• Abus sexuels dans l’Église : le Nord - Pas-de-Calais particulièrement concerné
    https://actu.fr/societe/abus-sexuels-dans-l-eglise-le-nord-pas-de-calais-particulierement-concerne_4545

    Le nombre de 216 000 victimes de crimes sexuels par des prêtres de 1950 à 2020 en France a été mis en avant par la CIASE, commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, qui vient de rendre son rapport (appelé rapport Sauvé). Quels sont les chiffres par région, par diocèse ? Le rapport présente plusieurs cartes. Le Nord et le Pas-de-Calais, terres catholiques, sont particulièrement concernées.

    Les régions les plus touchées sont les plus pratiquantes
    « La carte des violences répertoriées recoupe assez bien la carte des diocèses de France selon leur degré de pratique religieuse » dit le rapport Sauvé en page 138 (consultable en ligne ici sur 485 pages https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Les-violences-sexuelles-dans-l-Eglise-catholique- ). C’est-à-dire que ce sont les diocèses avec le plus fort nombre de prêtres et de catholiques qui ont connu le plus d’abus sexuels en nombre.

    Le Nord et le Pas-de-Calais font partie des diocèses dits « de chrétienté », ce qui signifie les plus marqués par la présence chrétienne.

    Ainsi, « sur l’ensemble de la période, les 12 diocèses ‘de chrétienté’ regroupent le plus grand nombre d’affaires par diocèse (16,3 affaires par diocèse, contre 11,9 par diocèse de tradition chrétienne, et 14 affaires par diocèse ‘détaché’) ».

    Un nombre de prêtres abuseurs plus élevé qu’ailleurs…
    Trois périodes sont retenues : de 1950 à 1970 ; de 1970 à 1990 ; de 1990 à 2020.

    Côté chiffres, les départements du Nord et du Pas-de-Calais, référencés comme terres chrétiennes, sont particulièrement touchés :
    • 1950-1970 : plus de 20 cas de prêtres abuseurs recensés dans le Pas-de-Calais, une dizaine pour le Nord ;
    • 1970-1990 : plus de 20 cas dans le Nord ; entre 5 et 10 dans le Pas-de-Calais ;
    • 1990-2020 : plus de 20 cas dans le Pas-de-Calais ; une quinzaine dans le Nord.

    Quelques dizaines de cas, cela semble peu, mais en fait, ce sont les chiffres les plus élevés en France. Ce qui fait des départements du Nord et du Pas-de-Calais des départements particulièrement concernés par la pédo-criminalité au sein de l’Église.

    Le Nord et le Pas-de-Calais sont très concernés par les abus sexuels dans l’Eglise, avec les chiffres les plus élevés par rapport au reste de la France. (©Rapport CIASE)

    … mais moins de victimes par prêtre
    Avec une précision : à l’inverse, ce sont les diocèses moins chrétiens qui ont un nombre d’abus par prêtre plus élevé. « S’il y a plus d’affaires en valeur absolue dans les diocèses de chrétienté, il y a plus d’affaires par prêtre, en valeur relative, dans les diocèses ‘indifférents’. »

    Cela veut dire qu’il y a plus de victimes par prêtre dans les départements moins chrétiens.

    Précisément, « les ratios mesurant la prévalence du phénomène, qu’il s’agisse du rapport entre le nombre d’affaires et le nombre d’habitants (ratio de mis en cause), ou du rapport entre le nombre d’affaires et le nombre de prêtres (ratio de condamnés) sont respectivement 1,3 (pour les mis en cause) à 4 fois (pour les condamnés) plus forts que dans les terres de chrétienté ». 

    Le rapport émet des hypothèse quant aux causes de ce moindre nombre de cas par prêtre dans les diocèses les plus christianisés. « Du côté des diocèses de chrétienté, on peut se demander si la moindre proportion d’affaires et de condamnations ne procède pas d’un moins grand nombre de situations de violences sexuelles, procédant d’un plus grand contrôle social des clercs (par la population et l’institution), d’une plus grande capacité ecclésiastique à influencer le cours de la justice, voire d’une plus grande tolérance des jurys de cours d’assises envers les clercs. Le nombre supérieur d’acquittements, lors des affaires pénales, dans les diocèses de chrétienté, pourrait aller dans ce sens. »

