• 24 journalistes palestiniens toujours détenus par Israël
    Middle East Monitor, le 2 septembre 2019
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2019/09/04/24-journalistes-palestiniens-toujours-detenus-par-israel

    Selon le JSC, les Israéliens ont arrêté quatre journalistes au mois d’août et prolongé la détention de deux autres. Le comité souligne également que cinq des 24 journalistes maintenus derrière les barreaux sont détenus par Israël dans le cadre du régime de détention administrative, sans inculpation ni jugement. Sept d’entre eux ont été condamnés et 12 autres sont détenus dans l’attente de poursuites.

    #Palestine #Prisons #Journalistes #détention_administrative

  • Journalistes & sources : le danger du faux sentiment de #sécurité
    L’art lent et minutieux de solliciter une #source digne de confiance est l’une des compétences les plus excitantes de la trousse à outils du #journaliste d’investigation. Mais comment cela fonctionne-t-il lorsque la source ne peut être atteinte que par des moyens numériques ou ne présente qu’une identité #anonyme en premier lieu ?

    Dans cet article, nous avons examiné comment l’art de cultiver une source fonctionne dans un monde où la confiance doit être gagnée à distance — et si les pratiques de l’ère #numérique peuvent transformer les méthodes traditionnelles.

    https://zeka.noblogs.org/le-danger-du-faux-sentiment-de-securite-la-protection-des-sources-pour

  • Chronik sur Twitter : ""« Tout ce à quoi j’assiste, à #Gaza et dans les territoires palestiniens, comme témoin, c’est beaucoup… beaucoup… » Sa voix se brise. Son regard est noir et triste.". #Amira_Hass, une #journaliste israélienne, une Juste. #Palestine https://www.lemonde.fr/festival/article/2019/08/15/de-l-education-sarajevienne-a-la-cause-palestienne_5499759_4415198.html" / Twitter
    https://twitter.com/Chronikfr/status/1162304074487881731

    #sionisme

    • Lorsque son journal, Haaretz, lui demande en 1993 de couvrir l’actualité palestinienne, elle décide de partir à Gaza et de « vivre l’occupation ». Puisque Israéliens et Palestiniens vivent séparés, il lui faut être chaque jour au plus près de ceux dont elle raconte la vie. Quatre ans plus tard, elle déménage à Ramallah, la « capitale » d’une Palestine non reconnue et elle-même divisée en territoires et enclaves. Elle y vit toujours, dans un immeuble anonyme et sans charme du faubourg d’El-Bireh, au milieu de plantes vertes et de centaines de livres.

      Amira Hass a trois raisons de vivre avec les Palestiniens plutôt qu’à Jérusalem. La première est qu’elle estime que c’est « une décision normale pour une journaliste », une question de conscience professionnelle. La seconde est que c’est « une décision normale pour une fille de communistes : ce n’est pas un acte de rébellion mais la continuité de ce à quoi je crois », raconte la militante, qui récolte autant de prix internationaux de défense des droits de l’homme que de journalisme.

      pour la troisième raison : La suite est réservée aux abonnés.

    • Quand on se met en mode lecture sur les appareils “Apple” on a droit à plus de paragraphes :

      Amira Hass ne mentionne jamais la troisième raison, estimant que ni Israéliens ni Palestiniens ne la comprendraient. Elle ne les intéresserait d’ailleurs sans doute pas. Cette raison-là vient d’une culture lointaine et a une part d’irrationnel : la mère d’Amira Hass est de Sarajevo. Au-delà de ses convictions communistes et pacifistes, elle a ainsi donné à sa fille, admet la journaliste en souriant, « une éducation sarajévienne ».

      La Yougoslavie comme une « mère patrie »

      Hanna Lévy-Hass est née à Sarajevo un an avant que Gavrilo Princip, du mouvement révolutionnaire lié aux services secrets serbes Jeune Bosnie, tue d’une balle de pistolet dans le cou, le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, déclenchant la première guerre mondiale.

      Elle est issue, comme l’immense majorité des juifs sarajéviens, d’une famille sépharade dont les ancêtres sont arrivés dans les Balkans après leur expulsion de la péninsule Ibérique par les rois catholiques en 1492. Après des études à Belgrade, elle enseigne au Monténégro lorsque la seconde guerre mondiale embrase l’Europe. Tandis que son père meurt de faim dans une cache de Sarajevo, elle est arrêtée et déportée.

    • De l’« éducation sarajévienne » à la cause palestinienne
      Rémy Ourdan, Le Monde, le 15 août 2019

      Sarajevo-Jérusalem (5/6). Fille d’une survivante sarajévienne de Bergen-Belsen, Amira Hass vit depuis vingt-cinq ans en Cisjordanie. Cette reporter et éditorialiste au quotidien « Haaretz » défend sans relâche la cause palestinienne dans les colonnes de son journal.

      Dans l’interminable et douloureux conflit israélo-palestinien, Amira Hass est l’unique Israélienne juive à avoir décidé seule, en conscience, de vivre depuis vingt-cinq ans dans les territoires palestiniens occupés.

      Lorsque son journal, Haaretz, lui demande en 1993 de couvrir l’actualité palestinienne, elle décide de partir à Gaza et de « vivre l’occupation ». Puisque Israéliens et Palestiniens vivent séparés, il lui faut être chaque jour au plus près de ceux dont elle raconte la vie. Quatre ans plus tard, elle déménage à Ramallah, la « capitale » d’une Palestine non reconnue et elle-même divisée en territoires et enclaves. Elle y vit toujours, dans un immeuble anonyme et sans charme du faubourg d’El-Bireh, au milieu de plantes vertes et de centaines de livres.

      Amira Hass a trois raisons de vivre avec les Palestiniens plutôt qu’à Jérusalem. La première est qu’elle estime que c’est « une décision normale pour une journaliste », une question de conscience professionnelle. La seconde est que c’est « une décision normale pour une fille de communistes : ce n’est pas un acte de rébellion mais la continuité de ce à quoi je crois », raconte la militante, qui récolte autant de prix internationaux de défense des droits de l’homme que de journalisme.

      Amira Hass ne mentionne jamais la troisième raison, estimant que ni Israéliens ni Palestiniens ne la comprendraient. Elle ne les intéresserait d’ailleurs sans doute pas. Cette raison-là vient d’une culture lointaine et a une part d’irrationnel : la mère d’Amira Hass est de Sarajevo. Au-delà de ses convictions communistes et pacifistes, elle a ainsi donné à sa fille, admet la journaliste en souriant, « une éducation sarajévienne ».

      La Yougoslavie comme une « mère patrie »

      Hanna Lévy-Hass est née à Sarajevo un an avant que Gavrilo Princip, du mouvement révolutionnaire lié aux services secrets serbes Jeune Bosnie, tue d’une balle de pistolet dans le cou, le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, déclenchant la première guerre mondiale.

      Elle est issue, comme l’immense majorité des juifs sarajéviens, d’une famille sépharade dont les ancêtres sont arrivés dans les Balkans après leur expulsion de la péninsule Ibérique par les rois catholiques en 1492. Après des études à Belgrade, elle enseigne au Monténégro lorsque la seconde guerre mondiale embrase l’Europe. Tandis que son père meurt de faim dans une cache de Sarajevo, elle est arrêtée et déportée.

      L’histoire d’Hanna Lévy-Hass dans les camps nazis est connue grâce à son poignant Journal de Bergen-Belsen (Seuil, 1989). Après la Shoah, c’est sa fille qui a retracé la vie familiale dans Notes on my Mother et On my Parents, deux récits publiés en préface et postface de l’édition américaine du livre de sa mère (Diary of Bergen-Belsen, Haymarket, 2009).

      Elle écrit comment la communiste Hanna Lévy a épousé la création de la Yougoslavie. « Les juifs se sentaient bien dans la nouvelle fédération, un mélange d’identités religieuses et ethniques sous un seul régime. Peut-être se sentaient-ils bien avec le potentiel non ethnique et égalitaire d’une fédération où leur identité juive n’était qu’un élément – ni inférieur ni supérieur – d’une mosaïque riche et colorée. Elle se sentait égale parmi des égaux. » C’est ainsi qu’Hanna Lévy regarde la Yougoslavie de 1945, comme une « mère patrie », écrit sa fille, ce qu’elle aura du mal à faire pendant les décennies suivantes en Israël.

      Une errance sans fin

      La jeune communiste yougoslave émigre en 1949, un an après la création de l’Etat juif. « Après le choc des camps de concentration et comme beaucoup de survivants de l’Holocauste, elle ne s’y est pas sentie particulièrement bien accueillie », raconte Amira Hass.

      Déçue, Hanna Lévy retourne à Belgrade. Elle s’y sent certes yougoslave et communiste, en harmonie avec le projet de Tito, mais elle y est également déçue par le peu de considération envers les survivants du génocide. Elle revient en Israël où, dit Amira, « elle ne s’est jamais sentie chez elle ». Comme si l’errance ne devait pas avoir de fin. Comme s’il était devenu impossible de trouver une terre, une maison, une communauté à embrasser après Bergen-Belsen, après l’extermination.

      Hanna Lévy n’a curieusement jamais tenté de revenir dans sa ville natale. Pourtant, « elle parlait tout le temps de Sarajevo », dit sa fille. Sarajevo, la nouvelle Tolède, la ville de la coexistence communautaire, la cité où le temps s’arrête, pour privilégier la douceur de vivre et la relation au voisin – sauf lorsque l’histoire la rattrape, comme en 1941 avec l’arrivée des nazis et de leurs alliés croates oustachis, ou en 1992, avec le siège de l’armée serbe.

      La survivante de Bergen-Belsen a plaisanté toute sa vie sur ce déracinement et l’impossibilité de trouver une nouvelle maison. « Ses blagues favorites, se souvient Amira, concernaient toujours des réfugiés juifs européens. » La première est celle d’un juif qui, ayant décidé de quitter l’Europe, se rend dans une agence de voyages. On lui demande où il veut aller. En URSS ? Non, trop dictatorial. Aux Etats-Unis ? Non, trop capitaliste. En Afrique du Sud ? Non, trop raciste. En Israël ? Non, trop de guerres, et trop de juifs. Alors, finalement, le juif demande : et auriez-vous une autre planète ?

      La seconde est celle d’un juif qui, ayant décidé de quitter l’Europe, se rend en Israël. Après quelques mois, l’Europe lui manque et il y retourne. Puis Israël lui manque et il y retourne. Et ainsi de suite, en permanence, pendant des années. Alors quelqu’un lui demande où il se sent le mieux, en Europe ou en Israël ? Et le juif répond : sur la route, en chemin.

