#ivan_illich

  • Ivan Illich et la déscolarisation de la société 1/2
    https://topophile.net/savoir/ivan-illich-et-la-descolarisation-de-la-societe-1-2

    La pensée d’Ivan Illich (1926-2002), figure inclassable et incontournable de la critique de la société industrielle, se révèle toujours aussi stimulante et pertinente. Elle a nourri et continue de nourrir nombre de mouvements écologistes ainsi que cette humble revue. Illich démontre que les institutions passées un certain seuil deviennent contre-productives, c’est-à-dire se retournent contre leur... Voir l’article

  • Entretien avec Pierre Madelin
    « L’écologie politique s’affirme
    comme une réflexion critique de la modernité »

    par Kévin Boucaud-Victoire, Pierre Madelin

    https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Pierre-Madelin-L-ecologie-politique-s-affirme-comme-u

    Pierre Madelin vit depuis 2012 dans l’État mexicain du Chiapas. Dans un essai d’écologie politique publié en 2017, il analyse le capitalisme et ses effets sur l’environnement en tentant de tracer une voie de sortie décroissante, radicale et libertaire.

    « Je suis parfaitement d’accord avec Cornelius Castoriadis pour dire que la modernité est traversée par une tension entre deux grandes significations imaginaires : une signification imaginaire de domination rationnelle du monde, et une signification imaginaire d’autonomie. Pendant longtemps — c’est tout le sens des philosophies progressistes de l’histoire —, on a pensé que ces deux significations imaginaires étaient indissociables l’une de l’autre, que l’émancipation des hommes passait nécessairement par la soumission de la nature. Aujourd’hui, nous savons qu’il n’en est rien. Non seulement l’autonomie se trouve menacée là même où elle s’était affirmée avec le plus de vigueur depuis deux siècles, c’est-à-dire dans l’espace politique (quelles que soient les imperfections de la “liberté” dans les régimes libéraux, la laïcité marque bien une autonomie du politique par rapport au religieux, les libertés fondamentales une autonomie de l’individu par rapport au corps social et à l’arbitraire de l’État, etc.), mais notre maîtrise croissante (ou notre illusion de maîtrise) de la nature et l’avancée du capitalisme qui l’accompagne détruisent également l’autonomie des individus et des sociétés dans leurs espaces domestiques et communs, comme s’est employé à le montrer Ivan Illich dans l’ensemble de son œuvre.

    Jamais société n’avait porté l’étendard de la liberté avec autant d’ardeur, et jamais pourtant elle n’avait détruit avec autant de zèle les formes concrètes de la liberté et de l’autonomie. » (...)

    #Pierre_Madelin #Castoriadis #autonomie #Ivan_Illich #domination #écologie #interdépendance #capitalisme #Serge_Latouche #Anselm_Jappe #Chiapas #zapatisme #autochtonie #John_Holloway #Zygmunt_Bauman #Simone_Weil #Mélenchon #Val_Plumwood #ZAD

  • Sur la pandémie actuelle, d’après le point de vue d’Ivan Illich
    https://lundi.am/Sur-la-pandemie-actuelle-d-apres-le-point-de-vue-d-Ivan-Illich

    par David Cayley

    J’ai essayé de dégager la question principale que cette pandémie soulève, à mes yeux : l’effort massif et coûteux déployé pour endiguer et limiter les maux causés par le virus est-il le seul choix qui s’offre à nous ? Cet effort est-il une sorte de réponse évidente, inévitable, dictée par la simple prudence, afin de protéger toutes les personnes les plus vulnérables ? Ou bien n’est-il pas une forme désastreuse, qui cherche à contrôler ce qui est clairement hors-contrôle ? Un effort qui doublera les dégâts provoqués par la maladie d’autres problèmes, qui auront une incidence dans un futur plus ou moins éloigné ?

    La convivialité tentait d’identifier ce jeu d’« échelles naturelles » – c’est d’ailleurs la seule tentative générale et programmatique entreprise par Illich pour établir une philosophie des technologies.

    Deux ans plus tard, dans Némésis médicale, Illich a cherché à rendre dans les détails les bienfaits et les méfaits causés par la médecine. Le plus souvent, il était favorable aux grandes innovations en santé publique : celles qui ont rendu accessibles de la bonne nourriture, une eau potable, un air sain, un système d’égout, etc. Plutôt que de laisser la médecine développer des produits de luxe inaccessibles au plus grand nombre, il a loué les efforts menés à l’époque par la Chine ou le Chili pour rendre accessibles et abordables à tout citoyen, une pharmacopée et des outils médicaux de base. Mais la plus grande contribution de son livre consiste en une identification des effets contre-productifs en médecine, effets qui devenaient de plus en plus évidents à mesure que le second virage était pris. Il a appelé ces dysfonctionnements liés à la médecine iatrogénèse et les a rangés en trois catégories : cliniques, sociaux et culturels.

    Un exemple de cette iatrogénèse sociale est attesté par le fait que l’art médical, où le thérapeute est appelé à agir comme guérisseur, comme témoin et conseiller, est progressivement remplacé par une science médicale, où le docteur, en tant que scientifique, doit traiter, par définition, son patient comme sujet d’une expérience et non en tant que cas unique. On trouve, enfin, l’ultime blessure infligée par la médecine : la iatrogénèse culturelle. Elle se produit lorsque des savoirs-faire, élaborés et transmis depuis des générations, sont d’abord supplantés puis progressivement remplacés. Parmi ces savoirs-faire on compte l’apprentissage de la souffrance et le fait d’accepter sa propre réalité, mais aussi le fait d’accueillir sa propre mort. L’art de souffrir était peu à peu évincé par une conception nouvelle : toute souffrance pouvait et devait être immédiatement soulagée – une attitude qui, de fait, ne met pas fin aux souffrances, mais a plutôt tendance à la rendre insignifiante et la transforme en une simple anomalie ou problème technique.

    En creusant un peu l’argumentation illichienne, on y débusquera une attitude chrétienne traditionnelle. Il affirmait que la souffrance et la mort sont inhérents à la condition humaine – ils définissent cette condition même.

    Dans la province d’Ontario, où je vis, la « santé publique » capte 40% du budget gouvernemental, ce qui témoigne assez clairement de l’enjeu politique qu’elle représente. Et ce pouvoir quotidien, aussi conséquent soit-il, peut se voir accentuer qui plus est par ce qu’Illich nomme « la ritualisation de crise », qui confère à la médecine une licence qu’on octroie habituellement aux seuls militaires.

