• Comment l’#armée_ukrainienne parvient à tenir tête à la #Russie : « Etre encore là quatre ans après l’attaque est une #victoire »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/20/comment-l-armee-ukrainienne-parvient-a-tenir-tete-a-la-russie-etre-encore-la

    Comment l’armée ukrainienne parvient à tenir tête à la Russie : « Etre encore là quatre ans après l’attaque est une victoire »
    Depuis le début de l’invasion russe, en février 2022, les #troupes de #Kiev misent notamment sur l’initiative laissée à chacun et sur l’innovation pour contenir l’avancée de Moscou, malgré une différence flagrante de moyens humains et matériels.
    Par Jacques Follorou (Izioum, Kharkiv, Perchotravensk, Pryvovchanske et Zaporijia [#Ukraine], envoyé spécial)

    Comme les #soldats qui en ont trop vu, Ilya, de son nom de guerre « Ike », oppose à son interlocuteur un regard vide de toute émotion. Positionné entre Izioum, ville stratégique du nord-est de l’Ukraine, occupée par les Russes d’avril à septembre 2022, et le front tout proche, il commande une ancienne unité spéciale de gardes-frontières reversée dans l’armée régulière. En cette fin de journée glaciale, début février, devant un thé brûlant, il se prête au jeu de la discussion sans se rendre compte que son impassibilité dit beaucoup de ces quatre années de guerre, sur l’usure physique et psychologique. Imperturbable, la voix égale, il relève néanmoins que peu de gens imaginaient l’Ukraine capable de défier les pronostics en contenant une armée russe bien supérieure en nombre et disposant de moyens de production militaire massifs.

    Chaque matin, Ilya dit avoir encore la force de motiver ses hommes en leur demandant de « rendre le monde meilleur en tuant le plus de Russes possible ». Comme pour les autres unités ukrainiennes, le recours aux drones est central, mais ses hommes mènent encore de nombreux combats rapprochés. « Les Russes avancent, admet-il, mais très lentement et au prix de pertes humaines colossales qui finiront par épuiser l’appareil militaire de Moscou ; la différence du prix attaché à la vie humaine entre eux et nous explique en grande partie notre résistance. »

    Envoyé avec son unité dans la région d’Izioum, à l’été 2025, Ilya assure que l’espérance de vie des soldats russes sur le front est très limitée, pas plus de vingt mois, selon lui. « Une fois, on a récupéré le corps d’un Russe qui avait signé son contrat d’engagement onze jours plus tôt, selon les documents retrouvés sur lui. » Le visage de cet homme à la silhouette filiforme s’anime, d’un coup, quand il mentionne l’existence des « lettres posthumes » découvertes dans les téléphones des soldats russes tués sur le front.

    Ilya montre le courrier d’un soldat de 22 ans adressé à sa mère. « Si tu lis cette lettre, cela veut dire que je suis mort. C’était une folie de signer ce contrat. Il pleut depuis cinq jours. Je me sens comme un chien, je n’ai rien à manger, rien à fumer, rien pour me sécher. C’est juste l’enfer. Je t’aime très fort. Tu aurais dû me dire de ne pas venir ici (…). S’il m’est arrivé quelque chose, informe cette fille, Christina. Voici son numéro. »

    « Une certaine liberté »
    L’unité d’Ilya détient des dizaines de téléphones, et autant de lettres de ce type. « En un mois, ajoute-t-il, mes gars peuvent tuer jusqu’à 40 Russes. Si ce n’est pas nous qui les tuons, ils meurent en traversant à pied des rivières gelées dont la glace a été brisée par des bombardements. Ou alors, avec les drones, on les voit se suicider après qu’ils ont été blessés, car ils savent que leur armée ne viendra jamais les chercher. » D’après lui, Moscou n’a jamais cessé d’utiliser ses soldats comme de la simple chair à canon : « Les commandants russes les exposent à ciel ouvert simplement pour tester nos défenses, ce qui en fait des cibles faciles. »

