qui ne contrôlerait pas efficacement ses frontières. D’une part, cette suspension n’est pas prévue par les textes européens en vigueur, et d’autre part il est de notoriété publique que les enclaves de Ceuta et Melilla disposent d’un régime dérogatoire dans l’espace Schengen qui ne permet pas la libre circulation vers la péninsule espagnole du fait d’un double contrôle à l’entrée et à la sortie de l’enclave, qui fonctionne comme un sas fermé. Les pays européens voisins de l’Espagne se sont également empressés d’indiquer qu’ils allaient renforcer les contrôles aux frontières internes de l’Union... Alors même que huit États membres, dont la France et l’Italie, ont de fait rétabli totalement ou partiellement ces contrôles depuis 2015 [8]. .
      Quant au Maroc, qui célébrait le 30 juillet les 27 ans de règne de Mohamed VI, il s’est tu pendant quatre jours avant de finalement renvoyer la balle vers l’Espagne, l’accusant de ne pas avoir anticipé les conséquences de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [9]…

      L’instrumentalisation des exilé·es au profit d’enjeux géopolitiques, effet boomerang de l’externalisation
      Malgré cela, l’Espagne s’est empressée de rappeler que le Maroc est avant tout un allié, tant il est un collaborateur zélé de la politique migratoire sécuritaire européenne. En effet, l’Espagne, pour entraver les mouvements migratoires à sa frontière, a besoin du Maroc qui sait le lui rappeler en différentes occasions. Ce dernier n’a jamais hésité à utiliser les exilé·es comme monnaie d’échange pour servir ses intérêts économiques ou politiques, peser dans le débat géopolitique, ou exprimer ses mécontentements, notamment face au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie [10], comme il l’a déjà fait par le passé (2021, 2023). Les pays partenaires de la politique d’externalisation de l’UE utilisent ainsi les mêmes armes que l’UE, à savoir le marchandage, pour se retourner occasionnellement contre elle. Cela a été le cas pour la Turquie avec la Grèce en mars 2020, le Maroc avec l’Espagne en mai 2021, et la Biélorussie avec la Pologne dès août 2021. Les exilé·es deviennent alors une monnaie d’échange : le marchandage se fait sur leur dos – voire sur leurs vies – dans tous les cas en violation de leurs droits. Car en déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, souvent autoritaires, l’UE se défausse des conséquences de cette sous-traitance, et transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements qui disposent d’un levier de pression politique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir les exilé·es loin de ses frontières.

      Des violations massives des droits au nom de la protection des frontières européennes
      Comme lors de précédents impliquant des arrivées dites « massives » dans l’Union, l’Espagne a procédé très rapidement (48h) au renvoi des personnes arrivées à Ceuta. Et ce en violation de leurs droits fondamentaux. En effet, les personnes interceptées à Ceuta auraient en principe dû faire l’objet du filtrage - prévu par le règlement éponyme du Pacte européen asile et migration entré en application en juin 2026 -, avant toute orientation vers une procédure d’asile ou de retour. Situation qui souligne que cet instrument est mort-né un mois et demi après son entrée en application... De plus, les personnes arrivées par la mer auraient dû - avant « remise » (refoulement) au Maroc - faire l’objet d’un examen individuel de leur situation en vertu de la récente jurisprudence de la Cour Suprême espagnole. Or, Pedro Sanchez a clairement indiqué que celle-ci ne s’appliquerait pas au cas d’espèce. Faut-il pourtant rappeler que nul ne peut faire l’objet d’un renvoi forcé sans avoir vu sa situation individuelle examinée, ou avoir pu déposer le cas échéant une demande de protection internationale en vertu du principe international de non-refoulement ?
      Dans une surenchère sécuritaire, le ministère de l’Intérieur espagnol a par ailleurs annoncé le 1er août la mise en place d’une barrière pneumatique de 500 mètres de long en cours d’installation dans la mer pour empêcher les migrant·es de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta. Dans la volonté a priori de se « conformer » à la jurisprudence de la Cour Suprême espagnole évoquant la nécessité d’un « élément physique de contention » en mer pour pouvoir procéder à des « refus d’admission à la frontière ».

      Les événements de Ceuta auront donc uniquement permis de justifier la doctrine ultra-sécuritaire de l’UE en matière migratoire, et de réaffirmer qu’elle est la seule politique possible.
      A l’issue de cinq jours de crise diplomatique, après avoir été vilipendé par ses voisins européens, le président du gouvernement espagnol aura finalement reçu leur soutien pour sa gestion rapide de la crise politique et diplomatique [11], qui sera vite oubliée. Tout comme les personnes décédées pour avoir voulu exercer leur droit à la mobilité et braver les politiques migratoires européennes répressives, racistes et mortifères.

      La #nécropolitique assumée de l’UE
      Les évènements de Ceuta nous montrent, s’il le fallait encore, que les politiques migratoires répressives tuent. Et que l’externalisation des frontières, quel qu’en soit le coût humain et financier, est un pilier de ces politiques migratoires. La preuve en est les partenariats toujours en vigueur entre l’UE et des pays comme le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, qui bafouent notoirement les droits de leurs citoyen·nes et des personnes exilées sur leur territoire.
      Le renforcement des dispositifs de contrôle et de sécurité tout au long du parcours migratoire comme la complicité des pays d’origine ou de transit dans ce tout sécuritaire ont de lourdes conséquences. Du fait de la multiplication et de la technologisation des obstacles, la route pour l’Europe est devenue un véritable cimetière, et les morts et les blessés se comptent par milliers [12].
      S’il n’existe pas encore de bilan en ce qui concerne l’épisode Ceuta, l’association marocaine des droits humains fait état d’au moins 140 décès. A ce jour, l’UE et les États partenaires qui endossent le rôle de gendarmes de l’Europe n’ont jamais assumé leur part de responsabilité dans ces tragédies, considérées comme des « dommages collatéraux » d’une stratégie de dissuasion dans laquelle la violence, en tant que moyen corrélé à l’objectif de non-accueil et de mise à distance, est érigée en norme [13]. Quid de l’identification de ces personnes ? Quid des enquêtes qui devront être menées pour établir vérité, justice et réparation pour les familles de ces victimes des politiques migratoires européennes ? Jusqu’à quand les autorités européennes éluderont ainsi leur part de responsabilité alors que ce sont elles qui ont coupé tout accès légal à l’Europe aux personnes en migration, et qui ont par conséquent failli à leur devoir de secours et de solidarité ? [14]

      La militarisation des frontières n’empêche pas les mouvements migratoires
      Ceuta nous montre également que si les entraves sur le parcours migratoire contraignent les exilé·es à utiliser des voies alternatives plus dangereuses, elles ne les dissuadent pas de franchir les frontières. Aucune barrière ne pourra étancher la soif d’émancipation et de liberté de circulation des populations, notamment du Sud global, injustement assignées à résidence dans un monde inégalitaire et ultra-connecté.
      Au Maroc, la situation précaire (37 % de chômage chez les jeunes, pauvreté rampante, manque de perspectives), les refus de visas à répétition, et le fossé socio-économique qui sépare ce pays d’une Espagne située à 14km révoltent la jeune génération, qui clame que la liberté de circulation ne peut plus être réservée aux seul·es privilégié·es. Pour en finir avec la rupture de l’égalité des chances, au nom du principe d’égalité entre tou·te·s, et du principe d’émancipation, les personnes exilées se saisissent du droit à la mobilité qui leur est nié, rappelant que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et que ce droit est internationalement reconnu [15]. Et internationalement bafoué.

      Loin de constituer un échec politique, les morts aux frontières, les renvois sommaires et les violations répétées des #droits_fondamentaux observés aux frontières de l’Europe sont devenus des caractéristiques structurelles d’un système dans lequel la migration est avant tout perçue comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une réalité humaine. Le coût humain n’est pas fortuit : il est intrinsèque à un modèle qui privilégie l’exclusion plutôt que la protection, et la dissuasion plutôt que la solidarité.
      Tant que la mobilité restera largement inaccessible, les personnes continueront de risquer leur vie à la recherche de sécurité, de dignité et d’opportunités. Aucun degré de militarisation des frontières ne peut éliminer la migration ; ces politiques ne peuvent que la rendre plus dangereuse. Une approche fondamentalement différente est donc nécessaire — une approche qui place les droits humains, l’égalité, la responsabilité internationale et la liberté de circulation au cœur des politiques migratoires.

      https://migreurop.org/article3609.html
      #racisme #militarisation_des_frontières

    • Ceuta, la frontiera coloniale che l’Europa usa per alimentare la paura

      Oltre cinquantamila persone hanno tentato di raggiungere l’enclave spagnola in Marocco. Dietro la narrazione dell’«invasione» ci sono disoccupazione, crisi sociale, ricatti geopolitici e un sistema di esternalizzazione delle frontiere che produce morti, autoritarismo e propaganda. La destra europea, guidata da Meloni, ha scelto ancora una volta di rispondere con la militarizzazione e la chiusura.

      Le immagini arrivate da Ceuta hanno fatto il giro del mondo. Migliaia di persone che nuotano attorno ai frangiflutti, giovani che attraversano il mare con una bottiglia di plastica come unico galleggiante, famiglie intere che tentano di raggiungere pochi metri di costa europea separati da una barriera di filo spinato, pattuglie della Guardia Civil, militari dispiegati nelle strade e decine di corpi recuperati in mare. Almeno cinquantasette persone sono morte annegate. Secondo il governo spagnolo, in poche ore oltre 50 mila persone avrebbero tentato di raggiungere l’enclave di Ceuta, mentre il ministero dell’Interno ha sostenuto che la quasi totalità sarebbe poi rientrata spontaneamente in Marocco, circostanza che molti osservatori ritengono difficilmente verificabile.

      Come sempre accade quando le frontiere europee vengono attraversate da grandi movimenti di persone, il dibattito pubblico si è concentrato quasi esclusivamente sulla sicurezza. Le immagini sono state immediatamente trasformate nella rappresentazione plastica dell’ennesima «invasione». Le destre europee hanno parlato di assedio, di difesa della civiltà occidentale, di emergenza senza precedenti. Giorgia Meloni ha sospeso Schengen nei confronti della Spagna per i cittadini extraeuropei provenienti dal territorio spagnolo, Matteo Piantedosi ha convocato il Comitato Immigrazione e Frontiere, Antonio Tajani ha aperto uno scontro diplomatico con Madrid, mentre da Berlino Friedrich Merz, Alice Weidel, Manfred Weber e gran parte della destra continentale hanno chiesto respingimenti immediati, rafforzamento di Frontex e chiusura delle frontiere.

      Ancora una volta, però, la politica ha preferito discutere di muri piuttosto che interrogarsi sulle ragioni che spingono decine di migliaia di persone a mettere in gioco la propria vita.

      Per comprendere quanto accaduto bisogna anzitutto ricordare che Ceuta non è una qualunque città di frontiera. È una enclave spagnola di appena diciotto chilometri quadrati incastonata sulla costa marocchina. Insieme a Melilla rappresenta uno degli ultimi residui del colonialismo europeo nel continente africano. La Spagna considera entrambe parte integrante del proprio territorio nazionale; il Marocco continua invece a rivendicarle come territori da decolonizzare. Questa contraddizione storica non è un dettaglio geografico: è il cuore stesso della vicenda. Mentre in Europa si parla di difesa dei confini, si dimentica sistematicamente che quei confini sono stati tracciati dalla storia coloniale e che due città europee continuano a trovarsi sulla costa africana.

      È difficile comprendere perché migliaia di giovani marocchini rischino la morte per raggiungere Ceuta se non si parte da questo dato. La domanda corretta non è perché vogliano entrare in Europa, ma perché un pezzo d’Europa continui a trovarsi in Africa e quale eredità abbia lasciato quella storia.

      Le persone che hanno tentato l’attraversamento non sono mosse da una misteriosa pulsione migratoria. Arrivano soprattutto da Casablanca, Kenitra, El Jadida, Sétif e dalla stessa Fnideq, città frontaliera precipitata in una profonda crisi economica dopo la chiusura nel 2019 del cosiddetto «contrabbando di sussistenza», il commercio transfrontaliero che garantiva il reddito a migliaia di piccoli commercianti, lavoratori e famiglie. A questo si aggiungono un tasso di disoccupazione giovanile che supera il 29%, quasi tre milioni di giovani che non studiano e non lavorano e una diffusa sensazione di assenza di futuro che attraversa un’intera generazione marocchina.

      È in questo contesto che sui social si è diffusa la falsa convinzione che la frontiera fosse stata aperta dopo una sentenza della Corte Suprema spagnola che aveva dichiarato illegittimi alcuni respingimenti immediati praticati negli anni precedenti. Migliaia di ragazzi si sono dati appuntamento a Fnideq e hanno tentato insieme l’attraversamento. Molti raccontano di essere stati convinti che una volta arrivati a Ceuta sarebbero stati accolti. Hanno trovato invece una città militarizzata, strutture di accoglienza già sature e una pressione crescente delle forze di polizia affinché tornassero indietro.

      Ridurre tutto questo all’azione dei trafficanti di esseri umani significa ignorare la dimensione sociale e politica dell’esodo. Come ricorda la Croce Rossa, le persone non attraversano il mare perché sia facile farlo, ma perché la prospettiva di rimanere nel proprio paese appare ancora più insostenibile.

      Naturalmente la crisi di Ceuta non può essere letta soltanto attraverso la condizione sociale del Marocco. Da anni Rabat utilizza il controllo delle frontiere come leva negoziale nei rapporti con l’Unione Europea. Era già accaduto nel 2021, quando la Spagna accolse per cure mediche Brahim Ghali, leader del Fronte Polisario, provocando un improvviso allentamento dei controlli marocchini e l’arrivo di migliaia di persone a Ceuta. Anche questa volta diversi osservatori collegano quanto accaduto al riavvicinamento diplomatico tra Madrid e Algeri e alle tensioni regionali sul Sahara Occidentale. Le stesse fonti della Guardia Civil hanno riferito che nelle prime ore le autorità marocchine avrebbero sostanzialmente lasciato aperta la frontiera, salvo poi intervenire con lacrimogeni, idranti e arresti quando la situazione è sfuggita di mano.

      È il paradosso dell’esternalizzazione delle frontiere. Da oltre vent’anni l’Unione Europea delega il controllo migratorio a paesi come Marocco, Libia, Tunisia o Turchia, finanziandone gli apparati di sicurezza affinché blocchino le partenze. In questo modo Bruxelles ha rafforzato il potere negoziale di governi autoritari, che possono utilizzare i movimenti migratori come strumento di pressione diplomatica ogni volta che ritengono opportuno farlo. Più l’Europa esternalizza il controllo delle frontiere, più diventa ricattabile dai paesi cui affida questo compito.

      Le riflessioni dello psicologo tunisino Wael Garnaoui aiutano a comprendere la profondità di questo processo. Secondo Garnaoui, la nascita dello spazio Schengen ha inaugurato una nuova forma di controllo postcoloniale della mobilità. Se il colonialismo governava direttamente i territori, la «Schengenizzazione» governa le persone attraverso la limitazione della libertà di movimento. Si produce così quello che definisce il «trauma dell’immobilità»: milioni di giovani crescono sapendo che il loro passaporto li condanna a non poter circolare liberamente, interiorizzando un senso di esclusione, umiliazione e impotenza che alimenta il desiderio di partire a qualsiasi costo. La mobilità diventa così non soltanto un progetto economico, ma una forma di liberazione individuale.

      L’Europa continua invece a leggere tutto questo esclusivamente attraverso la lente dell’ordine pubblico. Le persone che aspirano alla libertà di movimento diventano masse indistinte da contenere. Le loro storie vengono cancellate e sostituite dalla categoria dell’«invasione».

      È esattamente su questo terreno che la destra europea ha costruito la propria offensiva politica.

      Le immagini di Ceuta sono diventate il pretesto per rilanciare la richiesta di sospendere Schengen, rafforzare Frontex, aumentare i respingimenti e irrigidire ulteriormente il nuovo Patto europeo su migrazione e asilo. Meloni ha colto immediatamente l’occasione per proporsi come punto di riferimento della destra continentale, trovando piena sintonia con l’AfD tedesca, con Vox in Spagna, con il governo danese e con gran parte del Partito Popolare Europeo. Perfino Donald Trump, Nigel Farage e il ministro israeliano Itamar Ben-Gvir sono intervenuti alimentando la medesima narrazione sull’«assedio» dell’Europa.

      La crisi di Ceuta dimostra così come la questione migratoria sia ormai diventata uno dei principali terreni di competizione politica internazionale. Non importa se i numeri siano controversi o se gran parte delle persone sia già rientrata in Marocco. Non importa che molti dei migranti siano giovani senza lavoro, famiglie o minorenni. Ciò che conta è alimentare la percezione di una minaccia permanente.

      La realtà è molto diversa.

      Quelle migliaia di persone raccontano il fallimento di un modello economico incapace di offrire prospettive ai giovani del Nord Africa, ma raccontano anche il fallimento di un’Europa che continua a investire miliardi nella militarizzazione delle frontiere senza affrontare le cause profonde delle migrazioni. Guerre, diseguaglianze, rapporti economici neocoloniali, cambiamenti climatici e compressione delle opportunità di vita restano fuori dal dibattito pubblico.

      Ceuta, allora, non è l’inizio di un’invasione. È il sintomo di una crisi molto più profonda.

      Per quanto alte possano diventare le recinzioni, per quanto sofisticati siano i sistemi di sorveglianza, per quanto si rafforzino Frontex, gli accordi con i paesi terzi e i dispositivi di respingimento, milioni di persone continueranno a cercare una via d’uscita da condizioni di vita che percepiscono come senza futuro.

      La libertà di movimento non nasce da un decreto, né può essere cancellata da una barriera di filo spinato. È una tensione storica che attraversa il nostro tempo. Ed è destinata a entrare sempre più in conflitto con una Fortezza Europa che continua a difendere privilegi costruiti anche attraverso secoli di dominio coloniale.

      Ceuta ci pone dunque una domanda che nessuna propaganda securitaria può cancellare: non perché migliaia di marocchini abbiano cercato di raggiungere un’enclave europea in Africa, ma perché, dopo secoli di colonialismo, continuiamo a considerare scandaloso il movimento delle persone e naturale quello delle frontiere che il colonialismo ha lasciato in eredità.

      https://www.osservatoriorepressione.info/ceuta-la-frontiera-coloniale-che-leuropa-usa-per-alimentar
      #colonialisme #frontière_coloniale

    • A Ceuta, l’Europe a encouragé la violation des droits des migrants par l’Espagne

      On pouvait croire qu’en adoptant le pacte de l’Union européenne (UE) sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, les pays membres avaient enfin réussi à surmonter leurs dissensions en matière de gestion des mouvements migratoires. Rappelons que ce pacte était censé apaiser les tensions révélées par la crise migratoire de 2015, lorsqu’un million d’exilés, parmi lesquels un grand nombre fuyait la Syrie en guerre, ont afflué en Europe par l’Italie et la Grèce, déstabilisant fortement la coopération entre les Etats membres.

      Après quatre ans d’âpres négociations, la présidente de la Commission européenne n’avait-elle pas salué « un énorme pas en avant pour l’Europe » ? Parmi les mesures adoptées, le pacte prévoit notamment un nouveau régime de réponse aux situations de crise, permettant, en cas d’afflux massif et exceptionnel de migrants dans un Etat de l’UE, le déclenchement d’un mécanisme de solidarité en faveur du pays concerné.

      Pourtant, les réactions ayant, fin juillet, accueilli l’arrivée à la nage depuis les côtes marocaines de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta – seul territoire européen, avec la ville de Melilla, sur le continent africain – ont pris l’exact contrepied des engagements contenus dans le pacte.