    C’est l’absence de corps, d’incarnation, qui caractérise le mieux les hommes (people) au sein du nouveau « discours d’analyse systémique. » C’est assez paradoxal, évidemment, puisque les hommes en « quête pathologique de santé » selon l’expression illichienne, peuvent être intensément préoccupés, inlassablement, et de façon parfois narcissique, par l’état de leur corps. Pour mieux comprendre cette « désincarnation », du moins comprendre pourquoi Illich l’appelait ainsi, on peut donner l’exemple de la « prévention des risques », qu’il disait être « l’idéologie la plus religieusement célébrée de l’époque. »

    Haraway, qui percevait – à mon avis – quasiment les mêmes choses qu’Illich, établit des conclusions qui sont, point par point, diamétralement opposées aux siennes. En référence à ce qu’elle appelle le « corps postmoderne », elle y dit par exemple que « les êtres humains, de même que n’importe quel élément ou sous-système, doivent être situés au sein d’une architecture systémique dont les modes opératoires de base sont de forme probabiliste et statistique. » « D’un certain point de vue » continue-t-elle, « les organismes ont cessé d’exister en tant qu’objets de la connaissance, ils sont désormais considérés comme des éléments biotiques. » Ce qui débouche sur une situation où « aucun objet, aucun espace, aucun corps n’est plus sacré en soi ; les éléments peuvent être interconnectés entre eux si l’on est en mesure de construire le standard ou le code adéquat, capable de traduire des signaux en un langage commun. » Dans un monde d’interfaces, où les frontières régulent des « taux de flux » plus qu’elles n’établissent des différences réelles, l’« intégrité des objets naturels » n’est plus une question à l’ordre du jour. « L’’intégrité’ ou la ’sincérité’ du Moi occidental » avance-t-elle « font place à des procédures décisionnelles, des systèmes d’expertise et des stratégies d’investissement des ressources. »

    Autrement dit, Haraway, tout comme Illich, comprend que toute personne, en tant qu’être unique, stable et sacré, s’est dissoute en sous-système provisoire et auto-régulé, interagissant constamment avec les systèmes de l’échelon supérieur au sein desquels elle navigue.

    Le point de vue d’Illich est complètement réactionnaire, selon tous les usages habituels de ce terme. Il veut faire retour et renoncer à cet âge des systèmes où l’unité première de la création, la personne humaine, a été perdue. Toute son intuition prend racine dans la révélation, dont il considère que l’humanité s’est détournée. La « vie abondante » promise dans le Nouveau Testament a été corrompue par une hégémonie humaine si totale, si claustrophobe, que rien ne peut l’atteindre, qui provienne d’un quelconque en-dehors.

    Le point au-delà duquel la médecine devenait une force de destruction plutôt qu’une force bienfaitrice, accompagnatrice de l’humanité, a été dépassé.

    Sur le Covid...

    L’idée selon laquelle l’action préventive est cruciale a été acceptée sans broncher, et les gens se sont même empressés de dénoncer les traînards qui ont montré une quelconque résistance à cette idée. Pour agir de la sorte, il faut avoir été habitué à un espace public où la prévention passe avant le soin, et c’est exactement ce qu’Illich décrit lorsqu’il parle du risque comme de « l’idéologie religieuse la plus largement célébrée aujourd’hui. » C’est seulement dans une société habituée à « dompter la croissance », à « garder une longueur d’avance » (stay ahead of the curve) et à penser en termes de populations plutôt qu’en terme de cas réels, qu’une expression comme « aplanir la courbe » peut faire partie du décor et entrer dans les mœurs en moins de vingt-quatre heures.

    Ainsi que je l’ai montré plus haut, nous sommes traités et scannés pour des maladies que nous n’avons pas encore contractées, sur fond de schéma probabiliste (quelle est la probabilité que nous l’attrapions). Des couples qui vont avoir un enfant prennent des décisions sur la base de profils de probabilités. La sécurité est devenue un mantra – être bien c’est être en sécurité – la santé est devenue une divinité.

    Idolâtrie de la vie et aversion de la mort sont des aspects notables de l’atmosphère générale du moment. Qu’il faille à tout prix « sauver des vies », n’est même pas mis en question. Il est aisé de céder à la panique. Faire en sorte que tout un pays « rentre à la maison et reste à la maison », comme l’a dit le premier ministre, a un coût incalculable. Personne ne peut dire combien de boîtes mettront la clé sous la porte, combien de personnes vont perdre leur boulot, combien devenir fous de solitude, combien retomber accroc, combien se foutre sur la gueule du fait de leur isolement. Dès qu’on brandit le spectre des vies perdues, ces coûts semblent supportables. Je le redis, nous avons appris à faire des comptes depuis bien longtemps. L’obsession actuelle au sujet du taux de mortalité n’est que l’envers du décor. La vie devient une abstraction – un chiffre sans histoire.

    Ce qui semble clair ici au Canada, c’est qu’à l’exception de quelques endroits où il y a une vraie urgence, l’omniprésence de la panique et le sentiment de crise sont le fruit des mesures prises en réponse à la pandémie et non de la pandémie elle-même. Le mot de pandémie lui-même a d’ailleurs joué un rôle non négligeable – la décision de l’OMS de considérer la progression de la maladie comme une pandémie n’a pas changé l’état de santé des gens mais a changé, de façon dramatique, l’atmosphère générale. Le signal était donné aux media, un signal qu’ils attendaient tous : on passait en régime guerrier ; rien ne devait être discuté excepté le virus.

    Justin Trudeau, le premier ministre canadien, a fait remarquer le 25 mars que nous faisions face à « la plus grave crise d’aide sanitaire de notre histoire. » S’il parle de crise sanitaire, ça me semble être une exagération grotesque. Pensons aux effets désastreux de la varicelle sur les communautés indigènes, ou aux effets catastrophiques d’autres épidémies telles que le choléra, la fièvre jaune, la diphtérie et la polio.

    Et bien, je pense qu’il y a plein d’autres personnes âgées qui se joindront à moi pour dire qu’ils ne veulent pas particulièrement voir des jeunes vies être ruinées pour qu’on prolonge leur vie d’un an ou deux. Mais, au-delà de ça, « laisser tout le monde mourir », quelle drôle de formule. Elle suggère que le pouvoir de vie ou de mort se trouve entre les mains de ceux ou celles à qui on adresse la question. Ceux à qui on suppose ce droit de vie ou de mort, ne peuvent exister que dans un monde d’information et de maîtrise technique parfaite. Dans un tel monde rien n’advient qui n’ait pas été préalablement choisi. Si quelqu’un meurt, c’est qu’on l’aura « laissé... mourir. » L’État doit, coûte que coûte, promouvoir, réguler et protéger la vie – c’est l’essence de ce que Michel Foucault appelait la #bio-politique, le régime qui aujourd’hui nous domine sans conteste.

