• Collectif Pop-Art, coordonné par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, 2021, Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots, Caen, C&F éditions, 240 pages. | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2023-1-page-220.htm

    Collectif Pop-Art, coordonné par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, 2021, Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots, Caen, C&F éditions, 240 pages.
    Maurice Blanc
    Dans Espaces et sociétés 2023/1 (n° 188), pages 220 à 221

    Article
    Auteur
    file_downloadTélécharger

    1
    Jeunes de quartiers est un ouvrage important, car il marque le tournant participatif dans la recherche urbaine. Créé en 2017, le collectif Pop-Art réunit l’ensemble des participants – jeunes, acteurs locaux (animateurs, etc.) et/ou chercheurs (surtout chercheuses) – à une recherche participative innovante, d’abord par sa durée (4 ans), ensuite et surtout, par les outils utilisés  : groupes de parole, ateliers d’écriture individuelle et collective, cartes mentales, photographies et films vidéo, etc. Son sous-titre – «  le pouvoir des mots  » – exprime bien l’objectif de l’ouvrage  : donner à entendre la parole de ces jeunes. Ce point est essentiel à la fois pour les jeunes et pour les destinataires de leurs paroles. Il est aussi en cohérence avec les outils qui ont été privilégiés. La recherche porte sur les «  jeunes de quartier  », expression qui a été préférée à celle de «  jeunes de banlieue  », réservée aux jeunes des quartiers prioritaires de la politique de la ville, trop facilement présumés délinquants.

    2
    Ici, il s’agit de jeunes vivant dans des quartiers populaires qui ne relèvent pas tous de la politique de la ville, dans Paris (18e arrondissement), dans la première couronne de la banlieue parisienne, mais aussi dans la seconde, plus «  rurale  ». Il y a des filles et des garçons, une fraction a fait des études supérieures, elle n’est pas la plus nombreuse, mais elle reste très attachée à son quartier. De nombreux jeunes viennent de familles d’immigration ancienne ou récente. La cohabitation pluriethnique s’impose, mais tous se plaignent du racisme de leurs voisins et surtout des institutions. L’islam est la religion majoritaire, mais l’ignorance est grande  : une jeune chrétienne s’est convertie à l’islam car, pour elle, à la différence du christianisme qui est très divisé, «  dans la religion musulmane, tout le monde a la même version  » (p. 183)  ! Tous parlent d’eux, de leur famille, de leur quartier, de leurs projets d’avenir et de leurs visions du monde. Celles et ceux qui ont la double nationalité la considèrent comme un atout et non comme un handicap.

    3
    Le fond et la forme sont bien entendu liés, mais je les présente ici successivement. Ces jeunes ne sont pas très différents des autres, à la fois attachants et surprenants. Leur place dans la société se structure autour de couples d’oppositions  : fille et garçon, petit et grand, premier et dernier de la fratrie, etc. Tous sont très attachés à leur quartier, considéré comme une «  grande famille  », un «  petit village  » et même un «  refuge  ». Mais ils apprécient l’anonymat de la capitale pour leurs sorties. Le quartier est une sorte de «  tiers-lieu  » entre la famille et l’école. Le sport est très important pour être connu et reconnu, pour les garçons, mais aussi pour les filles. Certains ont des projets un peu fous, comme créer une entreprise de luxe ou s’installer à Dubaï. Mais la majorité est d’une grande lucidité et sait reconnaître ses erreurs de jeunesse, le rêve débouchant sur un projet plus réaliste. Par exemple, après avoir rêvé de devenir une star du football, des jeunes sont devenus animateurs sportifs. Tous ont également un sens aigu des solidarités familiales et de voisinage, tout en étant critiques, et oscillent entre attraction et répulsion. Tous tiennent à la solidarité qui leur a été enseignée avec l’islam, mais ils, et surtout elles, aimeraient bien que leurs parents s’ouvrent à l’égalité entre les hommes et les femmes et ne leur imposent plus de mariage forcé. Tous expriment un fort désir d’engagement dans la cité, tout en craignant la «  récupération  » par la municipalité ou par les partis politiques. L’expression de Jacques Ion, «  l’engagement post-it  », n’est pas utilisée, mais correspond bien à leur démarche. Peut-être parce que la question de la santé n’était pas un problème majeur en 2017, elle est peu présente dans cet ouvrage.

    4
    Avec le collectif Pop-Art, Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin s’affirment ainsi comme les pionnières du véritable «  tournant participatif  » dans la recherche urbaine et, plus largement, en sciences humaines et sociales. La contribution des participants dans la production et l’analyse des données est réelle et reconnue. Ce collectif innove aussi en matière de diffusion des résultats à la communauté scientifique, aux autres jeunes et au grand public. Espérons que d’autres suivront leur exemple.

    Mis en ligne sur Cairn.info le 25/04/2023
    https://doi.org/10.3917/esp.188.0220

    #Jeunes_de_quartier

  • « La situation demande une réponse de l’Etat qui ne saurait se réduire à la criminalisation des révoltes et à la répression »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/07/04/la-situation-demande-une-reponse-de-l-etat-qui-ne-saurait-se-reduire-a-la-cr

    Le mardi 27 juin, alors que le jeune Nahel M., 17 ans, était tué par un policier à Nanterre, nous, membres du collectif de recherche Pop-Part, étions alors réunis pour prolonger une recherche participative portant sur dix quartiers populaires de la région parisienne, qui nous a occupés pendant cinq ans. Au cours de ces années, l’activité de notre collectif, composé de jeunes de quartiers populaires, de professionnels de la jeunesse, d’enseignants, de chercheurs et d’artistes, a mis en évidence la complexité et la diversité des expériences des jeunes des quartiers.

