#ivan_illich

  • La recherche en santé doit se détourner du dogmatisme technologique

    Dans une tribune au journal Le Monde , trois chercheurs en biologie cellulaire et en bio-informatique regrettent que les enjeux environnementaux et la justice sociale ne soient pas davantage pris en compte.

    Peut-on promettre de sauver des vies au détriment de la vie sur Terre ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sont formels : le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité menacent gravement la santé de centaines de millions de personnes. En effet, les déterminants majoritaires de la santé, devant l’accès aux traitements, sont environnementaux et sociaux.
    Malgré cela, le monde de la recherche dans le domaine de la santé s’oriente massivement vers le développement de biotechnologies, nécessitant des infrastructures industrielles et extractivistes dont le fonctionnement est justement à l’origine des problèmes environnementaux et sociaux. Observant ce paradoxe, nous souhaitons ouvrir la discussion afin de repenser la recherche en santé pour qu’elle bénéficie au plus grand nombre, dans le respect des limites planétaires.
    La recherche en biologie et en médecine a permis la mise en place de dispositifs de soins qui ont contribué à des progrès considérables dans le traitement des maladies. Il n’est pas question ici de remettre en cause ces progrès et leurs bénéfices. S’appuyant sur ces avancées, la recherche biomédicale jouit toutefois d’une sorte de carte blanche lui permettant tous les excès. Ainsi, les biotechnologies sont largement financées par le « Plan santé 2030 » français et par « Horizon 2030 » au niveau européen. Un objectif affiché de ces financements est « de positionner et de maintenir la France parmi les leaders mondiaux des biothérapies » grâce à une « stratégie d’accélération » révélant, s’il le fallait, que les outils biotechnologiques sont devenus des objets de croissance économique plus que des objets de soin. De fait, les rares recherches de pointe issues des biotechnologies qui réussissent à produire des traitements efficaces donnent lieu à des traitements aux coûts exorbitants bénéficiant avant tout aux plus riches.
    Par ailleurs, la marchandisation de la santé incite les scientifiques à faire des promesses toujours plus exagérées, souvent surestimées, qui ne pourront pas s’appliquer à grande échelle et dont les retombées réelles ne sont jamais évaluées. Cette fuite en avant pousse à produire toujours plus d’études s’appuyant sur des technologies voraces en énergie, matériaux et données, parfois au détriment de la pertinence de la question scientifique posée. Ces promesses ne questionnent jamais la potentielle contribution des découvertes à venir aux bouleversements environnementaux et aux injustices sociales. Des directions ultratechnologiques sont alors prises au détriment d’approches plus sobres et de stratégies de prévention des risques sociaux et environnementaux qui sont largement ignorées, malgré un potentiel sanitaire important.
    Comment en est-on arrivé là ? La recherche académique a connu un tournant néolibéral depuis les années 1980. Ainsi, les financements sur projet ont progressivement remplacé les financements pérennes des laboratoires. A cela se sont ajoutés les financements directs par des industriels, ainsi que l’incitation à la « valorisation » sous forme de brevets et de start-up, orientant massivement le fonctionnement des laboratoires publics et privés vers des solutions techno-industrielles. Les conséquences sont graves : les liens d’intérêts, les exigences de productivité et la mise en concurrence des scientifiques entraînent la disparition des espaces de délibération et de discussion entre pairs et anéantissent les velléités de réflexions sociétales et éthiques sur le véritable impact sur la santé, l’environnement et la justice sociale des projets de recherche. Pourtant, les valeurs d’attention au monde vivant et de justice sociale sont largement partagées par la communauté scientifique.
    Pour lutter contre ces dérives, des initiatives ont émergé ces dernières années visant à promouvoir une transformation du fonctionnement de la recherche. Pour certaines, l’objectif est de réduire l’impact environnemental de la recherche (collectif national Labos 1point5). Pour d’autres, il s’agit de remettre de la démocratie dans les modes de financement et le choix des sujets de recherche afin d’éviter les conflits d’intérêts induits par l’augmentation des financements privés, de promouvoir la liberté académique ou encore de prendre en charge des sujets de santé publique négligés (sciences citoyennes, association pour la liberté académique ou instituts écocitoyens). Enfin, certains collectifs s’appuient sur une culture de la transdisciplinarité et cherchent à promouvoir des approches réflexives sur les conséquences – environnementales, sociétales et politiques – des recherches menées dans les laboratoires (les ateliers d’écologie politique, le collectif Archipel, le Mouvement pour des savoirs engagés et reliés).
    Ces initiatives restent néanmoins largement minoritaires. Notre but n’est pas de pointer du doigt des choix individuels, mais d’appeler à collectivement repenser la recherche en santé pour qu’elle ne soit plus centrée sur un dogmatisme technologique participant à la détérioration des milieux de vie, de la justice sociale et donc de la santé des populations. C’est par la pluralité des dispositifs, en pensant la santé de façon globale, que l’on pourra définir ensemble les contours d’une recherche en biologie et en médecine qui se fonde sur une approche humaniste, équitable et sobre de la santé.
    Alice Meunier (directrice de recherche CNRS en biologie cellulaire), Florian Massip (chercheur en bio-informatique à l’Ecole des mines de Paris et à l’Institut Curie) et Pierre-Luc Bardet (maître de conférences en biologie cellulaire à Sorbonne Université)

    Ce texte émane d’un travail au sein de l’Atelier d’écologie politique francilien (#Ecopolien).

    Tribune publié dans le journal Le Monde , le 9 décembre 2025.

    ▻https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/12/09/la-recherche-en-sante-doit-se-detourner-du-dogmatisme-technologique_6656613_

    #recherche_scientifique #santé_publique #critique_techno #contre-productivité

    Une problématique déjà abordée par le #Low-Tech_Magazine :

    ▻https://solar.lowtechmagazine.com/fr/2021/02/how-sustainable-is-high-tech-health-care

    Sans parler, bien sûr, d’#Ivan_Illich et sa Némésis Médicale , 1971.

  • L’Art d’habiter | Savoir | Topophile
    ▻https://topophile.net/savoir/l-art-d-habiter

    1984, le Royal Institute of British Architects célèbre son 150e anniversaire. Ivan Illich est invité à prononcer une conférence, elle s’intitule  : «  l’Art d’habiter  ». À une assemblée composée d’architectes, il déclare que l’art d’habiter est hors de leur portée, qu’ils ne peuvent que construire. «  Habiter est le propre de l’espèce humaine  » affirme-t-il, or les humains n’habitent plus, ils sont logés, c’est-à-dire qu’ils vivent dans un environnement qui a été planifié, construit et équipé pour eux. Les logés traversent «  l’existence sans laisser de trace  » en se contentant du garage à humains qu’on leur impose  ! Habiter est un art et nous sommes des artistes, alors revendiquons non un «  droit au logement  » mais notre liberté d’habiter.

    […]

    L’environnement faisait partie des communaux pour des « habitants » ; il est redéfini comme une ressource pour la production de garages abritant des êtres humains, des biens de consommation et des véhicules. Le logement assigne aux gens des casiers de résidence. Il est planifié, construit et équipé pour eux. Être admis à résider minimalement dans son propre logement constitue un privilège particulier ; seuls les riches ont la latitude d’y déplacer une porte ou d’y planter un clou dans le mur. Ainsi l’espace vernaculaire de la demeure est remplacé par l’espace homogène d’un garage humain. Les grands ensembles ont le même aspect à Taïwan ou dans l’Ohio, à Lima ou à Pékin. Partout vous trouvez les mêmes garages à humains — des casiers où entreposer la force de travail pendant la nuit, toute prête à être convoyée vers son emploi. Les habitants occupant l’espace qu’ils modèlent ont été remplacés par des résidants abrités dans des constructions produites à leur intention, dûment enregistrés en tant que consommateurs de logement protégés par la législation sur les contrats de location ou sur les prêts hypothécaires.

    […]

    La tribu indienne qui, des Andes, descend dans les faubourgs de Lima, ou le conseil de quartier qui, à Chicago, se débranche des services urbains du logement, constituent une provocation par rapport au modèle régnant du citoyen en tant qu’Homo castrensis, l’homme cantonné. Mais, avec leurs récusations, le nouvel arrivant ou le débranché provoquent des réactions opposées. Les Indiens, on peut les traiter comme des païens qu’il faut éduquer à apprécier avec quelle sollicitude maternelle l’État veille à les abriter. Le débranché est beaucoup plus dangereux : il témoigne des effets castrateurs de l’étreinte maternelle de la ville. À la différence du païen, ce genre d’hérétique met en question l’axiome de la religion civique sous-tendant toutes les idéologies actuelles qui, en surface, sont antagonistes. Selon cet axiome, le citoyen, en tant qu’Homo castrensis, a besoin d’un bien de consommation appelé « logement » ; son droit au logement est inscrit dans la législation. Ce droit, le débranché ne le conteste pas, mais il objecte aux conditions concrètes qui mettent le droit au logement en conflit avec la liberté d’habiter. Et pour le débranché, cette liberté, si le conflit se matérialise, est jugée plus précieuse que le bien de consommation « logement », rare par définition.

    […]

    La terre humaine s’étend des deux côtés du seuil ; le seuil est comme le pivot de l’espace que crée l’art d’habiter. De ce côté, c’est le chez-soi ; de l’autre, les communaux. L’espace qu’occupent les maisonnées leur est commun. Il abrite la communauté, comme la demeure abrite les membres de la maisonnée. De même qu’il n’existe pas deux communautés ayant le même style d’habitat, il n’en est point qui aient des communaux semblables. La coutume régit l’accès aux communaux : qui peut les utiliser, comment, quand et dans laquelle de leurs parties. De même que la maison reflète dans sa forme le rythme et la dimension de la vie familiale, les communaux sont la trace de la communauté. Il ne peut y avoir d’art d’habiter en l’absence de communaux.

    […]

    Chez le consommateur d’abri moderne, la distinction entre espace privé et espace public ne remplace pas la distinction traditionnelle entre le logis et les communaux articulée par le seuil — elle la détruit. Pourtant, ce que le logement en tant que bien de consommation a occasionné à l’environnement demeure jusqu’ici inaperçu de nos écologistes. L’écologie continue d’opérer comme une auxiliaire sinon une jumelle de l’économie. L’écologie politique ne deviendra radicale et efficiente qu’à condition de reconnaître que la destruction des communaux entraînée par leur transformation en ressources économiques est le facteur environnemental qui paralyse l’art d’habiter.

    […]

    Ce viol des communaux par le logement est aussi brutal que la pollution des eaux. L’invasion des dernières enclaves d’espace voué à l’art d’habiter par des programmes de logement n’est pas moins détestable que la création du smog.

    #Ivan_Illich #habiter #urbanisme #logement #communs

  • « Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes
    ▻https://www.piecesetmaindoeuvre.com/documents/techno-fascisme-un-mot-hacke-par-les-techno-gauchistes

    Toujours en librairie : Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme. et De la technocratie. La classe puissante à l’ère technologique Alerte sur les réseaux sociaux. « L’extrême-droite, c’est l’autoroute vers le techno-fascisme ». Alerte à gauche et à l’extrême-gauche. « Technofascisme : le rêve libertarien ultime de la Silicon Valley. » « Le mouvement Make America Great Again (MAGA) et ses liens avec la Silicon Valley ont fait naître le "technofascisme". » Vigilance face au « (…) #Documents

    ►https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/technofascisme.pdf

    • Et de diffuser un narratif destiné à alerter les militants du Progrès : jusqu’aux années 2015- 2020, la technologie nous a apporté prospérité, confort, intelligence et bonheur, au bénéfice de l’émancipation, de la démocratie et de l’inclusion pour toussétoutes. Mais ces bienfaisants ingénieurs ont muté en malfaisants milliardaires, décidés à pervertir leurs entreprises pour servir l’extrême-droite, la privatisation de l’État et leurs phantasmes personnels. Le numérique, c’était mieux avant. Contre la marche au technofascisme, il faut donc réguler la Tech, investir dans l’open source, se réapproprier les algorithmes au service du Bien - comme le gouvernement social-technocrate d’Allende avait tenté de le faire avec l’informatique pour gouverner le Chili en 1972 (projet Cybersyn). #Nopasaran.

      […]

      Bref, Gorz ignore ces chamailleries. Pour lui, le « fascisme » s’actualise moins dans la nostalgie du IIIe Reich que dans le mouvement réel de forces réellement agissantes. Comme Charbonneau, Illich et les naturiens d’alors, il pense la situation et le front principal : ayant saccagé le biotope terrestre, l’industrialisme et ses pilotes technocrates de tous bords nous imposeront un régime autoritaire pour une gestion rationnelle/rationnée des ressources. Il décrit la menace technofasciste suite au rapport du Club de Rome sur la croissance (1972), qui promeut un pilotage technocratique (cybernétique) de la question écologique, traitée comme un sujet « purement technique ».