    Il est devenu compliqué de parler de la mort autrement que comme d’une chose due à la négligence des uns ou des autres, à la limite une chose qui arrive après qu’on ait tout essayé. Accepter la mort c’est accepter la défaite.

    Les événements récents révèlent le degré de notre dépendance aux systèmes. Ils montrent que nous ne sommes pas des citoyens associés et à quel point nous sommes devenus des populations. A quel point nous sommes gouvernés par le besoin constant de contrecarrer le futur que nous avons nous-mêmes préparé.

    Les épidémiologistes ont beau dire franchement, en ce moment même, comme ils sont nombreux à l’avoir fait, qu’on a très peu de matériau solide sur quoi se fier, ça n’a pas empêché les politiciens de claironner et de prendre des décisions en tant que bras exécutif de la Science. A mon avis, l’adoption d’une politique de quasi-quarantaine pour les personnes non malades – une politique aux conséquences possiblement désastreuses : chômage de masse, faillites en série, hommes et femmes à bout, gouvernements endettés – est une décision politique, qui mérite donc d’être discutée politiquement. Malheureusement, pour le moment, le voile confortable de la Science aveugle l’ensemble des politiciens.

    Mouais, en France c’est moins le conseil scientifique que le Medef qui a l’oreille du gouvernement... Mais c’est la même logique de gestion des populations.

    Dans ce « désert sémantique emplis d’échos confus », nous avons besoin d’un « quelconque fétiche prestigieux » qui puisse servir de « doudou ». Dans le texte en question, il donne la « Vie » comme exemple principal d’un tel fétiche. La « sentimentalité épistémique » s’attache toute seule à la Vie, et la Vie devient cette bannière, qui réunit l’ensemble des projets de contrôle social et de progrès technologique, et s’acquiert sympathie et lustre. Illich parle de sentimentalité épistémique parce qu’elle implique des objets de connaissance construits qui sont naturalisés sous l’égide généreuse du « fétiche prestigieux. » En ce moment nous sommes en train de préserver notre système de santé et de sauver des vies de façon frénétique. Ces objets, des objets nobles, induisent un déversement de sentiments auquel il est difficile de résister. Tout se trouve condensé, à mon avis, dans le ton insupportablement doucereux avec lequel notre Premier ministre s’adresse à nous maintenant presque tous les jours.

    Ce qu’Illich cherche à montrer dans La Convivialité c’est que les politiques publiques doivent toujours trouver un point d’équilibre entre des domaines, des rationalités, des valeurs qui s’opposent. Cet ouvrage essaie de montrer comment et à quel moment des outils vertueux et utiles – des outils pour la convivialité – deviennent des outils qui ont leur fin en eux-mêmes et dictent leurs paradigmes aux usagers. Il essaie également d’établir une distinction entre un jugement politique pratique et une opinion experte, entre des discours fait-maison et le matraquage des mass-media, entre des pratiques vernaculaires et des normes institutionnelles. La plupart de ces distinctions ont déjà fondu en un « système » monochrome, mais je crois qu’il est bon de garder cette idée à l’esprit. Ça nous pousse à poser la question ainsi : quand en avons-nous assez ? Où se trouve le point d’équilibre ?

    Je pense qu’il sera très difficile de sortir de ce tunnel dans lequel nous sommes entrés – distanciation physique, aplanissement de la courbe, etc. Deux possibilités s’offrent à nous, ou bien nous en sortons assez vite et admettons que tout ça a été fait en vain, ou bien nous creusons ce tunnel plus profondément encore et provoquons des dégâts qui risquent d’être plus graves que les problèmes que nous avons essayé d’éviter. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a rien à faire. C’est une pandémie. Mais je crois qu’il eut été préférable d’utiliser un processus de quarantaine ciblée pour les personnes clairement identifiées comme malades et leurs proches. Fermer les stades de base-ball et de hockey, dans tous les cas, mais garder les petits commerces ouverts et essayer de recevoir les gens comme cela a été fait dans les grandes surfaces qui sont restées ouvertes.

    #santé_publique #Ivan_Illich #santé #politique

    • Un copain me dit que la sphère radicale fourmille désormais de ce genre d’analyses un peu libertariennes, très opposées à la notion de santé publique, parfois pour de bonnes raisons (comme Illich qui n’a jamais fait soigner son cancer et acceptait la douleur - ce qui est quand même très radical et je pense très rare), parfois parce que juste fait chier. Pour l’instant, dans mon entourage anarchiste, j’observe un grand civisme qui me laisse imaginer le meilleur d’une société anarchiste : on est à fond contre la délégation de notre puissance à un État (malveillant par nature) mais on prend soin les un·es des autres, y compris par des gestes qui n’ont pas de sens immédiat.

      #anarchisme

    • il y a quand même la majorité des actes concrets qui sont demandés actuellement, qui sont parfaitement conviviaux, maitrisables, compréhensibles, à toute échelle. L’hygiène de base a sauvé bien plus de vie que de nombreux médicaments, et certains médicaments simples (et fabriquables sans moyens trop énormes) ont de même sauvé bien plus de vies que des médicaments compliqués et rares, et ça Illich le rappelle dans La convivialité, donc c’est bien que la prévision est importante aussi pour lui (l’hygiène sert bien à prévenir, pas à guérir).

      Là on doit faire attention à l’hygiène des mains, mettre un masque, ne pas avoir trop de monde dans un lieu fermé… Tout ça doit être fait à grande échelle, mais chacun de ces gestes restent assez simples et assimilables sans industrie médicale que je sache… Reste qu’il faut bien comprendre au bout d’un moment ce qu’est cette maladie, comment fonctionne ce virus etc, pour savoir quoi faire sur le long terme.

    • Oui, le propos d’Illich c’est que des règles d’hygiène minimales ont été beaucoup plus efficaces en termes de santé que des découvertes high tech (médicaments, imagerie, etc.) qui sont elles contre-productives. Donc #prévention, oui, mais pour l’informer, comme tu dis, il faut aussi des savoirs savants...