    Le profil des prêtres condamnés
    Sur l’âge des prêtres abuseurs : « Les condamnés, dans les diocèses de chrétienté, sont nettement plus jeunes, et ils sont jugés, pour presque la moitié d’entre eux, dans les 10 années suivant leur ordination. Ailleurs, les condamnés sont majoritairement des hommes mûrs, allant entrer ou déjà entrés dans la cinquantaine, avec un étalement jusqu’à la fin de la soixantaine pour les diocèses ‘indifférents’. » 

    #Nord #Pas_de_Calais #Régions #viol #pédocriminalité #déni #pédophilie #violophilie #élites #France #culture_du_viol #déni #catholicisme #eglise #religion #prêtres #victimes #diocèses #ratios #victimes #justice #jurys #cours_d’assises #contrôle_social #CIASE

    • Rapport Sauvé sur les crimes de pédophilie dans l’église catholique :
      L’église catholique et le Gouvernement macron/darmanin pris à leurs propres pièges !
      https://www.fnlp.fr/2021/10/11/léglise-catholique-et-le-gouvernement-macron

      Le rapport Sauvé est un véritable séisme qui risque d’emporter l’église catholique toute entière dans l’abime, d’où l’effroi, les erreurs, les provocations des éminences qui s’accrochent à l’autel pour ne pas disparaitre. Chacun essaie de tirer son épingle du jeu et la crise se développe.Pourtant, tout avait été fait pour limiter le scandale. A l’instar de ce qu’elle avait déjà fait pour l’Affaire touvier, l’église catholique mettait en place une commission pour noyer le poisson : la Commission Sauvé, en espérant que cela arriverait au même résultat que pour le milicien Touvier :


      L’église catholique n’était en rien responsable, seuls quelques individus en marge étaient en cause.Mais patatras, c’est le poisson qui noyait le pêcheur et le « pécheur » était bien fautif en la matière.La Commission Sauvé (et il faut lui rendre hommage pour cela, contrairement aux premières craintes de la Libre Pensée) a fait remarquablement son travail. Le scandale était si énorme, les victimes si nombreuses, l’horreur si grande, que plus rien ne pouvait empêcher la lumière de se faire jour.

      Dès le mois d’août 2021, le Congrès national de Voiron de la Libre Pensée analysait ainsi les choses :
      « Ce n’est pas un hasard, nous l’avons souvent souligné, que cela soit aux Etats-Unis que les affaires de pédophilie dans le clergé catholique ont été mises au grand jour. C’est l’impérialisme et ses subsidiaires qui ont fait éclater les affaires pour domestiquer le vatican. L’épiscopat catholique des USA est exsangue, il a été saigné à blanc par les indemnités qu’il a dû verser aux victimes des crimes du clergé.

      Et c’est au tour de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne. Tout cela va déferler et rien ne pourra l’empêcher. Le vatican risque d’être emporté par la tourmente financière. Pour pouvoir tenir face à cette déferlante, le pape n’a pas d’autre choix que de faire le ménage sur tous les plans, pour tenter de résister.D’où les procès au sein de la curie, d’où les tentatives d’en finir avec la pédophilie et les scandales,notamment financiers.

      Et c’est là, que la Libre Pensée a un rôle à jouer. La Commission Sauvé sur les crimes de pédophilie dans le clergé français semble tétanisée pour remettre son rapport. La ligne de conduite est claire : il va falloir payer beaucoup pour faire taire les victimes. Qui va payer ? L’église aimerait bien, comme à l’accoutumée,que cela soit les autres.

      Mais déjà les résistances se dévoilent. Au sein même des fidèles, commence à se constituer un mouvement de refus : pourquoi les brebis devraient cracher au bassinet pour les fautes du berger ? Le clergé faute,les fidèles paient. Cela a du mal à passer.

      Bien entendu, l’église va tendre la sébile auprès des pouvoirs publics pour qu’ils paient à sa place. Déjà, émmanuel macron a décidé de faire passer la déduction fiscale pour le denier du Culte de 66% à 75%.Mais cela ne suffira pas. Il faut s’attendre, pour arracher à l’église et aux autres religions dans la foulée un certain soutien à sa politique, que macron mette en œuvre une série de mesures pour financer les cultes,afin, entre autre, d’acheter leur silence sur les entorses au libre exercice du culte, mises en œuvre par la loi dite « Séparatisme ». Passe–moi la rhubarbe, je te passerai le séné. C’est pourquoi, émmanuel macron est contraint d’aller à lourdes faire le pitre comme un premier communiant, une première depuis Pétain, pour tenter de donner du baume au cœur des Evêques. Tout cela confine au ridicule et à la dérision.

