#lévi-strauss

  • Pierre Clastres l’intempestif ou un Indien parmi nous

    Hicham-Stéphane Afeissa

    https://lavoiedujaguar.net/Pierre-Clastres-l-intempestif-ou-un-Indien-parmi-nous

    Eduardo Viveiros de Castro
    Politique des multiplicités. Pierre Clastres face à l’État

    L’ouvrage qui paraît ces jours-ci [en novembre 2019] aux éditions Dehors de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, Politique des multiplicités. Pierre Clastres face à l’État, a été publié à l’origine en 2010 comme introduction à la deuxième édition en anglais du livre posthume de Pierre Clastres intitulé Recherches d’anthropologie politique, puis a été republié en portugais l’année suivante, sous une forme modifiée, avant d’être traduit en français dans la présente édition par les bons soins de Julien Pallotta.

    Il s’agit d’un volume de petit format, très élégant, qui constitue à sa manière un double événement, aussi bien par le sujet qu’il traite que par l’auteur qui le fait. Viveiros de Castro et Pierre Clastres comptent en effet parmi les anthropologues les plus prestigieux de la discipline : le premier est un spécialiste de premier rang des sociétés amérindiennes, et l’auteur d’un livre unanimement salué comme l’un des plus importants de ce début de XXIe siècle sous le titre de Métaphysiques cannibales ; le second est une figure légendaire de l’anthropologie, brutalement disparue le 29 juillet 1977 dans un accident de voiture à l’âge de quarante-trois ans, et l’auteur d’un livre dont le titre est devenu un véritable slogan, La Société contre l’État, paru en 1974. (...)

    #Viveiros_de_Castro #Clastres #anthropologie #politique #dialogue #Deleuze #Guattari #Anti-Œdipe #Lévi-Strauss #société-contre-l’État #Brésil

  • Notes anthropologiques (V)

    Georges Lapierre

    http://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-V

    Le don est au commencement. C’est ce qui fonde une communauté humaine : la femme ne garde pas pour elle les baies qu’elle aura cueillies, elle les donne, le chasseur ne garde pas pour lui le gibier qu’il aura tué, il le donne. Et le don n’est pas le partage, la femme comme l’homme ne gardent rien pour eux, c’est le jeu ! Le partage, c’est le droit ; le don c’est autre chose, le don, c’est le spirituel. Bien sûr, ils ne sont pas exclus pour autant de la communauté et ils recevront à leur tour (et en retour) de la nourriture de la part des autres membres de la tribu, mais ce retour est en suspens ; c’est dans cette suspension du temps que se trouve l’esprit, c’est dans cette suspension du temps, dans cette vacance, que l’humain prend naissance. Le don est au commencement et il reste l’élément essentiel de toute communauté humaine ; encore aujourd’hui, il arrive à survivre (difficilement) dans un monde marchand qui lui est absolument contraire ! (...)

    #don #échanges #hei-tiki #Maori #Marcel_Mauss #Lévi-Strauss #communauté

  • Notes anthropologiques (II)

    Georges Lapierre

    http://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-II

    Lorsqu’un serpent mord une personne, son esprit pénètre dans le corps de la victime, s’y transforme à nouveau en serpent et le chaman doit, pour guérir son patient, extraire par succion les os et les crocs du reptile réincarné. Cette explication du mal causé par la morsure d’un serpent, rapportée par Alfred Métraux dans son article sur « Le chamanisme chez les Indiens du Grand Chaco », nous plonge dans une tout autre vision du monde. Le venin n’est pas saisi comme une chose dotée de certaines propriétés, mais comme sujet, nous pourrions même avancer qu’il se transforme en sujet devant nos yeux ; c’est un sujet-esprit en quelque sorte mais qui reste tout de même bien concret, un serpent en chair et en os et en crocs. Le venin, ou l’esprit du serpent, ne se conçoit pas abstrait de son efficience c’est-à-dire de son mode d’être, de son corps. Et c’est au sein de cette vision de la réalité où l’esprit s’actualise selon un certain mode, le serpent n’étant que le corps de l’esprit ou le mode d’être du venin, qu’agit le chaman. (...)