      Je commence à remarquer que des copines à moi n’ont pas envie de se déconfiner et je me dis qu’un peu de savoirs savants sur le virus les aiderait à faire baisser leur angoisse : savoir qu’est-ce qui est porte d’entrée (pas les mains), qu’une petite charge virale ne devrait pas les rendre malades (donc réduire, filtrer mais pas tendre à la perfection aux dépens de la vie sociale et de la santé mentale), combien de temps le virus tient sur quelles surfaces, etc. (Et les élus pourraient aussi bien le savoir, histoire de ne pas faire de conneries.)

      Ceci dit, Xavier Noulhianne raconte souvent que dans Le Mesnage des champs, un livre de 1600, les règles de la pasteurisation du lait étaient énoncées sans que l’auteur sache pourquoi c’était efficace, seulement que c’était efficace.

      #savoirs

    • Oui il y a plein de savoirs qui ont été connu par des peuples premiers ou même chez nos paysans en occident mais qui ont été découvert par l’expérience uniquement au fil de siècles, que ce soit en agronomie, en plante médicinale, etc (c’est flagrant pour les plantes qui soignent et comment, cette plante là doit être ingérée, cette autre frottée sur la peau, etc). Et souvent ils lient ça à des mythes totalement irrationnels pour nous. Mais pourtant ça marche et pendant des siècles de manière durable (comme la gestion de la forêt en Amérique du Sud). Dans leur cosmogonie, ils savaient pourquoi ça marchait hein : leurs mythes l’expliquaient parfaitement.

      C’est un des thèmes de cet article très intéressant :
      https://seenthis.net/messages/853564, par exemple dans le chapitre « L’écologie des primitifs ».

      Nous on veut savoir ce qui fonctionne ET comprendre réellement pourquoi, la vraie raison objective. Je sais bien par l’Histoire et l’anthropologie que ce type de rapport au monde a détruit bien plus de choses (physiquement et socialement) que chez ces peuples, mais pourtant je demeure un indécrottable rationaliste… Les appels à Dieu et à ce que seraient les humains par rapport à leur création, comme le rappelle cet article pour la pensée d’Illich, j’y suis évidemment totalement imperméable, ça n’a aucun sens pour moi. Et je pense qu’on doit pouvoir avoir une société où on utilise de la médecine basée sur les faits, tout en cherchant à être durables, à ne pas nuire à ce qui nous entoure, environnement et gens. Et je trouve même que c’est le plus haut degré du rationalisme, puisque ceux qui sont dans le scientisme, ont justement un mauvais rationalisme, une nouvelle religion irrationnelle : ils pensent que la science et le progrès peuvent tout résoudre, et que l’on peut tout créer, tout gérer, etc. Ce que je ne pense pas.

  • L’obsession de la santé parfaite, Ivan Illich - Le Monde diplomatique, mars 1999.
    https://www.monde-diplomatique.fr/1999/03/ILLICH/2855

    Dans les pays développés, l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant. Le système médical, dans un monde imprégné de l’idéal instrumental de la science, crée sans cesse de nouveaux besoins de soins. Mais plus grande est l’offre de santé, plus les gens répondent qu’ils ont des problèmes, des besoins, des maladies. Chacun exige que le progrès mette fin aux souffrances du corps, maintienne le plus longtemps possible la fraîcheur de la jeunesse, et prolonge la vie à l’infini. Ni vieillesse, ni douleur, ni mort. Oubliant ainsi qu’un tel dégoût de l’art de souffrir est la négation même de la condition humaine.
      
    Quand on considère en historien notre médecine, c’est-à-dire la médecine dans le monde occidental, on se tourne inévitablement vers la ville de Bologne, en Italie. C’est dans cette cité que l’ ars medendi et curandi s’est séparé, en tant que discipline, de la théologie, de la philosophie et du droit. C’est là que, par le choix d’une petite partie des écrits de Galien (1), le corps de la médecine a établi sa souveraineté sur un territoire distinct de celui d’Aristote ou de Cicéron. C’est à Bologne que la discipline dont le sujet est la douleur, l’angoisse et la mort a été réintégrée dans le domaine de la sagesse ; et que fut dépassée une fragmentation qui n’a jamais été opérée dans le monde islamique, où le titre de Hakim désigne, tout à la fois, le scientifique, le philosophe et le guérisseur.

    Bologne, en donnant l’autonomie universitaire au savoir médical et, de plus, en instituant l’autocritique de sa pratique grâce à la création du protomedicato , a jeté les bases d’une entreprise sociale éminemment ambiguë, une institution qui, progressivement, a fait oublier les limites entre lesquelles il convient d’affronter la souffrance plutôt que de l’éliminer, d’accueillir la mort plutôt que de la repousser.

    Certes, la tentation de Prométhée (2) s’est présentée tôt à la médecine. Avant même la fondation, en 1119, de l’université de Bologne, des médecins juifs, en Afrique du Nord, contestaient l’effacement des médecins arabes à l’heure fatale. Et il a fallu du temps pour que cette règle disparaisse : encore en 1911, date de la grande réforme des écoles de médecine américaines, on enseignait comment reconnaître la « face hippocratique » , les signes qui font savoir au médecin qu’il ne se trouve plus devant un patient, mais devant un mourant.

    Ce réalisme appartient au passé. Toutefois, vu l’encombrement par les non-morts grâce aux soins, et vu leur détresse modernisée, il est temps de renoncer à toute guérison de la vieillesse. Par une initiative, on pourrait préparer le retour de la médecine au réalisme qui subordonne la technique à l’art de souffrir et de mourir. Nous pourrions sonner l’alarme pour faire comprendre que l’art de célébrer le présent est paralysé par ce qui est devenu la recherche de la santé parfaite.

    #soin #système_médical #médecine #santé #santé_parfaite #vieillesse #art_de_souffrir (...) #douleur #patint #mourant #Ivan_Illich

  • Lettre à G. - Repenser la société avec André Gorz

    Film consacré à #André_Gorz, l’un des intellectuels les plus stimulants du XXIe siècle. Disciple de #Jean-Paul_Sartre, très influencé par #Ivan_Illich, il fut tout à la fois philosophe, journaliste engagé, critique économique, penseur de l’autonomie et pionnier de l’#écologie_politique en France.