      Nous avons décidé de proposer au Congrès national qu’il décide (ce qui a été décidé) que les Fédérations départementales s’engagent dans une grande enquête, sur tous les fronts, pour mettre à jour les biens de l’église, à combien ils se montent, quelle est la richesse exacte du clergé. L’objectif est par cette enquête d’intérêt public d’empêcher que l’Etat finance les réparations aux victimes à la place des Evêques. L’église a les moyens, qu’elle paie le prix de ses turpitudes ! Nous avons déjà envoyé aux Fédérations un certain nombre d’éléments et d‘outils de travail pour cela

      Si la Libre Pensée veut faire cela, ce n’est pas par simple anticléricalisme de bon aloi, c’est que cette question va devenir une affaire de défense de la République, de la laïcité des institutions, des libertés démocratiques qui veulent que la justice s’applique aux justiciables, ce n’est pas aux innocents de payer. On connaît le vieil adage catholique : l’église ne connait pas le péché, elle ne connait que les pécheurs.Mais là, cela risque d’être une autre affaire. »

      Faisons ensemble l’inventaire des biens de l’église :
      L’église peut payer, l’église doit payer !

      A peine connu le Rapport Sauvé que chaque prélat, chaque mitré y allait de son repentir. Au même moment, Médiapart dévoilait que l’archevêque de Strasbourg, qui faisait aussi son numéro de repentir, avait préservé et préserve toujours la réputation d’un agresseur, accusé d’abus sexuel. Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche.

      Le Président de la Conférence des Evêque de France déclarait même que les lois de dieu étaient aussi au-dessus de la République et qu’en conséquence, il ne fallait pas violer le secret de la Confession auriculaire. Comme la Libre Pensée l’établit dans la note d’analyse ci-jointe à ce communiqué, le « secret de la confession » est une auguste fadaise qui ne s’impose à personne au nom d’une quelconque autorité, quelle qu’elle soit. Le « secret de la confession » est une convenance personnelle passée entre personnes qui l’acceptent. C’est une convention purement privée. Elle n’a aucune force de loi.

      Ce secret est de même nature que celui que sont « obligés » de respecter, en « vertu de la loi morale », les Francs-Maçons. Cela ne peut servir en aucun cas à camoufler et à taire des crimes, surtout contre des enfants. D’ailleurs, l’église catholique ne s’est pas toujours pliée au respect du secret de la confession. Le nombre de victimes de l’Inquisition est là pour en témoigner.
      Le gouvernement macron/darmanin a mis en œuvre la loi « Séparatisme » contre les présupposés musulmans. Le ministre de l’Intérieur a même dit à cette occasion : « Les catholiques n’ont rien à craindre ». On ne lui conseille pas de se recycler comme voyante, ses prédictions n’ont pas fait flores, loin s’en faut.

      Nous rappelons que la loi « Séparatisme » et le projet de décret rendu public prévoit que si un membre d’une association religieuse tient des propos séditieux (et le Président de la CEF en a tenu incontestablement), le gouvernement est tenu d’engager un processus de dissolution de l’association concernée.

      Monsieur Darmanin va-t-il dissoudre l’église catholique ?

      Si le Ministre de l’Intérieur devait traiter autrement l’église catholique que les associations musulmanes qu’il a fait dissoudre, que faudrait-il en conclure ? Que nous sommes à nouveau dans Les animaux malades de la peste : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. » ?

      Par la loi « Séparatisme », le gouvernement et sa majorité parlementaire aux ordres a mis en route une véritable machine de guerre civile contre la population, pour mieux la diviser pour la réprimer. On en voit toutes les prémices aujourd’hui.

      L’heure des comptes est en train de sonner ! Abrogation de la loi totalitaire et xénophobe dit « Séparatisme » !