    Plus au sud, près de Pavlohrad, dans le village de Pryvovchanske transformé en base de repli pour son bataillon, Vlad, dit « Boutcha », en référence à sa ville natale, et Inna, sa femme, dite « Puma », tous deux âgés de 47 ans, reçoivent dans la petite dépendance d’une maison, vidée de ses habitants face à l’avancée russe. L’endroit est rustique et surchauffé par un robuste poêle à bois. Il fait − 10 °C à l’extérieur. Lui supervise une unité de drones, elle est secouriste au sein du bataillon. « Rien n’aurait pu l’empêcher de me rejoindre, dit Vlad, avec fierté, au sujet de son épouse. J’ai dû négocier avec le commandant. »

    Pour eux, ces quatre années de résistance doivent beaucoup à l’initiative laissée à chacun au sein de l’armée ukrainienne. « Un simple soldat peut changer la façon de faire la guerre, assure Vlad. En 2023, après avoir observé la méthode russe, j’ai convaincu mon commandant de faire de même et d’utiliser les drones pour coordonner les troupes au sol. J’ai monté un groupe et on a amélioré le système. Au début, il m’avait dit non. Je ne lui ai pas parlé pendant trois jours, puis il est venu me voir et m’a demandé des détails. C’était parti, ça a duré un an. Fin 2024, j’ai rejoint un autre bataillon, dirigé par un ami, pour l’aider à monter une unité de drones efficace. C’est l’une de nos forces, une certaine liberté. »

    Les vertus « #démocratiques » de l’armée ukrainienne prennent toutes leur dimension avec le commandant Yevhenii, de son nom de guerre « Thor », 39 ans. Ancien patron d’une entreprise de BTP à Kiev, il dirige une compagnie sur le front sud, près de Zaporijia, spécialement consacrée à la guerre des drones. « J’ai été nommé commandant, en 2022, par un vote au sein même de l’unité, avec 49 voix sur 51 », relate-t-il, avant de poursuivre : « L’Ukraine se bat avec des soldats majoritairement non professionnels. Ces gens ont apporté leurs compétences et leur culture civiles, c’est une révolution qu’a vécue notre armée, et ce n’est que le début. On doit encore se débarrasser de lourdeurs bureaucratiques et des anciens formés par l’Union soviétique. Dans ma compagnie, on débat pour choisir la bonne tactique. »

    « #Inventivité_doctrinale »
    Parmi ses recrues figure A., un ingénieur français en informatique de 31 ans, originaire de l’ouest de la France, qui s’est engagé en septembre 2025. Fort de ses années passées à Kiev de 2015 à 2022, il a lié son destin à l’Ukraine grâce à la loi votée en 2024, qui permet d’intégrer des étrangers dans les unités. « Cyrano », comme il se fait appeler, même si ses camarades le surnomment « Baguette », a commencé par un contrat de six mois. « Je vais resigner pour un an, je veux aller jusqu’à la fin de la guerre. Je m’occupe aussi de l’accueil des étrangers. Sur une vingtaine, on a déjà une dizaine de Français. »

    Pour lui, la résistance des Ukrainiens tient avant tout à leur « inventivité doctrinale », à leur « incroyable résilience » au combat et à leur « sens de la logistique ». Cependant, il ne faut pas sous-estimer les Russes, qui peuvent, dit-il, compter sur de solides filières de formation technologique. « Ils sont en avance dans un grand nombre de secteurs, notamment les drones à longue distance, dotés d’ailes et propulsés par des moteurs à essence, essentiels car ils déterminent la capacité de reconnaissance en profondeur. » De leur côté, les Ukrainiens rechignent, selon lui, à utiliser le matériel occidental, certes très avancé technologiquement, mais reçu en faible quantité.