    Au-delà des images caricaturales, cette expérience est faite d’engagements, de projets d’avenir, de solidarité. Le rapport à la violence, les relations à la police, les discriminations y sont aussi prégnantes, sans que l’expérience des jeunes ne s’y réduise. Pourtant, l’actualité et son traitement médiatique et politique nous y renvoient de nouveau.

    Nous sommes profondément attristés par la mort tragique de Nahel qui est symptomatique du contexte d’inégalités et d’injustice, de mépris social et de non-écoute dans lequel nous, jeunes, vivons et avons grandi, dans lequel, nous, professionnels, chercheurs et artistes, travaillons et que nous avons analysé ensemble.

    Rétablir les conditions du dialogue

    Nous sommes choqués et inquiets de la réponse politique uniquement répressive et judiciaire apportée à ce drame. Quand prendra-t-on enfin au sérieux la colère qui s’exprime dans ces affrontements ? Il est urgent de rétablir les conditions du dialogue.

    A la veille des commémorations des 40 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, près de vingt ans après les révoltes urbaines de 2005 qui ont fait suite à la mort de Zyed et Bouna, quelques années après la mort d’Adama Traoré, quelques semaines après celle du jeune Guinéen de 19 ans Alhoussein Camara, tué par un tir de policier en Charente, le 14 juin, le même scénario se répète.

    Outre certaines figures connues, qui marquent la mémoire des jeunes générations, combien de Nahel n’ont pas été filmés ? Combien d’autres injustices et actes illégaux ont été étouffés ? La violence policière a été légitimée comme mode opératoire dans les quartiers populaires, sans que les responsables ne soient systématiquement condamnés et, une fois encore, c’est la victime qui est criminalisée dans beaucoup des discours publics.

    La violence de la rénovation urbaine imposée

    Nous, jeunes de quartiers populaires, vivons au quotidien l’expérience de la discrimination, le sentiment de ne jamais avoir une place, d’être tout simplement illégitimes dans cette société. Dans les médias, à l’école, au travail, dans les rapports aux institutions et notamment à la police, nous sommes trop souvent stigmatisés. Il est alors bien difficile de se projeter dans un avenir commun.

    Nous, professionnels de la jeunesse, sommes toujours soumis à l’injonction d’éteindre le feu pour rétablir la paix sociale. Mais un seuil a été franchi. Sans dialogue ni assurance d’un véritable changement, cette mission est impossible à remplir. Les politiques publiques restent largement en deçà des enjeux et sont pensées et menées sans, voire contre, les principaux concernés.

    Nous, jeunes de quartier, avons subi la violence de la rénovation urbaine imposée, incarnée par les démolitions, les déménagements, la déstructuration de nos réseaux de solidarité. Tout au long de notre enfance et de notre adolescence, nous avons vécu la montée de l’islamophobie et la stigmatisation, aggravées depuis les attentats de 2015 par les discours médiatiques et les mesures politiques. Combien de temps allons-nous continuer à craindre pour nos vies, celles de nos amis, de nos frères et de nos sœurs ?
    Une crise sociale et démocratique profonde

    Nous, professionnels, avons été pris dans des carcans administratifs et idéologiques sourds aux expériences des jeunes, qui n’ont eu comme effet que de limiter nos initiatives. Nos associations, qui prennent le relais sur le terrain pour pallier l’absence d’action publique, ne sont pas soutenues à la hauteur de leur engagement, voient leurs moyens diminués voire supprimés, quand leurs actions ne sont pas tout simplement réprimées.

    Nous ne pouvons et nous ne voulons plus continuer à mettre ainsi des rustines. Nous, enseignants, chercheurs, avons documenté ces dérives. Nos propos ont souvent été caricaturés et dénoncés, quand nous n’avons pas été simplement insultés et étiquetés comme idéologues.

    Aujourd’hui, les quartiers populaires subissent de plein fouet l’inflation, la crise du logement, la casse des services publics, qui s’accélère dans l’éducation nationale, dans la santé, et, de manière plus générale, dans la prise en charge des besoins des populations. Ces constats et ces interrogations renvoient à une crise sociale et démocratique profonde qui ne concerne pas les seuls quartiers populaires.

    Ouvrir des espaces publics de débat

    Nous ne sommes plus en 2005. La situation s’est aggravée. Les révoltes, qui partent des quartiers, n’y restent pas confinées, géographiquement et socialement. Ces territoires ne sont ni des îles, ni des déserts politiques. Ils catalysent des enjeux qui traversent l’ensemble de la société française. Les mouvements sociaux récents, qu’il s’agisse des « gilets jaunes », des mobilisations contre la réforme des retraites ou des luttes écologiques, ont montré la surdité du président de la République et des gouvernements, qui n’y ont répondu que par la répression.

    Cette situation demande une réponse de l’Etat qui ne saurait se réduire à la criminalisation des révoltes et à la répression. Aucun bilan ne semble avoir été tiré de la gestion catastrophique des révoltes de 2005, qui n’avait conduit qu’à accentuer les tensions. Les perspectives d’avenir des jeunes accusés et condamnés à la suite de ces évènements ont été détruites, fragilisant par effet domino leurs familles et leurs cercles amicaux, alors qu’aucune solution de fond n’a été mise en œuvre.
    Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Emmanuel Blanchard, politiste : « La France a une histoire longue de racialisation de l’emprise policière »

    Nous espérons que les habitants des quartiers populaires, nos collègues, les forces sociales du pays, entendant cette colère, sauront construire ensemble, à partir des quartiers populaires et au-delà, un mouvement social porteur de propositions. Ouvrons des espaces publics de débat, entendons les paroles et les demandes portées par les révoltes urbaines et les mouvements sociaux, construisons et imposons ensemble un monde de justice sociale.