      La Bastille, le 11 octobre 2021

      #secret #confession #fadaise #scandale #indemnités #loi #secret de la #confession #séparatisme #associations_religieuses #affaire #touvier #Strasbourg

  • « La misogynie d’une partie du milieu académique français est notoire et elle fait des ravages »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/07/la-misogynie-d-une-partie-du-milieu-academique-francais-est-notoire-et-elle-

    Pour preuve, le nombre d’anecdotes qui circulent sur le comportement des #jurys. #Intimidations, pressions en tout genre, #moqueries, #humiliations, #sarcasmes : tout y passe dans ces oraux, qui s’apparentent assez souvent à de petites séances de tortures psychologiques et morales dont les jeunes #femmes sortent moins souvent victorieuses – pour diverses raisons. Il n’est sans doute pas inutile de s’attarder un peu sur les pratiques des commissions des jurys de concours qui vous jaugent sur votre apparence physique, vous toisent de toute leur hauteur d’universitaires patentés et vous intimident à loisir par des regards, des petits mots échangés entre eux avec un sourire complice qui en dit long sur la jouissance qui est la leur à vous mettre sur le grill. « Cela fait partie du jeu », dit-on, avec fatalisme et par résignation.

    ensuite #paywall #misogynie #sexisme #abus_de_pouvoir

    • A la faveur des résultats des concours de la filière lettres de l’ENS-Ulm, une occasion inédite se présente d’entreprendre une réflexion sur un sujet qui, disons-le tout de go, reste tabou, en même temps qu’il est un lieu commun fréquemment dénoncé « en off » dans les milieux académiques. Comme le dit – courageusement – Joëlle Alazard, secrétaire générale de l’Association des professeurs de premières et de lettres supérieures, « ce bond significatif de la part des femmes est une interpellation. Un chantier doit s’ouvrir autour de l’épreuve orale et de ses paramètres ». Le chantier, à coup sûr, est immense mais mérite qu’on s’y lance.

      Pour preuve, le nombre d’anecdotes qui circulent sur le comportement des jurys. Intimidations, pressions en tout genre, moqueries, humiliations, sarcasmes : tout y passe dans ces oraux, qui s’apparentent assez souvent à de petites séances de tortures psychologiques et morales dont les jeunes femmes sortent moins souvent victorieuses – pour diverses raisons. Il n’est sans doute pas inutile de s’attarder un peu sur les pratiques des commissions des jurys de concours qui vous jaugent sur votre apparence physique, vous toisent de toute leur hauteur d’universitaires patentés et vous intimident à loisir par des regards, des petits mots échangés entre eux avec un sourire complice qui en dit long sur la jouissance qui est la leur à vous mettre sur le grill. « Cela fait partie du jeu », dit-on, avec fatalisme et par résignation.

      Pour siéger des heures durant sous les chaleurs parfois torrides du mois de juin, le jury s’autorise de comportements inouïs qui seraient partout ailleurs dans la société probablement qualifiés de harcèlements ou d’abus de pouvoir caractérisés. Le jury, mal payé pour faire sa besogne, prélève son tribut en petites récréations perverses et en exerçant son pouvoir. Car siéger à ces commissions de jury est un honneur, le couronnement symbolique d’une carrière puisqu’à votre tour vous avez le droit de juger qui fera partie du club. A l’agrégation interne, ces pratiques sont bien plus rares parce que le jury a affaire à des professeurs déjà expérimentés, à des gens dont la moyenne d’âge est autour de la quarantaine : on ne peut se permettre les mêmes sévices et humiliations qu’avec un public de vingtenaires.

      Tremblements et ricaneries

      Les jurys « se lâchent » souvent : ils tremblent de rage, ils soufflent, ils ricanent, ils s’envoient des textos ou des blagues dont on n’ose pas imaginer le contenu. C’est humain, dira-t-on. Certainement. Mais il est inhumain d’être en face d’eux et rien ne saurait justifier ce rituel archaïque, pas même une vieille tradition républicaine qu’il faut avoir le courage de remettre en question lorsqu’elle donne lieu à pareilles dérives qui sont hélas monnaie courante. Combien de candidats, et surtout de candidates, sortent brisés des salles d’examen dont le huis clos favorise les abus qu’on pourrait égrener à l’envi ?