      Si ceux-ci avaient été respectés, tous les Etats membres auraient dû s’organiser pour aider l’Espagne à traiter le cas des personnes qui venaient de franchir la frontière dans le respect des droits prévus par les lois européennes, et le cas échéant à se répartir l’accueil de celles qui pouvaient être éligibles à rester en Europe.

      A contrepied de la « solidarité » européenne

      C’est tout le contraire qui s’est passé : d’abord, la première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni s’est dite « prête à agir » pour empêcher une (improbable) vague migratoire en Italie, au besoin en excluant l’Espagne du système Schengen (ce qui est juridiquement impossible). Plusieurs responsables politiques, dont son homologue sociale-démocrate danoise, lui ont emboîté le pas en dénonçant l’incapacité de l’Espagne à protéger ses frontières.

      La France, de son côté, a fait savoir qu’elle renforçait les contrôles à ses frontières avec l’Espagne – un affichage inutile puisque les étrangers qui se trouvent à Ceuta étant soumis à un régime spécifique qui les empêche de rejoindre l’Espagne continentale, il n’y avait aucun risque d’afflux aux frontières françaises.

      Une réunion extraordinaire a été organisée le 4 août entre les ministres de l’intérieur des 27, pour conclure que « la migration nécessite une réponse européenne unie ». Mais cette réponse n’a été envisagée que sous l’angle d’un nécessaire renforcement des frontières. Et si les participants ont témoigné de leur solidarité avec l’Espagne, c’est pour saluer ses efforts rapides pour régler le problème à Ceuta et se féliciter que la plupart des personnes ayant franchi illégalement la frontière aient été renvoyées, sans conséquences pour les autres Etats membres.

      Une réaction résumée par l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans Libération le 4 août pour qui « cette crise migratoire n’était pas une crise en Europe, mais une crise contenue au sein de l’enclave espagnole de Ceuta », qui a pu être résolue grâce à « l’attitude ferme, courageuse et déterminée des autorités espagnoles ». Circulez, il n’y a plus rien à voir à Ceuta…

      Bilan tragique

      Il y aurait pourtant à dire à propos de cet épisode. On a beaucoup parlé des possibles causes de ces arrivées, spectaculaires par leur mode opératoire et leur nombre : chantage exercé par les autorités marocaines accusées d’avoir sciemment laissé passer les exilés, « appel d’air » créé par la récente opération de régularisation des sans-papiers en Espagne, exploitation par des réseaux de passeurs d’une information erronée sur l’ouverture de la frontière à Ceuta… Mais quelle que soit l’origine de ces événements, il est nécessaire d’en faire le bilan, tragique à bien des égards.

      Car il y a un bilan humain, d’abord : à ce jour, les autorités espagnoles dénombrent 72 personnes décédées, la plupart par noyade, quand les ONG, qui réclament une enquête, parlent de plus de 100 morts.

      Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont erré dans les rues de Ceuta, privées d’eau, de nourriture, de soins et d’accès à l’hygiène, alors que les dispositifs d’accueil étaient saturés et les associations d’aide aux migrants débordées. Deux semaines après la crise, plusieurs centaines de mineurs isolés étaient encore abandonnés à eux-mêmes, faute de place dans les structures supposées les prendre en charge. N’y avait-il pas là matière à ce que les partenaires de l’Espagne, au nom de la « solidarité », dépêchent en urgence des moyens logistiques et humains pour faire face à cette urgence humanitaire ?

      Chasse à l’homme

      Il faut aussi parler des conditions de « départ » des personnes qui sont retournées au Maroc, en très grand nombre, quelques jours après leur arrivée à Ceuta. Ceux qui se réjouissent de ce rapide règlement du problème ne disent rien de la façon dont les migrants ont été « accompagnés » jusqu’à la frontière par les militaires et les quelque 400 agents supplémentaires de la garde civile et de la police nationale envoyés en renfort par le gouvernement espagnol, ni de la chasse à l’homme qui a eu lieu dans l’enclave pour les contraindre à prendre le chemin du retour.

      Pour effectuer ces renvois, les autorités espagnoles s’appuient sur des accords migratoires passés avec le Maroc, et sur une loi d’exception qui permet les « refoulements à chaud » depuis les enclaves de Ceuta et Melilla, sans examen individuel de situation ni prise en compte des éventuels besoins de protection. Des refoulements qui s’apparentent aux pushback prohibés par le droit européen. Les maigres garanties que cette loi contestable prévoit pour garder une apparence de conformité avec le respect du droit international et du droit d’asile – comme l’attention aux personnes vulnérables – ne semblent même pas, à Ceuta, avoir été respectées.

      Il y a donc tout lieu de penser que de nombreuses violations des droits ont été commises à Ceuta, au mépris des règles européennes prévues pour faire face aux situations de crise. En laissant l’Espagne gérer seule les frontières de ses enclaves au Maroc, comme s’il s’agissait d’un enjeu national et non d’un symbole de la politique d’externalisation de l’UE, les gouvernements européens encouragent sciemment la perpétuation de ces violations.

      https://www.alternatives-economiques.fr/a-ceuta-l-europe-a-encourage-la-violation-des-droits-des-mi

    • Perché lo sciacallaggio politico dopo i tragici fatti di Ceuta non va sottovalutato

      Senza dedicare una riga di cordoglio alle decine di vittime tra chi è arrivato a nuoto a inizio agosto nell’enclave spagnola, larga parte della politica europea -Governo Meloni in testa- ha rappresentato una falsa situazione di spostamenti di “vasta scala” verso il resto dell’Ue, ignorando la geografia e il Regolamento Schengen. Un’operazione spregiudicata che ha l’obiettivo di demolire il principio della libera circolazione, già sospeso lungo 23 frontiere interne. L’analisi di #Gianfranco_Schiavone

      “Le Parti contraenti prendono atto delle seguenti dichiarazioni formulate dal Regno di Spagna: 1) Dichiarazione relativa alle città di Ceuta e Melilla a) I controlli esistenti all’ingresso del territorio doganale della Comunità economica europea per le merci ed i viaggiatori in provenienza dalle città di Ceuta o Melilla continueranno ad essere esercitati in conformità alle disposizioni del protocollo n. 2 dell’atto di adesione della Spagna alle Comunità europee”.

      Così si legge nell’atto finale dell’adesione del Regno di Spagna all’Aquis di Schengen del lontano 22 settembre 2000. Nei confronti delle due enclave spagnole in Africa, in ragione della loro posizione geografica del tutto particolare, vige da sempre una normativa ad hoc che prevede una restrizione all’ordinario regime di libera circolazione nell’Unione. Anche se non ogni passeggero è sempre sottoposto alla verifica di frontiera, i controlli rimangono frequenti e comunque in ogni momento possono essere applicati in modo generalizzato.

      Basterebbe questa semplice osservazione, da sola, per comprendere la enormità e gravità dell’operazione di strumentalizzazione politica condotta dal governo italiano nel decidere il ripristino dei controlli alle frontiere interne (quindi marittime e aree) con l’intera Spagna. Quei controlli, invocati con stridulo strepito, esistevano già, a regime e in modo mirato a quell’area geografica.

      Il Regolamento Schengen, come modificato dal Regolamento Ue 2024/1356, ha come obiettivo “la creazione di uno spazio in cui è assicurata la libera circolazione delle persone attraverso le frontiere interne è una delle principali conquiste dell’Unione”. Proprio per tutelare tale conquista storica, il Regolamento prevede che il ripristino dei controlli alle frontiere interne possa avvenire esclusivamente “in caso di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna di uno Stato membro” (art. 25, par. 1).

      La nozione di “minaccia grave” fa riferimento, oltre ad attentati o minacce di natura terroristica, a forme gravi di criminalità organizzata, a emergenze sanitarie di vasta portata anche a “una situazione eccezionale caratterizzata da spostamenti non autorizzati improvvisi e su vasta scala di cittadini di paesi terzi tra Stati membri, che mette a dura prova le risorse e le capacità complessive di autorità competenti ben preparate e che potrebbe mettere a rischio il funzionamento globale dello spazio senza controllo alle frontiere interne” (art. 25, par. 2).

      Quanto avvenuto a Ceuta per le sue dimensioni e profili drammatici in termini di morti non può essere sottovalutato ma è privo di fondamento ritenere che si stia verificando una situazione di spostamenti di “vasta scala” dalla Spagna nel resto dell’Unione europea. All’esatto contrario, la crisi, intesa nel senso del flusso di ingresso, si è spenta del tutto poche ore dopo essere divampata.

      Il governo italiano aveva però fretta di agire attaccando nuovamente il principio cardine della libera circolazione. Se avesse agito anche solo poche ore dopo quella spregiudicata operazione politica di attacco al governo spagnolo (che per tutti i partiti sovranisti europei è la bestia nera) sarebbe risultata infatti fuori tempo massimo.

      Mentre la Commissione europea evaporava del tutto nel calore estivo, la corsa al tiro al bersaglio contro la Spagna non è stata solo italiana, ma ha coinvolto larga parte della politica dell’Unione con espressioni tra il penoso e il grottesco. Tra le peggiori quelle di Manfred Weber, capogruppo del Partito popolare europeo. “Le immagini devastanti sono la conseguenza diretta del fattore di attrazione della regolarizzazione di massa -ha sentenziato- raddoppiato dalla strumentalizzazione dell’immigrazione illegale”.

      In modo ancor più netto di quanto avvenuto in altre simili circostanze, di fronte alla tragedia di Ceuta in nessuna dichiarazione ufficiale di nessun leader politico europeo c’è traccia alcuna di una manifestazione di cordoglio per le decine di vittime. Come ha ben richiamato l’arcivescovo metropolita di Palermo Corrado Lorefice e neopresidente della Fondazione Migrantes, non c’è stato “nessun rispetto, nessuna partecipazione, nessun dolore, nessun senso di umanità, nessuna spiegazione delle ragioni profonde. Solo l’allarme, del tutto infondato dal punto di vista giuridico, di un’invasione di fatto impossibile”. E ha giustamente concluso ricordando che “rifiutandosi di pensare e di agire secondo i propri principi e le proprie capacità l’Europa rischia di condannarsi a morte”.

      La solidarietà rappresenta un principio giuridico fondante del progetto europeo e l’articolo 222 del Trattato sul funzionamento dell’Unione europea sancisce la cosiddetta “clausola di solidarietà” con queste parole: “L’Unione e gli Stati membri agiscono congiuntamente in uno spirito di solidarietà qualora uno Stato membro sia oggetto di un attacco terroristico o sia vittima di una calamità naturale o provocata dall’uomo”.

      È l’esatto opposto dello sciacallaggio che si è scatenato contro la Spagna. Molti potrebbero obiettare che non c’è nulla da scandalizzarsi perché in fondo quello che è avvenuto è manifestazione, magari solo un po’ più accesa, dello scontro politico che caratterizza la normale vita democratica.

      Rigetto questa tesi non già perché non sia consapevole che la politica non è esercizio di buone maniere, ma perché se banalizziamo quanto è accaduto finiamo per non vedere quella disgregazione dell’Europa che sta procedendo a gran passi e che Lorefice ha invece ben colto.

      È impressionante l’elenco delle 23 frontiere interne nelle quali, a giugno 2026 risulta sospeso il principio della libera circolazione e sono stati ripristinati i controlli di frontiera: Austria-Slovacchia, Austria-Repubblica Ceca, Austria-Ungheria, Austria-Slovenia, Italia-Slovenia,Paesi Bassi-Belgio,Paesi Bassi-Germania, Svizzera-Francia, Norvegia-Danimarca, Norvegia-Germania, Norvegia-Svezia, Danimarca-Germania, Polonia-Germania, Polonia-Lituania, Germania-Francia, Germania-Lussemburgo, Germania-Belgio, Germania-Repubblica Ceca, Svezia-Danimarca, Francia-Spagna, Francia-Italia, Svezia-Finlandia, Svezia-Norvegia.

      Nella larga parte dei casi il ripristino dei controlli è stato motivato in modo del tutto vago con una asserita necessità del controllo dei flussi migratori, in contrasto con quanto prevede lo stesso Regolamento Schengen che dispone invece che il ripristino del controllo alle frontiere interne può avvenire per il più breve tempo possibile, in casi eccezionali di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna e precisa che “la migrazione e l’attraversamento delle frontiere esterne di un gran numero di cittadini di paesi terzi non dovrebbero in sé essere considerate una minaccia per l’ordine pubblico o la sicurezza interna” (considerando 26).

      Di fronte alla larga e inaudita reazione che c’è stata verso la Spagna, è necessario non archiviare l’accaduto come una disgustosa parentesi, ma chiedersi con maggior rigore di quanto si sia fatto finora, chi in Europa vuole la fine dell’Europa stessa quale straordinario (anche se fragile e incompiuto) processo storico di costruzione di un’unione politica sovranazionale che “si fonda sui valori del rispetto della dignità umana, della libertà, della democrazia, dell’uguaglianza, dello Stato di diritto e del rispetto dei diritti umani, compresi i diritti delle persone appartenenti a minoranze” (Trattato di Lisbona del 13 dicembre 2007). E con quale mostro politico la si voglia sostituire.

      https://altreconomia.it/perche-lo-sciacallaggio-politico-dopo-i-tragici-fatti-di-ceuta-non-va-s

      #frontières_intérieures #Schengen #libre-circulation #espace_Schengen #instrumentalisation_politique #contrôles_frontaliers

    • Ceuta Is Europe’s Berlin Wall Moment — Run in Reverse

      Like Berlin in 1989, Ceuta was an accident of history — but Europe’s response may entrench its walls.

      With a little hindsight, the fall of the Berlin Wall in 1989 seems the event most comparable to what unfolded in Ceuta in late July, both in the events themselves and in their origins: a confluence of circumstances — unintended and unplanned — that produced a major geopolitical rupture capable of altering Europe’s trajectory.

      Yet their consequences are likely to be diametrically opposed: on the one hand, the peaceful reunification of a continent amid the rapid spread of democracy; on the other, the reinforcement of the wall that already divides the two shores of the Mediterranean and the acceleration of Europe’s drift towards xenophobia and authoritarianism. Fortunately, however, the worst is never certain.
      A convergence of circumstances

      Almost four decades ago now, on 9 November 1989, Günter Schabowski, then the secretary of the Central Committee of the East German Communist Party responsible for media affairs, mistakenly announced at a press conference the immediate lifting of restrictions on East Germans’ travel abroad. That night, tens of thousands of them rushed towards the crossing points between West and East Berlin, strictly divided by a wall since August 1961. The East German border guards, overwhelmed and without official orders, eventually let the flood of people through. The Berlin Wall had fallen; the German Democratic Republic (GDR) would follow a few months later, along with the entire Eastern Bloc and, ultimately, the Soviet Union itself, dissolved in late 1991.

      That unexpected event stunned Europeans — just as Ceuta has stunned them in recent days. No one had planned or intended it, even though it belonged, of course, to the long history of the gradual erosion of the GDR and the Eastern Bloc. Yet it changed the course of European history.

      The same is very likely true of the events in Ceuta. At their root lies a ruling delivered by the Spanish Supreme Court on 29 June prohibiting “pushbacks” — the immediate return, without any assessment of their situation, of people reaching Ceuta by sea. The decision was widely shared and amplified on Moroccan social media, kindling disproportionate hopes among a young population with few prospects. At the end of July, the Moroccan security forces usually deployed in strength around Ceuta were mobilised instead for the Throne Day celebrations, which mark the anniversary of King Mohammed VI’s accession to the throne on 30 July, a public holiday in Morocco. This year the ceremony was held not in Rabat, the capital, but in M’diq and Tetouan, barely 25 kilometres from Ceuta, assembling the full spectrum of the Kingdom’s elite. Meanwhile, thanks to the holiday, a significant portion of Moroccan youth was flocking to the famous beaches adjacent to the Spanish enclave.

      This convergence of circumstances triggered the mass movement the world then witnessed. The outnumbered and overwhelmed Moroccan security forces let the crowds pass. The Moroccan government took no emergency measures: there was simply no question of disturbing the King and the Moroccan establishment during the Throne Day celebrations, which were to proceed without disruption.
      An unlikely manipulation

      There has been much speculation that the Moroccan government encouraged young Moroccans to cross into Ceuta to punish Spain for Prime Minister Pedro Sánchez’s visit to rival Algeria on 20 July. In 2021, the Moroccan authorities had indeed claimed to have facilitated a similar incident after Spain admitted an ailing Polisario leader to one of its hospitals. But the damage inflicted on King Mohammed VI’s image, in Morocco and beyond, on the very day of the Throne Day celebrations makes such a hypothesis highly unlikely.

      The possibility of interference by the United States or Israel has also been raised — countries eager for revenge on Sánchez, the European Union leader most hostile to the policies of Benjamin Netanyahu and Donald Trump in the Middle East. They have undeniably capitalised on the difficulties he has faced in Spain and elsewhere in Europe since the mass crossing into Ceuta. But no evidence of such interference has emerged, and none is needed to explain the events.

      The most likely cause of what happened in Ceuta, as on 9 November 1989, is a combination of circumstances — even if these, too, belong to a longer history: Morocco’s deep social crisis, marked by a large, educated youth deprived of prospects, and the mounting tensions stoked on the far shore of the Mediterranean by the “Fortress Europe” migration policy pursued by EU leaders.

      There, however, the similarities between Ceuta and Berlin end. The Berlin Wall was built by a communist dictatorship in the service of the Soviet occupiers. The wall at Ceuta, though it bears a strong technical resemblance to the Iron Curtain of grim memory, was erected by us, western Europeans — who are supposed to be committed democrats and humanists.

      Whereas East Germans had been eagerly awaited and hoped for over decades in Berlin and West Germany, young Moroccans are rejected outright and without appeal by a majority of Europeans, just like their brothers and sisters from the rest of Africa. And yet, in truth, their way of life, the cost of their labour, and their level of education differ little more from ours than did those of eastern Europeans after the fall of the Wall.

      The reunification of Europe up to Russia’s borders had seemed a natural project, one that western Europeans embraced without difficulty — even though such a unified Europe had never in reality existed outside the short-lived empires of Napoleon Bonaparte and Adolf Hitler which nobody regrets.

      The Mediterranean, by contrast, has bound together the peoples of its shores for millennia; yet any idea of rapprochement with the other side now strikes a majority of European Union residents as an existential threat graver even than those posed to Europe by Vladimir Putin and Donald Trump.

      So much so that Europeans — in France and elsewhere — increasingly cast their votes for a racist and xenophobic far right that admires these autocrats and would join forces with them against all those whose skin is not white enough. Yet to escape the stranglehold of Trump and Putin, the future of democratic Europe will depend in no small part on its ability to find new allies in the southern Mediterranean.

      Although the episode has had virtually no lasting impact on the number of migrants entering the European continent, the fear must be that the Ceuta affair — unlike the fall of the Berlin Wall — will accelerate Europe’s withdrawal into itself, sharpen the xenophobic and racist drift already at work, and push Europeans still further towards accepting the surrender of their democracy and freedoms. But the worst is not always certain: it will fall to the French people, in particular, to shoulder the heavy responsibility of deciding next year whether to put a decisive stop to this deadly trend.

      https://www.socialeurope.eu/ceuta-is-europes-berlin-wall-moment-run-in-reverse
      #manipulation

  • Immigration : l’Insee rétablit la vérité sur les flux migratoires et bat en brèche l’#intox de la « submersion migratoire »

    L’Institut national de la statistique a publié, jeudi 4 juin 2026, sa dernière étude sur les immigrés en France. Une parution d’utilité publique, face aux flux continus de désinformations sur le sujet.