      « Les limites nécessaires à la préservation de la vie seront calculées et planifiées centralement par des ingénieurs écologistes, et la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes. C’est l’option technofasciste sur la voie de laquelle nous sommes déjà plus qu’à moitié engagés. "Convivialité ou technofascisme". […] Le socialisme n’est pas immunisé contre le technofascisme. Il risque, au contraire, d’y basculer d’autant plus facilement qu’il perfectionnera et multipliera les pouvoirs d’État sans développer simultanément l’autonomie de la société civile. […] La domination totale de l’homme sur la nature entraîne inévitablement une domination de l’homme par les techniques de domination. En l’absence de tout autre choix, mieux vaudrait un capitalisme non nucléaire qu’un socialisme nucléaire ; car le premier hypothèquerait moins lourdement l’avenir15. »

      […]

      L’alternative au technofascisme, nous dit Gorz, ne réside pas dans un usage « progressiste », ni socialiste, des technologies, mais dans la convivialité. C’est facile à comprendre : « l’autogestion suppose des outils susceptibles d’être autogérés16 ». L’inverse d’une centrale nucléaire ou d’un datacenter. Il cite bien sûr Illich, qui nomme « conviviale » une organisation sociale préservée de la domination technologique, permettant l’autonomie personnelle.

      « L’homme a besoin d’un outil avec lequel travailler, non d’un outillage qui travaille à sa place. […] J’appelle conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. […] Le pouvoir de décider du destin de tous se concentre entre les mains de quelques-uns. Et, dans cette frénésie de croissance, les innovations qui améliorent le sort de la minorité privilégiée croissent encore plus rapidement que le produit global17. »

      […]

      Si nécessaire, les techno-progressistes de la Silicon Valley nouent de pragmatiques alliances avec le pouvoir techno-réactionnaire. Le technofascisme ne désigne en rien ce ralliement de façade, mais leur projet commun de toute-puissance technologique, par nature totalitaire.

      […]

      Et vous, « antifascistes », combattez-vous la machine ? Ou souhaitez-vous en prendre les commandes sous prétexte de la retourner contre les « fascistes », et de la mettre « au service de tous et toutes » ?

      #André_Gorz #Ivan_Illich #technofascisme #technocratie #critique_techno #anti-industriel #écologie #démocratie #liberté

  • The role of the University is to resist AI

    I would like to thank the Centre for Philosophy and Critical Thought for inviting me to give this seminar. This talk is titled ’The role of the University is to resist AI’, and takes as its text Ivan Illich’s ’Tools for Conviviality’.

    AI’s impact on higher education come primarily from historical forces, not from its claim to be sci-fi tech from the future. Society can’t throw up its hands in shock as students outsource their thinking to simulation machines when fifty years of neoliberalism has masticated education into something homogenised, metricised and machinic. Meanwhile, so-called Ed Tech has claimed for decades that learning is informational rather than relational and ripe for technical disruption.

    When Illich refers to tools, he’s taking this broader view. As he writes:

    “I use the term ’tool’ broadly enough to include not only simple hardware such as drills, pots, syringes, brooms, building elements, or motors, and not just large machines like cars or power stations; I also include among tools productive institutions such as factories that produce tangible commodities like corn flakes or electric current, and productive systems for intangible commodities such as those which produce ’education,’ ’health,’ ’knowledge,’ or ’decisions’.”

    I want to ask the question “What kind of tool is AI?”, to help determine whether Illich’s ideas can assist us in responding to it.
    ai

    Contemporary AI is a specific mode of connectionist computation based on neural networks and transformer models. AI is also a tool in Illich’s sense; at the same time, an arrangement of institutions, investments and claims. One benefit of listening to industry podcasts, as I do, is the openness of the engineers when they admit that no-one really knows what’s going on inside these models.

    Let that sink in for a moment: we’re in the midst of a giant social experiment that pivots around a technology whose inner workings are unpredictable and opaque.

    But there are some things we can be sure of, which is that the whole show depends on scale. None of the party tricks of latent space representations or next token predictions will work without tons of data or wall-to-ceiling computers, and if you want to beat the other lot you need more of all of it.

    This means that AI is actually a giant material infrastructure with huge demands for energy, water and concrete, while the supply chain for specialised computer chips is entangled with geopolitical conflict. It also means that the AI industry will beg, borrow and steal, or basically just steal, all the text, images and audio that it can get its spidery hands on.

    A marginal point of note for both AI and UK higher education was a recent outburst by former politician and Facebook exec Nick Clegg, who was complaining that copyright is killing the AI industry. Clegg being, of course, the man who betrayed his promise to scrap student fees in 2011, and is now betraying writers, artists and musicians.

    In any case, scale is a core concern for Illich, and in Tools for Conviviality he writes:

    “It is possible to identify a natural scale. When an enterprise grows beyond a certain point on this scale, it first frustrates the end for which it was originally designed, and then rapidly becomes a threat to society itself. These scales must be identified and the parameters of human endeavours within which human life remains viable must be explored.”
    higher education

    Generative AI’s main impact on higher education has been to cause panic about students cheating, a panic that diverts attention from the already immiserated experience of marketised studenthood. It’s also caused increasing alarm about staff cheating, via AI marking and feedback, which again diverts attention from their experience of relentless and ongoing precaritisation.

    The hegemonic narrative calls for universities to embrace these tools as a way to revitalise pedagogy, and because students will need AI skills in the world of work. A major flaw with this story is that the tools don’t actually work, or at least not as claimed.

    AI summarisation doesn’t summarise; it simulates a summary based on the learned parameters of its model. AI research tools don’t research; they shove a lot of searched-up docs into the chatbot context in the hope that will trigger relevancy. For their part, so-called reasoning models ramp up inference costs while confabulating a chain of thought to cover up their glaring limitations.

    The way this technology works means that generative AI applied to anything is a form of slopification, of turning things into slop. However, where AI is undoubtedly successful is as a shock doctrine, as a way to further precaritise workers and privatise services.

    This casts a different light on the way OpenAI, Anthropic and Google are circling higher education, dangling offers of educational LLM programmes that have already signed up the LSE, California State University and the whole of Estonia’s high school system. It brings to mind Illich’s warning about radical monopolies:

    “I speak about radical monopoly when one industrial production process exercises an exclusive control over the satisfaction of a pressing need, and excludes nonindustrial activities from competition. The establishment of radical monopoly happens when people give up their native ability to do what they can for themselves and for each other, in exchange for something ’better’ that can be done for them only by a major tool.”
    critical thought

    More specifically, in light of today’s seminar what does this mean for critical thought?

    The University of London is already promoting a tool that provides “personalised AI generated feedback in under 2 minutes ...including advice on critical thinking”. But thinking for yourself is a frictional activity not a statistical correlation. An AI-mediated essay plan has already missed the point by bypassing the student’s own capacity to develop and substantiate propositions about the world.

    When similar AI was adopted by the LA Times to add journalistic balance to opinion pieces, it rebalanced an article about the KKK by clarifying the Klan as a product of white Protestant culture that was simply responding to societal changes.

    There’s already research indicating students’ problem-solving and creativity can decline when they off-load cognition to chatbots. Google’s recently launched Gemini 2.5 Flash model even has a “thinking budget” feature that allows control over AI’s so-called reasoning levels, and boasts of reducing output costs by up to 600%.

    Moreover, the more these models claim to be safe for education, the more they become machines for metapolitical control. Whatever ketamine-fuelled 3am tweak of the system prompt made Grok insist on discussing white genocide will be more powerfully nuanced when done by nice people who are applying ministry-approved fine tuning.

    Critical thought is not something you can stochastically optimise, and I agree with Hannah Arendt that thoughtlessness is a precondition for fascism.
    students

    But what about the students? Aren’t we doing them a disservice if we don’t prepare them for a world of AI?

    As soon as they leave university, they’re going to be faced with AI-powered recruitment apps that mashup deep learning and psychometrics to predict their future value to the company. In their white collar job they’ll use AI to write reports for management who’ll use AI to summarise them, while every chatbot interaction feeds analytics that assess their alignment with corporate goals.

    They’ll constantly be faced by AI that fails to actually complete the task at hand, despite the CEO’s beliefs to the contrary, and will have to work overtime to backfill its failures. If they’re stressed or depressed they’ll be passed to AI-powered therapy bots optimised for workforce adaptation rather than for getting to the bottom of their distress.

    According to a survey of 16-21 year olds by the British Standards Institution, 46% said they would rather be young in a world without the internet altogether. That’s the result of two decades of algorithmic toxicity; how long do you think it will take for them to feel the same about AI? And yet universities are falling over themselves to convince faculty and students alike that AI is the only possible future for higher education, and research funders only want to fund things that add AI instead of researching alternatives.

    Any university with a focus on graduate employability should question the hype about workplace AI which, in the words of Microsoft’s own researchers, can result in the deterioration of cognitive faculties and leave workers atrophied and unprepared. Students already have a sackful of reasons to be disaffected from the world we’re bequeathing them; do we really want to find out what happens when we gaslight their doubts about the value of a synthetic education?

    As Illich put it in Tools for Conviviality: “When ends become subservient to the tools chosen for their sake, the user first feels frustration and finally either abstains from their use or goes mad”

    Or, as the 17 and 18 year olds from state schools rated less well by Ofsted’s crappy Covid spreadsheet put it more succinctly; “Fuck the algorithm”.
    labour government

    Whatever we or the students might feel about the role of the university, our political masters are quite clear that the only direction of travel is more AI.

    This Labour government is possibly the most AI-pilled in the world, so at least they got their wish to be world leading at something. The AI Action Plan issued in January is a heady mix of nationalist vibes and startup pitch that’s going to 10x AI, while handing over land and the electricity grid to a rash of data centres in so-called AI Growth Zones.

    Labour’s single political vision is growth through AI, where scaling tech will somehow stop people voting Reform or burning down immigrant hostels. This is a vision articulated by the Tony Blair Institute in reports titled ‘Governing in the Age of AI: A New Model to Transform the State’ and ’The Future of Learning: Delivering Tech-Enabled Quality Education for Britain’.

    As an aside, as we all need a laugh in the face of this nonsense, their research into how many jobs would be replaced by AI included asking ChatGPT.

    It does indeed seem that the chef’s kiss in the managerial dismantling of higher education is going to be from the lips of a chatbot. What’s just as bad is the way AI is being shoved into other vital services like there’s no tomorrow. The combination of the Data (Use and Access) Bill and the Fraud, Error and Recovery Bill are a literal recipe for repeating Australia’s ’robodebt’ disaster at scale. It’s like we’ve learned nothing from the Post Office Horizon IT scandal.

    The Department of Work and Pensions is leading the charge in seeking algorithmic ways to optimise the disposability of the disabled, in line with government rhetoric about social burden. Deep learning has historical and epistemological connections to eugenics through its mathematics, its metrics and through concepts like AGI, and we shouldn’t be surprised if and when it gets applied in education to weed out ’useless learners’.

    It looks increasingly like the twinning of the Labour government’s fear of Reform UK and its absolute commitment to AI are going to bring about the same fusion of high tech and reactionary politics as we’ve seen with MAGA and Silicon Valley.
    resistance

    I’m proposing that the role of the university is to resist AI, that is, to apply rigorous questioning to the idea that AI is inevitable.

    This resistance can be based on environmental sustainability when looking at AI’s carbon-emitting data centres and their seizure of energy, water and land. It can be based on the defence of creativity when looking at the theft of creative work to train tools that then undermine those professions. It can be based on decolonial commitments when looking at AI’s outsourcing of exploitative labour to the global south, and its dumping of data centres in the midst of deprivation.

    Resistance is necessary to preserve the role of higher education in developing a tolerant society. For the alternative, we only have to look at the resonances between right wing narratives and the ambitions of the tech broligarchy, resonances that are antiworker, antidemocratic, committed to epochal transformation, resentful and supremacist. Resonances which, channelled through a UK version of DOGE, will finish off university autonomy in the name of national growth and ideological alignment.

    DOGE has provided a template for complete political and cultural rollback, exploiting AI’s brittle affordances to trash any pretence at social contract. What the so-called educational offers from AI companies are actually doing is a form of cyberattack, building in the pathways for the hacker tactic of ’privilege escalation’ to be used by future threat actors, especially those from a hostile administration.

    This is why our resistance needs to be technopolitical. I’m proposing that higher education look towards thinkers like Ivan Illich for an alternative approach to assessing what kinds of tools are both pedagogical and convivial.
    illich

    Illich proposed what he called counterfoil research to reverse the kind of obsessive focus on the refinement of thoughtless mechanism so visible in the AI industry. He said that “Counterfoil research has two major tasks: to provide guidelines for detecting the incipient stages of murderous logic in a tool; and to devise tools and tool-systems that optimize the balance of life, thereby maximizing liberty for all.”

    Illich’s purpose in Tools for Conviviality was “to lay down criteria by which the manipulation of people for the sake of their tools can be immediately recognized”. We can take advantage of subsequent efforts to define specific starting points, such as the Matrix of Convivial Technologies, which lays out a structured way for any group developing or adopting a technology to ask questions about key aspects such as relatedness (how does it affect relations between people?) and bio-interaction (how does the tech interact with living organisms and ecologies?).