    Sur le front est, dans son quartier général abrité par des bâtiments anonymes au cœur de la petite cité minière de Perchotravensk, à 30 kilomètres des lignes russes, Maksim, de son nom de guerre « Condor », connaît les qualités de son armée. Simple soldat d’infanterie, en 2016, il est aujourd’hui major et commande un bataillon uniquement dévolu aux drones. « Le seul critère, c’est la compétence, dit-il. L’essentiel de mes soldats sont des gars de l’infanterie transformés en “technos”. Pour compenser nos manques de moyens, on innove. » Fin septembre 2025, le bataillon a été décoré pour avoir abattu un hélicoptère qui transportait le fils d’un haut gradé de troupes aéroportées avec un petit drone de type FPV, utilisé pour les attaques suicides. Maksim est aussi fier de montrer qu’ils ont perfectionné les drones à fibre optique pour monter des embuscades à plus de 20 kilomètres au-delà des lignes russes.

    Dans la salle de commandement couverte d’écrans trône le tableau de chasse quotidien des véhicules détruits et des Russes tués ou blessés. « On tient la 11e place du classement, sur plus de 500 unités ukrainiennes de drones réparties sur les 1 200 kilomètres du front. En 2025, mes gars ont tué 4 700 Russes. Fin 2024, on était en tête du classement », détaille Maksim. Si les Russes avancent très peu, ajoute-t-il, le front est loin d’être gelé. « Le but est d’éliminer tout ce qui bouge dans cette zone mouvante d’une vingtaine de kilomètres entre nos lignes et celles des Russes, là où aucun mouvement ne peut échapper à l’adversaire grâce à une surveillance permanente par drone. Notre avantage, c’est d’être en défense, ça demande moins d’hommes. »

    « Retrait tactique »
    Cette « doctrine défensive n’est pas un vain mot, elle nous a permis de tenir », lâchent, ensemble, lors d’une pause dans un bar de Zaporijia, Zahour, de son nom de guerre « Ottoman », en référence à sa nationalité azerbaïdjanaise, et « Casper », un Ukrainien qui doit son surnom aux nombreuses blessures qui feraient de lui un « fantôme ». Membres du groupe tactique Athena, rattaché au renseignement militaire, ils se félicitent que l’Ukraine ait cessé de tenir des positions non stratégiques et privilégie le « retrait tactique » quand il est nécessaire. « La position offensive demande plus d’hommes que la défensive, ce qui compense, en partie, le déséquilibre numérique entre nos deux armées. Il nous reste à en tuer le plus possible pour entamer leurs ressources : si on était un pour un, on serait déjà en Crimée ou à Moscou. »

    Mais cette position défensive contraint le pays à faire preuve de réactivité lorsque les Russes percent, notamment quand le brouillard, le froid, la neige ou la pluie privent les drones de visibilité au sol. Les incursions surviennent dans ce genre de situation. « C’est là qu’on intervient, argue Mark, 37 ans, jeune commandant à l’esprit vif d’un groupe opérationnel terrestre des forces spéciales, dans un bar discret de Kharkiv. On est les pompiers de service. On était à Kiev en février 2022, à Bakhmout et à Soledar début 2023, à Niou-Iork en 2024, à Zaporijia en 2025, et, là, nous sommes sur le front de Kharkiv. »

    Ces unités d’élite, bien équipées et entraînées, soutenues par des forces spéciales occidentales, mènent aussi des opérations offensives, en profondeur, derrière les lignes russes. « Dans ces cas-là, confie Mark, qui est venu avec sa garde rapprochée, on doit aussi gérer des risques politiques. Si des gars à nous se font prendre, il faudra gérer l’instrumentalisation publique qu’en feront les Russes. » Il ne cache pas que les relations avec les forces régulières sont parfois tendues au regard des moyens inégaux accordés aux uns et aux autres. Mais, pour Mark, un constat réunit tout le monde : « Etre encore là quatre ans après l’attaque russe est une victoire. On existe toujours, chaque jour qui passe nous rend encore plus ukrainiens. Pour cette seule raison, on est en train de gagner cette guerre. »

  • Fermes, coopératives... « En #Palestine, une nouvelle forme de #résistance »

    Jardins communautaires, coopératives... En Cisjordanie et à Gaza, les Palestiniens ont développé une « #écologie_de_la_subsistance qui n’est pas séparée de la résistance », raconte l’historienne #Stéphanie_Latte_Abdallah.