    L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a levé le voile, jeudi 4 juin, sur sa dernière radiographie de l’immigration en France. À l’heure où des milliardaires comme Elon Musk relaient complaisamment sur leur réseau le fantasme xénophobe d’un « quadruplement » de la population étrangère en Europe, ces nouvelles données sonnent comme un rappel à l’ordre.

    En 2025, selon l’Insee, la France compte 8 millions d’immigrés, soit 11,6 % de sa population totale. Parmi ces 8 millions d’immigrés, un tiers, soit 2,6 millions, a déjà acquis la nationalité française et n’est donc plus comptabilisé comme étranger. Une précision importante à rappeler car souvent, l’extrême droite aime jeter le flou en semant la #confusion dans le #vocabulaire. Lorsque l’Insee emploie le terme « immigré », elle évoque une personne née étrangère à l’étranger, tandis que le terme « étranger » définit simplement le fait de ne pas posséder la #nationalité française.

    La « subversion migratoire » battue en brèche

    L’augmentation de la part d’immigrés dans la population est réelle depuis 1999, mais demeure très progressive. Surtout, loin des vagues de la « submersion migratoire » fantasmée, les flux sont en décélération. En 2024, 313 000 immigrés sont arrivés en France, un chiffre en net recul par rapport aux 347 000 entrées enregistrées en 2023.

    Les flux retrouvent ainsi leur niveau d’avant la crise sanitaire de 2020, absorbant le pic exceptionnel de 2022 – lié à l’accueil des réfugiés qui fuyaient la guerre en Ukraine. L’Insee précise par ailleurs que cette baisse de 10 % des arrivées en un an concerne des personnes originaires de toutes les régions du monde, qu’il s’agisse de l’Afrique, de l’Asie… ou de l’Europe.

    Balayant d’un revers de main les clichés, l’étude révèle la #surqualification de ces femmes, hommes et enfants qui rejoignent notre territoire. Plus de la moitié, 51 %, des immigrés de plus de 25 ans arrivés en 2024 sont diplômés de l’enseignement supérieur.

    Ce chiffre grimpe même à 54 % pour les personnes originaires du Maghreb. Ces personnes s’intègrent, en outre, presque immédiatement dans la vie sociale et économique. 55 % des nouveaux arrivants de plus de 15 ans sont en emploi ou en études dès le début de l’année 2025, indique le rapport de l’Insee.

    Le visage de cette immigration est aussi profondément féminin. Les #femmes représentent aujourd’hui 52 % des immigrés vivant en France et 53 % des arrivées enregistrées en 2024. Par ailleurs, 58 % des immigrés entrés en 2024 vivent en famille et près d’un quart des arrivants (22 %) sont des enfants qui, souvent, cherchent à rejoindre un parent déjà installé à l’issue de son parcours d’exil.

    Face au #vieillissement de la nation, l’Insee confirme que depuis 2022, l’immigration maintient le pays à flot sur le plan démographique, en compensant l’effondrement du #solde_naturel. Entre le 1er janvier 2022 et le 1er janvier 2023, la population résidant en France a crû de 322 000 personnes.

    Sur ce total, le #solde_migratoire a pesé pour 271 000 individus, sauvant littéralement un solde naturel (51 000 personnes) plombé par la hausse des décès. En somme, ces travailleuses et travailleurs, loin d’être la menace brandie sur les plateaux des chaînes Bolloré et dans les trends de la fachosphère, sont aujourd’hui les piliers stabilisateurs de notre société.

    https://www.humanite.fr/politique/immigration/immigration-linsee-retablit-la-verite-sur-les-flux-migratoires-et-bat-en-br
    #INSEE #France #migrations #statistiques #chiffres #fact-checking #désinformation #préjugés #idées-reçues #démographie #afflux #invasion
    ping @reka @karine4

    • L’essentiel sur... les immigrés et les étrangers

      1. Combien y a-t-il d’immigrés ou d’étrangers en France ?

      En 2025, 8,0 millions d’ immigrés vivent en France, soit 11,6 % de la population totale. 2,6 millions d’immigrés, soit 33 % d’entre eux, ont acquis la nationalité française.

      La population étrangère vivant en France s’élève à 6,3 millions de personnes, soit 9,1 % de la population totale. Elle se compose de 5,3 millions d’immigrés n’ayant pas acquis la nationalité française et de 1,0 million de personnes nées en France de nationalité étrangère.

      1,7 million de personnes sont nées de nationalité française à l’étranger. Avec les personnes immigrées (8,0 millions), au total 9,6 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 14,0 % de la population.

      2. Comment évolue la population étrangère et immigrée en France ?

      En effectif et en pourcentage de la population totale, la population immigrée en France est plus élevée en 2025 qu’en 1946, 1975 ou 2010. L’évolution de la part des immigrés dans la population totale vivant en France n’est pas régulière. Après une diminution entre 1931 (6,6 %) et 1946 (5,0 %), elle a augmenté jusqu’en 1975 (7,4 %). Elle s’est ensuite stabilisée jusqu’à la fin des années 1990, notamment à la suite des chocs pétroliers et du ralentissement de l’immigration de travail. Depuis le début des années 2000, le nombre d’immigrés croît à nouveau plus rapidement que la population totale, du fait de l’augmentation de la population immigrée et de la baisse de la fécondité : la part d’immigrés passe ainsi de 7,3 % en 1999 à 11,6 % en 2025.

      La population étrangère vivant en France représente 9,1 % de la population totale en 2025, contre 6,5 % en 1975 et 4,4 % en 1946.

      Entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1970, les flux d’immigration étaient majoritairement masculins, comblant les besoins de main-d’oeuvre nés de la reconstruction d’après-guerre, puis de la période des Trente Glorieuses. En 1974, dans un contexte économique dégradé, l’immigration de travail a été ralentie. Depuis cette date, la part des femmes parmi les flux d’immigration a crû que leurs arrivées soient dues au regroupement familial ou à d’autres motifs (suivre des études, trouver un emploi, etc...). En 2025, 52 % des immigrés vivant en France sont des femmes, contre 44 % en 1975 et 45 % en 1946.

      3. Où sont nés les immigrés vivant en France ?

      En 2025, près de la moitié des immigrés vivant en France sont nés en Afrique (49,2 %) et près du tiers en Europe (30,3 %). Les pays de naissance les plus fréquents des immigrés sont l’Algérie (12,6 %), le Maroc (11,7 %), le Portugal (7,2 %), la Tunisie (4,9 %), l’Italie (3,5 %), la Turquie (3,5 %) et l’Espagne (3,0 %). Près de la moitié des immigrés sont originaires d’un de ces sept pays (46,3 %).

      4. Où sont nés les immigrés arrivés en France en 2024 ?

      En 2024, 313 000 immigrés sont entrés en France, contre 347 000 en 2023. 45,9 % des immigrés arrivés en France en 2024 sont nés en Afrique, 26,6 % en Europe. Les pays de naissance les plus fréquents pour les immigrés entrés en France en 2024 sont l’Algérie (7,9 %), le Maroc (7,4 %) et la Tunisie (4,8 %). Les pays et continents d’origine les plus représentés parmi les immigrés vivant en France (stock) et arrivés récemment (flux) sont les mêmes, mais ils représentent une plus faible proportion du flux que du stock : les pays d’origine des immigrés tendent donc à se diversifier.

      Depuis 2006, les sorties d’immigrés sont relativement modestes au regard de leurs entrées. En moyenne entre 2006 et 2021, trois immigrés entrent sur le territoire tandis qu’un en sort, par exemple à la fin d’une expérience scolaire ou professionnelle en France, ou encore au moment de la retraite.

      https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212

  • Cubans prepare for “invasion” as US escalates tensions with long-suffering island
    https://www.cnn.com/2026/05/16/americas/cubans-prepare-for-us-invasion-latam-intl

    Havana, #Cuba

    A few days ago, the manager of the building where CNN’s #Havana bureau is located rapped on our door with an urgent message: She needed to know if we would be coming to work during the “imminent” #US #invasion.

    #Washington’s intense pressure campaign on Cuba had already been keenly felt in day-to-day life. Under the ongoing US oil #blockade, power flickers off in our offices several times a day. The compounding economic crisis means there’s no #fuel for the building generator or even toilet paper for the bathrooms. Every day, I walk past an enormous artificial Christmas tree in the lobby that no one has bothered to take down.

  • #libano,Israele non si ferma continuano bombardamenti e demolizioni
    https://radioblackout.org/2026/04/libanoisraele-non-si-ferma-continuano-bombardamenti-e-demolizioni

    Gli attacchi israeliani nel Libano meridionale hanno ucciso ieri la giornalista libanese #Amal_Khalil del quotidiano Al Akhbar e ferito una fotografa che la accompagnava. È stata uccisa da un raid israeliano il 22 aprile, durante il cessate il fuoco, mentre era in servizio. Khalil e la fotografa Zeinab Faraj erano di ritorno da Bint […]

    #L'informazione_di_Blackout #invasione #Qana
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/04/INFO-27042026-MICHELE-GIORGIO.mp3

  • Un’invasione di ratti affligge i sopravvissuti al genocidio di Gaza
    https://www.assopacepalestina.org/2026/04/24/uninfestazione-di-ratti-affligge-i-sopravvissuti-al-genocidio-di-

    di La Palestina sarà libera, Substack Palestine will be free, 23 aprile 2026. «La situazione è davvero spaventosa… ratti e topi sono ovunque.» I sopravvissuti al genocidio nella Striscia di Gaza non solo stanno sfuggendo alle bombe e al fuoco dei cecchini — che non si sono fermati nonostante un presunto cessate il fuoco in ... Leggi tutto

    #Notizie #invasione_di_ratti_a_Gaza

  • Via all’invasione via terra di Gaza City
    https://radioblackout.org/2025/09/via-allinvasione-via-terra-di-gaza-city

    Nella notte tra lunedì 15 e martedì 16 l’esercito israeliano, sulla scorta di massicci bombardamenti, ha fatto irruzione con centinaia di carri armati sul territorio di Gaza City. Viene così portata avanti l’ultima fase di un piano che Israele ha molteplici volte reso esplicito a partire già dall’ottobre del 2023: spostare forzatamente la popolazione gazawi, […]

    #L'informazione_di_Blackout #Accordi_di_Abramo #commissione_Onu #Invasione_via_terra #Isreaele #palestina
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2025/09/InvasioneGazaCity.mp3

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
    ping @reka @karine4 @_kg_ @isskein

  • Non, la France n’est pas « submergée » par l’immigration

    Les chiffres contredisent totalement les assertions de « #submersion_migratoire ». En revanche, ils confirment que les immigrés sont très désavantagés sur le #marché_du_travail.

    La France « inondée » par des flux incontrôlés de migrants ? C’est l’image que tient pour acquise tout une partie du champ politique et médiatique. Mais on a beau chercher, impossible de trouver dans les statistiques de l’Insee ou du ministère de l’Intérieur de quoi confirmer ce diagnostic anxiogène.

    Ce que l’on sait, c’est qu’en 2023, les immigrés représentaient 10,7 % de la population vivant en France. Cette proportion est en effet en hausse (c’était 7,3 % en 1999), mais ce n’est pas spécifique à notre pays. Au contraire même, la France occupe de ce point de vue une position plutôt moyenne en Europe : la proportion de personnes nées à l’étranger est 1,5 fois plus élevée en Suède, en Allemagne ou en Belgique que chez nous, par exemple.

    Loin des fantasmes de submersion, aucune explosion des flux ne peut être repérée sur les années récentes. Le nombre d’acquisitions de nationalité, par exemple, oscille aux alentours des 100 000 depuis une dizaine d’années après avoir dépassé les 150 000.

    La croissance de la population immigrée n’a pas non plus le caractère spectaculaire qu’on lui prête parfois. Le nombre d’immigrés entrant sur le sol français a certes tendance à augmenter, mais cela ne fait pas tout : une partie de ceux qui étaient déjà là le quitte, une autre… meurt, tout simplement. Selon l’Insee, entre 2006 et 2020, pour quatre entrées d’immigrés en France, on compte environ une sortie et un décès.

    Le tiers des premiers titres de séjours délivrés l’est aujourd’hui au titre des études, suivi des motifs familiaux puis, à égalité, économiques et humanitaires.

    Le seul record dont l’Hexagone puisse se targuer, c’est celui du nombre d’obligations de quitter le territoire français (OQTF), de loin le plus élevé d’Europe, même si leur taux d’exécution est particulièrement faible. Les préfectures font en effet un usage très large et mal contrôlé de ces OQTF, sans guère de moyens humains dédiés, ce qui aboutit entre autres à des taux d’annulation importants par la justice administrative.

    Emploi : les immigrés et leurs enfants fortement discriminés

    Ceux des immigrés qui viennent travailler en France ne reçoivent aucun traitement de faveur, au contraire. Déclarant subir fréquemment des discriminations liées à leurs origines, les immigrés sont nettement surreprésentés dans des secteurs considérés comme « en tension », offrant souvent des emplois pénibles et faiblement rémunérés (hôtellerie-restauration, BTP, sphère du care pour les femmes).

    Les descendants d’immigrés (personnes ayant au moins un parent immigré), qui étaient 7,3 millions en 2021, subissent comme leurs parents des discriminations sur le marché du travail. Cela se traduit notamment par un taux de chômage plus important mais aussi, dans certains cas, par des salaires nettement plus faibles que pour les natifs.

    Le fait que les enfants français de deux parents natifs d’outre-mer et vivant en France métropolitaine subissent eux aussi cette pénalité salariale, alors même qu’ils ne sont pas descendants d’immigrés, semble indiquer que le marché du travail français – au-delà des désavantages liés à la seule origine migratoire – est structuré par des logiques tout bonnement racistes.

    https://www.alternatives-economiques.fr/non-france-nest-submergee-limmigration/00114520

    #statistiques #chiffres #migrations #réfugiés #fact-checking #France #infographie #visualisation #graphique #démographie #travail #emploi #économie #afflux #invasion

    ping @reka @karine4

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    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

  • #Immigration : le grand #déni

    Par un étrange paradoxe, ceux qui s’imaginent que la France ferait face à un « #tsunami » migratoire, par la faute des politiques, de l’Union européenne ou des juges, sont également convaincus que la migration est une #anomalie dont la France pourrait se passer. On grossit l’immigration pour mieux la dénier. Pour dissiper ces #illusions, il faut en revenir aux #faits. Oui, la population immigrée a progressé en #France depuis l’an 2000, mais moins que dans le reste de l’Europe. Non, notre pays n’a pas pris sa part dans l’accueil des réfugiés. La hausse vient d’abord de la migration estudiantine et économique, tandis que la migration familiale a reculé. En exposant les enjeux de la #loi_Darmanin de 2023, en rappelant combien la frontière est mince entre séjour régulier et séjour irrégulier, ce livre propose une approche résolument nouvelle de la question migratoire.

    https://www.seuil.com/ouvrage/immigration-le-grand-deni-francois-heran/9782021531145
    #livre #préjugés #migrations #idées_reçues #afflux #invasion #statistiques #chiffres
    ping @karine4

  • La remarquable contribution des #élites politiques suisses au #discours_anti-immigrés

    Une étude de chercheurs de l’EPFZ questionne l’origine du discours anti-immigrés qui s’est imposé en Suisse et en Europe. Elle déconstruit au passage bon nombre de clichés et souligne l’importance du vocabulaire emprunté à la #biologie.

    Comment expliquer le succès du discours anti-immigrés, thème qui domine la politique suisse depuis des décennies et qui s’impose aujourd’hui partout en Europe ? En théorie, la réponse semble évidente : les électeurs réagissent à des craintes culturelles, économiques et sécuritaires suscitées par l’arrivée de migrants. Une étude publiée fin novembre dans l’American Political Science Review par deux chercheurs l’EPFZ et un chercheur de l’Université Bocconi, en Italie, questionne toutefois cette doxa. Sur la base de l’expérience suisse.

    (#paywall)
    https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/la-remarquable-contribution-des-elites-politiques-suisses-au-discours-anti-i
    #anti-immigration #migrations #réfugiés #Suisse

    • The Free Movement of People and the Success of Far-Right Parties: Evidence from Switzerland’s Border Liberalization

      The main theories explaining electoral backlash against immigration focus on citizens’ cultural, economic, and security concerns. We test these predictions in Switzerland, which opened its labor market to neighboring countries in the 2000s. Employing a difference-in-differences design, we document a substantial rise in immigrant workers in Swiss border municipalities after the border opened. This was accompanied by a 6-percentage-point (95% confidence interval 2–10) increase in support for anti-immigrant parties, equivalent to a 32% rise at the mean. However, we find no adverse effects on citizens’ employment, wages, or subjective perceptions of economic, cultural, or security threats. Instead, we describe how far-right parties introduced novel narratives related to overcrowding to advance hostility toward immigrants. We provide evidence that this rhetoric targeted border municipalities, where it had the greatest impact on voters susceptible to political persuasion. Together, these findings suggest that elites can play a role in driving anti-immigrant votes.

      https://www.cambridge.org/core/journals/american-political-science-review/article/free-movement-of-people-and-the-success-of-farright-parties-evidence-from-switzerlands-border-liberalization/21D5C52BB398194097C4C00F82C9FE68

      #extrême_droite #afflux #invasion

    • La remarquable contribution des élites politiques suisses au discours anti-immigrés - Le Temps - 15/02/2025

      Comment expliquer le succès du discours anti-immigrés, thème qui domine la politique suisse depuis des décennies et qui s’impose aujourd’hui partout en Europe ? En théorie, la réponse semble évidente : les électeurs réagissent à des craintes culturelles, économiques et sécuritaires suscitées par l’arrivée de migrants. Une étude publiée fin novembre dans l’American Political Science Review par deux chercheurs l’EPFZ et un chercheur de l’Université Bocconi, en Italie, questionne toutefois cette doxa. Sur la base de l’expérience suisse.

      Les chercheurs se sont intéressés aux effets de l’entrée en vigueur de la libre circulation des personnes à partir du début des années 2000 dans le canton du Tessin en comparant les zones frontières directement impactées par l’augmentation des travailleurs italiens et celles qui étaient moins exposées. Dans leurs conclusions, ils constatent que la montée en flèche du vote anti-immigrés est sans commune mesure avec l’augmentation de ces travailleurs frontaliers ou migrants, en particulier dans les zones éloignées de la frontière.

      Selon leur enquête, les populations frontalières n’ont aucune raison objective à devoir protéger leurs traditions (les immigrés étant de même culture) ni de craindre des menaces économiques (l’emploi et les salaires augmentent). « Nous n’avons trouvé aucune preuve que l’ouverture des frontières augmente la perception d’un risque de chômage accru, d’augmentation des loyers ou d’une dégradation financière. » C’est même parfois le contraire qui s’est produit. Pourquoi cette peur alors ? Les auteurs suggèrent qu’il faut en trouver l’aiguillon dans le discours des élites politiques. Ce rejet s’expliquerait non pas par des craintes objectives de la population auxquelles répondraient les partis politiques, mais, à l’inverse, par un discours alarmiste distillé par de nouveaux « entrepreneurs politiques » pour bousculer les grands partis traditionnels en imposant de nouveaux thèmes.

      Pour y parvenir, il fallait toutefois renouveler l’ancien discours raciste ou xénophobe pour convaincre notamment les secteurs les moins politisés de la population. On a ainsi créé un « nouveau narratif » permettant de renforcer les peurs et d’encourager l’hostilité envers les migrants sans être taxé d’extrémiste. Pour ce faire, on a emprunté à la biologie le terme de « stress de densité », une notion qui, appliquée à la société, permet d’expliquer la pression sur les villes, les transports publics, les routes, les campagnes, les supermarchés et jusqu’aux cinémas, par l’immigration.