    #anthropologie #chamanisme #science #Alfred_Métraux #Marcel_Mauss #don #échange #Lévi-Strauss #cosmovision

  • Comment les mondes de jeux virtuels sont révélateurs de la nature des hiérarchies humaines - Technology Review
    http://www.technologyreview.com/view/525696/how-virtual-gaming-worlds-are-revealing-the-nature-of-human-hierar

    La façon dont les joueurs forment des groupes dans les jeux en ligne révèle que les hiérarchies sont un produit inévitable de la condition humaine, estiment les spécialistes des sciences de la complexité. Pour les chercheurs, l’organisation hiérarchique de la société humaine est profondément imbriquée dans la psychologie humaine, puisqu’ils se reforment dans d’autres environnements... Reste à savoir si l’environnement d’un #jeu multijoueur n’est pas également un environnement propice à la formation de telles structures hiérarchiques complexes. Tags : internetactu internetactu2net jeu #hierarchie #chef #autorite (...)

    #autoorganisation

    • article de recherche lié : http://arxiv.org/abs/1403.3228

      Humans are fundamentally social. They have progressively dominated their environment by the strength and creativity provided by and within their grouping. It is well recognised that human groups are highly structured, and the anthropological literature has loosely classified them according to their size and function, such as support cliques, sympathy groups, bands, cognitive groups, tribes, linguistic groups and so on. Recently, combining data on human grouping patterns in a comprehensive and systematic study, Zhou et al. identified a quantitative discrete hierarchy of group sizes with a preferred scaling ratio close to 3, which was later confirmed for hunter-gatherer groups and for other mammalian societies. Using high precision large scale Internet-based social network data, we extend these early findings on a very large data set. We analyse the organisational structure of a complete, multi-relational, large social multiplex network of a human society consisting of about 400,000 odd players of a massive multiplayer online game for which we know all about the group memberships of every player. Remarkably, the online players exhibit the same type of structured hierarchical layers as the societies studied by anthropologists, where each of these layers is three to four times the size of the lower layer. Our findings suggest that the hierarchical organisation of human society is deeply nested in human psychology.

    • Roo tu me met la pression @fil
      Mon anglais est vraiment pourris alors j’espère ne pas faire de contre-sens

      déjà la hiérarchie chez les mammifères ca se discute comme idée, il doit bien y avoir des mammifères sans hiérarchie, vu qu’il y a des mammifères solitaires et aussi qu’on observe les mammifères avec nos yeux d’animaux hiérarchiques. Par exemple entre une mère et son petit, on ne peu pas vraiment dire qui commande. Par exemple pour les Orang-outang, en captivité comme on les fourre a plusieurs dans une cage il y a une hiérarchie (patriarcale, le dimorphisme sexuel chez les outangs est très marqué et les mâles sont vraiment beaucoup plus gros et forts) mais en liberté c’est moins évident, les outangs ne se rencontrent presque jamais, alors la vie sociale c’est pas grand chose dans la vie outane.

      Cet article me rappel 2004 quant je jouais à #EVE_Online au moment ou c’était « la conquière de l’ouest » et que les grandes corporations se sont forgés. Il y avais pas mal de vocations à expérimentation politique dans ce jeu. Certains joueurs voulaient essayé différents systèmes, avec ou sans hiérarchie. Les groupes qui ont prospéré étaient hiérarchiques et en plus bien capitalistes. Les anarchistes partaient dans la piraterie et les communistes ont vite disparu car dans ces corps les plus investis se sont sentis lésé par les autres et se sont décourragés. En discutant de ca avec les amis avec qui je jouais, on s’était dit que le jeu très axé sur le commerce et la fermeture des territoires une fois conquis, se prêtais dans sa conception à des structures hiérarchiques et capitalistes. Et pour les pirates, soit c’était des électrons libres atomisé et qui avaient de faibles ressources car le jeu favorise les groupes structurés, soit c’etait des dictatures. Par rapport à l’idée des niveaux de hiérarchie (l’article dit qu’il y en aurais 7) c’est vrai qu’a force de m’investir dans eve_online comme une no-life j’ai pu en voire certains, de petite noobs dans mon groupe de 2 ou 3 potes, à responsable R&D, membre de la direction de la corp de 100 joueurs actifs, puis la corp est devenu représentante de la communauté francophone sur EVE donc ambassadrice un peu de plusieurs milliers de joeurs et j’ai participé a des négociation et session diplomatique avec de grosses corps US, GB et Allemande. Bon avec mon anglais c’était quant même pas terrible ^^ bref pour l’aspect hiérarchie dans les #JV mon expérience n’est pas en contradiction avec ce que dit l’article. J’ai l’impression que ce qui m’a permis de monter dans la hiérarchie c’est le choix de mes compétences, des compétences rares et qui me retenaient en station et faisait que j’avais du temps pour socialisé et étendre mon réseau de connaissances.