    What we need right now, instead of more soft soap about responsible AI or consultancy hype about future jobs, are institutes that assemble the emerging evidence of AI’s actual consequences across different material, social & political dimensions.

    To stay relevant as spaces for higher education, universities will need to model the kind of social determination of technology which has been buried since the 1970s; the preemptive examination of tech’s value to society. As Illich says: “Counterfoil research must clarify and dramatize the relationship of people to their tools. It ought to hold constantly before the public the resources that are available and the consequences of their use in various ways”.
    people’s councils

    While Tools for Conviviality is a general argument that technology should be subject to social determination, and the Matrix of Convivial Technology gives us a set of specific starting points, it’s pretty clear that the drive to AI has already advanced from regulatory capture towards institutional and state capture.

    In the UK we already have Palantir placed at the heart of the NHS, a military-intelligence company founded by Peter Thiel that openly espouses cultural supremacy. The UK exec is the grandson of Oswald Mosley and, after meeting Keir Starmer, he said of the Prime Minister “You could see in his eyes that he gets it”.

    Instead of waiting for a liberal rules-based order to magically appear, we need to find other ways to organise to put convivial constraints into practice. I suggest that a workers’ or people’s council on AI can be constituted in any context to carry out the kinds of technosocial inquiry advocated for by Illich, that the act of doing so prefigures the very forms of independent thought which are undermined by AI’s apparatus, and manifests the kind of careful, contextual and relational approach that is erased by AI’s normative scaling.

    When people’s councils on AI are constituted as staff-student formations they can mitigate the mutual suspicion engendered by AI. The councils are means by which to ask rigorous questions about the conviviality of AI and, as per Illich’s broad definition of tools, to ask about the conviviality of universities by applying the same set of criteria to both infrastructures.

    They’re also be an opportunity to form coalitions with allies outside higher education whose work or lived experience relates to programmes of study, and is also being undermined by degenerative AI, from the software engineers in DeepMind and Microsoft concerned about the entanglement of AI with genocide to the health professionals who see funds diverted into shiny AI projects instead of fixing the basics.

    It’s also clear that AI is flooding into primary and secondary education, both organically thanks to big tech, and systemically through government initiatives. We need practical collaboration between educators at all levels to challenge the way AI is flooding the zone, or the students of the future will be fully AI-cooked even before they make it to university.

    More optimistically, it’s not so hard to imagine a near future where a course or programme that’s vocal about the way it’s limited or even eliminated AI will have additional appeal as an alternative to the current pathway where universities conclude that, thanks to AI, they don’t really need most lecturers, and then students come to the conclusion that, for similar reasons, they don’t really need the universities.

    The function of people’s councils on AI is also to imagine a future for universities in societies heading for collapse, where the bridgeheads to a desirable future for all aren’t correlational computations but campuses and communities.
    imagination

    I want to conclude by emphasising that the proposition that the role of the university is to resist AI is not simply a defence of pedagogy, but an affirmation of the social importance of imagination.

    The technopolitical transformation of which AI is a part isn’t simply a matter of market capture, but of a wider nihilism that seizes material and energy resources, driven by an unrelenting will to power and the reformulation of racial supremacy via algorithmically-mediated eugenics.

    It’s important to talk about resistance as a way to find resonant struggles that can amplify each other. The capacity for resistance draws on the resources of independent thought and critical reflection which are the qualities I’ve argued are diluted or dissolved by a dependence on AI.

    These qualities aren’t developed solely or mainly through time at university, and yet it is also true that students have often formed a catalytic part of many social movements. In some sense, and possibly despite itself, the university has been a space for developing collective forms of hope and imagination which are not only in short supply but are actively foreclosed by technogenic patterns of social and psychic ordering.

    The role of the university isn’t to roll over in the face of tall tales about technological inevitability, but to model the forms of critical pedagogy that underpin the social defence against authoritarianism and which makes space to reimagine the other worlds that are still possible.

    ▻https://danmcquillan.org/cpct_seminar.html

    #AI #IA #université #intelligence_artificielle #résistance #esprit_critique #imagination #pensée_critique #Ivan_Illich #convivialité #enseignement_supérieur #ESR #enseignement #à_lire #facultés_cognitives #capacités_cognitives #capacité_cognitive

  • La carte des pensées écologiques

    La carte des pensées écologiques est enfin disponible !

    Il aura fallu des mois de discussions et de travail collectif pour aboutir à cette #carte qui a l’ambition de représenter dans toute leurs pluralités les pensées de l’#écologie_politique en montrant les liens entre ses principaux courants, penseurs et penseuses, luttes et organisations.

    L’objectif premier est de montrer que l’#écologie est un #champ_de_bataille, un terrain où s’affrontent des #idées. En conséquence figurent sur cette carte des « #écoles » pauvres en apports théoriques mais riches en capitaux et en relais d’influence. Comme toute cartographie également, elle fige des positions par nature dynamiques, des espaces mouvants, et impose une vision qui lui est propre.

    Cette citation d’André Gorz résume bien la situation :

    “Si tu pars de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste”.

    La carte des pensées écologiques n’aurait jamais vu le jour sans un formidable travail de toute l’équipe du média Fracas. Nous avons décidé de la laisser gratuitement en accès libre. Pour soutenir Fracas et avoir la version poster, vous pouvez acheter leur premier numéro directement sur ce lien. Abonnez-vous pour soutenir la presse indépendante !

    La carte des pensées écologiques

    Voici la carte des pensées écologiques. 8 grandes familles, plus de 150 personnalités représentées :

    Les 8 grandes familles des pensées écologiques

    Pour vous y retrouver plus facilement, voici en détail les 8 grandes familles des pensées écologiques, avec leurs autrices et auteurs clés. Si vous souhaitez aller plus loin, plus de 150 noms sont à retrouver sur la carte, et des sources sont disponibles à la fin de cet article.
    1/ ÉCOLOGIES ANTI-INDUSTRIELLES

    Les #écologies_anti-industrielles rejettent le productivisme et l’hyper-mécanisation du travail issus de l’ère industrielle. Elles développent une approche technocritique tout au long du XXe siècle. Critiques du gigantisme de l’appareil productif et de l’État pour les ravages qu’ils causent aux écosystèmes et à la personne humaine, les écologies anti-industrielles prônent la petite échelle et refusent une certaine idéologie du Progrès.

    Elles critiquent vertement la dépossession des populations de leurs propres moyens de subsistance. Elles encouragent enfin le fait de considérer l’industrie et la technique comme un système avec ses logiques propres, dont on ne peut se contenter de critiquer tel ou tel effet pris isolément.

    Autrices et auteurs clés : #Ivan_Illich, #Jacques_Ellul et #Günther_Anders

    2/ ÉCOLOGIES LIBERTAIRES

    Les #écologies_libertaires s’inscrivent en filiation des traditions du socialisme ouvrier anglais et de l’anarchisme, et entretiennent une grande proximité avec les écologies anti-industrielles. L’idéal d’émancipation et d’autonomie des libertaires se trouve régénéré par une analogie : les dominations de l’homme sur l’homme, de l’homme sur la femme et de l’homme sur la nature ne peuvent être prises séparément, et doivent être combattues d’un bloc.

    En conséquence, elles aspirent à la constitution d’éco-communautés et d’institutions autogérées et démocratiques à l’échelon local et défendent des principes fédératifs contre les dynamiques centralisatrices de l’État. La vision de la société s’articule autour du champ, de l’usine et de l’atelier, et d’une démocratie radicale, parfois exprimée par le recours au tirage au sort.

    Autrices et auteurs clés : #Murray_Bookchin, #Kristin_Ross, #Bernard_Charbonneau

    3/ ÉCOFÉMINISMES

    Né dans les années 1970 sous la plume de Françoise d’Eaubonne, l’#écoféminisme est une famille qui propose une analyse de la catastrophe écologique fondée sur le genre et sur l’oppression des femmes sous le capitalisme patriarcal. Nébuleuse aux contours flous, l’écoféminisme se conjugue dès le départ au pluriel, soulignant la diversité des origines géographiques et des influences idéologiques qui composent ce courant : socialisme, spiritualisme, queer, marxisme, pensées décoloniales, etc.

    Elles partagent pour la plupart le constat que, d’une part, le rôle des femmes a été subordonné à une fonction purement reproductive et, d’autre part, que la nature a été associée à l’image de cette femme dominée, que le capitalisme doit soumettre, exploiter, et même violer.

    Autrices et auteurs clés : #Françoise_d’Eaubonne, #Vandana_Shiva, #Starhawk

    4/ ÉTHIQUES ENVIRONNEMENTALES

    Les #éthiques_environnementales émergent au sein de la philosophie de l’environnement aux États-Unis, et explorent, chacune avec des options parfois radicalement différentes, le lien qu’entretient l’homme avec la « nature ». Certaines écoles défendent que les espaces naturels ont une valeur intrinsèque, d’aucunes qu’on ne peut juger de la nature que par son utilité pour l’homme, d’autres encore que nous devons nous concevoir comme une espèce au sein d’une « communauté biotique ».

    Faut-il préserver des espaces vierges ? Faut-il au contraire être les stewards d’espaces dont l’homme ne s’exclue pas ? Les polémiques et conflits n’ont certainement pas manqué au sein de cette famille…

    Autrices et auteurs clés : #Aldo_Leopold, #Imanishi_Kinji

    5/ #ÉCOSOCIALISME

    La famille écosocialiste émerge comme un prolongement du #marxisme mais s’oppose à ses interprétations productivistes portées notamment par l’URSS. En partant de l’insuffisante prise en considération des écosystèmes dans les traditions socialiste et marxiste, il s’agit alors de les dépoussiérer et les adapter au tournant écologique des sociétés, en portant l’idée que l’oppression sociale et la destruction de la nature ont une même et unique cause : le capitalisme.

    Si la socialisation des moyens de production et l’autogouvernance démocratique restent au cœur de ce projet, les écosocialismes proposent une variété de réponses allant d’un interventionnisme fort de l’État à des perspectives davantage autogestionnaires. Certains écosocialismes contemporains, dont la branche étatsunienne, ont même rompu avec une perspective anticapitaliste claire et la tradition révolutionnaire.

    Autrices et auteurs clés : #André_Gorz, #Michael_Löwy, #John_Bellamu_Foster

    6/ ÉCOLOGIES DÉCOLONIALES

    Conceptualisée dans les années 1980, les #écologies_décoloniales pointent l’#impensé_décolonial de l’écologie dominante, à la fois libérale et occidentalo-centrée, qui empêcherait la constitution d’une lutte écologiste pleinement libératrice car internationaliste. Par son universalisme « naturaliste » et raciste, sa vision mortifère de la nature, son extractivisme et son colonialisme producteur de natures appauvries (dont la plantation coloniale est l’emblème), l’Occident est en grande partie responsable de la catastrophe en cours.

    De ce point de vue, une écologie de « transition » qui supplanterait les énergies fossiles par des ressources minières au profit d’énergies renouvelables ne serait pas seulement insuffisante : elle ne ferait que trouver de nouvelles formes au colonialisme.

    Autrices et auteurs clés : #Joan_Martinez_Alier, #Malcolm_Ferdinand

    7/ #CAPITALISME_VERT

    La crise écologique fournit chaque jour de nouvelles preuves de la logique mortifère qui se loge au cœur de la dynamique d’accumulation capitaliste. Pour autant, le capitalisme a aussi ses théoriciens, et ceux-ci ont eux aussi tenté d’intégrer les paramètres écologiques dans leur défense de l’ordre en place.

    Dès lors, il s’agit bien souvent de corriger les « excès » ou les « impensés » du capitalisme en intégrant la dimension environnementale aux échanges marchands (taxes, compensation, technologies vertes…). Certains vont jusqu’à vouloir accélérer la dynamique du système capitaliste, y voyant un moyen de contrôler le Système-Terre dans un sens qui ne nuise pas aux intérêts de la classe possédante.

    Autrices et auteurs clés : #Christiana_Figueres, #David_Keith

    8/ ÉCOFASCISMES

    Les #écofascismes, qui ont émergé à bas bruit depuis les années 1980, sont extrêmement fragmentés. En Europe, ils défendent un éco-différentialisme, soit l’idée d’une humanité divisée en différentes « races » ou civilisations non hiérarchisées mais qui doivent rester séparées, car adaptées à leur environnement immédiat : « chacun chez soi » devient « chacun dans son propre écosystème ».

    Aux États-Unis, le néo-malthusianisme et la xénophobie se doublent d’une apologie des grands espaces vierges, de la wilderness, souillée par l’immigration. Cette obsession démographique se traduit souvent par un repli sur des « bases à défendre », dans des logiques « survivalistes ».