    Alors qu’une trêve vient de commencer au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah souligne les enjeux écologiques qui se profilent derrière le #conflit_armé. Elle rappelle le lien entre #colonisation et #destruction de l’#environnement, et « la relation symbiotique » qu’entretiennent les Palestiniens avec leur #terre et les êtres qui la peuplent. Ils partagent un même destin, une même #lutte contre l’#effacement et la #disparition.

    Stéphanie Latte Abdallah est historienne et anthropologue du politique, directrice de recherche au CNRS (CéSor-EHESS). Elle a récemment publié La toile carcérale, une histoire de l’enfermement en Palestine (Bayard, 2021).

    Reporterre — Comment analysez-vous à la situation à #Gaza et en #Cisjordanie ?

    Stéphanie Latte Abdallah — L’attaque du #Hamas et ses répercussions prolongent des dynamiques déjà à l’œuvre mais c’est une rupture historique dans le déchaînement de #violence que cela a provoqué. Depuis le 7 octobre, le processus d’#encerclement de la population palestinienne s’est intensifié. #Israël les prive de tout #moyens_de_subsistance, à court terme comme à moyen terme, avec une offensive massive sur leurs conditions matérielles d’existence. À Gaza, il n’y a plus d’accès à l’#eau, à l’#électricité ou à la #nourriture. Des boulangeries et des marchés sont bombardés. Les pêcheurs ne peuvent plus accéder à la mer. Les infrastructures agricoles, les lieux de stockage, les élevages de volailles sont méthodiquement démolis.

    En Cisjordanie, les Palestiniens subissent — depuis quelques années déjà mais de manière accrue maintenant — une forme d’#assiègement. Des #cultures_vivrières sont détruites, des oliviers abattus, des terres volées. Les #raids de colons ont été multipliés par deux, de manière totalement décomplexée, pour pousser la population à partir, notamment la population bédouine qui vit dans des zones plus isolées. On assiste à un approfondissement du phénomène colonial. Certains parlent de nouvelle #Nakba [littéralement « catastrophe » en Arabe. Cette expression fait référence à l’exode forcé de la population palestinienne en 1948]. On compte plus d’1,7 million de #déplacés à Gaza. Où iront-ils demain ?

    « Israël mène une #guerre_totale à une population civile »

    Gaza a connu six guerres en dix-sept ans mais il y a quelque chose d’inédit aujourd’hui, par l’ampleur des #destructions, le nombre de #morts et l’#effet_de_sidération. À défaut d’arriver à véritablement éliminer le Hamas – ce qui est, selon moi, impossible — Israël mène une guerre totale à une population civile. Il pratique la politique de la #terre_brûlée, rase Gaza ville, pilonne des hôpitaux, humilie et terrorise tout un peuple. Cette stratégie a été théorisée dès 2006 par #Gadi_Eizenkot, aujourd’hui ministre et membre du cabinet de guerre, et baptisée « la #doctrine_Dahiya », en référence à la banlieue sud de Beyrouth. Cette doctrine ne fait pas de distinction entre #cibles_civiles et #cibles_militaires et ignore délibérément le #principe_de_proportionnalité_de_la_force. L’objectif est de détruire toutes les infrastructures, de créer un #choc_psychologique suffisamment fort, et de retourner la population contre le Hamas. Cette situation nous enferme dans un #cycle_de_violence.

    Vos travaux les plus récents portent sur les initiatives écologiques palestiniennes. Face à la fureur des armes, on en entend évidemment peu parler. Vous expliquez pourtant qu’elles sont essentielles. Quelles sont-elles ?

    La Palestine est un vivier d’#innovations politiques et écologiques, un lieu de #créativité_sociale. Ces dernières années, suite au constat d’échec des négociations liées aux accords d’Oslo [1] mais aussi de l’échec de la lutte armée, s’est dessinée une #troisième_voie.