      Bon après le coté, les humains sont naturellement hiérarchiques, ça me semble un peu cavalier d’affirmer un truc pareil, ou on peu imaginer des hiérarchies fluctuantes selon les compétences et l’expertise de chacun·e selon les domaines. Les modes d’organisation sociales qu’on imagine on les imagine à partir de nos habitudes et les programmes de simulations sont conçus par des esprits qui pensent par hiérarchie (comme #CCP pour EVE_online).
      Aussi il y a ce qu’on pense être les signes et attributs de pouvoir, par exemple pour les chimpanzé commun on pense que le chef c’est celui qui as toutes les femelles, mais en fait les éthologues se sont rendu compte que ce sont les mâles du milieu de la « hiérarchie » qui se reproduisent le plus. Le mâle dit Alpha en fait c’est juste un gros idiot qui roule des mécaniques et finalement à force de se croire le chef et de défendre sa place de chef il n’est pas si bien loti niveau femelles vu qu’il ne se reproduit pas autant que les mâles. Est-ce que la hierarchie c’est pas juste une ruse pour que les gros idiots musclé vous foutent la paix ?

      Aussi même si naturellement les humains sont des bêtes hiérarchiques, ca veut pas dire qu’on ne doit pas travailler a changer notre nature. Ou s’organiser pour que la hiérarchie ne soit pas figée et oppressive ou aussi s’efforcer de dé-hiérarchiser notre espèce ou imbriquer les hiérarchies pour les annulés au lieu d’en faire de couches à 7 niveaux. Il me semble que c’est une des vocation de l’anarchisme et qu’il y a beaucoup de monde ici plus qualifié que moi pour en parlé car je suis pas très calé sur le sujet, même si philosophiquement ca me semble plus beau comme objectif que la chefferie.
      Aussi je pense au système de réflexion en dodécaèdre dont tu m’avais parlé il y a quelques années et qui me trotte souvent dans la tête. Ca me semble un bel exemple de model d’organisation sociale non hiérarchique et possible plus facilement maintenant qu’on a des outils tel que l’informatique pour chercher de nouvelles façon de vivre ensemble.
      Si d’ailleurs tu retrouve des sources sur ce model en dodécaèdre ca peu être cool de les mettre ici.
      En fait si on ne fait rien pour qu’il n’y ai pas de hiérarchie, la hiérarchie s’installe car l’égalité n’est pas dans la nature, il fraudais pensé des systèmes nouveaux et des programmes informatiques nouveaux qui favorisent de nouvelles organisation. C’était pas à mon avis la vocation de CCP quant ils ont fait EVE ni de ces scientifiques quant ils ont fait Pardus.
      Et dans un autre domaine, je me demande pour @seenthis si on peu réfléchir a ces questions de hiérarchie mais pas maintenant car j’ai déjà pondu un gros pavé avec hiérarchie écrit partout et ca suffit pour maintenant.

    • Est-ce que la hierarchie c’est pas juste une ruse pour que les gros idiots musclé vous foutent la paix ?

      Parfaite question, fort pertinente, et à laquelle certains ont déjà tenté de répondre : d’après #Pierre-Clastres, c’est assez proche de ça ! :)
      http://www.rebellium.info/2013/04/la-societe-contre-letat-la-pensee-de.html

      Et notamment grâce à la distinction entre « pouvoir coercitif » et « pouvoir non coercitif » (ou « symbolique » ou « de prestige »).