    ▻https://bonpote.com/la-carte-des-pensees-ecologiques
    #visualisation #cartographie #infographie #pensée_écologique #épistémologie #pensées_écologiques #décolonial #ressources_pédagogiques

    ping @reka

  • Ivan Illich, Le silence comme bien commun, 1981 – Et vous n’avez encore rien vu…
    ▻https://sniadecki.wordpress.com/2024/02/18/illich-silence-fr

    La gestion électronique d’un problème politique peut être envisagée de multiples façons. Je propose, comme introduction à cette consultation publique, d’approcher cette question sous l’angle de l’écologie politique. L’écologie, au cours des dix dernières années, a acquis une nouvelle signification. Il s’agit encore du nom d’une branche particulière de la biologie professionnelle, mais le terme sert à présent de plus en plus de label au nom duquel un large public politiquement organisé analyse et influence les décisions techniques. Je veux me concentrer sur les nouveaux appareils électroniques comme représentant un changement technique dans l’environnement humain qui, même encore bénin, doit rester sous contrôle politique (et pas uniquement celui des experts).

    […]

    Au cours des treize minutes qu’il me reste à cette tribune, je vais m’attacher à clarifier une distinction que je crois fondamentale pour l’écologie politique. Je vais distinguer l’environnement comme bien commun de l’environnement comme ressource.

    […]

    Leur première réaction est de penser à l’apparition d’un nouvel ordre capitaliste. Confrontés à cette douloureuse nouveauté, ils oublient que le mouvement des enclosures signifie également quelque chose de plus simple. L’enclosure des communaux instaure un nouvel ordre écologique : l’enclosure n’a pas seulement pour effet de transférer physiquement aux riches propriétaires le contrôle des pâturages. L’enclosure marque un changement radical dans les attitudes de la société face à l’environnement. Auparavant, dans n’importe quel système juridique, une grande partie de l’environnement était considérée comme faisant partie des communaux desquels une majorité de gens tiraient une large part de leur subsistance sans devoir recourir au marché. Après l’avènement de l’enclosure, l’environnement devint en première instance une ressource au service des « entreprises » lesquelles, en développant une main-d’œuvre salariée, ont transformé la nature en biens et services dont dépendent la satisfaction des besoins essentiels des consommateurs. Cette transformation est l’angle mort de l’économie politique.

    #communs #commons #bien_commun #Ivan_Illich #subsistance

  • Ivan Illich (1926-2002) : la ville conviviale (2013)
    ▻https://theses.hal.science/tel-00849958/document

    Une thèse de doctorat consacrée à l’application des concepts d’Illich aux prolématiques de la ville et de l’urbanisme. De plus d’après l’intro de l’autrice sous l’égide de La ligne d’horizon, les amis de François Partant, donc ça m’inspirait confiance. Pas encore lu, je référence pour feuilleter…

    Je vois dans le sommaire déjà une critique de la résilience et de la transition, en 2013

    Ivan Illich (1926-2002) propose dans ses ouvrages une critique radicale des
    « institutions » (Église, école, hôpital, transports, machines, etc.) qui toutes, à un moment de leur déploiement, se révèlent contre-productives. Peut-on transposer au domaine de l’urbain ses analyses ? Si oui, en quoi contribuent-elles à rendre intelligible ce qui « travaille » les villes à l’ère de l’urbanisation planétaire ? Cette recherche propose une lecture illichienne de « l’entreprise-ville » et suggère des pistes pour sortir de l’impasse productiviste dans laquelle elle est engagée. Elle s’articule autour de deux axes :

    Premièrement, dans le contexte du paradigme économiciste de la rareté et du paradigme cybernétique des systèmes, la Ville a été substituée par une entreprise urbaine contreproductive : une anti-ville. L’urbanisme devient iatrogène. C’est « le grand enfermement ».

    Deuxièmement, les idées d’Ivan Illich projetées sur l’espace habité nourrissent –et très généreusement– un nouveau paradigme pour sortir de l’industrialisme et reconstruire le territoire à travers des processus de réduction / reconduction. C’est la ville conviviale.

    #Ivan_Illich #urbanisme #urban_matters #ville #architecture #convivialité #critique_techno

    @cdb_77 @odilon @tranbert que ça peut intéresser :)

  • Des solutions techniques à la crise écologique ? - AURÉLIEN BARRAU & PABLO SERVIGNE
    ▻https://www.youtube.com/watch?v=gUZo1J683nE

    Une conf pessimiste récente de Barreau et Servigne. Pas tout écouté encore donc rien à dire dessus pour l’instant en bien ou mal.

    #Aurélien_Barreau #Pablo_Servigne #écologie #science #ingénierie #critique_techno #dissociation #Gunther_Anders #Ivan_Illich #solutionnisme #techno-cocon

    • Chapitres :
      0:00:00 Introduction
      0:03:13 Le gag de la conversation simulée par l’IA
      0:05:22 Introduction : La question de la technique et de la technologie
      0:13:11 L’horreur de la technologie qui nous dépasse
      0:16:42 Le réchauffement climatique n’est qu’un aspect de l’effondrement de la vie sur Terre
      0:19:53 Le développement cancéreux de la technologie
      0:24:48 L’approche problème-solution ne fonctionne plus dans la complexité
      0:28:44 Critique de la raison et de la science constructivement
      0:34:14 Le décalage prométhéen et le rapport aux autres cultures
      0:37:39 La fabrique des soldats et l’absurdité des ingénieurs dissociés
      0:40:38 La dissociation entre l’homme et la nature
      0:44:12 La science et l’innovation doivent proposer une autre voie
      0:47:50 Politiques paniqués par des robes traditionnelles Touareg
      0:51:49 Se remettre en résonance avec notre intériorité et les autres humains
      0:54:58 La limite de convivialité et des logiques qui nous dépassent
      0:57:50 La difficulté de se réassocier à son corps et au cœur
      1:01:16 Maintenir l’habitabilité de la Terre malgré la technococon mourant
      1:04:34 Le retrait comme réponse face aux attentes systémiques
      1:05:59 Résistance violente et non-violente chez les peuples indigènes
      1:08:02 Une éthique de la technique et des machines ?
      1:09:14 L’accès au savoir et la science institutionnelle
      1:12:22 Une question sur la clé de compréhension
      1:12:55 Garder le lien comme une forme de résistance
      1:16:54 Discussion sur les questions et fin de l’épisode

      L’intro est plutôt amusante.

  • Les racines libertaires de l’écologie politique

    (

    La présence des partis écologistes sur la scène politique européenne s’est tellement banalisée de nos jours qu’on en oublie leurs filiations avec des courants sinon révolutionnaires, du moins très critiques envers la modernité industrielle et capitaliste. L’objectif de Patrick Chastenet est d’éclairer, à partir de cinq penseurs auxquels il est attaché (il en a d’ailleurs connu plusieurs) – d’Élisée Reclus à Murray Bookchin, le théoricien du communalisme, en passant par Jacques Ellul, Bernard Charbonneau et Ivan Illich –, les racines libertaires de l’écologie. Il offre dans ce livre une synthèse de leurs idées et de leurs parcours.

    Patrick Chastenet, Les racines libertaires de l’écologie politique,

    ▻https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/03/09/les-racines-libertaires-de-lecologie-politique

    #ecologie

  • Ivan Illich et la ville conviviale | Silvia Grunig-Iribarren
    ▻https://topophile.net/rendez-vous/ivan-illich-et-la-ville-conviviale-silvia-grunig-iribarren

    RÉUNION DU GROUPE TERRITOIRES FRUGAUX #16‘Ivan Illich et la ville conviviale’par Silvia Grünig-Iribarren, docteure en urbanisme, auteure d’une thèse sur Ivan Illich et la ville conviviale réalisée sous la direction de Thierry Paquot. Se connecter à 17h50 : ▻https://us02web.zoom.us

  • À propos de la vitesse généralisée des transports. Un concept d’Ivan Illich revisité [*] | Cairn.info
    ▻https://www.cairn.info/revue-d-economie-regionale-et-urbaine-2009-3-page-449.htm

    Une critique et affinage de la notion de vitesse généralisée proposée par Illich et Dupuy dans les années 60-70.

    Ainsi, la radicalité de la critique ne porte pas sur la vitesse, mais sur la société industrielle.

    Pourtant, la vitesse en tant que telle pose bel et bien un problème de société : si ses avantages sont indéniables mais souvent surestimés, elle provoque aussi à partir d’un certain seuil des nuisances nombreuses et exponentielles (bruit, pollution, consommation d’espace, effets de coupure, ségrégation sociale...). Aussi une réflexion approfondie sur les effets positifs et négatifs de la vitesse est aujourd’hui indispensable.

    #vitesse_généralisée #voiture #vélo #transport #vitesse #Ivan_Illich #Jean-Pierre_Dupuy

  • Hyperloop : les rêves de vitesse à l’épreuve
    ▻https://theconversation.com/hyperloop-les-reves-de-vitesse-a-lepreuve-189336

    Prenons un exemple. Pour un voyage en Concorde il y a 20 ans (le dernier vol a eu lieu en 2003), le coût était proche d’un euro le kilomètre. Le smic net était à l’époque de 6 euros de l’heure, ce qui donne donc une vitesse économique de 6 km par heure de travail et près de 2 000 heures de travail pour l’aller-retour Paris-New-York. Bref, rien de « supersonique ».

    Le constat valait aussi pour un salaire élevé, par exemple 10 fois le smic. La vitesse économique du Concorde n’était alors que de 60 kilomètres par heure alors qu’un vol subsonique coûtant 10 fois moins cher (10 centimes au kilomètre) correspondait à une vitesse économique de 600 km/h (et 60 km/h pour le smicard).

    L’échec commercial des vols supersoniques trouve là son origine : le Concorde n’a pas passé le mur de la vitesse économique. Symétriquement, les succès du transport aérien classique et plus encore des compagnies low cost, dont les billets coûtent en moyenne 5 centimes par kilomètre, sont fondés sur la progression tendancielle de leur vitesse économique.

    Article non-daté, présence d’une vidéo de juillet 2022, pouvant laisser penser que ce n’est pas trop vieux. Réflexion intéressante sur la « vitesse économique » d’un moyen de transport.

  • L’énergie, un objet social 2/2
    ▻https://topophile.net/savoir/l-energie-un-objet-social-2-2

    1983. Dix ans après la parution — en feuilleton dans le journal le Monde — de son essai Énergie et équité, Ivan Illich, explore à nouveau, lors d’un séminaire au Colegio de Mexico, le concept d’énergie — à distinguer du symbole « E » — dans ses intrications avec le concept de travail et dans la perspective de... Voir l’article

  • L’énergie, un objet social 2/2
    ▻https://topophile.net/savoir/lenergie-un-objet-social-2-2

    1983. Dix ans après la parution en feuilleton dans le journal Le Monde de son essai Énergie et équité, Ivan Illich, lors d’un séminaire au Colegio de Mexico, explore à nouveau le concept d’énergie – à distinguer du symbole « E » – dans ses intriquations avec le concept de travail, dans la perspective de sa géo-histoire des... Voir l’article

    • Quand l’ingénieur capte de l’énergie, cette énergie produit deux choses : du travail et de la chaleur résiduelle désordonnée, un chaos que Clausius appellera entropie. Quelque chose d’analogue arrive lorsque le capitaliste capte de la force de travail : il en tire de la plus-value pour lui et le salaire concédé au travailleur, qui sera englouti dans les désordres de la reproduction. Il y a plus d’une similitude à relever entre la manière dont la population fut réduite à être la matrice de la force de travail, et la nature, celle de l’énergie, alors que les gynécologues redéfinissaient les femmes comme ces êtres humains qui, par nature, sont destinés à la reproduction de « la vie ».

      #Ivan_Illich #énergie #travail

  • L’énergie, un objet social 1/2
    ▻https://topophile.net/savoir/lenergie-un-objet-social-1-2

    1983. Dix ans après la parution en feuilleton dans le journal Le Monde de son essai Énergie et équité, Ivan Illich, lors d’un séminaire au Colegio de Mexico, explore à nouveau le concept d’énergie – à distinguer du symbole « E » – dans ses intriquations avec le concept de travail, dans la perspective de sa géo-histoire des... Voir l’article

  • Panthère Première » Autonomie électrique, le rêve d’une reconnexion
    ▻https://pantherepremiere.org/texte/autonomie-electrique-le-reve-dune-reconnexion

    Alors que les réseaux électriques qui structurent le monde sont largement invisibles, la chercheuse Fanny Lopez nous invite à plonger dans l’histoire de l’« ordre électrique », centralisé et uniformisé à l’extrême, pour envisager une pluralité de modèles et inverser la perspective : partir du bas, maîtriser la technique, repenser le politique via la réappropriation de la ressource énergétique.

    Enseignante-chercheuse dont les travaux se situent au croisement de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme, des techniques et de l’environnement, Fanny Lopez est l’autrice de deux ouvrages consacrés à l’autonomie énergétique. Dans Le Rêve d’une déconnexion, de la maison autonome à la cité auto-énergétique (éditions de la Villette, 2014), elle dresse la généalogie des projets architecturaux qui, au cours de l’histoire, ont intégré cette dimension autonomiste alors que la connexion aux grands réseaux électriques faisait (et fait) œuvre de modèle. Puis elle retrace, dans L’ordre électrique : infrastructures énergétiques et territoires (MétisPresses, 2019), l’histoire matérielle de l’électrification des territoires tout en s’intéressant, grâce à de nombreux exemples puisés en Europe et aux États-Unis, aux enjeux de la relocalisation des ressources en énergie. Traversant son travail de bout en bout, une question : comment les projets locaux d’autonomie énergétique peuvent-ils s’articuler avec des revendications d’autonomie politique ? Discussion.