      Réfugiée en Israël, le pays où elle ne se sentira jamais chez elle, Hanna Lévy adhère au Parti communiste israélien, avec le même naturel qu’elle était membre du Parti communiste de Yougoslavie. Elle y rencontre son futur mari, Abraham Hass, un réfugié roumain.

      Le communisme israélien est très différent du communisme européen : « En URSS et en Europe de l’Est, être communiste signifiait faire partie d’une nomenklatura ; en Israël, cela voulait dire être dissident », note Amira Hass. Le parti de l’époque réunit juifs et Arabes « contre la politique coloniale israélienne ».

      Ce communisme à l’israélienne et l’« éducation sarajévienne » infusée par sa mère font que la future journaliste d’Haaretz n’a pas une enfance classique. « Un enfant israélien apprend très jeune que l’Arabe est un ennemi, un monstre. Chez nous, il y avait toujours des étudiants palestiniens qui vivaient là. J’avais davantage tendance à m’identifier à l’opprimé… »

      Après les tueries de Sabra et Chatila, au Liban, en 1982, commises par les phalangistes chrétiens libanais protégés par l’armée israélienne, sa mère décide de reprendre la route. « Elle en avait définitivement assez d’Israël », dit sa fille. Elle émigre pendant une décennie en Belgique, puis à Paris. « La blague du juif éternellement sur la route, en fait, c’est ma mère elle-même, en conclut Amira. Elle n’était venue vivre en Israël qu’à cause de l’antisémitisme génocidaire en Europe, mais elle se sentait bien dans la diaspora. Elle n’est jamais devenue sioniste. L’idée de la diaspora était pour elle une idée naturelle. »

      « Tous mes mondes se sont effondrés »

      Finalement revenue à Jérusalem, Hanna Lévy-Hass voit, un an avant sa mort, le conflit israélo-palestinien reprendre en 2000 avec la seconde Intifada. Mère et fille ne croient de toute façon pas au processus de paix enclenché en 1993 à Oslo : pour elles, l’origine du problème est dans la colonisation israélienne de la Palestine, pas uniquement dans les pics de violence d’une guerre sans fin.

      Avant de mourir, l’éternelle réfugiée juive sarajévienne confie : « Tous mes mondes se sont effondrés. » Amira explique que sa mère a perdu tour à tour « le monde juif de la diaspora, avec l’Holocauste ; le monde socialiste, avec l’échec des pays communistes ; le monde yougoslave, avec l’effondrement de la Yougoslavie ; puis le monde israélien, à cause de la politique envers les Palestiniens ».

      Lorsque la Yougoslavie s’embrase pendant la dernière décennie du XXe siècle et que Sarajevo est assiégée, Amira Hass vient de quitter Jérusalem pour Gaza. Elle sent bien qu’il se joue là-bas, dans la ville natale de sa mère, quelque chose d’essentiel pour quiconque s’intéresse au sort de la planète. « J’étais anéantie, mais je ne parvenais pas à être investie émotionnellement pour deux endroits. » Concentrée sur le reportage qui va devenir sa vie, elle fait en sorte de ne pas trop regarder vers Sarajevo.

      Amira Hass connaît chaque sentier de la Cisjordanie

      « Tout ce à quoi j’assiste, à Gaza et dans les territoires palestiniens, comme témoin, c’est beaucoup… beaucoup… » Sa voix se brise. Son regard est noir et triste.

      Un matin, à Ramallah, elle a entendu dire que des colons juifs ont attaqué le village de Jalud et brûlé des oliviers de la famille de Fawzi Ibrahim. Cela fait quelques années qu’Amira Hass ne couvre plus l’actualité quotidienne palestinienne et chaque incident lié au conflit, mais elle est toujours à l’affût d’histoires significatives pour ses trois articles hebdomadaires – un reportage et deux éditoriaux – et elle connaît cette famille depuis vingt ans.

      Elle se souvient de Fawzi Ibrahim, mort deux ans auparavant, comme d’un paysan particulièrement déterminé, ne se résignant jamais à l’incendie volontaire de ses oliviers à intervalles réguliers et n’hésitant pas à lancer des procédures judiciaires jusqu’à la Cour suprême. « Un Palestinien a besoin d’un avocat de sa naissance à sa mort », constate-t-elle amèrement.

      Amira Hass connaît chaque sentier, chaque recoin de la Cisjordanie occupée et fracturée. Elle raconte, au détour des collines, l’expansion des colonies juives. Elle remarque qu’elle doit emprunter un chemin de terre différent de celui de sa dernière visite. La carte de la Palestine n’arrête pas de changer, d’évoluer au gré de la colonisation.

      Arrivée à Jalud, elle mène son enquête. Elle rend visite aux cinq fils de Fawzi Ibrahim. Le cadet, Mahmoud, l’emmène voir l’école du village, attaquée par les colons masqués qui ont ensuite mis le feu aux champs d’oliviers. Elle récupère une vidéo de surveillance, elle compare les témoignages, les heures d’appel aux pompiers et leur intervention. Dans le reportage publié cette semaine-là, elle rappelle que les règles de l’occupation israélienne n’autorisent cette famille à se rendre dans ses champs et à récolter les olives que cinq jours par an. Elle retrace l’histoire des colonies de Shyut Rachel et d’Ahiya, établies autour de Jalud, qui demandent que l’armée israélienne interdise définitivement aux fils de Fawzi Ibrahim d’accéder à leurs champs d’oliviers, afin de pouvoir s’approprier leurs terres.

      Après le reportage suit dans les colonnes d’Haaretz son éditorial, dans lequel Amira Hass compare Israéliens et Palestiniens se masquant le visage pour mener des actions violentes. Elle frappe dur et les mots employés ne sont pas ceux que l’on entend généralement en Israël. Pour elle, les hommes masqués qui attaquent un village palestinien tel que Jalud sont « affreux et méprisables », tandis que les Palestiniens qui manifestent masqués devant la barrière de séparation de Gaza sont « beaux et touchants ». Elle note que pour les colons, n’ayant rien à craindre de la découverte de leurs identités, l’objectif de porter un masque est d’« imposer la terreur ». Elle pense, en revanche, que les manifestants palestiniens se masquent par nécessité de dissimuler leur identité à l’armée et à la police.

      Commentant l’usage de la violence, et notamment du jet de pierres devenu un phénomène commun aux jeunes colons juifs et aux jeunes Palestiniens, elle voit là aussi une différence : le colon visant les fermiers palestiniens est « un criminel qui s’inscrit dans un soutien aux crimes du gouvernement », tandis que le Palestinien visant l’armée et la police israéliennes répond à « son droit et son devoir historique de s’insurger contre un ennemi ».

      Pour Amira Hass, le premier se situe dans « la même tradition que le racisme pathologique du Ku Klux Klan aux Etats-Unis », tandis que le second s’inscrit dans « le continuum des combattants de la liberté ».

      Partisane de la coexistence intercommunautaire

      S’ensuit une liste de ces combattants ayant été forcés d’agir clandestinement et ayant marqué l’histoire avec, parmi eux – référence probablement incongrue pour un lecteur israélien ou palestinien –, le partisan yougoslave, du nom du mouvement de résistance de la seconde guerre mondiale.

      On comprend qu’Amira Hass, qui aurait certes pu développer ces convictions personnelles avec un autre héritage, n’est pas la fille d’Hanna Lévy pour rien. Contrairement à sa mère, elle n’a jamais été membre du mouvement communiste – « aucun parti, aucune Eglise », dit-elle –, mais ses vingt-cinq années de vie avec les Palestiniens font qu’un retour en arrière n’est pas envisageable.

      Cette partisane de la coexistence intercommunautaire méprise profondément ce que le sionisme et la création de l’Etat juif ont entraîné pour les autres communautés sur cette terre de Palestine. « Ce sont l’antisémitisme en Europe, l’extermination par les nazis et le refus du monde entier d’accueillir les juifs qui ont entraîné le sionisme. Si les juifs avaient eu des refuges, le sionisme aurait échoué, car l’idée de vivre comme une diaspora est très naturelle pour les juifs… », croit-elle. Tout en reconnaissant que « les Palestiniens ont tendance à idéaliser le passé », elle pense qu’« avant le sionisme, avant la déclaration de Balfour [1917] et la création d’Israël [1948], à Jérusalem, il y avait différentes communautés qui vivaient sans que l’une d’elles domine les autres ».

      « C’est de l’épuration ethnique »

      Elle en revient aux ancêtres de sa mère, expulsés d’Espagne et accueillis dans l’Empire ottoman, à Sarajevo. Elle croit que, de même que les jeunes Israéliens grandissent aujourd’hui avec « de fausses informations sur les Palestiniens », les générations précédentes ont été abreuvées d’histoires sur « la cruauté des Ottomans ». Elle note avec satisfaction qu’une nouvelle historiographie revisitant l’époque ottomane voit actuellement le jour, reconnaissant les bienfaits qu’elle a pu avoir sur Jérusalem et la Palestine. « Les gens étaient racistes, admet-elle. Mais ils vivaient ensemble, et aucune communauté ne dominait l’autre. »

      Amira Hass est aujourd’hui désespérée par la situation. Celle qui, il y a vingt-cinq ans, ne croyait déjà pas au processus de paix, voit dans la colonisation israélienne un processus irréversible. « La politique d’Israël, en résumé, c’est : le plus possible de territoires, avec le moins possible de Palestiniens. » Ayant fait son deuil de la gauche israélienne, car « il ne peut pas y avoir de gauche quand on soutient la colonisation et l’apartheid », elle pense qu’Israël « tente de pousser les Palestiniens hors de leur pays par tous les moyens ». Faisant écho aux concepts politiques de la seconde guerre mondiale, elle emploie une référence apparue pour la première fois dans le New York Times en 1992 à l’occasion de la guerre de Bosnie : « C’est de l’épuration ethnique. »

      De telles convictions, brandies au fil de ses chroniques – dont celles de la première décennie ont été publiées en France dans Boire la mer à Gaza et Correspondante à Ramallah (La Fabrique, 2001 et 2004) –, font qu’Amira Hass est parfois qualifiée de « traître » en Israël. D’autres la vénèrent pour son intégrité et son radicalisme. Et beaucoup l’ignorent tout simplement, peu intéressés par ce qu’elle a à écrire sur les territoires palestiniens, cet autre monde. « Mes articles sont, je crois, davantage lus sur le site en anglais d’Haaretz, dit-elle en souriant, que dans le journal en hébreu. »

      Imaginant mal de retourner vivre à Jérusalem après vingt-cinq ans passés en territoire palestinien, elle conclut en riant : « Finalement, je suis une juive typique : j’aime vivre en tant que minorité, j’aime vivre dans la diaspora. » Pour une minorité, elle est servie, puisqu’elle est seule.