    Le film complet en accès libre et gratuit jusqu’au 25 avril 20
    https://andregorz.fr/le-film

    Bande annonce
    https://vimeo.com/332445339

    Citation partagée par une amie sur un « autre » réseau social :

    En partant de la critique du #capitalisme, on arrive donc immanquablement à l’#écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et à radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu’il y a une morale de l’écologie, mais plutôt que l’exigence éthique d’émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l’écologie politique est une dimension essentielle. Si tu pars, en revanche, de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un #anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste. L’écologie n’a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d’un mode de production ; et que ce mode de production exige la maximisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. Je tiens donc que la critique des techniques dans lesquelles la domination sur les hommes et sur la nature s’incarne est une des dimensions essentielles d’une éthique de la libération.

    André Gorz, Introduction / Écologica, Éditions Galilée, 2008.

    Via https://huit.re/Andre_Gorz

    Plus : https://www.cairn.info/publications-de-Gorz-Andr%C3%A9--2397.htm

  • Illich et la guerre contre la subsistance,
    hier et aujourd’hui

    Jean Robert

    https://lavoiedujaguar.net/Illich-et-la-guerre-contre-la-subsistance-hier-et-aujourd-hui

    Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août, et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux.

    La première de ces tâches consistait à mettre au net, d’abord en espagnol et puis en français, les souvenirs des jours passés au Chiapas à étudier, sous la conduite de paysans et paysannes indigènes, l’expérience zapatiste, depuis 2003, de construction d’un monde de liberté et de justice concrètes, c’est-à-dire proportionnées aux communautés qui les pratiquent. La seconde : la rédaction du présent article sur un homme — un penseur, un historien, un philosophe et un théologien qui se défendait de l’être — qui m’honora de son amitié du début des années 1970 à sa mort, en 2002 : Ivan Illich. Quel rapport y a-t-il entre ce qui en 2002 était encore un mouvement insurgé indigène et ce penseur « radical au vrai sens du mot » ? (...)

    #Ivan_Illich #zapatistes #EZLN #Mexique #Guillermo_Bonfil #Ernst_Bloch #État-nation #Marché #subsistance #guerre #travail #autonomie #modernité #développement #aliénation #Karl_Polanyi #Marx #transports #villes #conquête #invasion #faim #misère #Bentham #Mumford

  • Calcul de la #vitesse effective d’un véhicule particulier
    http://carfree.fr/index.php/2019/09/23/calcul-de-la-vitesse-effective-dun-vehicule-particulier

    Un internaute a mis en place une page #internet permettant de calculer la vitesse effective d’un véhicule particulier, dans l’esprit d’Ivan Illich, à savoir en ajoutant au temps de parcours Lire la suite...

    #Fin_de_l'automobile #Ressources #ivan_illich #société #transport

  • Le lièvre ou la tortue ?
    http://carfree.fr/index.php/2019/06/14/le-lievre-ou-la-tortue

    Voici un article d’Yves Debouverie et Jean-Pierre Dupuy, chargés de recherches au CEREBE (Centre de Recherches sur le Bien-Etre), paru en 1974 dans le numéro 29 de la revue 2000, Lire la suite...

    #Etalement_urbain #Fin_de_l'automobile #Fin_des_autoroutes #Insécurité_routière #Ressources #france #histoire #ivan_illich #sécurité_routière #société #travail #vitesse

  • Jean Robert, Les visages de la modération radicale, 2016
    https://sniadecki.wordpress.com/2019/05/09/robert-moderation-radicale

    Un long article mettant en lien les zapatistes et Ivan Illich par Jean Robert.

    Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux.

    La première de ces tâches consistait à mettre au net, d’abord en espagnol et puis en français, les souvenirs des jours passés au Chiapas à étudier, sous la conduite de paysans et paysannes indigènes, l’expérience zapatiste, depuis 2003, de construction d’un monde de liberté et de justice concrètes, c’est-à-dire proportionnées aux communautés qui les pratiquent. La seconde : la rédaction de présent article sur un homme – un penseur, un historien, un philosophe et un théologien qui se défendait de l’être – qui m’honora de son amitié du début des années 1970 à sa mort, en 2002 : Ivan Illich.

    #Mexique #Ivan_Illich #Jean_Robert #zapatisme #Histoire #petite_école #autonomie #subsistance
    @val_k

  • Ivan Illich, Le travail fantôme, 1980
    https://sniadecki.wordpress.com/2019/03/30/illich-travail-fantome

    Illich ici pas mal en lien avec la critique de la dissociation-valeur de Roswitha Scholz.

    Dans cet essai je veux explorer pourquoi, dans une société industrielle, une telle ségrégation existe inéluctablement ; pourquoi, sans ségrégation basée sur le sexe ou la pigmentation, sur les diplômes ou la race ou sur l’adhésion à un parti, une société construite sur le postulat de la rareté ne peut exister. Et, pour approcher en termes concrets les formes méconnues de la ségrégation, je veux parler de la bifurcation fondamentale du travail qu’implique le mode de production industriel.

    J’ai choisi pour thème le versant occulté de l’économie industrielle, et plus spécifiquement le « travail fantôme ». Il ne s’agit ici ni du travail mal payé ni du chômage ; ce dont je parle, c’est du travail non payé qui est le fait de la seule économie industrielle. Dans la plupart des sociétés, hommes et femmes ont ensemble assuré et régénéré la subsistance de leur foyer grâce à des activités non payées. Chaque foyer produisait lui-même la plus grande part de ce qui lui était nécessaire pour vivre. Ces activités dites de subsistance ne sont pas mon propos. Je m’intéresse à cette forme totalement différente de travail non payé qu’une société industrielle exige comme complément indispensable de la production de biens et de services. Cette forme de servitude non rétribuée ne contribue nullement à la subsistance. Bien au contraire, tout comme le travail salarié elle désagrège la subsistance. J’appelle « travail fantôme » ce complément du travail salarié, à savoir : la plus grande part des travaux ménagers accomplis par les femmes dans leur maison ou leur appartement, les activités liées à leurs achats, la plus grande part du travail des étudiants « bûchant » leurs examens, la peine prise à se rendre au travail et à en revenir. Cela inclut le stress d’une consommation forcée, le morne abandon de son être entre les mains d’experts thérapeutes, la soumission aux bureaucrates, les contraintes de la préparation au travail et bon nombre d’activités couramment étiquetées « vie de famille ».

    #Ivan_Illich #critique_du_travail #dissociation-valeur #reproduction #Histoire #moyen_âge

    • Merci d’avoir signalé ce texte...

      Ce serait pas plutôt Roswitha Scholz qui est en retard sur Illich ? C’est en tout cas une prose bien plus lisible et compréhensible que le salmigondis théorique de la WertKritik.

      Et une critique du travail (salarié) qui va à la racine historique de la chose en elle-même et en soi.