      Autrement dit, dans plusieurs sociétés non-occidentales, sans État, on a remarqué que les chefs n’avaient en réalité pas le pouvoir de contraindre les autres de faire des choses (sauf en tant de guerre, généralement). C’est souvent ceux qui parlent le mieux ou le plus et qui ont été de bons guerriers ou chasseurs, mais en fait au niveau des choix quotidiens, ils se contentent finalement de discuter avec tou⋅te⋅s pendant la journée, et le soir ils retranscrivent ce qu’ils ont entendu en disant « demain on fera ceci cela ».

      Bref, parler de « hiérarchie » en général, sans préciser vraiment en détail de quel type de pouvoir il s’agit (coercitif ou juste symbolique, donc), ça ne veut pas dire grand chose. :)

    • très interessant ce Pierre Clastres, merci @rastapopoulos pour la découverte. Quant il pointe le fait que les société à hiérarchie non-coercitives ne connaissent pas l’écriture, ca me fait pensé à ce passage de Triste tropiques de #Levi-Strauss qui valide l’association écriture et domination
      http://www.site-magister.com/levistrauss.htm

      Si l’écriture n’a pas suffi à consolider les connaissances, elle était peut-être indispensable pour affermir les dominations. Regardons plus près de nous : l’action systématique des États européens en faveur de l’instruction obligatoire, qui se développe au cours du XIXe siècle, va de pair avec l’extension du service militaire et la prolétarisation. La lutte contre l’analphabétisme se confond ainsi avec le renforcement du contrôle des citoyens par le Pouvoir. Car il faut que tous sachent lire pour que ce dernier puisse dire : nul n’est censé ignorer la loi.

      Du plan national, l’entreprise est passée sur le plan international, grâce à cette complicité qui s’est nouée, entre de jeunes États - confrontés à des problèmes qui furent les nôtres il y a un ou deux siècles - et une société internationale de nantis, inquiète de la menace que représentent pour sa stabilité les réactions de peuples mal entraînés par la parole écrite à penser en formules modifiables à volonté, et à donner prise aux efforts d’édification. En accédant au savoir entassé dans les bibliothèques, ces peuples se rendent vulnérables aux mensonges que les documents imprimés propagent en proportion encore plus grande.

      Read more : http://www.site-magister.com/levistrauss.htm#ixzz2xFFv1700

      #écriture #domination

      par contre je ne suis pas d’accord avec ce passage

      Ensuite, étudiant d’abord le paradigme éthologique, Clastres énonce que dans la nature, la loi du plus fort, la relation de domination est permanente, et la logique de commandement-obéissance est omniprésente dans le règne animal.

      Il existe des relations symbiotiques ou d’échange réciproque dans lesquels il n’y a pas de domination. Je pense aussi par exemple aux insectes sociaux, type fourmis, termites ou abeilles. Il y a ce qu’on appel une reine a cause de nos catégories humaines, mais elle ne domine rien du tout, elle a sa spécialité qui est la ponte mais on ne peu pas parlé de pouvoir même non-coercitif. Ca me semble des catégories trop anthropomorphiques.

    • après verification pour la symbiose, c’est plutot pour les plantes, champi, algues, bacteries, lychen pas trop les animaux. Pour les animaux il existe par contre le #commensalisme qui n’est pas une relation réciproque mais je ne pense pas qu’on puisse parlé de relation hiérarchique dans ce cas.

      Le commensalisme semble parfois être une variante du parasitisme ; si l’hôte fournit une partie de sa propre nourriture au commensal, il n’obtient en revanche aucune contrepartie évidente de ce dernier (la relation est à bénéfice non-réciproque). Le commensalisme est une association non-destructrice pour l’hôte (ce qui le différencie du parasitisme) ; ce dernier peut tout à fait continuer à vivre et évoluer en présence du commensal et, le plus souvent, « ignore » tout de la relation. Les survies des deux organismes sont indépendantes.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Commensalisme

      Il y a aussi les animaux anthropophiles ou Synanthropiques
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Synanthropie
      tel que les rats ou les cafards vis a vis des humains, là aussi je ne pense pas qu’on peu parlé d’une relation hiérarchique, même si non-coercitive.