    Depuis le début des années 2000, la #société_civile a repris l’initiative. Dans de nombreux villages, des #marches et des #manifestations hebdomadaires sont organisées contre la prédation des colons ou pour l’#accès_aux_ressources. Plus récemment, s’est développée une #économie_alternative, dite de résistance, avec la création de #fermes, parfois communautaires, et un renouveau des #coopératives.

    L’objectif est de reconstruire une autre société libérée du #néolibéralisme, de l’occupation et de la #dépendance à l’#aide_internationale. Des agronomes, des intellectuels, des agriculteurs, des agricultrices, des associations et des syndicats de gauche se sont retrouvés dans cette nouvelle forme de résistance en dehors de la politique institutionnelle. Une jeune génération a rejoint des pionniers. Plutôt qu’une solution nationale et étatique à la colonisation israélienne — un objectif trop abstrait sur lequel personne n’a aujourd’hui de prise — il s’agit de promouvoir des actions à l’échelle citoyenne et locale. L’idée est de retrouver de l’#autonomie et de parvenir à des formes de #souveraineté par le bas. Des terres ont été remises en culture, des #fermes_agroécologiques ont été installées — dont le nombre a explosé ces cinq dernières années — des #banques_de_semences locales créées, des modes d’#échange directs entre producteurs et consommateurs mis en place. On a parlé d’« #intifada_verte ».

    Une « intifada verte » pour retrouver de l’autonomie

    Tout est né d’une #prise_de_conscience. Les #territoires_palestiniens sont un marché captif pour l’#économie israélienne. Il y a très peu de #production. Entre 1975 et 2014, la part des secteurs de l’agriculture et de l’#industrie dans le PIB a diminué de moitié. 65 % des produits consommés en Cisjordanie viennent d’Israël, et plus encore à Gaza. Depuis les accords d’Oslo en 1995, la #production_agricole est passée de 13 % à 6 % du PIB.

    Ces nouvelles actions s’inscrivent aussi dans l’histoire de la résistance : au cours de la première Intifada (1987-1993), le #boycott des taxes et des produits israéliens, les #grèves massives et la mise en place d’une économie alternative autogérée, notamment autour de l’agriculture, avaient été centraux. À l’époque, des #jardins_communautaires, appelés « les #jardins_de_la_victoire » avait été créés. Ce #soulèvement, d’abord conçu comme une #guerre_économique, entendait alors se réapproprier les #ressources captées par l’occupation totale de la Cisjordanie et de la #bande_de_Gaza.

    Comment définiriez-vous l’#écologie palestinienne ?

    C’est une écologie de la subsistance qui n’est pas séparée de la résistance, et même au-delà, une #écologie_existentielle. Le #retour_à_la_terre participe de la lutte. C’est le seul moyen de la conserver, et donc d’empêcher la disparition totale, de continuer à exister. En Cisjordanie, si les terres ne sont pas cultivées pendant 3 ou 10 ans selon les modes de propriété, elles peuvent tomber dans l’escarcelle de l’État d’Israël, en vertu d’une ancienne loi ottomane réactualisée par les autorités israéliennes en 1976. Donc, il y a une nécessité de maintenir et augmenter les cultures, de redevenir paysans, pour limiter l’expansion de la #colonisation. Il y a aussi une nécessité d’aller vers des modes de production plus écologiques pour des raisons autant climatiques que politiques. Les #engrais et les #produits_chimiques proviennent des #multinationales via Israël, ces produits sont coûteux et rendent les sols peu à peu stériles. Il faut donc inventer autre chose.

    Les Palestiniens renouent avec une forme d’#agriculture_économe, ancrée dans des #savoir-faire_ancestraux, une agriculture locale et paysanne (#baladi) et #baaliya, c’est-à-dire basée sur la pluviométrie, tout en s’appuyant sur des savoirs nouveaux. Le manque d’#eau pousse à développer cette méthode sans #irrigation et avec des #semences anciennes résistantes. L’idée est de revenir à des formes d’#agriculture_vivrière.