      Et hop, Kéops !

    • Haha non mais un jour faudra que t’arrêtes de créer des séparations trop fortes, là où il y a essentiellement des rapprochements et convergences, c’est une sorte de tropisme. :D

      (Quant au style : 1) Illich est très lié aux courants d’éduc pop, notamment d’amérique du sud, c’est un bon pédagogue ; et 2) c’est surtout un historien, qui sait bien parler et transmettre de l’Histoire, mais qui est moins compétent sur la théorie philo-économique et sociale. Mais bon, j’ai pas 3h pour développer, et comme d’hab je vais encore jamais trouver le temps de répondre en longueur, et là j’ai le fiston, faut aller manger.

      Sinon juste pour le contexte, pour pas avoir de quiproquo : pour moi aussi c’est difficile et je n’ai aucun penchant particulier pour les textes compliqués. Je n’ai fait que quelques années d’études techniques, et c’est un travail difficile pour moi de lire de la philosophie, de la théorie critique, etc, qui me prend du temps tard la nuit au lieu de dormir. Et je râle régulièrement sur ClémentH et assimilé pour manque de matériel d’éduc pop sur ce sujet. Mais je pense pas trop débilement avoir compris le cadre général, et perso je fais totalement un lien fort entre critique de la valeur et anti-indus. Comme beaucoup d’ailleurs en fait. @ktche :p )

      À ta santé !
      (un jour peut-être on boira une mousse pour de vrai pour se disputer :p )

  • AUTOSTOP
    http://carfree.fr/index.php/2019/03/12/autostop

    Voici une contribution d’Ivan Illich et Jean Robert à un symposium sur les libertés du #Vélo à Berlin durant l’été 1992. Nous voulons raconter une #histoire qui reflète un non-sens Lire la suite...

    #Alternatives_à_la_voiture #Autopartage #Fin_de_l'automobile #Marche_à_pied #Vie_sans_voiture #autopartage #économie #ivan_illich #mexique #piétons #société #transport

  • L’idéologie sociale de la bagnole – 1973 – carfree.fr
    http://carfree.fr/index.php/2008/02/02/lideologie-sociale-de-la-bagnole-1973

    L’idéologie sociale de la bagnole

    Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas. C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux.

    La chose est assez communément admise, s’agissant des villas sur la côte. Aucun démagogue n’a encore osé prétendre que démocratiser le droit aux vacances, c’était appliquer le principe : Une villa avec plage privée pour chaque famille française. Chacun comprend que si chacune des treize ou quatorze millions de familles devait disposer ne serait-ce que 10 m de côte, il faudrait 140 000 km de plages pour que tout le monde soit servi ! En attribuer à chacun sa portion, c’est découper les plages en bandes si petites — ou serrer les villas si près les unes contre les autres — que leur valeur d’usage en devient nulle et que disparaît leur avantage par rapport à un complexe hôtelier. Bref, la démocratisation de l’accès aux plages n’admet qu’une seule solution : la solution collectiviste. Et cette solution passe obligatoirement par la guerre au luxe que constituent les plages privées, privilèges qu’une petite minorité s’arroge aux dépens de tous.

    Or, ce qui est parfaitement évident pour les plages, pourquoi n’est-ce pas communément admis pour les transports ? Une bagnole, de même qu’une villa avec plage, n’occupe-t-elle un espace rare ? Ne spolie-t-elle pas les autres usagers de la chaussée (piétons, cycliste, usagers des trams ou bus) ? Ne perd-elle pas toute valeur d’usage quand tout le monde utilise la sienne ? Et pourtant les démagogues abondent, qui affirment que chaque famille a droit à au moins une bagnole et que c’est à l’ « Etat » qu’il appartient de faire en sorte que chacun puisse stationner à son aise, rouler à 150 km/h, sur les routes du week-end ou des vacances.

  • Ivan Illich, L’énergie, un objet social, 1983
    https://sniadecki.wordpress.com/2018/08/05/illich-energie-social

    Il y a peu en commun entre le symbole « E » qu’utilise le physicien et l’« énergie », quand ce mot est utilisé par un économiste, un politicien ou un passionné de moulins à vent. « E » est un algorithme, « énergie », un mot chargé de sens. « E » n’a de sens que dans une formule, le mot « énergie » est lourd d’implications cachées : il renvoie à un subtil « quelque chose » qui a la capacité de mettre la nature au travail. C’est quand il parle à ses clients que l’ingénieur dont la routine consiste à s’occuper de mégawatts prononce le mot « énergie ». Aujourd’hui, l’énergie a détrôné le travail en tant que symbole de ce dont les individus et les sociétés ont besoin. C’est un symbole qui va comme un gant à notre époque : celui de tout ce qui est à la fois abondant et rare.

    Énergie et équité :
    https://archive.org/stream/IllichEnergie

    #Ivan_Illich #énergie #Histoire

  • Thierry Pardo : « L’organisation de l’école est conforme à la logique industrielle » - Le Comptoir
    https://comptoir.org/2018/03/19/thierry-pardo-lorganisation-de-lecole-est-en-tous-points-conforme-a-la-log

    Titulaire d’un doctorat en éducation, Thierry Pardo est chercheur indépendant associé au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’Université du Québec à Montréal. Il parcourt le monde en famille afin de présenter au cours de conférences les apports d’une posture libertaire, et pour accompagner les parents désireux de ne pas inscrire leurs enfants dans une démarche scolaire classique. Il est également l’auteur de plusieurs essais, dont « Une éducation sans école », un ouvrage magistral de synthèse sur les pistes à explorer pour ceux qui désirent ne pas en passer par les voies classiques de l’enseignement. À l’occasion de la réédition revue et augmentée de celui-ci chez Écosociété, nous avons souhaité nous entretenir avec lui.

    « L’organisation scolaire répond aux besoins de l’État-nation et à son mode de production, pas aux besoins de l’enfant. »

  • Un entretien avec Jérôme Baschet
    sur l’histoire, l’anthropologie, l’école,
    l’expérience de l’autonomie au Chiapas

    http://lavoiedujaguar.net/Un-entretien-avec-Jerome-Baschet

    Aujourd’hui l’un des enjeux les plus aigus de la discipline historique consiste à développer des formes de comparatisme à la fois ambitieuses et rigoureuses. Cela n’a rien d’aisé, mais c’est indispensable au moment où semble s’imposer une nouvelle histoire globale, volontiers pensée à l’échelle de la planète. Or, tous les mondes sociaux qui ont composé les mondes du passé ne peuvent être analysés seulement sous l’angle de leurs « connexions » : il faut aussi être capable d’en mesurer les écarts, pour pouvoir les situer à leur juste place, les uns par rapport aux autres, sans essentialiser les différences (par exemple entre Occident et Orient) mais sans non plus exclure, par principe, de véritables singularités (sinon, comment comprendre la domination que l’Europe a imposée à presque tous les autres peuples du monde ?). Pour cela, l’histoire a besoin du secours de l’anthropologie, dont l’expérience en matière de comparatisme est bien plus ancienne et profonde. (...)