      Amira Hass vit comme si elle avait amené les idées qu’elle partageait avec sa mère à leur paroxysme. Elle ne voit pas les descendants de son père roumain, car « ce sont des colons ». Elle ne fait aucune concession.

      A la fin de ces conversations menant de Sarajevo à Ramallah en passant par Bergen-Belsen et Jérusalem, elle murmure tout d’un coup : « Peut-être devrais-je boucler la boucle et aller finir ma vie à Sarajevo. » Elle ne connaît rien de cette ville dont sa mère lui a tant parlé. Tout juste admet-elle écouter passionnément Damir Imamovic, le maître sarajévien de la sevdalinka, la musique traditionnelle bosnienne, sans comprendre un seul mot des paroles, lorsqu’elle parcourt la Cisjordanie en voiture. Elle éclate de rire à l’idée de Sarajevo, comme si elle y puisait une énergie revigorante : « Le moment est peut-être enfin venu de m’enfuir d’ici… »

  • François de Rugy victime de la vengeance du Mollah Homard Jacques-Marie Bourget - 11 Juillet 2019 - Le Grand Soir
    https://www.legrandsoir.info/francois-de-rugy-victime-de-la-vengeance-du-mollah-homard.html

    Les commentateurs de l’actualité politique, tout si indépendants, n’ont pas compris que François de Rugy était une victime du djihad. Etonnant ! Non !

    Il est surprenant que nos analystes politiques, eux qui font l’honneur de la presse comme le « Cellofrais » plaqué sur la barquette de saucisses de Toulouse, n’aient pas correctement expliqué les désarrois de l’élève Rugy. Alors que l’exemplaire ministre de l’écologie -c’est-à-dire un traitre par Nature- est simplement victime de l’islamisme, le terrible mal qui court. Victime d’un djihad lancé par Plenel et son « Médiapart ». On oublie trop qu’Edwy, qui voulait naguère « construire une maison commune » avec Tariq Ramadan, est un supporteur des Frères Musulmans. Lui-même étant, à sa façon, une sorte de Mollah Omar version piéton, il était logique qu’il volât au secours de ses amis crustacés, victimes de la marmite de Lassay.

    Pour affirmer mon propos je vais me référer au maître en la matière : Alexandre Vialatte, l’écrivain qui, sans l’avoir autorisé, a accouché de Desproges. Vialatte a publié un formidable « Eloge du homard et autres insectes utiles ». Traducteur de Kafka et journaliste à « La Montagne », le quotidien de Clermont-Ferrand, Alexandre le magnifique a parlé du homard avec des mots qu’aucune langouste n’aurait su trouver :

    « Le homard est un animal paisible qui devient d’un beau rouge à la cuisson. Il demande à être plongé vivant dans l’eau bouillante. Il l’exige même, d’après les livres de cuisine. La vérité est plus nuancée... le homard n’aspire à la cuisson que comme le chrétien au ciel, mais le plus tard possible. Précisons de plus que le homard n’aboie pas et qu’il a l’expérience des abîmes de la mer, ce qui le rend très supérieur au chien et décidait Nerval à la promener en laisse dans les jardins du Palais Royal ». Vous voyez que nous sommes dans la plus haute éthologie, art à ne pas confondre avec l’éthylisme. Même si son avantage est de faire voir double.

    Trop jeune, et visiblement peu instruit de « l’Affaire Greenpeace », François de Rugy ignore qu’outre sa Carte de Presse, Plenel est le seul journaliste français à posséder un « Permis de chasser le ministre ». Si un titulaire de maroquin déplait, surtout les siens, Plenel reçoit en Colissimo la bouteille de poison. Cette fois de homard. Y’a plus qu’à verser.

    Ne croyez pas que j’ai la plus petite pitié pour Rugy, guignol devenu fils de Caligula mais, en tant qu’ancien grand reporter au « Chasseur Français », permettez-moi de démonter le dernier coup de fusil d’Edwy. Il a commencé avais-je écrit, avec le scandale du Rainbow Warrior. Pendant des jours, au moment du scandale en juillet et août 1985, le Tintin du Monde n’a écrit que des sottises, dans mensonges pour épargner l’Elysée. Puis soudain, on lui a soufflé un scénario, la révélation d’une « Troisième équipe », des barbouzes présents à Auckland dans le port où a coulé le bateau écolo (Déjà des écolos !). Ce vrai faux secret était le moyen de flinguer Charles Hernu, ministre des Armées. Et le frère barbu de Villeurbanne a démissionné. La mort politique de Jérôme Cahuzac, qui ne me fait pas chagrin, c’est aussi Edwy et le trophée du menteur « les yeux dans les yeux » figure maintenant au-dessus de cosy corner du patron de Médiapart.

    Décryptons donc comme le fait si bien Jean-Michel Apathie, l’un des invités de François de Rugy. Car le scoop de « Médiapart » entend nous convaincre d’une information incroyable : l’indépendant -et pas paysan- Jean-Mimi se serait laissé aller à partager la soupe d’un politique ! Etonnant ! Non ? Je tombe de l’échelle de Richter. Que va-t-il nous rester pour dire le vrai si Apathie participe aux festins des maîtres ? Je suis très déçu. Question ? Qui veut aujourd’hui la peau de celui qui a autorisé la chasse à la glue et autres barbaries ? Sûrement un ami, un collègue de gouvernement ? Un néo-Benalla agissant sur ordre du Palais ? Découvrir que, même chez les Z’en Marche il existe des fourbes, c’est triste même pour moi l’avant dernier de cordée (en alpinisme le « dernier de cordée » étant le numéro deux de l’équipée). Le bonheur de notre monde a bien des accros, et des acros au maintien des privilèges monarchiques. C’est vrai qu’il ne l’a pas fait exprès mais Robespierre, en mettant la bourgeoisie au pouvoir, devait s’attendre à une revanche de François Goullet de Rugy. Pour les « nobles », le retour des privilèges passait par la casserole du homard.

    Moi-même piqué par le pléonasme à la mode, celui du « journalisme d’investigation », je suis en mesure de vous révéler que Vialatte, post tombe, savait tout des intentions de Plenel, ne terminait-il pas ses « Chroniques du Homard » pas un définitif « Et c’est ainsi qu’#Allah est grand » ?
    Jacques-Marie BOURGET

    #humour #mollahs #mollah #Homard #festin #privilèges #cuisine #guerre_aux_pauvres #presse #journalistes #médias #écologie #islamisme #Edwy_Plenel #Tintin #Médiapart #Rugy #investigation #gastronomie

  • Déontologie
    https://diasp.eu/p/9201503

    Déontologie

    Les chartes du journaliste

    Déclaration des devoirs et des droits des journalistes

    Munich, 1971

    http://www.snj.fr/content/d%C3%A9claration-des-devoirs-et-des-droits-des-journalistes :

    Préambule

    Le #droit à l’ #information, à la #libre #expression et à la #critique est une des #libertés fondamentales de tout être #humain.

    Ce droit du #public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des #devoirs et des #droits des #journalistes.

    La #responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des #pouvoirs publics.

    La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la #déclaration des devoirs formulés ici.

    Mais ces devoirs (...)

  • Selon @franceinfo, « la @Gendarmerie regrette que "des #journalistes reviennent à la charge physiquement [...]" » lors de l’occupation par des écolos du siège d’#Amazon à Clichy mardi. Je crois qu’elle confond les journalistes avec son service de propagande.
    https://twitter.com/vslonskamalvaud/status/1146701733386706944

    Selon @franceinfo, « la @Gendarmerie regrette que "des #journalistes reviennent à la charge physiquement [...]" » lors de l’occupation par des écolos du siège d’ #Amazon à Clichy mardi. Je crois qu’elle confond les journalistes avec son service de propagande.

  • #Grève dans les #92 - Le #facteur n’est pas passé | FUMIGENE MAG
    http://www.fumigene.org/2018/06/06/greve-dans-les-92-le-facteur-nest-pas-passe
    #PTT #postes #poste #la_poste

    texte partagé par collectif oeil sur FB :

    Ce dimanche 16 juin 2019 à 6h, 7 policiers ont sonné à la porte de chez Leo Ks, #photographe et #vidéaste, membre du Collectif OEIL, pour l’interpeller.

    Il a été menotté et emmené en garde à vue au commissariat du XVe arrondissement de Paris. Lors de son interrogatoire, la police lui a reproché des faits de « dégradations au siège de la Poste ». il a été libéré le jour même, un peu avant 20h.

    Vendredi 14 juin, les grévistes de la Poste, en grève depuis 15 mois dans les Hauts-de-Seine, ont occupé le siège de leur entreprise. Par cette action, les postier.es en grève voulaient une nouvelle fois interpeller les cadres de l’entreprise afin de mettre en place de vraies négociations et faire signer le protocole de fin de conflit.

    Leo Ks et NnoMan ont suivi l’action, pour la documenter de l’intérieur, afin de réaliser un reportage photo et vidéo.

    Ils n’ont commis et n’ont été témoins d’aucune dégradation de la part des grévistes.

    Lors de cette action, la police a tenté à plusieurs reprises d’empêcher Leo Ks et NnoMan de filmer ; avant de les retenir plus d’une heure à l’écart, surveillés par deux agents de la #BAC.

    Pendant ce temps, une unité d’intervention procédait à l’évacuation des grévistes, en fracassant la porte à coups de bélier et de masse.

    Ce dimanche matin, le syndicaliste Gaël Quirante, a été lui aussi réveillé par la police puis placé en garde à vue, à la sûreté territoriale.

    La police s’est également rendue chez deux autres postiers (qui n’étaient pas chez eux) et ont placé une sympathisante en garde à vue, elle aussi dans le commissariat du XVe.

    Ces #arrestations, au petit matin, avec de nombreux effectifs de police, chez des grévistes, chez une citoyenne, chez un photographe qui donne la parole à cette lutte, est une nouvelle attaque contre le #mouvement_social, contre celles et ceux qui se révoltent pour leurs droits, et contre la presse indépendante.

    Par ces attaques, ce sont non seulement les #journalistes qui sont visés ; c’est l’ensemble du mouvement qui est pris pour cible avec une volonté claire de criminaliser les luttes sociales et syndicales.

    Nous condamnons ces arrestations, que ce soit à l’encontre de notre collègue et ami, ou à l’encontre de tous les autres, de ceux qui luttent pour leurs droits et pour le maintien de #services_publics pour tous les #citoyens de ce pays.