      « Le narratif du stress de la densité (Dichtestress) est attractif dans la mesure où il peut exprimer un malaise face à l’immigration sans être encombré par la connotation xénophobe des termes antérieurs comme l’Überfremdung », explique Dominik Hangartner, l’un des auteurs. Une innovation que l’on doit à l’UDC, premier parti à l’avoir introduit dans ses campagnes pour stopper l’« immigration de masse » au nom d’une protection quasi biologique du territoire. L’argumentaire de la surpopulation a ensuite été repris par les Brexiter en 2016 et plus récemment par Donald Trump qui déclarait l’an dernier que son « pays [était] plein ».

      Face à ce nouveau discours, les avocats de l’immigration – pour des raisons économiques et démographiques – n’étaient pas préparés à lui opposer un « contre-discours », constate l’étude. Vingt ans plus tard, personne n’a trouvé la parade. Déconstruire le langage de ces nouvelles élites politiques est un premier pas pour réduire les peurs et s’engager dans une approche plus rationnelle de l’immigration.

  • #Livre : Répondre aux #préjugés sur les #migrations

    « Les réfugié·es nous envahissent ! Les personnes migrantes profitent des aides sociales et ne sont pas intégrées ! Elles menacent notre sécurité et notre identité », etc.
    Elles sont nombreuses, en France, les personnes qui accordent du crédit à ces formules-choc qu’on entend régulièrement dans les médias, dans les discours politiques, sur nos lieux de vie. Les préjugés sur les migrations sont nombreux, encore plus en temps de crise : les migrant·es sont alors les coupables parfait·es. Mais ce sont des idées fausses qui ne reflètent en aucun cas la réalité des migrations.

    À travers le démontage de dix idées reçues courantes sur les migrations, ce petit #guide montre qu’il est possible de résister aux manipulations électoralistes et idéologiques qui voudraient faire des migrant·es et réfugié·es la source de tous nos problèmes. Il donne des arguments et des #chiffres basés sur des #statistiques officielles qui invalident ces préjugés pour faire percevoir les migrations comme une #richesse économique, sociale et culturelle, et même comme le seul avenir possible pour notre planète mondialisée.

    Ce guide offre également des pistes pour être citoyen·ne et solidaire des migrant·es au quotidien.

    https://www.pressenza.com/fr/2025/01/livre-repondre-aux-prejuges-sur-les-migrations
    #idées-reçues
    #invasions #chômage #crise #identité #sécurité #intégration #afflux

    ping @karine4

  • "Aucun indicateur ne donne raison à #François_Bayrou sur une prétendue submersion migratoire", selon le démographe #François_Héran

    Selon François Héran, professeur au Collège de France, démographe, spécialiste de l’immigration, les déclarations du Premier ministre français sur un « sentiment de #submersion_migratoire » sont infondées. La France, au regard des indicateurs démographiques, accueille sur son sol peu d’immigrés - comparée à d’autres pays européens.

    Le Premier ministre François Bayrou a soulevé l’indignation d’une partie de la classe politique en affirmant lundi soir que la France « approch[ait] » d’un « sentiment de submersion en matière d’immigration ». L’utilisation du mot « #submersion » - peu anodin - fait partie du vocable du Rassemblement national. Loin de se défendre de ce parallèle avec l’extrême droite, François Bayrou a réitéré ses propos le lendemain à l’Assemblée nationale en les restreignant toutefois à #Mayotte et à certains autres départements.

    Pour le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), Didier Leschi, le terme est impropre et maladroit. « Il n’y a pas de submersion migratoire, mais il y a des endroits où la concentration d’immigration pose des problèmes sociaux importants qu’il faut arriver à résoudre », a-t-il affirmé.

    Alors le terme est-il exagéré ?

    Selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), oui. En 2023, l’#Insee considérait que la population étrangère vivant en #France s’élevait à 5,6 millions de personnes, soit 8,2 % de la population totale, contre 6,5 % en 1975. Les étrangers représentent donc une large minorité. De plus, cette hausse n’a rien d’étonnant - elle se constate dans tous les pays développés.

    « L’immigration n’est pas incontrôlée »

    « L’immigration est perçue comme incontrôlée, comme un problème à résoudre, alors que c’est un phénomène démographique normal », expliquait déjà en septembre à InfoMigrants Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
    « La population mondiale augmente et donc il y a de plus en plus d’immigrés et les immigrés ont tendance à aller de plus en plus vers les pays de l’OCDE ».

    C’est aussi l’avis de François Héran, sociologue et démographe, professeur au Collège de France. « Aucun indicateur ne donne raison à François Bayrou sur une prétendue submersion migratoire », déclare-t-il à InfoMigrants. « Il y a une montée de l’immigration, oui, mais elle est modérée. C’est une poussée continue, pas exponentielle, une augmentation linéaire » qui a cours partout dans les pays développés de la planète.

    « En réalité, poursuit-il, l’immigration progresse au même rythme depuis des années, que ce soit sous les mandats de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande ou Emmanuel Macron. Rien ne sert de pointer du doigt le précédent président en dénonçant son bilan migratoire, cette augmentation n’a rien à voir avec les politiques françaises ».

    « Nous sommes dans le bas du tableau »

    Surtout, rappelle François Héran, la France accueille peu d’immigrés sur son sol au regard des autres pays européens. Selon une moyenne établie par l’OCDE, seul 1 % d’étrangers supplémentaires s’installent chaque année - pendant un an au moins - dans un pays riche (voir tableau ci-dessous).

    « La France est bien en dessous de cette moyenne : elle est à 0,5 %. Devant nous, il y a l’Allemagne à 0,6 %, la Suède à 0,8 %, l’Espagne à 1 %, la Belgique à 1,1 %, le Portugal à 1,2 %… Nous ne sommes pas en tête du tableau, mais plutôt dans les derniers ».

    Et de continuer en citant d’autres indicateurs. « Selon Eurostat aussi, la France n’est pas le pays le plus accueillant. Elle a une proportion de 13 % d’immigrés dans sa population totale [c’est à dire des étrangers, européens ou non, installés depuis au moins un an dans un autre pays que celui de leur naissance, ndlr] mais le Luxembourg est à un taux de 49 %, Malte de 23 %, l’Allemagne de 18 %… Là encore, nous ne sommes pas en tête du classement », ajoute François Héran.

    Même la référence à Mayotte du Premier ministre ne semble pas convaincre le démographe. « Oui, il y a une concentration forte d’immigrés dans certains territoires, comme à Mayotte, ou en Ile-de-France, ou dans certaines régions frontalières françaises. Mais si ces arrivées peuvent créer, je dirais, une émotion, elles ne correspondent pas à une submersion au regard des chiffres pris dans leur globalité ».

    À Mayotte, pour rappel, les autorités françaises exécutent de nombreuses expulsions vers les Comores voisines. En 2023, environ 24 000 reconduites à la frontière ont été effectuées, contre un peu plus de 25 000 l’année précédente, et 24 000 en 2021, selon les chiffres de la préfecture. Des chiffres plutôt stables et qui concernent aussi - dans une petite proportion - les Africains de la région des Grands lacs.

    Un sentiment « d’invasion » qui s’est installé dans les années 2000

    Reste que cette augmentation « continue » de l’immigration dans les pays riches donne du grain à moudre à certaines théories, notamment celle du « #grand_remplacement ». Cette théorie repose sur l’idée xénophobe que la population française serait peu à peu remplacée par une autre, en l’occurrence les populations africaines et les musulmans.

    Malgré la réalité des chiffres, les déclarations de François Bayrou résonnent comme une ouverture politique à l’extrême droite et elles dérangent une large partie de la classe politique à gauche. « Ce n’est pas avec un mot comme ça » que la « dynamique électorale du RN (...) sera cassée », a estimé sur LCI le politologue Jean-Yves Camus.

    La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet n’aurait, elle, « jamais tenu ces propos » qui la « gênent ». « On parle d’hommes et de femmes, de notre pays, la France qui, par son Histoire, par sa géographie, par sa culture, a toujours accueilli et s’est construite avec cette tradition ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/62526/aucun-indicateur-ne-donne-raison-a-francois-bayrou-sur-une-pretendue-s
    #migrations #statistiques #chiffres #fact-checking #idées_reçues #afflux #invasion #stéréotypes #mots #vocabulaire

    ping @karine4

    • La « submersion migratoire » ne correspond à aucune réalité scientifique

      Le premier ministre a évoqué, lundi 27 janvier sur LCI, le « sentiment de submersion » généré par l’immigration. Des propos qu’il a réitérés et assumés le lendemain, au sein de l’Assemblée nationale, indignant la gauche. Pourtant, les chiffres et les études sur le sujet démentent clairement cette idée. Entretien avec Tania Racho, spécialiste des questions relatives aux droits fondamentaux.

      Ce concept de submersion migratoire est-il fondé sur des données étayées par la recherche et des données institutionnelles sur les migrations ?

      Tania Racho : La réponse est non. En France, la population immigrée (les personnes nées à l’étranger et vivant en France) est de 10,7 %. Si on décompte parmi ces immigrés les personnes ayant la nationalité française, on arrive à 8,2 % des habitants sur le territoire national.

      Notons que, parmi ces 8,2 %, il y a à peu près 3,5 % d’Européens. Or souvent, derrière le mot étranger, on pense à des non-Européens qui ne représentent finalement que 6 % de la population française.
      Immigrés arrivés en France en 2022 selon leur continent de naissance

      La France est loin d’être le pays le plus accueillant en Europe pour les étrangers ou dans le monde d’ailleurs. En comparaison, c’est 15 % de la population américaine qui est immigrée, et 16 % en Suède.

      Derrière ces chiffres, il y a de nombreux statuts différents qui distinguent les étrangers. On parle souvent des primo-arrivants dans le discours politique. Or, ces arrivées sont relativement stables, avec à peu près 300 000 personnes par an. Parmi elles, un tiers sont des étudiants qui ont vocation à ne pas rester, un autre tiers correspond à l’immigration familiale. Le dernier tiers se décompose en immigration de travail et titres de séjour humanitaire délivrés pour les réfugiés.

      Il faut aussi prendre en compte le solde migratoire (ou accroissement migratoire) qui est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur un territoire (immigrants) et le nombre de personnes qui en sont sorties (émigrants). En 2023, le solde positif n’est que de 183 000 personnes.

      Est-ce que ces arrivées ont augmenté ?

      T.R : Les arrivées ont effectivement augmenté ces dix dernières années : en 2010 il y avait 8,5 % d’immigrés et en 2023 c’était 10,7 %. Par exemple, en 2010, on comptait 200 000 premiers titres de séjours délivrés, tandis qu’en 2023 c’est 300 000 : l’immigration a donc augmenté. Cela est lié à une dynamique globale : le phénomène de déplacement est plus important dans le monde, qu’il s’agisse d’une immigration organisée (étudiants, travailleurs, accords d’échanges entre pays) ou des déplacements forcés liés aux conflits. Lorsqu’une guerre éclate ou un conflit civil, les populations quittent leurs habitations le plus souvent pour un endroit proche, parfois dans le même pays.

      Lorsque le déplacement forcé implique de quitter son pays, il se traduit par une demande d’asile : il y en a eu 160 000 en 2023 en France. Le taux moyen de protection, c’est-à-dire la reconnaissance de statuts de réfugiés, se situe autour de 40 %. Les personnes concernées bénéficient alors d’un titre de séjour humanitaire, en tant que réfugiés. 60 000 personnes ont obtenu ce titre de séjour en 2023. En tout, il y a un peu plus de 500 000 réfugiés en France.

      Quid des personnes en situation irrégulière ?

      T.R : On ne connaît pas le chiffre exact correspondant à cette situation, mais une projection fondée sur les demandes d’aide médicale d’État (AME) nous permet d’évaluer leur nombre aux environ de 700 000 personnes. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’il n’y a eu que 30 000 régularisations de personnes en situation irrégulière en 2023 (comptées dans les premières délivrances de titres) dont un tiers par le travail et les deux tiers restants pour des situations familiales, ce qui est assez faible, en comparaison des 900 000 régularisations annoncées par l’Espagne par exemple.

      L’augmentation des arrivées justifie-t-elle le terme de « submersion » ?

      T.R : Encore une fois, non, avec 8,2 % d’étrangers en France et une augmentation des arrivées qui reste relative. D’ailleurs, le discours du premier ministre se situait selon lui au niveau du « ressenti » – il a parlé de « sentiment de submersion ».

      Mais ce sentiment ne correspond pas à la réalité, tout comme l’idée d’un « grand remplacement » ne repose sur aucune réalité. Ce concept vient de Renaud Camus, un penseur d’extrême droite qui a repris une étude des Nations unies des années 2000 indiquant que l’absence d’immigration poserait de grandes difficultés démographiques pour l’Europe et donc que l’immigration était nécessaire !

      Comment comprendre la persistance des discours politiques ou des sondages attestant de ce « sentiment » qu’il y a trop d’étrangers ?

      T.R : Ce qui est certain, c’est que les Français ont tendance à surestimer la population étrangère (23 % au lieu de 8,2 %), ce qui rejoint cette idée de sentiment de submersion mais qui n’est pas réel.

      Selon le démographe François Héran, cette mixité s’est effectivement renforcée depuis les années 1970. Il parle « d’infusion durable » avec un tiers des Français qui ont un parent ou un grand-parent immigré, ce qui laisse le temps de l’intégration. Il considère que « près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré, ce qui permet un brassage diffus et évite un certain nombre de conflits. »

      Mais la surmédiatisation de certaines situations de migration a un impact important sur l’opinion. Par exemple, les personnes qui arrivent en situation irrégulière aux frontières de l’Union européenne, peuvent donner le « sentiment » que des flots de migrants débarquent en Europe.

      Dix mille ersonnes à Lampedusa c’est impressionnant, mais c’est une goutte d’eau à l’échelle européenne. D’ailleurs, les arrivées en bateau sont en baisse en 2024 par rapport à 2023. Dans l’ensemble, les personnes qui arrivent illégalement en Europe n’étaient que 355 000 personnes en 2023. Cela ne représente que 0,07 % de la population européenne.

      Quelle est votre conclusion sur cette polémique déclenchée par François Bayrou, mais qui s’inscrit dans une série déjà longue ?

      T.R : C’est le signe inquiétant d’une distanciation des personnalités politiques avec la réalité chiffrée et celle des études, de la recherche.

      https://theconversation.com/la-submersion-migratoire-ne-correspond-a-aucune-realite-scientifiqu

    • Immigration : les chiffres qui réfutent « la submersion migratoire »

      Toutes les données chiffrées indiquent que la France ne fait aucunement face à une immigration démesurée. Bien au contraire, de nombreux pays, en Europe et dans le monde, accueillent bien plus d’étrangers que l’Hexagone.

      En évoquant, fin janvier, à la télévision puis devant les députés, un prétendu « sentiment de submersion » migratoire, le premier ministre, François Bayrou, s’appuie sur une réalité : la surestimation de la proportion d’étrangers en France, par la population.

      La dernière étude d’Eurostat à ce sujet indique une différence de 15 points entre le pourcentage réel du nombre d’immigrés en France et celui estimé par les Français. En moyenne, au sein de l’Union européenne, la population pense « accueillir » 3,4 fois plus d’étrangers qu’il y en a en réalité et, selon cette même étude, la principale cause de cette surestimation est le fait du discours médiatique et de la crainte entretenue des immigrés sur le marché du travail.
      Le fantasme d’une immigration démesurée

      Le premier ministre connaît ces chiffres. C’est donc sciemment qu’il choisit de mener une politique migratoire davantage basée sur un « sentiment » que sur des données chiffrées.

      En réalité, la France est loin d’être confrontée à une immigration démesurée et non maîtrisée. Les personnes nées à l’étranger et vivant en France représentent 10,7 % de la population. Si on soustrait de ce pourcentage de personnes immigrées celles qui ont la nationalité française, on parvient à un taux de 8,2 % des habitants sur le territoire national.

      Parmi eux, 3,5 % sont des Européens. Les étrangers non européens ne représentent finalement que 6 % de la population française. On est bien loin du « grand remplacement » prédit par les pseudo-prophètes d’extrême droite auxquels François Bayrou a décidé de donner du crédit.

      La France est, par ailleurs, loin d’être le pays le plus accueillant. Les personnes nées à l’étranger représentent 15 % de la population aux États-Unis et 16 % en Suède, soit le double de la France.
      Spéculations sur les immigrants en situation irrégulière

      Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, 326 954 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2023 par la France. Un chiffre stable par rapport aux années précédentes. Parmi ces « primo-arrivants », un tiers sont des étudiants qui, pour la plupart, repartiront après leurs études, 60 000 sont des réfugiés, accueillis dans un cadre humanitaire, et environ 40 000 sont issus d’une immigration de travail. Le dernier tiers correspond à de l’immigration familiale.

      Les prédicateurs xénophobes répondent généralement à ces réalités chiffrées par le fantasme d’un déferlement d’immigrés en situation irrégulière. En réalité, leur nombre exact n’est connu de personne. Mais, en s’appuyant sur l’enregistrement des demandes d’aide médicale d’État, on peut l’évaluer aux environ de 700 000 personnes.

      Un chiffre bien en dessous des 900 000 régularisations annoncées par l’Espagne quand la France, elle, n’en a, par ailleurs, effectué que 30 000 en 2023. Plus largement, les personnes arrivant illégalement en Europe n’étaient, selon l’agence Frontex, que 355 000 en 2023. C’est-à-dire 0,07 % du total de la population européenne. En clair, ceux qui parlent de « submersion migratoire » sont des menteurs.

      https://www.humanite.fr/societe/gouvernement-bayrou/immigration-les-chiffres-qui-refutent-la-submersion-migratoire

  • La France accueille-t-elle vraiment beaucoup de migrants ?

    L’extrême droite a fait de l’#immigration son cheval de bataille au point où la thématique a irrigué dans la société française. Pourtant, la France ne joue qu’un rôle timide dans le système migratoire contemporain.

    La migration internationale peut être définie a minima comme le changement (de lieu ou de pays) de résidence principale.

    L’information sur les phénomènes migratoires internationaux est plus complexe à saisir qu’il n’y paraît. Elle concerne, d’une part, les déplacements observés entre des pays (les migrations proprement dites) et d’autre part, le nombre de personnes qui ont changé de pays de résidence entre deux dates (les migrants). Ces deux informations sont fondamentalement différentes puisqu’un seul migrant peut avoir effectué plusieurs migrations au cours d’une période donnée.

    Les phénomènes migratoires sont observés selon trois points de vue :

    - depuis les pays de départ (l’émigration)

    – dans les pays d’arrivée ou de résidence (l’immigration)

    - en termes de flux (migratoires ou de migrants) entre les pays de départ et d’arrivée.

    Des données complexes

    Les données collectées sont archivées dans des tableaux qui ne sont pas parfaits, pour plusieurs raisons. La mesure des phénomènes migratoires est généralement lacunaire, car les tableaux ne retiennent qu’une seule migration par personne et par période. Elle est par ailleurs imparfaite, car elle est soumise à la déclaration des États, lesquels disposent de leurs propres définitions et dispositifs de collecte qui ne sont pas toujours équivalents entre eux.