    La #révolution_verte productiviste avec ses #monocultures de tabac, de fraises et d’avocats destinée à l’export a fragilisé l’#économie_palestinienne. Elle n’est pas compatible avec l’occupation et le contrôle de toutes les frontières extérieures par les autorités israéliennes qui les ferment quand elles le souhaitent. Par ailleurs, en Cisjordanie, il existe environ 600 formes de check-points internes, eux aussi actionnés en fonction de la situation, qui permettent de créer ce que l’armée a nommé des « #cellules_territoriales ». Le #territoire est morcelé. Il faut donc apprendre à survivre dans des zones encerclées, être prêt à affronter des #blocus et développer l’#autosuffisance dans des espaces restreints. Il n’y a quasiment plus de profondeur de #paysage palestinien.

    « Il faut apprendre à survivre dans des zones encerclées »

    À Gaza, on voit poindre une #économie_circulaire, même si elle n’est pas nommée ainsi. C’est un mélange de #débrouille et d’#inventivité. Il faut, en effet, recycler les matériaux des immeubles détruits pour pouvoir faire de nouvelles constructions, parce qu’il y a très peu de matériaux qui peuvent entrer sur le territoire. Un entrepreneur a mis au point un moyen d’utiliser les ordures comme #matériaux. Les modes de construction anciens, en terre ou en sable, apparaissent aussi mieux adaptés au territoire et au climat. On utilise des modes de production agricole innovants, en #hydroponie ou bien à la #verticale, parce que la terre manque, et les sols sont pollués. De nouvelles pratiques énergétiques ont été mises en place, surtout à Gaza, où, outre les #générateurs qui remplacent le peu d’électricité fournie, des #panneaux_solaires ont été installés en nombre pour permettre de maintenir certaines activités, notamment celles des hôpitaux.

    Est-ce qu’on peut parler d’#écocide en ce moment ?

    Tout à fait. Nombre de Palestiniens emploient maintenant le terme, de même qu’ils mettent en avant la notion d’#inégalités_environnementales avec la captation des #ressources_naturelles par Israël (terre, ressources en eau…). Cela permet de comprendre dans leur ensemble les dégradations faites à l’#environnement, et leur sens politique. Cela permet aussi d’interpeller le mouvement écologiste israélien, peu concerné jusque-là, et de dénoncer le #greenwashing des autorités. À Gaza, des #pesticides sont épandus par avion sur les zones frontalières, des #oliveraies et des #orangeraies ont été arrachées. Partout, les #sols sont pollués par la toxicité de la guerre et la pluie de #bombes, dont certaines au #phosphore. En Cisjordanie, les autorités israéliennes et des acteurs privés externalisent certaines #nuisances_environnementales. À Hébron, une décharge de déchets électroniques a ainsi été créée. Les eaux usées ne sont pas également réparties. À Tulkarem, une usine chimique considérée trop toxique a été également déplacée de l’autre côté du Mur et pollue massivement les habitants, les terres et les fermes palestiniennes alentour.

    « Il existe une relation intime entre les Palestiniens et leur environnement »

    Les habitants des territoires occupés, et leur environnement — les plantes, les arbres, le paysage et les espèces qui le composent — sont attaqués et visés de manière similaire. Ils sont placés dans une même #vulnérabilité. Pour certains, il apparaît clair que leur destin est commun, et qu’ils doivent donc d’une certaine manière résister ensemble. C’est ce que j’appelle des « #résistances_multispécifiques », en écho à la pensée de la [philosophe féministe étasunienne] #Donna_Haraway. [2] Il existe une relation intime entre les Palestiniens et leur environnement. Une même crainte pour l’existence. La même menace d’#effacement. C’est très palpable dans le discours de certaines personnes. Il y a une lutte commune pour la #survie, qui concerne autant les humains que le reste du vivant, une nécessité écologique encore plus aigüe. C’est pour cette raison que je parle d’#écologisme_existentiel en Palestine.