    #histoire #anthropologie #Moyen_Âge #Braudel #Jacques_Le_Goff #Grandes_Civilisations #capitalisme #éducation #Ivan_Illich #Freinet #enfance #autonomie #présent #Chiapas

  • Ivan Illich - Un certain regard
    https://www.youtube.com/watch?v=K-eauppsNf0

    Trouvé en suivant les liens après :
    https://seenthis.net/messages/553893

    Ça démarre un peu dans les hautes sphères avec de la mythologie grecque mais ensuite ça revient sur le monde actuel.

    C’est marrant, j’avais jamais vu d’interview filmée en français comme ça.

    #interview #vidéo #Ivan_Illich #Jean-Marie_Domenach #institutions #capitalisme_du_savoir #convivialité #Progrès #buen_vivir

  • Point trop n’en faut
    http://www.laviedesidees.fr/Point-trop-n-en-faut.html

    Les méfaits du #progrès : une idée rebattue, mais on ne s’est pas suffisamment avisé, selon Olivier Rey, que la cause fondamentale est dans la démesure impliquée par le développement #technique. Est-ce à dire qu’il existe une échelle propice à l’humanité ?

    Livres & études

    / progrès, technique

    #Livres_&_études

  • À l’époque industrielle, la majorité alphabétisée de la société regardait vers le haut les éduqués supérieurs et contestait leurs privilèges. À l’époque postindustrielle, une majorité d’éduqués supérieurs et moyens regardent vers le bas ceux qui sont restés bloqués au stade de l’instruction primaire, pour les oublier dans le cas des premiers ou pour craindre de leur ressembler dans celui des seconds. A la contestation succède l’indifférence ou la peur. Nous sommes ici fort près d’une explication simple du glissement du corps électoral de la gauche vers la droite.

    Hervé Le Bras, Emmanuel Todd, Le Mystère français , Points, « Essais », 2013, p. 14.
    http://www.seuil.com/livre-9782757855409.htm

  • Les Américains du Nord se sentent irrésistiblement poussés à faire le bien. Trait de caractère inné puisqu’ils sont les seuls à sembler croire qu’il leur faut constamment choisir quelqu’un avec qui partager leurs avantages. Et ils sont persuadés d’être capables de faire ce choix. Cette conviction les conduit au besoin jusqu’à bombarder certains peuples pour qu’ils acceptent leurs cadeaux.

    Ivan Illich, Libérer l’avenir , 1971, œuvres complètes volume 1, Fayard, 2013.
    p 51
    #géopolitique #lecture

    • Tout homme de bonne volonté, qu’il soit travailleur social à Watts ou missionnaire en route pour la Bolivie, ne saurait manquer de ressentir une douleur paralysante quand il comprend que la grande majorité des êtres humains le considère comme l’étranger exploiteur qui, pour défendre ses privilèges, propage une croyance trompeuse dans les idéaux de la #démocratie, de l’#égalité des chances et de la libre #entreprise, parmi des hommes qui n’ont pas la moindre chance d’en profiter.

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    • En comparant les trois théâtres de la #guerre et de l’effort missionnaire américain, on se convaincra d’une simple vérité : la société fondée sur la réussite et la #consommation, avec son bipartisme et son enseignement pour tous, convient peut-être à ceux qui en jouissent, mais certainement pas au reste du monde . Une minorité de 15 % aux États-Unis qui gagne moins de 3000 dollars par an et une majorité à l’étranger de 80 % dont le revenu annuel est de moins de 300 dollars sont enclins à des réactions violentes devant les projets qui visent à les faire vivre en coexistence avec la société de l’abondance. Ne serait-ce pas l’instant de faire toucher du doigt aux Américains le fait que le mode de vie qu’ils ont choisi n’est pas suffisamment viable pour être partagé ? Je me souviens d’avoir déclaré il y a huit ans à Mgr Manuel Larrain, qui présidait alors la conférence des évêques latino-américains (il est aujourd’hui décédé), que je me sentais prêt à m’efforcer, au besoin, de mettre un terme à l’envoi de missionnaires en Amérique latine. Sa réponse résonne encore à mes oreilles : « ils nous sont peut-être inutiles en Amérique latine, mais ce sont les seuls Américains du Nord que nous aurons la possibilité d’éduquer. Nous leur devons bien cela. »
      Aujourd’hui, alors que ni l’attrait de l’argent, ni la persuasion, ni les armes ne suffisent à faire disparaitre les perspectives de #violence, que ce soit au cours de l’été dans les taudis des États-Unis ou tout au long de l’année au Guatemala, en Bolivie, au Venezuela, nous avons la possibilité d’analyser les analogies entre les réactions face à la politique de l’Amérique sur les trois théâtres principaux de sa guerre défensive : une guerre par laquelle elle entend, en effet, défendre ses convictions quasi religieuses à Watts, en Amérique latine, au Viêt-nam ; sur les trois fronts, une même guerre qui « défend » les valeurs occidentales, qui se découvre des motifs élevés, qui se réclame de l’idéal ambitieux de donner à tous les hommes une vie plus riche. Mais, comme l’envers menaçant de cet idéal commence d’apparaitre, l’entreprise est condamnée à se limiter à une seule tâche pressante : protéger un certain style de vie qui n’est accessible qu’au petit nombre ; et comme la protection requiert un effort d’expansion, celui qui bénéficie de l’abondance déclare alors qu’elle est obligatoire pour tous. C’est à ce moment qu’apparait dans sa véritable lumière la phrase : « Pour qu’ils puissent avoir plus... », qu’il faut compléter par « pour que je puisse ne pas avoir moins ».
      Une stratégie semblable s’applique aux trois théâtres d’opérations : on envoie de l’argent, des troupes, des instructeurs. Dans les ghettos, comme en Amérique latine et au Viêt-nam, I’argent ne profite qu’au petit nombre, et ces avantages qui ne vont qu’à quelques-uns exigent en contrepartie une protection sans cesse renforcée des bénéficiaires. Pour le plus grand nombre, tenu à l’écart, la croissance économique qui s’accomplit autour d’eux exacerbe leur sentiment de frustration. Sur ces trois frontières de l’abondance, le révolver devient indispensable à la protection de celui qui réussit . Aux États-Unis, les renforts de police fraternisent avec les groupes de citoyens armés. Au Guatemala, l’attaché militaire américain, juste avant d’être assassiné, reconnaissait que l’ambassade se voyait contrainte de fournir des armes aux bandes d’extrémistes de droite parce que, disait-il, en matière de maintien de l’ordre, leur efficacité (et sans doute leur cruauté) est plus grande que celle de l’armée.
      De l’argent, des armes, puis l’idéaliste américain qui fait son entrée sur tous les théâtres de guerre : enseignant, volontaire, missionnaire, organisateur communautaire, expert en développement économique. Tous conçoivent leur rôle comme un service. En fait, ils sont contraints le plus souvent de s’efforcer l’atténuer les dommages causés par l’argent et les armes, ou de circonvenir les « #sous-développés » pour qu’ils croient aux avantages du monde de l’abondance et de la réussite. Généralement, l’« ingratitude » les récompense bien mal de leurs efforts et naïvement ils s’exclament comme le brave Charlie Brown* : « Comment peut-on perdre lorsque l’on est sincère ? »