    Parmi les signataires : Louiza Aoufi, étudiante ; Marie-Hélène Bacqué, enseignante-chercheuse en études urbaines, université Paris-Nanterre ; Mehdi Bigaderne, cofondateur du collectif AC-Lefeu, adjoint à la maire de Clichy-sous-Bois ; Djeneba Comté, étudiante ; Jeanne Demoulin, enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation, université Paris-Nanterre ; Mamadou Diallo, responsable de l’association Zy’Va, Nanterre ; Zineddine Nouioua, acteur, membre du collectif AC-Lefeu ; Hawa Traoré, étudiante ; Lassana Traoré, président de l’association Culture et loisirs pour tous, Corbeil-Essonnes ; Karim Yazi, comédien, producteur et metteur en scène, Kygel Théâtre.

    La liste complète des signataires est accessible sur ce lien

    Le collectif Pop-Part est un collectif scientifique qui regroupe les chercheurs, les professionnels et les jeunes ayant pris part à la recherche « Les quartiers populaires au prisme de la jeunesse : une recherche participative » (ANR Pop-Part), conduite de 2017 à 2022 dans dix villes et quartiers franciliens. La démarche et les résultats sont notamment restitués sur le site Jeunes de quartier. Le collectif a publié l’ouvrage Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots (C & F Editions, 2021). Il intègre aujourd’hui le Kygel Théâtre, qui a monté la pièce de théâtre Vivaces, mettant en scène les textes de l’ouvrage. La pièce a été jouée une vingtaine de fois et continue à circuler.

    #Jeunes_de_quartier #Jeanne_Demoulin #Marie-Hélène_Bacqué #Emeutes

  • « Penser le 9-3 » : un nouveau podcast veut changer la vision de la Seine-Saint-Denis
    https://www.ouest-france.fr/ile-de-france/seine-saint-denis/penser-le-9-3-un-nouveau-podcast-veut-changer-la-vision-de-la-seine-sai
    https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMzAxM2E4NWIwNTgyZTUzY2Y2YWUwN2Q4YTAxYjkzOTQyMDI?width=1260&he

    Le podcast « Penser le 9-3 » est officiellement sorti mercredi 25 janvier 2023 sur les plateformes de streaming. Créé par le réseau Profession banlieue, le programme ambitionne de changer la vision et les mentalités sur la Seine-Saint-Denis, afin de montrer le département « autrement ».

    Profession banlieue, réseau professionnel sur la politique de la ville, a lancé mercredi 25 janvier 2023 son podcast « Penser le 9-3 ». Avec quatre épisodes d’environ 35 minutes, le programme a pour ambition de « montrer la Seine-Saint-Denis autrement » via le regard de chercheurs et d’habitants.

    Le journaliste Antoine Tricot ira à la découverte d’Aubervilliers, Villetaneuse et Saint-Denis. Le podcast prend comme point de départ les travaux des chercheurs du conseil scientifique de l’association Profession banlieue. Dans le premier épisode, la sociologue Marie-Hélène Bacqué aborde le sujet des nouvelles formes de politisation des jeunes dans les quartiers populaires.

    Apporter un « regard contrasté » sur le département

    Le deuxième épisode est consacré à la rénovation urbaine avec le politiste Renaud Epstein et le troisième épisode porte sur les jardins avec la géographe Flaminia Paddeu. Dans le dernier épisode, la sociologue Christine Bellavoine rencontre le responsable de structure jeunesse Mamadou Soumaré sur le thème des animateurs.

    « La Seine-Saint-Denis est un territoire jeune, extrêmement bouillonnant et créatif. Cette dimension-là est rarement montrée, explique Marie-Hélène Bacqué à propos du département. On est pris entre deux écueils : d’un côté une forme de stigmatisation et de l’autre, quelques fois, un regard un peu naïf. […] La question est de donner à voir ce regard contrasté. »

    Un réseau de réflexion sur la politique urbaine

    Dans les épisodes, les chercheurs sont accompagnés d’habitants et d’associatifs. Le journaliste donne une description imagée des lieux de déambulation tandis que le chercheur rend accessible certains concepts. « On avait cette idée de montrer la Seine-Saint-Denis autrement », résume Vincent Havage, directeur de Profession banlieue, qui espère la production d’autres saisons.

    Créé en 1993, Profession Banlieue est un réseau professionnel des acteurs des quartiers populaires en Seine-Saint-Denis et un centre de ressources cherchant à contribuer à la réflexion nationale sur les questions de politique de la ville. L’association propose régulièrement des séminaires et visites sur les thématiques de transition urbaine, d’égalité ou encore de patrimoine


    (on retrouvera le livre complet à : https://cfeditions.com/jdq)

    #Jeunes_de_quartier #Marie-Hélène_Bacqué #Podcast

  • Les trajectoires scolaires des jeunes des quartiers populaires, entre parcours d’obstacles et aspirations à la réussite | scolarité | Epoch Times
    https://www.epochtimes.fr/les-trajectoires-scolaires-des-jeunes-des-quartiers-populaires-entre-parc

    Quel est le rapport des jeunes de quartiers populaires à l’école ? Comment ces personnes racontent-elles leur orientation scolaire quand les difficultés économiques limitent le champ des possibles ? Que signifie à leurs yeux « réussir », et quel rôle leur scolarité joue-t-elle dans cette trajectoire ? Ce sont des questions que nous avons documentées au cours de la recherche participative Pop-Part (2017-2022), qui portait plus largement sur les pratiques et les représentations des jeunes de quartiers populaires dans dix villes franciliennes.