      Problème : il n’y a pas de recours possible puisqu’il s’avère en pratique impossible de contester l’attribution d’une note par une commission. La contester, c’est se condamner soi-même à ne plus jamais pouvoir passer le concours. Si l’on veut tenter une seconde fois le concours, on se tait, à moins que l’on ait la force d’aller à la « confession » où, en faisant acte de contrition, le malheureux candidat ou la malheureuse candidate demandera au jury ce qui lui a tant déplu dans sa performance. Le jury, trop souvent despotique, est en effet susceptible et ne pardonne pas qu’on soit en désaccord avec ses « thèses » sur tel ou tel auteur.

      « Si les chiffres traduisent une plus faible performance des femmes lors de ces épreuves, les raisons en sont largement culturelles »

      Car des thèses, les jurys en ont, bien plus que les rapports ne veulent bien l’admettre, qui proclament que « le jury n’a aucune attente ». Et les membres du jury ont aussi des préjugés, des a priori, des convictions parfois. Tel universitaire de Paris-IV Sorbonne assénait à ses étudiants masculins que « la féminisation du métier est une catastrophe ». On peut penser que la vue d’une candidate lui causait des sueurs froides et un déplaisir difficile à cacher. La misogynie d’une partie du milieu académique français est notoire et elle fait des ravages. Les filles ne sont pas ostensiblement sacquées, non ; la chose est plus subtile. On attend d’elles un certain type de parole, une prise de risque modérée, un certain ethos. Si les chiffres traduisent une plus faible performance des femmes lors de ces épreuves, les raisons en sont largement culturelles.

      Les petits arrangements de Montaigne

      Justement, les choses se passent autrement aux Etats-Unis, où le féminisme et la liberté de penser ne sont pas de vains mots. Vivre à l’étranger m’a montré qu’on pouvait tout à la fois allier hauteur de vue, exigence académique et humanité, qu’on pouvait y tolérer des points de vue différents du sien à condition qu’ils soient argumentés. Nul besoin, là-bas, d’éradiquer les moutons noirs et autres flamands roses qui osent suggérer, comme j’en eus l’audace sacrilège (et qui me coûta cher) lors d’un oral mémorable (au moins pour moi), que Montaigne ne fait pas tout à fait ce qu’il dit qu’il fait.

      C’est pourtant là que, du point de vue de l’exercice de l’esprit critique, les choses deviennent intéressantes… Un texte n’est pas toujours ce qu’il semble être et une analyse rigoureuse peut permettre d’apercevoir qu’une affirmation doit être sérieusement nuancée. Montaigne corrige son texte, oui, n’en déplaise à certains. Il s’arrange un peu – beaucoup, parfois – avec la vérité et ça n’enlève rien à la grandeur des Essais.

      Nos grands oraux de concours français non plus ne sont pas exactement ce qu’ils disent qu’ils sont, et se grandiraient sans doute plus encore à se corriger un peu. Ces concours ne valent pas rien, non – et celles et ceux qui les ont eus ne sont pas des imposteurs –, mais il en va certainement de leur survie d’arriver à se réformer. Ce n’est pas Montaigne qui aurait dit le contraire.

      Loriane Lafont est doctorante à l’université de Chicago et à l’Ecole pratique des hautes études, et autrice de Misère et décadence des grandes écoles. Confessions d’une khâgneuse atterrée (Jean-Claude Gawsewitch, 2013)

      #ESR #académie #université #jurys #concours #France (mais c’est pas mieux ailleurs...)

  • A Normale-Sup, les concours sans oraux ont fait bondir la part de femmes admises
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/08/27/a-normale-sup-les-concours-sans-oraux-ont-fait-bondir-la-part-de-femmes-admi


    La « cour aux Ernest » de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, dans le 5e arrondissement de Paris.
    DANIEL THIERRY / PHOTONONSTOP

    […]
    Ainsi, dans les filières littéraires des écoles normales supérieures (ENS), la suppression des oraux a eu pour corollaire l’augmentation significative de la part de femmes reçues. Rue d’Ulm, à l’ENS-PSL (Paris sciences et lettres), 67 % des admis issus de classes préparatoires sont des femmes, contre 54 % en moyenne les cinq années précédentes, pour les deux voies principales (A/L et B/L). Des résultats qui sont davantage à l’image du vivier des candidats : les hommes constituent un quart des étudiants inscrits en classes préparatoires littéraires, d’après les chiffres du ministère de l’enseignement supérieur.