    PS : En septembre 2022, Fanny Lopez a sorti un nouveau livre, À bout de flux, chez Divergences, qui explore la matérialité de la machine et des câbles du numérique et des objets connectés. Et on adore !

    #électricité #énergie #gestion_des_flux #Fanny_Lopez #Panthère_Première

    • Depuis une quinzaine d’années, la coopérative est devenue une forme privilégiée et leur nombre a explosé en zone rurale, urbaine ou périphérique notamment en Europe mais aussi aux États-Unis. Pour la ville, on pourrait citer l’exemple de Co-op City dans le Bronx, un quartier du nord-est de la ville de New York. Co-op City, c’est une coopérative d’habitant·es qui gère, en lien avec le bailleur et soutenue par des financements publics, l’un des plus grands micro-réseaux à usage résidentiel au monde. Les deux turbines à gaz de l’installation électrique, qui produisent 38 MW, permettent de produire de l’électricité à moindre coût pour les résident·es (dont les factures ont baissé) et de vendre de l’électricité excédentaire au grand réseau électrique, même si c’est un bras de fer avec l’opérateur historique5. Les fonds générés par la vente d’électricité permettent de rembourser les prêts liés à la réalisation du projet et d’investir dans d’autres projets collectifs dans le quartier. L’autonomie électrique de Co-op City avoisine aujourd’hui les 90 %. La coopérative prévoit d’ajouter 5 MW de capacité solaire photovoltaïque et une station d’épuration pour convertir les eaux usées en eaux grises. Il y a aussi l’idée de méthaniser une partie des déchets fermentescibles pour transformer la centrale de cogénération gaz en centrale biomasse6. Ici, l’exemple est intéressant parce que c’est une communauté d’habitant·es qui s’est structurée en coopérative pour récupérer la plus-value financière : les bénéfices vont à la communauté. Car relocaliser l’énergie, c’est aussi relocaliser des flux économiques.

      #coopérative #micro-centrale #relocalisation #décentralisation

    • La notion de technologie accessible renvoie à celle de technologie démocratique dont on parlait avec Mumford. Dans mes deux ouvrages, une bonne partie des exemples passe par des « technologies » manipulables, maîtrisables, conviviales. Sous-entendu, si le micro-éolien tombe en panne, la coopérative sait le réparer. En fonction de l’échelle ou de la technologie, soit la tendance est low-tech15, et les solutions techniques sont facilement appropriables, soit la communauté s’appuie sur une société de gestion énergétique (comme Coop-city) qui emploie des gens dont la maintenance et la réparation sont le métier. Dans son anthropologie des projets d’autonomie énergétique, Laure Dobigny montre que quand les habitant·es se sentent copropriétaires et responsables d’une partie de l’infrastructure énergétique qu’ils et elles utilisent, mais aussi des espaces communs collectivement investis, des changements de comportement et d’usages sont observés, au premier rang desquels une baisse de la consommation.

      #autonomie #low-tech #décroissance #Lewis_Mumford #Ivan_Illich #convivialité #outil_convivial

  • Le #socialisme ne peut arriver qu’à #Vélo
    ▻http://carfree.fr/index.php/2022/04/14/le-socialisme-ne-peut-arriver-qua-velo

    La phrase qui donne le titre à cet article n’est pas d’Anne Hidalgo, mais de José Antonio Viera-Gallo, juriste et homme politique chilien né en 1943. Viera-Gallo a été sous-secrétaire Lire la suite...

    #Alternatives_à_la_voiture #Destruction_de_la_planète #Fin_de_l'automobile #capitalisme #critique #économie #histoire #ivan_illich #société

  • La convivialité selon Ivan Illich
    ▻https://topophile.net/savoir/la-convivialite-selon-ivan-illich

    La convivialité est sur toutes les lèvres et dans tous les vœux. Tout le monde pense la connaître. Et pourtant, ce goût, ce caractère, cet état est bien plus subversif qu’il n’y paraît. Thierry Paquot explore cette notion ô combien existentielle, de Brillat-Savarin à Ivan Illich. À la différence de la commensalité, « La convivialité n’homogénéise... Voir l’article

    • La radicalité du changement qu’exige la société conviviale effraie certainement de nombreuses personnes attirées par une alternative « douce », se contentant d’une ambiance « bon enfant » et hésitant à rompre définitivement avec le monde enchanté de la marchandise. Il y a donc deux convivialités, l’une qui se veut « sympathique » et l’autre, plus exigeante, qui réclame un « art de vivre » caractérisé par la survie, l’équité et l’autonomie créatrice, trois attitudes qui, réunies, dépassent largement ce que chacune promet. Là, le « monopole radical » (l’école pour apprendre, l’hôpital pour se soigner, les transports publics pour se déplacer…) et les « professions mutilantes » s’effacent, laissant la place à l’auto-organisation décentralisée de petits groupes.

      […]

      Il annonce d’emblée qu’il a choisi le terme de « convivialité » en opposition à celui de « productivité ». « Je veux dire par là, précise-t-il, des rapports autonomes et créateurs entre les personnes d’une part et des rapports entre les personnes et leur environnement d’autre part. Ceci s’oppose à la réponse conditionnée et efficace des personnes aux exigences de leur entourage et de leur cadre de vie. Je considère que la convivialité, c’est la liberté individuelle réalisée dans une interdépendance mutuelle et personnelle, et ayant, comme telle, une valeur éthique intrinsèque. Je crois que sans convivialité la vie perd son sens et les hommes dépérissent. »

      […]

      « J’entends par convivialité l’inverse de la productivité industrielle. Chacun de nous se définit par sa relation à autrui et au milieu et par la structure profonde des outils qu’il utilise. Ces outils peuvent se ranger en une série continue avec, aux deux extrêmes, l’outil dominant et l’outil convivial. Le passage de la productivité à la convivialité est le passage de la répétition du manque à la spontanéité du don. » Ivan Illich dénonce également celles et ceux qui, sans récuser la productivité, en appellent à des droits des consommateurs, qui à ses yeux, sont des droits à détruire l’environnement et surtout à s’autodétruire.

      […]

      « En 1971, quand j’ai commencé à écrire La Convivialité et à parler de seuils multidimensionnels au-delà desquels l’humain s’efforce de devenir destructeur du mode de vie, je me suis effondré. C’était la première fois de ma vie que je me trouvais dans cet état que l’on appelle ‘dépression’. Je ne crois pas que j’aurais continué à écrire si j’avais tenu un fils de ma propre chair dans mes bras. (…) Je pense qu’il est indispensable, pour pouvoir penser et réfléchir, pour avoir des idées claires et précises et les exprimer avec des mots significatifs et sensuels, de savoir que nous n’avons pas de futur. »

      Cette conscience de l’impossibilité d’orienter le cours des choses, du fait de la toute-puissance du « système technique », explique l’absence de « mesures politiques » que beaucoup de ses lecteurs attendaient. L’ampleur de ce qu’il découvre le désole : l’être humain n’aurait-il plus d’autonomie ? Serait-il condamné à obéir volontairement à des institutions qui le dépossèdent de toute initiative émancipatrice ? Il admet ne pas rejoindre « ceux qui dansent la danse de la pluie », ces écologistes qui croient en « la responsabilité », tel Hans Jonas, qu’Ivan Illich traite d’« illusionniste ».

      La question « Que faire ? », lui semble déplacée : « Nous sommes foncièrement impuissants et nous ne discutons que parce que nous essayons de trouver des moyens de renforcer nos amitiés naissantes avec des personnes qui pourraient, avec nous, comprendre leur propre impuissance et l’impuissance collective. »

      […]

      C’est dans de nouveaux entretiens en 1997 et 1999 qu’Ivan Illich confirme à David Cayley le passage à l’échelle mondiale de « l’âge des outils » à « l’âge des systèmes » vers 1980. Or, ses premiers écrits étaient antérieurs à ce passage. Ils décrivaient des situations technologiques nées principalement en Occident à partir du XIIe siècle. Après avoir examiné les « outils » (entendus comme des « moyens » pour des « fins » précises) et découvert que certains devenaient « contre-productifs » passés un certain seuil, Illich avait étudié leurs effets matériels, puis, plus tardivement leurs effets symboliques, jusqu’au moment où il comprit que les « outils » étaient dépossédés de leur intention humaine par leur entrée dans un système qui, de fait, les subordonnait à une autre logique.

      […]

      Néanmoins, ils expriment bien le désarroi dans lequel se trouve alors Ivan Illich qui n’imaginait pas vivre ce moment au cours duquel les systèmes techniques viendraient submerger l’univers des « outils » (institutions comprises) et entraver toutes possibilités d’autonomie. En effet, les systèmes techniques, qui semblent œuvrer pour eux-mêmes, ne laissent guère de marge de manœuvre à celles et ceux qui veulent s’en émanciper ou en inverser les buts…

      […]

      On peut regretter une telle approche individuelle de la lutte contre le système technique, mais Ivan Illich, ne se sentait pas de poids pour le combattre. Il ne voyait que des actions modestes, clairsemées, sporadiques, effectuées par des petits groupes, qui en un lieu circonscrit, inscriraient leurs pas dans leurs biographies, c’est la définition qu’il donne de l’art d’habiter. Ces tentatives d’autogestion, de décentralisation, de coopération, dans tous les domaines de la vie quotidienne de chacune et chacun, leur permettront d’échapper à la tyrannie des systèmes techniques, à l’appauvrissement de leur monde en procurant la satisfaction de vivre convivialement à quelques-uns. Pendant ce temps, les énormes systèmes techniques démesurés tomberont en panne, dysfonctionneront, les modes de vie qu’ils ont conditionnés ne satisferont personne et seront contestés, des guerres pour l’obtention de ressources non renouvelables feront d’irréparables dégâts, des pandémies seront impossibles à endiguer et des famines naîtront de la raréfaction de l’eau, de la surpopulation, de la déforestation et des canicules, etc.

      #Ivan_Illich #philosophie #convivialité #anti-industriel #critique_techno #écologie #autonomie #système_technicien #institutions

  • David Cayley, De la vie, 2021 – Et vous n’avez encore rien vu…
    ►https://sniadecki.wordpress.com/2021/11/22/cayley-vie

    Ou comment légitimer de rien faire ou presque avec érudition, mais érudition philo-littéraire, avec en fait aucune connaissance de comment fonctionne le consensus scientifique (c’est fou tous les philos qui critiquent « La Science » en disant très justement qu’il n’y a pas Une Science… tout en le prétendant en fait eux-mêmes dans le même mouvement ! alors que dans la réalité de tous les jours, c’est beaucoup de débats, de relectures, de tests pour reproduire ou pas les observations des collègues, etc).

    Cela a engendré une censure efficace, d’abord pour ne pas ébruiter des désaccords scientifiques et ensuite pour conférer une apparence d’évidences irréfutables à ce qui n’est en réalité que précaution douteuse sur le plan scientifique. (On peut penser d’une part à la marginalisation d’experts en santé publique tel le médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, Richard Schabas et de l’ancien directeur du centre international pour les maladies infectieuses du Manitoba, JoelKettner, en raison de leur désaccord. Et d’autre part, à l’utilisation des masques, déclarés inutiles au début de la pandémie, puis rendus obligatoires et indiscutables sans apporter davantage de preuves de leur utilité.)

    Un grand classique : on critique La Science MAIS attention, si ya UNE OU DEUX brebis galeuses bardées de diplômes « Science » qui elles vont dans mon sens, alors là je n’hésite pas à les citer !

    Sauf qu’il vaut mieux le dire et redire mille fois : le consensus scientifique ça marche pas comme ça : dans l’histoire de la recherche, presque à aucun moment une brebis galeuse n’a eu raison contre l’ensemble de toutes les personnes en capacité de la relire, de la comprendre, et de reproduire ce qu’elle avance. Ce pourquoi dans l’immense majorité des cas, ce qui est prouvé comme fonctionnant sur un problème ("le paracétamol diminue la douleur" … « le masque bien porté fait baisser drastiquement la propagation des virus en aérosol » …) c’est toujours des milliers de cherchereuses qui ont réussi à reproduire le même constat à travers le monde entier, dans plein de situations différentes, ce qui a permis de confirmer une hypothèse de départ.

    Les gens qui mettent en avant les quelques voix dissonantes sont en gros toujours des gens qui 1) n’ont aucune compétence dans le sujet en question et 2) qui ont magiquement déjà une réponse en tête (moi je CROIS que l’hydroxychloroquine ça marche) et qui vont ensuite chercher les quelques personnes et rares articles qui vont aller dans leur sens.

    À en croire Illich, les surprises faisaient le sel de sa vie.

    Surpriiiise tu viens de choper le covid et tu vas avoir des séquelles physiques et neurologiques pendant des mois et peut-être des années…

    Surpriiiise tu viens de refiler le covid à ton père et il est entre la vie et la mort avec des tubes partout…

    J’ai hâte !