    Pour autant, des données nationales portant sur le nombre d’immigrés (et d’émigrés) par pays sont régulièrement harmonisées et consolidées au niveau mondial par différents organismes faisant autorité. C’est le cas de l’organisation internationale des Nations unies dont la division Population produit régulièrement une base de données intitulée « International migrant stock » (stock ou effectif international de migrants). Cette base se présente sous la forme d’un tableau à double entrée qui croise les pays (groupes de pays et régions du monde) de départ avec ceux d’arrivée. Sur chacune des cellules issues du croisement est porté un nombre de migrants observé à une date donnée. Ce tableau est complexe : il est décomposable en sous-tableaux portant sur le nombre de migrants par pays (ou groupes de pays), selon leur genre, à différentes dates.

    Des cartes trompeuses

    Pour mieux (se) représenter les données de tableaux d’une telle complexité, certains acteurs en proposent, à juste titre, une application cartographique.

    Le problème est que nombre de cartographies qui en découlent ne décrivent pas fidèlement la répartition des migrants internationaux et/ou leurs migrations. La complexité des données impose en effet d’enchaîner plusieurs opérations de sélection ou de filtrage de l’information à cartographier, sans compter leur stylisation graphique, pour aboutir à une image fidèle de la réalité des données.

    Le fait que nombre de cartes dédiées aux migrations internationales soient tronquées (par exemple : limitées aux flux dirigés vers l’Europe, est loin d’être anodin, encore moins dans le contexte politique actuel. Cette manière de faire pose un réel problème de société, car les cartes correspondantes véhiculent une information erronée sur l’ampleur des migrations, sur leur temporalité et leur étendue géographique. De surcroit, elles ne portent jamais sur l’émigration.

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    Comme l’ont souligné le géographe Rodrigo Bueno Lacy et l’économiste Henk van Houtum, un nombre croissant d’acteurs, notamment des autorités politiques, font un usage cartographique fallacieux de cette information sensible.

    Au-delà des procédés de représentation cartographique proprement dits, les cartes de flux d’immigration diffusées auprès du grand public présentent souvent trois grands écueils :

    - elles ne représentent habituellement que certains pays d’accueil – généralement ceux de l’Europe de Schengen, comme si l’Europe était seule au monde

    - elles ne montrent que certains types d’immigrants – plutôt des hommes provenant d’Afrique sub-saharienne ou de Syrie

    - elles oublient de mentionner qu’elles décrivent la stratification des migrations passées et non les mouvements observés au cours de l’année. Par conséquent, les effectifs dits de migrants, qui sont en réalité ceux des personnes étrangères et immigrées observées dans un pays, correspondent à un cumul. Ils ne décrivent pas un instantané de leur nombre, en un lieu et à un moment donné.

    Pour illustrer cette différence entre un effectif et un mouvement migratoire, prenons l’exemple de la France. En 2019, on dénombre en France 8,4 millions de personnes immigrées, ce qui correspond à un effectif cumulé au cours du temps. Pour la seule année 2020, l’Insee mentionne un flux d’immigration (entrant) de 218 000 personnes et un flux d’émigration (sortant) de 58 000 personnes, soit un bilan migratoire net de + 160 000 personnes en France.
    Un outil pour permettre une représentation honnête des données

    Pour permettre d’examiner les migrations de manière honnête, en essayant d’objectiver la réalité, nous avons construit #MigrExplorer, une famille d’outils cartographiques permettant une exploration des données de l’ONU précitées, suivant différents paramètres : le genre, la date d’observation, l’immigration, l’émigration, le pays ou la région du monde.

    MigrExplorer est composée de plusieurs applications qui permettent de montrer des singularités du phénomène migratoire et de répondre factuellement à de multiples questions, du type :

    – Quelle est la répartition mondiale des personnes étrangères, en termes d’immigration et en termes d’émigration ?

    - Quelle est la place de la France dans l’accueil des personnes de nationalité étrangère ?

    - Dans quels pays les personnes de nationalité française sont-elles installées ?

    Des pays d’émigration qui ne sont pas ceux qu’on imagine

    D’après les données de l’ONU, à l’échelle mondiale, il convient de noter que la part de personnes étrangères dans la population totale, celles qualifiées de « migrants » n’a pas évolué de manière significative depuis une dizaine d’années : elle est en effet passée de 3,2 % en 2010 à 3,5 % en 2019, soit 0,3 % d’augmentation en neuf ans.

    La planche ci-dessous décrit l’immigration et l’émigration cumulées par pays en 1990, en 2015 (au moment de la crise des politiques migratoires européennes) et en 2019 (juste avant la pandémie de Covid-19). Les cartes formant cette petite collection sont strictement comparables d’une année à l’autre.

    Concernant l’émigration (cartes de gauche), en 1990, ce sont les ressortissants de la Fédération de Russie qui résident le plus à l’étranger, suivis de ceux de l’Afghanistan et de l’Inde. La situation diffère légèrement en 2015, avec l’Inde qui occupe la 1re place, suivie du Mexique puis de la Fédération de Russie. En 2019, l’Inde et le Mexique sont toujours les deux premiers pays d’émigration, mais ils sont suivis par la Chine, la Fédération de Russie et le Bangladesh, à la 5e position.

    Le premier pays africain, l’Égypte, occupe la 19e place mondiale en termes d’émission de migrant·e·s au niveau mondial et ces personnes s’installent de manière préférentielle dans des pays non européens.

    Les Égyptiens qui résident à l’étranger sont surtout installés dans leur voisinage : en Arabie saoudite (938 649), aux Émirats arabes unis (886 291) et au Koweït (410 831). Il faut attendre le 14e pays d’accueil pour trouver un territoire européen : la France avec 34 064 Égyptiens (27 fois moins qu’en Arabie saoudite).

    Du point de vue de l’immigration (cartes de droite), les États-Unis d’Amérique occupent de loin le premier rang de l’accueil de populations étrangères. Ils sont suivis par la Fédération de Russie en 1990 et en 2015. L’Allemagne est le premier pays européen à se distinguer, elle apparaît en 2019 en seconde position, suivie par l’Arabie saoudite, la Fédération de Russie et le Royaume-Uni qui occupe la 5e place.

    La France, en tant que 7e pays le plus riche du monde, arrive en 6e position pour l’accueil de populations étrangères en 2019.
    D’où proviennent les immigrés présents en France ?

    En France, l’immigration contemporaine provient principalement des pays du Maghreb et de l’Europe méditerranéenne : l’Algérie arrive en effet en première position avec 1 575 528 personnes (effectif cumulé). Elle est suivie du Maroc (1 020 162) et du Portugal (687 530), puis de la Tunisie (427 897) et de l’Italie (343 255).

    L’immigration française actuelle ne concerne donc pas à proprement parler les ressortissants des pays de l’Afrique subsaharienne qui sont aujourd’hui largement stigmatisés dans les médias et dans les familles politiques de l’extrême droite. Le premier pays d’Afrique subsaharienne arrive en douzième position. Il s’agit de Madagascar, avec 132 574 Malgaches résidant en France. Vient ensuite le Sénégal, en treizième position, avec 129 790 personnes résidant en France.

    Quant à l’émigration française, elle concerne en premier lieu l’Espagne (209 344), la Belgique (194 862) et les États-Unis d’Amérique (189 395).

    D’après l’Insee, le solde migratoire net de la France est stable entre 1975 et 1999 (date du dernier recensement exhaustif de la population), à + 65 000 personnes en moyenne par an, avant de connaître une hausse jusqu’en 2018.

    Rappelons en conclusion que la France contemporaine présente effectivement une figure cosmopolite : des recherches récentes de l’INED montrent que 40 % de la population actuelle a « un lien direct avec l’immigration parce qu’elle est immigrée ou a un parent ou grand-parent immigré ».

    Cet état de fait témoigne de la tradition française d’accueil de populations étrangères et cela, depuis plusieurs siècles. Le nouveau parcours permanent du Musée national de l’Histoire de l’Immigration illustre cette ancienneté de l’immigration française au travers de la série de cartes que nous avons réalisé.

    https://images.theconversation.com/files/605026/original/file-20240704-17-bnlej0.pngSi la couverture française mondiale en termes d’immigration apparaît trop large aux yeux de l’extrême droite, que celle-ci se remémore l’étendue de l’empire colonial français qui était, elle, maximale en 1931, il y a encore moins d’un siècle. Si la France est à géométrie variable, depuis plusieurs siècles, elle n’a cessé de se rétrécir ces dernières décennies, notamment au gré des décolonisations : va-t-elle faire le choix de s’enfermer (sur) elle-même ?

    https://theconversation.com/la-france-accueille-t-elle-vraiment-beaucoup-de-migrants-232954
    #invasion #rhétorique #afflux #migrations #réfugiés #visualisation #cartographie #émigration #chiffres #statistiques #monde

    ping @karine4 @fbahoken
    merci @olaf —> ton signalement me permet de le mettre ici

  • #Cyclone à #Mayotte : et voilà que les immigrés sont responsables des catastrophes climatiques

    Les déclarations rejetant la faute sur les personnes issues de l’immigration comorienne s’enchaînent dans le débat public. Une manière pour les personnalités politiques de se défausser de leurs responsabilités dans le drame humain que traverse l’île depuis plusieurs jours.

    À chaque fois qu’on pense avoir touché le fond, on creuse encore un peu plus. Les #déclarations indécentes de plusieurs personnalités politiques ou médiatiques après les ravages du cyclone #Chido à Mayotte démontrent, une fois de plus, combien les personnes immigrées servent de #bouc_émissaire et sont présentées comme les responsables de tous les maux de la société.

    Face à l’ampleur de la catastrophe et à l’urgence d’agir pour acheminer l’aide alimentaire, l’eau et autres produits de première nécessité, le ministre démissionnaire de l’intérieur, #Bruno_Retailleau, n’a rien trouvé d’autre que de s’attaquer à l’immigration. « Il faut déjà penser au jour d’après. On ne pourra pas reconstruire Mayotte sans traiter, avec la plus grande détermination, la #question_migratoire », a-t-il déclaré sur le réseau social X.

    Et le ministre d’ajouter : « Mayotte est le symbole de la #dérive que les gouvernements ont laissé s’installer sur cette question. Il faudra légiférer pour qu’à Mayotte, comme partout sur le territoire national, la France reprenne le contrôle de son immigration. »

    Au micro de BFMTV et RMC, mercredi 18 décembre, il a développé : « On ne pourra plus faire comme avant. Il faut trois actions : être beaucoup plus dur vis-à-vis des #Comores, envisager de nouveaux moyens de lutte en utilisant un certain nombre d’outils modernes pour prévenir les arrivées de #kwassa-kwassa, et enfin modifier notre législation. »

    Dans une comparaison qui n’a pas lieu d’être, par laquelle il surfe habilement sur la théorie d’extrême droite du « #grand_remplacement » sans toutefois la nommer, Bruno Retailleau a affirmé que « c’était comme si, en France, on avait à peu près 20 millions de clandestins ». « Est-ce qu’une société peut vivre dans la concorde civile avec un tel #déséquilibre_démographique ? eh bien, je dis non. »

    Le député de la #Marne_Charles de Courson (Liot) a emprunté la même voie de la déraison, allant jusqu’à parler d’« #invasion » : « Le plus grand problème de Mayotte, ce qui explique d’ailleurs le vote de nos compatriotes de ce département, c’est une forme d’invasion, il faut bien le dire, par des immigrants venant surtout des Comores, mais pas uniquement, et qui essaient de pénétrer en Europe via Mayotte. »

    #Hiérarchisation_des_vies

    #Barbara_Lefebvre, essayiste et chroniqueuse dans l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC, a quant à elle assumé de hiérarchiser les vies : « Maintenant, on vient nous expliquer “Oh on va faire une minute de silence pour les Mahorais”. C’est pas pour les Mahorais. L’essentiel des morts, ça doit être des clandestins comoriens qui de toute façon n’ont pas voulu écouter les alertes quand on leur a dit de s’en aller de leur #bidonville. »

    Ce #racisme décomplexé est d’une violence inouïe. Pendant ce temps, le premier ministre à peine nommé a préféré se rendre à Pau en jet privé, pour présider le conseil municipal de sa commune. Un premier choix révélateur de son sens des priorités face à une telle catastrophe, touchant le département le plus pauvre de France. Mais il ne s’est pas arrêté là.

    Interrogé mardi 17 décembre sur France 2 à l’occasion d’une soirée spéciale visant à récolter des dons pour Mayotte, #François_Bayrou a souligné la situation administrative d’une partie des victimes du cyclone, évoquant une « population qui, du point de vue des papiers, est illégale, mais du point de vue de la vie, sont des hommes et des femmes ». « Est-ce que c’est le sujet, aujourd’hui, de savoir si c’est légal ou pas ? », a rétorqué Nagui, le présentateur.

    C’est sans doute la seule et unique question qui compte aujourd’hui dans le drame que traversent Mayotte et ses habitant·es, peu importe la couleur de leur passeport. Car personne n’est illégal dans ce monde : il a simplement été décrété que les personnes blanches pouvaient migrer n’importe où, en étant qualifiées d’« expatriées », et que les autres n’en avaient pas le droit, au prétexte qu’elles ne seraient nées du bon côté de la planète.

    Au lieu de s’interroger sur l’efficacité de leurs politiques, nos dirigeants ont donc choisi de se défausser de leurs responsabilités. Tout serait la faute des « migrants », qui participeraient à l’« invasion » de Mayotte et créeraient un « déséquilibre » sur le territoire.

    Pas de remise en question

    Personne ou presque ne rappelle l’histoire de cette île, qui appartenait à l’archipel des Comores avant d’être colonisée par la France en 1941 et d’en être isolée lorsque la population mahoraise a voté contre l’indépendance.

    Personne n’explique pourquoi, en gardant une telle scission géographique, Mayotte continuera d’attirer toujours plus de personnes cherchant à fuir la misère et à améliorer leurs conditions de vie, en rejoignant l’île voisine, située à une soixantaine de kilomètres.

    Qui pour évoquer le rapport caché rédigé par six ministères, révélé par Mediapart en mars 2023, qui annonçait déjà la couleur d’une situation explosive, dans un territoire rongé par la pauvreté, un système de santé à la dérive et une politique migratoire contre-productive basée sur le non-accueil ?

    Personne ne s’attarde, enfin, sur les retards effrayants de développement sur l’île, qui manque cruellement de logements, d’infrastructures, d’accès à l’eau ou d’accès à la santé. Il suffit pourtant de s’y rendre pour que tout cela saute aux yeux : les bidonvilles – dans lesquels vivent aussi des personnes en situation régulière ou de nationalité française –, le système éducatif, l’état des routes, l’absence de lignes de transport en commun, les coupures d’eau régulières qui contraignent les habitant·es à faire des stocks dans des bidons pour pouvoir se doucher…

    Que l’on ne s’y trompe pas, ces retards ne sont pas imputables aux personnes migrantes ; et les personnes migrantes ne sont pas responsables du dérèglement climatique. Elles sont d’ailleurs bien souvent les premières à en pâtir, et deviennent, pour certaines, des réfugié·es climatiques. Les accuser de tous ces maux se résume à une grande lâcheté.

    Le ministre de l’intérieur l’a dit lui-même, « l’île est dévastée » et « ce qui attend la France à Mayotte est colossal ». Il est temps d’accompagner enfin ce département français de manière digne – comme les autres départements et régions d’outre-mer (Drom) – et d’y investir, tout en veillant à ce que la corruption ne réduise pas à néant les chances de survie des habitant·es les plus vulnérables.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/181224/cyclone-mayotte-et-voila-que-les-immigres-sont-responsables-des-catastroph
    #immigration #migrations #immigrés #responsabilité

    ping @karine4

    • Mayotte face au cyclone Chido : quand l’obsession migratoire écrase la justice climatique

      Après le passage, ce samedi 14 décembre, d’un cyclone d’une violence inédite sur l’île de Mayotte, département français d’outre-mer, les conséquences matérielles et humaines sont colossales. Comment expliquer ce désastre climatique en brandissant la carte de la migration clandestine ? #Bruno_Retailleau, (ex)-ministre de l’Intérieur français y parvient très bien en attisant le délire fasciste du recours aux boucs émissaires pour tout justifier, de la catastrophe climatique à la #pauvreté extrême. Pour lui, ce sont les migrants en situation illégales qui expliquent les dégats causés par le passage de Chido.

      Les 14 décembre 2024, Mayotte est frappée par un violent cyclone, dévastant l’île et emportant des centaines de vies. Les destructions sont massives, tant au niveau des infrastructures où, par exemple, un hôpital a été gravement impacté, qu’au niveau d’habitations entières emportées. Au-delà de la destruction de lieux de vie, les pertes en vies humaines sont estimées à plusieurs centaines, voire milliers, selon le préfet de Mayotte. S’ajoutent au bilan humain et matériel des milliers de personnes sinistrées après le passage de ce tourbillon meurtrier. Alors que l’heure est au deuil et à l’appel à la solidarité internationale, à l’envoi de secours afin de soigner, nourrir et loger celles et ceux qui se retrouvent sans toit, l’(ex)-ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, dont la #rhétorique des trois derniers mois s’est concentrée sur un appel général au rétablissement de “l’#ordre”, explique sur X (ex-Twitter) :


      https://x.com/BrunoRetailleau/status/1868920034598306010

      Justifier le désastre du cyclone par la présence de l’immigration clandestine

      Reconnaître la #responsabilité du gouvernement français dans l’extrême pauvreté qui touche le département français de Mayotte n’a pas semblé être une priorité pour Bruno Retailleau, qui appelle à poursuivre la course contre l’immigration irrégulière plutôt que de s’attaquer aux causes du désastre dû à la catastrophe climatique. Faire appel à la “#question_migratoire” pour justifier l’écart de pauvreté entre la France métropole et Mayotte n’est pas une nouveauté pour le ministère de l’Intérieur français. En 2018, alors qu’un large mouvement social secouait l’île pour dénoncer les conditions de vie difficiles, la priorité du gouvernement était déjà donnée à la lutte contre l’immigration dite “irrégulière” des Comorien·nes cherchant refuge à Mayotte. Il est important de rappeler que Mayotte fait historiquement partie intégrante de l’archipel des Comores. Ce peuple forme une unité historique et culturelle avec les trois autres îles (Grande Comore, Mohéli et Anjouan). Lors des décolonisations, l’État français a isolé Mayotte, où une majorité s’était prononcée contre l’indépendance lors d’un référendum alors que les autres îles se prononcaient pour. Devenue département français en 1974, cette décision a été largement dénoncée par l’ONU comme une violation du droit international et une atteinte à l’intégrité territoriale des Comores.

      Le #déni_colonial de la France

      La catastrophe écologique du passage du cyclone Chido met en lumière les enjeux politiques et environnementaux des territoires d’outre-mer français. L’intensité du cyclone et les ravages qu’il a causés rappellent « les conséquences mortelles des inégalités en termes de ressources et d’infrastructures dans ces régions » [1]. En moyenne le niveau de vie à Mayotte est sept fois plus bas que la moyenne nationale, avec 77% des habitant·es vivant sous le seuil de pauvreté, soit cinq fois plus qu’en France et un tiers vivant dans des habitations trop précaires pour résister à la force du cyclone. Le désastre auquel font face les Mahorais aujourd’hui ne peut être dissocié, contrairement à ce qu’affirme Bruno Retailleau, de l’héritage colonial. La longue histoire de violences, d’accaparement des terres, de reconfiguration des paysages et de traumatismes liés à la colonisation et à l’esclavage, apparait aujourd’hui indissociable de la situation dans laquelle se trouve Mayotte.