    A l’ENS Lyon, pour le concours « lettres et arts », la part de femmes admises cette année est de 71 %, contre 60 % en 2019. Dans la série « langues vivantes », le résultat est encore plus frappant : parmi les 34 reçus, on ne compte que trois hommes, alors qu’ils constituaient un tiers des admis l’an passé, et un quart en 2018.

    […]
    Comment une sélection uniquement par l’écrit serait-elle à même de favoriser davantage les femmes ? De nombreux travaux de sociologie ont montré que garçons et filles ne développent pas les mêmes compétences, dès leur plus jeune âge. « Les filles apprennent mieux à correspondre aux attentes de l’école et obtiennent généralement de meilleurs résultats, notamment à l’écrit », observe Alice Olivier, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Lille.

    « Les épreuves orales font cependant appel à des capacités qui sont davantage encouragées chez les garçons, en particulier la confiance en soi, la capacité à parler en public, l’aisance dans le rapport aux autres, l’esprit de compétition. Tout au long de leur scolarité, les garçons sont plus souvent interrogés à l’oral, on met davantage en valeur leurs qualités intellectuelles, ils développent davantage de relations avec les enseignants. »

    la suite du pourquoi ? est derrière le #paywall

    • Donc :
      –la plus grande confiance en soi des garçons
      –des stéréotypes du jury défavorables aux filles, particulièrement celles issues de milieu populaire
      –une discrimination positive des garçons, pour équilibrer les effectifs

      A Normale-Sup, les concours sans oraux ont fait bondir la part de femmes admises
      Jessica Gourdon et Alice Raybaud, Le Monde, le 27 août 2020

      La crise sanitaire liée au coronavirus a chamboulé les procédures d’admission dans les grandes écoles. Etudiants sommés de réviser confinés sans bibliothèques, épreuves modifiées ou décalées dans le temps… Mais c’est surtout l’annulation de toutes les épreuves orales qui constitue, pour ces établissements dont la notoriété est intimement liée à la sélectivité de leurs sacro-saints concours, une situation inédite. A même de modifier, dans certains cas, le profil des lauréats.

      Ainsi, dans les filières littéraires des écoles normales supérieures (ENS), la suppression des oraux a eu pour corollaire l’augmentation significative de la part de femmes reçues. Rue d’Ulm, à l’ENS-PSL (Paris sciences et lettres), 67 % des admis issus de classes préparatoires sont des femmes, contre 54 % en moyenne les cinq années précédentes, pour les deux voies principales (A/L et B/L). Des résultats qui sont davantage à l’image du vivier des candidats : les hommes constituent un quart des étudiants inscrits en classes préparatoires littéraires, d’après les chiffres du ministère de l’enseignement supérieur.

      A l’ENS Lyon, pour le concours « lettres et arts », la part de femmes admises cette année est de 71 %, contre 60 % en 2019. Dans la série « langues vivantes », le résultat est encore plus frappant : parmi les 34 reçus, on ne compte que trois hommes, alors qu’ils constituaient un tiers des admis l’an passé, et un quart en 2018.

      Ces résultats du concours 2020, largement commentés dans le milieu académique, ont poussé l’ENS de la rue d’Ulm à publier un communiqué, mercredi 26 août. « Les bouleversements de la préparation des élèves, du calendrier des concours ou de l’organisation des épreuves sont, à de nombreux égards, trop exceptionnels pour ne pas avoir eu d’effet », affirme l’école.

      Comment une sélection uniquement par l’écrit serait-elle à même de favoriser davantage les femmes ? De nombreux travaux de sociologie ont montré que garçons et filles ne développent pas les mêmes compétences, dès leur plus jeune âge. « Les filles apprennent mieux à correspondre aux attentes de l’école et obtiennent généralement de meilleurs résultats, notamment à l’écrit », observe Alice Olivier, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Lille.