    Nous espérons la libération immédiate de #Gaël_Quirante ainsi que l’arrêt des #poursuites contre les #grévistes.

    Nous ne baisserons ni les yeux, ni les objectifs de nos appareils photo !

    #Collectif_OEIL.
    #fumigene_le_mag
    #criminalisation_mouvements_sociaux
    #liberté_de_la_presse

    Pitinome
    NnoMan
    Leo Ks
    Maxwell Aurélien James

  • Juan Branco

    Qui a encore confiance dans les médias ? Plus que 24% de la population française. Soit -11% en un an. Dans cette étude d’Oxford, sur 40 pays, la France prend l’avant-dernière place mondiale. Et encore, Fogiel n’a pas encore pris la tête de BFMT

    http://www.digitalnewsreport.org/survey/2019/overview-key-findings-2019

    #Twitter #médias #journalistes #presse #confiance #merdias #journullistes #presse_à_papier #Oxford #Juan_Branco

    Source : https://twitter.com/anatolium/status/1139490153435734017

  • Toute la journée la presse a parlé de la répression à #Hongkong. Alors que notre #répression à nous est démocratique. C’est sans doute pour ça que personne ne parle du collègue #journaliste @T_Bouhafs agressé et arrêté par la #police. @LabasOfficiel @SNJ_national @gouvernementFR
    https://twitter.com/vslonskamalvaud/status/1138915717372399618

    Toute la journée la presse a parlé de la répression à #Hongkong. Alors que notre #répression à nous est démocratique. C’est sans doute pour ça que personne ne parle du collègue #journaliste @T_Bouhafs agressé et arrêté par la #police. @LabasOfficiel @SNJ_national @gouvernementFR

  • Un éclair de franchise - Par Daniel Schneidermann | Arrêt sur images
    https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/un-eclair-de-franchise

    « Est-ce qu’on a le droit de fumer dans ce studio ? » demande #Ruffin à Demorand et Salamé. Un court instant de silence. « Non ». « Voilà. C’est interdit. Eh bien l’#avion, c’est pareil ». Les deux #journalistes de France Inter viennent de l’interroger sur sa récente proposition de loi, visant à supprimer les liaisons aériennes intérieures, quand elles sont concurrencées par une liaison ferroviaire d’une durée supplémentaire inférieure à deux heures trente. Et en glissant dans leur question les deux mots épouvantail : « #écologie_punitive ».

    Mais Demorand remonte vite à cheval : « Donc vous voulez interdire l’avion pour raison de santé publique ? » "De santé mondiale". Et de poursuivre sa démonstration : « Dans les supermarchés, les gens ont un porte-monnaie à la place du cerveau. On n’a pas supprimé le #travail_des_enfants, parce que les consommateurs ont renoncé à acheter des produits fabriqués dans des usines qui emploient des enfants. On n’a pas supprimé le travail du dimanche parce que les consommateurs ont cessé d’acheter des produits fabriqués le dimanche. On n’a pas fait la semaine de #40_Heures parce que les consommateurs de 1936 ont cessé d’acheter les produits fabriqués dans des usines où les ouvriers dépassent les 40 heures ». Donc, les « #petits_gestes » des #consommateurs ne suffiront pas. Beaucoup l’admettaient secrètement. Aucun politique en vue ne le disait. C’est fait.

  • „Yeni Safak“ schoss mit ihrer Schlagzeile nicht bloß auf ausländisc...
    https://diasp.eu/p/9134139

    „Yeni Safak“ schoss mit ihrer Schlagzeile nicht bloß auf ausländische Medienhäuser. Die Zeitung nannte namentlich eine Reihe von Journalisten, die für ausländische Presse tätig sind, darunter auch mich, und machte sie zur Zielscheibe." …

    https://edition.faz.net/faz-edition/medien/2019-05-31/8f35314e49516f51f94a182bb8cbe837/?GEPC=s9

    #auf #ausländische #bloß #darunter #eine #ihrer #journalisten #machte #medienhäuser #mich #namentlich #nannte #nicht #presse #reihe #safak #schlagzeile #schoss #sie #sind #tätig #yeni #zeitung #zielscheibe #zur

  • Hundreds of Europeans ‘criminalised’ for helping migrants – as far right aims to win big in European elections

    Elderly women, priests and firefighters among those arrested, charged or ‘harassed’ by police for supporting migrants, with numbers soaring in the past 18 months.

    These cases – compiled from news reports and other records from researchers, NGOs and activist groups, as well as new interviews across Europe – suggest a sharp increase in the number of people targeted since the start of 2018. At least 100 people were arrested, charged or investigated last year (a doubling of that figure for the preceding year).


    https://www.opendemocracy.net/en/5050/hundreds-of-europeans-criminalised-for-helping-migrants-new-data-show
    #délit_de_solidarité #solidarité #asile #migrations #réfugiés #Europe
    #Allemagne #criminalisation #statistiques #chiffres #Suisse #Danemark #Espagne #France #journalisme #journalistes #presse #Grèce #Calais

    #Norbert_Valley #Christian_Hartung #Miguel_Roldan #Lise_Ramslog #Claire_Marsol #Anouk_Van_Gestel #Lisbeth_Zornig_Andersen #Daphne_Vloumidi #Mikael_Lindholm #Fernand_Bosson #Benoit_Duclois #Mussie_Zerai #Manuel_Blanco #Tom_Ciotkowski #Rob_Lawrie

    ping @isskein @karine4

    • « Il se passe quelque chose de très #malsain dans ce pays » : critiques après de nouvelles convocations de journalistes par la #DGSI
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/23/vague-de-protestations-apres-de-nouvelles-convocations-de-journalistes-par-l

      La rédaction du #Monde continue de dénoncer « une forme de banalisation de ce type de convocations, qui devraient être absolument exceptionnelles et liées à des affaires particulièrement graves de mise en danger de la sécurité nationale ». De source judiciaire, #Ariane_Chemin est convoquée dans le cadre d’une enquête ouverte pour « révélation de l’identité d’un membre des unités des #forces_spéciales ».

      Selon des sources concordantes, cette #enquête fait suite à une plainte déposée à la mi-avril par #Chokri_Wakrim. Ce dernier était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe, qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour « corruption ». « L’intérêt public suppose de pouvoir enquêter sur les entourages et les liens entretenus par des collaborateurs de l’Elysée ou de Matignon, quels que soient leurs parcours antérieurs », défend Luc Bronner.

      La rédaction de #Disclose dénonce également « une nouvelle tentative du #parquet_de_Paris de contourner la #loi_de_1881 sur la liberté de la presse et la protection des sources ». « En tant que témoin notre #journaliste ne pourra pas être assisté d’un avocat. Il ne pourra pas non plus faire valoir le “droit au silence”. Mais en tant que journaliste, il pourra invoquer le secret des #sources », précise le site.

  • Des #journalistes enquêtant sur les #armes françaises au #Yémen menacés inquiétés - Amnesty International #France
    https://www.amnesty.fr/controle-des-armes/actualites/des-journalistes-francais-menaces-pour-avoir-enquetes

    Avec 16 autres ONG, nous dénonçons aujourd’hui les menaces qui pèsent sur la #liberté de la #presse après la convocation par les services de renseignement français de trois journalistes français ayant enquêté sur la présence d’armes françaises dans le conflit au Yémen.

  • « Fichier Monsanto » : « Le Monde » porte plainte
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/05/09/fichier-monsanto-le-monde-porte-plainte_5460196_3244.html

    Le Monde et Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, ont porté plainte, le 26 avril, auprès du parquet de Paris après la découverte de ce « fichier Monsanto ». Parmi les deux cents personnalités politiques, scientifiques ou syndicales qui figurent dans ce #fichier constitué par Fleishman-Hillard, près de la moitié sont des #journalistes. Engagé par #Monsanto, le grand cabinet de lobbying et de relations publiques a travaillé main dans la main avec le groupe Publicis, lui aussi mis en cause dans la constitution ou l’utilisation du fichier.

  • #Journalisme : une tribune importante mais que je n’ai pas pu signer, je m’en explique à la fin :

    "Nous assistons à une volonté délibérée de nous empêcher de travailler" : plus de 350 #médias, #journalistes, #photographes, #vidéastes, indépendants ou appartenant à des rédactions dénoncent, dans une tribune publiée sur franceinfo.fr, les violences policières subies par leur profession depuis le début du mouvement. Ils alertent sur la précarisation de leurs conditions de travail et les agressions physiques et psychologiques vécues sur le terrain. Ils revendiquent leur droit à informer et la liberté de la presse.

    https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/tribune-nous-assistons-a-une-volonte-deliberee-de-nous-empecher-de-trav


    photo : Niclas Messyasz

    Cette tribune est doublement importante. Évidemment elle l’est car elle dénonce enfin, clairement et massivement, la volonté flagrante de mutiler les témoins de la répression.

    Il n’y a pas eu de manifestations ou de rassemblements ces derniers mois sans qu’un·e journaliste n’ait été violenté·e physiquement et ou verbalement par les forces de l’ordre.

    Par violence, nous entendons : mépris, tutoiement quasi systématique, intimidations, menaces, insultes. Mais également : tentatives de destruction ou de saisie du matériel, effacement des cartes mémoires, coups de matraque, gazages volontaires et ciblés, tirs tendus de lacrymogènes, tirs de LBD, jets de grenades de désencerclement, etc. En amont des manifestations, il arrive même que l’on nous confisque notre matériel de protection (masque, casque, lunettes) en dépit du fait que nous déclinions notre identité professionnelle.

    Toutes ces formes de violences ont des conséquences physiques (blessures), psychiques (psychotraumatismes) ou financières (matériel cassé ou confisqué). Nous sommes personnellement et professionnellement dénigré·e·s et criminalisé·e·s.

    Plus récemment, un cap répressif a été franchi. Plusieurs confrères ont été interpellés et placés en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations », alors même que nous nous déclarons comme journalistes. Par ces faits, la police et la justice ne nous laissent ainsi que deux options :
    – venir et subir une répression physique et ou judiciaire ;
    – ne plus venir et ainsi renoncer à la liberté d’information.