      Aujourd’hui, appartenir à un département français tout en laissant des milliers de personnes dans une pauvreté extrême ne peut être interprété comme le résultat d’une « dérive » liée à la présence de Comorien·nes considérés comme clandestins sans-papiers. Le ministre de l’intérieur promet la chasse à celles et ceux qui demandent asile ou vivent clandestinement, sous-entendant que celle-ci pourrait solutionner les difficultés économiques de l’Outre-mer. Dans la clandestinité, nombreuses sont les personnes sans-papiers qui vivent dans des bidonvilles, souvent construits avec des matériaux largement dévastés par le cyclone. De plus, selon certaines informations, des personnes non régularisées ne se seraient pas rendues dans les centres d’hébergement indiqués pendant l’alerte rouge du cyclone, par crainte de répression et d’arrestation. Nombreux sont celles et ceux qui ont probablement perdu la vie dans le cyclone, victimes d’une nécropolitique répressive menée par la France à leur égard.

      Comme le rappellent Malcom Ferdinand et Mélissa Manglou, la vulnérabilité des territoires d’Outre-mer aux dégradations environnementales et aux perturbations climatiques n’est pas naturelle, mais résulte d’une « longue construction sociale et politique ». [2] Elle découle d’un héritage colonial qui a détruit les écosystèmes et fragilisé la souveraineté de territoires entiers. Mayotte fait partie de la France suite à un travail acharné visant des enjeux économiques et géopolitiques, notamment en raison de sa position stratégique dans l’Océan Indien, près du Mozambique, un pays riche en ressources exploitées par l’extractivisme. Le cyclone Chido illustre de manière poignante comment les habitant·es de Mayotte subissent la destruction des lieux fragilisés par des années de difficultés économiques et de chasse aux « clandestin·es » causée par la nécropolitique française. Ce processus reflète également une forme de dette écologique, où les conséquences des pratiques extractivistes et de l’exploitation des ressources naturelles se manifestent de manière disproportionnée sur les populations locales, amplifiant leur précarité face aux catastrophes climatiques. Aujourd’hui, la mort de nombreuses personnes lors de cette catastrophe climatique ne peut être comprise que comme le résultat d’un long processus d’anéantissement colonial. Bruno Retailleau, en l’associant à une « dérive » dans la gestion de l’immigration, utilise une rhétorique dangereuse et fascisante pour légitimer la position de la France en Outre-mer.

      https://www.cadtm.org/Mayotte-face-au-cyclone-Chido-quand-l-obsession-migratoire-ecrase-la-justice

  • “Arrow of Bashan”: Israel Uses Scriptures to Justify Its Invasion of Syria - Quds News Network
    https://qudsnen.co/arrow-of-bashan-israel-uses-scriptures-to-justify-its-invasion-of-syria

    The name “Bashan” holds deep historical and biblical significance. It was a fertile region mentioned in the Old Testament, known for its agricultural abundance and strategic importance. The Israelites defeated Og, King of Bashan, and divided the land among their tribes. By naming the operation after Bashan, Netanyahu aligns modern military actions with these historical conquests, framing them as part of a divine plan.

    The Israeli army’s latest operation targeted strategic military sites across Syria. Netanyahu claimed the strikes were designed to prevent advanced weaponry from falling into the hands of the rebels. However, the assault also reflects broader territorial ambitions.

    Netanyahu reinforced Israel’s claim over the Golan Heights, stating, “The Golan Heights will be an inseparable part of the State of Israel forever.” Israeli forces have reportedly violated the 1974 Disengagement Agreement by invading the demilitarized zone between Syria and the occupied Golan Heights.

    (...)

  • A cartography of genocide

    Since the start of Israel’s military campaign in Gaza in October 2023, Forensic Architecture has been collecting data related to attacks against civilians and the destruction of civilian infrastructure by the Israeli military. Our analysis of this conduct reveals the near-total destruction of civilian life in Gaza. We have also collected and analysed evacuation orders issued by the Israeli military directing Palestinian civilians to areas of Gaza designated as ‘safe’. These orders have resulted in the repeated, large-scale displacement of the Palestinian population across Gaza, often to areas which subsequently came under Israeli attack.

    Our findings indicate that Israel’s military campaign in Gaza is organised, systematic, and intended to destroy conditions of life and life-sustaining infrastructure.

    To this end, ‘A Cartography of Genocide’ platform and accompanying report develops a comprehensive mapping of military conduct in Gaza since 7 October 2023. It deploys a range of methods to observe the ways in which Israel’s military operations engendered widespread harm and suggests how these observations might inform broader assessments of Israel’s military conduct during this period.

    We use here the term ‘genocide’ within the meaning developed by Raphael Lemkin, whose thinking behind this term was instrumental for the definition formulated in Article II of the Genocide Convention. Genocide, according to Lemkin, signifies a coordinated plan of actions aimed at the destruction of essential foundations of the life of national groups, with the aim of annihilating the groups themselves.

    The results of more than a year of FA’s monitoring and research are now published as:

    - An interactive cartographic platform: ‘A Cartography of Genocide’
    - An 827-page text report: ‘A spatial analysis of the Israeli military’s conduct in Gaza since October 2023’

    To identify patterns across thousands of data points, we developed an interactive cartographic platform. The platform turns rows of data into a navigable ‘map’ of Gaza, within which it is possible to define regions, periods in time, and select certain categories of events. This filtering enables not only the identification of trends within the data but of relationships between different datasets (for instance, between the military ground invasion and the destruction of medical infrastructure). We used the platform as the basis for a written report that details and analyses the spatial logic of Israel’s military conduct in Gaza.

    Our report seeks to identify patterns within this conduct between 7 October 2023 and 30 June 2024. It interrogates the scale and nature of attacks, the extent of damage and the number of victims, as well as the organised nature of the acts of violence and the improbability of their random occurrence.

    In our analysis, we understand patterns to mean the order of repetition of same, similar or related incidents, at different times and places. Such patterns may indicate that these attacks are designed, formally or informally, rather than occurring at random.

    Because military actions are multifaceted, patterns can exist across actions. The effect of military actions on the civilian population may not be fully captured by studying the repetition of a single type of action in isolation. The simultaneous, or proximate, application of different types of actions in the same territory may generate a cumulative and compounded effect, each action aggravating the effect of another. Establishing relations between different types of actions can consequently help to determine whether these acts have been organised. We explore these interrelations between different types of military actions in Chapter 8 of our report.

    https://forensic-architecture.org/investigation/a-cartography-of-genocide

    signalé aussi par @kassem :
    https://seenthis.net/messages/1078908

    #cartographie #visualisation #génocide #Gaza #Palestine #Israël #architecture_forensique #frappes_aériennes #destruction #invasion #schoaricide #écoles #universités #routes #infrastructure_médicale #serres #terres_agricoles #buffer_zone #militarisation #Netzarim_corridor #Philadelphi_corridor #présence_militaire #aide_humanitaire #déplacements_forcés #zones_humanitaires #famine #inhabitabilité #vidéo

  • It would be a mistake for Israel to invade Lebanon – here’s why
    https://theconversation.com/it-would-be-a-mistake-for-israel-to-invade-lebanon-heres-why-240028

    Although the horrific October 7 attacks on Israel by Hamas triggered a resumption of hostilities, until last week both sides were calling for restraint. What has changed? Is a ground invasion now inevitable? And if so, what would that mean for Hezbollah and Lebanon?

    Israel has a track record of engaging in military adventures in Lebanon that have only ever served to make its opponents stronger in the long term. The destruction of the Palestine Liberation Organisation (PLO) did not prevent the emergence of Hamas – indeed, it helped to create it. Similarly, Israel’s pursuit of the PLO in south Lebanon triggered the creation of Hezbollah. Despite five invasions since 1978, Israel has shown itself incapable of successfully occupying even the smallest sliver of Lebanese land.

    While both sides have been preparing for a new conflict for years, the trigger for the escalation began on September 18, when Israel struck the first blow by detonating thousands of pagers and mobile devices owned by Hezbollah operatives, killing at least 32 and injuring several thousand people.

    This technological attack had been years in the making and could be described as a strategic masterstroke to disable the enemy. The timing appears to have been because Hezbollah was becoming suspicious about the devices, so the IDF had to act or lose the “surprise”. This suggests operational considerations are taking precedence over strategic and political ones, which research suggests is rarely a good idea.

    Nonetheless, these strikes are believed to have crippled Hezbollah’s command in the short term, and emboldened the IDF’s leadership. On September 18, Israel’s defence minister, Yoav Gallant, told Israeli troops: “We are at the start of a new phase in the war — it requires courage, determination and perseverance.” While he made no mention of the exploding devices, he praised the work of Israel’s army and security agencies, noting their results were excellent.

    A tactic used in recent days by the IDF is one that has been developed over many years on the “Blue Line” – the de facto border that divides Israel and Lebanon. Emboldened by the failure of the IDF to defeat it in the July war of 2006, Hezbollah’s senior operatives have been active and visible on the Blue Line, which is monitored closely by the IDF.

    This has enabled the IDF to photograph, identify and track senior Hezbollah leadership, which is why since October 7 we have seen a succession of assassinations of its key operatives, including Ibrahim Aqeel, a commander of Hezbollah’s elite Radwan force, and more recently, Mohammed Sarour in Beirut, as well as many others.

    The IDF now believes it has Hezbollah on its knees – or at least, on one knee. The escalation we are currently witnessing is because the IDF is driving home its advantage and applying the same strategy as in Gaza: bombing any area it can plausibly claim to be a Hezbollah target.

    This has had devastating consequences for the Lebanese population. The Health Ministry stated on Friday that 1,540 people had been killed since October 8 2023, with thousands of innocent civilians injured. Over 70,000 civilians have reportedly registered in 533 shelters across Lebanon, with an estimated 1 million people having been displaced from their homes.

    Can Hezbollah fight back?
    The death of Nasrallah has left Hezbollah temporarily leaderless, while the killing of several of its senior figures has deprived it of seasoned commanders, many of whom had recent combat experience in Syria. And the bombing of south Lebanon is reducing Hezbollah’s supply of rockets and other weapons.

    However, Israel should not assume that Hezbollah is out of the game or underestimate the group. Hezbollah’s real strength has always lain in its ability to melt into the population – and it will be ready to commence a war of attrition with hit-and-run tactics if the IDF makes the mistake of putting boots on the ground again. The fact that all five previous invasions failed should be an indication that the outcome may be a repeat of what occurred between 1982 and 2006.

    Furthermore, while Iran’s response to the escalation has been muted thus far, it is unlikely to abandon Hezbollah. A long, drawn-out, low-intensity conflict would favour the kind of asymmetric tactics used by the “axis of resistance”, which also includes Lebanon’s neighbour, Syria.

    By bombing and displacing the Lebanese population, the IDF aims to reduce morale. It is now destroying private homes and public buildings on the grounds they are Hezbollah ammunition and weapons depots.

    In Lebanon, the Palestine issue has always been regarded as the primary cause of the civil war that took place from 1975 to 1990. As such, the IDF is banking on Lebanese people turning against Hezbollah for bringing a new war down on them as a result of its rocket barrages into northern Israel, in solidarity with Hamas since the October 7 attack.

    But, while there are many people in Lebanon who do not support Hezbollah and its activities in south Lebanon, the IDF should remember the past. Even if sentiment against Hezbollah is high today, indiscriminate bombing of the kind we are currently witnessing in Lebanon will not be tolerated by the population indefinitely.

    It’s worth noting that in 1982, when the IDF invaded south Lebanon, some Lebanese welcomed them with rice and flowers – viewing them as liberators from the PLO. But that welcome did not last long.

    In 2006, the IDF applied a similar strategy, targeting civilian evacuation convoys and UN compounds. And once again, the tide of public opinion swiftly swung back in favour of “al-muqawimah” (the resistance).

    The stated IDF aim is to drive Hezbollah back north of the Litani river, to force it to comply with UN resolution 1701 and allow displaced people in northern Israel to return to their homes. But it is naive of Israel and the IDF to think that an invasion or a bombing campaign, no matter how successful in the short term, will enable Israeli civilians to live in peace along the Blue Line for the long term.

    Ultimately, the only way forward is for both parties to come to the table and negotiate. The human cost of Israel’s current strategy in Lebanon is appalling to contemplate, and in all likelihood will create more hatred – fostering a new generation of anti-Israel fighters, rather than creating the basis for a durable peace.

  • Préjugé ! « Les immigrés veulent islamiser l’Europe »

    Derrière le préjugé de « l’#islamisation » de l’Europe se trouvent des stéréotypes anciens contre l’islam et les musulmans ainsi que des enjeux mémoriels autour de la colonisation et de la décolonisation. À cela s’ajoutent des théories d’extrême droite complotistes, comme celle du « grand remplacement ».

    Voici les ingrédients du cocktail :
    Mettre une bonne dose de crainte de la #mondialisation (sans trop savoir pourquoi, ça fait drôlement peur).
    Ajouter une grosse pincée de #racisme.
    Arroser le tout de #religion.
    Saupoudrer d’un peu de « grand remplacement ».
    Et vous obtenez un préjugé : « Les immigrés veulent islamiser l’Europe ».

    L’Europe à l’aune des décolonisations

    « Derrière cette peur d’une islamisation de la France ou de l’Europe par une ’#invasion' d’immigrés musulmans, il y a, sous-jacent, un certain nombre de préjugés : l’islam ne serait pas compatible avec la #culture_européenne, les musulmans constitueraient un groupe homogène qui chercherait à imposer sa culture et sa religion aux pays hôtes », explique l’historien #John_Tolan. À ces #stéréotypes anciens contre l’islam et contre les musulmans s’ajoute une #mémoire, encore vive et pas tout à fait pacifiée, celle de la #colonisation et de la #décolonisation. Ce préjugé, comme bien souvent, se nourrit d’histoire. Il mobilise #Charles_Martel qui arrête les Arabes à #Poitiers en #732, les #Ottomans qui font le #siège_de_Vienne en #1529 et #Charles_de_Gaulle, en 1962, qui craint que #Colombey-les-Deux-Églises ne devienne « #Colombey-les-Deux-Mosquées ».

    La peur d’une islamisation de l’Europe naît au lendemain de la #Seconde_Guerre_mondiale, quand l’industrie européenne en manque de main d’œuvre bon marché fait venir en masse des immigrés, bien souvent issus des anciennes colonies : des Indiens et des Pakistanais vers le Royaume-Uni, des Maghrébins et des Sénégalais vers la France, et des Turcs, vers la Belgique et l’Allemagne. Les mêmes questionnements surgissent : faut-il les intégrer à la communauté nationale ou les laisser à part, dans l’idée d’un départ à plus ou moins court terme ?

    Le « grand remplacement », une théorie complotiste

    La question se pose différemment à partir des années 1970, quand s’affirme un #islam_politique. De nouvelles craintes apparaissent, attisées par des délires complotistes. Les élites européennes, évidemment corrompues, favoriseraient ce mouvement, prêtes à vendre leur civilisation pour une poignée de pétro-dollars. Un pacte secret aurait même été signé avec la Ligue arabe afin d’islamiser l’Europe. Une littérature raciste et complotiste alimente ces théories. C’est là que l’on retrouve l’essayiste d’extrême droite #Renaud_Camus, qui publie en 2011 Le Grand Remplacement.

    Ces théoriciens, issus de l’#extrême_droite conspirationniste, ne visent pas seulement les musulmans mais aussi ceux qu’ils considèrent comme leur complices, qu’ils appellent les #islamo-gauchistes. Leurs écrits conduisent à de terribles passages à l’acte, comme par exemple, toujours en 2011, #Anders_Breivik qui attaque de jeunes militants travaillistes sur l’île d’Utøya en Norvège et provoque la mort de 85 personnes. Breivik ne visait pas des musulmans mais celles et ceux qui, selon lui, organisaient la « #colonisation_islamique » de l’Europe.

    La théorie complotiste du « grand remplacement », en soit intenable, repose sur une idée fausse : une Europe historiquement homogène par sa population, sa religion. « Il est certain que l’Europe de 2072 ne sera pas celle de 2022, tout comme celle de 2022 n’est pas celle de 1972. Mais l’Europe ne sera submergée ni par l’immigration ni par l’islamisation », explique John Tolan. Sinon par une invasion de #peurs et de préjugés !

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/histoire-des-prejuges/prejuge-les-immigres-veulent-islamiser-l-europe-4609034
    #préjugés #idées_reçues #migrations #islam #grand_remplacement #croyances #narration #islamo-gauchisme #complotisme #idées-reçues

  • https://mariewyttenbach.com/desinfox

    –—
    Sur les doubles/triples comptages des passages aux #frontières :




    voir aussi :
    #Seeing_double ? How the EU miscounts migrants arriving at its borders
    https://seenthis.net/messages/705957

    Sur l’appel d’air...

    #préjugés #migrations #réfugiés #immigration #BD #bande_dessinée #fact-checking #ressources_pédagogiques #afflux #invasion #immigration_massive #liquide #vagues #discours #chiffres #statistiques #Frontex #passages #mondialisation #globalisation #sur-médiatisation #surestimation #perception #chiffres_relatifs #chiffres_absolus #welfare_state #aides_sociales #shopping_social #appel_d'air #protection_sociale #accès_aux_soins #régularisation #sans-papiers #à_lire #économie #peur #fantasmes

    ping @karine4 @_kg_

    –-

    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

    • Welfare and social protection: What is the link with secondary migration? Evidence from the 2014-crisis hit Italian region of Lombardy

      Evidence on the relationship between secondary international migration and welfare state (or formal protection) support is currently limited. Also, the experience of financial support from semiformal and informal social protection networks has seen limited inclusion in current reflections on secondary mobility patterns such as onward and return migration. Our study analyses the relationship between support from formal, informal and semiformal social protection and short-term secondary migration intentions. The study uses open-access data from the Regional Observatory for Integration and Multiethnicity of Lombardy (Italy) and adopts a competing-risk framework through multinomial logistic regression. Our data do not support the hypothesis of an ex-post “magnetic effect” of the Italian formal social protection on its beneficiaries: individuals on formal welfare are more prone to onward and return migration. However, the positive relationship observed between welfare entitlements and onward migration intentions cannot rule out any effect of welfare magnetism from more generous welfare systems. Monetary aid received from Italian friends is negatively related to return intention. At the same time, economic support from foreign-born friends is correlated to return migration. We interpret results according to social network theory. Economic support and social capital from bridging networks can act as an ex-post integration-driven magnet. Bonding social capital from ties with migrants in Italy cannot secure the migrants’ stay in Italy. However, it can support return migration. Networks providing bonding transnational social capital, and expressed in the form of financial support from relatives living abroad, are instead positively correlated to both forms of secondary migration.

      https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/psp.2469

    • Immigration et appel d’air : anatomie d’un fantasme
      https://www.youtube.com/watch?v=XnRPLS8Crnk


      #Clément_Viktorovitch revient chaque semaine sur les débats et les enjeux politiques. Dimanche 12 novembre : le début de l’examen au Sénat du projet de loi immigration. Parmi les mesures phares de ce texte : la régularisation des immigrés sans papiers qui travaillent dans les métiers « en tension ».

      C’est l’une des mesures les plus discutées au sein du projet de loi immigration : l’article qui prévoit la régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension. Les parlementaires Les Républicains en ont fait une ligne rouge : en aucun cas ils ne voteront le texte si cette mesure en fait partie. Or, la Première ministre a besoin de leur soutien si elle désire s’éviter un nouveau 49-3. Autant dire que les négociations s’annoncent serrées.

      Ce qui est intéressant, ce sont les arguments qui sont utilisés pour pourfendre cette mesure. Et notamment un argument, répété ad nauseam par les élus LR, mais aussi par le Rassemblement national : régulariser les immigrés sans papiers qui travaillent d’ores et déjà sur le territoire, cela créerait un « appel d’air », voire une « pompe aspirante », qui inciterait toujours plus d’exilés à tenter de rentrer illégalement sur notre territoire.