    Un risque est une probabilité répartie dans une population, ce n’est pas une personne. Une personne invite au discernement, c’est-à-dire qu’elle nous invite à nous concentrer attentivement sur une histoire unique.

    Et un beau jour on découvrit l’épidémiologie, dont la discipline entière est d’étudier et se demander quoi faire lorsqu’une maladie se propage dans une population entière (et pire encore quand c’est la planète entière), et non pas comment soigner telle personne précise…

    Une personne qui s’est cassée la jambe, avec son histoire personnelle, ça n’a rien à avoir avec gérer la peste bubonique (par exemple). « Oh tiens votre peau devient toute noire et je vais vous soigner vous en particulier avec votre histoire particulière » … => ridicule.

    Cela ne signifie pas que le risque n’a pas de place légitime dans le monde. Un actuaire a besoin de connaître précisément la fréquence de certains évènements contraires ; un chirurgien négligerait son devoir s’il ne pesait pas le pour et le contre d’une intervention. Il s’agit ici, comme dans la pensée d’Illich en général, d’une question de degré ou d’équilibre.

    Comment se contredire deux phrases plus loin. Bah oui, c’est justement le principe de l’épidémiologie gros bêtassou illettré.

    Lorsque trois éminents épidémiologistes, Sunetra Gupta, Jayanta Bhattacharya et Martin Kulldorf publièrent la Déclaration de Great Barrington

    On parle de la déclaration organisée par un énorme think tank libertarien, qui nie le réchauffement climatique et investie des millions dans l’industrie fossile ? Mais ça c’est des supers alliés ! Illich serait ravi !

    (Je ne voudrais pas insister sur ce qui devrait être évident, mais une société donnée ne peut pas être, au même moment, confinée et non confinée, ce qui serait le seul moyen de comparer les deux situations de manière sûre et « scientifique ».)

    T’es au courant que la pandémie a touché la Terre entière ? Et que donc c’est une maladie qui touche de manière relativement similaire tous les êtres humains de toutes les sociétés ? Et que donc il est parfaitement possible de voir les différences entre les pays/régions qui ont confiné, et les autres pas ? Il est aussi possible de voir les différences dans un même pays entre des mois sans confiner puis tout d’un coup ce que ça a fait une fois confiné (genre en Angleterre).

    Ce qui m’inquiète le plus dans tout cela est le renforcement de ce que j’ai appelé ailleurs le « mythe de la science », ce qui signifie essentiellement qu’il existe une institution appelée science, s’exprimant d’une seule voix et de manière indiscutable. Chaque fois que quelqu’un parle de « la science », il convoque le mythe. En raison de leur nature, les sciences sont plurielles, contestables et sujettes à d’interminables révisions compliquées. En parler au singulier et faire de cet amalgame un oracle a deux conséquences profondément pernicieuses.

    …

    La seconde conséquence pernicieuse de ce mythe est de nuire aux sciences elles-mêmes. En dépit de la censure qui s’est exercée pendant la pandémie, les désaccords fondamentaux qui ont, dès le début, divisé les épidémiologistes, les virologues, les spécialistes des maladies infectieuses et les experts en santé publique n’ont pu échapper à ceux qui ont l’esprit un tant soit peu ouvert et disposent de sources variées. Ces désaccords sont normaux, prévisibles et sains. C’est la fiction d’unanimité soutenue par ceux qui prétendent savoir et obéir à la science qui est malsaine. À mon avis, cette fiction perpétue une fausse représentation des sciences, dont sont exclus toute variabilité, toute contingence, et tout préjugé. Pire encore, son fondamentalisme engendre cette antiscience à laquelle elle tente de s’opposer. Les sciences s’épanouiront et rempliront leur rôle lorsqu’on cessera de les confondre avec la voix de la nature ou avec la voix de Dieu.

    Cf l’intro du début : « La Science » en tant que grand tout est essentiellement mis en avance par : 1) les politiques et technocrates, qui veulent faire accepter des choses, et 2) les critiques dans son genre. Là pour le covid, ya quand même des milliers de milliers de pages de preuves (mais faut pas être paresseux et les chercher plutôt que de parler en abstraction) qui montrent parfaitement qu’il y a eu plein de débats, plein de tests, plein d’hypothèses, dans la communauté scientifique. Et qu’après des mois de débats, d’expériences, de reproduction des expériences des autres, etc, il c’est DÉGAGÉ un consensus : le virus se propage essentiellement par aérosol, et du coup mettre des masques sérieusement c’est cool pour tout le monde, aérer sérieusement c’est cool, et ne PAS mettre de masque dans un lieu fermé c’est augmenter immensément les risques de propagation (et donc de morts dans le territoire en question), etc, etc.

    Le contraste a été brutal dans le cas de la pratique religieuse. On a approuvé et encouragé les rituels de santé et de sécurité et interdit les rituels religieux.

    Trop dur !

    #David_Cayley #Ivan_Illich #Illich #Jean-Pierre_Dupuy #débat #philosophie #antiscience #consensus_scientifique #méthode_scientifique #vie #Jésus (il parait que c’est important de savoir ce que faisait Jésus dans ce débat)

    • @rastapopoulos
      Voilà une belle manière de ne pas lire un texte en voulant n’y voir que ce que l’on connait déjà !

      Vers la fin on peut tout de même lire ceci :

      J’ai raconté plus haut l’histoire du jeune homme qui, suite à la conférence d’Illich sur Némesis médicale , se demandait si Illich proposait de « laisser mourir les gens ». Je suis bien sûr qu’on pourrait me poser la même question aujourd’hui. C’est une question étrange car elle implique qu’il dépend de moi, ou d’Illich, ou de quiconque peut être interpelé de cette manière, d’autoriser ou non autrui à mourir.

      Mais le progressiste ne supporte pas que l’on discute "la Science". Dès que l’on questionne ses certitudes, il vous demande si vous préférez « laisser mourir les gens »...

      Les représentations antiques des Parques les montrent en train de filer et de couper le fil de la destinée, distribuant à chacun sa part définitive dès la naissance. La représentation contemporaine montre exactement l’inverse. Rien ne détermine notre destin hormis la vigilance des institutions qui nous protègent. Nous vivrons jusqu’à ce qu’on nous « autorise » à mourir, à la fin du traitement.

      Le progressiste ne voit pas de problème a contraindre les gens, si c’est pour leur bien. Obligation vaccinale, QR Code, confinement des non-vaccinés, et quoi d’autre encore... pourvu qu’il soit "scientifiquement démontré" que c’est "efficace"...

      L’hubris qui caractérise cette représentation est l’image inversée de l’ancienne. Illich était l’homme du « juste milieu », ce qui ne signifiait pas la médiocrité à ses yeux, mais un discernement sur le fil du rasoir constamment renouvelé. Il ne préconisait pas plus de laisser mourir les gens au hasard que de les maintenir en vie à tout prix. Rien ne nous indique le point d’équilibre à l’avance, mais ce n’est certainement pas en interdisant la discussion que nous le trouverons.

      Le progressiste ne supporte pas qu’il n’y ai pas de solution rapide et définitive à un problème. Il lui faut de l’hydroxychloroquine, des vaccins, ou une stratégie "Zéro Covid". Il ne peut pas admettre que le virus continuera à circuler quoi qu’il fasse (et quoi qu’il soit effectivement nécessaire de faire pour limiter les dégâts), parce que c’est quelque chose de trop petit et insaisissable pour être maîtrisé. Un peu comme la radioactivité d’un réacteur nucléaire en fusion...

      Et donc, le progressiste n’admet d’autre solution que technique, le reste - la destruction de la vie sociale, le renforcement de l’arbitraire - il s’en fout. Et puisque cela ne marche pas, il lui faut des bouc émissaires :

      les foutaises sur la liberté et Macron il est méchant, ça tient tant qu’on ne considère pas qu’il y a une conséquence réellement mortelle au « choix » de ne pas se faire vacciner. Et que ce choix a pour conséquence de tuer des gens. Si ça vous fait chier de l’entendre, continuez à vous enterrer la tête dans le cul, mais ne venez pas couiner que ce sont les autres qui sont méchants.

      ▻https://seenthis.net/messages/936603
      C’est dans un post d’ @arno .

      Le progressiste manie avec virtuosité les chiffres et les stats, car il s’est lui-même si bien identifié aux experts et au point de vue du gouvernement - c’est-à-dire à la domination - qu’il se considère lui-même comme une variable d’ajustement. Stade suprême de l’aliénation...

      Un risque est une probabilité répartie dans une population, ce n’est pas une personne. Une personne invite au discernement, c’est-à-dire qu’elle nous invite à nous concentrer attentivement sur une histoire unique.

      Explication : si dans une population une stat établi que les individus ont tant de probabilité de mourir de tel chose, ou de diffuser telle maladie, cela ne veut pas dire que tous les individus ont la même probabilité de le faire, mais seulement que c’est une moyenne. Et donc, on ne peut pas imputer a un individu ou à une fraction de la population la cause ou la responsabilité de quelque chose à partir de stats. On ne peut pas non plus justifier des mesures générales sur la base de ces stats : il faudrait avant tout faire appel au #discernement des personnes.

      Mais c’est pas une solution technique, donc ça ne vaut rien, n’est-ce pas !?

      Mais le progressiste ne s’indigne pas plus que ça que certains qualifient d’ assassins certaines catégories ni des mesures de discrimination à l’égard de ceux qu’il considère comme des déviants.

      Le progressiste oublie facilement l’histoire, et particulièrement celle des sciences. Car à propos de " comment fonctionne le consensus scientifique ", on pourrait parler de l’idéologie scientifique #eugénisme qui avait pignon sur rue au début du XXe siècle.

      Là également à " aucun moment une brebis galeuse n’a eu raison contre l’ensemble de toutes les personnes en capacité de la relire, de la comprendre, et de reproduire ce qu’elle avance " car il s’agissait de rien de moins que d’éviter la dégénérescence de la race humaine.

      Là aussi des solutions techniques ont été mises en œuvre et des populations ont été stigmatisées pour leurs mauvais comportements sociaux et reproductifs, jusque dans des pays tout ce qu’il y a de (socio-)démocratiques...

      Autrement dit, le consensus scientifique d’un jour n’est peut-être pas celui de demain, et l’expérimentation dans le #laboratoire-monde n’a pas encore livrée tous ses résultats...

      Donc, oui, ce texte de David Cayley n’est pas parfait ni irréprochable. C’est vraiment étonnant, n’est-ce pas ?!?

      Il cite des libéraux, en effet. Mais quand les soi-disant progressistes ont renoncé à défendre la liberté et l’autonomie (le discernement) des personnes, vers qui se tourner ?

      ▻https://sniadecki.wordpress.com/tag/mathieu-slama

      Ou pensent-ils qu’Illich lui-même a tort ?

    • Le débat est important, il me semble. Est-ce que vous en savez plus sur Richard Schabas, l’ancien directeur du centre international pour les maladies infectieuses du Manitoba, et Joel Kettner ? à toutes fins utiles j’aurai voulu comprendre les positions qu’ils ont tenu ou tiennent.

  • Silent Blocks
    Sur la pandémie actuelle
    d’après le point de vue d’Ivan Illich

    Ernest London

    ▻https://lavoiedujaguar.net/Silent-Blocks

    Les photographies de Myr Muratet montrent un Paris rendu soudain silencieux par le confinement total de la population au printemps 2020, que seul vient troubler le bruit des bottes d’un dispositif policier chargé de le faire respecter. Le journaliste scientifique canadien David Cayley, nourri à la pensée d’Ivan Illich, s’interroge sur la gestion de la pandémie par les États occidentaux, cherchant à comprendre comment les mesures préventives, fondement de nos sociétés, peuvent être à l’origine des états de crise.

    Photographies des rues désertées d’une ville confinée où l’on aperçoit ceux qui sont d’ordinaire invisibles, les parias, plus que jamais bien nommés « sans-abri », ainsi que des patrouilles qui veillent à maintenir un ordre que plus grand-chose ne vient contrarier. Rue de Rivoli, quartier de la Défense et place de l’Étoile figés, plus que jamais minéralisés, sans autre signe de vie ou de mouvement qu’un cycliste qui prend le temps de respirer, une mauvaise herbe qui profite de la disparition de la circulation pour surgir. Chantier à l’arrêt, fenêtres de bureaux abandonnés, enterrement sans cortège, piétons qui ne croisent même plus leurs regards, comme de peur d’être contaminés par ce seul contact. Myr Muratet donne à voir des points de vue pour le moins inhabituels.

    C’est aussi ce que propose David Cayley avec cet article rédigé début avril 2020, constatant que ses hypothèses à propos de la gestion de la pandémie sont très éloignées de toutes celles qu’il lit et entend. (...)