    Cela fait des années qu’on le sait, qu’on le dit, un premier acte de solidarité avait été avorté en 2014 suite à la manif pour la #zad de Notre-Dame-des-Landes du 22 février à Nantes, suite à laquelle #Yves_Monteil et #Gaspard_Glanz avaient porté plainte, en vain, dans un silence assourdissant face au rouleau compresseur de la communication parlant uniquement d’une ville « dévastée » (image faussée à laquelle, ironie du sort, ce dernier avait contribué en parlant de guerre). Voir l’article de @bastamag à l’époque : Silence médiatique sur les dizaines de manifestants et de journalistes blessés à Nantes : https://www.bastamag.net/Silence-mediatique-sur-les

    Depuis, ça n’a fait que s’aggraver, forçant certain-e-s à bosser groupé-e-s sans être libres de suivre leur inspiration, forçant les autres à prendre de gros risques. Et pour témoigner de manière indépendante il ne reste que deux solutions : la première consiste à ne jamais aller au front, ce qui était mon cas, mais désormais le front est partout et des traumatismes en 2018 m’ont fait définitivement quitter le terrain des manifs. L’autre consiste à s’infiltrer dans le black-bloc, voire à faire du « #gonzo », au risque de devenir aussi la cible de celles et ceux qui, légitimement, veillent à l’anonymat des personnes présentes. De très nombreuses images de ces angles différents ayant permis aux flics de faire des « triangulations » et mettre en taule un paquet de militant-e-s, souvent avec des preuves très bancales et la complicité de la justice...

    Cette tribune est aussi importante car elle souligne, en ce #1er_mai, la précarité de la profession, allant jusqu’à entraîner parfois un asservissement volontaire et souvent des distorsions cognitives chez les candidat-e-s aux métiers du journalisme. C’est difficile sur le terrain mais c’est aussi difficile ensuite. Après le dérushage et le travail / indexage des images, il faut se battre pour vendre. A des tarifs de misère particulièrement en photo. 15€ en PQR, 150€ en presse nationale... Ça ne permet que rarement de vivre et d’avoir les moyens de continuer. Et, à quelques exceptions près, l’esprit de concurrence prime sur tout. Écouter les interviews croisées de #NnoMan_Cadoret, #Adèle_Löffler, #Martin_Noda et #Maxime_Reynié qui n’ont pas tou-te-s de carte de presse délivrée par la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels. Et qui, pourtant, font vraiment le métier de journalistes...
    https://radioparleur.net/2019/04/30/photojournalistes-independants-violences-policieres

    J’en viens à la raison qui m’a empêchée de signer cette tribune.
    D’une part je ne me considère pas comme journaliste, mais comme photographe-illustratrice , ou photographe #auteure, comme on dit. Pour ça, je ne dois pas viser le fait de vendre, mais de faire, d’œuvrer. Être oeuvrière comme le dit justement Lubat. Faire sens. Et donc de ne pas quitter le chemin de ce qui m’inspire, de refuser beaucoup de compromis et n’accepter que ce qui va dans le sens de ce que je fais. Évidemment, être payée pour illustrer articles et livres est une joie et j’espère le faire de plus en plus ... et pour être franche, mon matériel photo en a grave besoin ! Même si franchement, la méconnaissance de ce travail et les contrôles incessants de la CAF ne motivent pas... Mais le #bénévolat est logique pour illustrer les #médias_libres et les luttes auxquelles je participe ; à contrario la recherche de vente à tout prix tait / tue mon travail. Être considéré-e comme professionnel-le est certes beaucoup trop inféodé à l’argent et pas suffisamment à la pratique mais cette tribune ne parle hélas pas des autres professions de l’information, de l’illustration, ni du bénévolat. J’ai donc posé la question de l’exclusion des autres photographes, craignant que nous nous retrouvions à définir une nouvelle norme qui allait de toute façon en laisser beaucoup sur le carreau.

    Je sais pas trop comment exprimer ça mais s’engouffrer dans ce truc de carte de presse je le perçois comme le même piège que la signature des conventions pour la zad : c’est déléguer sur [nous] la norme et le tri alors que le problème n’est pas là. Quid des hors-normes ?
    Le véritable problème c’est la répression, les violences policières et judiciaires, le mépris d’un Castaner accompagné d’une « christalisation » dangereuse autour de Gaspard Glanz dont lui-même ne veut pas, qui tendrait à faire croire qu’il existe un modèle de « bavure » inacceptable
    Macron base toute sa politique sur une communication orwellienne. Tout le monde le sait, même, et surtout, son fan club mediatique, qui se mord les lèvres entre hilarité face à l’insolence et désir de lui ressembler. Refuser et contrer cette stratégie est un devoir.
    Je me garderai bien d’évoquer une solution car pour moi seule la diversité des réponses ALLIÉES peut faire effet. Et on est loin du compte, surtout si face à chaque attaque nous choisissons ce qui nous trie et nous affaibli...
    https://twitter.com/ValKphotos/status/1121714579350929408

    Autre questionnement, encore plus important à mes yeux : quid de tou-te-s les autres témoins ? De toutes les personnes qui, enfin, légitimement, et souvent en tremblant, lèvent leurs smartphones face aux violences policières ? N’exiger le respect de l’acte de « reporter » que pour les « professionnel-le-s » et pas pour tout-e-s, n’est-ce pas la brèche qu’attendent les censeurs pour revenir sur le décret qui permet à toute personne de témoigner et l’usage qui permet à bien des personnes d’être journalistes bénévoles ou à temps choisi ?

    Et quid des témoins des #violences_policières dans les quartiers et cités ? Il y a deux ans l’arrestation de #Amal_Bentounsi avait d’ailleurs relancé pour la énième fois le sujet de l’autorisation de filmer les forces de l’ordre : https://www.bondyblog.fr/reportages/au-poste/amal-bentounsi-arretee-et-placee-en-garde-a-vue-pour-diffusion-dimages-de- D’ailleurs un policier avait fait une note assez complète sur le sujet : https://blog.francetvinfo.fr/police/2017/06/19/le-policier-et-le-droit-a-son-image.html
    En proie régulièrement aux mêmes problèmes, #Taranis avait fait un dossier très complet dont le 1er chapitre revient sur ce droit que j’espère inaliénable avec un pdf vers la circulaire de police rappelant la loi, ainsi qu’un mémo :

    « Les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l’image, hormis lorsqu’ils sont affectés dans les services d’intervention, de lutte anti-terroriste et de contre-espionnage spécifiquement énumérés dans un arrêté ministériel [comme le GIGN, le GIPN, la BRI …] et hormis les cas de publications d’une diffamation ou d’une injure à raison de leurs fonction ou de leur qualité. ».

    http://taranis.news/2017/04/classic-manuel-de-survie-du-journaliste-reporter

    Lorsque j’ai posé ces deux questions il était, m’a-t-on dit, trop tard pour modifier le texte : il y avait effectivement déjà une centaine de signataires. L’initiateur ne m’a pas répondu mais d’autres ont tenté d’apporter le débat de l’intérieur. Hélas dans le même temps ils ont dû faire face à une levée de boucliers de professionnels inquiets pour leurs privilèges et refusant l’idée d’un plus grand accès à la carte de presse... La question a été posée sur twitter, je vous laisse vous délecter des réponses : https://twitter.com/gchampeau/status/1123485761842626562

    Je sais qu’une partie des signataires sera attentive à ne pas faire de cette tribune la brèche qui permettra de trier qui a le droit ou non de témoigner en image de la répression et plus généralement des dérives actuelles. Mais j’avoue ne pas être optimiste du tout...

    • Je n’avais pas vu ton mot, @aude_v : nous sommes d’accord. Après, pour avoir pas mal discuté avec une des personnes qui ont fait cette tribune, iels n’ont absolument pas anticipé les risques que ça induisait pour les autres. Je crois que ce qui s’est passé avec l’arrestation de Gaspard a été le signal déclencheur d’un trop plein et de la nécessité de se rassembler pour être plus fort-e-s. Et c’est ce qui a fait que j’ai réellement hésité à la signer, moi aussi, jusqu’au dernier moment, car je comprends vraiment le fond.

      L’autre truc ballot c’est de l’avoir sortie au matin du 1er mai alors qu’on savait que d’une manière ou d’une autre ça allait être une grosse journée. Du coup elle a été noyée sous la lacrymo et le reste. En fait c’est aujourd’hui, « _Journée De La #Liberté De La #Presse_ » qu’il aurait fallu sortir cette tribune. Mais quand je vois comment l’intox #Pitié_Salpetrière a été démontée, je suis encore plus convaincue par les raisons que j’ai privilégiées pour ne pas l’avoir signée : ce sont clairement les anonymes qui ont fait le « reportage » et les journalistes sans cartes (comme @davduf ) qui ont fait le job d’alerter tout le monde.

      Je continue à ne pas savoir comment me définir, où me situer là dedans... mais je ne peux appeler ce que je fais comme ici https://seenthis.net/messages/778352, là https://seenthis.net/messages/653494 / https://seenthis.net/messages/744712 ou ce 1er mai ici https://seenthis.net/messages/778352 , ou encore avec @karacole ici ou comme transmission de flux ailleurs, ou pour #demosphere aussi, comme du journalisme. Même si, pourtant, c’est ma motivation journalière, clairement. Faire passer l’info depuis les sources, et parfois mettre en perspective, décrypter, pour que le plus grand nombre ait la possibilité d’un accès direct et se fasse sa propre opinion...
      Vivement qu’on foute les riches dans des camps de redressements et qu’on puise, mondialement, avoir le choix du toit et du couvert, et ne se consacrer qu’à ce qui nous fait vibrer, pour le bien du plus grand nombre !
      :D

  • Trois journalistes convoqués par la DGSI pour avoir détaillé l’usage d’#armes françaises au #Yémen
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/24/armes-francaises-au-yemen-trois-journalistes-convoques-par-la-dgsi_5454482_3

    Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour « compromission du #secret_défense nationale » après la transmission au média en ligne Disclose d’une note classée « #confidentiel-défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen, a appris l’Agence France-Presse (AFP), mercredi 24 avril, de sources concordantes.

    [...]

    Les trois journalistes convoqués par la #DGSI sont les deux fondateurs de #Disclose, Mathias Destal et Geoffrey Livolsi, ainsi que Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France. Pour M. Livolsi, « cette enquête judiciaire n’a qu’un seul objectif : connaître les #sources qui nous ont permis de faire notre travail ». « C’est une #atteinte à la #liberté_de_la_presse et à la #protection_des_sources des #journalistes », a-t-il ajouté. « Nous serons très fermes sur la protection des sources de nos journalistes », a réagi l’avocate de Disclose, Me Virginie Marquet.