    • Compliqué de savoir de quoi on parle exactement, entre hiérarchie, domination, pouvoir, etc ...

      De ce que j’en sais, l’humanité dans la majorité de son histoire avait une organisation sociale type bandes tribales égalitaires, sans hiérarchie, et avec plein de mécanismes coercitifs pour empêcher la mise en place d’une hiérarchie (cf http://seenthis.net/messages/240890).

      Une étape, après l’agriculture, a été les bigmen, qui étaient une figure centrale mais symbolique. Ils devaient leur prestige à leur générosité, et donc ils travaillaient souvent plus (enfin, leurs multiples femmes surtout...) et étaient plus fauchés que les autres. Ils avaient un rôle d’allocateurs de ressources. Mais en gros tout le monde faisait le même travail, et un bigmen pouvait être destitué s’il n’était pas assez généreux.

      Le tournant, toujours selon « An Edible History of Humanity » semble être les grands travaux d’irrigation, qui fixent plus les gens sur un territoire, et qui donne un pouvoir certain sur celui qui détient les clefs du système d’irrigation, et qui peut avoir une milice privée grâce aux surplus de l’agriculture irriguée, pour protéger les infrastructures, et lui-même par la même occasion. Donc dans ce cas le maître du système d’irrigation n’est plus agriculteur, il doit sa position à son monopole, ne peut plus être destitué et contrôle la violence institutionnelle. Fin de la liberté.
      Ça me ramène au lien entre agriculture, désert, et patriarcat évoqué ici : http://seenthis.net/messages/241377

    • Sans compter que dans le couple « hiérarchie et pouvoir » les blocages ne viennent pas que d’en haut, mais aussi éventuellement de ceux qui sont « en dessous » ou « à côté » et qui peuvent toujours subtilement « over-rule » un pourvoir ou un responsable. C4est un jeu de relations "multi-paramétrique. C’est ce qui fait de cette question fonfamentale un sujet très difficile à aborder sous tous ses angles possibles.

  • Selon #Marcel_Mauss les fondements des sociétés dites traditionnelles et archaïques en dehors du paradigme « économique » (marché, achat, contrat...) sont la triple obligation de donner,recevoir,et rendre.

    L’anti-utiltarisme comme nécessité de repenser l’organisation de la production de la « marchandise » et la finalité des rapports entre individus.

    #Alain_Caillé : professeur de sociologie à l’Université Paris X Nanterre et co-directeur du SOPHIAPOL. Il a fondé le mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales ( M.A.U.S.S. ) en 1981 et continue d’animer jusqu’à ce jour la revue du MAUSS. S’appuyant sur les travaux de Marcel Mauss, Alain Caillé développe une approche anthropologique de la constitution des communautés politiques sur la base du paradigme du don.

    http://www.youtube.com/watch?v=-_bLwIzYJhA

    http://valery-rasplus.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/02/27/10-questions-a-alain-caille.html

    Valéry Rasplus : Depuis 1981 votre nom est associé à la revue du MAUSS (d’abord Le Bulletin du MAUSS 1981-1988 puis La Revue du MAUSS trimestrielle 1988-1993 et enfin La Revue du #MAUSS semestrielle). Comment est venue l’idée de former cette revue qui s’est maintenant pleinement inscrite dans le paysage #intellectuel français et international ?