    (on retrouvera le livre complet à : https://cfeditions.com/jdq)

    #Jeunes_de_Quartier #Jeanne_Demoulin #Leïla_Frouillou

  • Juin 2022, Les quartiers populaires au prisme de la jeunesse | Radio nomade [podcast autour du livre « Jeunes de quartier »]
    http://www.radionomade.fr/juin-2022-les-quartiers-populaires-au-prisme-de-la-jeunesse

    Invité(e)s : Marie-Hélène Bacqué, sociologue, professeure d’études urbaines à l’Université Paris Nanterre, à l’origine avec Jeanne Demoulin, professeur en sciences de l’éducation, du projet de recherche participative Pop Part. Fanny Salane, maîtresse de conférence en science de l’éducation également à l’Université Paris Nanterre, et participante sur le projet Pop Part, Thibaut Noël, jeune habitant de Pantin, membre du collectif Traces d’aide à l’accueil des populations exilées, Mira Hannachi, jeune habitante de Nanterre, Karim Yazi, responsable du Kygel Théâtre, Guy Lafrance, du Kygel théâtre, metteur en scène du spectacle “Vivaces”, monté à partir de textes tirés du livre et du site “Jeunes de quartier, le pouvoir des mots”, résultat de la recherche participative Pop Part.

    Qu’est-ce qu’être jeune d’un quartier populaire ? À quelle expérience sociale, urbaine, familiale, à quelles visions de sa place dans la société et dans le territoire cela renvoie-t-il ?

    Ces questions ont guidé la recherche participative Pop-Part conduite dans dix villes ou quartiers de l’Île-de-France et associant 120 jeunes, une quinzaine de professionnels de la jeunesse et une quinzaine de chercheur(e)s appartenant à différentes disciplines : sociologie, science de l’éducation, Histoire, géographie, urbanisme… ainsi que certains étudiants de ces mêmes disciplines….

    Pourquoi une telle recherche ? Quelle en est la motivation ? Quels objectifs se donnent-elle ? mais aussi comment cette démarche s’est-elle construite ? Sur quels territoires ? quartiers ? A partir de quels choix ? Voilà quelques unes des premières questions que nous pourrons poser à nos invités.

    Mais finalement y-a-t-il une spécificité du vécu des jeunes des quartiers populaires au regard de la jeunesse en général ? Qu’est-ce que le lien entretenu avec leur quartier spécifique révèle sur des sujets aussi divers que l’engagement, les médias, les filles et les garçons, le changement urbain, la politique, le sport, l’Histoire, les discriminations, la culture… 27 sujets ont ainsi été abordés dans cette recherche, regroupés sous la forme d’un abécédaire. Finalement y-a-t-il un vécu commun à la jeunesse des quartiers populaires tout en partageant dans le même temps les questionnements propres à toute la jeunesse ? Les chercheuses Marie-Hélène Bacqué, et Fanny Salane et les jeunes participant(e)s Thibaut Noël et Mira Hannachi, de cette recherche pourront répondre à nos interrogations.

    Enfin suite à la publication en 2021 de cette recherche sous la forme d’un livre et d’un site intitulés “Jeunes de quartier, le pouvoir des mots”, la compagnie Kygel Théâtre s’est emparée d’un ensemble de textes de cet ouvrage, pour monter le spectacle “Vivaces”, dont les représentations ont commencé en avril 2022. Karim Yazi, responsable du Kygel Théâtre et Guy Lafrance, metteur en scène du spectacle nous raconterons leur travail autour de ces textes et la rencontre du spectacle avec son public.

    #Jeunes_de_quartier #Marie_Hélène_Bacqué #Jeanne_Demoulin

  • Recherche Pop-Part - La recherche action participative : une démarche d’éducation populaire ?
    https://www.education-populaire.fr/recherche-pop-part-la-recherche-action-participative-une-demarch

    De 2017 à 2021, la recherche action participative « Les quartiers populaires au prisme de la jeunesse » (surnommé « Pop-Part ») a amené 120 jeunes (15-34 ans) habitants de 10 quartiers populaires d’Île-de-France, une quinzaine de professionnel·les de la jeunesse, et une quinzaine de chercheur·euses de différentes disciplines, à travailler ensemble pour mieux comprendre les réalités derrière l’expression stigmatisante de « jeunes de quartier ».

    En découvrant les multiples productions de cette recherche (ouvrage, site Internet, capsules vidéos, documentaire, pièce de théâtre, podcasts), j’ai été réellement enthousiasmée de sentir comment les jeunes ayant pris part à cette recherche ont été au cœur de la démarche, comment iels n’en ont pas été les objets, mais bien les co-producteur·ices. Il me semble que ces jeunes en tirent réellement quelque chose pour leur vie et leur futur, et pas seulement pour la science. Et cela m’a beaucoup touchée.

    Comme toutes les catégories minorisées ou stigmatisées, les « jeunes de quartier » ont peu de prise sur les représentations qui sont données d’elleux. Iels font l’objet de discours mais n’ont pas le droit à la parole. C’est pourquoi pour faire cette recherche, Jeanne Demoulin et Marie-Hélène Bacqué, les deux chercheuses à l’origine de cette démarche, ont souhaité faire de la recherche autrement.

    C’est ce travail qui a donné lieu à la publication de l’abécédaire « Jeunes de quartier – Le pouvoir des mots ». De « discrimination » à « Engagement », en passant par « Maraudes » ou « Médias », ce sont les jeunes ont elleux-mêmes qui choisi les mots qui leur semblaient significatifs. Et, à la surprise des chercheur·euses, iels ont écarté le mot « inégalités ».