    Pour Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France, Paris « se cache trop derrière ce secret-défense. La transparence devrait être enfin de mise. » « Disclose a montré des preuves irréfutables (…) qui établissent qu’il y a bel et bien une complicité indirecte avec des crimes de guerre. L’argument du secret-défense ne peut plus suffire, a-t-elle déclaré à l’agence Reuters. Nous sommes pour la protection des lanceurs d’alerte quand l’intérêt général est en cause, et là, c’est largement le cas. »

  • On the 1st anniversary of the #GreatReturnMarch, Palestinian Centre for Human Rights publishes an info-graphic showing the number of civilian casualties from 30 March 2018-28 March 2019 resulting from Israel’s suppression of the #GreatReturnMarch demonstrations. | Palestinian Center for Human Rights
    https://pchrgaza.org/en/?p=12229

    Question and Answer: 1st Year Anniversary of the March of Return Demonstrations
    March 28, 2019

    https://pchrgaza.org/en/?p=12225
    #Marcheduretour #bilan

  • Humanitarian snapshot : casualties in the Gaza strip | 30 Mar 2018 - 22 Mar 2019

    Since 30 March 2018, the Gaza Strip has witnessed a significant increase in Palestinian casualties in the context of mass demonstrations and other activities along Israel’s perimeter fence with Gaza, as part of the “Great March of Return” (GMR). Additional casualties have resulted from hostilities and access related incidents. The large number of casualties among unarmed Palestinian demonstrators, including a high percentage of demonstrators injured by live ammunition, has raised concerns about excessive use of force by Israeli troops. Exposure of children to violence and lack of protection for medical teams are also of concern. Despite significant assistance provided, addressing the resulting multiple needs of the mass influx of casualties remains challenging due to the lack of funds, years of blockade, the internal Palestinian political divide and a chronic energy crisis.


    https://www.ochaopt.org/content/humanitarian-snapshot-casualties-gaza-strip-30-mar-2018-22-mar-2019
    #Gaza #statistiques #chiffres #2019 #morts #décès #Palestine #frontières #les_frontières_tuent #Israël #visualisation #blessures #blessés #décompte

  • Quand la lutte contre l’immigration irrégulière devient une question de « #culture »

    Quand on pense à la lutte contre l’immigration irrégulière, ce sont des images de garde-frontières, de patrouilles en mer ou de murs qui viennent spontanément à l’esprit. Un peu partout dans le monde, les flux migratoires sont appréhendés comme des enjeux de sécurité – et en conséquence gouvernés d’une manière qui relève du maintien de l’ordre, voire de la guerre : déploiement de troupes, barbelés, drones, camps, enfermement, expulsions, etc.

    C’est oublier que toute politique est également affaire d’idéologies et que, pour reprendre une expression fréquemment associée au philosophe italien Antonio Gramsci, l’usage de la force s’accompagne d’une bataille des idées, dont le but est non seulement de justifier les objectifs politiques poursuivis par les États, mais aussi d’obtenir le consentement des gouvernés. Les politiques migratoires ne font pas exception.

    Le double message de #Youssou_N’Dour

    Ainsi, en 2007, le gouvernement espagnol diffuse une #vidéo au Sénégal pour convaincre les migrants potentiels de ne pas partir. Au milieu des années 2000, soit bien avant la crise actuelle en Méditerranée centrale, des migrants embarquent en pirogue des côtes de l’Afrique de l’Ouest et tentent de gagner les Canaries, situées à une centaine de kilomètres.

    La vidéo montre Fatou, la mère d’un jeune homme disparu dans l’océan Atlantique. Filmée en gros plan, elle pleure la mort de son fils. Puis apparaît Youssou N’Dour, le célèbre chanteur sénégalais. Lui-même assis sur une pirogue, il tourne le dos à l’océan ; le symbole est clair, et le message à ses jeunes compatriotes l’est tout autant : ne risquez pas votre vie, votre place est en Afrique.

    https://www.youtube.com/watch?v=5pPA0DIjYKM

    Le message est double. Il commence par un #avertissement : attention, la migration est dangereuse. Ceux qui partent risquent leur vie. L’argument est évidemment de mauvaise foi : le danger de l’immigration irrégulière est la conséquence des politiques migratoires, qui obligent les migrants à prendre des chemins détournés et périlleux ; s’ils pouvaient simplement prendre l’avion, ils ne courraient aucun danger.

    Plus moralisateur, le second argument appelle au #patriotisme des migrants et les incite à rester chez eux pour contribuer à l’essor de leur pays – et tant pis si Youssou N’Dour, artiste planétaire s’il en est, n’est pas nécessairement le mieux placé pour convaincre la jeunesse sénégalaise des bienfaits de l’enracinement local.

    « Ne risque pas ta vie ! »

    Dix ans plus tard, en 2017, c’est la chanteuse sénégalaise #Goumba_Gawlo qui s’engage dans une tournée de concerts organisés par l’Organisation internationale pour les migrations (#OIM). Le but est toujours de « sensibiliser » la jeunesse à la question de l’immigration irrégulière. Une des chansons s’intitule « #Bul_Sank_Sa_Bakane_bi », c’est-à-dire « Ne risque pas ta vie ».

    Entrecoupé d’images de bateaux de migrants secourus en Méditerranée, le clip réunit plusieurs chanteurs de toute l’Afrique de l’Ouest et conseille aux candidats à la migration d’investir plutôt dans l’éducation. S’ils veulent vraiment partir, la chanson leur recommande de migrer légalement.

    https://www.youtube.com/watch?v=a27GpDvCXqw

    Là encore, l’argent vient d’Europe, d’#Italie plus précisément, qui finance un ambitieux projet de l’OIM intitulé « #Aware_Migrants » (http://awaremigrants.org). Le raisonnement est le suivant : si les Africains tentent de gagner l’Europe, c’est parce qu’ils sont ignorants. Ils ne sont pas conscients des risques, ils ne connaissent pas le sort réservé à leurs semblables, et ils croient naïvement les promesses de vie meilleure que de vils passeurs leur font miroiter. Il faut donc procéder à des #campagnes de « sensibilisation » ou de « #conscientisation », qui leur donneront les informations nécessaires.

    Artistes, journalistes, blogueurs cooptés par l’OIM

    Cette campagne s’inscrit dans un agenda global. Le « #Pacte_mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », ou « #Pacte_de_Marrakech », adopté en décembre 2018, recommande par exemple de « mener des campagnes d’information multilingues et factuelles », d’organiser « des réunions de sensibilisation dans les pays d’origine », et ce notamment pour « mettre en lumière les #risques qu’il y a à entreprendre une migration irrégulière pleine de dangers ».

    Pour mieux convaincre les migrants potentiels, l’OIM coopte des #artistes, mais aussi tous les acteurs susceptibles de toucher la #jeunesse tentée par l’aventure de l’émigration. En #Guinée, elle travaille avec des #rappeurs, des #humoristes ou des auteurs de bande-dessinée. Des #journalistes et des #blogueurs se voient proposer une formation pour acquérir des « informations crédibles » sur la migration. L’OIM travaille aussi avec des migrants expulsés, qui sont formés aux « techniques de #communication » pour parler de leur mauvaise expérience de la migration et décourager ceux qui songent à partir.

    Au #Niger, ce sont des matchs de foot et des pièces de #théâtre qui sont organisés afin de diffuser « des informations précises sur la migration aux migrants potentiels ». Dans une démarche paternaliste, voire quelque peu néocoloniale, il s’agit de diffuser des informations « objectives » à des Africains ignorants et crédules qui en manquent cruellement.

    https://www.youtube.com/watch?v=YIMOd2n-Hm0

    Dans une vidéo financée par la #Suisse et diffusée au #Cameroun par l’OIM, on voit un jeune Africain téléphoner à son père depuis une cabine publique. Ils devisent paisiblement. Le fils se montre rassurant, parle de son inscription à l’université et le père est heureux d’apprendre que tout va pour le mieux. Mais d’autres images apparaissent : le même jeune homme est traqué par la police, il est aux abois, contraint de dormir dans la rue, réduit à la mendicité. Autrement dit, les migrants qui disent que tout va bien sont des menteurs. Il ne faut pas les croire : mieux vaut écouter l’OIM.

    Savoir, et partir quand même

    Dans l’optique des concepteurs de ces campagnes, les migrants sont des êtres individualistes et rationnels, des Homo œconomicus qui prennent la meilleure décision possible en fonction des informations dont ils disposent. S’ils décident de partir, c’est qu’ils n’ont pas eu accès aux bonnes infos. Mais s’ils ont la chance d’avoir accès aux informations de l’OIM, ils renonceront et resteront tranquillement chez eux – comme si la vie « à la maison » était exempte de toute forme de violence, de souffrances ou de coercition.

    Ce raisonnement fait l’impasse sur le caractère structurel de l’immigration. Partir n’est pas seulement une décision individuelle prise par des personnes qui cherchent à améliorer leur sort. C’est une dynamique collective nécessaire à des pans entiers de la population : en partant, les migrants espèrent, par exemple, être en mesure d’envoyer de l’argent à leur entourage resté au pays – argent sans lequel de nombreux pays d’émigration s’effondreraient.

    Il est un scénario qui n’est jamais envisagé : celui dans lequel les migrants sauraient, mais partiraient quand même. Ce scénario n’est pas improbable : la crise des migrants et les naufrages en Méditerranée ont fait l’objet d’une couverture médiatique planétaire et la téléphonie mobile connaît une très forte expansion sur le continent africain. Il est donc difficile de concevoir que personne n’en sache rien.

    Diffuser une #culture_de_l’immobilité

    Les politiques de lutte contre l’immigration irrégulière sont donc un enjeu culturel, dans les deux sens du terme. Elles mobilisent les acteurs de la culture, des musiciens aux médias, et aspirent à diffuser une culture de l’#immobilité qui dévalorise l’immigration et incite les gens à rester chez eux.

    Le recours à la culture met indirectement en lumière une des faiblesses des politiques migratoires, c’est-à-dire leur incapacité à convaincre les premiers concernés – les migrants – de leur pertinence : quels que soient les obstacles placés sur leur route, ces derniers ne semblent pas convaincus et continuent d’essayer de migrer – au point qu’il faut user d’autres méthodes que la force pour les persuader de rester chez eux.

    Si, véritablement, les États occidentaux souhaitent s’emparer du problème de la #désinformation en matière de migrations, ils pourraient commencer par financer des campagnes d’information pour contrer les innombrables fake news qui circulent sur le sujet. Comme l’a en effet montré le débat sur le Pacte de Marrakech, ce n’est pas seulement en #Afrique que les gens manquent d’informations sur les migrations. Mais sans doute que dans un monde inégalitaire et asymétrique, ceux qui font fausse route sont-ils toujours les plus faibles.

    https://theconversation.com/quand-la-lutte-contre-limmigration-irreguliere-devient-une-question
    #dissuasion #vidéo #musique #campagne #clip #migrations #asile #réfugiés #sensibilisation #IOM #organisation_internationale_contre_la_migration #paternalisme #football

  • Réapproprions-nous les médias !