    Alain Caillé : Le point de départ est le suivant. J’avais vu en 1981 l’annonce d’un colloque sur le don à l’ Arbresle qui réunissait philosophes, économistes, psychanalystes etc. Fasciné depuis des années par l’Essai sur le don de Mauss (et par Karl #Polanyi), et d’autant plus qu’il me semblait réfuter ce qu’on m’avait enseigné en sciences économiques (j’étais alors docteur ès sciences économiques mais également assistant de sociologie à l’université de Caen) je décidai d’y assister. Nous fûmes quelques uns à nous étonner qu’aucun des intervenants ne semblât avoir lu Mauss. Et plus encore de la convergence entre #économistes et #psychanalystes sur l’idée que le don n’existe pas, qu’il n’est qu’illusion et idéologie puisqu’on n’a rien sans rien. Cette manière de penser était parfaitement congruente avec l’évolution récente de la sociologie dont je m’étais alarmé dans un article de Sociologie du #travail : « La sociologie de l’intérêt est-elle intéressante ? » (1981) dans lequel je pointais la surprenante convergence, au moins sur un point essentiel, entre des auteurs en apparence diamétralement opposés : Raymond Boudon et Michel Crozier, du coté #libéral, Pierre Bourdieu du côté #néomarxiste. Pour les uns comme pour les autres l’intégralité de l’action sociale s’expliquait par des calculs d’intérêt, conscients pour les deux premiers, inconscients pour le troisième. Tous trois, par de là leurs divergences criantes, communiaient ainsi dans ce que j’ai appelé l’axiomatique de l’intérêt, si bien représentée à l’Arbresle. Pour cette sociologie alors dominante l’homo sociologicus n’était au fond qu’une variante, un avatar ou un déguisement d’homo œconomicus. D’accord à quelques uns à l’Arbresle sur ce constat, nous décidâmes, Gerald Berthoud, professeur d’anthropologie à l’université de Lausanne, et moi, de créer une sorte de bulletin de liaison, ou un recueil périodique de working papers susceptible de favoriser les échanges entre ceux, économistes, anthropologues, sociologues, philosophes etc. qui partageaient cet étonnement et cette inquiétude face à l’évolution de la pensée en science sociale et en philosophie politique. Partout, en effet, nous le découvririons peu à peu, on était passé d’une perspective largement holiste, qui avait dominé pendant les Trente glorieuses, à un individualisme tout autant ontologique que méthodologique. Et ce basculement #hyperindividualiste allait de pair avec le triomphe généralisé de l’axiomatique de l’intérêt. Que l’on découvrait aussi bien en philosophie politique, dans le sillage de La Théorie de la justice de #John_Rawls (1971) - se demandant comment faire définir les normes de justice par des « hommes économiques ordinaires », mutuellement indifférents - qu’en biologie où fleurissaient la théorie du gène #égoïste ou la #sociobiologie. En économie, les « nouveaux économistes » faisaient leur percée, et la nouvelle #microéconomie, fondée sur la théorie des jeux offrait au modèle économique généralisé sa #lingua_franca.

    http://www.youtube.com/watch?v=dSXJVs9tuKE

    Valéry Rasplus : Vous expliquez que la conception maussienne du don est proprement politique, comment concevez-vous une bonne politique ?

    Alain Caillé : La conception maussienne du don est en effet politique. Donner est l’acte politique par excellence puisqu’il permet de transformer les ennemis en alliés en faisant qu’il y ait quelque chose plutôt que rien, de la vie plutôt que de la mort, de l’action ou de l’œuvre plutôt que le néant. Mais, réciproquement, le politique est proprement « donatiste ». Le politique peut-être considéré comme l’intégrale des décisions par lesquelles les membres d’une communauté politique acceptent de donner et de se donner les uns aux autres, plutôt que de s’affronter, de se confier plutôt que de se défier. La politique n’est que l’interprétation plus ou moins juste, fidèle et réussie du politique. Une communauté politique peut être conçue comme l’ensemble de ceux dont on reçoit et à qui on donne. Et une communauté démocratique comme celle dans laquelle les dons entre les citoyens sont faits d’abord en tant que dons à l’esprit de la démocratie (et non aux ancêtres, à Dieu ou à une quelconque entité transcendante). La bonne politique est désormais celle qui favorise le #développement de la #démocratie voulue d’abord pour elle-même - et non d’abord pour des raisons instrumentales , - en tant qu’elle permet au plus grand nombre de se voir reconnu comme donnant ou ayant donné quelque chose. Ce qui suppose qu’il soit en capacité de la faire et que soit donc maximisées ses « capabilités ». Concrètement, la bonne politique est celle qui contribue à instiller et à instituer l’#autonomie politique de la société civile associationiste, qui n’est pas naturellement donnée et ne va pas de soi. La philosophie républicaine française, solidariste prenait l’individu non comme un point de départ - à la différence du #libéralisme économique, du libérisme - mais comme un but, et entendait l’éduquer de façon à ce qu’il conquière son autonomie face à l’État instituteur. Ce mot d’ordre est toujours d’actualité mais doit être complété par celui de l’institution de l’autonomie du monde des #associations.