      « Les épreuves orales font cependant appel à des capacités qui sont davantage encouragées chez les garçons, en particulier la confiance en soi, la capacité à parler en public, l’aisance dans le rapport aux autres, l’esprit de compétition. Tout au long de leur scolarité, les garçons sont plus souvent interrogés à l’oral, on met davantage en valeur leurs qualités intellectuelles, ils développent davantage de relations avec les enseignants. »

      L’anonymat des épreuves écrites semble ainsi avoir bénéficié aux jeunes femmes. « Les filles adhèrent bien moins à la mise en scène de soi attendue à l’oral, particulièrement celles issues de milieu populaire. Une mise en scène correspondant à des stéréotypes de genre et de profession valorisés par l’institution, qui vont influencer, même inconsciemment, le jugement du jury », complète la sociologue Annabelle Allouch, maîtresse de conférence à l’université de Picardie, auteure de La Société du concours (Seuil, 2017).

      Ces concours 2020 chamboulés par le coronavirus offrent en tout cas une occasion inédite de réfléchir sur ces procédures, leurs partis pris, et les qualités ou compétences recherchées parmi les candidats.

      Avec la suppression des épreuves orales, c’est aussi la capacité d’équilibrage ou de « lissage » des effectifs sélectionnés qui a été retirée aux jurys. Une pratique « coutumière pour beaucoup de concours, destinée à former des promotions plus éclectiques – qui serait, dans le cas des filières littéraires, en faveur des garçons – répondant aux besoins de mixité de l’institution, puis du monde professionnel », souligne Annabelle Allouch. Une étude montrait en 2016 que dans les concours de l’enseignement, les jurys ont tendance à favoriser les candidats de sexe minoritaire.

      « Ce bond significatif de la part des femmes est une interpellation. Un chantier doit s’ouvrir autour de l’épreuve orale et de ses paramètres », estime Joëlle Alazard, professeure d’histoire en khâgne au lycée Faidherbe de Lille, secrétaire générale de l’Association des professeurs de première et de lettres supérieures.

      Elle rappelle que, habituellement, dès l’écrit, la part des garçons admissibles à l’oral des ENS est bien supérieure à la part d’hommes parmi les candidats (ce qui n’est pas contradictoire avec les résultats de cette année, le panel d’admissibles étant bien plus large). « L’épreuve orale vient accentuer le phénomène de survalorisation des garçons, car c’est un environnement encore plus compétitif auquel les filles sont moins bien préparées. Et c’est d’autant plus vrai dans les filières littéraires, où la pression est importante, avec un panel d’écoles visées restreint. »

      Dans ses classes, Joëlle Alazard a cependant vu la situation évoluer ces dernières années, avec des femmes qui ont plus de facilité à prendre la parole, « pour certaines de manière très affirmée ». Mais dès que les concours approchent, elles « se montrent moins sûres d’elles », observe-t-elle. Aussi, chaque année, elle fait ce constat : il se trouve toujours quelques élèves qui, quand elles découvrent leur admissibilité à l’ENS, envisagent de ne pas se rendre à l’oral, doutant de leur légitimité. « Je ne vois pas cela chez les garçons. »

      Pour les concours scientifiques des ENS, en revanche, les lignes n’ont pas bougé. L’équilibre entre hommes et femmes est comparable à celui observé les autres années. Ainsi, à l’ENS Ulm, 18 % des admis aux concours des classes préparatoires scientifiques sont des femmes (elles constituent un tiers des élèves de cette filière au niveau national). Même commentaire du côté de l’ENS de Paris-Saclay (ex-ENS Cachan) où l’on n’observe « pas de changement majeur » cette année.

      #Concours #Discriminations #Femmes #Jurys #Stéréotypes #Discrimination_positive #ENS

    • Ce qui confirme le fait que c’est une excellente idée ce « grand oral » du Bac avec un gros coefficient :
      https://seenthis.net/messages/825612

      Comme je disais alors :

      Ah oui, faisons la promotion des connards à grande gueule (l’aspect discrimination contre les filles me semble assez évident, mais bref…).

      Excellente idée, hein, si on considère que Darmanin et Dupont-Moretti sont féministes.

  • #Vaccination : les autorités n’écoutent pas les citoyens
    https://reporterre.net/Vaccination-les-autorites-n-ecoutent-pas-les-citoyens

    Pour dissiper la méfiance grandissante de la population envers les vaccins, le ministère de la #Santé lançait, il y a un an, une #concertation nationale sur la question. Las : ses conclusions, explique l’auteur de cette tribune, sont très éloignées des avis formulés par les #jurys_citoyens et les préoccupations citoyennes formulées en ligne.