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      Donc, comme certains l’ont peut-être compris, j’ai mis la main sur le premier tome des œuvres complètes d’Ivan Illich et c’est terrible de voir que 44 ans plus tard, rien n’a pris une ride et que sa vision des choses continue à expliquer bien des réalités contemporaines que beaucoup ne comprennent plus.

      Maintenant, je suis ruinée, mais je suis aussi super contente !

    • Ce n’est pas la façon de vivre américaine dont bénéficient quelques millions qui soulève le cœur de milliards d’hommes, mais plutôt de s’apercevoir chaque jour un peu plus que ceux-ci n’auront de cesse que les malheureux n’aient admis la supériorité de leurs convictions quasi religieuses. La #violence spontanée éclate toujours contre la volonté de soumettre l’homme à des idoles. La violence organisée s’installe ensuite et se justifie par la nécessité de réduire un homme ou un peuple au service de l’idole qu’ils menacent de rejeter.

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      Les armes vaincront toujours les #pauvres qui les reçoivent. Seuls la brique et le bâton qu’un homme en colère ramasse ne souilleront pas sa vertu d’homme

    • Dans les économies dépourvues de capitaux de l’Amérique latine, la majorité des habitants vit tenue à l’écart, maintenant et à jamais, des avantages dont bénéficie l’#élite de la #société : une #bourgeoisie prospère de style américain. Au sein de l’#économie immensément riche des États-Unis une petite minorité clame que, de la même façon, elle est exclue de la masse de la classe moyenne. La comparaison devrait permettre à l’observateur américain de comprendre le développement à l’échelle mondiale de deux sociétés séparées et de conditions inégales, et de se rendre compte des forces qui font éclater entre elles la violence.

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  • Olivier Rey, Une question de taille
    http://sniadecki.wordpress.com/2015/01/04/rey-question-de-taille

    Pour saisir cette notion, il faut comprendre que, très souvent, le bien ou le mal ne résident pas tant dans l’« essence » d’une chose ou d’un comportement, que dans leur dosage. C’est ainsi que pour la plupart des dispositifs, il existe un point en deçà duquel le développement est bénéfique, au-delà duquel il devient nocif et se met à desservir ceux qu’il était censé aider.

    #Olivier_Rey #Ivan_Illich #contre-productivité #convivialité #technique_conviviale #taille #mesure #juste_mesure #seuil

    • on a souvent réduit Kohr à l’éloge du petit. Il ne fait pas l’éloge du petit mais celui de la bonne taille. Pour les sociétés humaines actuelles, il situait cette bonne taille entre quelques millions et une douzaine de millions.

    • C’est marrant, j’ai eu pas mal de ce genre de pensées (sur les tailles et échelles des choses) ces derniers jours. #merci

      Il y a un paradoxe qui donne à penser : depuis deux siècles, un activisme inouï a été déployé pour transformer le monde et le rendre plus conforme aux attentes de l’être humain. Et aujourd’hui, c’est l’être humain qui est sans cesse sommé de s’adapter au monde tel qu’il va. Quand on cherche les raisons de cette inadaptation croissante de l’homme à un monde qui aurait dû lui être de mieux en mieux adapté, je pense que la cécité aux questions de taille est l’une des clés. Pour résoudre tel ou tel problème on met en œuvre d’énormes moyens, sans se rendre compte que celte énormité même pose problème. C’est ainsi que passé certains seuils, la technique ne nous libère pas, elle nous écrase.

  • Qu’aurait pensé Illich du monopole radical des GAFA ?
    http://transportsdufutur.typepad.fr/blog/2014/07/quaurait-pens%C3%A9-illich-du-monopole-des-gafa-.html

    Ivan Illich a décrit parfaitement la dépendance à l’automobile. Il a forgé le concept de monopole radical pour décrire cette situation : Il désigne non pas la situation monopolistique d’une marque particulière mais le monopole induit d’une ou plusieurs marques visant à modifier, contrôler et à terme contraindre des populations à modifier radicalement (d’où l’épithète « radical ») leurs habitudes quotidiennes notamment en restreignant leurs choix et leurs libertés [...] Le monopole radical touche à tous les domaines de la vie quotidienne mais essentiellement ceux qui impliquent nécessairement un acte participatif d’achat et de consommation. Il impose ainsi de nouvelles habitudes alimentaires, vestimentaires, des contraintes dans la manière de se déplacer (marche à pied et vélo vaincus par les véhicules motorisés), d’accéder à la culture, de se soigner ou encore d’apprendre.

    Le texte d’Ivan Illich à la fin de cet article porte particulièrement sur la mobilité et la dépendance automobile ; Il est extrait d’Energie et équité. Illich aborde ces monopoles en s’appuyant sur les techniques et les filières industrielles historiques. Que deviennent actuellement ces monopoles avec l’irruption du numérique ? Quels sont ces nouveaux monopoles avec le regard d’Ivan Illich ?

    L’analogie mériterait sans doute d’être travaillée davantage (il faudrait déjà lire Illich), mais il semble y avoir là quelque chose d’intéressant.

    #GAFA #Ivan_Illich #Monopole #Numérique #Transport #Économie