    #Jeunes_de_quartier

  • Lu / Jeunes de quartier : le pouvoir des mots, par le Collectif POP-Part, Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin (eds) : Urbanités
    https://www.revue-urbanites.fr/lu-benit-gbaffou-pop-part

    Ce livre, issu d’une recherche participative entre un groupe de chercheurs pluridisciplinaire (sociologie, histoire, géographie, sciences de l’éducation, urbanisme et architecture), des structures associatives diverses situées dans une dizaine de quartiers populaires de la région parisienne, et d’une centaine de jeunes habitant ces quartiers et fréquentant ces structures, est d’abord un très joli objet. Construit sous la forme d’un abécédaire, qui prend au sérieux les mots du quotidien et fait figurer l’entrée « Kebab » à côté de « Discriminations », fait un sort au « Sport » autant qu’aux « Origines », surgir « Grands/Petits » à côté de la plus classique « Famille », le livre regorge de surprises, ne prenant pas prétexte de la profondeur du propos pour manquer d’humour ou bouder l’accessibilité. Il s’accompagne, réalité augmentée au sens propre1, d’éclairantes et brèves capsules vidéo, réalisées par les jeunes, et qui ancrent les récits, débats et analyses qui font le corps du livre dans l’espace diversifié des quartiers populaires qui en sont l’objet. Cet ouvrage réussit le pari difficile de la polyphonie, où l’écho entre les récits, l’entremêlement des modes d’écriture (témoignages, réflexions, débats, analyses, images, fiction, poésie), le kaléidoscope des regards sur chaque objet (chercheurs, éducateurs et jeunes), et le plaisir de débattre semblent une évidence derrière une construction évidemment très réfléchie – dont l’échafaudage mériterait d’ailleurs un second livre, un making off (j’y reviendrai).

    Je réfléchirai ici aux deux objectifs centraux du livre, et du projet de recherche (l’ANR POP-Part) dont il est un des aboutissements. Le premier, affiché dans l’introduction, est l’ambition de bousculer les idées reçues sur les « jeunes des quartiers », en donnant la parole aux principaux intéressés, pour une fois. Le second, tout à la fois dans l’air du temps de la « science citoyenne et participative » et original dans la production scientifique française, explicite dans le projet et plus implicite dans le contenu et la facture du livre, est pour le chercheur de tenir le défi « d’écrire avec » les groupes sociaux qu’il étudie, sans perdre en chemin l’ambition scientifique du propos.

    #Jeunes_de_quartier #Jeanne_Demoulin #Marie_Hélène_Bacqué

  • VIVACES Jeunes de quartier, le pouvoir des mots Le Nouveau CAP Aulnay-sous-Bois vendredi 2 décembre 2022
    https://www.unidivers.fr/event/le-nouveau-cap-aulnay-sous-bois-2022-12-02t1400000100

    Création théâtrale issue du travail de recherche POP-PART qui met en scène quelques extraits de l’ouvrage collectif « Jeunes de quartier, le pouvoir des mots » coordonnée par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin (enseignantes – chercheuses), et co-écrit par des jeunes, des professionnels et des chercheurs.
    L’idée étant de donner une représentation « plus juste et plus étoffée du monde » et de dépasser le double écueil auquel sont confrontés les jeunes des quartiers populaires : d’un côté une vision d’en haut, contribuant parfois à la stigmatisation, de l’autre une forme de romantisme naïf.
    + d’infos : https://jeunesdequartier.fr

    Rencontre – débat à l’issue de la représentation en présence de Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin (enseignantes – chercheuses Université de Nanterre)
    Modérateur : Mohammed Ouaddane, Inter-Réseaux Mémoires-Histoires

    #Jeunes_de_quartier #Vivace #Théâtre

  • Pourquoi il est faux de dire que les quartiers populaires sont des déserts politiques
    https://www.lejdd.fr/Politique/pourquoi-il-est-faux-de-dire-que-les-quartiers-populaires-sont-des-deserts-pol

    Par Marie-Hélène Bacqué, Emmanuel Bellanger et Hélène Hatzfeld

    La sociologue et urbaniste Marie-Hélène Bacqué (Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières), l’historien Emmanuel Bellanger (CNRS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et la politologue Hélène Hatzfeld, spécialisée dans l’urbanisme (laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières) ont mené une enquête dans 10 quartiers d’Île-de-France de 2017 à 2021.
    Photo d’illustration.
    Photo d’illustration. (ALLILI MOURAD/SIPA)
    Partager sur :

    Alors que l’actualité électorale montre du doigt la forte abstention des quartiers populaires et que de nombreux analystes y voient un désintérêt pour la politique, notamment chez les jeunes, notre recherche participative invite à déplacer le regard et à reconsidérer les idées reçues. Si en effet les jeunes des quartiers populaires participent peu au jeu électoral, nos travaux mettent clairement en évidence que ces jeunes ne sont ni désintéressés ni passifs face à la politique. Notre recherche a été menée de 2017 à 2021 dans 10 quartiers d’Île-de-France. Elle a associé des chercheurs, des responsables de services ou d’associations jeunesse et une dizaine de jeunes par quartier. Ensemble, nous avons notamment co-rédigé le livre Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots qui rend compte de ces réflexions collectives. L’ouvrage est accompagné d’un site sur lequel sont publiés par thématiques les travaux réalisés.

    #Jeunes_de_quartier

  • Les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques
    https://theconversation.com/les-quartiers-populaires-ne-sont-pas-des-deserts-politiques-185524

    Alors que l’actualité électorale montre du doigt la forte abstention des quartiers populaires et que de nombreux analystes y voient un désintérêt pour la politique, notamment chez les jeunes, notre recherche participative invite à déplacer le regard et à reconsidérer les idées reçues. Si en effet les jeunes des quartiers populaires participent peu au jeu électoral, nos travaux mettent clairement en évidence que ces jeunes ne sont ni désintéressés ni passifs face à la politique.

    Notre recherche a été menée de 2017 à 2021 dans 10 quartiers d’Île-de-France. Elle a associé des chercheurs, des responsables de services ou d’associations jeunesse et une dizaine de jeunes par quartier. Ensemble, nous avons notamment co-rédigé le livre Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots qui rend compte de ces réflexions collectives. L’ouvrage est accompagné d’un site sur lequel sont publiés par thématiques les travaux réalisés.