    #Acrimed lance avec des associations, des organisations de #journalistes, des #médias, des #syndicats et des organisations politiques une déclaration commune pour se « mobiliser pour une réappropriation démocratique des médias ». Cette déclaration, à diffuser et à signer largement, est une première étape dans la construction d’une mobilisation et d’initiatives communes pour transformer les médias.

    « Nous affirmons qu’il est temps de se mobiliser pour une réappropriation démocratique des médias. Pour défendre le droit d’informer et le droit à être informé. Et pour que l’information devienne enfin un bien commun et non une marchandise. »

    Pour lire l’appel complet et signer : https://www.acrimed.org/Reapproprions-nous-les-medias

  • La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? - Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/2019/02/08/la-ligue-du-lol-a-t-elle-vraiment-existe-et-harcele-des-feministes-sur-le

    Une autre explique avoir été harcelée par des membres de ce groupe pendant des années, en raison de son sexe, de sa couleur de peau, et de ses positions politiques. Elle décrit une forme de harcèlement très semblable à celui décrit dans les précédents témoignages. « J’avais des positions féministes et antiracistes que j’exprimais ouvertement. Et à chaque fois que je les exprimais, ces gens-là me tombaient dessus, et amenaient plein de personnes dans leur dos. Les attaques étaient customisées en plus : comme je suis noire, j’avais le droit à un peu de racisme, en plus du sexiste. »

    En 2013, elle a décidé de quitter Twitter. « Il y avait une grosse dominante d’humiliation. Je me sentais humiliée par des gens de mon métier. Je me sentais exclue de la sphère journalistique par mes propres confrères. Qui aujourd’hui ont tous, ou presque, accédé à des postes élevés et écrivent, pour certains, des articles sur le féminisme. » Une pigiste abonde : « Aujourd’hui, quand je propose des piges sur le féminisme aux Inrocks, à Slate, à Libération, où ces personnes occupent désormais des postes à responsabilité, c’est un peu surréaliste. »

  • Le profil type du « complotiste » ? Un jeune gueux qui ne vote pas pour Macron 7 Février 2019 Frustration _
    https://www.frustrationlarevue.fr/le-profil-type-du-complotiste-un-jeune-gueux-qui-ne-vote-pas-pour

    Voici l’incroyable conclusion qui ressort du dernier sondage pondu par l’inénarrable Rudy Reichstag, directeur de l’officine pro-gouvernementale de l’observatoire du conspirationnisme, créé en 2007, Conspiracy Watch. Un an après un premier sondage déjà extrêmement perfectible et orienté, voilà qu’ils en remettent une couche en précisant cette fois que, o surprise, les gueux ainsi que les jeunes seraient les plus touchés par le conspirationnisme. C’est dire qu’un tel sondage tombe à point nommé, où les tentatives de-crédibilisations d’un mouvement des gilets jaunes composés de tartufes complotistes à la Maxime Nicolle font bondir les bourgeoisies de droite comme de gauche de leur siège doré.

    “Les seniors sont moins concernés. Mais tout ça est corrélé au niveau de diplôme (les diplômés du supérieurs sont moins poreux que ceux qui n’ont pas ou que le Bac), au niveau de vie (plus on fait partie des défavorisés, plus on adhère à ce types de contenus)”, explique ainsi ce cher Rudy Reichstag sur France inter .

    Faire du complotisme une affaire de classe est évidemment une manière de désigner et de dénigrer des imbéciles à remettre dans le droit chemin de la Vérité à coup d’éducation aux médias infantilisant et de fact-checking pour se racheter une crédibilité maintes fois perdues et, par conséquent, à contenir ou retenir toute remise en question de l’ordre économique sociale et politique existant. C’est que le complotisme de l’Elysée, comme le décrit si bien Frédéric Lordon dans son dernier billet , qui consiste à fantasmer sur des gilets jaunes soit disant contrôlés par l’affreuse main russe afin de se déresponsabiliser n’est nullement décrit dans ce sondage, comme celui des anti-complotistes complotistes souvent macronistes. Hélas, l’auto-analyse, ça n’est pas pour tout de suite non plus. Car en effet il ressort également de cette « enquête » une résistance au complotisme chez les Français qui ont voté Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017, mais que l’électorat de Jean Luc Mélenchon, de Marine Le Pen ou de Nicolas Dupont Aignan sont d’avantage sensibles aux théories conspis. Diantre ! 

    Et s’il y a bien un naïf pour se laisser berner par ce genre de sondage, c’est le journaliste qui, par un mimétisme navrant, s’embourbe dans la brèche à recracher bêtement des conclusions à peine exagérées. « Le fléau du complotisme en France : une menace pour notre démocratie », titre le quotidien régional La Dépêche, « Sondage sur le complotisme : 4 enseignements à tirer », s’inquiète le JDD. Pourtant, il leur fallait seulement cinq petites minutes afin de questionner par téléphone Rudy Reichstag sur sa méthodologie douteuse : quels sont les échantillons ? Sont-ils réellement représentatifs ? Quel est le degré de réponses « trolls » ? Pourquoi ces catégories ? Les réponses sont-elles suffisamment nuancées ? Certains journalistes, décidément en roue libre, n’hésitent pas à conclure, comme sur France inter : « Une enquête qui montre une nouvelle fois que les Français sont de plus en plus perméables aux théories complotistes et notamment les jeunes adultes » (3).

    Ils leur suffisaient également pour certains de dix petites minutes supplémentaires afin d’interroger les nombreux raccourcis surprenants qui sont une nouvelle fois effectués ici, c’est-à-dire mettre au même niveau la croyance en la terre plate et le fait que ministère de la Santé soit de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins, qui relève plus d’une défiance générale envers les institutions qui mériterait d’être interrogée plutôt que blâmée.

    Cette confiance aveugle de ces journalistes envers cette enquête sans l’once d’esprit et de recul critique est, elle aussi, très inquiétante. Le sondage ne mérite aucune contre-expertise, ce qu’ils appellent en rédaction ou en école de journalisme le fameux « contre-pied », imposé une fois sur deux en fonction de leur « idéologie » non assumée, lorsque c’est par exemple trop « militant », mais rarement dans ce genre de cas présent. Vivement les analyses incroyablement fines de spécialistes et de chercheurs/euses en tout genre, de Marie Peltier en passant par Tristan Mendes France, qui étaient étonnement bien silencieux lorsque des journalistes accusaient des gilets jaunes d’avoir foutu le feu à des voitures devant le siège du quotidien Le Parisien.

    En parallèle de ce qui semble bien être un véritable naufrage journalistique ridiculement cocasse, le journaliste Vincent Glad explique la raison pour laquelle selon lui les journalistes ont tardé à parler des violences policières lors des manifestations des gilets jaunes : « Au début, je ne voulais pas y croire, je me disais que ce n’était pas possible. Le gouvernement ne pouvait pas sciemment demander à sa police de tirer à coup de lanceur de balle de défense sur la tête des manifestants. J’ai l’impression que j’ai été victime de l’habitus journalistique qui fait qu’on se méfie toujours de toute théorie du complot, qu’on est toujours trop mesuré, trop lent avant de s’indigner. Je me disais « ce n’est pas possible, l’État ne peut pas faire ça, ça ne peut être que des bavures isolées ». Tout est dit.

    #libération #enfumage #complotisme #Vérité #journaliste #journalisme #fake_news #croyance #vaccins #oligarchie #rudy_reichstag #vincent_glad

  • « Gilets jaunes » : les vidéos amateurs, des chaînes d’info ou de surveillance nourrissent les enquêtes judiciaires et font tomber plein de gens pris dans la tourmente d’une légitime colère...
    Par Nicolas Chapuis : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/02/01/gilets-jaunes-les-videos-de-surveillance-amateurs-ou-des-chaines-d-infos-nou

    À ajouter à la compile que je tente de faire sur la responsabilité des preneureuses d’images en manifestations : https://seenthis.net/messages/490706

    A Paris, les mobilisations et leurs dérapages ont été largement filmés, permettant aux policiers de « filocher » virtuellement des fauteurs de troubles peu vigilants.

    /.../

    « C’est formidable », résume une source policière, qui raconte comment on peut désormais « filocher » un individu à travers quasiment toute la capitale, en mêlant caméras officielles et observation des réseaux sociaux, où pullulent les films amateurs.

    #photo #video #fichage & #criminalisation des #mouvements_sociaux #maintien_de_l'ordre
    #filocher ... et #filochage, aussi, du coup !

    • « Gilets jaunes » : comment les films amateurs, les chaînes d’info et la vidéosurveillance nourrissent les enquêtes judiciaires, Nicolas Chapuis
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/02/01/gilets-jaunes-les-videos-de-surveillance-amateurs-ou-des-chaines-d-infos-nou

      " Un basculement de la #police dans l’ère de la #vidéo, que certains n’hésitent pas à comparer à la révolution des empreintes digitales. "

      A Paris, les mobilisations et leurs dérapages ont été largement filmés, permettant aux policiers de « filocher » virtuellement des fauteurs de troubles peu vigilants.

      C’est une bataille de l’image qui fait rage. Jamais un conflit social en France n’a été autant filmé de toutes parts que celui des « gilets jaunes », qui ont fait de ces séquences postées sur les réseaux sociaux une arme de contestation massive. Mais une arme à double tranchant. Grâce à cette profusion de vidéos, les enquêteurs de police bénéficient depuis deux mois d’une masse d’information totalement inédite, surtout à Paris où tous les projecteurs sont braqués.

      Qu’elles proviennent de caméras d’amateurs, de journalistes indépendants – par exemple du média Brut, apprécié des « gilets jaunes » –, de chaînes d’information – notamment RT France, qui a la confiance des manifestants –, du plan de vidéoprotection de la Ville de Paris, des forces de l’ordre ou même des magasins, ces bandes sont visionnées avec une grande attention par les officiers de police judiciaire, pour résoudre les enquêtes dont ils ont la charge.

      Car si l’accent est mis depuis le début du mouvement des « gilets jaunes » sur les opérations de maintien de l’ordre, une grande partie des effectifs de police sont en réalité consacrés quotidiennement au travail d’#investigation. Sur la zone de compétence de la Préfecture de police de Paris, chaque samedi et chaque dimanche, quelque 300 agents de la direction de la sécurité publique de l’agglomération parisienne (DSPAP) ont été mobilisés pour traiter l’ensemble des procédures d’interpellation, ainsi qu’une bonne partie des affaires judiciaires. Les dossiers les plus sensibles, au nombre de dix-neuf, ont été confiés à la direction régionale de la police judiciaire, le fameux « 36 ».