    Aujourd’hui, ces initiatives écologistes ne sont-elles pas cependant menacées ? Cet élan écologiste ne risque-t-il pas d’être brisé par la guerre ?

    Il est évidemment difficile d’exister dans une guerre totale mais on ne sait pas encore comment cela va finir. D’un côté, on assiste à un réarmement des esprits, les attaques de colons s’accélèrent et les populations palestiniennes en Cisjordanie réfléchissent à comment se défendre. De l’autre côté, ces initiatives restent une nécessité pour les Palestiniens. J’ai pu le constater lors de mon dernier voyage en juin, l’engouement est réel, la dynamique importante. Ce sont des #utopies qui tentent de vivre en pleine #dystopie.

    https://reporterre.net/En-Palestine-l-ecologie-n-est-pas-separee-de-la-resistance
    #agriculture #humiliation #pollution #recyclage #réusage #utopie

    • La toile carcérale. Une histoire de l’enfermement en Palestine

      Dans les Territoires palestiniens, depuis l’occupation de 1967, le passage par la prison a marqué les vécus et l’histoire collective. Les arrestations et les incarcérations massives ont installé une toile carcérale, une détention suspendue. Environ 40 % des hommes palestiniens sont passés par les prisons israéliennes depuis 1967. Cet ouvrage remarquable permet de comprendre en quoi et comment le système pénal et pénitentiaire est un mode de contrôle fractal des Territoires palestiniens qui participe de la gestion des frontières. Il raconte l’envahissement carcéral mais aussi la manière dont la politique s’exerce entre Dedans et Dehors, ses effets sur les masculinités et les féminités, les intimités. Stéphanie Latte Abdallah a conduit une longue enquête ethnographique, elle a réalisé plus de 350 entretiens et a travaillé à partir d’archives et de documents institutionnels. Grâce à une narration sensible s’apparentant souvent au documentaire, le lecteur met ses pas dans ceux de l’auteure à la rencontre des protagonistes de cette histoire contemporaine méconnue.

      https://livres.bayard-editions.com/livres/66002-la-toile-carcerale-une-histoire-de-lenfermement-en-pal
      #livre

  • [Des singes en hiver] #9 tricher, c’est bien
    http://www.radiopanik.org/emissions/des-singes-en-hiver/-9-tricher-c-est-bien

    ’Tricher c’est mal’, on dit cela parce que lorsqu’on #triche on n’apprend rien, ou alors parce que lorsqu’on triche on ne joue pas le #jeu. Mais ce qu’on n’a pas dit, est que cela suppose une bonne manière d’apprendre, que cela suppose un jeu avec des règles. Celui qui triche est obligé de les connaître ces règles. Pas seulement connaître les énoncés : « ceci est interdit », « on ne peut pas faire cela ... », mais concrètement comment ça fonctionne ? comment on contrôle ? qui contrôle ? Quand, qu’est ce que cela produit ?, etc. Il y a là une ouverture vers d’autres manières de faire et avec d’autres résultats. Par exemple sortir un peu de l’idée que l’apprentissage est une question mentale. Alors on peut dire aussi que tricher c’est bien.

    C’est de ces questions que nous comptons discuter avec Thierry (...)

    #humour #inventivité #créativité #intelligence_collective #humour,jeu,triche,inventivité,créativité,intelligence_collective
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/des-singes-en-hiver/-9-tricher-c-est-bien_08327__1.mp3

  • Appel à communication : « Re-Imagine...
    http://www.scoop.it/t/artpol/p/4007948515/appel-a-communication-re-imaginer-la-belle-vie-en-temps-de-crises

    "En 2011, Time Magazine a nommé le "protestataire" ("manifestant") personnalité de l’année, arguant que la protestation est devenue "l’expression définissant notre époque" et le protestataire (manifestant) "un fabricant d’histoire". (...)"

    #imagination #crises #changement #protestation #manifestant #Belle-Vie #le-temps-des-crises #création #inventivité #mutations #histoire #Artpol #vangauguin #art #politique #culture #société