    #recension #photographies #Paris #Myr_Muratet #David_Cayley #Ivan_Illich #pandémie #médecine #interrogation #iatrogénèse #biomédecine #santé #corps #contrôle #obéissance

  • Ivan Illich et la déscolarisation de la société 1/2
    ▻https://topophile.net/savoir/ivan-illich-et-la-descolarisation-de-la-societe-1-2

    La pensée d’Ivan Illich (1926-2002), figure inclassable et incontournable de la critique de la société industrielle, se révèle toujours aussi stimulante et pertinente. Elle a nourri et continue de nourrir nombre de mouvements écologistes ainsi que cette humble revue. Illich démontre que les institutions passées un certain seuil deviennent contre-productives, c’est-à-dire se retournent contre leur... Voir l’article

  • Entretien avec Pierre Madelin
    « L’écologie politique s’affirme
    comme une réflexion critique de la modernité »

    par Kévin Boucaud-Victoire, Pierre Madelin

    ▻https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Pierre-Madelin-L-ecologie-politique-s-affirme-comme-u

    Pierre Madelin vit depuis 2012 dans l’État mexicain du Chiapas. Dans un essai d’écologie politique publié en 2017, il analyse le capitalisme et ses effets sur l’environnement en tentant de tracer une voie de sortie décroissante, radicale et libertaire.

    « Je suis parfaitement d’accord avec Cornelius Castoriadis pour dire que la modernité est traversée par une tension entre deux grandes significations imaginaires : une signification imaginaire de domination rationnelle du monde, et une signification imaginaire d’autonomie. Pendant longtemps — c’est tout le sens des philosophies progressistes de l’histoire —, on a pensé que ces deux significations imaginaires étaient indissociables l’une de l’autre, que l’émancipation des hommes passait nécessairement par la soumission de la nature. Aujourd’hui, nous savons qu’il n’en est rien. Non seulement l’autonomie se trouve menacée là même où elle s’était affirmée avec le plus de vigueur depuis deux siècles, c’est-à-dire dans l’espace politique (quelles que soient les imperfections de la “liberté” dans les régimes libéraux, la laïcité marque bien une autonomie du politique par rapport au religieux, les libertés fondamentales une autonomie de l’individu par rapport au corps social et à l’arbitraire de l’État, etc.), mais notre maîtrise croissante (ou notre illusion de maîtrise) de la nature et l’avancée du capitalisme qui l’accompagne détruisent également l’autonomie des individus et des sociétés dans leurs espaces domestiques et communs, comme s’est employé à le montrer Ivan Illich dans l’ensemble de son œuvre.

    Jamais société n’avait porté l’étendard de la liberté avec autant d’ardeur, et jamais pourtant elle n’avait détruit avec autant de zèle les formes concrètes de la liberté et de l’autonomie. » (...)

    #Pierre_Madelin #Castoriadis #autonomie #Ivan_Illich #domination #écologie #interdépendance #capitalisme #Serge_Latouche #Anselm_Jappe #Chiapas #zapatisme #autochtonie #John_Holloway #Zygmunt_Bauman #Simone_Weil #Mélenchon #Val_Plumwood #ZAD

  • Sur la pandémie actuelle, d’après le point de vue d’Ivan Illich
    ▻https://lundi.am/Sur-la-pandemie-actuelle-d-apres-le-point-de-vue-d-Ivan-Illich

    par David Cayley

    J’ai essayé de dégager la question principale que cette pandémie soulève, à mes yeux : l’effort massif et coûteux déployé pour endiguer et limiter les maux causés par le virus est-il le seul choix qui s’offre à nous ? Cet effort est-il une sorte de réponse évidente, inévitable, dictée par la simple prudence, afin de protéger toutes les personnes les plus vulnérables ? Ou bien n’est-il pas une forme désastreuse, qui cherche à contrôler ce qui est clairement hors-contrôle ? Un effort qui doublera les dégâts provoqués par la maladie d’autres problèmes, qui auront une incidence dans un futur plus ou moins éloigné ?

    La convivialité tentait d’identifier ce jeu d’« échelles naturelles » – c’est d’ailleurs la seule tentative générale et programmatique entreprise par Illich pour établir une philosophie des technologies.

    Deux ans plus tard, dans Némésis médicale, Illich a cherché à rendre dans les détails les bienfaits et les méfaits causés par la médecine. Le plus souvent, il était favorable aux grandes innovations en santé publique : celles qui ont rendu accessibles de la bonne nourriture, une eau potable, un air sain, un système d’égout, etc. Plutôt que de laisser la médecine développer des produits de luxe inaccessibles au plus grand nombre, il a loué les efforts menés à l’époque par la Chine ou le Chili pour rendre accessibles et abordables à tout citoyen, une pharmacopée et des outils médicaux de base. Mais la plus grande contribution de son livre consiste en une identification des effets contre-productifs en médecine, effets qui devenaient de plus en plus évidents à mesure que le second virage était pris. Il a appelé ces dysfonctionnements liés à la médecine iatrogénèse et les a rangés en trois catégories : cliniques, sociaux et culturels.

    Un exemple de cette iatrogénèse sociale est attesté par le fait que l’art médical, où le thérapeute est appelé à agir comme guérisseur, comme témoin et conseiller, est progressivement remplacé par une science médicale, où le docteur, en tant que scientifique, doit traiter, par définition, son patient comme sujet d’une expérience et non en tant que cas unique. On trouve, enfin, l’ultime blessure infligée par la médecine : la iatrogénèse culturelle. Elle se produit lorsque des savoirs-faire, élaborés et transmis depuis des générations, sont d’abord supplantés puis progressivement remplacés. Parmi ces savoirs-faire on compte l’apprentissage de la souffrance et le fait d’accepter sa propre réalité, mais aussi le fait d’accueillir sa propre mort. L’art de souffrir était peu à peu évincé par une conception nouvelle : toute souffrance pouvait et devait être immédiatement soulagée – une attitude qui, de fait, ne met pas fin aux souffrances, mais a plutôt tendance à la rendre insignifiante et la transforme en une simple anomalie ou problème technique.

    En creusant un peu l’argumentation illichienne, on y débusquera une attitude chrétienne traditionnelle. Il affirmait que la souffrance et la mort sont inhérents à la condition humaine – ils définissent cette condition même.

    Dans la province d’Ontario, où je vis, la « santé publique » capte 40% du budget gouvernemental, ce qui témoigne assez clairement de l’enjeu politique qu’elle représente. Et ce pouvoir quotidien, aussi conséquent soit-il, peut se voir accentuer qui plus est par ce qu’Illich nomme « la ritualisation de crise », qui confère à la médecine une licence qu’on octroie habituellement aux seuls militaires.

    C’est l’absence de corps, d’incarnation, qui caractérise le mieux les hommes (people) au sein du nouveau « discours d’analyse systémique. » C’est assez paradoxal, évidemment, puisque les hommes en « quête pathologique de santé » selon l’expression illichienne, peuvent être intensément préoccupés, inlassablement, et de façon parfois narcissique, par l’état de leur corps. Pour mieux comprendre cette « désincarnation », du moins comprendre pourquoi Illich l’appelait ainsi, on peut donner l’exemple de la « prévention des risques », qu’il disait être « l’idéologie la plus religieusement célébrée de l’époque. »

    Haraway, qui percevait – à mon avis – quasiment les mêmes choses qu’Illich, établit des conclusions qui sont, point par point, diamétralement opposées aux siennes. En référence à ce qu’elle appelle le « corps postmoderne », elle y dit par exemple que « les êtres humains, de même que n’importe quel élément ou sous-système, doivent être situés au sein d’une architecture systémique dont les modes opératoires de base sont de forme probabiliste et statistique. » « D’un certain point de vue » continue-t-elle, « les organismes ont cessé d’exister en tant qu’objets de la connaissance, ils sont désormais considérés comme des éléments biotiques. » Ce qui débouche sur une situation où « aucun objet, aucun espace, aucun corps n’est plus sacré en soi ; les éléments peuvent être interconnectés entre eux si l’on est en mesure de construire le standard ou le code adéquat, capable de traduire des signaux en un langage commun. » Dans un monde d’interfaces, où les frontières régulent des « taux de flux » plus qu’elles n’établissent des différences réelles, l’« intégrité des objets naturels » n’est plus une question à l’ordre du jour. « L’’intégrité’ ou la ’sincérité’ du Moi occidental » avance-t-elle « font place à des procédures décisionnelles, des systèmes d’expertise et des stratégies d’investissement des ressources. »

    Autrement dit, Haraway, tout comme Illich, comprend que toute personne, en tant qu’être unique, stable et sacré, s’est dissoute en sous-système provisoire et auto-régulé, interagissant constamment avec les systèmes de l’échelon supérieur au sein desquels elle navigue.

    Le point de vue d’Illich est complètement réactionnaire, selon tous les usages habituels de ce terme. Il veut faire retour et renoncer à cet âge des systèmes où l’unité première de la création, la personne humaine, a été perdue. Toute son intuition prend racine dans la révélation, dont il considère que l’humanité s’est détournée. La « vie abondante » promise dans le Nouveau Testament a été corrompue par une hégémonie humaine si totale, si claustrophobe, que rien ne peut l’atteindre, qui provienne d’un quelconque en-dehors.

    Le point au-delà duquel la médecine devenait une force de destruction plutôt qu’une force bienfaitrice, accompagnatrice de l’humanité, a été dépassé.

    Sur le Covid...

    L’idée selon laquelle l’action préventive est cruciale a été acceptée sans broncher, et les gens se sont même empressés de dénoncer les traînards qui ont montré une quelconque résistance à cette idée. Pour agir de la sorte, il faut avoir été habitué à un espace public où la prévention passe avant le soin, et c’est exactement ce qu’Illich décrit lorsqu’il parle du risque comme de « l’idéologie religieuse la plus largement célébrée aujourd’hui. » C’est seulement dans une société habituée à « dompter la croissance », à « garder une longueur d’avance » (stay ahead of the curve) et à penser en termes de populations plutôt qu’en terme de cas réels, qu’une expression comme « aplanir la courbe » peut faire partie du décor et entrer dans les mœurs en moins de vingt-quatre heures.

    Ainsi que je l’ai montré plus haut, nous sommes traités et scannés pour des maladies que nous n’avons pas encore contractées, sur fond de schéma probabiliste (quelle est la probabilité que nous l’attrapions). Des couples qui vont avoir un enfant prennent des décisions sur la base de profils de probabilités. La sécurité est devenue un mantra – être bien c’est être en sécurité – la santé est devenue une divinité.

    Idolâtrie de la vie et aversion de la mort sont des aspects notables de l’atmosphère générale du moment. Qu’il faille à tout prix « sauver des vies », n’est même pas mis en question. Il est aisé de céder à la panique. Faire en sorte que tout un pays « rentre à la maison et reste à la maison », comme l’a dit le premier ministre, a un coût incalculable. Personne ne peut dire combien de boîtes mettront la clé sous la porte, combien de personnes vont perdre leur boulot, combien devenir fous de solitude, combien retomber accroc, combien se foutre sur la gueule du fait de leur isolement. Dès qu’on brandit le spectre des vies perdues, ces coûts semblent supportables. Je le redis, nous avons appris à faire des comptes depuis bien longtemps. L’obsession actuelle au sujet du taux de mortalité n’est que l’envers du décor. La vie devient une abstraction – un chiffre sans histoire.

    Ce qui semble clair ici au Canada, c’est qu’à l’exception de quelques endroits où il y a une vraie urgence, l’omniprésence de la panique et le sentiment de crise sont le fruit des mesures prises en réponse à la pandémie et non de la pandémie elle-même. Le mot de pandémie lui-même a d’ailleurs joué un rôle non négligeable – la décision de l’OMS de considérer la progression de la maladie comme une pandémie n’a pas changé l’état de santé des gens mais a changé, de façon dramatique, l’atmosphère générale. Le signal était donné aux media, un signal qu’ils attendaient tous : on passait en régime guerrier ; rien ne devait être discuté excepté le virus.

    Justin Trudeau, le premier ministre canadien, a fait remarquer le 25 mars que nous faisions face à « la plus grave crise d’aide sanitaire de notre histoire. » S’il parle de crise sanitaire, ça me semble être une exagération grotesque. Pensons aux effets désastreux de la varicelle sur les communautés indigènes, ou aux effets catastrophiques d’autres épidémies telles que le choléra, la fièvre jaune, la diphtérie et la polio.

    Et bien, je pense qu’il y a plein d’autres personnes âgées qui se joindront à moi pour dire qu’ils ne veulent pas particulièrement voir des jeunes vies être ruinées pour qu’on prolonge leur vie d’un an ou deux. Mais, au-delà de ça, « laisser tout le monde mourir », quelle drôle de formule. Elle suggère que le pouvoir de vie ou de mort se trouve entre les mains de ceux ou celles à qui on adresse la question. Ceux à qui on suppose ce droit de vie ou de mort, ne peuvent exister que dans un monde d’information et de maîtrise technique parfaite. Dans un tel monde rien n’advient qui n’ait pas été préalablement choisi. Si quelqu’un meurt, c’est qu’on l’aura « laissé... mourir. » L’État doit, coûte que coûte, promouvoir, réguler et protéger la vie – c’est l’essence de ce que Michel Foucault appelait la #bio-politique, le régime qui aujourd’hui nous domine sans conteste.