      Sur les réseaux sociaux, les films amateurs pullulent

      Quel que soit le service sollicité, les enquêteurs s’accordent à souligner le poids pris par l’analyse des images dans leur travail. « C’est formidable », résume une source policière, qui raconte comment on peut désormais « filocher » un individu à travers quasiment toute la capitale, en mêlant caméras officielles et observation des réseaux sociaux, où pullulent les films amateurs.

      La plus symptomatique de ces affaires « vidéo résolues » par la police judiciaire parisienne est certainement l’interpellation, le 31 décembre 2018, de l’un des agresseurs des trois motards d’une compagnie de sécurité et d’intervention. La scène, qui avait eu lieu le 22 décembre, avait marqué les esprits : face à une foule menaçante, l’un des gardiens de la paix avait dégainé son arme brièvement, avant de la ranger.

      Sur les images d’un vidéaste indépendant, on pouvait voir un homme, coiffé d’un casque de scooter bleu et ceint d’un mégaphone, frapper l’un des policiers. Ce sont ces deux détails qui le trahiront quelques jours plus tard. Les enquêteurs ont retracé son parcours, en le suivant de caméra en caméra grâce à son mégaphone visible, jusqu’à le retrouver en train d’enfourcher son scooter dans une rue. Le relevé de la plaque d’immatriculation aboutira quelques jours plus tard à l’interpellation de ce jeune homme de 26 ans habitant le 18e arrondissement de Paris, sur son lieu de travail, un magasin de jeux vidéo.
      Les enquêteurs ont établi qu’il avait par ailleurs tenté de se procurer sur Internet un bouclier antiémeute ainsi… qu’un lanceur de balles de défense, l’arme de force intermédiaire de la police, si décriée actuellement.

      Capture d’écran d’une vidéo prise pendant l’acte III des gilets jaunes, le 22 décembre 2018 : un homme frappe un policier avec un mégaphone. C’est à partir de ces images que la police a pu l’identifier, à l’aide d’autres images (instagram, FB, vidéosurveillance), afin de le mettre en examen. LINEPRESS

      Images vidéo associées à des #prélèvements

      Au sein de la « PJ » parisienne, c’est le 1er district (compétent sur le centre et l’ouest de la capitale) qui a récupéré l’essentiel des dossiers les plus marquants, les faits se déroulant principalement aux abords des Champs-Elysées.
      Ainsi, l’enquête menée par ce service sur les dégradations de l’Arc de triomphe, le 1er décembre, a abouti, notamment grâce à l’exploitation des images, à quatorze #interpellations, dont celle, dans le Doubs, de l’auteur présumé du tag sur le monument signé « Sanglier », un militant proche de l’ultradroite. Les investigations se poursuivent dans ce dossier qui pourrait donner lieu à d’autres arrestations.
      Ce sont également des images vidéo, associées à des prélèvements, qui ont permis de progresser dans le dossier de l’incendie de l’hôtel particulier situé sur le rond-point de l’Etoile, le 1er décembre. Le rez-de-chaussée et le premier étage d’un cabinet d’avocats américain, Hughes Hubbard & Reed LLP, avaient été ravagés par les flammes et des pilleurs s’étaient généreusement servis à l’intérieur ; pour un préjudice total estimé à 500 000 euros. Deux hommes de 24 et 25 ans, issus du 9e arrondissement de Paris et du Val-de-Marne, ont été depuis interpellés et renvoyés devant la justice.

      La brigade criminelle a, pour sa part, récupéré les deux dossiers les plus sensibles aux yeux des forces de l’ordre : la tentative de lynchage d’un policier de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) et les bombes agricoles lancées sur un gendarme mobile, deux scènes qui se sont déroulées aux abords de l’Arc de triomphe le 1er décembre. Le premier a été blessé au fémur, au nez et à la mâchoire. Le second a été gravement touché aux jambes, avec « des brûlures impressionnantes », selon une source policière. La justice a requalifié les faits en #tentative_d’homicide_volontaire_sur_personne_dépositaire_de_l’autorité.

      Amateurisme de certains casseurs

      Le cas du gendarme semble le plus difficile à résoudre, faute de vidéos probantes. « C’est typiquement le genre d’affaire où on manque cruellement d’images », résume une source policière, quand l’agression du policier a, elle, été filmée sous tous les angles. Deux personnes ont ainsi été interpellées, dont un homme de 45 ans demeurant dans le Tarn. Les enquêteurs ont retrouvé chez lui les vêtements qu’il portait le jour de la manifestation. « C’est la différence avec les enquêtes sur les voyous, qui se débarrassent de toutes leurs fringues dès qu’ils ont commis un délit », explique une source policière.

      L’amateurisme de certains casseurs est en effet criant. Un homme d’une trentaine d’années, issu de Seine-Saint-Denis, a ainsi été arrêté pour le pillage d’un magasin Givenchy, le 24 novembre, rue Francois-Ier, près des Champs-Elysées. Il avait tenté de revendre le produit de son larcin sur le site Leboncoin, surveillé par la police. Il a été condamné à douze mois de prison dont six avec sursis.

      Dans de rares cas, les enquêteurs n’ont pas eu à chercher bien loin.

      Dans l’affaire de la dégradation des Tuileries, l’un des casseurs, écrasé par le poids de la grille arrachée, avait fini la nuit à l’hôpital. Avant de s’échapper pour rentrer chez lui à Rouen, où les policiers de la brigade de répression du banditisme (BRB) venus prêter main-forte à leurs collègues débordés, l’ont cueilli.
      Quand ce n’est pas l’amateurisme, c’est parfois l’hybris qui les trahit. En effet, certaines affaires ont été résolues grâce aux images des coupables eux-mêmes, qui se sont filmés en train de commettre le délit. Les vidéos trouvées sur leurs propres téléphones permettent de les confondre en garde à vue. « J’appelle ça la délicieuse stupidité des voyous », s’amuse un policier.

      Plusieurs dossiers dans l’impasse

      La palme est sans doute détenue par le jeune homme qui s’est fait interpeller après le #pillage d’un magasin de vêtements, aux abords de l’Arc de triomphe. Il portait alors, empilé sur lui, l’ensemble de ses trouvailles. A la sortie du tribunal, il se vantait devant les caméras de TF1 de porter une veste volée que les policiers n’avaient pas remarquée. Et promettait de récidiver la semaine suivante. Mais si son visage était bien masqué, ses habits, les mêmes qu’il portait en garde à vue, étaient eux bien identifiables. Les agents de la DSPAP l’interpelleront de nouveau quelques jours plus tard.

      Si elle a changé le quotidien des enquêteurs, l’omniprésence de la vidéo ne permet cependant pas de tout résoudre. Plusieurs dossiers sont toujours en cours d’investigation. Le vol du fusil d’assaut HK G36 dans une voiture de police n’a pas encore été résolu. Deux personnes ont été interpellées dans cette affaire par la police judiciaire. La première, un SDF de 18 ans identifié sur les vidéos, détenait une munition de 5,56 mm correspondant à celles de l’arme, et portait les mêmes vêtements que le jour du vol. La seconde a été arrêtée pour avoir jeté des projectiles sur les forces de l’ordre. Mais rien n’indique qu’il a participé au larcin. L’arme demeure à ce jour introuvable.
      L’intrusion dans le ministère des relations avec le Parlement le 5 janvier, à l’aide d’un engin de chantier, n’a pas encore été élucidée. Une seule certitude, les « gilets jaunes » n’ont pas eu à chercher bien loin pour trouver les clés du transpalette, l’outil qui a servi à enfoncer la porte : elles se trouvaient sous le tapis à côté, une pratique courante sur les zones de travaux. L’engin a également été utilisé pour saccager une banque dans une rue voisine.

      Les auteurs de #dégradations sur d’autres bâtiments symboliques, le Palais de Chaillot et l’ambassade de Belgique, n’ont pas non plus été identifiés. Tout comme certains pilleurs d’enseignes de luxe. C’est le cas de ceux qui ont saccagé la boutique Dior des Champs-Elysées le 24 novembre, pour un préjudice estimé à 1,5 million d’euros. Les casseurs, en plus des dégâts commis, sont partis avec un beau butin en bijoux.
      Une révolution
      Les enquêteurs ne désespèrent pas de faire parler les indices dans ces différents dossiers, voire de recevoir de nouvelles preuves par vidéo de la part de vidéastes amateurs, comme ce fut le cas dans certaines affaires.
      En attendant, ils continuent de visionner des dizaines d’heures de vidéos. Et pas que dans le cadre de la résolution d’#enquête. Les images des reporters indépendants qui filment les forces de l’ordre pour capter d’éventuelles violences policières sont aussi utilisées, mais à des fins pédagogiques cette fois. La hiérarchie s’en sert dans ses débriefings avec les troupes pour identifier les manœuvres ratées et les comportements à modifier.

      En attendant d’avoir ses propres images, avec la généralisation des caméras-piétons et des unités chargées de filmer. Un basculement de la police dans l’ère de la vidéo, que certains n’hésitent pas à comparer à la révolution des empreintes digitales.

      2 415 personnes interpellées à Paris depuis le début du mouvement

      Depuis le début du mouvement des « #gilets_jaunes », 2 415 personnes ont été interpellées à Paris et dans la petite couronne, parmi lesquelles 2 013 ont été placées en garde à vue, et 889 ont été déférées devant la #justice. Un pic a été atteint le 8 décembre 2018, avec 1 082 interpellés pour 974 gardes à vue. 87 % des personnes interpellées étaient majeures et près de 6 sur dix n’habitaient pas en Ile-de-France.

      La majorité des cas concerne des participations à des groupements en vue de commettre des dégradations, des violences sur personne dépositaire de l’autorité, des ports d’armes prohibées et des dégradations volontaires.

      Du côté de la préfecture de police de Paris, on souligne la volonté de mettre en place, les jours de rassemblement des « gilets jaunes », un dispositif qui permette d’interpeller et de mettre au plus vite les individus suspects « dans la chaîne judiciaire ». La justice a dû en effet se mettre au diapason pour traiter l’afflux de procédure. Sur les 889 personnes déférées, 296 sont passées en comparution immédiate, 197 condamnations, 56 renvois et 43 relaxes. 36 #mandats_de_dépôt ont été prononcés depuis le début, alors que 12 personnes sont en #détention_provisoire : au total, 48 personnes sont aujourd’hui écrouées.

      #surveillance #caméras_de_surveillance #journalistes #police #maintien_de_l'ordre