    Bibliographie :
    –Essai sur le don de Marcel Mauss paru aux éditions PUF

    – L’esprit du don de Jacques .T. Godbout en collaboration avec Alain Caillé paru aux éditions la Découverte

    _Anthropologie du don d’Alain Caillé paru aux éditions de la Découverte

    –Théorie anti-utilitariste de l’action D’Alain Caillé paru aux éditions la Découverte
    #Utilitarisme #Individualisme #Anti-utilitarisme #Economie #Don #Solidarité #Anthropologie #Sciences-sociales #philosophie #Politique #Morale #sociologie #Homo-œconomicus #Marxisme #Bentham #Arendt #Boudon #Bourdieu #Lefort #Levi-Strauss #Castoriadis #Revue #Livres #Vidéo

    • Le modèle de la spirale me semble assez neutre idéologiquement, toutes les idéologies glorifiant aussi bien l’individu que la collectivité selon ses propres priorités.

      La crispation vient sans doute du fait que cela cause d’évolution sociale, donc il y a sans doute la même allergie spontanée à la question de l’évolution que celle apparue face à Darwin, à cause du malaise que cela crée sur la question de l’égalité entre les humains, puisque cela pourrait légitimer des hiérarchies.

      La spirale dynamique me semble adopter la vision de Patrick Tort (peut être idéaliste) sur Darwin et sur sa lecture de ce qu’on appelle aujourd’hui le darwinisme.
      La vision de Patrick Tort pour caricaturer, c’est de dire que ce qui a permis à la civilisation humaine de se développer contrairement au reste du règne animal, c’est sa capacité à s’opposer à la sélection naturelle en prenant soin des plus faibles pour bénéficier de leurs autres forces, en expliquant que Darwin était myope ou qu’Einstein était de santé fragile et aurait dû mourir à 8 ans.
      Cette lecture de gauche du « darwinisme » ressemble à la lecture de l’évolution sociale par la spirale dynamique. Il s’agit d’accepter des outils puissants pour la connaissance, même si une lecture superficielle peut faire croire à des théories contraires à nos valeurs idéologiques..

      Cet article résume bien à mon sens le dilemme de la gauche avec Darwin :
      http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/09/11/patrick-tort-et-andre-pichot-darwin-l-eternelle-querelle_1093973_3260.html

      Dans la lecture – bienveillante – qu’il propose de l’œuvre darwinienne, Patrick Tort entend, au contraire, exonérer le naturaliste de ces accusations. Il rappelle qu’avant La Filiation de l’homme, publié en 1871, Darwin n’a rien écrit sur l’homme. Après la publication de L’Origine, il lui fallut donc plus de dix ans de réflexions pour se décider à parler de sa propre espèce. Pourquoi tant d’attente, demande en substance Patrick Tort, si Darwin avait pour intention de projeter abruptement le struggle for life sur les sociétés humaines ?

      En réalité et en dépit de ce qu’en fait dire une « tapageuse ignorance », Darwin était, selon Patrick Tort, « vigoureusement opposé au racisme ». Le philosophe développe notamment ce qu’il nomme l’"effet réversif de la sélection", dont les éléments seraient en germe dans La Filiation. Un « effet » au terme duquel la sélection naturelle sélectionne l’homme civilisé, donc la civilisation, qui ensuite s’oppose à la sélection et à l’élimination du moins apte. La morale serait ainsi une propriété émergente de la sélection naturelle. « Contrairement à nombre de ses lecteurs, Darwin n’a jamais oublié un instant que la sélection naturelle ne se borne pas à sélectionner des variations organiques avantageuses, écrit Patrick Tort. Elle sélectionne aussi (...) des instincts », et notamment "une « sympathie » altruiste et solidaire dont les deux principaux effets sont la protection des faibles et la reconnaissance indéfiniment extensible de l’autre comme semblable."