    Il est devenu compliqué de parler de la mort autrement que comme d’une chose due à la négligence des uns ou des autres, à la limite une chose qui arrive après qu’on ait tout essayé. Accepter la mort c’est accepter la défaite.

    Les événements récents révèlent le degré de notre dépendance aux systèmes. Ils montrent que nous ne sommes pas des citoyens associés et à quel point nous sommes devenus des populations. A quel point nous sommes gouvernés par le besoin constant de contrecarrer le futur que nous avons nous-mêmes préparé.

    Les épidémiologistes ont beau dire franchement, en ce moment même, comme ils sont nombreux à l’avoir fait, qu’on a très peu de matériau solide sur quoi se fier, ça n’a pas empêché les politiciens de claironner et de prendre des décisions en tant que bras exécutif de la Science. A mon avis, l’adoption d’une politique de quasi-quarantaine pour les personnes non malades – une politique aux conséquences possiblement désastreuses : chômage de masse, faillites en série, hommes et femmes à bout, gouvernements endettés – est une décision politique, qui mérite donc d’être discutée politiquement. Malheureusement, pour le moment, le voile confortable de la Science aveugle l’ensemble des politiciens.

    Mouais, en France c’est moins le conseil scientifique que le Medef qui a l’oreille du gouvernement... Mais c’est la même logique de gestion des populations.

    Dans ce « désert sémantique emplis d’échos confus », nous avons besoin d’un « quelconque fétiche prestigieux » qui puisse servir de « doudou ». Dans le texte en question, il donne la « Vie » comme exemple principal d’un tel fétiche. La « sentimentalité épistémique » s’attache toute seule à la Vie, et la Vie devient cette bannière, qui réunit l’ensemble des projets de contrôle social et de progrès technologique, et s’acquiert sympathie et lustre. Illich parle de sentimentalité épistémique parce qu’elle implique des objets de connaissance construits qui sont naturalisés sous l’égide généreuse du « fétiche prestigieux. » En ce moment nous sommes en train de préserver notre système de santé et de sauver des vies de façon frénétique. Ces objets, des objets nobles, induisent un déversement de sentiments auquel il est difficile de résister. Tout se trouve condensé, à mon avis, dans le ton insupportablement doucereux avec lequel notre Premier ministre s’adresse à nous maintenant presque tous les jours.

    Ce qu’Illich cherche à montrer dans La Convivialité c’est que les politiques publiques doivent toujours trouver un point d’équilibre entre des domaines, des rationalités, des valeurs qui s’opposent. Cet ouvrage essaie de montrer comment et à quel moment des outils vertueux et utiles – des outils pour la convivialité – deviennent des outils qui ont leur fin en eux-mêmes et dictent leurs paradigmes aux usagers. Il essaie également d’établir une distinction entre un jugement politique pratique et une opinion experte, entre des discours fait-maison et le matraquage des mass-media, entre des pratiques vernaculaires et des normes institutionnelles. La plupart de ces distinctions ont déjà fondu en un « système » monochrome, mais je crois qu’il est bon de garder cette idée à l’esprit. Ça nous pousse à poser la question ainsi : quand en avons-nous assez ? Où se trouve le point d’équilibre ?

    Je pense qu’il sera très difficile de sortir de ce tunnel dans lequel nous sommes entrés – distanciation physique, aplanissement de la courbe, etc. Deux possibilités s’offrent à nous, ou bien nous en sortons assez vite et admettons que tout ça a été fait en vain, ou bien nous creusons ce tunnel plus profondément encore et provoquons des dégâts qui risquent d’être plus graves que les problèmes que nous avons essayé d’éviter. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a rien à faire. C’est une pandémie. Mais je crois qu’il eut été préférable d’utiliser un processus de quarantaine ciblée pour les personnes clairement identifiées comme malades et leurs proches. Fermer les stades de base-ball et de hockey, dans tous les cas, mais garder les petits commerces ouverts et essayer de recevoir les gens comme cela a été fait dans les grandes surfaces qui sont restées ouvertes.

    #santé_publique #Ivan_Illich #santé #politique

    • Un copain me dit que la sphère radicale fourmille désormais de ce genre d’analyses un peu libertariennes, très opposées à la notion de santé publique, parfois pour de bonnes raisons (comme Illich qui n’a jamais fait soigner son cancer et acceptait la douleur - ce qui est quand même très radical et je pense très rare), parfois parce que juste fait chier. Pour l’instant, dans mon entourage anarchiste, j’observe un grand civisme qui me laisse imaginer le meilleur d’une société anarchiste : on est à fond contre la délégation de notre puissance à un État (malveillant par nature) mais on prend soin les un·es des autres, y compris par des gestes qui n’ont pas de sens immédiat.

      #anarchisme

    • il y a quand même la majorité des actes concrets qui sont demandés actuellement, qui sont parfaitement conviviaux, maitrisables, compréhensibles, à toute échelle. L’hygiène de base a sauvé bien plus de vie que de nombreux médicaments, et certains médicaments simples (et fabriquables sans moyens trop énormes) ont de même sauvé bien plus de vies que des médicaments compliqués et rares, et ça Illich le rappelle dans La convivialité, donc c’est bien que la prévision est importante aussi pour lui (l’hygiène sert bien à prévenir, pas à guérir).

      Là on doit faire attention à l’hygiène des mains, mettre un masque, ne pas avoir trop de monde dans un lieu fermé… Tout ça doit être fait à grande échelle, mais chacun de ces gestes restent assez simples et assimilables sans industrie médicale que je sache… Reste qu’il faut bien comprendre au bout d’un moment ce qu’est cette maladie, comment fonctionne ce virus etc, pour savoir quoi faire sur le long terme.

    • Oui, le propos d’Illich c’est que des règles d’hygiène minimales ont été beaucoup plus efficaces en termes de santé que des découvertes high tech (médicaments, imagerie, etc.) qui sont elles contre-productives. Donc #prévention, oui, mais pour l’informer, comme tu dis, il faut aussi des savoirs savants...

      Je commence à remarquer que des copines à moi n’ont pas envie de se déconfiner et je me dis qu’un peu de savoirs savants sur le virus les aiderait à faire baisser leur angoisse : savoir qu’est-ce qui est porte d’entrée (pas les mains), qu’une petite charge virale ne devrait pas les rendre malades (donc réduire, filtrer mais pas tendre à la perfection aux dépens de la vie sociale et de la santé mentale), combien de temps le virus tient sur quelles surfaces, etc. (Et les élus pourraient aussi bien le savoir, histoire de ne pas faire de conneries.)

      Ceci dit, Xavier Noulhianne raconte souvent que dans Le Mesnage des champs, un livre de 1600, les règles de la pasteurisation du lait étaient énoncées sans que l’auteur sache pourquoi c’était efficace, seulement que c’était efficace.

      #savoirs

    • Oui il y a plein de savoirs qui ont été connu par des peuples premiers ou même chez nos paysans en occident mais qui ont été découvert par l’expérience uniquement au fil de siècles, que ce soit en agronomie, en plante médicinale, etc (c’est flagrant pour les plantes qui soignent et comment, cette plante là doit être ingérée, cette autre frottée sur la peau, etc). Et souvent ils lient ça à des mythes totalement irrationnels pour nous. Mais pourtant ça marche et pendant des siècles de manière durable (comme la gestion de la forêt en Amérique du Sud). Dans leur cosmogonie, ils savaient pourquoi ça marchait hein : leurs mythes l’expliquaient parfaitement.

      C’est un des thèmes de cet article très intéressant :
      ▻https://seenthis.net/messages/853564, par exemple dans le chapitre « L’écologie des primitifs ».

      Nous on veut savoir ce qui fonctionne ET comprendre réellement pourquoi, la vraie raison objective. Je sais bien par l’Histoire et l’anthropologie que ce type de rapport au monde a détruit bien plus de choses (physiquement et socialement) que chez ces peuples, mais pourtant je demeure un indécrottable rationaliste… Les appels à Dieu et à ce que seraient les humains par rapport à leur création, comme le rappelle cet article pour la pensée d’Illich, j’y suis évidemment totalement imperméable, ça n’a aucun sens pour moi. Et je pense qu’on doit pouvoir avoir une société où on utilise de la médecine basée sur les faits, tout en cherchant à être durables, à ne pas nuire à ce qui nous entoure, environnement et gens. Et je trouve même que c’est le plus haut degré du rationalisme, puisque ceux qui sont dans le scientisme, ont justement un mauvais rationalisme, une nouvelle religion irrationnelle : ils pensent que la science et le progrès peuvent tout résoudre, et que l’on peut tout créer, tout gérer, etc. Ce que je ne pense pas.

  • L’obsession de la santé parfaite, Ivan Illich - Le Monde diplomatique, mars 1999.
    ▻https://www.monde-diplomatique.fr/1999/03/ILLICH/2855

    Dans les pays développés, l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant. Le système médical, dans un monde imprégné de l’idéal instrumental de la science, crée sans cesse de nouveaux besoins de soins. Mais plus grande est l’offre de santé, plus les gens répondent qu’ils ont des problèmes, des besoins, des maladies. Chacun exige que le progrès mette fin aux souffrances du corps, maintienne le plus longtemps possible la fraîcheur de la jeunesse, et prolonge la vie à l’infini. Ni vieillesse, ni douleur, ni mort. Oubliant ainsi qu’un tel dégoût de l’art de souffrir est la négation même de la condition humaine.
      
    Quand on considère en historien notre médecine, c’est-à-dire la médecine dans le monde occidental, on se tourne inévitablement vers la ville de Bologne, en Italie. C’est dans cette cité que l’ ars medendi et curandi s’est séparé, en tant que discipline, de la théologie, de la philosophie et du droit. C’est là que, par le choix d’une petite partie des écrits de Galien (1), le corps de la médecine a établi sa souveraineté sur un territoire distinct de celui d’Aristote ou de Cicéron. C’est à Bologne que la discipline dont le sujet est la douleur, l’angoisse et la mort a été réintégrée dans le domaine de la sagesse ; et que fut dépassée une fragmentation qui n’a jamais été opérée dans le monde islamique, où le titre de Hakim désigne, tout à la fois, le scientifique, le philosophe et le guérisseur.

    Bologne, en donnant l’autonomie universitaire au savoir médical et, de plus, en instituant l’autocritique de sa pratique grâce à la création du protomedicato , a jeté les bases d’une entreprise sociale éminemment ambiguë, une institution qui, progressivement, a fait oublier les limites entre lesquelles il convient d’affronter la souffrance plutôt que de l’éliminer, d’accueillir la mort plutôt que de la repousser.

    Certes, la tentation de Prométhée (2) s’est présentée tôt à la médecine. Avant même la fondation, en 1119, de l’université de Bologne, des médecins juifs, en Afrique du Nord, contestaient l’effacement des médecins arabes à l’heure fatale. Et il a fallu du temps pour que cette règle disparaisse : encore en 1911, date de la grande réforme des écoles de médecine américaines, on enseignait comment reconnaître la « face hippocratique » , les signes qui font savoir au médecin qu’il ne se trouve plus devant un patient, mais devant un mourant.

    Ce réalisme appartient au passé. Toutefois, vu l’encombrement par les non-morts grâce aux soins, et vu leur détresse modernisée, il est temps de renoncer à toute guérison de la vieillesse. Par une initiative, on pourrait préparer le retour de la médecine au réalisme qui subordonne la technique à l’art de souffrir et de mourir. Nous pourrions sonner l’alarme pour faire comprendre que l’art de célébrer le présent est paralysé par ce qui est devenu la recherche de la santé parfaite.

    #soin #système_médical #médecine #santé #santé_parfaite #vieillesse #art_de_souffrir (...) #douleur #patint #mourant #Ivan_Illich

  • Lettre à G. - Repenser la société avec André Gorz

    Film consacré à #André_Gorz, l’un des intellectuels les plus stimulants du XXIe siècle. Disciple de #Jean-Paul_Sartre, très influencé par #Ivan_Illich, il fut tout à la fois philosophe, journaliste engagé, critique économique, penseur de l’autonomie et pionnier de l’#écologie_politique en France.

    Le film complet en accès libre et gratuit jusqu’au 25 avril 20
    ▻https://andregorz.fr/le-film

    Bande annonce
    ▻https://vimeo.com/332445339

    Citation partagée par une amie sur un « autre » réseau social :

    En partant de la critique du #capitalisme, on arrive donc immanquablement à l’#écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et à radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu’il y a une morale de l’écologie, mais plutôt que l’exigence éthique d’émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l’écologie politique est une dimension essentielle. Si tu pars, en revanche, de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un #anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste. L’écologie n’a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d’un mode de production ; et que ce mode de production exige la maximisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. Je tiens donc que la critique des techniques dans lesquelles la domination sur les hommes et sur la nature s’incarne est une des dimensions essentielles d’une éthique de la libération.

    André Gorz, Introduction / Écologica, Éditions Galilée, 2008.

    Via ▻https://huit.re/Andre_Gorz

    Plus : ▻https://www.cairn.info/publications-de-Gorz-Andr%C3%A9--2397.htm