    L’expérience de la politique faite par les jeunes de ces quartiers populaires est d’abord sociale. Elle se décline en des formes multiples d’engagement : au niveau du quartier, du lycée, de la ville ou de la solidarité internationale. Pensées comme individuelles et ponctuelles, elles s’inscrivent cependant souvent dans une logique de continuité et de restitution. Beaucoup s’engagent en effet dans des activités telles que l’aide aux devoirs, l’encadrement informel des plus jeunes, la contribution à la vie culturelle et sportive de la ville, la création d’associations, la participation au conseil de jeunes de la municipalité.

    Les actions de solidarité sont aussi des motifs d’engagement fréquents, qu’il s’agisse de maraudes vers Paris en faveur de populations précarisées, de l’accueil des réfugiés, ou de voyages en Afrique pour planter des arbres ou creuser un puits.

    Le sentiment d’inégalité ou d’injustice est un facteur plus limité d’engagement : il s’exprime par exemple dans la lutte contre la réforme du baccalauréat ou de l’entrée à l’université., la participation ponctuelle au mouvement des « gilets jaunes ».

    Lorsque le quartier ou la ville sont évoqués, ils sont souvent décrits par les jeunes en des termes possessifs et affectifs. Cet attachement au territoire est fréquemment défensif, à rebours d’une stigmatisation puissante. On peut faire l’hypothèse que le « patriotisme de clocher à base de classe » analysé par l’historienne Annie Fourcaut, pour définir l’implantation et l’enracinement du communisme municipal des années 1920 et 1930, se rejoue sous d’autres formes, avec d’autres acteurs.

    Ce qui réunit les jeunes des quartiers populaires étudiés, c’est d’abord leur méfiance et leur distance critique à l’égard de la politique dite « politicienne » et du système de représentation qui leur paraît ne pas refléter leur situation. Les engagements bénévoles des jeunes et leurs capacités d’initiative révèlent l’importance qu’ils donnent aux actes, à des solidarités animées par des valeurs, à la volonté et au pouvoir d’agir par soi-même.

    Ainsi, les quartiers socialisent plus qu’ils ne politisent. Mais à l’opposé des idées reçues sur l’enfermement et le « communautarisme » des habitants des cités, la vie des jeunes ne s’apparente ni à désert politique ni à un ghetto politique.

    Si la dimension territoriale apparaît déterminante dans les représentations et les dynamiques d’affiliation sociale et politique, elle ne suffit pas pour autant à construire un « nous » politique.

    #Jeunes_de_quartier #Politique #Quartiers_populaires

  • Les podcasts « Jeunes de quartier » : leur quotidien raconté par eux-mêmes
    https://theconversation.com/les-podcasts-jeunes-de-quartier-leur-quotidien-raconte-par-eux-meme

    Banlieues, quartiers, cités. En France ces mots ont trop souvent une connotation négative. Ce que l’État français nomme depuis 2018 les quartiers prioritaires de la politique de la ville regroupe 5,4 millions d’habitants dont 40 % ont moins de 25 ans. Mais qu’est-ce qu’être jeune dans un quartier populaire ? Des jeunes et des chercheurs membres de la recherche participative Pop-Part, conduite dans dix villes ou quartiers de l’Île-de-France, et portée notamment par l’Université Paris Nanterre, parlent de leur vécu au micro de Cléa Chakraverty et Nils Buchsbaum.

    Et si après avoir écouté ces podcasts, vous en voulez plus, il y a le livre.
    https://cfeditions.com/jdq

    #Jeunes_de_quartier #Podcasts

  • « Jeunes de quartier » : « La politique elle se fait à côté »
    https://theconversation.com/jeunes-de-quartier-la-politique-elle-se-fait-a-cote-179811

    Les jeunes des quartiers populaires s’engagent de multiples façons. À l’échelle locale comme à l’échelle internationale. Sur des enjeux de solidarité, d’accueil de justice. S’ils expriment un éloignement vis-à-vis de la politique institutionnelle, cela ne les empêche pas de prendre la parole, y compris en se présentant aux élections locales ?

    Pour parler de la question de l’engagement et de la solidarité, nous recevons Marie-Hélène Bacqué chercheuse à l’université Paris-Nanterre, sociologue et coordinatrice du projet Pop-Part auquel ont participé Thibaut Noël et Djieneba Konte.

    Thibaut a 26 ans. Originaire de Pantin, militant politique, il a notamment participé au mouvement des « gilets jaunes » et a participé à la création d’un collectif pour venir en aide aux réfugiés. Djienaba a 20 ans. En deuxième année de droit à l’université de Nanterre, elle s’est présentée sur une liste citoyenne aux élections de sa ville, Aubervilliers et s’engage régulièrement auprès de lycéens avec son association, Parle, afin de les initier aux concours d’éloquence.

    Loin de l’image d’une jeunesse désintéressée de la vie politique, les parcours de ces jeunes nous éclairent sur d’autres type d’engagements qui se font bien souvent en dehors des partis politiques.

    #Jeunes_de_quartier #Marie_Hélène_Bacqué #Podcast #The_Conversation

  • « Jeunes de quartier » : « 2005 ça a marqué l’histoire »
    https://theconversation.com/jeunes-de-quartier-2005-ca-a-marque-lhistoire-179799

    Nous recevons pour ce nouvel épisode, la politologue Hélène Hatzfeld et Nawufal Mohammed habitant de Clichy-Sous-bois de 32 ans. Il est agent de développement, c’est-à-dire qu’il aide les habitants à s’approprier les nouveaux logements et les espaces publics.

    En 2005, il était adolescent lorsque sont survenues les émeutes en réaction à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois qui gagnent rapidement l’ensemble du pays. Le gouvernement instaure l’état d’urgence. Lors de son premier discours après ces événements, le président de République de l’époque, Jacques Chirac, promet de créer plus d’opportunités pour les jeunes de quartiers. Les gouvernement suivant mettront également en place des mesures similaires durant leurs mandats.