      Aucun accroissement des flux migratoires

      Il se trouve que cette question a été bien travaillée par la science politique. Nous avons, par exemple, un article très important qui a été publié en décembre 2020 par trois chercheurs : Joan Monras, Elias Ferran, Javier Vazquez-Grenno. Il a même été mise à jour en avril 2023, pour intégrer les données les plus récentes. Ce papier se penche sur la décision, prise par le gouvernement espagnole en 2005, de régulariser 600 000 exilés extra-européens. Bilan : près de 20 ans plus tard, aucun accroissement des flux migratoires n’a été constaté. Aucun appel d’air. Mêmes observations pour ce qui s’est produit aux Etats-Unis en 1986 : l’Immigration Reform and Control Act a permis à trois millions d’immigrés de régulariser leur situation. Résultat : toutes les études ont montré que cette décision n’avait pas entraîné une augmentation de l’immigration.

      Plus généralement, aucun article de recherche n’a jamais montré l’existence d’un prétendu « appel d’air » à la suite d’une campagne de régularisation. D’autant qu’il faut, en l’occurrence, être précis sur la mesure proposée par le gouvernement. Les individus concernés doivent justifier de trois ans de présence sur le territoire, avoir travaillé huit mois au cours des derniers 24 mois, dans un secteur en tension, le tout pour obtenir un titre de séjour d’un an renouvelable : cela n’a rien d’une régularisation massive !

      Ceux qui s’opposent à cette mesure mettent aussi en avant un risque pour l’économie. Mais là aussi, cette question a été tranchée. Un gros travail de synthèse a été réalisé, pour Sciences Po, par Hélène Thiollet et Florian Oswald. On observe que, certes, pour les emplois les moins qualifiés, l’immigration peut entraîner, à court terme, une pression sur les salaires. Mais ce n’est ni systématique, ni pérenne. À l’échelle de l’économie dans son ensemble, l’immigration a au contraire un impact soit neutre, soit positif. Quant aux campagnes de régularisation, elles ont un effet bénéfique pour les finances publiques, puisqu’elles font rentrer un surcroît de cotisations patronales dans les caisses de l’Etat. En plus, bien sûr, de sortir de la précarité des hommes et des femmes qui travaillent, sont intégrés, bien souvent payent des impôts, et contribuent à la vie de notre société.
      Peurs et fantasmes

      C’est précisément tout le problème des débats sur l’immigration : certaines positions ne sont étayées ni par des faits, ni par des preuves, mais par des peurs et des fantasmes. On pourrait d’ailleurs évoquer le cas de l’AME, l’aide médicale d’Etat pour les immigrés sans papiers, dont le Sénat vient aussi de voter la suppression – au motif, là aussi, qu’elle créerait un appel d’air. On sait pourtant que le vrai problème de l’AME, c’est plutôt que ceux qui devraient en bénéficier ne la demandent pas : d’après le dernier rapport de Médecins Du Monde, plus de 80% des personnes éligibles à l’AME n’y ont pas recours. Avec des conséquences évidemment dramatiques pour ces personnes, qui finissent par accumuler de graves retards de soin. Mais aussi des conséquences négatives pour notre système de santé et pour les finances publiques, puisque, comme l’ont rappelé de nombreux médecins, il vaut toujours mieux prendre en charges les pathologies le plus tôt possible.

      Tout le problème, c’est que le gouvernement a tendance à céder devant ces arguments, aussi contestables soient-ils. Le président Macron a d’ores et déjà restreint l’AME, en 2019, quand il a décidé d’en conditionner l’accès au fait de prouver trois mois de présence sur le territoire, contre l’avis des professionnels de santé. Nous verrons bien quel sera le texte qui ressortira, in fine, des débats parlementaires. Mais si l’on se fie à la manière dont ils ont commencé, on peut craindre que les passions n’y triomphent, hélas, sur la raison.

      https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/entre-les-lignes/chronique-immigration-et-appel-d-air-anatomie-d-un-fantasme_6150630.htm

    • https://www.youtube.com/watch?v=3ItlMdZ6bFA&t=4s

      Siamo arrivati, siamo sbarcati
      Siamo affamati, siamo assetati
      Veniamo in pace ma dalla guerra
      Siamo arrivati affamati
      Siamo scappati, sopravvissuti
      Siamo di troppo ma fortunati
      Veniamo in pace ma dalla guerra
      Siamo arrivati affamati

      Non li vogliamo che sono in tanti
      Aiutiamoli ah casa loro, vi imploro il decoro
      Non li vogliamo che sono in tanti
      Aiutiamoli ah casa loro!

      Simu arrivati, simu arraggiati
      E cu si facci brutti simu cuminati
      Chi malanova c’amu patutu
      Quanta fatiga c’è boluta
      E tuttii così c’aiu lassatu a ru paisi
      Ca quannu mi ricogghiu fazzu na nchianata e na scisa
      Nun trova pace ma sulu scerra
      Se ti fa fame mangia a terra

      Non li vogliamo che sono in tanti
      Aiutiamoli ah casa loro, vi imploro il decoro
      Non li vogliamo che sono in tanti
      Aiutiamoli ah casa loro!
      Non li vogliamo che sono in tanti
      Aiutiamoli ah casa loro, vi imploro il decoro
      Non li vogliamo che sono in tanti
      Aiutiamoli ah casa loro!

      #Collettivo_Migrado #chanson #musique #migrations #réfugiés #afflux #invasion

  • Le dessous des images. Derniers instants avant le naufrage

    Au large de la Grèce, une équipe de garde-côtes survole et capture cette scène depuis un hélicoptère. Des centaines de migrants appellent au secours depuis un chalutier. La plupart ne survivront pas au naufrage. Mais à quoi a servi cette image ? Présenté par Sonia Devillers, le magazine qui analyse les images de notre époque.

    Ce cliché du 13 juin 2023 est repris dans toute la presse internationale. Les autorités grecques ont photographié ce bateau de pêche qu’ils savent bondé et fragile, et dont les passagers sont affamés et déshydratés. Pourtant, ils ne seront pas capables de les secourir. La responsabilité des garde-côtes sera mise en cause par médias et ONG. Arthur Carpentier, journaliste au Monde et coauteur d’une enquête sur ce naufrage, nous explique en quoi les images ont permis de reconstituer le drame. Le chercheur suisse Charles Heller nous aide à comprendre l’impact médiatique, politique et symbolique des images de migrants et de naufrages en Méditerranée.

    https://www.arte.tv/fr/videos/110342-133-A/le-dessous-des-images

    Citation de #Charles_Heller :

    « Ces #images cristallisent toutes les #inégalités et les #conflits du monde dans lequel on vit. Elles nous disent aussi la #normalisation de la #violence des #frontières, sur la large acceptation de dizaines de milliers de #morts aux frontières européennes, et en #Méditerranée en particulier »

    #naufrage #migrations #réfugiés #mer #Méditerranée #mer_Méditerranée #Grèce #reconstruction #Pylos #géolocalisation #architecture_forensique #images #mourir_en_mer #morts_en_mer #garde-côtes #Frontex #reconstitution #SAR #mer_Egée #border_forensics #domination #imaginaire #invasion #3_octobre_2013 #émoi #émotions #normalisation_de_la_violence

    ping @reka

    • Frontex report into Greek shipwreck suggests more deaths could have been prevented

      A Frontex report suggesting that many of the deaths caused by the shipwreck off the Greek coast near Pylos last June could have been prevented was released by the Aegean Boat Report NGO on their X feed yesterday evening (January 31).

      Investigations into what happened to the Adriana, an overcrowded fishing vessel carrying some 750 people from Libya to Italy that sank off the coast of Greece on June 13, are ongoing.

      However, a report produced by the European Border Agency Frontex — marked “sensitive” and dated December 1, 2023 — was posted to X (formerly known as Twitter) late on January 31.

      The report was posted by Aegean Boat Report, an organization working with migrants in the eastern Mediterranean.

      In their post on X, they thank freelance Brussels-based journalist Eleonora Vasques for “making it available to the public.” Frontex told InfoMigrants in an email that they had released the report via their “Transparency Office.” They added that the “release wass part of a Public Access to Documents request, an important process that allows us to share information with the public.”

      Vasques writes regularly for the European news portal Euractiv. One of her latest reports looks into what happened in the Cutro shipwreck off Italy almost a year ago. The story was also sourced back to an internal Frontex report, which concluded that more lives could have potentially been saved if the response from Frontex and the Italian coast guard had been different.

      https://twitter.com/ABoatReport/status/1752800986664448090

      Long and detailed report

      The 17-page Pylos report from Frontex is redacted in parts and goes into great detail about what happened and which authorities and merchant ships were involved. It also compares timelines from various authorities, NGOs and media organizations.

      In the email to InfoMigrants, Frontex continued that they “strive to make such documents available in our Public Register of Documents as promptly as possible.” The Press Spokesperson Krzysztof Borowski wrote that the “Pylos tragedy is a stark reminder of the challenges and dangers faced at sea. We at Frontex share the profound concern and sadness of the public regarding this heartbreaking event.” He finished by saying: “Our thoughts are with all those affected by this tragedy, and we remain dedicated to our mission of safeguarding lives while ensuring border security.”
      Committment to ’assess cases more thoroughly

      Although the report finds that Frontex “followed applicable procedures”, it admitted that “going forward and based on a reviewed assessment methodology ... the team … should assess similar cases more thoroughly against the need to issue a Mayday alert.”

      A Mayday alert is a radio distress signal used at sea.

      The report appears to suggest that more could have been done on the day to prevent such a huge loss of life.

      According to the Frontex report posted on X, “in the hours following the sighting of Adriana, Frontex made three attempts to follow up on the case, by suggesting additional Frontex Surveillance Aircraft (FSA) sorties.”

      Frontex writes that “no reply was received by the Greek authorities to Frontex’ repeated offers until Adriana’s shipwreck.”

      Frontex made an initial statement on June 16 expressing “shock and sadness” at the events off Pylos.
      ’Greek authorities failed to timely declare a search and rescue situation’

      Although the investigating office at Frontex underlines that it is “not in a position to conclude what caused Adriana’s capsizing and shipwreck … it appears that the Greek authorities failed to timely declare a search and rescue and to deploy a sufficient number of appropriate assets in time to rescue the migrants.”

      The report stated that Frontex “regrets the lack of information provided by the Greek authorities to its enquiry but still expects to receive updates from the national investigations in progress.”

      According to Frontex’ timeline of the incident, the agency first learned about the existence of the fishing vessel carrying migrants on June 13 at around 10:12 UTC, or around 13:12 in Greek summer time. They spotted the vessel from their aerial surveillance plane Eagle 1. About four hours later, another update was sent to the fundamental rights monitor, but according to the report, nothing “out of the ordinary” was flagged regarding the vessel at this point.

      The next paragraph jumped to June 14 at 06.19 UTC, when the fundamental rights monitor received “another update … notifying that Adriana sank overnight and a SAR [Search and Rescue] was in progress.”
      ’Serious Incident Report’ launched by Frontex on June 26

      In the following days, the Office for Fundamental Rights at Frontex monitored the aftermath of the incident, states the report.

      They studied “Frontex’ own sightings of Adriana” along with “statements by Greek officials, and initial information reported in the media.”

      Frontex launched a “Serious Incident Report (SIR) on June 26, “to clarify the role of Frontex in the incident as well as the legality and fundamental rights compliance of the assistance to the boat in distress, and the coordination and conduct of rescue operation by national authorities.”

      According to a summary of that work, the first mention of the Adriana came from the Italian control authorities in Rome at 08:01 UTC on June 13.

      At that point, Rome’s search and rescue authorities contacted Greece’s authorities and Frontex about “a fishing vessel with approximately 750 migrants on board, known to be sailing within the Greek Search and Rescue Region at 06:51 UTC.” At that point, Rome had already alerted the authorities to “reports of two dead children on board.”

      After receiving this report, Frontex wrote that it directed its plane Eagle 1, which was already in the air, to fly over the fishing vessel “even though the vessel lay outside the normal patrolling route.”

      The report said the Eagle 1 spotted the “heavily overcrowded” vessel at 09:47 UTC and informed the Greek authorities. Ten minutes later, the plane left the area due to low fuel and returned to base.
      Italian authorities report Adriana ’adrift’ long before Greek authorities do

      By 13:18, Rome’s search and rescue authorities provided an update of the situation to Greek authorities and Frontex. At that point, they said the boat was “reported adrift” and had “seven people dead on board.”

      At 14:54, Frontex reportedly received an email from the NGO Watch The Med – Alarm Phone alerting Frontex, JRCC Piraeus, the Greek Ombudsman’s Office, UNHCR and others to the new location of the fishing boat. In that email, Alarm Phone stated there were “several very sick individuals, including babies” among the approximately 750 people on board and that the boat was “not able to sail.”

      About 30 minutes later, this email was forwarded by Frontex to the Greek National Coordination Center and JRCC Piraeus, and it was sent on to the Fundamental Rights Office.

      About an hour later, Frontex contacted the Greek authorities to request an update on the situation. Frontex also offered to deploy a surveillance aircraft to check on the ship’s current position, but reports it received no reply.

      Just under two and a half hours later, the Greek authorities did request that Frontex support them “in the detection of a migrant boat within the maritime area south of Crete, as part of another SAR operation.” This turned out to be a sailing boat with about 50 people on board.
      ’No reply was received’

      Later that evening, Frontex contacted the Greek authorities twice more and said no reply was received.

      At 23:20 UTC, Frontex redirected the plane that had been helping with the fishing boat off Crete to the last known position of the fishing vessel.

      The timeline moves to June 14. At 02:46 UTC, Frontex informs the Greek authorities that its plane was headed towards the last position of the fishing vessel. It says it received no reply from the Hellenic authorities.

      Over an hour passed before the plane, this time the Heron 2, reached the “operational area” where it spotted “nine maritime assets (eight merchant vessels and one Hellenic Coast Guard patrol vessel) and two helicopters involved in a large-scale SAR operation.” At that point, states Frontex in the report “no signs of the fishing vessel were spotted.”

      At 05:31, Frontex told the Greek authorities that its plane Heron 1 was about to leave the operation, but offered Eagle 1, which was already airborne, to help with the SAR operation. The Greek authorities replied over two hours later that “no further aerial surveillance support was needed for the time being.”
      No mention of dead bodies on board in Greek timeline

      The Frontex report then includes a similar timeline from the Greek authorities. In the Greek version, there is no initial mention of dead bodies on board. They say they established contact with those on board and “no request for assistance was addressed to the Greek authorities.”

      Although the Italians reported that the vessel was already adrift around 13:18 UTC, according to the Frontex report, in the Greek version, the vessel is “still sailing with a steady course and speed” at 15:00 UTC.

      Around that same time, a Maltese flagged commercial vessel approaches the fishing boat to supply them with food and water, as requested by the Greek authorities. According to the Greek report, the people on board were repeatedly asked if they were facing “any kind of danger” or were “in need of additional support.” Their answer, according to Greece, was “they just wanted to continue sailing towards Italy.”

      30 minutes later, again according to JRCC Piraeus, via satellite phone contact, those on board said they wanted to keep sailing.

      At 18:00, the boat was approached again. According to the report, the migrants “accepted water” from the Greek-flagged commercial vessel that approached them, but “threw the rest of the supplies into the sea.” This approach and refusal of assistance carried on into the evening.
      Adriana ’still holding a steady course and speed’

      At 19:40 UTC, according to the Greek report, a Greek coast guard vessel approached the fishing vessel and “remained at a close distance in order to observe it.” It was still holding a “steady course and speed, without any indications of sailing problems.”

      It was only at 22:40 UTC, according to the Greek report, that the fishing vessel “stopped moving and informed the Greek authorities that they had an engine failure.”

      A Greek coast guard vessel then immediately approached the vessel to assess the situation. Less than an hour later — at 23:04 UTC, but 02:04 local time on June 14 — the Greek report notes that the fishing vessel “took an inclination to the right side, then a sudden inclination to the left side and again a great inclination to the right side, and eventually capsized.”

      They said "people on the external deck fell in the sea and the vessel sunk within 10-15 minutes.” At that point, the Hellenic coast guard “initiated a SAR operation.”

      The Frontex report then notes “alleged discrepancies” between the various timelines and survivor statements given to the media.

      They say that many of the survivors reported that the Greek coast guard “tied ropes onto the fishing vessel in an effort to tow it,” which allegedly caused it to destabilize and capsize.

      In the past, the Greek coast guard have tied and towed vessels successfully towards safety.

      However, while the Greek coast guard acknowledged that one rope was attached around three hours before the boat sank to ascertain passengers’ conditions, there was “no attempt to tow it.”

      The rope, say the Greeks, was removed by the migrants on board just a few minutes later and the coast guard vessel moved a distance away to continue observation.
      Was Adriana stationary prior to capsizing or not?

      The BBC and several other media outlets also reported at the time that prior to capsizing and sinking, the fishing vessel had not moved for several hours.

      This is consistent with the Frontex timeline, which mentions the Italian authorities’ warnings that the boat was adrift the day before it eventually capsized.

      Later in the report, Frontex notes that many of the “alternative and complementary timelines” put together by international NGOs and journalists are “credible” as they quote “more than one source for each statement.”

      The Frontex report looks into the question of whether or not the Adriana was drifting for several hours before sinking.

      It concludes that the Faithful Warrior, one of the merchant tankers sent to assist, was tracked between 17:00 and 20:00 and was “likely stationary or moving at extremely slow speed (less than 1 knot),” indicating that the Adriana was probably not sailing normally until shortly before it capsized as the Greek report claimed.

      The report also consulted “maritime experts to gain insight into issues pertaining to stability when a trawler of Adriana’s type is overloaded with human cargo.” Although their consultations were not precise due to a lack technical data, the experts indicated that the amount of people on board could have destabilized the boat or affected its stability.
      Testimony from survivors

      A Frontex team took testimonies from survivors after the shipwreck. They said they were told there were between 125 and 150 Syrians on board, including five women and six children.

      Around 400-425 Pakistanis were on board, the report said, most of whom were placed on the lower decks. The access ladders had been removed, making it impossible for them to exit.

      There were also between 150 and 170 Egyptians and about 10 Palestinians on board. The alleged smugglers were all said to be Egyptians and enforced discipline with pocket knives.

      Numerous fights broke out on board, particularly after food ran out a few days into sailing. At some point, the captain allegedly suffered a heart attack and the boat was “drifting without engine for extended periods of time.” On day four, June 12, six people were reported to have died, and others had resorted to drinking urine or sea water.

      On day five, June 13, some migrants said they received supplies from two vessels and “at night … were approached by a small boat that they were asked to follow.”

      They said they could not do this because of their engine malfunction. Several of the migrants also allege that attempts were made to tow the vessel — presumably by the Hellenic coast guard, they said.

      Survivors also said that at one point, a boat tied a rope to the front of the Adriana and started “making turns”. This, they said, “caused the migrants to run to one side, their vessel started rocking, and eventually capsized within 15 minutes.”

      Only people on the upper decks were able to jump into the water.
      Greek authorities leave ’detailed questions answered’

      In July, Frontex said it approached the Greek authorities with a “detailed set of questions” but most of its questions were left unanswered.

      In conclusion, the Frontex Fundamental Rights Office concluded that although Frontex “upheld” all its “applicable procedures,” in the light of the information that had already been transmitted and similar situations in which Mayday alerts had been issued, the assessment could have been different and the process for issuing Mayday alerts in the future “needs to be reviewed.”