    • Toute forme d’organisation pour encadrer nos existences est idéologique même si elle est basée sur l’observation (qui induira forcément un classement donc une valeur hiérarchique) .
      Je ne connais pas aussi bien que vous la théorie de la spirale dynamique mais pour ce que j’en sais elle s’apparente selon moi à une vision utilitariste de la condition humaine (coaching et performance de soi ?)
      Il ne suffit pas de vouloir changer les erreurs de chacun afin de faire évoluer l’individu et par ricochet le groupe et la société. C’est la structure même en tant que contrat entre individus qu’il faut revoir(le cadre social, politique économique, éducatif). Mais il vrai que je fais partie de ceux qui ont une approche très superficielle de cette théorie. Par contre je ne suis pas surpris que cela vienne des États-Unis mère-patrie de l’utilitarisme qui a donné naissance à toute une littérature du développement personnel type PNL, Ennéagrame, management moderne...
      Ca me fait toujours peur de voir des sites proposer leurs services (payant ) pour nous former à devenir des êtres performants et accomplis
      http://valeursdynamiques.be/formations-certifications/un-cursus-complet

    • mais pour que j’en sais elle s’apparente selon moi à une vision utilitariste de la condition humaine (coaching et performance de soi ?)

      Pas directement, mais vous pointez du doigt son principal handicap : ce modèle de dynamique sociale est effectivement un outil que les libéraux « utilitaristes » se sont appropriés (les pragmatiques qui acceptent leurs congénères « tels qu’ils sont » pourvu que ça leur permette de les exploiter au mieux, d’en tirer le meilleur profit de leurs relations avec eux).
      Pas étonnant, comme tout outil, cela rend bien service à ceux qui aiment s’en servir pour nourrir leur cupide dessein. Vous avez bien pointé du doigt ce succès chez les anglo-saxons, et à cause de cela, cet outil pourrait être assimilé à un outil de propagande utilitariste. Mon idée est qu’il faut dépasser cet a-priori.
      Tout comme la thèse de Darwin a été plébiscitée et exploitée par les fascistes, au point d’être considérée comme une doctrine d’embrigadement fasciste, alors que comme je ne soulignais, l’acceptation de la thèse Darwiniste a aussi été indispensable à la construction des valeurs de gauche, même si au départ elle a pu constituer un « handicap » pour la gauche (au point que la tentation négationniste / obscurantiste face à cette intuition scientifique a pu paradoxalement effleurer les forces de progrès).

      Je pense que le modèle de la spirale dynamique est d’inspiration libérale, certes, mais dans sa version « éthique minimale » telle que pensée par Ruwen Ogier.
      Je n’aime pas ce terme : « éthique essentielle » me semblerait un terme plus pertinent. Il ne s’agit pas d’avoir une éthique au rabais, mais d’avoir l’ambition de déterminer quelle éthique est le dénominateur commun à nos valeurs morales pour permettre à chacun de vivre librement, de façon compatible avec la destinée collective.

      Le modèle de la spirale dynamique modèle exclue vraiment l’idée de domination et de paternalisme. On n’est pas là pour juger les gens, mais juste pour les comprendre.
      La spirale dynamique exclue toute idée de « bien » et de « mal », elle laisse cette notion au libre-arbitre de chaque individu.
      Personne n’a autorité pour les remettre les autres dans le « droit chemin », car ce droit chemin n’existe pas de façon absolue, mais se comprendre les uns les autres doit nous amener à trouver des chemins plus compatibles (moralement acceptables pour chacun).

      Cela peut être vu comme un modèle qui prône un humanisme de tolérance et de bienveillance entre les humains (attention : tolérance ne veut pas dire laxisme, ni compromission.. il ne s’agit pas d’accepter l’inacceptable), mais pour ma part ce qui m’intéresse le plus, c’est de comprendre comment on fonctionne socialement en fonctions des valeurs dominantes d’un groupe social, et comment ce fonctionnement évolue de façon quasi-mécanique, pour nous aider à adopter l’approche la plus adéquate pour servir nos valeurs et nos idéaux.