    #Jeunes_de_quartier #Podcast #Zyed_et_Bouna

  • « Jeunes de quartier » : « Là où tout le monde se croise »
    https://theconversation.com/jeunes-de-quartier-la-ou-tout-le-monde-se-croise-179794

    Banlieues, quartiers, cités. En France, ces mots ont trop souvent une connotation négative. Ce que l’État français nomme depuis 2018 les quartiers prioritaires de la politique de la ville regroupe 5,4 millions d’habitants dont 40 % ont moins de 25 ans. Mais qu’est-ce qu’être jeune dans un quartier populaire ? La recherche participative Pop-Part, conduite dans dix villes ou quartiers de l’Île-de-France, et portée notamment par l’Université Paris Nanterre, s’est associée à 120 jeunes pour se saisir du sujet.

    Dans ce nouvel épisode de Jeunes de quartier, nous recevons Claudette Lafaye, sociologue à l’université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis associée, dans le cadre de la recherche PopPart, à l’université Paris Nanterre et Ahmad Zeidan 25 ans qui a grandi à Pantin.

    En 1996, la manufacture de tabac de Patin qui employait plusieurs centaines d’ouvriers est détruite. Elle est aujourd’hui remplacée par 50 000 mètres carrés de bureaux destinés à l’implantation d’entreprises de l’économie créative. Située dans le département de la Seine-Saint-Denis, au nord-est de Paris, Pantin est aujourd’hui une commune de 59 000 habitants.

    Souvent qualifiée par la presse de “nouveau Brooklyn”, Pantin connaît comme beaucoup de communes limitrophes de la capitale des transformations urbaines de grande ampleur qui se sont accentuées depuis le milieu des années 2000. De nouveaux immeubles de bureaux et d’habitations sortent de terre, de nouveaux cafés ouvrent, de grandes entreprises y établissent leur siège social, des friches industrielles sont utilisées par des théâtres. La jeunesse parisienne vient y faire la fête. Mais certains habitants s’interrogent : pourront-ils continuer à vivre dans le lieu où ils ont grandi ?

    #Jeunes_de_quartier #Podcast #The_Conversation

  • « On peut associer les jeunes des quartiers populaires à la fabrique des politiques publiques »
    https://www.lagazettedescommunes.com/787945/%E2%80%89on-peut-associer-les-jeunes-des-quartiers-populaires-

    Votre ouvrage (1), défini comme un « anti-dictionnaire des idées reçues sur les jeunes des quartiers populaires », fournit un éclairage utile à l’approche de l’élection présidentielle pour penser de nouvelles politiques publiques. Quelle est son ambition ?

    Nous avons voulu travailler avec les jeunes des quartiers car, si l’on en parle beaucoup, on les entend peu. Dans les grands médias, ils sont souvent réduits aux garçons qui traînent en bas des tours. Au contraire, nous nous intéressons à la diversité de cette jeunesse.

    Pour cela, nous avons mis en place une méthode qui leur donne la parole et qui permet de partir de leurs expériences, grâce à des ateliers et des entretiens individuels. Près de 130 jeunes ont participé, répartis sur dix territoires franciliens. Avec eux, mais aussi avec des professionnels de la jeunesse, nous avons travaillé sur les mots du quartier et de la ville.
    Une entrée du livre porte sur le « changement urbain ». Quel regard les jeunes portent-ils sur les programmes de rénovation ?

    Un sentiment partagé est celui de la dépossession. Ils ont l’impression que les changements se font sans eux. Au Petit-­Nanterre (Hauts-de-­Seine), quartier emblématique du logement social, la rénovation est perçue comme une menace, avec des constructions neuves en lisière du quartier pendant qu’on laisse « pourrir l’intérieur ». Ces termes sont souvent revenus. Les jeunes font aussi preuve de nostalgie. La rénovation a effacé beaucoup de lieux de leur enfance, comme les aires de jeux. Une phrase qui m’a marquée est « le quartier est en train de partir ».

    A ­Pantin (Seine-Saint-­Denis), où la gentrification est forte, le regard des jeunes est très ambivalent. Ils profitent de la rénovation des berges et des nouveaux espaces publics. Mais, dans le même temps, ils se disent « en sursis » dans la ville. S’ils y habitent encore, chez leurs parents, ils craignent de ne pas pouvoir y rester.

    Quels enseignements les acteurs locaux peuvent-ils tirer de la lecture de votre livre ?

    Considérer les jeunes des quartiers comme des ressources et pas comme des problèmes. Cela a déjà été dit avant nous, mais, grâce au livre, on arrive mieux à saisir qui sont ces jeunes, à voir ce qui les interpelle et ce sur quoi on peut les associer dans la fabrique des politiques publiques.

    Notre recherche souligne également l’importance des structures « jeunesse » dans les quartiers. Il faut veiller à leur donner les moyens nécessaires pour travailler. Non pas dans une logique d’encadrement des jeunes, mais dans celle d’un accompagnement.

    Enfin, un chantier majeur est celui de la lutte contre les discriminations, où l’action locale peut jouer un rôle clé.

    Thèmes abordés

    Politique de la ville

    Notes

    Note 01 « Jeunes de quartiers. Le pouvoir des mots », C&F Editions, octobre 2021. Retour au texte

    #Jeunes_de_quartier #Jeanne_Demoulin

  • « Jeunes de quartier » : « Regarde-moi »
    https://theconversation.com/jeunes-de-quartier-regarde-moi-178674

    Une demi-heure de podcast passionnante.