      The report admits that “at the time of the initial sighting [of the Adriana] by Eagle 1, there was reasonable certainty that persons aboard … were threatened by grave and imminent danger and required immediate assistance.”

      They also say the “resources mobilized by the [Greek] authorities during the day … were not sufficient for the objective of rescuing the migrants.”

      Frontex adds that the Greek authorities appear to have “delayed the declaration of SAR operation until the moment of the shipwreck when it was no longer possible to rescue all the people on board.”

      https://www.infomigrants.net/en/post/54928/frontex-report-into-greek-shipwreck-suggests-more-deaths-could-have-be

  • Apple et Google désactivent la localisation à Gaza et en Israël
    https://www.nextinpact.com/lebrief/72740/apple-et-google-desactivent-localisation-a-gaza-et-en-israel

    Apple (qui édite Apple Plans) et Google (qui édite Google Maps et Waze) ont désactivé les mises à jour automatiques de leurs applications de #cartographie à #Gaza et dans certaines zones israéliennes.

    Auprès de Bloomberg, un porte-parole de Google a confirmé que les fonctionnalités permettant de consulter le trafic et les risques d’encombrement en temps réel étaient désactivées – celles permettant d’établir un trajet et d’estimer une heure d’arrivée restent utilisables.


    L’une des sources de Bloomberg chez Google déclare que la décision a été prise sur demande de l’armée israélienne, pour éviter que le Hamas ne puisse déceler ses mouvements terrestres.
 #Israël s’apprête en effet à envahir Gaza par la terre. 


    Des actions similaires avaient été réalisées dans le contexte de la guerre en Ukraine.

    edit

    Les brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche militaire du Hamas, évoquent des combats au sol dans deux secteurs de la bande de Gaza avec l’armée israélienne : « Nous faisons face à des incursions israéliennes au sol à Beit Hanoun [nord] et Al Boureij [centre]. De violents combats sont en cours », écrivent-elles dans un communiqué.

    https://www.lemonde.fr/international/live/2023/10/27/en-direct-guerre-israel-hamas-intenses-bombardements-israeliens-sur-la-bande

    #guerre #gazaouis

    • Dans la bande de Gaza, Israël franchit une nouvelle étape en intensifiant ses opérations militaires, 28 octobre, 10h, modifié à 14h42
      https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/28/israel-intensifie-ses-operations-dans-la-bande-de-gaza_6197007_3210.html

      Il était attendu que la guerre de l’armée israélienne à Gaza débute au cours d’une nuit. Sur ce point, toutes les sources semblaient d’accord, ces derniers jours, lorsqu’il s’agissait d’envisager la manière dont devaient commencer les #opérations_terrestres israéliennes dans la bande, déjà ciblée par des bombardements intenses. Pour le reste, depuis le schéma d’une #invasion au sol de grande ampleur, esquissé dans l’urgence après l’attaque du Hamas du 7 octobre, jusqu’à un plan intégrant des actions localisées avant un déploiement d’infanterie en plusieurs phases, toute une gamme d’actions a été envisagée. Dernièrement, une série d’opérations limitées à certains secteurs, opérée par des forces très mobiles, semblait privilégiée.

      .... une nouvelle étape militaire a été franchie, ainsi décrite par le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari : « L’armée de l’air s’attaque avec des moyens importants à des cibles souterraines et à des infrastructures de la terreur, et les forces de l’infanterie étendent le champ de leurs opérations. » « Les IDF [Forces de défense israéliennes], a-t-il ajouté, agissent avec force… pour atteindre les objectifs de cette guerre. »
      Lesquels ? Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avait défini succinctement ces objectifs, deux jours plus tôt, au cours d’un discours télévisé où il expliquait que l’armée avait pour mission d’« éliminer le Hamas en détruisant ses capacités militaires et ses structures diverses, tout en faisant tout ce qui est en notre pouvoir pour ramener [un échantillon minimal de] nos otages ». Après l’attaque du Hamas, lorsque la réponse militaire israélienne semblait animée par une volonté de répliquer que rien ne semblait pouvoir tempérer, la question des #otages ne figurait pas au cœur des projections tactiques. Avec le temps, cette position s’est nuancée.

      Combats au sol

      Mais alors que des tentatives de négociations à ce sujet sont toujours en cours, s’astreindre à attendre une libération collective avant de déclencher les opérations terrestres apparaît comme un piège à plusieurs sources militaires israéliennes. L’une d’elles estimait, vendredi, ne voir dans le processus de négociations qu’une « façon de gagner du temps, pour le Hamas, en espérant jouer l’usure contre nous ». ....

      L’« extension » décrite par le contre-amiral Hagari se réfère à deux opérations menées dans les vingt-quatre heures précédentes au cours desquelles ont eu lieu une #attaque_terrestre d’une unité à bord de blindés, et une opération par la mer. Des combats au sol, désormais, semblent donc avoir lieu. L’armée israélienne s’installe dans une forme d’action qu’il est toutefois difficile de cerner avec exactitude, sans doute intentionnellement, afin d’éviter de pousser les alliés du Hamas, comme le Hezbollah libanais, à entrer dans le conflit. Vendredi après-midi, une source proche des milieux sécuritaires israéliens analysait sans détour : « Je ne crois pas qu’il faille s’attendre dans l’immédiat à une invasion terrestre avec quatre ou cinq divisions. Dans un premier temps, les incursions ponctuelles auront pour mission de frapper le Hamas mais aussi de collecter du renseignement, en vue de frappes sur leur réseau de tunnels, ou encore de localiser des otages. En fait, il est possible de dire que l’opération, sous cette forme, a déjà commencé. »

      ... Dans les heures qui ont précédé le début de cette « extension » décrite par l’état-major israélien, une autre déclaration avait été faite, sous la forme d’une animation en 3D diffusée et assortie d’une carte détaillant des installations à caractère militaire du Hamas construites sous le principal #hôpital de Gaza, #Al-Shifa. Des accusations qui avaient commencé à être prononcées dès 2009 et qui concernent d’autres hôpitaux. Signe que ces établissements pourraient faire partie des cibles ? ....

    • Qu’est-ce que ça veut dire, « couper les communications » à Gaza ?
      https://www.slate.fr/story/255485/que-veut-dire-couper-communications-internet-telephone-bande-gaza-palestine-is

      La plupart des infrastructures permettant d’assurer une liaison téléphonique et internet à Gaza ont été détruites par les frappes de l’armée israélienne.

      .... « Il s’agit d’une évolution terrifiante », a déclaré à Wired Marwa Fatafta, responsable de la région Moyen-Orient-Afrique du Nord au sein du groupe de défense des droits civils numériques Access Now. Retirer complètement Gaza du réseau tout en lançant une campagne de bombardements sans précédent signifie simplement que quelque chose d’atroce est sur le point de se produire. »

      Cette vive inquiétude est partagée par la plupart des observateurs internationaux. Deborah Brown, une chercheuse travaillant pour Human Rights Watch (HRW) au sein de la division Technologies et droits humains, estime que « cette coupure de l’information risque de servir de couverture à des atrocités de masse et de contribuer à l’impunité des violations des droits humains ».
      Amnesty International, qui a également perdu contact avec ses équipes gazaouies, alerte sur la difficulté « d’obtenir des informations et des preuves essentielles sur les violations des droits humains et les crimes de guerre commis contre les civils palestiniens à Gaza, et d’entendre directement ceux qui subissent ces violations ».
      En l’absence de tout réseau permettant de faire sortir des informations depuis Gaza, le bilan humain de l’assaut mené hier soir par l’armée israélienne n’est pas encore connu. À cette heure, la seule source demeure l’armée israélienne ....

  • Jonathan Cook sur X : “The missing context for what’s happening in Gaza is that Israel has been working night and day to ethnically cleanse the Palestinian people from their homeland since even before Israel become a state – when it was known as the Zionist movement.” / X
    https://twitter.com/Jonathan_K_Cook/status/1713600729292677293

    The people of Gaza were sealed in and largely forgotten, except when they lobbed a few rockets over the fence – to international indignation. If they fired too many rockets, Israel bombed them mercilessly and occasionally launched a ground invasion. The rocket threat was increasingly neutralised by a rocket interception system, paid for the US, called Iron Dome.

    Palestinians tried to be more inventive in finding ways to break out of their prison. They built tunnels. But Israel found ways to identify those that ran close to the fence and destroyed them.

    Palestinians tried to get attention by protesting en masse at the fence. Israeli snipers were ordered to shoot them in the legs, leading to thousands of amputees. The ’deterrence’ seemed to work.

    Israel could once again sit back and let the Palestinians rot in Gaza. ’Quiet’ had been restored.

    Until, that is, last weekend when Hamas broke out briefly and ran amok, killing civilians and soldiers alike.

    So Israel now needs a new policy.

    It looks like the ethnic cleansing programme is being applied to Gaza anew. The half of the population in the enclave’s north is being herded south, where there are not the resources to cope with them. And even if there were, Israel has cut off food, water and power to everyone in Gaza.

    The enclave is quickly becoming a pressure cooker. The pressure is mean to build on Egypt to allow the Palestinians entry into Sinai on ’humanitarian’ grounds.

    Whatever the media are telling you, the ’conflict’ – that is, Israel’s cleansing programme – started long before Hamas appeared on the scene. In fact, Hamas emerged very late, as the predictable response to Israel’s violent colonisation project.

    And no turning point was reached a week ago. This has all been playing out in slow motion for more than 100 years.

    Ignore the fake news. Israel isn’t defending itself. It’s enforcing its right to continue ethnically cleansing Palestinians.

    • [MMS, mais conclusion voisine ] Israël face au vertige de la vengeance, Piotr Smolar, Washington, correspondant
      https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/15/israel-face-au-vertige-de-la-vengeance_6194626_3210.html

      Le massacre commis par le Hamas le 7 octobre en Israël a fait voler en éclat la dissuasion traditionnelle de l’Etat hébreu. Mais une vaste opération militaire à Gaza l’exposerait à d’autres dangers.

      La sidération et la révulsion ont dominé à juste titre en Occident face au massacre commis par le Hamas en #Israël. Rien ne peut justifier ou relativiser une telle débauche de cruauté. Ni la poursuite de l’occupation en Cisjordanie depuis 1967, avec son cortège de violences, ni l’avènement d’un #suprémacisme_juif, autrefois relégué aux franges de la société israélienne, avant d’être blanchi par le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ni l’abandon de la question palestinienne par les pays arabes, les Etats-Unis et les Européens. En revanche, ces trois facteurs ne peuvent être ignorés, à l’aube inquiétante d’une opération terrestre. Ils conditionnent la réponse de l’Etat hébreu.

      La société israélienne a le ventre retourné par l’horreur de l’opération terroriste. Discrédités pour n’avoir su prévenir cette attaque, le gouvernement et l’armée se trouvent sous une immense pression populaire. Il faut réagir. Il faut punir. Il faut frapper. Voilà Israël face à un précipice. L’attaque du Hamas est aussi un piège. Elle détruit la dissuasion au cœur de la doctrine sécuritaire d’Israël, l’obligeant à revoir radicalement ses modes de gestion militarisée traditionnels de l’enclave. Cette attaque intègre dans sa préméditation une réponse démesurée et aveugle, au mépris des deux millions de civils vivant à #Gaza. Le prix que l’Etat hébreu pourrait payer pour une opération de grande ampleur dépasse le compte humain. Il y va aussi de ses alliances, de la sécurité régionale et de son âme même.
      Répéter sans fin – même si ce principe est indubitable – qu’Israël est en droit de se défendre ne répond pas à la question de la finalité d’une #invasion_terrestre. La loi du talion ne peut tenir lieu de stratégie militaire. L’armée a clamé, le 12 octobre, qu’elle avait déjà largué 6 000 bombes sur l’enclave, une approche purement quantitative ne faisant que renforcer l’idée de frappes indiscriminées.

      Chaque homme du Hamas est un homme mort, promet Benyamin Nétanyahou. D’autres responsables israéliens prétendent « changer la réalité » à Gaza. Le territoire palestinien « doit être plus petit » à la fin de la guerre, a osé Gideon Saar, l’un des nouveaux entrants au gouvernement, venus de l’opposition. Sans même évoquer le coût phénoménal en vies civiles qui se profile, personne n’a le temps ni le désir, côté israélien, d’envisager « le jour d’après ». Si on détruit tout, qui vivra là ? Qu’est-ce qui émergera des cendres, si ce n’est d’autres feux ?

      Garantie de grands tourments

      Une opération non calibrée, mal expliquée à l’opinion publique israélienne, entraînant un châtiment collectif indéfendable sur le plan du droit humanitaire international, garantit de grands tourments. Eternel dilemme contre-insurrectionnel : comment distinguer des combattants de civils ?

      En visite à Tel-Aviv, le secrétaire à la défense américain, Lloyd Austin, a estimé que les hauts gradés israéliens étaient « professionnels, disciplinés et concentrés sur les bonnes choses ». Soit. Mais le Hamas n’est pas qu’une organisation terroriste. Il est aussi le gouvernement de facto à Gaza, avec des centaines de milliers de personnes vivant de salaires publics. Croire qu’on peut arracher le Hamas de Gaza comme une mauvaise herbe en quelques semaines est illusoire. La multiplication de #crimes_de_guerre contre les civils, population de réfugiés poussés à nouveau sur la route, pourrait avoir une autre conséquence : l’émergence d’une nouvelle génération de combattants armés, confortés dans leur haine des juifs et une martyrologie funeste.

      Un deuxième risque majeur en résulte : la solitude israélienne, stratégiquement désastreuse. Une vague de solidarité occidentale impressionnante s’est exprimée, au cours de la première semaine de deuil, en faveur de l’Etat hébreu, jamais vue sans doute depuis les attentats-suicides de la seconde Intifada, au début des années 2000. Le 13 octobre, M. Nétanyahou s’est félicité d’avoir « assuré un vaste soutien international » à son pays. Toutefois, ce soutien est inspiré par l’effroi qu’a suscité l’attaque du Hamas. Il ne peut s’agir d’un chèque en blanc.
      Les Européens ont déjà assisté sans réaction véritable au déplacement de population dans le Haut-Karabakh, causé par l’Azerbaïdjan. Même s’ils pèsent peu au Proche-Orient, ils ne pourront passer sous silence un éventuel traitement similaire des Gazaouis. Au lieu d’hésiter et de balbutier, L’Europe devrait se sentir concernée. Pas seulement par principe. Elle s’expose, en écho, à des déstabilisations sécuritaires déjà évidentes. L’antisémitisme y prospère et risque de se déchaîner. La cause palestinienne en est souvent le paravent.

      Fortement engagés aux côtés d’Israël, les #Etats-Unis se sont contentés, ces derniers jours, de glisser dans les déclarations officielles de timides références au droit international, pour prévenir Tel-Aviv contre les excès de la vengeance. Les Américains devraient faire appel à leur mémoire, autant qu’à leur cœur. Après le 11 septembre 2001, ils bénéficiaient d’un immense soutien international – Vladimir Poutine compris – contre le djihadisme islamiste. Puis ils se sont embourbés dans une guerre sans issue en Afghanistan, avant de compromettre leur réputation et leur crédibilité avec la guerre en Irak, déstabilisant le Moyen-Orient.

      Retenue des pays arabes

      Le président américain, Joe Biden, a beaucoup œuvré à restaurer l’engagement multilatéral des Etats-Unis. Il est conscient de la fragmentation géopolitique du monde, ayant constaté la difficulté à convaincre l’Afrique, l’Inde ou le continent sud-américain de la pertinence d’un front uni face aux crimes russes en Ukraine. Il est déjà clair que ces mêmes pays vont mettre en cause un deux poids, deux mesures occidentales. Recep Tayyip Erdogan, le président turc, se place en première ligne. « Israël n’est pas une victime », a-t-il osé, ajoutant que les Etats-Unis « ne contribuent pas à la paix » en renforçant leur présence militaire.
      Pour l’heure, Washington a cherché à dissuader l’Iran et le #Hezbollah libanais de donner une dimension régionale désastreuse au conflit. Cette hypothèse demeure hélas réelle. On ne sait avec certitude si le Hezbollah a été associé en amont aux plans du Hamas. Mais on sait qu’il existe des guerres d’opportunisme. L’obsession d’Hassan Nasrallah, le leader de la milice chiite, pour la destruction d’Israël est documentée de longue date. En août, il disait encore que l’Etat hébreu « cesserait d’exister », en cas de nouvelle guerre.

      Même si ce conflit demeurait dans le périmètre classique d’un affrontement entre l’armée israélienne et les factions armées palestiniennes, une autre conséquence diplomatique se dessine pour les Etats-Unis et l’Etat hébreu : le gel du processus de normalisation avec les pays arabes. Une euphorie excessive berçait le Moyen-Orient : la question palestinienne devenait accessoire ; il n’était plus question que d’échanges, de projets, d’investissements. Depuis des semaines, un accord avec l’Arabie saoudite était en discussion intensive, quête suprême pour Israël. Aujourd’hui, Riyad annonce que ce processus est suspendu. C’est une victoire pour l’Iran.
      Pour l’heure, les pays arabes ont fait preuve de retenue. Aucun soutien au Hamas, mais l’empathie envers Gaza reste un ressort politique et psychologique. Le carnage causé par le groupe islamiste a réveillé le souvenir des humiliations subies par les Palestiniens, depuis la « grande catastrophe » (Nakba) de 1948. Israël n’a pas assez prêté attention aux avertissements répétés de ses voisins, la Jordanie et l’Egypte, premiers pays à avoir conclu des accords de paix avec lui. Ils s’inquiétaient des dérives de la droite israélienne, de la libération de la parole raciste, des ambitions des juifs messianiques pour prendre le contrôle du mont du Temple, qui est aussi l’esplanade des Mosquées, lieu saint musulman.

      Déshumanisation mutuelle

      Dès lors, dans ce contexte brûlant, chacun se replie sur des positions classiques. Un nouveau désastre historique pour le peuple palestinien, au terme de cette guerre, ne pourra être rapidement évacué avec une énième conférence de donateurs et des chèques des pétromonarchies du Golfe. La constitution d’un gouvernement de guerre en Israël ne change rien à ce paysage : l’extrême droite n’en a pas été écartée. L’entrée du leader de l’opposition n’implique pas une approche plus modérée. A ses débuts en politique, en janvier 2021, Benny Gantz avait diffusé un clip de campagne dans lequel il se vantait du fait que, sous son commandement, « des pans de Gaza avaient été renvoyés à l’âge de pierre ».

      Le dernier risque, dans ce moment historique, est une affaire de conscience et d’identité. Israël se reconnaîtra-t-il à la sortie de cette épreuve, ou bien ses fractures internes n’en seront-elles que plus béantes ? Aujourd’hui, plus de 500 000 colons vivent en Cisjordanie, plus de 200 000 à Jérusalem-Est. Il n’y a plus de « solution à deux Etats » à l’horizon. Mais comment concevoir à présent l’alternative, qui serait une cohabitation entre les deux peuples dans un seul Etat, même en mettant à part Gaza ? On ne sait quelle forme et quelle durée aura la guerre actuelle. Toutefois, on devine déjà à quel point ses effets seront ravageurs en matière de déshumanisation mutuelle.

      Aucune vengeance ne ramènera les morts. Qui osera encore parler de dialogue ? Qui osera encore prononcer le mot de « paix » ? Pour la droite xénophobe israélienne, rêvant d’annexion, les événements actuels offrent l’occasion d’une séparation définitive avec les Palestiniens. Elle nie leur existence comme peuple, simples Arabes parmi les autres. L’étape suivante est d’amputer leur terre, au lieu de simplement la grignoter, comme en Cisjordanie.

      #Palestine #palestiniens #Sinaï