    Banlieues, quartiers, cités. En France ces mots ont trop souvent une connotation négative. Ce que l’Etat français nomme depuis 2018 les quartiers prioritaires de la politique de la ville regroupe 5,4 millions d’habitants dont 40 % ont moins de 25 ans. Mais qu’est-ce qu’être jeune dans un quartier populaire ? La recherche participative Pop-Part, conduite dans dix villes ou quartiers de l’Île-de-France, et portée notamment par l’Université Paris Nanterre, s’est associée à 120 jeunes pour se saisir du sujet.

    Le regard médiatique porté sur les quartiers populaires enchaîne les clichés. De la beurette des années 80 à la femme voilée puis aux jeunes à capuches ou aux bandes violentes, les représentations sont souvent biaisées si ce n’est parfois ouvertement racistes. Pourtant de nombreuses voix émergent, notamment aujourd’hui pour se réapproprier l’image de ces quartiers.

    Pour en parler avec nous dans « Jeunes de quartier » nous recevons Hachimia Ibouroi, 22 ans, originaire de Pantin en Seine-Saint-Denis, étudiante en master image et société à l’université Paris-Saclay. Hachimia accompagne des classes de lycéens dans leur processus de création théâtral.

    Avec nous également, Jeanne Demoulin, chercheuse en sciences de l’éducation à l’Université Paris Nanterre au laboratoire CREF (Crise école terrain sensible). Jeanne Demoulin a aussi co-coordonné le projet participatif Pop-Part.

    Extraits

    « Something elated », Broke for Free, 2011.

    « Admire ma peau noire », H. Ibouroi, 2020.

    Jeunes de quartier, 2021. Couverture de l’ouvrage Jeunes de quartier

    La recherche Pop-Part a donné lieu à un ouvrage, « Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots », coordonné par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, paru chez C&F Editions, ainsi qu’un site Jeunesdequartier, des dizaines de vidéos , réalisées par les jeunes mais également une pièce de théâtre, mise en scène par le Kygel Théâtre à partir de textes de l’ouvrage, et un film sur le processus de la recherche, réalisé par Géraldine Kouzan.

    Crédits : Conception et animation, Clea Chakraverty. Réalisation, Romain Pollet. Chargé de production, Rayane Meguenni.

    #Jeunes_de_quartier #Podcast #The_Conversation #Jeanne_Demoulin #Hachima_Ibouroi

  • « On peut associer les jeunes des quartiers populaires à la fabrique des politiques publiques »
    https://www.lagazettedescommunes.com/787945/%E2%80%89on-peut-associer-les-jeunes-des-quartiers-populaires-

    Maître de conférences à l’université Paris Nanterre, Jeanne Demoulin publie un ouvrage sur les jeunes des quartiers populaires, coordonné avec Marie-Hélène Bacqué et issu d’une recherche participative sur plusieurs années.

    Chiffres-clés

    2021. Sortie de l’ouvrage accompagné du site internet jeunesdequartier.fr et de la pièce de théâtre « Vivaces » (Kygel théâtre, Montreuil).
    2018-2021. Conduite de la recherche participative (ateliers, entretiens, écriture) avec 130 jeunes Franciliens.
    2017. Début du programme de recherche Pop-Part.

    Votre ouvrage (1), défini comme un « anti-dictionnaire des idées reçues sur les jeunes des quartiers populaires », fournit un éclairage utile à l’approche de l’élection présidentielle pour penser de nouvelles politiques publiques. Quelle est son ambition ?

    Nous avons voulu travailler avec les jeunes des quartiers car, si l’on en parle beaucoup, on les entend peu. Dans les grands médias, ils sont souvent réduits aux garçons qui traînent en bas des tours. Au contraire, nous nous intéressons à la diversité de cette jeunesse.

    Pour cela, nous avons mis en place une méthode qui leur donne la parole et qui permet de partir de leurs expériences, grâce à des ateliers et des entretiens individuels. Près de 130 jeunes ont participé, répartis sur dix territoires franciliens. Avec eux, mais aussi avec des professionnels de la jeunesse, nous avons travaillé sur les mots du quartier et de la ville.

    Une entrée du livre porte sur le « changement urbain ». Quel regard les jeunes portent-ils sur les programmes de rénovation ?

    Un sentiment partagé est celui de la dépossession. Ils ont l’impression que les changements se font sans eux. Au Petit-­Nanterre (Hauts-de-­Seine), quartier emblématique du logement social, la rénovation est perçue comme une menace, avec des constructions neuves en lisière du quartier pendant qu’on laisse « pourrir l’intérieur ». Ces termes sont souvent revenus. Les jeunes font aussi preuve de nostalgie. La rénovation a effacé beaucoup de lieux de leur enfance, comme les aires de jeux. Une phrase qui m’a marquée est « le quartier est en train de partir ».

    A ­Pantin (Seine-Saint-­Denis), où la gentrification est forte, le regard des jeunes est très ambivalent. Ils profitent de la rénovation des berges et des nouveaux espaces publics. Mais, dans le même temps, ils se disent « en sursis » dans la ville. S’ils y habitent encore, chez leurs parents, ils craignent de ne pas pouvoir y rester.

    Quels enseignements les acteurs locaux peuvent-ils tirer de la lecture de votre livre ?

    Considérer les jeunes des quartiers comme des ressources et pas comme des problèmes. Cela a déjà été dit avant nous, mais, grâce au livre, on arrive mieux à saisir qui sont ces jeunes, à voir ce qui les interpelle et ce sur quoi on peut les associer dans la fabrique des politiques publiques.

    Notre recherche souligne également l’importance des structures « jeunesse » dans les quartiers. Il faut veiller à leur donner les moyens nécessaires pour travailler. Non pas dans une logique d’encadrement des jeunes, mais dans celle d’un accompagnement.

    Enfin, un chantier majeur est celui de la lutte contre les discriminations, où l’action locale peut jouer un rôle clé.

    #Jeunes_de_quartier #Gazette_des_communes #Sociologie_urbaine #Politique_ville